Maud Robert Histoire Ba1. Histoire des Temps modernes
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- Eric Beauregard
- il y a 10 ans
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1 Histoire des Temps modernes
2 Table des matières A) Qu est-ce que les "Temps Modernes"? 5 B) Définition des Temps Modernes et problèmes de datation : 5 C) Les grandes caractéristiques des Temps Modernes : 6 PREMIERE PARTIE: AVANT 1450: LA VILLE, L UNIVERSITE, L ÉTAT, FERMENTS D UNE NOUVELLE SOCIETE 8 A) L essor des villes et ses conséquences 8 1. Les cités de l'italie du Nord 8 2. Les banques et le crédit 9 3. Une nouvelle éthique, plus favorable aux activités économiques et commerciales : 9 4. La révolution technologique : métallurgie et agriculture 9 5. En 1348 la peste noire marque le début d'une période de dépression économique : La démographie des sociétés préindustrielles 10 B) Les Universités : Foyer du débat politique et religieux : Les premières universités : La redécouverte de l'antiquité classique en Italie L'affirmation du libre arbitre et ses conséquences : Les nouvelles relations entre les Etats et l'église Jean Gerson et la contestation de la monarchie absolue Les Précurseurs de la Réforme 15 C) L évolution des grands états européens entre 1200 et La mosaïque italienne : La Reconquista espagnole et les premières expéditions portugaises en Afrique La guerre de 100 ans ( avec trêves) Le Saint Empire Germanique et la Bulle d Or de La Scandinavie sous la domination danoise La monarchie polonaise et la dynastie des Jagellon La Russie d'ivan III : un État enclavé L'Empire ottoman en expansion 20 DEUXIEME PARTIE: LE DEBUT DES TEMPS MODERNES ( ): L HUMANISME, LA RENAISSANCE ET LA REFORME 21 A) Les Grandes Dates 21 B) L humanisme Le processus d individuation : Le renouveau des études philologiques et des textes sacrés Les principaux relais culturels de l humanisme en Europe Le caractère unificateur de la démarche scientifique L Europe des intellectuels 25 C) La réforme protestante : A la recherche d'un humanisme chrétien Le luthéranisme Les courants radicaux : anabaptisme et guerre des Paysans Le Calvinisme (apparaît en France et se développe d'abord à Genève) La «Réforme catholique» ou «Contre réforme» 29 D) L essor économique Une mentalité plus favorable au travail et au commerce La naissance de l économie politique Les utopies sociales: Thomas More, Campanella, Rabelais, Bacon Un nouvel urbanisme en Italie 32 E) Les Grandes Découvertes Les Portugais font essentiellement du commerce côtier Les Espagnols conquièrent et exploitent les territoires et les populations Anglais et Français en Amérique du Nord 36
3 4. Les conséquences économiques des Grandes Découvertes Le débat sur la colonisation L Extrême Orient : Chine et Japon 38 F) Machiavel La montée du pouvoir princier en Italie du Nord Nicolo Machiavelli ( ) 39 G) Vers la monarchie absolue Les Etats européens à l'aube des temps modernes La France : fin de la féodalité et centralisation du pouvoir L'Angleterre et l'anglicanisme : le règne d'henri VIII ( ) Charles Quint et les divisions religieuses dans le Saint Empire La naissance de la Suède La Pologne : l'apogée du royaume de Pologne Soliman II le Magnifique et l'apogée de l'empire ottoman 42 TROISIEME PARTIE: LES GUERRES DE RELIGIONS ET L ÂGE BAROQUE ( ): LA DIFFICILE NAISSANCE DU PLURALISME RELIGIEUX 43 A) Les grandes dates 43 B) Baroque et classicisme: sentiment et raison Un conflit entre deux visions du monde Le Concile de Trente ( ) Le baroque: un instrument de la propagande catholique Les progrès de l'individuation Le XVIIe siècle pose les bases de la science moderne Dévots et Jansénistes 48 C) La question de la tolérance religieuse Tolérance négative, tolérance positive Les premiers défenseurs de la tolérance Les «Politiques» Les guerres de religion en France L'Angleterre sous Marie Tudor et Élisabeth Ière L'Espagne de Philippe II ( ) Le Saint Empire : la Paix d'augsbourg et l'exercice de la parité 52 D) L expansion économique issue des grandes Découvertes Une conjoncture économique positive jusque vers L interventionnisme L'essor du capitalisme Les résistances au nouveau cours des choses 54 E) Les grandes puissances économiques européennes Le «siècle d'or» espagnol ( ) : En France : le poids de la démographie et de l Etat Les Provinces Unies au cœur du marché européen L'Angleterre : une image de l'avenir 57 F) Le débat sur les pouvoirs du souverain La question du tyrannicide La théorie de la monarchie absolue Le constitutionnalisme 59 G) Les principales monarchies européennes entre 1550 et La poursuite de la construction des identités nationales Philippe II et le soulèvement des Pays Bas La montée de la centralisation en France Échec de l absolutisme et mouvements républicains en Angleterre Le Saint Empire romain germanique La Prusse L hégémonie suédoise sur la Baltique 65
4 8. L avènement des Romanov en Russie L empire Ottoman 65 QUATRIEME PARTIE: LE SIECLE DES LUMIERE ET LE NEO-CLASSICISME ( ): ABSOLUTISME ET "IDEE NOUVELLE" DU BONHEUR 66 A) Les Grandes Dates 66 B) Le Néolassicisme Le règne de Louis XIV et la réaction contre le baroque La redécouverte de l'antiquité gréco romaine La réaction au néoclassicisme: "le sentiment défend ses droits": 68 C) Vers le libéralisme économique Deux pays pionniers : les Provinces Unies et la Grande Bretagne L'éloge du travail: Les Physiocrates L'évolution des économies européennes 71 D) Les Lumières et le Triomphe de la Raison La conversion des élites au cartésianisme: le primat de l'expérience L'alphabétisation et ses conséquences L'Encyclopédie Quelques découvertes scientifiques décisives Le progrès des conditions de vie : hygiène, santé, démographie, confort Le débat sur le progrès L'anticolonialisme 78 E) L avènement de l individu au cours du XVIIIe siècle ( ) Une nouvelle sociabilité La recherche du bonheur individuel 79 F) Le combat pour la tolérance Gallicanisme et Césaropapisme La question de l'intolérance en France sous Louis XIV et Louis XV Plaidoyers pour la tolérance 81 G) Les trois grands régimes politiques: Monarchie absolue, despotisme éclairé et régime parlementaire La monarchie absolue française Le déclin espagnol Le despotisme éclairé Le recul des Ottomans La monarchie constitutionnelle anglaise 86 CINQUIEME PARTIE: L'ERE DES REVOLUTIONS (VERS ): LE LIBERALISME ET LES DEBUTS DE LA QUESTION SOCIALE 87 A) Les grandes dates 87 B) La révolution américaine 87 C) La fin de l Ancien Régime Joseph II et la révolution brabançonne En France : l entêtement suicidaire des privilégiés 89 D) L avènement de la Bourgeoisie De nouvelles valeurs La mise en œuvre d'une politique de libéralisme économique 90 E) La révolution française Les droits de l'homme et l'émancipation de l'individu Vers une société sécularisée La question sociale 91
5 Introduction A) Qu est-ce que les "Temps Modernes"? Les Temps modernes vont, en principe, de la Renaissance à Cette période est marquée par la maîtrise croissante de l'homme sur le monde et sur son propre destin. Elle a préparé le libéralisme et la démocratie parlementaire, aboutissant à une société laïcisée, à une nouvelle anthropologie ainsi qu''une nouvelle conception de l'homme qui est celle d'un monde dans lequel chaque individu est censé faire ses choix et c'est un trait particulier de la société occidentale que d'être individualiste, alors qu'autrefois l'individu faisait partie d'une communauté, d'un groupe dont il était le membre. L individuation crée une société de plus en plus libérée des préjugés religieux, culturels et raciaux. Toutefois, il y a en permanence des tensions dans la société, notamment entre les partisans : - D'une vision rationnelle, laïque et plutôt optimiste de l'homme qui peut se transformer, choisir son destin : c'est la pensée humaniste ; ce sont les courants de la Réforme protestante, les idées du siècle des Lumières. - Ou une vision plus affective, plus pessimiste, plus sentimentale et moins rationnelle, qui a une image de l'homme plutôt négative comme dans les mouvements dévots de la période baroque et que l'on retrouve aussi chez Jean Jacques Rousseau, dans le jansénisme, dans le romantisme. Elle est porteuse notamment de cette idée de l'homme coupable du péché originel vis à vis de la nature... B) Définition des Temps Modernes et problèmes de datation : Le mot «moderne» est difficile à définir. Étymologiquement il vient du latin modernus, déformation de hodiernus (hodie veut dire «aujourd'hui») : «ce qui est actuel». En réalité, les limites des temps modernes sont arbitraires car les choses se font progressivement, et il n'y a pas de cassure brutale. - Le début des temps modernes : Deux dates sont possibles : 1453 : qui marque la chute de Constantinople (aujourd hui Istanbul) capitale du dernier empire chrétien d'orient avec le renversement des empereurs romains d'orient par les Turcs ottomans. Aujourd'hui, cette date, trop «européocentrique», n'est plus celle qui est généralement retenue : qui marque la découverte de l'amérique par Christophe Colomb. C'est la première fois que l'on traverse l'atlantique est d ailleurs aussi la date qui marque la fin de la Reconquista espagnole, la fin des États musulmans en Espagne. Néanmoins, ce n'est pas une date formelle. C'est une date totalement arbitraire, symbolique. 5
6 - La fin des temps modernes : Pour les pays francophones et latins : la Révolution française de 1789 marque un tournant majeur. En Belgique, la Révolution française a certes des conséquences en Belgique, notamment avec la survenue d'une Révolution Brabançonne et d une Révolution Liégeoise. Mais 1830, date de la naissance du royaume de Belgique marque pour certains historiens le véritable début de la période «contemporaine». Les historiens anglo saxons et germaniques ne situent pas la fin des temps modernes à Les Anglais n'ont, en effet, pas connu de Révolution en 1789 et la Révolution américaine a commencé en Les historiens anglo saxons préfèrent donc parler de Early modern (en allemand : Frühmoderne) et de «modern» pour la période contemporaine qui commence en 1914, avec la Première Guerre Mondiale. Tout cela veut dire que la conception des temps modernes «à la française» n'est pas universelle. - Le progrès : Il n'est pas continu et selon Voltaire c'est une ligne ascendante brisée, «un trend positif» comme on dit en économie, mais avec des mouvements de recul et des résistances. La Renaissance et le XVIIIe siècle sont des périodes de progrès alors que le XVIIe siècle est plutôt marqué par un recul par rapport à certaines évolutions de la Renaissance comme l'illustrent les guerres de religion qui marquent un retour des fanatismes. C) Les grandes caractéristiques des Temps Modernes : Les Temps modernes posent les bases du monde contemporain : - La redécouverte de l Antiquité et la renaissance d'une société urbaine Les Temps Modernes vont retrouver des modes de pensée et de comportements plus proches de l'antiquité : la Renaissance, qui en est clairement issue, commence en Italie au XIVe siècle. Les Temps modernes voient aussi la renaissance des villes. - L'apparition d'un capitalisme commercial puis industriel Toutes les régions ne connaîtront pas ce même développement, car ce seront surtout les régions les plus avancés économiquement, l'italie du Nord et la Flandre, puis plus tard l'angleterre, la Wallonie et les Provinces Unies, qui verront apparaître ce capitalisme. - Les progrès scientifiques et techniques : Ces progrès donnent à l'homme, la possibilité et/ou le sentiment de maîtriser l'univers. Des découvertes capitales comme celles du microscope et du télescope font prendre à l homme qu il peut prendre connaissance d un monde invisible à l œil nu. Cela crée le sentiment que l'homme arrivera un jour à tout connaître et comprendre. - Les Grandes Découvertes : Les continents donnent une vision nouvelle du monde, différente de celle que l'on envisageait au Moyen Âge. Ces découvertes ont entraîné une hégémonie européenne sur l'ensemble du monde avec notamment les phénomènes de colonisation. 6
7 - Des Etats centralisés en Europe : Quelques grands Etats européens vont se cristalliser, tandis que d autres encore morcelés (Italie, Allemagne) ne se constitueront qu'au XIXe siècle. De grandes monarchies centralisées s'organisent notamment en France, Espagne et Angleterre, et quelques républiques comme les Provinces Unies. - L'individuation ou individualisation : C'est le fait que la société repose désormais sur les individus. C'est une spécificité européenne (auj. «occidentale») qui n'existe pas partout dans le monde. Cette conception de la société à été apportée ailleurs par les Européens et elle est soit adoptée, soit rejetée car d origine étrangère par certaines sociétés non occidentales. Dans cette société, le destin de l'individu lui appartient ; c'est à lui de faire ses choix et il peut en effet faire ses propres choix religieux, politiques, culturels, sexuels, en toute liberté. Ce phénomène est quelque chose qui naît pendant cette période des temps modernes et qui est soutenu par ceux qui considèrent que c'est pour l homme une libération des contraintes collectives. C'est à partir de là, que l'on voit naître une société pluraliste, c'est à dire où aucun courant politique, religieux ou culturel ne peut prétendre à l'unanimité, ni à l emporter définitivement. La diversité fait partie de la société, et les choix politiques sont réversibles. Aucune certitude ne peut être imposée par les uns aux autres. TEXTE 1 «Auparavant (la société ancienne), l'orientation majeure de la civilisation était une adhésion à un ordre antérieur et supérieur aux hommes. Leur attitude était dominée par une aspiration à la sagesse et au salut dans l'intégration à un ordre divin, naturel, communautaire et idéologique, préétabli, qui définissait le bien, le juste, ainsi que le statut et la personnalité même des individus. Par la suite au contraire, remplaçant cette soumission par une volonté de domination pour la satisfaction de leurs désirs, les hommes ont entrepris de se rendre«maîtres et possesseurs de la nature» (Descartes discours de la méthode, VI), d'émanciper leur pensée des dogmes, traditions et autorités, de substituer aux communautés holistes de libres associations d'individus, et même de soumettre la religion à la conscience personnelle». Jean ROHOU, Le XVIIe siècle : une révolution de la condition humaine (Paris, 2002) Après avoir écrit le Discours de la méthode, René Descartes s'est réfugié en Hollande (pays protestant) car il savait qu'en publiant ce texte, il serait censuré par l'église catholique. Le seul fait d'écrire que l'homme peut se rendre «maître et possesseur de la nature» rend l'auteur hérétique et passible d'un procès ecclésiastique. Il a insulté Dieu, seul maître de la nature. Quel orgueil pour l'homme que de croire qu'il va en devenir le «possesseur»! 7
8 Première Partie: Avant 1450: la ville, l université, l État, ferments d une nouvelle société La plupart des traits de civilisation des Temps modernes, notamment les concepts politiques, trouvent leur origine dans les derniers siècles du Moyen Âge. En effet, dès le XIIe siècle apparaissent les premiers signes d'une modification des structures politiques et économiques issues de la féodalité. Trois grands éléments apparaissent durant cette période et préfigurent ce que seront les Temps modernes : les villes, les universités et les Etats. A) L essor des villes et ses conséquences Du 3ème au 5e siècle, l'empire romain fait l'objet d'invasions germaniques et ces invasions aboutissent à son effondrement en 476, date à laquelle l'empire romain cesse d'exister en Occident. L'empire romain se replie sur Constantinople et ne possède donc plus que la partie extrême orientale de l'europe. Aucun Etat centralisé ne le remplace en Occident et la civilisation urbaine s écroule. La population des villes décroît alors, les monuments se dégradent et se transforment en carrières. L'insécurité règne ce qui conduit à la mise en place de la féodalité, laquelle instaure, en échange d une protection, un lien de dépendance vis à vis des seigneurs. L'économie devient essentiellement rurale, basée sur les grands domaines agricoles. La plupart des constructions sont en bois, à la différence des maisons construites en pierre de l'époque romaine. Au XIIe siècle, on assiste à un essor démographique assez important, que l'on n'explique pas vraiment, mais qui sera à l'origine du début de changements importants. Des défrichements agricoles seront nécessaires pour nourrir la population. Les villes commencent à se repeupler. Des villes nouvelles se créent (que l'on appellera souvent «Villeneuve», «Villefranche») et les seigneurs leur accordent des avantages en échange de leur soumission. La société ne s'urbanise cependant que progressivement, et les villes resteront de taille très modeste. Seules, en Europe, trois villes ont plus de habitants : Paris, Rome et Naples. 1. Les cités de l'italie du Nord Parmi ces villes, les cités de l'italie du Nord sont les plus en pointe du point de vue de leur structuration politique. Ce sont aussi des villes très commerçantes : au bas Moyen Âge, les deux plus riches régions d'europe sont le Nord de l Italie et les Flandres (Bruges par exemple). Dans ces villes, qui étaient la plupart du temps soumises à l'évêque ou au seigneur, vont se former des corps politiques municipaux élus par la bourgeoisie locale. Ces municipalités élues vont se dégager, petit à petit, de l'influence des seigneurs et de l'église. La première de ces villes à s'émanciper est Pise, dès la fin du XIe siècle. Puis d'autres villes d'italie du Nord vont suivre l'exemple de Pise et se regrouper dans une Ligue lombarde pour défendre leur libertas, c'est à dire leur indépendance vis à vis des pouvoirs supérieurs, notamment celui du Saint-Empire romain germanique. Ces villes doivent en effet à l'empereur, leur suzerain, une certaine solidarité militaire et financière. Au XIIIe siècle, on assiste à la revanche des seigneurs : le mouvement d émancipation des villes est vaincu par la force. 8
9 2. Les banques et le crédit Ce phénomène commence vers 1180 environ en Italie du Nord. Ces banquiers que l'on appelle des Lombards sont de grands marchands qui prêtent leur argent moyennant intérêts. L'Église catholique est totalement opposée à ce prêt à intérêt ; pour elle, cela constitue un vol. Nous verrons que les protestants penseront différemment. Malgré ce conflit entre l'église et l'économie, les banquiers lombards, ces grandes familles italiennes, vont créer des succursales, s'installer en Flandre, en France, en Angleterre, en Allemagne, autour de la Méditerranée. Ces banquiers sont si riches qu'ils prêtent parfois aux rois. 3. Une nouvelle éthique, plus favorable aux activités économiques et commerciales : Ceux qui font des profits sont assez mal vus de la population et de la société qui est en grande majorité catholique. D'autre part, la société médiévale, qui décomposait la population entre ceux qui prient, ceux qui font la guerre, et ceux qui travaillent, évolue, et la bourgeoisie apparaît avec le commerce des villes. Cette catégorie sociale nouvelle va peu à peu se rebeller contre ces valeurs ecclésiastiques désuètes, contre l'immobilisme d'une société dans laquelle les privilèges de l'église apparaissent énormes. Simultanément, l'économie monétaire se répand en Europe, conséquence aussi de la découverte de mines d'argent en Europe centrale, au XIVe siècle. Cette catégorie de bourgeois qui représente 10 à 15 % de la population s'enrichit et gagne de l influence. Elle va devenir un élément moteur du changement de la société. Parmi les nouvelles valeurs, on découvre donc le travail et le profit, alors que le travail n'a jamais été une valeur aristocratique ; l'aristocratie ne travaille pas pour elle, le travail n'est pas une valeur mais une tâche réservée aux manants et aux pauvres. Quant à l'église, elle prône et fait plutôt la charité. 4. La révolution technologique : métallurgie et agriculture - Dans la métallurgie On augmente la température des hauts fourneaux qui sont construits en briques réfractaires et dans lesquels on fond le métal. C'est d abord dans les environs de Liège que les progrès les plus importants sont faits, au cours du XIVe siècle. Puis, à Liège et en Angleterre, on voit apparaître aux XIVe et XVe siècles le charbon de terre, qui remplace le charbon de bois. Il permet d'atteindre des températures plus élevées apportant ainsi une plus grande pureté du métal. C'est donc une avancée technique importante. L'outillage de fer sera en effet, de meilleure qualité. La découverte de mines d'argent en Europe centrale va augmenter la production de ce métal. - En agriculture: Il ne faut pas négliger le rôle important des moines cisterciens qui ont été les meilleurs exploitants agricoles de la fin du Moyen Âge, améliorant la rentabilité des abbayes qui possédaient de grands domaines. Ils pratiquent le défrichement et construisent des fermes modèles dès le début du XIIe siècle. On note également des progrès dans la traction animale (les bœufs s'avèrent meilleurs que les chevaux pour tirer les charrues). On invente «le collier d'épaule» qui apporte une plus grande force de traction. Les chariots s'équipent d'un avant train mobile à partir du XIVe siècle qui leur permet de mieux négocier les virages. Les sources d'énergie au bas Moyen Âge sont principalement l'eau et le vent : les moulins constituent une source énergétique naturelle et essentielle. 9
10 5. En 1348 la peste noire marque le début d'une période de dépression économique : Il s'agit cette fois d'un élément négatif. À côté d'une démographie qui progresse sans que l'on comprenne véritablement pourquoi, survient au milieu du XIVe siècle (1348) la peste noire, catastrophique par ses conséquences. Elle vient de Mongolie, avec laquelle il existe un courant commercial qui passe par la mer Noire. Les échanges avec les marchands italiens se font dans une ville de Crimée : Caffa. En 1346, des bateaux génois partent de Caffa vers l'italie avec à bord des rats infestés. Le rat n'est pas l'agent de transmission mais son principal vecteur. La transmission se fait en réalité, à partir des puces du rat qui piquent l'homme, lequel devient alors contagieux. En 1347, la maladie se répand en Méditerranée et suit les courants commerciaux, entrainant en 1348 dans toute l'europe occidentale étant touchée entraînant une hécatombe massive : 12 à 60% de la population, selon les villes et les régions, est touchée. Cologne, Paris, Naples, Valence, Francfort, Bâle et Londres perdent plus du tiers de leur population entre 1348 et1350. Il n'y a pas de traitement et on ne comprend pas ce fléau, dont on croit que la transmission est aérienne et que l'on rattache à la volonté de Dieu. Aussi, utilise t on des fumées pour tenter de contrarier la transmission et la diffusion de la maladie. Cette peste a eu des conséquences économiques désastreuses, constituant un énorme frein à la consommation et au commerce. Il a fallu un siècle pour que l'europe récupère son niveau de population d'avant À cette crise économique, s'ajoute une crise morale : la religion tient en effet une place importante et la peste est considérée comme «un signe du ciel», un châtiment de Dieu. Naissent alors des sectes religieuses appelées millénaristes, qui prédisent la fin du monde et annoncent le châtiment de Dieu, ce qui va alors déclencher deux courants de pensée : - L'un considérant que l'homme est pécheur et doit se repentir - L'autre considérant que puisque c'est la fin du monde, les lois morales ne comptent plus. Dans le «Decameron», œuvre littéraire ( ) de l Italien Boccace, ce dernier met en scène des jeunes gens réfugiés dans une propriété de Toscane, à l abri de la peste, et dont le comportement amoureux est totalement désinhibé par ce contexte de "fin du monde" 6. La démographie des sociétés préindustrielles La fécondité des femmes est quasi naturelle à cette époque et on observe en moyenne la naissance de sept enfants par femme. Cependant, la mortalité est aussi très importante : un enfant sur quatre meurt dans la première année ; un second meurt dans les 20 premières années. Cela limite donc l'expansion démographique, tandis que l'espérance de vie moyenne est de l'ordre de 40 ans. À côté de crises majeures comme la peste de 1348, il peut y avoir des variations démographiques dues aux famines et aux guerres. - Les dégâts des guerres Le premier désastre, d un point de vue numérique : ce sont les épidémies (plus de 50% des décès). Les populations des campagnes se réfugient dans les villes, qui sont dès lors surpeuplées, ce qui entraîne des problèmes d approvisionnement, mais aussi d hygiène, notamment celui de l évacuation des eaux usées car il n y a pas de tout à l égout. Les fosses septiques débordent et contaminent l eau des puits et des rivières. D autre part il n y a pas de casernes (qui ne feront leur apparition qu au XVIIIe siècle) et les soldats, souvent porteurs de maladies, logent chez l habitant. Les combats se déroulent en été et les récoltes ne peuvent être faites. D où des famines. Au total, plus de 80% des décès ne sont pas liés directement aux combats. 10
11 La baisse de population provoque une chute des naissances, tout comme la diminution de la fertilité des femmes, atteintes de carences alimentaires. Ces classes d âge peu nombreuses (classes creuses) ont des répercussions démographiques sur plusieurs générations. On observe cependant après les guerres un phénomène spontané de rattrapage qui corrige en partie le déficit démographique. B) Les Universités : Foyer du débat politique et religieux : 1. Les premières universités : Bologne est la première université du monde. Elle est créée par des juristes en Suivront notamment : Oxford (1167), la Sorbonne (1170), Cambridge (1229), Salamanque (1139) etc. Louvain ne sera fondée qu en Elles naissent souvent dans le sillage d anciennes «écoles cathédrales». Les universités sont toutes créées ou patronnées par l'église et les professeurs sont tous membres du clergé ; aucune université n'est créée alors par l'état. Elles sont de très petite taille : quelques dizaines de professeurs, quelques centaines d étudiants au maximum. Toutes se consacrent uniquement à l'enseignement de la théologie et des «deux droits» : droit civil et droit «canon», c est à dire celui de l'église catholique. À la fin du XVe siècle, il y a 80 universités en Europe. 2. La redécouverte de l'antiquité classique en Italie - Les textes: Dans ces universités, on redécouvre l'antiquité latine et grecque. Cette réappropriation s'est d'abord faite en Italie où l on n'a jamais perdu tout à fait le contact avec l'antiquité au cours du Moyen Âge, même si beaucoup de textes ont disparu. Aux XIVe et XVe siècles on va s attacher à redécouvrir certains textes et certains monuments du passé. L'université de Bologne a, de ce point de vue, joué un rôle important car on va y étudier le droit romain (c'est une spécificité de l'université de Bologne que de remettre au goût du jour le droit romain pour en faire une relecture et s'en inspirer le plus possible pour l'appliquer au droit que l'on pratique en Italie, à l'époque du bas Moyen Âge). Il faut ici signaler le rôle particulier d'un érudit italien, à la fois poète et moraliste qui pratique le latin : Pétrarque ou Francesco Petrarca ( ). Il a fait des études de droit à Montpellier et à Bologne, a beaucoup voyagé, est allé en France et en Allemagne. C'est un érudit, un personnage d'envergure européenne. Il est le premier moteur de la Renaissance en matière littéraire et philosophique. C'est en effet, à partir de ses recherches assidues de textes anciens que des intellectuels vont se mobiliser, faire la visite d'un certain nombre de bibliothèques, d'archives... pour retrouver ces textes latins et grecs antiques perdus ou simplement oubliés, se lancer dans l'exploration d'un certain nombre de couvents, de monastères où l'on conservait des textes anciens que l'on recopiait. Il va le premier nommer «temps obscurs» la période de dix siècles séparant l'effondrement de l'empire romain du XIVe (notre Moyen-Âge) qui marque le début de la Renaissance. L histoire des «temps modernes» commence donc par la «redécouverte» de textes et de monuments qui ont plus de 1000 ans. Il existe cependant un deuxième vecteur de transmission des textes antiques : c'est celui du Califat de Cordoue. Dans ce royaume musulman d'espagne, on conserve et étudie les textes anciens grâce à des traductions en arabe. En effet, à partir des XIe XIIe siècles, un certain nombre de savants espagnols chrétiens ont commencé à retraduire en latin (alors la langue universelle de savants) des textes qui étaient perdus dans leur version latine d'origine. Ce ne sont donc plus des originaux mais des textes latins ou grecs autrefois traduits en arabe et qui sont maintenant retraduits en latin. 11
12 - Les traces archéologiques: Une partie des bâtiments de l'antiquité était enfouie dans le sol, dont on sait que le niveau monte de siècle en siècle (exemple de l aula magna qui, sous la Place royale de Bruxelles, abrite les vestiges du palais dans lequel Charles Quint a abdiqué). Des fouilles sont organisées autour de Rome par les intellectuels de l'époque, à savoir les évêques, les cardinaux, les papes qui deviennent les premiers collectionneurs d'art et d'antiquités. Se crée ainsi au XIVe siècle, et se développe au XVe siècle un musée pontifical regroupant des objets d'art. L'idée de collection et de musée existe déjà à Rome dès le XVe siècle, et c'est à Rome que ce mouvement commence. Retrouvant l'art antique, on s'inspire des canons artistiques de l'antiquité. La première statue de nu depuis plus de 10 siècles est le David de Donatello, qui fait alors scandale. 3. L'affirmation du libre arbitre et ses conséquences : Le libre arbitre, c'est le fait que l'homme est maître de ses décisions. Or, la philosophie médiévale a longuement débattu de cette question : - Ou bien Dieu a créé l'homme et dirige tout ; les hommes ne sont alors que des marionnettes, c'est ce que l'on appelle le serf arbitre dans lequel la volonté de l'homme est déterminée par Dieu, l'homme ne pouvant vouloir que ce que Dieu veut qu'il veuille. Jusqu'au XIVe siècle c'est cette position du serf arbitre qui l'emporte. - Ou bien Dieu a laissé aux hommes une certaine liberté de faire des choix, de pencher vers «le bien» ou «le mal» : c est la thèse du libre arbitre. Au XIIIe siècle, un théologien dominicain italien, Thomas d'aquin (Tommaso d'aquino : village dont il est originaire), qui enseigne en Italie et en France, insiste sur le libre arbitre et gagne de l influence. Il veut concilier la foi et la raison. Ce faisant, il valorise la connaissance et déclare que «par la science, l'homme peut connaître le monde» et que ses idées créatrices peuvent être bonnes et profitables. Cette image optimiste de l homme s'oppose évidement à celle, pessimiste, fondée sur le péché originel d Adam et Eve. Par cette mise en valeur du libre arbitre et d une vision optimiste de l humanité, Thomas d Aquin laisse la liberté à l'homme de décider de ce qui est bon ou mauvais pour lui même. Un de ses disciples, le moine franciscain anglais Guillaume d'occam ou d Ockham (première moitié du XIVe siècle) qui enseigne à l'université d'oxford va plus loin : puisque Dieu a donné à l'homme la capacité et la liberté de s'approprier les richesses terrestres de l'univers et de les faire fructifier à son profit, sciences et techniques ne doivent pas connaître de limites. Cette opinion a d importantes conséquences politiques : si les sciences et les techniques peuvent évoluer, les institutions politiques peuvent également se transformer. Les Etats ne sont pas créés par Dieu mais par les hommes, qui sont donc libres de se rassembler pour désigner leurs chefs, ou se constituer en communautés. Ce sont donc là des idées proprement révolutionnaires. Autre conséquence : il n'est pas clairement mentionné dans les Ecritures qu'il doit y avoir un pape à Rome. Cette hiérarchie ecclésiastique est donc une création humaine. Des textes parlent d'ecclesia, mais ce mot grec signifie «assemblée» et non une institution verticale. Les écrits de Guillaume d'occam portent donc en germe des idées politiques et religieuses proprement révolutionnaires. Il devra d ailleurs se réfugier à Munich où il sera protégé par l électeur Louis IV de Bavière, échappant ainsi à la persécution de l'église et des souverains alliés du pape. (Il est à noter que ce n'est pas l'église qui frappe : elle condamne dans ses tribunaux, et c'est l'état qui exécute ensuite la sentence). 12
13 4. Les nouvelles relations entre les Etats et l'église - Théocratie et césaropapisme : Soit l'état domine l Église: c est le "césaropapisme". Soit l'église domine l Etat : c est la théocratie dans laquelle les lois civiles se confondent avec celles de la religion. - La lutte entre papes et empereurs (XIe XIIIe s.) et la Querelle des Investitures: Au niveau le plus élevé, elle oppose les empereurs du Saint Empire romain germanique et les papes pour la domination sur l espace européen. - Saint: parce qu'il est catholique. - Empire parce qu il prétend à l imperium européen. - romain parce qu'il prétend être l'héritier de l'empire romain disparu, balayé par les invasions barbares. - germanique car cet empire est basé essentiellement en Allemagne, même s'il domine aussi l'italie du Nord ou la Bohême par exemple. Les conflits entre les papes et les empereurs ne sont pas de nature religieuse, mais il est question de savoir qui a le pouvoir et qui perçoit les revenus? Ce conflit est donc purement politique, les empereurs ne se mêlant pas de religion. La "Querelle des Investitures" porte, elle, sur la nomination et l'installation des prélats de l'église : les évêques et les abbés des grandes abbayes. Qui, du pape ou de l'empereur, doit les nommer? Que se passe t il pour les revenus de l'abbaye ou de l'évêché durant la période, qui dure parfois plusieurs années, séparant la mort d'un prélat et la nomination de son successeur? Pour le Pape, en tant que chef de l'église, c'est à lui que revient le pouvoir de nommer les évêques et les abbés. Mais l Empereur (comme certains souverains) demande un droit de regard sur ces nominations car cela se passe dans son empire. Concernant les revenus : pour le pape il s agit de revenus ecclésiastiques. Pour le souverain, il y a vacance de l'église, et durant ce temps là les revenus reviennent au pouvoir civil. Le pape n'a pas d'armée mais sa puissance est d'ordre spirituel. Il peut en effet excommunier l'empereur, l'exclure de la communauté chrétienne et inviter ses sujets à s'affranchir de leur obéissance envers un souverain excommunié. L'empereur ne peut alors plus entrer dans une église et participer au sacrifice divin. La puissance du souverain est, elle, d'ordre militaire. En 1122, le concordat de Worms est signé entre le pape et l'empereur allemand Henri V et qui met fin à la querelle des Investitures. Le pape donne l'investiture spirituelle (l anneau et la crosse), l empereur l'investiture temporelle (le sceptre) pour les biens fonciers et les fonctions régaliennes de l'évêque ; ainsi, le souverain conserve t il un droit de regard sur cette nomination et reste maître chez lui. Mais il restitue à l'église les biens et «régales temporelles», c'est à dire le droit de percevoir les revenus d'un siège épiscopal vacant, et garantit en outre paix et assistance à l'église. Selon la papauté, le souverain pontife a reçu de Dieu deux glaives : l'épée spirituelle et l'épée temporelle. Il donne l'épée temporelle au souverain, à l'empereur ou au roi de France ou d'angleterre. Pour l'empereur c est le contraire : c est lui qui a reçu de Dieu le pouvoir, avec comme contrepartie, le devoir et l'objectif de protéger l'église. En général les souverains catholiques sont réticents à laisser trop d influence à la papauté dans leurs Etats. 13
14 - Philippe le Bel et la naissance du gallicanisme: En France, au début du XIVe siècle, un conflit survient sur le thème des investitures entre le roi de France, Philippe le Bel, et le pape. En 1302, le roi obtient le soutien du clergé français contre le pape de Rome, sur les questions économiques, notamment celles des investitures en cas de vacance d évêché ou d abbaye. En 1303 Philippe le Bel est excommunié par le pape Boniface VIII. C'est l'équivalent d'un appel aux Français, les sujets de l'église sont invités à ne plus respecter et ne plus obéir au souverain qui est mis au ban de la société. Le souverain envoie des troupes en Italie. Guillaume de Nogaret gifle le pape c'est : «l'attentat d'anagni» (du nom de la ville où a lieu l événement). Le pape étant mort trois semaines plus tard, les troupes françaises investissent la ville de Rome et obligent les cardinaux à élire un pape. On les enferme dans une église et on les affame : un pape français est élu : Clément V. Clément V déplace la papauté de Rome à Avignon : de 1305 à 1378 la papauté est en Avignon, alors à la frontière de la France. Avignon est une terre pontificale et n appartient en aucun cas au Roi de France. Ainsi apparaît le gallicanisme, c'est à dire d'une Église française relativement indépendante par rapport à Rome mais cette indépendance ne s'exerce que sur le plan temporel, c est à dire politique et financier. Dans ces matières l Église de France obéit d'abord à son roi avant d'obéir au pape. Théologiquement, elle demeure cependant soumise au pape... - La théorie de la supériorité du concile sur le pape Le pape est il un souverain absolu? Ou les conciles (réunissant les cardinaux et les évêques qui élisent le pape) lui sont ils supérieurs? La théorie conciliariste a commencé à prendre de l'ampleur dès le XIIe siècle. Pise, ville de l'italie centrale où il y a beaucoup d'intellectuels ecclésiastiques, est partisane de la supériorité des conciles sur le pape. Un docteur en théologie de la Sorbonne, d'origine italienne, Marsile de Padoue publie en 1324 le «Defensor pacis». Il y défend l'idée selon laquelle le défenseur de la paix n'est pas le pape mais l'empereur, qui dispose du pouvoir temporel suprême. Marsile va jusqu'à proposer que les conciles soient convoqués par les empereurs. Quant au pape, il n est qu un évêque élu par le concile, seul pouvoir suprême dans l Église, pour en être le porte parole. Comme Guillaume d'occam, dont il est l'ami, Marsile de Padoue sera condamné pour ses idées, devra fuir la Sorbonne et la France pour se réfugier à Munich chez le prince électeur Louis IV de Bavière, tout comme Guillaume d'occam, dont l électeur partage les idées avancées. - Le Grand schisme ( ) Certains ecclésiastiques, notamment italiens, s opposent à l installation des papes en Avignon. En 1378, un pape concurrent du pape d'avignon est élu en Italie où l on ne reconnaît plus le pape d'avignon, bien qu'il ait décidé de se réinstaller à Rome. Il y a donc deux papes concurrents à Rome. En 1409 un troisième pape est élu. De 1409 à 1415 il y a donc trois papes en fonction. Le clergé se divise... Cela pose un problème à la fois religieux et politique. Les souverains vont intervenir, considérant que ce désordre religieux génère également un désordre dans l'état. L'Église est en effet un important élément de la paix sociale, elle est présente dans tous les villages et dispose d'un meilleur maillage du territoire que celui de l'état. Les messages de l'état à la population sont souvent relayés par les autorités ecclésiastiques : les deux pouvoirs sont étroitement liés. 14
15 Dès lors, ce sont l empereur et les grands souverains européens qui vont provoquer la réunion d'un concile, à Constance, en La ville est assez centrale en Europe, située aux confins de la Suisse et de l'allemagne. Jean XXIII et Grégoire XII acceptent de démissionner, mais l Espagnol Benoît XIII n'accepte pas la procédure. Déposé par le concile, il s'installe en Espagne, prétendant qu'il est le seul pape légitime. On élit finalement un nouveau pape, reconnu par l'empereur et les grands souverains européens : Martin V. Ce qu il est intéressant d'observer c'est : La victoire du conciliarisme sur la «monarchie» pontificale L'importance de la prise de pouvoir des souverains qui ont convoqué ce concile et y ont été très influents : l Église, n'a pas réussi à régler seule ce problème et elle est désormais affaiblie face au pouvoir civil. 5. Jean Gerson et la contestation de la monarchie absolue Jean Gerson ( ) est professeur de théologie à la Sorbonne qui participe au concile de Constance ( ). Il défend des thèses conciliaristes, qui font référence à la supériorité du concile sur le pape. «Le pouvoir ne repose pas sur la personne du souverain mais est attaché à l ensemble du corps politique qui a porté le souverain à sa tête». Ce souverain est censé travailler pour le bien commun car : Le pouvoir appartient fondamentalement à la collectivité et non pas à un individu. Les souverains ne sont que les «ministres» de la collectivité Ils doivent gouverner pour le bien commun, l'intérêt général. 6. Les Précurseurs de la Réforme Ce sont des mouvements que l'on dit "évangéliques" et qui apparaissent dés le 13 ème siècle. Le discours de ces mouvements est toujours le même et sera aussi celui de Luther, qui réussira à s'imposer. Evangéliques car ils veulent ramener l Eglise à la lettre de l évangile. Ils contestent : Le pouvoir temporel de l'eglise : elle doit s'occuper que des questions théologiques et non de politique Son enrichissement, qui prend des proportions importantes à la fin du Moyen-âge: elle doit au contraire se consacrer à faire la charité. (Contestation portée à la fois par les franciscains et par les dominicains (ordre mendiant)). - Pierre Valdo Le mouvement des Vaudois naît à Lyon au 13 ème siècle. C'est un marchand qui après un crise religieuse, donne tous ses biens pour l'idéal de pauvreté apostolique. Il conteste cette Eglise qui n'est pas capable de mettre en pratique sa propre doctrine. Il fonde un mouvement connu sous le nom de «Fraternité des Pauvres de Lyon» qui vivra selon l'évangile. Ce mouvement vaudois est réprimé dans la violence. Il meurt en
16 - John Wyclif ( ) et les Lollards Angleterre. C'est un théologien qui veut un retour aux évangiles, pour un certain "augustinisme" (cf St-Augustin après). Il défend ce qu'on appelle "le sacerdoce universel" : le droit pour tous d'exécuter des fonctions ecclésiastiques (et pas seulement eux), et participer à la vie de l'eglise. Il affirme qu'il y a une relation directe entre l'homme et Dieu, qui s'exerce sans l'intermédiaire des prêtres. Tout chrétien est capable de donner les sacrements. Tout se fait en latin, et le culte se fait le dos tourné aux fidèles et derrière un jubé qui sépare le chœur de la nef. La Bible est réservée aux ecclésiastiques, en posséder une est passible de condamnation. Seul le clergé peut lire et expliquer les textes aux fidèles. Wuclif entreprend la traduction de la Bible en anglais, la langue du peuple, vulgaire. Il critique la hiérarchie qui sépare l'eglise du fidèle. Il l'assimile à de l'abus de pouvoir. Conciliariste, il préconise la désignation du pape par tirage au sort. Il veut également une séparation entre l Eglise de l Etat; entre le domaine temporel et spirituel. Ses partisans sont appelés "les Lollards" (les chuchoteurs). Ils répandent son enseignement après sa mort. Ce mouvement débouche sur des révoltes religieuses, mais aussi contre pouvoir civil et les inégalités sociales. (1414, insurrection au Kent). - Yan Hus ( ) Ecclésiastique tchèque et professeur de théologie à l université de Prague. Il soutient les mêmes idées que Wyclif. Il est amené au Concile de Constance ( ) de force pour y être jugé. Il est condamné pour hérésie et brûlé publiquement. En Bohême, ses partisans, les Hussites, continueront militairement son combat jusqu en 1471, où leur ville fortifiée de Tabor (en République tchèque) est prise. - La "devotio moderna" Le monde va mal (Peste noire, le grand schisme, la guerre de Cent ans troubles, angoisses). Ce sont des signes du Jugement Dernier. Des pèlerinages, des confréries mystiques se créent Au lieu de se battre politiquement pour changer les choses, il faut d'abord se changer soi-même, et se préparer à faire face à Dieu après la mort. En 1381, au Pays-Bas (Deventer), Geert Groote, un diacre (un laïc, auxiliaire de l Église) crée les «Frères de la Vie Commune», cherchant à vivre le message des évangiles. Leur théologie est inspirée de St-Augustin, un des fondateurs de la théo. Chrétienne. Il considère que l homme est foncièrement mauvais. Le but de la vie est de racheter le péché originel pour obtenir le pardon de Dieu. Pour lui, la "Grâce de Dieu" est indispensable pour être sauvé; foi et bonnes actions de suffisent pas. Luther et Calvin reprendront ce thème pessimiste d'un homme complètement dépendant de Dieu pour son salut. (Luther ira même 2 ans dans une de ces communautés). (Idée synthétisées de Thomas A Kempis: l'imitation de Jésus-Christ). 16
17 C) L évolution des grands états européens entre 1200 et La mosaïque italienne : L Italie n existe pas en tant qu'etat à cette époque (unie en 1861), mais tout le monde parle la même langue. L Italie du Nord, sauf Gênes et Venise, dépend de l Empereur du Saint Empire Germanique. Ces deux villes sont gouvernées par un doge, élu au sein des grandes familles commerçantes oligarchie. Outre la Toscane (Florence) et Pise, il y a deux autres Etats importants dans le Nord: La Lombardie (Duché de Milan) et le Piémont-Savoie. Les Etats du Pape occupent le centre. Les papes sont aussi des souverains, avec territoires, armée et revenus argricoles. Le sud est le Royaume des Deux-Sicile. Naples est la capitale. Ce royaume est aux mains de la famille française d'anjou de 1250 à 1442, puis il passe aux Aragon espagnols, qui s'en emparent militairement. 17
18 2. La Reconquista espagnole et les premières expéditions portugaises en Afrique - L'Espagne musulmane et les califats de Damas et Bagdad En 622: début de l'islam dans l'arabie saoudite actuelle. Rapidement, les Arabes musulmans conquièrent l'afrique du Nord jusqu'en l'espagne. En 711, ils pénètrent en Espagne (wisigoths et vandales) et la conquièrent rapidement, remontant vers la France. En 732, ils sont vaincus à Poitiers, mettant un terme à leur progression. Ils se replient en-dessous des Pyrénées. L'Espagne musulmane s'appelle "Al Andalus" et dépend du califat de Damas, chef temporel et spirituel, héritier de Mahomet. En 750, le calife abbasside de Bagdad le remplace. L'Espagne musulmane regroupe des musulmans, des chrétiens et des juifs. Il y a une vraie tolérance entre les 3 religions. En 756, un Emirat de Cordoue est créé, se transformant en 929 en califat indépendant d Espagne. En 1258, Bagdad est assiégée et détruite par les Mongols. Les héritiers des califes abbassides se réfugient à Alexandrie où règne depuis 1250 la dynastie des Mamelouks, des militaires d'élite. Ils reprennent le flambeau du califat, l'espagne reste autonome. Après la victoire de Poitiers, la Reconquista commence, elle dure de 732 à 1492 (7 siècles). A partir du 13 ème, la situation se fige avec: Au sud, le royaume de Grenade (Andalousie) Au nord: le royaume du Portugal (ouest), le royaume de Castille (centre), et le royaume d'aragon (est, le long de la Mediterranée). - Les premières expéditions maritimes portugaises en Afrique Impulsées par Henri le Navigateur ( ), frère de Jean 1 er. Il lance des navires vers les côtes du Maroc pour y installer des comptoirs. 4 pôles les intéressent : Le blé (Portugal peuplé et manque de ressources). Le sel (stratégique, car il conserve la viande). L'or Les esclaves (sont attirés par la main d'œuvre gratuite des noirs faits prisonnier par les arabes) En 1415, la ville côtière de Ceuta est prise. Puis les Portugais continuent de descendre les côtes africaines jusqu'au "cap Bojador" en En 1445, ils arrivent au Cap Vert. Ces expéditions sont permises grâce notamment au progrès techniques. La boussole est perfectionnée vers 1250 (il faut savoir naviguer dans des courants inconnus, plus loin des côtes. On ajoute aux voiles latines triangulaires, des voiles rectangulaires en plus grand nombre, sur des bateaux appelés "Caravelle". Le gouvernail est perfectionné: avant, c'était une rame actionnée par un marin à l'arrière du bateau. Au 13 ème, gouvernail d'étambot, attaché à la quille du bateau. En 1410, Pierre d'ailly (cardinal et chancelier français) publie une carte, "L'imago Mundi". Sur cette carte, l'afrique était raccourci de plusieurs milliers de km au sud. Les Portugais considèrent qu'il ne doit pas être trop difficile de la contourner pour aller en Orient. Ce qui les attire, ce sont 18
19 Les épices, qui sont très chères, à cause de l'invasion mongole en 1150 qui rend le Proche- Orient dangereux et difficile par la terre. Les Arabes dont de gros bénéfices en les revendant aux Vénitiens et Génois, qui disposent donc du monopole. La légende royaume du prêtre Jean, totalement imaginaire et réputé riche. On le situe en Ethiopie. Les Portugais espèrent s'approprier ces richesses et aider les chrétiens d'ethiopie et de l'egypte (les coptes) à lutter contre les musulmans. - Les grands empires africains Avant les Portugais, il existe 3 grands empires en Afrique Noire qui se rassemblent autour des fleuves importants. l Empire Songhaï (ou Mali) au N-O, axé sur le fleuve Niger. Le Kongo occupe le centre-ouest de l Afrique. Le Monomotapa est situé en Afrique du Sud autour du Zambèze. 3. La guerre de 100 ans ( avec trêves) Conflit entre français, anglais et bourguignon, alliance contre le roi de France. Cette guerre basée sur des conflits d héritages, repose sur une question nationale. Ce conflit a lieu pour une raison plus ou moins imprévue : l'alliance en 1152 entre Henri II de Plantagenêt et Aliénor d'aquitaine. Les rois d'angleterre sont ducs de Normandie, et détiennent des territoires que revendique le roi de France. Mais les Plantagenêt sont aussi comtes d'anjou : avec l'aquitaine toute la façade atlantique de la France est aux mains des Anglais. Ainsi, le roi d'angleterre est le plus important vassal du roi de France qui ne peut le considérer que comme un concurrent, ses propres domaines étant plus petits que ceux de son vassal. Conséquences du conflit: Montée d'un protonationalisme en France et en Angleterre Remise en cause de la féodalité (le vassal plus puissant que son roi pose problème) Invitation à plus de centralisation du pouvoir pour contrer les effets "pervers" de la féodalité (puissance grâce à mariage ou héritage) 4. Le Saint Empire Germanique et la Bulle d Or de 1356 C'est une confédération d'etats, très peu centralisée comprenant plus de 300 entités de 3 types: Des royaumes : Bavière ou Saxe. Des principautés ecclésiastiques: gouvernées par des princes-évêques (Cologne). Des villes libres : Francfort ou Hambourg. L'empereur exerce seulement une domination politique sur le Saint Empire. Il veille à son unité, religieuse notamment (comprend l Allemagne, l Autriche, la République Tchèque, les Pays-Bas et la Belgique (sauf l extrême belge, l Escaut est la frontière), l Est de la France et le Nord de l Italie). En 1346, la bulle d'or fixe les électeurs à 7 (3 ecclésiastiques et 4 laïcs): Les archevêques de Trêves, Mayence et Cologne Le Roi de Bohème (République tchèque), le Duc de Saxe (centre-est), le Comte Palatin du Rhin et le margrave de Brandebourg (Nord-Est de l Allemagne, capitale Berlin). Au XVIIIe siècle, le duc de Bavière sera le huitième grand Electeur. Depuis 1348, un Habsbourg est toujours élu empereur. Cette famille conserve le titre au fil des années jusqu à François-Joseph, ils sont d origine suisse et leur capitale est Vienne. Ils deviennent les empereurs naturels du Saint empire. Il arrive que l'élection soit achetée, ce sera le cas de Charles Quint en
20 5. La Scandinavie sous la domination danoise Trois royaumes se partagent cet espace : le Danemark, la Suède et la Norvège. Le Danemark contrôle le détroit de la mer baltique, ce qui le rend très puissant vu qu il contrôle les deux rives. Depuis 1397, ils sont unis par l'union de Kalmar, qui consacre en fait la domination danoise sur la Scandinavie. Elle durera jusqu en La monarchie polonaise et la dynastie des Jagellon La Pologne est gouvernée par une dynastie de grands-ducs lituaniens nommés les «Jagellon» (de 1386 à 1572). Elle est étendue vers l Est et la Biélorussie fait partie de ce territoire. Issu des croisades, l ordre des chevaliers teutoniques, à la fois militaire et religieux, s est replié au début du XIIIe siècle sur les rives de la Baltique avec pour objectif de contenir l avancée vers l ouest des Slaves et de les convertir au catholicisme. Peu à peu ils se constituent un véritable «royaume» sur les rives sud est de la mer Baltique devenant dangereux pour la Pologne. Battus par Ladislas II Jagellon en 1410 (bataille de Tannenberg), ils se replient vers la Prusse orientale et se soumettent au roi de Pologne. [=> En 1525, le grand maître sécularisera l ordre et se proclamera duc de Prusse] 7. La Russie d'ivan III : un État enclavé La Russie a des contacts avec Byzance mais est assez éloignée de l Europe. Deux grands souverains au Temps modernes : Yvan III:( ). Il donne un certain prestige. Il épouse la fille du dernier empereur de Byzance (russes convertis au christianisme orthodoxe). Byzance vaincue par les ottomans, ils reprennent le flambeau du christianisme "d'orient". Yvan IV: en 1547, Ivan "le Terrible" se proclame "tsar" (Caesar). Après Rome et Byzance, la Russie se voit comme le 3 ème empire chrétien. Moscou = 3 ème Rome. 8. L'Empire ottoman en expansion Le terme «ottoman» vient de Osman Ier ( ), fondateur de la dynastie. En 1453, Mehmet II, dit le Conquérant ( ), va prendre Constantinople En 1463 la Serbie et la Bosnie tombent. Ils poursuivent au nord-ouest, arrivent aux portes de la Hongrie. Présents en Méditerranée: Otrante (Italie) prise par les Ottomans en Les Ottomans contrôlent les rives de la Mer Noire et la Crimée, où aboutissent généralement les caravanes venues d'orient. Ils côtoient des commerçants génois et vénitiens qui leur achètent des produits orientaux. Accord commercial : Epices (poivre, canelle, muscade) en pharmacie et cuisine. Porcelaine et soieries de Chine. Les relations ne se dégradent entre eux qu à la fin du XVIe siècle. 20
21 Deuxième Partie: Le début des Temps Modernes ( ): L Humanisme, la Renaissance et la Réforme A) Les Grandes Dates 1453 : Prise de Constantinople par les Turcs ottomans 1455 : Mayence, Gutenberg publie le premier ouvrage imprimé 1477 : Maximilien de Habsbourg épouse Marie de Bourgogne 1485 : Les Tudor montent sur le trône d'angleterre 1492 : Fin de la Reconquista espagnole 1492 : Premier voyage de Christophe Colomb en Amérique 1498 : Ouverture de la route des Indes par Vasco de Gama 1500 : Les Pays Bas bourguignons deviennent espagnols 1511 : Les Portugais atteignent le détroit de Malacca 1513 : Machiavel : Le Prince 1513 : Balboa découvre l'océan Pacifique 1516 : Charles Quint monte sur le trône d'espagne 1517 : Luther affiche ses 95 thèses à Wittenberg 1517 : Transfert du califat d'égypte aux Turcs ottomans 1517 : Les Portugais arrivent à Canton 1519 : Charles Quint est élu empereur : L'expédition de Magellan fait le premier tour du monde 1529 : Les Turcs Ottomans assiègent Vienne 1534 : Acte de Suprématie d'henri VIII 1540 : Fondation de la Compagnie de Jésus 1541 : Calvin s'installe à Genève 1542 : Les Portugais arrivent au Japon 1543 : Copernic expose ses thèses hélio centristes 1545 : Ouverture du Concile de Trente 1. Le processus d individuation : B) L humanisme C'est un processus qui va mener de façon progressive l individu au centre de la société, et non plus le groupe (et comme tel, soumis à des règles collectives). Il doit jouir d'une autonomie individuelle dans tous les domaines. - La civilisation des mœurs Les mœurs s'affinent peu à peu. Un ouvrage a été écrit fin des années 60 par Norbert Elias. Il y montre que la civilisation occidentale moderne est le résultat d'un lent processus de "domestication des pulsions" (violence, sexualité ), et une distinction croissante entre le comportement admissible en public et celui propre à la sphère privée (on invente les toilettes pour s'isoler). 21
22 Ceci est en partie lié à la ré-urbanisation de la fin du Moyen-âge et à l'avènement d'une classe bourgeoise. Celle-ci veut se distinguer du peuple par ses "belles manières". Les manières à table se font plus propres, les serviettes individuelles apparaissent pour ne plus s essuyer à la nappe. Les gens commencent à posséder des couverts individuels. C'est l'italie, pays de l'humanisme, qui est à l'avant-garde en Europe (Les coutumes se répandent en France avec les guerres d'italie). C'est aussi en Italie qu'apparaîtra le premier grand manuel de savoir-vivre : «Il Cortigiano» (1578), de Coscefione. La définition de "l honnête homme" repose surtout sur la domination de soi, le raffinement des mœurs et de l'esprit. C'est l homme qui sait se tenir en société. - Une visions "démiurgique de l homme Le démiurge est un être créateur. Vision positive de l homme. On valorise le savoir, la découverte, la connaissance qui permettent d'accéder à une vie meilleure et de transformer la nature au profit de l'homme (va à l'encontre du message de l'eglise). - Quelques humanistes Un Italien, Pic de la Mirandole ( ). Il fréquente l'université de Padoue, s'intéresse à la kabbale juive, les sciences occultes. Il fréquente "L'Académie" des Médicis. C'est à la fois un philosophe, un érudit, un linguiste protégé par les Médicis. Il a des idées avancées et dangereuses pour sa sécurité car il va à l'encontre de l'eglise. TEXTE 2 «Toutes les autres créatures ont une nature définie, régie par les lois ( ); Toi, tu n'es limité par aucune barrière; c'est de ta propre volonté ( ) que tu détermineras ta nature". Pic de la Mirandole, De la dignité humaine (1496) (Donc, les lois données par Dieu, quel rôle ont-elles? C est un texte révolutionnaire pour l époque!) L'homme peut donc se transformer, progresser, dominer ses instincts. Il est libre de faire ses choix et est responsable de ses actes. Il donne de l'homme une vision démiurgique. Ces idées sont partagées par Rabelais et les poètes Tasso et Camoens. - Le mécénat La "protection" et l'entretien des artistes et des intellectuels par les "Grands"; les riches et les puissants, se répand d'abord en Italie. Célèbre ex: Laurent de Médicis de Florence. Les papes, intellectuels et collectionneurs sont également de bons mécènes. Pour les artistes et les intellectuels, c'est le signe d'une reconnaissance individuelle (au MA, difficile d'identifier les auteurs et la créativité était rarement encouragée). A la Renaissance, l'artiste va devenir un personnage plus important, mieux considéré, qui vas signer ses œuvres. Léonard de Vinci cultive l'individualisme. Pour lui, "un artiste ne doit pas imiter la manière d'autrui", ni à reproduire telle quelle la réalité, mais plutôt l'interpréter. Le progrès technique (lois de la perspective au 13 ème et peinture à l'huile au 15 ème en Flandres) permet d'individualiser les portraits. 22
23 TEXTE 3 «Jusqu'au XIVe siècle, l'artiste n'était qu'un artisan voué à l'anonymat, travaillant selon les traditions et les commandes, qui définissaient le sujet, les dimensions, les caractères de l'œuvre. Maintenant, dans ces deux régions (Italie et Flandres), se développe la création originale et l'idée de génie. Les peintres signent plus fréquemment leurs œuvres. Bientôt les plus célèbres seront couverts d'honneur et d'argent. Or, cette promotion est liée à l'entrée dans l'économie de marché, à l'individualisation (c'est l'heure des premiers portraits ressemblants) et un une nouvelle maîtrise du monde par le réalisme et la perspective, dont la mise au point progresse du XIIIe au XVIe siècle» Jean Rohou, Le XVIIe siècle, une révolution de la condition humaine (Paris, 2002). Dürer ou van Eyck sont des artistes qui vont individualiser les portraits. - Dürer va être le 1 er à commercialiser lui-même ses œuvres, qu'il signe. Souvent il ne travaille pas sur commande, mais selon son inspiration. - Holbein, allemand, développe l'art du portrait à la cour d'angleterre - François Clouet fait la même chose en France. - Quelques écrivains jouissent d'une notoriété internationale, comme Rabelais et Machiavel. Ils pourront vivre de leurs œuvres. - Rabelais va vivre de son œuvre, Machiavel également, ce sont les deux premiers écrivains reconnus comme tels. Une question de l examen se porte sur l un des textes présents dans le syllabus. 2. Le renouveau des études philologiques et des textes sacrés Au début du 15 ème siècle, on commence à étudier les textes sacrés (Bible) d'un point de vue neutre, philologique. On est ainsi amené à les "désacraliser". Pour cela, on doit maîtriser "les trois langues": grec, latin, hébreu. On crée donc des "collèges trilingues". Le premier est fondé à Alcala de Henares (Madrid) en La connaissance de l'arable (encore présent en Espagne) est aussi utile. En 1517, un second collège est fondé à Louvain et à Paris en Ces études mènent à l édition entre 1514 et 1517, de la bible en trois langues. Cette Bible contient aussi l exégèse (commentaire du texte sacré). Lorenzo Valla ( ) est un philologue qui va faire une découverte en 1440, il va prouver que la «donation de Constantin» (autorité temporelle sur l Italie centrale et influence sur l ensemble de l Occident chrétien à l évêque de Rome) est en réalité un faux (en constatant que le vocabulaire employé ne date pas du 4 ème ). Ce document est la base du pouvoir des papes. 3. Les principaux relais culturels de l humanisme en Europe - Les relais géographiques Ce sont des endroits où se produisent des contacts culturels qui facilitent l'expansion de l'humanisme. 1 er : Avignon, où les papes sont installés de 1305 à Beaucoup d'intellectuels italiens, français, anglais et allemands y passeront. De cette façon les idées humanistes se répandent en Europe du Nord (ouest). 23
24 2 ème : Les guerres d'italie, entre 1483 et Les rois de France (Charles VIII, Louis XII et François 1 er ) descendent en Italie pour "défendre" les droits de la maison d'anjou sur Naples. Pendant ces campagnes, les souverains entrent aussi en contact avec les "modes" italiennes culturelles. La cour pontificale, notamment sous Jules II (règne de ), important mécène, possède deux œuvres majeures de la sculpture antique : L'Apollon du Belvédère, typique du classicisme romain. Il inspirera Raphaël et le classique. Le Laocoon: œuvre hellénistique. Inspiration différente: musculature saillante, aspect torturé. Il inspirera Michel-Ange et annonce l'art baroque. - Relais techniques: l'imprimerie et l'estampe Inventé en Chine, le papier arrive en Europe au 12 ème (via génois et vénitiens). Il reste longtemps un produit de luxe et ne supplante le parchemin qu'au 15 ème, lors de la naissance de l'imprimerie en 1455 par Gutenberg. Les progrès de l'imprimerie entre 1450 et 1550 sont foudroyants tous les grands centres urbains auront leur imprimerie, et le nombre d'ouvrages publiés chaque années est multiplié par 5. L'alphabétisation s'étend à la bourgeoisie. Avant réservé aux clercs et aristocrates. L'estampe est né début 15 ème. On encre une plaque de bois ou de cuivre gravée avant de l'appliquer sur le papier. Devient longtemps le seul moyen de reproduction des images. Les lunettes sont inventées à la fin du M-A (fin 13 ème ) et devient un instrument relativement courant dès le XVIe siècle, après les débuts de l'imprimerie. Progrès dans la correction de la myopie. 4. Le caractère unificateur de la démarche scientifique Le mot "méthode" apparaît en 1537 (le chemin qui mène au but). Cette année, le mathématicien Niccolo Tartaglia prône le "mécanisme" contre le "vitalisme". Ses expériences montrent qu'il est possible d'expliquer les phénomènes naturels par des lois, celle de la "physique". Au 16 ème, la vérification expérimentale devient la seule preuve admise par les savants. Seules des expériences renouvelées donnant des résultats constants dans des conditions identiques sont considérées comme probantes scientifiquement. En 1543, deux importants progrès : - En astronomie, Nicolas Copernic (polonais) émet l'hypothèse de "l'héliocentrisme" et la démontre par ses calculs et l'observation. Avec ça, on reconnaît que le soleil est le centre de notre système planétaire, ce qui contredit la Bible. Ces idées sont reprises par Galilée, qui sera condamné. - En médecine: André Vésale décrit l'anatomie humaine. Il a dû pratiquer des dissections, interdites par l'eglise. Le savant n est plus seulement un homme qui réfléchit, mais qui acquiert de l expérience. 24
25 5. L Europe des intellectuels Le latin est la langue universelle des intellectuels et des savants, qui voyagent beaucoup (France, Angleterre, Pays-Bas, Italie, Allemagne ). Le Hollandais Erasme ( ), est l'emblème de cette mise en place d'une communauté intellectuelle européenne. Dans la même période, on assiste cependant à une montée en puissance des identités nationales, notamment pour les raisons suivantes : La Guerre de Cents Ans ( ) La volonté des souverains de s'assurer un meilleur contrôle de leurs Etats face aux grands féodaux. Les conflits entre la papauté + partie de l'italie contre le Saint-Empire germanique. Le Réforme protestante en Allemagne La rivalité coloniale entre l'espagne et le Portugal Le contrôle des universités par l'etat, qui veut y défendre les intérêts du souverain. La création de style artistiques différents: gothique, classicisme national français, styles espagnol et portugais; gothique tardif, style anglo-normands. Le développement d'histoires nationales: on recherche des docs hist. et on les publie. Le 16 ème voit aussi la naissance de littératures nationales (Joachim du Bellay en France (tente de fixer les règles d'une langue française unifiée, uniformisée). C) La réforme protestante : 1. A la recherche d'un humanisme chrétien - Renaissance et Réforme La plupart des chrétiens n'ont pas un accès direct aux «Écritures» (la Bible et les Évangiles), en principe réservées au clergé et aux universitaires, très souvent membres de l'église. Quelques traductions en langue «vulgaire» ont toutefois paru clandestinement avant le XVIe siècle: en Angleterre par exemple, dès Les Ecritures deviennent ainsi accessibles à tous ceux qui savent lire, mais aussi aux fidèles auxquels on en fait la lecture, ce qui favorise la formation chez ces «laïcs» (ceux qui ne sont pas membres du clergé) d interprétations personnelles, redoutées par l Église. De plus, la prédication itinérante des membres de deux ordres religieux dits «mendiants», les Dominicains et les Franciscains, est souvent très critique à l'égard des richesses de l Église, du pouvoir temporel exercé par certains évêques (notamment dans le Saint Empire) et du comportement parfois peu moral du clergé. - Érasme : le premier intellectuel «européen» Didier Érasme est né à Rotterdam en 1469 et mort à Bâle en Bâtard né de l'union d'une femme mariée et d'un prêtre, il est placé enfant dans le couvent des Augustins (adeptes de la devotio moderna) à Steyn, en Hollande. Devenu prêtre sans grande vocation, il demande au pape la permission de servir comme précepteur pour la haute bourgeoisie et la noblesse. C'est ainsi qu'il va beaucoup voyager. En Angleterre, il fait la connaissance de John Colet et de Thomas More, les deux grands humanistes anglais. 25
26 Sujet de Charles Quint (roi d'espagne et héritier des Pays Bas bourguignons (voir ci dessous) il en sera, de par sa réputation d'intellectuel, l un des conseillers. A Venise, il se lie d'amitié avec l imprimeur Alde Manuce (Aldo Manuzio) et rencontre des intellectuels grecs qui ont fui Constantinople prise par les ottomans. Sa grande œuvre littéraire, "L Eloge de la folie". Il y fait parler "la folie" contre l'église et les Grands, il ne prend pas de risques vis à vis de la censure. Avant lui, l Allemand Sébastian Brant avait fait de même en 1494 dans La nef des fous. Bien qu il critique l'église, Érasme reste cependant catholique et préfère tenter de la réformer de l'intérieur que de créer une église concurrente comme le fera finalement Luther (qui lui non plus, au départ, ne désirait pas se séparer de Rome). 2. Le luthéranisme - Luther et la question du salut Au début du 16 e siècle, on croit fermement à la vie après la mort, au paradis, à l enfer, au purgatoire. La perspective d une vie éternelle passée dans le feu de l'enfer est extrêmement angoissante. "Faire son salut" devient donc très important. Très croyant, le Saxon Martin Luther ( ) est particulièrement angoissé par cette question. Influencé par l augustinisme et par la devotio moderna il a une vision très pessimiste de l homme et ne le voit «sauvé» que par la grâce de Dieu. C est la thèse du "serf arbitre": seul Dieu, peut décider de sauver l'homme et ses «bonnes actions», sa foi elle même, ne suffisent pas, ce qui est particulièrement angoissant. Docteur en philosophie de l université d Erfurt, il entre chez les Augustins en En 1510, il est envoyé en mission Rome, centre de la chrétienté. Il est profondément choqué par le faste, la richesse, la "corruption" (Rome = ville europ. où il y a le plus de prostituées). - La dénonciation des dérives de l'église romaine En 1513, il est nommé professeur de théologie à l'université de Wittenberg. Il va bientôt dénoncer les dérives de l'église romaine, à l occasion de la question des Indulgences. Rome a des besoins financiers importants pour reconstruire le palais du Vatican. On crée donc cette taxe, perçue en échange d une intercession de l'église auprès de Dieu afin qu il pardonne les péchés. En 1516, une grande campagne de levée d'indulgences est lancée dans toute l'europe en réalité. Le «marché» en est disputé entre différents ordres religieux qui y voient une possibilité de s enrichir au passage. Dans le nord de l'allemagne c'est Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence (à ne pas confondre avec le premier duc de Prusse mentionné plus loin) qui obtient le marché. Il charge un moine dominicain, Johannes Tetzel, de prêcher en faveur de cette campagne d'indulgences. Luther, qui sait ce qui se passe à Rome, est furieux, d autant plus que les Dominicains sont les grands rivaux des Augustins. Il s'oppose donc violemment à cette campagne et commence à faire la liste de tous ses griefs contre l'église de Rome, telle qu'elle fonctionne. En 1517, il affiche sur la porte de l'église de Wittenberg ses 95 «thèses» condamnant les corruptions et les fautes de l'église. Des ecclésiastiques et quelques princes laïques l appuient, comme le chevalier Ulrich Von Hutten. Il dénonce notamment la corruption financière et morale de l'église ; sa trop grande immixtion dans les affaires temporelles ; l'ignorance de certains membres du bas clergé ; l'ivrognerie, la luxure, le népotisme au sein de l'église. 26
27 - La rupture avec Rome et la mise au ban de l'empire En 1520, Luther brûle sur la place publique de Wittenberg la bulle par laquelle le pape l excommunie, ainsi qu un exemplaire du droit canon. Pour lui, en effet, la justice n est pas l affaire de l'église, mais des princes, Dieu seul détenant par ailleurs la justice «suprême». L'empereur du Saint Empire, Charles Quint, est inquiet de ce début de contestation car l'unité de religion est une garantie essentielle de la paix dans l empire. En 1521, il convoque à Worms (ouest de l Allemagne) une diète (ou Reichstag, assemblée des dignitaires du Saint Empire). Luther y refuse de se rétracter et se réfugie chez son souverain immédiat, le duc de Saxe Frédéric le Sage, prince Électeur. Charles Quint met Luther "au ban de l'empire", il est donc menacé d arrestation. Réfugié dans la forteresse de la Wartburg, située sur un piton rocheux près d Erfurt, il commence à y traduire la Bible en allemand. Pour lui, en effet, chaque fidèle doit avoir un contact direct avec les Écritures et par là même avec Dieu et s en faire sa propre opinion. - La création de l Église réformée En 1522, soutenu par de nombreux princes laïques de l'empire du nord de l'allemagne, il rentre à Wittenberg et décide de créer une nouvelle église, l Eglise réformée (nommée aussi «évangélique», ou plus tard «luthérienne», pour la distinguer de celle fondée par Calvin. Il refuse que son Église s'implique dans les affaires temporelles (civiles, politiques, économiques) car la religion ne doit s'occuper que du rapport entre l homme et Dieu. Ce qui implique une position politique de soumission au pouvoir civil quel qu'il soit; l'important, c'est le royaume de Dieu, la vie après la mort. Luther est donc opposé à toute révolte politique ou sociale contre les princes (Th. Münzer et les Anabaptistes). Il n'y a pas de hiérarchie dans l'église luthérienne, ni pape, ni évêques, et les pasteurs, qui peuvent se marier, sont des individus comme les autres et ne sont là que pour organiser les cérémonies religieuses et prêcher. Les ordres monastiques sont abolis. Cette Église a du succès surtout en Allemagne du Nord et dans le nord de l Europe. Dans le nord du Saint Empire, de nombreux princes se convertissent, parfois par intérêt. En effet : Les énormes biens de l'église sont confisqués à leur profit. L absence d interventions politiques de la part de l Église réformée les libère d une importante pression. Les juridictions ecclésiastiques étant abolies, les affaires qui en dépendaient reviennent à la justice civile. - L'expansion du luthéranisme au nord de l'europe En 1525, le grand maître de l'ordre Teutonique Albert de Brandebourg (à ne pas confondre avec l évêque de Mayence) se convertit au luthéranisme. Luther ayant aboli les ordres religieux, les chevaliers teutoniques deviennent des chevaliers laïcs et le grand maître se proclame «duc de Prusse» du nom des principaux territoires occupés par l Ordre. Un nouvel Etat vient de naître. La même année, le roi de Suède se convertit également au luthéranisme, suivi par le Danemark en Dans quelques grandes «villes libres» du sud de l Empire, une majorité de la population a fait de même, à Augsbourg, Francfort, ou Strasbourg par exemple. 27
28 3. Les courants radicaux : anabaptisme et guerre des Paysans - Thomas Münzer Ancien Augustin, devenu prédicateur, Münzer trouve Luther trop modéré sur le plan politique et social. Influencé par le «millénarisme» (un courant né avec la «grande peur» de l'an 1000 où l on a cru à la venue de l Antéchrist et à la fin du monde) il est partisan d une révolution sociale, de l abolition du servage, des corvées, et des dîmes (prélèvement de 10% des récoltes), ainsi que d un partage immédiat des richesses. Münzer est également le fondateur des Anabaptistes pour lesquels, si un premier baptême peut «protéger» un nouveau né cas de décès en bas âge (fréquent), un second baptême, à l âge adulte, est nécessaire pour confirmer la foi d un individu. Prêchant dans le sud de l'allemagne, Münzer y mène en 1525 un mouvement insurrectionnel : "la guerre des Paysans", attaquant et pillant les châteaux. Il est rapidement pris et exécuté avec ses partisans. Luther a clairement pris position contre Münzer et condamné son action qu'il assimile à de l'anarchie. Pour lui, «les paysans ont de la paille dans la tête». - Les Anabaptistes à Münster Les choses se passent dans la ville épiscopale catholique de Münster, à proximité de la frontière hollandaise. Deux anabaptistes hollandais, le pécheur Jean de Leyde et le boulanger Johann Matthijs prennent le contrôle de la ville avec leurs disciples ( ) y menant une révolution sociale : partage des biens, mais aussi «amour libre» (la fin du monde annoncée pour 1533, a libéré toutes les inhibitions). Ils seront finalement écrasés militairement par les troupes de l'évêque, appuyé par des soldats protestants envoyés par Luther! Pour lui, il s'agissait d'une dérive, d'un insupportable foyer d'anarchie. 4. Le Calvinisme (apparaît en France et se développe d'abord à Genève) - Jean Calvin ( ) C'est un intellectuel humaniste, prof de théologie et membre du "collège trilingue" de Paris. Il fréquente la cour et l'entourage de Marguerite de Navarre sœur de François 1 er, qui s'entoure d'artistes et d'intellectuels pratiquant une certaine liberté d'esprit. On les appellera "libertins" (liberté de pensée et de s'exprimer). Le roi les tolère dans un cercle fermé. Le 1 er novembre 1533, lors de la rentrée à la Sorbonne, le discours du recteur est marqué par une influence luthérienne. Peu après sont affichés dans le palais royal des textes qui critiquent l'eglise catholique et sur lesquels on peut lire " la messe est une cérémonie idolâtre, le culte des saints aussi". Recherché, Calvin se réfugie chez Marguerite de Navarre à Angoulême pour ne pas faire scandale à Paris. Il part ensuite à Baal (bcp d'imprimeurs). En 1536 il publie " l Institution de la religion chrétienne". Reprenant le principe luthérien, il va plus loin et considère que la grâce de Dieu est accordée à des hommes prédestinés et que lui seul connaît. Conception angoissante mais paradoxalement libératrice: les calvinistes sont les plus libéraux en matière économique par exemple (Eglise refuse le prêt à intérêt). 28
29 - La Genève calviniste Calvin s'installe en 1541 dans cette république indépendante. Il y instaure une véritable théocratie: la ville est dirigée par le "Consistoire", assemblée de 6 pasteurs (dont Calvin) et de 12 anciens (bourgeois choisis parmi les "plus sûrs"). Plus rigoriste que Luther, il installe une quasi dictature morale: la vie quotidienne doit être entièrement conforme aux préceptes religieux: distractions et jeux sont interdits. L'intolérance s'installe: Michel Servet, un théologien et médecin espagnol est membre d'un courant protestant radical, les anti-trinitaire (nient le Christ en divinité). Il est aussi panthéiste (Dieu est partout dans la nature). Il est chassé de Genève et entre au service d'un évêque français. Calvin le dénonce à celui-ci comme hérétique. Chassé et ne sachant pas d'où vient la dénonciation, il retourne à Genève où il est arrêté, condamné et brûlé en L'expansion du calvinisme en France et en Europe Le calvinisme se développe en France d abord dans les régions de l Ouest (Languedoc, Normandie, ). Malgré quelques "grandes" conversions (prince de Condé, amirale de Coligny), les protestants sont minoritaires (environ 10%). Ils néanmoins considérés comme "dangereux car ils troublent l'unité du royaume: en 1540, François 1 er publie l'édit de Fontainebleau dans lequel il interdit toute autre religion que le catholicisme. Son fils et successeur Henri II va plus loin et instaure en 1547 une "chambre ardente", un tribunal d'exception qui siège jour et nuit pour juger les hérétiques. En 3 ans, calvinistes sont brûlés. Ailleurs, le calvinisme s'étend surtout dans les Provinces Unies (actuels Pays-Bas), en Angleterre et en Ecosse (où John Knox établit l'eglise presbytérienne, en 1560). Le Palatinat (N-E France), la Bohême, la Pologne et la Hongrie sont aussi concernés, mais ils n'y seront jamais majoritaires. 5. La «Réforme catholique» ou «Contre réforme» Dés il y dans l'eglise catholique des mouvements pour une réforme interne, et le projet de réunir un concile général au palais de Latran à Rome - Le concile de Trente ( ) et l'action du pape Paul III Farnèse La guerre franco-espagnole retarde la réunion que le pape Paul III ( ) convoque finalement à Trente, dans le nord de l'italie. Les sessions s'étaleront sur une 20aines d'années, avec interruptions. Il s'agit de répondre à plusieurs critiques protestantes: En réformant les abus la discipline doit être rétablie au sein de l'eglise. MAIS, on ne touche pas au dogme et aux structures. La traduction des Ecritures, le mariage des prêtres etc sont considérés comme hérésies. L'Eglise catholiques est seule à détenir la "Vérité". En 1542, Paul II crée le tribunal du Saint-Office, chargé de juger le comportement et la foi des ecclésiastiques. C'est ce tribunal qui condamnera en 1663 Galilée pour avoir démontré la justesse de la thèse de Copernic. Pour se sauver lui et sa famille, il se rétractera. 29
30 - Ignace de Loyola et la fondation de la compagnie de Jésus Avec quelques disciples, ce gentilhomme veut ré-évangéliser la Terre Sainte. Il se rend à Rome en 1534 pour avoir l'appui du pape. Paul III lui assigne plutôt la reconquête de l'europe à la foi catholique. Créée en 1540, "la Compagnie de Jésus" est placée sous protection spéciale du pape. Elle ne dépend que de lui. Ordre séculier d'élite, les Jésuites fondent de nombreux collèges où ils dispensent un enseignement de grande qualité, exerçant ainsi une grande influence. C'est l'un des principaux instruments de la "reconquête catholique", de la Contre-Réforme. D) L essor économique 1. Une mentalité plus favorable au travail et au commerce On s'oppose de plus en plus à l'oisiveté: ne pas travailler est désormais de plus en plus mal vu. L'Utopia de Tomas More veut que tous travaillent six heures par jour, y compris les nobles et le clergé, comme contribution au bien commun. Or la société européenne est fondée depuis les débuts du Moyen-âge sur une tripartition (oratores, bellatores, laboratores). La Réforme protestante a supprimé les communautés religieuses régulières car elles sont oisives. L'éthique du travail est une caractéristique importante de la mentalité protestante. L'espagnol Juan-Luis Vives propose à la ville de Bruges un projet visant à donner du travail à tous pour supprimer la mendicité et l'assistanat. Il considère l'oisiveté et la dépendance comme dégradantes. Tout cela va à l'encontre de l'exercice de la charité largement exercée par l'eglise, qui aide une bonne partie de la population en difficulté (invalides, veuves.) à survivre. - La question de la dérogeance En France et en Espagne, on considère que le fait de travailler est dégradant pour un noble. Ils sont en effet voués à l'activité militaire au service du souverain. S'ils travaillent ou investissent ailleurs que dans la terre, ils perdent leur statut. Cette règle arrange les bourgeois qui sont les seuls à exercer des activités commerciales (Aux Etats généraux de 1560, ils refusent, par crainte de concurrence, les exceptions demandées par la noblesse elle-même. (En Angleterre et quelques autres, la noblesse a le droit de commercer)). 2. La naissance de l économie politique - Le prêt à intérêt Interdit par l'eglise, qui le considère comme immoral. En 1522, François 1 er a besoin d'argent et passe outre cette interdiction et emprunte par le biais de l'hôtel de Ville de Paris qui va émettre des rentes. Les particuliers prêtent de l'argent en échange d'une rente à vie. Les protestants ont une attitude beaucoup plus libérale. Luther et Calvin prône respectivement des taux d'intérêts annuels maximum de 5% et 12%. 30
31 - La création des premières bourses Ce mot vient de celui de la famille anversoise des Van der Beurse. La bourse est d'abord l'endroit où se font les importantes transactions commerciales et financières. Une première ouvre à Bruges au 15 ème, d'autres à Anvers, Amsterdam début 16 ème. Toutes les grandes places commerciales européennes auront leur "bourse". - Jean Bodin et l'inflation C'est une juriste et un économiste français du 16 ème. Il étudie "l'inflation", que les Grandes Découvertes ont provoquée en y accroissant la quantité de l'inflation métaux précieux. D'autres économistes italiens, anglais, allemands.ont aussi commencé depuis début 16 ème à publier des ouvrages d'économie politique. C'est une science nouvelle: celle de la gestion de l'etat. - Le mercantilisme Il s agit de l idée qui faut maximaliser le stock monétaire d'un Etat, d'avoir un maximum de monnaies d'or et surtout d'argent. Pour les transactions quotidiennes, on utilise la monnaie "de billon" en cuivre, parfois mêlé d'argent. Le papier-monnaie n'existe pas. Pour les transactions différées dans le temps ou à distance, on utilise des "lettres de change". Le principe étant que le stock monétaire est stable, le seul moyen de s'enrichir est d'appauvrir ses voisins. On agit pour cela sur les droits de douanes. Il faut faire entrer les métaux précieux, et ne pas les laisser sortir. On abaisse alors les droits d'entrée sur les matières dont on manque, afin de les transformer et les revendre plus cher. A l'inverse, on élève les droits d'entrée pour les produits manufacturés étrangers susceptible de concurrencer la production "nationale". Le mercantilisme domine l'économie politique au 16 ème et début 17 ème (le libéralisme le supplantera, en Angleterre et dans les Provinces Unies au cours du 17 ème ). 3. Les utopies sociales: Thomas More, Campanella, Rabelais, Bacon - Thomas Moore ( ) Juriste et chancelier du roi d'angleterre Henri VIII. C'est un catholique réformateur. Dans "Utopia" (le pays de nulle part), il imagine une forme satirique de proto-communisme. En fait les "Utopiens" pratiquent mieux le christianisme que les chrétiens du 16 ème. C'est sa façon de critiquer l'eglise et les mœurs de son temps. Utopia contient 54 villes de 6000 habitants (une taille idéale), un gouvernement élu, il n y a pas de souverain. Tous les citoyens sont égaux, il n y a pas de noblesse et les terres sont des propriétés collectives (propriété de l Etat). Les revenus des habitants sont distribués par l'etat. La vie quotidienne est très réglementée: on se lève à 4h, on se couche à 20h. Les repas sont pris en commun et en musique. Le comportement moral est très contrôlé. Les mariages ont lieu entre 18 et 22 ans. L'adultère est puni de mort. Le "suicide assisté" est envisagé pour les malades incurables, les cadavres sont brûlés (sacrilège!). La religion est unique Il n'y a qu'un seul Dieu, créateur et éternel plus besoin d'un nombreux clergé. Athéisme et "fanatisme" condamnés. On constate que ce projet (comme d'autres utopies postérieures) a des aspects totalitaires, qu'on retrouve aussi dans "La cité du Soleil" (1602) de Tommaso Campanella. 31
32 - Tommaso Campanella Dominicain originaire de Calabre, il a des idées avancées. Suspecté de magie, il est emprisonné durant 27 ans par l'inquisition. C'est en prison qu'il écrit son ouvrage (soustitre: Réforme de la religion chrétienne. Il prône un communisme intégral (considéré comme précurseur). Enfants élevés en commun, mariages souvent imposés. Les travaux agricoles se font en commun durant quatre heures par jour. Le logement est collectif, et tous portent un habit identique. - Rabelais ( ) Moine, prêtre, puis médecin. Il est l'auteur de Gargantua, où il décrit la vie des moines de l'abbaye imaginaire de "Thélème". Au contraire d'utopia, c'est la liberté qui y règne on a supprimé les horloges, les vœux de chasteté et d'obéissance des moines. Le but de la vie est de s'enrichir matériellement, spirituellement et intellectuellement. Pour Rabelais, la liberté est le bien le plus précieux de l'homme. - Francis Bacon ( ) Garde des Sceaux et chancelier sous Jacques 1 er d'angleterre, sa "New Atlantis" (1620) est une utopie scientifique et technocratique. Il n'espère pas un changement social, mais des progrès scientifiques. Pour lui, le gouvernement doit être confié à des savants non élus. La science ne doit pas avoir de frontières, notamment celles imposées par l'eglise, car Dieu à donné à l'homme une intelligence qui lui permet d'agir sur la nature. Il envisage même des manipulations génétiques et la création de nouvelles espèces. En 1620, il conclut dans son "nouvel instrument des sciences" que seule la méthode expérimentale permet de connaître le réel. 4. Un nouvel urbanisme en Italie Les villes médiévales sont faites de rues sans aucun souci de géométrie. A la Renaissance, en Italie dés le 15 ème apparaissent des quartiers nouveaux, bâtis sur un plan géométrique avec des rues larges. L'urbanisme est plus espacé. L'hygiène et la santé y gagnent car l'air y est mieux renouvelé, ce qui limite la propagation de maladies. Dans les campagnes italiennes, on construit depuis 14 ème et 15 ème siècles des villas pour les nobles et les riches bourgeois des villes. C'est aussi une marque de distinction sociale. 32
33 E) Les Grandes Découvertes Découvertes maritimes effectuées par les Portugais et les Espagnols entre 1450 et 1530 (P69). 1. Les Portugais font essentiellement du commerce côtier Ils ne cherchent pas à conquérir les territoires. Ils installent des comptoirs. - L'ouverture de la route des Indes Ceuta (Tout au nord du Maroc, juste en-dessous de Gibraltar) est prise en 1415, puis les Portugais descendent vers le sud le long des côtes africaines. Vers 1450, ils passent le Sénégal et atteignent le Golfe de Guinée(S du Nigéria), Afrique de l Ouest. Ils restent longtemps dans cette riche région (métaux précieux (or), épices (poivre) et esclaves). Les esclaves sont capturés par eux mêmes, ou achetés aux côtiers qui les ont faits prisonniers. Depuis des siècles, les Arabes pratiquaient l esclavage des Noirs, et les Africains eux mêmes réduisaient temporairement les vaincus en esclavage. Ce ne sont donc pas les Européens qui l ont créé, mais ils vont, du 16 ème au 18 ème l'étendre en en faisant un véritable marché et les exploitant parfois jusqu à la mort. En 1475, ils atteignent l'equateur. En 1487, Bartolomeo Diaz franchit pour la première fois le "cap des tempêtes" aujourd'hui appelé le cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud). Parti de Lisbonne, Vasco de Gama arrive le 20 mai 1498 à Calicut sur la côte S-O de l'inde, où il fonde un comptoir. (Il existe déjà des comptoirs chinois ou arabes). Bientôt, les Portugais contrôlent le détroit d'ormuz, qui ferme le Golfe Persique par où transitent les marchandises venues d'orient. En 1505, est créé "l'estado da India" l'administration portugaise des Indes. C'est surtout un contrôle des comptoirs installés sur les côtes de l'océan Indien. En 1511 les Portugais franchissent le détroit de Malacca (S Malaisie actuelle). - L'Inde moghole L'Inde dans laquelle arrivent les Portugais est un royaume hindou dirigé par une nouvelle dynastie musulmane, les Mongols timurides de Babur Shah ( ), appelés "Moghols". Nord de l'inde et régions allant jusqu'à la Turquie; progressivement conquises, à partir du 16 ème siècle, par les Mongols conduits alors par Tamerlan (Timur lang). Cette conquête a coupé la "route de la soie" et celle des épices voyage plus difficile et plus coûteux pour l'approvisionnement de l'occident. (L empire va subsister dans le N de l Inde jusqu'au milieu du 19 ème ). - La découverte du Brésil Amilcar Cabral, portugais, débarque sur la côte du Brésil en Cette découverte est due au hasard des courants, car on ignorait l'existence de l Amérique du Sud. Mais il se trouve aussi qu'à l'occasion du partage en 1494 à Tordesillas entre Espagnols et Portugais, la limite occidentale extrême des territoires portugais avait été située 370 lieues à l'ouest des îles portugaises du Cap Vert (face au Sénégal). Cette ligne passant au milieu du Brésil, certains historiens pensent que les Portugais connaissaient déjà l existence de l Amérique du Sud, mais rien n a jamais pu être prouvé. 33
34 2. Les Espagnols conquièrent et exploitent les territoires et les populations Les conquistadores espagnols, eux, ne restent pas sur les côtes mais pénètrent à l'intérieur des terres pour les exploiter et évangéliser les populations (comme les Portugais). Ils vont découvrir de gros gisements d'or et d'argent. - Christophe Colomb ( ) C'est un marin génois, qui participe à de nombreuses expéditions en Méditerranée et dans l'atlantique avant de faire naufrage, en 1476, au large de Lagos, au sud du Portugal. Il s intéresse à la cartographie et aux explorations lointaines, notamment à l'imago Mundi de Pierre D'Ailly, et aux travaux du géographe florentin Paolo Toscanelli. Comme Pierre D'Ailly, il se trompe sur la distance à l ouest, entre l'europe et l'asie (on ne connaît pas l'amérique, mais on sait depuis Ptolémée, au IIe siècle, que la terre est ronde, une idée longtemps oubliée avant d être définitivement prouvée au 13 ème ). Les deux cartographes voient la terre beaucoup plus petite qu'elle n'est et estiment la distance entre l'europe et l'asie à deux ou trois semaines de navigation. Cette distance n'effraie pas Christophe Colomb qui est déjà allé en Islande. Il entreprend en 1480 des démarches auprès du roi Jean II de Portugal, qui refuse finalement en 1485 (Portugal essentiellement tourné vers l'afrique et la future "Route des Indes"). Colomb se tourne alors vers l'espagne et obtient en 1492 la protection de la reine Isabelle, avec laquelle il signe les "capitulations de Santa Fe". Il obtient le titre d amiral et de vice-roi des Indes (persuadé qu il va débarquer en Asie), ainsi que 1/8e des revenus des terres conquises pour la couronne espagnole, à laquelle revient tout le reste. Il a en outre obligation d évangéliser les populations conquises, et son expédition sera accompagnée de prêtres. Parti le 3 août 1492 sur 3 bateaux, Colomb et sa centaine d hommes d équipage, qui commencent à manquer de vivres, n arriveront que neuf semaines plus tard, le 12 octobre 1492, en vue de l île des Antilles qu il baptisera San Salvador. Assez bien reçus par les indigènes, ils ne rentrent qu en mars 1493 au Portugal. Il fera trois autres voyages dans ces régions, colonisant Cuba, Saint Domingue, allant jusqu au Costa Rica sur les côtes du Venezuela. Il mourra persuadé d avoir découvert des îles voisines du Japon et des côtes inconnues de l Asie. En 1507, le cartographe allemand Martin Waldseemuller propose de baptiser "Amérique" ces régions, d après d Amerigo Vespucci ( ), un navigateur florentin - Le traité de Tordesillas (1494) (situé +- au-dessus du centre de l'espagne) Signé entre Isabelle de Castille, Ferdinand d'aragon et le roi Jean II du Portugal, il trace dans l'océan Atlantique et les territoires adjacents une ligne de démarcation enter les zones de conquêtes espagnoles et portugaises. En 1529, un traité semblable est signé à Saragosse (près de Barcelone, un peu en-dessous de frontière française) pour l'océan Pacifique. Le pape avalise ce partage. Les Portugais ont ce qui est à l'est (Afrique et Asie) et les Espagnols ce qui est l'ouest. 34
35 - La Casa de Contratacion de Indias et les encomiendas Les Espagnols organisent de façon très centralisée leurs conquêtes et l'exploitation économique des territoires. Créée à Séville en 1503, non loin du port de Cadix, la Casa de Contratación («la maison du contrat») est le centre administratif de la colonisation espagnole. C est là que se signent les contrats entre le souverain et les "entrepreneurs de conquêtes", les encomiendas qui précisent que les terres découvertes appartiennent au souverain espagnol, qu'un petit % des revenus ira au conquistador et qu'il se voit "confier" les populations locales, qui travailleront de gré ou de force au bénéfice des Espagnols. - Balboa traverse l'isthme de Panama L Espagnol Vasco Nuñez de Balboa et Pizarro explorent l'amérique centrale et, en 1513, traversent le continent qui n est large à cet endroit (Isthme de Panama) que de +/- 80 km. Ils découvrent à l Ou. un océan qu il baptise "Pacifique". Colomb n'a pas découvert l Asie. - Le tour du monde de Magellan Ce nouvel océan met les Européen au défi de rejoindre cette fois réellement l Asie par l ouest. Patronné par Charles Quint, le Portugais Magellan part en 1519, avec 280 hommes et cinq caravelles, pour un tour du monde. Il longe l'amérique du Sud, la contourne par le détroit qui porte aujourd hui son nom, puis traverse l'océan Pacifique et y découvre des îles, notamment les Philippines (du nom du fils de Charles Quint, futur Philippe II d Espagne), qui seront attribuées définitivement à l Espagne en 1529, par le traité de Saragosse. Magellan y meurt en 1521, lors d un combat avec les indigènes. En 1522, son équipage rentre en Espagne par la route des Indes, contournant l Afrique. Seuls 35 hommes et un bateau arrivent à Cadix, près de trois ans après leur départ. Les combats et le scorbut (carence en vitamine C), ont décimé le reste de l équipage. - Cortès et le Mexique, Mayas et Aztèques Hernán Cortés ( ) est le prototype du conquistador sans scrupules : violent, avide et souvent irrespectueux vis à vis des souverains espagnols (il s'en rend vite indépendant, ainsi que tu gouverneur de Cuba). Depuis le 16 ème, l empire aztèque domine le Mexique. Cortés comprends qu'il y a deux populations rivales il va essayer de diviser pour régner en s'alliant avec les ennemis des Aztèques: les Mayas, implantés surtout au Yucatan (une presqu ile Est du Mexique). L'empire aztèque est très centralisé et très urbanisé. La capitale Tenochtitlan, (Mexico), au plan géométrique, compte habitants, chiffre que n atteint aucune ville européenne. En , Cortés envahit le Mexique et s'empare des richesses. Tout cela avec 400 hommes seulement, mais avec des armes à feu, inventées en Europe au 15 ème et des chevaux, animal alors inconnu au Mexique. Les Espagnols bénéficient aussi d une légende aztèque annonçant le retour d un Dieu vengeur, avec lequel Cortes et ses hommes sont assimilés. 35
36 Les Espagnols s emparent d'importantes mines d'argent (aussi or, cuivre, mercure) exploitées par les Aztèques à Zacatecas, ce qui va considérablement augmenter la richesse de l Espagne pendant plus d un siècle. De nouvelles plantes comestibles comme la P-D-T et le maïs sont également ramenées en Europe (mais d abord pour bétail). La PDT est généralisé dans l'assiette courant 19 ème. Les Européens ne commenceront à les consommer qu au 17 ème et surtout au 18 ème siècle. Le cacao (mélangé avec eau, pas avec lait), pris sous forme de boisson amère (parfois comme médicament), et le tabac (d abord "prisé" plutôt que fumé) font aussi leur entrée dans la vie quotidienne des colons avant de se répandre en Europe dans la seconde moitié du 17 ème. (D Ethiopie, le café, importé par les Vénitiens devient à la mode vers le milieu du 17 ème. D origine chinoise, le thé est introduit par les Hollandais au 17 ème et se popularise au 18 ème ) - Pizarro et le Pérou: l'empire quechua ou Inca C'est un conquistador comme Cortés. Au Pérou, dans l'empire centralisé des Quechuas (+/- Pérou (gauche du Brésil) et Bolivie actuels), les Incas constituent une oligarchie privilégiée en même temps qu une "caste sacerdotale": ils gèrent le rapport avec les dieux, gouvernent l'état et possèdent environ deux tiers des terres. Même s ils disposent d un réseau de sentiers dense et bien entretenu, les Quechuas ignorent le cheval, et la roue, deux éléments qui donnent aux 200 hommes de Pizarro une grande mobilité (37 chevaux). Il arrive au Pérou en Ses hommes pratiquent systématiquement la terreur et le pillage pour s emparer de l or. On estime qu ils sont revenus de l expédition avec 18 kilos d'or chacun en moyenne. Les Espagnols découvrent aussi les mines d argent de Potosi, extrêmement rentables, et qui seront exploitées de 1545 à la fin 18 ème. Comme au Mexique, le Pérou est "christianisé" de force, en commençant pas son chef politique et religieux, Atahualpa, étranglé après sa conversion publique et son baptême. Ceci afin de montrer aux populations locales que le dieu des Européens est plus puissant que ceux des Incas qui n'ont pas su le protéger. Les populations se soumettent assez facilement. 3. Anglais et Français en Amérique du Nord Ils tentent d'investir l'espace laissé vacant au N-O par les Espagnols et les Portugais, et cherchent aussi une route maritime vers l'asie qui contournerait l'amérique du Nord. Dés 1497, l'italien Giovanni Cabotto (John Cabot) part de Bristol. Il découvre l'île de Terre- Neuve, zone de pêche prolifique. En , son frère Sébastian explore le Labrador et la baie d'hudson. Sans succès pour aller en Asie. En 1534, Jacques Cartier, explorateur français, entre dans l embouchure du fleuve Saint- Laurent et remonte jusqu aux emplacements actuels de Montréal et de Québec. Il faut attendre le 17 ème pour que Samuel Champlain implante une petite colonie à Québec. 36
37 4. Les conséquences économiques des Grandes Découvertes - Enorme afflux de métaux précieux En Europe, les principaux gisements de métaux précieux sont situés dans le sud de l'allemagne et en Bohême, mais ils sont très inférieurs en production aux gisements américains: Entre 1500 et 1550, la quantité d argent disponible est X3, l'or X2. Résultat : Inflation. En 50 ans, les prix sont X6 en France. Autre: Espagne et Portugal sont désormais riches, mais sentiment de prospérité relativement artificiel, car ils ne vont pas en profiter pour développer leur économie, préférant profiter des richesses pour procéder à des achats à l'étranger (ex: les vêtements sacerdotaux des prêtres sont cousus de broderies de fils d'or et d'argent). Au Mexique et au Pérou, le savoir faire nécessaire n existe pas et les meilleurs artisans en Europe sont les Lyonnais. On importe donc les métaux précieux des colonies espagnoles pour faire fabriquer ces broderies en France puis renvoyer le produit fini vers les colonies. Aux 17 ème et 18 ème siècles, le flux s'est tari, a diminué, s'est effondré. 5. Le débat sur la colonisation - Les dégâts de la colonisation: hécatombes et esclavage 80% des indigènes décèdent suite aux colonisations. Ces décès en sont pas vraiment dus aux combats et aux massacres, mais plutôt : Au choc microbien face aux maladies contagieuses des européens (grippe). Au travail forcé, dans les mines. Pas de souci de santé ou bien-être. Fuite des indigènes vers des zones inhospitalières, difficiles à exploiter Traite des esclaves à partir de 1501 du côté de Cuba, alimenté par l'afrique - Bartholomé de Las Casas: le premier anticolonialiste? En tout cas c'est le premier a avoir écrit qqch sur les conséquences de la colonisation. Las Casas ( ) est lui-même colon à Cuba. Choqué par le sort fait aux indigènes sur les plantations, il entre dans les ordres en 1506 et est fait prêtre en En 1517, il rencontre Charles-Quint en Espagne. En 1522 il rejoint l ordre des Dominicains. Devenu prédicateur, il justifie la colonisation et l évangélisation, mais demande qu on traite les "Indiens" comme des travailleurs espagnols. Face à l opposition des colons, il se rend plusieurs fois en Espagne où il obtient le soutien de Francisco de Vitoria ( 1546), dominicain, juriste qui plaide pour le "droit naturel", universel de la personne humaine préfigurant les droits de l homme. Las Casas dédie en 1542 à Charles Quint ( ) sa Brevisima relación de la destrucción de las Indias. La même année, Charles Quint édicte les Leyes nuevas, qui ordonnent aux colons de traiter humainement les populations colonisés, sans grand effet sur le terrain. Las Casas, promu évêque, est plus humaniste qu anticolonialiste. Et encore Pour protéger les Indiens, il va jusqu à appuyer la déportation de Noirs africains qui commence dans les Antilles dès les années Néanmoins, l'eglise condamne plusieurs fois l'esclavage: lors du concile de Trente Sous le pape Urbain VIII, fin du 16 ème. Sous le pape Benoît XIV, «pontife «éclairé», milieu du 18 ème, 37
38 - Naissance du relativisme culturel C'est le fait de considérer qu'il n y a pas de valeurs universelles, mais que chaque culture a ses valeurs et qu'elles se valent. L'Occident n'avait pas le droit d'imposer ses valeurs au monde. Un premier exemple est Las Casas, qui estime qu'il fait respecter les coutumes des Indiens, y compris sacrifice et cannibalisme. Mes Grandes Découvertes posent la question de l'unicité de l'espèce humaine. Débats pour savoir si les "Indiens" sont des hommes ou non, ont-ils une âme? Si oui ils peuvent être convertis et "sauvés". Sinon, justes des animaux perfectionnés. A ce sujet a lieu une controverse en 1550, à Valladolid : Las Casas soutiens la thèse humaniste face Juan Gines, mais l'eglise ne tranche pas nettement. 6. L Extrême Orient : Chine et Japon Sur la côte chinoise, comptoir fondé par les Portugais à Canton en 1517, à Macao en 1533 (portugaise 1997). En 1543, ils débarquent dans le sud du Japon, à Kyushu. Chaque fois, les Portugais sont accompagnés d'évangélisateurs jésuites. - La Chine La dynastie des Ming règne depuis 1368 et se prolonge jusqu à la fin du 16 ème. C est un pays extrêmement centralisé, l empereur a un pouvoir absolu et son administration est nombreuse et hiérarchisée. La Chine compte 70 millions d habitants (France=20 millions). Fin 16 ème donc, la dynastie Ming est renversée par l'invasion des Mandchous qui installent la dynastie des Qing en 1644 et qui règne jusque Elle connaît deux règnes très longs: Ceux de Kangxi ( ) et Qien-Long ( ). Au 18 ème siècle en Europe, on considère l'empereur comme le modèle du "despote éclairé". Au début, les Chinois acceptent assez facilement la venue des européens. Les empereurs sont notamment intéressés par les connaissances astrono et astrolo des jésuites qu ils prennent comme conseillers. Ceux ci tentent de convertir l empereur (donc le pays), mais sans succès. - Le Japon C'est un empire très militarisé. La dynastie Ashikaga se repose sur les shoguns pour le contrôle du territoire. Etre sacré, l'empereur vit dans son palais et ne se montre pas. Au départ, les missionnaires jésuites sont bien accueillis et font rapidement des milliers de conversions, ce qui inquiète le pouvoir. En 1573, la dynastie Ashikaga est renversée par le général Hideyoshi dont le régime dure de ). Les Tokugawa prennent ensuite le pouvoir de 1603 à Des persécutions radicales vont peu à peu éliminer toute présence chrétienne au Japon/ En 1638, on expulse tous les étrangers. Seuls les Hollandais peuvent continuer de commercer (ils n'ont pas tenté de convertir les Japonais), mais ils sont encadrés et n'ont droit d'accès qu'au port de Dejima (Cette situation restera jusqu'au milieu 18 ème ) 38
39 F) Machiavel 1. La montée du pouvoir princier en Italie du Nord Dans la plupart des grandes villes italiennes, une oligarchie détient le pouvoir. Dans certaines cités, des dynasties princières se sont formées : les Médicis à Florence ; les Este à Ferrare et Modène ; les Gonzague à Mantoue ; les Visconti à Milan. La vie politique y est très mouvementée, avec des vengeances familiales, des coups d'etat, des meurtres, etc. 2. Nicolo Machiavelli ( ) C'est un haut fonctionnaire de la République florentine. Opposé en 1512 au retour au pouvoir des Médicis, Il va connaître la torture, la prison et l exil. En 1513, il écrit "Le Prince" qui se présente comme un manuel de gouvernement pour un prince souverain. En politique, il faut mettre de côté les principes de la morale si l on veut assurer la stabilité du pouvoir et la paix publique. La liberté des citoyens ne vient qu ensuite. TEXTE 4 «Quand la sécurité de son pays repose entièrement sur la décision à prendre, aucune attention ne doit être portée à la justice ni à l'injustice, à la bonté ni à la cruauté, au mérite ni à l'ignominie. Au contraire, toute autre considération étant mise de côté, il faut adopter sans hésitation le parti qui sauvera l'existence et préservera la liberté de son pays.» Machiavel, Discours sur la première décade de Tite Live, livre IV (1531) La fin justifie les moyens, l'efficacité passe avant tout. Beaucoup d'hommes d'etat des 16 et 17 ème suivront ses conseils (Richelieu). "Le Prince" sera très critiqué pour son cynisme, par Erasme par ex. Il sera censuré par l'eglise G) Vers la monarchie absolue 1. Les Etats européens à l'aube des temps modernes Ils se structurent et renforcent leur administration. Les souverains veulent le monopole: En matière fiscale Dans le domaine juridique Dans la force armée Ces trois monopoles constituent la "colonne vertébrale" d'un Etat au sens moderne. 2. La France : fin de la féodalité et centralisation du pouvoir Avec 16 millions d'ahbitant début 16 ème, la France est l'etat le plus peuplé d'europe (Espagne 6 millions, Angleterre 4 millions). - La fin de la féodalité Fin 15 e début 16 e, on assiste à la fin des valeurs dites chevaleresques. Louis XI ( ) est le modèle du souverain «machiavélien», fourbe et cynique. Lors des guerres d Italie ( ), les armées de Charles VIII et de Louis XII pratiquent systématiquement : pillage, incendie, viol, meurtre etc pour inspirer la terreur et conquérir plus vite le pays. Le souverains cherchent à diminuer le pouvoir des grands féodaux comme ducs de Bourgogne, alors principaux rivaux des monarques français. 39
40 - La centralisation On réunit le moins possible les Etats généraux, que le souverain convoque lorsqu il le souhaite (généralement pour raison fiscale) et où siègent le clergé, la noblesse (qui représente le peuple des campagnes), et le tiers-état (qui représente la bourgeoisie urbaine). Ils ne sont pas réunis entre 1484 et Pour arriver à un monopole juridique, Louis XII ordonne en 1505 la codification des coutumes (jusque là, droit oral et transmit de gén en gén). Quelques textes seulement. On commence donc un relevé de l'ensemble des lois de toutes les provinces du royaume. - Le règne de François 1 er ( ) Il prend de nombreuses initiatives centralisatrices : Linguistique : Mnt seule la langue d'oïl (du C et N de la France) est langue officielle. Démographique : les curés tiennent des "registres paroissiaux" où sont notés baptêmes (donc pas toutes les naissances, car il y a une forte mortalité infantile), mariages et funérailles catholiques. A partir de 1539, l Église doit fournir à l État un double de ces registres, afin de mieux connaître les ressources fiscales et de recrutement militaire. Les "registres de l'etat-civil ne sont créées qu'après la Révolution française. En 1516, François Ier signe avec le pape le Concordat de Bologne. Désormais c'est le roi qui choisira les évêques et les abbés des grandes abbayes, le pape se contentant de les consacrer. La politique gallicane l emporte sur "l ultramontanisme" (favorable à la primauté spirituelle et juridictionnelle du pape sur le pouvoir politique). 3. L'Angleterre et l'anglicanisme : le règne d'henri VIII ( ) Très pauvre au nord et au Pays de Galles, l Angleterre a 2grands atouts écon et commerc : L'élevage de moutons, répandu, permettant de nourrir la population et d'exploiter la laine, tissée en Angleterre et dans les Flandres La pêche et le commerce maritime, favorisé par des "Navigation Acts" depuis le règne d Henri VII ( ): les navires anglais ont le monopole du transport de certaines marchandises Bon chrétien, Henri VIII est cependant désireux de contenir le pouvoir de l'église et de la subordonner à l'état. Entouré de césaro-papistes, il commence dès 1525, sous prétextes à confisquer un certain nombre de biens ecclésiastiques. Vers 1527, n en ayant pas de fils survivant (seule Marie Tudor survit, mais elle ne peut monter sur le trône), il veut faire annuler par le pape son mariage avec Catherine d'aragon, qui est aussi la tante de Charles Quint. Ne plaît pas à l'espagne et ses alliés. D autant qu il veut aussi épouser sa maîtresse Anne Boleyn. Pour obtenir l annulation de son mariage, il plaide le fait que Catherine a d abord été mariée à son frère aîné, Arthur, décédé en Or un passage de la Bible interdit d épouser la veuve de son frère. Le pape Clément VII Médicis, sous l'influence de Charles Quint, refuse (politiques). Henri VIII décide donc, en 1531, de rompre avec Rome et de se proclamer seul chef de l'église d'angleterre. En 1533, il épouse Anne Boleyn [qui donnera la future Elisabeth Ière). En 1534, il édicte le "Supremacy Act" qui officialise la rupture avec Rome et crée une Église d Angleterre qui mêle traditions catholique (hiérarchie, ecclésiastique, messe) et protestante (suppression des ordres réguliers et des monastères, mariage des ecclésiastiques). 40
41 Le roi en profite pour confisquer les domaines de l Église, qui représentent plus d 1/4 du territoire. Conséquences importantes pour la société anglaise car la couronne va peu à peu revendre ces biens. De nombreux bourgeois enrichis vont ainsi s'installer à la campagne pour y mener un genre de vie aristocratique, transformant couvents et prieurés en manoirs. Cette nouvelle classe sociale, la gentry constitue une particularité de la société anglaise. - Edouard VI ( ) Fils d'henri VIII et sa 3 ème épouse, Jane Seymour. Il à peine 10 ans lorsqu'il monte sur le trône. Il est alors encadré par deux régents, des calvinistes convaincus, qui vont donc faire passer l'eglise anglicane vers le protestantisme. 4. Charles Quint et les divisions religieuses dans le Saint Empire En 1519, Charles Quint est élu empereur par les 7 princes-electeurs. Né à Gand en 1500, son arbre généalogique est impressionnant. (en 1500, nos régions, les Pays-Bas bourguignons, deviennent espagnoles). Arbre généalogique de Charles Quint: Marie de Bourgogne (Pays-Bas + Bourgogne) Isabelle de Castille (1/2 Espagne) + + Empereur Maximilien de Habsbourg (Autriche) Ferdinand d Aragon (1/2 Espagne) l l Philippe le Beau + Jeanne la Folle I I Charles Quint, devient en 1516 Roi d Espagne (empire colonial) et en 1519, élu empereur du Saint-Empire, il va également faire des conquêtes en Italie. Il hérite donc : Par son père, les Etats bourguignons (dont les "Pays-Bas" Belgique et Luxembourg) et le Saint-Empire Par sa mère, des royaumes espagnols de Castille et d'aragon, qu'il unifie lors de son accession au trône en Il contrôle d'immenses territoires, allant du sud de l Espagne à la mer Baltique, et encerclant la France. Il va d ailleurs les étendre également à une partie de l Italie. Après la condamnation de Martin Luther à Worms en 1520, Charles Quint lutte contre l expansion du protestantisme. C est d ailleurs dans nos régions, les "Pays Bas espagnols" que commence la persécution contre les protestants : en 1520 deux moines Augustins luthériens sont condamnés à mort et brûlés à Anvers. La répression s accentuant, en 1529 ont lieu les premiers affrontements armés entre princes catholiques et protestants dans le Saint Empire. Les protestants se sont unis au sein de la Ligue de Smalkalde (Allemagne orientale). En 1547, à Mühlberg (Saxe) Charles Quint est vainqueur. En 1548, dans l'intérim d'augsbourg (Bavière), il réaffirme la catholicité du Saint Empire. Cette situation ne dure pas, et les combats reprendront très vite. l l 41
42 5. La naissance de la Suède Sous domination du Danemark depuis 1397, la Suède et la Norvège sont des états principalement agricoles. Danemark possède les deux rives du détroit de Sund (péage). En 1518, Gustave Vasa prend la tête d'une révolte contre le Danemark. En 1523, les Danois sont repoussés de Suède et Gustave Vasa est proclamé Roi de Suède (Gustave 1 er ). En 1525, il se converti au luthérianisme ainsi qu'une partie des Suédois. 6. La Pologne : l'apogée du royaume de Pologne Le Royaume de Pologne vit de l exportation du blé et du bois. Ce pays se singularise par un phénomène de tolérance, elle englobait des catholiques, des protestants, des orthodoxes et même des peuples musulmans + Stabilité politique. En 1572, la dynastie Jagellon cesse de régner. Un régime d'élection du souverain par une diète de milliers de nobles se met en place. En 1652 est instauré le "liberum veto" qui accorde à tout noble la possibilité de contester une élection (soumise à la règle de l'unanimité). La diète dissoute souvent menace le pays. Au 17 ème, la Contre-Réforme s'impose en Pologne, sous l'action des Jésuites. La tolérance est un souvenir. 7. Soliman II le Magnifique et l'apogée de l'empire ottoman L'Empire ottoman connaît une expansion importante dans la 1 ère moitié du 16 ème. Soliman II poursuit les conquêtes de son prédécesseur Mehmet II. En 1521, Belgrade est prise, et la Croatie tombe peu après. En 1526, la victoire de Mohács ouvre la Hongrie, qui est conquise. Ils poursuivent jusque Vienne et font un siège en 1529 mais il échoue. A l'est, les Ottomans prennent Bagdad en 1534 et des corsaires "barbaresques" travailleront pour le sultan. Istanbul atteint habitants sous Soliman II plus grande ville d'europe. 42
43 Troisième Partie: les guerres de religions et l Âge baroque ( ): La difficile naissance du pluralisme religieux A) Les grandes dates 1555 : Paix d'augsbourg dans le Saint Empire : Abdications de Charles Quint : Règne d'élisabeth Ière Angleterre 1563 : Fin du Concile de Trente 1566 : Début de la révolte des Pays Bas espagnols 1570 : Grave défaite navale des Turcs ottomans à Lépante 1572 : Massacre de la Saint Barthélemy à Paris 1581 : Proclamation de la République des Provinces Unies 1593 : Henri IV se fait catholique pour monter sur le trône de France 1603 : Les Stuart succèdent aux Tudor sur le trône d'angleterre 1610 : Assassinat d'henri IV 1613 : La dynastie des Romanov s'impose en Russie : Guerre de Trente Ans dans le Saint Empire : Richelieu exerce le pouvoir 1628 : Découverte de la circulation sanguine par William Harvey 1632 : Galilée : Dialogue sur les deux grands systèmes du monde 1635 : Richelieu fonde l'académie française 1637 : Descartes : Le discours de la méthode 1648 : Traités de Westphalie : La Fronde : Exécution de Charles Ier Stuart et dictature de Cromwell B) Baroque et classicisme: sentiment et raison 1. Un conflit entre deux visions du monde Le classicisme, régulier, symétrique, sobre, s'inspire de l'antiquité. (Protestant plus) Le baroque, plus exubérant, est une création de la Contre réforme catholique. L'art baroque est clairement un art de propagande faisant appel à l'émotion du spectateur, par sa magnificence, ex. dans les bâtiments religieux. Le but est de séduire le spectateur. La religion catholique prône d ailleurs la simple soumission à un ordre établi: la parole de l Église doit être crue par le croyant sans qu il se pose de questions. Le protestantisme se veut une religion plus intellectuelle, elle fait appel à la réflexion individuelle des croyants : il faut lire les Écritures, afin de se faire sa propre idée. On cultive donc plus l esprit rationnel ainsi qu une certaine austérité bourgeoise à côté de laquelle l art baroque paraît outré et décadent. Ainsi, en Allemagne du Nord, Scandinavie, Angleterre et Provinces Unies, une forme de sobriété classique va s'imposer. 43
44 La société des pays catholiques se distingue également de celle des pays protestants par la place et l attitude de la noblesse. Après 1600, (en France comme en Espagne), elle se ferme de plus en plus, notamment dans l armée où elle monopolise les grades d'officiers. La pratique du duel est considérée par la noblesse comme l un de ses privilèges que les souverains, inquiets d une possible hécatombe parmi des sujets utiles à l armée, s'efforcent sans succès d interdire. Fidèle à la tradition féodale, la noblesse est d ailleurs opposée au renforcement du pouvoir central tout comme à l armée de métier. Dans les pays protestants, si la noblesse reste prestigieuse, son rôle politique est plus modeste, et la bourgeoisie commence à imposer ses valeurs. 2. Le Concile de Trente ( ) - Le refus de tout compromis avec les protestants Presque un tiers de la population européenne n est plus catholique au milieu du 16 ème siècle. L'influence des Jésuites dans la Contre Réforme est majeure : ils représentent la pointe avancée de la réflexion catholique. Ils réaffirment le principe du libre arbitre selon lequel l homme est responsable de ses actes devant Dieu. Les "œuvres" sont donc déterminantes pour le salut éternel, contrairement aux thèses protestantes de la grâce et de la prédestination. Pour les catholiques, l Église n'est pas la "congrégation des fidèles" dont parlent les protestants. C est un corps institué par le Christ, conduit par un berger, le pape. L Église refuse la traduction des Saintes Ecritures en langue vulgaire: les fidèles n ont pas à interpréter les Écritures, seul le clergé doit y avoir accès et en donner le sens (symbolique). - La restauration de la discipline L évêque (ou représentant) doit visiter une fois par an chacune des paroisses dont il a la charge, afin de vérifier le comportement des prêtres, la connaissance qu ils ont de la théologie, la bonne tenue des registres, etc. Pour les fidèles, la communion devient obligatoire une fois par an au minimum, à Pâques. Les affaires de mœurs sont susceptibles d'être traduites devant les tribunaux ecclésiastiques, seuls compétents dans les questions relatives au mariage, puisque seul le mariage religieux existe. Dans beaucoup de pays catholiques du 16 ème, on relève l'âge du mariage sans consentement des parents à 25 ans pour les femmes et 30 ans pour les hommes (mais on peut se marier plus tôt si les parents sont d'accord). C est aussi, pour l'eglise, un moyen d augmenter les chances de voir des jeunes gens s engager dans les ordres. Enfin un Index est créé en 1559, contenant la liste des ouvrages interdits («mis à l Index»). 3. Le baroque: un instrument de la propagande catholique C est un art spectaculaire, qui joue sur la dramatisation, souvent sur le trompe-l'œil. Au 18 e, évolue vers le rococo, notamment en Italie, pays germaniques et Europe centrale, ou en France où il sera brièvement à la mode sous Louis XV. Le rococo est une sorte de "maniérisme" de l'art baroque, une sophistication jusqu'à la déstructuration des formes, la dissymétrie, la création de formes quasi végétales, loin du premier baroque tel qu inventé au 16 ème en Italie. 44
45 - Les résistances Cependant, résistances dans certains pays catholiques, comme en France où le pouvoir qui impose sa mode, fait le choix d'une plus grande sobriété. L'art baroque semble trop ornementé, pas assez solennel et équilibré. Le mot "baroque a d ailleurs longtemps eu une connotation péjorative en français, synonyme de quelque chose d excessivement "chargé". Il y a deux pays où le baroque n'a absolument pas sa place : l'angleterre et les Provinces Unies, pays protestants où la bourgeoisie impose ses valeurs. En Angleterre, c'est le palladianisme qui va l'emporter (de l'architecte italien Andrea Palladio qui a construit de nombreuses "villas" en Vénétie, notamment au bord du Pô). Ce goût classique qui fait référence à l'antiquité va influencer les architectes anglais, comme Inigo Jones qui construire des villas du style palladien (milieu 17 e ). Ce style n'est pas réservé à l'aristocratie, car la gentry va également adopter ce style. Dans les Provinces Unies, l'architecture est très sobre, même qu'aujourd'hui. La peinture hollandaise de Vermeer, Hals et Rembrandt met en avant des valeurs bourgeoises. Les portraits de groupes très réalistes montrent des bourgeois dans le cadre de leurs fonctions municipales, leur société de chasseurs, ou lors de banquets, tous habillés de noir et témoignant d une certaine austérité sensée refléter une vie simple, honnête et morale. Dans les Pays Bas espagnols catholiques au contraire, l Anversois Peter Paul Rubens peint des sujets religieux ou mythologiques où chairs, couleurs exubérantes, postures et décors irréels reflètent tout le "merveilleux" de l art baroque. 4. Les progrès de l'individuation - Dans la vie quotidienne Le besoin d'intimité croissant, l'espace privatif dans les habitations nobles et bourgeoises se développe. Dans les maisons des classes populaires, urbaines ou rurales, il y a une pièce unique chauffée par une cheminée et entourée de coffres. Parfois une alcôve fermée par des rideaux et où l on dort offre un peu d'intimité. Apparaissent dans les maisons bourgeoises des pièces spécialisées: chambres, bureau. Au 17 ème apparaît le couloir, qui permet de passer d'une pièce à l'autre sans gêner l'entourage. Il ne se généralise qu au 19 ème. La pudeur se répand apparition au 17 e, dans milieux aisés, des toilettes; un siège caché par une "petite toile" En 1623, un architecte parisien, Pierre le Muet prévoit dans son Traité d'architecture, qu'une maison "moderne" comporte une toilette à chaque étage (3 siècles pour y parvenir). - Dans les arts et la littérature C'est la 2ème moitié du 16ème que naissent le théâtre et l'opéra. Nés d abord dans les cours royales et seigneuriales, ces spectacles profitent d une urbanisation croissante. Shakespeare (Angleterre), ou Lope de Vega (Espagne), s inspirent à la fois du théâtre antique et de la Commedia del Arte italienne. Sur le plan des arts, on assiste à l'essor des collections privées (le "musée" public n'existe pas encore). Ces œuvres sont exposées dans des "cabinets de curiosités". La plupart des grands souverains et aristocrates ont le leur, comme certains riches bourgeois. La visite est réservée aux personnes autorisées et aux voyageurs issus de lasses aisées. 45
46 - La naissance de l'écrivain à succès Le phénomène reste encore marginal. Le premier best seller, les Lettres provinciales de Blaise Pascal paraît en France en Quelques dizaines de milliers d exemplaires sont vendus en quelques semaines et elles font toutes les conversations dans les salons de Paris et des grandes villes françaises. Philosophe et savant, Blaise Pascal ( ) fait parler un "provincial" découvrant "la morale relâchée des casuistes" les Jésuites, qui pour mieux reconquérir les âmes, se montrent trop indulgents vis à vis du péché. Pascal en effet est proche des Jansénistes, un courant catholique rigoriste et moralisateur, très influencé par l augustinisme, qui est né au début du 17 ème des écrits de l évêque d Ypres, Cornelius Jansen, dit Jansénius Les Jansénistes se rapprochent des protestants par la critique de l'eglise catholique, mais veulent la réformer de l'intérieur. Pascal passionne de semaine en semaine le public et le fait rire en se moquant des confesseurs Jésuites. - La naissance de l'opinion publique Avec ce genre de publications à succès, une "opinion publique" est en train de se former, grâce à l alphabétisation qui progresse dans les milieux bourgeois. Le débat sur le tyrannicide au début du 17 ème, ou l épisode de la Fronde entre 1648 et 1653 y contribueront aussi. La presse elle même naît peu avant le milieu du 17 e. A partir de 1631, patronnée par Richelieu et dirigée par Théophraste Renaudot, paraît chaque vendredi sur quatre pages la Gazette de France, premier journal français. Étroitement contrôlée par le pouvoir, elle contient des nouvelles de la cour de France et des cours étrangères, sans commentaire (utiles). En Allemagne et en Angleterre, des feuilles similaires apparaissent à la même période , presse +- régulière. Les pamphlets= textes d'opinions non réguliers. - La culture des salons et le rôle nouveau des femmes Les jeunes filles des milieux privilégiés sont désormais éduquées dans des collèges ou des pensionnats jusqu à l âge de 15/16 ans. Dans le cadre de la Contre Réforme, deux ordres religieux féminins, les Ursulines (1535) et les Visitandines (1610) se consacrent à l'éducation des filles des milieux aisés. Dans les pays protestants, l alphabétisation des filles est encore plus systématique, même si ne mène pas à une plus grande émancipation. A l époque, (milieux aisés), le mariage est surtout une alliance entre deux familles, un mariage "de raison ou d argent". Mari et femme menaient donc souvent une vie assez indépendante et quelques femmes ont eu l idée de "tenir salon" une fois par semaine. Afin de ne pas se faire concurrence, chacune avait son jour de la semaine. Etaient reçus, les habitués, mais aussi leurs invités. C est l occasion pour elles de jouer un rôle dans la vie sociale et culturelle. Par ce biais, certaines commencent à avoir une influence, qui deviendra plus importante à la fin du 17 ème, et surtout au 18 ème (voir ci dessous). Si les femmes ne peuvent alors jouer au théâtre ou opéra, certaines se font connaître par leurs écrits telles Louise Labé (la belle Cordière) ou Marie de Gournay. A Venise, des poétesses et courtisanes entretiennent des "cours d'amour" dès le 16 ème. Dans les Pays Bas espagnols existent des "chambres de rhétorique", sortes de sociétés de poésie où s illustrent quelques femmes, dont à Anvers au 16 ème siècle, Anna Bijns. 46
47 La reine Christine de Suède se passionne pour les arts et la littérature. En 1654, elle quitte le pouvoir pour aller s établir à Rome. Convertie au catholicisme, elle y tient un salon littéraire et artistique. Si l éducation et le rôle culturel des femmes progressent globalement pendant cette période, les exemples cités ci dessus ne sont que de brillantes exceptions. La femme mariée restera en effet juridiquement "mineur " jusqu au 19 ème siècle au moins. 5. Le XVIIe siècle pose les bases de la science moderne Les bases scientifiques du mouvement des Lumières, qui se développera au 18 ème sont posées dés le milieu du 17 eme. - Giordano Bruno Moine dominicain, il écrit que l univers est infini, contredisant la doctrine de l Eglise. Accusé de panthéisme, il est arrêté, condamné et brûlé à Rome en Francis Bacon (Voir 2 ème Partie D-3). Il a écrit deux ouvrages importants: "The Advancement of learning" En 1620, il conclut dans son "Nouvel instrument des sciences" que seule la méthode expérimentale permet de connaître le réel. - René Descartes En 1637, il publie "Le discours de la méthode". Après une carrière militaire dans différentes armées, il s'est installé en Hollande pour être tranquille de la censure catholique et se consacre aux sciences et à la philosophie. Proche des idées de Bacon, il déclare que Le monde peut s'expliquer par les lois mécaniques, il suffit de les découvrir. L'expérience en est le moyen Le "doute méthodique" doit être la règle: il faut douter de ce qui n'est pas démontré (y compris donc les textes sacrés) Descartes a aussi l'intuition de l'atomisme: "tous les corps sont fait d'une même matière, différemment arrangée". Cette approche est notamment due au progrès de l'optique (microscope/télescope: la réalité est plus complexe que ce qui est perceptible. TEXTE 5 «Il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et (...) au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, (...) nous les pourrions employer (...) à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie». Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, chap. 6 (1637). 47
48 - Galilée ( ) Il écrit en 1623: " le monde est écrit en langage mathématique". Expliqué scientifiquement. En 1632, il reprendre les thèses de Copernic (Soleil au centre) et évoque aussi l'atomisme. Ses ouvrages sont mis à l'index et il est condamné par le Saint-Office. Il se rétracte (cf Part2). - William Gilbert découvre en 1600 les lois du magnétisme et l'électricité statique - William Harvey explique en 1628 la circulation du sang et le rôle du cœur. - Les libertins érudits et le matérialisme, en France et Italie Ce sont des penseurs, des savants qui s'affranchissent des dogmes, notamment religieux. On les appelle aussi des "esprits forts" ou "libres penseurs". En France, un petit groupe s'organise autour des savants Pierre Gassendi, Gabriel Naudé et Cyrano de Bergerac. En Italie, à l'université de Padoue un cercle se constitue autour de Pietro Pomponazzi, un matérialiste athée pour lequel l'âme est matérielle et disparaît avec le corps. C est une remise en cause de la croyance chrétienne en la résurrection. 6. Dévots et Jansénistes Ces deux mouvements, catho et fondam, s opposent au "laxisme" de l'église et des Jésuites. - Les dévots En France, le "parti dévot" est constitué de gens issus de milieux aisés qui vont tenter d influencer le souverain et la cour en faveur d une religion plus intérieure, et d un certain mysticisme. En 1604, le cardinal de Pierre de Bérulle, chef des dévots, introduit en France l ordre des Carmélites, où l on fait vœu de silence, afin de "se fondre en Dieu". "Madame Guyon" tient à Paris un salon dévot. - Le jansénisme En 1608, Angélique Arnaud réforme une abbaye dont elle est l'abbesse : Port Royal des Champs, une orientation dévote. Elle rencontre l'abbé de Saint Cyran, disciple de Cornelius Jansen, évêque d Ypres, dit "Jansénius". En 1625, la réforme est étendue à Port Royal à Paris. Richelieu s'en inquiète: en 1638, Saint Cyran est arrêté. Entre temps, le mouvement a pris de l'expansion. "L Augustinus", n est édité qu en 1640, mais est connu dès 1625 par des copies manuscrites. Il critique: L'humanisme et son admiration pour l Antiquité préchrétienne Les "esprits forts" en général Il souligne que l homme est mauvais depuis le péché originel, et que la vie sur terre n est qu une épreuve de réhabilitation face à Dieu. Comme les protestants, il estime la grâce de Dieu nécessaire au salut. Les Jansénistes vont tenter de réformer l Église de l'intérieur. Pour eux, elle est trop compromise dans les affaires temporelles et trop soumise au pouvoir civil. Dès les années 1630, les autorités politiques et religieuses françaises s allient contre les Jansénistes. Ce conflit durera pratiquement jusqu à la fin de l ancien régime (voir ci-dessous). 48
49 C) La question de la tolérance religieuse 1. Tolérance négative, tolérance positive Tolérer à deux sens : On tolère ce qu'on ne peut empêcher attitude pragmatique, tolérance "négative". On accepte le pluralisme tolérance "positive" 2. Les premiers défenseurs de la tolérance L Europe de la seconde moitié du 16 ème connaît trois confessions chrétiennes rivales et la plupart des pays européens sont confrontés au problème de leur coexistence. Cela mine en partie l'idée de "vérité absolue" et profite à un certain relativisme. On verra que celui ci est la condition de la mise en place de la laïcité moderne (séparation l'église (les Églises) de l'état, lequel est neutre et admet la coexistence des différents cultes). Afin d éviter la guerre civile, Érasme, catholique, est partisan de la tolérance. Selon Sébastien de Castellion, calviniste tolérant, puisqu'il n y a aucune certitude en matière de foi, on n'a pas le droit de forcer les consciences. Montaigne et Jean Bodin, tous deux catholiques, témoins comme Castellion des horreurs des guerres de religion, pensent de même. Mais la relativisation du religieux et donc sa minorisation par rapport au politique, l Église catholique ne peut pas l'accepter. 3. Les «Politiques» Ceux qu on appelle, en France dans la seconde moitié du XVIe siècle, «les Politiques» (ce qui signifie "les pragmatiques") sont des responsables qui veulent faire passer la sauvegarde de l'intérêt général avant les oppositions religieuses. Pour eux, la paix publique et la sécurité des citoyens sont l essentiel. Michel de L'Hospital ( ) un "Politique" est, en 1560, chancelier de Catherine de Médicis. ( 1589). Veuve d Henri II, elle assure la régence pour son fils Charles IX, qui n a que dix ans (le roi majeur à 13 ans). L Hospital conseille la pacification : pour lui, on est d abord citoyen avant d'être catholique ou protestant. Il organise en 1561 le «Colloque» de Poissy, une négociation entre représentants catholiques et protestants Mais, les bonnes résolutions prises à Poissy ne vont pas tenir très longtemps. 4. Les guerres de religion en France - Catherine de Médicis et Coligny recherchent le compromis De 1560 à 1572, Catherine de Médicis, conseillée par Michel de L'Hospital et l amiral Gaspard de Coligny, protestant modéré, elle tente de rechercher l'apaisement et d éviter la guerre civile. Les extrémistes catholiques, menés par le duc Henri de Guise et son frère, un cardinal, excluent toute reconnaissance officielle du culte réformé. En 1562 toutefois, Catherine promulgue au nom du roi, un édit l autorisant hors des villes, afin de ne pas y créer un "scandale" qui provoquerait les catholiques. En 1571, les protestants obtiennent dans le sud de la France (nombreux), quatre "places de sûreté", villes fortifiées où ils peuvent se réfugier en cas de persécution. 49
50 De 1560 à 1589, les trois fils d Henri II et de Catherine (Charles IX, François II, Henri III) se succèdent sur le trône. Aucun n ayant de descendant mâle, la régente (influente mort) arrange en 1572 le mariage de leur sœur Marguerite de Valois (Reine Margot), avec Henri, roi de Navarre. Antoine de Bourbon (de son vrai nom), cousin des rois de France, est le chef du parti protestant. Elevé par une mère protestante, il s est converti au catholicisme lors de son adolescence passée à la cour, avant de revenir ensuite au protestantisme. Peu religieux, c est un opportuniste, enclin à la tolérance. Ce mariage d une "fille de France" avec un protestant est ressenti par le parti catholique comme une grave provocation. De plus, plusieurs milliers de protestants vont venir à Paris, où le culte est formellement interdit (certains pratiquent discrètement). - La Saint-Barthélemy et ses conséquences Le mariage se déroule le 18 août 1572, et les festivités se poursuivent pendant plusieurs jours. Dans la nuit du 23 au 24 août, jour de la Saint Barthélemy, le clan catholique, rassemblé par les Guise, procède au massacre systématique des protestants présents à Paris, environ 3000 d entre eux sont tués à l arme blanche, poussés par les fenêtres ou jetés dans la Seine. Henri de Navarre est cependant épargné, mais il doit pour la seconde fois se convertir au catholicisme. Les semaines suivantes, le massacre se poursuit en province : environ protestants y perdront la vie. Après cela, les protestants n'ont plus la moindre confiance envers les catholiques: la guerre civile est inévitable. Elle ne dure pas de façon continue : trêves et périodes de combats se succèdent pendant près de vingt ans. En 1576, le parti catholique se constitue en Sainte Ligue autour des Guise, avec l'objectif de mettre Henri de Guise sur le trône. En 1588, Henri III fait assassiner les Guise. Il sera lui même assassiné l année suivante par le moine «ligueur» Jacques Clément. - L'abjuration d'henri de Navarre et l'édit de Nantes A la mort d Henri III, Henri de Navarre, qui a depuis longtemps rejoint le camp protestant, devient l'héritier légitime du trône. Le parti catholique rejette l hypothèse d un souverain protestant. En 1593, Henri abjure solennellement le protestantisme pour la 3 ème fois afin d accéder au trône ("Paris vaut bien une messe" aurait il dit). Ne pouvant être sacré à Reims en raison d une forte opposition catholique, il est reconnu comme le roi Henri IV ( ) à Chartres, en Sa "conversion" est donc purement politique et opportuniste: la France est très majoritairement catholique et il le reconnaît avec réalisme. En 1598 cependant, il signe l Édit de Nantes (révoqué en 1685), qui reconnait le culte protestant mais à certaines conditions : La liberté de conscience est reconnue : on accepte il y ait des Français qui puissent ne pas avoir les mêmes idées religieuses que les catholiques La liberté de culte est limitée à un certain nombre de villes (deux par circonscription territoriale), mais Paris est exclu Les temples protestants devront être discrets, des maisons particulières sans aucun signe extérieur Les protestants ont accès aux emplois publics (on les reconnaît comme membres de la société, mais les mariages ne sont pas vraiment reconnus) 151 places de sûreté sont créées Henri IV sera assassiné en 1610 par le catholique François Ravaillac 50
51 - La politique antiprotestante et "machiavélienne" de Richelieu De 1624 à 1642, Richelieu, homme d Église, est le principal ministre de Louis XIII ( ). Opposé à l édit de Nantes, il veut réduire, sinon supprimer, les droits accordés aux protestants français, qui sont les alliés "naturels" de pays ennemis comme l Angleterre. Le port de La Rochelle, une "place de sûreté" sur la côte atlantique, lui paraît être la source de trop grands contacts entre protestants des deux pays. En 1628, l armée du roi, conduite par Richelieu lui même, en fait le siège, l accusant de "trahison". Après la chute de La Rochelle, Richelieu fait signer au roi en 1629, l édit "de grâce" d'alès, qui "pardonne" les protestants pour leur rébellion contre le souverain, et supprime les 151 places de suretés, considérées comme des foyers de révoltes. (I faut signaler que l Espagne, très catholique mais ennemi de la France, fait preuve d un comportement très «machiavélien» en soutenant discrètement les Rochelais assiégés. Plus tard, Richelieu soutiendra les princes protestants contre les Habsbourg catholiques lors de la guerre de Trente ans dans le Saint Empire). 5. L'Angleterre sous Marie Tudor et Élisabeth Ière - Marie Tudor ( ) A la mort d Édouard VI, on se résout à faire monter une femme sur le trône : la fille d'henri VIII et de Catherine d Aragon, Marie Tudor. Catholique convaincue, comme 30 à 40 % des Anglais, elle replace l Eglise anglaise sous l obédience du pape et épouse le roi d Espagne Philippe II, un mariage plus politique que sentimental. Le protestantisme est désormais interdit en Angleterre. En cinq ans, Bloody Mary ("Marie la sanglante") fait procéder à environ 300 exécutions. - Elisabeth 1 ère ( ) (Demi-sœur) Fille d'henri VIII et d'anne Boleyn, Élizabeth Ière est protestante. Mais comme Catherine de Médicis, elle va essayer jusqu en 1570 de s'entendre avec les catholiques (près d un tiers des Anglais) pour assurer la paix intérieure. Mais, en 1570, Élisabeth est excommuniée puis "déposée" par le pape. Il y a des complots pour l'assassiner et l'on sait que Philippe II les soutient (note en marge d un rapport :"d'abord assassiner la reine"). Après son excommunication, Élisabeth opte pour la répression. En 1584, le catholicisme est interdit en Angleterre. 200 exécutions de catholiques, souvent des prêtres, auront lieu sous son règne. Certaines demeures ayant appartenu à des catholiques conservent encore les "priest holes", souvent pratiqués dans l épaisseur des murs. En cas de perquisition, les missionnaires catholiques, souvent des Irlandais, s'y cachait. Le culte a en effet continué à pratiqué clandestinement à divers endroits. En 1588, les complots ayant échoué, Philippe II envoie vers les côtes anglaises ce que l'on a appelé par dérision "l'invincible Armada", une flotte de 200 bateaux prêts à envahir l'angleterre. Vaincue, l Armada sera dispersée par une tempête, certains navires coulés au N de l'écosse. En tant que chef de la "High Church" anglicane, Elisabeth se méfie aussi, il faut le signaler, des calvinistes radicaux. 51
52 6. L'Espagne de Philippe II ( ) Fils de Charles Quint, c'est un roi très catholique et très intolérant. Après la Reconquista, un certain nombre de musulmans et de Juifs sont restés en Espagne, où ils sont dû se convertir : on appelle "Marranes" les Juifs convertis; "Morisques" les musulmans convertis. La plupart de ces "convertis" continuent cependant à pratiquer clandestinement leur religion et sont l objet d une méfiance de la part des chrétiens espagnols, qui les dénoncent parfois. Certains relaps (revenus à leur religion après s être convertis) sont même brûlés sur le bucher. Pour tenter de "remédier définitivement" à ce problème, Philippe II ira jusqu à faire enlever des enfants pour les faire éduquer dans la religion catholique ailleurs en Espagne. En 1566, une révolte éclate dans les Pays Bas espagnols (Benelux sauf principauté de Liège; Charles Quint a conquis les provinces hollandaises). Les protestants sont minoritaires dans les Pays Bas mais une partie des nobles catholiques les soutiennent contre l intolérance espagnole. 7. Le Saint Empire : la Paix d'augsbourg et l'exercice de la parité En 1555, Charles Quint, n'ayant pu museler les princes protestants signe la Paix d'augsbourg. Trois religions sont reconnues dans l Empire, mais seuls les princes ont la liberté religieuse : Selon le principe du Cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion) leurs sujets doivent les suivre. Cependant, à certains endroits, une tolérance pragmatique s installe. Ainsi, à Augsbourg même, luthériens et catholiques se partagent les églises en alternance. Une étude a cependant montré qu il y a très peu de contacts entre les deux communautés, sinon en matière commerciale. Le nombre de conversions est inférieur à 1 % de même que celui des mariages mixtes, où l épouse est systématiquement rejetée par sa communauté. Un autre exemple est la ville d Altona, port à partir de 1610, il y a dans la ville qui ne vit que du commerce sur l Elbe, une totale tolérance des cultes. Le réalisme économique prime sur les convictions religieuses Dans la principauté de Brandebourg, luthérienne depuis 1525, on tolère catholiques et calvinistes dans la seconde moitié du 16 ème pour des raisons économiques. Quand le margrave passe au calvinisme, il continue cette tolérance. Tiers 17 ème la ville de Maastricht est gérée conjointement par le prince évêque de Liège et les Etats généraux (le parlement) des Provinces Unies. Les deux religions y coexistent sans trop de difficultés alors que dans le reste de sa principauté le prince évêque est plutôt intolérant envers les protestants. C est donc d abord par pragmatisme économique ou politique que s installe la tolérance. 52
53 D) L expansion économique issue des grandes Découvertes 1. Une conjoncture économique positive jusque vers 1620 Phase A période de croissance, entre 1530 et 1620, suivie d'une Phase B dépression, de 1620 à 1700 La phase A est due aux Grandes Découverte et à l'afflux massif de métaux précieux, surtout en Espagne. Commence en 1530, une fois les conquêtes bien établies et les mines exploitées. (10ères années, moyenne est de 740 kg d'argent et 5 kg d'or) A partir de 1620 (1700), le rendement des mines baisse, les rentrées diminuent. L'Europe entière est concernée car l'espagne dépense beaucoup à l'étranger. La dépression provoque la stagnation économique et le chômage. 2. L interventionnisme C'est le fait que l'etat intervienne pour donner des impulsions au développement économique: Par l'octroi de monopole Moyennant paiement, un entrepreneur privé obtient un privilège lui accordant le monopole d'une production dans une région pour une longue durée, souvent 30ans. On y joint une exemption d'impôt - une partie ou la totalité du temps - le temps que l'entreprise devienne rentable. Par la création de manufactures Entreprises d'etat dans des domaines stratégiques comme les armes ou la "haute technologie" (porcelaine etc...) 3. L'essor du capitalisme Au début du XVIIe siècle, deux hommes d affaires et économistes français prônent la modération du mercantilisme vers plus de libéralisme : Barthélemy de Laffemas, un protestant, conseiller économique d Henri IV Antoine de Montchrestien, directeur d une manufacture et auteur du premier "Traicté d oeconomie politique". L'État doit d'encourager l'activité des entrepreneurs privés et l'esprit d'entreprise en général. Il faut décomplexer l'appât du gain (les hommes n entreprennent que si profit). Et ces initiatives sont profitables à l ensemble de la société. Ces idées apparaissent aussi, dans d'autres pays: en Angleterre et dans les Provinces Unies, mais aussi dans le Saint Empire allemand et en Italie. Ex: la première grande dynastie de capitalistes en Europe : les Fugger à Augsbourg. D origine suisse, ils prospèrent dans l'exploitation de mines d'argent et de cuivre. Ils obtiennent ensuite le monopole de la frappe des monnaies dans plusieurs Etats et principautés. Avec un capital important, ils se lancent dans le commerce international de produits de luxe (tissus, bijoux, épices). Ils ouvrent une banque et vont jouer un rôle dans l'élection de Charles Quint, lui prêtant kg d or pour son élection (il a "acheté" au moins deux Électeurs). Mi-16 ème, ils disposeront de l équivalent de 13 tonnes d or et seront la famille la plus riche d'europe. En 1521, Jakob Fugger a créé à Augsbourg le quartier de la "Fuggerei", première cité sociale au monde, destinée notamment aux personnes âgées. Ces 140 appartements sont bien éclairés, et confortables. C'est une façon d investir leur fortune dans la charité chrétienne. 53
54 - Bourses, sociétés à actions, expansion du crédit Depuis Anvers et Amsterdam, les bourses essaiment partout en Europe. Fin 16 ème, la plupart des grandes villes commerçantes en sont pourvues (Londres, Augsbourg, Nuremberg, Cologne, Hambourg, Rouen, Toulouse, Bordeaux, Lyon, Marseille, etc ). Les sociétés à actions se généralisent aussi, d abord dans les grandes villes protestantes, plus tolérantes au profit que dans les pays catholiques (en France, ne débute que vers 1620). Pour le crédit, la lettre de change est devenue banale au 16 ème et les banques s établissent partout à la fin du siècle. - L'accroissement des inégalités En même temps que la mentalité capitaliste se répand dans la bourgeoisie, la charité des Eglises chrétiennes s'émousse. On tolère (les bourgeois) de moins en moins l entretien de nombreuses personnes "oisives": parfois plus d 1/3 de la population sont assistés (âgées, invalides, veuves, pauvres sans travail, mendiants). Les solidarités familiales traditionnelles (souvent, trois générations cohabitaient) commencent à se déliter avec l urbanisation et la montée du salariat. La distance entre ceux qui "réussissent" et les autres s accroît: montée des grèves, émeutes urbaines et émeutes de la faim. Très localisés, ces mouvements ne sont pas politiquement conscientisés. Suite à ces troubles, commence au début du 17 e "le grand enfermement": pauvres, invalides etc. sont ramassés et mis au travail forcé dans des "hôpitaux" ou "maisons de force". Les pays protestants (l oisiveté =vice) notamment les Provinces Unies, sont pionniers en ce domaine 4. Les résistances au nouveau cours des choses - Les corporations A contre-sens, les autorités publiques continuent souvent de favoriser les corporations et "métiers" traditionnels, qui ont une structure monopolistique rigide peu encline à l'innovation va à l'encontre des nouvelles tendances libérales. Ils pratiquent une solidarité économique à l'ancienne (caisse d'entraide). Pour contrer le monopole des corporations, les entrepreneurs bourgeois se lancent dans les technologies nouvelles, comme le verre, la métallurgie, l'imprimerie, non couvertes par ces "métiers", ou emploient une main-d'œuvre rurale dans le tissage. Chaque travailleur passe un contrat avec le patron plus de solidarité collective. - La noblesse Dans beaucoup de pays, elle privilégie l'action désintéressé et méprise les activités commerciales "vulgaires" promu par les économistes. Montaigne oppose "l'utile" à "l'honnête" (honnête homme). "L Astrée" d Honoré d'urfé, est une utopie rurale située au temps des Gaulois, époque présentée comme un de paradis perdu. Le monde moderne y est condamné pour avoir perdu les valeurs communautaires traditionnelles au profit de l individualisme. Dans l'astrée il n y a ni argent, ni villes, ni État. 54
55 E) Les grandes puissances économiques européennes 1. Le «siècle d'or» espagnol ( ) : L'Espagne domine l'europe, autant économiquement que militairement (sauf les mers). De plus, de 1580 à 1640, elle annexe le Portugal et ses colonies. Malgré cette prospérité, des faiblesses apparaissent dans le domaine économique : un très grand nombre d oisifs et d assistés, ainsi qu un manque d investissements, entretenu par l illusion d une richesse assurée pour des siècles. L administration est pléthorique et pas toujours efficace. Une grande partie de la noblesse espagnole défend les antiques traditions de la chevalerie. (C est ce dont se moque Miguel de Cervantès dans "Don Quichotte" ( ), histoire d un petit noble ruiné qui continue, malgré l évolution, à défendre les valeurs médiévales. A partir de 1566, la révolte des Pays Bas espagnols va mobiliser beaucoup des armées espagnole et coûter très cher, puisqu une bonne partie des taxes prélevées sur ces régions prospères ne rentrent plus. En 1648 l Espagne devra reconnaître l indépendance des sept provinces septentrionales des Pays Bas : les "Provinces Unies", qui existent depuis 1579 (Utrecht). En 1640, L'Espagne perd le Portugal, où une nouvelle dynastie s'installe avec l appui de la France, celle des Bragance. C'est pour l'espagne, le début d'un long déclin, avant un relatif rebond au 18 e siècle. 2. En France : le poids de la démographie et de l Etat La France dépasse les 20 millions d'habitants. Au cours du 17 ème, elle va peu à peu concurrencer l'espagne, tant sur les champs de bataille que du point de vue du prestige. [Du règne de Louis XIV à la fin de l ancien régime, elle "donnera le ton" en Europe]. Le règne d Henri IV commence réellement en La pacification religieuse assure un retour au calme et un certain redémarrage économique après plusieurs décennies de troubles. Principal ministre, le duc de Sully pratique une politique mercantiliste et d'encouragement aux industries nouvelles et de luxe (soierie notamment). L administration connaît une forte croissance, passant de à fonctionnaires en moins de vingt ans [Ca augmentera encore sous Louis XIII, fonctionnaires]. Mais la raison de cet accroissement n est pas le souci de mieux gérer les territoires. En manque d argent, le roi, conseillé par Sully et Charles Paulet, a décidé en 1604 la création d une taxe sur les offices, la "paulette". Désormais, les charges de fonctionnaires, sont soumises à une taxe (souvent un an de salaire), que le candidat doit payer pour accéder à son emploi. C est ce qu on appelle la vénalité des charges. Louis XIII puis Louis XIV ( ) seront tentés de créer des offices uniquement pour toucher la paulette, d où l'augmentation. Autre inconvénient: Même s'ils ont payé, les fonctionnaires ne font pas toujours preuve d efficacité. Dans la justice, on achète un office de juge parce qu on en espère de grands profits (ils sont payés par les parties au procès). Une fois une charge achetée, le détenteur en est propriétaire: pour le renvoyer, il faut le rembourser, ce dont l Etat n a pas les moyens. Enfin, beaucoup de charges deviennent ainsi quasi héréditaires (la paulette est parfois acquittée dès la naissance du futur successeur). 55
56 Le règne d Henri IV voit aussi le début de la colonisation du Québec. En 1608, Samuel de Champlain fonde un comptoir qui deviendra Québec, future capitale de la Nouvelle France. En 1610, Louis XIII ( 1643), âgé de 9 ans, succède à son père assassiné. Sa mère Marie de Médicis, assure la régence. Ils seront fréquemment en conflit jusqu à la victoire du roi sur les armées de sa mère. Richelieu, principal ministre de Louis XIII de 1628 à 1642, aidera à la réconciliation et en sera récompensé par le chapeau de cardinal en Inquiet de l inefficacité des fonctionnaires, Richelieu crée, pour les contrôler, le corps des intendants, d abord peu nombreux. Ils sont payés par le pouvoir et donc révocables à volonté. De plus, on les déplace d une région à l autre, pour qu'ils ne soient pas sensibles aux intérêts locaux et à la corruption. La France souffre d une faiblesse militaire: sa marine. Elle a beaucoup de retard sur les Provinces unies et l'angleterre. Richelieu lance donc la construction de chantiers navals (Havre et Brest en Atlantique, Toulon en Médit). Il décide de développer le commerce maritime et crée des compagnies de navigation. 3. Les Provinces Unies au cœur du marché européen Les Provinces Unies deviennent au 17 e siècle la plaque tournante du commerce maritime européen. L expansion économique est en effet soutenue avec constance, car le commerce est vital pour ce pays maritime. Calvinistes, les Hollandais tolèrent par pragmatisme économique les minorités luthériennes, catholiques et juives. En 1585, dans le cadre de la rivalité avec les Espagnols, les Hollandais ferment l'escaut Le port d Anvers décline et une partie des commerçants s installent à Amsterdam qui connaît dès lors un rapide essor. Au 17 e s y déroule l'essentiel des transactions commerciales de l ouest et du nord de l'europe. Les Hollandais installent en effet toutes les commodités nécessaires au commerce; banques et agences de change. On y échange les produits d Orient contre ceux du Nord (bois, fourrures, ambre). Diamants africains (taillés à Amsterdam) et bulbes de tulipes (importée de Turquie) font l objet d intenses spéculations. Les Hollandais ont de plus créé une énorme flotte commerciale qui représente près de 50% des bateaux de commerce en Europe au 17 e siècle. Leur monopole commercial au Japon est également très profitable. Enfin, le pays étant en grande partie inondable, un ministère des polders organise la construction de digues. Les premiers polders on été créés dès le XVIe siècle. Ces terres, extrêmement fertiles, permettent une agriculture intensive et productive. (En 1579, sept provinces s'allient dans la Ligue d'utrecht, puis se déclarent indépendantes en 1581, reconnue par l'espagne seulement en Provinces-Unies = Pays-Bas actuels). 56
57 4. L'Angleterre : une image de l'avenir L'Angleterre accorde aussi la priorité à l'économie et la société doit s'adapter. Afin d éviter que le bétail (qui errait librement) ne piétine les récoltes, on enclot les prairies de haies ou murs de pierre. Préserve aussi les pousses d arbres, essentiels pour la marine. Conséquences des enclosures: Le dvt d'un élevage intensif, qui provoque une augment de la consommat de viande. les travailleurs Anglais sont plus robustes que la sur le continent L augmentat de la fumure des terres agricoles et la meilleure santé des animaux de trait du bétail entraîne la hausse des rendements agricoles, X 2 ou 3. En privatisant la terre et en rentabilisant au maximum l'agriculture et l'élevage, on crée du chômage dans les campagnes. Une main-d'œuvre nombreuse est disponible pour être employée dans les industries qui se créent dans les villes => les conditions salariales très mauvaises et les solidarités pratiquées à la campagne vont disparaître]. Parmi les propriétaires des enclosures, beaucoup appartiennent à la gentry. L argent étant devenu un critère reconnu et accepté de distinction sociale, il peut même mener à l anoblissement. Sous Elisabeth Ière ( ), un tarif des titres de noblesse est publié : moyennant un certain revenu annuel, on est susceptible d être anobli par la reine. Cela renverse totalement les valeurs de l'ancienne noblesse chevaleresque, qui gagnait ses titres sur les champs de bataille. De 1560 à 1600 on dénombre plus de 2000 anoblissements. Les industries anglaises sont à la pointe : Textile: élevage de moutons nombreux et productifs. Mais la laine est vite concurrencée par le coton des Indes. Manchester dispose des principales filatures Métallurgie: les Midlands (N de Londres) et le pays de Galles ont de nombreux gisements de métaux et de charbon "de terre" (><charbon de bois). Relativement économique, il permet d atteindre des températures dépassant les 1000, autorisant la fabrication de matériaux plus solides. Il permet d épargner les forêts. A partir de 1620, l'angleterre commence à se constituer en Amérique du Nord un empire colonial. Treize colonies seront fondées dans la première moitié du XVIIe siècle, chacune avec une orientation religieuse assez précise, liée à l origine des colonisateurs (Irlandais catholiques ; Anglais puritains ou plus libéraux). Toutes sont rattachées à la couronne anglaise par un contrat passé entre les colons et le monarque. Le tabac de Virginie est une des premières nouveautés qu apporte cette entreprise en Europe. (Au début du 17 ème, les rois sont très attachés à la High Church, mais il y a d autres courants comme la Low Church et les colonies sont souvent reliées à certains de ces courants religieux. L Angleterre expulsait également ses mauvais représentants. 57
58 F) Le débat sur les pouvoirs du souverain 1. La question du tyrannicide Après la Saint Barthélemy, où le souverain a laissé faire et n'est pas intervenu pour empêcher le massacre, une question revient dans les milieux intellectuels, protestants notamment: Peut on éliminer un souverain qui faillit à sa tâche en ne remplissant pas le rôle de protection de ses sujets à laquelle sa fonction l oblige? Cette question n est pas totalement neuve, elle a déjà été soulevée dans l Antiquité. Chez les protestants, la tendance n'est pas, en principe, à la révolte : Luther et Calvin ont même prêché la soumission au pouvoir civil en vue du maintien de l'ordre public. Cette attitude neutre devient cependant difficile à tenir après les guerres de religion. Ainsi, apparaît fin 16 e début du 17 e siècle, la théorie dite du "tyrannicide", à laquelle sont notamment liés l assassinat d Henri IV et les projets fomentés contre Élisabeth Ière ou la reine catholique d Écosse Marie Stuart (voir ci dessous). Elle est soutenue en France par des écrivains appelés "monarchomaques" ("tueurs de roi")( François Hotman). Cette théorie pose en principe que le peuple est le seul véritable dépositaire du pouvoir. Les souverains ne sont que des mandataires et leur pouvoir n est pas absolu. On peut voir là l origine du constitutionnalisme (voir ci dessous). 2. La théorie de la monarchie absolue - Les Machiavéliens et la raison d'etat Conséquence des principes énoncés par Machiavel dans Le Prince, le concept de "raison d'état" fait passer les intérêts suprêmes de l État avant les principes de la morale. Terme créé en 1589 par l Italien Giovanni Botero dans son ouvrage "Della raggione di stato". Il y écrit que "l'utilité publique" est la finalité suprême du pouvoir, et qu elle est même supérieure au droit. Richelieu, pourtant catholique, écrit en 1516 à Henri de Schomberg, ambassadeur de France à Londres : TEXTE 6 «Autres sont les intérêts de l'état (...) Et autres les intérêts du salut de nos âmes (...) Nul catholique n'est si aveugle que d'estimer, en matière d'état, un espagnol meilleur qu'un français huguenot». Jean Rohou, Le XVIIe siècle, une révolution de la condition humaine, 2002, p L expression "en matière d'état" montre que Richelieu fait la différence entre intérêts de l'état et convictions religieuses. Un catholique français doit préférer, en matière politique, un Français protestant à un Espagnol, car celui ci, même catholique, est un ennemi de la France. - L'essor de la tragédie: Shakespeare, Corneille, Racine Le succès de la tragédie à cette époque n'est pas un hasard. Elle repose en effet presque toujours sur le déchirement de l homme entre les grands principes et les intérêts immédiats. 58
59 - Jean Bodin et Tomas Hobbes: la peur du chaos social Jean Bodin ( ), juriste catholique, est horrifié par les désordres des guerres de religion. Il prône l établissement d un pouvoir fort. Le souverain doit être la source (non l objet) du droit. Il ne peut être soumis qu'à la loi divine et à celles "de la nature": respect de la parole donnée et de la propriété privée. (+voir p 61). Dans "Les six livres de la république", il écrit que le maintien de l'ordre public est prioritaire par rapport aux convictions religieuses. L Anglais Thomas Hobbes ( ) séjourne longtemps en France comme diplomate, notamment pendant la Fronde, et vivra la première révolution anglaise et le Protectorat de Cromwell. Dans Le Citoyen puis Leviathan, il pose les bases de la monarchie absolue. Dans l état de nature, "l'homme est un loup pour l'homme" (Homo homini lupus). Afin d éviter l'anarchie et le règne de la violence un pouvoir fort est absolument nécessaire: TEXTE 7 «Il faut qu'il y ait une seule volonté de tous, qui donne ordre aux choses nécessaires pour la manutention de [la] paix et commune défense. Or, cela ne peut se faire si chaque particulier ne soumet sa volonté propre à celle d'un certain autre, ou d'une certaine assemblée, dont l'avis sur les choses qui concernent la paix générale soient absolument suivi et tenu pour celui de tous ceux qui composent le corps de la république ( ) La volonté de cet homme, ou de ce conseil, qui a la puissance souveraine, est tenue pour la volonté de toute la cité, et celle ci enferme les volontés de tous les particuliers. D'où je conclus que le souverain n'est point attaché aux lois civiles (car il serait obligé à soi même) ni ne peut point être obligé à aucun de ses concitoyens.» Thomas Hobbes, De Cive (1642), V, 5 6 ; VI, 12 et Le constitutionnalisme - Grotius et le droit des gens Hugo de Groot, dit Grotius ( ) : juriste hollandais. Il théorise, en 1625, la notion d État dans "Du droit, de la guerre et de la paix". Une assemblée de personnes libres s associe pour former un État et se mettre ainsi sous la protection des lois, établies pour le bien commun. Dans un "État juste", le peuple demeure le dépositaire du pouvoir, et les "droits naturels" des individus sont garantis. Innée, et commune à tous les hommes, c est la raison et non la morale religieuse qui nous fait connaître qu'une action est moralement bonne ou non. Cette laïcisation de la morale esquisse déjà ce que seront les Lumières. - La politique l'emporte sur la religion Mieux vaut encore accepter les protestants que d'avoir la guerre civile. Et le souverain ne peut imposer à ses sujets une conviction religieuse qu il est libre de professer en tant qu individu. D'ailleurs, aucun roi de France n a osé valider les décrets du Concile de Trente lors des guerres de Religion, pour ne pas provoquer les protestants français. Par sa conversion, puis par l Édit de Nantes, Henri IV montre que la paix civile est son principal objectif, avant la défense de telle conviction religieuse. L adhésion de Richelieu au concept de raison d État va dans le même sens. Ce pragmatisme est un total renversement de perspective et aide à progresser vers la tolérance 59
60 G) Les principales monarchies européennes entre 1550 et La poursuite de la construction des identités nationales En cette période, dans tout les pays d'europe + Russie, on redécouvre "les antiquités nationales". On redécouvre notamment l'histoire du M-A et on développe la philologie, l'étude de la langue nationale et son évolution. La volonté de construire une identité nationale passe par une langue et une histoire commune. 2. Philippe II et le soulèvement des Pays Bas A l avènement de Philippe II ( ), les Pays Bas espagnols (le Benelux, moins la principauté de Liège, plus nord de la France) connaissent une expansion du protestantisme. Pour l anéantir, il tente de mettre en place dans ces régions l'inquisition espagnole. L opposition à cette mesure est accompagnée de la montée d un sentiment " national", alimenté par la présence des troupes espagnoles. Un sentiment qui a toutefois un aspect particulariste, car les dix sept principautés ont chacune une forte identité (duché de Brabant, Luxembourg, comté de Flandre, de Namur etc ). S ajoute à ces griefs la fiscalité espagnole sur des régions dont certaines riches (les Flandres). Au printemps 1566, à Bruxelles, des centaines de nobles, tant catholiques que protestants, remettent à la gouvernante Marguerite de Parme, demi-sœur de Philippe II, une pétition traditionnellement appelée "le compromis des nobles", demandant la fin de l Inquisition et la réunion des états généraux. Seul le souverain peut décider de ces matières. Averti, Philippe II répond en 1567 par l envoi de troupes commandées par le duc d'albe, chargé de réprimer la révolte. Il restera trois ans dans les Pays Bas et y mettra en place "le conseil des troubles", sorte de tribunal extraordinaire qui fera notamment décapiter sur la Grand Place de Bruxelles, le 5 juin 1568, les deux principaux leaders du mouvement : les comtes Lamoral d'egmont et Philippe de Hornes. Biens des protestants confisqués et beaucoup fuient à l étranger, en Angleterre et dans les Provinces Unies. Certains reviendront récupérer leurs biens des 10aines d'années plus tard. - L'indépendance des Provinces-Unies Suite à l action du duc d Albe, les protestants constituent une armée : "Guerre de Quatre-vingts Ans"». En 1579, les sept provinces protestantes du Nord (+/- les provinces hollandaises actuelles) se rassemblent dans l Union d'utrecht. Les dix provinces catholiques du sud y répondent par l'union d'arras. Toutefois, il reste des catho au N, et des protestants au S : Bruges, Ypres, Gand, Anvers, adhèrent en 1579 à l Union d Utrecht. En 1589, les sept provinces de l Union d Utrecht proclament leur indépendance sous le nom de République des Sept Provinces Unies. L'Espagne ne reconnaît pas cette indépendance avant le traité de Münster de 1648, et la guerre continue donc, entrecoupée de trêves. La République est gouvernée par les États généraux, secondés par le "Grand Pensionnaire", élu par les États de la province de Hollande. Le Stadhouder, presque toujours issu de la famille d Orange Nassau, commande l armée. 60
61 3. La montée de la centralisation en France - Richelieu Il est le premier "premier ministre" français et a la responsabilité de la gestion quotidienne des affaires, même si les décisions importantes ne se font qu'avec l accord du roi. Sous Richelieu, la pression fiscale est pratiquement X 3. L envoi d intendants dans les provinces aide d ailleurs à mieux faire rentrer l impôt. Autre ecclésiastique opportuniste l Italien " Mazarin" ( ) lui succède, et poursuit la même politique centralisatrice. - La Fronde ou Les Frondes (révoltes) En fait, deux "frondes" se succèdent entre 1648 et 1653 : la Fronde parlementaire et la Fronde des Princes. Louis XIV est encore enfant, et Mazarin est le principal ministre (et amant) de la régente Anne d Autriche, mère du roi. Mazarin sera pour lui un tuteur et son + proche conseiller. L augmentation de la fiscalité atteint des proportions énormes dans les années 1640, et l on sait par ailleurs que Mazarin s enrichit personnellement, En 1648 le parlement de Paris (à la fois un tribunal et "conseil constitutionnel" chargé d enregistrer les édits du souverain) entre en rébellion. [Si après 3 allers-retours, l'édit est toujours pas accepté, alors "lit de justice", où le roi vient en personne imposer sa volonté)] Pas la 1 ère fois: le parlement de Paris et ses homologues des provinces défendent traditionnellement "les libertés" contre les tentatives de centralisation des monarques. En fait ils défendent surtout leurs privilèges, mais le peuple, qu ils abusent, les suit dans ce combat. Cette fois, ils se plaignent des intendants, que le peuple déteste, comme il déteste aussi Mazarin, et demandent la suppression de "la Ferme générale" qui, depuis Philippe le Bel au XIVe siècle, collecte l impôt au nom du roi. Liés à l État par un contrat (un bail "à ferme"), les Fermiers généraux, des financiers, avancent au roi les sommes dont celui ci à besoin et se chargent ensuite de les récupérer auprès des contribuables, en prélevant un bénéfice au passage. Cela épargne à l État les frais de la perception qu assurent avec un grand zèle les "commis de la Ferme générale". Il faut signaler que les communautés locales décident ensemble de la répartition de l impôt entre les citoyens. La noblesse, qui paye "l impôt du sang" sur les champs de bataille, et le clergé, qui fait régulièrement au roi un "don gratuit" (volontaire), ne payent pas d impôts. La 1 ère révolution anglaise menée alors par le parlement anglais (assemblée représentative) n est pas sans influence sur la Fronde parlementaire. On prône l établissement, comme en Angleterre en 1640, de "l habeas corpus", une garantie contre toute arrestation arbitraire, alors qu en France, le roi peut par simple lettre de cachet, faire arrêter qui il veut, sans motivations et pour une durée illimitée. A l occasion de la Fronde, la presse joue pour la première fois en France, un rôle politique important: de nombreux journaux et pamphlets alimentent le débat public, tout comme en Angleterre au même moment. 61
62 En janvier 1649, le jeune roi est réveillé en pleine nuit et doit quitter Paris de peur d une arrestation et se réfugier au château de Saint Germain en Laye. Louis XIV n a jamais oublié ce départ, qu il a ressenti comme une véritable humiliation. On n ose cependant pas instaurer ouvertement la république. A Bordeaux, par contre, les partisans de l Ormée, un mouvement influencé par les Niveleurs anglais, la proclament. Dans le courant de l année 1649, la Fronde des Princes succède à celle des parlements. Beaucoup plus dangereuse pour le pouvoir, elle menace directement la dynastie car, à la faveur de l affaiblissement de la monarchie, certains grands aristocrates ambitionnent le trône. (Le prince Louis de Condé, appuyé par le parlement de Paris, combat les troupes de Louis). Les deux Frondes ont un intérêt commun: renverser le souverain (ou diminuer son pouvoir). Mais elles ont des motivations divergentes. Les parlementaires veulent s instituer en contre pouvoir, tandis que la Fronde des Princes ne vise qu à remplacer une dynastie par une autre. En 1652, ils sont vaincus par Turenne. - La réaction absolutiste En 1653, la famille royale rentre à Paris. Mazarin, qui s est exilé en Allemagne, reste en retrait pendant quelque temps mais est en correspondance permanente avec la régente. Louis XIV, maintenant majeur, décide de rétablir les intendants et de mettre au pas la noblesse. [=>Versailles apparaîtra comme une façon de mieux la surveiller en "l enfermant" à la cour, l empêchant de fomenter des rébellions dans les provinces.] Le roi décrète par ailleurs que les parlements ne doivent pas "se mêler des affaires de l État". Désormais l enregistrement des lois se fera après leur entrée en vigueur. 4. Échec de l absolutisme et mouvements républicains en Angleterre Les rapports entre le souverain et le parlement, qui n est réuni que sur convocation royale, sont depuis longtemps difficiles. La plupart du temps c est pour consentir à l impôt. Une négociation s engage alors sur les montants à percevoir et on aboutit à un compromis. Comme en France, l impôt est ensuite réparti "en cascade" par consensus, jusqu à la circonscription la plus petite, souvent la paroisse. - Elisabeth 1 ère Peu désireuse de négocier avec lui, elle ne réunit le parlement que tous les trois ans en moyenne. Elle tente de tirer un maximum d autres revenus que l impôt direct, notamment les droits de douane et les confiscations de biens, surtout motivées par un soupçon de complot, ou de catholicisme. - Jacques 1 er Stuart Elizabeth, dernière souveraine des Tudors, ne s est pas mariée et n a pas d héritier direct. Son cousin James Stuart, Jacques VI en Écosse, lui succède sous le nom de Jacques Ier ( ). Ce n est toutefois qu une "union personnelle", Écosse et Angleterre ont le même souverain, mais demeurent indépendantes l une de l autre. Jacques Ier est un souverain absolutiste. Plus proche de l Église d Angleterre, (devenu le chef), que de l Église presbytérienne écossaise, décentralisée et démocratique, il favorise l extension à l Ecosse de la High Church (l'église royale), ce qui suscite l hostilité de nombreux Écossais. 62
63 - Charles 1 er Charles Ier ( ) est marié avec Henriette de France, fille d Henri IV. Catholique, elle s entoure à la cour de coreligionnaires, ce qui suscite la crainte que le roi ne se convertisse. De plus, Charles Ier est un absolutiste convaincu. En 1629, en conflit avec le parlement (les membres des Communes sont partisans de la Low Church, les Églises "dissidentes"), il le dissout. Il ne le réunira plus jusqu en 1640 ("the Eleven Years Tyranny"). Pressé par des besoins financiers, il se résout à le rappeler, mais les parlementaires sont particulièrement amers de n avoir plus été consultés. La situation s envenime, et le roi fait arrêter certains parlementaires. De 1642 à 1649, une guerre civile oppose les Cavaliers, l armée du roi, aux "Roundheads" ("Têtes rondes", en raison de leur casque), l armée levée par le Parlement. Bien que monarchique, l Angleterre n accorde pas au roi la préséance sur le parlement. La formule traditionnelle "the King in Parliament" symbolise bien l union étroite qui doit en principe régner entre ces deux forces politiques dans la direction des affaires. L armée parlementaire est formée et dirigée sous la conduite d un parlementaire, s'avérant un très bon stratège, alors qu il n est pas militaire de formation: Oliver Cromwell. - Cromwell ( ) et les Niveleurs Petit propriétaire terrien du Norfolk Oliver Cromwell appartient à la gentry. Puritain sur le plan religieux (justifiera ses actions en se référant à la Bible), il est donc, comme la plupart de ses collègues de la Chambre des Communes, favorable à la tolérance envers les courants protestants dissidents. En 1645, les troupes du parlement remportent la victoire de Naseby (N Londres). Le roi se réfugie en Écosse, dont il est également le souverain. Opposés à son attitude autocratique comme à l Eglise anglicane qu il dirige, les Écossais le font arrêter et le livrent aux Anglais en 1647 pour la somme de livres. Jugé par le parlement anglais (qu il ne reconnaît pas comme tribunal) il est condamné à mort pour haute trahison car il a levé une armée pour combattre un parlement avec lequel il était sensé collaborer. Il est décapité à la hache à Whitehall en janvier De 1649 à 1658 s installe un régime de type républicain, le Commonwealth of England ("le bien commun de l Angleterre"). Après avoir longtemps hésité, Cromwell, qui le dirige, prend en 1653 le titre de Lord Protector qui désigne traditionnellement les régents en Angleterre. Il semble donc qu il n ose pas totalement assumer la rupture avec la monarchie. Contesté au parlement pour ses méthodes autoritaires (il s appuie surtout sur l armée) il n hésite pas à y envoyer la troupe, qui pénètre à plusieurs reprises dans l enceinte de la Chambre des Communes, et expulse les membres les moins "dociles" (la Chambre des Lords subsiste, mais sans réel pouvoir). Une dictature militaire est ainsi instaurée en Angleterre. L Écosse et l Irlande sont envahies. Catholique, l Irlande est très durement traitée: les Anglais s octroient les meilleures terres (le Pale, E de Dublin) et repoussent les Irlandais vers les zones déshéritées de l ouest. En Angleterre, la paix civile revient, maintenue au besoin par la force, même si Cromwell est populaire dans une bonne partie de la population, et les affaires reprennent. 63
64 Le parlement vote des lois favorables à l essor économique, comme le commerce maritime qui connaît le début d une grande expansion [de 1600 à 1688 le tonnage transporté par les bateaux anglais doublera]. Muselé au parlement, le débat politique se développe au sein de l armée où apparaît un mouvement radical, les Niveleurs (Levellers). Présocialistes, ils plaident pour l abolition formelle de la monarchie, la liberté du parlement, et surtout une répartition égalitaire de la terre, base même de la subsistance des populations, et donc le partage des grandes propriétés. Un autre mouvement radical, évangélique et partisan d un "communisme chrétien", les Diggers, est fondé par l apprenti Gerrard Winstanley. Méfiants envers l État et la politique en général, ils veulent construire "une autre société" et s éloigner de la corruption des villes pour travailler collectivement la terre en petites communautés autogérées. En , dans le sud de l Angleterre, ils s approprient et cultivent des parcelles de common land (terres peu exploitées appartenant aux communautés villageoises) mais aussi de propriétés appartenant à la gentry et à la noblesse, dont ils sont rapidement chassés. «Aussi longtemps que les gouvernants diront que la terre leur appartient, en soutenant ce principe d'une propriété particulière, du mien et du sien, jamais les gens du commun n'auront leur liberté (...). Qu'on cesse d'enclore et de clôturer quoi que ce soit sur terre en disant ceci est à moi». G. Winstanley, cité par Olivier Lutaud, Cromwell, les Niveleurs et la République, 1978, p [Mêmes termes employés par Rousseau dans son "Discours sur les origines de l inégalité"] 5. Le Saint Empire romain germanique Début 17 ème, 3 confessions coexistent difficilement : catho + nombreux au Sud, luthériens et calvinistes + nombreux au Nord. En 1608 se crée l'union Evangélique, pacte de défense entre entités protestantes. En 1609 lui répond la Ligue catholique. - La guerre de Trente Ans (le + de victimes avec la 1 ère GM) Son déclenchement est accidentel. En 1617, l empereur Matthias Ier, pourtant partisan de la tolérance, désigne son cousin, le très catholique Ferdinand de Styrie comme son successeur au trône de Bohème, pays en grande majorité protestant. Le 23 mai 1618, a lieu la "défenestration de Prague": deux envoyés de Ferdinand sont jetés des fenêtres du château du Hradschin par les nobles Tchèques (tombent dans du fumier). Ce geste marque une rupture et la guerre est inévitable: les alliances protestante et catholique vont s affronter. En 1619, Ferdinand de Styrie devient l empereur Ferdinand II conflit s internationalise. Provinces Unies, Suède et Danemark viennent au secours de leurs alliés protestants, appuyé aussi par la France de Richelieu pour nuire aux Habsbourg. Un tiers de la population du Saint Empire va périr au cours de ces trente années. - Les Traités de Westphalie de 1648 Traités signés dans deux villes allemandes proches de la frontière hollandaise: Münster où siègent les négo catholiques, et Osnabrück où siègent les négo protestants. Ils consacrent : La reconnaissance par l Espagne de l indépendance des Provinces Unies L affaiblissement du pouvoir impérial considéré désormais comme relativement symbolique. Les Habsbourg se concentrent sur leurs possessions personnellesautriche, Hongrie, Bohème, et interviennent moins en Allemagne même si encore pouvoir d influence. 64
65 6. La Prusse Future rivale des Habsbourg, la Prusse protestante s étend progressivement au 17 ème, surtout par héritage. En 1614, elle acquiert les villes de Clèves et Juliers. Eloignées Berlin, elles permettent au grand-duc de Prusse de disposer de troupes plus proches des théâtres d opérations d Europe occidentale. En 1618, il hérite de la Prusse orientale, au N-O de la Pologne. En 1648, il acquiert lors des Traités de Westphalie, la Poméranie orientale au N-E. La Prusse est dès lors un État qui compte dans l Empire, dont le souverain, qui se proclame "roi de Prusse" en 1700, reste l un des sept Princes Électeurs. 7. L hégémonie suédoise sur la Baltique La Suède a l'ambition de posséder tous les territoires autour de la Baltique ("un lac suédois"). Gustave Adolphe II Vasa ( ) est un grand soldat. Il acquiert la Finlande, les pays Baltes et une petite partie du littoral allemand. Venu au secours des protestants pdt la guerre de Trente Ans, il y meurt au combat. Charles XII ( ), lui aussi grand militaire, affrontera surtout la Russie. Il ne parviendra pas non plus à réaliser "le rêve suédois". 8. L avènement des Romanov en Russie Sous Ivan IV le Terrible ( ) la Russie est centrée sur le bassin de la Volga et se tourne plutôt vers l Asie. De 1584 à 1613 : la Russie traverse "la Période des Troubles". On ne se met pas d accord sur le nom du successeur d Ivan IV. Sous le fameux Boris Godounov, l Église russe s affranchit de la tutelle symbolique de Constantinople, et on commence à coloniser la Sibérie. Enfin, Godounov tente de tourner davantage la Russie vers l ouest. En 1613, le Zemski Sobor («Conseil de la Terre, les grands propriétaires) désigne Michel Romanov, descendant d une fille d Ivan IV, comme tsar. Il règnera jusqu en 1645 [=> et fonde une dynastie qui durera jusqu en 1762]. 9. L empire Ottoman En 1570, la flotte ottomane est défaite à Lépante (côte occidentale de la Grèce) par l Espagne et les États du Pape (toute l Italie centrale). Sur le plan intérieur, après une période d instabilité, des vizirs appartenant à la famille Köprülü se succèdent au pouvoir de 1656 à Le vizir, "premier ministre" et chef des armées exerce la réalité du pouvoir, le sultan se contentant la plupart du temps d occuper le trône. Le vizir Fazil Ahmed Pacha ( ), intéressé par les arts et les sciences crée à Istanbul une importante bibliothèque importante, embryon de la future Bibliothèque Nationale turque. Dans l Empire ottoman, Juifs et chrétiens sont tolérés moyennant le versement d'une taxe. [=> au 18 ème siècle, près de la moitié de la population d Istanbul n est pas musulmane]. 65
66 Quatrième Partie: Le siècle des Lumière et le Néoclassicisme ( ): Absolutisme et "idée nouvelle" du bonheur A) Les Grandes Dates 1660 : restauration des Stuart sur le trône d'angleterre 1660 : fondation de la Royal Society of London : règne de Louis XIV 1670 : Spinoza : Le Tractatus theologico politicus 1679 : l'habeas corpus est instauré par le parlement anglais 1683 : échec du second siège de Vienne par les Turcs ottomans 1685 : révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV 1687 : Newton énonce la loi de la gravitation universelle 1689 : Marie Stuart et Guillaume d'orange acceptent le Bill of Rights : règne de Pierre Ier le Grand en Russie : Bayle : le Dictionnaire historique et critique 1714 : la dynastie des Hanovre monte sur le trône d'angleterre 1715 : les Pays Bas espagnols deviennent autrichiens 1717 : fondation à Londres, de la franc maçonnerie 1734 : Voltaire : les Lettres philosophiques 1740 : Frédéric II et Marie Thérèse, premiers despotes éclairés 1748 : Montesquieu De l'esprit des lois : publication de l'encyclopédie par Diderot et d'alembert 1754 : Rousseau : le Discours sur l'origine de l'inégalité 1757 : Winckelmann publie les fouilles d'herculanum et de Pompéi : Rousseau : La Nouvelle Héloïse, Émile, Le Contrat social : règne de Catherine II en Russie 1764 : Beccaria : Des délits et des peines 1765 : Voltaire obtient la réhabilitation de Jean Calas 1769 : James Watt perfectionne la machine à vapeur 1773 : suppression par le pape de la Compagnie de Jésus B) Le Néolassicisme Aujourd'hui, on fait commencer le siècle des Lumières vers 1660, car les idées qui vont éclore au 18 e sont émises dans la seconde moitié du 17 e. L'absolutisme est le trait dominant de cette période, inauguré en France par le règne de Louis XIV. Toutefois, les philosophes posent en principe que la gestion des affaires communes doit avoir pour but ultime le bonheur des citoyens. C est une idée nouvelle car, jusqu alors, la gloire du souverain et la puissance de l État étaient les objectifs déclarés de pratiquement tous les gouvernants. 66
67 1. Le règne de Louis XIV et la réaction contre le baroque Catholique, la France est toutefois assez réticente à l égard de l art baroque, dont l ornementation lui paraît excessive (le mot "baroque" = péjoratif en français). Le "bon goût" français défini dans la seconde moitié du 17 e, est synonyme de solennité, de mesure et d équilibre, un peu sur le modèle du "cartésianisme" qui l emporte à la même époque en matière intellectuelle: la "Raison" doit primer sur l émotion. Inspiré de l Antiquité (redécouverte grâce aux fouilles), le "classicisme" correspond à cette vision des choses et va peu à l emporter dans le goût français. Toutefois, l aristocratie française se démarque au 17 e de cette tendance, qu elle associe à la classe montante de la bourgeoisie, qu elle voit comme une rivale. Louis XIV, qui se méfie depuis la Fronde de la haute noblesse, est d ailleurs critiqué par elle pour s être entouré de conseillers issus de la noblesse "de robe" (bourgeois anoblis provenant de la haute finance ou de la magistrature) et de la bourgeoisie. Le château de Versailles, dont la construction commence en 1661, après l accession de Louis XIV au pouvoir personnel témoigne pleinement de ce goût classique. Mais Louis XIV et sa cour ne s y installent qu en 1682, et les travaux ne seront totalement achevés qu'en La redécouverte de l'antiquité gréco romaine D abord sans grande méthode, des fouilles commencent à être organisées scientifiquement au sud de Naples à Herculanum (1738) et Pompéi (1763). Johann Joachim Winckelmann, l historien de l art et archéologue est considéré comme le fondateur de ces disciplines. C'est un protestant converti au catholicisme installé à Rome grâce à une pension. C est également un actif propagandiste du néoclassicisme. Il publie en allemand, des "Réflexions sur l'imitation des œuvres des Grecs en peinture et en sculpture", où il prône le retour aux canons de l art antique, puis, en italien, Les monuments de l'antiquité expliqués et illustrés (1767), ouvrage qui vulgarise par le dessin les principales découvertes des fouilles et dont les artistes et architectes de toute l Europe vont s inspirer. À côté de cela, des voyageurs, se rendent dans l'empire ottoman et s y procurent statues et objets d art grecs qu ils dérobent ou que les Ottomans leur vendent sans grande difficulté. Les musées publics sont encore extrêmement rares: l Ashmolean Museum d Oxford et sans doute le premier à ouvrir assez facilement ses portes, en Créé en 1753, le British Museum, n est ouvert au grand public qu en 1759 (les deux= fondations privées). De nombreuses collections privées sont cependant accessibles sur demande à un public sélectionné. [=> Les grands musées européens n ouvriront qu à la fin du 18 ème ou dans la première moitié du 19 ème ] 67
68 3. La réaction au néoclassicisme: "le sentiment défend ses droits": - "Style rocaille", "roccoco", "choinoiseries" et Gothic Revival En France, en réaction au "grand goût" classique louis quatorzien, le style "rocaille", exubérant et parfois même dissymétrique, apparaît vers 1715 sous la Régence. De son côté, en Italie, en Allemagne et en Europe centrale, l art baroque évolue vers le " rococo", un art chargé. La mode décorative des "chinoiseries" est pour l essentiel, une adaptation de motifs chinois sur une architecture et des objets européens. Un "salon chinois" est aménagé dans de nombreuses demeures aristocratiques au 18 e siècle, où des œuvres d art ou objets décoratifs importés de Chine sont insérés dans un décor européen. Dans les Îles Britanniques, le Gothic Revival apparaît, vers 1740, comme une réaction "nationale" contre le néoclassicisme. On tente d'y retrouver les racines de la "vieille Europe chrétienne". - Les débuts du romantisme Une littérature particulièrement "sentimentale" apparaît au 18 ème siècle. Plusieurs des "best sellers" de l époque ressortissent à ce genre littéraire: Manon Lescaut de l'abbé Prévost; Clarissa Harlowe de Samuel; La Nouvelle Héloïse de Rousseau; enfin Les Souffrances du jeune Werther de Goethe qui marque la naissance du "Sturm und Drang" (tempête et élan), et annonce la future Allemagne romantique. En Écosse, les poèmes épiques "d'ossian", supposés dater du IIIe siècle, paraissent en Ecrits (on le saura plus tard) par le poète James Macpherson, ils soulèvent l enthousiasme de la jeunesse romantique. - Le piétisme C'est un courant protestant de l'allemagne du Nord assez similaire au quiétisme catholique. C est une version austère et mystique du protestantisme, une réaction spiritualiste contre un luthéranisme devenu trop rationnel et "matérialiste". C) Vers le libéralisme économique 1. Deux pays pionniers : les Provinces Unies et la Grande Bretagne Depuis le milieu du 17 e siècle, la réussite économique est devenue le principal critère de distinction sociale dans ces pays. Le modèle bourgeois s'est imposé. Le libéralisme économique demande, y compris en matière religieuse, l absence d entraves aux affaires. Exemple: En 1713 dans le Traité d'utrecht, qui met fin à la guerre de Succession d'espagne, (voir ci dessous) Anglais et Hollandais imposent pratiquement la mise en place du libre échange entre eux et les Pays Bas autrichiens dont ils ont contribué à sécuriser l existence face aux ambitions françaises. Par pragmatisme économique, ces deux pays pratiquent une politique de tolérance religieuse (sauf, en Angleterre, envers les catholiques, ressentis comme un danger pour l État) 68
69 2. L'éloge du travail: L économiste anglais William Petty écrit en 1662 que le travail est "le père et le principe actif de la richesse". TEXTE 8 «Bien que la nature ait donné toutes choses en commun, l'homme néanmoins, étant le maître et le propriétaire de sa propre personne, de toutes ses actions, de tout son travail, a toujours en soi le grand fondement de la propriété (...). Ainsi, le travail, dans le commencement, a donné droit de propriété.» John Locke, Two Treatises of Government 1689),, II, 4 5 (John Locke considère que le travail est la source de la propriété privée, c est ce qui permet aux hommes de se rendre propriétaire, cela aura des conséquences politiques). En France, Voltaire est l un des premiers propagandistes du libéralisme économique, tout comme Rousseau sera l un des ancêtres du socialisme. Pour Voltaire, "la terre et le travail sont à la source de tout". Le travail doit donc être considéré comme une valeur essentielle. L'esprit d'entreprise, l'esprit capitaliste, sont partie intégrante du "travail", dans l'esprit d un libéral comme Voltaire, qui a lui même bien fait fructifier son argent (commerce négrier, déportation d'africains vers les Amériques). Au 18 e siècle, un débat s engage en France sur la légitimité de la dérogeance, qui immobilise d importants capitaux qui pourraient être investis dans les secteurs dynamiques de l économie - L'intérêt personnel, moteur du progrès La poursuite de l'intérêt personnel est en principe condamnée par la morale. Fin 17 ème début 18 e, quelques auteurs libéraux veulent démontrer qu elle sert sans le savoir l intérêt collectif. - le débat sur le luxe Les libéraux soutiennent que le luxe, en favorisant une importante consommation de biens, fournit du travail à de nombreux individus. Le janséniste Pierre Nicole ironise sur ce thème: TEXTE 9 «Les hommes étant vides de charité par le dérèglement du péché, demeurent néanmoins pleins de besoins et sont dépendants les uns des autres dans une infinité de choses. La cupidité a donc pris la place de la charité pour remplir ces besoins et elle le fait d'une manière que l'on n'admire pas assez. (...). Quelle charité serait ce que de bâtir une maison tout entière pour un autre, de la meubler, de la tapisser, de la lui rendre la clef à la main? La cupidité le fera gaiement. Quelle charité (...) de s'abaisser aux plus vils ministères et de rendre aux autres les services les plus bas et les plus pénibles? La cupidité fait tout cela sans s'en plaindre.» Pierre Nicole, De la charité et de l'amour propre (1675)(cité par Jean Rohou, Le XVIIe siècle, une révolution de la condition humaine, 2002, p. 479) 69
70 Le Hollandais d origine française Bernard de Mandeville publie à Londres, en 1714, The Fable of the Bees, (La Fable des abeilles). Le sous titre est particulièrement provocateur :"les vices privés font les vertus publiques". C est exactement ce que Pierre Nicole reprochait aux libéraux comme Mandeville qui écrit notamment que "les défauts des hommes peuvent être utilisés à l'avantage de la société civile et on peut leur faire tenir la place des vertus morales". Impressionné par l économie anglaise lors de son exil Outre manche, Voltaire écrit en 1734 dans ses Lettres philosophiques (d abord intitulées Lettres anglaises) : TEXTE 10 «Le commerce qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de là s'est formée la grandeur de l'état. (...). Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d'un pair du royaume ne dédaigne point le négoce (...). En France, est marquis qui veut, et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec de l'argent à dépenser et un nom en ac ou en ille, peut dire un homme comme moi, un homme de ma qualité et mépriser souverainement un négociant ; le négociant entend lui même parler si souvent avec dédain de sa profession qu'il est assez sot pour en rougir ; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate [en Inde] et au Caire, et contribue au bonheur du monde». 3. Les Physiocrates La physiocratie ("gouvernement par la nature") domine le débat économique en France dans les années 60 et au début des années 70. Sous la Régence, en , "l expérience de Law" a rendu la France particulièrement méfiante envers le libéralisme à l anglaise. Écossais, John Law un de ces "hommes à projets" qui parcourent l Europe pour vendre leurs idées "de génie" a réussi à convaincre en 1718 le Régent Philippe d Orléans d autoriser l émission de papier-monnaie par la Banque Royale, afin d accroître les quantités monétaires en circulation en vue notamment de soutenir les compagnies de commerce colonial. A tout moment, le détenteur de ce papier monnaie peut venir se faire rembourser ses billets en monnaie métallique. Le système repose sur la confiance, puisque que le stock métallique est loin de représenter l équivalent monétaire des billets en circulation. Une rumeur de dépréciation du papier monnaie (lancée par des spéculateurs ennemis) provoque la panique: une bonne partie des détenteurs de papier monnaie se présentent en même temps afin de se faire rembourser, ce qui est impossible. Le papier monnaie se dévalue rapidement et certains, ruinés se suicident. Des émeutes ont lieu et John Law, qui avait été nommé contrôleur général des Finances, doit quitter le pays. 70
71 Un demi siècle plus tard, les Physiocrates présentent le libéralisme comme le système économique le plus "naturel". "Il faut laisser faire, et laisser passer" aurait dit le négociant Vincent de Gournay. supprimer tous les obstacles à la libre entreprise et abaisser les droits de douane. Pour les Physiocrates (le médecin François Quesnay, futur ministre Turgot) il suffit de laisser faire la nature, qui rétablit spontanément les équilibres rompus : si un produit devient rare (comme le blé lors d une famine) son prix augmente; cela attire les vendeurs et augmente d autant l offre, d où une diminution du prix ("loi de l offre et de la demande" sera formulée au 19 ème ). Intervenir est donc contre productif. Influent, il écrira les articles "Blés" et "Pain" dans l Encyclopédie de Diderot et d Alembert. Toutefois, les Physiocrates voient l'agriculture comme la seule activité "productive", artisanat et industrie ne faisant que transformer ses produits et ceux de la nature. Afin de motiver les producteurs, ils plaident pour des prix agricoles élevés. Or, le prix du pain est alors une variable économique (et sociale) de première importance. Il représente une part importante du budget dans les milieux populaires et en cas de mauvaise récolte, la hausse du prix des céréales met en danger la survie même des plus faibles. Les États ont donc pris pour habitude dans ces circonstances de "taxer" (fixer autoritairement) le prix des blés, et de contrôler les greniers où les propriétaires stockent le blé, les obligeant parfois à vendre au prix fixé. Pour les Physiocrates, mieux vaudrait laisser faire la loi du marché. - Turgot et la guerre des Farines Brillant intendant dans Limoges, Jacques Turgot ( ) est nommé contrôleur général des Finances en 1774, à l avènement de Louis XVI. En , il tente de mettre en pratique les théories physiocratiques après une mauvaise récolte. Mais l état des transports ne permet pas de combler rapidement les manques d une région à l autre, et les producteurs de blé attendent pour vendre que le prix des blés soit le plus élevé possible. La "guerre des Farines" est fatale à Turgot, victime aussi d une cabale à la cour et qui est renvoyé par Louis XVI en Il a également lutté contre le monopole sclérosant des corporations et en faveur de la liberté d entreprise. 4. L'évolution des économies européennes - Le colbertisme Jean Baptiste Colbert dirige l économie française sous Louis XIV à partir de Surtout synonyme d interventionnisme étatique (il crée beaucoup de manufactures et compagnies commerciales), le "colbertisme" a également une facette libérale: en 1666, il réduit le nombre de jours chômés: les impératifs de l économie passent avant le respect des prescriptions religieuses. en 1669, il met un frein à la création de couvents, dont la population participe peu à l économie et n engendre pas d enfants, privant le pays de bras et l armée de soldats 71
72 en 1681 commence la répression de la mendicité par la généralisation des "hôpitaux généraux" en 1681 les exceptions à la dérogeance sont coulées en forme de loi afin d inciter les nobles à investir dans les industries du verre, de la métallurgie et dans les mines. Succès très relatif: un siècle plus tard, un peu plus d'1% des nobles aura osé investir dans l'économie et les affaires. Le mépris pour la "marchandise" se double sans doute ici d une méfiance envers l État, très avide sous Louis XIV (guerres et politique de prestige, et donc toujours capable de reprendre par l impôt une partie des gains éventuellement réalisés). - La question du prêt à intérêt En 1671, Colbert tente avec l accord du roi de mettre en place dans les grandes villes commerçantes et dans les ports, des sociétés de crédit par l intermédiaire de "négociants de prêts". Peu de succès car peu de volontaires se présentent: on se méfie d'un État qui crée régulièrement de nouvelles taxes. Dans les pays protestants, banques et sociétés de crédit prospèrent au contraire ce qui permet à l'angleterre et aux Provinces Unies de financer leur essor économique et commercial. - Le grand commerce colonial Il est assuré par des compagnies, souvent privées, installées dans les grandes villes portuaires de l'atlantique et plus accessoirement de la Méditerranée. Un milieu européen du grand commerce international se constitue, disposant de succursales dans plusieurs pays. Ainsi Bordeaux abrite des négociants de plusieurs nationalités. - Les colonies Une politique de peuplement se met en place dans la plupart des colonies. A la fin du 17 ème, la Louisiane française compte environ colons, mais les colonies anglaises d Amérique en comptent déjà Si la France est le plus grand et le plus puissant des pays européens aux 17 e et 18 e siècles, Louis XIV a vraiment déforcé son économie en révoquant l Édit de Nantes en protestants environ, souvent commerçants ou intellectuels, ont alors quitté le pays pour s installer en Angleterre, dans les Provinces Unies ou en Prusse. Par contre, les dissidents protestants anglais, ou les catholiques irlandais ont beaucoup émigré en Amérique, où des terres leur attribuées et où ils peuvent plus ou moins librement pratiquer leur culte. En outre, le poids de l État anglais est très faible dans les colonies, où les entrepreneurs privés règnent en maîtres, à la faveur des chartes libérales accordées par le souverain, tandis que la Nouvelle France est soumise à l interventionnisme étatique. Enfin, les enclosures et la hausse de la productivité agricole qui a suivi ont libéré en Angleterre une nombreuse main-d'œuvre qui a pu être employée dans l artisanat et l industrie. - La révolution agricole en Angleterre Dans la plupart des pays européens, 80 à 90 % de la main-d'œuvre est dans l'agriculture. En Angleterre, où la productivité est élevée, la moitié seulement. Les rendements céréaliers sont parlants: 3 quintaux à l'ha en Russie ; 6 quintaux à l'ha en France ; plus de 10 quintaux à l'ha en Angleterre. 72
73 - Les débuts de la révolution industrielle en Angleterre Principalement basée dans les Midlands, l industrie anglaise bénéficie de progrès techniques importants: Le charbon de terre (largement utilisé comme combustible dans l'industrie) nécessite le creusement de profondes galeries d où les eaux infiltrées sont difficiles à évacuer. On utilise en général une noria actionnée en surface par des chevaux. La pompe de Thomas Newcomen (1712), à la vapeur, est beaucoup plus efficace. Elle sera également utilisée dans le Nord de la France à partir de A partir de 1735 la métallurgie anglaise utile le coke, un charbon distillé qui permet d atteindre de très hautes températures et de fabriquer de la fonte, un métal extrêmement solide. La France fait de même, mais en petites quantités, à partir de L'acier (aussi grâce au coke), qui demeurera longtemps une spécialité anglaise, est notamment utilisé dans la fabrication du petit outillage de précision (ciseaux, épingles, rasoirs) et les armes blanches (Wilkinson à Londres). Dans le textile, l invention de la "navette volante" fait gagner un temps considérable aux tisserands et diminue les coûts de main d œuvre. Dès 1740, en Angleterre, le coton l'emporte en quantité sur la laine. Vers 1750, la première véritable usine (900 ouvriers) est ouverte à Birmingham par Matthew Boulton, un industriel polyvalent, membre de la Royal Society, qui donne par ailleurs à l Écossais James Watt, (perfectionné la machine à vapeur de Newcomen), les moyens de mettre son invention en Pratique. (Boulton fait aussi partie de la "Lunar Society" 1x par fois, pdt la pleine lune, noir) L Angleterre innove en matière commerciale : la fabrication en série (les faïences anglaises sont six fois moins chères que celle fabriquée sur le continent) permet de distribuer au public un catalogue: c est le cas chez Boulton, mais aussi chez Wedgwood pour la porcelaine, ou chez Chippendale, qui donne son nom à un style de meubles. - Le salariat Les travailleurs de l industrie anglaise sont des salariés, souvent précarisés. L individuation se manifeste ici par la disparition des solidarités villageoises et l absence de corporations. Un licenciement peut avoir lieu du jour au lendemain, et aucune protection n est garantie au chômeur. Partout en Europe, filage et tissage à domicile de la laine ou du coton offrent en hiver aux agriculteurs, liés par un contrat individuel à un entrepreneur urbain, un revenu complémentaire. 73
74 D) Les Lumières et le Triomphe de la Raison En 1784, en réponse à un concours de l académie de Berlin, le philosophe Emmanuel Kant donne cette définition des Lumières : TEXTE 11 «Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui même responsable. L état de tutelle est l'incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. Sapere aude! [Ose savoir] Aie le courage de te servir de ton propre entendement! Voilà la devise des Lumières.» Cité par Gérard Raulet, Aufklärung. Les lumières allemandes (1995), p. 25 Les Lumières supposent donc une alphabétisation généralisée et l accession de tous à l enseignement, afin que chacun devienne capable de "se faire sa propre idée" et de ne pas obéir aveuglément aux dogmes, religieux ou politiques. 1. La conversion des élites au cartésianisme: le primat de l'expérience Les milieux scientifiques et intellectuels sont devenus pratiquement unanimes à ce propos: seule l expérience fait foi. En 1708, le philosophe et savant Bernard le Bovier de Fontenelle peut écrire que "l'autorité a cessé d'avoir plus de poids que la Raison" (Par autorité, il entend le dogmatisme). En 1666, les statuts de l'académie des sciences fondée par Louis XIV donnent pour consigne aux académiciens de "bannir tous les préjugés" et de ne s'appuyer que sur l expérience. En 1671, la sorcellerie est condamnée par la loi au nom de la rationalité et de l'expérience. En , le protestant français Pierre Bayle, exilé à Amsterdam, y publie un Dictionnaire historique et critique où il démystifie les Saintes Ecritures en les confrontant à la critique philologique, historique et scientifique. En 1687, l Anglais Isaac Newton énonce, après de nombreuses expériences, le phénomène de l'attraction "universelle" (aussi les planètes): "Tous les corps matériels s'attirent mutuellement avec une force inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare et proportionnelle à leurs masses respectives". En 1690, John Locke publie "An Essay upon Human Understanding" (Essai sur l'entendement humain) où il donne une version matérialiste de l intelligence, qui se construit chez les individus à partir des sensations physiques. - La médecine Quelques facultés de médecine (Montpellier, Padoue, Paris, Londres) sont prestigieuses, mais la médecine demeure peu efficace. Dans les grandes villes, des "collèges de médecins" sont créés par les autorités afin de surveiller la santé publique et de lutter contre les épidémies. (Anvers et Bruxelles, dès le milieu du 17 e siècle, Liège fin). Au 18 e, ils se généralisent. 74
75 - Les académies D origine grecque, elles revivent d abord en Italie durant la Renaissance. L'Academia de Lincei de Rome, société savante d amateurs de culture, d intellectuels, de poètes, etc se constitue au début du 17 e siècle. Plusieurs autres académies naîtront, le plus souvent protégées par un souverain. En 1636, Richelieu fonde l'académie française. Son but, en réalité, est de mieux contrôler, en les encadrant dans une structure dépendant du pouvoir, intellectuels et savants français. Le roi, qui "pensionne" les académiciens, dispose de trois représentants au sein de l académie. En 1663 Colbert y adjoint l Académie des Inscriptions et Belles lettres, chargée de composer les devises présentes sur les monuments, bâtiments officiels et monnaies, inscriptions qui chantent la gloire du souverain. La Royal Society est créée en Elle ne bénéficie qu ensuite du patronage royal, et le souverain n y envoie aucun représentant, hormis à la séance annuelle d'ouverture. Les sociétaires payent une cotisation et ne reçoivent aucune pension. Ils sont totalement indépendants. La Royal Society est principalement orientée vers les sciences appliquées et le bien qu elles peuvent procurer à l économie du pays. Des académies de province sont fondées dans de nombreuses villes françaises au 18 e. L une des plus avancées scientifiquement est celle de Montpellier, où se trouve l une des meilleures facultés de médecine d Europe Des académies sont crées un peu partout en Europe au 18 e, souvent par les souverains: Berlin, Saint Pétersbourg, Stockholm, Bruxelles etc. Toutes les académies ont des membres étrangers, se crée ainsi un réseau européen de savants et d intellectuels. En 1769 à Bruxelles, capitale des Pays Bas autrichiens, est créée, à l initiative de quelques membres du gouvernement, une «Société littéraire». En 1772, après avoir vaincu les réticences du gouvernement de Vienne, elle prend le nom d académie. Toutes les académies ont des «membres étrangers», des correspondants. Se crée ainsi un réseau européen de savants et d intellectuels. - La vulgarisation des connaissances scientifiques Une presse spécialisée se crée dans toute l'europe. Le bulletin scientifique de la Royal Society, «Philosophical transactions» apparaît en "Le Journal des Savants" est créé en Certains philosophes publient également: Emilie du Châtelet et Voltaire traduisent Newton Diderot publie sur la physiologie, l optique, la chimie... Rousseau publie des ouvrages de botanique Goethe : minéralogie et zoologie Carl von Linné (suédois): classification des plantes Buffon: classification des espèces animales L intérêt pour les sciences croît rapidement. L intérêt pour les sciences croît rapidement: de 7% d ouvrages scientifiques en 1650, l édition française passe à 20 % en 1720, puis à 33% en
76 2. L'alphabétisation et ses conséquences Au 16 e, en moyenne 1/3 des hommes et 1/5 des femmes savent lire (pas nécessairement écrire). A la fin du 18 e, ce sont les 2/3 des hommes et 1/3 des femmes. C est surtout un phénomène urbain. On mesure la montée du débat politique en France en considérant la hausse du nombre d ouvrages d économie politique publiés: 3. L'Encyclopédie Ses 28 volumes (dont onze avec planches techniques) sont publiés entre 1751 et En traduisant une encyclopédie d Ephraïm Chambers en 1745, Diderot constate qu elle est déjà dépassée dans beaucoup de domaines, il décidé d éditer une toute nouvelle encyclopédie, collaborant avec le savant Jean Le Rond d Alembert. Dans le préambule de l ouvrage, d Alembert écrit : «L'ouvrage dont nous donnons aujourd'hui le premier volume, a deux objets : comme Encyclopédie, il doit exposer autant qu'il est possible, l'ordre et l'enchaînement des connaissances humaines : comme dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, il doit contenir sur chaque science et sur chaque Art, soit libéral, soit méchanique, les principes généraux qui en sont la base, et les détails les plus essentiels, qui en font le corps et la substance.» Près de 130 auteurs collaborent à l Encyclopédie, (Louis de Jaucourt écrivant plus de articles). L ouvrage, d abord tiré à 2050 exemplaires, sera finalement près de Après la parution des 7 premiers volumes, l entreprise est interrompue pour cause de sa mise à l'index. Responsable de la censure, mais ami des Philosophes, Malesherbes propose à Diderot de mettre ses manuscrits en lieu sûr, chez lui. En 1762, l édition reprend. Tous les articles de l Encyclopédie ne sont pas des brûlots révolutionnaires. Diderot, afin d éviter les provocations, cache dans les articles les plus anodins les affirmations les plus scandaleuses tandis que dans les articles susceptibles d attirer l œil des censeurs (Bible, Église, Roi, etc), les propos sont relativement modérés 4. Quelques découvertes scientifiques décisives Antoni van Leeuwenhoek: perfectionnement du microscope ( ), découverte des spermatozoïdes. Newton : perfectionnement du télescope. On perfectionne le thermomètre ( ) Réaumur France, Fahrenheit Allemagne Celsius Suède Maupertuis, la Condamine mesurent les Méridiens et constatent un aplanissement des pôles (1730) (la Terre n'est pas ovale) Cavendish et Lavoisier : analyse chimique de l air et l eau et étudient la respiration ( ) Vers 1780, on tente d exploiter les phénomènes électriques. La "baquet de Messmer" a beaucoup de succès: on soigne le déséquilibre des fluides en envoyant des charges électriques. - Volta: première pile (
77 5. Le progrès des conditions de vie : hygiène, santé, démographie, confort Ces progrès ne profitent d abord qu aux couches les plus aisées de la population. - L'hygiène Utilisation des sous vêtements, de couverts. (plus avec les mains, limite les risques de contamination Absorption de boissons fermentées ou bouillies plutôt que d eau, très souvent impure - La santé On découvre deux protections contre la variole, maladie parfois mortelle. L inoculation, importée de Turquie en Angleterre vers 1725, elle consiste à injecter à un sujet sain du pus prélevé sur un malade, ce qui provoque la formation d anticorps (ce qu on ne sait pas, c'est une pratique purement pragmatique). Cette technique se répand sur le continent dans la seconde moitié du 18 e siècle. La vaccination, mise au point fin 18 e par le Charles Jenner, qui constate que les personnes travaillant au contact des bovins ne contractent pas la maladie. Il a l idée d injecter à des sujets sains la "vaccine", une maladie du pis de la vache, qui les protège en effet de la variole. [procédé diffusé au 19 e ]. - La démographie Au cours du 18 e siècle, l Europe occidentale passe de +/- 92 millions d'habitants à +/- 145 millions. L'Angleterre connaît une progression de 65 %, (augmentat des rendements agricoles et progrès de la médecine. La population française croît de 32%., - Le confort L'Angleterre et les Provinces Unies connaissent un urbanisme moderne, géométrique et aéré. En 1666, le "Grand Incendie" de Londres (1/3des bâtiments a brûlé) a provoqué une limitation drastique de l utilisation du bois dans les nouvelles constructions. La fonte arrive dans les foyers: poêles, fourneaux, garnitures de cheminée, et balcons notamment. Le charbon de terre remplace le bois comme combustible de chauffage. Construite en 1761, la maison de Matthew Boulton est à la pointe du progrès : water closets, eau chaude et froide à tous les étages; chauffage à air pulsé et les escaliers en fonte. A la même époque dans ses Mémoires, la sœur du roi de Prusse Frédéric II, Wilhelmine, se plaint du froid des couloirs et du confort rudimentaire des chambres de son château. Désormais les bourgeois aisés vivent "mieux" que nombre d aristocrates. 6. Le débat sur le progrès Le progrès matériel suscite certaines réticences. Si Fontenelle et Voltaire sont de fervents partisans, Rousseau s y oppose. Il est comme le porte-parole d un passé idéalisé. 77
78 TEXTE 12 «Nos âmes se sont corrompues à mesure que les sciences et les arts se sont avancés à la perfection. Dira t on que c'est un malheur particulier à notre âge? Non, Messieurs ; les maux causés par notre vaine curiosité sont aussi vieux que le monde. (...) On ne peut réfléchir sur les mœurs, qu'on ne se plaise à se rappeler l'image de la simplicité des premiers temps. C'est un beau rivage, paré des seules mains de la nature, vers lequel on tourne incessamment les yeux.» Jean Jacques Rousseau,Discours sur les sciences et les arts(1750) - Réaction de Voltaire TEXTE 13 «Dieu merci! J'ai brûlé tous mes livres, me dit hier Timon. Quoi! Tous sans exception? (...) J'ai tout brûlé, répliqua t il : ce sont des corrupteurs du genre humain. (...) Les sciences sont le plus horrible fléau de la terre. Sans elles, nous aurions toujours eu l'âge d'or. (...) Il est clair qu'il n'y a que les Iroquois qui soient gens de bien : encore faut il qu'ils soient loin de Québec, où je soupçonne que les damnables sciences de l'europe se sont introduites. (...) Vous conviendrez (...) que l'industrie (ici : dans le sens d'activité, travail) donne à l'homme de nouveaux besoins. Ces besoins allument les passions, et les passions font commettre des crimes. (...) Vous pensez donc, lui dis je, qu'attila, Genséric, Odoacre [respectivement rois des Huns, des Vandales et des Hérules qui envahirent l'europe au Ve siècle] et leurs pareils, avaient étudié longtemps dans les universités? Je n'en doute nullement, me dit il, et je suis persuadé qu'ils ont beaucoup écrit en vers et en prose ; sans cela auraient ils détruit une partie du genre humain? (...) Ce n'est qu'à force d'esprit et de culture que l'on peut devenir méchant. Vivent les sots pour être honnêtes gens! (...) Je le laissai dire. Nous partîmes pour aller souper à la campagne. Il maudissait en chemin la barbarie des arts, et je lisais Horace. Au coin d'un bois, nous fûmes rencontrés par des voleurs, et dépouillés de tout impitoyablement. Je demandai à ces Messieurs dans quelle université ils avaient étudié. Ils m'avouèrent qu'aucun d'eux n'avait jamais appris à lire.» Voltaire, Sur le paradoxe que les sciences ont nui aux mœurs (1751) 7. L'anticolonialisme En 1704, La Hontan (vécu 10 ans en Nouvelle-France) publie ses "Dialogues avec un sauvage", où ce dernier est vu favorablement par rapport au colon. Le thème de "bon sauvage" est lancé. Le débat du commerce triangulaire est vif: Il s agit du transport en Afrique de produits européens de faible qualité qu on y échange contre des esclaves, lesquels sont ensuite amenés en Amérique afin d y travailler des les plantations dont les produits sont ensuite ramenés en Europe. L abbé Raynal, aidé de Diderot, compile de nombreux récits de voyages et les publie (Histoire de l Établissement et du commerce des Européens dans les deux Indes" Une autre forme d anticolonialisme, moins humaniste, est celle des Physiocrates pour lesquels envoyer des colons outre mer pour cultiver des produits "de luxe" est une erreur et prive de nombreux bras l agriculture européenne. 78
79 E) L avènement de l individu au cours du XVIIIe siècle ( ) La promotion d un individu faisant librement ses choix dans tous les domaines est, depuis le 18 e siècle, une caractéristique de la civilisation occidentale. 1. Une nouvelle sociabilité - Les sociabilités restreintes Dans la société d ancien régime, les relations entre individus sont conditionnées par leur appartenance à un milieu social et à une religion. A contrario les sociabilités restreintes sont librement choisies, sous forme d associations volontaires.. Elles apparaissent au 18 e au sein des classes favorisées. Les collèges d'enseignement secondaire (pas encore obligatoire) regroupent fils de bourgeois et d aristocrates. Des affinités personnelles s y créent. De même pour les jeunes filles, avec les couvents et pensionnats. Ils augmentent un niveau d éducation que l ouverture de nombreux salons (après moitié 17 e ) leur permet de mettre en valeur. Par ex: ceux de Mme du Deffand ou de Mme Geoffrin sont au centre de la vie mondaine et intellectuelle (18 e ). En Angleterre, (à partir de fin 17 e ), les clubs exclusivement masculins, se réunissent généralement dans des tavernes. On y parle politique et littérature. Sur le continent, les cafés littéraires comme le Procope à Paris ont également un certain succès. A partir de +/- 1720, des soirées musicales privées sont organisées dans des grandes villes européennes. La franc maçonnerie est créée en 1717 en Grande Bretagne. Elle se répand sur le continent dans les décennies suivantes. Vers 1740, il y a des loges maçonniques dans tous les pays européens (aussi assez dans colonies d Amérique). Société initiatique et discrète, aux objectifs philanthropiques, la franc maçonnerie est exclusivement masculine. De classes variées, les frères se côtoient en loge dans la plus stricte égalité et pratiquent la tolérance. 2. La recherche du bonheur individuel Pour John Locke "le bonheur est le but que chaque homme vise constamment". Comme chacun en a sa propre conception, la société doit faire en sorte que chacun puisse trouver le chemin vers son propre bonheur. La lecture individuelle et silencieuse est croissance. Les journaux intimes sont de plus en plus nombreux au 18 e. La 1 ère biographie intime est celle de Rousseau avec les Les "Confessions" La reconnaissance des droits d'auteur est un fait acquis en Angleterre en [France, Beaumarchais fonde la Société des auteurs, mais loi votée qu en 1793] La comparaison entre les 3 plus grands musiciens de cette époque Haydn, Mozart et Beethoven est un bon exemple des progrès de l individuation. Musicien "de cour", Joseph Haydn est au service d'une famille hongroise. Il n'a quasi jamais eu de congé pendant les 30 premières années de sa carrière. Mozart commence sa carrière au service de l archevêque de Salzbourg, mais s en libère. Il dépend encore bcp des commandes et des recettes de concerts. Beethoven compose le plus souvent en fonction de son inspiration et est subsidié par des mécènes. Au 19 e, la "gratuité" de l activité artistique est devenue la règle. 79
80 - Maintien des contraintes collectives et le règne de la réputation Dans les classes populaires, les contraintes collectives demeurent la règle jusqu au 19 e. Parmi ces contraintes le règne de la réputation. Le "charivari" est un cortège moqueur qui se promène sous les fenêtres des jeunes filles trop légères ou "mal mariées" (avec homme plus âgé, qui les enlève aux jeunes gens). "La société" fait ainsi savoir à certains individus que leurs comportements ne sont pas admis. Ce contrôle social demeure très présent, surtout dans les campagnes où tous se connaissent Gallicanisme et Césaropapisme F) Le combat pour la tolérance En France, l opposition entre Église gallicane et "ultramontanisme" (obéissance au pape) est vive. En 1682, Louis XIV réaffirme : L'indépendance de l Église de France (qui lui est soumise) en matière temporelle Les décisions de Rome n ont pas de valeur tant qu elles ne sont pas validées par l Eglise de France. (en fait par le souverain lui même) La supériorité du concile sur le pape - La dissolution de la Compagnie de Jésus Les Jésuites ont joué un grand rôle dans la colonisation espagnole et portugaise. Ils ont acquis d immenses territoires où ils traitent les indigènes de façon plus humaine que les colons, les faisant travailler sans contrainte, en les éduquant et en les christianisant. Gênés par cette concurrence et agacés par la fidélité des Jésuites envers le pape, plusieurs souverains cherchent à détruire la compagnie : Portugal en 1759: le marquis de Pombal les fait expulser pour complot contre l'etat. France en 1764 Espagne en 1767 Toscane en 1768 Sous la pression des souverains et ordres rivaux, le pape supprime l ordre en 1773 (restaurée au 19 ème ). Frédéric II, en principe protestant (agnostique en fait), à plaisir à se montrer plus tolérant et accueille les Jésuites comme professeurs à condition qu ils ne fassent pas de propagande catholique. 2. La question de l'intolérance en France sous Louis XIV et Louis XV - La révocation de l'edit de Nantes Elle se fait progressivement: entre 1630 et 1685, 587 temples protestants sont fermés et depuis 1681, dans les Cévennes, les protestants sont poussés à se convertir par les "dragonnades", des régiments à cheval qui les harcèlent. En 1685, Louis XIV, persuadé que le nombre de protestants a diminué, révoque l Edit de Nantes poussé par son conseiller, Bossuet. Pour celui ci : «L'hérétique est celui qui a une opinion, et c'est ce que ce mot signifie [grec, "celui qui fait un choix"]: suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Mais le catholique est catholique, c'est à dire qu'il est universel ; et sans avoir de sentiment particulier, il suit sans hésiter celui de l Église.» Bossuet, Première instruction pastorale sur les promesses de l'église (1700) 80
81 L'Église a reçu de Dieu la vérité. "Faire un choix" en matière de foi est donc inconcevable. Les protestants n ont plus le droit de pratiquer leur culte ni de se proclamer protestants. Ils ont le choix entre la conversion, les galères ou l exil personnes partiront en Angleterre, en Prusse et dans les Provinces-Unies. Ces exilés sont des artisans, des médecins... Grande perte pour la France. On les appellera, les gens du Refuge. - Le jansénisme et la bulle "Unigenitus" Le jansénisme s'est répandu en Belgique, aux Pays Bas, en Italie et surtout en France. Au début du 18 e, le couvent de Port Royal à Paris et l abbaye de Port Royal des Champs sont des foyers de résistance à l absolutisme monarchique et à l Église de France, dont on critique la soumission au pouvoir politique et la "corruption". En 1711, Louis XIV fait disperser ces communautés et raser Port Royal des Champs. En 1713, il obtient du pape la bulle Unigenitus, la condamnation du jansénisme à travers des propositions "hérétiques" figurant dans l'ouvrage du janséniste français Pasquier Quesnel. Les jansénistes contestent. Pour faire cesser les troubles, Louis XV fait de la bulle une loi de l'état en Ne les calme pas. Ils sont nombreux dans les milieux "parlementaires", depuis toujours adversaires de la monarchie absolue. Ceux-ci seront à plusieurs reprises renvoyés sous Louis XV, et les parlements suspendus. - Voltaire et les affaires Calas et La Barre En 1761, à Toulouse un protestant nommé Jean Calas est accusé d'avoir tué son fils parce qu'il s'était converti au catholicisme. Or, l enquête démontre que le fils s est pendu et que son père, âgé n aurait pu faire le geste. Malgré cela, il est accusé d homicide et écartelé. Bouleversé par cette affaire, Voltaire reçoit chez lui à Ferney la veuve et les enfants de Calas. A coup de pamphlets et de contre-enquêtes, il démontrera l innocence de Jean Calas dont il obtient en 1765, il obtient la réhabilitation. C'est "campagne de presse" est une des 1ères et Voltaire demeure le modèle des intellectuels engagés. En 1766, un crucifix est "vandalisé" à Abbeville (profanation, sacrilège). Le chevalier de la Barre est dénoncé: il ne s est pas décoiffé lors du passage d une procession. On retrouve également chez lui des ouvrages mis à l index. Il est condamné à mort, supplicié et brûlé malgré les interventions de Voltaire et d autres personnalités. Le combat de Voltaire pour sa réhabilitation n aboutira pas car un athée ne peut être pardonné. 3. Plaidoyers pour la tolérance - Spinoza Né d'une famille juive portugaise installée dans les Provinces-Unies. Dans son "Tractâtes theologico politicus" il défend la liberté de conscience comme un droit naturel. - Pierre Bayle Protestant "du Refuge", installé dans les Provinces Unies. Dans son Dictionnaire historique et critique il plaide pour la tolérance, la vérité étant incertaine en matière religieuse. 81
82 - John Locke Dans ses "Lettres sur la tolérance", il dit que la tolérance favorise la vie en société. Avec les violences auxquelles a mené l'intolérance, la religion devrait être reléguée dans le domaine privé. Le spirituel doit être séparé du temporel. - Voltaire Riche, déiste et anticlérical, il estime que chaque individu doit rendre en son for intérieur un culte au Créateur. Mais en l absence d'éducation obligatoire, cela doit être réservé à une élite, car le peuple a besoin de la religion pour avoir une morale. Il est installé à Ferney, d'où il peut facilement se rendre en Suisse en cas de problème. Protégé par cela, il n'hésite pas à s'engager dans le débat politique et philosophique. Il publie des ouvrages et opuscules anonymes sous pseudonymes aussi. En 1763, Traité sur la tolérance. - Denis Diderot Seul philosophe devenu athée, après agnostique (connu qu'après sa mort). Pour lui, la raison et la science suffisent à expliquer les phénomènes naturels. Il n est donc pas besoin pour cela de faire intervenir une puissance supérieure. Il n'a pas publié de son vivant ses œuvres les plus sulfureuses, par peur de la prison. - Le curé Meslier Curé d'un village, devenu athée (avoue dans journal intime), il regrette de tromper ses paroissiens en leur enseignant la religion. Annonciateur de la Rév. française, il rêve de "pendre le dernier nobles avec les boyaux du dernier prêtres". Voltaire publie une copie de son "Testament" en 1768, mais en faisant un déiste comme lui. G) Les trois grands régimes politiques: Monarchie absolue, despotisme éclairé et régime parlementaire 1. La monarchie absolue française Louis XIV gouverne en monarque absolu de 1661 à Dans un texte à son successeur il explique sa conception du métier de roi : «Ce qui distingue les princes qui sont véritablement rois, c'est qu'une passion maîtresse et dominante, qui est celle de leur intérêt, de leur grandeur et de leur gloire, étouffe toutes les autres en eux.» Et plus loin : «Tous les yeux sont attachés sur lui seul ; c'est à lui seul que s'adressent tous les vœux, lui seul reçoit tous les respects, lui seul est l'objet de toutes les espérances ; on ne poursuit, on n'attend, on ne fait rien que par lui seul (...) : Tout le reste est rampant, tout le reste est impuissant, tout le reste est stérilité». Il a considérablement modernisé la France. Du point de vue administratif: Il s entoure de quatre conseils de gouvernement spécialisés Les intendants «de justice, police et finances» sont envoyés dans toutes les provinces Les parlements sont mis au pas : le parlement de Paris doit enregistrer les édits du roi avant de faire éventuellement des "remontrances" 82
83 Du point de vue législatif: Progrès vers l uniformisation de la législation dans l ensemble du royaume [=> la Révolution française achèvera cette uniformisation]. Du point de vue militaire: Armée permanente de 200 à hommes est constituée. Acquisition de l'alsace et de la Franche Comté. La frontière nord actuelle est à peu près établie [seuls la Savoie et le comté de Nice viendront s ajouter à la carte de France, en 1860] Du point de vue de "L'Europe française": Le prestige du roi et de sa cour de Versailles est immense. La langue française est parlée par l aristocratie européenne jusqu à la fin de l ancien régime. Seule vraie rivale, l Angleterre, qui l'emporte économiquement au 19 e siècle et qui propose un autre type de culture moins centré sur le monarque et sa cour. Du point de vue culturel: Louis XIV est un mécène Les arts sont favorisés 2. Le déclin espagnol Le déclin entamé après moitié du 17 e s'accentue dans les 1ères décennies du 18 e. L économie est sclérosée, les défaites militaires se répètent et la dynastie se termine avec Charles II, mort sans héritier en La guerre de succession d'espagne ( ) permet à Louis XIV d imposer son petitfils, Philippe V, sur le trône d Espagne. La dynastie de Bourbons commence L Espagne perd successivement, au profit de l Autriche, les riches régions des Pays Bas (1713) et de la Lombardie (1725). 3. Le despotisme éclairé Diderot a inventé cette expression, à première vue contradictoire. Les "despotes éclairés" s inspirent De Louis XIV pour les méthodes autocratiques de gouvernement : ils décident seuls et de tout. Ils se veulent rationnels et efficaces. "Éclairés" par la philosophie des Lumières, fréquentant même parfois les Philosophes, ils s en inspirent en matière de tolérance religieuse, et en donnant pour but à leur action politique le bonheur de leurs concitoyens. Ce type de régime se développe entre 1740 et la Rév. française mais ne concernent ni la France (absolutiste), ni l Angleterre (parlementariste) ni les Provinces-Unies (républicaines). Le despotisme touche la Prusse, l Autriche et la Russie. Mais des expériences similaires ont lieu dans les principautés italiennes, en Espagne (Charles III) et en Suède (Gustave III). 83
84 - La Prusse de Frédéric II Frédéric II est à la fois un grand soldat et un despote éclairé. Le bien de ses sujets est pour lui conditionné par la grandeur de l Etat et la puissance de son armée. De bonnes rentrées fiscales sont essentielles pour cela. Il faut promouvoir l économie notamment par l éducation et la main-d œuvre étrangère qualifiée. Admirateur de Voltaire, il le fait venir à Berlin en 1750 (il y restera jusqu en 1753). Frédéric II aime s entourer de philosophes. Mais Frédéric II considère Voltaire comme un faire-valoir et le poète, qui se sent instrumentalisé, et quitte précipitamment Berlin. Frédéric II le fait arrêter et l assigne à résidence pendant 5 semaines à Francfort. Ils se réconcilieront plus tard, mais Voltaire ne retournera pas à Berlin. Frédéric II veut mettre sur pied une armée permanente de hommes. Déiste comme Voltaire, il est à la tête d'un pays calviniste depuis le début du 18 e. Sa tolérance va aux catholiques et les juifs (ils aident à améliorer l enseignement et le crédit). Berlin va d ailleurs devenir une grande capitale du judaïsme intellectuel. Gottold Lessing, auteur de la pièce "Nathan le Sage", est un des représentants de la Haskala (les lumières juives). Sur le plan économique, Frédéric II fait venir colons pour coloniser la frontière entre la Pologne et la Russie. Il accorde aux industries des privilèges et développe un réseau de canaux. En matière d éducation, l école devient obligatoire jusque l âge de 13ans. L Académie de Berlin devient l une des plus prestigieuses au monde, avec bcp de membres et corresp. Etran. Le servage est aboli dans les domaines royaux. En justice, les citoyens deviennent égaux devant la loi et sont tous jugés par les mêmes tribunaux. La torture est interdite. Cette question fait débat en Europe depuis la parution de "Dei Delitti e delle "(Des délits et des peines) de Cesare Beccaria, qui plaide également contre la peine de mort. Il prône la mise au travail des condamnés, pour réparer et réinsérer plus tard. Il ne s agit pas d abor de punir, mais d éduquer. - Politique de Marie-Thérèse et Joseph II, son application dans les Pays-Bas autrichiens Les Habsbourg possèdent l Autriche, la Bohème, la Hongrie (Slovaquie, Slovénie, Croatie, Hongrie), les Pays-Bas, la Lombardie et la Toscane ainsi que le titre impérial. Chacun de ses Etats a une administration et une législation séparées. A Vienne, chacun dépend d un département particulier. De 1749 à 1792, le prince de Kaunitz est chancelier de cour et d Etat, principal conseiller du souverain et chef de gouvernement. Ses relations avec Marie-Thérèse sont confiantes même s il parfois désaccord (il est anticlérical et elle profondément catholique). Marie-Thérèse estime néanmoins que l Eglise ne doit pas être un "Etat dans un Etat". Sous Joseph II, Kaunitz a moins d'influence, le roi étant décidé à gouverner seul. Sous l impératrice, une politique de centralisation est menée et le souci de développement économique est constant. Il faut entretenir une armée puissante face à la Prusse. Réformatrice mais prudente, l impératrice veille à ménager ses peuples en n agissant pas de manière brutale. Le duché de Milan sert de "laboratoire" pour tester les réformes, ensuite diffusées ou non. 84
85 En 1767, on va créer la "Giunta economale"(ministère de l économie). En 1769, des couvents contemplatifs sont transformés en écoles, pour les rendre "utiles". Joseph II va accélérer cette politique. Ses ordonnances sont plus modernes et plus nombreuses que sa mère. Elles sont modernes dans leur présentation brève et précise. Il vise l efficacité et la rapidité. Joseph II ne prête pas allégeance aux philosophes (de retour de Versailles, il passera près de Ferney sans s'arrêter). Dans les Pays-Bas autrichiens, le pouvoir (composé surtout de fonctionnaires locaux, seuls le gouverneur général et le ministre plénipotentiaire sont étrangers) veille à assurer le développement économique: En améliorant la formation des sages-femmes pour limiter la mortalité infantile En améliorant le réseau routier par des chaussées pavées et des canaux En encourageant l agriculture par une politique fiscale favorable et une modernisation des techniques. En encourageant les industries nouvelles (charbon, métal, verre, chimie, porcelaine) La politique ecclésiastique est assez anticléricale et anti-ultramontaine dans les Pays-Bas autrichiens. L université de Louvain est reprise en main. De Neny, en 1754, est chargé de réformer l université: les disciplines scientifiques sont renforcées, l histoire est introduite, la théologie ne doit pas attenter aux droits du souverain. Pour des raisons surtout économiques, Joseph II est partisan d une tolérance. Il s agit d attirer des protestants actifs et industrieux. Le spirituel est séparé du temporel. En 1784, Neny rédige pour les Pays-Bas une version adoucie de l'edit de tolérance (la tolérance civile ne considère dans l'homme que le citoyen).mais le culte protestant ne pourra être exercé que dans des maisons particulières et sans manifestations extérieures. - La Russie sous Pierre le Grand et Catherine II (aucun lien de parenté). Pierre le Grand est un souverain autoritaire et violent. Souhaitant moderniser la Russie, il voyage en Occident (France, Provinces..). Centralisateur, partisan de l'interventionnisme, il veut aussi contrôler l Eglise orthodoxe. C'est donc un despote éclairé. Pour symboliser l occidentalisation de la Russie, il fait construire de 1703 à 1712 une nouvelle capitale: Saint-Pétersbourg. Catherine II est d origine allemande, elle est la femme de Pierre III, qu'elle fait éliminer en L'immensité de la Russie, la puissance des aristocrates et les millions de sujet astreint au servage rend sa centralisation et sa modernisation difficile. Comme Frédéric II, elle mène une politique de colonisation agricole. Souveraine éclairée, elle discute avec Voltaire et Diderot (qui séjourne à St-Pétersbourg du 10/1773 3/1774). Ils discutent ensemble des réformes. Des commissions se mettent en place pour réfléchir à une refonte de l administration et de la justice. Mais cela n aboutira à rien car l aristocratie freine toute réforme et Catherine se refuse à rompre avec elle. Elle développe l'enseignement dans les grandes villes de l'ouest. En 1772, Catherine agrandira la Russie avec l annexion d une partie de la Pologne. Elle pratique une tolérance religieuse. Effrayée par la Révolution française, elle reniera les idées de philosophes, qui ont amenés le renversement des trônes et l'anarchie. Elle achètera cependant les bibliothèques de Voltaire en 1778 et de Diderot en Elle les fera transporter à St-Pétersbourg, où les bibliothèques se trouvent toujours. 85
86 4. Le recul des Ottomans Les Turcs ont connu leur plus grande avancée avec le 2ème siège de Vienne en 1683 qui échoue (comme en 1529) grâce à l aide du roi de Pologne Jean III Sobieski. Les Ottomans perdent la Hongrie et finissent par signer le Traité de Passarowitz en 1718 avec l Autriche qui occupe la Croatie et la Serbie, et Venise qui récupère ses possessions sur la côte dalmate. (1718 est le début de l empire austro-hongrois). 5. La monarchie constitutionnelle anglaise A la mort d Oliver Cromwell en 1658, son fils Richard lui succède, sans bcp de soutien de l'armée. Las de la dictature, le parlement et l armée décident de rappeler la dynastie des Stuart. Les 2 fils de Charles Ier (décapité) se sont exilés en France où ils sont secourus financièrement par Louis XIV. A leur retour en Angleterre, un fort soupçon de catholicisme pèse sur eux [on sait qu ils avaient en effet conclu un accord secret avec le roi pour rétablir le catholicisme]. Avant de monter sur le trône, Charles II ( ) doit prêter serment de conserver la religion anglicane. Il se tient à son serment, mais favorise l ascension d un certain nombre de catholiques dans l armée. Jacques II ( ) est ouvertement catholique et en butte à l hostilité du parlement et de la majorité de l opinion. En 1688, le baptême catholique de son premier fils, le futur Jacques III, est ressenti comme une provocation. Pour empêcher tout retour au catholicisme, le Parlement rappelle Guillaume III d Orange- Nassau et son épouse Marie II Stuart, protestants et "héritiers légitimes". C est la "Glorieuse Révolution" par opposition à celle de Cromwell 40ans plus tôt. A leur avènement, en février 1689, leur est lu le "Bill of Rights". TEXTE 14 Résumé: Le souverain est soumis à la loi Le souverain ne peut lever d impôts sans le consentement du Parlement Droit de pétition garanti Pas d armée royale avec celle du Parlement Convocations régulières du Parlement. La "Glorieuse Révolution" est l application de principes énoncés par John Locke dans son "Traité du gouvernement civil". TEXTE 15 VOIR FEUILLES A PART John Locke, Two Treatises of Government (1689), chap.19,. C est ce qu on appellera plus tard "le droit de résistance à l'oppression". En 1689 se met donc un place un régime parlementaire au sein duquel se créent deux partis: Les Whigs (progressistes) et les Tories (conservateurs). Ils s'affronteront tout au long du 19 e. En 1707, l Angleterre, le Pays de Galles, l Ecosse et l Irlande formeront le Royaume-Uni de Grande Bretagne. 86
87 Cinquième Partie: L'ère des révolutions (vers ): Le libéralisme et les débuts de la question sociale A) Les grandes dates 1773 : la Boston Tea Party : début de la Révolution américaine : avènement de Louis XVI et ministère Turgot 1776 : proclamation de l'indépendance des États Unis d'amérique 1776 : Adam Smith, The Wealth of Nations 1778 : décès de Voltaire et de Rousseau 1778 : intervention de la France aux côtés des Insurgés américains 1781 : Édit de Tolérance de Joseph II et abolition du servage 1783 : l'angleterre reconnaît l'indépendance des États Unis 1784 : Joseph II instaure le mariage civil pour les protestants 1785 : Cartwright invente le métier à tisser mécanique 1789 : Révolution française et Déclaration des droits de l'homme 1789 : Révolutions brabançonne et liégeoise 1791 : lois d'allarde et Le Chapelier 1792 : instauration de l'état civil en France 1794 : la Convention décrète la séparation de l'eglise de l'état 1796 : Jenner pratique la première vaccination B) La révolution américaine La Révolution américaine est d abord provoquée par l exploitation des colonies américaines au profit de l Angleterre. En 1773, à Boston, les colons jettent à la mer des cargaisons de thé pour protester contre les taxes sur les marchandises anglaises importées: c est la Boston Tea Party. Un révolte commence en 1775 et aboutit le 4 juillet 1776 avec la proclamation d Indépendance des 13 colonies (reconnu en 1783). Celles-ci se constituent en confédération: les Etats-Unis d Amérique. En 1789, la Constitution est adoptée et Georges Washington est élu président. La Constitution est consacrée aux droits des citoyens et à leur protection contre toute action arbitraire. Le pouvoir appartient au peuple, qui ne fait que le déléguer. L autorité n est exercée que pour le bien commun. Aucun citoyen ne peut avoir de privilèges donc la noblesse est abolie. Tous les citoyens sont égaux devant la loi, y compris le Président. La presse est libre à condition de ne pas attenter à la morale publique. La censure préalable est interdite. Les pouvoirs exécutif, législatif, et judiciaire sont strictement séparés. Le président et le gouvernement ne peuvent rien sur les juges, ni sur les parlementaires. Dès 1748, le Français Montesquieu avait posé en principe, dans "De l esprit des lois", cette "séparation des pouvoirs". 87
88 TEXTE 16 Déclaration des droits de l'état de Virginie (juin 1776) VOIR FEUILLES A PART C) La fin de l Ancien Régime 1. Joseph II et la révolution brabançonne Après un voyage dans les Pays Bas autrichiens, en 1781 (1 er souverain qui s y rend depuis Philippe II en 1556), Joseph II, estime que ceux ci doivent être profondément réformés. Il prend une série de décisions radicales qui vont susciter le mécontentement du peuple, de l Église et de certaines autorités. Des siècles de traditions parties en quelques années. Suppression des 200 couvents contemplatifs afin de les transformer en école et en hôpitaux. Il s attaque au monopole économique des corporations. Reprise en main de la formation du clergé, désormais effectuée dans des "séminaires généraux" gérés par l État. Division du pays en dix "cercles", chacun dirigé par un intendant. Centralisation de la justice. Imposition de la tolérance dans un pays très catholique. Outre l Édit de 1781 (voir ci dessus), il autorise en 1784 le mariage civil (par fonctionnaires de l État) des protestants, leur donnant ainsi un statut reconnu. (Avant, seul l extrait de baptême faisait office de certificat d identité et seuls les mariages catholiques étaient reconnus comme légitimes). Le mouvement de tolérance est assez général en Europe à cette période : en 1787 un édit de tolérance est promulgué en France en faveur des protestants; en Angleterre, on commence en 1791 à tolérer les catholiques, même s ils sont surveillés [la liberté de culte en 1830]. En Genève, peu d évolution: lors d un référendum sur la tolérance 90 % votent non. Après ces mesures, les Etats de Brabant refusent de voter l impôt en Deux avocats brabançons vont prendre la tête de la résistance: Henri Van Der Noot, conservateur, appuyé par l'eglise, les corportaions et le petit peuple de Bruxelles. Il plaide pour un retour au régime de Marie-Thérèse Jean-François Vonck., démocrate modéré. Lui souhaite la fin de l'arbitraire et une meilleure représentation des bourgeois. Il a quelques soutiens des Etats de Brabant. Le pouvoir autrichien est chassé en 1789 et les "Vandernootistes", qui dominent en nombre font régner une certaine terreur à Bruxelles, contre les "Vonckistes". Un régime confédéral est mis en place, "Les Etats Belgiques Unis", qui ne durent qu un an, de janvier à décembre Cette révolution conservatrice est pénétrée du vocabulaire et des concepts de son temps. 88
89 2. En France : l entêtement suicidaire des privilégiés Au début de son règne, Louis XVI ( ) entreprend de 1774 à 1776, une expérience de despotisme éclairé et de libéralisme économique, menée par Turgot. Les privilégiés l'emportent cependant et Turgot est renvoyé, suite à la guerre des Farines. La France est bloquée par la noblesse et le clergé. En 1776, Jacques Necker entre dans le gouvernement (financier suisse, protestant). Il est opposé au libéralisme économique. En 1781, il remet au roi un rapport relatif au déficit de l État et le rend public peu de temps après: les Français découvrent la gravité de la situation et la gabegie financière de la cour. (futur Louis XVIII, près de 3 millions de dettes de jeu; etc..) Necker est renvoyé. Cette situation, d autant plus embarrassante que la noblesse ne paie pas d impôts et que l Eglise, riche, se contente de faire de temps en temps un "don gratuit". En 1787 est convoquée une Assemblée des Notables (clergé et noblesse) pour évoquer la question de leur contribution pour résorber le déficit. Or, ils se cramponnent totalement à leurs privilèges et refusent tout compromis. Le roi n a plus le choix et convoque pour mai 1789 les États généraux, (plus été réunis depuis 1614). 1. De nouvelles valeurs D) L avènement de la Bourgeoisie Elles signent "le triomphe de l individu" et se déclinent sur tous les plans: - La liberté Liberté de penser certes et d'entreprendre dans le cadre du libéralisme économique. Les corporations sont peu à peu supprimées. On doit laisser agir la loi de l offre et de la demande et il faut améliorer la productivité par la division du travail. 1776: "The Wealth of Nations" (La Richesse des nations) d'adam Smith. - La sûreté protection des citoyens contre l'arbitraire de l'etat et l'eglise, et contre toute atteinte à la propriété privée (entreprises). - L'égalité égalité des droits et égalité devant la loi, pas de fait. Suppose l'affranchissement des serfs. L égalité de fait (obtenue que par l établissement autoritaire de l égalitarisme), a notamment été prônée par Meslier et Rousseau. Mais liberté et égalité de fait sont contradictoires: la mise en pratique sans "garde fous" de l une entraine immanquablement la fin de l autre. - La fraternité La charité cède la place à philanthropie: on aide son semblable par humanité, sans connotation religieuse. Pour les révolutionnaires, la fraternité doit s étendre à tous les peuples de la terre Déclaration universelle des Droits de l Homme (contraste avec la "Déclarations des Droits" anglaise et américaine). 89
90 - La question de la traite des Noirs et de l'esclavage En 1685, Louis XIV a adopté le "Code Noir" qui prétend empêcher les propriétaires d'esclaves dans les colonies de les maltraiter : l'esclave a droit, à la nourriture, à l'habillement, à pouvoir se marier et fonder une famille. C'est un début, mais peu appliqué (motivé par vouloir conserver la main d œuvre en bon état), mais il pose les bases d un mouvement humaniste que l anticolonialisme. En 1788, le journaliste Brissot (fera partie du mouvement des Girondins sous la Révolution et guillotiné sous la Terreur) fonde à Paris la Société des Amis des Noirs qui lutte pour l affranchissement des esclaves africains. Le 4 février 1794: la Convention Nationale abolit l'esclavage sur tous les territoires de la République [Napoléon le rétablira en 1802; et sera définitivement aboli en 1848 dans les colonies françaises]. 2. La mise en œuvre d'une politique de libéralisme économique - Turgot Tente sans succès une politique libérale en France en (voir ci dessus, Guerre des Farines). - Joseph II En 1782, Joseph II supprime tous les droits féodaux relevant de lui dans tous les Etats héréditaires. Il met en place une politique annonaire (= de blés) pragmatique : les tarifs douaniers seront abaissés ou élevés selon l état du marché. Agricole Il supprime un maximum de douanes intérieures. Parvenu à supprimer les corporations en Autriche, il tente en vain de faire le même dans les Pays-Bas. Il installe des courtiers et des agents de change pour faciliter les opérations commerciales en leur donnant un soutien financier. Il fait d Ostende un port franc (taxes abolies). La guerre d indépendance américaine profite beaucoup à Ostende qui y exporte des armes liégeoises. Il aide au max les industries nouvelles en leur offrant des conditions fiscales favorables. - Les lois d'allarde et Le Chapelier Mars 1791 la loi d'allarde abolit en France les corporations. Juin 1791, la loi Le Chapelier interdit les "coalitions" en matière économique. Cela vise les ententes entre patrons (cartels), mais aussi les grèves et les syndicats. Cela fait l affaire de la bourgeoisie entrepreneuriale: désormais, les salariés sont seuls face aux employeurs. 90
91 E) La révolution française 1. Les droits de l'homme et l'émancipation de l'individu La Déclaration universelle des Droits de l'homme et du Citoyen est votée par l Assemblée Nationale le 26 août 1789 TEXTE 17 VOIR FEUILLES A PART 2. Vers une société sécularisée - La constitution civile du clergé En novembre 1789, la Révolution nationalise les biens du clergé. En juillet 1790, les ecclésiastiques deviennent des fonctionnaires de l Etat élus qui doivent prêter serment à la Constitution, au roi et à la Nation (loi sur la constitution civile du clergé votée par l'assemblée) Le clergé se divise en "jureurs" (10% des évêques, 50% des curés) et en "réfractaires". - L'instauration de l état civil L état-civil est créé par la loi du 20 septembre Désormais naissances mariages, divorces et décès sont enregistrés dans des registres d état-civil qui sont les seuls à avoir une valeur légale. Les registres paroissiaux, tenus par l Eglise ne valent que pour elle. - La séparation de l'eglise et de l'état En 1794, une religion d Etat de type déiste est instaurée par Robespierre et Saint-Just afin de relancer le christianisme: le culte de l Etre-Suprême, rendu au Créateur et à la Création. Robespierre est renversé et guillotiné en juillet [La Terreur, moyenne de 60 victimes par jour]. En février 1795, le Directoire proclame la séparation Eglise/Etat. 3. La question sociale La question de l égalité de fait est très débattue lors de la Révolution. Mais, dès le milieu du 18 e siècle; des penseurs présocialistes comme Rousseau les ont posés comme objectif à atteindre, tandis que les libéraux, comme Voltaire, y voient une utopie, basée sur la méconnaissance de la nature humaine et du fonctionnement de l économie. VOIR TEXTE 18 et 19 - Affirmation du droit à une vie décente Les Droits de l Homme tels que posés par les insurgés américains ou la Déclaration française sont des droits formels de résistance à l'oppression mais qui ne débouchent pas sur un changement de conditions matérielles d existence. La constitution de 1793, votée pendant la phase radicale de la Révolution, prévoit un droit à l assistance publique et à l instruction, conditions indispensables à une véritable égalité. VOIR TEXTE 20 Pdt 3 siècles, on assiste à une émancipation progressive de l'individu. Du moins le principe de l'autonomie s'impose comme un but à atteindre. Ancien Régime,, Révo et Empire Napoléon..Marquent un tournant dans l'histoire européenne. Les valeurs bourgeoises l'emportent. Le concept de Nation est devenu primordial. 91
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