Histoire et Culture Juives

Dimension: px
Commencer à balayer dès la page:

Download "Histoire et Culture Juives"

Transcription

1 Thème étudié Les Pré requis Les Objectifs THÈME ÉTUDIÉ LES JUIFS De CHARLEMAGNE à l EXPULSION d ESPAGNE du VIII ème au XV ème siècle. L évaluation Pour aller plus loin Finalités des séquences : Appréhender les éléments caractéristiques de l histoire du peuple juif dans le monde chrétien occidental du VIII ème au XV ème siècle. Saisir les rouages des relations des différentes communautés juives avec la majorité chrétienne. Approche méthodologique de la fiche [Doc. Prof : J1] Comprendre l organisation des diverses communautés juives installées dans le monde chrétien : leur situation juridique, économique et sociale. Constater les modes de vie juive durant cette période à travers l exemple de la ville de Lyon. Liste des Documents contenus dans la Fiche Doc - J0 Comprendre de quelles manières et pour quelles raisons la chrétienté qui devient une religion d'état et veut se développer est passée à l égard des juifs d une méfiance vigilante à une réelle hostilité. Durée : Six séquences de 1 heure ou trois séquences de 2 heures Rappel : L objet de cette fiche est de permettre à l enseignant, à partir des ressources proposées, d élaborer un cours pour des élèves de collège. La rubrique «Pour aller plus loin» permet de trouver des contenus complémentaires. L italien Jean de Capistran prêche contre les Juifs. Bamberg, vers 1470 Rashi de Troyes Ferdinand et Isabelle la Catholique RÉALISÉE AVEC LE SOUTIEN DE NOTE IMPORTANTE : Le document présent est le fruit d un travail collaboratif d enseignants d histoire et culture juives des centres ORT en France. Les documents en annexes sont issus d ouvrages utilisés en cours d année scolaire. Ils sont destinés à un usage exclusivement interne.

2 Thème étudié Les Pré requis Les Objectifs L évaluation Pour aller plus loin LES PRÉ REQUIS On s attachera à : Relater rapidement les évènements marquants qui ont précédé l arrivée des juifs dans cette partie du monde occidental : [Doc. Prof. : J2] [Doc. Élève : J3] [Doc. Prof. : J4] Remarque : Les éléments abordés dans cette partie sont étudiés logiquement en cours d histoire en classe de cinquième. INTRODUCTION SUGGÉRÉE A la fin de l empire romain, des communautés juives sont recensées dans de nombreuses villes d Europe : de Rome en Italie en passant par Lyon en Gaule, jusqu à Tarragone en Espagne ou Cologne en Germanie. Les juifs constituent des groupes minoritaires. Ils connaissent des sorts différents d un pays à l autre. L Europe chrétienne a des comportements différents vis à vis des juifs durant cette longue période qui va durer près de ans! La vie des juifs du début du Moyen-âge ne ressemble en rien à celle des juifs de la fin de cette époque. De même que la situation des juifs en France en Espagne, en Italie ou en Pologne ne se ressemble pas. De fait, la sécurité des communautés est totalement tributaire du pouvoir des rois des différents royaumes d Europe ainsi que du pouvoir de l Église. On passe peu à peu, à l égard des juifs, d une relative bienveillance à une méfiance vigilante, puis résolument à une hostilité de plus en plus violente. Contenus & Ressources Téléchargez les documents ressources au format PDF sur le CD d accompagnement Doc-J2 Doc-J3 Doc-J4 La Synagogue aveugle Cathédrale de Strasbourg «Tapis» - Burgos, 1260 Bague de mariage juive datant du Moyen- Age

3 Thème étudié Les Pré requis LES OBJECTIFS Contenus & Ressources Les Objectifs L évaluation Pour aller plus loin La situation des juifs dans le monde chrétien du 8 ème au 11 ème siècle. [Doc. Prof. : J5] [Doc. Prof. : J6 Résumé proposé] A l issue de la séquence, l élève sera capable de : - Placer sur une carte les lieux d implantation des communautés juives durant cette période. [Doc. Élève : J7] [Doc. Prof. : J8] [Doc. Élève : J9] [Doc. Prof. : J10] Téléchargez les documents ressources au format PDF sur le CD d accompagnement Doc-J5 Doc-J6 Appréhender des éléments de conditions de vie des juifs en Europe au Moyen-âge et reconsidérer quelques idées reçues et préjugés relatifs aux juifs. [Doc. Élève : J11] [Doc. Prof. : J12] Évolution de la situation des juifs à partir des croisades au 11 ème siècle jusqu à l expulsion d Espagne au 15 ème siècle : de la méfiance à l hostilité. [Doc. Prof. : J13] [Doc. Prof. : J14 Résumé proposé] A l issue de la séquence, l élève sera capable de : - Porter sur une frise chronologique les dates (ou périodes) ainsi que les évènements marquants caractérisant cette période. [Doc. Élève : J15] [Doc. Prof. : J16] [Doc. Élève : J17] [Doc. Prof. : J18] - Comprendre la manière dont étaient considérés les juifs par les chrétiens à travers l exemple de la ville de Lyon. [Doc. Prof : J40] [Doc. Élève : J40b] - A travers l art, avoir une approche des relations que l église et le pouvoir royal devenant de droit divin entretient avec les juifs. [Doc. Élève : J19] [Doc. Élève : J20] [Doc. Prof. : J21] - Découvrir certains domaines liés à la culture juive durant cette époque (naissance du yiddish, écrivains, médecins, ) [Doc. Élève : J22] [Doc. Élève : J23] [Doc. Élève : J24] [Doc. Prof. : J25] [Doc. Prof. : J26] [Doc. Élève : J27] [Doc. Prof. : J28] - Saisir les mouvements de pensée et les évènements qui amplifient l antijudaïsme (- les tragédies du 11ème siècle : peste, épidémies..., - les conséquences des croisades, - l inquisition, expulsions des juifs de France et d Espagne) [Doc. Élève : J29] [Doc. Élève : J30] [Doc. Élève : J31] [Doc. Prof. : J32] [Doc. Élève : J33] [Doc. Prof. : J34] [Doc. Élève : J35] [Doc. Prof. : J36] [Doc. Élève : J37] [Doc. Prof. : J38] Doc-J7 Doc-J9 Doc-J11 Doc-J13 Doc-J15 Doc-J17 Doc-J19 Doc-J21 Doc-J23 Doc-J25 Doc-J27 Doc-J29 Doc-J31 Doc-J33 Doc-J35 Doc-J37 Doc-J39 Doc-J40b Doc-J8 Doc-J10 Doc-J12 Doc-J14 Doc-J16 Doc-J18 Doc-J20 Doc-J22 Doc-J24 Doc-J26 Doc-J28 Doc-J30 Doc-J32 Doc-J34 Doc-J36 Doc-J38 Doc-J40 Retenir le vocabulaire spécifique à la période étudiée [Doc. Élève : J39]

4 Thème étudié ÉVALUATION Contenus & Ressources Pré requis Les Objectifs L évaluation Pour aller plus loin NOTE: Les diverses activités et exercices proposés lors des séquences peuvent servir à réaliser des évaluations au fur et à mesure de l avancement du cours. Ils peuvent être utilisés également lors de l évaluation finale. POUR RAPPEL : - je lis une carte, [Doc. Élève : J41] [Doc. Prof. : J42] - je me situe dans le temps, [Doc. Élève : J43] [Doc. Prof. : J44] - je comprends un texte, [Doc. Élève : J45] [Doc. Prof. : J46] - je rédige la carte d identité de Rachi. [Doc. Élève : J47] [Doc. Prof. : J48] Téléchargez les documents ressources au format PDF sur le CD d accompagnement Doc-J41 Doc-J42 POUR ALLER PLUS LOIN Charlemagne parie sur l intégration - Jean Chélini [Doc. Prof. : J49] Saint Louis passe à la ségrégation - Jean Chélini [Doc. Prof. : J50] En Comtat Venaissin et en Avignon : sous la protection des papes - Yves Bruley [Doc. Prof. : J51] Traduction intégrale du texte du décret d Alhambra [Doc. Prof. : J52] Doc-J43 Doc-J44 Doc-J45 Doc-J46 Doc-J47 Doc-J48 Doc-J48 Doc-J49 Doc-J50 Doc-J51 Doc-J52 Doc-J53 Pochette pour Mini-CD Ressources BIBLIOGRAPHIE Doc-J53 Conception de la fiche : Catherine DECHELETTE-ELMALEK Maquette & réalisation technique : Richard LELLOUCHE / Vincent LAUER Coordination générale du projet : Michel BENOILID

5 CLASSES CONCERNÉES Doc-J0 (1/2) LISTE DES DOCUMENTS CONTENUS DANS LA FICHE Doc-J0 Doc Prof Liste des documents contenus dans la fiche Doc-J1 Doc Prof Note méthodologique Doc-J2 Doc Prof Activités - Compléter les éléments manquants Doc-J3 Doc Élève Activités - Compléter les éléments manquants Doc-J4 Doc Prof Exemple de notes de cours Doc-J5 Doc Prof Situation des juifs dans le monde Chrétien au VIII e et XI e Siècle Doc-J6 Doc Prof Proposition de résumé pour document Doc J5 Doc-J7 Doc Élève L'Occident et l'orient au IX e siècle Doc-J8 Doc Prof L'Occident et l'orient au IX e siècle Doc-J9 Doc Élève Communauté juive au IX e siècle Doc-J10 Doc Prof Communauté juive au IX e siècle Doc-J11 Doc Élève Comment vivent les Juifs au Moyen-âge? Doc-J12 Doc Prof Comment vivent les Juifs au Moyen-âge? Doc-J13 Doc Prof L'antijudaïsme chrétien au moyen-âge à partir du XII e siècle Doc-J14 Doc Prof Proposition de résumé Doc-J15 Doc Élève Les Juifs dans l'europe Chrétienne Doc-J16 Doc Prof Les Juifs dans l'europe Chrétienne Doc-J17 Doc Élève Le Jeux du temps et de l'histoire Doc-J18 Doc Prof Le Jeux du temps et de l'histoire Doc-J19 Doc Élève Les temps changent Doc-J20 Doc Élève "Je rédige des légendes" Doc-J21 Doc Prof "Je rédige des légendes" Doc-J22 Doc Élève Découvrir certains domaines liés à la culture juive Doc-J23 Doc Élève Poème juif du XIII e siècle Doc-J24 Doc Élève "Je connais les homme de l'histoire : Rachi Doc-J25 Doc Prof "Je connais les homme de l'histoire : Rachi Doc-J26 Doc Prof Rachi Salomon Ben Isaac Doc-J27 Doc Élève Naissance d'un nouveau genre musical : Le Klezmer Doc-J28 Doc Prof La musique Judéo-espagnole Doc-J29 Doc Élève Le temps des catastrophes : Les Croisades Doc-J30 Doc Élève Le temps des catastrophes : La Peste

6 CLASSES CONCERNÉES Doc-J0 (2/2) LISTE DES DOCUMENTS CONTENUS DANS LA FICHE Doc-J31 Doc Élève Les Itinéraires des Juifs expulsés d'espagne Doc-J32 Doc Prof Les Itinéraires des Juifs expulsés d'espagne Doc-J33 Doc Élève Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra Doc-J34 Doc Prof Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra Doc-J35 Doc Élève 1394 : Expulsion des Juifs de France Doc-J36 Doc Prof 1394 : Expulsion des Juifs de France Doc-J37 Doc Élève Pour en finir avec les idées reçues sur les juifs du moyen-âge Doc-J38 Doc Prof Pour en finir avec les idées reçues sur les juifs du moyen-âge Doc-J39 Doc Élève Mon vocabulaire pour comprendre Doc-J40 Doc Prof Les juifs de Lyon Doc-J40b Doc Élève Écrivons ensemble l'histoire des juifs de Lyon! Doc-J41 Doc Élève Évaluation - Communauté juif au IX e Doc-J42 Doc Prof Évaluation - Communauté juif au IX e Doc-J43 Doc Élève Évaluation - Le Jeu du temps et de l'histoire Doc-J44 Doc Prof Évaluation - Le Jeu du temps et de l'histoire Doc-J45 Doc Élève Évaluation - Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra Doc-J46 Doc Prof Évaluation - Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra Doc-J47 Doc Élève Évaluation - Je connais les hommes de l'histoire : RACHI Doc-J48 Doc Prof Évaluation - Je connais les hommes de l'histoire : RACHI Pour aller plus loin Doc-J49 Doc-J50 Doc-J51 Doc-J52 Doc-J53 "Charlemagne pari sur l'intégration" -Jean CHELINI "Saint Louis passe à la ségrégation" - Jean CHELINI "En Comtat Venaissin et en Avignon : sous la protection des papes" - Yves BRULEY Traduction intégrale du texte du décret d'alhambra Propositions Bibliographiques

7 Doc-J1 APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE DE LA FICHE Le cycle collège requiert l acquisition de bases établies et construites autour de trois fondements majeurs en histoire : IDENTIFIER / LIRE / COMPRENDRE* Les documents de travail à l attention des élèves sont des outils leur permettant d acquérir ces compétences et de travailler à la fois seuls et sous la direction de l enseignant. Les activités et les exercices de diverses natures* attachés à ces documents soutiennent et renforcent le cours. Ils permettent aux élèves de : se situer dans le temps, d analyser une image et / ou d étudier une photographie, de comprendre un texte, de compléter une carte, de trier des informations dans un tableau, de décrire un personnage historique. A la fin de chaque chapitre, une proposition de synthèse est proposée. Son contenu pourra être écrit au tableau afin de permettre aux élèves de le reproduire sur leur cahier en complément des fiches de travail. REMARQUES On s attachera, chaque fois que cela sera possible, d attirer l attention des élèves, entre autres, sur les points suivants : - L histoire des Juifs et leur prise en compte dans l environnement chrétien en Europe seront abordées de manière à reconsidérer leur contribution à l histoire générale européenne. - corriger l impression, souvent dominante de voir les Juifs comme des objets passifs du pouvoir chrétien et comme les seules victimes de persécutions (Cathares, lutte contre diverses hérésies ). - Noter que malgré leurs dispersions géographiques, les diverses communautés juives maintiennent des liens entre elles (lettres entre les rabbins ). Lecture pouvant être proposée aux élèves : «Voyage vers l'an mil» - Avraham B. Yehoshua Librairie générale française. * texte, plan de bâtiment ou de ville, photographie, image- gravure, carte, biographie,

8 CLASSES CONCERNÉES Doc-J2 1. Compléter les éléments manquants 59 à 50 Conquête ROMAINE DE LA GAULE 39 Relégation d HERODE ANTIPAS à LUGDUNUM mais sans certitude qu il s agisse de LYON (d autres villes gallo-romaines ayant déjà ce nom) 70 Destruction du Temple de JÉRUSALEM 135 Fin de la dernière révolte juive, destruction de Jérusalem et EXIL OU DIASPORA de la population 212 Les juifs installés en Gaule deviennent CITOYENS DE L EMPIRE ROMAIN grâce à la CONSTITUTION ANTONINE, Edit de l empereur CARACALLA 312 Début de la CHRISTIANISATION OFFICIELLE de la Gaule 425 Fin de L EMPIRE ROMAIN et début de la DYNASTIE MEROVINGIENNE

9 CLASSES CONCERNÉES Doc-J3 Élève 1. Compléter les éléments manquants 59 à 50 Conquête 39 Relégation (d autres villes gallo-romaines ayant déjà ce nom) 70 Destruction du Temple de 135 Fin de la dernière révolte juive, destruction de Jérusalem et de la population 212 Les juifs installés en Gaule deviennent grâce à la, Edit de l empereur 312 Début de la de la Gaule 425 Fin de et début de la

10 Doc-J4 (1/4) Source inspirée de : Esther Benbassa / article Collections de l Histoire. N / Encyclopédie juive. EXEMPLE DE NOTES DE COURS INTRODUCTION La GAULE fut longtemps considérée comme le bout du monde antique. Éloignée de plus de kilomètres de la Judée, elle ne fut atteinte par les juifs que relativement tard. Les premiers y sont sans doute arrivés alors que commençait sa conquête par César en 58 avant J-C. Cette conquête romaine en Gaule ouvre de nouveaux horizons commerciaux et les marchands juifs s installent d abord, comme tous les autres, dans les ports de la Méditerranée où se créent des comptoirs. C est donc à Marseille, puis à Nice que les premiers marchands établissent leurs commerces. Peu à peu ils remontent la vallée du Rhône en direction de Vienne et de Lyon. On ne peut pas encore parler d établissement de communautés juives mais simplement de petits groupes sans rôle historique notable. Les romains, quant à eux, se servent de la Gaule comme d une terre d exil pour les opposants politiques des provinces qui sont sous leur domination, comme la Judée. En l an 6, le fils d Hérode est envoyé à Vienne. En 39, c est Hérode Antipas qui est exilé à Lugdunum. Le texte qui évoque cet évènement ne donne pas davantage d explications et il n est donc pas sûr qu il s agisse de Lugdunum Lyon (il existe également une cité du nom de Lugdunum dans les Pyrénées). QUI SONT CES IMMIGRÉS? Après la destruction du second Temple de Jérusalem en 70 et surtout après la révolte de Bar Kohba en 135, une réelle vague d immigration juive arrive sur le bassin méditerranéen. Les comptoirs jouent alors un rôle décisif car ils vont servir de base aux futures «communautés». Des groupes juifs vont s installer dans environ 35 localités gallo-romaines* ; cités du littoral méditerranéen, des vallées fluviales actives et commerciales, des croisements des grandes routes propices aux échanges. Mais parler de communautés est très hasardeux car il y a peu d éléments historiques fiables pour en avoir une juste connaissance. *Marseille, Narbonne, Arles, Nîmes par exemple, puis dans la vallée du Rhône à Vienne, Lyon, Mâcon, ensuite à Clermont- Ferrand, Dijon, Orléans, Tours

11 Doc-J4 (2/4) Source inspirée de : Esther Benbassa article Collections de l Histoire. N / Encyclopédie juive. Différentes catégories de juifs arrivent progressivement en Gaule (immigration étalée sur environ 3 siècles). Tous ne viennent pas directement de la Judée rebaptisée par Hadrien, Palæstina -Palestine. En lui donnant le nom de ses anciens habitants, les Philistins, et en supprimant le terme de Judée, Hadrien pensait ainsi couper définitivement le lien entre le peuple juif et sa terre. «tentative radicale (croyait-il) d effacer de la mémoire des hommes le lien entre le peuple juif et la terre qui l a vu naître.» (citation / E.Barnavi : Histoire universelle des juifs. Hachette 2002). Il y a d abord des prisonniers de guerre, emmenés comme esclaves à Rome, puis rachetés par des coreligionnaires avant d être affranchis. Certains d entre eux vont partir vers cette contrée qu est la Gaule et qui semble riche de la promesse d une nouvelle vie. Après l écrasement de la dernière révolte en 135, certains juifs de Rome immigrent volontairement vers la Gaule. D autres encore partent directement de la Judée pour la Gaule, compte tenu des conditions de vie devenues insoutenables. Les premiers migrants sont donc d anciens militaires, des fournisseurs de l armée romaine ou de simples marchands. Ils ont suivi les routes ouvertes par les romains et maintenues par ceux qui deviennent des «gallo-romains». UNE VISION RÉDUITE Forts des privilèges que leur avait accordés César en 48 avant J-C et pourvus d un grand dynamisme, les juifs de Gaule semblent connaître un relatif bien-être. En 212, ils deviennent citoyens de l Empire grâce à un Edit de l empereur Caracalla donnant la citoyenneté à tous les habitants de l empire : c est la constitution antonine. Les Gaulois les assimilent à des romains en raison de ce privilège et de fait, les juifs ont accès à la liberté de culte, au service militaire, aux fonctions publiques. Ils exercent des métiers comme tout citoyen romain (viticulteur ou agriculteur...). Ils sont vêtus comme les galloromains et parlent la même langue. L histoire de la «communauté juive» reste néanmoins très mal connue en raison du peu de textes et de témoignages archéologiques existants. Son importance ne se laisse entrevoir qu à postériori, à la lumière de ce qu elle fut à l époque suivante, le Haut Moyen-Age.

12 Doc-J4 (3/4) Source inspirée de : Esther Benbassa article Collections de l Histoire. N / Encyclopédie juive. Repères - 59 à - 50 Conquête romaine de la Gaule. - 4 Mort du roi Hérode. 6 Relégation d'archélaos, ethnarque de Judée, à Vienne, en Isère. 39 Relégation d'hérode Antipas, ethnarque de Galilée, à Lugdunum mais aucune certitude qu il s agisse de Lyon (une autre ville gallo-romaine avait ce nom) 70 Fin de la guerre juive et destruction du second Temple de Jérusalem. 135 Fin de la dernière révolte juive. Destruction de Jérusalem et exil de la population Invasions germaniques. 312 Début de la christianisation officielle de la Gaule. 355 Invasions des Francs, Alamans et Saxons. 425 Fin de l'empire romain. Dynastie mérovingienne.

13 Doc-J4 (4/4) Source : «Atlas des religions dans le monde» - Ninian SMART / KÖNEMANN

14 Doc-J5 (1/3) Sources bibliographiques : Alfred Haverkamp : «Juifs et Chrétiens à l époque médiévale» A.Chélini : «Histoire religieuse de l occident médiéval» sous la direction E.Barnavi : «Encyclopédie universelle des juifs» Bruno Blumenkranz : «Les Juifs en France médiévale» SITUATION DES JUIFS AUX 8 ÈME ET 11 ÈME SIÈCLES - L histoire de l Europe s est écrite au fil des rencontres entre des hommes et des peuples de cultures et de croyances différentes, et en particulier entre les juifs et les chrétiens. Au Moyen Age en Europe, il y a des communautés juives établies depuis l époque romaine. L empire romain est devenu chrétien en l an 400 et à cette époque des juifs y vivaient déjà : de la France jusqu en Espagne, de l Allemagne à l Italie. Avec la conquête de l Islam, des régions chrétiennes deviennent musulmanes. Ainsi les juifs vivent selon les régions du monde sous la domination des gouvernements chrétiens ou musulmans. Pour symboliser les liens qui existaient alors entre la culture juive et la culture chrétienne, on peut dire qu il s agissait de rapports entre deux sœurs (et pas mère fille comme on l a longtemps envisagé). La tradition juive était encore profondément ancrée dans la tradition et la conscience chrétiennes. Les chrétiens, bien qu ayant du ressentiment vis à vis du peuple juif qui ne reconnut pas Jésus comme le messie, ont envers eux une attitude encore quasi-protectrice. Il faut «conserver» ce peuple qui connut Jésus, et qui est comme Jésus l était : juif! Les rapports entre les communautés juives et chrétiennes et la vie des juifs dans la cité nous sont assez bien connus. Citons pour exemple Lyon (a) : de nombreux éléments nous sont parvenus grâce aux textes le plus souvent archiépiscopaux. De plus, compte tenu de ses liens avec les autre «juiveries» du Midi de la France, Lyon apparaît comme un exemple assez représentatif. C est une période de relative bienveillance où les échanges entre juifs et chrétiens sont à la fois spirituels, commerciaux, professionnels, amicaux et importants. La paix, la stabilité politique et une ouverture d esprit les rendent possibles et les favorisent. La fin du règne carolingien et son affaiblissement en France fragilisent alors cet équilibre. Les sermons des ecclésiastiques se font plus virulents même s ils ne sont pas encore des appels à la violence. Mais une crainte s installe : l Eglise veut renforcer son pouvoir pour consolider l unité de la chrétienté et gommer peu à peu ses liens avec le judaïsme.

15 Doc-J5 (2/3) Le 10 ème siècle marque un tournant négatif dans les conditions d existence des juifs en Europe et les deux siècles qui suivent ne feront qu accentuer cette dégradation. Pourtant quelle que soit la réalité de leur situation, les juifs ne vivent pas comme étrangers à leur environnement culturel et social. Ils ont certes une religion différente qui les différencie de leurs voisins mais ils partagent le plus souvent leurs cultures et leurs langues. Les juifs sont très souvent partie prenante des traditions des régions européennes dans lesquelles ils vivent. Ce partage culturel se fait progressivement ressentir dans les différences qui naissent à partir du 11 ème siècle entre les juifs du monde méditerranéen et ceux de l Europe plus occidentale (b) appréhendant de manière différente la religion comme l érudition. Les juifs utilisent l hébreu à la synagogue mais ce sont les langues vernaculaires (c) permettent de communiquer non seulement avec les non-juifs mais aussi entre eux. qui leur Le fondement majeur des communautés juives est le culte pratiqué à la synagogue et au sein des familles. Le rôle de la femme apparaît fondamental dans cette dimension en jouant souvent un rôle décisif dans de nombreux domaines. Selon les régions d Europe les juifs exercent des métiers divers. Autour du bassin méditerranéen où ils sont installés depuis longtemps, leurs activités professionnelles sont vastes et guère différentes des autres habitants. La langue est semblable, de même que le métier et le vêtement. Le patronyme hébraïque est traduit en franc ou en germain par exemple. Rien donc ne distingue particulièrement les juifs de leurs voisins, si ce n est, en France où les francs ont la coutume de se raser et d avoir les cheveux courts alors que les juifs portent barbe et cheveux longs! L idée reçue selon laquelle les juifs ne vivaient que du commerce et du prêt d argent est donc pour le moins très discutable. Néanmoins, même durant les périodes les plus propices, les juifs vivent séparés des chrétiens dans des zones d habitations réservées. (d) Ces quartiers se resserrent autour de la synagogue et des bâtiments communautaires (bain rituel, four, école). Ils sont en général au centre des villes et près des lieux importants : la place du marché et / ou l église principale de la ville. Ces zones d habitation réservées aux juifs étaient plus ou moins fermées après une certaine heure et selon les époques.

16 Doc-J5 (3/3) (a) se référer au document Doc-J25 (b) Les séfarades tirent leur nom de l'hébreu Sfrad qui veut dire Espagne. Les Séfarades constituent une branche du peuple juif qui suit la tradition liturgique espagnole et ont une langue qui leurs est propre : le judéo-espagnol (pour la liturgie c est le judaïzmo). Par extension, ce mot désigne les Juifs originaires de la péninsule ibérique, et le sens le plus élargi comprend toutes les communautés juives des anciens empires espagnols, portugais et ottomans. Par confusion, on limite fréquemment cette appellation aux populations juives du bassin Méditerranéen et plus particulièrement d'afrique du Nord, principalement du Maghreb, qu'elles soient d'origines judéo-espagnole ou arabo-berbère. Les ashkénazes sont des Juifs provenant d'allemagne, de Pologne, de Russie, de l'ancien empire austro-hongrois et plus généralement d'europe de l'est. Le mot signifie allemand en hébreu. Ils ont une langue qui leur est propre, le yiddish, mélange d'hébreu, d'allemand, de polonais et de russe et leur liturgie a probablement été influencée par les cultures environnantes dans ces pays. Le mot ashkenaz désignait les terres qui s'étendaient au delà du Rhin soit Allemagne-Allemand. Les populations juives ashkénazes ont vécu dans ces contrées entre les X e et XIX e siècles siècles. On estime que les ashkénazes représentaient 3% de la population juive mondiale au XI e siècle. (d) Certains auteurs utilisent le terme pour désigner les villes dans lesquelles l'empire Romain déportait les Juifs aux Ier et IIè siècle. Cependant, les premiers ghettos sont apparus en Allemagne, Espagne, Portugal, France, au XIII e siècle. Paris, compte alors quatre juiveries bien délimitées. En Espagne, les juderías jouissent d'abord d'un régime privilégié, puis deviennent des quartiers pauvres que l'inquisition peut facilement surveiller. À la fin du Moyen Âge, les Juifs sont refoulés en grand nombre en Europe orientale, où ils se maintiennent à la faveur du morcellement politique. En Avignon sont construits des quartiers où vivent les «Juifs du pape». À Venise, où, comme dans les autres villes d'italie, ils participaient librement à la vie économique, ils sont tous tenus, à partir de 1516, de vivre dans le Ghetto. Le mot "ghetto" est la prononciation en dialecte vénitien de l'italien "getto" c'est à dire "fonderie pour les bombardes de la Sérénissime", fonderie active au XIVème siècle. C'était un lieu fermé où il y avait un pont et une porte. On passait dans un secteur où étaient accumulés les ruines des fourneaux. Les Juifs y entrèrent en trois jours, occupant les maisons déjà existantes et les adaptant rapidement à leurs exigences propres. Suite à cela les Juifs furent enfermés dans cet endroit qu'on a appelé "Ghetto". Le pape Pie V avait recommandé que les états limitrophes de ses États Pontificaux construisent des ghettos, et au début du 17è siècle toutes les grandes villes italiennes en avaient un (à l'exception de Livourne et Pise). La Révolution française, avec le décret d'émancipation des Juifs, contribue puissamment à la transformation des ghettos européens. Source : à partir de Wikipédia VOCABULAIRE : (c) - vernaculaire : du latin vernaculus - indigène La langue vernaculaire est une langue parlée seulement à l intérieur d une communauté en générale réduite

17 Doc-J6 Résumé proposé (à dicter ou à faire copier aux élèves) LES JUIFS ENTRE LE 8 ÈME ET LE 11 ÈME SIÈCLE L empire romain d Occident disparaît au 5 ème siècle et le roi franc Clovis est le 1 er à se convertir au christianisme. Les juifs qui vivent dans les royaumes chrétiens d Europe sont assez bien intégrés à la société chrétienne dans laquelle ils vivent. L Eglise les considère comme des témoins de la passion du Christ et à ce titre ils sont protégés. Il y a de nombreux échanges entre les juifs et les chrétiens : dans le domaine du travail par exemple, comme dans la réflexion sur des thèmes religieux entre des rabbins et des prêtres. Les juifs portent les mêmes vêtements que leurs voisins chrétiens, parlent la même langue et n utilisent l hébreu qu à la synagogue pour les prières. Leurs noms hébraïques sont le plus souvent traduits dans la langue du pays où ils habitent. Malgré ces conditions de vie relativement correctes, les juifs sont tenus d habiter dans des quartiers réservés qui deviennent peu à peu des quartiers séparés et fermés la nuit.

18 Doc-J7 Élève (2/4) Source : «Histoire / Géographie» - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

19 Doc-J7 Élève (3/4) Source : «Histoire / Géographie», couverture intérieure - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

20 Doc-J7 Élève (4/4) Source : «Histoire / Géographie», couverture intérieure - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

21 Doc-J8 (2/4) Source : «Histoire / Géographie» - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

22 Doc-J8 (3/4) Source : «Histoire / Géographie», couverture intérieure - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

23 Doc-J8 (4/4) Source : «Histoire / Géographie», couverture intérieure - Collection Eric CHAUDRON et Rémy KNAFOU - BELIN

24 Doc-J9 Élève (1/2) Communautés juives au IX e siècle Source : «Histoire universelle des Juifs» Élie BARNAVI - HACHETTE Littérature

25 CLASSESCONCERNÉE Doc-J9 Élève (2/2) Questions : Qu est-ce que l empire byzantin (rappel cours d histoire générale) : Qui appelle-t-on les «Rhadanites»? Citez les villes de France où vivent des juifs à la période de l empire carolingien :......

26 Doc-J10 (1/2) Communautés juives au IX e siècle Source : «Histoire universelle des Juifs» Élie BARNAVI - HACHETTE Littérature

27 CLASSESCONCERNÉE Doc-J10 (2/2) Questions sous la direction du professeur : Qu est-ce que l empire byzantin (rappel cours d histoire générale) : En 395 l'empire romain est partagé en deux parties : l'empire romain d'occident qui disparaît en 476, et l'empire romain d'orient ou Empire byzantin qui durera jusqu'en Le mot «byzantin» vient de Byzance, l'ancien nom de la capitale byzantine, Constantinople (aujourd hui Istanbul). Qui appelle-t-on les «Rhadanites»? Les Rhadanites sont le nom donné aux grands marchands juifs qui faisaient du commerce entre le royaume carolingien, l Inde et la Chine. Jouissant de privilèges accordés par l empereur, l origine de leur nom reste mystérieuse, il vient soit d une région autour de Bagdad soit du Rhône! Citez les villes de France où vivent des juifs à la période de l empire carolingien : Arles, Avignon, Lyon, Dijon, Tours, Paris, Metz

28 Doc-J11 Élève (1/4) COMMENT VIVENT LES JUIFS AU MOYEN AGE? DOC 1 DOC 2 DOC 3 Enluminure du Mahzor Rotschild : la circoncision Vestiges d'un bain rituel du 13ème siècle au cœur de l'ancien quartier juif de Strasbourg Bague de mariage juive datant du Moyen- Age DOC 4 Le yiddish alsacien Le yiddish alsacien fait partie du yiddish occidental qui s est développé au Moyen Âge dans le Nord-Est de la France et dans le bassin rhénan avant de se déplacer vers l est, la Pologne et la Russie où il donna le yiddish oriental. Le yiddish alsacien est une variante de cette très vieille langue à la fois parlée et écrite qui fut aussi bien adoptée par les juifs venus d Allemagne que par ceux arrivés de France pour s installer autour des villes libres d Alsace. Nombreux sont les termes encore couramment utilisés et passés dans le dialecte alsacien : beduecht = aisé, fortuné dewwere = rouspéter, râler kaf = un village macke = un défaut maschugge = fou, cinglé

29 Doc-J11 Élève (2/4) DOC 5 DOC 6 Couple de juifs alsaciens au Moyen Age (Musée alsacien de Bouxwiller) Noblesse française. Enluminure «Les Très riches heures du Duc de Berry» DOC 7 Rituel pour l'année, Mahzor - Rhénanie, DOC 8 Pierre funéraire La date de ce manuscrit a pu être établie grâce au calendrier débutant en l'année 1312 ou 1313 qui y est inclus. Sa graphie et sa date de composition très proche de celle de l'expulsion des juifs de France par Philippe le Bel en 1306, rendent hautement probable qu'il s'agisse d'une œuvre de copistes français, réfugiés en Rhénanie. Cette origine française est attestée par le rite des prières qui est celui des communautés françaises, par la présence de poésies liturgiques - piyyoutim - qui ne sont connues que par le Mahzor de Vitry, ainsi que par l'emploi de termes du vieux français transcrits en hébreu. On y trouve les prières quotidiennes, celles du Shabbat et les fêtes, celle de Pâque avec la Haggadah, l'ordre des lectures de la Torah - parashiyyot - et les cycles lunaires.

30 Doc-J11 Élève (3/4) DOC 9 Lampe de Hanoucca retrouvée à Lyon DOC 10 Enluminure d'une Haggadah de Barcelone (14e siècle) montrant des Juifs qui sortent de la synagogue. En France les juifs doivent porter comme permettant de les reconnaître une «rouelle» pièce de tissu cousue sur leur vêtement. En Allemagne, c'est un chapeau que doivent porter les Juifs : le «Judenhut» est imposé par un décret du Concile de Vienne en C'est un chapeau plat surmonté d'une tige avec une boule comme on le voit très bien sur les armoiries suivantes où trois chapeaux juifs sont représentés. DOC 11 Enluminure sur un manuscrit du Moyenâge: vers 1460, un juif porte la rouelle. Manuscrit Add , British Library, Londres DOC 12 Vers 1300, en Allemagne, écu portant trois "chapeaux juifs» Manuscrit SP II 252, Biblioteca Ambrosiana

31 Doc-J11 Élève (4/4) QUESTIONS RELATIVES AUX DOCUMENTS «COMMENT VIVENT LES JUIFS?» DOC 3 : Décrivez la bague de mariage. Qu évoque sa forme? DOC 5-6 : Quelle est la caractéristique du costume juif? Qu a t-il de différent en le comparant avec le costume porté par les chrétiens? DOC 4 : Qu indique la naissance du yiddish? DOC : A quoi servent les manuscrits hébraïques? Que nous donnent-ils comme informations sur la vie des juifs à cette époque? Complétez cette description de la vie juive au Moyen-âge à l aide des DOC DOC : Quels sont les différents signes de «reconnaissance» que doivent porter les juifs?

32 Doc-J12 (1/4) COMMENT VIVENT LES JUIFS AU MOYEN AGE? DOC 1 DOC 2 DOC 3 Enluminure du Mahzor Rotschild : la circoncision Vestiges d'un bain rituel du 13ème siècle au cœur de l'ancien quartier juif de Strasbourg Bague de mariage juive datant du Moyen- Age DOC 4 Le yiddish alsacien Le yiddish alsacien fait partie du yiddish occidental qui s est développé au Moyen-Âge dans le Nord-Est de la France et dans le bassin rhénan avant de se déplacer vers l est, la Pologne et la Russie où il donna le yiddish oriental. Le yiddish alsacien est une variante de cette très vieille langue à la fois parlée et écrite qui fut aussi bien adoptée par les juifs venus d Allemagne que par ceux arrivés de France pour s installer autour des villes libres d Alsace. Nombreux sont les termes encore couramment utilisés et passés dans le dialecte alsacien : beduecht = aisé, fortuné dewwere = rouspéter, râler kaf = un village macke = un défaut maschugge = fou, cinglé

33 Doc-J12 (2/4) DOC 5 DOC 6 Couple de juifs alsaciens au Moyen Age (Musée alsacien de Bouxwiller) Noblesse française. Enluminure «Les Très riches heures du Duc de Berry» DOC 7 Rituel pour l'année, Mahzor - Rhénanie, DOC 8 Pierre funéraire La date de ce manuscrit a pu être établie grâce au calendrier débutant en l'année 1312 ou 1313 qui y est inclus. Sa graphie et sa date de composition très proche de celle de l'expulsion des juifs de France par Philippe le Bel en 1306, rendent hautement probable qu'il s'agisse d'une œuvre de copistes français, réfugiés en Rhénanie. Cette origine française est attestée par le rite des prières qui est celui des communautés françaises, par la présence de poésies liturgiques - piyyoutim - qui ne sont connues que par le Mahzor de Vitry, ainsi que par l'emploi de termes du vieux français transcrits en hébreu. On y trouve les prières quotidiennes, celles du Shabbat et les fêtes, celle de Pâque avec la Haggadah, l'ordre des lectures de la Torah - parashiyyot - et les cycles lunaires.

34 Doc-J12 (3/4) DOC 9 Lampe de Hanoucca retrouvée à Lyon DOC 10 Enluminure d'une Haggadah de Barcelone (14e siècle) montrant des Juifs qui sortent de la synagogue. En France les juifs doivent porter comme permettant de les reconnaître une «rouelle» pièce de tissu cousue sur leur vêtement. En Allemagne, c'est un chapeau que doivent porter les Juifs : le «Judenhut» est imposé par un décret du Concile de Vienne en C'est un chapeau plat surmonté d'une tige avec une boule comme on le voit très bien sur les armoiries suivantes où trois chapeaux juifs sont représentés. DOC 11 Enluminure sur un manuscrit du Moyenâge: vers 1460, un juif porte la rouelle. Manuscrit Add , British Library, Londres DOC 12 Vers 1300, en Allemagne, écu portant trois "chapeaux juifs» Manuscrit SP II 252, Biblioteca Ambrosiana

35 Doc-J12 (4/4) QUESTIONS RELATIVES AUX DOCUMENTS «COMMENT VIVENT LES JUIFS?» DOC 3 : Décrivez la bague de mariage. Qu évoque sa forme? Le toit d une maison DOC 5-6 : Quelle est la caractéristique du costume juif? Qu a t-il de différent en le comparant avec le costume porté par les chrétiens? Un chapeau pointu Rien de spécial ; ils étaient vêtus comme leur voisins chrétiens DOC 4 : Qu indique la naissance du yiddish? Une installation durable dans une région. On a le temps d adapter sa langue à la langue locale DOC : A quoi servent les manuscrits hébraïques? Que nous donnent-ils comme informations sur la vie des juifs à cette époque? Complétez cette description de la vie juive au Moyen-âge à l aide des DOC Ils servent aux rituels religieux Ils nous donnent des informations sur la façon de s habiller, de se coiffer et les diverses pratiques concernant les rituels (circoncision, ) et les objets utilisés DOC : Quels sont les différents signes de «reconnaissance» que doivent porter les juifs? La rouelle sur les vêtements ou un chapeau à pointe

36 Doc-J13 (1/11) Sources : «Histoire Universelle des Juifs» - Élie BARNAVI / Hachette Littératures Bibliographie Doc-J53 site internet «Hérodote» L'antijudaïsme chrétien au Moyen-Âge à partir du 12 ème siècle Au Moyen Âge, l'église qualifie les juifs de «peuple déicide» et leurs reproche d'avoir mis Jésus en croix mais elle ne manifeste aucun désir de les éliminer. Bien au contraire, elle a le souci de les préserver comme un témoignage vivant de l'injustice faite au Christ. Les juifs sont ainsi les seuls non- chrétiens tolérés en Occident! Saint Bernard de Clairvaux exprime ce point de vue au XIIe siècle : «Les Juifs ne doivent point être persécutés, ni mis à mort, ni même bannis. Interrogez ceux qui connaissent la divine Écriture. Dieu, dit l'église, m'a donné une leçon au sujet de mes ennemis : "ne les tuez pas, de crainte que mes peuples ne m'oublient". En Espagne, en 1150, en pleine Reconquête chrétienne, le roi Alfonso VII de Castille se proclame roi des trois religions (christianisme, islam et judaïsme). A la même époque, dans l'ensemble de l'europe, les seigneurs octroient des privilèges aux juifs afin de les attirer dans leurs villes «pour l'honneur et la prospérité de leurs États» (selon une charte de l'évêque de Spire). Dans l'exaltation qui accompagne les croisades, on assiste à partir de 1096, en maintes villes de Rhénanie ou d'europe centrale, à de violentes émeutes antijuives on n'emploie pas encore le mot pogrom. À l'occasion de ces drames, toutefois, les seigneurs et les évêques font en général de leur mieux pour protéger leurs sujets israélites, ne serait-ce que parce qu'ils leur fournissent taxes et impôts en abondance. Des relations de plus en plus difficiles La situation des juifs européens se dégrade dans les derniers siècles du Moyen Âge, au XIIIe siècle, quand se développent les villes, et surtout au XIVe siècle, après les drames de la Grande Peste (1347). Les juifs se voient progressivement interdire le métier des armes et celui de la terre, ce qui les cantonne dans les occupations artisanales et commerciales. Les monarques en mal d'argent abusent de leur précarité pour s'enrichir à bon compte. C'est ainsi qu'en 1181, le roi de France Philippe Auguste fait arrêter les juifs de Paris et les libère en échange de marcs or. L'année suivante, il les fait expulser et saisit leurs biens. Enfin, en 1198, il leur permet de revenir à Paris en échange d'une nouvelle somme d'argent. En Allemagne, suite à une recommandation du concile de Vienne (1267), les juifs sont désignés par un chapeau plat surmonté d'une tige avec une boule, le «Judenhut». En Angleterre, suite à une campagne de calomnies, 18 juifs de la ville de Lincoln sont pendus puis, le 12 juillet 1290, poussé par l'opinion publique, le roi Édouard Ier donne trois mois aux juifs de son royaume pour partir personnes traversent la Manche et il s'écoulera quatre siècles avant que les juifs ne reviennent en Angleterre. En Espagne, les juifs commencent en 1391 à être victimes de violences meurtrières. Ceux de Castille et d'aragon, au nombre d'environ , sont définitivement bannis en 1492, quelques semaines après que les Rois Catholiques eussent chassé le dernier roi musulman de la péninsule. «Au fond, on ne craint pas le Juif mais la fragilité de la conviction chrétienne».

37 Doc-J13 (2/11) Les communautés juives d'europe se retrouvent peu à peu enfermées dans des ghettos d'où les habitants ne peuvent sortir la nuit (le mot ghetto vient d'un quartier de Venise ainsi nommé en raison de la présence de fonderies et où, pour la première fois furent confinés les juifs, en 1516). Dans le monde musulman, de l'autre côté de la Méditerranée, les juifs se retrouvent de la même façon enfermée dans des quartiers réservés appelés mellahs. Beaucoup de rescapés des massacres et des expulsions d'espagne, de France ou d'angleterre s'enfuient en Pologne où le roi Casimir III Jagellon leur accorde en 1334 le Privilegium, ce qui va contribuer à l'extraordinaire rayonnement intellectuel et artistique du pays aux XIVe et XVe siècles. D'autres juifs se réfugient dans... les États du pape : dans le Comtat Venaissin, à Avignon ou Carpentras, ainsi qu'à Rome, où ils sont assurés de vivre en sécurité. L expulsion des juifs de France Entre la fin du 12 ème siècle et la fin du 14 ème siècle, les juifs du royaume de France sont alternativement expulsés puis rappelés au gré des besoins financiers du Trésor royal. Le roi Philippe Auguste a été le premier à les chasser de son royaume en C est une décision encore limitée car les ¾ des juifs de France vivent hors du territoire royal, elle ne concerne donc d une dizaine de communautés assez modeste en nombre (à part celle de Paris). L exil est de courte durée car le roi leurs accorde le droit de revenir en Le concile de Latran en 1215 est celui de la chrétienté triomphante. Il impose par décrets : le port obligatoire d un signe distinctif pour les juifs, l interdiction de la pratique de certains métiers, l interdiction du retour au judaïsme après une conversion, et il condamne la pratique du prêt avec intérêt pour les chrétiens. L usure devient un métier vers lequel se tournent les juifs par nécessité. Le règne de Louis 9 ( ), Saint Louis, participe à une «société de persécution» qui se met en place (voir document complémentaire). Parmi les exemples les plus symboliques, citons la condamnation du Talmud en 1240, et en 1269, le port imposé de la rouelle sur les vêtements des juifs et exigé comme signe distinctif. Il n y plus de juifs agriculteurs dans les campagnes, et dans les villes ils sont obligés de vivre dans des quartiers réservés. Ce n est plus un choix des communautés mais une mesure discriminatoire. Le 13 ème siècle assiste encore à de grands débats théologiques entre juifs et chrétiens (1240 : Grande Contreverse de Paris). Il n en sera plus de même au siècle suivant. On ne débat plus, on n écrit plus, on ne considère plus les juifs comme un peuple certes dans l erreur et qu il faut convaincre et persuader si possible avec des arguments intellectuels, on décide simplement d agir contre les juifs, et cette fois directement et physiquement. Comme le souligne Elie Barnavi «Dès lors la haine intime et bavarde remplace le mépris laconique et distant : l antisémitisme médiéval est né». Le 14 ème siècle est un siècle de grande violence : croisades, famines, épidémies, peste noire terrorisent les populations pauvres et le plus souvent illettrées. La peur se mêle à l ignorance. Paradoxalement, tant que les juifs vivaient «dilués» dans l ensemble de la population chrétienne, ils étaient moins visibles. Leur rassemblement dans des quartiers juifs (les juiveries) les désignent et les soumets davantage à la vindicte populaire.

38 Doc-J13 (3/11) L expulsion de 1306 par le roi Philippe le Bel est beaucoup plus importante car elle concerne des régions de France très peuplées comme la Champagne, la Normandie, le Languedoc. Plus de mille juifs se déplacent dans les pays voisins ; Lorraine, Alsace, Dauphiné, Bourgogne, Savoie, Provence, Comtat Venaissin. Cette expulsion est de plus est accompagnée de la confiscation des biens des proscrits qui peuvent revenir à nouveau 12 ans plus tard avec un statut d étrangers que l on se contente de tolérer. Une poussée violente d antisémitisme avec la croisade dite «des pastoureaux» en 1320 qui voulant partir libérer le tombeau du Christ à Jérusalem en profitent pour se livrer à de terribles exactions sur les communautés juives du Languedoc, accentue le climat d insécurité et de précarités des communautés. A la violence populaire s adjoint des escroqueries du roi pour taxer lourdement les juifs de son royaume. Beaucoup préfèrent partir d eux même en Pour des raisons à nouveau pécuniaires, Charles de Normandie, régent du royaume, rouvre les portes en 1359 (il lui payer une lourde rançon aux anglais pour libérer Jean le Bon) et garantit aux juifs, moyennant de très lourdes taxes le droit de séjour pour une durée de 36 ans. Une ordonnance de 1365 décrit le statut des juifs dans la société : elle garantit leur vie culturelle et communautaire et ils bénéficient d une justice équitable. Peu de juifs néanmoins reviennent ; la grande Peste de 1348 et ses conséquences (on fait des juifs, le boucs- émissaires responsables des malheurs et des misères de la population) limitent le désir de retour. La grande expulsion proclamée en 1394 n est donc qu un épiphénomène, compte tenu du faible nombre de juifs vivant encore dans le royaume de France. Elle est loin d avoir l impact traumatisant sur la population juive de celle de L ordre du roi a en fait une dimension symbolique : il met un point final à 10 siècles d histoire et de présence juive en France. Le pouvoir politique et religieux veut faire de la France «le royaume très chrétien où n habite ni juif ni païen» -Martial d Auvergne (15 ème siècle). L expulsion des juifs d Espagne Le samedi 31 mars 1492, la reine Isabelle de Castille et son mari Ferdinand d'aragon décident d'en finir. Forts de leur victoire sur le dernier royaume musulman de la péninsule, ils signent un édit par lequel ils laissent aux juifs d'espagne jusqu'au 31 juillet pour se convertir ou quitter le pays. La Pologne va être l exception notable à ce catalogue d expulsions et de souffrances. Les juifs y sont, dès le 13 ème siècle, bien accueillis et protégés. Il est donc normal que de très nombreuses familles et communautés s y soient établies. La Pologne devient un des foyers d installation juive le plus important d Europe.

39 Doc-J13 (4/11) Beaucoup de juifs et de marranes refusent la soumission et s'enfuient au Portugal voisin, dans les États musulmans d'afrique du Nord, dans l'empire ottoman, voire dans les États du pape où leur sécurité est assurée! Ils restent connus sous le nom de «Sépharades», mot qui désigne l'espagne dans leur langue dérivée de l'hébreu. Quelques marranes du Portugal s'installeront plus tard dans le Bordelais (parmi eux les ancêtres de l'écrivain Michel de Montaigne), d'autres en Hollande (parmi eux les ancêtres du philosophe Spinoza). Antijudaïsme et antisémitisme Au Moyen-Âge, les juifs d'europe sont victimes d'un antijudaïsme brutal mais inconstant en raison de leur anticonformisme religieux. Ils font figure de boucs émissaires dans les périodes de crise et de doute. Toutefois, l'église et les souverains leur laissent la faculté de se convertir à leur foi pour échapper à leur triste condition En cela, l'antijudaïsme médiéval se distingue radicalement de l'antisémitisme moderne. L'antisémitisme moderne (XIXe-XXe siècles) néglige l'aspect religieux et contre toute évidence, présente les Juifs comme une race à part, dotée de caractéristiques spécifiques et ineffaçables, par exemple le goût de l'argent et le mépris du patriotisme. André Larané

40 CLASSES CONCERNÉES Doc-J14 Résumé proposé (à dicter ou à faire copier aux élèves) Partie 1 LES JUIFS ENTRE LE 11 ÈME ET LE 15 ÈME SIÈCLE Le monde médiéval chrétien perçoit de manière assez négative les juifs. Au début du Moyen Age, l Eglise hésite entre mépris et haine affichée. Le pouvoir des rois et des princes lui, hésite entre ses intérêts financiers et sa volonté de suivre l Eglise. Malgré des rapports souvent compliqués avec les chrétiens et des conditions de vie pas toujours faciles, les juifs ont néanmoins su développer durant cette période une culture spécifique. Poésies et chants dans le monde judéo-oriental, enluminures de manuscrits hébraïques, naissance d une langue nouvelle (le yiddish) et d un genre musical spécifique (le klezmer), la culture juive s est enrichie durant cette époque difficile d éléments qui ont paradoxalement contribué à son développement et à son enracinement. Partie 2 DE LA MÉFIANCE PRUDENTE À L HOSTILITÉ AFFICHÉE A partir du 11 ème siècle, l Europe chrétienne est en pleine expansion. Les papes lancent des croisades pour reconquérir les régions occupées par les musulmans. Ils veulent combattre ceux qu ils considèrent comme des hérétiques, des faux-croyants ou des non-croyants: les cathares, les juifs et les musulmans. Les juifs sont de plus en plus persécutés. Ils sont obligés de vivre dans des quartiers séparés, ils n ont plus la possibilité d exercer n importe quel métier, ils doivent porter sur leurs vêtements un signe leurs permettant d être reconnus. Différentes catastrophes assombrissent encore cette époque ; les pestes, les épidémies, la famine, les violences accompagnants les croisades. Elles accentuent un climat tragique qui cherche des boucs-émissaires. L Eglise, qui pour des raisons de pouvoir veut rompre ses liens avec le monde juif, relaie un message volontairement antijuif. Le pouvoir religieux convainc les pouvoirs politiques de se séparer des juifs. Ils sont d abord chassés du royaume de France, puis d Espagne et du Portugal. Le Moyen Age, qui au début avait vu pour les juifs, et ce malgré les difficultés, des périodes de lumière s achève dans l ombre et la peur de l avenir.

41 Doc-J15 Élève (1/2) JE LIS UNE CARTE ET JE NOTE LA CHRONOLOGIE HISTORIQUE Les Juifs dans l Europe Chrétienne Source : «Atlas des Religions dans le Monde» Ninian SMART - KÖNEMANN

42 Doc-J15 Élève (2/2) REPONDRE AUX QUESTIONS SUIVANTES : En quelle année les juifs ont été expulsés d Espagne? :.. Vers quel pays sont-ils allés? :.... D où viennent les juifs installés en Pologne? :.. En quelle année les juifs de Provence ont du s exiler? :.. Où sont allés les juifs de Palerme (Sicile) en 1492? :.. Placer sur la frise ci-dessous les dates des questions en indiquant l évènement qui s y attache. - Première Installation en Pologne des juifs venant d Allemagne - Deuxième Installation en Pologne des juifs venant d Allemagne - Départ des juifs de Provence vers Turin et Gënes - Installation en Pologne des juifs venant d Autriche - Expulsion des juifs d Espagne qui vont en Italie, et dans l empire ottoman - Les juifs de Palerme vont à Tunis

43 Doc-J16 (1/2) JE LIS UNE CARTE ET JE NOTE LA CHRONOLOGIE HISTORIQUE Les Juifs dans l Europe Chrétienne Source : «Atlas des Religions dans le Monde» Ninian SMART - KÖNEMANN

44 Doc-J16 (2/2) RÉPONDRE AUX QUESTIONS SUIVANTES : En quelle année les juifs ont été expulsés d Espagne? : 1492 Vers quel pays sont-ils allés? : Afrique du Nord - Egypte - Italie - Empire Ottoman... D où viennent les juifs installés en Pologne? : Allemagne - Lituanie - Autriche En quelle année les juifs de Provence ont dû s exiler? : 1394 Où sont allés les juifs de Palerme (Sicile) en 1492? : à Tunis Placer sur la frise ci-dessous les dates des questions en indiquant l évènement qui s y attache Première Installation en Pologne des juifs venant d Allemagne - Deuxième Installation en Pologne des juifs venant d Allemagne - Départ des juifs de Provence vers Turin et Gënes - Installation en Pologne des juifs venant d Autriche - Expulsion des juifs d Espagne qui vont en Italie, et dans l empire ottoman - Les juifs de Palerme vont à Tunis

45 Doc-J17 Élève (1/2) LE JEU DU TEMPS ET DE L HISTOIRE Relie les éléments de la colonne de gauche aux dates de la colonne de droite Sélectionne la bonne couleur pour colorier l événement, le personnage ou la découverte ÉVÈNEMENT PERSONNAGE CRÉATION Raschi de Troyes 1 13 ème siècle La 1 ère croisade 2 Entre 1346 et 1350 Charlemagne L expulsion des juifs du Royaume d Espagne le Florilège hébraïque La grande expulsion des juifs du Royaume de France Saint Louis La Peste Noire Création de la musique klezmer 9

46 Doc-J17 Élève (2/2) Indiquer les dates sur la frise Charlemagne Rachi 1 ère croisade St Louis Florilège Musique Expulsion Peste Expulsion Hébraïque klezmer juifs France noire juifs Espagne

47 Doc-J18 (1/2) LE JEU DU TEMPS ET DE L HISTOIRE Relie les éléments de la colonne de gauche aux dates de la colonne de droite Sélectionne la bonne couleur pour colorier l événement, le personnage ou la découverte ÉVÈNEMENT PERSONNAGE CRÉATION Raschi de Troyes ème siècle La 1 ère croisade 2 8 Entre 1346 et 1350 Charlemagne L expulsion des juifs du Royaume d Espagne le Florilège hébraïque 5 La grande expulsion des juifs du Royaume Saint Louis La Peste Noire Création de la musique klezmer 9

48 Doc-J18 (2/2) Indiquer les dates sur la frise Charlemagne Rachi 1 ère croisade St Louis Florilège Musique Expulsion Peste Expulsion Hébraïque klezmer juifs France noire juifs Espagne ème s

49 Doc-J19 Élève (1/3) Vers 1230 : Portail Sud de la cathédrale de Strasbourg A gauche, l Église victorieuse et couronnée, tenant dans ses mains le calice et la bannière que surmonte la croix, considère avec assurance la Synagogue. A droite la Synagogue vaincue tient une lance brisée, détourne sa tête aux yeux bandés, expression de son refus de reconnaître dans le Christ le Messie attendu. Elle paraît laisser tomber les tables de la Loi, symbole de l Ancien Testament dépassé.

50 Doc-J19 Élève (2/3) Les premières représentations de l'église et de la Synagogue sous la forme de deux personnages féminins allégoriques figurent, sur des crucifixions taillées dans des plaques d'ivoire à Metz, durant l'époque carolingienne. Sur ces ivoires, la Synagogue, vêtue comme l'église et sans aucun signe d'infériorité, s'éloigne du Christ avec dignité, tenant droit son drapeau et relevant la tête. On ne décèle aucune marque d'hostilité. La signification est claire : le Christ est victorieux ; la mission de la Synagogue s'achève ; elle doit céder sa place à l'église. LES TEMPS CHANGENT. ET LA VISION DES JUIFS ÉVOLUE Serpent : comme un bandeau sur les yeux 1285 : La Synagogue au serpent Cinquante ans après les ouvrages du portail sud, d'autres statues de l'église et de la Synagogue sont sculptées à la cathédrale de Strasbourg, cette fois au tympan du portail central de la façade occidentale. Ces figures, marquées par leurs illustres modèles du croisillon méridional, comportent toutefois une différence notable : le bandeau est remplacé par un serpent enroulé autour de la tête de la Synagogue, afin de suggérer une origine diabolique à son aveuglement.

51 Doc-J19 Élève (3/3) 14e et 15e siècles : Bibles historiées La diabolisation de la Synagogue ira en s'accentuant aux 14 ème et 15 ème siècles. Sur une miniature d'une Bible historiée du 15 ème siècle provenant de Haguenau, la Synagogue porte sur ses épaules un diable noir, velu, cornu et griffu, qui l'aveugle de ses mains. Ainsi perché, il peut aussi lui commander beaucoup de mauvaises actions. La Synagogue est devenue un agent de Satan.

52 Doc-J20 Élève 1. Je rédige les légendes :

53 Doc-J21 1. Je rédige les légendes : Enluminure d un livre chrétien représentant un ecclésiastique parlant avec un juif. Juif d Arles XIVème d après une miniature dans la BN Bibliothèque Nationale

54 Doc-J22 Élève LA BIBLE DE PERPIGNAN Cette Bible médiévale en caractères hébraïques, copiée à Perpignan au XIII e siècle se présente comme un livre luxueux. C'est pour son propre usage que Salomon ben Raphaël a mis tous ses soins à écrire, et vraisemblablement à décorer aussi ce manuscrit. FLORILEGE HEBRAÏQUE Ce manuscrit fut écrit et superbement illustré dans le Nord de la France aux alentours de La qualité et la richesse des illustrations et de la calligraphie de ses pages en font un l'un des plus extraordinaires trésors hébraïques au monde. Siddur de Saadia Gaon, 1136 Prescriptions pour la fête des Cabanes (Sukhot) Prières quotidiennes de rite italien, 1265 Paris, Bibliothèque nationale, ms. hébr. 599, f. Paris, coll. J. Glosseri, f. 1v 122v

55 Doc-J23 Élève Source : Abraham Ibn Ezra, "Quand il naît". Extrait de Jardin d'éden, jardins d'espagne - traduction M. Garel (Paris, Le Seuil et BnF, 1993, p ). Poème juif du 13 ème siècle construit comme une partition de cinq ans en cinq ans, puis de dix en dix. Quand il naît, de son sort, que l'homme de poussière Se souvienne : à sa mort, il s'en retourne en terre Souhaitez bonne chance à l'enfant de cinq ans! Il a les désirs clairs comme un soleil montant Sur les seins de sa mère, il repose, il attend Que vienne son transport : l'épaule de son père À l'enfant de dix ans épargnez la morale Bientôt il grandira et connaîtra le mal Racontez au petit des contes peu banals, Lui, joie de ses parents et rire de ses frères Ah! Quand il a vingt ans! Belle vie de garçon... Agile comme un faon qui enjambe les monts, Faisant fi de l'étude, ignorant les sermons Une biche jolie sera sa souricière! En la main d'une femme, à trente ans il est prêt De choir. Il se relève, il est pris dans les rets Harcelé de partout par les arcs et les traits : Demandes de l'épouse, enfantines prières... Résigné, tremblotant, il arrive à quarante, Et se contente de sa vie, bonne ou méchante... Il oublie ses amis : c'est qu'il court sur la pente, sentinelle veillant sur son maigre salaire. On demande à soixante : "et comment va-t-il donc? Ses arbres ont encore rameau, racine et tronc?" Ce qu'il reste de lui est ténu comme un jonc Et personne ne peut se dresser pour l'aider dans sa guerre. Ses années ont atteint les soixante-dix ans. On ne le voit plus, ni ne l'écoute en passant. Il n'est plus qu'un fardeau sur ses amis pesant, En charge pour lui-même et sa canne grossière. Quel poids pour ses enfants au seuil de quatre-vingts! Il a perdu la vue, il n'a plus l'esprit sain, Méprisé de ses fils, moqué par les voisins, Sa coupe est du poison, son pain un fiel amer! Au-delà de ce chiffre, on le compte pour mort... Heureux qui peut s'abstraire, indifférent au sort, Et qui ne pense à rien, si ce n'est en son for, À la rétribution de l'âme, aux fins dernières... À cinquante, il revoit les jours de peu de prix : Le temps du deuil arrive, il se plaint, il s'écrie. Pour les trésors du monde il montre son mépris, Car il craint que son heure approche, familière...

56 Doc-J24 Élève Je rédige la carte d identité de : Nom : Prénom : Date et lieu de naissance : Date et lieu de décès : Son (ses) métier (s) : Ses principales œuvres :

57 Doc-J25 Je rédige la carte d identité de : Nom : Ben Isaac (Rabbi Chlomo ben Yts'hak) plus connu par son acrostiche Rachi Prénom : Salomon Date et lieu de naissance : 1040 à Troyes Date et lieu de décès : 1105 à Troyes Son (ses) métier (s) : rabbin commentateur des textes sacrés juifs tant de la tradition écrite (Pentateuque, Prophètes, Hagiographes) que de la tradition orale (Talmud), Viticulteur dans le vignoble champenois. Ses principales œuvres : Son commentaire édité en marge du texte fut typographié avec une cursive italique qui ne tarderait pas à être connu sous le nom «d'écriture Rachi»,bien que lui-même ne l'ait probablement jamais utilisée.

58 Doc-J26 (1/3) Source : Wikipédia Rachi, tel qu'imaginé par l'artiste Salomon ben Isaac (Rabbi Chlomo ben Yts'hak) plus connu par son acrostiche Rachi (Troyes env env. 1105) est un commentateur des textes sacrés juifs tant de la tradition écrite (Bible c'est à dire : Pentateuque, Prophètes, Hagiographes) que de la tradition orale (Talmud). Sa vie On sait peu de choses quant à la biographie de Rachi, et les éléments sûrs et avérés d'un point de vue historique sont rares. Rachi pourrait être issu d'une illustre lignée rabbinique réputée remonter jusqu'au roi David. En effet, il pourrait être descendant par sa mère du Rav Elyakim, lui-même descendant à la 31 e génération de Rabbi Yohanan le sandalier, un Tanna souvent cité dans le Talmud, qui est lui-même arrière-arrière-petit-fils de Rabban Gamliel l'ancien (fils de Rabbi Shimon, fils de Hillel l'ancien), réputé de lignée davidique. Son père est mort en "saint" (c'est à dire en refusant d'abjurer sa foi). Rachi le cite quelques fois comme "mon maître", et il pourrait avoir étudié quelques années avec lui. Le premier commentaire de Rachi sur le Pentateuque s'ouvre sur les mots "Amar Rabbi Itzhak" (Rabbi Itzhak a dit). Cependant, il ne s'agit pas d'un enseignement du père de Rachi mais d'un midrash issu du recueil Tanhouma Yashan. Son oncle maternel, Rav Shimon l'ancien, a longtemps étudié auprès de Rabbenou Guershom de Mayence, surnommé meor Hagola (lumière de l'exil). Enfant, Rachi se distingue sûrement par sa mémoire prodigieuse, et passe pour un maître accompli à 20 ans. Il part étudier dans les écoles talmudiques rhénanes auprès du Rav Yaakov ben R' Yakar ("mon vieux Maître") à Mayence puis, à la mort de celui-ci, auprès du Rav Yts'hak ben Eléazar Halévi à Worms. Revenu à Troyes, il fonde à son tour une école talmudique qui attire rapidement des élèves de toute l'europe. Malgré sa renommée, il refuse de tirer profit de sa charge de rabbin et gagne sa vie comme vigneron, ainsi qu'il transparaît dans un de ses responsa, où il s'excuse de sa brièveté, étant pris par les vendanges.

59 Doc-J26 (2/3) Ayant vécu un siècle avant "l'autre" géant, Maïmonide, sa renommée fut au moins aussi grande. Rachi le dépassa même en popularité : en effet, à côté du fier Andalous s'exprimant à l'élite, Rachi était simple et très modeste, refusant d'arbitrer les cas qui ne relevaient pas de sa communauté, admettant son ignorance, tant dans ses responsa que dans ses commentaires (cf. infra). Par ailleurs, et c'est rare, Rachi est à la portée du débutant comme de l'érudit. Rachi n'ayant eu que des filles, il leur enseigna son savoir, ce qui dénotait d'une ouverture d'esprit exceptionnelle au Moyen-Âge. Il les maria avec ses meilleurs élèves, qui reprirent, avec leurs enfants, le flambeau de la transmission et du commentaire. Miriam, sa fille aînée, épousa R' Yehoudah ben Nathan (le Rivan), qui eut l'honneur d'achever le commentaire du traité talmudique «Makkot» sur lequel travaillait Rachi à sa mort. Yocheved épousa Meir ben Samuel, et donna naissance à de nombreux enfants, dont trois commentateurs célèbres qui laissèrent leur trace dans l'histoire : le Rachbam, Rabbénou Tam et le Rivam. Leur fille Hanna écrivit un responsa sur les lois de l'allumage des bougies à Shabbat. Rachel (Belleassez) épousa et divorça de R' Eliezer ben Shemiah. La fin de sa vie fut empoisonnée par les Croisades et les massacres des communautés juives qui les accompagnèrent. Rachi, protégé du comte de Champagne, était à l'abri, mais pas un jour ne se passait sans qu'il entendît une mauvaise nouvelle émanant de ses chères communautés rhénanes. Le premier commentaire sur le premier verset du premier livre de la Bible, dans lequel il s'étonne que la Torah, livre de lois, commence par la Création du monde, est l'occasion de réaffirmer le droit inaliénable de la terre d'israël au peuple juif, en réponse aux dites croisades. Le commentaire de Rachi La petite histoire veut que Rachi ait eu l'idée de son commentaire en entendant dans une synagogue un père se tromper en donnant à son fils l'explication du sens simple d'un verset (pshat). Rachi a donc eu l'idée de réunir dans un commentaire toutes les réponses aux questions qu'un enfant de cinq ans pourrait se poser en restant aussi concis que possible ("Une goutte d'encre vaut de l'or"). Il veut, en respectant grammaire, tournure de phrase et syntaxe, trouver l'explication la plus simple du verset. En effet, si la Torah a toujours été commentée, on se concentrait jusque-là que sur le drash des versets : lorsqu'une difficulté se présente, que ce soit dans la compréhension textuelle ou contextuelle de la section lue, les maîtres tendent à donner des réponses indirectes. Qu'elles soient allégoriques, poétiques, politiques, philosophiques, voire mystiques, elles extraient souvent un verset de son contexte et le dénaturent quelque peu. Ainsi, en est-il du fameux "ne lis pas banaïkh (tes fils) mais "bonaïkh" (tes bâtisseurs)". Tout exacts que soient ces propos, ce n'est pas là l'intention du verset. En commentant le Tanakh et le Talmud, Rachi ne souhaite ni se lancer dans des discussions savantes, ni débattre de questions philosophiques ou théologiques ardues, mais seulement rendre, au sens restituer, à son peuple les moyens de comprendre ces textes écrits dans une langue trop antique, parlant de choses trop élevées, se basant des notions trop anciennes, et sur lesquels ils doivent pourtant se baser de façon indispensable pour continuer à perpétuer les traditions d un peuple qui, s il ne peut en aucun cas rajouter ni retrancher quoi que ce soit à la lettre, doit s y conformer dans un monde en perpétuelle mutation. Pour ce faire, il a retransmis les opinions des Anciens, des maîtres de la tradition prophétique,

60 Doc-J26 (3/3) puis rabbinique, en sélectionnant dans l'immense compilation de midrashim celui qui semble correspondre le mieux au sens simple du texte. Il recherche avant tout la clarté de pensée, et la clarté de style, n hésitant pas à recourir à la langue d oïl, la langue vernaculaire de la France du Nord du XI e siècle (signalées par "bela'az"), ou de chercher la comparaison avec une anecdote vécue à Troyes ((qui est une ville marchande, des foires internationales s'y tiennent plusieurs fois par an) afin de simplifier encore plus l explication proposée. Il est important de noter que cette recherche de la concision, tant dans la forme que dans le fond de la formulation, est une valeur typiquement française, ce que ne manqueront pas de rappeler Emmanuel Levinas ou Léon Ashkénasi. Doué d'une mémoire et d'une connaissance encyclopédiques, il parvient à reconstituer par sa seule intuition la disposition du Tabernacle. Il souligne les explications connues mais erronées ; il illustre parfois par des midrashim. Exceptionnellement, il aborde des questions de grammaire, d'orthographe ou de cantilation lorsque cela permet d'éclairer le sens simple des versets. Rachi traite rarement de points de théologie. Néanmoins, citons son commentaire sur les Psaumes 49:11 ( Ils remarquent pourtant que les sages meurent (yamoutou), tout comme périssent (yovedou) le fou et le sot, en laissant leurs biens à d autres. ), où Rachi explique la différence de terme entre ces deux notions, pourtant similaires à première vue, de la sorte : mita s applique au sage, dont seul le corps meurt, tandis qu aveda est pour le fou ou le sot, dont non seulement le corps, mais aussi l âme disparaît. On peut aussi noter que Rachi n'hésite pas à dire "Je ne sais pas" et que lors d'un doute, il rapporte les différentes explications possibles soit en soulignant que les opinions sont partagées ou qu'elles correspondent à plusieurs niveaux de lectures. Bien que son œuvre fût colossale (on raconte qu'il écrivit aussi 7 livres de médecine, qui malheureusement ne parvinrent pas jusqu'à nous), il la révisa à trois reprises, et selon son petit-fils, le Rachbam, s'apprêtait à le refaire. Son succès Rachi ne fut pas le premier commentateur, mais il fut tout de même le Parshandata, le père du commentaire. Ses commentaires sont considérés comme ayant été écrits sous l'emprise d'une inspiration divine et on dit que le Talmud sans le commentaire serait comme un livre scellé. On peut aussi souligner son importance par le fait qu'il fut le premier livre juif à être imprimé en hébreu (Calabre 1475). Son commentaire édité en marge du texte fut typographiée avec une cursive italique qui ne tarderait pas à être connue sous le nom d'écriture Rachi, bien que lui-même ne l'ait probablement jamais utilisée. Pas moins de 134 commentaires sur le sien ont été recensés, sans épuiser le sujet! "Que dit Rachi?" "Quelle est la question que posait Rachi?" "Pourquoi Rachi a-t-il choisi ce midrash?" "Qu'est-ce qui le gêne?" sont autant de manières d'en renouveler la portée. Il fut même lu par des théologiens Chrétiens, dont Nicolas de la Lyre qui inspirerait plus tard Martin Luther.

61 Doc-J27 Élève (1/2) NAISSANCE D UN NOUVEAU GENRE MUSICAL : le KLEZMER ou l art de la musique itinérante! C est seulement au Moyen-Âge que les instruments de musique furent réintroduits dans les fêtes religieuses gaies (il y en a!) comme Pourim, Hanukah ou Simhat Torah, mais il existe très peu de documents écrits (et encore moins d enregistrements!) de cette époque. Le terme "klezmer" dérive de l hébreu "kley - zemer" qui signifie «instruments du chant». Les klezmorim étaient des musiciens de grand chemin, généralement très pauvres, qui voyageaient de villages en noces et de noces en bar-mitsva, animant les réceptions du son de leurs clarinettes ou de leurs violons. Ces personnages atypiques mais essentiels dans la vie des communautés juives n étaient pas payés selon leur talent, toujours grand, mais en fonction de la richesse de la famille qui les employait. Ils ne touchaient fréquemment pour tout salaire qu un plat et une couverture dans la paille, mais qu importe, la fête fut car musique il y eut De par leurs déplacements fréquents, les musiciens ont subi de nombreuses influences musicales: musiques tsigane ou roumaine, musiques orientale ou russe. Les sources d'inspiration de la musique Klezmer sont multiples mais elles sont d'abord d'origine liturgique. Le chant et son accompagnement musical étaient l'apanage des lévites qui travaillaient pour le service du temple à Jérusalem. Plus tard, à la disparition du temple, cette musique s'est développée au service de la liturgie et de nombreux morceaux Klezmer sont d'abord des chants de synagogue (comme Avinou Malkenou).

62 Doc-J27 Élève (2/2) Recopiez la calligraphie du mot De gauche à droite indiquez les instruments de cet orchestre klezmer : Le Klezmer, d hier à aujourd hui! Un orchestre Klezmer / Europe de l Est The Best Little Klezmer Band in Texas! 2002

63 Doc-J28 (1/3) Source : Extrait de L Arche n 571, novembre 2005 Sami Sadak, enseignant de judéo-espagnol à l Université de Provence La musique judéo-espagnole Le terme sefardim désigne les Juifs qui vivaient dans la péninsule ibérique jusqu à leur expulsion d Espagne en 1492 et du Portugal en Après la publication de l édit d expulsion, ils s exilèrent en grande majorité dans les pays méditerranéens voisins, de l Afrique du Nord (Tétouan, Tanger, Oran) à l Empire ottoman (Istanbul, Salonique, Izmir, Edirne, Rhodes, Safed), emportant avec eux une langue et une culture qu ils allaient conserver jalousement. Tout au long de ces cinq siècles, la culture judéoespagnole a été exposée à de nombreuses influences dans les pays traversés et les terres d accueil. La musique judéo-espagnole se présente comme une mosaïque où coexistent le sacré et le profane, les thèmes juifs et non-juifs, l Orient avec l Occident, l antique avec le nouveau. Les Juifs expulsés d Espagne constituaient une population hétérogène : ils venaient des différents centres du judaïsme espagnol, chacun étant marqué par son propre style poétique et sa tradition spécifique. Tandis que les Cantigas de Santa Maria (XIIe siècle) et des collections analogues fournissent bien des informations sur la tradition musicale de la péninsule, nous supposons seulement que la musique profane hispano-judaïque ressemblait à celle des musulmans et chrétiens hispaniques. Il n existe aucune donnée certaine permettant de tirer des conclusions sur la tradition musicale sousjacente au romancero judéo-espagnol. Comme pour chaque communauté itinérante ou pour les grandes diasporas, la musique judéoespagnole s est constituée suivant une stratégie que l on pourrait appeler de «l emprunt ponctuel», puisqu elle adopte temporairement des modèles-types et les systèmes musicaux des cultures d accueil. On peut considérer que, éloignés de leur source originelle, les Juifs ont inévitablement été influencés par leur nouvel environnement dans leur pays d accueil. À cette phase «d imprégnation» a succédé une phase «d émancipation» : le répertoire musical des communautés juives des Balkans et de la Méditerranée orientale s est mis à diverger peu à peu de celui des Juifs du Maroc, lesquels maintenaient des rapports étroits avec l Espagne. Véritable patrimoine, le cancionero judéo-espagnol était transmis par les femmes, de génération en génération, dans l espace de la vie quotidienne et du foyer. Le plus souvent isolées et exclues du culte public à la synagogue, les femmes juives séfarades ont extériorisé les aspects marquants de leurs expériences et de leur existence à travers ces chants, véritables exutoires et paroles de libération. Par conséquent, la forme de ces chants n était pas fixe ; des femmes talentueuses pouvaient exprimer leur créativité en ajoutant des paroles de leur cru. Ces chants d exil s exprimaient en langue judéo-espagnole, nommée djudyo au Levant et haketiya au Maghreb. Cette langue s est différenciée de la langue d origine par une série d emprunts aux langues des pays d accueil, tout en gardant des aspects archaïques de l espagnol péninsulaire. Le chant sacré était interprété par les hommes dans les synagogues, selon des makams (modes) araboandalous ou ottomans, en hébreu ou en ladino (traduction mot à mot de l hébreu en judéo-espagnol). On lisait la Torah dans le mode segah, on chantait dans le mode joyeux ajam nawruz lors du Shabbat Shira, pour Simhat Torah ou à l occasion des mariages, le mode hijaz était utilisé pour la commémoration de la destruction du Temple et pour les funérailles, le mode saba pour les circoncisions...

64 Doc-J28 (2/3) Cependant, si nombre de traits principalement mélodiques témoignent de l orientalisation du chant judéo-espagnol, celui-ci conserve des caractéristiques qui indiquent son origine européenne, comme la métrique syllabique (alors qu en Orient on privilégie la métrique classique arabe aruz, basée sur l organisation des syllabes longues et brèves) ou encore strophique (bâtie sur le modèle des romances espagnols et des villancicos médiévaux). Les chants du répertoire judéo-espagnol relèvent principalement de trois genres : les romances sont des ballades médiévales, les coplas des chants à caractère religieux hébraïque, et les cantigas des chants de la vie quotidienne. Le romance médiéval espagnol, tout en se perpétuant dans la tradition judéo-espagnole, a subi de profondes modifications en gardant sa forme littéraire de poème octosyllabique ou hexasyllabique assonancé en hémistiche. De tradition plus récente, les coplas se caractérisent par un contenu proprement judaïque. Il y est fait référence aux fêtes juives, à des épisodes de la Bible ou encore à des événements importants de l histoire du judaïsme. Bien que certains textes figurent dans des recueils dès le XVIIIe siècle, la plupart d entre eux sont transmis oralement. Enfin, les cantigas, les chants lyriques, constituent le cœur du répertoire judéo-espagnol. L amour contrarié ou déçu, l hésitation entre deux amants, sont les sujets privilégiés. La variété des styles musicaux et poétiques est encore plus grande que dans les autres genres. De très anciens textes espagnols alternent avec des traductions modernes des chants populaires turcs. Les chants judéo-espagnols collectés par Alberto Hemsi, Léon Algazi, Moshé Attias, Isaac Lévy ont été rassemblés et transcrits à travers les collectes effectuées dans les pays balkaniques et en Turquie au début du XXe siècle, puis en Israël. Aujourd hui, toute une génération d interprètes semble se tourner vers ces racines oubliées, y puisant nostalgie et beauté. L absence d enregistrement de terrain rend difficile l évaluation du caractère authentique des interprétations. La majeure partie sinon la totalité des disques mis sur le marché sont des enregistrements réalisés par des interprètes professionnels à partir des transcriptions musicales qui ont été puisées dans des anthologies et arrangées. Le grand public a eu très peu l occasion d écouter ces chants dans l interprétation des chanteuses traditionnelles de Turquie, de Grèce ou de Bulgarie. Aujourd hui, en France, l interprétation des chants judéo-espagnols par les artistes professionnels oscille entre un style médiéval et un style oriental. Fidèles à ces esthétiques, certains chanteurs se font accompagner par des instruments médiévaux comme la vièle, la viole de gambe, le luth, la flûte à bec, etc. et utilisent des ornementations vocales médiévales ; tandis que d autres, adoptant l option orientale des lieux de collecte du répertoire, chantent accompagnés d oud, de kanoun, de saz, de darbouka, de daf ou de bendir tout en restant dans l univers d ornementation modale des makams. Les communautés juives du Maghreb ont adapté la musique andalouse à la poésie liturgique de langue hébraïque, ou à celle destinée à la célébration des grands moments de la vie familiale. À l origine, les piyyutim - poèmes liturgiques - étaient composés pour rehausser les prières. Le cadre structurel de la plupart des piyyutim se cristallisa et s épanouit d abord en Eretz Israël, en Babylonie puis dans d autres pays. Au Xe siècle, l Espagne devint le plus grand centre de production de piyyut. Pendant les cinq cents années qui suivirent, ce genre littéraire fleurit au contact direct de la poésie arabe. Après le XVe siècle et l expulsion des Juifs d Espagne qui mit fin à l existence de cette communauté, on vit s épanouir le piyyut de style espagnol du Yémen jusqu à la Tunisie et du Maroc jusqu à Alep. À la différence du piyyut ancien ou classique, le piyyut espagnol emprunta à la poésie arabe quasidah de nombreuses caractéristiques formelles de première importance dans le domaine de la rime et du rythme. C est ainsi que les procédés de la métrique de la poésie arabe furent adaptés à la poésie hébraïque sous le nom de yetodot.

65 Doc-J28 (3/3) L habillage musical des piyyutim a souvent été emprunté à des chansons et autres airs à la mode. Mais, au niveau de la thématique, les textes ne se superposent en aucune façon : le poète juif a des préoccupations qui concernent la foi et la liturgie, alors que les compositions qu il adapte sont souvent de caractère profane, véhiculant la poésie laudative ou érotique. Le besoin accru des piyyutim a stimulé la créativité des poètes imprégnés des mystiques. Ils ont composé une poésie riche, dont les hymnes du rabbin Israël Najjara qui ont été utilisés dans les baqqashot syriennes et marocaines. Dans les baqqashot chantées dans la nuit de vendredi à samedi, le répertoire se répartit en plusieurs séries de piyuttim. Inspirés du modèle arabo-andalou de la nouba, ils reflètent une affinité profonde avec la culture environnante. Quando el Rem Nimrod (extrait) Paroles et traduction Kuando el rei Nimrod al kampo salia, Mirava en el cielo i en la estreyeria, Vido una luz santa en la giuderia, Ke havia de naser Avraham Avinu, Avraham Avinu, padre kerido Quand le Roi Nimrod sortit dans les champs Regardant le ciel et les étoiles Il vit dans la juiverie une lumière sainte Car il venait de naître, Abraham, le patriarche. Patriarche Abraham, père chéri Père béni, lumière d'israèl.

66 Doc-J29 Élève LE TEMPS DES CATASTROPHES : LES CROISADES TRACER EN DIFFERENTES COULEURS LES ROUTES DES CROISADES Massacre de juifs, première croisade, Bible du XIII e siècle

67 Doc-J30 Élève LE TEMPS DES CATASTROPHES : LA PESTE Grande Peste en Europe : 25 millions de victimes en Europe (autant en Asie). Transmise par les bateaux génois dès 1347, elle se répand dans les ports méditerranéens avant de se généraliser en Europe occidentale. ο Arrivée à Marseille en fin 1347, la peste noire dévaste la Provence. Elle remonte la vallée du Rhône (Avignon) pour atteindre Paris en août à la vitesse de 75 Km par jours. La moitié de la population du pays est touchée. ο La peste provoque des émeutes antisémites en Provence. La synagogue de Saint-Rémy-de-Provence est incendiée. Elle sera reconstruite hors de la ville dès Des Juifs sont brûlés à Serres, en Dauphiné. ο En Espagne, la peste a pu décimer un à deux tiers de la population, en particulier celle de l Aragon (neuf vagues entre 1348 et 1401). ο Massacre de Juifs, accusés de propager la peste, en Navarre et en Castille. ο 13 mai: le quartier juif de Barcelone est pillé. ο Les ashkenazi d Allemagne sont victimes de pogromes. Les Juifs de Chillon, sur le lac Léman, sont torturés jusqu à ce qu ils avouent avoir empoisonné les puits (septembre). Leurs confessions provoquent la fureur de la populace qui se livre à des massacres et à des expulsions. Trois cent communautés sont détruites ou expulsées. Six mille Juifs sont tués à Mayence, deux mille sont brûlés à Strasbourg... De nombreux Juifs fuient vers l est, en Pologne et Lituanie. ο La Peste noire atteint l'autriche ( ) victimes à Vienne. 25 à 35% de la population est décimée. Séries de tremblements de terre. Le peuple, pris de panique, s en prend aux communautés juives soupçonnées d avoir diffusé l épidémie. Albert le Sage doit intervenir pour protéger ses sujets Juifs. ο La Peste noire atteint l'angleterre ( ). Londres est ravagée en décembre La population anglaise est réduite de 30% entre 1348 et La réduction de la main d œuvre transforme l économie agricole seigneuriale. De vastes terres passent à l élevage et la main-d œuvre agricole connaît pour la première fois une sorte de liberté. Des Juifs mis au bûcher par l Inquisition gravure éditée à Nuremberg en 1493

68 Doc-J31 Élève Source : Association VIDAS LARGAS TRACER EN ROUGE LES ITINÉRAIRES DES JUIFS EXPULSÉS D ESPAGNE.

69 Doc-J32 Source : Association VIDAS LARGAS TRACER EN ROUGE LES ITINÉRAIRES DES JUIFS EXPULSÉS D ESPAGNE.

70 Doc-J33 Élève (1/2) Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra * Du Roi Ferdinand, et de la reine Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, du León, d Aragon et autres possessions de la couronne - au prince Juan, aux ducs, marquis, comtes, les saints ordres, prieurs, chevaliers commandeurs, seigneurs des châteaux, cavaliers, et à tous les Juifs, hommes et femmes de tout âge, et à tous les autres que cette lettre pourrait concerner que la santé et la grâce soit sur vous..par conséquent, avec le conseil et l avis des hommes éminents et des cavaliers de notre règne, et d autres personnes de connaissance et conscience de notre Conseil Suprême, après avoir beaucoup délibéré, il a été conclu et résolu que soit ordonné à tous les Juifs et Juives de quitter nos royaumes, et qu ils ne soient jamais autorisés à y retourner..et nous ordonnons en outre en cet édit que tous les Juifs et Juives de tout âge, résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quel que soit leur âge, d ici la fin de juillet de cette année, et qu ils n osent pas revenir sur nos terres, fût-ce d un pied, ni s y introduire sans permission de quelque manière que ce soit. Tout Juif qui n obéirait pas à cet édit et serait trouvé en nos royaume et domaines, ou qui retourne dans le royaume de quelque manière que ce fût, encourra la peine de mort, et la confiscation de tous ses biens..nous accordons donc la permission aux dits Juifs et Juives d emporter leurs biens et effets en dehors de nos possessions, que ce soit par voie maritime ou terrestre, à la condition qu ils n emportent ni or, ni argent, ni monnaie frappée, ou tout autre objet interdit par les lois du royaume..et de façon à porter ceci à l attention de tous, afin que personne ne puisse prétendre l ignorer, nous ordonnons que cet édit soit proclamé dans toutes les places et points de rencontre habituels de toute ville; et qu en toutes les grandes cités et villages du diocèse, cela soit fait par le tambour de ville en présence du scribe public ; et que ni l un ni l autre ne fasse le contraire de ce qui est désiré, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous les biens et charges de qui que ce soit qui ferait le contraire. Et nous ordonnons de plus qu une preuve soit fournie à la cour, sous forme d une déposition écrite, de la façon par laquelle l édit est exécuté. Lu en cette ville de Grenade le trente-et-unième jour de mars en l an de notre Seigneur Jésus-Christ Signé, moi, le Roi, moi la Reine, Juan de Coloma, Secrétaire du Roi et de la Reine, laquelle j ai écrite sur l ordre de nos Majestés. * Le texte complet se trouve dans la partie «POUR EN SAVOIR PLUS»

71 Doc-J33 Élève (2/2) Questions : Quel est le nom du roi, et celui de la reine d Espagne? A qui s adressent le roi et la reine dans cette lettre? A quelle date ce document a-t-il été écrit? Combien de temps le roi et la reine donnent-ils aux juifs pour quitter le royaume d Espagne? Qu est ce- qu ils ne peuvent pas emporter? Est-ce ennuyeux? si oui pourquoi?

72 CLASSESCONCERNÉE Doc-J34 (1/2) Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra * Du Roi Ferdinand, et de la reine Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, du León, d Aragon et autres possessions de la couronne - au prince Juan, aux ducs, marquis, comtes, les saints ordres, prieurs, chevaliers commandeurs, seigneurs des châteaux, cavaliers, et à tous les Juifs, hommes et femmes de tout âge, et à tous les autres que cette lettre pourrait concerner que la santé et la grâce soit sur vous..par conséquent, avec le conseil et l avis des hommes éminents et des cavaliers de notre règne, et d autres personnes de connaissance et conscience de notre Conseil Suprême, après avoir beaucoup délibéré, il a été conclu et résolu que soit ordonné à tous les Juifs et Juives de quitter nos royaumes, et qu ils ne soient jamais autorisés à y retourner..et nous ordonnons en outre en cet édit que tous les Juifs et Juives de tout âge, résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quel que soit leur âge, d ici la fin de juillet de cette année, et qu ils n osent pas revenir sur nos terres, fût-ce d un pied, ni s y introduire sans permission de quelque manière que ce soit. Tout Juif qui n obéirait pas à cet édit et serait trouvé en nos royaume et domaines, ou qui retourne dans le royaume de quelque manière que ce fût, encourra la peine de mort, et la confiscation de tous ses biens..nous accordons donc la permission aux dits Juifs et Juives d emporter leurs biens et effets en dehors de nos possessions, que ce soit par voie maritime ou terrestre, à la condition qu ils n emportent ni or, ni argent, ni monnaie frappée, ou tout autre objet interdit par les lois du royaume..et de façon à porter ceci à l attention de tous, afin que personne ne puisse prétendre l ignorer, nous ordonnons que cet édit soit proclamé dans toutes les places et points de rencontre habituels de toute ville; et qu en toutes les grandes cités et villages du diocèse, cela soit fait par le tambour de ville en présence du scribe public ; et que ni l un ni l autre ne fasse le contraire de ce qui est désiré, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous les biens et charges de qui que ce soit qui ferait le contraire. Et nous ordonnons de plus qu une preuve soit fournie à la cour, sous forme d une déposition écrite, de la façon par laquelle l édit est exécuté. Lu en cette ville de Grenade le trente-et-unième jour de mars en l an de notre Seigneur Jésus-Christ Signé, moi, le Roi, moi la Reine, Juan de Coloma, Secrétaire du Roi et de la Reine, laquelle j ai écrite sur l ordre de nos Majestés. * Le texte complet se trouve dans la partie «POUR EN SAVOIR PLUS»

73 Doc-J34 (2/2) Questions : Quel est le nom du roi, et celui de la reine d Espagne? Ferdinand et Isabelle A qui s adressent le roi et la reine dans cette lettre? Aux nobles, aux seigneurs, aux prêtres et aux Juifs de tout le Royaume d Espagne A quelle date ce document a-t-il été écrit? 31 mars 1492 Combien de temps le roi et la reine donnent-ils aux juifs pour quitter le royaume d Espagne? 4 mois Qu est ce- qu ils ne peuvent pas emporter? L or - l argent - les pièces de monnaie Est-ce ennuyeux? si oui pourquoi? Oui car ils n auront pas de ressources pour s installer ailleurs. Ils perdent ce qu ils ont épargné durant plusieurs générations

74 Doc-J35 Élève 1394 : Expulsion des juifs de France Á compléter sous la dictée de l enseignant PHILIPPE LE BEL PHILIPPE AUGUSTE

75 Doc-J : Expulsion des juifs de France Le roi de France Charles VI, dit "le Fou", décrète l'expulsion de tous les juifs "sans exception ni privilège". C'est la troisième fois que les juifs sont expulsés de France depuis le début du siècle (1306 et 1322). PHILIPPE LE BEL PHILIPPE AUGUSTE Expulse les juifs de son royaume en : Expulse les juifs de son royaume en : Les juifs sont rendus responsables de la famine, de la misère et même de la folie du roi... Les Parisiens les flagellent en place publique. Le roi et la reine de France leur donnent jusqu'au 3 novembre pour regagner les frontières du royaume. Il n'existera plus de communautés juives en France jusqu'au XVIème siècle.

76 CLASSESCONCERNÉE Doc-J37 Élève (1/2) Pour en finir avec les idées reçues sur les juifs du moyen-âge en 6 points! 1 LES JUIFS ARRIVENT EN FRANCE AU DÉBUT DU MOYEN-AGE. VRAI FAUX 2 AU MOYEN-AGE, TOUS LES JUIFS SONT USURIERS. VRAI FAUX 3 PHILIPPE LE BEL EXPULSE LES JUIFS DU ROYAUME EN 1306 POUR DES RAISONS RELIGIEUSES. VRAI FAUX 4 SOUS L'ANCIEN RÉGIME, IL EXISTE DEUX "NATIONS" JUIVES EN FRANCE : LES ASHKÉNAZES D'ALSACE -LORRAINE ET LES SÉFARADES DE LA RÉGION DE BORDEAUX. SEUL POINT COMMUN : LA RELIGION. VRAI FAUX

77 Doc-J37 Élève (2/2) 5 ON CONNAÎT L'EXISTENCE DE GHETTOS EN EUROPE DE L'EST DÈS LE MOYEN-AGE. MAIS IL N'Y EN A PAS EN FRANCE. VRAI FAUX 6 L'ÉTOILE JAUNE DE 1942 (2 ÈME GUERRE MONDIALE) EST LE PREMIER SIGNE DISTINCTIF IMPOSÉ AUX JUIFS DE FRANCE. VRAI FAUX

78 Doc-J38 (1/2) Pour en finir avec les idées reçues sur les juifs du moyen-âge en 6 points! 1 LES JUIFS ARRIVENT EN FRANCE AU DÉBUT DU MOYEN-AGE. VRAI FAUX D'après la légende, les premiers juifs seraient arrivés en Gaule après la chute du Temple de Jérusalem en 70 de notre ère. On trouve des traces de présence juive en Gaule aux IIe et IIIe siècles. La majorité se sédentarise sous les Mérovingiens à partir du VIe siècle. 2 AU MOYEN-AGE, TOUS LES JUIFS SONT USURIERS. VRAI FAUX Les juifs sont agriculteurs, commerçants, et il y a aussi quelques médecins. 3 PHILIPPE LE BEL EXPULSE LES JUIFS DU ROYAUME EN 1306 POUR DES RAISONS RELIGIEUSES. VRAI FAUX C'est uniquement pour des raisons économiques. Après leur expulsion, le roi récupère leurs propriétés, maisons, biens, meubles et créances ce sont alors des sommes importantes qui vont renflouer les caisses de l'etat. 4 SOUS L'ANCIEN RÉGIME, IL EXISTE DEUX "NATIONS" JUIVES EN FRANCE : LES ASHKÉNAZES D'ALSACE -LORRAINE ET LES SÉFARADES DE LA RÉGION DE BORDEAUX. SEUL POINT COMMUN : LA RELIGION. VRAI FAUX Tout sépare ces 2 communautés juives: leurs origines, leur composition sociale, leur intégration, leur mode de vie, leurs vêtements.

79 Doc-J38 (2/2) 5 ON CONNAÎT L'EXISTENCE DE GHETTOS EN EUROPE DE L'EST DÈS LE MOYEN-AGE. MAIS IL N'Y EN A PAS EN FRANCE. VRAI FAUX En Provence, dans les Etats dits du Pape, dès le XIVe siècle, les juifs se regroupent en quartiers qui portent le nom de «carrière». Lorsqu'ils en sortent, ils doivent porter un signe distinctif pour se faire reconnaître. 6 L'ÉTOILE JAUNE DE 1942 (2 ÈME GUERRE MONDIALE) EST LE PREMIER SIGNE DISTINCTIF IMPOSÉ AUX JUIFS DE FRANCE. VRAI FAUX Saint Louis décrète la «rouelle» obligatoire pour tous les juifs à partir de 14 ans, en Sa couleur varie : au XIIIe siècle elle est rouge, au siècle suivant elle devient un grand cercle biparti rouge et blanc. Les juifs doivent en porter une dans le dos et une sur la poitrine.

80 Doc-J39 Élève (1/2) MON VOCABULAIRE POUR COMPRENDRE : Reconquista : Le messie : le Messie (de l'hébreu : - מ שׁ יח mashia h) désignait initialement dans le judaïsme l'oint, c'est-à-dire la personne consacrée par le rituel de l'onction, réalisée par un prophète de Dieu. La Reconquête (le terme Reconquista, à l'origine espagnol, étant également utilisé en français) correspond à la conquête des royaumes maures de la péninsule ibérique par les souverains chrétiens. Elle s'achève le 2 janvier 1492 quand Ferdinand II d'aragon et Isabelle de Castille, les «Rois Catholiques» chassent le dernier souverain maure à Grenade. Les chrétiens l'ont reconnu en la personne de Jésus le Christ (le mot Christ (du grec.christos, "l'oint") est une traduction littérale de mashia'h. Ancien et Nouveau Testament : On appelle Ancien Testament l'ensemble des écrits de la Bible antérieurs à la vie de Jésus laquelle est relatée dans le Nouveau Testament. Les chrétiens considèrent que la Bible se compose dès lors de l'ancien Testament et du Nouveau Testament. L'Ancien Testament pour les chrétiens comprend : le Pentateuque (ou Torah) et les Livres des Prophètes. Inquisition : L'Inquisition est une juridiction spécialisée (un tribunal), créée par l'église catholique romaine chargée d'émettre un jugement sur le caractère orthodoxe ou non (par rapport au dogme religieux) des cas qui lui sont soumis. Usure / Usurier : terme financier qui désigne les prêts abusifs assortis de taux d intérêt trop élevés.

81 Doc-J39 Élève (2/2) Terre sainte : La Terre Sainte est le nom donné par les chrétiens à la région où est né et a vécu Jésus Christ. Juiverie Ghetto : Une juiverie est, au Moyen-âge, un quartier où habitent les juifs qui y vivent à part, par décret et exigence de séparation de la part de l'eglise chrétienne. Le mot juiverie se retrouve dans de nombreux noms de places, rues ou quartiers français. Il y a par exemple une «rue Judaïque» à Bordeaux et une «rue Juiverie» à Lyon. Le terme n'est pas employé en Provence où l on désigne les quartiers juifs par le terme de «carrières». Le mot «ghetto» vient du quartier de Venise du même nom et qui fut le premier quartier où les juifs furent relégués. Croisade-croisé : Actions militaires de chrétiens prêchées au nom de la libération de Jérusalem, conquise aux Arabes Abbassides par les Turcs en Certaines ont été l'occasion de véritables campagnes militaires. Les Turcs, à la différence des Arabes, avaient interdit aux pèlerins l'accès à Jérusalem et donc aux lieux saints, ce qui déclencha une réaction virulente des chrétiens d'occident, aussi bien dans la noblesse que dans le reste de la population. Vernaculaire : du latin vernaculus - indigène La langue vernaculaire est une langue parlée seulement à l intérieur d une communauté en générale réduite

82 Doc-J40 (1/4) Source : Catherine Déchelette Elmalek LES JUIFS DE LYON INTRODUCTION Dès le début de la diaspora, à partir du 3 ème siècle, on a des traces attestant d une première présence juive en Gaule, de Marseille à Clermont Ferrand en passant par Arles, Nîmes, Dijon, Bourges, Lyon, en tout ce sont environ 35 localités qui accueillent des groupes de juifs. En 212, ils deviennent citoyens de l empire de Rome (la Gaule est une province de l empire). La connaissance de la communauté juive de cette époque est très limitée et on ne devine son importance qu à travers ce que l on constate à la période suivante. Exemple : les fouilles archéologiques de Lyon ont mis au jour une stèle funéraire avec une épitaphe portant le nom d une petite fille juive ; celui-ci est en latin mais il s agit bien d un prénom hébraïque. PARTIE 1 : entre le 7 ème et le 9 ème siècle A la chute de l empire romain, Lugdunum la gallo-romaine devient Lyon et passe sous le contrôle des burgondes à partir du 5 ème siècle. De nombreux textes législatifs relatifs aux juifs évoquent une communauté juive assez importante pour qu on ait édicté des lois la concernant. Entre le 7 ème et le 8 ème siècle, Lyon est dans l ombre de l histoire, et les juifs qui y vivent aussi. Il faut attendre le règne de Charlemagne pour que Lyon retrouve une place de choix dans le royaume. Charlemagne accorde d importantes missions à des juifs : interprètes, diplomates.. A Lyon, l évêque Leitrade va marquer pour de nombreuses années la ville et ses habitants de son intelligence et de sa tolérance envers les juifs. Ceux-ci sont installés sur la rive droite de la Saône où ils contribuent à la prospérité de la ville à travers le négoce des pierres précieuses, des étoffes d Orient, et des pièces d orfèvrerie. Un magister judaerorum est nommé par Leitrade soutenu dans cette initiative par Charlemagne. Ce magistrat avait la tâche de veiller au respect des droits et des intérêts des juifs. D autres éléments permettent encore de mesurer l intégration positive de la communauté juive à la vie de Lyon : 1. durant le règne de Louis le Pieux, le jour du marché est déplacé du samedi à un jour de semaine prenant ainsi en compte les desiderata des marchands juifs, 2. un appel émanant de l évêque demande à ce que les juifs ne prennent plus d employés chrétiens car il avait constaté que ceux-ci, dans un très grand nombre de cas, finissaient par se convertir au judaïsme! on sait aussi par d autres sources que les chrétiens allaient très souvent écouter les rabbins afin d approfondir leurs connaissances de la Torah (Ancien Testament pour eux) Les relations entre juifs et chrétiens sont alors empreintes d ouverture d esprit et de tolérance, rabbins et clercs discutent et échangent en de multiples controverses courtoises mais néanmoins très fermes!

83 Doc-J40 (2/4) PARTIE 2 : du 9 ème au 12 ème siècle Au cours du 9 ème siècle, L Eglise met pourtant déjà en place une volonté d affermir son pouvoir et sa domination, et elle cherche à abandonner sa politique bienveillante envers les juifs instituée par le Pape Grégoire le Grand ( ), 2 siècles plus tôt. L archevêque Agobard de Lyon fut un fervent défenseur de cette unité chrétienne et il s en prit violemment aux juifs dans 6 écrits où il incite par exemple les chrétiens à n entretenir aucune espèce de relations avec eux afin de ruiner leurs commerces, où il justifie les conversions forcées des enfants Mais l esprit de Charlemagne survit encore à travers son fils Louis le Pieux, et les juifs continuent de bénéficier de la protection impériale. Agobard et ses disciples échouent donc dans leur entreprise mais seulement provisoirement. Ils ont mis en place tout «l argumentaire» anti-juif dont l Eglise va se servir durant les années qui vont suivre (Bas Moyen-Age). Le pouvoir temporel ne peut que plier et la politique de tolérance instituée par les carolingiens prend fin. PARTIE 3 : du 13 ème au 15 ème siècle Les accusations de meurtres rituels lancées au 13 ème siècle vont avoir des effets tragiques sur de nombreux siècles. Le pape Innocent 2 était à Lyon au moment où une affaire de cet ordre éclatait. Il écrivit que brûler des hommes visiblement innocents était inique et contraire à l humanité et au vrai christianisme. Il cita même la Torah afin de démontrer l iniquité des accusations! Les Juifs sont bannis du royaume de France au début du 14 ème siècle, en 1306, et certains juifs lyonnais se réfugient dans le Dauphiné, la province la plus proche qui est hors de la tutelle française : à Bourgoin, Grenoble, Crémieu où ils installent des maisons de banque. A Lyon les juifs bénéficieront de mesures d exception leur permettant de rester dans la ville durant cette période. Plus que de l obligeance, il faut y voir surtout l intérêt financier lié au rôle économique qu ils avaient. De plus ils contribuaient largement à garder leur place en assumant par exemple les frais de fortifications de la ville. Expulsions, puis rappels dans les villes dont le commerce et donc le développement périclitent. Les juifs de Lyon et du Dauphiné subissent le bon ou le mauvais vouloir des pouvoirs en place sur plusieurs décennies. Les juifs de Lyon échappent encore à l Edit d Expulsion générale décidé en 1393, et ce grâce à l archevêque qui maintiendra durant 27 ans la communauté juive dans une relative sécurité. En 1420, elle est quand même expulsée et se réfugie pour une grande part à Trévoux. Quelques juifs y vivaient déjà et l arrivée des juifs lyonnais contribuera à son essor et au développement de Trévoux : le métier que ceux ci apportent ; l affinage et l étirage de l or et de l argent pour leur utilisation dans les tissus précieux et dont les juifs gardaient l exclusivité de la technique, enrichira notablement la petite voisine de Lyon!

84 Doc-J40 (3/4) CONCLUSION Durant le Moyen Age, les Juifs ont connu une grande diversité de destins selon les années et les lieux : tolérance, agressivité, discrimination et bienveillance teintée d intérêt. Il ne faut donc pas faire de Lyon une généralité. Mais comme le montre néanmoins l exemple lyonnais au Haut Moyen-Age, les communautés juives sont dans l ensemble assez bien intégrées à la société chrétienne qui les entoure et elles ne sont pas encore l objet de l opprobre public (pas encore de signe distinctif par exemple). Le Bas Moyen-Age est une période beaucoup plus difficile : si à Lyon, les juifs bénéficient encore d une paix relative, dans la majorité des lieux où ils se trouvent ils sont l objet de violences diverses. Les accusations mensongères contre les Juifs (meurtres rituels ), les Croisades, et la Peste Noire sont les éléments les plus importants et les plus déterminants qui vont faire le jeu anti-juif de l Eglise. Celle-ci saura inciter le pouvoir temporel à se séparer des juifs qu elle avait su jusque-là associer à ses projets. Au tournant du 15 ème siècle, une nouvelle vague d immigration juive arrive à Lyon : ce sont les juifs expulsés d Espagne et du Portugal. Ils arrivent en même temps (ou presque!) que les banquiers italiens venus essentiellement de Florence (les Guadagni par exemple). Une nouvelle époque de prospérité commence pour Lyon avec la Renaissance où les juifs trouveront encore une place importante.

85 Doc-J40 (4/4) Ecrivons ensemble l histoire des juifs de Lyon! Dès le 1 er siècle qui suit la diaspora (entre 70 et 135) une présence juive est attestée en Gaule. A Lugdunum (nom celte de la cité qui deviendra Lyon) les archéologues ont retrouvé une stèle funéraire portant le nom d une petite fille juive. Lugdunum la gallo-romaine devient Lyon et durant la 1 ère partie du Moyen-Age elle est dans l ombre. L empereur Charlemagne lui redonne une importance certaine et il confie de nombreuses missions à des juifs : interprètes, diplomates L évêque de Lyon, Leitrade, est bienveillant avec la communauté juive de sa ville. Avec l appui de Charlemagne, il nomme un magister judeorum qui doit veiller au respect des droits et des intérêts des juifs. Les juifs de Lyon sont alors surtout des marchands spécialisés dans les pierres précieuses, les étoffes venues d Orient et les pièces d orfèvrerie. Le jour du marché est même déplacé pour eux du samedi à un jour de la semaine! Dans l ensemble, juifs et chrétiens de Lyon vivent en bon voisinage. Rabbins et curés discutent des textes saints avec vigueur mais tolérance et ouverture d esprit. Hanoukia fabriquée à Lyon et datée du 14 ème siècle L archevêque Agobard de Lyon va lancer 6 écrits très antisémites mais il échoue dans son entreprise. Les juifs de Lyon échappent à la décision d expulsion du royaume de France en 1393 car ils bénéficient de la protection du haut clergé. Ils sont finalement expulsés en 1420 et ils se réfugient pour la plupart à Trévoux, petite ville plus au nord sur le Rhône. L arrivée de ces juifs lyonnais contribuera à son essor grâce à leur connaissance d une technique exclusive du traitement des tissus précieux. Au tournant du 15 ème siècle, de nouveaux juifs arrivent à Lyon qui rouvre ses portes : ce sont les juifs expulsés d Espagne et du Portugal. Ils arrivent en même temps, ou presque, que les banquiers italiens comme la famille Guadagni de Florence. Une nouvelle ère de prospérité commence pour Lyon où les juifs auront une place importante. l Hôtel Gadagne (nom francisé), lieu de résidence des Guadagni La rue Juiverie où habitaient les juifs de Lyon à cette époque

86 Doc-J40b Élève Ecrivons ensemble l histoire des juifs de Lyon!

87 Doc-J41 Élève (1/2) Évaluation Communautés juives au IX e siècle Source : «Histoire universelle des Juifs» Élie BARNAVI - HACHETTE Littérature

88 Doc-J41 Élève (2/2) Questions : Qu est-ce que l empire byzantin (bref rappel d histoire générale) :.. Qui appelle-t-on les «Rhadanites»?.... Citez les villes de France où vivent des juifs à la période de l empire carolingien :....

89 Doc-J42 (1/2) Évaluation Communautés juives au IX e siècle Source : «Histoire universelle des Juifs» Élie BARNAVI - HACHETTE Littérature

90 Doc-J42 (2/2) Questions sous la direction du professeur : Qu est-ce que l empire byzantin (bref rappel d histoire générale) : En 395 l'empire romain est partagé en deux parties : l'empire romain d'occident qui disparaît en 476, et l'empire romain d'orient ou Empire byzantin qui durera jusqu'en Le mot «byzantin» vient de Byzance, l'ancien nom de la capitale byzantine, Constantinople (aujourd hui Istanbul). Qui appelle-t-on les «Rhadanites»? Les Rhadanites sont le nom donné aux grands marchands juifs qui faisaient du commerce entre le royaume carolingien, l Inde et la Chine. Jouissant de privilèges accordés par l empereur, l origine de leur nom reste mystérieuse, il vient soit d une région autour de Bagdad soit du Rhône! Citez les villes de France où vivent des juifs à la période de l empire carolingien : Arles, Avignon, Lyon, Dijon, Tours, Paris, Metz

91 Doc-J43 Élève (1/2) Évaluation LE JEU DU TEMPS ET DE L HISTOIRE Relie les éléments de la colonne de gauche aux dates de la colonne de droite Sélectionne la bonne couleur pour colorier l évènement, le personnage ou la découverte ÉVÈNEMENT PERSONNAGE CRÉATION Raschi de Troyes 1 13 ème siècle La 1 ère croisade 2 Entre 1346 et 1350 Charlemagne L expulsion des juifs du Royaume d Espagne le Florilège hébraïque La grande expulsion des juifs du Royaume de France Saint Louis La Peste Noire Création de la musique klezmer 9

92 Doc-J43 Élève (2/2) Indiquer les dates dans la frise Charlemagne Rachi 1 ère croisade St Louis Florilège Musique Expulsion Peste Expulsion Hébraïque klezmer juifs France noire juifs Espagne

93 CLASSES CONCERNÉES Doc-J44 (1/2) Évaluation LE JEU DU TEMPS ET DE L HISTOIRE Relie les éléments de la colonne de gauche aux dates de la colonne de droite Sélectionne la bonne couleur pour colorier l évènement, le personnage ou la découverte ÉVÈNEMENT PERSONNAGE CRÉATION Raschi de Troyes ème siècle La 1 ère croisade 2 8 Entre 1346 et 1350 Charlemagne L expulsion des juifs du Royaume d Espagne le Florilège hébraïque La grande expulsion des juifs du Royaume de France Saint Louis La Peste Noire Création de la musique klezmer 9

94 Doc-J44 (2/2) Indiquer les dates dans la frise Charlemagne Rachi 1 ère croisade St Louis Florilège Musique Expulsion Peste Expulsion Hébraïque klezmer juifs France noire juifs Espagne ème s

95 Doc-J45 Élève (1/2) Évaluation Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra Du Roi Ferdinand, et de la reine Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, du León, d Aragon et autres possessions de la couronne - au prince Juan, aux ducs, marquis, comtes, les saints ordres, prieurs, chevaliers commandeurs, seigneurs des châteaux, cavaliers, et à tous les Juifs, hommes et femmes de tout âge, et à tous les autres que cette lettre pourrait concerner que la santé et la grâce soit sur vous..par conséquent, avec le conseil et l avis des hommes éminents et des cavaliers de notre règne, et d autres personnes de connaissance et conscience de notre Conseil Suprême, après avoir beaucoup délibéré, il a été conclu et résolu que soit ordonné à tous les Juifs et Juives de quitter nos royaumes, et qu ils ne soient jamais autorisés à y retourner..et nous ordonnons en outre en cet édit que tous les Juifs et Juives de tout âge, résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quel que soit leur âge, d ici la fin de juillet de cette année, et qu ils n osent pas revenir sur nos terres, fût-ce d un pied, ni s y introduire sans permission de quelque manière que ce soit. Tout Juif qui n obéirait pas à cet édit et serait trouvé en nos royaume et domaines, ou qui retourne dans le royaume de quelque manière que ce fût, encourra la peine de mort, et la confiscation de tous ses biens..nous accordons donc la permission aux dits Juifs et Juives d emporter leurs biens et effets en dehors de nos possessions, que ce soit par voie maritime ou terrestre, à la condition qu ils n emportent ni or, ni argent, ni monnaie frappée, ou tout autre objet interdit par les lois du royaume..et de façon à porter ceci à l attention de tous, afin que personne ne puisse prétendre l ignorer, nous ordonnons que cet édit soit proclamé dans toutes les places et points de rencontre habituels de toute ville; et qu en toutes les grandes cités et villages du diocèse, cela soit fait par le tambour de ville en présence du scribe public ; et que ni l un ni l autre ne fasse le contraire de ce qui est désiré, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous les biens et charges de qui que ce soit qui ferait le contraire. Et nous ordonnons de plus qu une preuve soit fournie à la cour, sous forme d une déposition écrite, de la façon par laquelle l édit est exécuté. Lu en cette ville de Grenade le trente-et-unième jour de mars en l an de notre Seigneur Jésus-Christ Signé, moi, le Roi, moi la Reine, Juan de Coloma, Secrétaire du Roi et de la Reine, laquelle j ai écrite sur l ordre de nos Majestés.

96 Doc-J45 Élève (2/2) Questions : Quel est le nom du roi, et celui de la reine d Espagne? A qui s adressent le roi et la reine dans cette lettre? A quelle date ce document a-t-il été écrit? Combien de temps le roi et la reine donnent-ils aux juifs pour quitter le royaume d Espagne? Qu est ce- qu ils ne peuvent pas emporter? Est-ce ennuyeux? si oui pourquoi?

97 Doc-J46 (1/2) Évaluation Extraits de la traduction du texte du décret d'alhambra * Du Roi Ferdinand, et de la reine Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, du León, d Aragon et autres possessions de la couronne - au prince Juan, aux ducs, marquis, comtes, les saints ordres, prieurs, chevaliers commandeurs, seigneurs des châteaux, cavaliers, et à tous les Juifs, hommes et femmes de tout âge, et à tous les autres que cette lettre pourrait concerner que la santé et la grâce soit sur vous..par conséquent, avec le conseil et l avis des hommes éminents et des cavaliers de notre règne, et d autres personnes de connaissance et conscience de notre Conseil Suprême, après avoir beaucoup délibéré, il a été conclu et résolu que soit ordonné à tous les Juifs et Juives de quitter nos royaumes, et qu ils ne soient jamais autorisés à y retourner..et nous ordonnons en outre en cet édit que tous les Juifs et Juives de tout âge, résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quel que soit leur âge, d ici la fin de juillet de cette année, et qu ils n osent pas revenir sur nos terres, fût-ce d un pied, ni s y introduire sans permission de quelque manière que ce soit. Tout Juif qui n obéirait pas à cet édit et serait trouvé en nos royaume et domaines, ou qui retourne dans le royaume de quelque manière que ce fût, encourra la peine de mort, et la confiscation de tous ses biens..nous accordons donc la permission aux dits Juifs et Juives d emporter leurs biens et effets en dehors de nos possessions, que ce soit par voie maritime ou terrestre, à la condition qu ils n emportent ni or, ni argent, ni monnaie frappée, ou tout autre objet interdit par les lois du royaume..et de façon à porter ceci à l attention de tous, afin que personne ne puisse prétendre l ignorer, nous ordonnons que cet édit soit proclamés dans toutes les places et points de rencontre habituels de toute ville; et qu en toutes les grandes cités et villages du diocèse, cela soit fait par le tambour de ville en présence du scribe public ; et que ni l un ni l autre ne fasse le contraire de ce qui est désiré, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous les biens et charges de qui que ce soit qui ferait le contraire. Et nous ordonnons de plus qu une preuve soit fournie à la cour, sous forme d une déposition écrite, de la façon par laquelle l édit est exécuté. Lu en cette ville de Grenade le trente-et-unième jour de mars en l an de notre Seigneur Jésus-Christ Signé, moi, le Roi, moi la Reine, Juan de Coloma, Secrétaire du Roi et de la Reine, laquelle j ai écrite sur l ordre de nos Majestés. * Le texte complet se trouve dans la partie «POUR EN SAVOIR PLUS»

98 Doc-J46 (2/2) Questions : Quel est le nom du roi, et celui de la reine d Espagne? A qui s adressent le roi et la reine dans cette lettre? A quelle date ce document a-t-il été écrit? Combien de temps donnent-ils aux juifs pour quitter le royaume d Espagne? Qu est ce- qu ils ne peuvent pas emporter? Est-ce ennuyeux? si oui pourquoi?

99 Doc-J47 Élève Évaluation Je rédige la carte d identité de : Nom : Prénom : Date et lieu de naissance : Date et lieu de décès : Son (ses) métier (s) : Ses principales œuvres :

100 Doc-J48 Évaluation Je rédige la carte d identité de : Nom : Ben Isaac (Rabbi Chlomo ben Yts'hak) plus connu par son acrostiche Rachi Prénom : Salomon Date et lieu de naissance : 1040 à Troyes Date et lieu de décès : 1105 à Troyes Son (ses) métier (s) : rabbin commentateur des textes sacrés juifs tant de la tradition écrite (Pentateuque, Prophètes, Hagiographes) que de la tradition orale (Talmud). Ses principales œuvres : Son commentaire édité en marge du texte fut typographiée avec une cursive italique qui ne tarderait pas à être connue sous le nom «d'écriture Rachi»,bien que luimême ne l'ait probablement jamais utilisée.

101 Doc-J49 (1/6) Pour aller plus loin Charlemagne parie sur l'intégration Régime fort, le pouvoir carolingien maintient l'équilibre entre les communautés religieuses. Les bonnes relations sont facilitées par la législation, qui ne sépare pas les juifs des autres sujets de l'empire. Mais l'attrait du judaïsme inquiète l'eglise. Par Jean Chélini* Lorsque Charlemagne succède à son père Pépin en 768 et devient roi des Francs, il n'y a pratiquement plus de païens dans le regnum francorum, en dehors d'unités isolées, des enclaves en général d'origine germanique. En revanche, il existe des communautés juives implantées en Occident depuis longtemps et qui, dans une certaine mesure, participent à la vie publique. Elles sont admises à des cérémonies officielles, comme le sacre du roi ou le couronnement impérial. Parmi les acclamations rituelles qui accompagnent ces célébrations, les laudes regiae, figurent d'ailleurs des formules en hébreu ou en syriaque, prononcées par des Orientaux, juifs pour la grande majorité. Nous avons des témoignages précis et datés de la présence de juifs dans la capitale Aix-la-Chapelle, à Bordeaux, Worms, Soissons, Augsbourg, et dans plusieurs villes italiennes : Pavie, Ravenne, Rome peutêtre. Les mentions les plus nombreuses concernent des villes du sud-est de l'ancienne Gaule et de la vallée du Rhône : Lyon, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Vienne, Arles et Narbonne. Dans trois cas au moins - Lyon, Mâcon, Narbonne - en dehors de la communauté citadine, les textes montrent la présence des juifs dans des terroirs agricoles, adonnés aux travaux des champs. Si pour certains lieux la mention est unique, pour d'autres, comme Lyon ou Narbonne, les textes permettent de suivre l'existence du groupe juif pendant des dizaines d'années, voire tout un siècle. Ainsi, à Lyon, les évêques qui se succèdent alors, Agobard puis Amolon, témoignent de la permanence de la communauté juive dans leur ville épiscopale. Etienne III, pape de 768 à 772, Louis le Pieux, empereur de 813 à 840, Charles le Simple, roi de France de 893 à 922, se préoccupent à des titres divers des propriétés foncières des juifs de Narbonne, dont nous voyons ainsi durer l'implantation de 770 environ jusqu'au-delà du Xe siècle. Il est assez difficile d'évaluer l'importance de ces communautés méridionales. La plus nombreuse et la plus dynamique demeure le groupe lyonnais, au point d'inquiéter l'évêque Agobard, sous le règne de Louis le Pieux. En effet, on trouve mention de fréquents contacts entre juifs et chrétiens et d'une certaine contamination religieuse, dont on ne rencontre guère d'autres traces que pour l'espagne, où les juifs sont nombreux et bénéficient d'une relative complaisance de la part des autorités musulmanes, et peut-être aussi pour la marche d'espagne, la Catalogne, déjà reconquise par Charlemagne ; mais là, les preuves n'abondent pas. Ces contacts sont rendus plus aisés par le fait que la nouvelle législation capitulaire ne semble pas avoir créé un droit des juifs les séparant des autres sujets de l'empire. Le droit traditionnel juif continue, comme sous l'empire romain, à régler les rapports intérieurs de la communauté israélite au même titre qu'une autre loi nationale et dans leurs relations avec les chrétiens les juifs ne semblent pas dans l'ensemble frappés systématiquement d'une capitis diminutio. Les rares mesures allant dans ce sens sont relatives et d'origine ecclésiastique. Elles n'ont en général pas reçu la sanction de l'autorité civile, comme le projet de «statut des juifs» qu'amolon fera adopter au concile de Meaux-Paris (juin 845- février 846). Charlemagne établit une seule discrimination juridique. Un juif, s'il est demandeur dans un procès contre un chrétien, doit fournir un plus grand nombre de témoins que le chrétien dans la même situation. Mais Louis le Pieux adoucit l'exigence. *Professeur émérite à l'université d'aix-marseille-iii, Jean Chélini préside le conseil scientifique de l'institut de droit et d'histoire religieux qu'il a fondé. Spécialiste du christianisme médiéval, il a écrit notamment Histoire religieuse de l'occident médiéval (Hachette Pluriel, 1991), L'Aube du Moyen Age, naissance de la chrétienté médiévale (Picard, 1991).

102 Doc-J49 (2/6) Les seules interdictions légales ont des origines religieuses et tendent à limiter le prosélytisme juif et à en protéger leurs serviteurs chrétiens : interdiction pour les juifs de faire commerce d'esclaves chrétiens, de faire travailler leurs ouvriers chrétiens les dimanches et jours de fête. Par ailleurs, rien ne limite les activités des juifs ou leur liberté de culte. Il semble même que l'autorité leur accorde une particulière protection. Louis le Pieux décerne à des marchands juifs des lettres de protection, les exemptant de nombreux droits, sauvegardant leur vie et leurs biens et se réservant leur jugement en dernier ressort. Pour son règne, nous trouvons dans la correspondance d'agobard, à plusieurs reprises, mention d'un officier spécial, le magister judeorum (le maître des juifs) qui opère en liaison avec les missi. Il joue plus le rôle d'un protecteur officiel des juifs que d'un commissaire aux affaires juives, chargé d'appliquer une législation d'exception. Certes, les juifs restent exclus de fait des fonctions officielles. L'ambassade d'isaac auprès d'haroun al- Rachid est bien trop justifiée par l'opportunité de la circonstance pour permettre d'affirmer le contraire, mais nul capitulaire n'a repris officiellement la novelle de Théodose qui excluait les juifs de tout poste public, pour éviter de leur donner juridiction sur des chrétiens. La communauté juive, régie par son droit interne, vit donc dans l'empire carolingien sans diminution sensible de sa liberté et de sa capacité juridique, sinon qu'elle est écartée de toute fonction d'autorité. Le caractère exclusivement chrétien de l'organisation sociale explique assez cette restriction. Non ségrégés des autres sujets par la loi, les juifs, dont la tradition religieuse empreint totalement la vie, ne se séparent pas des chrétiens au siècle carolingien. S'ils continuent à recevoir des noms bibliques, la plupart ont pris l'habitude de les faire traduire en latin : Natan est devenu Donatus ; Isaac, Gaudiocus ; Zadik, Justus, etc. La grande masse porte des noms romans ou germaniques et seule la mention judaeus, hebraeus, qui suit leur nom dans les textes permet de les reconnaître. Inversement, un patronyme biblique ne désigne pas nécessairement un juif. Celui-ci ne connaît pas cette ségrégation immédiate du nom, qui met entre lui et les autres une première et souvent définitive barrière. De même, les juifs parlent la langue vulgaire, aussi bien avec les chrétiens qu'entre eux et à la synagogue même. Ils habitent dans les mêmes secteurs que les chrétiens : aucune mention du quartier juif à cette époque. Ni la législation, ni la menace d'un pogrom, ni bien sûr l'étendue des villes ne nécessite alors leur regroupement dans une enceinte autour de leur synagogue. Même silence sur leurs vêtements. Il est donc probable qu'ils doivent s'habiller comme les Francs. Dans l'allure, une seule différence notable : ils portent la barbe entière et les cheveux longs alors que les Francs se rasent généralement le menton et se coupent la chevelure. Un trait suffisant pour être remarqué, pas pour être séparé. Les juifs n'exercent pas de métiers spécialisés ou réservés. S'il existe des marchands parmi eux, tous ne le sont pas. Certains vivent de la terre et il ne semble pas du tout qu'ils aient alors le monopole du commerce des biens ou de l'argent. Leurs activités professionnelles apparaissent variées comme celles des chrétiens, ce qui est une preuve incontestable de leur intégration sociale. Les rapports conviviaux qu'ils entretiennent avec leurs voisins chrétiens en témoignent. Déjà le pape Adrien Ier constate, à la fin du VIIe siècle, qu'en Espagne d'excellents catholiques, ou du moins qui se disent tels, vivent en étroite relation avec les juifs, avec des païens, voire avec des musulmans. Bien plus, malgré l'interdiction canonique, ils se donnent leurs filles en mariage. La situation semble à peu près la même à Lyon entre 820 et 830 et a dû durer au moins jusqu'au milieu du siècle et au-delà, puisqu'après Agobard, Amolon reprend les mêmes plaintes.

103 CLASSESCONCERNÉE Doc-J49 (3/6) Juifs et chrétiens se fréquentent donc assidûment, les seconds déjeunent chez les premiers. Ils échangent des cadeaux, et il se produit une sorte de contamination religieuse du plus grand intérêt pour l'observation. Les chrétiens qui sont au service des juifs, en tant qu'ouvriers ou domestiques, sont entraînés à suivre les coutumes et les rites proprement israélites : ils observent le sabbat, mangent des viandes abattues rituellement. Leurs amis chrétiens s'associent à ces attitudes. D'excellents personnages sollicitent d'être associés à leurs prières, à leurs bénédictions. Cela suffit pour que les théologiens de l'époque les appellent judaïsants. S'ils se soumettent aux obligations du sabbat, ils ne respectent plus le dimanche et dégustent viande en carême. Les observances juives nuisent aux pratiques chrétiennes et souvent les remplacent. Les choses peuvent aller encore plus loin, car les juifs, selon le témoignage d'agobard, ont envers le christianisme une attitude plus hostile que ces bons rapports pourraient le laisser supposer. D'après l'évêque, au début du IXe siècle, les juifs lyonnais ne respectent pas la religion de leurs serviteurs ou de leurs amis chrétiens. Ils se moquent du Christ et des chrétiens, en les affublant de l'épithète de Nazaréens. Ils vendent aux chrétiens les viandes jugées impures, soit qu'elles n'aient pas été abattues rituellement, soit qu'elles présentent quelques défauts : foie abîmé, poumon attaché au côté, soit qu'elles constituent un interdit alimentaire précis, comme le sang des animaux. Et tout cela, par dérision, ils l'appellent «bétail chrétien». Mais à côté de ces insultes et de ces railleries, il existe chez eux, aux dires de l'évêque, un véritable prosélytisme et une ardente résistance contre toute action d'évangélisation. Malgré leur caractère minoritaire, loin de se sentir en position d'infériorité, ils estimeraient leur religion bien au-dessus de la confession chrétienne. De cette position de force qu'ils se donnent en se targuant de la protection de l'empereur, ils affirment hautement aux chrétiens que les juifs sont le seul peuple de Dieu, qu'ils observent scrupuleusement la Loi, que leur foi est plus solide que celle des chrétiens. Et leurs propos ne scandalisent pas toujours, puisque l'on voit même certains chrétiens, qu'agobard qualifie de peu éclairés, aller assister aux instructions à la synagogue et trouver que l'on y prêche mieux qu'à l'église. La pensée juive gagne donc une certaine audience parmi les chrétiens, mais aucune conversion ne semble couronner ces efforts à Lyon même. Au contraire, nombre de conversions vont dans le sens inverse. Pourtant, la communauté juive a préparé ses défenses. Dans son sein circule une Vie travestie de Jésus - qui appartient au genre des Toledoth Yeshu, sorte de parodie de l'evangile dont on trouve trace dès l'antiquité chrétienne - d'où est évacué tout le caractère divin. Ainsi, grâce à ce récit, les petits israélites sont mis en garde contre l'enseignement de l'eglise. Ce Jésus qu'on leur prêche n'est pas un inconnu plein d'attrait et de mystère : c'est un brigand qui a eu le crâne fracassé et dont la dépouille enterrée près d'un aqueduc a été emportée par une crue subite. Si quelques signes laissent déceler que la prédication chrétienne a de l'audience dans les âmes enfantines, les enfants sont envoyés au loin dans une autre communauté. Malgré ces précautions, certains se laissent séduire ; alors les israélites fidèles accablent le nouveau converti de mauvais traitements, telle cette femme juive, victime de ses anciens coreligionnaires, qui vient demander secours à l'évêque et dont Agobard signale le cas à Hilduin et à Wala. Pour autant, les conversions de juifs au christianisme ne manquent pas et Agobard en note plusieurs pour Lyon, hommes et femmes, jeunes et vieux comme adolescents et enfants, et même, ce qui pose de délicats problèmes juridiques, parmi les esclaves des deux sexes appartenant à des juifs. Les unes sont spontanées, l'attrait des cérémonies du culte chrétien auxquelles les juifs se mêlent volontiers agissant sur certaines âmes ; d'autres sont le fruit d'une action proprement missionnaire. Sur l'ordre de l'évêque, un prêtre catholique vient chaque sabbat, prêcher la Parole dans la synagogue à la communauté juive réunie. Nombre d'enfants se montrent ébranlés, tandis que la très grande masse des adultes reste sourde à la prédication. C'est alors que se situe un départ massif et clandestin de la plupart des jeunes juifs de la région vers Arles et les villes du Midi.

104 Doc-J49 (4/6) Souvent les esclaves païens au service de maîtres juifs, qui ont appris chez leur patron la langue vulgaire, ont entendu parler de la foi et de l'eglise, ils ont assisté aux offices. Tout cela les a touchés et ils veulent devenir chrétiens. Dans cette affaire comme dans celle du baptême des enfants, les autorités civiles font obstacle, car la communauté juive s'est plainte à la Cour, le baptême des enfants ayant des incidences familiales considérables ; celui des esclaves, des conséquences économiques graves. L'esclave devenu chrétien ne peut plus appartenir à un maître juif qui doit le rétrocéder à un propriétaire chrétien contre une indemnité fixée depuis deux siècles et qui ne correspond plus à la valeur marchande réelle de l'homme. L'intervention d'evard, magister judaeorum, et les décisions de Louis le Pieux mettent fin aux tentatives de l'évêque, l'empereur ayant proclamé qu'aucun esclave appartenant à un maître juif ne pourrait être baptisé sans son autorisation. La communauté juive de Lyon, d'où l'affaire est partie, en conçoit une grande satisfaction et un sentiment de force que déplore Agobard. Il semble, aux dires de l'évêque, que les juifs ont alors manifesté un regain de confiance et se sont livrés avec plus d'audace encore à des pratiques illicites, notamment la vente de chrétiens aux musulmans d'espagne. L'évêque dénonce plusieurs affaires de rapt qu'il aurait découvertes. Il rapporte que deux hommes viennent d'arriver à Lyon après s'être enfuis de Cordoue : l'un a été volé par un juif de Lyon un quart de siècle avant, alors qu'il était enfant, l'autre par un israélite d'arles il y a six ans. D'autres enfants depuis auraient été volés, achetés, revendus par ce même juif de Lyon. Un cas semblable se serait passé dans l'année où l'évêque écrit. L'affaire rappelle étrangement les accusations de vols d'enfants dont les juifs sont poursuivis de si nombreuses fois à la fin du Moyen Age. Il est douteux que l'évêque ait inventé les accusations de toutes pièces. Mais sa bonne foi a pu être abusée : les termes de la première affaire sont pourtant très précis, les lieux et les dates d'enlèvement ont été donnés et c'est de la bouche même des victimes que l'évêque a recueilli les renseignements. Même si l'affaire est intégralement fausse, ces rumeurs dont l'évêque se fait l'écho laissent supposer que les chrétiens jugent les juifs capables de tels méfaits, et donc que les relations entre les deux communautés ne sont pas si bonnes, malgré les témoignages d'intimité et de cohabitation Certains signes nouveaux, certains événements contribuent à alourdir le climat à partir du milieu du IXe siècle. Certes, les bonnes relations continuent. On trouve encore des marchands et des prêteurs juifs à la cour d'aix-la-chapelle. Dhuoda dont on ne saurait soupçonner l'orthodoxie - elle est la femme d'un haut fonctionnaire impérial - leur a emprunté beaucoup d'argent. Dans son Manuel, sorte de guide de vie rédigé à l'intention de ses fils, elle leur demande de rembourser ses dettes à ses banquiers juifs. Des évêques entretiennent avec eux de bons rapports. Rothade de Soissons se sert de leur intermédiaire pour vendre des pièces d'orfèvrerie de son église ; Salomon II, évêque de Constance, écrit à son collègue Witgaire d'augsbourg que son correspondant est estimé et aimé de tous y compris des juifs. Mais déjà des accusations sont lancées contre eux. Ils auraient livré Bordeaux aux Normands en 841 ; la même affirmation revient à propos de Barcelone en 852. Trois recueils d'annales font soupçonner fortement Sédéchias, le médecin juif de Charles le Chauve, de l'avoir fait mourir en 877, en lui administrant au lieu d'un remède, un poison mortel. Or l'archevêque de Reims, Hincmar, a rédigé luimême la partie des Annales de saint Bertin, où cette affaire est racontée. S'il rapporte un bruit par malveillance, il est à ajouter aux autres évêques hostiles aux juifs comme Agobard, Florus, Amolon que l'on a présentés comme isolés dans leur attitude.

105 Doc-J49 (5/6) La conversion au judaïsme du diacre palatin Bodo est généralement retenue comme le prétexte, sinon la cause, des décisions conciliaires antijuives du milieu du siècle. Bodo, originaire d'alémanie, est un des jeunes clercs «nourris» du palais impérial. Parti en pèlerinage à Rome avec la permission du prince, il abandonne la foi chrétienne pour se convertir au judaïsme. Il semble avoir organisé son voyage à cette seule fin. Il se fait circoncire, se laisse pousser barbe et cheveux, prend le nom d'eléazar et, oubliant toutes ses obligations cléricales, se met à porter les armes et se marie avec une jeune juive. Cette apostasie traumatise le milieu palatin qui avait bien connu Bodo adolescent et l'indispose contre les juifs de l'entourage du palais qui pourraient être à l'origine de cette conversion et auraient facilité la fuite du jeune diacre. Bodo passé en Espagne, installé à Saragosse, semble avoir incité les autorités musulmanes à procéder à la conversion forcée des chrétiens de la ville à l'islam ou au judaïsme. Il accuse le clergé catholique de mauvaises moeurs, avoue les siennes avant son entrée dans le judaïsme comme exemple probant. La situation paraît si dangereuse aux chrétiens de Saragosse qu'ils demandent à Charles le Chauve, en 847, de réclamer aux musulmans l'extradition de l'apostat devenu persécuteur. A peu près à la même époque, le concile de Meaux-Paris adopte une série de dispositions destinées à réprimer le prosélytisme juif et à éviter toute promiscuité avec les chrétiens. Reprenant la législation impériale et wisigothique, les évêques prescrivent l'interdiction pour les juifs de servir dans l'armée, d'occuper un emploi public, d'avoir des esclaves chrétiens et d'une façon générale de faire le commerce des esclaves. Ils doivent demeurer chez eux à la fin de la semaine sainte, pour éviter que leur vue n'excite la colère des chrétiens. Il leur est interdit de construire de nouvelles synagogues. Enfin, mesure particulièrement grave, la garde de leurs enfants leur serait retirée, afin de confier ceux-ci à des clercs pour les élever dans la religion chrétienne. Charles le Chauve, fidèle à l'attitude tolérante de ses prédécesseurs, refuse d'appliquer ces mesures d'exception et de les inscrire dans un capitulaire. Même si on ne retient pas comme certain le capitulaire italien de 855 prévoyant l'expulsion des juifs de la péninsule, même si on interprète comme une simple mesure économique la discrimination fiscale imposée en 877 par Charles le Chauve entre marchands juifs et chrétiens, les bonnes dispositions du clergé en particulier semblent s'être détériorées, après 850, dans les royaumes issus de l'empire unitaire. Que le frein du pouvoir politique cesse, que l'autorité des clercs s'impose, et une législation hostile aux juifs risque d'être mise en place. Les homélies carolingiennes citent abondamment l'ancien Testament et donnent en exemple les nobles figures de l'histoire sainte, Abraham, Moïse, Elie. Pour expliquer et commenter la présentation de Jésus au Temple, le prédicateur identifie Marie à la Synagogue et Joseph à la Loi mosaïque. Parlant de l'usage fréquent des paraboles dans l'evangile, il signale sans acrimonie que c'est là une façon de s'exprimer coutumière en Palestine. Mais dès qu'il s'agit de décrire les juifs contemporains du Christ et leurs rapports avec lui, le ton change. Le Seigneur est montré sans cesse en train de reprendre les juifs indociles. Il entre toujours en conflit avec eux. Leur méchanceté, leur hostilité au Christ sont mises en relief. Les prédicateurs se montrent particulièrement sévères envers les prêtres juifs qualifiés d'impies, envers les scribes et les pharisiens dont ils dénoncent les questions orgueilleuses. Même la prédication la plus populaire n'est pas exempte de cette amorce d'antisémitisme chrétien. Un recueil de quatorze homélies italiennes du milieu du IXe siècle, exprime à plusieurs reprises une antipathie contre les juifs incrédules qui persécutent le Christ et l'injurient. Cependant, le crime de déicide n'est pas attribué aux seuls juifs, mais à tous les pécheurs : «Peut-être dites-vous : ils ont fait le mal, les juifs qui ont voulu le lapider et l'ont crucifié. Sachez et croyez fermement que les chrétiens font aujourd'hui par leur vie mauvaise ce que firent alors les juifs en persécutant le Christ. Mais qu'est-ce en réalité Jésus, sinon la vérité, la paix et la justice? Ainsi, celui qui laisse la vérité pour la tromperie, qui déchire et méprise la paix par envie, qui camoufle la justice pour un gain quelconque, ne fait rien d'autre que lapider, crucifier et tuer le Christ, puisqu'il détruit en lui-même ses propres dons.» Dans la responsabilité de la mort du Christ, le prédicateur renvoie juifs et chrétiens dos à dos.

106 Doc-J49 (6/6) En définitive, ce qui paraît insupportable aux clercs carolingiens, c'est la résistance des juifs à la conversion, la même que celle de leurs pères face au Christ. Cette indocilité spirituelle irrite des hommes habitués à l'obéissance du plus grand nombre et explique leur antipathie à l'égard des juifs. Pour en venir à bout, ils sont décidés à mettre en oeuvre toutes les armes spirituelles de la prédication et de la prière, mais sans aller au-delà. Que conclure? Si nous étions aussi bien renseignés sur toutes les communautés juives de l'empire que sur celle de Lyon, nous pourrions dégager sur les rapports entre juifs et chrétiens jusqu'au Xe siècle une conclusion très valable. Pourtant il nous semble que l'importance de la communauté de Lyon et ses rapports avec les autres juiveries du Midi sont tels que nous pouvons juger de cet exemple comme d'un échantillon représentatif. Nous voyons d'abord entre les laïcs et les juifs l'existence de liens et d'amitié, et l'apparition au niveau des rites d'un syncrétisme élémentaire et pratique qui peut aboutir chez des chrétiens à la remise en question des plusieurs aspects de leur religion. Chez les juifs, en revanche, la fréquentation des églises, la familiarité avec les cérémonies du culte, peut amener à la conversion. Entre les deux communautés, pas de barrière étanche, au contraire une certaine osmose avec une frange où bien des pratiques se mélangent. A un niveau supérieur, les deux groupes s'affrontent idéologiquement pour gagner des fidèles. Si certains juifs se convertissent, il ne semble pas que l'ensemble soit très entamé. Nous sommes loin de la conversion massive de cinq cents juifs enregistrée à Clermont en 576. La tolérance du pouvoir politique, la paix publique ont seules permis alors cette sorte d'équilibre entre chrétiens et juifs là où les deux communautés coexistent, ce qu'auraient interdit le rapport réel des forces et le désir missionnaire des évêques. Mais après 850, les relations se dégradent à la suite de la conversion de Bodo. La polémique s'aigrit, les sermons se font plus hostiles sans atteindre l'appel à la violence ou à la persécution. L'affaiblissement interne de l'empire carolingien, ses divisions après 841, sa disparition au début du Xe siècle et l'anarchie qui lui succède font céder les freins puissants à la volonté missionnaire des évêques, soucieux de fortifier l'unité chrétienne et de gommer les différences dans leur peuple. Ces dispositions d'esprit risquent de gagner progressivement les fidèles et d'entraîner à la longue des manifestations plus sérieuses d'hostilité envers les communautés juives. Dans les rapports entre juifs et chrétiens en Occident, le milieu du Xe siècle amorce un tournant. Comprendre Loi nationale Dans l'empire, chaque groupe ethnique jouit de sa loi propre. Charlemagne fait rassembler ces leges, celles des Francs, des Wisigoths, des Burgondes, etc. Capitulaire Acte de la royauté carolingienne. Contrairement à la loi qui fixe les relations entre les hommes, il organise l'exercice de l'autorité ; il s'applique à tous ; c'est une législation orale (on peut opposer qu'on n'a pas "entendu" le capitulaire). Clercs nourris Du latin nutriti. Jeunes gens que l'empereur garde auprès de lui avec ses propres fils pour apprendre le service de la Cour, le métier des armes et l'art de gouverner. Cette école du palais est une sorte d'ena informelle et familiale. Juiverie Au Moyen Age, désigne un quartier juif. Le mot ne prend un sens péjoratif qu'à la fin du XIXe siècle.

107 Doc-J50 (1/6) Pour aller plus loin Saint Louis passe à la ségrégation L'antisémitisme né des croisades et la pression des évêques conduisent les souverains capétiens à prendre des mesures d'exclusion qui aboutissent à l'expulsion pure et simple des juifs du royaume. Par Jean Chélini* A partir du XIe siècle, la situation des juifs dans la chrétienté occidentale se dégrade rapidement pour aboutir à une politique de ségrégation, d'extorsion financière, enfin d'expulsion. A la cohabitation relativement paisible qui règne jusqu'à la fin du Xe siècle, succèdent des siècles d'affrontements et de persécutions. Les communautés juives dans le royaume de France perdent le statut privilégié que leur avaient garanti les souverains carolingiens, pour devenir victimes des exactions royales et des poursuites ecclésiastiques. Pourquoi la première croisade est-elle accompagnée par une explosion d'antisémitisme dans l'europe entière? Les causes en sont multiples et complexes. Malgré les bonnes relations entre les deux communautés, la majorité chrétienne considère les juifs comme différents d'elle-même et comme ne participant pas à cette grande économie du salut dont la préoccupation tenaille si fort les âmes au XIe siècle et des siècles suivants. Or les frères de ces étrangers dans la cité, les juifs d'orient, passent pour aider les Turcs seldjoukides en Terre sainte à persécuter les chrétiens. Dans le vaste mouvement de la croisade, il n'y a donc pas de place pour les juifs. Comment d'ailleurs auraient-ils pu contribuer à libérer le tombeau d'un homme dont ils n'ont pas reconnu la divinité? Car la chrétienté du XIe siècle est animée de profonds élans de pénitence et d'autopurification. Cet état de l'opinion déclenche un processus qui jette les foules chrétiennes contre les juifs, avant le départ pour la Terre sainte, à la fois pour se venger de ceux qui ont contribué à la mort du Christ, et qui continuent à aider les persécuteurs du nom chrétien, et pour se purifier d'avoir toléré cette présence étrangère. Les premiers pogroms éclatent en Rhénanie et des accès de violence ne cessent plus de se manifester au cours de la période. Dans le même temps, la polémique antijuive se développe, tandis que des mesures légales de discrimination sont progressivement mises en place. Dans son étude, L'antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes, Jules Isaac distinguait entre «l'enseignement du mépris» et «le système d'avilissement», pour caractériser les deux méthodes utilisées contre les juifs dans la chrétienté médiévale. Les thèmes du judaïsme dégénéré à la naissance du Christ, du peuple juif incapable de comprendre le sens spirituel de l'ecriture, mais surtout l'accusation portée contre le peuple déicide, et pour cela repoussé de l'univers entier, étaient déjà courants chez les Pères. Ils sont repris et développés par les clercs et dans les mentalités populaires. Malgré cette détérioration de la situation des communautés, la culture juive se développe et s'affirme, les échos de cette reprise parviennent jusqu'en France. Les séfarades d'espagne jouissent d'une relative liberté, pratiquent leur culte, vivent selon leur loi et occupent les postes importants dans le gouvernement et la société. Dans ces cercles juifs riches et cultivés d'espagne, de Catalogne et du Midi de la France, naît le mouvement cabaliste. Il affirme que l'étude permet de parvenir à la connaissance de Dieu. Le cabaliste s'appuie sur la spéculation pour mener sa vie en conformité avec Dieu et parvenir à l'union mystique avec lui. Thomas d'aquin prend la peine de réfuter un traité, Source de vie de Salomon ibn Gabirol, dont le nom latinisé est Avicebron. A Gérone, où enseigne Ezra ben Salomon ( ), et à Beaucaire se développent des écoles de cabalistes. Certains maîtres célèbres, comme Abraham Samuel Aboulafia, parcourent l'espagne, le Midi de la France, l'italie, se comportant en prophètes et fondant des communautés. *Professeur émérite à l'université d'aix-marseille-iii, Jean Chélini préside le conseil scientifique de l'institut de droit et d'histoire religieux qu'il a fondé. Spécialiste du christianisme médiéval, il a écrit notamment Histoire religieuse de l'occident médiéval (Hachette Pluriel, 1991), L'Aube du Moyen Age, naissance de la chrétienté médiévale (Picard, 1991).

108 Doc-J50 (2/6) Un autre courant de la pensée juive se développe en milieu chrétien de Rhénanie et en Champagne, qu'on appelle ashkénaze. Marqué par l'influence germanique, il rayonne bientôt sur toute l'europe de l'est. Les ashkénazes parlent la langue du pays où ils se trouvent : Martin de Troyes compose des ballades en français, Süsskind von Trimberg appartient aux Minnesänger, les troubadours allemands séfarades et ashkénazes communiquant entre eux malgré des différences de rites et un usage de l'hébreu assez différencié. A partir de 1095, la persécution s'abat sur ces juifs allemands, et des pogroms éclatent dans la vallée du Rhin. Ils se tournent alors vers une forme de piétisme, exaltant l'amour du prochain, le service de Dieu et la soumission totale à sa volonté. Le hassidisme, à la fois ascétique et charitable - Juda le Hassid de Worms passe pour le Saint François du judaïsme - prêche la sérénité devant les contraintes du monde et aide les communautés à supporter les insultes et les injustices qui pleuvent sur les juifs depuis la fin du XIe siècle. Du XIIe au XIVe siècle, l'eglise pose les bases canoniques d'une marginalisation des communautés juives pour les isoler de la chrétienté. Les souverains, pour leur part, prennent des mesures d'exclusion qui vont aboutir à l'expulsion des juifs du royaume, après leur avoir fait subir vexation et spoliation. Le quatrième concile du Latran, convoqué par le pape Innocent III en 1215, marque l'apogée de la puissance pontificale et adopte une série de mesures de grande importance tant sur le plan doctrinal que disciplinaire : condamnation du catharisme, définition de la transsubstantiation, obligation de se confesser une fois par an et de communier à Pâques (canon 21). Trois canons concernent les juifs : le canon 62 leur interdit l'usure et exige le remboursement des intérêts excessifs. Jusqu'à ce que le dédommagement ait été versé, il est interdit aux chrétiens de faire commerce avec eux. En fait, le texte a une portée plus générale : il frappe les usuriers juifs mais aussi chrétiens. Il n'indique pas pour les juifs l'interdiction de commercer ni de façon explicite de prêter de l'argent. Le canon 68 impose aux juifs comme aux Sarrasins - il y avait des esclaves musulmans - d'être habillés différemment des chrétiens «pour éviter les mariages ou les relations entre chrétiens et eux». Le canon suivant rappelle l'interdiction faite aux juifs de remplir un emploi public leur conférant un pouvoir sur les chrétiens, ce qui était déjà le cas pour les païens. Enfin, le canon 70 prévoit que les juifs baptisés doivent abandonner leurs anciens rites. Les évêques devront y veiller et au besoin les contraindre à observer les pratiques chrétiennes. Mais aucune sanction n'est prise en cas de manquement. Somme toute, ces textes ne font que rappeler des mesures conciliaires antérieures souvent mal respectées, mais aucun châtiment n'est prescrit. Le pouvoir politique ira beaucoup plus loin. Dès le XIIe siècle, un peu partout en France comme dans le reste de l'europe, apparaît l'obligation pour les juifs de porter un vêtement ou un signe repérable. Peu à peu, l'habitude prise par les juifs de se regrouper dans un quartier de la ville par commodité et pour se protéger des vexations des chrétiens, devient une obligation. Au XIIIe siècle, Saint Louis et surtout son petit-fils, Philippe le Bel, prennent des mesures administratives et financières inspirées autant par des préoccupations religieuses que par des nécessités d'argent. Philippe le Bel en particulier pratiquera une véritable politique d'extorsion, plus proche du racket que de la fiscalité ordinaire d'un Etat souverain. Au XIIIe siècle en France, les juifs sont nombreux. Jacques Le Goff, reprenant les études de Gérard Nahon, estime qu'il y aurait entre et juifs dans le royaume de France sous le règne de Saint Louis, autour de à Paris. Cette population importante ne relève pas des évêques mais directement de la responsabilité du roi qui la réclame. Celui-ci doit la régir, la protéger, la surveiller et punir ses manquements.

109 Doc-J50 (3/6) Saint Louis considère que le judaïsme, à la différence du paganisme et de l'islam, est une vraie religion dont le christianisme est sorti. Mais le refus de reconnaître Jésus comme le Messie, fils de Dieu, l'a disqualifiée. Ces deux vérités contradictoires lui posent problème. A la suite de son grand-père Philippe Auguste, il considère les juifs comme des serfs perpétuels qui appartiennent au roi ou à des seigneurs. Déjà en 1206, Philippe Auguste avait limité le taux d'intérêt que pouvaient prendre les prêteurs juifs du domaine royal sur leurs clients chrétiens à deux deniers par livre et par semaine, c'est-à-dire une «usure» à 43,3 % par an. Louis VIII, par une ordonnance de 1223, avait décidé la remise des intérêts dus aux créanciers juifs et le remboursement dans un délai de trois ans des sommes empruntées. Donc, les juifs perdent leur bénéfice et sont écartés du marché supérieur du crédit qui se pratique sur gage foncier. Désormais, les juifs ne peuvent que consentir les crédits à la consommation sur des montants faibles de l'ordre de 10 livres, soit cent sous. Ils demeurent des petits prêteurs pour les petites gens, vite dénoncés comme des usuriers. Les premières dispositions sont prises pendant la minorité de Louis, par l'ordonnance de Melun, en Il est interdit aux juifs d'emprunter, leurs débiteurs doivent les rembourser en trois fois lors des trois Toussaint à venir, et le prêteur juif ne doit rien recouvrer au-delà du capital prêté. Une ordonnance de 1234 remet aux débiteurs chrétiens le tiers de leur dette auprès des juifs qui ne pourront les faire saisir en cas de non-paiement. Les gages doivent être déclarés devant des témoins dignes de foi. La grande ordonnance de 1254 interdit aux juifs toute forme de prêt et les invite à travailler de leurs mains. Même si les ordonnances, pour des raisons pratiques, ne sont pas appliquées à la lettre, désormais les juifs sont exclus des métiers d'argent, ce qui déstabilise gravement l'équilibre économique des communautés et perturbe l'économie générale du royaume. Deux mesures frappent le patrimoine religieux et culturel des juifs et leur dignité personnelle. Peu à peu, le Talmud, compilation des commentaires de la Bible, s'était imposé comme référence équivalente à la Bible, dans l'esprit des juifs du Moyen Age. La diffusion de nouvelles versions du Talmud, jugées plus agressives envers le christianisme, incite un juif converti, Nicolas Donin de La Rochelle, à dénoncer les dangers du texte. En 1239, il fait parvenir une liste de charges au pape Grégoire IX, qui demande alors à tous les princes chrétiens de confisquer les exemplaires du Talmud et d'ouvrir une enquête sur son contenu. A l'issue d'une controverse en forme de procès qui oppose Nicolas Donin à des rabbins, le Talmud est condamné à être brûlé : vingt-deux charretées de manuscrits sont livrées aux flammes sur la place publique à Paris en D'autres autodafés se répètent en 1244 et les années suivantes. Ces destructions sont efficaces, puisqu'on ne trouve plus aujourd'hui qu'un seul Talmud médiéval en France! Saint Louis, à la fin de son règne met en oeuvre l'application du canon 68 de Latran IV ordonnant que les juifs soient revêtus d'un habit différent des chrétiens afin d'être reconnus et d'éviter les confusions, notamment des rencontres entre hommes et femmes, et il impose à chaque juif des deux sexes le port d'un insigne : «Une roue de feutre ou de drap écarlate, cousue sur la partie supérieure du vêtement, sur la poitrine et dans le dos, qui les fasse connaître, que la largeur de la roue soit de quatre doigts et que la concavité contienne une paumée» (ordonnance de 1269). L'omission de ce signe entraîne pour le juif une amende de dix livres. Enfin, le roi développe un effort de conversion, renforçant l'enseignement missionnaire par l'octroi de plusieurs livres aux familles de juifs convertis. De cette politique, on ne saurait exonérer Saint Louis. Mais le roi appartient à une société qui ignore la tolérance et voit dans la religion chrétienne le ciment de son unité. Il suit la voie de ses prédécesseurs, aggrave les exclusions économiques contre les juifs, procède même à des captiones, c'est-à-dire des confiscations arbitraires de biens et d'immeubles pour financer la croisade ou d'autres entreprises. Mais il modère l'application des mesures prescrites parce que, malgré son hostilité religieuse envers les juifs, il se considère comme leur maître et leur protecteur puisqu'ils sont «ses» juifs en dehors des garanties de la société chrétienne, sans être des païens ou des infidèles. Ainsi, il fait poursuivre et punir les auteurs d'une «tuerie de juifs», provoquée par une échauffourée populaire en Anjou et en Poitou vers 1235, et il attend la fin de son règne pour céder aux pressions de son entourage, notamment des moines mendiants, pour imposer aux juifs le port de la rouelle.

110 Doc-J50 (4/6) Aucune mesure royale de coercition n'a néanmoins contraint les juifs à demeurer dans un seul et même quartier. S'ils se sont regroupés autour de la synagogue et des installations communautaires, c'est par commodité, mais des familles juives habitent ailleurs dans les quartiers chrétiens comme l'a montré Robert Anchel. Du XIe au XVe siècle, il n'y pas de ghetto dans le royaume, seulement des amorces de quartiers spécifiques. Le petit-fils de Saint Louis, Philippe le Bel, malgré son désir de ressembler à son vénéré grand-père, se montre plus cupide et plus brutal. Certes le roi est intelligent, pieux, soucieux de perfection morale, mais raide et imbu de lui-même au point de manquer d'humanité dans sa conduite personnelle et dans sa politique de souverain. Avec une sévérité extrême, il défend la foi chrétienne, la morale, l'autorité royale, en dénaturant les idéaux défendus, par l'emploi de la violence, de la dissimulation et du mensonge. Saint Louis s'était efforcé de faire triompher la raison du coeur ; Philippe le Bel instaure en loi suprême la raison d'etat, dans ses démêlés avec Boniface VIII, le monnayage public, le châtiment de ses bellesfilles, le procès des Templiers. Envers les juifs, il fait preuve de la même duplicité. Lors de son avènement en 1285, les juifs lui ont versé livres de contribution gratuite. Le fisc royal leur impose une taxe sur le port de la rouelle. Désormais, les juifs doivent l'acheter aux agents du Trésor qui ainsi percevront pour l'année fiscale , plus de livres. Le Poitou et la Saintonge deviennent un laboratoire pour tester les nouvelles mesures imaginées par les agents royaux. Mais le rendement se tarit, en Languedoc notamment, car les ressources des juifs s'amenuisent. C'est dans ce contexte de pression fiscale extrême que le roi approuve une mesure radicale. En 1306, l'expulsion du royaume est promulguée contre les juifs et la confiscation de leurs biens, sauf s'ils se convertissent. On estime que la très grande majorité d'entre eux s'exile, environ , réfugiés dans les terres d'empire, le Hainaut, la Lorraine, la Franche-Comté, l'alsace et surtout dans toute la Provence, qui n'appartient pas encore à la France. Le comte de Provence a accordé aux juifs une constitution très libérale le 20 août 1306, un mois à peine après l'ordonnance royale d'expulsion. De même, les juifs trouvent refuge au-delà des Pyrénées, à Gérone, Barcelone et dans les plus hautes vallées de Catalogne. Les habitants de ces régions désignent les réfugiés sous le nom de Tzarfati. Les gens du roi saisissent leurs propriétés, maisons, biens meubles et créances. Aucune comptabilité globale ne peut être établie sur le produit de la vente de ces confiscations, mais nous savons par la documentation conservée localement que des sommes importantes sont ainsi collectées, près de livres à Narbonne, plus de pour la seule série de Toulouse. Dépouillés, chassés, les juifs sont désormais absents du royaume. Mais ils restent nombreux aux frontières, espérant un retour dans ce pays dont ils ont été les mal-aimés, mais auquel ils restent attachés. Les successeurs de Philippe le Bel abrogent temporairement la mesure d'expulsion, non par souci de justice et d'humanité, inconcevables dans l'esprit de ces souverains capétiens attachés au monopole religieux, politique et social du christianisme, mais pour retrouver leur «poule aux oeufs d'or». Avec un certain cynisme, les souverains feront alterner les menaces de bannissement et l'extorsion de véritables rançons. En 1315, Louis X le Hutin autorise les juifs à revenir pour douze ans, moyennant un droit de rentrée global exorbitant, qui ne les dispense pas des taxes annuelles et autres prélèvements traditionnels. Tous ne reviendront pas. En 1321, Charles IV le Bel, sous le prétexte de crimes nullement prouvés, l'empoisonnement des puits, leur impose une amende de livres et les bannit de nouveau en 1322 ; leur expulsion s'achève en août 1323.

111 Doc-J50 (5/6) Les Valois qui succèdent aux Capétiens directs adoptent les mêmes pratiques. Pour acquitter la rançon de Jean le Bon, prisonnier des Anglais après la déroute de Poitiers en 1356, le régent, futur Charles V, négocie un retour temporaire des juifs, pour un délai de vingt ans, moyennant une forte contribution par famille. Seuls les plus riches reviennent. Le délai sera prolongé de dix ans en 1364, de dix ans en En 1394, les trente-six années de séjour accordées aux juifs sont sur le point d'expirer, Charles VI n'autorise pas une nouvelle prolongation. Les juifs repartent dans l'hiver 1395 et regagnent leurs refuges en Provence, en Espagne, en Dauphiné - bien que rattaché à la couronne depuis , dans la campagne d'alsace. Mais les villes leur sont interdites depuis la grande épidémie de 1348, car ils ont été accusés d'avoir «semé» la peste. En 1481, la Provence est incorporée au royaume de France, mais dès l'année suivante leurs privilèges de séjour et leurs franchises sont confirmés, alors que plus aucun juif n'est toléré dans le royaume depuis Cependant, des désordres éclatent dans la soixantaine de localités où ils résident et les conseils de ville demandent leur expulsion. Elle est ordonnée dès 1498 et achevée en Officiellement, dans le royaume, il n'y a plus de juifs. Ils restent nombreux à la périphérie et en Anjou, dans le Comtat devenu terre pontificale, où le pape les protège. Tout ceci n'exclut pas qu'à titre individuel des juifs fortunés ou utiles à la Couronne soient acceptés dans le royaume, mais ces rares exceptions ne font que confirmer la règle commune d'exclusion. Les souverains capétiens, s'ils ont toléré les juifs sur leurs terres, les ont tenus en tutelle, et s'ils n'ont pas partagé les frayeurs et les exactions populaires à leur égard, les ont considérés comme taillables. Après les avoir dépouillés, ils les ont expulsés. Dans la mesure où les juifs sont considérés comme les propriétés (mancipia) du roi ou des seigneurs, qu'ils sont étrangers à la chrétienté, les sujets ne voient rien de répréhensible dans la conduite de leur souverain. D'ailleurs, ils sont encore plus hostiles aux juifs, prêts à croire aux pires accusations formulées contre eux, plus fallacieuses les unes que les autres. Les juifs ne bénéficient dans l'opinion d'aucune espèce de considération et ne trouvent guère de défenseurs dans la société française de l'époque. Ils ont donc été exclus de la France, après avoir été honteusement exploités. Honnis et méprisés, dépouillés de leurs maisons et de leurs biens, ils n'ont laissé que de pauvres traces dans notre histoire. La toponymie seule a conservé quelques vestiges de leur présence, sans qu'on puisse les dater précisément. S'ils les avaient chassés de leur terre, les chrétiens ne leur réservaient pas un meilleur sort dans l'au-delà. L'abbesse Herrade de Landsberg, dans son Jardin des délices (Hortus deliciarum) composé vers 1175, attribue aux juifs le premier chaudron de l'enfer. Il faut souligner que les musulmans ne leur offrent pas un sort plus enviable : la persécution se déchaîne à plusieurs reprises contre eux en terre d'islam. Au mieux les musulmans, tout en leur laissant la liberté de culte et en les employant, les considérèrent-ils toujours comme un groupe à part soumis et dépendant. La papauté seule leur accorde dans ses Etats une position supportable, que la Contre- Réforme viendra compromettre à la fin du XVIe siècle.

112 Doc-J50 (6/6) Comprendre Minnesänger Mouvement littéraire de la fin du XIIe siècle ( ). Le Minnesang est une poésie consacrée à l'amour entre un chevalier et sa noble dame : minne est un ancien mot pour liebe, amour et sang est le chant. Rouelle De rotella, petite roue. La couleur varie selon les régions et les époques. Celle de l'ordonnance de 1269 est rouge ; au siècle suivant, elle deviendra un grand cercle biparti blanc et rouge. La dérision antijuive dans l'iconographie chrétienne L'art lui-même contribue à caractériser les juifs de manière caricaturale et hostile, afin de les désigner à la vindicte publique. Jusqu'au XIe siècle, la représentation des juifs dans l'art ne se distingue pas de celle des chrétiens, pas plus que leurs vêtements ne se différencient de ceux des autres sujets du royaume. Mais à partir de la fin du XIe siècle apparaît dans l'iconographie et la littérature chrétiennes une manière particulière de les montrer, qui n'existait pas auparavant. Ce sentiment de différence est accru par le fait qu'avec la diffusion du courant cabaliste, les prescriptions lévitiques concernant la barbe sont remises à l'honneur par les juifs. Beaucoup évitent désormais de se raser et portent la barbe et les papillotes. Peu à peu, s'esquisse dans les enluminures le type du juif. Plus petit que le chrétien, il est figuré basané avec une forte barbe en pointe, les sourcils touffus ; le nez, droit à l'origine devient fortement busqué, voire crochu. Très tôt, dès le XIIe siècle, la synagogue est figurée comme une femme portant un bandeau sur les yeux, puisqu'elle n'a pas voulu reconnaître le Christ. Elle a perdu sa couronne, sa bannière est symboliquement brisée et, très souvent, la gueule de l'enfer engloutit les juifs figurés à ses pieds. Ailleurs, elle porte les instruments de la Passion, la lance, la couronne d'épines, le bâton avec l'éponge, pour souligner sa responsabilité dans le meurtre du Christ. A partir du XIIIe siècle, pour charger encore plus les juifs du déicide, certains artistes substituent des acteurs juifs aux soldats romains dans le drame de la Passion. Lorsqu'une scène évangélique est mise en oeuvre, les juifs convertis, les apôtres par exemple, sont représentés comme les Occidentaux, les autres avec les caractéristiques péjoratives du masque juif. En complément - Histoire des juifs en France, sous la dir. de Bernhard Blumenkranz (Privat, Toulouse 1972). - Art et archéologie des juifs en France médiévale, sous la dir. de Bernhard Blumenkranz (Privat, Toulouse 1980). - Philippe le Bel, de Jean Favier, (Fayard, 1978). - Saint Louis, de Jacques Le Goff, (Gallimard, 1996).

113 Doc-J51 (1/5) Pour aller plus loin En Comtat venaissin et en Avignon : Sous la protection des papes A deux siècles de distance, en 1306 puis en 1500, les israélites chassés du royaume rejoignent, en Provence, la plus ancienne communauté de France, alors placée sous l'autorité de l'eglise. Par Yves Bruley * Avignon, Carpentras, Cavaillon, L'Isle-sur-la-Sorgue, ces villes provençales sont, au Moyen Age et à la Renaissance, le seul refuge vraiment sûr pour les juifs. Dans le reste de l'europe les Etats les expulsent ou les persécutent. Longtemps sous souveraineté pontificale, au même titre que les «Etats romains» en Italie, le Comtat venaissin et Avignon accueillent alors une communauté, peu nombreuse - jamais plus de deux à trois milliers - mais très originale. A tel point qu'il est habituel de les appeler «les juifs du pape». Les premières présences de la diaspora juive dans la région datent du Ier siècle. On sait aussi qu'il y a des juifs au IVe siècle à Avignon. Puis, on ne trouve presque plus de témoignages historiques avant le Xe siècle. En 1178, l'empereur Frédéric Barberousse, suzerain de la Provence, met les juifs d'avignon sous la protection de l'évêque du lieu. Les données sont beaucoup plus abondantes à partir du XIIIe siècle. On trouve alors des juifs dans la plupart des villes de Provence : une ou deux familles dans les simples bourgs, et de véritables communautés dans les cités plus importantes. Telle est la situation lorsqu'en 1274, le Comtat venaissin passe sous l'autorité du pape. La chance pour les populations juives de la Provence médiévale est la coïncidence historique entre l'édit d'expulsion de Philippe le Bel en 1306 et l'établissement de la papauté en Avignon trois ans plus tard. Deux siècles après, la perpétuation de la souveraineté pontificale sur ce territoire - bien après le départ des papes - permet également d'éviter la disparition du judaïsme dans le Midi lorsqu'en 1481, le comté de Provence est rattaché à la France, et qu'en 1500, Louis XII prend à son tour une mesure d'expulsion des juifs provençaux, dont la plupart se réfugient sur les terres du pape. En quoi consiste le statut des juifs dans cette enclave pontificale? Bien sûr, il n'est pas question d'un régime d'égalité avec les chrétiens, dans un Moyen Age qui en ignore l'idée. Juridiquement parlant, l'égalité existe pourtant, puisque les juifs y sont considérés comme «citoyens» au même titre que les chrétiens : les tribunaux sont les mêmes, les contrats sont validés par les mêmes notaires. En fait, la plupart des différends qui opposent les juifs entre eux sont réglés à l'amiable au sein de la communauté, par des arbitres désignés. Au Moyen Age, leurs métiers ne se distinguent guère de ceux du reste de la population, même si des taxes particulières leur sont imposées par l'administration pontificale. Nombreux vont pratiquer l'artisanat et surtout le commerce. On compte aussi des médecins, dont certains sont rattachés aux monastères et aux évêques de la région. En Avignon, les chirurgiens juifs peuvent exercer en vertu d'une loi explicite. En outre, on trouve jusqu'au XVIe siècle des juifs fermiers des redevances et des péages pontificaux. Ici comme ailleurs, ils pratiquent le prêt à intérêt, l'usure étant interdite aux chrétiens par le droit canonique. C'est une fréquente cause de conflits, surtout lorsque les récoltes sont mauvaises et que les paysans débiteurs se retournent contre eux en tirant parti de la différence de religion. *Historien, professeur agrégé de l'université, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers (Institut de France), a publié dernièrement La Papauté de Simon-Pierre à Jean-Paul II (CLD Editions) et Histoire du catholicisme (Que sais-je? PUF).

114 Doc-J51 (2/5) La principale ségrégation, qui place la communauté juive à part, est l'isolement, au sein des villes, dans des quartiers particuliers. C'est une tendance générale depuis le XIIe siècle de restreindre les contacts entre chrétiens et israélites. Dans les villes de la Provence pontificale, les quartiers juifs sont appelés «carrières», du provençal carriero, «rue». C'est en fait un ensemble de plusieurs rues, qui forment le territoire exclusif de la communauté. Les noms en gardent encore la trace de nos jours : rue de la Juiverie, rue Jacob, rue Abraham. L'insalubrité y est souvent extrême, l'exiguïté aussi. Faute de place, on édifie des immeubles de plus en plus hauts, jusqu'à six ou sept étages. Les constructions sont fragiles. Le 6 mars 1314 en Avignon, à la suite de noces particulièrement festives, une maison s'écroule : on dégage 23 morts et 11 blessés. Au centre de la carrière se trouve la synagogue, dont la surface, limitée elle aussi, oblige à une architecture originale, en hauteur : on construit deux salles de prière superposées, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Une simple baie grillagée permet à celles-ci d'apercevoir les livres sacrés. Chaque carrière a ses statuts, révisés tous les dix ans. A sa tête, un conseil de douze membres désignés, selon un système censitaire, parmi les juifs possédant un capital. En cas de nécessité, tous les chefs de famille sont réunis en «parlement général». La carrière entretient un rabbin, désigne un responsable pour diriger l'école, un autre pour recueillir les aumônes, un quatrième chargé de l'entretien matériel de la synagogue. Il existe un rite particulier au Comtat venaissin, de même que des usages locaux en matière de fiançailles ou de mariages. L'endogamie est étroite, et c'est sans doute l'une des raisons essentielles du maintien des traditions et de l'identité du judaïsme comtadin. Lorsqu'il sort de la carrière, le juif doit être reconnaissable immédiatement. Il porte donc un signe distinctif : pour les hommes la «rouelle», une sorte de roue jaune (rouge selon l'ordonnance de Saint Louis de 1264, puis rouge et blanche) au Moyen Age, remplacée en 1524 par un chapeau jaune ; pour les femmes une coiffe au Moyen Age, puis ensuite un noeud jaune. Ces signes restent théoriquement en usage jusqu'à la Révolution. Mais en pratique, il semble que de nombreux accommodements ont existé. Les relations avec les chrétiens connaissent plusieurs phases, où alternent moments de tensions et périodes apaisées. Un indice, paradoxalement, est la fréquence des rappels officiels des règlements concernant les juifs : la preuve a contrario du peu de zèle à les appliquer... A la fin du Moyen Age, on voit à plusieurs reprises les populations, toujours sensibles aux soupçons d'empoisonnement des puits, provoquer des émeutes parfois meurtrières contre les juifs. En 1247, un massacre à Valréas est blâmé par le pape Innocent IV, alors présent dans la vallée du Rhône. En 1322, un autre soulèvement judéophobe a lieu à Carpentras à la suite d'une accusation d'empoisonnement de l'eau. Cette fois, Jean XXII décide de chasser les juifs de la ville et de transformer la synagogue en église. Une mesure dont la révocation permet à la communauté de Carpentras de rester la plus nombreuse du Comtat. Lors de la grande peste en 1348, qui emporte la moitié de la population, le peuple accuse les juifs de propager le mal. Mais au contraire de son prédécesseur Jean XXII, Clément VI ne cède pas et rappelle que la justice ne peut être rendue que par des juges. Le 20 octobre 1349, il publie la bulle Inter Sollicitudines qui condamne la persécution des juifs. De la même façon, son successeur Urbain V rappelle l'interdiction de brimer les juifs de ses Etats et souligne que leurs cimetières sont inviolables. Après le retour du pape à Rome en 1377 et la fin du grand schisme d'occident en 1417, Eugène IV envisage un moment de céder Avignon à la France, mais la population s'y oppose. Les enclaves restent pontificales et sont administrées par un légat, puis par l'archevêque d'avignon. A la fin du Moyen Age, les relations entre chrétiens et juifs sont globalement plus harmonieuses en Provence que dans le nord du royaume. Mais les tensions augmentent au XVe siècle, du fait du déclin économique du Comtat qui provoque des mouvements populaires.

115 Doc-J51 (3/5) Ainsi, le conseil de Carpentras décide d'établir une garde de douze hommes armés, pour protéger le quartier juif contre les attaques des moissonneurs ou des artisans hostiles. C'est à la suite de ces «vacarmes et tumultes», émeutes souvent accompagnées de mort d'hommes, que la décision est prise de fermer le soir les accès aux carrières : les quartiers réservés deviennent des ghettos. Avec l'arrivée des juifs chassés de la Provence française ou d'espagne, ces secteurs sont de plus en plus surpeuplés. Cette émigration vers les cités pontificales est facilitée par les liens de famille ou d'affaires que les «juifs du pape» entretiennent avec ceux du reste de la Provence. Ces derniers ont même pris l'habitude, lorsqu'ils sont menacés, de remettre leurs biens et leurs créances entre les mains de leurs coreligionnaires d'avignon ou du Comtat. Le temps de la Contre-Réforme au XVIe siècle correspond à un durcissement de l'administration pontificale. On rappelle alors l'idée médiévale selon laquelle les juifs sont protégés pour conserver vivant le «peuple témoin» : par leur abaissement, ils montrent que le Ciel les a punis d'avoir refusé le christianisme. Paul IV fait publier une série de bulles, dont la plus célèbre est celle de 1555, Cum nimis absurdum, qui restreint les libertés économiques des juifs, les exclut de la plupart des métiers hormis ceux du commerce de brocante et du prêt à intérêts, et leur interdit de détenir des biens fonciers en dehors des carrières. En outre, ils doivent suivre obligatoirement des catéchèses chrétiennes censées les inciter à se convertir. Les communautés se replient alors sur elles-mêmes, le niveau d'étude diminue, le nombre des médecins se réduit, les rites eux-mêmes deviennent archaïsants. Les «juifs du pape», dont le nombre n'a jamais dépassé 2500 ou 3000 personnes, connaissent au XVIIe siècle une période de déclin démographique. A Carpentras, pourtant la communauté la plus nombreuse, ils ne sont plus que 700 ou 800. Avignon, n'en compte que 200 ou 300, autant qu'à L'Isle-sur-la-Sorgue (qu'on appelle jusqu'au XIXe siècle L'Isle-de-Venisse). Cavaillon n'a qu'une centaine de juifs, tandis qu'on n'en rencontre plus guère dans la campagne du Comtat, depuis que leur présence est officiellement restreinte aux quatre cités. Le XVIIIe siècle est celui du rebond : un temps de renouveau spectaculaire pour les «juifs du pape», que la Révolution française trouvera en plein essor. Grâce à un contexte économique meilleur et à un relâchement des restrictions réglementaires, les juifs étendent leurs activités professionnelles, se lancent notamment dans le travail de la soie. Les activités bancaires connaissent aussi une période florissante. La langue française est de plus en plus utilisée, au détriment du dialecte judéo-provençal. On observe même un relâchement des pratiques religieuses. Le mode de vie se rapproche de celui des Provençaux. Une intégration s'esquisse : les plus riches désertent les carrières d'avignon ou de Carpentras, décidément trop exiguës, et s'installent à Nîmes, Montpellier ou Marseille. Economiquement, ces communautés sont prospères, et si les juifs payent encore les taxes et redevances dues aux autorités pontificales, on a calculé qu'en 1789, elles n'étaient pas plus élevées que celles des chrétiens du Comtat. La charge financière la plus lourde pour les juifs est de subvenir au fonctionnement de leur communauté : pour 180 livres payées à l'administration en 1789, les juifs d'avignon versent livres uniquement pour aider leurs coreligionnaires étrangers accueillis dans leur ville. Signe de cet enrichissement, les vieilles synagogues sont remplacées par des constructions modernes, même si l'administration pontificale leur défend d'être plus hautes que les églises de la ville. Les plus beaux exemples de cette architecture judéo-comtadine du XVIIIe siècle se voient encore à Cavaillon et Carpentras : on y retrouve les multiples tribunes qui permettent de réunir le plus grand nombre de fidèles dans un espace encore étroit. Mais surtout, l'ornementation y est somptueuse et baroque, analogue à l'art religieux et profane de l'époque. Ces réalisations montrent que l'intégration de la communauté dans la France du temps est déjà bien amorcée avant même la Révolution.

116 Doc-J51 (4/5) Le judaïsme comtadin se modifie profondément au XXe siècle, avec l'arrivée de juifs d'europe orientale, des Balkans, de Russie et plus tard d'afrique du Nord. Démographiquement, les communautés sont de nouveau nombreuses dans les anciennes villes pontificales. La célébrité des descendants des «juifs du pape» doit beaucoup à certaines personnalités marquantes : Adolphe Crémieux, Alfred Naquet, Armand Lunel ; plus récemment l'historien Pierre Vidal-Naquet et le chef d'orchestre Pierre Monteux. Mais le plus connu est sans doute Darius Milhaud, qui se définissait comme «un Français de Provence et de religion israélite». On lui doit, entre autres, l'oratorio David composé pour le troisième millénaire de Jérusalem en 1955, et l'opéra Esther de Carpentras, hommage à «la Jérusalem de la Provence». Repères 1274 Le Comtat venaissin devient terre pontificale Clément V s'installe en Avignon Clément VI achète Avignon à Jeanne Ire de Naples Peste noire Les juifs de France se réfugient dans le comté de Provence et dans le Comtat venaissin Le comté de Provence est réuni au royaume de France Louis XII expulse les juifs de Provence, qui se réfugient dans le Comtat venaissin et en Avignon La commune d'avignon rompt avec le pouvoir pontifical Pie VI reconnaît la perte de sa souveraineté sur Avignon et le Comtat. En complément - Les Juifs du pape. Avignon et le Comtat venaissin, de René Moulinas (Albin Michel, 1992). - Les Juifs du Midi. Une histoire millénaire, de Danièle et Carol Iancu (Barthélemy éditions, 1995). - Les Juifs du pape en Provence, de Jules B. Farber (Actes Sud, 2003).

117 Doc-J51 (5/5) La Rome provençale Elu pape le 5 juin 1305 alors qu'il se trouve en France, Clément V décide en 1309 de s'installer provisoirement dans la cité d'avignon. La ville, grâce à son pont sur le Rhône, est un noeud de communication commode. Riche, active, elle est aussi indépendante. Proche de la France, elle n'appartient pas au puissant royaume. Avignon, qui n'est pas encore sous souveraineté pontificale, est une ville d'empire appartenant au comté de Provence. Elle sera vendue au pape Clément VI par la reine Jeanne Ire de Naples en Alors seulement, la cité des papes rejoint le Comtat venaissin sous la souveraineté du Saint-Siège. Ce petit pays est une entité historique et politique bien distincte de la cité des papes. Le comtat tient son nom de Venasque qui en fut longtemps la capitale. Terre d'empire jusqu'à sa cession à la France en 1271, il est cédé au pape Grégoire X par le roi Philippe le Hardi en Sa capitale, alors la petite ville de Pernes, est transférée à Carpentras, où s'installe un moment la curie - le gouvernement de l'eglise. C'est dans son palais épiscopal que se réunissent en 1314 les cardinaux chargés d'élire un successeur à Clément V. La situation politique de Rome ne permettant pas un retour de la papauté en Italie, le pape Jean XXII, français originaire de Cahors, établit durablement la papauté en Avignon. Cinq autres papes lui succèdent, tous Français : Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain V, Grégoire XI. Ce dernier rejoint Rome en 1377.

118 Doc-J52 (1/2) Pour aller plus loin Source : « Traduction intégrale du texte du décret d'alhambra Du Roi Ferdinand, et de la reine Isabelle, par la grâce de Dieu, Roi et Reine de Castille, du León, d Aragon et autres possessions de la couronne - au prince Juan, aux ducs, marquis, comtes, les saints ordres, prieurs, chevaliers commandeurs, seigneurs des châteaux, cavaliers, et à tous les Juifs, hommes et femmes de tout âge, et à tous les autres que cette lettre pourrait concerner que la santé et la grâce soit sur vous. Vous savez fort bien qu en nos territoires se trouvent certains mauvais Chrétiens qui se sont judaïsés et sont coupables d apostasie envers notre Sainte foi Catholique, la plupart étant dues à des communications entre Juifs et Chrétiens. C est pourquoi, en l an 1480, nous ordonnâmes que les Juifs soient séparés des villes et cités de nos domaines et qu il leur soit attribué des quartiers séparés, en espérant que le problème soit résolu par ne telle séparation. Et nous ordonnâmes qu une Inquisition soit établie en un tel domaine; et en douze ans, ça a fonctionné, l Inquisition a trouvé beaucoup de coupables. En outre, nous sommes informés par l Inquisition et d autres que le grand dommage occasionné aux Chrétiens persiste, et que cela continue du fait des conversations et communications qu ils tiennent avec les Juifs, de tels Juifs tentant par tous les moyens de renverser notre sainte foi Catholique et tentant de détourner de fidèles Chrétiens de leurs croyances. Ces Juifs instruisent ces Chrétiens sur les cérémonies et observances de leur Loi, la circoncision de leurs enfants, et leur donnent des livres avec lesquels prier, leur décrètent les jours de jeûne, les rencontrent afin de leur enseigner les histories de leur Loi, leur annoncent quand attendre la Pâque, et comment l observer, leur donnent du pain azyme et des plats préparés rituellement, les instruisent de quoi ils devraient s abstenir en ce qui concerne les aliments, et d autres sujets nécessitant d observer la Loi de Moïse, les invitant à comprendre qu il n y a d autres lois ou vérités en dehors d elle. De tout ce qui précède, il est donc clair que, sur base de confessions de tels Juifs, autant que de ceux qui ont été pervertis par eux, cela a causé un grand tort et détriment à notre sainte foi catholique. Et parce que nous savions que le vrai remède à de tels maux et difficultés résidait dans la rupture de toutes communications entre lesdits Juifs et Chrétiens, et à les renvoyer de tous les endroits de nos règnes, nous cherchâmes à nous satisfaire en [l ]ordonnant aux dits Juifs de toutes les villes, villages et endroits d Andalousie où il apparaissait qu ils avaient fait de grands torts, croyant que cela suffirait à ce que ceux des autres villes, villages et endroits en nos règnes et possessions cesseraient de commettre les actes susdits. Et du fait que nous avons été informés que ni ceci, ni la justice rendue à certains desdits Juifs reconnus très-coupables desdits crimes et transgressions envers notre sainte foi Catholique, n a été un remède complet pour éviter et corriger une telle opprobre et offense à la foi et à la religion chrétiennes; parce qu il apparaît chaque jour qu un nombre grandissant desdits Juifs continue à perpétrer leurs desseins mauvais et nuisibles où qu ils résident et conversent ; et parce qu il n y a plus de place par où offenser davantage notre sainte foi, tant pour ceux que Dieu a protégés jusqu à ce jour que pour ceux déjà affectés, c est à notre Sainte Mère l Église de réparer et réduire l affaire à son état antérieur, puisque, du fait de notre faiblesse humaine, il pourrait arriver que nous succombions à la diabolique tentation qui nous assaille continuellement, si sa cause principale n en était pas retirée, ce qui signifie expulser lesdits Juifs du royaume. Car, à chaque fois qu un crime grave et détestable est commis par les membres d un groupe donné, il est raisonnable que soit dissous ou annihilé le groupe, les plus petits étant punis pour les plus grands, l un pour l autre ; et que ceux qui pervertissent la bonne et honnête vie des vies et villages, et qui pourraient blesser les autres par contagion, soient expulsés du sein du peuple, et qu ils pourraient encore, pour d autres raisons moindres, qui feraient du tort à la République, il en est ainsi à plus forte raisons pour des crimes majeurs de cette sorte, dangereux et contagieux comme ils le sont.

119 Doc-J52 (2/2) Par conséquent, avec le conseil et l avis des hommes éminents et des cavaliers de notre règne, et d autres personnes de connaissance et conscience de notre Conseil Suprême, après avoir beaucoup délibéré, il a été conclu et résolu que soit ordonné à tous les Juifs et Juives de quitter nos royaumes, et qu ils ne soient jamais autorisés à y retourner. Et nous ordonnons en outre en cet édit que tous les Juifs et Juives de tout âge, résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quel que soit leur âge, d ici la fin de juillet de cette année, et qu ils n osent pas revenir sur nos terres, fût-ce d un pied, ni s y introduire sans permission de quelque manière que ce soit. Tout Juif qui n obéirait pas à cet édit et serait trouvé en nos royaume et domaines, ou qui retourne dans le royaume de quelque manière que ce fût, encourra la peine de mort, et la confiscation de tous ses biens. Nous ordonnons en outre que nul, quels que soient son poste ou sa situation de noblesse, ne cache, garde ou défende quelque Juif ou Juive, que ce soit de façon publique ou secrète, à partir de la fin de juillet et au-delà, en leur maison ou en quelque endroit que ce soit de notre règne, sous peine de punition de perte de leurs effets, vassaux, forteresses et privilèges héréditaires. De façon à ce que lesdits Juifs puissent vendre leur ménage et leurs effets endéans la période donnée, nous les pourvoyons pour le moment l assurance de notre royale protection et sécurité, de sorte que, d ici la fin du mois de juillet, ils puissent vendre et échanger leur effets, meubles, et autres objets, et s en défaire aussi librement qu il leur plaira ; et que Durant ladite période, personne n a le droit de nuire, attenter à, ou porter préjudice à leurs personnes ou leurs biens, ce qui est contraire à la justice, et fera encourir la punition qui survient à ceux qui violent notre royale sécurité. Nous accordons donc la permission auxdits Juifs et Juives d emporter leurs biens et effets en dehors de nos possessions, que ce soit par voie maritime ou terrestre, à la condition qu ils n emportent ni or, ni argent, ni monnaie frappe, ou tout autre objet interdit par les lois du royaume. Par conséquent, nous ordonnons à tous les conseillers, magistrats, cavaliers, porte blasons, officiels, gentilshommes de la cité de Burgos et autres villes et villages de nos royaumes et possessions, et à tous nos vassaux et sujets, qu ils observent et se plient à cette lettre, et tout ce qu elle contient, et qu ils emploient tous leurs moyens et faveurs à l exécuter, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous leurs biens et charges au profit de notre royale maison. Et de façon à porter ceci à l attention de tous, afin que personne ne puisse prétendre l ignorer, nous ordonnons que cet édit soit proclamés dans toutes les places et points de rencontre habituels de toute ville; et qu en toutes les grandes cités et villages du diocèse, cela soit fait par le tambour de ville en présence du scribe public ; et que ni l un ni l autre ne fasse le contraire de ce qui est désiré, sous peine de punitions par notre souveraine grâce et de confiscation de tous les biens et charges de qui que ce soit qui ferait le contraire. Et nous ordonnons de plus qu une preuve soit fournie à la cour, sous forme d une déposition écrite, de la façon par laquelle l édit est exécuté. Lu en cette ville de Grenade le trente-et-unième jour de mars en l an de notre Seigneur Jésus-Christ Signé, moi, le Roi, moi la Reine, Juan de Coloma, Secrétaire du Roi et de la Reine, laquelle j ai écrite sur l ordre de nos Majestés.

120 Doc-J53 Propositions Bibliographiques ELIE BARNAVI : Histoire universelle des juifs HACHETTE 2002 BERNHARD BLUMENKRA NZ : Histoire des juifs de France PRIVAT 1972 juifs et chrétiens dans le monde occidental MOUTON 1960 COLETTE SIRAT : La philosophie juive médiévale en pays de chrétienté CNRS PARIS 1988 JACOB KATZ : La société juive à la fin du Moyen Age LE CERF 2000 DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DU JUDAÏSME ALFRED HAVERKAMP : Juifs et chrétiens à l époque des croisades ARTICLE 1999 ANDRÉ CHÉLINI : Histoire religieuse de l occident médiéval 1991 GILBERT DAHAN : Les intellectuels chrétiens et les juifs au Moyen-Age LE CERF 1990 ÉTIENNE NICOLAS : Raschi et la culture juive en France du Nord au Moyen-Age REVUE DES ETUDES JUIVES 1997 MAURICE KRIEGEL : Les juifs à la fin du Moyen-Age dans l Europe méditerranéenne HACHETTE 1979 RENÉ MOULINAS : Les juifs du Pape ALBIN MICHEL 1992

Enseignement du fait religieux à l école laïque

Enseignement du fait religieux à l école laïque IUFM DE BOURGOGNE CONCOURS DE RECRUTEMENT : professeur des écoles Enseignement du fait religieux à l école laïque Delphine PAUMIER Directeur de mémoire : Alain MORET Année : 2005 n de stagiaire : 04STA00465

Plus en détail

Maud Robert Histoire Ba1. Histoire des Temps modernes

Maud Robert Histoire Ba1. Histoire des Temps modernes Histoire des Temps modernes Table des matières A) Qu est-ce que les "Temps Modernes"? 5 B) Définition des Temps Modernes et problèmes de datation : 5 C) Les grandes caractéristiques des Temps Modernes

Plus en détail

Sommaire de la séquence 6

Sommaire de la séquence 6 Sommaire de la séquence 6 t t t t Histoire : La place de l Église dans l Occident féodal Séance 1 Quelles étaient les croyances et les pratiques des chrétiens au Moyen Age? Séance 2 La construction des

Plus en détail

Sommaire de la séquence 5

Sommaire de la séquence 5 Sommaire de la séquence 5 t t Séance 1.................................................................................................... 141 Pourquoi et comment Alexandre le Grand a-t-il conquis un si

Plus en détail

LES MANUELS SCOLAIRES ET LE FAIT RELIGIEUX par Charles-Edouard Harang Agrégé d histoire, docteur en histoire Professeur au lycée R. Queneau.

LES MANUELS SCOLAIRES ET LE FAIT RELIGIEUX par Charles-Edouard Harang Agrégé d histoire, docteur en histoire Professeur au lycée R. Queneau. LES MANUELS SCOLAIRES ET LE FAIT RELIGIEUX par Charles-Edouard Harang Agrégé d histoire, docteur en histoire Professeur au lycée R. Queneau. Yvetot «Enseigner le fait religieux : une nécessité de notre

Plus en détail

Nantes est-elle bretonne?

Nantes est-elle bretonne? 1 Nantes est-elle bretonne? Et voilà! Rien que par un point d interrogation, l auteur de ces lignes vient de se fâcher avec les militants inconditionnels du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne

Plus en détail

UNIVERSITE DE PARIS 1 - PANTHEON SORBONNE

UNIVERSITE DE PARIS 1 - PANTHEON SORBONNE UNIVERSITE DE PARIS 1 - PANTHEON SORBONNE INSTITUT DE RECHERCHE ET D ETUDES SUPERIEURES DU TOURISME LA VALORISATION DES LIEUX DE MEMOIRE DE LA SHOAH EN FRANCE, ENTRE MEMOIRE ET PATRIMOINE CULTUREL Mémoire

Plus en détail

Une approche culturelle de l enseignement pour l appropriation de la culture dans les écoles de langue française de l Ontario

Une approche culturelle de l enseignement pour l appropriation de la culture dans les écoles de langue française de l Ontario 2 0 0 9 Une approche culturelle de l enseignement pour l appropriation de la culture dans les écoles de langue française de l Ontario C A D R E D O R I E N T A T I O N E T D I N T E R V E N T I O N Table

Plus en détail

Antoine Spire et Mano Siri (sous la direction de) 100 mots. pour se comprendre. contre le racisme et l antisémitisme LE BORD DE L EAU

Antoine Spire et Mano Siri (sous la direction de) 100 mots. pour se comprendre. contre le racisme et l antisémitisme LE BORD DE L EAU Antoine Spire et Mano Siri (sous la direction de) 100 mots pour se comprendre contre le racisme et l antisémitisme LE BORD DE L EAU Collection «Documents» L ÉCONOMIE N EXISTE PAS,, Bernard Traimond CÉLINE,

Plus en détail

se former à l interculturel

se former à l interculturel Éditions-Diffusion Charles Léopold Mayer 38, rue Saint Sabin 75011 Paris tel/fax : 01 48 06 48 86 [email protected] www.eclm.fr Les versions électroniques et imprimées des documents sont librement diffusables,

Plus en détail

Visitez notre site web : www.coe.int/ecri

Visitez notre site web : www.coe.int/ecri Secrétariat de l ECRI Direction générale des Droits de l Homme DG II Conseil de l Europe F - 67075 STRASBOURG Cedex Tel.: +33 (0) 3 88 41 29 64 Fax: +33 (0) 3 88 41 39 87 E-mail: [email protected]

Plus en détail

VECU DE FEMMES IMMIGREES DANS LE BAS-RHIN : DES STRATEGIES POUR PALLIER AUX DIFFICULTES

VECU DE FEMMES IMMIGREES DANS LE BAS-RHIN : DES STRATEGIES POUR PALLIER AUX DIFFICULTES VECU DE FEMMES IMMIGREES DANS LE BAS-RHIN : DES STRATEGIES POUR PALLIER AUX DIFFICULTES DOCUMENT ELABORE DANS LE CADRE DE LA DEMARCHE ADLI DANS LE BAS-RHIN DOSSIER THEMATIQUE - JUIN 2009 Vécu de femmes

Plus en détail

Dossier collectif d'ecjs seconde 4 Lycée Michelet année 2010-2011 LES ROMS, POPULATION DANGEREUSE OU POPULATION EN DANGER?

Dossier collectif d'ecjs seconde 4 Lycée Michelet année 2010-2011 LES ROMS, POPULATION DANGEREUSE OU POPULATION EN DANGER? Dossier collectif d'ecjs seconde 4 Lycée Michelet année 2010-2011 LES ROMS, POPULATION DANGEREUSE OU POPULATION EN DANGER? 1. Pourquoi cette question? Une question d'actualité Les Roms sont devenus une

Plus en détail

La République française et le fait colonial

La République française et le fait colonial 1 sur 37 La République française et le fait colonial DIAPO : cette mention renvoie au diaporama joint INTRODUCTION DIAPO Le fait colonial est une tâche indélébile dans l histoire de la République, notamment

Plus en détail

L ALIMENTATION «COMMUNAUTAIRE» S INSCRIT-ELLE DANS LE DEVELOPPEMENT DE LA CONSOMMATION ENGAGEE?

L ALIMENTATION «COMMUNAUTAIRE» S INSCRIT-ELLE DANS LE DEVELOPPEMENT DE LA CONSOMMATION ENGAGEE? L ALIMENTATION «COMMUNAUTAIRE» S INSCRIT-ELLE DANS LE DEVELOPPEMENT DE LA CONSOMMATION ENGAGEE? Thierry MATHE Nicolas SIOUNANDAN Gabriel TAVOULARIS Avec la participation de Chantal ammi décembre 2012 www.credoc.fr

Plus en détail

Droits de l homme en Europe : la complaisance n a pas sa place. Points de vue de Thomas Hammarberg. Chroniques des droits de l homme

Droits de l homme en Europe : la complaisance n a pas sa place. Points de vue de Thomas Hammarberg. Chroniques des droits de l homme Chroniques des droits de l homme Droits de l homme en Europe : la complaisance n a pas sa place C O M M I S S I O N E R F O R H U M A N R I G H T S C O M M I S S A I R E A U X D R O I T S D E L ' H O M

Plus en détail

TOUS DIFFÉRENTS, TOUS UNIQUES

TOUS DIFFÉRENTS, TOUS UNIQUES TOUS DIFFÉRENTS, TOUS UNIQUES UN PROJET DE L UNESCO ET DU PARLEMENT INTERNATIONAL DE LA JEUNESSE OXFAM COMMUNITY AID ABROAD 02 TOUS DIFFÉRENTS, TOUS UNIQUES Editeurs Division des politiques culturelles

Plus en détail

Professionnels de jeunesse et d éducation non formelle

Professionnels de jeunesse et d éducation non formelle Professionnels de jeunesse et d éducation non formelle Annie Oberti Responsable du pôle vie associative de l Injep Ces textes ont été rassemblés avec la collaboration de Jean-Pierre Halter, à l occasion

Plus en détail

Les devenus sourds : Un monde à part

Les devenus sourds : Un monde à part UNIVERSITE PIERRE MENDES FRANCE UFR Sciences Humaines et Sociales *********** PAROD Marlène Les devenus sourds : Un monde à part *********** Master 1 Sociologie Spécialité Nouvelles Formes du Lien Social

Plus en détail

LETTRE ENCYCLIQUE DEUS CARITAS EST DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET À TOUS LES

LETTRE ENCYCLIQUE DEUS CARITAS EST DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET À TOUS LES LETTRE ENCYCLIQUE DEUS CARITAS EST DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS SUR L'AMOUR CHRÉTIEN INTRODUCTION 1. «Dieu

Plus en détail

Andreas Nijenhuis. www.andreas-nijenhuis.fr

Andreas Nijenhuis. www.andreas-nijenhuis.fr Andreas Nijenhuis www.andreas-nijenhuis.fr Sommaire Wolfgang KAISER Avant-propos...9 Wolfgang KAISER Quelle Europe?... 11 Wolfgang KAISER L horizon global de l expérience européenne... 17 Première partie

Plus en détail

CHANTIER SUR LA LUTTE CONTRE LE RACISME ET L'ANTISEMITISME

CHANTIER SUR LA LUTTE CONTRE LE RACISME ET L'ANTISEMITISME CHANTIER SUR LA LUTTE CONTRE LE RACISME ET L'ANTISEMITISME Rapport présenté par Jean-Christophe RUFIN, Ecrivain, médecin et responsable de nombreuses associations d'aide humanitaire Remis à Monsieur le

Plus en détail

L abbaye de Saint- Pierre-sur-Dives

L abbaye de Saint- Pierre-sur-Dives Autour d un monastère : L abbaye de Saint- Pierre-sur-Dives L abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives Service Départemental d Archéologie du Calvados 1998 1 Présentation Le but des "Dossiers & Documents" est

Plus en détail

Itinéraires. Les droits de l'homme: frein ou moteur au développement? François A. DE VARGAS. Leçons inaugurales n o 6. iuédgenève

Itinéraires. Les droits de l'homme: frein ou moteur au développement? François A. DE VARGAS. Leçons inaugurales n o 6. iuédgenève iuédgenève institut universitaire graduate institute d études du développement of development studies Itinéraires Les droits de l'homme: frein ou moteur au développement? Sculpture en céramique et photos

Plus en détail

HOPE QUAND LE SPORT PEUT CHANGER LE MONDE

HOPE QUAND LE SPORT PEUT CHANGER LE MONDE HOPE QUAND LE SPORT PEUT CHANGER LE MONDE BARON PIERRE DE COUBERTIN (1 er janvier 1863 Paris 2 septembre 1937 Genève) HISTORIEN ET PÉDAGOGUE FRANÇAIS QUI RESSUSCITA LES JEUX OLYMPIQUES À L ÈRE MODERNE

Plus en détail

Strasbourg II. FACULTE DE Théologie catholique. Institut de droit CANONIQUE. Mémoire de MASTER. Sous la direction de Jean WERCKMEISTER LES FEMMES

Strasbourg II. FACULTE DE Théologie catholique. Institut de droit CANONIQUE. Mémoire de MASTER. Sous la direction de Jean WERCKMEISTER LES FEMMES Université marc Bloch Strasbourg II FACULTE DE Théologie catholique Institut de droit CANONIQUE Mémoire de MASTER Sous la direction de Jean WERCKMEISTER LES FEMMES SELON La PENSEE DE PAUL VI (21 JUIN 1963

Plus en détail

L éducation aux médias Enjeux, état des lieux, perspectives

L éducation aux médias Enjeux, état des lieux, perspectives Rapport - n 2007-083 août 2007 Inspection générale de l éducation nationale Inspection générale de l administration de l Éducation nationale et de la Recherche L éducation aux médias Enjeux, état des lieux,

Plus en détail

Dounia et Lylia Bouzar Cabinet Bouzar expertises

Dounia et Lylia Bouzar Cabinet Bouzar expertises MARS 2015 LAïCITé et ÉGALITÉ : Pour une posture professionnelle non discriminatoire Synthèse de la formation-action à l attention des intervenants socio-éducatifs septembre 2013 juillet 2014 Dounia et

Plus en détail

LA COUR DE BABEL UN FILM DE JULIE BERTUCCELLI. Zéro de conduite.net. Illustration : Christophe Blain

LA COUR DE BABEL UN FILM DE JULIE BERTUCCELLI. Zéro de conduite.net. Illustration : Christophe Blain LA COUR DE BABEL UN FILM DE JULIE BERTUCCELLI Illustration : Christophe Blain D O S S I E R D A C C O M P A G N E M E N T P É D A G O G I Q U E Zéro de conduite.net CRÉDITS DU DOSSIER SOMMAIRE Dossier

Plus en détail