A v r i l 2 0 0 7 N o 2 2 5 Investir dans l eau est rentable! Dans cette édition: Toute eau n est pas bonne à boire... Construction et réhabilitation de puits Opérations Solidarité en France et en Italie www.morija.org
Editorial: Investir dans l eau est une affaire rentable Construire des puits assure donc non seulement une aide sensible aux populations du Sud, mais leur permet de sortir du cycle de la maladie et de la misère et de s engager dans la voie d un développement significatif. Sommaire Une journée de chantier(page 4) Cinq millions de personnes meurent chaque année par manque d eau salubre. Les investisseurs occidentaux préfèrent encore miser sur les télécoms par exemple, avec un retour sur investissement de 20 à 25 %, que sur l eau potable. Pourtant, un expert de l Institut international de l eau de Stockholm a estimé que pour 1 dollar investi dans l approvisionnement en eau, l hygiène ou la gestion des ressources en eau, on pouvait escompter un retour pouvant atteindre 3 à 34 dollars: «cela se compte avec les gens qui ne souffrent plus de maladies colportées par l eau, avec les femmes qui peuvent travailler au lieu d aller chercher de l eau». Grâce à vos dons, Morija a déjà construit 391 puits au Burkina Faso et une trentaine sont prévus cette année dans la région de Koudougou. «Un puits pour 300 habitants est l objectif du gouvernement. Mais on en est loin», commente notre responsable local Issaka Nikiema. Au Tchad, Morija continue la construction de puits busés dans le cadre de son projet «63 villages». Car dans les zones rurales où nous travaillons, un villageois sur trois n a pas encore accès à l eau potable. Merci de nous aider à y remédier! L équipe de Morija Opération 10 pour un puits (page 6) Toute eau n est pas bonne à boire (page 7) Association humanitaire En Reutet 1868 Collombey-le-Grand Tél. 024/472.80.70 Fax 024/472.80.93 E-Mail: relat.publique@morija.org CCP 19-10365-8 Association sans but lucratif Fondée en 1979 selon les articles 60ss du Code civil Suisse MORIJA FRANCE: Jérôme Prékel La Pierre 74410 St Eustache CCP 13.875-50 W 029 Banque: Crédit Agricole, Annecy 96702605676 But: Aide aux plus déshérités d Afrique, du Sahel en particulier, sans distinction de race ou de religion. Les 3 piliers de l aide sont: le secours d urgence l amélioration des conditions de vie les projets de développement L esprit dans lequel notre aide est apportée prend ses racines dans l Evangile. Siège social: Collombey-le-Grand Vérificateur des comptes: Fiduciaire R. Künzlé SA Monthey Rédaction: Morija Mise en page: Jordi SA, Belp Impression: Jordi SA, Belp Mensuel d information Prix de l abonnement: CHF 25. / 15. Abonnement de soutien: CHF 50. / 30. Tout don supplémentaire est le bienvenu. MERCI
Favoriser l accès à l eau potable: tout un programme! Vue du chantier à l arrivée des puisatiers Le centre ouest du Burkina Faso, dont la ville principale est Koudougou, est la région que nous avons choisie cette année pour le creusage et la construction de puits de grand diamètre, afin de favoriser l accès à l eau potable. Comme partout ailleurs au Burkina Faso, l accès à l eau y est un problème crucial à cause de la croissance et de la pauvreté de la population, du nombre limité de points d eau et des aléas climatiques. Durant la saison des pluies, qui dure deux ou trois mois, les précipitations violentes causent des inondations, mais très vite, l eau alimente les grands fleuves des pays voisins et laisse notre sol sec et aride. Koudougou compte 15 départements. Plus de 200 demandes nous ont été adressées et nous en avons retenu 30. Jusque là, les hommes de la région s étaient organisés pour creuser des puits traditionnels. Mais ceux-ci sont d une part de très petit diamètre, et d autre part ne garantissent pas l accès à l eau potable en suffisance à cause de leur structure. Ils peuvent également s écrouler à tout instant. Sans construction intérieure ni aménagements extérieurs, ils sont exposés à toutes sortes de pollutions à commencer par les eaux ruisselantes des pluies et le vent, qui entraînent tout sur leur passage. Ces puits constituent un grand danger de chute pour les animaux et même pour les personnes. La nécessité de construire des puits de grand diamètre n est en fait aujourd hui plus à démontrer comme solution au problème d accès à l eau potable. Ces puits sont dotés d une construction intérieure solide et d aménagements extérieurs conséquents pour garantir une eau potable aux populations. Leur réalisation apporte une aide des plus conséquentes aux villageois souvent très démunis. Leur entretien est peu onéreux contrairement aux autres ouvrages hydrauliques avec des pompes manuelles. Ce sont les habitants du village qui creusent jusqu à l eau ou à la roche, qui rassemblent le sable, les cailloux, le gravier. Nos puisatiers interviennent quand ce premier creusage est terminé. Il faut 66 briques par mètre, soit, pour un puits de 30 m, 1980 briques et 150 autres pour la margelle et l abreuvoir. Car une fois le puits terminé, nous organisons un abreuvoir pour les animaux, à une dizaine de mètres, avec un petit canal qui achemine l eau. Il faut compter un mois de travail pour un puits, dont la réalisation revient à environ CHF 5000.. Nous travaillons dans un rayon de 50 kilomètres autour de notre base et gardons l objectif de venir en aide aux plus nécessiteux. Issaka Nikiema responsable projet puits au Burkina Faso Rangées de briques cintrées fraîchement confectionnées
Une journée de chantier Descente du chef de construction dans le puits Je m appelle Issa Bougma et suis chef d équipe de construction. Chaque matin, mon coéquipier Paul Compaoré et moi, nous levons à 5 h 30. Dès 6 h et avec les jeunes de la famille qui nous héberge, nous transportons à l aide d une brouette ou à la main tout le matériel dont nous avons besoin pour le travail de la journée. Nous prenons le petit-déjeuner vers 6 h 30 et commençons alors le travail au puits. Jeunes gens et vieillards se retrouvent sur le chantier et avec leur aide, je prépare le mortier pour un sac de ciment. Ensuite, je place les cordes sur une poutre transversale soutenue par deux fourches plantées de part et d autre du puits. Je suis alors prêt pour descendre et commencer la construction proprement dite: je fais passer un bois solide relié à une corde d environ un mètre entre mes deux jambes comme si je m asseyais sur celui-ci. Cette corde d un mètre est accrochée à une poulie qui est à son tour suspendue à une longue corde. Cette longue corde est enroulée autour d une des fourches plantées. Mon coéquipier est chargé de manipuler cette corde pour assurer ma descente en toute sécurité. Après, c est le tour de la descente des matériaux, briques, mortier et cailloux. Ce travail est assuré par les villageois sous la supervision de mon coéquipier, resté dehors pour faire respecter les règles de sécurité. C est lui qui se place sur les planches traversant le puits, accroche et décroche les seaux à béton et la caisse à briques ou à cailloux. Au fond du puits, je maçonne les briques les unes sur les autres et une fois qu elles atteignent une hauteur de 50 cm pour les sous-sols mous et 1 m pour les sous-sols durs, j arrête et je rempli de cailloux et de béton le creux entre les briques et le creusage pour consolider la construction. On me remonte pour la pause de midi. Le travail reprend à 13 h et se poursuit jusqu à 16 h, heure à laquelle il commence à faire sombre au fond. Dans le village de Nobsin où nous travaillons actuellement, nous sommes logés chez le responsable du puits dans la case de son fils. Nous dormons sur des lits de camp. Dans le passé, nous n avions pas de lit et nous dormions à même le sol. Certains de nos coéquipiers ont été victimes à plusieurs reprises de piqûres de scorpion. D autres ont failli même être victime de morsures de serpent. C est pourquoi, depuis 1999, nous avons acheté des lits de camp. Issa Bougma, Chef d équipe de construction Paul Compaoré Issa Bougma Vue d un chantier à la fin de la construction: aménagement de la ceinture
Approfondissement et réhabilitation d un puits Le puits de Zanghogo, dans le quartier Tang- Zougou, a été creusé par la population et construit par Morija grâce à un don de la commune de Neuhausen en 1996. Il était profond de 17,70 m y compris une margelle de 85 cm. Les travaux de construction s étaient déroulés en pleine saison des pluies. Quelques bonnes averses étaient tombées et avaient fait monter le niveau de la nappe par rapport à son niveau de la saison sèche. Les puisatiers ne pouvaient donc aller au-delà des 17,70 m, compte tenu du débit de la nappe qui était très importante. Le puits offrait suffisamment d eau pour les 540 personnes que comptait Tang- Zougou. Mais 10 ans plus tard, le puits a eu besoin d un approfondissement à cause de l augmentation des besoins en eau due à la croissance de la population et à la baisse de la nappe phréatique, consécutive à la mauvaise pluviométrie de ces dernières années. L approfondissement ou la réhabilitation consiste à creuser de nouveau pour aller plus en profondeur, à la recherche de la nappe phréatique. Il y a principalement deux techniques: la méthode de la trousse coupante pour les puits dont le fond est sablonneux ou boueux, et la méthode du creusage et de la construction systématique pour les puits dont le fond est dur. Dans le cas du puits de Tang- Zougou, c est la méthode de la trousse coupante qui a été utilisée. Cette méthode consiste à faire descendre au fond du puits une couronne de béton sur laquelle sont maçonnées des briques. Elle descend dans le fond sablon- Le puits de Zanghogo est à sec neux et boueux et s enfonce progressivement par son propre poids au fur et à mesure que des seaux de terre sont extraits. lation se sont nettement améliorées, lui permettant d élever des volailles, des chèvres, des moutons et mêmes des bœufs. après approfondissement, l eau est à nouveau abondante Depuis la construction du puits de Zanghogo, la population a connu une nette amélioration de ses conditions de vie. Les femmes n ont plus eu besoin de parcourir chaque jour de longues distances et les enfants qui souffraient de maladies diarrhéiques liées à la consommation d eau souillée ont vu leurs maladies disparaître. Oui, grâce au puits, les conditions sanitaires et financières de la popu- Issaka Nikiema 5
Opération 10 pour un puits a été (et sera) posée, matérialisant ainsi pour les visiteurs, les élèves et les personnes s impliquant dans ce projet, l avancement de la construction du puits. Le 22 mars, Journée mondiale de l eau, les 130 élèves (3 à 16 ans), ainsi que leurs enseignants, parents et amis participeront à une course sponsorisée au Parc de la Marseillaise à Guebwiler (Haut Rhin). Venez nombreux vous joindre à eux ou les encourager. Jérôme Prékel, responsable de Morija France Elèves et enseignants du collège Daniel se sont unis dans un élan humanitaire Toute l équipe éducative du Collège privé Daniel de Guebwiller, en Alsace, menée par son directeur Patrick Schmitt, a opté au début de l année scolaire en faveur d une action humanitaire qui associerait les élèves de l école et du collège. Leur choix s est porté sur Morija, et plus particulièrement sur la problématique de l eau. Vendredi 1 er décembre a eu lieu le lancement de l opération «Puits du Sahel». Le projet, présenté par Monique Jurgensen, a recueilli l assentiment enthousiaste de l ensemble des élèves qui se sont mobilisés pour organiser leur première action au mar- ché de Noël. Plus de mille manalas (brioches locales) ont été confectionnés par les élèves qui n ont à aucun moment hésité à relever ce défi pâtissier ambitieux! Au cours d un atelier animé par Isabelle Lichtensteiger et Valérie Schmitt, les élèves ont également fabriqué des couronnes, cartes de vœux et décorations de Noël. Toutes ces réalisations ont été vendues durant le premier week-end de décembre pour alimenter la cagnotte du puits du village de Tanlouka, à 120 km de Ouagadougou, au Burkina- Faso. Afin de permettre aux élèves de visualiser leur projet, la construction d un puits symbolique a débuté dans la cour du Collège. A l occasion d une cérémonie réunissant l ensemble des participants, une première pierre a été posée par Luc Bussière, président de l association du Collège Daniel, et Jérôme Prékel, responsable de Morija France. Pour chaque don, une brique Opération Solidarité en Italie Pose de la première brique symbolique du puits En Italie, à l initiative de Sœur Maria Teresa Scabeni, une Fête de la Solidarité a été organisée à la fin de l année dernière par les Ecoles et Associations de San Mauro Torinese. Ce sont CHF 13 614.30/ 8 495.65 qui ont été récoltés en faveur du projet puits que poursuit Morija au Burkina Faso. Au nom des bénéficiaires, nous remercions chaleureusement chaque bénévole et chaque donateur qui ont permis de réunir cette somme!
Toute eau n est pas bonne à boire En novembre dernier, j ai été visiter l école de Kemkaga, à 30 km de Sarh, dans le sud du Tchad. C était la fin de la saison des pluies. Avant d arriver à destination, nous nous sommes embourbés, et il nous a fallu environ deux heures et demie pour atteindre le village. Toute la population était là pour nous accueillir. On nous a offert du thé. Sans trop savoir à quoi m attendre, j ai bu le breuvage offert puis, tout en plaisantant, j ai demandé: «ils n ont pas pris l eau du puits que nous venons de voir pour préparer ce thé, n est-ce pas?». «Mais si», m a-t-on répondu. «Il n y a pas d autre eau, ici». Kemkaga a, il est vrai, de nombreux puits. Mais, peuton vraiment appeler cela des puits? Il s agit d un simple trou, à ras le sol, pas très profond, au maximum 3 mètres. Le fleuve n étant pas loin, la nappe est exceptionnellement peu profonde. Le vent y amène des détritus, l eau est insalubre et boueuse, source de bien des maladies qui peuvent entraîner la mort. Cette eau, à même le sol, sert à de multiples usages. Je pense en particulier en tant qu abreuvoir pour animaux ou même encore à la lessive. Heureusement, l eau du thé en question avait été bien cuite et je n en ai pas souffert. Kemkaga est l un des nombreux villages qui attendent la construction d un puits busé afin d avoir accès à une eau consommable. Unissons nos efforts, «Afin qu ils vivent»! Michel Raboud, directeur de Morija Mais souhaiteriez-vous boire chaque jour une telle eau? Moi non! C est pourquoi, depuis 1990, afin d améliorer la qualité de vie des populations rurales, Morija a financé la construction de 391 puits au Burkina Faso. Depuis 2004, un projet similaire a débuté dans le sud du Tchad. 7
Puits traditionnel creusé dans un bas-fond Le bas-fond est une sorte de cuvette qui se remplit à la saison des pluies. L eau sert au bétail, à la lessive, mais aussi à la boisson A la saison sèche, la plupart des marigots sont asséchés, mais la nappe phréatique est proche. La population creuse des trous afin de s approvisionner en eau. Mais cette eau n est pas potable et provoque bien des maladies Merci d investir avec nous dans l eau potable! Un puits busé coûte environ CHF 5000. / 3500. Chaque don de CHF 25. / 16.70 permet la fabrication et la pose de 10 briques.