Elaboration et caractérisation de composants organiques

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Elaboration et caractérisation de composants organiques Laurence ignau, Guillaume Wantz, Lionel Hirsch, Pascal Tardy, Jean-Paul Parneix Laboratoire IMS, UMR-CNRS 5218, Site ENSCPB, 16 Avenue Pey Berland, 33607 Pessac Cedex laurence.vignau@ims-bordeaux.fr 1. Contexte de l'électronique organique Les semi-conducteurs organiques sont en passe de s imposer comme les matériaux clef de l électronique à faible coût. Ils trouvent leurs applications dans des composants tels que les diodes électroluminescentes organiques (OLEDs), les cellules photovoltaïques (P) organiques, les transistors organiques (OFETs), les mémoires ou les capteurs. La commercialisation d'écrans à base de diodes électroluminescentes organiques a démontré l intérêt de la filière organique. Les cellules photovoltaïques organiques sont quant à elles prometteuses pour la production d'énergie à bas coût. Contrairement aux cellules à base de silicium, elles peuvent être aisément fabriquées sur substrat souple, ce qui leur permettra de s'intégrer facilement dans les objets courants. Pour les transistors organiques, un avantage important par rapport au silicium amorphe réside dans la possibilité de déposer ces matériaux sur des substrats à basse température, les rendant compatibles avec des substrats flexibles. Dans ce contexte les prévisions de croissance du marché de l'électronique organique sont en forte expansion comme le montre la Figure 1. En 2027 les prévisions montrent que les OLEDs devraient occuper environ 40% du marché de l'électronique organique, le photovoltaïque 14% et les mémoires 38%. Figure 1 : Prévision de croissance du marché de l'électronique organique et parts de marchés. Le domaine de l électronique organique étant en forte croissance, le développement de nouveaux enseignements (sous forme de Travaux Pratiques) dans ce domaine s impose pour mieux comprendre les challenges actuels et les verrous technologiques. Cet enseignement s adresse à la fois à des élèves ingénieurs ainsi qu'aux étudiants de Master 2 en vue de les former dans le domaine des technologies de l'électronique organique. Une place prépondérante est en effet donnée aux aspects expérimentaux liés aux technologies de fabrication des composants. Les étudiants fabriquent et caractérisent deux des composants suivants : diode électroluminescente, cellule photovoltaïque et transistor afin de mettre en pratique toutes les étapes de fabrication liées à l'électronique organique : 2. Les semi-conducteurs organiques Les semi-conducteurs organiques constituent la couche active des composants organiques. Il existe deux types de semi-conducteurs organiques : les molécules de faibles masses molaires (couramment appelés "petites molécules") et les polymères, leur point commun étant d'être des molécules conjuguées. La conjugaison provient de l'alternance de simples et de doubles liaisons carbone-carbone. Dans l atome de carbone, les quatre électrons de valence se répartissent entre

l orbitale 2s et les trois orbitales 2p (p x, p y et p z ) Une liaison carbone-carbone naît de la superposition d une des trois orbitales atomiques hybrides sp 2 de chaque carbone. Quant aux orbitales p z des deux carbones, qui sont perpendiculaires aux autres orbitales hybrides sp 2, elles se chevauchent pour former une liaison. Lorsque deux orbitales atomiques s associent, elles donnent naissance à une orbitale moléculaire. Celle-ci peut avoir deux niveaux d énergie. Dans le cas de la liaison, l'orbitale de plus basse énergie est dite liante, et forme la HOMO (Highest Occupied Molecular Orbital). Celle de plus haute énergie est dite anti-liante et est appelée la LUMO (Lowest Unoccupied Molecular Orbital). Ces orbitales HOMO et LUMO sont assimilées à la bande de valence et la bande de conduction respectivement et la différence d'énergie entre ces deux orbitales confère le caractère semiconducteur à la molécule conjuguée. Dans un dispositif organique ces matériaux conjugués doivent être déposés sous forme de film mince (de l'ordre de 100 nm). Cependant, les techniques de dépôts des petites molécules et des polymères conjugués sont différents. Les molécules de faible masse molaire se déposent par évaporation sous vide secondaire d'environ 10-6 à 10-7 mbar sur le substrat placé au dessus (Figure 2a). La vitesse de dépôt et l'épaisseur sont contrôlées in situ par une balance à quartz piézoélectrique placée à proximité des échantillons. Les épaisseurs sont également vérifiées a posteriori à l'aide d'un profilomètre tactile. Les polymères conjugués sont quant à eux déposés par "voie humide" c'est-à-dire à partir d'une solution. Le polymère est tout d'abord dissous dans un solvant organique puis est déposé sous forme de film mince par différentes techniques telles que le spin-coating (enduction centrifuge) qui consiste à faire tourner le substrat à forte vitesse après avoir déposé quelques gouttes de solution (Figure 2b). L'épaisseur du film ainsi formé est fonction du polymère, de la vitesse de rotation du substrat et de la concentration initiale en polymère. Les épaisseurs sont vérifiées a posteriori à l'aide d'un profilomètre tactile. (a) (b) Figure 2 : (a) Evaporation sous vide de "petites molécules" et (b) Spin-coating de polymères. 3. Elaboration des dispositifs organiques 3.1. Equipement Pour l'élaboration des dispositifs les étudiants ont accès à la centrale de technologie ELORGA située au laboratoire IMS, qui possède une solide expérience dans le domaine de l'électronique organique (Figure 3). Le matériel de cette centrale utilisé dans le cadre des TP consiste en : boite à gants, évaporateur sous vide, spin-coaters, analyseurs de semi-conducteurs, spectromètre, luminancemètre, simulateur solaire AM 1.5, profilomètre tactile.

Figure 3 : Centrale de technologie ELORGA du laboratoire IMS (Bordeaux) 3.2. Les diodes électroluminescentes organiques Les diodes électroluminescentes organiques suscitent un intérêt croissant du fait de leurs applications dans le domaine de l'affichage. Les écrans électroluminescents organiques (OLEDs) connaissent en effet depuis les années 90 un développement spectaculaire qui a permis la commercialisation d afficheurs pour des applications nomades (50% des lecteurs MP3 sont actuellement à affichage OLED). L intérêt suscité par les OLEDs s explique par les avantages nombreux présentés par cette technologie, à savoir : un fonctionnement en mode émissif (pas besoin de rétroéclairage), un grand angle de vue, une faible tension de fonctionnement (< 5), une émission possible dans tout le domaine du visible (par modification de la structure chimique du matériau), un accès possible aux écrans souples et des coûts de production réduits. Dans sa configuration la plus simple, une OLED est constituée d'une couche organique active insérée entre deux électrodes (voir Figure 4a). (a) Figure 4 : Structure (a) et schéma de bande (b) d'une diode électroluminescente organique. (b) L'anode est en général de l'ito qui présente l'avantage d'être transparent, suffisamment conducteur et qui possède un travail de sortie élevé permettant l'injection des trous dans le niveau HOMO (assimilé à la bande de valence d'un semi-conducteur) de la couche active. La cathode possède un faible travail de sortie (Ca, Al, Mg:Ag...) autorisant l'injection des électrons dans le niveau LUMO (assimilé à la bande de conduction) du matériau organique. Lorsque ces porteurs de charges de signes opposés se rencontrent et il se forme alors un exciton qui émet un photon lors de son annihilation. Le schéma de bande d'un tel dispositif est présenté en Figure 4b.

Dans le cadre des Travaux Pratiques le substrat est constitué de verre, l'anode d'un dépôt d'oxyde d'indium et d'étain (ITO), la cathode d'aluminium ou de calcium et le polymère émissif le polymère ADS108GE acheté chez American Dye Source. Le procédé de fabrication des OLEDs dans le cadre des TP est résumé en Figure 5. Les lames d'ito doivent être préalablement gravées avec de la poudre de zinc et de l'acide chlorhydrique afin d'éviter tout court-circuit lors de la caractérisation des OLEDs. Les substrats sont par la suite rincés abondamment avec de l eau ultra-pure, puis de l'acétone et de l'isopropanol sous ultra-sons. Un nettoyage final par plasma U- Ozone est effectué pendant 15 minutes afin de rendre la lame hydrophile indispensable au dépôt suivant. Figure 5 : Procédé de fabrication des OLEDs et des cellules P dans le cadre des Travaux Pratiques Le poly(éthylène dioxythiophène) dopé au poly(styrène sulfonate) aussi appelé PEDOT-PSS est un polymère conducteur qui permet à la fois de masquer la rugosité de l'ito et de favoriser l'injection de trous en augmentant le travail de sortie de l'anode. Le dépôt du PEDOT-PSS s'effectue par spin-coating et le film obtenu est transparent et légèrement bleuté. Le film mince de PEDOT-PSS est ensuite recuit à l'étuve sous vide primaire à 90 C pendant 30 minutes. La couche active d'épaisseur environ 100 nm est ensuite déposée par évaporation sous vide (dans le cas des petites molécules) ou par spin-coating (pour les polymères). Finalement la cathode en Ca est évaporée sous vide. Une fois les composants réalisés, leurs caractéristiques sont mesurées. Il s'agit de tracer les caractéristiques intensité-tension-luminance (I--L) ainsi que le spectre d'électroluminescence (Figure 6). Pour les caractéristiques I--L, les étudiants disposent d'un analyseur de semiconducteur Keithley 4200, d'une boite comportant 5 pinces permettant de prendre les contacts ainsi qu'une photodiode permettant de mesurer la lumière émise. A partir de ces caractéristiques I- -L les efficacités lumineuse en C/A et énergétique en Lm/W peuvent être évaluées en utilisant les relations suivantes : 2 2 2 L (Cd/m ) L (Cd/m )*S(m ) Le (Cd / A) 2 J(A/m ) I(A) Le * Re(Lm / W) Les spectres d'électroluminescence (EL) sont mesurés à l'aide d'un spectromètre miniature de marque Ocean Optics (PC2000 ou HR2000) avec une résolution spectrale de 0,4 nm. La lumière émise est captée par une fibre optique placée dans la boite à gants, conduite sur un élément

Courant (A) Luminance (Cd/m 2 ) Electroluminescence (a.u.) PCB dispersif puis analysée instantanément par un capteur CCD. Les atouts d'un tel dispositif sont le faible encombrement, le coût, la sensibilité et la rapidité de mesure (quelques millisecondes). 0.1 0.08 0.06 (a) Courant Luminance 10 5 10 4 1000 4000 3500 3000 2500 2000 (b) 0.04 0.02 100 10 1500 1000 500 0 1 0 2 4 6 8 10 Potentiel () 0 400 450 500 550 600 650 700 750 800 Longueur d'onde (nm) Figure 6 : Courbes I--L (a) et d'électroluminescence (b) d'une OLED du type ITO/PEDOT/ADS108GE/Ca 3.3. Les cellules photovoltaïques (P) organiques L'énergie solaire reçue par la terre représente environ 10 000 fois la consommation énergétique globale actuelle. La conversion efficace de l'énergie solaire en électricité est donc une solution attrayante qui permettrait de participer aux efforts liés à la résolution des problèmes énergétiques de la planète. Les cellules les plus performantes sont à base de silicium monocristallin ou d'arséniure de gallium, matériaux très onéreux, et, utilisés de ce fait essentiellement dans l industrie aérospatiale, avec des rendements dépassant 20%. Par ailleurs, les modules commercialisés à base de silicium polycristallin, ont des rendements de l'ordre de 15%. Plus récemment, il a été montré que des cellules dites "couches minces" à base de CuInSe 2 ou de CuInS 2 ont un rendement, en laboratoire, pouvant atteindre, voire dépasser, les 15%, mais à condition que la composition et la cristallinité de ces semiconducteurs soient rigoureusement contrôlées. Quant aux cellules commerciales au silicium amorphe, matériau meilleur marché, elles possèdent des rendements n'excédant pas 8%. L'efficacité des systèmes inorganiques nécessitant donc des matériaux de haute pureté et un process de microélectronique pour leur fabrication, leur coût reste élevé pour des utilisations "grand public". De plus, les cellules inorganiques sont peu adaptées à certaines applications telles que les supports souples pour appareils jetables de grande consommation (téléphones portables, calculatrices ). De nouveaux concepts sont donc explorés depuis une vingtaine d'années basés sur l'utilisation de matériaux organiques qui sont particulièrement attractives en raison de leur facilité de mise en oeuvre, de leur légèreté, de leur faible coût ou de leur potentielle flexibilité. Dans une cellule P organique l'absorption d'un photon crée une paire électron-trou appelé exciton. Ces excitons vont diffuser puis se dissocier à un interface donneur/accepteur. Les charges vont alors être transportées au sein des matériaux organiques pour être collectées aux électrodes. Ces différents processus sont résumés sur la Figure 7. Il est important de noter que la dissociation de l'exciton se produit à l'interface donneur/accepteur. Cependant les longueurs de diffusion des excitons étant très faibles dans les matériaux organiques et particulièrement dans les polymères (de l'ordre de 10 nm) il convient soit de faire des couches très fines, ce qui diminue l'absorption de lumière ou de mélanger le donneur et l'accepteur afin de créer des interfaces sur des distances inférieures à la longueur de diffusion des excitons. Ces mélanges sont surtout appliqués aux cellules P polymères et permettent donc une meilleure dissociation des excitons et un meilleur transport des charges des interfaces D/A jusqu'aux électrodes.

absorption de photons création d'excitons hυ diffusion des excitons - - - transport des électrons dissociation des excitons transport des trous h 4.7 e h e - 3.53 e 5.2 e e - 3.75 e 6.1 e 4.3 e Donneur d'électrons Accepteur d'électrons I Figure 7 : Différentes étapes du photovoltaïque organique et schéma de bande d'une cellule P de type ITO/PEDOT/P3HT:PCBM/Al Dans le cadre des Travaux Pratiques des cellules P polymères sont fabriquées et caractérisées. Le couple donneur / accepteur a été choisi en fonction des performances de la littérature. Le poly(3-hexylthiophène) (P3HT) est le polymère donneur montrant les meilleures performances quand il est mélangé avec un dérivé du fullérène (C 60 ) substitué appelé PCBM. Le schéma de bande des dispositifs photovoltaïques à base de P3HT/PCBM est présenté dans la Figure 7. Le mélange P3HT/PCBM permet dans la littérature d'obtenir des rendements de l'ordre entre 3 et 5%. Lors des TP les étudiants travaillent partiellement hors boite à gants et n'étant pas experts dans la fabrication des dispositifs des rendements de 2% arrivent à être obtenus, ce qui est tout à fait correct. Si les procédés de fabrication des cellules P organiques sont identiques à ceux des OLEDs et peuvent être résumés sur la Figure 5, les méthodes de caractérisation sont très différentes. Les cellules P sont éclairées à l'aide d'un simulateur solaire AM 1.5 placé dans la boite à gants comme le montre la Figure 8. Le tracé des caractéristiques intensité-potentiel (I-) dans le noir et sous éclairement permet d'accéder aux grandeurs caractéristiques des cellules photovoltaïques résumées dans la Figure 8 : le courant de court-circuit, la tension de circuit ouvert, le facteur de forme et le rendement de conversion. Ce rendement est d'autant plus important que I SC, OC et FF sont grands. I ITO donneur P3HT accepteur PCBM Al Simulateur solaire AM 1.5 Courant de court-circuit I SC Tension de circuit ouvert OC Puissance maximale I max max Facteur de forme FF ITO Dans le noir max OC FF max OC I I max SC Keithley SMU2400 Al Sous illumination Imax Isc Rectangle de puissance maximale Rendement de conversion P P max in I SC OCFF Pin Figure 8 : Caractérisations des cellules P organiques Conclusion A l'issue de cet enseignement les étudiants auront acquis les connaissances indispensables à l'élaboration et à la caractérisation de diodes organiques électroluminescentes (OLED) et de cellules photovoltaïques organiques. Des TP sur les transistors organiques à effet de champ (OFET) sont également au point à Bordeaux mais seront présentés ultérieurement.