IFM Fribourg Deuxième Restitution Lecture d une péricope du Nouveau Testament L onction de Béthanie Mc 14, 3-9 Février 2008 Evelyne Mivelaz Cousset Accompagnée par le conseiller d études P.-Olivier Bressoud
1. INTRODUCTION 1.1 Motifs de mon choix Pour cette deuxième restitution, mon choix s est porté sur l onction de Béthanie. La raison en est fort simple : il s agit d un texte qui est une source pour toute ma vie spirituelle puisque c est le passage d évangile qui a été au cœur de la liturgie de ma consécration. A cette époque déjà le geste un peu fou de cette femme m avait interpellée et bouleversée. Je trouvais également intéressant de me pencher sur ce récit raconté par Marc : je connaissais bien la version de Jean qui revient chaque année dans la liturgie du Lundi Saint mais je ne m étais pas beaucoup arrêtée sur l approche qu en avait eu Marc. 1.2 Mes questionnements En ayant connaissance du texte de Jean, je me suis demandé quel sens avait cette onction non pas sur les pieds de Jésus mais sur sa tête. Le fait que cette rencontre se passe chez Simon le lépreux devait également avoir une signification. Pour moi l onction de Béthanie avait eu lieu chez Marthe et Marie, je n avais pas réalisé que les synoptiques situaient ce récit dans un endroit différent. Quel aspect de la personne de Jésus Marc désire-t-il nous révéler à travers sa manière de nous présenter cette rencontre? Pourquoi ce geste a-t-il aux yeux de Jésus une portée universelle? 1.3 Démarche suivie Dans le but d essayer de répondre un peu à mes questions, j ai décidé de procéder de la manière suivante : après avoir donné le contexte, je procèderai à une étude approfondie du texte duquel je commencerai par définir le genre littéraire et la structure ; l onction de Béthanie étant présente chez les trois synoptiques, je ferai quelques comparaisons entre les trois approches de ce récit et je finirai par analyser le texte verset par verset en respectant sa structure. De cette analyse, je ressortirai les éléments essentiels de la personne de Jésus, de l être humain, ce que ce texte nous en dit. Je continuerai par une appropriation personnelle, tentant d exprimer en quoi ce récit résonne en moi, en quoi il peut éclairer ma vie et ma manière de vivre la pastorale. Je terminerai par une conclusion dans laquelle je reprendrai les questions du départ. 2
2. ANALYSE DU TEXTE 2.1 Contexte 2.1.1 CONTEXTE LARGE Avec l onction à Béthanie, nous nous trouvons dans la dernière partie de l Evangile de Marc. Ces trois derniers chapitres constituent le sommet de cet Evangile. Au tout début Marc précise qu il s agit de l Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu. Ce qui va suivre sera une révélation progressive de la personne de Jésus comme Christ et Fils de Dieu à travers les miracles, les rencontres et les controverses, les enseignements donnés aux disciples. La dernière partie de l Evangile se terminera par la déclaration du centurion romain, un païen, au pied de la croix : «vraiment cet homme était Fils de Dieu» (Mc 15,39). C est à la croix, alors que ses disciples l ont abandonné, qu un homme révèle la véritable identité de Jésus. Dans l Evangile de Marc, Jésus ne monte qu une fois à Jérusalem : pour y vivre sa passion. A Béthanie, nous nous trouvons tout à côté de la Ville Sainte. 2.1.2 CONTEXTE PROCHE «Marc utilise ici le procédé du récit enchâssé : l onction de Béthanie est intercalée entre deux passages où il est question de complot» 1. Dans le court passage qui précède, il est question des grands prêtres qui cherchent une solution pour arrêter Jésus afin de l éliminer sans ameuter la foule. Dans celui qui suit, c est Judas qui va voir les grands prêtres et se fait promettre de l argent pour le leur livrer. 2.1.3 CONCLUSION L onction de Béthanie se passe tout à côté de Jérusalem, ce qui signifie que nous entrons déjà dans cette dernière phase de la vie de Jésus. Cette scène se passe à l intérieur lors d un repas : un moment d intimité de convivialité durant lequel le geste de cette femme, geste d amour est certainement source de réconfort, alors qu à l extérieur le complot contre Jésus est en train de s organiser. 1 LEONARD P., l Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc, Cahier de l Evangile 133, Cerf, Paris 2005, p. 63. 3
2.2 Etude du texte 2.2.1 GENRE LITTERAIRE Dans cette péricope, nous avons affaire à un récit. Nous y retrouvons le style de l évangéliste Marc : un style sobre, sans détail inutile. Chaque élément aura donc son importance. L auteur utilise le contraste entre l imparfait qui nous suggère une action qui se passe dans le temps («et comme il était à Béthanie, alors qu il était à table») et le passé simple à un moment où un nouvel événement, quelque chose d inattendu intervient («Une femme vint»). Quant à Jésus, dans sa réponse, il parle au futur ; il est déjà tout entier tourné vers sa passion. Deux prises de parole nous sont redonnées : la première nous vient de «certains» qui s indignent à la vue de ce qui est en train de se passer devant eux. Ils s expriment l un à l autre leur incompréhension par rapport au geste de cette femme. La seconde c est la réponse même de Jésus qui commence par la défendre et qui va donner sa propre interprétation de cette onction. Simon le lépreux qui est l hôte de Jésus et la femme ne prononcent aucune parole dans ce texte. 2.2.2 STRUCTURE DU TEXTE On peut subdiviser le texte en 4 parties : 1. Verset 9 : geste de la femme et les circonstances dans lesquelles il s accomplit. 2. Verset 4-5 : ce geste provoque des réactions. 3. Verset 6-8 : intervention de Jésus qui donne sa propre interprétation. 4. Verset 9 : portée universelle que Jésus lui donne. 2.2.3 COMPARAISON SYNOPTIQUE Les deux autres évangélistes synoptiques relatent l onction de Béthanie. Regardons d abord le récit qu en fait Matthieu qui est le plus proche de Marc. L action se passe chez Simon le lépreux à Béthanie également. Marc précise que Jésus est à table alors que Matthieu ne le dit pas. L onction a lieu sur la tête de Jésus comme pour Marc. Chez Matthieu, nous apprenons que ceux qui réagissent sont les disciples. Marc ne le mentionne pas mais je serais assez d avis que ce terme de «certains» les désigne. Marc nous présente souvent les disciples comme étant aveugles, lents à croire, ils ont de la difficulté à se situer sur le même niveau de compréhension que Jésus. Chez Luc par contre, la scène a lieu dans la maison d un pharisien qui s appelle aussi Simon. La femme dont il est question est nettement présentée comme une pécheresse. L onction a lieu aux pieds de Jésus, elle pleure sur ses pieds, verse le parfum et les essuie de ses cheveux. Ce geste chez Luc revêt une signification bien différente dès lors : il s agit d un geste de repentance. De plus la réaction d incompréhension vient des pharisiens et non des disciples. Elle est à l égard de Jésus et non de la femme : «si Jésus était prophète il saurait qui est cette femme qui le touche» (Lc 7,39). Jésus réagit en donnant un enseignement : un grand amour peut pardonner de graves péchés. 4
2.2.4 ANALYSE APPROFONDIE 2.2.4.1 Geste de la femme et les circonstances dans lesquelles il s accomplit (v. 9) Nous apprenons dans cette première partie du verset que Jésus se trouve à Béthanie. Il s agit d un village proche de Jérusalem, où Jésus a l habitude de se reposer. Béthanie étymologiquement signifie «maison du pauvre» 2. Nous apprenons aussi que Jésus est dans la maison de Simon le lépreux. Pour tout juif, le lépreux est un être impur qui vit en-dehors de la société, avec qui il ne peut avoir aucun contact sous peine de devenir impur à son tour. S agit-il d un lépreux que Jésus aurait guéri comme le suggère Jacques Hervieux 3 dans son commentaire de l Evangile de Marc, il est difficile de le savoir. Mais au fond peu importe, nous retrouvons Jésus, comme souvent dans l Evangile, chez une personne considérée comme marginale voire même exclue. En Mc 2,16, par exemple, il était déjà à table dans la maison d un autre exclu, Lévi le publicain ; les scribes des pharisiens s en étaient offusqués : «Pourquoi votre maître mange-t-il avec les pécheurs et les publicains?». Car manger avec quelqu un c est vivre une communion avec lui, une intimité. Hors pour un juif pratiquant il n y a pas de communion possible avec une personne impure considérée comme pécheur. Au cours d un repas arrive une femme. Il s agit d une intrusion, quelque chose d inattendu (suggéré par le passé simple : une femme vint). On ne sait rien de cette femme : on ne connaît pas son nom, ni ce qu elle fait, on ne sait rien d elle. L unique chose qu on apprend d elle c est ce qu elle apporte (un vase d albâtre de parfum de nard pur de très grande valeur) et le geste qu elle va faire à l égard de Jésus. L évangéliste a voulu porter l attention sur l action et non sur la personne de la femme. Elle brise le vase et répand le parfum sur la tête de Jésus. L auteur a le souci de souligner qu il s agit d un parfum précieux de très grande valeur. Cette femme n a pas regardé à la dépense pour rendre l hommage de son amour pour Jésus. Elle me fait droit penser à une autre femme, chez Luc cette fois, la petite veuve qui met ses deux piécettes dans le tronc du temple. N y a-t-il pas un air de famille dans le don d ellemême chez ces deux femmes? L une qui donne tout ce qu elle avait pour vivre en offrande pour le temple et l autre qui verse un parfum de très grande valeur pour honorer le Temple nouveau non fait de main d homme? Enfin, on peut souligner le courage dont elle fait preuve : affronter les regards des invités, être en butte à l incompréhension tout cela ne la retient pas. Mais revenons un peu sur l onction en elle-même : le parfum est versé sur la tête de Jésus. L usage du parfum faisait partie des gestes d hospitalité en usage en Orient à l époque de Jésus. Dans l Evangile de Luc, Jésus va d ailleurs faire le reproche à son hôte : «Tu n as pas répandu d huile odorante sur ma tête», ce qui prouve bien que ce geste était habituel. Jean de Radermakers dans son commentaire de l Evangile de Marc souligne : «selon l Ancien Testament, les séductrices et les prostituées abusaient de parfums pénétrants (Is 57,9)» 4. Mais rien dans l attitude de cette femme ne nous permettrait de déduire qu il s agit ici d une prostituée. Quant à l onction sur la tête de Jésus, ne serait-ce pas une onction royale à l image de celle du roi David oint par Samuel en 2 S 16,13? Personnellement c est le premier rapprochement scripturaire que j ai pu faire. Le second, je l ai fait avec le psaume 133 : «C est comme l huile qui parfume la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d Aaron, qui descend sur le col 2 STANDAERT B., L Evangile selon saint Marc, Commentaire, Cerf, Paris, 1997, p. 132. 3 HERVIEUX, Jacques, L Evangile de Marc, Centurion, Paris, 1991, p. 203. 4 RADERMAKERS JEAN, La bonne nouvelle de Jésus selon saint Marc, Lecture continue, Institut d études théologiques, Bruxelles, 1974, p. 364. 5
de son vêtement.» Aaron étant le grand prêtre, c est de l onction sacerdotale dont il s agit. L épître aux Hébreux ne nous présente-t-elle pas Jésus comme «le grand prêtre qui nous convenait, saint, immaculé, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux» 5? Jean de Radermakers est de cet avis : «la femme de Béthanie verse son parfum sur la tête de Jésus, signe d accueil sans doute, où peut se lire l évocation de l onction sacerdotale (Ex 30,22-23) ou royale (1 S 9,16-17)» 6. Durant toute cette première partie, Jésus se laisse faire, il n intervient pas, il accueille pleinement l amour exprimé par cette femme. 2.2.4.2 Ce geste provoque des réactions (v 4-5) Une femme qui a l audace de venir perturber le repas en posant un geste dont les convives ne comprennent pas la portée suscite des réactions d indignation. Marc ne précise pas qui sont ces personnes qui s indignent, il dit : «certains». Matthieu note qu il s agit des disciples et Jean met les mêmes paroles dans la bouche de Judas. Il ne me semble pas trop abusif de penser qu il s agisse bien des disciples. Il nous est dit «qu ils s indignaient entre eux», ce qui suggère qu ils parlent à voix basse entre eux sans ouvrir un véritable dialogue avec les personnes directement concernées. Il s agit d une attitude bien répandue : il est tellement plus facile de faire des colloques entre personnes qui pensent la même chose plutôt que d ouvrir le dialogue. On apprend également ce sur quoi ils sont en train de butter : en vue de quoi un tel gaspillage? Là où une femme vient de montrer qu elle était prête à donner en pure perte un parfum très précieux par amour pour Jésus, eux n y voient que du gaspillage. Ils sont incapables de passer à un autre niveau que le niveau matériel, terre à terre. Dans l Evangile de Marc, une telle attitude chez les disciples n est pas nouvelle : en Mc 8,14-21 par exemple, alors que Jésus leur dit de se méfier du levain des pharisiens, ils pensent au fait qu ils ont oublié d emporter du pain avec eux. Les disciples nous sont souvent présentés manquant d intelligence chez Marc. C est assez consolant pour nous lorsqu on sait combien ils vont progresser jusqu à donner leur vie par amour pour le Christ. Pourtant les disciples ajoutent qu on aurait pu vendre le parfum et donner l argent aux pauvres. La raison qu ils invoquent par ailleurs est tout à fait louable : le souci des pauvres est certainement une bonne chose. Jésus dans sa réponse les encouragera à le faire chaque fois qu ils le voudront. Conséquence de leur incompréhension : ils se mettent à rudoyer cette femme. Le terme rudoyer selon la définition du Larousse signifie : «Traiter rudement, sans ménagement, brutaliser, maltraiter» 7. Ils ont une réaction de rejet très forte envers cette femme. 2.2.4.3 Intervention de Jésus qui donne sa propre interprétation (v 6-8) Alors Jésus intervient, c est la première fois que Jésus prend la parole dans ce passage. Il commence par une parole d autorité, il donne un ordre : «Laissez-la, pourquoi lui causezvous du tracas»? Cette femme que les disciples sont en train de malmener, d humilier, Jésus la rétablit en disant qu elle vient de faire une bonne œuvre. Par cette affirmation, il aimerait amener les disciples à un autre niveau de compréhension. Il va ensuite expliquer en quoi ce qu elle vient d accomplir est une bonne œuvre : et là Jésus reprend l argument des disciples. 5 Hb 7,6. 6 RADERMAKERS JEAN, La bonne nouvelle de Jésus selon saint Marc, Lecture continue, Institut d études théologiques, Bruxelles, 1974, p.364. 7 Le Petit Larousse illustré, Larousse, Paris, 1997, p. 905. 6
Les pauvres, ils en auront toujours auprès d eux et ils pourront leur faire du bien autant qu ils le voudront. Mais lui il ne l auront pas toujours. Il utilise un futur : Jésus n est-il pas déjà tout entier tourné vers sa passion qui approche? Les disciples doivent se préparer à se séparer de Jésus. Et il ajoute : «cette femme a fait ce qu elle a pu : d avance elle a parfumé mon corps pour l ensevelissement». Voilà l interprétation de Jésus : cette femme a procédé à l embaumement de son corps. En effet le corps de Jésus devra être mis au tombeau sans que les femmes puissent l embaumer après la crucifixion puisque c était le grand shabbat de Pâques et que tout le monde devait être rentré avant la tombée du jour. Quant au matin de Pâques, les myrrhophores ne trouveront qu un tombeau vide. 8 2.2.4.4 Portée universelle que Jésus donne à ce geste Dans ce dernier verset, Jésus utilise l expression «en vérité, je vous le dis». Elle revient 14 fois dans l Evangile de Marc. Elle va souligner l importance de ce qui va suivre. Cette onction aura une portée universelle géographiquement parlant (partout, dans le monde entier) et temporellement parlant (utilisation du futur : partout où sera prêché l évangile on redira à sa mémoire). «La femme sans le savoir a fait un geste qui symbolise Jésus : c est pourquoi sa mémoire sera immortalisée par l annonce de l Evangile». 9 3 SYNTHESE THEOLOGIQUE 3.1 Image de Jésus qui se dégage du texte 3.1.1 JESUS A LA TABLE DES PECHEURS Jésus est invité à Béthanie (la maison du pauvre) chez Simon le lépreux (un homme impur considéré comme un pécheur). Il est à table ce qui suggère cette intimité que Jésus désire vivre avec ceux qui sont présents. N est ce pas touchant de voir si souvent Jésus accepter l invitation des pécheurs pour vivre une véritable communion avec eux? Il l avait dit en Mc 2,17 : «Je ne suis pas venu pour les bien portants mais pour les malades». 3.1.2 JESUS MODELE D HUMILITE L humilité d une personne se manifeste par l accueil qu elle fait de la réalité en vivant chaque événement dans la profondeur de son être et l abandon dans les mains de son Dieu. Pendant l onction, Jésus ne dit rien, ne réagit pas, se laisse faire. Il accueille l hommage de l amour de cette femme sans manifester de réticence, abandonné à l événement. C est la même attitude qu il adoptera tout au long de la passion : Jésus accueillera de la même manière les paroles blessantes, les crachats, les coups, les insultes, les accusations injustes. 8 STANDAERT B., L Evangile selon saint Marc, Commentaire, Cerf, Paris, 1997, p. 133. 9 DELORME JEAN, Lecture de l Evangile selon saint Marc, Cahier de l Evangile ½, Cerf, Paris 1972, p. 108. 7
3.1.3 LA SOLITUDE DE JESUS Dans cet événement, Jésus se sent seul. Ses disciples, ceux qui sont sensés le connaître le mieux, prouvent par leur réactions qu ils ont encore loin de comprendre la vraie mission de Jésus. Là où la femme a cherché le meilleur pour honorer Jésus, ils pensent qu on aurait mieux fait d utiliser cet argent à de meilleures fins. Ils sont à des kilomètres de ce qui habite le cœur de Jésus. 3.1.4 JESUS LE PAUVRE Il accueille le geste d une femme qu il ne connaît pas ; puis il va la défendre face à ceux qui veulent l humilier. Jésus est toujours du côté du plus pauvre, de celui qu on cherche à rejeter. Or n est-il pas le Pauvre, lui qui «de condition divine n a pas considéré comme une proie à saisir d être l égal de Dieu. Mais il s est dépouillé lui-même prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme ; il s est abaissé devenant obéissant jusqu à la mort, à la mort sur une croix.» 10 Il se sent pleinement en famille avec les pauvres lui qui va connaître l exclusion, le rejet, l humiliation dans sa passion. Il s est fait solidaire de toutes les formes de pauvreté. 3.1.5 JESUS SAIT QU IL VA VERS SA MORT ET IL Y PREPARE SES DISCIPLES A plusieurs reprises, Jésus avait annoncé sa passion et sa mort. Ce n est pas une surprise. En ce moment où l événement est tout proche, les disciples ne semblent pas réaliser que Jésus va leur être enlevé. Il leur annonce qu ils ne l auront pas toujours avec eux et que la femme a parfumé son corps pour l ensevelissement. Jésus a conscience de son départ et il a à cœur d y préparer ses disciples, même s ils ne comprendront toutes ces paroles que plus tard. 3.2 Image de l être humain 3.2.1 L ETRE HUMAIN CAPABLE DE DONNER SANS CALCUL La femme qui brise un vase contenant un parfum de très grande valeur, c est le signe de cette générosité dont le cœur de l être humain est capable pour manifester son amour. La démesure de cet amour va faire réagir ceux qui ne se trouvent pas au même diapason à ce moment-là. Cette générosité s accompagne d un grand courage : s introduire ainsi au milieu d un repas alors qu on n a pas été invité et qu on est une femme, c est faire preuve de bravoure. 3.2.2 L ETRE HUMAIN CAPABLE DE POSER UN ACTE PROPHETIQUE QUI LE DEPASSE En versant son parfum la femme pense rendre un hommage envers Jésus mais ne se rend pas compte de sa portée prophétique. Elle l oint à la manière d un roi et d un prêtre, mais Jésus va lui révéler une troisième signification prophétique de l onction : elle a parfumé mon corps 10 Ph 2,6-8. 8
pour son ensevelissement. De plus c est tellement grand ce qu elle vient d accomplir, que cet acte aura une portée universelle. 3.2.3 L ETRE HUMAIN CAPABLE DE JUGEMENT Les disciples n ont vu ni l amour de la femme, ni le prophétisme de son acte, ils n y voient qu un gaspillage financier. Là où il y a gain, un grand amour manifesté, ils y voient une perte. Ils ne regardent la scène qu à travers un tout petit bout de la lorgnette. Ils en restent à l aspect matériel, ils sont incapables d en comprendre le sens. Bloqués sur une vision de l événement, ils sont aveugles sur l essentiel. 3.2.4 L ETRE HUMAIN N AIME PAS CE QUI LE DERANGE Cette femme vient de poser un acte qui dérange. Ils commencent par faire des conciliabules entre eux, ils sont indignés par ce qu ils ne comprennent pas et commencent à la rudoyer. Il faut se débarrasser de celle qui les déstabilise, parce que, ce qu elle vient de faire ne rentre pas dans leurs cadres. 3.3 Mission de Jésus Jésus est venu pour «être à table» avec l humanité ; il veut vivre une complicité, une relation intime avec toute personne : qu on soit disciple ou marginal, homme ou femme. A travers cette onction, Marc nous suggère la mission royale et sacerdotale du Christ. Il est roi mais pas à la manière du monde : «le Fils de l homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie ne rançon pour la multitude»(mc 10,45). Dans cette mort par amour pour nous, il est roi en ne se laissant dominer à aucun moment par la violence, l esprit de haine et de vengeance et il est prêtre en acceptant de s offrir pour le salut de tous. Cette mort à venir est suggérée par l annonce du départ de Jésus et de son ensevelissement. 4 APPROPRIATION Jésus est invité par un lépreux, mais c est aussi dans mon âme lépreuse qu il accepte de descendre pour y vivre une communion d amour avec moi. C est chaque jour qu il vient frapper à la porte de mon cœur pour que je lui ouvre. Il aimerait venir y régner en roi, que je lui laisse toute la place. Alors, de quelle folie déraisonnable suis-je capable à l image de cette femme pour laisser Jésus être davantage roi en moi? Quel est ce parfum de nard pur et de très grande valeur que je puis briser en pure perte pour Celui à qui j ai dit oui? Ce parfum ce sont certainement tous ces petits actes de renoncements quotidiens, de détachement difficile, de charité inventive qui coûtent, offerts dans le secret du cœur, connus de Dieu seul. En me donnant ainsi davantage à Jésus le Pauvre, présent dans tous les visages que peut revêtir la pauvreté dans l humanité, je le servirai d une manière plus ajustée. Par ailleurs, il faut reconnaître que les réactions des disciples m interpellent aussi : il m arrive de me laisser enfermer par des conceptions étroites, étriquées qui m empêchent d avoir le regard de Jésus sur les autres ; je ne vois alors la réalité que du point de vue matériel et je suis aveugle sur l intention du cœur et la portée prophétique des actions de ceux qui m entourent. Il m arrive de rudoyer par la parole des personnes qui peut-être aux yeux du Christ ont fait 9
une bonne œuvre à son égard. Je ne me sens donc pas du tout étrangère à cette manière de réagir des disciples. Jésus avertit ses disciples : «vous ne m aurez pas toujours». C est une donnée de la vie spirituelle qu il y a des périodes où le Christ semble absent, on a l impression qu il nous a abandonnés. N a-t-il pas lui aussi accepté de vivre cette solitude jusque dans la relation à son propre père : «Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m as-tu abandonné? 11» Et c est vrai que de pouvoir communier à la solitude de Jésus sur la croix est certainement une grande consolation dans ces moments-la. Ce que cette femme a fait pour le Christ, ce geste de grand amour pour lui, n avons-nous pas à le continuer à l égard de tous ceux que Jésus met sur notre route? Jésus ressuscité est présent dans chaque frère, chaque sœur que nous croisons. C est ainsi que le geste de cette femme peut se continuer par nos mains. 5 CONCLUSION «C est dans la maison d un lépreux et dans un village dont le nom Béthanie signifie «maison des pauvres» que Jésus reçoit sur sa tête comme une onction royale le parfum précieux qu une femme portait dans un vase d albâtre. Contraste entre l abaissement et la gloire, deux pôles de la vie de Jésus. C est dans mon âme lépreuse que je briserai à ses pieds le nard authentique de ma repentance et de mon obéissance». 12 Pour revenir à mes questions de départ, la mention de l endroit où a lieu l onction nous dit quelque chose de la personne de Jésus : à savoir qu il est venu vivre une solidarité avec cette humanité atteinte par la lèpre du péché pour la réconcilier avec le Père. Le geste de cette femme nous montre un autre aspect de sa personne: il est roi, vainqueur de toutes les forces du mal et du péché ce qui se révélera dans sa passion et sa mort. L acte prophétique posé par cette femme aura une portée universelle par les mains de tous ceux qui au nom de l Evangile seront capables de reconnaître et d aimer le visage de Jésus dans les pauvres de leur temps. 11 Mc 15,34. 12 UN MOINE DE L EGLISE D ORIENT, Simples regards sur le Sauveur, Ed. Chevetogne, Paris, 1962. 10
6 BIBLIOGRAPHIE RADERMAKERS, Jean, La bonne nouvelle de Jésus selon saint Marc, Lecture continue, Institut d Etudes Théologiques, Louvain, 1975. HERVIEUX, Jacques, L Evangile de Marc, Centurion, Paris, 1991. STANDAERT, Benoît, L Evangile selon Marc, Commentaire, Cerf, Paris, 1997. DELORME, Jean, Lecture de l Evangile selon Saint Marc, Cahiers de l Evangile 1/2, Cerf, Paris, 1972. LEONARD, Philippe, L Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc, Cahiers de l Evangile 133, Cerf, Paris, 2005. UN MOINE DE L EGLISE D ORIENT, Simples regards sur le Sauveur, Edition Chevetogne, Paris, 1962. BENOIT, P. ; BOISMARD, M.-E., Synopse des quatre Evangiles en français, tome 1, Cerf, Lonrai 2005. Traduction oecuménique de la Bible, Cerf, Paris, 1975. Le Petit Larousse illustré, Larousse, Paris,1997. 11
7 TABLE DES MATIERES 1. INTRODUCTION 1.1 MOTIFS DE MON CHOIX 1.2 MES QUESTIONNENMENTS 1.3 DEMARCHE SUIVIE 2. ANALYSE DU TEXTE 2.1 ETUDE DU CONTEXTE 2.1.1 CONTEXTE LARGE 2.1.2 CONTEXTE PROCHE 2.1.3 CONCLUSION 2.2 ETUDE DU TEXTE 2.2.1 GENRE LITTERAIRE 2.2.2 STRUCTURE DU TEXTE 2.2.3 COMPARAISON SYNOPTIQUE 2.2.4 ANALYSE APPROFONDIE 2.2.4.1 GESTE DE LA FEMME ET LES CIRCONSTANCES DANS LESQUELLES IL S ACCOMPLIT 2.2.4.2 CE GESTE PROVOQUE DES REACTIONS 2.2.4.3 INTERVENTION DE JESUS QUI DONNE SA PROPRE INTERPRETATION 2.2.4.4 PORTEE UNIVERSELLE QUE JESUS DONNE A CE GESTE 3. SYNTHESE THEOLOGIQUE 3.1 IMAGE DE JESUS QUI SE DEGAGE DU TEXTE 3.1.1 JESUS A LA TABLE DES PECHEURS 3.1.2 JESUS MODELE D HUMILITE 3.1.3 LA SOLITUDE DE JESUS 3.1.4 JESUS LE PAUVRE 3.1.5 JESUS SAIT QU IL VA VERS SA MORT ET IL Y PREPARE SES DISCIPLES 3.2 IMAGE DE L ÊTRE HUMAIN 3.2.1 L ÊTRE HUMAIN CAPABLE DE DONNER SANS CALCUL 3.2.2 L ÊTRE HUMAIN CAPABLE DE POSER UN ACTE PROPHETIQUE QUI LE DEPASSE 3.2.3 L ÊTRE HUMAIN CAPABLE DE POSER DES JUGEMENTS EXTERIEURS 3.2.4 L ÊTRE HUMAIN N AIME PAS CE QUI LE DERANGE 3.3 MISSION DE JESUS 4. APPROPRIATION 5. CONCLUSION 6. BIBLIOGRAPHIE 7. TABLE DE MATIERES 12
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