Le financement de l agriculture familiale dans le contexte de la libéralisation Quelle contribution de la microfinance? - ATP Cirad 41/97 - Syntheses par Pays Financement de l agriculture : Quelle contribution de la microfinance Le cas de Madagascar Cécile Lapenu - Cerise Novembre 2001 Séminaire International 21/24 janvier 2002, Dakar, Sénégal
FINANCEMENT DE L AGRICULTURE : QUELLE CONTRIBUTION DE LA MICRO- FINANCE?... 1 LE CAS DE MADAGASCAR...Erreur! Signet non défini. I Les besoins de financement de l agriculture familiale... 4 Principales productions et filières agricoles... 4 Evolution récente de la politique agricole... 6 L interventionnisme des années 60 et 70... 6 La libéralisation des marchés agricoles depuis les années 80... 7 Organisation économique du secteur... 8 Les exploitations agricoles et la question foncière... 8 Les services amonts et aval de la filière agricole... 10 Les services du secteur public... 10 Les services des organisations paysannes... 11 Impact des réformes sur l organisation du secteur agricole et conséquences sur les besoins de financement... 12 Les avancées dans le secteur agricole... 12 Les contraintes qui demeurent... 12 II- L offre de financement de l agriculture... 15 Politiques publiques de financement de l agriculture... 15 Contribution du système de financement public... 15 Contribution du secteur privé... 17 Banques commerciales... 17 Entreprises agro-alimentaires... 17 Contribution de la micro-finance au financement de l agriculture... 17 L utilisation des services financiers par les ménages ruraux... 21 Faible pénétration du secteur formel... 21 Utilisation des prêts et profil des emprunteurs... 23 III- Micro-finance et financement de l agriculture : que nous apprennent les études sur les AECA de Marovoay et sur les CECAM du Vakinankaratra?... 25 Présentation synthétique des AECA et du financement de l agriculture... 25 Contexte général... 25 Les conditions de l activité agricole... 25 La production agricole... 25 Risques et contraintes de production... 26 Organisation et perspectives des AECA... 26 Les services à l agriculture proposés par les AECA... 27 Le crédit de campagne (sur financement extérieur)... 29 Le crédit équipement (sur financement extérieur)... 29 Le crédit sur dossier (sur financement extérieur)... 29 Les autres crédits productifs (sur fonds propres)... 29 Le crédit dépannage (sur fonds propres)... 30 Taux d intérêt... 30 Remboursement... 31 Les droits d adhésion et produits d épargne... 31 Adéquation offre/ demande sur le financement agricole... 32 Prise en compte du risque... 33 L appui technique... 34 La diversification du porte-feuille... 35 Présentation synthétique des CECAM et du financement de l agriculture... 36 Contexte général... 36 Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-2 -
Les conditions de l activité agricole... 37 La production agricole... 37 Contraintes et risques de production... 37 Organisation et perspective des CECAM... 39 Services à l agriculture... 40 Le crédit équipement : la Location-Vente-Mutualiste (LVM)... 41 Le crédit stockage inspiré du Grenier Communautaire Villageois (GCV)... 42 Les crédits commerciaux... 43 Le crédit productif... 43 Le crédit dépannage... 43 Autres crédits... 43 Taux d intérêt effectif... 44 Remboursement... 44 Les droits d adhésion et produits d épargne... 44 Adéquation offre/ demande... 45 Prise en compte du risque... 46 Nature des garanties... 46 L appui technique... 47 La diversification du porte-feuille... 47 IV. Enseignements : Innovation, intérêts et limites des systèmes mis en place pour le financement de l agriculture... 48 Innovation, intérêts et limites des systèmes étudiés... 48 Les services offerts par les deux systèmes... 48 Les enseignements des deux systèmes... 51 Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-3 -
I Les besoins de financement de l agriculture familiale Afin d analyser quels sont les besoins de financement de l agriculture familiale malgache, nous présenterons les principales productions et filières agricoles du pays, les options de politique agricole qui ont été choisies par le gouvernement malgache, l organisation économique actuelle du secteur et les conséquences des réformes sur la situation actuelle, en particulier par rapport aux besoins de financement et à la solvabilité de la demande. Principales productions et filières agricoles Madagascar est une île caractérisée par une forte diversité des contextes agro-écologiques. Les Hautes Terres présentent un climat tropical d altitude. L Est a un climat davantage pluvieux, tandis que le Sud est semi-aride. D un point de vue démographique, la densité de population varie entre 10 et 300 habitants au km², la moyenne pour le pays étant de 21 hab/km². Certaines régions sont inaccessibles durant la saison des pluies en raison du mauvais état des pistes. L agriculture est également diversifiée : les productions, l intensification, l intégration au marché varient fortement d une région à l autre. Les régions Est et Nord Est sont les zones de production de la majeure partie des produits d exportation traditionnelle (café, vanille, poivre, girofle, divers fruits tropicaux ). En riziculture, on trouve deux zones nettement excédentaires: Le Lac Alaotra dans la région du Moyen Est et Marovoay dans le Nord Ouest. L agriculture occupe la plupart des ménages malgaches : selon l EPM 1999, 80 % des ménages exercent une activité agricole, à titre principal ou secondaire 1. En 2000, le secteur rural est un secteur essentiel de l économie malgache avec près de 45% du PIB 2 en intégrant agriculture, élevage, pêche, forêt et les industries agro-industrielles aval. L agriculture fournit environ 27 % du PIB et représente les moyens de subsistance pour 75 % de la population. L agriculture, l élevage et la pêche assurent plus de 80% des recettes d exportation (Lettre de Politique de Développement Rural Horizon 2015, mars 2001). Les productions agricoles à Madagascar reposent sur le vivrier, les cultures d exportation, l élevage et la pêche. 1 Cette proportion est de 67,6 % dans le faritany d Antananarivo, de 84,7 % dans celui de Fianarantsoa et 81,9 % dans celui de Tuléar. En milieu rural, ce chiffre est de 92 %. 2 PIB 2000 26 350 milliards fmg Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-4 -
Tableau : Production agricole en volume et valeur Principaux produits (1997) Produit Riz Manioc Vanille Café Canne à Mais Coton Arachide Paddy sucre Production 2600 2450 5 80 2080 190 27,5 40 (1000 t) Surface 1300 350 25 200 65 190 25 40 (1000 ha) Rendement 2.0 7 0,2 0,4 32 1,0 1,1 1,0 (t/ha) Prix 140 55 7000 1000 20 160 700 400 (USD/t) Valeur 364 135 35 80 42 30 19 16 (millions USD) Source : INSTAT et World Bank (1998) Les cultures vivrières (riz, manioc, maïs, patate douce, arachide et banane principalement) représentent environ les trois quarts de la valeur de la production agricole, le solde correspondant aux cultures d exportation (café, vanille, litchis, sisal, poivre, girofle, sucre). La plupart de la production agricole vivrière est autoconsommée : 64 % pour le riz, 59 % pour le maïs et 75 % pour la patate douce (EPM 1999) 3. Le principal produit vivrier est le riz, avec une production annuelle aux alentours de 2,6 millions de tonnes de paddy. Il occupe plus de la moitié des superficies cultivées. En riziculture, les deux zones excédentaires que sont le Lac Alaotra dans la région du Moyen Est et Marovoay dans le Nord Ouest bénéficient d importants aménagements hydro-agricoles. Le paddy constitue plus de 35% de la valeur totale de la production agricole (1993). Le manioc correspond au second produit vivrier avec une production de l ordre de 2,4 millions de tonnes. Le café et la vanille ainsi que le girofle, le sucre, le sisal et les épices sont les principaux produits agricoles d exportation. Depuis l Indépendance, la place des trois cultures de rentes (café, vanille, girofle) a été prépondérante dans le commerce extérieur malgache. Ces produits représentaient jusqu à 70% de la valeur des exportations de 1977 à 1986. Leurs parts diminuent cependant progressivement depuis la deuxième moitié des années 80. Si ce mouvement résulte en partie de l évolution des volumes exportés qui tendent à baisser, ainsi qu au mouvement des prix, il est surtout dû à la diversification des échanges extérieurs du pays suite à la libéralisation de l économie. Les produits de la pêche sont ainsi passés au deuxième rang des exportations en valeur en 1994, reléguant la vanille et le girofle en troisième et quatrième position (Razafindrakoto, 1996). La chute continue du cours international et les effets pervers du régime de taxation sur une filière encore peu libéralisée (baisse de la qualité, appauvrissement des producteurs et vieillissement des plantations, fraude et exportations illicites) ont sinistré le secteur de la vanille. On a pourtant observé une augmentation des exportations en 1997 avec l intervention d opérateurs privés (Ramarokoto, 1997). L année 2000 a été une bonne année : si une partie de la récolte a été détruite par un cyclone, cela a été largement compensé par une augmentation des cours. La situation du café est par contre catastrophique avec une forte diminution des cours depuis 1998 qui se combine à un vieillissement des plantations. 3 Les taux d autoconsommation sont très variables selon les régions : par exemple, pour le riz, il est de 80% dans l Est du pays et de 20% dans la région du lac Alaotra. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-5 -
La production maritime (47% de la production totale), en pleine expansion, regroupe les activités de pêche traditionnelle, pêche artisanale et de pêche industrielle (crevette, thon). A cette production maritime, il faut ajouter l aquaculture crevettière et la production d eau douce, y compris la pisciculture, localement importante. Ces différentes productions constituent le premier poste de recettes en devises du pays. La pêche a progressé de 3% par an en moyenne entre 1991 et 1995 et représente l essentiel de la croissance du secteur agricole. Elle constitue 24% de la valeur totale de la production agricole (1993). Le secteur a bénéficié de son abondance, de son ouverture et de l apport du savoir-faire étranger et des technologies modernes, tandis que la libéralisation du commerce intérieur a facilité l approvisionnement des régions consommatrices et la consommation de poisson au détriment de la viande dont les prix ont augmenté ces dernières années (Razafimandimby, 1997). Pour la petite pêche traditionnelle cependant, les techniques et matériaux de pêche rudimentaire utilisés, conjugués au faible rayon d action des embarcations, limitent les activités de pêche aux zones situées aux alentours des villages qui se trouvent ainsi dans la plupart des cas menacées de surexploitation. L élevage (bovin, ovin, caprin, porcin et de volailles), pratiqué dans des conditions rustiques par une large fraction des ménages malgaches 4, joue un rôle important dans la formation de leur revenu monétaire. La peste porcine de 1998/99 qui, pour la seule année 1999 a détruit environ 55% du cheptel porcin, dont une très faible partie a été reconstituée, a réduit de façon conséquente cette source de revenu des ménages ruraux. La contribution de l élevage au PIB est d environ 15%. L étendue des parcours est très importante puisqu elle représente environ 80 % de la superficie des terres. La production laitière, dont le volume a progressé rapidement au cours des dernières années, présente un fort potentiel de croissance. A l exception de quelques cultures d exportation, la production agricole est issue des exploitations familiales, ce qui représente, potentiellement, une forte demande en financement de petits montants pour les investissements et les intrants agricoles. Cette demande s exprime cependant peu : pas d offre dans de nombreuses régions, méconnaissance des petits agriculteurs. Evolution récente de la politique agricole La politique agricole à Madagascar a suivi les mêmes évolutions que beaucoup d autres pays africains qui sont passés par des cycles d interventionnismes des gouvernements et de retrait : Après l indépendance (1960), le gouvernement a d abord accru son intervention sur les marchés agricoles. Ainsi, à la fin des années 70, la plupart des marchés des intrants et des produits étaient aux mains de l Etat. Une politique inverse s est instaurée dans les années 80 avec une transition d un système de commercialisation et de distribution alimentaire étatique vers un marché libéralisé. Cette transition a été très graduelle et se poursuit encore (Minten, Zeller, 2000). L interventionnisme des années 60 et 70 A la suite de l indépendance de Madagascar, la politique agricole de l Etat s est focalisée sur l augmentation de la production agricole par la mise en œuvre de grands aménagements hydroagricoles avec le soutien massif des bailleurs de fonds (en particulier, le Lac Alaotra et Marovoay). 4 59% des ménages élèvent des volailles et 40% des bovins (EPM 1999). Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-6 -
En 1976, l Etat s engage dans la Révolution Nationale Démocratique, qui conduit dans le domaine agricole à la nationalisation des services d approvisionnement en intrants, des activités de transformation, en particulier les grandes rizeries, des activités de commercialisation et de distribution et des services de crédit par le contrôle du système bancaire (BTM pour l agriculture). La production et la distribution sont organisées sur des bases collectives par la création de coopératives. Les prix sont administrés par l Etat et l agriculture est fortement taxée, en particulier les cultures d exportation. Cette politique conduit à une dégradation de la fourniture de biens et services (approvisionnement en intrants, commercialisation des produits, vulgarisation, recherche, transport, crédit rural...), à une baisse des prix réels aux producteurs sur les produits d exportation, conséquence directe de la taxation, ainsi qu une baisse des prix réels aux producteurs sur les produits vivriers, conséquence de la politique d approvisionnement adoptée. On observe alors une baisse de la production de café, girofle, vanille, poivre..., l inexistence de nouvelles filières d exportation, la diminution des recettes d exportation et le gonflement des importations alimentaires. La libéralisation des marchés agricoles depuis les années 80 A partir de 1982, l Etat entame des discussions avec le FMI et la Banque mondiale pour le lancement d un Plan d Ajustement Structurel qui conduit à un timide retour à la libéralisation des activités de collecte, de transformation et de distribution des produits agricoles (1983 : légalisation des marchés parallèles de riz en dehors des deux zones majeures de production ; 1986 : libéralisation totale du commerce du riz ; 1987-88: libéralisation totale des exportations à l exclusion de la vanille). Au cours des dernières années, la politique macroéconomique du pays a été définie par les Documents Cadres de Politique Economique (DCPE), élaborés dans le cadre des relations avec les institutions de Bretton Wood. Pour le secteur agricole, on peut lire dans le document cadre de politique économique signé avec le FMI et la Banque mondiale en 1996 que «l accent est mis sur la participation accrue des producteurs dans les services de soutien à la santé animale, la gestion de l eau, le crédit ou la commercialisation des intrants. L Etat continue son appui à la recherche et à la vulgarisation agricoles, ainsi qu à la promotion et la diversification des exportations agricoles ( ) Le gouvernement n interviendra plus dans le marché du riz et a cessé d encourager les importations de riz». Le DCPE (1999-2001) stipule que «la stratégie agricole sera appuyée par un Plan d Action pour le Développement rural». La version intermédiaire du PADR, préparée en février 2000, propose cinq orientations principales pour la politique de développement rural : - Assurer une bonne gestion du monde rural par la définition et la mise en œuvre des réformes institutionnelles et du cadre réglementaire. - Faire émerger, par une politique volontariste, les acteurs économiques partenaires de la nouvelle dynamique de développement rural. - Accroître et promouvoir la production agricole avec une utilisation optimale ainsi qu'une gestion durable des ressources et des infrastructures. - Assurer une disponibilité alimentaire suffisante dans toutes les régions. - Développer des infrastructures sociales en vue d'améliorer l'accès aux services sociaux en liaison étroite avec les Ministères concernés. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-7 -
Le DCPE en cours, qui couvre la période 1999-2001, précise, pour le secteur agricole, les mesures à prendre pour améliorer la productivité : privatiser les entreprises publiques des filières coton (Hasyma) et sucre (Sirama, Siranala), liquider l Ivama (filière vanille), élaborer un cadre réglementaire approprié pour les associations paysannes, adopter le décret d application sur la loi relative aux institutions financières mutualistes, mettre en œuvre un plan d action de lutte contre les criquets. Madagascar étant éligible à l initiative de réduction de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), les DCPE seront dorénavant remplacés par le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP). La stratégie de lutte contre la pauvreté en cours de préparation comprend trois axes majeurs : 1. «Mettre en place un cadre économique, institutionnel et réglementaire favorable à la croissance et à la réduction de la pauvreté 2. Accélérer la croissance économique et y faire participer les pauvres 3. Développer les capacités humaines et réduire les inégalités au sein de la société». L essentiel des actions stratégiques proposées dans le second axe touche directement la stratégie d intervention sur le secteur agricole. Elle comprend en effet les actions suivantes : 1. Accroître la productivité du secteur agricole, en particulier celle de l agriculture à petite échelle 2. Promouvoir les micro-entreprises et les activités du secteur non-structuré dont le développement des systèmes de micro-financement, 3. Développer les infrastructures économiques de base (routes, transport, énergie, eau, communication) 4. Sauvegarder l environnement Le Gouvernement Malgache qui a beaucoup avancé dans le processus de libéralisation de l économie (démantèlement des mécanismes de contrôle des prix) et de privatisation (désengagement de l Etat des activités économiques) est en train de démarrer un processus de décentralisation au profit des «provinces autonomes». Ce processus en cours s est accompagné d un réajustement du jeu des acteurs intervenant dans le développement agricole, à savoir les structures publiques (Ministère de l agriculture, service national de recherche FOFIFA, ), les prestataires privés, les organisations de producteurs agricoles (OPA) et les organisations non gouvernementales (ONG). Le renforcement du rôle des organisations socio-professionnelles, notamment des organisations paysannes, dans la définition et la mise en œuvre des différents volets de la politique de développement rural et de sécurité alimentaire constitue l un des principaux enjeux de la période actuelle. Organisation économique du secteur Quelle est à l heure actuelle l organisation du secteur agricole suite à près de vingt ans de libéralisation? Les exploitations agricoles et la question foncière Le poids de la population pauvre à Madagascar se révèle énorme. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-8 -
Sur la base de considérations monétaires 5, ce sont environ 71,3% des malgaches qui se trouvent dans la catégorie des pauvres en 1999. Le milieu de résidence apparaît comme un facteur déterminant en matière de pauvreté monétaire. Ce sont plus de 76% de la population rurale qui sont pauvres contre 52% de la population urbaine. Les ménages dont le chef exerce la principale activité dans l'agriculture et l élevage, sont dans la majorité des cas les plus pauvres du pays, en particulier les petits exploitants agricoles (82,2% de pauvres).les commerçants et entrepreneurs ainsi que les cadres salariés, en revanche, sont moins touchés par la pauvreté (autour de 50% de pauvres). Le secteur agricole doit donc être au centre des politiques économiques destinées à lutter contre la pauvreté. Barrett et Dorosh (1996) montrent que la plupart des ménages ruraux malgaches sont des producteurs déficitaires et qu ils dépendent donc des marchés alimentaires pour leur subsistence. Ces marchés sont alors importants non seulement pour les urbains mais aussi pour les ménages ruraux. La superficie moyenne cultivée par ménages est de 1,2 hectares, et 85 % des ménages paysans exploitent moins de 2 hectares. La moitié des ménages en milieu rural se partage moins de 2 % des superficies de terres irriguées, tandis que près de 10 % des ménages sont propriétaires des terres les plus fertiles (EPM 99). Il existe à Madagascar des systèmes fonciers formels et informels qui redistribuent par location, métayage ou même utilisation sans frais un peu plus du tiers des superficies cultivées. Cependant, ces mécanismes de redistribution jouent principalement en faveur des ménages moyens ou riches (Dorosh et al., 1998). Les plus pauvres de ces ruraux exploitent les terres à cultures pluviales situées sur les pentes des collines et recourent aux défrichages et aux déboisements par incendie pour accéder à la terre. Les conséquences de cet état des choses sont autant multiples que désastreuses : accélération des phénomènes d érosion, perte de matières organiques et baisse de fertilité des sols, impact sur les pâturages, impact sur l environnement forestier, etc. 5 Les normes internationales définissent les pauvres comme les individus dont les revenus sont insuffisants pour acheter, en plus des éléments non alimentaires indispensables, une ration alimentaire de 2133 calories par jour, le minimum censé être nécessaire pour entretenir une vie normale et active. A partir de cette définition, le seuil de pauvreté monétaire à Madagascar a été estimé en 1999 à 736.644 FMG par an, par individu. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-9 -
Encadré : Analyse sur l insécurité foncière à Madagascar (Teyssier, 2000) A Madagascar, traditionnellement, les terres libres et vacantes sont la propriété de l Etat qui peut les remettre à des personnes privées ou à des collectivités, à condition d une mise en valeur préalable. Etroitement associée à la notion de travail, l appropriation est considérée comme une récompense légitime, accordée par le souverain pour remercier les efforts d un individu. Cette donnée se retrouve de nos jours autant dans le Code foncier que dans l esprit du paysan malgache. Les vieux terroirs, toujours gérés par une institution coutumière reconnue et légitime, ne devraient pas faire l objet d investissements prioritaires en sécurisation foncière. A l opposé, les zones rurales ayant perdu leur organisation coutumière et leurs institutions de régulation de l accès aux ressources, tout en subissant de profondes modifications en raison de dynamiques de fronts pionniers, correspondent aux espaces où la demande en sécurisation foncière sera vraisemblablement la plus forte. La dilution de l autorité coutumière et l absence d une gestion foncière étatique entraînent une compétition entre agriculteurs qui cherchent à s approprier des ressources en terre avant qu une communauté voisine ne s accapare l espace convoité. Cette anarchie provoque de véritables courses à la terre sur les fronts pionniers, accélère la récupération agricole des aires de transhumance, etc. Les propriétaires, ou reconnus comme tels, craignent une appropriation de leurs terres par les cultivateurs à qui ils confient une de leurs parcelles. La règle de l appropriation par la mise en valeur et l interdiction du métayage depuis 1975 incitent les «propriétaires» à anticiper sur d éventuelles revendications en exerçant une rotation constante de leurs fermiers ou locataires. Cette précarité du faire-valoir indirect empêche tout investissement foncier. Dans les périmètres irrigués, cette situation rend pratiquement impossible le paiement régulier des redevances par des cultivateurs sans droits. En fait, l insécurité foncière à Madagascar relève essentiellement de l incapacité des structures domaniales à répondre à l immense demande de reconnaissance des droits sur le sol et à gérer les mutations foncières. La réponse à l insécurité foncière par l immatriculation privative et individuelle a largement montré ses limites. La procédure de concession débouchant sur l immatriculation foncière, telle qu elle est pratiquée habituellement, reste lourde, chère et complexe. La sécurité foncière représente d abord un enjeu majeur de maintien de l ordre public. L insécurité foncière est un élément parmi d autres 6 qui bloque les processus d intensification de l agriculture et de renouvellement des ressources naturelles. Les services amonts et aval de la filière agricole Autour des exploitations familiales, on cherche à savoir comment sont organisés les services agricoles en amont et en aval de la filière : commercialisation des intrants et de la production, services de vulgarisation, services vétérinaires, et services financiers. Les services du secteur public Les dispositifs de recherche / vulgarisation se sont principalement organisés autour de différents programmes, en particulier le Programme National de Recherche Agricole (PNRA) et le Programme National de Vulgarisation Agricole (PNVA) et à l'initiatives des opérateurs de la société civile (Entreprises privées, ONG, Associations,.). Avec le désengagement progressif de l'état de ses missions d'encadrement, différents modes d'intervention et de gestion co-existent pour la vulgarisation allant du système de vulgarisation totalement privé au dispositif d'état en passant par différents gradients donnant un rôle déterminant aux producteurs et à leurs Organisations Professionnelles Agricoles (OPA) : Les dispositifs intégrés pilotés par les entreprises et sociétés agro-alimentaires Les firmes services: le conseil associé à la vente d'intrants ou de services, Le pilotage interprofessionnel; l'ajustement aux exigences des filières, Les Maisons de Paysans: le pilotage directement par les OPA régionales, 6 Il convient de relativiser l importance du foncier en matière d intensification. Les parcelles titrées ne sont pas toujours mieux aménagées et plus productives que des terrains sans reconnaissance. La sécurité foncière n est qu un élément du processus d intensification : l accès au crédit et aux intrants, l existence de débouchés rémunérateurs, la circulation et l accès aux marchés, sont autant de conditions à l intensification. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-10 -
Les dispositifs structurés en réseau, Les dispositifs de proximité financés par les producteurs, Les dispositifs étatiques : le rôle de l Etat en matière de vulgarisation est particulièrement mis en avant et nécessaire dans sa contribution aux objectifs de sécurité alimentaire et de lutte contre la pauvreté, en ciblant les zones, les filières (vivrières) et les exploitations à faible potentiel économique. Les services vétérinaires Jusque-là, les services vétérinaires ont été assurés par l Etat qui vient en appui aux services via une aide budgétaire mais l offre des vétérinaires est restée trop limitée par rapport aux besoins. Le renforcement du processus de privatisation de la profession est inscrit dans le Plan d Actions pour le Développement Rural. Les commerçants Utilisant des enquêtes sur les commerçants de céréales, Barrett (1997, in Minten, Zeller, 2000) caractérise le commerce agricole à Madagascar par l extrème disparité observée entre les gros et les petits commerçants. D après lui, la plupart des commerçants n ont pas accès aux équipements et au crédit nécessaires pour pénétrer vers des segments plus profitables du commerce. Ainsi, beaucoup d activités restent à petite échelle alors que quelques grands commerçants retirent des marges importantes d activités protégées de la concurrence. Les services des organisations paysannes Des organisations paysannes agissent au niveau des agriculteurs en mettant en place des réseaux de magasins d approvisionnement en fournitures agricoles (semences, engrais, produits de traitement et outillage), et des centres de collecte et de stockage des produits agricoles. Elles ont pour objectif de permettre aux agriculteurs de mieux avoir accès aux circuits commerciaux. Ainsi, l organisation FIFATA, créée en 1989 par des agriculteurs du Vakinankaratra, avec l appui de FERT, a été le catalyseur d une démarche de création d organisations paysannes, à vocation économique et syndicale. FIFATA a progressivement développé des fonctions diversifiées : services de crédit, approvisionnement, commercialisation, formation, information, représentation professionnelle et syndicale. Les services financiers La banque agricole nationale, BTM, a été privatisée. La Bank of Africa, appartenant au groupe African Financial Holding basé à Abidjan, est devenue l actionnaire principal de la BTM en 1999. La BTM finançait peu les exploitations familliales et la fermeture de certaines de ces agences rurales risque d aggraver le mouvement. Parmi les 7 institutions de microfinance à Madagascar, 5 sont implantées dans le secteur rural. Le réseau mutualiste CECAM, appuyé par l association FERT est installé principalement dans le secteur rural (région d Antsirabe), en se centrant sur le financement de l activité agricole. Il mobilise l épargne volontaire mais a également largement recours à une ligne de crédit, à laquelle l Union Européenne lui a ouvert l accès. Les 3 autres réseaux mutualistes (OTIV 7, AECA 8, TIAVO) sont initiés par la Banque Mondiale, ils sont également dévolus au secteur rural mais leur implantation leur permet de collecter l épargne des agglomérations urbaines. Le réseau OTIV est surtout implanté dans la région de Tamatave et dans la zone du lac Alaotra. Le réseau TIAVO, appuyé par l IRAM, est situé dans la zone de Fianarantsoa. Parmi les institutions non mutualistes, VOLA MAHASOA, qui est appuyée par le CIDR et bénéficie du concours de la 7 Ce réseau bénéficie de l appui de Développement International Desjardin (DID), lui même affilié à la Caisse Canadienne Desjardin. 8 Association d Epargne et de Crédit autogérés. Ce réseau a bénéficié du concours de la Coopération allemande. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-11 -
Coopération Française et de la Commission Européenne, opère essentiellement dans la région de Tuléar (milieu rural et, dans une moindre mesure, milieu urbain). Impact des réformes sur l organisation du secteur agricole et conséquences sur les besoins de financement Quelles ont été les avancées permises par la libéralisation et quelles sont les contraintes qui demeurent? Quelles sont en particulier les besoins de financement du secteur? Les avancées dans le secteur agricole Organisation du secteur : La participation du secteur privé dans la distribution des intrants agricoles a augmenté (distributeurs privés, sociétés commerciales, organismes de développement, ONG) et n a pas été bloquée par des restrictions politiques et des contraintes à l entrée. De même, en aval de la filière agricole, les commerçants privés ont répondu aux réformes par une entrée massive ce qui a conduit à une concurrence accrue. Là encore, il n existe pratiquement pas d entraves administratives à l entrée dans la profession de commerçant ou à la circulation des produits à travers les marchés locaux. Production : Les réformes d ajustement structurel ont eu un impact positif sur les exportations du secteur agricole avec une croissance soutenue des exportations non traditionnelles, au premier rang desquelles on peut citer les produits halieutiques. Les exportations de viande ont également augmenté. Prix : En termes de prix de production, la libéralisation a permis d accroître le pouvoir d achat du paddy payé au producteur même si les trois premières années (1983-1986) ont surtout profité aux intermédiaires de la filière. En 1993 et 1994, la vente d un kg de paddy permettait aux paysans de se procurer près de deux fois plus de biens de consommation qu en 1982-1983. Cependant, les années 1995-1996 ont été marquées par un recul du prix réel au producteur (faiblesse du pouvoir de négociation des producteurs peu organisés face aux collecteurs) (Roubaud, 1997). Les contraintes qui demeurent La situation de la production agricole (vivrier et certaines cultures d exportation) reste cependant préoccupante et résulte de la combinaison de plusieurs facteurs structurels, notamment (analyses de la Commission Européenne, 2001) : - L enclavement de nombreuses régions, du fait du très mauvais état des voies de communication. Les coûts de transport demeurent très élevés, soit à l intérieur du pays (détérioration du réseau routier), soit vers l extérieur 9. - Le fonctionnement insuffisamment concurrentiel de nombreux circuits de commercialisation. - Le faible dynamisme du secteur agro-industriel, essentiellement composé de PME qui, jusqu à présent, investissent peu dans l innovation technique et la prospection de nouveaux marchés. - La faiblesse de la sécurisation foncière et l inégalité de l accès à la terre. - L inadaptation de la fiscalité : assujettissement des intrants et équipements agricoles aux taxes à l importation et à la TVA ; effets pervers de l exonération de TVA sur les exportations de produits agricoles non transformés 10. 9 Coûts de fret aérien vers et depuis Madagascar 40% plus élevés que l île Maurice voisine, coûts maritimes exorbitants du fait de l inefficacité des opérations portuaires à Toamasina World Bank, 1998 Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-12 -
- La fréquence élevée des vols de récolte et de bétail. - Les problèmes rencontrés dans la maîtrise de l eau, qui concerne 40 % des superficies rizicoles irriguées 11. - La dégradation de la fertilité des sols, notamment en raison de phénomènes d érosion et d ensablement. - Le faible niveau d utilisation des intrants agricoles : seulement 16,5 % des ménages agricoles utilisent des intrants 12. à Madagascar ; ce pourcentage est à rapprocher du taux d accès aux services de vulgarisation (6,6% des ménages selon l EPM 1999) et du taux d accès au crédit (1,3% des ménages). - Les difficultés d organisation des producteurs. - La faible disponibilité de la main d œuvre (coût du travail). Les facteurs conjoncturels (cyclones, sécheresses, feux de forêt, inondations, attaques de prédateurs, ) aggravent ces difficultés structurelles. Ainsi, en 2000, le PIB agricole a diminué de 2,4% en raison de la sécheresse survenue fin 1999 et du passage de plusieurs cyclones et tempêtes tropicales (Eline, Gloria et Huddah) entre février et avril 2000. Excepté dans quelques secteurs (vanille, coton, sucre), la libéralisation du secteur agricole est quasiment achevée, tout au moins formellement. En effet, dans de nombreux secteurs d activité, le marché reste à construire. Du fait de la combinaison de facteurs structurels (insuffisance des infrastructures de transport et de communication) et de la persistance de freins à l investissement privé, dans bien des cas, les monopoles publics ont été remplacés par des monopoles ou oligopoles privés. Les contraintes qui demeurent conduisent à une économie de marché aux puces ( flea market economy), une forte dépendance envers le capital social pour compenser les coûts de transaction et la faiblesse des institutions de marché, une forte volatilité des prix, et une faible intégration des marchés. Ces problèmes sur les marchés agricoles affectent nécessairement le comportement des producteurs (Minten, Zeller, 2000). Cas du marché du riz et des intrants La production de riz et les marchés d intrants continuent à rencontrer de nombreux problèmes. Le monopole de l Etat a été remplacé dans certaines régions par des monopoles privés géographiques. Les coûts de la production du riz ont aussi augmenté suite à la hausse des prix des intrants, rendant le prix du riz importé inférieur au prix du riz produit localement. Depuis la libéralisation des prix des intrants, leur usage a diminué suite aux prix plus élevés et au manque d'accès au crédit. Dans certaines régions éloignées, difficiles d'accès, les marchés qui ont émergé sont également très limités parce qu'ils ne sont pas rentables pour les négociants. Par ailleurs, les contraintes souvent identifiées sont les contraintes de diffusion des techniques et des savoir-faire. Le demande restreinte des paysans malgaches sur les intrants limite le développement du système de distribution. Ce faible taux d adoption des intrants modernes est le résultat de plusieurs facteurs tels que les risques climatiques «chroniques» (cyclones, sécheresses), les risques de maladie (poux du riz), les invasions acridiennes, l inexistence ou l insuffisance de crédit, la mauvaise qualité de l irrigation, l insuffisance de l accès à la vulgarisation, aux marchés, ainsi qu à un prix élevé des intrants agricoles. 10.Ces exonérations empêchent les opérateurs de récupérer la TVA payée en amont, générant ainsi une fiscalité discriminatoire vis-à-vis des produits malgaches exportés. Selon la Direction Générale des Douanes, il existe une procédure de remboursement de la TVA pour les exportateurs. Cependant, celle-ci n est pas correctement appliquée. 11 L échantillon de calcul est celui des 4 observatoires ruraux de Madio en 1996. 12 Ce taux est de 9,6 % dans la région de Fianarantsoa et de 6,4% dans celle de Tuléar. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-13 -
A l heure actuelle, les niveaux de production et la productivité rizicoles restent faibles et les rendements ont même baissé sur les 10 dernières années (Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Une des principales causes de la faible productivité agricole est le faible niveau d utilisation des intrants modernes tels que les semences à haut rendement, les engrais, les pesticides et les techniques agricoles. Par ailleurs, les ménages choisissent d augmenter leur production en mettant de nouvelles terres de colline (tanety) en culture en gagnant sur les pâturages et les forêts. Les terres deviennent plus rares, la période de jachère est réduite, ce qui conduit à une dégradation croissante des sols, un ensablement des rizières et une pression plus forte sur les ressources naturelles malgaches. Les marchés locaux sont caractérisés par une grande variabilité saisonnière et spatiale des prix, en particulier pour le riz. Dans certaines régions, les différences saisonnières des prix peuvent atteindre 100% du prix en période de récolte. Dans le Sud cependant, le prix du riz varie moins que celui du manioc ou du maïs aussi bien d une année sur l autre que d une région à l autre, notamment du fait que beaucoup de riz est importé. Conclusion La stagnation des performances de l agriculture au cours de la période 1970-95 peut être attribuée à la forte emprise exercée par l Etat durant cette période sur les activités de production et de commercialisation. Cependant, force est de constater que les mesures de libéralisation introduites en 1995 ne sont pas parvenues à stimuler la production agricole pour l ensemble du secteur vivrier et une partie des cultures d exportation. Le manque d accès au capital est généralement souligné (World Bank, 1998; enquêtes IFPRI- FOFIFA, 1997) en particulier pour les petits paysans du fait de l insuffisance d institutions financières destinées à les soutenir. La plupart des distributeurs d intrants sont financés par des fonds propres; pour les commerçants, la situation est identique : les opérateurs financent la grande majorité de leurs investissements sur leurs propres ressources et la quasi-totalité des crédits obtenus proviennent des membres de la famille ou d autres commerçants. Ce n est que dans le cas des commerçants grossistes et des collecteurs qu on peut voir une participation des banques commerciales au financement des crédits d investissement, mais leur part demeure toujours faible (enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). L enjeux de la libéralisation du secteur agricole et d appui aux petits agriculteurs particulièrement touchés par les problémes de pauvreté soulignent la nécessité d offrir des services adaptés à cette population, en particulier en termes de financement de l exploitation agricole familiale. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-14 -
II- L offre de financement de l agriculture D après la Banque centrale de Madagascar, en 1997, on estime que la production agricole a reçu moins de 5% des concours bancaires à l économie, dont 9% seulement ont été consacrés à la culture du riz, soit 0,5% des crédits à l économie estimés à environ 1600 milliards de Fmg (in Fraslin, 1997). Ce pourcentage est d autant plus faible que le pourcentage des concours bancaires à l économie par rapport au PIB (18 051 milliards de Fmg en 1997) est déjà très faible (i.e. 8,9%). Selon l EPM 1999 (INSTAT enquête prioritaire des ménages) seulement 1,3% des ménages agricoles ont déclaré avoir obtenu des crédits agricoles. Politiques publiques de financement de l agriculture L examen, dans la loi de finances 2000, des budgets alloués aux cinq ministères concernés essentiellement par les questions de développement rural et de sécurité alimentaire (Agriculture, Elevage, Pêche et Ressources Halieutiques, Environnement, Eaux et Forêts), montre que ces ministères touchent 9% du budget total. Ainsi, si l on s en tient seulement à la part de l agriculture et de l élevage dans le PIB, soit 42% en 1999, il apparaît que le poids du développement rural dans les dépenses de l Etat n est pas à la hauteur de son poids économique. Contribution du système de financement public Depuis les années 60, plusieurs systèmes ont été adoptés en matière de financement rural à Madagascar. Vers 1960 est développé le système de Société de Crédit Agricole Mutuel ou SCAM. C est un système mutuel constitué de groupements de paysans habitant dans un même village et se regroupant dans le but d accéder au crédit. Il s agit d un système pionnier des systèmes de crédits actuels. Avec l évolution de ce système, les objectifs ont dépassé le domaine agricole. Une gestion complexe et la prise avec des enjeux politiques qui les dépassaient a peu à peu conduit à la dissolution des SCAM ou à l étatisation des plus prospères à partir de 1975. A la suite des SCAM, des approches individuelles ont été préférées, notamment à travers la Banque Nationale de Madagascar (BNM) où le système de Petit Crédit Agricole Individuel (PCAI) a été le centre d intérêt des promoteurs de crédit rural. Le PCAI a été repris par la BTM (Bankin ny Tantsaha Mpamokatra ou Banque des Paysans Producteurs) pendant la période 1975 à 1977. La BTM est issue de la fusion entre la BNM (Banque Nationale de Madagascar) et la BAMES (Banque Malgache d Escompte - portefeuille agriculture). Elle a vu le jour en 1977. Étant la seule banque d État à se spécialiser dans le développement du monde rural, en 22 ans d expériences, la BTM a testé plusieurs méthodes d approche pour essayer d atteindre son objectif en matière de micro-finance et faire face aux contraintes spécifiques du financement du monde rural (risques sur la production agricole, contraintes de commercialisation, faible encadrement technique). Avec un réseau bancaire important (72 agences contre moins d une vingtaine pour certaines banques commerciales, BFV et BNI) mais inégalement actif, la BTM entretient le seul dispositif de services financiers formels, complets et opérationnels en milieu rural. Avec l orientation vers une économie socialiste, l approche «individuelle stricte» a été petit à petit abandonnée au profit de la «collectivité décentralisée», ce qui a conduit au système de Financement du Monde Rural (FMR) où le crédit est octroyé sous la caution des Fokontany (groupements de villages). Les lourdeurs administratives et l interventionnisme abusif ont conduit à la dissolution de ce système vers la fin des années 80 au profit de la création des institutions de micro-finances privées ou semi- privées de type solidaire ou caisses mutuelles Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-15 -
villageoises. L idée des caisses mutuelles et solidaires repose sur le fait que les paysans se sentent davantage responsables de la gestion de crédits lorsque leur propre argent y est engagé. C est pourquoi les promoteurs ont mis en place une première série de petites caisses villageoises d épargne et de crédit. L objectif était de décentraliser la gestion des crédits au niveau des villageois et d inciter les paysans à mobiliser leurs propres ressources pour constituer un fonds mutuel à partir duquel ils pourraient faire des petits crédits locaux (Ralison, enquêtes IFPRI- FOFIFA, 1997). Depuis la fin des opérations «FMR», les opérations de crédit direct aux agriculteurs se sont fortement contractées. Si la BTM occupe encore la première place dans le financement du secteur primaire avant sa privatisation (64% des concours à ce secteur en 1996), l essentiel de ses octrois (90 à 95%) est attribué aux activités de commercialisation de produits agricoles ou à des grandes entreprises de production du secteur primaire incluant la pêche et la sylviculture. Les crédits directs individuels aux petits et moyens agriculteurs ont pratiquement disparu depuis 1989 (Fraslin, 1997). Contribution de la BTM au financement de l agriculture Crédits octroyés au secteur agricole par activité et par type de crédit (en millions de Fmg) Activité Crédit à la production Crédit à la commercialisation 1996 1997 1998 1999 1996 1997 1998 1999 Agriculture Dont Riz Elevage Pêche Forêt Divers 7419 4084 931 1556-4182 6393 3274 281 584 - - 7343 3851 854 307-22 Source: Ministère de l agriculture malgache (rapports annuels de la BTM) 4065 2815 327 - - 3825-20741 472 6058 2615 1812 98705 19838 764 16555-2988 137781 8581 566 29101-2075 134382 10858 1036 15920-1931 En 1998 13, la BTM a octroyé un total de près de 180 milliards de Fmg pour le secteur agricole. Sur ce total, 4,8 % seulement sont consacrés à la production contre 94,6 % à la commercialisation. Pour la production, le secteur de l agriculture au sens strict représente 86 % des octrois, l élevage 10 % et la pêche 3,6 %. Le riz reçoit 52,4 % des crédits à l agriculture au sens strict et 45,2 % des crédits au secteur dans son ensemble. La BTM est privatisée à l heure actuelle. Depuis sa privatisation, la banque a commencé par recentrer ses activités et a dû fermer certaines de ses agences réduisant ainsi le nombre de ses points de vente de 70, avant sa privatisation, à 45. La banque a réduit de moitié son effectif et l exercice 2001 a été marquée entre autre par la mise en place d un nouveau système informatique et de gestion. Récemment et après analyse du marché, la banque a réouvert certaines agences implantées dans des zones potentielles exclues des services bancaires. La BOA a poursuivi le financement des exploitations agricoles. Elle intervient sous deux formes : financement direct (financement d exploitations individuelles dont la superficie est supérieure à 5 hectares et financement d exploitations plus petites à des clients regroupés au sein 13 Données manquantes pour la production dans le secteur de la pêche en 1999. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-16 -
d association de crédit à caution solidaire) et financement indirect ou refinancement via les institutions de micro finance du type mutualiste. Sur ce dernier point et pour votre information, le PAMF/FENU, a ainsi signé en novembre 2000 avec la BOA un Protocole d accord dont la ligne directrice est de faciliter l accès des Institutions de Micro Finance au refinancement bancaire. La BOA reste pour le moment la seule parmi les banques de la place qui intervient dans la micro finance. Contribution du secteur privé Banques commerciales Le marché bancaire malgache demeure encore étroit malgré la libéralisation récente du système bancaire. Le réseau est de faible densité et l essentiel de l activité bancaire se trouve concentré à la capitale, Antananarivo. Les banques opérant à Madagascar ont une vocation principalement commerciale. Ainsi, la part des banques commerciales au financement de l agriculture malgache reste insignifiante. Entreprises agro-alimentaires Les entreprises agro-alimentaires fonctionnent sous forme de filières intégrées avec les paysans producteurs en assurant le pré-financement de la campagne en contre-partie de la garantie de la production. Ainsi, par exemple, la KOBAMA (entreprise de fabrication de farines) offre du crédit sous distribué par la BTM en matière de blé et qui constitue le contrat d achat de toute la production paysanne vis-à-vis de la KOBAMA et qui assure la production et la commercialisation de cette spéculation. De même, pour le cas de MALTO (orge) à Antsirabe, qui finance toutes les dépenses afférentes à la production de l orge (engrais, semences, pesticides, ) et l achat assuré de sa production. Cependant, les paysans, en contrat avec la société, doivent assurer la livraison de la production estimée. Dans le cas contraire, ils doivent couvrir les écarts engendrés soit par les phénomènes climatiques, des maladies, ou des chutes de production dues à une mauvaise gestion de la culture (Ralison, Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Contribution de la micro-finance au financement de l agriculture Faute d une présence suffisante des systèmes financiers classiques, publics ou privés, en zone rurale à Madagascar, les systèmes financiers décentralisés ont été développés comme un modèle alternatif d offre de services financiers. Ce développement, essentiellement d inspiration mutualiste, est appuyé par l initiative publique à travers des programmes volontaristes de l Etat. On a vu en particulier que le développement des institutions financières mutualistes, destinées à couvrir l ensemble des provinces, s inscrit dans le Plan d action du développement rural, en lien avec les stratégies d intervention dans le secteur agricole. A l heure actuelle, la cartographie de la microfinance montre une certaine disparité dans l implantation des réseaux. Les institutions les plus importantes interviennent dans des zones limitées à quelques régions : concentration des interventions sur les hauts plateaux, la côte Est et incursions dans le Sud-Ouest. La localisation géographique des opérations des réseaux ruraux est Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-17 -
caractérisée par une division semi-formelle du territoire (Mamari, Rasoamanarivo, 1997) 14. Une partie importante de la côte Ouest et du Sud ne bénéficient d aucune offre de services de microfinance. Par ailleurs, le taux de pénétration de ces réseaux, même dans les zones où l implantation est la plus marquée, reste encore faible. Aujourd hui, cinq programmes de micro-finance opèrent dans les zones rurales malgaches : les CECAM dans les Hauts Plateaux du Vakinankaratra (Antsirabe, Tsiroanomandidy, Mandritsara); OTIV est localisé autour du Lac Alaotra, Sambava et la capitale; TIAVO dessert la région de Fianarantsoa; Vola Mahasoa opère dans une des zones les plus pauvres du pays, dans les zones rurales de Tulear dans le Sud-Ouest; les AECA sont localisées dans le Nord Ouest dans la région de Marovoay. Tableau : Situation des réseaux mutualistes 1999 (millions de Fmg) RESEAU AECA TIAVO CECAM OTIV Nb de caisses Nb adhérents Fonds propres Encours dépôts Ressources internes Nb crédits en cours Montant crédits en cours Montant moy. de crédit (milliers Fmg) 54 4300 328 394 722 5617 2165 385 31 3999 87 1939 2026 219 289 1321 129 23908 1692 2206 3899 7310 10992 1504 48 22739 1476 5504 6981 4049 5511 1361 TOTAL 262 54946 3584 10044 13628 17195 18857 1103 Source : Association professionnelle des institutions financières mutualistes (APIFM), 1999; rapport d activité 2000 Vola Masoa * octroyé en 2000 Tableau : Situation de Vola Masoa 1999 Vola Masoa 1999 Nb de groupes Nb de clients individuels Nb d agents Nb de crédits octroyés en 99 Montant des crédits octroyés Encours de crédit 421 2736 20 2163 598 282 Le réseau des CECAM Ce système de micro-finance, le plus important sur Madagascar, est centré dès le départ par sa vocation d appui au monde paysan, sur les services à l agriculture (voir la troisième partie). Le réseau OTIV Du fait de son approche prioritaire sur l épargne, le réseau OTIV touche d abord des membres ayant une capacité d épargne monétaire et donc une population relativement aisée. En termes d occupation, les membres ne sont pas majoritairement impliqués dans l agriculture. 14 Cette division a été poussée par le Comité de Coordination des Finances Rurales (CCFR) qui appartient au Ministère de l Agriculture en suivant les conseils de l ADMMEC et de la Banque mondiale (Mamari, Rasoamanarivo, 1997). Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-18 -
Tableau : Occupation principale des chefs de ménages dans les familles membres d OTIV Nombre de ménages Pourcentage Travail domestique 3 1.7 Agriculture propre exploitation 29 16.4 Propre entreprise non agricole 62 35.0 Salarié journalier 10 5.6 Salarié permanent 60 33.9 Au chomage cherchant du travail 1 0.6 Ne cherchant pas du travail, retraité 12 6.8 Total 177 100 Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA 15, 1999 Sur les 177 ménages enquêtés, membres du réseau OTIV, seulement 16,4% d entre eux déclarent que l agriculture est leur activité principale 16. Le réseau OTIV soutient cependant les activités de la vanille à Sambava et les activités rizicoles autour du Lac Alaotra. Le réseau TIAVO Le Réseau TIAVO a démarré ses activités en 1996, par l ouverture des premières caisses mutuelles d épargne et de crédit. Jusqu à fin 1999, la méthologie mise en œuvre par le WOCCU (1996-1998), puis par une gestion intérimaire de l AGEPMF (Janv.-Oct.1999), était centrée sur la mobilisation de l épargne, sans recours au refinancement externe. Ceci explique une faible activité de crédit du Réseau jusqu en 1999. L IRAM qui a repris la gestion du Réseau à partir de fin 1999, a introduit une nouvelle politique de crédit davantage orientée vers la satisfaction des besoins de financement des populations rurales les plus défavorisées. A partir de lignes de crédit externes qui sont venues compléter la mobilisation (en forte croissance) de l épargne, de nouveaux types de crédit ont été introduits, avec des conditions d accès assouplies (crédit Tosika, crédit stockage, crédit groupement, ) et un produit de crédit destiné à des groupes de caution solidaire de femmes (Crédit avec éducation) a connu un développement important. A fin 2000, le réseau TIAVO compte 23 caisses mutuelles affiliée à une Union FITIA (agréée en février 2001), avec 4 820 membres (en hausse nette de 904 membres, après fermeture de 6 caisses). L encours d épargne a progressé de 57 % et s élève à la fin de l année à 1,6 milliards FMG. L encours de crédit porte sur 934 crédits et s élève à 1,6 milliards au 31 décembre 2000. Il est en progression de 134 % par rapport à l année précédente, pour les caisses encore en activité à cette date. Pendant cette année, 1 697 crédits ont été accordés, pour un montant total de 2,1 milliards FMG, soit 167% des montants accordés dans le réseau entre 1996 et 1999(hors caisses fermées). Les différents crédits offerts dans les mutuelles (hors crédit avec éducation) Crédit Tosika Crédit Ordinaire Crédit Groupement Crédit Stockage Crédit Dépannage Clientèles potentielles Population la plus défavorisée et ne pouvant pas remplir les conditions d accès Classe moyenne de la population pouvant remplir les conditions d accès actuelles Organisation de producteurs (associations, GIE,.) formalisés. Membres de TIAVO producteurs de riz Classe moyenne de la population pouvant remplir les conditions d accès actuelles 15 Financement CGAP. 16 Les enquêtes portaient sur les nouveaux clients d OTIV, devenus membres depuis moins de 6 mois. Les clients plus anciens auraient pu être davantage tournés vers l agriculture, mais selon la direction d OTIV, le ciblage des clients n a pas spécifiquement changé. Récemment, OTIV a lancé un système de prêts ciblé sur les femmes et sans épargne préalable (10% des nouveaux clients et de l échantillon IFPRI-CGAP), mais ces ménages aussi sont peu impliqués dans l agriculture. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-19 -
au crédit aux MEC. ordinaire. Bénéficiaire Etre membre de la Etre membre de la caisse depuis au caisse depuis au moins 3 mois moins 4 mois Objet de crédit Libre mais Libre générateur de revenus Plafond du crédit 300 000 FMG Inférieur à 5% de l encours total d épargne Etre membre de la caisse depuis au moins 4 mois Crédit commercialisation, approvisionnement Au cas par cas selon disponibilité Etre membre de la caisse depuis au moins 3 mois Stockage du riz Au cas par cas selon disponibilité aux MEC. Etre membre de la caisse depuis au moins 6 mois Ecolage des enfants, décès, hospitalisation 500 000F Durée du crédit Jusqu à 10 mois Jusqu'à 12 mois Jusqu à 12 mois Jusqu'à 12 mois Maximum 1 mois Taux d intérêt 3% par mois 3% par mois 3% par mois 3% par mois 1,5% par semaine Epargne de garantie 10% sur le montant octroyé 30% sur le montant octroyé 30% sur le montant octroyé (dérogation année 1 ) 10% sur le montant octroyé 20% sur le montant octroyé Même si sa croissance s est accélérée en 1999 avec l essor de l activité de crédit, l octroi de crédit par le réseau et sa part dans le financement de l agriculture en particulier restent donc négligeable à l heure actuelle. Les crédits stockage et les crédits groupements sont cependant des nouveaux produits destinés à financer les activités agricoles ce qui devrait conduire le réseau à augmenter dans le futur son soutien direct à l agriculture. Les réseaux du CIDR Les AECA Marovoay, du fait de leur localisation au cœur du périmètre irrigué de la Plaine de Marovoay, financent essentiellement les campagnes rizicoles (voir 3 e partie). Cependant, du fait des contraintes de structuration vers l autogestion, la croissance est lente et le réseau touche un faible nombre de ménages. Le CIDR a également construit un projet dans le Sud-Est de Madagascar, Vola Masoa. Il ne repose pas sur la méthodologie mutualiste et ne fait donc pas partie de l Association Professionnelle des Institutions Financières Mutualistes (APIFM). Le réseau de Vola Masoa propose deux produits principaux : un produit «offre générale» et un produit «petit commerce». L offre générale (57% des octrois) correspond essentiellement à du crédit agricole (90%). La moitié est constituée par le crédit rizicole; le crédit coton représente 27% et le reste est utilisé pour l arachide, l oignon, le haricot, ou autres. Il existe ensuite des offres spécifiques : crédit avicole en collaboration avec un partenaire technique (Delso : développement de l élevage dans le sud-ouest); crédit stockage; location-vente équipement, essentiellement ciblé sur les charrues. On peut noter que les retards enregistrés (95,4% de taux de remboursement à 15 jours sur la campagne 2000) concernent surtout l activité de petit commerce en milieu rural (financement de personnes qui n avaient pas l habitude de pratiquer cette activité, problèmes d échéances en période de soudure, montants trop élevés). Sur certaines zones, la cause majeure des impayés est l inondation des cultures. Les réseaux des institutions financières rurales, malgré leur dynamisme et leurs services innovants (voir 3 e partie) touchent encore à petite échelle le monde rural malgache; en particulier, leur place dans le financement de l agriculture reste donc faible. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-20 -
L utilisation des services financiers par les ménages ruraux Faible pénétration du secteur formel En 1997, l IFPRI et le FOFIFA 17 ont mené des enquêtes auprès des ménages ruraux et des commerçants de produits agricoles pour évaluer les effets de la libéralisation économique sur la structure et les performances des marchés agricoles et la réponse des ménages. Les enquêtes ont porté sur 3 grandes régions de Madagascar (Majunga : plaine de Marovoay et Hautes Terres; Fianarantsoa : Côte et Hautes-Terres; Vakinankaratra). Ces régions sont plutôt favorisées en termes d accès aux services financiers (présences d IMF et d entreprises agroalimentaires en particulier) par rapport au reste de l île, ce qui sera à prendre en compte dans les résultats sur les taux de pénétration. Les enquêtes auprès des ménages 18 ont porté sur le fonctionnement de l économie de ses ménages et en particulier sur l accès et la participation aux marchés financiers formels et informels sur les 2 dernières années avant l enquête (période 1995-1997). Les résultats sont rapportés ici. Tableau : Ménages emprunteurs et non emprunteurs depuis octobre 1995 par région Région Majunga Majunga Fianar. Fianar. Vakinank Total Type d emprunt Plaine Hautes Terres Hautes Terres Côte/Falaise aratra Pas N 21 75 161 91 62 410 d emprunt formel % 55.3 94.9 100 100 71.3 89.9 Emprunt N 17 4 0 0 25 46 formel % 44.7 5.1 0 0 28.7 10.1 Pas N 13 49 62 14 44 182 d emprunt informel % 34.2 62.0 38.5 15.4 50.6 39.9 Emprunt N 25 30 99 77 43 274 informel % 65.8 38.0 61.5 84.6 49.4 60.1 Aucun N 9 47 62 14 30 162 emprunt % 23.7 59.5 38.5 15.4 34.5 35.5 Emprunt N 29 32 99 77 57 294 formel ou informel % 76.3 40.5 61.5 84.6 65.5 64.5 Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997 Sur l ensemble des régions enquêtées, le secteur formel touche 10% des ménages; 60% des ménages ont emprunté dans le secteur informel et 64.5% des ménages ont emprunté, que ce soit dans le formel ou l informel, sur les deux années précédant les enquêtes. Globalement, le taux de pénétration du secteur formel reste relativement faible, alors que la place du système informel est prépondérante. Sur les 294 ménages qui ont effectué au moins un emprunt, 274 d entre eux, soit 93%, ont eu accès à l informel. Selon un autre angle, sur les 46 ménages qui ont emprunté dans le formel, 26 d entre eux, soit 57%, ont aussi emprunté dans l informel. Ces deux secteurs sont donc étroitement liés et ne fonctionnent pas nécessairement avec deux types de clientèles bien distinctes. Ceci contredit les fréquentes affirmations qui voient dans les secteurs 17 Financement USAID. 18 Choix au hasard des ménages dans les Fokontany; Fokontany choisis selon une stratification par taille et distance à la route goudronée. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-21 -
formel et informel deux marchés bien distincts, segmentés, sans liens qui travaillent avec des niches différentes de clients. Ainsi, le secteur informel n est pas seulement présent du fait de l absence ou des limites du secteur formel. Il joue également un rôle propre, complémentaire au secteur formel. Au delà des résultats d ensemble, les différences régionales sont frappantes. Dans deux régions, Fianarantsoa Hautes Terres, Fianarantsoa Côte/Falaises, l accès à des crédits formels est quasiment impossible et entre 1995 et 1997, aucun ménage de l échantillon n a emprunté dans le formel. Les deux régions les mieux loties sont Majunga Plaine et le Vakinankaratra avec respectivement 44.7% et 28.7% des ménages qui ont eu accès à un crédit formel sur les deux dernières années. Quelques opportunités extrèmement limitées existent à Majunga Hautes Terres, où 5% des ménages ont emprunté. Il est intéressant de souligner la place relative du secteur informel. Dans les régions où les prêts formels sont inaccessibles, le secteur informel est très actif, avec 61.5% et jusqu à 84.6% des ménages concernés respectivement à Fianarantsoa Hautes Terres et Fianarantsoa Côte/Falaises. Le secteur informel n est cependant pas totalement supplanté par le formel dans les régions où ce dernier est très présent puisque 49.4% et 65.8% des ménages ont aussi recours aux emprunts informels dans le Vakinankaratra et à Majunga Plaine. Il n y a qu à Majunga Hautes Terres, où malgré une faible implantation du formel, le secteur informel reste peu présent, touchant seulement 38% des ménages dans les deux dernières années. Ainsi, à l exception de Majunga Hautes Terres, entre 60 et 85% des ménages selon les régions ont eu recours à un crédit sur les deux années précédant l enquête. Tableau: Type d institutions offrant du crédit formel Type d institution Nombre de transactions % du total des transactions Micro-finance/mutuelles 46 36 Entreprises agricoles 66 52 Banque 7 5 Autre 8 7 Total 126 100 Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997 La majorité des crédits formels provient des programmes de micro-finance et des entreprises de transformation agricole. Les banques, seulement représentées ici par la BTM, ne fournissent que 5% des prêts sur l échantillon. La place importante des entreprises de transformation agricole est à souligner, car elles sont souvent oubliées dans le paysage des systèmes financiers ruraux. Elles gardent pourtant encore à l heure actuelle à Madagascar une place majeure. Tableau: Type d institutions par région Type d institution Majunga: Plaines Majunga:HT Vakinankaratra N % N % N % Micro-finance/mutuelles 36 83.9 10 13.4 Entreprises agricoles 2 5.3 12 94.4 52 73.2 Banque 7 9.2 Autre 5 10.8 1 5.6 3 4.2 Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997 Par région, on observe une relative spécialisation des institutions: ce sont essentiellement des mutuelles et programmes de micro-finance qui interviennent sur Majunga Plaine (en l occurrence le CIDR), des entreprises de transformation agricole à Majunga Hautes Terres Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-22 -
(COTONA). Sur le Vakinankaratra, les sources sont plus diversifiées, avec une prépondérance des entreprises agricoles (en particulier Malto et Kobama). Utilisation des prêts et profil des emprunteurs Tableau : destination principale des prêts Type d utilisation Nombre de % transactions Besoin d alimentation 24 18.6 Besoin de santé 1 1.0 Evènement social 1 0.9 Equipement agricole 18 14.6 Intrants agricoles saisonniers (engrais, semences) 68 53.8 Dépenses pour les actifs de l artisanat, commerce 1 0.4 Achat de terrain 1 0.6 Achat de cheptel 2 1.8 Achat d autres actifs pour le ménage 2 1.7 Autre destination 8 6.5 Total 126 100 Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997 La majorité des prêts formels est utilisée pour l acquisition d intrants agricoles, suivi des dépenses alimentaires. Une part relativement importante (14.6%) est également destinée à des investissements dans l équipement agricole. Tableau: Régression (Logit) sur les caractéristiques des emprunteurs et non emprunteurs Variables Emprunteur dans le formel (0/1) Emprunteur dans l informel (0/1) Emprunteur dans le formel ou l informel (0/1) B Sig B Sig. B Sig. Nb d années que le CM habite dans le village -.0257.1327*.0046.6274 -.0048.6188 Distance habitation/tanindrazana du CM (km).0010.0783** -.0006.1837 -.0004.3626 Nb de frère/soeur/fils/filles dans le même village.0542.3345.0238.4711.0455.1762 Sexe du CM.9707.1857 -.9246.0060*** -.6696.0422*** Age du CM -.0143.4359 -.0379.0000*** -.0319.0004*** Nb d adulte dans le ménage.2517.1383*.0333.6953.0751.3743 Ratio de dépendance 1.5508.2374 -.2488.7183.3450.6152 Evènements sociaux ayant occasionné des dépenses.9016.0418*** -.1277.5843.0351.8812 dans les 3 dern. Années (0/1) Nb d années total par ménage de participation à des.0274.2781 -.0219.2015 -.0064.6975 associations Membre qui a dû quitter une association depuis 92-2.4978.1151* -.1816.8006 -.8490.2384 (0/1) Majunga Plaine.5010.4670 1.6491.0045*** 1.3570.0239*** Majunga HT -2.2098.0023*** -.1179.7611 -.8215.0348*** Fianar HT -10.1595.6273.4744.1329* -.1954.5472 Fianar C/F -9.8217.7226 1.8772.0000*** 1.1999.0042*** Index moyen d éducation dans le ménage.7573.0642** -.2986.2194 -.1989.4114 Rizières possèdées.0010.2677 -.0014.0506** -.0009.1651 Constante -5.3271.0043*** 3.3958.0006*** 2.7404.0050*** χ 2 =136.56; df=16 % correctement prédit = 92.01 *,**,*** : respectivement significatif à 15%, 10%, 5%. Source : Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997 χ 2 =86.31; df=16; % correctement prédit = 67.78 χ2=69.45; df=16 % correctement prédit = 69.88 La probabilité d emprunter augmente avec la distance du ménage au tombeau des ancêtres (Tanindrazana) et lorsque le ménage est récemment installé dans le village ce qui montre que les ménages migrants ont davantage recours aux crédits formels que les résidents. Ce résultat plutôt surprenant peut s expliquer sans doute en partie par la forte intervention des entreprises Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-23 -
agro-alimentaires dans les financement formels. Leur système de prêts fonctionnant avec des salariés plutôt que des élus locaux peuvent s adresser aux ménages entreprenants quelle que soit leur origine. Le capital social et humain du ménage augmente également les chances d emprunter : la présence d autres membres de la famille dans le village ou la participation des membres à des associations formelles ont un signe positif mais ne sont pas statistiquement significatives. Par contre, le fait qu un membre ait dû quitter une association réduit significativement la probabilité que le ménage ait recours à un crédit. La plus grande taille du ménage, et surtout un niveau élevé d éducation favorisent l accès à l emprunt. Il est intéressant de noter que des évènements sociaux coûteux tels qu un décès, une Famadina (cérémonie de retournement des morts), une circoncision qui ont concerné le ménage au cours des 3 dernières années augmentent significativement le recours au crédit. Le crédit formel est donc utilisé par les ménages comme une forme d assurance en cas de dépenses importantes et parfois imprévues. Par région, Fianarantsoa est la moins bien servie, suivie de Majunga Hautes Terres (pour laquelle les résultats sont statistiquement significatifs). Le Vakinankaratra et Majunga Plaine ont un accès plus facile. L accès aux crédits informels est significativement plus facile pour les ménages dont le chef de famille est un homme jeune. Les ménages âgés ou conduit par des femmes seules (ménages généralement monoparentaux) sont davantage contraints. La probabilité d emprunter diminue lorsque la surface de rizières possédées augmente ce qui montre que le système informel touche des ménages moins riches que la moyenne de la population. Ainsi, le secteur informel ne paraît donc pas uniformément ouvert à tous. Par région, Fianarantsoa Côte/Falaise, Majunga Plaine et Fianarantsoa Hautes-Terres se distinguent par le dynamisme des transactions informelles de crédit. Globalement, l accès à un crédit formel ou informel est essentiellement déterminé par les caractéristiques du chef de ménage (jeune et masculin) et par la localisation géographique du ménage avec une certaine facilité dans les régions de Majunga Plaine, Fiarnarantsoa Côte/Falaise ou le Vakinankaratra. Au contraire, les ménages de Majunga Hautes Terres sont particulièrement défavorisés à la fois pour le crédit formel et informel. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-24 -
III- Micro-finance et financement de l agriculture : que nous apprennent les études sur les AECA de Marovoay et sur les CECAM du Vakinankaratra? 19 Présentation synthétique des AECA et du financement de l agriculture Contexte général Situation géographique : La plaine de Marovoay se situe au Nord-Ouest de Madagascar. La Plaine est traversée par le fleuve Betsiboka, à partir duquel l'irrigation s'effectue : la Plaine de Marovoay est l'un des grands périmètres de Madagascar avec plus de 15 000 ha de superficie irrigable. La région est éloignée de la capitale, et l'état de nombreuses pistes rend certaines zones inaccessibles, en particulier en saison des pluies. De plus, les villages sont de petites tailles (environ 500 à 2 000 habitants). Ces deux caractéristiques représentent des contraintes en terme de coûts de fonctionnement pour un système financier décentralisé. Population : La plaine compte environ 122000 habitants. C est une zone de migration depuis le début du 19 e siècle, les migrants venant mettre en valeur la plaine pour la riziculture. Dès 1912, des aménagements sont entrepris par les pouvoirs publics afin de développer la production rizicole. Du fait de la diversité ethnique et de la stratégie individualiste des migrants, la cohésion sociale s avère faible au niveau des villages. Une des difficultés qui se pose à la mise en place de caisses villageoises est la création d une dynamique collective au sein de ces villages pluri-ethniques. Activités économiques : En termes d activités économiques, on observe une forte homogénéité des activités. La riziculture représente l activité majeure des ménages, mais également leur source de revenu principale. Les cultures représentent 49,6% du revenu total de la région de Marovoay et 80% du revenu des cultures provient du riz. Le surplus commercial provenant de la vente du riz s élève jusqu à 87% des ventes totales agricoles des ménages ruraux. Les autres cultures, telles que le maïs et le manioc sont principalement autoconsommées (Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Intervenants en services financiers : Les principaux intervenants en services financiers sont les AECAs (3125 adhérents, soit environ 2% des habitants), la BTM (828 bénéficiaires en 1997 à travers 13 associations d usagers de réseaux et 9 Associations de crédit à caution solidaire) et Marbour, société agro-industrielle (Marbour finance depuis 1997 des exploitants agricoles dans le cadre de contrats de production et de commercialisation; on comptait 250 bénéficiaires en 1998). Des sociétés agro-industrielles de Mahajanga, de gros collecteurs et des décortiqueries préfinancent les petits collecteurs de riz locaux. Les usuriers, en général de riches exploitants ou commerçants, octroient des prêts informels. Les conditions de l activité agricole La production agricole La production rizicole est l activité principale de la Plaine, ayant bénéficié de longue date de travaux d aménagements importants. 19 Cette partie est une synthèse des travaux d Emilie Wietzke sur les AECA et les CECAM. Les études de cas sont plus complètes et abordent le fonctionnement général des systèmes. Nous nous concentrons ici sur les aspects spécifiques au financement de l agriculture. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-25 -
Les cultures hors riziculture (manioc, patate douce, maïs, arachide) sont pratiquées avec très peu d investissement et sont essentiellement destinées à l autoconsommation. L élevage (zébu, porc, volaille) est généralement pratiqué de façon extensive. Il représente une importante source de revenus (14% du revenu total - Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Bien qu assez risqué 20, il est considéré comme une épargne. Les animaux représentent des liquidités facilement mobilisables du fait de l existence de plusieurs marchés dans la Plaine. En particulier, le petit élevage (porc, volaille) a connu un essor lors de l arrêt des crédits de la BTM en 1987 (trop d impayés), représentant une source alternative de financement des activités agricoles. Risques et contraintes de production Pour la campagne rizicole principale, l activité était jusque-là peu risquée pour les producteurs du fait des aménagements hydro-agricoles. Cependant, la Plaine se caractérise par : - une situation foncière complexe (absence de titrage des terres), avec une dominance de faire-valoir indirect; l accroissement positif de la population risque à terme d accentuer la pression foncière; - une dégradation de la fertilité des sols (en particulier, ensablement des rizières) - une dégradation des infrastructures hydro-agricoles et un disfonctionnement des associations d usagers de réseaux 21, - des goulots d étranglement sur la main d œuvre lors du repiquage et du désherbage des rizières, - une faible mécanisation, - une faible utilisation des intrants (seuls 2% des producteurs utilisent les engrais minéraux, mais le taux d adoption des semences améliorées, environ 34% en 1997 contre 54% il y a 10 ans, reste relativement élevé dans la région enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Ces facteurs conduisent à une baisse des rendements rizicoles (de 12% à 19% en dix ans selon les variétés de riz enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Pour ce qui est de la commercialisation, avant la libéralisation des prix en 1986 dans la région, les mouvements saisonniers des prix étaient pratiquement inexistants. A l heure actuelle, la saisonnalité des prix est très marquée (les prix peuvent doubler entre la période de récolte et la période de soudure) du fait de l isolement géographique de la Plaine en saison des pluies, de faibles capacités de stockage, du coût élevé du capital qui incite les producteurs, les commerçants et les agents de stockage à une rapide rotation de la production. Organisation et perspectives des AECA Principaux résultats (2000) - AECAs de Marovoay Date de création 1991 Nombre d'aeca 45 Nombre de membres 3125 Nombre moyen de membres par caisse 69 Fonds propres 1,358 milliards de Fmg Montants cumulés des dépôts de l'année 302 millions de Fmg Epargne cumulée par membre sur l'année 96758 Fmg Montants cumulés des crédits de l'année 1,266 millilards de Fmg 20 69% des comptes d exploitation de l activité élevage se soldent par une perte enquêtes CIDR, 1996. 21 Les associations d usagers de réseaux ont pris le relais de la gestion étatique en 1989 pour assurer l entretien du réseau hydro-agricole Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-26 -
Nombre de crédits octroyés en 2000 2060 Refinancement cumulée de l'année 680 millions de Fmg Sources : CIDR, 2000. Le démarrage et le développement du réseau se sont fait dans le cadre d'un projet mis en oeuvre par une équipe composée d'un conseiller technique détaché par le CIDR et d'animateurscontrôleurs-informateurs. A l origine, le réseau de Marovoay est créé dans le cadre d appui à la FIFABE (société étatique de gestion du périmètre irrigué de la plaine). Du fait d une faible cohésion sociale entre les habitants de la Plaine, le projet a pris l'option de créer les associations (AECA) à partir de petits groupes, principalement de groupes de "provenance" (migrants issus de la même région). Ce choix méthodologique pose cependant des problèmes en termes de coût de suivi du fait de la faible taille des associations. Pour devenir membres d une AECA, les bénéficiaires du système doivent s acquitter d un droit d'adhésion et participer à la gestion de l'association. Les associations sont responsables des octrois individuels de crédit, du suivi de l'utilisation des crédits et du recouvrement. Dès le démarrage des caisses en 1991, le projet est confronté à la faible capacité d'épargne des habitants de la Plaine alors que la demande pour financer la principale campagne agricole est importante. Un fonds de crédit géré par le projet permet de refinancer les caisses. A partir de 1996, une articulation avec le système bancaire se met en place : une ligne de crédit, gérée par la BTM, provenant du FENU 22, refinance le réseau. En 1998, des désaccords entre le FENU et la BTM ont entraîné le refinancement du réseau directement par le bailleur de fonds. Le projet a cherché à collaborer avec une banque commerciale installée dans le pays (BNI-CL) mais les contacts n ont rien donné. En 1999 et 2000, les unions ont de nouveau été refinancées par la BOA/BTM avec une garantie du Programme d Appui à la Microfinance (PAMF) du FENU. La structuration du réseau est amorcée en 1995 par la création de deux Unions d'aeca. Jusqu'en 1998, les caisses étaient membres des Unions. La mise en place d'une réglementation spécifique concernant les institutions financières mutualistes à Madagascar a entraîné la nécessité d'adapter la structuration du réseau : les individus doivent dorénavant être membres des Unions appelées Associations Mutualistes d'epargne et de Crédit (AMEC) et qui ont la personnalité juridique. Les 2 unions de Marovoay (et celle d Ambato Boeni) ont reçu leur agrément de la CSBF en Août 2000 23. Les AECA constituent des formes décentralisées d exercice d activités financières avec une importante délégation de pouvoir de la part de l AMEC concernant notamment les décisions d octroi et les remboursement des crédits et l affectation des résultats. Sur le plan institutionnel, les AECA constituent des sections électives qui désigneront leurs délégués pour les représenter à l assemblée générale de l AMEC. Depuis le 1 er janvier 1999, trois des membres de l équipe du projet ont constitué le «Service Commun», qui prend la forme d'une société de prestations de services au réseau chargé de lui fournir toutes les prestations dont il a besoin pour son fonctionnement. Depuis le retrait de l'assistance technique (février 2000), le service commun local assure la fourniture des prestations et il devra atteindre son autonomie financière grâce à la facturation de ses prestation au réseau. Le réseau garde un caractère décentralisé : les principales décisions sont prises au niveau des caisses-aeca. Ainsi, les Règlements Intérieurs (taux d'intérêt, garanties requises, produits financiers) ne sont pas uniformes sur tout le réseau. Les services à l agriculture proposés par les AECA Le financement de l agriculture ne faisait pas partie des objectifs spécifiques du projet mais est la conséquence du contexte de la plaine dont l activité et la source de revenu principales sont la riziculture. 22 Fonds d'equipement des Nations Unies. 23 Loi n 96020 (22/08/96) Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-27 -
Les différents types de crédit - AECAs de Marovoay date de déma -rrage objet Montant moyen Fmg/membr Plafond Durée Taux Conditions d'accès spécifiques * crédit de campagne * crédit équipemen t * crédit sur dossier *autre crédit productif (sur ressources internes) * crédit de dépannage 1991 "faisance-valoir" rizicole pour la campagne rizicole principale (jeby) (paiement de la main-d'oeuvre salariée) 1993 équipement moyen : charrette, herse, charrue, brouette, sarcleuse,... 1997 activités productives à court terme comme le commerce ou l'élevage fin 1990 - campagne riz pluvial (asara) (main-d'oeuvre salariée surtout) - campagne jeby (main-d'oeuvre) - élevage (achat d'animaux, d'aliments) - commerce (transactions de paddy, de poissons séchés...)? en cas de maladie, de problèmes graves e Moy 24 = 370000 Dans une caisse de la Rive Droite : 250000 / memb. 4 millions par bénéficiaire en 1997 Moy 25 = 137000 RG = 43000 pour une caisse * 300 000 Fmg/ha en RD * 400 000 Fmg/ha en RG (1998) 8-9 mois 4 % mensuel en général? 1 à 3 ans 4 % mensuel 10 millions Fmg/ demande Dans une caisse en RD : 100 000 / crédit pour porcs, volailles 300 000 Fmg par boeuf acheté et 300 000 Fmg pour les crédits de commerce 50 000 à 150 000 Fmg par crédit 10-12 mois 5-10 mois 1 à 3 mois (en gras, les crédits spécifiquement adaptés au financement de l agriculture) RD=Union rive droite; RG= Union rive gauche 4 % mensuel 4 % mensuel pour 1998 dans les caisses visitées 0 à 4 % mensuel fonds de garantie de 10 % de l'enveloppe rémunéré à 2,5 % par an idem + apport personnel de 20% sous forme de DAT + remboursement à échéances régulières + posséder des zébus pour matériel de traction 20-30 % d'apport personnel + présenter des garanties matérielles sûres 24 Moyenne des montants pris par membre pour les quatre caisses visitées et pour lesquelles nous disposions des données des fichiers informatiques du projet. 25 Moy : moyenne des montants pris par membre pour les quatre caisses visitées. Les chiffres sont de l'année 1997 car l'année 1998 était en cours lors de la collecte des données (juin-juillet 1998). Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-28 -
Répartition des crédits par objet pour 1997 (en % des montants) Objets % des montants investissements sur la campagne rizicole 66,7 % équipement 0,7 % élevage 8,8 % commerce 15,7 % autres crédits productifs 3,3 % dépannage 4,8 % Source : CIDR, 1998 Le crédit de campagne (sur financement extérieur) Le crédit de campagne finance la principale campagne rizicole (jeby) et en particulier le paiement de la main d œuvre salariée. Le déblocage se fait au début de la campagne (nettoyage des rizières). Certains agriculteurs jugent que ces déblocages sont tardifs, mais le projet le justifie en particulier pour éviter de verser le prêt en période de soudure avec le risque que les fonds soient consommés. Le remboursement se fait au moment de la récolte principale. Le crédit équipement (sur financement extérieur) Le crédit équipement, mis en place en 1993, est destiné à financer l équipement agricole moyen (charrette, charrue, herse, brouette, sarcleuse, etc.). Malgré l existence d une demande, il rencontre peu de succès, du fait entre autres, d un taux d intérêt élevé, de durée de crédit relativement courtes, de la faible rentabilité des équipements et de l important apport personnel demandé. D après le projet, la difficulté d approvisionnement serait aussi une explication à la faible demande. Courant 1999, le projet et les Unions devaient tester un produit de type Location-vente pour l acquisition de matériel en tenant compte des points de blocage des expériences passées : le taux sera de 24% annuel et le bénéficiaire devra verser uniquement 10% de la valeur d acquisition en fonds de garantie. Le crédit sur dossier (sur financement extérieur) Depuis 1997, le crédit sur financement extérieur peut financer tous types de crédits productifs. Le crédit sur dossier concerne le financement de crédits de montants plus importants (plusieurs millions de Fmg - plafond de 10 millions de Fmg par demande), sur du court terme (moins de un an). Il a été élaboré par le projet pour financer les activités productives à court terme (commerce, élevage) dans le but de diversifier le portefeuille du réseau, jusqu'ici très dépendant de la production rizicole principale, et d'en augmenter le volume des activités. Il semble que de nombreuses caisses hésitent à se lancer dans ce type de financement (CIDR, 1998) : - elles jugent le risque trop élevé pour la caisse (qui se porte garant de l'emprunteur) et attendent de voir comment se sont effectués les premiers crédits sur dossier ; - leurs fonds permanents sont insuffisants pour bénéficier d'un refinancement suffisant pour être rentabilisé (le montant de l'enveloppe accordée à une caisse est limité à une fois les fonds permanents de l'aeca) ; - les demandeurs potentiels manquent de garanties matérielles : en plus des 20-30 % d'apport personnel, des garanties matérielles sûres sont exigées, compte tenu des sommes importantes en jeu. Le projet a maintenu cette exigence bien que les membres des caisses en demandent la levée. Les autres crédits productifs (sur fonds propres) Cette activité de crédit est "totalement autogérée, à partir de fonds propres constitués de l'épargne de ses membres", par le comité de gestion de chaque caisse. Le comité étudie les Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-29 -
demandes de crédit interne, les octroie suivant la disponibilité des fonds de la caisse et l'éligibilité du demandeur. Ces crédits sont ouverts à toutes demandes concernant des activités productives. Les taux pratiqués sont décidés en Assemblée Générale, mais les caisses uniformisent généralement les taux avec ceux des crédits sur refinancement. La durée des prêts est comprise entre 5 et 10 mois; elle dépend de l'objet du crédit et est décidée par le comité de gestion. Pour l agriculture, on distingue en particulier : Le crédit de campagne pour les cultures pluviales : ce crédit est destiné aux travaux agricoles pendant la saison des pluies, concernant en particulier le riz pluvial (asara) : il est octroyé en décembre-janvier et remboursé environ six mois après. Dans certaines caisses, ce crédit n'existe pas : comme le village est au centre de la Plaine, entouré de rizières, les membres ne pratiquent pas ou peu des cultures pluviales. De plus, les années où certaines caisses n'ont pas eu accès au refinancement, ces dernières ont privilégié le financement de la campagne principale aux dépens des autres objets de crédit interne (campagne pluviale, élevage, commerce, dépannage). Le crédit élevage : Son existence dans le règlement intérieur des caisses semble récente. Il connaît un succès inégal suivant les caisses. Dans trois caisses sur quatre (enquêtes), les demandes des membres sont faibles, voire nulles. Tandis que dans la quatrième caisse, l'élevage est l'objet de nombreuses demandes : élevage de volailles, de cochons, de zébus. Cette dernière caisse n'octroie pas de crédit de campagne pluviale (pas de demandes). Les différences entre les caisses s'expliquent par leur contexte, de la gestion des fonds disponibles et de l'adaptabilité des produits du système: les trois premières privilégient les travaux agricoles en saison des pluies par rapport à l'élevage, jugé plus risqué, et la dernière l'élevage, ses membres ne cultivant pas de terres en saison des pluies. Les crédits internes peuvent également financer des activités de petit commerce : les transactions de paddy, de poissons séchés, le commerce de poules, le fonds de roulement des épiceries des villages, etc. Il faut noter que les essais de diversifications des services financiers ont été suspendus avec l arrêt des crédits équipement et des crédits sur dossier. Les crédits-équipement devaient prendre la forme de location-vente en 1999. Cependant, le retrait de l assistance technique et la priorité donnée aux questions d institutionnalisation n ont pas permis de réaliser le test qui était prévu. De plus, la question reste posée de savoir s il existe réellement des équipements intéressants pour les paysans, susceptibles de se traduire par une augmentation des revenus. Les crédits sur dossiers qui consistaient à financer des activités exigeants des montants importants se sont avérés trop risqués par rapport aux capacités des membres d une AECA. Le crédit dépannage (sur fonds propres) Il est octroyé en cas de maladie, de mort, de problèmes graves, pour dépanner le membre. Les modalités, décidées en Assemblée Générale, diffèrent entre chaque caisse : son taux peut être nul ou égal aux autres crédits internes, sa durée est courte (un à trois mois), son plafond est compris entre 50 000 et 150 000 Fmg. Le projet souhaite les limiter : ces crédits sont considérés comme risqués, ne finançant pas d'activités productives. De plus, leur part dans les montants octroyés cumulés pour 1997 s'élevait à 4,8 %, pourcentage jugé trop élevé par le projet. Taux d intérêt Les taux d intérêt sont fixés à 4% mensuels en général, à l exception des crédits de dépannage pour lesquels le taux peut être plus faible. Les dépôts comme forme de garantie sont rémunérés. L uniformisation des taux d intérêt évite le détournement des objets de crédit mais le taux de 4% mensuel est cependant jugé trop élevé pour le crédit équipement. Une des limites à la baisse des Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-30 -
taux dans le cas des AECA vient du coût de la ressource utilisée qui dans le cas du refinancement des AECA est en 2000 de l ordre de 24% par an avec le refinancement de la BOA/BTM. Remboursement Le taux de remboursement à un mois de l'échéance était de 93,7 % pour 1997 pour l'ensemble du réseau. Le remboursement des crédits est mieux accompli lorsqu'il s'agit de crédits "externes" (par rapport aux crédits internes) : en 1996, uniquement 3 caisses sur 37 ont remboursé à échéance leur crédit interne alors que 31 caisses ont effectué leur remboursement à l'union à échéance. Les caisses semblent plus sérieuses avec les fonds externes, du fait probablement du règlement sévère qui leur incombe (les critères d'accès au refinancement). De plus, les crédits externes sont principalement utilisés pour le financement de la campagne rizicole principale qui permet d'assurer de meilleurs remboursements (sécurité de la production notamment par rapport aux autres campagnes). Depuis 1998, le projet ne distingue plus les crédits externe et interne afin d en assouplir la gestion et d améliorer le remboursement des crédits internes. Les droits d adhésion et produits d épargne La cotisation d'adhésion est versée pour devenir membre de l'association. Elle constitue le capital de l'association et est non récupérable par le membre. Son montant est fixé en Assemblée Générale : il varie entre 5 000 et 20 000 Fmg (moyenne de 10 000 Fmg). Les dépôts bloqués sont une condition d'accès au crédit dans les caisses. Ils sont versés annuellement par chaque membre désirant avoir accès au crédit (en début d'année, avant les premiers octrois). Les dépôts bloqués sont rémunérés et récupérables seulement à la démission du membre. Le montant et le taux sont décidés en Assemblée Générale : ils sont en moyenne de 25 000 Fmg. Les montants des dépôts bloqués s'accumulent au fil des ans et ceux-ci risquent d'être supérieurs ou du moins égaux, pour certains membres, à leurs demandes de crédit, ce qui pourrait représenter un danger pour le système : les membres vont être tentés de retirer leurs dépôts plutôt que de prendre un crédit. Le projet réfléchit à la définition d'un plafond à partir duquel il ne sera plus exigé de poursuivre la constitution de ces dépôts. Les épargnes volontaires sont de trois types : DAV ou dépôt à vue, DAT ou dépôt à terme et PE ou plan d'épargne. Les DAV concernent une épargne libre, non rémunérée et même dans certaines caisses elle est payante (1% du montant) afin de rentabiliser les coûts de transaction. Les DAT sont bloqués pour des durées minimales de trois à six mois et sont rémunérés, en moyenne, à 2 % par mois (compte tenu des taux mensuels des crédits internes en moyenne de 4 %). Les PE connaissent une rémunération identique. Le projet remarque que le réseau est confronté à quelques difficultés pour démarrer les dépôts volontaires : ces derniers stagnent depuis 1995. Le CIDR explique cette stagnation par les éléments suivants : - Les habitants de la Plaine ont l'habitude d'épargner en nature (boeuf, stock de riz qui leur permet de bénéficier de l'augmentation des prix à la soudure, engraissement de porcs) et d'autres placent leur épargne dans des activités usuraires (prêts informels). Ces placements seraient plus rentables que les dépôts proposés par la caisse. - Les capacités d'épargne sont peu importantes du fait du faible niveau de production de la Plaine. - Les personnes qui ont d'importantes capacités d'épargne (riches, usuriers) n'appartiennent pas aux caisses. - Les membres n'auraient pas suffisamment confiance en leur caisse. Les enquêtes ont relevé également un manque d'information des membres sur les produits d'épargne (Wietzke, 1999). Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-31 -
Adéquation offre/ demande sur le financement agricole D après les enquêtes auprès des ménages (Wietzke, 1999), les principaux besoins sur la campagne agricole principale sont des financements pour le paiement de la main d œuvre lors du nettoyage et du repiquage des rizières. L accès au crédit peut rendre possible l installation à temps par rapport au calendrier cultural : sans l accès à des financements, les paysans sont obligés de trouver un acheteur pour leurs animaux ou d amasser suffisamment d argent en travaillant euxmêmes comme main d œuvre agricole avant de pouvoir payer la main d œuvre salariée nécessaire pour préparer leurs rizières. Les agriculteurs ont cité l achat et la location de terres dans les besoins de financement. La location représente une demande de financement mais également une source de revenu pour les propriétaires ou les locataires qui sous-louent ou donnent en métayage. L entretien et la gestion (voire la réhabilitation) des réseaux par les usagers constituent également un besoin évoqué par les ménages, plus important dans le cas de l irrigation par pompage (par rapport à l irrigation gravitaire): carburant, entretien et réparation de la pompe. La demande de financement pour l achat d équipement agricole est actuellement faible. Il semblerait que le coût de l investissement soit élevé par rapport aux superficies cultivées. Les intrants (engrais, semences) n ont pratiquement pas été mentionnés dans les objets de crédit et les demandes de financement. Il existe semble-t-il des demandes potentielles sur la commercialisation. Le financement des collecteurs locaux favoriserait leur développement dans la région. Les paysans auraient alors plus de facilités à vendre leurs produits à tout moment de l année et seraient davantage disposés à stocker. Un système financier pourrait s appuyer sur les variations saisonnières des prix aux producteurs en favorisant la mise en place de greniers au niveau des villages. Pour réduire les problèmes pendant la période de soudure, les greniers villageois peuvent encourager les paysans à stocker en accompagnant le dépôt des stocks de crédit à la consommation ou aux activités de contre-saison. En termes d utilisation, les crédits externes sont dépensés essentiellement pour financer la campagne rizicole principale (paiement des salariés agricoles) : ils répondent à une demande réelle et prioritaire des paysans de la Plaine. Le crédit de campagne paraît adapté à la demande : il a été plébiscité par les ménages enquêtés (travaux rizicoles facilités, amélioration du niveau de vie). Par contre, d'autres besoins (agricoles et autres) paraissent insatisfaits : - les crédits du système, conçus pour financer la campagne principale, semblent inadaptés (taux élevés) au financement de la campagne rizicole pluviale, dont les rendements sont plus faibles et plus variables ; les produits financiers agricoles sont fortement inspirés du crédit pour la campagne principale, notamment dans un souci de simplification de la gestion (émanant du projet), mais semblent moins appropriés aux autres besoins de la Plaine. - le crédit équipement répond difficilement à la demande : les bœufs de trait ne sont pas financés, le financement à crédit des animaux de traits étant notoirement connu comme extrêmement risqué. Les taux sont par ailleurs trop élevés par rapport à la durée de ces crédits (1-2 ans) ; l accès à ces crédits est difficile pour les ménages (apport personnel de 30%, possession de zébus dans le cas d achat de matériel de traction) et ne prend pas en compte le contexte de la Plaine (comme le prêt de bœufs entre villageois). - les montants des crédits internes sont insuffisants pour financer les activités commerciales saisonnières; - l'achat/ la location de rizières ne sont pas directement financés par le système ; les crédits octroyés peuvent néanmoins être destinés à la location de terre. L achat et la location Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-32 -
permettent d'importants accroissements de revenus, mais il faut considérer en parallèle qu il existe un risque de faciliter la concentration des terres. - le système ne finance pratiquement 26 que des objets rentabilisés par des activités productives, mais il ne propose aucun produit pour l'achat de biens de consommation, la construction de maison et les membres détournent des crédits pour financer ces objets ; - les membres les moins aisés ont exprimé le besoin d'une assurance/dépôt qui permette d éviter les crédits dépannage. Prise en compte du risque D une façon générale vis-à-vis du risque de tout système de crédit face au remboursement, les AECA recourent à des conditions d entrée dans le système, à l interconnaissance entre les membres, à la menace de non accès au crédit et à la présentation de garanties matérielles. Le recours à des garanties matérielles est cependant limité du fait des problèmes de saisie (pression du système social, inefficacité du système judiciaire, absence de titrage des terres). Les procédures de recouvrement font appel à des pénalités de retards, appliquées de façon souple (pas de pénalités pour quelques jours de retard); les comités de gestion peuvent accorder un délai aux membres en impayé. Les biens sont rarement saisis et les membres du comité de gestion préfèrent avoir recours à la pression sur les mauvais payeurs. Certains comités font appel aux Unions pour appuyer leurs procédures de recouvrement. Les résultats significatifs montrent le lien fort qui s est créé entre les Unions et «leurs» caisses et le pouvoir social des Unions. Plus précisément par rapport au risque de financement des activités agricoles, les AECA ont défini quelques éléments spécifiques. Risques de surendettement Les AECA ont fixé des plafonds par hectare pour les crédits sur refinancement. Ces plafonds augmentent d année en année, les besoins n étant pas couverts et aucun problème grave de remboursement n ayant été rencontré : ils étaient de 250000 Fmg/ha en Rive Droite et 300000 Fmg/ha en Rive Gauche en 1997 et de 300000 Fmg/ha en Rive Droite et 400000 Fmg/ha en Rive Gauche avec un financement maximum de 5 hectares soit une limite de 2 millions de Fmg par membre en 1998. Une conséquence de ce choix est que dans la quasi-totalité des caisses, les montants des crédits ne répondent pas entièrement aux besoins. Certaines caisses ne posent aucune limite par rapport au nombre de crédits pris en même temps par un membre : certains membres prennent jusqu à trois crédits à la fois car les cycles agricoles se recoupent. Ce phénomène est accentué par le fait que deux époux d un même ménage peuvent prendre des crédits en même temps. La situation se rétablit généralement, avec le remboursement de tous les crédits, à l issue de la récolte principale de riz car les caisses n octroient pas de crédit avant celle-ci et avant le remboursement des crédits de campagne. De plus, certaines caisses ont posé des règles : elles n octroient pas de crédit interne à un membre qu une fois le crédit interne précédent remboursé; dans certaines caisses, deux membres d un même ménage ne peuvent prendre de crédit en même temps. Il pourrait en fait exister un plafond maximum du montant cumulé des crédits ou l obligation de payer tous ses crédits à la récolte avant l octroi de nouveaux crédits, mais cette mesure risque de 26 Hormis le crédit dépannage, que le projet cherche à limiter, les crédits ne sont destinés qu'au financement d'activités productives. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-33 -
pénaliser les personnes qui souhaitent effectuer des activités non agricoles qui se chevauchent avec les campagnes agricoles. Les systèmes d assurance Outre le système d assurance-décés qui, depuis 1994, couvre le solde restant dû en cas de décès d un membre à partir du prélèvement de 1% à la source des crédits, le projet gère un fonds d assurance catastrophe, mobilisable en cas de catastrophe naturelle qui détruirait une partie de la récolte. Cependant, si la récolte rizicole est fortement touchée, ce fonds n est pas suffisant pour couvrir tout le système et la seule solution reste le rééchelonnement des dettes. Le fonds d'assurance-catastrophe s'élève à 4 000 FF par caisse pour le réseau de Marovoay, provenant du budget du projet. La valeur du fonds à la date de sa rétrocession était de 198 millions de Fmg. Il a été rétrocédé à chaque union au prorata du nombre de caisses. Les conditions d utilisation sont les suivantes : utilisation en cas de sinistre (et en aucun cas pour couvrir les impayés et détournements) sous forme de prêt sans intérêt consenti par l union à la caisse sur une durée ne pouvant excéder 5 ans. Par ailleurs, le projet avait au départ (1991) constitué un fonds de crédit pour pallier à l absence de partenaire de refinancement. Ce fonds d un montant de 220 millions de Fmg a été lui aussi rétrocédé aux unions sous forme d un fonds de réserve : il est prévu qu il serve à couvrir des insuffisance d actif en cas de faillite d une caisse ou d une union et qu il soit utilisé pour rembourser les déposants après que tous les autres recours aient été utilisés et épuisés. La décision de donner une telle destination à ce fonds a été prise à la suite du constat en fin de projet que le niveau de réserve était trop faible pour assurer un bon niveau de protection des déposants dans une zone à potentiel économique fragile. L appui technique La baisse des rendements rizicoles qui semble se poursuivre dans la Plaine va affecter les revenus des ménages, surtout si elle s accompagne d une augmentation de la pression foncière. En particulier, la mauvaise maîtrise de l eau (dégradation des réseaux, stations de pompages défectueuses, etc.) présente un risque pour des crédits destinés à des investissements productifs dans la riziculture : affectation des rendements, production rizicole instable. Bien que le projet soit conscient des contraintes techniques, il n assure qu une fonction financière et ne fournit aucune fonction technique d appui à la production. Le système ne peut agir seul et le projet cherche à mettre en place une dynamique avec les divers intervenants (sensibilisation, vulgarisation, formation, approvisionnement,...). L'OCIM, Organe de Concertation et d'information de Marovoay, créé en avril 1998 à l'initiative du projet est un lieu de concertation des différents intervenants dans la région de Marovoay (maires, agents de projets locaux, bailleurs, chercheurs, intervenants dans le crédit rural). L OCIM mène en particulier des réflexions sur les facteurs de blocage de l'augmentation des rendements. Au sein de l'ocim, cinq groupes de travail se distinguent : - développement local communal (maires) ; - crédit équipement et intrants ; - liste noire ; Une "liste noire" informatisée ou centrale des risques, issue d'un accord entre les différents intervenants dans le domaine financier de la Plaine (Marbour, la BTM et les AECA), permet de repérer les personnes en impayé dans chaque système et d'éviter d'octroyer plusieurs crédits aux membres (risque de surendettement) 27. - environnement ; 27 Nous ne pouvons conclure sur l'opérationnalité et l'efficacité de cette liste, mise en oeuvre depuis juin-juillet 1998. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-34 -
- Système Riziculture Intensive (SRI) : l évolution des infrastructures hydrauliques sur Marovoay qui s est traduite par des problèmes d irrigation n a pas permis de réellement s investir sur l accompagnement des actions d intensification qui sont par ailleurs restées rares. Le partenariat initié avec l ONG qui travaillait sur des semences améliorées et des techniques de cultures (SRI) n a pas donné de résultats tangibles.. La diversification du porte-feuille Elevage A la demande du CIDR qui cherchait à diversifier son portefeuille trop concentré sur l'activité rizicole, le Projet d'appui de l'elevage à Cycle Court (PAECC) a démarré en 1994. A la suite de ses enquêtes auprès de membres et de non-membres (CIDR, 1996¹), le CIDR avait conclu à la nécessité de rationaliser et de "professionnaliser" l'activité d'élevage pour diminuer les risques liés à cette activité (forte mortalité) et les appréhensions des comités de gestion à financer celle-ci. Dès le démarrage du PAECC, une collaboration avec le projet a été réalisée (CIDR, 1998). Les membres initiaux des "caisses éleveurs" sont les membres des associations d'éleveurs, dont l'activité principale reste la riziculture et qui sont donc intéressés par les produits habituels proposés par les caisses. Ces caisses bénéficient de l'appui du PAECC en termes de formation et de suivi pour les activités d'élevage à cycle court. Pour financer l'élevage, les caisses reçoivent des refinancements : un deuxième déblocage de fonds a lieu en juin après celui de mars pour le financement de la campagne rizicole principale. La collaboration avec le PAECC a principalement porté sur le développement de l élevage porcin qui a été touché de plein fouet par une épidémie de peste porcine décimant quasiment tout le cheptel bovin de la plaine Commercialisation Les crédits sur dossier, mis en place dans un souci de diversification, permettent en particulier le financement des collecteurs locaux. Du fait des montant importants en jeu, en 1997, le commerce représentait déjà plus de 15 % du portefeuille des AECA. Pourtant, le bilan du CIDR (CIDR, 2000) sur la diversification soulève les problèmes encourus : «La forte dépendance du réseau vis-à-vis de la riziculture, et plus particulièrement du financement de la campagne, a été identifiée dès le démarrage du Projet comme un facteur négatif. Diverses mesures ont été prises au cours du Projet pour favoriser le financement d'autres activités économiques. Le financement de l'élevage à cycle court, prometteur, a malheureusement été remis en cause par l'épidémie de peste porcine africaine. Il faudra sans doute plusieurs années avant de pouvoir relancer dans des conditions de sécurité ce type de financement. Les refinancements sur dossier ont été abandonnés suite à des difficultés de remboursement. Bien qu'ayant donné de bons résultats dans la plupart des cas, ils sont trop risqués financièrement (non respect de la division des risques) et occasionnent un travail de montage de dossier et de suivi sans doute peu rentable. Le financement de l'équipement agricole, sous forme de crédit moyen terme ou de location vente, a donné peu de résultats, la demande se révélant très faible. La grande majorité des paysans est encore dépendante du crédit pour le financement de la campagne, et ne souhaite pas se surendetter. La diversification des activités ne pourra donc sans doute pas se faire à moyen terme au niveau du réseau Marovoay. D'où l'intérêt de son intégration dans un réseau régional, au sein duquel cette diversification pourra se réaliser.» L analyse actuelle du CIDR sur le fonctionnement du réseau des AECA se résume alors de la façon suivante : le réseau de Marovoay restera confronté à des risques importants de production qu il est difficilement envisageable de limiter si on ne conçoit pas le réseau sur une base Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-35 -
géographique beaucoup plus large (ensemble de la région de Mahajanga) avec des entités régionales solidaires les unes des autres. Présentation synthétique des CECAM et du financement de l agriculture Contexte général Situation géographique : La région du Vakinankaratra appartient aux Hauts Plateaux, au Centre de Madagascar. Proche d Antananarivo (Antsirabe, la préfecture est située à 167 km de la capitale), la région est traversée par deux axes majeurs de circulation qui permettent de se rendre à Antsirabe et Antananarivo (grands marchés urbains). De façon générale, dès que l'on s'éloigne de ces axes, les villages et hameaux ne sont joignables que par des pistes en très mauvais état, souvent impraticables en saison des pluies. Population : Le Vakinankaratra est la région la plus densément peuplée de Madagascar (supérieure à 500 habitants par km² autour d'antsirabe), conséquence d'un peuplement ancien. Les Merina, les Betsileo et les Vakinankaratra sont, de par leur proximité spatiale ancienne (population des Hauts Plateaux), des ethnies très proches les unes des autres (activités, organisation sociale, etc.) et ils constituent la majeure partie de la population du Vakinankaratra. La densité est la plus élevée dans la zone centrale, et l'émiettement foncier y est extrême. Malgré la densité de population, l'habitat est dispersé. Cette dispersion de l'habitat et l'enclavement vont engendrer des coûts de fonctionnement (transaction, gestion) assez élevés pour un système financier décentralisé implanté dans la région. D'après le Projet Madio (1996), la scolarisation et le niveau d'instruction restent médiocres. Cependant, d'après les enquêtes (Wietzke, 1999), le taux d'alphabétisation des quatre villages visités varie entre 60 et 95 % : dans un tel contexte, trouver des villageois susceptibles d'être formés à la gestion des caisses s'avère possible et les coûts de gestion, de circulation de l'information et de formation peuvent être alors amoindris. Activités économiques : De par la densité de population élevée et la saturation foncière, la diversité des reliefs et les variations d'altitude, le Vakinankaratra est caractérisé par une forte diversification des activités et des sources de revenus Les enquêtes des Observatoires Ruraux auprès de deux villages montrent que plus de 40 % des ménages pratiquent des activités non-agricoles qui leur procurent des revenus complémentaires (Madio, 1996) : salariat, petit commerce, exploitation forestière, etc. Cependant l'agriculture constitue toujours l'activité et la source de revenus principales des ménages ruraux du Vakinankaratra : la part des cultures dans le revenu total est de 58,4 % dans la région du Vakinankaratra (enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Intervenants en services financiers : De nombreux intervenants (entreprises, projets, ONG, associations) sont présents dans le Vakinankaratra et en particulier aux alentours d'antsirabe. Dans le domaine financier et intervenant dans les zones rurales, on trouve les CECAM, la BTM (Associations de Crédit à Caution Solidaire, Greniers Communs Villageois, Greniers à blé), des entreprises agro-industrielles (ROVA, association des producteurs laitiers, FIFAMANOR, organisme de développement malgache et norvégien intervenant pour l élevage laitier, OFMATA tabac, KOBAMA farine de blé, Malto orge). Le passé en matière crédit (plus de dix ans) a pour conséquence une expérience du crédit des habitants de la région, mais présente aussi le risque que les paysans ne se sentent pas responsabilisés par des activités de crédit, du fait des nombreux échecs passés. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-36 -
Les conditions de l activité agricole La production agricole Le riz reste au centre des préoccupations paysannes. La culture du riz est ainsi pratiquée par plus de 95 % des ménages des villages d'enquêtes du Projet Madio (Madio, 1996). Le Vakinankaratra était une région excédentaire en riz dans les années 70 mais elle est déficitaire depuis les années 80, du fait essentiellement de la pression démographique qui a renforcé l'émiettement foncier, du froid qui rend impossible une deuxième récolte et du faible pourcentage de rizières irriguées. Le riz est en grande partie consommé et le revenu agricole monétaire est constitué principalement par la vente de légumes (tomate, carotte, oignon, ail, chou, brède, chou-fleur, petit pois, arachide), d'autres céréales (maïs, blé, orge), de légumineuses (surtout les haricots secs), de tubercules (pomme de terre, patate douce, manioc) et de fruits (pommes, poires, pêches, mangues). Les légumes sont la principale source de revenu monétaire agricole dans le Vakinankaratra (Enquêtes IFPRI-FOFIFA, 1997). Dans la région, l'élevage laitier a débuté avec les colons français, mais s'est véritablement développé dans les années 70 avec l'intervention de la FIFAMANOR et l'installation d'entreprises agro-industrielles collectant le lait. L'élevage laitier procure des revenus réguliers, mais il requiert d'importants investissements initiaux. Pour les zébus, la première fonction est "l'équipement" mais ils constituent aussi une forme d'épargne, mobilisée pour des dépenses importantes telles que l'achat de terres ou l'exhumation. Ils sont alors des sources de revenus ponctuels importants. La majorité des ménages élèvent un à deux porcs, de façon extensive. Achetés généralement à la récolte et vendus en période de soudure, ils sont considérés comme une épargne sur pied rapidement mobilisable par les agriculteurs. Quasiment tous les agriculteurs possèdent des volailles : poules, canards, dindons. Cet élevage est généralement aussi mené de façon extensive, avec peu d'investissements. La zone d intervention des CECAM se divise en fait en quatre sous-zones dont les activités, les sources de revenus et donc les besoins en financement diffèrent : La zone Ouest, dans laquelle les superficies cultivées sont plus importantes permettant des cultures de riz, maïs et manioc rémunératrices ; La zone Sud, dont les revenus monétaires des ménages sont principalement issus de la vente de haricots, d'arachide et de tabac ainsi que de l'élevage porcin ; La zone Est, spécialisée dans l'élevage laitier, les pommes et l'exploitation forestière; La zone Centre, qui bénéficie de la proximité d'antsirabe (double-activité de certains paysans, débouchés pour les produits), et où la diversification semble la plus poussée du fait d'une intense pression foncière : légumes, cultures de blé et d'orge, élevage laitier et transformation du lait. Un système financier décentralisé qui travaille dans cette région est confronté à cette diversification (inter et intra-zone) qui présente des atouts et des contraintes: son portefeuille a la possibilité d'être diversifié, ce qui permet une "dispersion" des risques mais s'il souhaite répondre aux différentes demandes, il doit se doter de produits diversifiés ou du moins de produits flexibles pouvant s'adapter au contexte de chaque zone. Contraintes et risques de production La pratique des cultures de contre-saison dont la récolte a lieu au moment du labour et de la préparation du sol pour la riziculture entraîne de fortes contraintes en main d œuvre pour les travaux de la grande saison, accentués par une pratique faible de l entraide. Cependant, toute la région est concernée par le salariat agricole. Les salaires journaliers sont beaucoup plus faibles que sur la Plaine de Marovoay : compte tenu de la diversification des Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-37 -
systèmes de culture, un salarié agricole a la possibilité de travailler quasiment toute l'année et la forte densité de population dote la région d'une main-d'oeuvre agricole nombreuse. La terre est un bien rare, mais la productivité y est élevée : le revenu brut de la production végétale par hectare cultivé s'élève à 337 $US dans le Vakinankaratra contre 213 $US dans la région de Marovoay et 163 $US dans le Moyen-Ouest (Dhonte et Fourmantraux, 1996). La région d'antsirabe gagne plus par hectare cultivé mais gagne moins au total per capita par rapport aux régions du Moyen-Ouest et de Marovoay. Dhonte et Fourmantraux (1996) en concluent que "la disponibilité de la terre, et notamment de terre irrigable, est un facteur limitant très important dans le développement de la région". Par contre, le mode de faire-valoir dominant est la propriété, et les terres en propriété sont considérées comme des biens marchands (Madio, 1996). Ainsi, la vente des terres est un phénomène généralisé au Centre : 53 % des paysans de cette région possèdent une terre achetée et 32 % des terres répertoriées ont été achetées (Naudin et Vasseur, 1997). Elles peuvent donc présenter une garantie potentielle pour un système financier. Cependant, on remarque que le problème majeur ne semble pas être la titularisation foncière mais plutôt un problème social : vendre une terre saisie semble être difficile, malgré la forte pression foncière qui règne dans la région. En ce qui concerne les intrants, 54% des paysans utilisent des engrais minéraux dans le Vakinankaratra (contre 2% seulement à Marovoay). La diversification de l'agriculture et l'existence de sociétés agro-industrielles (telles que Malto, la KOBAMA) tendent à favoriser l'utilisation d'engrais pour d'autres cultures que le riz. Par contre, le pourcentage de ménages utilisant des semences améliorées de riz est faible dans le Vakinankaratra et s'expliquerait par le coût des semences, leur achat coïncidant avec la période de soudure, leur qualité qui ne correspond pas aux attentes des paysans et l'absence de circulation de l'information, 15,5 % des paysans n'étant pas informés de l'existence de semences améliorées de riz (enquêtes IFPRI- FOFIFA, 1997). Les principaux risques climatiques concernent la saison estivale, principale saison culturale, avec d importantes variations interannuelles des précipitations qui peuvent retarder le repiquage, favoriser la propagation des poux de riz et assécher les cultures pluviales. Les pluies tardives d'avril gênent les moissons et la préparation des rizières pour les cultures de contre-saison. De plus, durant la saison estivale, les chutes de grêle sont particulièrement redoutées à la récolte du riz. A ces risques climatiques, s'ajoute un risque important de ravage des récoltes par les criquets. La commercialisation Du fait de l enclavement de certaines zones, les collecteurs ne passent qu'en période de récolte, où les prix de vente sont les plus bas. Les cultures de blé, d'orge et de tabac se situent dans les zones où leur vente aux sociétés agro-industrielles est possible. Elles sont cultivées sous contrat - contrat entre les agriculteurs et l'entreprise concernée - et sont collectées par l'entreprise soit directement au village, soit dans un village proche. Pour le riz, les différences saisonnières de prix entre la période de soudure et la période de récolte peuvent aller du simple au double et sont d autant plus grandes que les villages n'ont pas le choix entre les commerçants qui achètent leurs produits (Minten et al, 1997). Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-38 -
Organisation et perspective des CECAM Principaux résultats au 31 décembre 1997 - Réseau CECAM du Vakinankaratra Date de création 1989 Nombre de CECAM 95 Nombre de membres 12700 Membres par caisse 134 Encours productif+ dépannage 1.095 millions de Fmg Encours LVM 2.203 millions de Fmg Encours GCV 731 millions de Fmg Encours commerce 2.249 millions de FMg Taux de rembours. 1 à 30 j pour le mois 87,8 % Parts sociales 785 millions de Fmg fonds propres 1.025 millions de Fmg encours DAT 281 millions de Fmg Lorsque les données étaient légèrement différentes entre 2 sources, la fourchette basse a été choisie. 1 Taux directement calculés par l'intercecam pour l'ensemble des crédits. A l origine, dès 1987, FERT, ONG française en appui au système, finance deux actions, le crédit et la commercialisation, qui sont engagées à partir de groupements de paysans. En septembre 1989, sous l'impulsion de FERT, les groupements paysans se fédèrent en une association autonome, FIFATA (Association pour le Progrès des Paysans), qui regroupe environ 450 paysans de 10 villages du Vakinankaratra. L'objectif est de contribuer à l'émergence d'organisations professionnelles agricoles. Le système financier est initialement conçu comme un moyen pour construire l'organisation professionnelle agricole et la financer. En 1993 sont mises en place des Caisses d'epargne et de Crédit Agricole Mutuels (CECAM) afin de responsabiliser les adhérents des caisses et de mobiliser l'épargne locale avec un souci de viabilité des caisses. Pour devenir membre, les bénéficiaires des CECAM paient des droits d'adhésion, des parts sociales, et participent aux assemblées générales de leur CECAM. Les CECAM gèrent de façon indépendante les crédits sur fonds propres qu'elles octroient. Une même personne, technicien salarié de FIFATA, est chargée au niveau villageois de l'animation de la section FIFATA, des activités de commercialisation/approvisionnement et de l'encadrement des activités de crédit (animation, gestion des crédits externes,...). L'INTERCECAM (Niveau Inter-Régional du Réseau CECAM), constituée d'une équipe de cadres malgaches salariés de FERT, est créée par FERT en 1996 (?) afin d'apporter un appui technique aux dirigeants (membres élus) et salariés travaillant dans le réseau CECAM En 1996, une loi relative aux établissements de crédit interdisant la réalisation d'activités financières par une structure qui gère d'autres activités, les activités financières jusqu'ici gérées par FIFATA doivent être gérées de façon autonome. Ceci conduit à l acquisition de l'autonomie des CECAM par rapport à l'association FIFATA. A partir de décembre 1996, 6 Unions Régionales des CECAM sont constituées en Institutions Financières Mutualistes. Les Unions (ou URCECAM) prennent le relais de FERT pour la prise de décision, la gestion des "crédits externes" et la distribution des refinancements aux caisses. En mai 1998, un nouveau manuel de procédures, mis au point par les dirigeants des Unions et des techniciens du réseau, propose un fonctionnement du réseau plus centralisé, dans lequel les CECAM perdent leur indépendance de gestion, de fonctionnement par rapport à l'union. Ce changement s'explique par le schéma choisi par le réseau par rapport à la loi 28, qui confère aux Unions le statut juridique, ainsi que par les problèmes rencontrés au niveau local (détournements par des conseillers, abus de dirigeants, prises de pouvoir par les notables) et les difficultés de contrôle du réseau. Toutes les ressources appartiennent désormais à l'union qui décide de tous 28 La loi 96-020 de septembre 1996 qui porte sur la réglementation des activités et l'organisation des institutions financières mutualistes. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-39 -
les octrois. Les CECAM sont considérées comme des guichets de l'union. Cette centralisation a également pour objectif la recherche d'unité au sein du réseau CECAM. Services à l agriculture Le système de crédit s est adressé dès son démarrage aux agriculteurs, compte-tenu de sa liaison avec les organisations paysannes. Il s est ouvert récemment seulement (depuis 1996 environ) à la population rurale en général en finançant des objets non agricoles en zone rurale. Dans le schéma passé de fonctionnement (avant mi-1998), une distinction était effectuée entre les "crédits externes", sur refinancement extérieur et gérés par l'union, et les "crédits internes" ou "crédits CECAM", sur fonds propres des CECAM, susceptibles d'être complétés par des refinancements, et gérés par les CECAM (le comité de gestion, assisté du conseiller). Dorénavant, tous les fonds sont au nom de l'union. Les différents crédits proposés par les CECAM Date d'appa -rition Objets Montant moyen par membre en Plafond par bénéficiaire LVM Location vente mutualiste GCV 1990-91 crédits commerci aux Crédit productif Crédit dépannage 1991 Matériel de production agricole : charrue, herse, boeufs de trait, vache laitière... Autres : décortiqueuse, camionnette,... Libre choix (remboursement du crédit avant la récupération du stock par le bénéficiaire) 1996 Ligne de crédit pour financer les besoins en fonds de roulement des organisations de producteurs (O.P.) pour leurs activités de commercialisatio n 1993 Financement des activités agricoles et d'autres activités rentables (commerce, artisanat) 1993 "Crédit social" : maladie, décès, Fmg environ 1 300 000 Fmg (juin 1998) environ 780 000 Fmg (juin 1998) (En 1998, 600 Fmg/kg de paddy et 300 Fmg/kg de maïs) Prêt de l'ordre de plus de 100 millions de Fmg en 1997 (estimation d'après l'encours en 1997 et le nombre d'o.p. bénéficiaires) environ 200 000 Fmg (juin 1998) environ 90 000 Fmg A partir de 20 millions de Fmg est requis l'avis de l'intercec AM et la présence d'un technicien lors de l'achat Pour le paddy (1998) : 4 t/membre soit 2 400 000 Fmg (min. de 50 kg par membre) Déterminé par la COP régionale suivant l'analyse de chaque demande 1 million de Fmg (manuel de procédures) 500 000 Fmg (nos enquêtes) 200 000 Fmg (manuel de Durée Max de 3 ans Min de 5 mois En général, 5-6 mois Max de 9 mois Max de 10 mois 3-6 mois Max de 4 mois Taux mensuel Conditions d'accès spécifiques 2,5 % *Membre depuis au moins 6 mois *DAV de 5 % du montant du crédit (Part Sociale Variable) *Apport personnel de 25 % *Achat du bien en présence du conseiller et de membres du Comité de Gestion 2,5 % *Stockage à la récolte de paddy/maïs pour une valeur de 3/2 à 4/3 le montant du prêt *DAV de 5 % le montant du prêt (Part Sociale Variable) 2 % *Personnes morales (Unions de producteurs, coopératives agricoles) *Garantie (nantissement des stocks au profit de l'union) d'une valeur sup. ou égale à 10 % du plafond du prêt *PSV fixé par le CA de l'union uniform *Garantie matérielle i -sation à 3 % sur décision de l'union 3 à 5 % *Garantie matérielle (d'une valeur de 150 % Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-40 -
problèmes graves (juin 1998) procédures) le montant du prêt) 50 à 100 000 Fmg (nos enquêtes) Sources : situation de l'union du Vakinankaratra au 30 juin 1998 ; tableau de l'évolution de lurcecam du Vakinankaratra de 1993 à 1997 ; manuel de procédure,s version mai 1998 ; comm. du directeur de l'intercecam et du Sous-directeur de l'urcecam du Vakinankaratra. Part des différents crédits dans l'encours global mensuel - URCECAM du Vakinankaratra, 1997-1998 décembre 1997 année 1997 décembre 1998 (encours moyen mensuel) % de l'encours, crédits 30,4 17,5 40,1 commerciaux non compris crédit productif % de l'encours, crédits 15,6 8,8 22,1 commerciaux compris % du nombre de crédits (sans 63,5 44,4 72,0 crédits comm.) % de l'encours, crédits 1,5 1,6 1,2 commerciaux non compris crédit dépannage % de l'encours, crédits 0,8 0,8 0,7 commerciaux compris % du nombre de crédits (sans 12,8 10,5 9,6 crédits comm.) % de l'encours, crédits 47,6 35,4 56,2 commerciaux non compris crédit LVM % de l'encours, crédits 24,4 17,9 31,0 commerciaux compris % du nombre de crédits (sans 13,7 15,2 14,13 crédits comm.) % de l'encours, crédits 20,4 45,5 2,5 commerciaux non compris crédit GCV % de l'encours, crédits 10,4 22,9 1,4 commerciaux compris % du nombre de crédits (sans 10,0 29,9 3,5 crédits comm.) crédits commerciaux % de l'encours 48,8 49,6 44,9 Sources : tableaux de données (situation de l'urcecam à des dates différentes, évolution de l'encours de l'urcecam du Vakinankaratra en 1997) communiqués par l'intercecam. Le crédit équipement : la Location-Vente-Mutualiste (LVM) Ce crédit de moyen terme (durée maximale de 3 ans) a été conçu pour permettre aux paysans d'acquérir des équipements agricoles, comme les charrues, les herses, les charrettes, mais aussi les bœufs de trait, les vaches laitières, etc. Les risques de perte, notamment du fait de maladies, sont faibles dans la région, compte tenu des soins apportés aux animaux et de l'appui technique de certaines ONG et associations. Depuis mai 1998, le but des crédits LVM est "de permettre d'acquérir du matériel" : le nouveau manuel de procédures n apporte plus de spécifications quant au type de matériel financé. Ces crédits sont gérés par le financeur, soit l'urcecam du Vakinankaratra depuis 1996. Une analyse technique de la demande (faisabilité, rentabilité, solvabilité) est réalisée par le conseiller CECAM sous contrôle d'un technicien de l'union ; hors des limites des prérogatives accordées à chaque caisse, cette analyse est effectuée par un technicien de l'union. De plus, si la demande dépasse le plafond de 20 millions de Fmg, elle doit être transmise à l'intercecam pour avis technique. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-41 -
L'octroi est décidé par la Commission Régionale d'octroi de prêt qui se réunit tous les mois. La Location-Vente-Mutualiste permet à l'urcecam de rester propriétaire du bien financé jusqu'à la fin du remboursement. Pour éviter tout litige sur la qualité des biens financés, le preneur est seul responsable de choisir le bien acheté et de négocier sa valeur initiale. Ceci est particulièrement important pour les animaux car l organisme prêteur quoique propriétaire ne répond pas de l état sanitaire des bœufs (Pandolfi, 1996). En 1996, le remboursement devait s'effectuer par échéances trimestrielles. Depuis 1998, afin d'adapter les échéances aux capacités de remboursement des bénéficiaires, la périodicité de versement des loyers doit être négociée par le bénéficiaire lors de l'élaboration du dossier de demande. Dans les caisses visitées (août-septembre 1998), les remboursements mensuels, bimestriels ou trimestriels sont toujours les plus répandus et posent des problèmes à certains membres lorsqu ils n ont pas de revenus réguliers. Le crédit stockage inspiré du Grenier Communautaire Villageois (GCV) Le crédit stockage, nommé généralement GCV, est inspiré du grenier communautaire villageois. L'objectif de ce prêt est d'aider les membres cultivateurs à maîtriser le coût de leurs produits depuis la récolte jusqu'à la commercialisation. Dans le Vakinankaratra, il concerne le stockage de paddy et de maïs, denrées non périssables et dont la fluctuation des prix rend leur stockage rentable 29. Les paysans stockent leurs produits soit dans un local, qui peut être une pièce de la maison d'un membre qui participe au stockage, soit dans un local construit spécifiquement. La durée minimale du stockage est fixée à cinq mois par l'union et était auparavant de quatre mois (nos enquêtes). Pour une durée inférieure, les coûts de gestion seraient trop importants par rapport au prélèvement effectué par l'union (parts sociales, taux) et la hausse des prix risquerait de n être pas assez conséquente pour que le stockage dégage des bénéfices suffisants pour rentabiliser le produit GCV. Jusqu'à la campagne 1998, l'union fournissait le matériel pour sécuriser le stockage (vol, détériorations) : serrures, piton, mort-aux-rats,... (nos enquêtes). D'après le nouveau manuel de procédures (1998), le conditionnement est dorénavant à la charge des "membres-stockeurs". Les membres-stockeurs perçoivent un prêt de 2/3 à 3/4 de la valeur marchande des produits stockés. Compte-tenu de la hausse des prix (de l'ordre de 100 %), ce produit s'avère très rentable pour les membres bénéficiaires : d'après nos enquêtes, pour 1 tonne de paddy à la récolte (en mai, prix de vente du paddy de 700 Fmg/kg), le membre touche un prêt de 600 000 Fmg et revend sa tonne de paddy stockée, 6 mois après, à 1 500 Fmg/kg, ce qui lui procure un gain de 1 380 000 Fmg (bénéfices de la vente du stock dont on a soustrait la Part sociale variable et les intérêts) au lieu des 700 000 Fmg qu'il aurait gagné en vendant sa récolte, soit quasiment une augmentation de son gain de 100 %. Dans une caisse de la zone Ouest, nous avons observé une gestion spéculative du GCV par les paysans aisés (importantes quantités de paddy déposées en GCV) : ces derniers cherchent à obtenir leur prêt GCV en mai puis rachètent avec l'argent du prêt du paddy à bas prix, qu'ils stockent dans leur maison. L'Union fixe un plafond par membre bénéficiaire : il était de 3 t par membre en 1997 et de 4 t en 1998. Le crédit GCV ne présente pratiquement aucun risque pour le système financier (en dehors du vol, de l'incendie et de la détérioration des produits stockés), la garantie étant physiquement bloquée dans les "greniers" et représentant un montant supérieur au montant du prêt octroyé. 29 L'URCECAM du Vakinankaratra ne finance pas le stockage de blé : il n'existe qu'un seul acheteur dans la région, la KOBAMA (entreprise agro-industrielle malgache basée à Antsirabe), et le stockage ne présente donc pas d'intérêt. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-42 -
Cependant, son extension dans une zone donnée pourrait s'accompagner d'une baisse des prix au moment du déstockage. Une critique formulée par les paysans membres lors de nos enquêtes concerne le remboursement du prêt GCV. Le bénéficiaire est censé rembourser son prêt et les intérêts avant le déstockage des produits, afin que le système conserve la garantie matérielle. L INTERCECAM considère que la possibilité d'anticiper le remboursement et de l'effectuer "par tranches" afin d éviter les risques. Ce fonctionnement devrait certes faciliter le remboursement, mais il présente deux désavantages pour les membres : ceux-ci paient les intérêts de la durée initialement fixée, même s'ils anticipent le remboursement, et, de plus, ils bénéficient de prix d'achat plus faibles pour leur paddy stocké du fait de la date plus précoce de leur remboursement. Les crédits commerciaux L'objectif des crédits commerciaux est de" financer par une ligne de crédit les besoins en fonds de roulement du bénéficiaire dans ses activités de commercialisation en commun des produits de ses membres" (manuel de procédures, version mai 1998). Ils sont donc destinés aux Unions de groupements de producteurs ou aux coopératives agricoles. Le crédit productif Il a été initialement conçu pour financer la campagne agricole (intrants, salariés agricoles). Dans certaines caisses, l'élevage a été également accepté comme objet dès l'apparition de ce crédit. Depuis 1997, les activités non-agricoles, comme les activités de transformation agro-alimentaire, l'artisanat, le commerce, ont également pu être financées par des crédits productifs. D'après nos enquêtes auprès de membres, la majorité des crédits productifs est dépensée pour financer les travaux agricoles et les autres frais de campagne (semences, engrais, location d'équipement, paiement des salariés agricoles). Les plafonds sont décidés par l'urcecam, suivant la qualité de gestion de la caisse, avec une limite maximum de un million de Fmg par emprunteur pour les crédits octroyés par les CECAM (au-delà de ce plafond, les crédits sont attribués par l'union). Précédemment, l'octroi de crédits productifs avait lieu deux à trois fois par an, selon le calendrier cultural (grande saison de culture, demi-saison et contre-saison). Depuis juin 1998, l octroi est mensuel pour les crédits productifs, décidé par l'union. Il a été uniformisé dans la région du Vakinankaratra afin, notamment de prévoir les demandes. L'URCECAM a instauré une durée maximum de 10 mois pour le prêt, avec un paiement au minimum d'une première échéance 6 mois après le déblocage du crédit. Le crédit dépannage Le crédit dépannage a été élaboré pour "répondre à des besoins sociaux et à des besoins de consommation". Ce crédit a connu un grand succès jusqu'au début de l'année 1996 (encours de l'ordre de celui des crédits productifs et même son cumul sur un an était supérieur à celui des crédits productifs). En fait, jusqu'en 1996, la distinction entre les crédits dépannage et les crédits productif n'était pas claire : si un membre nécessitait rapidement un crédit pour moissonner son riz, par exemple, il pouvait obtenir un crédit dépannage. Le ralentissement de la croissance de ce produit à partir de 1996 s'explique par la sensibilisation menée par l'union auprès des CECAM pour diminuer les octrois des crédits dépannage. Autres crédits Pour certains objets spécifiques tel que le financement de l'achat de terrains (cadastrés et titrés), la construction de bâtiments d'exploitation (pour l'élevage, le stockage,...), la plantation d'arbres fruitiers ou caféiers, l'union, sur avis de l'intercecam, étudie les demandes, fixe les taux et définit les conditions spécifiques de ces crédits "spéciaux". Pour y avoir accès, le membre doit verser une part sociale variable de 5 % du montant du prêt. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-43 -
Taux d intérêt effectif Les taux d intérêt mensuels varient suivant le type de prêt. Les taux sont les plus faibles (2%) pour les crédits commerciaux. Ils sont fixés entre 2,5% et 3% pour les «crédits agricoles» (location-vente LVM, greniers communs GCV et crédits productifs). Ils peuvent monter jusqu à 5% pour les crédits dépannage qui ne bénéficient pas du statut de crédit «d urgence», souvent à des taux d intérêt faible, mais plutôt du statut de crédit à la consommation, plus cher que le crédit productif. Pour le crédit LVM, les échéances mensuelles ou trimestrielles conduisent à un taux d intérêt effectif plus élevé. Pour les crédits LVM et GCV, un dépôt à vue de 5 % du montant du crédit (Part Sociale Variable) augmente aussi le taux d intérêt effectif puisque l emprunteur doit déposer un montant d épargne bloquée non rémunérée. Enfin, l accès aux prêts requiert le paiement d un droit d adhésion et d une part sociale fixe annuelle. Remboursement Le taux de remboursement pour l'ensemble des crédits octroyés par l'urcecam du Vakinankaratra était de 96 % en 1997 et de 96,3 % en 1998. Le taux de remboursement des crédits productifs a connu des fluctuations importantes, mais paraît en augmentation depuis décembre 1996 : cette amélioration est certainement due à l'instauration de l'urcecam, l'élaboration du manuel de procédures (établissement de règles, de limites pour l'ensemble des CECAM du Vakinankaratra jusqu'alors indépendantes) qui se sont accompagnées d'un renforcement du contrôle et des règles d'octroi. Parallèlement le taux de remboursement des crédits LVM a connu une baisse : cette diminution pourrait s'expliquer, en partie, par la difficulté de rembourser à des échéances mensuelles, bi- ou trimestrielles, ainsi que par le chevauchement d'échéances de plusieurs crédits. Les taux pour les crédits GCV ne sont pas disponibles. Ce prêt présente peu de risques pour l'institution financière (la garantie est bloquée dans le grenier et le membre doit rembourser son prêt avant de récupérer son stock). En 1998, 11 caisses (sur 30) ont connu des problèmes de recouvrement, qui ont nécessité le soutien des techniciens de l'union (renforcement de la pression, menace, saisie). Malgré ces problèmes, les taux de remboursement ont été maintenus à des valeurs élevées, probablement parce que dès qu'une caisse a des problèmes de remboursement, l'union cesse tous les octrois de crédit jusqu'au rétablissement de la situation et parce que l'union s'est mobilisée pour le recouvrement dans les CECAM. On ne relève pas de comportement particulier dans le remboursement en fonction de la provenance des fonds. L'institutionnalisation des Unions s'est accompagnée de la suppression de la différenciation entre les "crédits externes" et les "crédits internes" à partir de mi-1998 dans la région du Vakinankaratra. Tous les fonds appartiennent désormais à l'union. Ce changement risque d'engendrer un sentiment de dépossession des membres des CECAM et un mécontentement de ceux-ci vis-à-vis de l'urcecam. Les droits d adhésion et produits d épargne Pour devenir membre, une personne est tenue de payer des droits d'adhésion, non récupérables, et, pour avoir accès au crédit elle doit verser des parts sociales, qu'elle peut récupérer deux à trois ans après sa démission. Le versement de la part sociale fixe (PSF) est obligatoire pour que l'adhérent acquière la qualité de membres et il donne accès au crédit au membre jusqu'à sa démission ; certains crédits nécessitent le versement d'une part sociale supplémentaire, nommée part sociale variable (PSV), d'un montant proportionnel au montant du prêt demandé. Jusqu'à la constitution de l'union (fin 1996), les parts sociales fixes et les droits d'adhésion étaient fixés par les CECAM (règlement intérieur voté en Assemblée Générale). Ils sont depuis déterminés par l'union : les droits d'adhésion ont été fixés à 10 000 Fmg par l'assemblée Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-44 -
Générale constitutive de l'union 30 et les parts sociales fixes à 25 000 Fmg payable en 3 ans (ce qui n'a pas présenté de changement dans les quatre caisses d'enquêtes). En 1998, les parts sociales fixes ont augmenté : elles sont de 50 000 Fmg payables en 3-5 ans. Jusqu'à présent les parts sociales ne sont pas rémunérées; l'union réfléchit à la possibilité d'une bonification en fin d'exercice Les dépôts volontaires sont de trois types. Le DAV (dépôt à vue), non rémunéré, permet de placer son argent en sécurité dans la CECAM et de le retirer à tout moment. Le DAT (dépôt à termes) correspond à un dépôt bloqué pendant une durée fixe supérieure à trois mois. Depuis 1998, le taux est dorénavant fixé à 1 % mensuel par l'urcecam. Le PE (plan d'épargne) correspond à un dépôt d'une somme à échéances régulières (hebdomadaires, bimensuelles ou mensuelles) pendant une durée déterminée. L'URCECAM a décidé, pour ce dépôt, un taux de 2 % mensuels et une durée minimum de un an. Si le déposant a été ponctuel, il reçoit une prime équivalent à 1 % des intérêts. Malgré une croissance de l'encours, le nombre de déposants reste faible par rapport au nombre d'adhérents : environ 10 % des membres ont effectué des DAT (pour un encours moyen autour de 100 000 Fmg par déposant) et 14% ont des PE (encours moyen autour de 60000 Fmg par déposant) en décembre 1998. Adéquation offre/ demande Les besoins de financement pour la riziculture concernent le labour, l'achat d'engrais et de semences, le piétinage, le repiquage, le sarclage et le transport de la récolte (enquêtes Wietzke, 1999). Pour les autres cultures également, les besoins de financement portent essentiellement sur la main d œuvre (labour et sarclage pour les céréales, les haricots, les pommes de terre, etc.), la location de charrues et les intrants (semences de blés, de pommes de terre, engrais pour le blé). Lorsqu il existe des contrats de production avec les entreprises agro-industrielles locales, les ménages n expriment généralement pas de besoins supplémentaires. C est le cas par exemple de l orge avec Malto. Malto propose en effet des contrats de production (semences, engrais et pesticides prêtés en début de campagne et remboursés en nature à la récolte) ainsi qu'un encadrement et un suivi technique. Pour le tabac, les besoins de financement sont en partie couverts par un système de prêt avec l'ofmata (Office Malgache du Tabac) qui fournit gratuitement les semences et prête les engrais que les agriculteurs remboursent à la récolte. Aucun besoin de financement pour le manioc n'a été formulé, mais cette culture présente une source conséquente de revenus monétaires pour les agriculteurs de l'ouest (grandes superficies de terres de colline, tanety). De même, lors des enquêtes, les agriculteurs n'ont pas signalé de besoins spécifiques pour le maraîchage. Ils ne considèrent pas ces cultures comme prioritaires; elles sont des compléments que l'on met en place lorsque l'on possède les fonds nécessaires. Les besoins de financement étant encore faibles (petite superficie, peu d'intrants achetés) et répartis tout au long de l'année, le financement de cette activité risque de ne pas s'avérer rentable pour un système financier. Pour les vergers dans lesquels la main d œuvre familiale ne suffit pas, le cultivateur peut avoir besoin de fonds pour l'enlèvement manuel des insectes ou l'achat d'insecticides, le sarclage, le gardiennage des pommiers (éviter le vol de la récolte sur pieds), la récolte des pommes et l'expédition de celles-ci (mise en colis, frais de transport). Un système financier pourrait songer à mettre en place un crédit de long terme (plusieurs années) finançant la mise en place de cultures pérennes comme les arbres fruitiers. 30 Cela a représenté une augmentation dans les caisses, dans lesquelles nous avons mené des enquêtes, où les droits étaient compris entre 3 500 et 5 000 Fmg avant décembre 1996 Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-45 -
Du fait de la variabilité climatique existante dans la région d'étude, il peut y avoir un à deux mois d'écart dans les travaux d'une zone à l'autre. Cette variation s'ajoutant à la diversité culturale inter et intra-zone, présente une contrainte pour un système financier proposant des produits financiers agricoles : les produits financiers destinés aux cultures devraient pouvoir être débloqués à des dates différentes selon la zone et la culture (sachant que ces déblocages concerneront principalement la période allant de septembre à janvier). Cette flexibilité possède un coût élevé en terme de gestion. Si un système financier se cantonne à une seule date de déblocage pour la grande saison dans l'ensemble de la région, les fonds risquent d'arriver en avance ou en retard par rapport au calendrier cultural et, le système financier s'en trouvera pénalisé. Ainsi, jusqu'en juillet 1998, les CECAM ne proposaient qu'une seule date de déblocage pendant la grande saison et l'une des principales critiques des bénéficiaires était le retard de déblocage des crédits destinés à la production agricole (enquêtes Wietzke, 1999). Prise en compte du risque L'adhésion au système d'une personne physique n'est apparemment pas dotée de conditions difficiles, le système cherchant à augmenter le nombre de membres par caisse pour atteindre son équilibre financier. Par contre, l'accès au crédit paraît plus strict : la demande est analysée par les techniciens du réseau (rentabilité de l'activité, capacité de remboursement...), des garanties matérielles sont requises et soumises à vérification, la fiabilité du membre est analysée (interconnaissance, remboursements antérieurs). Le financement agricole (GCV, LVM et crédits productifs) représente environ 89 % des crédits octroyés (en nombre) et 49,6 % de l'encours global en 1997, l'autre moitié de l'encours correspondant aux crédits commerciaux (la part des crédits dépannage étant négligeable). Les produits financés par le réseau restent fortement liés à la production agricole et présentent des risques co-variants à celle-ci : une affectation des productions agricoles (de la grande saison) risquerait de mettre en péril le système. Dans le Vakinankaratra, l'agriculture présente l'intérêt d'être diversifiée (cultures de grande saison, cultures de contre-saison, élevage laitier,...) ce qui permet une répartition des risques. Le système a mis en place des éléments spécifiques pour prendre en compte le risque agricole. Risques de surendettement Pour éviter les risques de surendettement et de chevauchement d'échéances, l'union a limité le nombre de crédits productifs à une personne par ménage depuis 1996. D'après les enquêtes, cette mesure est plus ou moins respectée dans les caisses, certaines préférant octroyer des crédits aux deux époux d'un même ménage si leur capacité de remboursement est suffisante et/ou si les deux crédits financent des projets distincts (répartition des risques sur deux objets différents). Par ailleurs, un membre peut prendre jusqu'à quatre crédits à la fois : un crédit dépannage, un crédit productif, un crédit LVM et un crédit GCV. Le système impose des plafonds pour les crédits à trois niveaux : le plafond d'encours au niveau de la CECAM ; le plafond du montant unitaire par type de crédit et par bénéficiaire ; le plafond d'encours maximum par sociétaire. Nature des garanties Pour tous les crédits, le système demande une garantie: - pour les crédits LVM, ce n'est pas réellement un objet proposé en garantie, mais l'objet acheté avec le crédit appartient à l'union jusqu'au versement du dernier loyer et l'union peut le saisir en cas d'impayé ; - les produits stockés représentent la garantie matérielle prise par le système pour les prêts GCV ; Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-46 -
- pour les autres crédits (productif, dépannage, café), le demandeur doit proposer un bien d'une valeur de plus de 150 % du montant du prêt et cette offre de garantie doit être certifiée par les autorités locales. Si le membre n'a pas de biens à présenter en garantie, celle-ci peut être apportée par un tiers, également membre de la CECAM. D'après l'intercecam, les biens acceptés en garantie sont les biens facilement vendables comme le matériel de production (charrue, herse, charrette...), les vaches laitières, les boeufs, les télévisions, les radio-cassettes, les meubles, les machines-à-coudre, les bicyclettes, les marmites... Suivant les zones, la vente des terres, de maisons est plus ou moins facile et des biens sont acceptés comme garantie selon le contexte de la zone (ainsi, en ville, la vente de maisons s'avère plus aisée qu'à la campagne). Le petit élevage doit être traité au cas par cas : si le membre effectue un élevage important alors accepter les animaux comme garantie est peu risqué (présence constante d'animaux sur l'exploitation malgré le cycle court de l'élevage). Cependant, au niveau des Unions et des caisses, la définition des garanties est plus restreinte. Il apparaît que les techniciens du réseau simplifient le règlement en uniformisant les biens acceptés en garantie, sans tenir compte des particularités locales et des cas particuliers. Face à l'impossibilité de faire exécuter les garanties réelles à un coût raisonnable par le système judiciaire formel, les dirigeants des caisses ont pour rôle de "pallier ce déficit en imposant des pressions sociales et économiques provenant de la structure du village". Cependant, la hiérarchie sociale peut enrayer le processus de recouvrement des crédits. De plus, les responsables seraient réticents à la saisie car ils ont souvent des liens de parenté avec les débiteurs. Les systèmes d assurance Il semble que la mise en place de produits d'assurance dans le système soit récente (depuis 1998) et concernerait la couverture des impayés au niveau du réseau. Dans le cadre de l'opération café, le protocole de collaboration entre la Pépinière de la Mania et l'urcecam du Vakinankaratra (élaboré en août 1997) prévoit un fonds de garantie pour couvrir les incidents de remboursement concernant les "crédits café". Une couverture mutualiste du risque d'impayés existe à l'échelle du réseau grâce à un fonds constitué des cotisations des Unions du réseau. Ce fonds met en oeuvre une solidarité entre les différentes Unions. Un fonds Interrégional de garantie Mutuelle (FIGAM) a été mis en place en 1998, pour couvrir les risques dépassant les capacités d une URCECAM. Le réseau ne propose aucun produit d'assurance pour les membres (maladie, décès, mortalité des animaux...). L appui technique La démarche de développement intégré de FERT - initié par la création de FIFATA, association qui proposait à son démarrage des services financiers (le futur réseau CECAM) et des services de commercialisation/approvisionnement (futures coopératives agricoles et magasins d'intrants) à ses membres - s'est poursuivie dans le Vakinankaratra par la réalisation de différents projets/organisations, tels que la Pépinière de la Mania (achat-revente de plants forestiers et d'arbres fruitiers), les coopératives agricoles (commercialisation des produits agricoles), les magasins d'intrants, FORMAGRI (formation des paysans). Chaque organisation/entreprise est indépendante des autres. Cependant, FERT cherche à faire bénéficier des services d'une organisation aux autres : le "crédit café" est issu de la collaboration de la Pépinière de la Mania et de l'urcecam du Vakinankaratra; l'urcecam octroie des crédits commerciaux aux coopératives agricoles; les différentes organisations/entreprises mises en place par FERT sont membres de l'union en tant que personnes morales; le bureau d'étude ARATRA ainsi que FERT effectuent d'importants dépôts à l'urcecam du Vakinankaratra. La diversification du porte-feuille La diversification du porte-feuille des CECAM est largement permise par : Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-47 -
- la possibilité de financer des objets non-agricoles avec le crédit productif, d'acheter du matériel non-agricole avec le prêt LVM, avec la création des crédits commerciaux, destinés aux organisations de producteurs (les crédits commerciaux présentent des risques covariants à l'agriculture) ; - l'ouverture de caisses urbaines ; - la diversité des activités agricoles du Vakinankaratra, que le système a cherché à financer par des produits assez flexibles (différentes cultures, plusieurs campagnes agricoles, différents élevages pratiqués) ; - la diversité des produits financiers proposés par le système et des objets financés par celui-ci (matériel de production, stockage des produits, production agricole, commercialisation des produits) ; - l'extension géographique du réseau associé à l'unification de celui-ci (centralisation, solidarité) qui permet une répartition des risques. IV. Enseignements : Innovation, intérêts et limites des systèmes mis en place pour le financement de l agriculture La spécificité des cas étudiés à Madagascar est leur orientation quasi-exclusive sur le financement agricole. Ce sont d une part des raisons historiques qui expliquent ces orientations : construction des réseaux par des organisations paysannes ou en appui à des organisations agricoles ; implantations dans des zones quasi-exclusivement agricoles. Le réseau de Marovoay a été créé dans le cadre du programme d appui à la FIFABE dont il constituait la composante crédit. Le réseau des CECAM s est également construit comme le volet crédit d appui à une organisation professionnelle agricole FIFATA. D autre part, il semble que cette orientation agricole puisse se poursuivre du fait de la composition des instances locales de décisions des deux institutions 31. Les AECA de Marovoay touchent la catégorie dominante sur la Plaine : les riziculteurs. Les membres sont en majorité des locataires, des métayers ou des petits propriétaires. Les gros exploitants ne sont généralement pas membres des associations (ils ont accès au système bancaire classique et ne sont pas intéressés par les services que propose le système) ; les plus pauvres (paysan sans terre à cultiver, vivant du salariat agricole et de la pêche) n'en font également pas partie, ayant principalement besoin de prêts pour leur consommation, ce que ne propose pas le système. Les CECAM toucheraient davantage les paysans moyens à aisés : une étude du réseau des CECAM note dans son analyse de la clientèle, que le réseau, issu d une dynamique d organisation agricole, a conservé une forte homogénéité de sa clientèle (agriculteur-éleveur disposant de terres), qui est «encadrée» dans son environnement proche par des segments de population n ayant pas accès au système de crédit actuellement : segment plus pauvre (paysans sans terres, femmes, jeunes), segment latéral de niveau économique équivalent (artisans, petits commerçants), segment supérieur (notables, commerçants aisés, gros propriétaires fonciers, ). Innovation, intérêts et limites des systèmes étudiés Les services offerts par les deux systèmes Les deux systèmes sont implantées dans des zones essentiellement agricoles (plus de 50% du revenu des ménages ruraux), ce qui reste le cas pour la majorité des zones rurales à Madagascar. 31 D autres réseaux comme TIAVO, où les décideurs comptent surtout des fonctionnaires ou des commerçants, il semble qu un «filtrage» des comités rendent plus difficile la diffusion des produits ciblés sur l agriculture. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-48 -
Dans ce cas, soutenir le développement économique local signifie d abord soutenir l agriculture. Les services à l agriculture sont une nécessité davantage qu un choix des projets. La Plaine de Marovoay et le Vakinankaratra se distinguent par le dynamisme de leur agriculture: la Plaine de Marovoay est considérée comme l un des «greniers à riz» de Madagascar avec la région du Lac Alaotra. Grâce à une lourde infrastructure hydro-agricole qui a été développée, la riziculture a été longtemps une activité sécurisée. Dans le Vakinankaratra, l agriculture est particulièrement diversifiée, bénéficiant d une forte présence d agro-industries et de la proximité de la capitale ainsi que de l importance d Antsirabe pour l accès aux marchés urbains de consommation. Les services offerts par les deux systèmes AECA CECAM Services de prêts (taux Crédit de campagne (4%) Crédit productif (3%) d intérêt mensuel) Crédit équipement (4%) LVM (2,5%) Crédit dépannage (0-4%) Crédit dépannage (3-5%) Crédit sur dossier (4%) Autres crédits productifs (4%) GCV (2,5%) Crédit commerciaux (2%) Droits d adhésion Droit d adhésion, 10000 Fmg Droit d adhésion, 10000 Fmg Services d épargne (taux d intérêt mensuel) Part sociale fixe, 50000 Fmg Part sociale variable (5% de certains prêts) DAV non rémunérés DAT (1%) PE (2% pour un dépôt sur un an) (+) Lorsque des données ne sont pas exactement les mêmes selon les sources, mous avons pris la fourchette basse. en moy. Dépôts bloqués, 25000 Fmg en moy. DAV non rémunérés DAT (2% en moyenne) PE (2% en moyenne) Le service agricole est prioritairement orienté vers le financement de la campagne agricole (crédit de campagne AECA / crédit productif CECAM); cependant, les services à l agriculture concernent à la fois le stockage (GCV), les fonds de roulement (crédit de campagne) et les investissement (type LVM). AECA CECAM Stockage/spéculation Fonds de roulement Investissement Commercialisation Prêts non agricole Stockage/spéculation Fonds de roulement Investissement Commercialisation Prêts non agricole % des montants 0 67 % 9 % 16 % 8 % 23 % 9 % 18 % 49 % 1 % Garanties - Fond de garantie (10%) rémunéré Fond de garantie (10%) + apport perso 20% Apport personnel de 20-30% + gar. matérielle Apport personnel de 20-30% + gar. matérielle Stock + PSV (5%) non rémunérée Garantie matérielle (150% de la valeur ) Apport personnel de 25 % + PSV (5%) (Personnes morales) Stock + PSV Garantie matérielle (150% de la valeur ) Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-49 -
Pour les AECA, les produits financiers proposés par le réseau concernent majoritairement des crédits de court terme (6 à 9 mois), de faible montant (généralement inférieur à 1 million de Fmg/bénéficiaire) avec des taux d intérêt uniformes et élevés. Pour les CECAM, les produits financiers sont diversifiés et touchent à la fois les membres individuels et les associations (crédits commerciaux). Les CECAM offrent des crédits de court et moyen terme, en particulier pour les investissements agricoles dont les montants peuvent être importants. Les conditions de garanties sont alors très strictes (apport personnel et part sociale variable). Les taux d intérêt sont variables selon le type de prêt. Un certain nombre de conditions sont nécessaires au fonctionnement de services financiers à l agriculture : - S assurer que les conditions de réalisation des activités financées sont satisfaisantes : facilité d approvisionnement en intrants pour le financement de campagnes agricoles, facilité d approvisionnement en matériel et de services d entretien et de réparation pour les crédits équipement, services vétérinaires et produits de prophylaxie disponibles pour le financement de l élevage, etc. - Nécessité d adapter parfaitement les services aux besoins des ménages. Les crédits destinés à la campagne principale à Marovoay sont mal adaptés pour les cultures de contre-saison dont la rentabilité est plus faible, les risques sur la production plus grands. Les crédits équipements des AECA ont rencontré peu de succès du fait sans doute d une mauvaise connaissance de la rentabilité des investissements et des conditions optimales pour ce service en termes de taux, de garanties, de mode de remboursement, etc. Il semble que les prêts sous forme de location-vente, choisie par les CECAM et vers laquelle veulent s orienter à terme les AECA soit la mieux adaptée au financement des équipements moyens. - Taux d intérêt : il faut trouver un équilibre entre le montant nécessaire des intérêts pour couvrir les coûts de fonctionnement et les risques, tout en gardant la possibilité de financer des activités agricoles dont la rentabilité reste faible pour certaines d entre elles. Les AECA ont pris l option de taux d intérêt élevés et uniformes pour tous les types de prêts (4%). Cela évite les détournements d objet, mais le taux de 4% reste trop élevé face à la rentabilité des activités pour le financement des équipements. Les Unions réfléchissent donc à baisser ce taux à 24% par an. Les CECAM ont des taux mensuels plus faibles mais il faut tenir compte des coûts que représentent les parts sociales et le fait que l épargne bloquée n est pas rémunérée. Du fait de la plus forte concurrence dans l offre de crédit (BOA/BTM, entreprises agro-alimentaires), les CECAM ont pu être davantage contraintes dans la fixation des taux par rapport aux AECA. Les taux varient suivant le type de crédit. Cela peut conduire à une adaptation des taux à la rentabilité des activités, mais étonnamment, ce sont les crédits commerciaux qui bénéficient du taux d intérêt le plus faible (2% mensuel). On peut résumer l ensemble des conditions de la pérennité des services à l agriculture proposés par les réseaux CECAM et AECA à Madagascar par le tableau suivant : Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-50 -
Tableau : Les conditions de la perennité des services à l agriculture à Madagascar Conditions AECA CECAM Les conditions générales de la pérennité Décentralisation Au maximum Retour vers la centralisation Connaissance du milieu Bonne Bonne Niveau minimum d activités économiques Riziculture sécurisée mais des interrogations pour la suite Diversification, proximité de marchés urbains Implication des bénéficiaires Importante En recul dans la gestion Insertion dans le marché Difficile Faible financier global Autonomie et viabilité Subventions d équilibre financière Les conditions de pérennité des services à l agriculture Diversification du porte-feuille Faible (services et diversification géographique) Système de garanties adapté à l agriculture Appui technique pour les activités agricoles Déconnexion de l encadrement technique Système de coordination entre les intervenants locaux Bonnes conditions de réalisation des activités agricoles Caution solidaire Oui Subventions Equilibre prévu vers 2004 Moyenne Oui (LVM, GCV) Oui, avec appel aux organisations locales A l origine imbrication, en cours de séparation Peu concluante Intégration des services à l agriculture Libéralisation en cours. Libéralisation en cours. Incertitudes sur les marchés Incertitudes sur les marchés (prix, etc.) et les services (prix, etc.) et les services (vétérinaires, etc.) (vétérinaires, etc.) Adaptation des services aux Services diversifiés Services diversifiés besoins des ménages Niveau des taux d intérêt Élevés Moyens Oui Les enseignements des deux systèmes 1. Comment adapter les services de la microfinance aux besoins de financement de l agriculture? Zoom sur le crédit moyen terme L exemple de Madagascar permet de souligner les points suivants : - Le financement des fonds de roulement semble ne pas poser de problèmes particuliers à partir du moment où l activité agricole est suffisamment sécurisée. - Les systèmes de stockage jouent sur la variabilité saisonnière des prix. Ils ne sont pas créateurs de richesses mais permettent aux ménages qui en bénéficient de mieux valoriser leur production. Ils sont particulièrement efficaces pour des denrées non périssables dans les zones enclavées où la période de soudure est marquée et se caractérise par une flambée des prix des produits. - Les prêts proposés par les AECA et les CECAM restent majoritairement des prêts de court et moyen terme pour lesquels les systèmes gardent une certaine réticence à espacer les échéances pour les remboursements. Cependant, ces observations ne sont pas spécifiques au financement de l activité agricole mais dépendent de la structure même des Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-51 -
institutions de micro-finance (très faible volume d épargne, faibles montants de refinancement, souvent octroyés à moyen terme seulement, faible capacité d endettement des ménages clients, faiblesse du système de garanties qui impose un suivi régulier et des échéances régulières de remboursement, etc.) - Les crédits Location-vente mutualiste sont un système de crédit-bail innovant pour l équipement de la petite agriculture. 2. Microfinance et sécurisation du crédit à l agriculture En termes de sécurisation, les systèmes étudiés utilisent les éléments suivants : - travail dans des zones où l agriculture est dynamique, proche des marchés (Vakinankaratra), relativement sécurisée (périmètres irrigués). - diversification du porte-feuille et de la clientèle - systèmes classiques utilisés par la microfinance, pas spécifiquement pour le crédit agricole : inter-connaissance et caution solidaire, garanties matérielles, épargne préalable, etc. - adaptation des conditions aux activités agricoles : plafonnement des prêts en fonction de la surface agricole; prise en compte du cycle agricole pour les octrois et les remboursements. - fonds d assurance catastrophe pour les calamités naturelles (AECA). Un fonds Interrégional de garantie Mutuelle (FIGAM) a été mis en place pour le réseau des CECAM, pour couvrir les risques dépassant les capacités d une URCECAM. - garanties basées sur les biens agricoles : stocks (GCV), matériel (LVM). Les difficultés rencontrées portent sur les contraintes de diversification du porte-feuille (faibles opportunités, activités qui restent liées à la campagne agricole, réticences des paysans déjà dépendants des crédits de campagne à s endetter encore). 3. Microfinance, banques agricoles, banques commerciales : quels partenariats pour le financement de l agriculture? A Madagascar, la difficile mobilisation de l épargne conduit les réseaux à s appuyer sur des lignes de refinancement qui transitent par les banques de la place (BOA/BTM, BNI-CL). Pour l instant cependant, il s agit essentiellement de lignes des bailleurs de fonds et pas de refinancement direct des banques aux IMF. 4. Quels modes d intervention pour les bailleurs de fonds pour renforcer la contribution de la microfinance au financement de l agriculture? On observe à Madagascar un appui massif des bailleurs de fonds à des systèmes radicalement orientés vers le financement de l agriculture. 5. Microfinance et organisations paysannes : quel partage des rôles, quels partenariats? 6. Quelles politiques publiques pour renforcer la contribution de la microfinance au financement de l agriculture? Une politique volontariste de soutien aux IMF : l histoire de la microfinance à Madagascar a été fortement appuyée par l initiative publique à travers un programme d appui au financement du monde rural (1995) et la mise en place d un cadre réglementaire pour les institutions financières mutualistes. Une contrainte : la sécurisation foncière Fraslin (2000) explique que les IMF à Madagascar ne proposent pas de crédit à long terme malgré l évidente rentabilité de crédits qui pourraient financer par exemple la construction de Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-52 -
bâtiments de stockage (succès des GCV). Tant que l Etat ne sera pas intervenu pour réglementer la propriété foncière (garantie indispensable à l attribution de crédit à long terme) voire pour attribuer des subventions favorisant l investissement agricole, la situation ne pourra pas évoluer. Les IMF à Madagascar gèrent les services à l agriculture comme tout autre service financier (adaptation aux demandes des bénéficiaires, formes de garanties adaptées, gestion du risque par la diversification, etc.). Leur mode de fonctionnement montre que les services à l agriculture ne sont pas moins rentables que les autres : pas de plus gros problèmes de remboursement sur les activités agricoles, taux d intérêt similaires, etc. Cependant, il semble que cette orientation forte vers le secteur agricole n est possible que parce que les instances élues sont sensibles et parties prenantes dans les activités agricoles. Une évolution du sociétariat sous la pression de la marche vers l équilibre financier et l institutionnalisation pourrait remettre en cause ces options. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-53 -
Lexique : AECA Association d Épargne et de Crédits Autogérés AFD Agence Française de Développement APIFM Association Professionnelle des Institutions Financières Mutualistes AUE Association des usagers de l'eau BNI-CL CE Commission Européenne CECAM Caisses d Épargne et de Crédit Agricole Mutuel CIDR Centre International de Développement et de Recherche CNEARC DAT DAV DCPE Document Cadre de Politique Économique DIAL Groupement d intérêt scientifique Développement et Insertion Internationale DID Développement International Desjardin DSRP Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté EPM Enquête prioritaire auprès des ménages EPM Enquête Permanente auprès des Ménages FAO Organisation Mondiale pour l'alimentation et l'agriculture FED Fonds Européen de Développement FENU FERT Fondation pour le Renouveau de la Terre FMG Francs malgaches FMI Fonds Monétaire International FOFIFA Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural GCV GTZ Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenerbeit (Allemagne) IFM Institutions Financières Mutualistes INSTAT Institut National de la Statistique IRAM Institut de Recherches et d Applications des Méthodes de Développement LVM MADIO Projet MAdagascar Dial Instat Orstom OCDE Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OECD en anglais) ONG Organisation Non Gouvernementale OP Organisation Paysanne OPA Organisation Professionnelle Agricole PADR Plan d'action Pour le Développement Rural PIB Produit intérieur brut PNRA Plan National de Recherche Agricole PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement (UNDP en anglais) PNVA Programme National de Vulgarisation Agricole PPI Petits Périmètres Irrigués PPTE Pays pauvres très endettés (Heavily Indebted Poor Countries HIPC en anglais) PSDR Projet de Soutien au Développement Rural (anciennement Projet Sectoriel de Développement Rural) PSF Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-54 -
PSV SIDI U.E. Société d Investissement et de Développement International Union Européenne Bibliographie CIDR, 2000. Madagascar : projet de mise en place d associations d épargne et de crédit autogérées, Plaine de Marovoay. Rapport final pour la KFW, Autrèches, 32 p + an. Dhonte, R., Fourmantraux, A., 1996. Appui à l organisation professionnelle paysanne FIFATA, Rapport d évaluation du projet, AXE. Dorosh, P., Haggblade S., Ralantoarilolona, B., Simler, K., 1998. Structure et facteurs déterminants de la pauvreté à Madagascar, Ministère des Finances et de l Économie, Secrétariat général, Institut National de la Statistique, Madagascar, Cornell University, USA, 89 p. Fraslin, J-H., 1997. Quel crédit pour les agriculteurs? Economie de Madagascar, No 2, pp153-173. Gentil, D., Goldstein, G., 2000. Diagnostic du réseau TIAVO et propositions pour une nouvelle politique d épargne et de crédit, IRAM, Agence d exécution du projet microfinance (AGEPMF), Madagascar, 51 p + an. Mamari, R., Rasoamanarivo, R, 1997. Madagascar UNDP Microfinance assessment report, Special Unit for Microfinance, United Nations Capital Development Fund, United Nations Development Program. Naudin, K., Vasseur, D., 1997. Diversification et intensification au nord de Betafo. Etude sur les systèmes de production dans une petite région rizicole, Mémoire CNEARC, Montpellier. Ramarokoto, D., 1997 (Octobre) Agriculture : enjeux et contraintes de la libéralisation; présentation. Economie de Madagascar No 2 pp7-12. Pandolfi, F., 1996. Crédit-Bail et leasing La location-vente mutualiste à Madagascar. Pratiques financières du développemet, N 6, Epargne Sans frontière. Razafimandimby, L., 1997 (Octobre). L ajustement dans le secteur agricole, Economie de Madagascar No 2, pp 13-36. Razafindrakoto, M., 1996 (Décembre). Quel avenir pour la vanille malgache à l heure de la libéralisation? Economie de Madagascar, No 1, pp 218-249. Wietzke, E., 1999. Sous quelles conditions les Systèmes Financiers Décentralisés parviennent-ils à financer durablement l agriculture malgache? Deux études de cas : Les Associations d Epargne et de Crédit Autogérées de la Plaine de Marovoay et les Caisses d Epargne et de Crédit Agricole Mutuel du Vakinankaratra. Master «Développement agricole tropical», CNEARC, Montpellier, 135 p + ann. Réseau des observatoires ruraux, Rapports annuels. Le financement de l agriculture familiale. Quelle contribution de la microfinance? Janvier 2002-55 -
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