Claude Griscelli Directeur général de l'inserm



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Transcription:

Préface A la demande des ministères en charge de la Santé et de la Recherche, l'institut de la Santé et de la Recherche médicale a réalisé une expertise collective rassemblant un collège pluridisciplinaire d'experts pour analyser l'ensemble des travaux scientifiques et médicaux relatifs aux effets du plomb sur la santé des populations et aux contextes d'exposition. A mes yeux, entreprendre un tel travail de synthèse des connaissances disponibles était la meilleure façon pour l'inserm de s'inscrire dans la lutte contre le saturnisme en France. En tant que directeur général, je ne pouvais que souhaiter encourager et appuyer cette demande. Métal entrant dans la composition de divers produits, en particulier les carburants automobiles, et rejeté dans l'atmosphère, le plomb, par son caractère indestructible, est un polluant qui s'accumule dans la couche superficielle du sol, n'épargnant aucune région. Pour l'individu exposé, le plomb stocké dans l'os est une source rémanente de contamination endogène, dont les effets nocifs touchent différents organes. Constatés tout d'abord pour de fortes expositions en milieu professionnel, les effets délétères du plomb ont soulevé débats et polémiques après que des études menées dans les années 1970-1980 ont montré qu'une exposition plus faible était associée à une baisse du quotient intellectuel chez les enfants. Il n'est pas inutile de rappeler que des intoxications massives se rencontrent encore de nos jours en France chez les jeunes enfants. Les premiers cas de saturnisme infantile, diagnostiqués par le Laboratoire d'hygiène de la ville de Paris en 1986, ont attiré l'attention sur les dangers des peintures contenant du plomb dans l'habitat ancien dégradé, et ont déclenché la mise en place d'une surveillance du saturnisme infantile en France ainsi que la mobilisation des secrétariats d Etat à la Santé et au Logement. Je m'associe au groupe d'experts pour souligner l'urgence à régler les problèmes sociaux du risque d'exposition, afin d'éviter les conséquences sanitaires graves de l'intoxication. Cette expertise s'est attachée à évaluer les conséquences à long terme d'expositions prolongées des populations à de faibles doses de plomb, par les différentes voies de contamination possibles: air, eau, alimentation. On peut rappeler à cet égard qu'une étude menée par une unité de l'inserm en collaboration avec le Réseau national de Santé publique a attiré l'attention fin 1997 sur le risque hydrique dans certaines régions françaises. Même si le plomb fait partie de notre histoire, il semble possible de soustraire les populations les plus vulnérables, nourrissons, enfants et femmes enceintes, aux sources majeures de contamination, et de réduire l'exposition de l'ensemble de la population en accord avec les normes établies par l'europe en matière de pollution hydrique et atmosphérique.

Par ailleurs, cette expertise a mis en lumière qu'un certain nombre de points doivent être approfondis par des travaux de recherche, en particulier quant aux conséquences sur le développement de l'enfant d'une exposition chronique à de faibles doses de plomb, ainsi que sur les potentialités cancérogènes et tératogènes du plomb chez l'homme. Claude Griscelli Directeur général de l'inserm

Groupe d'experts et auteurs Olivier CHANEL, groupement de recherche en économie quantitative d'aix-marseille (GREQAM), CNRS UMR 6579, Marseille Catherine DOLLFUS, hématologie et oncologie pédiatrique, Hôpital Armand Trousseau, AP-HP, Paris Jean-Marie HAGUENOER, centre de recherches en santé - travail - environnement et Faculté de pharmacie, Université Lille 2 Philippe HARTEMANN, hygiène et santé publique, Faculté de médecine, Université Henri Poincaré, Nancy 1, INSERM U 420, Vandœuvre Guy HUEL, épidémiologie et biostatistique, INSERM U 472, Villejuif Béatrice LARROQUE, recherches épidémiologiques sur la santé des femmes et des enfants, INSERM U 149, Villejuif Dominique LISON, toxicologie industrielle et médecine du travail, Université catholique de Louvain, Belgique Stéphane MARRET, médecine néonatale, CHU Charles Nicolle, Rouen Ghislaine PINON-LATAILLADE, laboratoire de génétique de la radiosensibilité (LGR), CEA, Fontenay aux Roses Joël PRÉMONT, neuropharmacologie, INSERM U 114, Paris Hubert de VERNEUIL, pathologie moléculaire et thérapie génique, Université Victor Ségalen, Bordeaux Denis ZMIROU, santé publique, Faculté de médecine, Université Joseph Fourier, Grenoble Ont présenté une communication Sylvie COULON, ministère de l'agriculture et de la Pêche, Paris Thomas MATTE, épidémiologie, Medical Center for Environmental Health, New-York, USA Arlette PELTIER, institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), Nancy Jenny PRONCZUK, programme international sur la sécurité des produits chimiques, Organisation Mondiale de la Santé, Genève, Suisse Fahien SQUINAZI, laboratoire d'hygiène de la ville de Paris Rémy STROEBEL, agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), Paris Christian THIRIOT, agence nationale pour I amélioration de I habitat (ANAH), Paris Coordination scientifique et éditoriale Emmanuelle CHOLLET-PRZEDNOWED, attaché scientifique, INSERM SC 14 Jeanne ETIEMBLE, directeur du centre d'expertise collective, INSERM SC 14 Michel GARBARZ, chargé d'expertise, INSERM SC 14 Assistance bibliographique et technique Chantal GRELLIER et Florence LESECQ, INSERM SC 14 Iconographie INSERM SC 6

Avant-propos Le plomb est un métal lourd largement utilisé dans les activités métallurgiques dès l'antiquité et redécouvert au moment de la révolution industrielle. Les intoxications massives aiguës et chroniques par le plomb ont été bien documentées en milieu professionnel. Mais le plomb est également un polluant environnemental, surtout dans les sols et l'atmosphère au voisinage de sites industriels (fonderies, usines de fabrication et de recyclage de batteries...) et dans les zones de fort trafic automobile, en particulier avant l'entrée en vigueur de la législation sur l'essence plombée. Les poussières et les peintures des habitats anciens et dégradés, mais aussi l'eau de boisson et, à un degré moindre, l'alimentation, sont des sources rémanentes, souvent insidieuses, d'exposition des populations au plomb. Les ministres en charge de la Santé et de la Recherche ont souhaité interroger l'inserm, dans le cadre de l'expertise Collective, sur les conséquences en termes de santé publique de l'exposition des populations au plomb, en particulier les jeunes enfants soumis à de faibles doses. La Direction générale de la Santé, partenaire de l'inserm pour cette expertise, en a suivi le déroulement et l'avancée de la réflexion. Cette expertise collective s'inscrit dans le cadre plus large du plan gouvernemental de lutte contre le saturnisme: limitation du plomb dans les carburants, préparation de l'application de la directive européenne sur le taux de plomb dans l'eau d'alimentation, gestion du risque lié aux peintures anciennes dans l'habitat et, plus récemment, mesures d'urgence contre le saturnisme prévues par la loi d'orientation contre les exclusions du 29 juillet 1998. Le groupe pluridisciplinaire d'experts mis en place par l'inserm, constitué de chercheurs et de cliniciens spécialistes en toxicologie, biochimie, neurobiologie, neuropharmacologie, pédiatrie, biologie de la reproduction, épidémiologie, hygiène et santé publique, économie a structuré sa réflexion autour des points suivants: Quelles sont les données biologiques et physiopathologiques récentes sur l'imprégnation par le plomb et ses conséquences? Quels sont les mécanismes d'action du plomb au niveau des différents organes cibles, en particulier le système nerveux central? Comment la toxicocinétique du plomb détermine-t-elle son impact au niveau de ces différents organes? Quels sont les marqueurs biologiques d'exposition et leur intérêt diagnostique? Quelles sont les manifestations cliniques et subcliniques de l'intoxication à fortes et faibles doses? Quelles sont les modalités de prise en charge thérapeutique? Quelles sont, en France, les différentes sources d'exposition environnementales - industrielles et domestiques au plomb? Comment se situe la France par rapport aux autres pays?

Quelles sont les connaissances épidémiologiques actuelles concernant l'imprégnation par le plomb des populations? Comment se situe la France par rapport aux autres pays? Quelles sont les stratégies de dépistage utilisées? Quelles sont les différents dispositifs de prévention mis en place pour soustraire les populations au risque toxique et les résultats concrets obtenus dans ce domaine? Quelles sont les données d'une approche socio-économique? L'interrogation des bases bibliographiques Medline, Environline, MBUS a permis de sélectionner 1 600 articles, se répartissant globalement en deux grands domaines: les publications traitant de la toxicocinétique et des effets biologiques du plomb, et celles traitant des sources et des contextes de contamination. Au cours de sept séances de travail organisées entre février et octobre 1998, les experts ont présenté, selon leur champ de compétence, une analyse critique et une synthèse des travaux publiés sur les différents aspects du thème traité. Les deux dernières séances ont également été consacrées à l'élaboration des principales conclusions et des recommandations. L'analyse critique de la littérature internationale par le collège d'experts a permis de dégager les lignes de force, les points de consensus et ceux sur lesquels il y a débat ou absence de données validées. Cette analyse et cette synthèse devraient aider au réajustement des politiques de prévention du risque d'intoxication par le plomb en France, et proposent quelques axes de recherche pour répondre aux questions non encore résolues.