CDE 292 24/09/04 10:54 Page 40 Conure à tête d or Aratinga auricapilla auricapilla (ci-contre). Conure à tête bleue Aratinga acuticaudata (ci-dessous). LES GRANDES PERRUCHES Partie 3 AMÉRICAINES 41
CDE 292 24/09/04 10:54 Page 42 Photographies et texte de Roland Seitre Plus au sud, et tout au long des forêts andines d Amazonie, du Pérou à l Argentine, vivent les deux races (voire espèces) de la Conure mitrée Aratinga mitrata. C est la même que la Conure de Wagler, avec des plumes rouges sur les joues et les oreilles. Chez la nominale, le rouge du front et de la tête tire sur le violet, tandis que chez alticola, la marque rouge de la tête se limite à un fin bandeau. Elle niche aussi bien dans les arbres que dans les falaises et se rencontre aussi un peu plus haut, jusqu à 3 500 m. Reste, dans la série, la CONURE À TÊTE ROUGE Aratinga erythrogenys, localisée à la côte Pacifique du sud de l Équateur et du nord-ouest du Pérou. Perruche de cette zone aride aux forêts sèches, elle s aventure un peu en montagne dans les forêts humides. Mais elle demeure globalement côtière et ses vols comptaient des milliers d individus, même audessus de la ville de Guayaquil. Exportée en masse vers les États-Unis, elle semble avoir un peu souffert mais demeure répandue et commune, sujette à des mouvements marqués de population. Abondante puis absente d une zone, selon les pluies. Elle niche dans les trous d arbre, mais aussi dans les termitières perchées dans les arbres où elle creuse son terrier. Sa tête toute rouge vermillon contraste violemment avec son corps vert, avec des gouttes çà et là de plumes sanguines, en fait l une des plus belles de la famille. Ci-contre. Conure à tête rouge Aratinga erythrogenys. Droite milieu. Conure à tête rouge Aratinga erythrogenys avec un individu cinnamon. Droite. Conure mitrée Aratinga mitrata. Grandes Perruches Américaines 43
CDE 292 24/09/04 10:54 Page 44 Mais qui parle de beauté doit traverser une nouvelle fois le continent, et se rendre à la frontière du Brésil et des Guyanes. Hypothétique domaine, tant sa présence paraît aléatoire et fragmentée, de la Conure soleil Aratinga solstitialis. Ci-contre et droite haut. Conure soleil Aratinga solstitialis. Bas. Conure jandaya Aratinga jandaya. Mais qui parle de beauté doit traverser une nouvelle fois le continent, et se rendre à la frontière du Brésil et des Guyanes. Hypothétique domaine, tant sa présence paraît aléatoire et fragmentée, de la CONURE SOLEIL Aratinga solstitialis. Celle-ci n a pas volé son nom, oiseau magnifique des savanes à palmiers qui rayonne d or, d orange et de sanguin. Tout son plumage hormis les ailes et la queue semble avoir troqué le vert habituel pour des teintes vives et chaudes. Abondamment piégée pour le marché brésilien et l exportation, légale autrefois et illégale plus récemment, elle ne semble pas considérée comme menacée. Toutefois, l absence de sites accessibles pour l observer (dans une région il est vrai globalement très difficile), ne laisse rien présager de bon... Ainsi, connue du Surinam comme du Brésil, elle n a été observée qu une seule fois en Guyane française! La CONURE JANDAYA Aratinga jandaya vit au sud de l Amazone (alors que la Soleil est au nord), dans tout le nord-est du Brésil, jusqu au Rio Sao Francisco. Cette perruche forestière ne peut vivre sans arbres, ce qui limite considérablement sa distribution dans le nordeste, dominé par le paysage sec et aride de la Caatinga du Sertao. Restent les forêts pré-amazoniennes dont elle s accommode de la destruction, pour vivre dans les repousses et les savanes humides, boisées, au long des rivières. Présente en petits groupes, elle passe d arbre en arbre à la recherche de fruits, fleurs et graines, aussi belle que la Soleil mais encore plus contrastée, avec du jaune franc sur la tête et l orangé de la poitrine passant au rouge sur le ventre.
CDE 292 24/09/04 10:54 Page 46 Enfin, au sud du Sao Francisco et jusqu à Sao Paulo, vivent les deux races de la Conure à tête d or Aratinga auricapilla auricapilla et Aratinga auricapilla aurifrons. Chez laquelle le rouge se limite au front et le jaune-orangé à une tache plus ou moins large sur la tête. La nominale auricapilla est plus colorée et possède une poitrine et un ventre rougeâtres, teinte que l on retrouve sur le dos et le croupion, contrairement à sa cousine aurifrons répartie dans la moitié sud de la zone. Vous l aurez compris, ces trois espèces appartiennent une fois encore à une super-espèce colorée qui, partant du nord vers le sud, varie d une forme très colorée à une autre plus sobre et beaucoup plus classique. À l intérieur de ce cline, on peut trouver toutes les variations possibles. Mais ce qui est sûr, c est que la Tête d or, la plus accessible, a clairement souffert de la déforestation et surtout du piégeage concomitant car les Brésiliens aiment beaucoup les volières. Le trafic local (l espèce est protégée) a suffi à la raréfier sur toute son aire de répartition, pourtant vaste, et c est au Minas Gerais qu elle demeure la plus fréquente. Ci-dessus. Conure de Weddell Aratinga weddellii mutation bleue. Droite (bas). Conure de Weddell Aratinga weddellii. Gauche (milieu). Conure à tête d or Aratinga auricapilla aurifrons. Droite (haut). Conure à tête d or Aratinga auricapilla auricapilla. Avant de terminer, nous allons retraverser l Amazonie, pour trouver, à l ouest, dans les forêts des contreforts andins, au-dessous de 700 m, de la Colombie à la Bolivie, une petite Conure assez aberrante à la tête grisbrun marbré. La CONURE DE WEDDELL Aratinga weddellii annoncerait presque les plumages écaillés des Pyrrhura. Elle fréquente les forêts marécageuses et humides de cette région il n en manque pas. Méconnue, et peu commune en captivité, elle a pourtant laissé percer qu elle niche dans des trous d arbres et de termitières. 46 oiseaux exotiques, Novembre 2004
CDE 292 24/09/04 10:54 Page 48 Enfin, car tout a une fin, même les longs articles, il nous reste une belle perruche verte (!), mais à tête bleue Aratinga acuticaudata (la seule!), c est d ailleurs son nom. Conure de la taille d un petit Ara, répandue en îlots du Venezuela à l Uruguay (d où elle a peut-être disparu, mais on la rencontre encore en Argentine), ses populations isolées suggèrent la description de sous-espèces, et de fait, on n en compte pas moins de six. L une d elle, neoxena, localisée à l île aride de Margarita (Venezuela), niche dans la mangrove et se nourrit dans la forêt sèche de cactus et petits arbres, partageant la zone avec l Amazone à épaulettes jaunes. Avec moins de 200 individus et la destruction continue de la mangrove, cette race est clairement menacée! Ailleurs, elle peut se révéler commune, voire abondante. Grégaire, elle forme comme d autres grandes perruches des vols de plusieurs dizaines voire centaines d individus. Elle niche dans des trous d arbres, mais pour avoir observé des couples cantonnés dans les falaises à Ara de Lear, auprès de trous dans la roche, la possibilité d une nidification cavernicole me paraît envisageable. Classée nuisible en Argentine et exportée en quantité (ce pays aime associer les deux actions), les Conure à tête bleue d élevage appartiennent le plus souvent à cette race, qui est la nominale. Aujourd hui, les exportations sont gelées pour cette espèce comme pour la majorité des autres (elles peuvent encore arriver du Pérou), ce qui limite les approvisionnements aux reproductions d élevage. Conure à tête bleue Aratinga acuticaudata et mutation lutinos (ci-dessus) 48 49
CDE 292 24/09/04 10:54 Page 50 Nous aurions pu en finir là, nous avons vu toutes les plus grandes. Hélas, il va nous falloir refaire un tour complet du continent sud-américain et même encore une excursion mexicaine. A droite. Conure cuivrée Aratinga pertinax surinama. Milieu (haut). Conure cuivrée Aratinga pertinax mutation lutinos. Milieu (bas). Conure à front rouge Aratinga pertinax mutation bleue. Ci-dessous. Conure à front rouge Aratinga canicularis. Car il nous reste tout un groupe de petites Conures, toujours des Aratingas, qui, elles aussi, se sont partagé le terrain. Leur ressemblance justifie de les traiter en groupe. Donc, sur la côte pacifique du Mexique vit la petite CONURE À FRONT ROUGE. Environ 24 cm, verte, plus claire sur le ventre que sur les ailes, une gorge brunâtre terne et claire, mais un joli front plus orangé que rouge, et le dessus de la tête bleu. Une espèce côtière qui monte quand même en altitude à près de 1500 m. La suivante qui s étend du Panama au Brésil ravira les fanatiques de la sousespèce: pas moins de 13 reconnues et sûrement bien d autres décrites! Certaines CONURES CUIVRÉES ressemblent comme deux gouttes d eau à la précédente, mais il y a de tout. On perd le front orangé, on voit la gorge brune devenir plus métallisée (cuivrée) et s étendre, le bleu de la tête s étendre sur le front ou disparaître, sans parler de celle qui a la tête toute jaune. Bref pour tous les goûts et avec un magnifique illogisme en terme de biogéographie puisque la race paraensis au demeurant fort spécifique se trouve en plein milieu de l aire de répartition de la suivante 50 oiseaux exotiques, Novembre 2004
CDE 292 24/09/04 10:55 Page 52 Conure des cactus Aratinga cactorum (ci-contre et droite haut) Conure couronnée Aratinga aurea (droite bas) 52 La CONURE COURONNÉE Aratinga aurea habite tout le Brésil et déborde dans nombre de pays limitrophes. Si la paraensis est isolée, il existe sur l Amazone une grande zone où les deux espèces cohabitent mais cela reste à étudier. Car a priori il doit y avoir de sérieuses hybridations tant les oiseaux sont proches, la couronnée n étant morphologiquement différente de la Front rouge que par sa gorge plus claire et son tour de l œil plus rouge que jaune. La dernière, habite une zone particulièrement aride, c est la CONURE DES CACTUS Aratinga cactorum, localisée au Sertao du nord-est brésilien. Une spécialiste aux teintes pâles et grossièrement brune orangée, claire sur le ventre et la face, tandis que le dos garde un vert pâle. Toutes sont présentes dans des zones plus ou moins sèches et assez ouvertes où elles se nourrissent tant au sol que dans la végétation et nichent, qui dans des trous creusés dans des arbres pourris, qui avec une prédilection pour les terriers dans les termitières, et une adaptabilité à s accommoder des vieux murs, falaises, trous de rochers Avantagées par cette absence de besoins spécifiques, elles abondent dans des milieux oiseaux exotiques, Novembre 2004 pourtant dégradés par les activités humaines. Seules quelques formes localisées peuvent subir des menaces liées à la précarité de leur environnement réduit. Pour les autres tout va bien et en plus elles s avèrent productives, avec le record pour la Cuivrée d une couvée de 9 œufs (en principe une petite demi-douzaine). Presque toutes les perruches sud américaines ont été importées et sont présentes en France (peu) ou en Europe, voire aux États-Unis, mais elles n ont semble-t-il jamais suscité la passion des éleveurs, d où une relative rareté. L éleveur qui les cherche devrait néanmoins pouvoir se procurer le couple de ses rêves, hormis bien sûr les quelques espèces menacées (joues d or...) ou celles qui n ont jamais été exportées (la Socorro est présente sous forme d une petite colonie en zoo au Mexique). Si l on excepte les espèces insulaires, la majorité n est pas menacée (cela réjouit, comparé à d autres grands perroquets) et une fois leur problème identifié, comme le rapport entre la joue d or et le palmier, voire corrigé (chasse et piégeage contrôlé, plantations spécifiques), l avenir s annonce en général serein. Il vaudrait mieux éviter que la triste histoire de la Perruche de Caroline ne se répète! 53