Adrar AAAVCom Edité par la Wilaya d'adrar Directeur de la publication superviseur général Mr Ahmed Abdelhafid Saci Wali d'adrar Coordination:Slimane Ouiden Directeur de la culture Directeur Artistique Fethi Ben Harzallah Fabrication Mabrouk Akbache Rédaction des textes/ Documentation historique Dr Ahmed Abba Assafi Djaafri Dr Essadik hadj Ahmed Al el maghili Textes Français Mahdi Tittafi Enrichissement texte Foggara: Abdelkrim Belhacène Conception Nawel Kaddour Photos Fethi Ben Harzallah Crédit Photos AAAVCom Réalisation AAAVCom 021 64 41 76 www.aaavcom.com Email: info@aaavcom.com Tous droits de traduction, de réédition, d'impression et d'adaptation sont réservés pour tous pays 2013 Algérie Wilaya d'adrar
La lettre de Monsieur le Wali La Wilaya d Adrar, de par ses nombreuses oasis, ksour, foggarate, zaouiate, disséminés à travers un immense territoire désertique, a toujours exprimé par sa puissance d évocation, une longue histoire fertile en événements, un passé culturel rayonnant, et une ancienne civilisation prestigieuse. Elle puise sa renommée de son imposant mouvement religieux, soufiste et spirituel, dont on peut encore apprécier et mesurer l impact sur l ensemble des populations de l Afrique de l Ouest.
Devant répondre à sa double vocation agricole et touristique, elle se voyait dans l obligation de combler son déficit effarant en matière d infrastructures, héritage douloureux de la sinistre période coloniale. Aussi un vaste et ambitieux programme de développement a-t-il été réalisé en un court laps de temps, avec pour résultat tangible un processus de mise à niveau qui a permis à l ensemble de la région de combler son énorme retard. Tout ceci est illustré par l édification de milliers de km de routes asphaltées touchant les localités les plus reculées de l Erg, de 3 grands aéroports, des centaines d écoles, de centres de santé, une électrification rurale généralisée, des infrastructures de communication, d un nombre considérable d exploitations agricoles et de forages Une véritable révolution d une région qui avance à pas de géant dans le monde de la modernité sans négliger pour autant ses valeurs traditionnelles, et son riche patrimoine culturel qui lui confère un atout inestimable pour valoriser ses potentialités touristiques. De plus, ses capacités agricoles, avec un potentiel de production moderne commencent à afficher remarquablement les premiers résultats. Tous ces facteurs permettront, sans nul doute, à la Wilaya d Adrar de contribuer efficacement à l effort national du développement durable de l après-pétrole. Mr Ahmed Abdelhafid Saci Wali d'adrar
Sommaire Présentation Générale Limites Administratives Caractéristiques Géographiques Données hydrographiques La Climatologie La Flore La Faune Toponymie Bref Aperçu Historique Préhistoire L Antiquité Le rôle de l'imam El Maghili dans la propagation de l Islam en Afrique La région du Touat et les caravanes commerciales L Ere Musulmane L Epoque Contemporaine La Résistance Anticoloniale La Révolution La Bombe Atomique à Reggane Patrimoine Un Système d Irrigation Ancestral: La Foggara Un Héritage Architectural Les Manuscrits d Adrar L Artisanat Gastronomie Locale Costumes et Habits Traditionnels Sites Historiques Forêt de Bois Pétrifié Le Site Néolithique Les Ksour Patrimoine Oral L'Ahellil La Danse du Baroud T haoudis Berzana Sara La Hadra Le Tbal Zemmar Tindi Le Karkabou Rakbia Les saints et les Zaouiate Sidi Slimane Ben Ali le Cheikh Mohamed ben Abdelkrim El Maghili... Les fêtes locales Le Sboue La grande fête d Adrar Les atouts Touristiques Le Paradis de l'envers Le Mythe de... la Réalité
La Bénie des Saints Adrar Terme zénète, désignant la montagne ou la colline, est l appellation donnée à une ville du Grand Sud algérien qui est devenue la métropole d une région désertique, à première vue inhabitée et inhospitalière, et où pourtant la présence humaine s est manifestée depuis la nuit des temps. Les nombreux vestiges tels que les pierres taillées et les silex, découverts à travers la région, montrent que l homme a fait son apparition depuis plus de 100 000 ans. Les forêts pétrifiées et les sebkhas d anciens lacs desséchés, sont autant de preuves que le Sahara n a pas toujours été un désert et qu il a connu des périodes humides. Pour faire face à la désertification, phénomène naturel qui s est déclenché il y a plus de 3 ou 4 000 ans, l homme a profité des ruissellements qui jaillissaient à l époque et qui, sécheresse oblige, allaient devenir de grandes canalisations souterraines appelées Foggrate, grâce auxquelles il a réussi à créer des oasis qui constituent des taches vertes et de petits jardins verdoyants dans un immense espace dénudé, dominé par des étendues de sable jaune doré. Ces oasis ont non seulement servi à faire vivre des hommes, mais elles ont été aussi utilisées par les anciens, comme escale pour traverser les immensités désertiques du Sahara, et surtout pour atteindre l Afrique Noire qu' on appelait à l époque le Soudan (Mali, Niger ). L histoire de ces oasis lointaines est liée à l évolution historique du Maghreb médiéval, car les multiples dynasties qui ont dominé à un moment ou un autre, leur ont assigné le rôle de carrefour et d ultime étape, pour la prospérité du commerce caravanier, unique moyen d acquisition de l or, source de richesse et de puissance. Il faut dire que leur position géographique très éloignée des côtes méditerranéennes et isolée dans une région inhospitalière, a été exploitée comme lieu de refuge pour toutes les dynasties destituées, les groupes pourchassés et les personnages menacés; c est ainsi que le peuplement de cette région s est accru au fil du temps, pour aboutir en fin de compte à un magnifique brassage de populations d origines diverses, et à la naissance d un patrimoine culturel riche et varié. Les nombreux personnages religieux et mystiques qui se sont installés dans cette région, ont fait d elle un haut lieu de prière et de méditation.
Présentation Générale de la Wilaya Issue du découpage administratif de 1974, la Wilaya d ADRAR occupe la partie Sudouest algérien et s étend sur un immense espace désertique; considérée comme la wilaya la plus vaste du pays, elle couvre une superficie globale de 427 968 km² soit 17,98 % du territoire national. Elle s étale du point de vue longitude du 1er Méridien Est jusqu au 3ème Méridien Ouest, et du point de vue latitude du 20ème Parallèle au Sud jusqu au 30ème Parallèle au nord.
Limites Administratives Elle est limitée: * Au Nord par La Wilaya d EL-BAYADH * Au Nord Est: La Wilaya de GHAR- DAIA * Au Nord Ouest: La Wilaya de BECHAR * A l Ouest: La Wilaya de TINDOUF * Au Sud Est: La Wilaya de TAMANRASSET * Au Sud: Le MALI * Au Sud Ouest: La MAURITANIE Adrar 8 Caractéristiques Géographiques Elle comprend 4 régions LE GOURARA: région de Timimoun LE TOUAT: région d Adrar LE TIDIKELT: région d Aoulef. LE TANEZROUFT: région de Bordj Badji Mokhtar Les 3 premières occupent la partie Nord de la wilaya et où se concentre près de 95% de la population, tandis que le vaste territoire du Sud est vide, peuplé juste au niveau d une étroite bande qui longe la frontière malienne. Avec une faible densité, sa population dépasse à peine les 422 800 habitants. Adrar se trouve au centre d une région du Grand Sud à plus d un millier de km de la côte méditerranéenne; à 1400 km d Alger et 1300 km d Oran. La principale caractéristique géomorphologique de la Wilaya d Adrar, est sa partie Nord où s étendent le bassin du Touat, et les 3 régions qui entourent l immense plateau du Tademaït
Ce bassin est entouré par une série de massifs montagneux et de hauteurs, qui ont contribué à alimenter la nappe d eau, grâce aux crues fréquentes et régulières d anciens oued, notamment au Nord par la chaine de L Atlas Saharien, à l Est par le plateau du Tademaït, et au Sud par les monts du Mouidir. Le Gourara: occupe la bordure Nord du Plateau, et est couvert en partie par le Grand Erg occidental, alors que sa partie centrale est occupée par la grande sebkha, un ancien lac desséché et autour duquel sont implantées la plupart des oasis. Le Touat: longe le flanc Ouest du Plateau, sous forme d une longue gouttière, constituée d une série de petites cuvettes, jadis alimentées par un ancien oued complètement desséché, et bordé par une longue chaine d oasis, allant de Tsabit au Nord jusqu à Reggane au Sud, sur une distance qui excède les 200km. Le Tidikelt: est une vaste plaine qui s étale au delà de la bordure Sud du Plateau, et où l on observe une rangée d oasis qui s étire d Aoulef jusqu à In Salah. Au Sud la longue gouttière du Touat débouche sur un immense pays plat et vide sans le moindre relief, sans la moindre végétation, sur plus de 600 km, entièrement recouvert d une fine couche de sable et que les Touaregs ont appelé le Tanezrouft (le vide). Le Tanezrouft: s étend jusqu à la frontière Malienne où réapparait de nouveau la vie, sur une étroite bande qui longe cette frontière; région qui bénéficie d un climat tropical plus clément, avec d intenses pluies d été, quasi-régulières et de vastes pâturages qui font le bonheur des éleveurs nomades de la circonscription frontalière de Bordj Badji Mokhtar. Adrar 11
Adrar 12 Données hydrographiques De tous les points de l horizon et des hauteurs limitrophes (Atlas, Tademaït, Mouidir, Hoggar) convergent d anciens grands oueds, ensevelis pour la plupart sous les sables de l erg, et qui ont charrié d énormes quantités d eau et d alluvions, pendant des centaines de milliers d années. Du plateau de Tademaït, jadis immense réceptacle des eaux des orages du Sahara humide, dévalait une série de cours d eaux actuellement desséchés; Oued Tilia, Oued Sbaa, Oued Rezala, Des hauteurs du Sud, coulait jadis, principalement l Oued Botha qui se prolongeait vers le Tidikelt, par
l intermédiaire de l Oued Djaret. Au Nord, l Atlas Saharien continue à alimenter la nappe de ce Bassin par une série d oueds; oued Zergoun, El Gharbi, Namous et particulièrement l ensemble Guir-Saoura, dont les crues périodiques arrivent jusqu à la grande gouttière du Touat. Le paradoxe qui semble surprendre de prime abord, est tel qu au moment où la désertification commence à produire ses méfaits désastreux, l une des plus grandes réserves d eau douce du monde s est déjà constituée, et qui va être à l origine de l existence des oasis. Adrar 13
Adrar 14 La Climatologie Cette région désertique considérée comme l une des plus arides du monde, se distingue par un climat saharien froid et sec en hiver de courte durée, puis chaud et torride en été. Toutefois il faut signaler certaines variations climatiques. Une zone semi-désertique qui part de Timimoun vers El Bayadh Une zone désertique partant de Timimoun jusqu au Tanezrouft. Une zone tropicale le long de la frontière malienne.
Les Températures La wilaya d Adrar enregistre des écarts de températures considérables. En été les températures maximales atteignent des pics de 50 (juillet août). En hiver les températures peuvent atteindre parfois les 0 en décembre et janvier. Les Vents La fréquence des vents est un élément essentiel de l hostilité du climat saharien, avec la particularité de cette région, où la période qui correspond à la saison du printemps au Nord (mars-avril), connaît une fréquence plus grande des vents de sable. Les vents les plus réputés dans cette partie du Sahara sont: l'harmattan appelé localement «Ech chergui»; généralement Nord, Nordest, vent d hiver plus frais, avec souvent des rafales chargées de sables qui modèlent les dunes et modifient le relief. Le sirocco dénommé par les autochtones «chéhéïli ou Arrifi»; vents d été brûlant généralement Sud, Sud-ouest, traversant souvent le Tanezrouft avec des tempêtes quasi-obscures et des bourrasques où la vitesse peut atteindre les 100 km/h. La Pluviométrie Comme partout au Sahara, il n y a pas une saison de pluies connue pour sa régularité annuelle, mais il s agit en fait d orages du désert, qui parfois provoquent les crues d anciens oued classés comme complètement desséchés. Ainsi la pluviométrie reste l une des plus basses du monde. Extrêmement faible, à l exception de la région de Timimoun, qui enregistre parfois de fortes chutes de pluie, dues essentiellement à sa situation géographique limitrophe avec la wilaya d El Bayadh. La région de Bordj Badji Mokhtar, quant à elle, vit sous un climat tropical avec une saison sèche en hiver et ses fortes pluies d été, pendant la saison humide. En somme la pluviométrie annuelle atteint rarement les 100 mm. Adrar 15
Adrar 16 La Flore Parmi la flore naturelle désertique du Sahara, celle de la wilaya d Adrar apparait comme la plus pauvre, elle se présente comme une végétation essentiellement épineuse, pourvue parfois de feuilles minuscules pour lutter contre la sécheresse, et dont les racines s enfouissent profondément dans le sol, à la recherche de l eau. Certaines espèces végétales sahariennes, sont très réputées pour leurs vertus médicinales.
l Acacia Appelé Talha par les nomades, est l arbre modèle qui s est adapté au climat désertique grâce à ses épines; espèce dominante au Sahara, il est apprécié pour son ombre en plein désert et comme pâturage pour les chameaux. On utilise ses graines et sa gomme pour leurs qualités médicinales, il est aussi apprécié pour la qualité de son bois. Le Driin De la même famille que l Alfa qui pousse dans la Steppe, appelé également par les autochtones Sbot, il se présente avec des touffes importantes, des tiges robustes et des feuilles effilées, longues et piquantes au sommet, il pousse au pied des dunes et dans les oueds sablonneux, et constitue l une des plantes sahariennes les plus exploitées, comme pâturages pour les chameaux; ses tiges sèches servent dans l artisanat à fabriquer des cordes, des nattes, ses tiges vertes sont utilisées pour leurs vertus médicinales, et servent surtout à soigner les plaies; il faut rappeler que ses grains étaient autrefois comestibles. Kranka (le Calotropis) Plante purement saharienne, avec ses gros follicules appelés «pommes de Sodome», dangereux et très toxiques, elle pousse dans les petites dayate sablonneuses. Son «lait» blanc est toxique mais il jouit d une grande réputation; utilisé à petite dose, il sert de remède à plusieurs maux: douleurs dentaires, maux d estomac, teigne Quant à son bois, brûlé sous forme de «charbon», il est surtout exploité dans la fabrication de la poudre explosive indispensable à la danse du «Baroud». Le Laurier Appelé «Defla» en arabe, souvent dense dans les lits d oued, il est apprécié pour ses belles fleurs rose vif et quelquefois blanches, mais dont la floraison dure pratiquement tout l été; ses fleurs sont utilisées, après macération à des fins curatives. Champignons Parmi les espèces qui profitent des espèces en décomposition, et qui parasitent les racines de certaines plantes les plus répandues au Sahara, le «Terfes» ou truffes des sables, très appréciées dans la cuisine locale et occidentale; elles profitent de certaines formes d humidité, on les rencontre dans des zones, au Nord de la Wilaya. Le Tamaris Famille des Tamarins, très répandu au Sahara sous forme d une dizaine d espèces, et connu dans notre région comme «thla», «frssigue» ou «Echa âl»; arbre très robuste, quoiqu il prodigue beaucoup d ombre, il est considéré comme un arbre maudit par les fellahs, à cause des dégâts occasionnés par ses feuilles en aiguilles dégradant le sol, et ses racines rampantes parasites, étouffant toutes les autres plantes; un célèbre dicton nous enseigne que «là où on introduit «thla», le jardin devient «khla» (désert, ruine). D autres espèces telles que la Zygophylle (El Âggaya), La coloquinte (El Hadja), la Marjolaine (Ezza âter), le Romarin (l Azir), l Armoise (Chih ), des lavandes, des menthes sauvages etc. font partie de tout ce couvert végétal varié, de ces zones désertiques et semi-désertiques, et qui sont répertoriées par les connaisseurs et les guides du désert. 17 Adrar
Adrar 18 Le Couvert Végétal des Oasis Dans sa lutte pour la survie dans un milieu hostile, l homme du Sahara a non seulement profité de la moindre ressource de la nature (maigres pâturages, pharmacopée traditionnelle), de plus il s est ingénié à créer des oasis; véritables ilots verdoyants et «artificiels», où il a développé tout un couvert végétal, à l ombre et sous la protection bienveillante du Palmier. Le Palmier De la famille des Palmacées, il demeure l arbre le plus réputé et le plus mythique au Sahara, car cultivé depuis la nuit des temps. L implantation des oasis dans les milieux arides, est liée à l existence des palmiers dattiers, élément essentiel dans la création d un micro-climat et d un environnement bioclimatique, appelé «l effet oasis». qui conditionne l implantation des autres espèces végétales, et ainsi toute activité agricole. Aussi ancien que l homme des oasis, le palmier dattier lui fournit l essentiel de son alimentation. Les oasis du Touat-Gourara, qui ont historiquement contribué à l expansion du commerce caravanier transsaharien, où la datte a joué un rôle important comme produit d exportation, aussi bien vers le Soudan (Afrique de l Ouest), qu à destination de l Atlas Saharien, ont basé leur économie agricole principalement sur la culture du palmier. C est un arbre remarquable par ses qualités exceptionnelles, il offre de larges possibilités d adaptation et supporte de très hautes températures (50-60 ). En outre, il est peu exigeant en matière de qualité des sols et résiste bien à l eau salée, à la fréquence et à la puissance des vents. Le palmier rend de précieux services à l homme; ombre, brise-vents, alimentation, aliments de bétail, bois, matières premières pour la vannerie Aussi ancien que l homme et fondamental dans son existence, le palmier demeure un arbre mythique autour duquel on a développé toute un séries de légendes et de récits fabuleux Il existe un grand nombre de variétés dont certaines sont aussi anciennes que les oasis; un recensement, réalisé en 1910, a dénombré plus 150 variétés, dont les plus célèbres restent la Hamira, le Takerboucht, la Tégaza, et les Chioukh (primeurs). Malheureusement beaucoup ont disparu, et certaines sont en voie de l être. Quoique la base de son alimentation demeure la datte, le fellah cultive sous le palmier quelques arbres fruitiers, qui fructifient normalement dans ces petites «zones humides»; on signale essentiellement le figuier, la vigne, le grenadier, et même l oranger qu abritent certaines palmeraies du Tidikelt. L étage inférieur de ce couvert végétal, sur un sol fertile arraché au désert mètre par mètre, que le fellah exploite pour planter 3 types de cultures de base: les cé-
réales, les légumes, et les fourrages. L agriculture traditionnelle profitait de l augmentation de l eau, pour cultiver des céréales d hiver; du blé dur (il existe plusieurs variété locales), de l orge et du maïs destinés uniquement à l autoconsommation. Le fellah cultivait des légumes d hiver principalement: oignons, carottes, navets, ainsi que des variétés locales de lentilles (Demchi) et de petits haricots (Tadellagh); avec une expansion rapide et un succès foudroyant de la tomate à partir de 1970. En été, le peu d eau irrigue surtout certaine plantes rampantes appréciées pour leurs fruits; courges, melons, guerroum (concombre local), pastèques; avec une variété locale blanche «gnaâ», utilisée dans la cuisine traditionnelle. Les échanges séculaires avec l Afrique Noire, ont permis au fellah de développer la culture des arachides, en produisant une variété locale moins volumineuse mais succulente, appelée «matega»; terme zénète qui correspond au mot africain «kaoukaou». L élevage aussi limité soit-il au sein des oasis, imposait au fellah de planter certaines cultures fourragères peu exigeantes en matière d irrigation, comme le Sorgho et le mil, qui en plus de leur utilité comme nourriture pour le cheptel, produisent des grains, consommés autrefois durant les périodes de disette. Etant au centre d un mouvement commercial caravanier séculaire, entre le Nord et le Sud de l Afrique, les oasis de la wilaya d Adrar, en plus de la datte, commercialisaient également leur production de henné et de tabac, principalement vers les pays du Sahel. Les ksour de Tamest étaient connus pour la qualité de leur tabac, et la zone de Zaouiet Kounta était réputée pour sa grande production de henné. On trouvait également ça et là un peu de coton destiné à des fins domestiques, notamment dans la région du Tidikelt. La wilaya d Adrar a connu un bouleversement à partir des années 90, avec le lancement d un vaste programme de mise en valeur, par la création de grands périmètres, notamment sur les étendues du Plateau, et le développement d une agriculture moderne, faisant appel à des techniques d irrigation à la pointe du progrès (irrigation par pivots), dont le résultat s est traduit par la généralisation d une céréaliculture intensive, et une production maraichère sous serres. Adrar 19
La Faune Malgré son aridité, cette région désertique reste peuplée d une vie animale relativement variée, composée d espèces qui ont su s adapter aux conditions climatiques sahariennes. Dans les regs et les flancs des dunes de l erg, la vie animale existe, mais elle est peu perceptible, car la végétation étant trop maigre, elle ne permet pas la multiplication des grands animaux. Le dromadaire: Appelé communément le chameau est le plus grand mammifère saharien; il constitue l exemple type d adaptation à la vie du désert, il résiste à la soif (15 jours sans boire), aux tempêtes de sables, et parcourt quotidiennement de grandes distances; ce qui faisait de lui autrefois le «vaisseau du désert», et l élément fondamental de la prospérité du commerce caravanier. Aujourd hui, si un maigre troupeau subsiste au Nord de la wilaya (Méguiden, Tidikelt), la région de B.B. Mokhtar située à l extrême Sud, avec son climat tropical et ses pluies d été, connait un élevage important, devant approvisionner tout le Sud-ouest en viande de chameau. Les Antilopes: certaines espèces sahariennes qui résistent aux longues sécheresses, fréquentent les vallées du Plateau, et les zones tropicales sud. La Gazelle est actuellement protégée par décision des pouvoirs publics, mais l Addax a été semble-t-il complètement décimée. Les petits animaux abondent dans le désert profitant de la moindre humidité, de la moindre végétation; on peut citer des carnivores tels que le chacal et le fennec, des rongeurs: le lièvre, les gerboises, les rats, le porc-épic, des insectivores: le hérisson etc Les reptiles et les sauriens sont les plus nombreux, peuplant les dunes de sable, les vallées et les dayas; en plus de la vipère à cornes du désert, qui est la plus réputée et la plus dangereuse, on trouve plusieurs espèces de serpents non venimeux, et quelques couleuvres; les beaux serpents des sables sont recherchés pour leurs couleurs très vives. Dans les sables brulants des dunes, vivent une grande variété de lézards, et particulièrement le «Dob» capturé pour ses multiples utilisations dans la pharmacopée traditionnelle. Les arachnides Si l on connait actuellement plus de 100 espèces d araignées sahariennes, cette région désertique est réputée avant tout, pour ses scorpions venimeux, qui sont très répandus et redoutés, car ils représentent un danger même dans les zones habitées. D après certaines études le Sahara abrite plus de 10 espèces différentes de scorpions. Les oiseaux: on distingue les oiseaux qui boivent régulièrement, et qui vivent au sein des oasis comme le pigeon, le ramier, le moineau, le ganga les oiseaux du désert ont un comportement remarquablement adapté à la sécheresse pour résister à la soif, tel que les corbeaux et les alouettes du désert, les fauvettes naines qui ne boivent pas et se contentent de l eau des insectes qu ils dévorent. En somme le désert a sa faune et sa flore qui lui sont propres, et l on a inventorié un très grand nombre d espèces animales, qui réussissent à s adapter à des températures caniculaires, et parfois à une absence totale d eau. Il suffit de sortir le soir ou même un après-midi du mois de juillet, pour voir toutes sortes d insectes; on a trouvé des insectes en plein Tanezrouft; ainsi il n existe pas de terre entièrement morte. Enfin comme le dit si bien E.F. Gautier: «Le Sahara proprement dit a pourtant sa vie animale la vie se défend contre la mort avec une ténacité et une ingéniosité admirables». 21 Adrar
Toponymie Adrar Terme d origine zénète qui signifie la montagne, s est transformé en un grand centre urbain; ancienne petite agglomération de la période coloniale, elle est devenue le chef-lieu de la wilaya la plus vaste du pays, et une métropole du Grand-Sud de l Algérie indépendante ; elle demeure la cité emblématique et dont le symbole demeure la Foggara ; œuvre colossale des anciens hommes, dont la persévérance a eu pour bénéfique résultat, l essor de multiples espaces verdoyants, où l on apprécie la douceur de vivre, dans l un des plus grands déserts de la planète. Le Touat Ce terme mythique pour les habitants du Sud-ouest algérien, a fait l objet de multiples interprétations légendaires; «touati lil Ibâdah» (terre de dévotion), «ataouate» (dîme, impôt) Parmi les versions des scientifiques, on peut citer celle du Pr. N. Marouf qui prétend que le mot touat n est qu un pluriel déformé et arabisé, du mot zénète tit qui veut dire «source», ou encore celle d A.G.P. Martin, pour lequel il s agit d un terme berbère (t oua t) dont la racine est la même que le mot ouahat ou oasis (oua ou oâ). Adrar 22 Le Gourara Ce vocable n a pas suscité une grande controverse, R. Bellil nous propose l explication suivante: «Le terme Gourara provient de l arabisation du mot berbère Tigurarin, pluriel de tagrart qui signifie «le campement». On peut penser que les premiers Zénètes qui se sont établis dans la région, étaient des nomades en voie de sédentarisation.» Tidikelt D immenses terres tellement plates, que les premiers Zénètes qui nomadisaient dans la région, l ont comparée à la «paume de la main», Tidikelt dans leur langue. Tanezrouft Le grand désert (le désert des déserts), pays vide, vaste étendue totalement dépourvue de relief, d une horizontalité sans fin, que les Touareg ont traduit par le terme de Tanezrouft (le vide, le néant).
Bref Aperçu historique L'histoire de ces oasis, qui semble à priori tout à fait récente, est pourtant liée à la lointaine présence de l'homme depuis la nuit des temps, et qui a laissé ses traces indéniables de pierres taillées et polies. Depuis l'homme primitif avec ses fléchettes en pierre, jusqu'aux communautés musulmanes avec leurs kasbate rectangulaires, fortifiées et leurs précieux manuscrits, la région a vécu une longue histoire mouvementée, où l'homme médiéval en tant qu'acteur dynamique, a marqué de son empreinte la longue et houleuse histoire maghrébine.
Adrar 26 Préhistoire De nombreux vestiges et stations de silex et de pierres taillées, ont été découverts dans différents endroits à travers toute la région, témoignages de l ancienneté de la présence de l homme au Sahara, et d une activité humaine qui relève de la nuit des temps. En 1955 une équipe de chercheurs (L.Ballout, H.J. Hugot) a découvert dans le Tidikelt, aux abords du plateau du Tademaït (région d Aoulef), des vestiges d une race d hommes qui dominait toute l Afrique du Nord, il y a 20 000 ans, que les archéologues désignent sous le terme de Captien (premier squelette découvert à Gafsa).
L Antiquité Les plus anciens témoignages évoqués par les historiens, remontent à la haute antiquité, au Vème siècle Av J.-C.; avec les récits de l historien grec Hérodote, qui raconte le voyage du groupe des Nazamons, traversant un pays sablonneux, avec des mares d eau bordées de palmeraies, et de villages habités par de petits hommes noirs, qu il dénomme les Ethiopici (visages noircis). Ces informations sommaires, seront complétées plus tard par des témoignages romains; Ptolémée qui décrit le pays du Guir (le fleuve Ger) qui traverse le lac Libya (Sebkha du Gourara), puis le lac Nigris (Sebkha de Tamentit), citant même quelques villages: Bunta (Bouda), Tokabat (Tsabit), Doundoun (Deldoul) qui étaient habités par une population noire sédentaire, asservie par des tribus berbères nomades, les Gétules (appellation romaine: Gaetulis). Cette époque des Gétules, anciens berbères nomades qui parcouraient le désert, est marquée par au moins deux migrations juives, et l édification de nombreuses acropoles, bâties au sommet de pitons rocheux, évitant les inondations fréquentes, et auxquelles on a attribué l appellation de Taourirt (masculin Aourir), désignation conservée jusqu à présent. La période antique s achève par l apparition et la progression vers le sud des Zénètes, qui dominent pratiquement toutes les régions Ouest de l Algérie, en procédant à l introduction du chameau. Les premiers Zénètes nomades, auraient occupé la région de Méguiden pour leur pâturages, et y auraient construis leurs premiers campements. Durant cette époque judéo-zénète, loin des troubles des occupations romaine et byzantine en Afrique de Nord, la région traverse une période de paix et de grande prospérité, avec la fondation de nombreux de villages, entourés de palmeraies verdoyantes, avec Tamentit qui s impose comme nouvelle métropole. Tout cela grâce à d ingénieuses techniques d irrigation, et les premières canalisations souterraines, utilisant efficacement des ressources hydrauliques déjà en nette diminution, devant permettre le développement d une activité agricole au sein des oasis, l édification de ksour ; ensemble d habitations regroupées et fortifiées. On assiste également à l introduction de l artisanat, et notamment la poterie, qui fait l objet de la multiplication des échanges, surtout avec les rives du Niger, jetant ainsi les bases du commerce transsaharien. R. BELLIL: Ksour et Saints du Gourara; C.N.R.P.H. 2003 Adrar 27
Adrar 28 Le rôle de l'imam El Maghili dans la propagation de l Islam en Afrique La vie de l'imam Mohamed Ibn Abdelkrim El Maghili (909 h) pleine de labeur et d'activité, jalousement attachée au vécu de l'islam et des musulmans dans le monde, a été le noyau d'un mouvement de dialogue et de réforme réels dans la vie de tant de peuples et d'individus, et dont l'écho s'est vu étendre à travers et au-delà de son pays l'algérie à l'échelle arabe et africaine. A l'échelle arabe, à travers ses causeries avec les savants de son époque portant sur le débarquement des juifs dans le Touat et Tlemcen en Algérie, ainsi qu'en Tunisie et au Maroc et d'autres lieux. A l'échelle africaine, à travers ses échanges avec nombre de souverains des royaumes musulmans en Afrique de l'ouest (royaumes du Ghana, du Mali et du Songhaï) et les résultats auxquels ils ont abouti, contribuant ainsi manifestement à l'extension du mouvement islamique en Afrique d'une part, et la consolidation des liens affectifs et de coexistence entre le reste des religions et des nations d'autre part. l'imam a réussi grâce sa méthode de dialogue à se donner - de son vivant et même après sa mort - unetelle place avec laquelle son nom s'est lié chez les africains notamment au titre d'imam. Ses écrits sont devenus une école spirituelle ayant élevé tant de savants du continent. Il est ainsi devenu l'un des premiers à avoir soumis le savoir islamique en Afrique au dialogue et au débat, comme il a eu à corriger bon nombre de notions erronées dans l'esprit de la population. Pendant son bref séjour en Afrique, qui n'aura duré qu'une vingtaine d'années, L'Imam El Maghili a pu se mouvoir entre cités et villages africains éloignés et disséminés à travers tout l'ouest africain (Ahar, Takeda, Agadès - où il fonda la célèbre mosquée El Karama - Kachna, Kanô, Songhaï) il a eu pendant ce voyage à rencontrer et à échanger avec nombre de princes et de rois dans différentes sciences et domaines du savoir. L'arme du dialogue est celle-la même dont il usa durant son périple au pays du Soudan, ce fut là la clé de sa prédication dont il envoûta souverains et sujets, et par laquelle il réussit à fonder la principauté de la justice, de l'équité et de la vie de dignité à l'ombre de l'arbre de l'islam, et qui a fait que son nom soit resté dans les souvenirs des africains, ses écrits et lettres sont devenus l'une des principales sources des sciences islamiques et humaines dans les différents domaines de l'enseignement dans ces contrées. L'on peut dire que l'ensemble de ces dialogues qui ont eu lieu entre l'imam El Maghili et l'ensemble de ceux qu'il a rencontré en Afrique de l'ouest notamment nous donnent une image assez claire du progrès que la civilisation musulmane a pu atteindre dans ces contrées aux neuvième et dixième siècles de l'hégire. Elle reflète également le rôle prépondérant que les savants d'algérie en général et du Touat en particulier ont pu jouer dans l'enracinement des bases du message islamique et la soumission du savoir islamique au test de l'échange et de l'élargissement du débat scientifique pour qu'il englobe d'autres régions lointaines de ces contrées ayant fraichement connu l'islam.
La région du Touat et les caravanes commerciales Les caravanes commerciales venant du nord et passant par le Touat vers les confins de l'afrique ont manifestement contribué aux avancées des conquêtes musulmanes; par le biais de ces caravanes commerciales, bon nombre de savants sont entrés en Afrique en commerçants et en prédicateurs. Tamentit, à l'instar des autres villes du Touat, représentait un point d'appui et un carrefour des caravanes venant du nord comme du sud, ce qui a permis d'établir des liens commerciaux et culturels entre ce territoire et l'ensemble des cités l'entourant du nord, du sud, de l'est comme de l'ouest et ce, par le biais des routes des caravanes commerciales telles que: 1 la route du Soudan occidental qui reliait la ville à la région du Mali et de la Maurétanie. 2 La route de Sijilmassa qui la reliait à la région du Maroc. 3 La route de Ghadamès reliant la ville par l'est à la Lybie et l'egypte. 4 La route des tribus Touareg et berbères qui s'enfonce au sud du Touat. 5 La route du nord Algérien reliant la ville aux cités du nord telles que Tlemcen, Oran, Alger et Béjaïa. La ville de Tamentit a occupé une large place dans les écrits des historiens et voyageurs arabes et étrangers, qui en ont longuement parlé et en ont décrits les activités commerciales et culturelles; ainsi Ibn Khaldoun (m. en 808 h) décrivait le territoire du touât en général et celui de Tamentit en particulier dans ces termes: «...Et tous les fruits du pays du Soudan, des ksour du désert maghrébin comme le Touat, Tikedrarine et Ouargalane...) Puis il en parle plus loin en décrivant ses Ksour, son architecture et son essor commercial comme suit: «...On l'appelle pays du Touat; il recèle d'innombrables Ksour atteignant plusieurs centaines, allant d'ouest en est, dont le dernier à l'est s'appelle Tamentit; c'est un pays ayant pris en architecture, c'est la route des commerçants allant du Maghreb au pays du Mali au Soudan, et en sens inverse aussi». le voyageur El Ayachi (1090 h) est allé plus loin encore lorsqu'il a fait de Tamentit le lieu de convergence des caravanes commerciales traversant l'ensemble du Sahara, au vu des opportunités qu'il présentait en matière d'offre et de demande des commerçants et de leur clientèle, notamment en termes de change d'or et d'argent, ce qui l'a incité à rester dans le pays, dont il dit: «la raison de notre séjour dans ce pays tout ce temps, est que beaucoup de hadjis au moment où les prix de l'or ont flambé au Tafilelt, ont retardé leur change jusqu'au Touat, où l'or coute moins cher, ainsi que le prix des vivres tels que le blé et les dattes; cette cité est le confluent des caravanes venant du pays de Tombouctou et de celui d'agadez des confins du Soudan, il s'y trouve beaucoup de marchandises importées de là-bas.» Les marchandises exposées et échangées dans les souks du pays sont d'une extrême variété: habits, bétail, dattes, henné, cuivre, plumes d'autruches, thé, tabac, sucre, poivre, encre arabe, et tant d'autres produits qui se vendaient au troc. Adrar 29
Adrar 30 L Ere Musulmane Selon certaines indications, l Islam s est répandu très tôt dans cette région, à l époque de Moussa ben Noceir qui aurait étendu son autorité jusqu au Touat, sachant que ce grand chef musulman a conquis le Sud Ouest du Maghreb en 705, soit 83ans après l Hégire. L époque médiévale s ouvre donc par l islamisation de la région à l instar des populations berbères de tout le Maghreb. L Islam implanté de façon ferme et définitive, la quasi-totalité des populations berbères du Maghreb ont opté pour la doctrine Kharijite; ainsi le Kharijisme était de rigueur dans ces oasis qui vivaient les premiers bouleversements annonciateurs de la longue série d événements et de troubles qui ont secoué toute l Afrique du Nord. Les 2 Emirats berbères kharijites; des Miknassa à Sidjilmassa, et des Ibadites rostémides de Tahert contrôlaient toute la région Ouest du Sahara et particulièrement les oasis du Touat-Gourara qui représentaient une escale importante sur la route du Soudan. La région se devait de contribuer à la prospérité économique de ces états, notamment grâce au commerce de l or. Déjà en cette fin de VIII ème siècle commençait la rivalité entre ces 2 Emirats pour le contrôle des voies commerciales sahariennes et le trafic de l or. Par la suite ces oasis deviennent progressivement un véritable carrefour du commerce caravanier entre l Afrique du Nord et l Afrique subsaharienne, tandis que leur position
géographique stratégique fera l objet de convoitises de la part des différentes dynasties qui se sont succédées au Maghreb: Idrissite, Fatimide, Ziride, Almoravide, Almohade, Zianide Mérinide etc. La longue et houleuse période d instabilité, les guerres et les conflits fratricides qui ont opposé les différents états, vont avoir des répercussions fatidiques sur la vie paisible des oasis. Ces remous ont été à l origine de nombreux et importants mouvements migratoires ayant conditionné le peuplement des oasis. Durant plus d un millénaire, elles vont jouer le rôle de zone de refuge pour toutes les tribus ou castes vaincues sinon menacées. A partir du VII ème siècle, la région a vécu au rythme d une longue série d exodes de groupes berbères (Matghara, Miknassa, Ifrénides ); et à partir du X ème siècle de mouvements migratoires arabes (Guedouâ, Boramiks, Hilaliens, Maâqaliens ). Ces flux migratoires se traduiront par une sédentarisation progressive d un grand nombre de tribus nomades; cet établissement durable et définitif ne s achèvera pratiquement qu à la fin de la première moitié du XX ème siècle. Cette période se caractérise par un grand essor économique et social; les oasis s érigent en une véritable plaque tournante du commerce caravanier. L apogée de cette époque prospère se situe entre 31 Adrar
le XII ème et le XV ème siècle, principalement à l époque des Zianides avec le florissant triangle d or: Tlemcen, Tombouctou, Tamentit. Celle-ci devient une véritable métropole commerciale et culturelle dont la renommée dépasse largement les limites du Sahara. Elle vit au rythme des échanges commerciaux et du mouvement incessant des caravanes. Grand centre culturel et religieux, elle abritait de nombreux personnages célèbres, des érudits, des jurisconsultes à l origine de la fondation de nombreux centres religieux et dont la mission la plus importante s est traduite par la mise en place d un système juridique devant réglementer la vie économique et sociale au sein des oasis, laissant ainsi un héritage précieux en l occurrence d innombrables ouvrages manuscrits qui traitent notamment du droit coutumier: Cheikh Yahya Ben Idder, El Asmouni, Et Tamentiti, pour ne citer que ceux-là. A partir de la fin du XV ème la société musulmane au Maghreb est plongée dans la détresse et l incertitude dues fondamentalement à la faiblesse de l autorité centrale et un désordre social et économique dont souffrent particulièrement les régions éloignées, pratiquement à la merci de tribus nomades affichant nettement leur autonomie. Situation aggravée par les assauts répétés, des troupes chrétiennes espagnoles et portugaises. A l instar de tout le Maghreb où les cheikhs des confréries religieuses qui vont se substituer aux chefs politiques et les saints locaux qui jouissent d un rayonnement spirituel et d un pouvoir de bénédiction, voient leur nombre s accroitre. Les oasis du Touat-Gourara-Tidikelt connaissent une nouvelle étape durant laquelle se propage le mouvement soufiste confrérique qui se manifeste notamment par la réintroduction du dogme orthodoxe, sunnite symbolisé par la doctrine d Al Ach ari, faisant reculer les convictions kharijites des communautés berbères de la région. Leur intense activité apparait à travers la création d un grand nombre de fondations religieuses: les zaouiate. La domination Ottomane du XVII ème siècle et les préoccupations méditerranéennes des nouveaux maitres d Alger, les ont entrainées par voie de conséquence à «tourner le dos» aux zones sahariennes où le commerce caravanier transsaharien vit ses moments de déclin, concurrencé par le nouveau trafic maritime européen. Livrée à elles-mêmes et subissant de plein fouet les affres d une pauvreté apparente, les oasis sahariennes vont traverser une période mouvementée et devoir affronter la véhémence de la violence due aux incursions incessantes des nomades, au Nord (tribus arabes hilaliennes) comme au Sud (tribus nomades touareg). On assiste alors à l édification et la multiplication d un très grand nombre de villages fortifiés et de kasbate entourées d énormes murailles, devant assurer la protection des habitants, dont le premier souci est la sécurité. Les communautés ksourienne vont s orienter alors vers les institutions religieuses qui assurent protection, et inspirent confiance et espoir; les f qih se chargent de légiférer, les confréries assurent un pouvoir spirituel, les zaouiate sont un lieu de dévotion et également un refuge pour les personnes errantes et démunies. Ainsi s ouvre une période de rayonnement culturel et spirituelle qui se traduit par l émergence d un impressionnant mouvement religieux animé par un très grand nombre de Cheikhs, de personnages mystiques et de jurisconsultes dont l influence et le rayonnement se propagent au-delà des rives sud du fleuve Niger. La Zaouia la plus ancienne, connue dans la région, est celle de Sidi Slimane fondée en 1301, par ses descendants à Ouled Ouchen (quartier d Adrar), alors que les zaouiate les plus importantes en autorité et en influence restent dans le Touat: la Zaouia de Sidi Ali à Zaglou et de Sidi El Bekri dans le Timmi, dans le Gourara: les zaouiate de Sid El Hadj Belkacem et de Sidi Moussa Oul Messaoud sans oublier celle de Moulay Hiba dans le Tidikelt. Il faut dire que de nombreuses instituions religieuses ont joué un rôle important telles les zaouiate du Reggani, du Kounti, de Sidi Bounâ ama, du Tinilani, de Badriane, de Tabelkoza etc car la liste est longue. Certaines ont eu un rôle prépondérant dans l expansion de l Islam en Afrique Noire. La région s est signalée,au demeurant, par une activité intense de nombreux personnages dont le plus déterminant reste incontestablement Cheikh Mohammed ben Abdelkrim El Maghili qui a tenté d unifier la région sous une autorité unique, engagé une campagne sans répit contre la présence des juifs, et enfin il a été à l instigateur de 2 empires musulmans (Kano, Gao), en Afrique de l Ouest. Adrar 33
Adrar 34 L Epoque Contemporaine A partir des années 1860 qui marquent l avancée de la pénétration coloniale, les oasis de tout le Sud-ouest algérien vont jouer un rôle d arrière-pays, et de zone de repli stratégique pour les hommes et les tribus des steppes et l Atlas Saharien dont les insurrections successives vont retarder la progression de l armée coloniale vers le Sud Algérien. A partir de 1865, les évènements vont se précipiter avec l arrivée de chefs d insurrections des tribus du Sud: en 1869 Bou-Choucha se replie au Tidikelt où il mobilise toutes les tribus dissidentes, et en 1872 Si Kaddour Ben Hamza qui avait engagé les batailles d Oum Debdeb et d El Mengoub, se repliait au Gourara où il tentait de réunir les Khenafsa, les Mekhadma, les Mouadhi En 1882 Cheikh Bou-Amama fut accueilli par les habitants des oasis où il s installa dans le Deldoul. En 1883 le Timmi envoie au Cheikh Bou-Amama, une députation importante, dirigée par l influent Caïd, le Cheikh Ba-Hassoun accompagné d une imposante délégation de notables et d un bataillon de fantassins et de cavaliers. Dès lors le Touat devient au regard des français un pays hostile, fauteur de désordres et de troubles, qu il faut inévitablement annexer. Il faut souligner que l annexion du Sahara et la liaison transsaharienne avec les colonies africaines de l Ouest faisaient partie des visées de l armée coloniale depuis les années 1870 et «l hospitalité» offerte aux chefs de la résistance ne fut en fait que le prétexte recherché et provoqué par les stratèges de la politique de la canonnière. La Résistance Anticoloniale Les assauts et les opérations militaires lancés en Décembre 1889, ont été engagés sur 2 fronts à partir d El Goléa; l un visant In Salah au Sud, et l autre le Gourara au Nord. Le Front du Tidikelt Les hostilités ont été ouvertes par l escadron du Capitaine Pein, le 27 Décembre 1889 à Igoston où toutes les fractions de la population locale se sont mobilisées sous le commandement du Caïd El Hadj El Mehdi d In Salah; après 2 jours de combat, les forces coloniales occupent In Salah le 30 Décembre 1889, suite à l arrivée du Colonel d EU et de ses renforts. Après la mort d un grand nombre de martyrs, dont le chef local, El Hadj El Mehdi qui succomba à ses blessures, les combattants de l ensemble des ksour du Tidikelt se sont repliés à Dghamcha à 6 km au Sud d In Salah, puis à In Ghar, distante de 40 km à l Ouest d In Salah. L appel est lancé à travers l ensemble des ksour du Touat où «le Djihad» contre l invasion des chrétiens devient le devoir sacré de tous; l arrivée d un grand nombre de contingents se traduit sur le terrain par des offensives visant à harceler l ennemi, de maintenir un siège autour d In Salah. La résistance à In Ghar persista jusqu au mois de Mars, au moment où les autorités colonia-
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Adrar 36 les avaient confié cette campagne militaire, au commandant en chef d Alger, le général Servière, assuré de l appui de tout un arsenal militaire impressionnant, et d une artillerie lourde. L assaut final fut donné le 19 Mars 1900 au petit matin, sous le commandement du colonel D EU; après plusieurs assauts les tirs de canons ont réussi à détruire les remparts des kasbate et procéder à un véritable massacre. Peu après, la population locale va devoir affronter l offensive du général Servière lancée sur l ensemble du Touat à partir d In Salah, Le 23 Juin 1900, à la tète d une imposante colonne armée de fusils et de canons, il se dirige vers le Nord où il dut faire face à des poches de résistance à Aoulef, à Reggane jusqu à Adghagh (circonscription du Timmi), occupé le 30 Juillet. La résistance se poursuit à Bouda, Sbâ a, et Kaberten. Le Front du Gourara Une deuxième colonne commandée par le colonel Ménestrel forte de 800 fusils et de 2 canons, quitte El Goléa le 27 Janvier 1889 en direction du Gourara, elle arrive à Tinerkouk le 11 Mai où elle assiège Tahantas et opère la liaison avec un autre escadron de 400 hommes en provenance d El Bayadh. Les habitants livrent plusieurs batailles avec une volonté de résistance, mais en ordre dispersé à Fatis, Tabelkoza, Hadj Guelmane; le chef des Meharza Hadj Abdelkrim est fait prisonnier. Timimoun est attaquée à son tour le 23 Mai; Deldoul le 31 Mai; Metarfa le 29 Aout. Celle-ci refuse de se rendre, et résiste jusqu au 30 Janvier 1901, date de sa capitulation suite à l offensive du Général Servière, fort de 1200 fantassins et 4 canons. Cette offensive se poursuit par les batailles de l erg El-Amira le 3 Mars, de Charouine le 6 Mars et de Talmine le 9 Mars 1901. Des actions de résistance éclatent ça et là; à Timimoun dirigée par le Caïd de Bouda et le Cadi de Ouled Saïd, à Tsabit, à Sali, à Zaouiet Kounta, à Bouda Devant la puissance du pouvoir colonial, et de son arsenal militaire qui a enregistré des pertes significatives; une centaine dont près d une dizaine d officiers, la population s est orientée vers une résistance culturelle: ainsi les jurisconsultes de la région ont décrété illicite le fait de fréquenter les chrétiens et imiter leur mode de vie (nourriture, habits, ustensiles ) reviendrait à commettre un péché. Cette résistance culturelle a porté ses fruits en facilitant la participation au Mouvement Nationaliste des années 40. La Révolution Très tôt la région a répondu à l appel du mouvement nationaliste; les chants reprenant les mots d ordre du P.P.A. en 1948, sont encore présents dans la mémoire des anciens. Apportant un soutien précieux et indéfectible aux zones de l Atlas Saharien, les combattants de la région ont livré de durs combats dans l infranchissable zone de l Erg; on signale les batailles de Hassi Sâka en 1957, de Kâmbou en 1959, de D mâgh El Abid en 1960, et de Dhâbaba en 1961. Parallèlement la région s est engagée dans la création d une nouvelle zone de résistance, le long de la frontière malienne en 1960, suite aux décisions du Haut Commandement de la Révolution. La Bombe Atomique à Reggane La population de la Wilaya d Adrar a dû faire face à l une des catastrophes les plus dévastatrices de l histoire moderne, causée par une puissance coloniale pour laquelle tous les moyens étaient bons pour durer, et qui s est obstinée à porter son choix sur la zone de Reggane comme champ d expérimentation pour ses multiples essais nucléaires. Ce fut une épreuve véritablement pénible, une descente aux enfers pour la population de la région de Reggane; la nuit du 12 Février 1960, fut la plus longue de leur vie, une nuit d angoisse, la terreur transformait les visages des femmes, croyant réellement qu elles vivaient les derniers instants avant l Apocalypse; quant aux hommes, ils s armaient de patience en s organisant dans des veillées de prières, d invocations et s occupant à psalmodier des versets du Livre Saint, jusqu au petit matin; instant où la terre a tremblé, les murs ont vibré, les gens ont été éjectés et abasourdis par la puissance de la déflagration de la «Gerboise Bleue». Les dégâts, les conséquences et les répercussions; en un mot c est l illustration de l horreur. Le calvaire semble être interminable pour ces pauvres gens que le destin a installés le long de cette vallée de Reggane et qu on appelle communément «l Oued». Ainsi les essais vont se poursuivre à un rythme effrayant; la «Gerboise blanche», (en Avril) la «Gerboise rouge» (en Décembre) au cours de l année 1960, et la «Gerboise verte» le 5 Avril 1961; ces 3 autres explosions sont aussi violentes les unes que les autres. Cette infraction criminelle visant l extermination de toute une population civile, est qualifiée par le droit international comme un crime contre l humanité.
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Patrimoine La longue série tumultueuse d'événements, vécue par l'ensemble de ces oasis, a incontestablement eu un impact sur la formation de cette société traditionnelle caractérisée, essentiellement par la spécificité du peuplement des ksour, la diversité des origines, le brassage séculaire des cultures, qui sont autant de facteurs déterminants dans la genèse d un patrimoine culturel, impressionnant par sa richesse et sa diversité.
Un Système d Irrigation Ancestral Adrar 40 La Foggara Les oasis de la wilaya d Adrar ont connu une longue histoire en tant que lieu de refuge; ce qui a conduit à un «entassement» de populations d origines diverses, et par conséquent à un brassage culturel, se traduisant par l existence d un patrimoine aussi riche que varié. L élément essentiel de l imposant patrimoine culturel qui fait la renommée et la fierté des habitants des oasis du Touat, Gourara, Tidikelt, demeure incontestablement les «foggarate» ou les «f gaguir» comme on les désigne dans certaines localités. L ensemble de ces oasis qui occupent la partie Nord de la wilaya, s étirent en chapelet sur une longueur de 500 km; elles sont implantées aux abords d une longue dépression, de façon à pouvoir s alimenter en eau, en tirant profit de la nappe aquifère du continental intercalaire. Pour soutirer l eau des entrailles de la terre poreuse du plateau, et ramener l eau jusqu à la côte la plus basse, les autochtones ont creusé des milliers de puits, et conçu un réseau de galeries plus ou moins profondes, procédant ainsi à un captage de la nappe, et qui par le biais de canaux souterrains et des conduites d amenée d eau, débouchent au niveau des palmeraies, où le système de répartition et de distribution déploie tout un dispositif de petites rigoles (séguia) destinées à véhiculer l eau et irriguer l ensemble des parcelles. Les hommes des oasis ont pu survivre dans un milieu aussi hostile et implacable, grâce à des techniques ingénieuses et adaptées aux conditions naturelles, en basant leur système de vie sur le captage de l eau. Cette eau si précieuse dans des espaces arides, emmagasinée dans les couches souterraines et sous les massifs dunaires depuis des millions d années, est exploitée grâce à un procédé de drainage ancestral, original, désigné par les autochtones sous le terme de foggara. L origine exacte de la foggara, l époque de son apparition, l identité de ses créateurs, reste une question encore fort controversée. Pour certains auteurs, la foggara aurait été l œuvre des Boramik qui sont d origine perse, d autres considèrent la foggara comme un ouvrage des juifs, alors que d autres encore mettent l accent sur l apport des Zénètes, quand ils dominaient l ensemble de l ouest maghrébin. La tradition locale qui reste dominée par l oralité, est riche en récits légendaires dont le plus célèbre reste celui des foggarate de Tamentit qui seraient l œuvre de migrants coptes venus de l Egypte Pharaonique. Sur le plan technique, la foggara est en fait une galerie de captage de la nappe au niveau d une côte élevée (leh deb: surélévation) et un canal souterrain d adduction de l eau grâce à une pente appropriée, vers les terres à irriguer, situées en bas de la pente. Elles comptent des milliers de puits, et leurs longueurs sont souvent considérables; plus d une dizaine de kilomètres. La plus longue dépasse les 12 km, et la plus courte atteint à peine les 500m. Actuellement la longueur totale des galeries sous terraines existantes à travers toute la région, avoisine les 1400 km et drainent un débit total de 3 m3/s. Ces dédales souterrains dépassaient les 2000 km, d après le recensement de 1906. A l heure actuelle on ne fait qu entretenir les anciennes, il n est plus possible de creuser de nouvelles foggarate car il s agit d un travail colossal qui s est opéré au fur des siècles. L eau de la nappe souterraine est captée en haut de la pente puis est amenée par un canal souterrain relié par une série de puits prévus pour l aération et l éva-
cuation des matériaux; elle coule vers le bas de la pente par gravitation, jusqu au niveau supérieur de la palmeraie généralement située dans une dépression où le canal appelé «aghoussrou» apparait au niveau du sol. C est à cet endroit là que le débit est mesuré par un spécialiste «kial el ma», puis on procède à la répartition entre les sociétaires en fonction de leurs moyens financiers par le biais d un grand peigne distributeur nommé «kesri» qui est en fait une dalle en gré «Tafza» composée de dents inégales (comme un peigne) devant laisser passer entre elles une quantité d eau calculée en fonction de chaque part. L eau étant l objet de propriété en soi, indépendamment du sol; toutes les parts de l ensemble des sociétaires sont soigneusement mentionnées sur un registre, le «zmem» (chaque foggara a son registre), tenu par le «chahed» (notaire traditionnel). La foggara est administrée par un collectif appelé «Djemâ a», composé des plus grands propriétaires et des plus influents; leur nombre reste non fixé par la tradition, il varie selon la taille de la foggara et l importance de son débit. Les mesures se font à l aide d une planchette en cuivre nommée «el hallafa» et percée de trous de différentes dimensions, qui représentent les multiples et les sous-multiples de l unité de mesure de la quantité d eau, adoptée conventionnellement appelée la «habba»; Cette unité se divise en 24 (système duodécimal) «quirat» qui lui-même se divise en 24 «quirat el quirat». La «habba» représente un petit filet d eau émanant par exemple d un robinet à peine ouvert. L eau se vend et se loue et la habba est à l image des actions et obligations dans les grandes sociétés anonymes; les transactions sont toujours portées sur le registre. Malheureusement le débit est Adrar 42 en diminution constante, suite au rabattement de la nappe et à la réduction des travaux d entretien qui deviennent de plus en plus coûteux. A l ère de l électricité et de la motopompe ce système d irrigation qui conditionnait jadis tous les aspects de la vie sociale rurale où les notables, décisionnaires étaient les plus grands propriétaires d eau et les plus démunis, contraints de louer une petite quantité d eau «kharrass», semble résister de plus en plus difficilement à une évolution rapide animée par l entrepreneur, le commerçant et l industriel. Devant l hécatombe vécue par ce système d irrigation traditionnel, durant les années 90, la réaction des pouvoirs publics s est traduite à partir des années 2000, par un programme de développement du secteur hydraulique et de soutien aux moyens d irrigation agricole, puisqu en 2002 et 2005 une enveloppe de prés de 540 Millions de Dinars, a été réservée à la préservation des foggarate, notamment les plus menacées. Actuellement les responsables du secteur hydraulique, en plus de la création de l ANRH, ont réussi à impliquer l UNESCO, et obtenir ainsi le classement des foggarate comme patrimoine universel, afin de prolonger la vie de ce système d irrigation ancestral; ce qui s est traduit par la création récente de l observatoire devant apporter sa contribution quant à la préservation de ce patrimoine considéré comme l une des merveilles du monde.
1) Ksar 2) Foggara 3) Kesria 4) Canaux d'adduction superficiels 5) Ruelles entre murs de terre 6) I à VII: génération successives L'eau captée au moyen de galeries drainantes (A). Reconnaissables sur le terrain par les puits d'e - cavation et d'aération (B). Dessert le village entier où des cavités souterraines (C). Recueillent l'eau et servent de pièces froides. Les kesria (D).Répartissent les quotas d'eau dans les parcelles délimitées par des murs de terre (E). La circulation s'effectue par gravitation selon la pente jusqu'à l'oued (F). Adrar 43
Un Heritage Architectural Le Ksar Les populations berbères qui ont occupé la région au fil des âges, ont développé différentes formes d habitat adaptées aux conditions naturelles, en commençant par les types les plus simples (huttes), puis en bâtissant des T aourirt qui sont des citadelles entourées de remparts, en édifiant par la suite, des «villages» fortifiés appelés «Agham» en zénète ou ksour en arabe, et qui se distinguaient des douars ou déchras du Nord, par leur fonction culturelle et leur activité commerciale. Ils doivent leur coloration rouge à l utilisation quasi-exclusive de l argile que les autochtones appellent «tin». Des centaines de forteresses qui se dressent encore, semblant défier le temps, témoignent d un passé mouvementé où la violence n a pas cessé de secouer les anciennes communautés durant le dernier millénaire. La structure architecturale de base du ksar était la kasba qui de par sa conception, maisons regroupées, ruelles couvertes, utilisation de matériaux locaux, était adaptée aux dures conditions climatiques sahariennes.
Ksar de Tamassekht
Adrar 46 La Kasba Il s agit aussi d un ensemble fortifié, mais qui a une forme strictement rectangulaire avec des tours placées au niveau des 4 coins d une imposante muraille bâtie en argile et criblée de petites meurtrières. Elle est entourée d un «ahfir» (fossé), au titre de système de défense qui est renforcé parfois de 2 tours supplémentaires, élevées au milieu des longueurs pour les grandes kasbate. La forme géométrique rectiligne de l architecture représente l un des apports culturels des tribus et des personnages arabes qui se sont installés dans la région. Les ruelles sont également étroites et couvertes; elles se recoupent souvent à angle droit et débouchent dans la plupart des cas dans des impasses; ce labyrinthe synonyme de fraicheur constitue également des limites entre les quartiers des différentes familles ou tribus.les maisons sont regroupées en un ensemble très serré, où les espaces étroits et sombres favorisent la circulation et le rafraichissement de l air. La première protection contre les chaleurs torrides et la fournaise estivale, commence par les énormes murailles extérieures construites à base d argile rouge. La largeur et l épaisseur des murs extérieurs des maisons, en «toub» (brique d argile crue) séché et en pisé, procurent un certain confort climatique, et notamment une fraicheur agréable pendant la période des grandes chaleurs. La grande majorité des ksour représentent en quelque sorte des cités médiévales sahariennes, où le sacré garde encore toute son importance dans la vie sociale. L entrée du ksar avec ses remparts de couleur ocre, est toujours sous la «protection» de la «gouba» ou «raoudha» (tombeau) d une blancheur éclatante, où est inhumé le Saint fondateur, badigeonnée annuellement à la chaux. Ces sites qu on peut qualifier d historiques, constituent un précieux patrimoine culturel.
Adrar 48 Les Manuscrits d Adrar Un Patrimoine Précieux Le domaine religieux reste l aspect dominant du remarquable patrimoine culturel de cette région, et dont l élément le plus important et le plus précieux reste incontestablement, le Manuscrit. Produits dans des centres religieux; écrits ou copiés par des jurisconsultes, les manuscrits de la Wilaya d Adrar présentent une thématique variée. Si le thème religieux reste dominant, il faut cependant distinguer l aspect théologique, du droit coutumier, qui organisait la vie sociale dans cette société traditionnelle. Parallèlement, ils abordent d autres domaines de la connaissance tels que l astronomie, la médecine, l histoire, l agronomie, les mathématiques On trouve actuellement un grand nombre de manuscrits à Ouled Saïd, Métarfa, Tinilane, In Zegmir, Akabli Certains manuscrits tels que le «Mash af El Otmani» à Tamentit et le «Tineghbouya» à Akabli, représentent de véritables trésors culturels. En matière de droit coutumier, on trouve des œuvres d une grande valeur telles que la célèbre «Ghounia» du Belbali de Melouka, les Fatawi du Zeglawi (In Zegmir), et du Guentouri (Ouled Saïd). La sauvegarde de ces richesses culturelles, et la préservation de ce précieux patrimoine, disséminé à travers un grand nombre de ksour, sont d une nécessité vitale, et doivent s imposer comme une obligation morale pour l ensemble du monde culturel et scientifique.
L Artisanat Un Héritage Ancestral Depuis l antiquité, les communautés sahariennes ont su tirer profit des produits du palmier à des fins domestiques, en fabricant des outils et des ustensiles. Il faut dire que les migrations d une population juive au début de notre ère, lui ont permis de répandre ses croyances et son savoir-faire en matière d agriculture, parmi les communautés berbères auprès desquelles elles ont trouvé refuge, comme elles ont pu introduire le travail des métaux, particulièrement du fer et de l argent. Cette activité artisanale a connu un grand essor avec l apparition du chameau, qui a favorisé le développement des échanges commerciaux caravaniers, particulièrement avec les rives du Niger. Ainsi on aborde un héritage séculaire, un volet non moins important de ce patrimoine aux multiples facettes, dont la diversité n est que le résultat de ce typique brassage culturel, qui s est opéré depuis la nuit des temps.
Le Tissage Cette activité reste une spécialité des communautés ksouriennes de l Erg dans le nord du Gourara; populations jadis nomades, ayant connu une sédentarisation tardive et relativement récente, pour lesquelles le travail de la laine représente l essentiel des coutumes transmises par les générations antérieures, faisant partie intégrante de la vie économique et sociale. La région étant pauvre en matière d élevage, cette zone profite de sa position géographique, en contact permanent avec les tribus nomades des piémonts de l Atlas, pour acquérir sans arrêt la laine nécessaire. Les tissages produisent de belles pièces de tapisserie de Fatis (du nom du village le plus célèbre en la matière) et dont les motifs de décoration d inspiration berbère, traduisent la symbiose entre les différentes communautés. Ingénieusement décoré, le Fatis a acquis une renommée nationale. La Poterie Les habitants des oasis ont su profiter dès les premiers temps de l abondance des couches d argile, qu ils désignent sous le vocable de «tin», qu ils exploitaient comme matériau pour la construction de leur habitat, ainsi que comme matière première pour la fabrication d ustensiles à usage domestique. La tradition locale imposait autrefois aux foyers, de fabriquer leurs propres ustensiles en argile cuite; cela va des différents types de plats, de récipients, jusqu aux énormes vases pour la conservation des produits alimentaires. L héritage le plus précieux dans ce domaine, reste indéniablement la fameuse poterie noire propre à Tamentit, purement décorative, notamment avec son produit emblématique le «zir», qui est une jarre de forme ovale, surmontée d un «cou» allongé à dimension réelle; il était destiné à la conservation du beurre. On pense que cette couleur noire, représente le fruit d une longue histoire, basée sur l échange commercial et culturel, entre Tamentit ancienne métropole du Touat, et l Afrique Noire. 51 Adrar
La Maroquinerie A l opposé des nomades du nord, les touaregs méconnaissent totalement le tissage, du fait même que le type d élevage (chameau, mouton sahélien) qu ils développent, ne produit pas de laine. Par contre, ils sont particulièrement habiles en matière de tannage de peau d animaux, parvenant même à un haut degré de qualité dans la maitrise du travail du cuir, et fabriquent la plupart de leurs objets, et même leurs tentes en cuir. En raison des contacts étroits, des échanges séculaires et de la sédentarisation de quelques unes des tribus touaregs à travers le Tidikelt, où les traditions de maroquinerie sont solidement enracinées dans cette zone, et un grand nombre d artisans toujours très actifs, concentrent leurs efforts surtout dans la fabrication de la chaussure, malgré les tentatives de diversification de la gamme de produits. Les belles sandales blanches du Tidikelt sont réputées dans toute la région, quant à leurs chaussures appelées «Gargue», typiques par leur forme traditionnelle et leurs couleurs éclatantes, elles sont d une beauté remarquables. Adrar 52
Adrar 54 La Dinanderie et l'orfèvrerie Le travail des métaux et de l argent en particulier, a été introduit dans la région depuis des temps très anciens. Si le commerce transsaharien de l or, très prospère durant l époque médiévale, a complètement cessé d exister suite au développement considérable du commerce maritime, le travail de l argent quant à lui, a résisté sans faiblir aux effets dévastateurs des événements et du temps. Adopté et maitrisé par les communautés berbères, il a traversé les siècles et continue encore à produire de beaux bijoux, avec un charme particulier émanant de motifs qui s inspirent d une symbolique zénète. Ce type d artisanat constitue un héritage exclusif des communautés berbères, et qui, il faut le dire, a connu son apogée à Tamentit; chacune d elles développe son propre style; la tradition zénète au nord de la wilaya (Tamentit, Timimoun ) se traduit par des motifs qui se distinguent du style touareg au sud, renommé à l échelle nationale. La gamme de bijoux fabriquée par les artisans des ksour est essentiellement connue par ses gros bracelets (Debalij, Nebaïl), et les broches triangulaires spécifiques à la région. Fortement concurrencé par le commerce de l or qui domine actuellement, évolution des mœurs oblige, le travail de l argent a perdu de son prestige et de son éclat, malgré les efforts des maitres artisans, qui en plus du savoir-faire hérité des ancêtres, font appel à leur ingéniosité et à leur esprit de créativité, pour ajouter de la splendeur à leurs produits, et se maintenir sur le marché aussi bien local que national.
La Vannerie Dans la vie économique et sociale des oasis, tout est subordonné à la plantation du palmier, un autodidacte des environs d Aoulef a dénombré 128 objets fabriqués à partir de cet arbre qui jouit d un grand respect, et auquel les autochtones témoignent un attachement excessif. Cette tradition de fabrication d objets essentiellement domestiques, où le palmier fournit la matière première, est un héritage très ancien, car elle imposait à chaque maitresse de maison de confectionner ses propres ustensiles; couffins, plats en osier, tadara, aussi il faut dire que c est avant tout un métier de femme, quoique certains produits tels que bâts et cordes, sont l œuvre d hommes. Avec l évolution de la société, ce type d activité a connu une nette régression à travers l ensemble des ksour; elle reste essentiellement concentrée dans la région de Charouine, où les artisans font preuve d un esprit créatif, visant à améliorer la qualité des produits, destinés principalement à la décoration. Adrar 55
Gastronomie Locale L homme des oasis se nourrissait traditionnellement avec sobriété, et tirait sa ration alimentaire essentiellement des produits de cette terre, arrachée péniblement au désert. La datte constituait l aliment de base qu il consommait à longueur d année, le complément s octroyait avec des céréales comme le blé, l orge, et le millet; à cela il faut ajouter quelques légumes. Aussi les mets et les plats que propose la cuisine locale, quoique de saveur délicieuse, sont exclusivement à base de céréales et de pâtes. Adrar 56 Le Couscous Comme partout ailleurs au Sahara, le plat le plus populaire demeure incontestablement le couscous, qui est roulé de différentes façons dans cette région, et servi à toutes les occasions (mariages, fêtes religieuses ). El-aïch est un couscous roulé avec de la semoule de blé dur local, assaisonné par une belle sauce rouge, faite autrefois à base de petites lentilles locale, et de la viande de mouton sidaouène (variété locale). Les recettes sont diversifiées à travers la région; par exemple le Out chou est servi dans les ksour de l Erg (Talmine, Ouled Aïssa, Tinerkouk ) arrosé d une sauce à base de pois minuscules appelée «Tadellaght». Ta âme ech ir est un couscous roulé avec de la semoule d orge; pour «Bouterza», l assaisonnement se fait à base de lait. «El Mardoud, est un genre de couscous avec de gros grains arrondis et complètement noyés dans une sauce rougeâtre et épicée».
Les pâtes: Khobz et Kesra (variétés de pains): elles sont pétries et cuites de différentes façons pour un certain nombre de plats, et à l aide de plusieurs types de fours. Reguagui ou Khobz el Golla; il s agit d une cruche en argile brisée sur le côté, placée de façon que l anse soit en bas et le bec sur le côté, servant à dégager la fumée du feu allumé à l intérieur, pour chauffer la paroi extérieure ronde, sur laquelle on étale en couche mince une pâte préparée à l avance. On obtient des genres de crêpes, de grandes feuilles de pâte cuite et croustillante qui sont amassées les unes sur les autres, qui seront ensuite découpées en petits morceaux et arrosées d une sauce bien épicée. Khobz an nour: il s agit du même plat, sauf que la pâte est un peu plus épaisse,et le four «an nour», est une espèce de petite margelle, avec une paroi intérieure cylindrique faite en argile cuite, qui conserve la chaleur de la braise, provenant de la combustion du bois, déposé au fond du four, et qui sert à cuire la fine couche de pâte étalée sur ces mêmes parois. 57 Adrar
Adrar 58 Les Galettes La gastronomie locale produit une série de plats à base de petites galettes rondes ou ovales faites de semoule de blé; Ta qdir ou Erradi ou encore avec de l orge Toungal. Elles sont cuites dans la même marmite que la sauce et servies imbibées et immergées. La sauce est à base d ingrédients spécifiques. El Kesra C est un gros pain plat et arrondi, sa pâte est à base de semoule et de levain, pétrie fermentée et cuite enterrée dans le sable chauffé auparavant à la braise. Populaire dans les oasis, elle figure au menu dans de multiples occasions et sous différentes préparations. El kesra mabloula; découpée en petits morceaux et imbibée d une sauce consistante rouge et épicée, En nouada; appelée ainsi à cause de la levure utilisée, Khobz el galb; garni d une farce à base d ingrédients finement hachés et assaisonné, Khobz echahma, Lambâtten et Lemradef; pâtes feuilletées, superposées, farcies et garnies différemment. Les Soupes Etaient un élément important dans l alimentation locale, notamment en hiver. Lehsâa; c est le plat le plus populaire dans la région, préparée à base du fameux «Zembou» qui est une farine de blé récolté encore vert avant maturité, séché et moulu. C était un mets qu on prend quotidiennement de bon matin en hiver et durant le mois de ramadan. Il existe différentes recettes, pour ce plat populaire; Hrira (soupe aux légumes), soupe f rik (blé vert, grillé, concassé) Les Viandes Les spécialités sont très limitées, les habitants des oasis sont peu consommateurs de viandes, car le maigre cheptel est destiné aux grandes occasions. Cependant on apprécie en tant que convive les 2 spécialités de la région: Le Melfouf, brochette de foie d agneau, crépi de graisse de mouton; El merdoum, spécialité de la région car le méchoui est inconnu; il s agit de viande épicée et cuite à l étouffée et enterrée dans le sable chauffé auparavant par la braise. Ce qui donne un goût véritablement exquis à la viande.
Les Dattes Grands consommateurs de dattes, les habitants de cette région ont fait preuve de créativité afin de pouvoir en consommer même en hiver où la datte devenue sèche est concassée et emmagasinée sous forme de grains, appelée sfouf et prise avec du petit lait aigre. Il en existe plus 300 variétés dans la région. Le Thé Le thé, boisson emblématique, symbole de l hospitalité des hommes du désert que les gens du Sud affectionnent et à laquelle ils manifestent une véritable passion; il est présent à tous les moments de la journée et sa préparation est sujette à un rituel fixé par la tradition, à commencer par les ustensiles; le plateau de cuivre, les 2 théières: l une pour infusion et l autre pour filtrage et enfin les verres: le grand verre pour mélanger et les petits verres pour boire. Le rituel de la cérémonie de la préparation du thé obéit à la régle des trois (jim): le premier pour le groupe, le second pour les braises et enfin le 3 ème pour le chant et la conversation. Respecter rigoureusement les usages en prenant le thé, fait partie de la fidélité aux coutumes qui exigent les 3 verres traditionnels, dont la durée de préparation est prolongée selon les moments de la journée, elle peut durer jusqu à 3heures le soir. Le premier verre bien dosé, plus ou moins amer, est servi pour apprécier la qualité du thé, le deuxième verre moins fort, est servi avec de la menthe dont l arome donne un goût exquis, le troisième est très léger, avec sa teinte dorée couleur de soleil levant, et sa saveur douce et agréable pour effacer tout arrière-goût amer dans la bouche et laisser une sensation de plaisir, que procure le délice d un bon thé à la menthe. Il est tout à fait certain que les habitudes alimentaires sont entrain de connaitre une transformation profonde avec le développement de la région et l installation d une population venue du Nord du pays. Adrar 59
Adrar 60 Costumes et Habits Traditionnels Les habits traditionnels des gens du Sud, avaient pour fonction essentielle, de les protéger contre les rayons d un soleil brûlant, et de pouvoir leur procurer un peu de fraicheur le soir. La laine était utilisée pour confectionner la plupart des vêtements, et est appréciée pour ses qualités absorbantes de la sueur en été. Le vêtement le plus populaire est sans conteste la Gandoura ou la Abaïâ comme on l appelle localement; genre de tunique ample et sans manches qui se présente sous différentes formes. Elle demeure le vêtement le plus courant et le plus apprécié des gens du Sud, avec ses différents modèles notamment la Kachabia qui est confectionnée exclusivement en laine. Elle est toujours accompagnée du Sarouel; de forme large, avec un entrejambe aussi bas comme partout en Algérie, seulement sa particularité dans la région réside dans un ourlet cousu autour de la taille et maintenu par un cordon tressé qui le serre comme le ferait une ceinture et qu on appelle Tekka, en cuir chez les personnes aisées. Le Burnous est tissé en laine comme partout à travers le pays, et la Djellaba reste la spécialité des ksour du Nord du Gourara comme Tinerkouk. Tous les gens du Sud portent un turban sur la tête par tradition et pour se protéger contre les insolations. Sa désignation et sa forme varient selon les régions; les zénètes le nomment le Akenbouch ou le Haoua q; les touatis l appellent le Cheich plus long de 3 à 5m, et qui s allonge jusqu à 12m, au Tidikelt; pour les touaregs du Tanezrouft, c est le Amawal qui couvre même le visage sauf les yeux. Si au Nord il est de couleur blanche, au Sud il peut être bleu ou beige.la robe féminine ou la Abaïâ «touatia» était réputée pour ses «sfifa» (rubans) multicolores, elle est simple, ample et vivement décorée. Le saroual féminin, généralement de couleur noire avec quelques variantes rouges et vertes, est caractéristique par ses motifs berbères et ses rubans multicolores. Le voile que portait la femme qu on appelait Aghen-
Adrar 62 bouz dans le Gourara, l Izar dans le Touat et le Tidikelt, enfin Tiseghness à B.B. Mokhtar, présente quasiment les mêmes aspects; il s agit d une grande pièce d étoffe blanche ou bleue pour Tiseghness, dont se couvre entièrement la femme, sa longueur atteint les 5m. Le contour est orné et bordé par des genres de galons en laine de différentes couleurs (rouge, jaune vert); les motifs de décoration varient selon les régions. Ces couleurs éclatantes donnent une touche splendide qui égaye le décor les jours de fêtes. Les bijoux féminins de la femme des oasis de tradition berbère, sont exclusivement en argent. Les artisans fabriquent de gros bracelets en argent, gonflés ronds et décorés de motifs berbères appelés les Debalij ou n beïl, ainsi que de beaux petits bracelets en argent appelés souankou ou hedaide. Pour parachever avec le plus grand soin leur élégance, les femmes devaient se parer les chevilles de magnifique bijoux en argent appelés; Khelkhal. Les jours de fête, les femmes portaient des bagues en argent, appelées khôuss qui peuvent être de simples anneaux ou de grosses bagues décorées de motifs berbères, accrochées aux trois doigts des 2 mains teintes de henné. Les charmantes femmes du Sud se paraient de belles coiffures avec de superbes tresses auxquelles sont suspendues des chaînettes d argent, des bijoux de «morjane» (corail) et des perles rouges et vertes. Pour prendre soin de son corps, la femme locale utilisait surtout le henné qui poussait en grande quantité dans la région, elle profitait de quelques parfums ramenés d Orient, mais surtout des odeurs suaves du Bkhor (encens), qu elle préparait elle-même à base de produits aromatiques, d épices et notamment de musc, importés d Afrique noire. Il est utile de rappeler que dans ce domaine, beaucoup de choses ont changé avec l évolution de la région et les nouveaux éléments introduits en ces temps modernes.
Sites Historiques Région saharienne qui n'a cessé d'évoluer durant des millions d'années, notamment grâce aux vestiges découverts, hérités de l'époque du Sahara humide, et laissés aussi bien par la nature que par l'homme, qui en s'adaptant à la désertification a édifié des centaines de fortifications gigantesques, creusé, par un travail colossal, des milliers de km de galeries souterraines et planté des millions de palmiers pour humaniser une nature aride et hostile.
Bois pétrifié dans la région de Tit Adrar 66 Forêt de Bois Pétrifié Le Sahara n'a pas toujours été un désert: il a connu une succession de climats arides et humides, chauds et froids. Autrefois, dans la région du Tidikelt aux alentours de Tit s étendait une forêt de chênes et de pins. La désertification a fait que les restes de cette forêt se sont peu à peu fossilisés pour devenir le témoignage d une ancienne forêt luxuriante. Il existe plusieurs sites riches en bois silicifié et on trouve dans certains endroits d énormes troncs d arbres devenus de la roche dure semblable à du granit.
Le Site Néolithique Saharien (7000 ans), réputé par ses gravures et peintures rupestres, est présent dans notre région surtout par un grand nombre de sites où les objets dominants sont les pointes de flèches. En matière de gravures rupestres, 2 ou 3 sites ont été signalés jusqu à présent, le plus connu est sans doute celui de Matriouène; une petite localité qui est nichée à l abri de rochers, à l extrémité Sud-est du Tademaït. Adrar 67
Les Ksour Des cités médiévales Ils demeurent sans conteste le symbole d une époque fabuleuse, d une prospérité commerciale de la région; leur origine et la date de leur fondation font encore l objet de controverses; il demeurent synonymes de mythes et de légendes. Adrar 68 Tamentit La cité emblématique Certains récits légendaires nous enseignent que des migrants coptes sont arrivés à Tamentit où ils ont creusé des foggarate sous la cité, en désignant l une d elles «Hannou» (divinité pharaonique?). L histoire fabuleuse est présente en tous lieux, dans cette métropole médiévale avec ses imposantes vieilles kasbate miraculeusement conservées, ses «ah fir» (fossés) qui les ceinturent, ses sombres ruelles tortueuses et leur plafond en troncs de palmiers, ses nombreux Saints et leurs tombeaux d une blancheur éclatante, ses «khizanate» et leur précieux manuscrits ancestraux, ses anciennes mosquées médiévales particulièrement celle de l illustre El Cadi El Asmouni, son Souk antique des Ouled Daoud etc Le moindre recoin restitue de manière originale une page du passé, d une époque révolue où l ascendant culturel égalait voire dominait une activité commerciale florissante.
Aghlad Une forteresse et un sultan: Terme zénète dont la signification la plus vraisemblable est l escale des caravanes; il s agit d un ksar original situé à une trentaine de km au Nord-est de Timimoun, perché sur une énorme butte. Il domine la sebkha de Ouled Saïd réputée par son histoire et sa forteresse. Cette forteresse grise inhabituelle, qu on qualifie de royale, car construite par un sultan, est bâtie sur une hauteur avec un matériau unique en son genre; un type de grès en plaquettes, de couleur grise. Son abondance à cet endroit a été d une grande utilité pour édifier ces énormes remparts qui ont suscité de multiples légendes (entre autres imitation pharaonique). En fait, il s agit de 3 forteresses construites en pierre minutieusement taillée avec un système défensif impressionnant. Ces «châteaux forts» ont été l œuvre du sultan Bou-Saâd Ez Zénati entre le XIIème et le XIIIème siècle qui aurait réussi à unifier tout le Gourara. Cette localité pittoresque a été par la suite, à la fin du XIIIème siècle, une terre d asile pour un homme pieux et d une grande vertu le salih Sidi Bou-Ammar, originaire de Fez ou de Tafilalet selon les versions, provenant du Gharb (l Ouest), d où son surnom de «Ighribine»; dénomination attribuée à toute cette oasis pendant une longue période. 69 Adrar
Adrar 70 Ighzer Le premier agham Est un ksar situé à 22 km au Nord-Est de Timimoun qui remonte au début de l époque médiévale durant laquelle on assiste à l édification des premier agham dans un style architectural judéo-zénète. Ce ksar a été édifié à proximité d un point d eau, sur une colline où ruisselaient jadis des eaux superficielles captées par des canalisations dont les vestiges ont été enfouis par le sable et qui dévalaient la pente pour irriguer la palmeraie à l abri de la butte. L enceinte à peu près ovale, est construite à l aide de pierres disposées horizontalement d une régularité quasi-exceptionnelle et surplombe une remarquable grotte creusée par les mains de l homme de l époque pour se protéger contre une chaleur torride et un soleil brûlant. Un site aussi pittoresque ne peut qu être visité par un grand nombre de touristes. Kasba de Melouka La maison de la khizana Cette localité se situe dans la banlieue d Adrar, précisément près de 5 km à l Ouest de la ville; le centre de cette agglomération est occupé par 2 superbes «goubbatte» en coupole blanches, tombeaux
du Saint fondateur Sid El Hadj El Belbali et de son fils, ainsi qu une imposante kasba rectangulaire bâtie en toub (brique d argile séché), d une éclatante couleur ocre qui vire vers le rouge, parfaitement rectangulaire, les 4 coins sont parés de 4 belles tours rectangulaires; le fossé qui entourait la forteresse a été complètement enseveli, de plus l ensablement menace même la porte d entrée. Fondée en 1551 par Sid El Hadj et ses 4 frères, comme s accordent ses descendants à le surnommer, cette citadelle deviendra un siècle plus tard le site de l amorce d un mouvement religieux et culturel qui sera animé par une succession de générations d hommes aussi brillants les uns que les autres dans les domaines religieux, scientifique (mathématiques, astronomie, médecine ) et notamment la jurisprudence. Ainsi, on va assister à la succession de Cadis (juges), dont le plus renommé reste Sidi Mohamed El Belbali, auteur de la célèbre «Ghouniat Es Sa il» (la richesse du «questionneur» sous-entendu étudiant) et qui a été chargé de la jurisprudence en 1755. Au centre de cette magnifique kasba une belle maison en ruine décorée de motifs berbères: «Dar Cheikh» ancien domicile du Cadi et dans une impasse de la ruelle qui lui est adjacente se dresse la «Khizana» qui compte un grand nombre de manuscrits, héritage précieux d un centre religieux et culturel qui a rayonné sur toute la région du Timmi voire du Touat, pendant des siècles. 71 Adrar
Adrar 72 Timimoun L'oasis rouge L ensorcelante oasis rouge est une ville construite sur un terrain qui monte en étage jusqu au sommet des falaises du plateau de Tademaït, ce sont ces falaises qui donnent au paysage sa couleur ocre. Son charme, elle le puise de son agencement insolite, aboutissement des évènements et des méandres d un passé houleux. L antique Tahettaït célèbre agham de l époque judéo-zénète, qui semble se cloitrer dans un mutisme immuable après s être éclipsée devant l imposante «Ti-In-Mimoun», fondée semblet-il au XII ème siècle par la tribu hilalienne des Ouled Mimoun et qui doit sa prospérité économique à l illustre Cheikh Sidi Moussa Oul Messaoud, grand Saint du Gourara qui a fondé un centre commercial d envergure maghrébine. Tout cet ensemble sera plongé dans un «sommeil» inactif et deviendra un simple appendice de la nouvelle ville créée et implantée en haut de la pente, à partir des années 1900, par l autorité coloniale. D une originalité séduisante, la nouvelle ville avec son style zénète, sa couleur ocre, qui se livre à un jeu de couleurs ravissant tournant au rouge vif, avec les rayons du soleil couchant, puis l on descend plus bas, le vieux ksar que traverse sur toute sa longueur, une voie tortueuse appelée El Manjour longeant les multiples kasbate crépis d argile rouge mélangé à du sable, avec tantôt d énormes murailles, tantôt des ruines. Un peu plus bas on accède à l une des plus belles palmeraies de la région; des dizaines de milliers de palmiers verdoyants descendent par paliers, tel un tapis vert, vers le niveau le plus bas de la dépression, la sebkha avec sa couleur blanche argentée et qui s étire jusqu à l horizon où apparait une lointaine bordure de dunes dorées, teintées de rose.
Ksar Charef L'Acropole décrépie Dénomination récente qui signifie littéralement «le village décrépi» ou «le village en ruine»; il s agit d un véritable Taourirt dont les ruines apparaissent encore relativement à peu près intactes compte tenu de son ancienneté qui a effacé de la mémoire collective même sa dénomination initiale. Acropole authentique qui se dresse sur un piton élevé et isolé, dominant la sebkha d Aoulef et curieusement éloigné de toute ressource en eau, mais qui semble nous raconter les péripéties de la désertification et de l assèchement de cet ancien lac du Tidikelt. Cette citadelle de forme arrondie de couleur ocre domine une palmeraie verdoyante et une sebkha blanc argent, avec une magnifique «goubba» blanche qui apporte une touche particulière à l embellissement du décor. Aux alentours, à 3000 m en direction de l Est, une acropole semblable malheureusement disparue et dont on n'a conservé que le nom: Garat Ech Chorfa, car il ne reste que la butte, témoin d un passé prospère, par ses inscriptions en Tifinagh gravées sur des rochers, d une grande utilité pour orienter les caravanes. Kalaâ de Hammad La forteresse Escale Ou la «la citadelle du Cheikh Ahmed» (prononciation ou version zénète de Ahmed) est une forteresse édifiée au cours du XIII ème siècle, selon certaines sources orales et même manuscrites, sur une hauteur dominant toute la sebkha de Tsabit, qui comporte en son flanc sud une magnifique grotte qui protégeait ses habitants contre les chaleurs caniculaires. Belle forteresse bien protégée par d énormes et épaisses enceintes, elle a été bâtie en style berbère avec une forme plus ou moins rectangulaire et 4 imposantes tours de guet. Elle permettait de contrôler sur une grande distance les mouvements des caravanes, avec comme fonction principale d escale sécurisante pour ces mêmes caravanes. Il faut avouer que la région est parsemée d un grand nombre d anciennes citadelles en ruines et de vestiges de ksour abandonnés avec souvent des pans de murailles encore debout qui résistent et semblent défier le temps, témoins d un passé marqué de violence, de pillages et de razzias. 73 Adrar
Patrimoine Oral Quant on parcourt la région, on est impressionné par le grand nombre de fondations religieuses et de zaouiate. Le fondateur de la zaouïa, en tant que chef spirituel est un idéal pour l'ensemble de la communauté qui doit fêter annuellement sa mémoire à travers un arsenal d'étendards, d'emblèmes, de tambours et de fusils. Les festivités et les commémorations sont animées par toute une panoplie de chants et de danses, et la multiplicité des genres artistiques et folkloriques qui égayent ces interminables cérémonies collectives à longueur d année est impressionnante. En plus de ces genres dominants, on peut citer certains comme la Hadra, la Nouba, le Houfi, Errsam Certains ont complètement cessé d exister, d autres sont en voie de disparition.
Adrar 76 L'Ahellil Le Chant Sacré du Gourara C est l expression artistique traditionnelle la plus répandue; l'ahellil qui proviendrait vraisemblablement du mot arabe «tahlil», bien qu il soit chanté en zénète, représente le chant sacré du Gourara qui accompagne toutes les cérémonies collectives. Organisé généralement la nuit (la morale zénète incite au
travail le jour), il s agit de chants ayant pour sujet dominant le thème religieux et dont le contenu est essentiellement focalisé sur les louanges et les supplications adressées au Prophète et aux saints. Les participants forment un cercle, épaule contre épaule, reprennent en chœur des strophes et donnent la réplique au chanteur soliste ou «Abechnew», personnage central qui anime l ensemble de la manifestation. Adrar 77
Adrar 78 La Danse du Baroud C est la «danse noble», elle est l expression chorégraphique de la conjuration de la violence, à dessein purement pacifique; la finalité de l épreuve n est plus de tuer l ennemi, mais d agiter son propre corps sur des rythmes saccadés et enivrants en tapant sur de grosses caisses de forme conique, en argile cuite et appelées Aqellal; il s agit de danser et de chanter en répétant des strophes de plus en plus courtes, jusqu à la transe. La guerre est imitée uniquement par des gestes et des jeux, en formant un cercle bien fermé, épaule contre épaule, éliminant toute intrusion; la tension augmente et atteint son paroxysme jusqu à l explosion de la salve. T haoudis Expression culturelle ingénieuse, spécifique au Tidikelt, elle traduit l union d élément culturels; arabe nomade et touareg dont l un des aboutissements s est révélé être l une des expressions corporelles dont la délicatesse n a d égale que la subtilité de la mélopée à laquelle elle est harmonieusement associée.
Berzana La fête du Mawlid En Nabawi est la commémoration de la naissance du prophète, que les confréries religieuses ont grandement contribué à propager à travers les oasis de la région, qui à l instar de toutes les régions du Maghreb, célèbrent ce jour sacré par des festivités vivement animées et prolongées, notamment par le biais d une danse spécifiquement réservée à cette occasion sacrée: Berzana, où il s agit de danser en chantant jusqu à la transe. Sara Ou la danse du maniement des sabres; les participants forment un cercle, la guerre est mimée, les épées sont remplacées par des bouts de bois avec lesquels on exécute des jeux d escrime, tandis que l on danse sur des rythmes endiablés jusqu à l exaltation. Adrar 79
Adrar 80 La Hadra Le grand Cheikh est le Maitre de la confrérie religieuse, ses adeptes ou mouridine confirment leur affiliation à la Tariqa (la voie), par des actes mystiques qui assurent la protection spirituelle du Cheikh, outre des prières d imploration adressées aux saints sous forme de chants et de danses spécifiques à la confrérie. La mémoire du Saint vers laquelle vont converger toutes les pensées mystiques des adeptes qui doivent commémorer par la rencontre, est «la Hadra»: elle est exécutée sous forme de face à face de 2 rangées parallèles des membres de la «fokra», qui chantent les louanges du Saint (Madh ), et dansent au rythme effréné des Bendirs jusqu à l exaltation euphorique, une sorte de nirvana. Le Tbal Si le Gourara est à dominante zénète, les ksour du Touat ont été fortement arabisés suite à la sédentarisation progressive de tribus arabes, jadis nomades et qui continuent à célébrer solennellement leurs fêtes religieuses par notamment l une des expressions artistiques traditionnelles la plus raffinée et la plus mélodieuse de la région: le Tbal souvent surnommé Chellali, du nom du chef de file des poètes chantés par les autochtones. Il s agit d un magnifique héritage, résultat des échanges avec les nomades de l Atlas Saharien. Le Tbal est en fait un instrument de percussion, un tambourin en bois fabriqué par les gens de l Atlas, avec une forme conique, couvert d une peau de chèvre et dont la petite base inférieure repose sur un solide anneau lisse en tissu. Il est utilisé par le cheikh ou chanteur pour maintenir le rythme. Il s agit d une admirable combinaison de la poésie lyrique bédouine des régions de l Atlas, et de la mélodie agréable zénète, chantée à un rythme lent. La poésie chantée dans le Tbal est l œuvre du Goual (poète populaire) comme Echallali, Ahmed Lakhal, Mohamed Belkheir La chorale formée par les participants assis à même le sable, autour du cheikh-chanteur, est chargée de lui donner la réplique par le chant des refrains, en suivant minutieusement les couplets que celui-ci entame sur un rythme lent après un prélude fait d une suite de dani dani ; certaines chansons durent jusqu à une demi-heure et se terminent par des hamayate sur des cadences effrénées et même des danses (thaoudis), propres au Tidikelt.
Zemmar C est un instrument typique de cette région, un genre de petite cornemuse qui émet une sonorité très agréable, accompagnée de rythmes africains assemblés aux mélodies bédouines et zénètes enchainant de riches harmonies d un charme attirant; elle égaye surtout les célébrations de mariages. Adrar 82 Tindi C est un genre artistique traditionnel spécifique aux communautés touaregs qui occupent la région tout à fait sud de la Wilaya; il tire son nom d un instrument utilisé pour assurer la percussion; il s agit d un gros mortier taillé dans un bois d aggar (variété d acacias) et qui, à l aide d un long pilon en bois, sert à concasser les dattes et les céréales. Au moment de la fête on ramène une peau de mouton bien tannée et mouillée et on recouvre ainsi le mortier de bois qui se transforme en instrument de percussion émettant un son de grosse caisse. La percussionniste est toujours assise en face de la chanteuse et les femmes de la chorale s installent tout autour de l instrument, car c est un chant purement féminin. Une fois la fête terminée la peau est retirée et le mortier reprend sa fonction initiale.
Le Karkabou Ou la danse des Abid (esclaves) est une manifestation culturelle et religieuse de la confrérie noire de Sidi Blal, elle représente le résultat des échanges séculaires avec l Afrique Noire, et participe à la commémoration par des danses au rythmes de gros tambours (dendoun), de toutes petites caisses (guinga), et de castagnettes métalliques (krakibs), animés par des chants généralement en kouria (dialecte de certaines régions d Afrique). Elle constitue la première forme du Diwane et du Gnawi et son origine soudanaise (Afrique Noire) lui procure son irrésistible fascination. Rakbia C est une danse mixte exécutée à partir de 2 rangées, l une d hommes et l autre de femmes. Elle représente un héritage de l impact culturel des Doui Menia, tribus nomades de la région du Guir sur les ksour de Tsabit et de Bouda: localités où l on exécute de façon exclusive ces prouesses chorégraphiques. En maintenant le rythme d origine (Houbi, actuellement très populaire dans la région de Béchar), la musicalité s est améliorée grâce à l apport d une mélodie zénète agréable et envoûtante. Adrar 83
Les saints et les zaouiate Il serait utile de rappeler que cet important mouvement mystique n a été décrit qu en partie, car l approfondissement d un tel sujet ferait l objet d un ouvrage entier, si ce n est plusieurs. En effet, il reste un grand nombre de personnages à présenter, soit des oulémas soit des figures du mysticisme des oasis.
Adrar 86 Les Saints et les Zaouiate A l instar de tout le Maghreb du XV ème siècle, où le soufisme s est répandu au sein des couches populaires, qui l ont adopté en s inclinant devant la hiérarchie des grands maitres mystiques, le Touat social et culturel, entre dans une nouvelle phase, où le culte des saints connait un succès considérable, qui s est traduit par l édification d un grand nombre de mausolées, et l adoption de nombreuses célébrations annuelles, appelées moussem ou ziarate, où on procède à la commémoration de leur mémoire. Les maitres soufis vont s atteler à créer de nombreuses institutions religieuses, qui s imposent comme des fondations spirituelles sérieusement organisées, devant accomplir plusieurs fonctions: centres d enseignement religieux, lieux d accueil et d hospitalité pour les passagers et les réfugiés. Ainsi le Touat social et culturel se voit être une terre, où va prospérer un grand nombre de zaouiate, qui vont engendrer un imposant mouvement mystique, composé de personnages particulièrement illustres, pour lesquels une simple évocation de leur vertueux passé, suffira sans doute à nous émouvoir.
Sidi Slimane Ben Ali Est une figure majeure de l histoire du mouvement mystique, dans le Touat. C est le premier chérif Idrissite à fouler ces terres, car son arrivée se situe déjà en 1155. Il est né à Fez en 1124, où il était, tout comme Sidi Abou Madyene Chouaïb de Tlemcen, un disciple de Sidi Ali Ben Harzim qui l a non seulement assuré de sa protection et de sa bénédiction, mais qui lui a surtout transmis le secret spirituel (Sirr). Auréolé de l influx spirituel de son maître et de son haut lignage chérifien, son arrivée impose le respect et l admiration. Elle reste ainsi dans la mémoire collective comme un événement majeur, dans l histoire des oasis suscitant de multiples récits de l hagiographie locale. Il a accompli des prodiges pour réconcilier les différentes tribus, notamment avec sa célèbre invocation: «Lehnâ fi chouach» (le calme en périodes de troubles). Ainsi, semble-t-il, les violences ont cessé pendant plus d un siècle. Il a «ramené» l une des plus grandes foggarate du Touat (Foggaret Sidi Slimane). Décédé en 1210, ses fils ont créé la première Zaouia à laquelle ils ont associé une mosquée et le mausolée du Cheikh; considéré aujourd hui comme un lieu de dévotion, il reçoit quotidiennement la visite d un grand nombre de gens qui viennent se recueillir devant le tombeau du Saint Patron du Timmi. le Cheikh Mohamed ben Abdelkrim El Maghili le Cheikh Mohamed ben Abdelkrim El Maghili reste sans conteste Le personnage le plus célèbre, le plus influent et le plus déterminant dans l histoire du Touat-Gourara. La date de sa naissance à M ghila fait encore l objet de controverses; certaines sources avancent la date de 1348, d autres la date de 1376, d autres encore celle de 1386. Dès son jeune âge, il apprend le Coran et les fondements des sciences musulmanes auprès de son maitre Abou Al Abbas El Ouaghlissi, mais avide de connaissances il rejoint la ville de Bejaïa où il découvre un monde prospère de sciences et de culture, qui le met en contact avec plusieurs savants et hommes de religion. Il rejoint ensuite la ville d Alger où il rencontre l une des plus grandes figures du mysticisme: Sidi Abderrahmane Ethâ alibi, dont il devient le disciple et le gendre. Grand personnage «soufi», éminent prédicateur en Algérie (Tlemcen, Touat), et en Afrique Noire (Niger, Mali, Nigéria), son ascendant et son action religieuse ont eu une influence déterminante dans la vie des oasis, à un tel point que certains auteurs parlent de l avant et de l après Maghili. Son arrivée dans la région remonte à 1472, son action commence à Ouled Saïd par l édification d une mosquée et se poursuit à Tamentit en 1478 où il a engagé une violente campagne contre la présence des juifs dont le statut n était pas en accord avec les préceptes de la juridiction musulmane. Après le décès du Cheikh Yahya ben Idder son maître en matière de jurisprudence, il déclenche une grande polémique, restée dans les annales de l histoire, avec le nouveau Cadi Cheikh El Asmouni, à propos de la destruction de la synagogue de Tamentit. Il a été à l origine de l instauration de 2 empires musulmans en Afrique de l Ouest: celui de Kano au Nord du Nigéria, et l empire du Songhaï à Gao, comme il a laissé de nombreux ouvrages dans différentes disciplines, entres autre: «Misbah el arouah» (la lueur des âmes), «Rissalate El Asqia» (l Epître du Asqia; Mohamed Roi de Songhaï) Il est décédé en 1504, après avoir créé sa zaouïa à une centaine de km au sud d Adrar, au lieu-dit Bou Ali; cette fondation religieuse est auréolée d un grand prestige à travers l ensemble de la région. Sid El Hadj Belkacem Il est considéré comme le grand Saint du Gourara; homme d une grande piété, il est le descendant du grand Khalife Othmane. Il est né à Awsif (petite localité à une dizaine de km à l Ouest de Timimoun), en 1469; il a fait un long voyage
à travers le Maghreb, à la recherche du savoir et de la spiritualité, il a rencontré de grandes figures du Soufisme maghrébin. En revenant dans la région, il se chargea des obsèques de Sidi Moussa Oul Messaoud et s installe à Béni Mehlal où il devient Imam. Après une altercation avec ses habitants, il se rend à Azfafine où il créé sa propre zaouïa; lieu de méditation qui lui a donné une grande autorité spirituelle, procédant alors à la réconciliation de toutes les tribus du Gourara, pendant qu il présidait aux premières cérémonies de la célébration du Sboue. Parmi ses nombreux disciples, on peut citer: Sid El Hadj Bou M hamed de Tabelkoza, Sidi Abbed de Tasfaout, Sidi Ahmed ben Youssef de Massine, Sid El Hadj Lahcen de Guentour Son célèbre manuscrit «Manahij Es Salikine» (les voies des pieux), est étudié jusqu à présent comme on récite ses nombreux poèmes en théologie, et faisant l éloge du Prophète. Sa zaouia demeure un pôle de pèlerinage et accueille la plus grande fête de la région: le Sboue. Sidi Moussa Oul Messaoud Disciple du Grand Maitre Sidi Ahmed Ben Youssef de Miliana, qui est à l origine de son entrée dans la voie spirituelle, il lui transmet le secret (Sirr) de la connaissance fondée sur le dévoilement (Raison soutenue). Descendant du «Saint des Saints» Sidi Abd al Qadir al- Jilani (1083-1166) il demeure une figure tout à fait majeure du soufisme dans le Gourara où il a atteint un haut degré de sainteté, et où il a fondé sa zaouïa à Tasfaout dont la renommée dépasse les limites de la région, et qui accueille annuellement une grande fête, le premier du mois lunaire El Moharrem, commémorant sa mémoire. Parmi ses nombreux disciples; Sidi Amor Oul Amri (Deldoul), Sidi Ahmed Ben Aïssa (Semouta), Sidi El Houari (Aghled). Il a quitté ce monde en 1469 à Tasfaout où se trouve actuellement son mausolée. Cheikh Abderrahmane El Guentouri Originaire de Tittaf (Tamest), son grand père s installe à Guentour (Gourara); de son vrai nom Abderrahmane Ben Abou Ishak Ibrahim Ben Ali El Guentouri surnommé Abou Zeïd. Parmi ses nombreux maitres, on peut citer: Sid Amor Et Tinilani, le célèbre érudit du Timmi, avant son séjour à Fez où il a rencontré de nombreux savants. Il a été décrit par plusieurs penseurs de la région comme le plus coté de son temps en matière de jurisprudence, où il a été à l origine de multiples arrêts juridiques qui ont fait avancer l arsenal juridique local, tout comme il a laissé plusieurs œuvres manuscrites, consultées jusqu à présent par les hommes de religion. Il est décédé en 1689 à Guentour où il est enterré. Sid El Hadj Bou M hamed El Guezouli Fondateur de l une des plus grandes zaouiate à Tabelkoza (Gourara), il est né et fait ses études à Ouled Saïd. Premier disciple de Sid El Hadj Belkacem, il se distinguait par sa piété et sa vertu. Il est décédé probablement en 1600, à Tabelkoza où se trouve son tombeau, autour duquel on organise chaque année, une grande cérémonie en souvenir de sa mémoire. Cheikh Sid Amor Er Reggadi Fondateur de la Zaouïa El Kountia (Zaouiet Kounta) durant la première moitié du XVII ème siècle, il est de souche Kountia qui se présente comme la descendance du grand Okbâ Ibnou Nâfe a, aussi lui témoignait-on un grand respect et une profonde vénération. Ses maitres étaient d une grande renommée, comme: Ben Eb Bâ, Ben Abdelmoumen et Ben Hammadi. Il a fait de sa zaouïa un centre de rayonnement religieux et un carrefour du savoir; là, il se consacrait
à la prédication et l enseignement religieux, sacro-sainte mission qu il a poursuivie en propageant la parole de Dieu, pendant plusieurs années à travers les pays du Sahel (Taoudenni, Araouane ). Son disciple le plus réputé est Cheikh Abderrahmane Et Tinilani. Il est décédé lors de son retour du pèlerinage en compagnie de Sidi Bounâ ma du Tidikelt, en 1686 à Zella dans le Fezzan. Son héritage spirituel et l influence de sa zaouia, ont été prépondérants dans l histoire du Touat du XVIII ème siècle, et se traduisent aujourd hui par l une des plus grandes Khizanate de manuscrits de la région. Cheikh Sidi Bounâ ma D origine Akbaoui, une des branches de la descendance Kountia, il est né en 1597 à Akabli dans le Tidikelt, distante de 30 km à l Est d Aoulef. C est un homme pieux et paré d une vertu théologale, sa vie est un modèle de spiritualité, il a beaucoup erré dans les pays du Sahel où il faisait l objet d une vénération pour ses qualités de thaumaturge et de grand adepte des principes conformes aux règles de la morale religieuse. Fondateur d une prestigieuse zaouia en 1669, à Akabli, porte commerciale Sud vers l Afrique de l Ouest, il devient le chef spirituel des caravanes de pèlerins venant des pays limitrophes. Il meurt en 1692 à Akabli où son mausolée surplombe sa zaouïa qui accueille une fête annuelle grandiose organisée en sa mémoire. Ses descendants ont hérité d un grand nombre de manuscrits, qui constituent actuellement une Khizana importante et active dans la région. Cheikh Sidi M hamed El Ouangali De son vrai nom Sidi M hamed Ben Abdallah Ben Tayeb Ben Moussa El Adghaghi (Adghagh est l ancien nom de la ville d Adrar), il est né entre 1670 et 1672. Dès son jeune âge, il s est déplacé à Tinilane, où il a acquis rapidement un haut niveau de savoir, sous la direction de son illustre maitre El hadj Ahmed Ben Youssef; il s installa très tôt à Ouled Ounguel, créant ainsi un centre d enseignement religieux, qui a formé de grandes figures de la jurisprudence musulmane, comme les célèbres Cadis El Belbali, Ez Zeglaoui et El Mehdaoui. Il meurt très jeune à l àge de 35 ans en 1709, à Ouled Ounguel où il est enterré. La ville d Adrar lui témoigne de la considération et du respect, en lui organisant une grande fête commémorative. Cheikh Mohammed El Belbali Il est né en 1716, à Melouka, localité située à la périphérie d Adrar, et qui constituait un grand centre d enseignement religieux et de jurisprudence. Ayant subi l influence de son père qui était un érudit, il s adressa par la suite à plusieurs grands maitres en quête du savoir. Il s est entièrement consacré à l enseignement religieux, où il a fait ancrer dans l esprit de ses disciples, une connaissance approfondie des sciences musulmanes comme Ahmed El Habib El Belbali, Hassane Ibn Saïd El Bekri Il a succédé à son père dans la fonction de Cadi (juge) en 1766, car ses écrits sont restés célèbres dans ce domaine. Il s éteint le 17ème jour de Joumada II 1261 Hg /1782. Cheikh Abdelkrim Et Tamentiti Il est né à Tamentit en 1536 d un père pieux et éclairé Cheikh Sidi M hamed Et Touati qui lui a transmis ses premières connaissances; par la suite son périple l'a conduit jusqu en Egypte où il a rencontré Cheikh Ali El Ajhouri, après avoir déjà connu le fameux Ibn Abi Mahella, l illustre Cheikh Saïd dit Kaddoura l Algérois,
et le célèbre El Makarri le Tlemcénien. Il a joué un rôle prépondérant en matière de justice, dans la mesure où il a assumé la fonction de Cadi à Tamentit, qui jouissait du statut de métropole; ses recherches (Ijtihad) l ont conduit à rédiger plusieurs ouvrages fondamentaux, dont les plus célèbres sont «Chaqaïqe En Nou amane», et «Touhfate El Hijaze». Il expire à la fin de la journée du 23 du mois de Chaoual 1042 Hg/ 1580. Cheikh Sidi Ali Ben Hanini Il est né à Zaglou où il a entamé ses premières années d enseignement, avant de poursuivre son enseignement religieux à Aougrout, où il a connu ses maitres: Sid Ali En Nahoui et le Cheikh Sidi Aoumeur. Par la suite, il entame un périple à travers l Afrique de l Ouest, en compagnie de son ami Cheikh Sidi Ali El Kounti. A son retour il fonde une des zaouiate les plus respectées dans la région. Il meurt en 1647. Cheikh Moulay Abdallah Reggani Il est né en 1627 à Taourirt l un des plus anciens ksour de Reggane; dès sa naissance son père l a confié à ses oncles maternels qui l ont élevé et instruit, notamment son cousin maternel Cheikh Mohammed El Mustapha dont le décès le pousse à rejoindre l école de son cousin paternel Cheikh Sidi Ahmed Es Soufi. La tradition (ou la légende) précise qu il a choisi la voie de la souffrance en rejoignant à pied, de Reggane jusqu à Kenadza, son illustre maître Sidi M hamed Ben Bouziane, unanimement célébré comme un très grand maitre du soufisme au Sahara. Le Saint Patron de Kenadza l adopte et initie son disciple aux règles du mysticisme, du secret spirituel (Sirr) et du dhikr (invocation). Une fois la transmission spirituelle achevée, le maitre demande à son disciple d effectuer le voyage de retour qui s achève par une longue retraite sous la «protection» du grand maitre El Maghili et sa zaouïa. Cette période de méditation et de prière s achève par la «directive» reçue, d aller créer une zaouïa à la limite de la «amarâ» (terres cultivées); ainsi fut née la Zaouiet Er Reggani qui marque la fin «Entehenet» de la «rue des palmeraies», et où fut enterré le Saint fondateur en 1678. Quelques siècles plus tard, le rituel a imposé ses règles: ce premier jour du mois de Mai est vénéré par toute la population du Sud où une immense foule, empreinte d ardeur religieuse, se rassemble pour commémorer la mémoire du Grand Maître. Cheikh Sidi Ahmed Didi Bekraoui Fils du Cheikh Mohammed El Alem, surnommé Didi, il est né en 1299Hg/1882 à Tamentit où il a suivi ses premiers cours d enseignement religieux,auprès du Cheikh Mohammed Ben Abdelouahed et du Cheikh Sid El Bekri. Il se rend ensuite à Koussame où il bénéficie pendant 5 ans d un enseignement de haut niveau auprès de Cheikh Sidi Abdallah Ben Ahmed El Belbali et retourne à Tamentit, après avoir terminé ses études, où il se charge de dispenser un enseignement religieux qui fait autorité dans la région; on compte parmi ses élèves l illustre Cheikh Ben Lekbir. Il s éteint un Vendredi 16 du mois de Choual 1370 Hg/1951. Cheikh El Hadj Mohammed Ben Lekbir Cet éminent faqih (théologien) des temps modernes, a vu le jour en 1911 à Bouda (une vingtaine de km à l Ouest d Adrar), dans une
petite localité connue sous le nom de Leughmara. De souche honorable car sa généalogie remonte au grand khalife Othmane Ibn Affane, il est marqué dès sa tendre enfance par la perte de sa mère à l âge de 3ans. Son premier précepteur religieux qui le prend en charge dès l âge de 5ans, se nomme le Taleb Mohammed Ben Abderrahmane et qui l initie aux études coraniques. Doué et intelligent, dès son jeune âge il s impose comme un élève brillant et fait preuve de qualités remarquables, montrant de grandes dispositions et un tempérament à acquérir le savoir, avantagé de toute évidence par son entourage; un milieu de savoir et de piété. Son père, un homme pieux et dont les connaissances sur le Livre Saint sont quasi parfaites, son oncle paternel était un Imam qui officiait dans la mosquée du village et un enseignant coranique, son oncle maternel un prédicateur et un soufiste. Encouragé par un tel environnement culturel et religieux, ses aptitudes aidant, il étudie le Coran, et les œuvres classiques de la religion musulmane (Rissala, Khalil). Jeune adolescent, il rejoint Tamentit auprès de l éminent prédicateur Cheikh Sidi Ahmed Didi; élève assidu, il approfondit ses connaissances dans différentes disciplines des sciences musulmanes; jurisprudence malékite, théologie, exégèse, grammaire, littérature Après 3ans d inlassables efforts, c est le retour au village natal, à la demande du père qui a besoin d aide. Sa soif éperdue de la connaissance le contraint à quitter son village, et son odyssée le pousse jusqu à Tlemcen où il rencontre le grand maître de la confrérie Moussaouia (Kerzaz), le Cheikh Sidi Abderrahmane Ben Boufeldja qui le prend sous sa protection spirituelle, et lui transmet les secrets (sirr) du soufisme; une année suffit à assimiler toute cette masse de connaissances, produit de la civilisation musulmane, depuis Sidi Boumediene El Ghouth. Faire ses adieux à cette Médina mythique n est pas chose aisée, et de plus pour aller s installer au beau milieu de la steppe, à Lâ aricha, où auréolé de la grâce de Dieu et la bénédiction du Maître, il s est consacré à l enseignement religieux pendant plusieurs années, ne ménageant aucun effort, engageant une lutte sans répit contre l ignorance dans un milieu bédouin. L odyssée se poursuit par une nouvelle étape dont le lieu sera Timimoun, où se déroulera une rencontre fatidique entre une figure emblématique qui commence à graver ses premières tablettes en or, marquant le mouvement religieux national, et une métropole du Gourara qui désire tant s abreuver de connaissances et de valeurs morales. Le mariage est fécond; les étudiants affluent de toutes parts, de Tinerkouk, de Charouine, d Aougrout et même de Metlili et de Ouargla; la lumière fuse, peu de temps après, de nombreux grands Imams officient dans les mosquées de tout le Gourara. Le long périple s achève à Adrar, nouvelle ville qui prend de l ampleur, en accueillant un grand nombre de commerçants et de transporteurs, qui modifient profondément le commerce transsaharien grâce à l automobile et au camion. Cette ville souffre d un vide effarant dans les domaines culturel et religieux, et demande l aide à l un de ses fils, dont l étoile montante commence à exercer son ascendant dans le monde ecclésiastique, qui perd l un de ses astres qui brillait dans le firmament de Tamentit, en cette triste année 1951 où l on a enterré le vénérable Sidi Ahmed Didi le Bekraoui aux côtés de ses aïeux. Le devoir appelle, nécessité oblige; le magnanime Cheikh Ben Lekbir se trouve dans une situation qui le contraint à se déplacer à Adrar, au cours de l année 1950, où la mobilisation est générale, guidée par des notables mécènes et fervents dans leur pratiques religieuses; l endroit est stratégique, juste entre l ancien quartier d Adghagh et la nouvelle ville d Adrar, en face de la kasba du Caïd, marquant la nostalgie d un pouvoir local musulman précolonial. Un
nouveau centre d enseignement voit le jour, la mosquée est réalisée en un temps record, le «b rih» (crieur public) est lancé, il annonce joyeusement la première prière du Vendredi; c est la fête dans toute la ville. Malgré une surveillance étroite, les intimidations et l épouvantail de la terreur que brandit le colonialisme, l ascension est rapide, elle tient du prodige; la sérénité de la contemplation consacre la bénédiction de Dieu, et la prière attire la générosité des cœurs que gagne la foi. En quelques années, des centaines d étudiants convergent venant des contrées les plus éloignées, les charges augmentent, la générosité des mécènes constitue un appui indéniable, enfin la voie de l espérance est ouverte. Le soleil se lève rayonnant, la lumière éclatante baigne toute la région, les réjouissances animent les cœurs des gens qui fêtent l indépendance, et notre Cheikh contribue à allumer la flamme de l espoir par ses discours et ses prêches; le nouvel Etat devient le principal soutien, et commence par l édification d une superbe mosquée avec un splendide minaret. Véritable institution religieuse, comparable à une université qui regroupe plus d un millier d étudiants, originaires de pays limitrophes pour beaucoup d entre eux; elle prend une ampleur à l échelle nationale, animée par notre infatigable maitre qui devient une réelle autorité spirituelle, vénéré pour sa piété, son ascétisme, et sa sagesse, prêchant la voie malékite qui met l accent sur l humanisme et la modération de l islam. Rongé par la maladie, il s éteint un triste Vendredi 15 Septembre 2000, enterré au sein même de sa propre institution, où son mausolée reçoit quotidiennement des centaines de visiteurs. Les derniers travaux d extension et d embellissement réalisés par l Etat, ont tendance à lui donner plutôt un caractère de fondation nationale. Cheikh Moulay Abderrahmane Haïbaoui Au cours de l année 1904, dans la zaouïa du grand Saint Moulay Hiba notoirement connue à Aoulef et à travers tout l extrême sud, le Cheikh vit le jour, au milieu d une communauté qui voue un très grand respect aux ancêtres et encore terrorisée par la tyrannie du nouvel occupant chrétien. Connu pour ses grandes qualités humaines, pour sa piété et pour sa vertu, il préside annuellement les cérémonies de célébration de la mémoire de son aïeul Moulay Hiba. Il s éteint le 19 Novembre 1995, parmi les siens au sein de la zaouïa de Moulay Hiba, où il est enterré. En guise de récompense pour ses efforts louables dans le monde de la spiritualité et de la réconciliation entre les différentes franges de la population du Tidikelt, le Président de la République lui a décerné, à titre posthume, la médaille du «Athir» en 1999. à l image de Sidi Othmane, Sid Soufi, et Sidi Brahim à Timimoun, Sidi Ahmed Oul Hadj à Talmine, Moulay Ali Ben Boubkeur le grand Maitre de Tsabit, Sidi Ahmed Ben Youssef, El Mimouni, Moulay Ali Cherif à Adrar, Sid El Mokhtar, Moulay el Hassan à Tamest, Bandilou à Tillouline, Moulay Abdelkrim à Sali Que la liste est longue. Ainsi la population de la Wilaya d Adrar vit au rythme de ses nombreuses fêtes religieuses et commémorations de la mémoire de ses saints, et cela à longueur d année.
Les fêtes locales et les commemorations religieuses Les coutumes transmises par les générations antérieures, depuis un lointain passé se manifestent chez les habitants des ksour par un grand nombre de commémorations religieuses et de fêtes locales, qui sont célébrées avec ferveur, conformément à la tradition et l engagement spirituel qu impose le respect de la mémoire des ancêtres. Elles sont appelées «Ziarate» (visite collective du tombeau du Saint), fêtées dans une joie exubérante et une allégresse collective, et animées par des chants, des danses La plus imposante est sans doute l impressionnante série de manifestations de liesse collective qui s étale sur une semaine, à l occasion de la grande fête du Mouloud clôturée par le Sboue.
Adrar 96 Le Sboue Qui signifie littéralement la semaine, est la plus grande fête religieuse et culturelle, au cours de laquelle les habitants du Gourara, célèbrent avec une ardeur tout à fait religieuse, le septième jour de la naissance du prophète. Elle est célébrée chaque année le 18 ème jour du mois de Rabiâ 1 er du calendrier arabe lunaire. Elle clot l ensemble des cérémonies de célébration du Mawlid, jour de la naissance du Prophète, qui durent pendant 7 jours, où l on assiste à toute une panoplie de chants, de danses, et de pratiques religieuses. Elles s achèvent par un impressionnant rassemblement populaire, accueilli, dans une ambiance d exaltation intense et de ravissement, par l influente Zaouia de Sidi El Hadj Belkacem, grand Maitre vénéré, qui jouit de la plus grande autorité spirituelle de cette région, et instigateur de cette célébration, par laquelle il visait à conjurer la violence, et faire régner la paix entre l ensemble des tribus du Gourara. L après-midi, on assiste à l apothéose de ces festivités au moment de la rencontre de cette immense foule, et de milliers d adeptes venus de toutes parts, qui atteignent la phase d euphorie sous la cadence effrénée et le rythme exaltant de la Hadra (danse mystique); c est dans cette ambiance galvanisante que s opère la jonction de tous les fidèles, regroupés sous les bannières de leurs zaouiate, et qui s achève par un cérémonial de prières et de recueillement, dans une atmosphère spirituelle.
La Grande Fête d Adrar La métropole du Touat, Adrar a toujours attiré la population de la région, également par sa fonction culturelle, où notamment des festivités sont autant d occasions pour des liesses populaires. L euphorie des grandes quantités de tomates produites au cours des années 70, a fait que les autorités de l époque, avaient pris l initiative d encourager l effort, en organisant une grande fête annuelle connue, depuis, sous la dénomination de «Fête de la tomate», ou plus péjorativement sous la désignation populaire «El Hafla». Elle est devenue une tradition chez les habitants du Touat, attire les foules et des visiteurs de partout; elle dure toute une semaine, à la fin du mois de Mars, et donne lieu à toutes sortes de réjouissances populaires: chants, danses, musique, manifestations commerciales La région connait de nombreuses et d importantes manifestations culturelles et religieuses, telles la célébration du Mouloud à Bouali (commune de Zaouiet Kounta); la grande fête du Reggani, le 1 er Mai; la fête de l Achoura à Tamentit; l importante commémoration de Sidi Ahmed Oul Hadj à Talmine 3jours durant, etc Toute cette multitude de célébrations, à longueur d année, sont autant d occasions de chanter, de danser, mais également de prier et de chercher grâce et bénédiction. 97 Adrar
Les atouts Touristiques de la wilaya d Adrar Les potentialités touristiques de cette vaste wilaya sont énormes. Depuis des siècles en effet, les habitants de cette région ont organisé leur mode de vie en vue de recevoir «Âabir Es Sabil»: le voyageur, tradition héritée de l époque médiévale où cette contrée était un lieu de transit pour les caravanes et une terre d asile pour les réfugiés. La création de points d eau, d oasis-relais, de zaouiate pour accueillir les convives. Tout ce réseau de ksour visait, en fait, la satisfaction et le bien-être du passant; les règles de l hospitalité sont dictées par les us et les coutumes.
Adrar 100 Le Paradis de l'envers La nature saharienne aussi hostile soit-elle, a gratifié la Wilaya d Adrar et la totalité de son vaste territoire, d atouts miraculeux et d immenses espaces merveilleux, qui tirent parfois leur origine du surnaturel. L Homme quant à lui, a tenu à marquer de son empreinte ces gigantesques espaces, et apporter sa touche à l attrait irrésistible de ce décor somptueux, en édifiant d énormes forteresses, qui dominent les dunes gigantesques, en creusant des milliers de kilomètres de galeries; éventrer le sol sur des distances colossales, pour laisser couler l eau si précieuse dans un désert aride. Le Mythe de... la Réalité Un vaste territoire saharien, une contrée lointaine, à l autre bout du monde, un océan d un teint jaune éclatant d où émergent des îlots verts resplendissants; de gigantesques dunes de sable doré, des oasis, des ksour, des milliers de petits cratères, des milliers de km de galeries et de cheminement souterrain, la fraicheur délicieuse des palmeraies, des jardins verdoyants et des coins de paradis ces paysages d une splendeur féérique, avec leur charme irrésistible et leur magie ensorcelante, exercent une grande fascination et exaltent l'imagination du visiteur. Le mythe du Sahara n a-t-il pas de tout temps suscité la curiosité des hommes? Le pays des mirages et des contes fabuleux a toujours avivé la stupéfaction des explorateurs! Ici c est le pays de l immuable, les silhouettes deviennent minuscules, le temps prend une autre dimension, la vie sans se forcer, respecte sa nonchalance; aussi le passionné, le fin observateur découvre un monde de spiritualité, de sagesse, et de méditation. A 1600 km d Alger, à l horizon blanc du désert, là où le ciel rencontre la terre, la traversée s achève par des sebkha desséchées de couleur argentée, le Grand Erg et ses dunes dorées prenant un ton rose au coucher du soleil, des palmeraies comme des cratères verdoyants au milieu d une mer de sable, des cités millénaires teintées de rouges et d ocre, avec leur murailles abimées mais qui semblent défier le temps, flanquées de hauts monuments funéraires et «préservées» par des kouba d une blancheur éclatante, des fondations religieuses qui abritent des milliers de documents jaunis par le temps et de vieux manuscrits, héritage d un rayonnement culturel et d un passé florissant. En parcourant la région, le touriste reste ému par le nombre impressionnant de forteresses en ruine, entourées des ruines de hautes murailles, qui semblent raconter autant de récits de l histoire ancienne, de citadelles médiévales, couvertes d argile rouge et traversées d un bout à l autre par un dédale de ruelles; il déambule paisiblement dans de véritables havres de paix qui, malgré la décrépitude de leurs anciennes maisons, sont loin d être désertées et abandonnées: elles s animent régulièrement d une effervescence exubérante et d une activité frénétique, par des chants et des danses exécutées sur des rythmes et d une