Description de la bête du Gévaudan: Etienne Lafont décrit la Bête (tout du moins, ce qu on lui en a rapporté), à la manière du portrait qu en a dressé Duhamel (voir chapitre précédent). Lorsque l on parle de celle-ci, il convient de bien rappeler ce qui a été dit avant : - de nombreux témoignages sont de deuxième main ; - nombre de ceux-ci résultent d une traduction parfois approximative du patois en français ancien, qu il faut ensuite retranscrire en français moderne. Reste tout de même un constat qu on ne peut balayer d un revers de main : les paysans étaient familiers des loups, qu ils chassaient avec des bâtons, des pierres ou à coups de sabots. L animal dont ils parlent alors est une bête qui ressemble à un loup mais qui n en est pas un, ce qui laisse supposer certaines déviations physiques et comportementales. I) Des descriptions fantastiques Nous avons vu la description que Duhamel a donnée de la Bête. D autres portraits brouillent une image déjà floue. Complétons celle de Lafont déjà évoquée : ( ) Elle a le museau approchant celle du cochon, les soies fort longues, ce qui semblerait caractériser une hyène ( ). Duhamel parle aussi d une possible hyène: nous y reviendrons plus loin. Voici comment monsieur de La Barthe, gentilhomme du Gévaudan, a tenté de synthétiser un portrait de notre animal, mais sans l avoir vu lui-même: après avoir balayé les superstitions et les fables colportées à propos de la Bête dans une lettre datée du 27 octobre 1764, il précise le 31 du même mois : ( ) Je passe sous silence les autres accidents pour vous donner la description de ce furieux animal. Je vous la certifie très exacte : tous ceux qui l ont vue depuis huit jours dans différents endroits ne varient pas ( ). Cette bête a la tête large, très grosse, allongée comme celle d un veau et terminée en museau de lévrier, le poil rougeâtre et rayé de noir sur le dos, le poitrail large et un peu gris, les jambes de devant un peu basses, la queue extrêmement large, touffue et longue ( ). L abbé Pourcher reprendra, des décennies plus tard, à peu près le même portrait. De toutes ces descriptions, quelques points convergents émergent : taille de la tête, couleur rougeâtre, arrière train plus relevé que le train avant, une queue longue, fournie et large ; une raie noire qui court sur le dos. Soulignons aussi que la taille des veaux (et des bovins en général) était bien moindre que de nos jours, après 200 ans de sélection génétique (1); ensuite, les enfants et les adolescents étaient plus chétifs, plus petits, faute d une alimentation suffisante et d une médecine inexistante. Pour les paysans, c est rappelons-le «un loup qui n en est pas un». L autopsie pratiquée sous le contrôle du notaire Marin, en juin 1767, sur la bête tuée par Jean Chastel, confirmera certains des traits attribués à la Bête du Gévaudan. 1/6
II) La Bête du Gévaudan, une hyène? Nous étudierons à la fin du livre les hypothèses concernant la vraie nature de la Bête ; mais puisque Duhamel aborde le sujet, examinons ici cette possibilité. Voici les éléments qui ont conduit certains auteurs à exprimer cette idée : 1) Guy Crouzet (2) cite l anecdote d une hyène qui se serait échappée d une foire à Beaucaire en 1764. Le même Guy Crouzet laisse entendre qu un tel animal aurait pu s évader d un chargement destiné à la ménagerie de la Cour, ou à la collection d un noble.. 2) Gérard Ménatory (3), le créateur du Parc des Loups du Gévaudan, a écrit un livre où selon lui, la Bête était une hyène dressée et manipulée par Antoine Chastel, le fils de Jean Chastel ; 3) Après la chasse de François Antoine en septembre 1765, où fut tué un grand loup expédié à Versailles, monsieur de Ballainvilliers, intendant d Auvergne, parle de la dépouille de la hyène qu il a bien reçue et fait acheminer à la Cour. 4) Enfin, Franz Jullien (4), du Musée d Histoire Naturelle de Paris, a retrouvé une brochure datée de 1819 et qui présente la dépouille d une hyène rayée comme «semblable à l animal qui a ravagé le Gévaudan». Selon lui, une hyène rayée d orient (hyena hyena) a très bien pu être aperçue, après s être évadée d une ménagerie, tout en étant parfaitement innocente des crimes attribués à la Bête, devenant ainsi «une partie» de celle-ci. Il est vrai que certains représentants d une sous-espèce de hyena hyena ressemblent à certaines descriptions de la Bête du Gévaudan ; pourtant, un rapprochement avec d autres détails nous permet d éliminer provisoirement l hypothèse de la hyène: - Tous les animaux abattus en Gévaudan étaient bien des canidés, ce que confirme leurs formules dentaires (5) ; - Certains détails physiques ne correspondent pas à la hyène : la Bête avait des oreilles courtes et droites, celle de la hyène sont rondes ; la queue de la Bête était longue fournie, ramée ; celle de la hyène est courte et dépouillée ; la Bête avait un arrière train relevé et un avant plus bas : c est le contraire chez la hyène, etc - Enfin, une hyène pourrait-elle survivre aux terribles hivers du Gévaudan? les zoologues sont divisés sur ce point. De toute façon, on n a pas retrouvé le portrait réalisé à Clermont-Ferrand, ni la dépouille du loup d Antoine, ni la dépouille de la Bête de Chastel. Encore une fois, la vérité est ailleurs Notes : 1) Serge Colin, «Autour de la Bête du Gévaudan» compte d auteur, 1990, le Puy-en-Velay 2) Guy Crouzet, Requiem en Gévaudan, CDRP, Clermont-Ferrand, 1992 ; La Grande Peur du Gévaudan, compte d auteur, 2001 ; Bêtes en Gévaudan, compte d auteur, 2010. 3) Gérard Ménatory, «La Bête du Gévaudan», compte d auteur, Mende, 1976 ; Hugues Ménatory, «la Bête du Gévaudan», éditions Loubatières, Fonsegrives, 1991. 4) Franz Jullien, «la deuxième mort de la Bête du Gévaudan» Bullletin MHN, Rouen. Il fait 2/6
aussi remarquer que bien des autopsies de l époque étaient approximatives, et pouvaient induire en erreur, cas constatés dans les archives du Musée d Histoire Naturelle de Paris à propos d autres espèces. 5) Le loup a 42 dents, la hyène 34. Représentation de la bête 3/6
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