Le frelon asiatique pas de panique! Arrivé clandestinement dans le Sud-Ouest il y a une dizaine d années, il s est beaucoup plu et a envahi progressivement la France. Devenu vedette médiatique et prédateur redoutable des abeilles, il suscite des peurs et des craintes souvent infondées. Voici quelques informations qui vous permettront d agir avec lucidité si un «frelon à pattes jaunes» s installe chez vous et d éviter quelques arnaques. Histoire d une invasion fulgurante (d après le muséum national d histoire naturelle) 2004 : Un lot de poteries en provenance de Shanghai contenait une reine de frelon asiatique en diapause. Ces poteries ont été livrées à un producteur de bonzaïs de Tonneins en Lot-et-Garonne. Identifié en 2005 par Jean Haxaire du muséum d histoire naturelle, celui-ci prédisait une dégénérescence rapide à cause d un pool génétique restreint. C était sans compter sur le fait que la reine invasive aurait été fécondée par plusieurs mâles! 2006 : 12 départements du Sud-Ouest sont touchés (plus de 100 nids découverts). 2007: 21 départements touchés (plus de 1 000 nids repérés). 2008 : Un nid est découvert à Saint-Malo. 2010 : Un nid est constaté dans les Côtes-d Armor. 2013 : 187 nids recensés en Ille-et-Vilaine. 2014 : Plus de 1 200 nids traités en Ille-et-Vilaine (au moins 6 à Saint-Gilles). 2015 : Au 1 er novembre, le FGDON 35 avait déjà traité plus de 2 200 nids et 3 300 nids à la mi-décembre! La progression est de près de 100 km par an, 75 % des départements sont touchés, nous en trouvons maintenant en Espagne, au Portugal, en Belgique, en Italie, en Allemagne. Chaque nid peut donner naissance à une trentaine de nids l année suivante.
Vie d une reine frelon (d après «La Hulotte, n 92, 94 et 95) Les guêpes, abeilles, frelons, bourdons, fourmis sont des insectes sociaux de la famille des hyménoptères vivants autour d une reine qui est la seule à avoir la capacité de procréer. Celle-ci va vivre une bonne année (sauf les reines abeilles et fourmis qui peuvent vivre plusieurs années). La vie d une reine frelon commence par la ponte d un œuf fécondé en aout-septembre dans une cellule particulière, 10 à 15 jours plus tard l œuf donne naissance à une larve. 15 jours après la larve particulièrement bien nourrie se transforme en nymphe. Encore 15 jours et nous avons une femelle prête à être fécondée, nourrie par les ouvrières tant qu elle reste dans le nid. Dans les 15 jours qui suivent, elle va s accoupler dans la nature avec un (ou plusieurs) mâles et ne plus revenir au nid. Pendant tout le mois d octobre (même novembre) elle va s activer pour emmagasiner le maximum de réserves : sucres, protéines pour les transformer en graisse et en glycérol. De novembre à avril : C est la diapause (hibernation) dans un trou à l abri (mur, tas de bois, tas d herbes sèches, arbre creux, charpentes, coffre à volets ) Avril : Réveil, la première quinzaine est consacrée à s alimenter et à chercher un emplacement abrité pour construire son nid (trou de mur, nichoir à oiseaux, arbre creux, nichoir «La Hulotte», granges, greniers, cavités variées) et à lutter contre ses consœurs pour le partage de l espace. Début mai, début de la construction du nid (papier fait à partir de bois et de salive). Une semaine après, la reine pond le premier œuf fécondé. Ensuite 10 à 15 jours d incubation et une larve nait. Pendant ce temps le nid grossit et la reine pond un à deux œufs par jour, elle est seule à travailler. 30 jours plus tard, nous avons la première femelle stérile (dite ouvrière) prête à aider la reine. Nous sommes à la mijuin. Début juillet : il y a suffisamment d ouvrières pour développer le nid, la reine va se consacrer uniquement à la ponte et ne plus sortir du nid (une cinquantaine d œufs par jour, jusqu à cent parfois). Mi-juillet : si le nid ne peut plus se développer par manque de place, toute la colonie se déplace et fonde un nid dit «secondaire» (dans 70 % des cas dans un arbre à plus de 10 m du sol pour le frelon asiatique ; dans un arbre creux, un grenier, une grange pour le frelon européen et dans un terrier pour la guêpe). À partir de la mi-août, suite à un «décret royal», les ouvrières se mettent à construire des cellules quatre fois plus grandes. La reine va alors pondre des œufs fécondés qui donneront des femelles fertiles et bien nourries, les fondatrices (futures reines) et des œufs non fécondés qui donneront des mâles haploïdes. Fin septembre-début octobre la reine meurt ou elle est tuée par ses ouvrières. Toutes les ouvrières vont ensuite mourir ainsi que les mâles, les fondatrices fécondées vont se gaver pour affronter l hiver et se disperser dans la nature à la recherche d un coin abrité pour passer l hiver. Un nid de frelons asiatiques va ainsi disperser 400 à 600 fondatrices. 5 à 10 % d entre elles donneront naissance à une colonie au printemps suivant. L espérance de vie d une reine frelon, guêpe ou bourdon est de 13 mois, d une ouvrière : 15 à 30 jours et d un mâle : 15 jours.
Alimentation Les guêpes et les frelons sont des insectes butineurs et carnassiers consommant beaucoup d eau. Les reines et les fondatrices vont surtout chercher des sucres en butinant le nectar des fleurs, en récoltant le miellat des pucerons, en s attaquant aux fruits mûrs et en suçant la sève de certains arbres. Au printemps, elles profitent de la taille des arbres pour se gorger des écoulements de sève, en septembre octobre, elles enlèvent un anneau à la base de certaines tiges pour faciliter la récupération du précieux liquide et condamner la branche (les arbres préférés : lilas et frêne). Les ouvrières vont préférer les insectes, les chenilles, les papillons les araignées sans négliger les restes de crustacés et la viande récupérée sur les cadavres ou sur les étals de marché. Ces ingrédients sont transformés en une bouillie pour alimenter les larves du nid. En septembre-octobre, les ouvrières frelons asiatiques ont une préférence pour les abeilles (plus de 50 % du menu) qu elles capturent près des ruches. D après Natura-Sciences un nid de frelons asiatiques peut consommer au mois de septembre entre 3 500 à 15 000 abeilles par jour. Piégeons les reines Pour limiter la prolifération de cette espèce invasive et très dangereuse pour les abeilles, il faut privilégier la prévention, plus efficace, peu coûteuse, peu dangereuse, réalisable par tous. Les deux périodes favorables sont : avril-mai-juin et oct.-nov. Les reines sont dehors et isolées, donc peu dangereuses. Un piège à guêpes classique fait l affaire. Éric Darrouzet : enseignant-chercheur de l université de tours dans le Ouest-France «Il faut s entêter à les détruire. Ce nuisible est une espèce invasive qui n a rien à faire en France ou en Europe. C est un prédateur généraliste au sommet de la chaîne alimentaire. On connaît son goût pour les abeilles mais nous n avons encore aucune idée de son impact et ses conséquences sur la biodiversité». Méthodes de piégeage : Physiques : (quand les insectes sont sur des fleurs, des fruits ou devant une ruche). Pinces à thé, pinces à saucisses, paire de ciseaux, filet à papillons, tapette, raquette électrique ou raquette de badminton. Chimiques : (différents breuvages mis dans des pièges à guêpes). Eau miellée, vieux cidre, jus fermenté de cirier, vinaigre blanc + confiture, mélanges sucrés et aromatisés, bière brune + vin blanc + sirop de cassis. Frelons vivants : bombe insecticide. Choix de l emplacement : Les reines sont attirées par le nectar des fleurs mellifères à corolles peu profondes et les réserves de fruits murs. Les camélias à fleurs simples, les fuchsias, le lierre, la vigne vierge, le cotonéaster, le mahonia ou l aralia sont particulièrement visités et les pièges posés à proximité font de belles captures. Inutile de mettre des pièges près de ruches, les frelons vont surtout s intéresser aux abeilles! Détruisons les nids Les piqûres des frelons, des guêpes et des abeilles sont à éviter. Pour les allergiques, une seule piqûre suffit pour provoquer des troubles graves, voire mortels. Ces hyménoptères sont responsables de 20 à 30 morts par an en France. Ces insectes ne sont vraiment agressifs qu aux abords de leur nid (rayon de 5 à 10 m). Piétinements, vibrations ou secouage du nid vous exposent à une attaque massive! Pour un nid primaire accessible : jusqu au mois de juin, il n y a que la reine. En examinant son comportement, il est facile de l éliminer soit avec une tapette soit avec une bombe insecticide.
Pour un nid secondaire (très souvent inaccessible) : il faut être très prudent et faire la plupart du temps appel à une entreprise spécialisée (adresse disponible à la mairie ou à FGDON 35), qui traitera le nid avec un insecticide inoculé avec une canne télescopique. Quelques jours plus tard, il est bon de détruire physiquement le nid pour éviter que des oiseaux en quête de nourriture ne s empoisonnent avec les cadavres trouvés dans celui-ci. Prévoir de 70 à 150 pour un nid à moins de 15 m du sol, parfois plusieurs centaines d euros pour un nid très mal placé! Ces dernières années, certaines collectivités prenaient en charge tout ou une partie de ces frais d intervention. Ce ne devrait plus être aussi simple à l avenir suite à la promulgation de la loi NOTRe en août dernier. À partir du mois de novembre, le nid est très peu occupé, la reine est morte, les ouvrières ont presque toutes disparu, quelques fondatrices viennent encore s y réfugier mais le petit nombre d occupants n encourage pas à faire des frais pour détruire les nids. Dès que le froid aura sévi, le nid sera vide et ne sera plus utilisé. Les intempéries de l hiver le dégraderont assez vite. Pour éviter quelques mauvaises rencontres, avant d entreprendre un travail à l extérieur (taille de haies, d arbres, de buissons, bricolage dans son cabanon de jardin, rangement d un tas de bois), il est raisonnable de bien observer le manège des insectes près de ces lieux et repérer la présence éventuelle de frelons, de guêpes ou d abeilles. À éviter : Détruire le nid avec un coup de fusil. Le tireur s expose à une attaque ultra-rapide. Le nid est détruit mais il y a peu de chance que la reine soit touchée. Avec les ouvrières qui restent à ses côtés, elle va vite reconstruire un nid et tout sera à recommencer! Règles d or de l observation des hyménoptères (d après «La Hulotte» n 94) Si vous découvrez un nid de frelons ou de guêpes facilement accessible, avant de le détruire prenez le temps de l observer quelques jours, vous serez émerveillés. Pour éviter de doubler de volume, respectez ces quelques règles : R1 : Ne jamais secouer, faire vibrer le nid ou piétiner autour. Si tel était le cas, ce serait l équivalent d une déclaration de guerre et vous serez dans un drôle de guêpier. R2 : Calme et silence. Pénétrez dans la zone interdite (5 m) comme dans une église. R3 : Jamais de geste brusque. Les frelons attaquent tout objet sombre exécutant des moulinets désordonnés. Mettre les mains dans les poches! R4 : Stationnement interdit. Les ouvrières ont horreur des touristes oisifs les retardant en stationnant sur leur passage. R5 : Zéro chimie. Pas de parfum, pas de maquillage, de déodorant, de crème de bronzage ou d odeur de transpiration. R6 : Gare au CO2. Évitez de respirer sur les frelons ou de souffler sur leur nid. R7 : L odeur du crime. Si un frelon ou une guêpe se fait tuer à quelques mètres du nid, c est aussitôt le «tocsin chimique». Apprêtez-vous à battre le record de vitesse du 60 m!
Un espoir? Le 20 octobre dernier, Ouest-France titrait «Vers le déclin des frelons asiatiques en Europe». S appuyant sur une publication de l institut de recherche sur la biologie de l insecte (IRBI) de Tours parue dans la revue Plosone, l argument principal invoqué était qu il y avait trop de mâles et pas assez d ouvrières dans les nids étudiés, ce qui ralentit la croissance du nid. Il faut savoir que chez les hyménoptères, les mâles ne participent pas aux «tâches ménagères» et vivent au crochet des ouvrières. Ci-dessous le lien vers la publication dans son entier : http://www.plosone.org/article/fetchobject.action?uri=info:doi/10.1371/journal.pone.0136680&representation=p DF (L étude porte sur 31 nids recueillis dans la région tourangelle entre avril 2012 et décembre 2014. Seuls, 21 nids sont exploitables). À toute époque de l année, on trouve des mâles dans les nids, contrairement aux guêpes et frelons européens. Est-ce à dire que, comme pour l abeille, on peut avoir des nouvelles reines à tout moment? Qu il n y ait pas beaucoup d ouvrières dans les nids, c est peut-être que beaucoup d ouvrières étaient dans la nature à chercher du bois ou de la nourriture. La surprise intéressante c est qu il a été trouvé deux types de mâles des haploïdes et des diploïdes. Normalement les mâles des hyménoptères sont haploïdes. Si une fondatrice s accouple avec un mâle diploïde, les futures reines engendrées seront triploïdes donc stériles, d où l espoir à terme de voir disparaître l espèce. Ce scénario optimiste repose sur le fait qu il y aura suffisamment de mâles diploïdes pour faire dégénérer l espèce, mais si la fondatrice choisit bien ses mâles et évite les diploïdes la progression continuera comme avant. Pitié pour les pollinisateurs! Si le frelon asiatique, le frelon européen, la guêpe germanique ou la guêpe commune présentent un certain danger et méritent d être combattus, il ne faut pas en profiter pour éliminer «tout ce qui vole». Beaucoup d autres insectes méritent le respect et sont très utiles pour la pollinisation et la biodiversité. Les bourdons ont besoin qu on les protège car ce sont des pollinisateurs hors pair. Les syrphes, les abeilles solitaires, les guêpes solitaires ou maçonnes paient une lourde tribu face aux frelons sans que nous connaissions précisément tous les effets. Pensez aux «hôtels à insectes» et aux plantes mellifères. Quelques photos :
Reine de frelon européen ramassant du bois pour construire son nid. Début de la construction du nid. Nid primaire de frelon asiatique, début juillet.
Nid secondaire de frelon asiatique à plus de 20 m du sol. Nid de guêpes des buissons (à ne pas détruire). Bourdon terrestre (notre préféré).
Syrphe Hôtel à insectes Yvonnick Guillot et André Guillemot Apiculteurs à Saint-Gilles