Une filière photovoltaïque pour la France 1



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Transcription:

Une filière photovoltaïque pour la France 1 Opportunités & développements Le monde du solaire est en émoi. Le rapport piloté par Jean-Michel Charpin a suscité de grands débats et d aucuns viennent à douter de l intérêt même de persister à vouloir créer une filière française dans le photovoltaïque. Pourtant des PME/PMI et des groupes industriels de renom, des établissements publics de R&D et de formation, et des collectivités engagées financièrement dans ce domaine, tous concernés au premier chef par ce débat, réaffirment que le potentiel de cette filière est important, qu il est encore inexploité et que la France garde tous les atouts en main pour devenir un acteur majeur dans cette compétition ouverte. Le savoir-faire des entreprises françaises positionnées sur ce secteur et les innovations développées par l Institut national de l énergie solaire (INES) et par ses partenaires nous permettent d affirmer que notre pays reste bien placé dans la compétition mondiale du photovoltaïque comme il l a prouvé au début des années 90 où il était classé 1 er européen et 5 ème mondial. Pour s en assurer, il convient d analyser les différents segments de cette filière -le matériau, les composants et les systèmes - sachant que les débouchés ne se limitent pas à la seule production de composants et de systèmes solaires mais que c est bien tout le secteur du bâtiment et celui de la génération d électricité qui seront, à terme, impactés par les technologies mises en œuvre. 1. La filière silicium Le silicium En amont de la chaîne, on trouve tout naturellement la matière première qui est à la base de plus de 80 % des modules photovoltaïques installés et fabriqués aujourd hui dans le monde : le silicium. Contrairement aux idées reçues, le silicium est un matériau qui fait l objet de nombreuses recherches dans les laboratoires les plus réputés. 1 : Ce document a été rédigé par Vincent JACQUES le SEIGNEUR à la demande du Conseil d Administration de Tenerrdis. 1

Les travaux menés depuis maintenant trois ans en Savoie dans le cadre du programme «Photosil» ont porté leurs fruits. Il est aujourd hui possible de produire localement du silicium de qualité solaire compatible avec des rendements de cellules supérieurs à 16% à partir du silicium métallurgique (silicium de qualité solaire). Le procédé est à la fois efficace, trois fois moins coûteux en énergie et permet de vendre du silicium à un prix au plus égal à celui de l industrie du silicium électronique. L arrivée sur le marché de ce silicium de qualité solaire va permettre de pallier le risque de manque de disponibilité du silicium électronique aux environs de 2014, ce qui évitera la situation «spéculative» que nous avons connue entre 2005 et 2008. Cette maîtrise technologique et industrielle de la production de la matière première, et donc des coûts, est un atout de taille. L engagement d un groupe de ferroalliages leader dans ce projet l Espagnol FerroAtlantica (anciennement l activité Silicium de Pechiney) aux côtés des ingénieurschercheurs de l INES et d Apollon Solar ainsi que de plusieurs équipementiers français est un gage de réussite pour ce projet qui devrait passer à l étape de pré-production industrielle en région Rhône-Alpes en 2011. L enjeu est majeur puisque l industriel ibérique est le N 1 mondial de la fabrication de silicium métallurgique à travers les cinq usines que le groupe détient en France. Par ailleurs, une autre société française, Métaux Spéciaux, fournit d ores et déjà des milliers de tonnes de sodium purifié aux Etats-Unis et bientôt en Asie pour une autre filière de fabrication de silicium purifié. Ce silicium purifié est ensuite transformé en silicium cristallisé pour lui donner les propriétés électroniques nécessaires à la fabrication de cellules à haut rendement de conversion. Dans ce secteur, des entreprises françaises sont là aussi reconnues au niveau international pour la qualité de leurs produits : ECM Technologies (fabricant de fours de cristallisation), Vesuvius (1 ier mondial de fabrication de creuset pour le photovoltaïque), Mersen (ex Carbone Lorraine, leader dans la fourniture de graphite pour le PV), Emix (fabricant de plaques de silicium à partir d un procédé de haute productivité), Photowatt Technologies (leader français historique de fabrication de lingots et de wafers), et des startup engagées depuis peu dans cette filière 2 sont fortement présentes et leur positionnement est à même d être renforcé dans les années qui viennent. De tels développements et les perspectives qu ils offrent en termes d emplois contredisent très manifestement une des conclusions du rapport Charpin pour qui : «La filière du silicium cristallin présente peu d opportunités de marché étant donné l avance technique et l avantage comparatif des pays asiatiques.» Cette affirmation est d ailleurs en 2 : Comme SolarForce par exemple qui développe une technologie de silicium rubans minces pour des modules souples, ou S tile qui fabrique des cellules basées sur un film de silicium cristallin sur un substrat de silicium fritté à bas coût 2

tous points discutable : elle peut s appliquer à n importe quelle autre filière jugée rentable par l empire du Milieu et, s agissant du solaire, le risque est encore plus important pour les technologies alternatives utilisant du cadmium ou de l indium, puisqu elles sont d ores et déjà maîtrisées par les pays asiatiques. Le coût du kwh de la filière au silicium cristallin atteindra la parité avec le kwh domestique vers 2012-2015 au sud de la France. Le potentiel en termes de volume à produire sera considérable. Allons-nous offrir cette manne à la Chine et à l Inde? Par ailleurs, il est fort probable que la Chine envisage tôt ou tard d assurer son propre marché intérieur qui est considérable. Prenons-nous le risque de payer très cher le développement des énergies nouvelles sur notre territoire dans 5 ou 10 ans lorsque nous n aurons plus d autres choix? Nous n avons pas en France de retard technologique sur la filière au silicium cristallin. Nous en voulons pour preuve les sollicitations des équipes de R&D françaises par des entreprises de production chinoises. La cellule Sur le deuxième segment de la chaîne, celui des cellules, les résultats des travaux engagés sont là aussi très significatifs. Des progrès déterminants ont été accomplis ces derniers mois par les équipes françaises conduisant à des résultats de rang mondial. Un rendement de conversion de plus de 17% avec du silicium bas coût a été obtenu à l INES sur un procédé dit «homojonction» (le plus utilisé actuellement par l industrie mondiale). Ce résultat est un progrès technologique exploitable directement par l industrie. Aujourd hui, le rendement de conversion moyen des cellules sur le marché est de 15,8%. Cette augmentation du rendement nominal des cellules permet d envisager l avenir avec plus de sérénité pour peu que des investisseurs soient au rendez-vous. Par ailleurs, les résultats des travaux menés à l INES sur les cellules dites à hétérojonction sont particulièrement intéressants puisque les rendements obtenus en laboratoire dépassent 20 %, ce qui est proche du record mondial détenu par le Japonais Sanyo. A ce titre, la constitution en 2007 du consortium PV Alliance (Photowatt, EDF enr, CEA), autour de l ambitieux programme Solar Nano Crystal (190 M ), est emblématique du potentiel dont nous disposons. Ce programme débouche sur des innovations de rupture qui sont en passe d être validées dans une unité pilote de démonstration le LabFabd ores et déjà installé en Isère. Objectif? La production de deux types de cellules ; les premières fabriquées à base de silicium métallurgique purifié, les secondes à très haut 3

rendement (> 20%) utilisant la technologie «hétérojonction» qui combine le silicium cristallin avec des nano-matériaux. Un autre projet industriel ambitieux a vu le jour récemment autour de la société MPO-Energie. Une unité de production de cellules est en cours d installation en Mayenne pour exploiter les résultats du grand programme OSEO PV 20 avec une production visée de 78 MW en 2012 et 500 MW en 2020. Des fabricants français de dimension internationale comme Tenesol et Semco Engineering participent à ce projet. Cet équipementier connu pour ses fours de diffusion (N+/P et P+/N) a fait dernièrement l acquisition d une ligne de fabrication de cellules (IRYSOLAR) qui lui permet de tester ses innovations et ses nouveaux équipements (10 MW /an de capacité) et d intégrer l ensemble des machines conduisant à des usines «clef en main» à l instar des équipementiers allemands du secteur. C est pourquoi, on ne peut que souscrire à l une des conclusions du rapport Charpin : «Il apparaît nécessaire que le Gouvernement mobilise, à un niveau politique, les grands acteurs français de l énergie (Edf, Total, Gdf Suez) ou des industries connexes au PV (STMicroelectronics, Saint-Gobain, etc.) et use de sa capacité d influence pour les inciter à investir dans le secteur du PV». Cependant, il faut constater que les compétences et expériences technologiques et industrielles dans le domaine du photovoltaïque sont détenues par des PME PMI confrontées à la dure réalité du terrain recherchant en permanence les conditions de compétitivité avec l aide des centres de R&D. Dès lors, sans entrer en contradiction avec le rapport Charpin, on peut légitimement se demander pourquoi les grands groupes ne s appuieraient pas sur ces structures et compétences pour développer la filière PV française au lieu de vouloir reconstruire, autrement et ailleurs, avec une perte évidente de savoir-faire. Le filière PV au silicium est une réalité en France (du silicium au module) et ne demande qu à se structurer pour une réponse compétitive et efficace aux besoins du futur proche de notre pays en termes de sources d énergies nouvelles. 2. La filière des couches minces Les couches minces, en particulier CIS & CIGS, possèdent un potentiel particulièrement prometteur. De très nombreuses sociétés se sont développées récemment au niveau international et il est crucial de chercher à développer des technologies en France sur ce sujet en pariant sur le développement de champions sur le long terme et tout en considérant que notre tissu industriel ici est très faible à ce jour. Il faudra néanmoins 4

porter une attention particulière aux points faibles : rareté des minerais utilisés 3, toxicité de certains matériaux 4 -manque de retour d expérience pour assurer à coup sûr une durée de vie des modules de 20 ans minimum-rendement moyen des modules encore limité. On distingue trois grandes familles de couches minces : a-si, CdTe, CIGS. Le CdTe est sous le quasi-monopole de l industriel américain First Solar devenu en 2009 le premier producteur mondial de modules. Malgré des problèmes d acceptabilité du matériau CdTe (toxicité du Cadmium), un projet industriel majeur pourrait voir le jour (il est actuellement suspendu) à Blanquefort, en Gironde, avec le soutien d EDF-ENR. First Solar a pour objectif d y installer une usine de production d une capacité de 120MW pouvant déboucher sur la création de 400 emplois. La famille CIS/CIGS offre un meilleur potentiel de réduction de coût (nouvelles méthodes de dépôt) et d augmentation du rendement de conversion. D ores et déjà des rendements de modules commerciaux à plus de 12-13% sont annoncés Deux projets industriels sont actuellement en cours de développement en France. Les cellules CiGS (Cuivre, Indium, Gallium, Sélénium) font l objet d un programme ambitieux porté par la société Nexcis qui a inauguré, en mars dernier, ses locaux au Rousset dans les Bouches du Rhône. Fruit d une joint venture entre la SIIF (Société Internationale d'investissement Financier), EDF-Enr et EDF-Edev (une holding d'investissement d'edf et IBM), Nexcis vise la production de 50 MW d ici 2014. Si des capteurs CiGS sont d'ores et déjà sur le marché, ils demeurent encore plus chers que les modules produits par la filière au silicium cristallin. Nexcis entend atteindre la compétitivité en produisant des cellules plus légères et flexibles. Par ailleurs, Screen Solar, créé en mai 2009, conduit un programme de R&D ambitieux en partenariat avec le CEA/LITEN à Grenoble sur le dépôt du CIGS par impression. Son but est de réaliser une rupture technologique pour atteindre des coûts de production des modules inférieurs à 40c /Wc (50 /m²). La jeune entreprise a réalisé en novembre 2010 ses premières cellules à 7% de rendement. Ces projets en cours de développement permettent de nourrir l'espoir qu une filière «couches minces» verra le jour en France et de démontrer que cette voie technologique, à un niveau de production significatif, est économiquement rentable tant au niveau des 3 : Le Tellure pour la filière CdTe et l Indium pour la filière CIS 4 : «Votre rapporteur incline en défaveur du tellure de cadmium qui cumule à ses yeux trop de handicaps : danger pour la santé humaine, rareté, faible potentiel de développement et domination de marché exercé par une entreprise étrangère», Serge Poignant dans le rapport n 1846 (juillet 2009) de l Assemblée nationale 5

modules que des systèmes installés 5. En particulier, il est aujourd hui admis que cette filière ne sera compétitive qu à condition que le rendement de conversion de la cellule, en moyenne de production, soit supérieur à 13% tout en maintenant un prix de fabrication bas. A ce titre, seule la filière CIGS possède les réels atouts pour y arriver. 3. Les modules Une fois produites, les cellules doivent être assemblées en modules. Là encore, des solutions nationales existent. Ainsi le procédé Nice, développé en Rhône-Alpes par l INES avec la start-up Apollon Solar et Vincent Industrie, un équipementier lyonnais, ouvre des perspectives intéressantes puisque l assemblage sous vide des cellules dans les modules permet de faire l économie de la soudure des circuits. A noter que deux chaînes automatiques d encapsulation de modules développées sur le modèle du prototype conçu à l INES ont d ores et déjà été vendues à l étranger. Ce qui montre la pertinence de la technologie retenue. De nombreux industriels se sont positionnés récemment de façon ambitieuse dans le domaine de la fabrication des modules. Aux côtés d acteurs historiques comme Photowatt et Tenesol 6, on trouve maintenant Sillia, Auversun, Fonroche, Solarezo, France Watts et il ne se passait pas un mois, avant le rapport Charpin, sans qu une nouvelle annonce soit faite à l instar, récemment, du groupe Total qui va installer ses propres lignes en Lorraine ou de la société Elifrance qui démarre une ligne de 20MW à Saint Etienne. La plupart de ces entreprises achètent leurs cellules et les matériaux et ne font que l encapsulation. Néanmoins, elles créent de l emploi, direct et indirect, et permettent à la France d être présente sur toute la filière. Sans être nécessairement impliquées dans le cœur de métier du photovoltaïque la fabrication et l assemblage de cellules-, de nombreuses entreprises développent et vendent les matériaux essentiels des modules photovoltaïques 7 : les fabricants de backsheets et d encapsulants (Micel Films, Toray, Arkema, MAP ), les verriers comme Saint Gobain, les fabricants de substrats - flexibles ou non pour le dépôt de couches minces ou polymères-, les fabricants de châssis aluminium mais aussi composites (Versaplast), ou encore les systèmes de fixation (A Raymond), peuvent trouver de nouveaux débouchés grâce à la filière solaire. 5 : le coût de revient du Kwh installé intègre le coût des modules ainsi que le coût système souvent plus important du fait d un rendement plus faible et donc d une plus grande surface mobilisée 6 : une capacité de production de 85 MWc en 2010 7 : Il convient de rappeler que Saint-Gobain fournit d ores et déjà 30 % du verre mondial, Arkema 40 % des résines utilisées dans les faces arrières de modules et Air Liquide 50 % des gaz nécessaires pour le fonctionnement des fours 6

Des entreprises comme Arkema, Air Liquide (gaz) ou Adixen (pompes à vide) fournissent les usines photovoltaïques dans le monde entier, en particulier en Chine. Des fabricants de machines de montage comme Komax se sont lancés aussi récemment sur ce marché et des sociétés comme Semco Engineering (fours pour la fabrication des cellules et lignes complètes), Machines Dubuit (machines de sérigraphie) sont bien présentes sur le marché à l export. On voit aussi apparaître des start-up proposant des concepts originaux et porteurs : 44 Solar pour les machines de dépôt de CIGS par co-évaporation, Check-Up Solar pour la mesure des qualités de wafer, ainsi que des fabricants positionnés sur d autres marchés, comme IBS, proposer des machines pour le photovoltaïque (implantation ionique). Une PME comme Ardeje, à Valence, aborde le marché du photovoltaïque organique par son savoir-faire d équipementier en impression jet d encre. On ne peut être que surpris de voir que la plupart de ces initiatives et cette richesse de positionnement soient totalement absents du rapport Charpin. Pourtant, développer de tels matériaux et équipements comme, en amont, des fours ou, en aval, des onduleurspermet d aborder des marchés mondiaux certes en pleine croissance mais tirés par les coûts, car cela permet une différenciation précise et technologique pour laquelle nous avons de réels atouts. 4. Les systèmes électriques Enfin, l optimisation des systèmes électriques est un facteur clef. Certes, plus on va vers l aval de la filière et plus il devient difficile de dessiner le contour d un secteur strictement solaire. Mais sur ce segment, les marges de progrès sont importantes et les débouchés réels. Les fabricants de matériels électriques ont leur carte à jouer parce qu ils fournissent les technologies associées aux panneaux qu il s agisse de fabricants de câbles (Nexans, Ogier ), de transformateurs et d onduleurs (Schneider Electric, Ainelec, IES Synergie), de batteries (Saft, Prollion), de connectique (Radiall), de trackers (Heliotrop, Exosun) ou de systèmes de monitoring et de gestion (Greenercos, Fleet technologies, EHW, Multicontact). Toutefois, si beaucoup de développements industriels peuvent être faits, deux domaines sont particulièrement structurants : les onduleurs et le stockage. Les onduleurs constituent le maillon vital de la production d électricité à partir du rayonnement solaire puisqu ils permettent de transformer le courant continu produit en courant alternatif compatible avec le réseau. Si des progrès ont été faits par les industriels du secteur, la productivité de ces composants et leur durabilité constituent un véritable défi que des industriels français de renom (Schneider Electric) sont en passe de relever. 7

Le stockage est du point de vue industriel un segment clef de la filière photovoltaïque et ceci pour deux raisons : il est indispensable car il sert de tampon entre la production intermittente d électricité solaire et les capacités du réseau et c est la brique technologique de base de la mobilité électrique à deux ou quatre roues. Là encore, nous avons tous les atouts que ce soit avec des entreprises du domaine des composants et des batteries et, plus en aval, avec les majors de l industrie automobile tous aujourd hui bien positionnés pour développer cette filière d avenir. Pour les systèmes hors réseau des industriels comme Tenesol conçoivent d importants projets puis exportent largement ces technologies et savoir-faire pour les télécommunications et l électrification rurale décentralisées. Ces évolutions issues de la R&D permettent également au déploiement de systèmes connectés réseau avec stockage d énergie répondant à la problématique de réseaux électriques non interconnectés (DOM ) ainsi que pour les réseaux électriques intelligents de demain. Enfin de très nombreux industriels et installateurs sont positionnés dans les systèmes de montage et l installation elle-même. Il est difficile de les citer tous. Un exemple est le leader européen des matériaux Soprema qui a développé sa propre gamme de solutions pour le PV en toiture terrasse et ambitionne de remonter dans la chaîne. Un autre est Clipsol (groupe GdF-Suez), le spécialiste européen de l intégration des capteurs solaires en couverture, qui conçoit et fabrique des solutions esthétiques pour tous les types de bâtiment depuis 30 ans. 5. Les technologies émergentes En complément des filières silicium et couches minces qui dominent aujourd'hui le marché, il convient de citer également la filière photovoltaïque à concentration (CPV). Encore émergente, cette technologie repose sur la concentration des rayons du soleil afin de minimiser la surface des cellules semi-conductrices de conversion en électricité. Ainsi, des cellules à très forte efficacité, utilisant les matériaux III-V, peuvent être utilisées, et des coûts de production très compétitifs peuvent être atteints en volume. Des systèmes CPV intégrant des modules atteignant 27% d'efficacité sont déjà commercialisés par la société française Soitec, qui a racheté l Allemand Concentrix Solar en 2009. Quant à l entreprise Heliotrop, elle fabrique déjà des modules photovoltaïques à haute concentration (HCPV) grâce à l'utilisation de lentilles et de petites cellules solaires à très haut rendement (triple jonction). Des perspectives d'améliorations substantielles permettent même d'envisager des modules avec 35 % d'efficacité. 8

En raison du principe de concentration, cette technologie, particulièrement pertinente pour les zones à forte irradiation directe, a de fortes perspectives à l'export, (Europe du sud, Moyen-Orient, Afrique du Nord, Etats-Unis). Elle a également du potentiel dans les régions les plus ensoleillées du territoire national. Elle se retrouve ici en compétition sur les centrales au sol avec panneaux plans classiques montés ou non sur des trackers comme avec les centrales solaires thermodynamiques (CSP). Ses atouts sont d allier la flexibilité du PV en termes de taille et de mise en œuvre (pas de besoins significatifs en consommation d eau) et d afficher un fort rendement. Quelques pistes pour l avenir Au terme de cette analyse, il apparaît que la France a toutes les cartes en mains pour être un des acteurs majeurs de la filière photovoltaïque. L émergence de nouveaux entrants sur le modèle américain n est pas exclue à l instar de ce qui s est fait aux USA, en Chine et en Allemagne ; des entreprises comme Solaire Direct ou Fonroche qui se positionnent de plus en plus en amont de la chaîne ont levé des fonds propres conséquents et pourraient prendre des places de premier ordre. D autres entreprises industrielles françaises pourraient aussi s engager dans cette filière par croissance externe ou interne. Pour garantir un tel développement, il faut néanmoins réunir quatre conditions essentielles : 1. Des règles pérennes. En premier lieu, si les baisses des tarifs de rachat comme du crédit d impôt dont bénéficient les producteurs d énergie solaire sont justifiées, les modifications des règles sont quant à elles trop fréquentes pour donner de la lisibilité aux acteurs de la filière comme ils l ont écrit, en octobre dernier, dans une lettre ouverte 8 au président de la République : «Notre ambition est de faire de la France l'un des leaders industriels mondiaux du photovoltaïque, capable de devenir avant cinq ans une filière significativement exportatrice. Voilà une ambition réaliste, à condition que cette industrie française dispose d'un cadre de développement lisible et pérenne». L enjeu est en effet de faire plus pour un montant d investissement identique. La règle de calcul proposée par le Cler 9 est pertinente : il faudrait instaurer sur le modèle de l Allemagne un système de «corridor» conduisant à une baisse du tarif d achat à chaque fois qu un volume annuel d installation est atteint (1 000 MW par exemple). Ceci 8 : signée par les entreprises Auversun, ECM Technologies, Emix, Fonroche Energie, Francewatts, KDG Energy, Mecosun, MPO Energy, Photowatt, SEMCO Engineering / Irysolar, Sillia Energie, SNA Solar, Solairedirect, Solarezo, Solbos/Solar Construct, Soprema, Systovi, Voltec Solar 9 : Comité de liaison des énergies renouvelables 9

permettrait d anticiper des baisses de tarifs qui sinon élimineraient du marché les milliers de PME et de collectivités locales prêtes à se mobiliser pour créer richesses et emplois au coeur des territoires. 2. Le développement de la R&D. C est une des trois grandes conclusions du rapport Charpin qui constate que «les moyens de la R&D, aujourd hui inférieurs à ceux des pays leaders dans le secteur, devraient être renforcés dans le cadre des Investissements d avenir et des programmes Oséo». Les auteurs rappelant que la France est au 6ème rang des pays de l OCDE dans ce domaine, loin derrière les Etats-Unis ou l Allemagne. 3. Les incitations à la production nationale. Le panorama mondial de l industrie solaire photovoltaïque est assez simple : 82 % de la production est concentrée dans quatre pays : la Chine (29 %), le Japon (22 %), l Allemagne (20 %) et Taïwan (11 %). Dans ce contexte, les quelques acteurs historiques implantés sur le sol national ne pèsent pas lourd. Afin de limiter les importations qui profitent de la tarification bonifiée française, plusieurs mesures pourraient être envisagées. Avant de songer à adopter des critères restrictifs, il faut au préalable installer une véritable capacité de production de wafers et de cellules silicium en France, pays favorisé par le faible taux en carbone de son électricité nucléaire. Ensuite, pour faire face à la concurrence, il est indispensable d identifier des critères qui permettent d afficher et donc de défendre le «label France» : imposer un pourcentage minimum de valeur ajoutée locale à l instar de ce qui a déjà été fait en Ontario 10 ; rendre obligatoire la fourniture d informations plus précises au consommateur sur les performances énergétiques et environnementales (origine des composants et des matières, contenu CO2 par exemple) ; afficher systématiquement la durée de vie des modules afin d encourager les plus performants ; garantir leur recyclage sur des bases concrètes (engagement, mis en place de capacités) ; et continuer de favoriser les solutions intégrées au bâti, spécificité française s il en est. Nous sommes aujourd hui reconnus à travers le monde comme un territoire pilote sur le thème de l intégration avec l objectif de produire des bâtiments à énergie positive à l horizon 2020. Sur ces deux sujets de l impact environnemental et de l intégré au bâti, la France a une expérience à faire valoir qui permettra de privilégier des solutions locales et 10 : En septembre 2010, le Japon a saisi l OMC au motif que pour assurer la production d'énergie renouvelable, le Canada accordait au matériel importé un traitement moins favorable que celui qui était en vigueur pour les produits similaires origi naires de l'ontario. 10

qu elle pourra ensuite exporter. L organisme de certification CERTISOLIS mis en place par le CSTB et le LNE en partenariat avec le CEA et l INES s est clairement positionné à ce carrefour et peut proposer des outils d évaluation indispensables pour le développement de ce «label France» à vocation internationale. 4. Des objectifs audacieux pour le pays 11. La France s est fixé comme objectif d avoir 5 400 MWc installés en 2020 afin de tenir son engagement européen de 23 % d énergies renouvelables dans la consommation finale d énergie (pour 9 % aujourd hui). Si le rythme d installation de nouvelles capacités photovoltaïque devrait nous permettre d atteindre cet objectif plus vite que prévu, il ne faut pas pour autant tirer le frein à main comme le préconise le rapport Charpin en limitant la capacité annuelle à 300 ou 500 MW. Et ceci pour deux raisons : un pays qui n affiche pas d ambition plus grande ne sera pas à même d attirer des projets industriels significatifs ; et seul un marché national fort et dynamique peut garantir le développement pérenne de la filière amont (cellules, wafers, silicium). Un autre enjeu, et non des moindres, est de pouvoir garantir au consommateur pour les 20 ou 30 prochaines années une électricité qui est d origine renouvelable et dont le prix est totalement maîtrisé. Il convient aussi de rappeler que notre ambition demeure modeste en comparaison avec l Allemagne qui vise l installation de 50 000 MWc à la même échéance. Le fond CSPE a d ailleurs la capacité d aller au-delà de 5 GW sans forcément viser des chiffres astronomiques et sans entraîner un surcoût majeur de l électricité. On serait, là encore, enclin à reprendre une proposition du Cler, à savoir donner une réelle visibilité aux acteurs du marché en doublant, voire en triplant l objectif pour 2020, soit 10 000 à 15 000 MW, pour un coût final probablement inférieur à celui du dispositif actuel et des bénéfices induits bien supérieurs. Les enjeux environnementaux et l avenir de tout un pan de l industrie française qui fait d ores et déjà vivre 25 000 personnes, dont 7000 dans la production, chiffres qui devraient être multipliés par quatre dans les dix années à venir, méritent ce petit effort qui ne sera que temporaire puisque les coûts sont voués à baisser suffisamment pour que ce dispositif d aide devienne rapidement inutile, à l'image de ce qui se passe en Allemagne. Convaincu que l énergie solaire représentera au minimum 15% du mix énergétique global mondial dans 20 ans 12, l ensemble de la filière française travaille quotidiennement à gagner 11 : Objectifs qui pourraient bénéficier de la dynamique de la Solar Europe Industrial Initiative, lancée fin 2010 par l Union européenne, et à laquelle se sont déjà ralliés les Pays-Bas, la Belgique, l Allemagne et l Espagne. La France fera-t-elle le choix de s exclure de cette initiative et donc de ses retombées? 11

en compétitivité pour que le solaire vive autrement que par des subventions! C est pourquoi il ne faut pas lever le pied mais, au contraire, investir dès aujourd hui si l on veut, grâce à cette phase d apprentissage, dégager demain des bénéfices en termes de valeur ajoutée et de création d emplois. Il faut aussi adresser un message fort aux investisseurs si l on ne veut pas que nombre de start-up très dynamiques dans le secteur et au sein du pôle Tenerrdis baissent le rideau. Il a fallu moins de cinq ans pour permettre à la recherche française de combler son retard et devenir n 2 en Europe. Misons sur ce premier investissement pour faire en sorte que, dans les mêmes délais, une filière industrielle digne de ce nom trouve toute sa place et alimente le marché national comme l export. 12 : source International Energy Agency 12