La politique d'extermination nazie Les ghettos
Le regroupement des Juifs dans les ghettos (ici : le ghetto de Varsovie)
Vivre dans le ghetto de Varsovie Les plus pauvres ne pouvaient se protéger du froid dans leurs appartements privés de chauffage et infestés par la vermine. Car les poux étaient omniprésents ( ). Chacune de ces immondes créatures était potentiellement porteuse du typhus. Inévitable, l'épidémie a bientôt décimé le ghetto. Le typhus en est arrivé à emporter près de 5 000 habitants tous les mois. Le taux de mortalité était si élevé que le ghetto n'était pas en mesure d'enterrer ses morts assez vite. Mais comme il était exclu de les garder dans les maisons, ( ) ils étaient abandonnés sur les trottoirs, enveloppés dans du papier journal. Là, ils attendaient souvent des jours entiers avant que les véhicules du Conseil passent les ramasser et les conduisent aux fosses communes du cimetière. Wladyslaw Szpilman, Le pianiste, Robert Laffont, 2001
La politique d'extermination nazie Les Einsatzgruppen
L'action des Einsatzgruppen
L'action des Einsatzgruppen Les exactions : «on arrachait leurs alliances aux doigts des gens dénudés. Ensuite, les bourreaux plaçaient les condamnés par groupes au bord du profond ravin et leur tiraient dessus à bout portant. Les corps tombaient dans le précipice. Les petits enfants étaient poussés vivants dans le ravin.» Le livre noir, Actes Sud,1999 Témoignage d'un membre des Einsatzgruppen : «Au fond du gouffre, les tireurs avaient été divisés en 3 groupes d'environ 12 hommes. Les Juifs étaient conduits en même temps aux pelotons d'exécution. Les suivants devaient s'allonger sur les corps de ceux qui venaient d'être exécutés. Les tireurs se mettaient derrière eux et les abattaient d'une balle dans la nuque. Je me souviens encore aujourd'hui qu'ils étaient saisis d'épouvante dès qu'ils arrivaient au bord de la fosse, et apercevaient les cadavres. Beaucoup d'entre eux, terrifiés, ont commencé à crier.» Kurt Werner, témoignage recueilli lors du procès de Nuremberg.
Le massacre de Vinnitsa, Ukraine, 1941 Photographie prise par un SS de l'einsatzgruppe B portant au dos l'inscription : «dernier juif de Vinnitsa». Au total : 20 000 personnes seront assassinées.
La politique d'extermination nazie Auschwitz-Birkenau: un camp de la mort
Carte des camps de concentration et d'extermination
Extrait du protocole de la conférence de Wannsee «L'émigration a désormais cédé la place à une autre possibilité de solution: l'évacuation des Juifs vers l'est, solution adoptée avec l'accord du Führer (...). La solution finale du problème juif en Europe devra être appliquée à environ 11 millions de personnes ( ). Dans le cadre de la solution finale du problème, les Juifs doivent être transférés sous bonne escorte à l'est et y être affectés au service du travail (...). Il va sans dire qu'une grande partie d'entre eux s'éliminera tout naturellement par son état de déficience physique. Le résidu qui subsisterait en fin de compte et qu'il faut considérer comme la partie la plus résistante devra être traitée en conséquence.» La conférence de Wannsee s'est tenue le 20 janvier 1942, près de Berlin, en présence des hauts dignitaires nazis.
L'arrivée à Auschwitz-Birkenau La rampe était le terminus des trains arrivant à Auschwitz. Ils arrivaient jour et nuit du monde entier. J'en ai bien vu 200. Et de cette masse de gens, je savais bien que deux heures après, 90% seraient gazés. Avant chaque arrivée, la rampe était nettoyée à zéro. Nulle trace du transport précédent ne devait demeurer. Pas une trace. D'après R.Vrba, survivant d'auschwitz, cité dans C.Lanzmann, Shoah, Fayard, 1985.
Le témoignage d'une survivante Irène Hajos, née en 1922 en Hongrie dans une famille juive, a été déportée à Auschwitz en 1944. Elle a été libérée à Neustadt-Glewe par les soviétiques et les Américains. Elle est retournée en Hongrie après la guerre et s'est installée en France en 1946. A la descente du train, les soldats SS nous ont séparés en deux. D'un côté les femmes et les enfants, et de l'autre côté les hommes. ( ) Ils nous ont coupé les cheveux très courts. ( ) Ils nous ont donné de simples robes et des sabots. ( ) J'ai tout de suite été choisie pour travailler dans une usine de munitions, les Union Werke. ( ) A Auschwitz, les grandes baraques avaient des lits superposés à trois niveaux et deux personnes par matelas avec une seule couverture.(...) Il y avait quatre filles qui travaillaient dans les ateliers où il fallait mettre de la poudre dans les grenades. Petit à petit, ces quatre filles vidaient la poudre des grenades et les refermaient, vides. Elles ont commencé à faire cette opération à partir de juillet 1944. Cette poudre a servi à faire sauter le crématoire 4 le 7 octobre. ( ) Le 6 janvier, elles ont été pendues, deux le matin et deux l'après-midi. Le 18 janvier, nous avons quitté Auschwitz. Il faisait -30 C et je n'avais pas de chaussures. ( ) C'était ce qu'on a appelé la Marche de la mort.(...) Si quelqu'un s'arrêtait ou s'asseyait au bord de la route, il était aussitôt fusillé. D'après Shoah, Exil, Reconnaissance. Témoignages de sept survivantes de la Shoah, le comité d'asf-aktion, Sühnzeichen Friedensdienste, 2009
Un témoignage sur les chambres à gaz «A Auschwitz, deux médecins SS examinaient les arrivages de transports de prisonniers. Les prisonniers devaient passer devant l'un de ces médecins qui, à l'aide d'un signe faisait connaître sa décision. Ceux qui étaient jugés aptes au travail étaient envoyés dans le camp; les autres dirigés sur les lieux d'extermination. Les enfants en bas âge étaient exterminés sans exception, puisque du fait de leur âge, ils étaient incapables de travailler (...). J'avais reçu l'ordre de mettre au point les procédés d'extermination à Auschwitz (...). Je décidai d'employer le Zyklon B ( ) que nous introduisions dans la chambre à gaz par une petite fenêtre. Il fallait de trois à cinq minutes pour tuer les gens se trouvant dans la chambre à gaz (...). Nous attendions d'habitude une demi-heure avant de rouvrir les portes et de sortir les cadavres. Nos groupes spécialisés (Sonderkommandos) leur retiraient alors bagues, alliances ou dents en or.» Rudolf Hoess, commandant du camp d'auschwitz, déposition au procès de Nurembreg, avril 1946.
Les Tziganes d'auschwitz «Dans le camp vivaient des familles de Tziganes. Les hommes, les femmes et les enfants n'avaient pas été séparés et ils ne travaillaient pas à l'extérieur (...). Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1944, des camions vinrent les chercher. De nombreux SS en armes rassemblèrent tout le monde. Depuis le temps que les Tziganes voyaient les exterminations journalières des Juifs qui arrivaient sur la rampe, ils eurent vite fait de comprendre que leur tour était arrivé. C'est alors qu'il y eut des scènes déchirantes. Les enfants pleuraient, les femmes avaient des crises de nerf, les SS vociféraient comme ils savaient le faire en frappant avec leurs matraques, les chiens hurlaient, ce fut une nuit infernale. Au petit matin, le camp était vide et les Tziganes avaient tous été exterminés.» Témoignage d'andré Rougerie, déporté à auschwitz, matricule 183070
Rescapés d'auschwitz en février 1945 Cliché pris par l'armée rouge après la libération du camp le 27 janvier 1945.
Le bilan de l'extermination des Juifs et des Tziganes Populations juives exterminées (Shoah) Ghettos et privations en général 800 000 Fusillades par les Einsatzgruppen 2 000 000 Centres d'extermination 2 600 000 Camps de concentration 150 000 Camps de concentration roumains et croates Autres civils et prisonniers de guerre exterminés par les Nazis Environ 5 700 000 (entre 54% et 64% des Juifs vivant en Europe en 1939) 150 000 Euthanasie des malades mentaux 70 000 Tziganes Prisonniers soviétiques 3 500 000 240 000 (34% de la population vivant en Europe en 1939) Source: R.Hilberg, La destruction des Juifs d'europe, Fayard, 1988 et Holocaust Memorial museum