TVA sociale Quelles conséquences sur votre fiche de paie? Pages 20-21 - 68 e année - N 20837-1,50 - France métropolitaine - www.lemonde.fr --- Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Erik Izraelewicz Sécurité: maigre bilan des années Sarkozy Claude Guéant face à l explosion des cambriolages A Marseille, l emprise du crime et de la drogue Analyse Leschiffres sontcomplexes,maislediscours se charge de simplifier le bilan annuelde la délinquance,en accusant les «malfaiteurs venus de l étranger». Le ministre de l intérieur, Claude Guéant, a estimé, mardi 17 janvier, que le point noir des statistiques, les cambriolages, s expliquait par«unphénomène nouveau très difficile à combattre» en évoquant les «raids menéspardespersonnesoriginairesd Europe centrale et orientale». Or, ces chiffres illustrent aussi les limites des moyens alloués à la sécurité publique. Deux communes du Val-de-Marne ont ainsi vu leurs cambriolages diminuer de 40 % grâce à une enquête conduite pendant un an et demipourdémanteler unréseaudemonteen-l air.p Page 10 A Marseille, le cadavre d un jeune de 17 ans, tué par une rafale de kalachnikov, le 22 décembre 2011. BRUNO SOUILLARD/MAXPPP Reportage C est une véritable économie parallèle, avec ses notes de frais, sescarnets de comptes, ses cadres, ses VRP, ses petits boulots. Et beaucoup d argent sale. Dans les quartiers nord de Marseille, la drogue touche et structure les cités les plus précaires. La police démantèle bien les réseaux les uns après les autres. Mais les trafics renaissent presque immédiatement. Et suscitent des affrontements à coups de kalachnikov pour la conquête de nouveaux «plans» de juteux points de vente, avec guetteurs, vendeurs, rabatteurs et «nourrices» chargées de stocker discrètement leur cannabis.p L enquête d Yves Bordenave et Laurent Borredon Pages18-19 La baisse des favoris Hollande etsarkozy, la hausse de Bayrou Sondage Le dernier pointage Ipsos/Logica Business Consulting pour «Le Monde», France Inter, France Info, France 2 et France 3 prend en considération la perte du AAA et maintient l avantage à Hollande. Page 9 Les liens du maire de Sarcelles avec le banditisme Justice Le successeur de DSK à la mairie de Sarcelles, François Pupponi, devait s expliquer devant le juge sur des menaces contre un de ses employés. Mais aussi sur ses rapports avec les milieux corse et parisien. P. 11 Le «Millénium» de Fincher, thriller punk et métaphysique Cinéma C est au tour du réalisateur culte d Hollywood, David Fincher, de s emparer des aventures de Lisbeth et Mikael, les deux héros de Stieg Larsson. Sans doute la meilleure adaptation en forme d autoportrait. P. 23 UK price 1,50 Paix, sérénité et business entre Chine et Taïwan Ce lieu fut souvent synonyme de tension stratégique. Mais le détroit de Formose, qui sépare la Chine continentale de Taïwan, vit aujourd hui à l heure de l apaisement. Et les élections qui se sont tenues samedi 14janvier dans l île nationaliste confirment cette évolution : les relations entre Pékin et Taipei ne cessent de se réchauffer. Le président sortant, Ma Yingjeou, chef du Kouomintang (KMT), artisan d un rapprochement avec la Chine, a empoché une victoire aisée, avec 51,6 % des voix. Son adversaire, Tsai Ing-wen, du Parti démocrate progressiste (PDP), plus soucieuse de tenir la République populaire à distance, est nettement devancé (45, 6 %). Même s ils se sont abstenus de commentaires officiels, Pékin et Washington ont accueilli ces résultats avec satisfaction. La donne politico-stratégique n est pas changée ; elle évolue en douceur. La Chine considère toujours Taïwan comme une province renégate un morceau du territoire national qui a fait sécession en 1949, au moment de la victoire du Parti communiste sur le KMT, et qu il faut reconquérir, par la force si besoin. Et Taïwan, devenue une démocratie bien réelle à la fin des années 1980, entend, pour le moment, rester une entité séparée et cultiver son particularisme Editorial politique. Héritier du vieux parti nationaliste chinois, M. Ma s est laissé séduire par la nouvelle attitude de Pékin à l adresse de Taipei. Après des années d intimidation guerrière et rhétorique, les dirigeants chinois ont changé de registre : le charme, plutôt que les armes. Il y a beau temps que les tycoons taïwanais sont parmi les plus gros investisseurs en Chine. Mais, sous le mandat de M. Ma, les échanges dans les deux sens ont connu un bond en avant. Les liens économiques et financiers n ont cessé de se resserrer de part et d autre du détroit. A tel point que le bien-être de l île (23millions d habitants) est de plus en plus dépendant de sa relation avec la deuxième économie du monde (1,3milliard d habitants). Avec l interdépendance économique, se sont développés les échanges culturels et touristiques. Pas moins de 500 vols par semaine relient les grandes villes de Chine à Taipei. Le nombre de ressortissants de Taïwan installés en Chine ne cesse d augmenter. Tout comme celui des touristes continentaux à Taïwan et qui reviennent chez eux en ayant pu constater que la démocratie, ce n est pas le «chaos», comme le matraque la langue de bois officielle entendue à Pékin. Il ne faut pas se tromper sur le sens du vote de samedi. Les Taïwanais sont, certes, attachés au maintien de leurs bonnes relations avec la Chine. Mais ils le sont tout autant à celui de leur singularité politique, que les Etats-Unis sont engagés à préserver. A une écrasante majorité, ils estiment que la question de la réunification ne se pose pas, tant que le système n a pas changé à Pékin Ils ont voté pour le statu quo. Ils restent convaincus, à raison, que la démocratie «aux caractéristiques chinoises», c est eux qui la pratiquent. p Lire page4 «Européens, taisezvous et travaillez!» a Mohamad Mahatir, ex-dirigeant de la Malaisie, explique comment son pays s est tiré de la crise: en se serrant la ceinture P.17 a«conformisme, incurie, mauvaise foi» Quand l analyste d une agence de notation évalue les agences de notation P. 16 Le regard de Plantu Les Français, féconds mais peu mobiles Sept Français sur dix vivent dans la région où ils sont nés, révèle le bilan démographique publié mardi 17 janvier par l Institut national de la statistique etdes études économiques (Insee). «Nous avons l impression de vivre dans une société fluide et mobile, mais ceux qui restent dans leur région d origine demeurent nombreux», souligne l Insee. La population française continuede croître,atteignant65,35millions d habitants grâce au nombre élevé de naissance (827 000 en 2011). Si la France demeure dans le peloton de tête européen pour sa natalité, l Insee prévoit une baisse progressivedu nombre de naissances.p Lire page27 GIE INFOGREFFE 338 885 718 RCS CRÉTEIL / Crédit photo : Nicolas Guérin / Jean est chef d entreprise, pour sécuriser son activité, il lui suffit d un clic! Directement sur Internet, accédez aux Kbis pour attester de l existence juridique de vos clients et fournisseurs, en toute confiance. Algérie 150 DA, Allemagne 2,00, Antilles-Guyane 2,00, Autriche 2,40, Belgique 1,50, Cameroun 1 600 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d Ivoire 1 600 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 28 KRD, Espagne 2,00, Finlande 2,80, Gabon 1 600 F CFA, Grande-Bretagne 1,50, Grèce 2,20, Hongrie 750 HUF, Irlande 2,00, Italie 2,20, Luxembourg 1,50, Malte 2,50, Maroc 10 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,20, Portugal cont. 2,00, Réunion 2,00, Sénégal 1 600 F CFA, Slovénie 2,20, Suède 35 KRS, Suisse 3,00 CHF, TOM Avion 380 XPF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,50 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 600 F CFA,
page deux 0123 Philippe Courroye: «Aux accusateurs doctrinaires» On dira ce qu on voudra du procureur Courroye, mais il n est pas du genre à baisser les bras et à disparaître sous sa robe. Il a crânement lu un discours de quarante minutes, lundi 16janvier, lors de la rentrée solennelle du tribunal de Nanterre, façon de Gaulle en 1960, «la légitimité nationale que j incarne depuis vingt ans». Le parquet de Nanterre, c est Philippe Courroye, pour ceux à qui cela avait échappé. Les discours de rentrée consistent à saluer la merveilleuse énergie d une juridiction en dépit d un manque cruel de moyens, mais les magistrats se retranchent d ordinaire derrière un modeste «le parquet». Pas Philippe Courroye, qui tresse ses lauriers à la première personne. «Comptable des missions qui m ont été confiées»; «en application de mes instructions» ; ce parquet qui «privilégie depuis mon arrivée l approche financière des trafics de stupéfiants»; «je voudrais aussi rappeler qu à mon initiative ( ) notre juridiction a été une nouvelle fois précurseur»; une petite soixantaine de fois en dix pages. Guerre ouverte Péché véniel, le procureur a dû se dire que s il ne s envoyait pas un gentil compliment, personne n allait le faire à sa place : Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 15 e chambre, sagement assise dans la salle dans une discrète robe rouge et flanquée de Christophe Régnard, président de l Union syndicale des magistrats et son garde du corps, n ira pas dire le contraire. On attendait évidemment une amabilité pour les susdits, avec qui le procureur est en guerre ouverte, et pour Le Monde, qui a commis la folie de porter plainte dans l affaire des fadettes et à qui Philippe Courroye va probablement devoir sa prochaine mise en examen. C est arrivé à la fin, in cauda venenum. «Je voudrais que derrière les critiques assénées sur le ministère public, derrière les attaques assassines désignant certains parquets du doigt de la calomnie qui, parfois, confine à la haine, vous rendiez justice à l action de ces magistrats qui accomplissent en conscience leur devoir, avec dignité, courage, conviction. ( ) Alors, aux calomniateurs du ministère public venus de tous horizons, aux grandes consciences de tous bords qui brandissent haut l étendard des grands principes tout en foulant aux pieds la présomption d innocence et l impartialité, aux donneurs de leçons fielleux dépourvus de mémoire et de bilan, aux accusateurs doctrinaires qui, eux, bafouent la justice en salissant des hommes et des actions sans connaître la moindre ligne du dossier ou du sujet sur lequel ils pérorent, il n y a rien à répondre.» Il a conclu par une belle citation: «Quel plus bel acte de foi en l avenir que cette adresse prophétique de Mirabeau, prononcée le 22mai 1790 à la tribune de l Assemblée nationale: Le temps, ce juge incorruptible qui fait justice à tous.» Mirabeau, mort un an plus tard, a été inhumé au Panthéon. Jusqu à ce que la Convention découvre qu il négociait dans le même temps avec le roi. On l a finalement enterré anonymement au cimetière de Clamart et ses cendres, dit-on, ont fini par être jetées dans les égouts. p Franck Johannès Les indégivrables Xavier Gorce Société éditrice du «Monde» SA Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directeur du «Monde», membre du directoire, directeur des rédactions Erik Izraelewicz Secrétaire générale du groupe Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions Serge Michel, Didier Pourquery Directeurs éditoriaux Gérard Courtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs en chef Eric Béziat, Sandrine Blanchard, Luc Bronner, Alexis Delcambre, Jean-Baptiste Jacquin, Jérôme Fenoglio, Marie-Pierre Lannelongue («M Le magazine du Monde») Chef d édition Françoise Tovo Directeur artistique Aris Papathéodorou Médiateur Pascal Galinier Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget Directeur du développement éditorial Franck Nouchi Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président 0123 est édité par la Société éditrice du «Monde» SA Duréedelasociété : 99ansàcompterdu15décembre2000. Capitalsocial : 149 017 497. Actionnaireprincipal: LeMondeSA. Rédaction 80,boulevardAuguste-Blanqui,75707ParisCedex13Tél.:01-57-28-20-00 Abonnements partéléphone:de France32-89 (0,34 TTC/min);de l étranger:(33)1-76-26-32-89 ouparinternet:www.lemonde.fr/abojournal La reproduction de tout article est interdite sans l accord de l administration. Commission paritaire des publications et agences de presse n 0712 C 81975 ISSN0395-2037 Président : Louis Dreyfus Directrice générale : Corinne Mrejen PRINTED IN FRANCE 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS CEDEX 13 Tél : 01-57-28-39-00 Fax : 01-57-28-39-26 Imprimerie du Monde 12, rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex Récit Il aurait approché son paquebot trop près de la côte pour faire plaisir à un membre de l équipage. Il est maintenant accusé d avoir abandonné le navire. Retour sur le naufrage personnel du commandant Schettino «Costa-Concordia», la nuit de déshonneur d un capitaine Francesco Schettino sur la passerelle du «Costa-Concordia». LA PRESSE Rome Correspondant Francesco Schettino, 52 ans, le capitaine du paquebot Costa- Concordia dont l échouage, dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 janvier à proximité de l île du Giglio, dans l archipel toscan, a provoqué la mort de six personnes et la disparition de dizaines d autres, connaissait la mer, ses pièges et ses règles. Diplômé de l Institut nautique de Sorrente, sur la côte amalfitaine, il naviguait depuis trenteans. D abord pour la compagnie Tirrenia, puis, à partir de 2002, pour la compagnie Costa. Il avait accédé au gradedecapitaine en2006. Lanuit delacatastrophe, il avaitsous sa responsabilitélavie de 4 200 personnes dont 1 000 membres d équipage. «Antonello, viens voir, nous sommes tout près de chez toi», aurait dit le commandant à un serveur du restaurant Fils de marin, marié à une fille d armateur, cet homme aux airs de chanteur de charme est aujourd hui en prison à Grosseto (Toscane), accusé de la plus grave des fautes : abandon de navire, une accusation que l enquête du procureur devra démontrer, et homicide multiple. Le procureur le soupçonne également d avoir voulu fuir à l étranger. Le directeur de la compagnie Costa, Pier Luigi Foschi, s est également désolidarisé de son capitaine. Déplorant une «erreur humaine» et vantant «la sécurité du navire», il a évoqué «une fausse manœuvre» non approuvée par la société de croisière. Francesco Schettino, un coupable idéal? Pour la compagnie, propriété de la société américaine Carnival qui règne sur les trois quarts du marché des croisières avec Royal Caribbean, la thèse de l erreur humaine est essentielle. Alors que l action de Carnival a perdu, le 12 janvier, 17 % à la Bourse de Londres, l entreprise doit à tout prix sauver au moins sa réputation. Costa, qui avait prévu de serrer ses prix en 2012 pour affronter la crise, prévoit une perte de 90 millions d euros, soit le chiffre d affaires attendu par le Concordia en 2012. Le navire, assuré pour une valeur de 450 millions de dollars, effectuait une rotation par semaine sur un parcours passant par Savone (Ligurie), Barcelone, Palma, Tunis, Palerme, Civitavecchia (Latium). Accusé, Francesco Schettino se tait. Alors que les médias du monde entier le désignent comme le premieret le seul responsable du naufrage, son avocat, Bruno Leporatti (qui n a pas souhaité répondre aux questions du Monde) le décrit comme un «homme bouleversé qui exprime ses condoléances aux victimes et à leurs familles. Mais il a sauvé des milliers de vies, affirme son défenseur dans la presse italienne. Le bilan pouvait être bien pire». D ores et déjà, une faute au moins est attestée. A 21 h 42, le commandant de bord du Concordia a approché de trop près son immense embarcation de la côte, a une vitesse jugée excessive de 16 nœuds. Le navire a alors heurté un récif de granit dont il a emporté une partie dans sa coque éventrée sur plusieurs dizaines de mètres. Selon le Corriere della Sera du 16 janvier, il aurait voulu ainsi faire une faveuràun serveurdurestaurantoriginaire du Giglio. «Antonello, viens voir, nous sommes tout près de chez toi», lui aurait dit le commandant en l invitant sur le pont supérieur. La «surprise» était certainement prévue d avance. A 9 h06, la sœur d Antonello, enseignante sur l île, invitait ses amis via Facebook à venir voir le bateau qui allait passer, disait-elle «vicino vicino» (très très près). Trop près sûrement. Les témoignages évoquent une distance de 150 mètres de la côte. «Attention, nous sommes extrêmement proches», aurait averti Antonello, penché au bastingage. Cette manœuvre consistant à longer l île au plus près pour saluer ses 800 habitants n est pas une première. Elle a même un nom : l inchino (la révérence). Comme dans la scène culte du filmde Federico Fellini, Amarcord, où les habitants de Rimini viennent saluer le Rex, lumières de ses douze ponts allumées et sirènes hurlantes. Au mois d août, Sergio Ortelli, le maire du Giglio, avait envoyé une lettre de remerciement à un des capitaines de la Costa pour le remercier de «ce spectacle unique en son genre, devenu une tradition irremplaçable». Après le choc entre l acier et le granit, Francesco Schettino s est-ilrendu compte de la gravité de la situation? A bord, c est la panique. Les 3 000passagers ont entendu un bruit énorme, ils ont vu voler les L autre urgence: le risque écologique Mardi 17janvier, les sauveteurs désespéraient de retrouver de nouveaux survivants. La veille, l état de la mer avait interrompu les recherches pendant quelques heures. Une autre urgence se profile désormais: le risque écologique. A l instant de son échouage, le navire emportait 2380tonnes de fuel. Une société néerlandaise, Smit Salvage, a été missionnée pour pomper les cuves du Costa-Concordia. En aura-t-elle le Pour la compagnie, propriété de la société américaine Carnival, qui règne sur les trois quarts du marché des croisières avec Royal Caribbean, la thèse de l erreur humaine est essentielle tables du restaurant, ils ont tremblé lors de la coupure de courant qui a suivi. Par SMS, ils communiquent leur situation à leurs proches, qui à leur tour alertent les autorités du port de Livourne. Les gardecôtes sont alertés à 22 h07, le vendredi 13. Les radars signalent le Concordia naviguant à 6 nœuds, une vitesse anormale, dans la direction opposée à la route qu il aurait dû suivre en direction de Savone. Mais il semble bien que Francesco Schettino n ait sollicité aucune aide et qu il ait refusé celle qu on lui a proposée. «Tout va bien, répond-il à la capitainerie de Livourne. Nous avons eu un problème électrique, mais nous avons réparé.» Il faut attendre vingt minutes pour qu il admette les faits : «Nous avons une voie d eau à gauche. Mais rien de préoccupant. Peut-être pourriez-vous m envoyer un remorqueur.» A cette heure, le navire est déjà quasiment ingouvernable, incliné, ses 110 000 tonnes sont lestées de milliers de mètres cube d eau. «Il faut lancer le signal de détresse», lui intiment ses interlocuteurs de Livourne. Il y consent enfin. Que s est-il passé après? Certains témoins affirment avoir vu le commandantsur la terreferme avant minuit, peutêtre dès 23 h 40. A 0 h 42, dans une conversationavec un officier de la capitainerie, il lâche : «Nous ne pouvons plus monter à bord car le navire est en train de se cabrer côté poupe.» «Commandant, vous avez abandonné le bateau?», demande alors d un ton très surpris l officier, auquel Francesco Schettino répond : «Non, non, évidemment que non!» Une autre conversation, enregistrée à 1 h 46, est encore plus accablante. Alors que des centaines de personnes doivent encore être évacuées, un officier ordonne au commandant de retourner sur le navire. «Maintenant, vous allez à la proue, vous remontez par l échelle de secours en corde et vous coordonnez l évacuation. Vous devez nous dire combien il y a encore de gens, enfants, femmes, passagers», indique la voix. «Que faites-vous? Vous abandonnez les secours?», interroge-t-elle ensuite. Francesco Schettino répond : «Non, non, je suis là, je coordonne les secours!» L officier reprend : «Commandant, c est un ordre, ( ) vous devez aller à la proue, remonter à bord et coordonner les secours.» Il affirme qu «il y a déjà des cadavres». «Combien?» répond Francesco Schettino, qui se voit rétorquer: «C està vous deme ledire, quefaitesvous? Vous voulez rentrer chez vous?» A 5 heures, samedi 14 janvier, Francesco Schettino téléphone à sa mère et à son frère à Sorrente : «Il est arrivé une tragédie. Mais soyez tranquilles, j ai cherché à sauver le plus de passagers possible.» Il a également donné un rapide entretien à la chaîne Sky, assurant qu il avait quitté l embarcation «parmi les derniers». p Philippe Ridet temps? Le paquebot, qui a bougé de quelques centimètres lundi 16 janvier, est couché sur le flanc dans un équilibre instable. Si la proue repose sur le sable, la poupe est posée sur deux éperons rocheux. La moindre tempête pourrait rendre cet équilibre plus périlleux encore. A moins de trente mètres, se trouve une faille de soixante-dix mètres de profondeur dans laquelle le Costa-Concordia pourrait sombrer définitivement.
international 3 Les salafistes égyptiens misent sur la jeunesse Le parti ultraconservateur Al-Nour offre aux nouveaux diplômés des perspectives d ascension sociale inespérées Le Caire Correspondance Sari Galal reçoit chez elle, dans l un des multiples salons de sa villa cossue sur une belle avenue de Maadi, un quartier résidentiel du Caire. Vêtue d un voile intégral, cette jeune femme avenante et concentrée est l un des membres les plus actifs du parti salafiste Al-Nour. Elle cache mal son excitation. En quelques mois, cette ingénieure informatique de 27 ans a été promue par le parti de simple membre à candidate au Parlement. Certes, sur les affiches électorales, son visage harmonieux a été masqué par un macaron, Sari a été placée en fin de liste afin d avoir moinsdechance degagner et, malgré le score important réalisé par sa liste, elle n a pas été élue. Mais son enthousiasme est intact : «Je pensais que nous aurions beaucoup plus de voix, soupire-t-elle. Le parti Al-Nour est tellement populaire, surtout auprès des jeunes!» Le parti constitue aujourd hui la deuxième force politique du nouveau Parlement, derrière les Frères musulmans Fondéquatre mois après la révolution par la plus importante organisation salafiste égyptienne (la dawa salafiya d Alexandrie), le parti Al-Nour constitue aujourd hui la deuxième force politique du nouveau Parlement derrière les Frères musulmans, avec près de 25 % des voix. Cette percée électorale en a surpris beaucoup, qui réalisent avec stupeur que le parti n a pas attiré que des gens pauvres, fanatisés ou simplement salafistes. Bien que ses membres revendiquent un retour aux sources de l islam, en prônant notamment le port de la barbe, du niqab et l application progressive de la charia, le parti a su se construire une image jeune et moderne. Il est parvenu à mobiliser une jeunesse éduquée et politisée issue des milieux les plus divers à qui il a pu offrir des perspectives de carrière politique inespérées et rapides, alors que les Frères musulmans restent une Le 3janvier, jour d élections, des votants, sous une affiche du parti salafiste Al-Nour, quittent un bureau de vote, à Minya, à 350 km au sud du Caire. KHALED DESOUKI/AFP organisation très hiérarchisée. Nadir Bakkar, 27 ans, élégant jeune homme tiré à quatre épingles,est lacoqueluchedecette génération montante de salafistes hightech habillés à l occidentale et de jeunesloupsavides d entrerenpolitique. «Dans les régions très pauvres, les gens ne s intéressent pas à votre CV, explique ce porte-parole du parti. Ils veulentsavoirsi vousles avez aidés ou pas. Donc dans ces régions-là, nous avons choisi des candidats populaires. Mais dans les autres, nous avons préféré prendre des technocrates, ou des spécialistes avec de vraies compétences. Parmi ceux qui nous ont rejoints, tous ne sont pas salafistes : certains sont des technocratessans idéologiequi pensent qu à travers nous, ils peuvent appliquer leurs plans pour le développement de l Egypte.» Ingénieurs, informaticiens, hommes d affaires, médecins, professeurs, les militants d Al-Nour (quidéclare 100000 membres)soignent leur image de gendre idéal. Ils contribuent à donner au parti, qui compte selon son président près de 50 % de femmes, un visage avenant,jeune,dynamiqueetqualifié, qui leur a permis de chasser sur les terres des Frères musulmans. Au volant de sa camionnette déglinguée, Adil Madkour, 45 ans, ne tarit pas d éloges sur les salafistes. Ce n est pas avec son maigre salaire d entraîneur sportif que ce modeste père de famille de 45 ans, L ombre du Golfe plane sur les finances d Al-Nour Le Caire Correspondance En matière de financement, le parti Al-Nour demeure totalement opaque. Comment a-t-il financé ses multiples activités sociales et la rutilante campagne électorale de ses candidats? «Nous sommes le plus pauvre de tous les partis», «Nous n avons pour toute ressource que les dons des Egyptiens et les participations de nos membres [1,6 dollar (1,25 euro) par mois]», répètent à l unisson membres et dirigeants. Pourtant, beaucoup soupçonnent Al-Nour de bénéficier des fonds du Golfe. Au mois de novembre2011, une enquête du ministère de la justice a révélé que l organisation Ansar Al-Sunna, la plus importante association de charité salafiste égyptienne, avait reçu, au lendemain de la révolution, la plus grosse somme perçue par une ONG égyptienne : 30millions de dollars (23,5millions d euros) du Qatar, plus 19millions du Koweït. Mais les représentants du parti nient formellement bénéficier d une manne financière étrangère. Tout au plus des membres rapportent-ils l empressement de certains candidats à monnayer leur place sur l une des listes électorales du parti. Avec ses 8 à 9 millions d électeurs, l autorité morale et religieuse de ses cheikhs et ses moyens financiers importants, Al-Nourfait rêver plus d un aspirant député. Intégrer l une de ses listes constitue un véritable coup de pouce champion d haltérophilie et de lutte, aurait pu se porter candidat à Helwan, une banlieue industrielle ducaire où il jouit d une certaine notoriété. Après la révolution, il bouillonnait d idées et de projets. «Les salafistes ont ouvert leurs portes aux jeunes qui voulaient servir leur pays. Avec eux, on a pu rénover des salles de sport, organiser des ventes de fruits et légumes directement du producteur au consommateur sans profit, monter des caravanes vétérinaires pour soigner les animaux dans les campagnes. Ils m ont proposé d être troisième sur leur liste, j ai dit oui. Moi, je ne suis pas salafiste, je ne suis pas porté sur la doctrine, je n y comprends pas grand-chose, mais pour certains candidats indépendants. La rumeur évoque des versements de 300000livres égyptiennes (39000 euros) pour porter les couleurs du parti. Le budget d Al-Nour lui a en tout cas permis de dispenser ses largesses en abondance pendant la campagne: «Nous avons distribué des enveloppes aux veuves et aux orphelins», déclare sans ambages le porte-parole Nadir Bakkar, très fier de ce qu il considère comme une «action de bienfaisance». p Cl. T. je suis d accord avec eux, ils sont plus clairs que les autres.» Politesse, propreté, qualification, dévouement, sensibilité, bonté, humilité : l image des salafistes est très bonne auprès de nombreux Egyptiens, qui, par ailleurs, ne font pas toujours clairement la différence entre les Frères et les salafistes. Les militants d Al-Nour défendent leur vision d un «Etat moderne» quine serait nilaïque ni théocratique, mais plutôt ultraconservateur, s appuyant sur la science et le progrès technique pour asseoir la prospérité. Un idéal proche des pays du Golfe, que beaucoup de responsables connaissent bien, et qui a inspiré leur vision d un tourisme séparant musulmans et non-musulmans. Mais la conception, pourtant minimale, que les jeunes du parti se font de la modernité entre déjà en conflit avec celle des cheikhs fondateurs de la dawa d Alexandrie. Ceux-ci ont vu d un mauvais œil la décision de présenter une soixantainede femmes aux législatives et ont obtenu qu elles soient en fin de liste, pour avoir moins de chance de gagner. La méthode a été efficace : aucune n a été élue. Officiellement, hommes etfemmes ne travaillent pas ensemble, se contentant de communiquer par mail et téléphone, mais le pragmatisme les contraint parfois à se réunir discrètement, au grand dam des cheikhs. La cacophonie qui a régné au sein du parti pendant la campagne témoigne des tensions traversant l organisation et l association religieuse qui lui a donné naissance. En décembre, le parti a dû interdire à l un de ses candidats, le célèbre prêcheur Abdel Moneim Al-Shehat, de parler en son nom après que ce dernier avait accusé les œuvres du Prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz de promouvoir la prostitution et la drogue. «Ses déclarations nous ont fait perdre 20 sièges au second tour de la première phase», a déploré le porte-parole Yousry Hammad. Entre le pragmatisme relatif des jeunes militants et le rigorismesans nuance des cheikhs, le parti parviendra-t-il à maintenir son unité? L indigence de son programme électoral, qui évite prudemment la question sensible de l application des peines islamiques, menace-t-elle l édifice encore en construction? Dans les locaux flambant neufs qui abritent le siège du parti, Mohammed Nour n est pas inquiet. Pour ce businessman jovialqui commercialisedesapplications pour iphone, le salafisme est adaptable et tolérant. L invention dont il est le plus fier? Une applicationquidéclenche automatiquement l appel à la prière aux heures réglementaires. p Claire Talon * Ayez l air brillant, regardez des films français
4 international Le Pakistan s efforce de s affranchir de ses vieux démons putschistes Les relations sont tendues entre le gouvernement et l armée, soutenue par la Cour suprême Analyse Islamabad Envoyé spécial Taïwan s interroge sur l avenir de ses liens avec la Chine Pékin appelle de ses vœux des discussions politiques après la réélection de Ma Ying-jeou La température monte au Pakistan. Le pays était déjà en butte à des foyers insurrectionnels islamistes, en particulier dans ses zones tribales frontalières avec l Afghanistan. Un nouveau front s ouvre, au cœur de l Etatcette fois. Ilopposelegouvernement civil du Parti du peuple pakistanais (PPP) issu du clan Bhutto à une armée historiquement omnipotente dans ce pays soumis à la férule directe des prétoriens la moitié de son histoire. Afin de desserrer l étau, le premier ministre Yousouf Raza Gilani a sollicité et obtenu, lundi 16 janvier, le vote d une motion de confiance par les députés. Le texte pose la suprématie du Parlement élu. Le geste est précieux, mais il n offre qu un bref répit à un pouvoir sur la défensive. La convocation du premier ministre par la Cour suprême, jeudi 19 janvier, pour s expliquer sur l obstruction desongouvernementà laréouverture d enquêtes de corruption visant le président Asif Ali Zardari n est pas étrangère, selon de nombreux analystes, à ce contexte de tension avec l armée. L affaire est sensible à double titre. D abord, elle met en cause la viabilité d une démocratie pakistanaise fragile, rétablie en 2008 après huit années du régime de l ancien général président Pervez Musharraf. Ensuite, toute épreuve de force se soldant par un regain d influence des militaires aurait de sérieuses conséquences géopolitiques, en particulier sur le théâtre de la guerre en Afghanistan. Les Américains ne s y trompent pas. Ils observent avec inquiétude cetteagitationenfiévrantlescoulissesdu pouvoiràislamabad.ils n apprécieraient guère de voir s éroder davantage les contre-pouvoirs civils à l armée, dont la duplicité à l égarddecertainsgroupesdjihadistes les préoccupe au plus haut point. Ironiquement, c est Washington qui est la cause indirecte des Le premier ministre pakistanais, Yousouf Raza Gilani (à gauche), a accusé le chef des armées, Ashfaq Pervez Kayani, de violer la Constitution. KHALED DESOUKI/AFP turbulences actuelles. L élément déclencheur de la crise est le raid du 2 mai à Abbotabad au cours duquel Oussama Ben Laden, qui y avait trouvé refuge, a été éliminé. Les militaires pakistanais avaient été humiliés par cette intrusion de «forces étrangères» au mépris de la «souveraineté nationale». La crise qui ébranle aujourd hui Islamabad a germé à ce moment précis. Alerté par des rumeurs de coup d Etat d une armée devenue subitement récalcitrante, le gouvernement du PPPaurait appelé les Américains à l aide pour la recadrer. Tel est du moins le contenu d un prétendu «mémorandum» d où le nom du scandale du «mémogate» remis à Mike Mullen, alors chef d état-major des armées, par l ambassade pakistanaise à Washington. Depuis la révélation, cinq mois plus tard le 10 octobre dans un article du Financial Times, de l existence d un tel plan, la relation entre civils et militaires, qui s était plutôt pacifiée sur les deux dernières années, s est brutalement dégradée. L armée veut faire toute la lumière sur ce qu elle Du départ de Pervez Musharraf au «memogate» 18février 2008 Le Parti du peuple pakistanais, dirigé par M. Zardari, veuf de Benazir Bhutto assassinée le 27décembre 2007, remporte les législatives. 18août Démission du général Pervez Musharraf, chef de l Etat depuis le coup d Etat de 1999. 8septembre Election de M.Zardari à la présidence de la République au scrutin indirect. 1 er mai 2011Un commando américain assassine Oussama Ben Laden à Abbottabad, sans feu vert pakistanais. 10octobre Le Financial Times évoque une note sur l armée rédigée par l ambassadeur pakistanais aux Etats-Unis, publiée le 17novembre par Foreign Policy. considère comme une «conspiration» attentantà la «sécurité nationale». Elle a trouvéun soutien inattendu dans la Cour suprême, laquelle a ouvert une enquête. De son côté, le gouvernement du PPP nie la réalité de toute l affaire, conteste la légitimité d une enquête judiciaire, et dénonce la tentation de l armée à se comporter comme «un Etat dans l Etat». La guerre des mots finira-t-elle mal? Débouchera-t-elle sur un nouveau coup d Etat qui ferait rebasculer le Pakistan dans ses vieux démons? Depuis une dizaine d années, la société pakistanaise a vu s épanouir une scène médiatique très incisive A ce stade, une certitude : l acrimonie des militaires à l endroit du président Zardari, le veuf de Benazir Bhutto, est profonde. «L armée redoute une refonte de ses structures à l initiative d un Zardari sous influence américaine, explique Mohammad Malik, le rédacteur en chef du quotidien The News. Il y va de son poids institutionnel, de son style de vie.» Dans cette affairedu «mémogate», le sentiment qui prévaut chez les militaires est que le gouvernement du PPPa «franchi la ligne rouge» et qu «il doitdonc payer», souligne le politologue Mohammed Waseem, professeur à la Lahore University of Management Sciences(Lums). S y ajoute uneexaspération croissante face à l impéritie du pouvoir civil, accusé de corruption et de mauvaise gouvernance. «L état critique de l économie préoccupe les militaires car leurs ressources en sont affectées», précise un diplomate étranger. Toutefois, la plupart des analystes au Pakistan doutent qu un tel raidissement, où les officiers de rang intermédiaire gagnés par l antiaméricanisme jouent un rôle actif, finisse par prendre un tour putschiste. «Le Pakistan a changé, l ère des coups d Etat est révolue», assure Imtiaz Gul, directeur du Center for Research and Security Studies (CRSS) à Islamabad. Depuis une dizaine d années, la société pakistanaise a vu s épanouir une scène médiatique très incisive et, au-delà, une société civile remuante, qui rendraient très compliquétoutaventurismeprétorien. LaCoursuprême, qui n acessé d affirmer son autorité ces derniers mois, constituerait un autre obstacle à une restauration militaire. Pour l heure, l armée compte précisément sur ce réveil de la justicepouraffaiblir le PPPau pouvoir sur des dossiers de corruption. «Il semble que la justice et l armée aient joint leurs forces pour mettre legouvernement en difficulté, décode M. Waseem. Aussi longtemps que cette convergence existe, l armée n a pas besoin d intervenir directement.» C est ce qu on appelle au Pakistan un «soft coup» (coup d Etat doux). Le simple fait qu il remplace le coup d Etat «dur» d autrefois témoigne d une forme de maturation politique. «Mais en dernier ressort, avertit M. Waseem, l Etat pakistanais demeure entre les mains de l armée.» p Frédéric Bobin Pékin Correspondant L intégration grandissante de l économie taïwanaise à la Chine et les progrès attendus durant le nouveau mandat de Ma Ying-jeou réélu le 14 janvier, dans les autres domaines, ouvrentelles la porte à de nouvelles solutions pour l avenir des deux Chines? La consolidation de la démocratie à Taïwan et l intransigeance chinoise montrent que le chemin est semé d embûches. Côté chinois, la solution à la question taïwanaise passe par la configuration«un pays,deux systèmes», sur le mode de l intégration de Hongkong après sa rétrocession en 1997. «En réalité, cemodèleavait d abord été imaginé pour Taïwan», explique le chercheur Frank Muyard, associé au CEFC (Centre d étude français sur la Chine contemporaine) Taïpeh et chercheurinvitédel Universitédu Colorado.«Dansles années1990,leparti communiste a même réfléchi à des conditions meilleures pour Taïwan en imaginant le maintien d une armée taïwanaise et la création d une zone spéciale avec une autonomieétendue. LaChineest persuadée d être généreuse : Pékin est prêt à beaucoup de compromis, du moment qu il n a pas à reconnaître la République de Chine. Et que sa domination est assurée.» Or, les Chinois, souligne M.Muyard, saventtrès bien quecette proposition n a aucune chance etsegardent de la formulerexplicitement. «Il est hors de question pour les dirigeants du Kouomintang [KMT, le parti au pouvoir] de devenir des leaders locaux. La position du KMT reste de pousser la Chine à reconnaître la réalité de l existence de la République de Chine. Et de discuter à partir de cette base.» Pour Pékin, la République de Chine constitue un modèle concurrent et subversif, surtout à un momentoù lesystèmedupartiunique est conspué par une blogosphère chinoise qui ne s est jamais autant passionnée pour les élections taïwanaises. Les débats qui ont opposé, sur le terrain des relations avec la Chine, le KMT, partisan d un approfondissement des liens, et le PDP (Parti démocrate progressiste), plus prudent, ont eu le mérite d amener M. Ma à clarifier son approche de la question d un traité de paix : la signature d un accord d ici à dix ans, a-t-il précisé, n est envisageable qu avec l approbation des Taïwanais par référendum sous la supervision du Parlement. Interrogé sur la possibilité d une visite en Chine lors de son second mandat, M. Ma a répondu qu il ne le ferait qu entantqueprésidentde larépublique de Chine, insistant sur son attachement au statu quo et aux «trois non» : «Non à l indépendance, non à l unification, non au recours à la force armée.» Autre pomme de discorde entre les candidats à la présidentielle, le «consensus de 1992», qui a servi de base auxaccords passés lorsdu premier mandat de Ma Ying-jeou, selon l idée que «chacun reconnaît le principe d une seule Chine, mais avec des interprétations différentes». Pékin en fait désormais la «ligne rouge» à ne pas franchir dans les débats internes à Taïwan. Or, le PDP de Tsai Ing-wen le récuse, puisqu il exclut d emblée toute consultation démocratique et est issu d une entente KMT- PCC. Pour Pékin, Taïwan constitue un modèle concurrent et subversif Le risque, prévient Tung Chenyuan, de l Université nationale de Chengchi à Taïwan, vice-président de l agence des relations avec la Chine de 2006 à 2008, est que Pékin utilise l outil des pressions économiques sur Taïwan pour faire triompher sa propre conception du «consensus de 1992» : «La Chine continuera à faire pression sur le gouvernement taïwanais et à assurer un soutien économique en échange de concessions politiques», estime-il. Les similarités entre l ECFA, l accord de libre-échange entre Chine et Taïwan signé en 2010 sous Ma Ying-jeou, et le CEPA qui encadre les liens économiques Chine-Hongkong, la stratégie de cooptation des patrons taïwanais par Pékin et l ancrage économique de Taïwan à l économie chinoise sont soupçonnés, aux yeux des experts proches des positions du PDP, de transformer Taïwan en satellite de facto de la Chine. La différence, explique toutefois Frank Muyard, c est que Hongkong n était pas une démocratie en 1997, que plus de la moitié des exportations taïwanaises ne vont pas vers la Chine, et que certains desdirigeantstaïwanaisde souche du KMT en appellent à davantage de diversification de l économie taïwanaise.p Brice Pedroletti Pluralisme de façade au Kazakhstan après de violentes émeutes dans l ouest du pays Deux nouveaux partis prorégime accèdent au Parlement kazakh après les élections du 15janvier. L opposition dénonce un simulacre d ouverture Il n y aura plus un seul, mais trois partis représentés au Majilis, la Chambre basse du Parlement kazakh. Problème : les nouveaux venus sont aussi des émanations du pouvoir. Tenu d une main ferme par le président Noursoultan Nazarbaïev, le Kazakhstan, pays d Asie centrale chéri par les investisseurs étrangers pour ses hydrocarbures, a connu des élections législatives anticipées, dimanche 15janvier. Lepartiduprésident, NourOtan, a recueilli plus de 80 % des voix et reçu une nouvelle «carte blanche», selon M. Nazarbaïev. Deux autres franchiraientlabarredes 7 % nécessaire pour entrer au Majilis, selon des résultats préliminaires: Ak-Jol et le Parti communiste (KNPK) prorégime. L autre formation communiste, elle, avait été interdite de concourir. Sur sept partis admis, un seul était critique du pouvoir. Les opposants ont dénoncé le rejet de nombreuses candidatures, faisant de cet exercice de «démocratie dirigée», si prisé dans l espace postsoviétique, un simulacre d élections libres, non reconnues par les observateurs internationaux. Le parti d opposition OSDP-AZAT appelait àmanifestermardià Astana,lacapitale, pour dénoncer le scrutin le plus «sale»de l histoire. Leplus choquant, pour lesopposants, a été non seulement la dissolution surprise du Majilis, mais la tenue du scrutin un mois après les violences graves dans la ville de Janaozen, à l ouest. Le 16décembre, elleaété lethéâtred affrontements entre les forces de l ordre et des manifestantslorsdu20 e anniversaire de l indépendance. Depuis mai2011, Janaozen est le centre d une contestation sociale sans précédent dans le secteur pétrolier. Des milliers d employés réclament de meilleures conditions de travail. Le bilan officiel fait état de 16 morts par balles et d une centaine de blessés, mais selon d autres sources, il serait bien plus lourd. Un état d urgence a été décrété dans la ville jusqu à fin janvier. Le Conseil constitutionnel avait refusé la tenue du scrutin à Janaozen, avant que le président Nazarbaïev nerenverse cette décision. Réélu en avril 2011 avec 95,5 % des voix, il tenait à ce que la prétendue entrée dans le multipartisme soit partout célébrée. Le ministère de l intérieur dit avoir identifié «40 participants actifs et organisateurs des heurts, pogroms, incendies criminels et pillages». Mais le zèle officiel semble moins vif au sujet des violences commises par la police. Malgré la chapede plomb tombée surla ville, des habitants ont livré des témoignages accablants à l hebdomadairerussenovaïa Gazeta etàl organisation Human Right Watch (HWR). «Il faut distinguer deux problèmes, explique Rachel Denber, de HRW. Tout d abord, la police a frappé et humilié des personnes détenues après les émeutes. Cela ne fait aucun doute au vu des récits détaillés de victimes et de témoins que nous avons recueillis. Par ailleurs se pose la question de l utilisationde laforce létalepar la police, dansla rue, face aux civils.seule une véritable enquête peut déterminer si les tirs de sommation en l air ont correspondu aux normes internationales. Actuellement, il n y a pas de preuve que les forces de l ordre ont utilisé auparavant des moyens non létaux, comme les canons à eau, le gaz lacrymogène, les matraques ou les balles en caoutchouc.» «Un défi politique» Le régime a vite réagi à ces violences, qui portent un coupterrible à la réputation de stabilité du Kazakhstan. M. Nazarbaïev s est rendu dans la région, le 22 décembre. Le gouverneur a été débarqué. A la surprise de nombreux experts, Timour Koulibaiev, le beau-fils du chef de l Etat, a été aussi écarté de la tête du Fonds Samruk-Kazyna, auquel appartient KazMunaiGaz, la compagnie pétrolière d Etat. «Il n a pas suivi mes instructions pour résoudreleconflitsyndical», a déclaré M. Nazarbaïev. KazMunaiGaz veut réembaucher les 2 000 travailleurs licenciés après les manifestationsdemai 2011. Legouvernement a enfin décidé de débloquer près de 15 millions d euros pour réparer les bâtiments détruits à Janaozen. «Les protestataires du secteur pétrolier ont eu, pendant plusieurs mois, des exigences socio-économiques, soulignait le 22décembre sur le site lenta.ru le politologue Dosym Satpaïev, du Risk Assessment Group. Mais la rébellion qui a suivi était un défi politique au système.» p Piotr Smolar
international & europe 5 Alain Juppé se dit «convaincu» par le pouvoir birman Le chef de la diplomatie française a rencontré l artisan de l ouverture, le président Thein Sein Naypyidaw Envoyé spécial Si,à Rangoun où résident l opposition birmane et son icône, Aung San Suu Kyi souffleladoucebrise delafind une dictature vieille d un demi-siècle, à cinq heures de route au nord, au cœur de la capitale Naypyidaw, siège du régime, plane encore un doute. Est-ce que les forces les plus conservatrices peuvent encore bloquer un processus historique engagé il y a dix mois? Dans cette ville vide, bâtie au milieu d une campagne verte et très pauvre, traversée d immenses avenues désertes au bord desquelles surgissent des bâtiments officiels aux dimensions irréelles, transpirent encore la paranoïa et la mégalomanie. C est ici que se trouvent les clés du pouvoir politique et militaire, mais aussi celles du futur de la Birmanie. Lundi 16janvier, le ministre des affaires étrangères français, Alain Juppé, y a rencontré les plus hautes autorités afin d obtenir des réponses sur l avenir du pays, et notamment sur les risques encourus par le processus en cours. Après s être entretenu, lors d échanges convenus, avec son homologue, Wunna Maung Lwin, et le président de la Chambre haute, Khina Aung Myint, il a pu aborder le cœur des sujets avec deux acteurs centraux des réformes en cours, le président de la Chambre basse, Thura Shwe Mann, numéro trois du régime, et le président Thein Sein, dont le dialogue avec M me Suu Kyi sert d aiguillon à l évolution birmane. «Les autorités m ont convaincu, a indiqué M. Juppé, au terme de ses entretiens, avant de s envoler vers la France, que le pays progresse sur le chemin de la démocratisation.» Il n y a pas de raison, a-t-il ajouté, «de céder au pessimisme face à un coup d Etat, M. Thein Sein est un président réformateur, sage et totalement déterminé à poursuivre son action,despasconsidérables ontété accomplis». Cette confiance en l action menéepar le dirigeant birman l a conduit à souhaiter «la réintégration du président birman dans le jeu diplomatique international». Néanmoins, répondant au souhait de M me Suu Kyi de voir l Occident conserver une forme de pression sur les dirigeants de son pays, M. Juppé n a évoqué la fin que de certaines sanctions en cours contre la Birmanie, et ce à partir de la fin avril, après les élections partielles du 1 er avril auxquelles se présentera M me Suu Kyi, ainsi que des figures très populaires de la génération 88 tout juste libérées de prison. Il envisage la levée de toutes les interdictions de visas, le dégel des avoirs de certains responsableset l octroid un accès privilégié au marché européen. «Pas d autre voie» Confirmant les raisons de croire au changement, Thura Shwe Mann,présidentdela Chambre basse, a assuré, lundi, à l Agence France-Presse, que «la Birmanie n a pas d autre voie que celle qui mène à un système démocratique», sans donner de calendrier précis. Face aux possibles coups de force de militaires, il a écarté cette éventualité, estimant que cela ne se produirait pas. Lui-même ancien chef militaire redouté et pilier de la junte autodissoute en gouvernement civil en 2010, il affirme «qu une très large majoritéde l armée estenfaveurdes réformes en cours». Il promet, enfin, que les «élections partielles du 1 er avril seront libres et justes», première conditionposée par les chancelleries occidentales pour mettre un terme aux sanctions économiques qui touchent ce pays. L autre signe qui éloignerait les risques immédiats d un coup d Etat serait, selon un haut diplomate anglo-saxon, à Rangoun, l engagement personnel du président Thein Sein et de l armée à mettre fin aux conflits ethniques. «C est une question sensible chez les militaires, mais il ne reste plus aujourd hui qu un seul cessez-le-feu à signer, celui avec les Kachin, et Thein Sein dit que c est une question de semaines.» Après, dit-il, viendra le temps d une nouvelle Constitution birmane pour réorganiser ce pays sous le régime de la démocratie, mais celui-ci n est pas encore venu et donnera peut-être lieu à d autres tensions. Prudente, M me Suu Kyi a préféré, quant à elle, évoquer, dimanche, «le danger théorique et peut-être pas si théorique d un coup d Etat militaire» avantde conclure, «rien n est irréversible».p Jacques Follorou Etats-Unis Jon Huntsman se retire au profit du favori républicain, Mitt Romney WASHINGTON. Le républicain modéré Jon Huntsman, après des résultats décevants dans l Iowa et dans le New Hampshire, a annoncé, lundi 16janvier, son retrait de la course à l investiture républicaine pour l élection présidentielle de novembre et a appelé à soutenir le favori, Mitt Romney. «Je crois qu il est temps pour notre parti de s unir derrière le meilleur candidat pour battre Barack Obama. Malgré nos différences et nos écarts de vue sur quelques sujets, je pense que le bon candidat est le gouverneur Mitt Romney ( ). Le Parti républicain est un parti d idées, mais la forme nauséabonde que prend notre discours politique actuel n aide pas notre cause. C est même une des nombreuses raisons pour lesquelles les Américains ne font plus confiance à leurs élus», a-t-il indiqué. (AFP.) p Inde Le général V. K.Singh, le chef de l armée, saisit la justice pour rester en fonctions NEW DELHI. Le chef de l armée indienne, le général V. K. Singh, a saisi la Cour suprême pour faire modifier d un an sa date de naissance sur les documents officiels, ce qui lui permettrait de rester en fonctions une année supplémentaire. (AFP.) Syrie Un député fait défection et se réfugie en Egypte LECAIRE. Les Nations unies ont indiqué, lundi 16janvier, qu elles vont former des observateurs de la Ligue arabe afin de les aider à évaluer la répression sanglante en Syrie. De son côté, la Russie a fait circuler une nouvelle version d un projet de résolution au Conseil de sécurité de l ONU. Par ailleurs, le député Imad Ghalioune, membre de la commission du budget au Parlement syrien, a annoncé à la chaîne Al-Arabiya s être réfugié en Egypte. (AFP.) Bruxelles adresse trois lettres de mise en demeure au gouvernement hongrois La Commission enjoint à Viktor Orban de revenir sur plusieurs dispositions constitutionnelles Bruxelles Bureau européen La Commission européenne durcit le ton à l égard du gouvernement hongrois du conservateur Viktor Orban, qui a faitadopter une trentaine dedispositionsconstitutionnelles contestables,dont certaines sont manifestementen contradiction avec les traités européens. Engagée dans une partie dont le résultat final reste incertain, la Commission devait passer,mardi 17janvier, des avertissements àla première étape de l action, telle que prévue par les règlements de l Union. DeStrasbourg, où ils sontréunis à l occasion de la session du Parlement, les commissaires devaient annoncer l envoi à Budapest de trois lettres de mises en demeure: trois procédures d infraction ont été ouvertes concernant l indépendance de la banque centrale hongroise, de la magistrature et de l autorité de supervision ducontrôle des données personnelles. A ce stade, la Commission réclame des «compléments d information». «On est obligés d en passer par là», souligne un haut fonctionnaire, irrité par l immobilisme de M. Orban. Depuis l admonestation que Bruxelles lui a adressée il y a une semaine, le premier ministre n a en effet annoncé qu une éventuelle modification partielle de sa récente loi sur la banque centrale, comme l exigent non seulement l Union, mais aussi la Banque centrale européenne et le FMI. En principe, Budapest avait deux mois pour répondre aux questionsquilui ontétéadressées. Pour éviter de nouvelles tergiversations, ce délai a été ramené à deux semaines. S il n annonce pas de changements tangibles, le gouvernement de M. Orban recevra donc, dès février, un «avis motivé» l invitant à modifier une série de dispositions. «Seul un changement des législations en question saurait apaiser la Commission», indique au Monde Viviane Reding, Madrid Correspondance Le premier procès contre le juge espagnol Baltasar Garzona débuté, mardi 17 janvier, au Tribunal suprême de Madrid. Le célèbre magistrat est accusé de «prévarication» pour avoir ordonné des «écoutes illégales» surplusieursaccusés d unvaste réseau de corruption impliquant des élus du Parti populaire (PP), baptisé «l affaire Gurtel». Il encourt entre dix et dix-sept ans d exclusion de la magistrature. Le parquet, qui requiert son acquittement, avait demandé que les trois plaintes, déposées par les deuxcerveaux présumés de l affaire Gurtel, Francisco Correo et Pablo Crespo, ainsi que l avocat d un autre accusé, soient classées. Mais le juge instructeur, Alberto Jorge Barreiro, n a pas suivi ses recommandations. Il estime que M.Garzon a pu porter atteinte aux droits fondamentaux des accusés en plaçant sur écoutes leurs conversations en prison, notamment celles avec leurs avocats. Baltasar Garzon se défend en assurant que ces écoutes n avaient en aucun cas pour but de connaître la stratégie de la défense mais, s appuyant sur l enquête policière qui pointait une possible connivence entre les avocats et leurs clients, d éviter le blanchiment par des tierces personnes des fonds détournés. responsable de la justice et viceprésidente de l institution. M.Orban devait participer, mercredi à Strasbourg, au débat parlementaire sur la situation de son payset rencontrerjosémanuel Barroso, le président de l exécutifeuropéen. Selon des diplomates hongrois, il pourrait manifester sa «bonnevolonté»,quitteàcequecertains sujets de contentieux soient renvoyés vers la Cour de justice. En réalité, le dossier hongrois embarrasse les institutions européennes, hésitantes quant à la marche à suivre si M. Orban n annonçaitpastousleschangementsnécessaires. Au stade actuel, il n est pas question d activer l article7 du trai- Ironie du sort, M. Garzon s est doncretrouvé sur lebanc desaccusés, mardi, avant les deux responsables présumés du réseau de corruption Gurtel qui, en prison préventive, attendent toujours d être jugés pour avoir offert des millions à des élus du Parti populaire (PP, droite, actuellement au pouvoir en Espagne) en échange de juteux contrats publics. «Garzon est un cancer pour la justice espagnole» Miguel Bernad président du syndicat d extrême droite Manos Limpias («mains propres») La veille du procès, l avocat du juge Garzon, Francisco Baena, se disait «confiant». «Je crois en la justice», affirmait-il au Monde. Pourtant, la défense a des raisons d être pessimiste. Le juge instructeurarefusé les éléments qu ellesouhaitait apporter, aussibien le témoignage du juge du Tribunal suprême de Madrid qui, après avoir récupéré l instruction de l affairegurtel, a prolongé lesécoutes, que celui des procureurs anticorruption qui les ont validées. La cour se contentera donc des seules explications du juge Garzon, raison pour laquelle le procès ne devrait durer que trois jours, selon les prévisions du Tribunal. A Budapest, devant l opéra, des milliers de Hongrois ont manifesté, le 2janvier, contre la nouvelle Constitution. FERENC ISZA/AFP Les Européens espèrent que M.Orban sera plus sensible à l argument financier té,quipeuts appliquerencasdevio- lation avérée, mais aussi de risque de violation des valeurs de l Union. Cette disposition peut priver un Etat membre de son droit de vote. «Elle ne peut être utilisée qu en dernier ressort, une fois que les institutions ont épuisé tous les outils légaux, lorsqu un pays ne se conforme pas aux arrêts de la Cour de justice», souligne Viviane Reding, membre comme M. Orban et M. Barroso du groupe du Parti populaire européen, très ennuyé par cette polémique. Parlement, Conseil et Commission s observent d autant plus que l article 7 peut être enclenché de différentes manières. Par les eurodéputés, les commissaires ou neuf pays membres avec une décision finale du Conseil. Dans le cercle des Etats, dominé par les conservateurs, seuls la France, le Luxembourg et la Finlande ont manifesté une position offensive. Les autres dirigeants, pour la plupart orientés à droite, restent marqués par l épisode autrichien de 2000, avec les sanctions décidées à l époque contre le chancelier Wolfgang Schlüssel et son allié d extrême droite, Jörg Haider. Pour s éviter d autres divisions, les Européens espèrent en fait que M. Orban sera plus sensible à l argument financier qu à celui des valeurs. Bruxelles lui a indiqué, mercredi 11 janvier, que son pays pourrait se voir privé de l accès aux fonds de cohésion, en raison de son endettement excessif. Il a, par ailleurs, besoin d un prêt de 10 à 20 milliards d euros que pourraient lui octroyer l Union et le FMI. Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds, lui réclame «un engagement véritable» quant au règlement des «questions politiques en rapport avec la stabilité financière». Bruxelles conditionne toute reprise des négociations à des réformes, concernant la banque centrale en particulier. D autres aspects des réformes constitutionnelles hongroises (sur laloi électorale,les médias,les libertés, etc.) s avèrent manifestement contrairesà certains aspects fondamentaux de la construction européenne. Beaucoup de responsables espèrent qu une autre instance, le Conseil de l Europe, «gardien des libertés» à Strasbourg, s emparera àson tour deces questionspour faire pression sur M. Orban. p Jean-Pierre Stroobants et Philippe Ricard (à Strasbourg) En Espagne, le juge Baltasar Garzon devant la justice Le magistrat comparaît pour avoir ordonné des écoutes illégales dans une affaire de corruption Mais quel que soit le jugement rendu, les péripéties du juge Garzon ne s arrêteront pas là. Le 24janvier, le magistrat, suspendu depuismai 2010, a de nouveau rendez-vous avec la justice, soupçonné derechef de «prévarication», cette fois-ci pour avoir voulu juger les crimes franquistes. Le syndicat d extrême droite Manos Limpias («mains propres») l accuse d avoir ouvert une enquêtesur ladictaturede FranciscoFranco tout en sachant l existence d une loi d amnistie, votée en 1977 pour faciliter la transition démocratique. «Il a créé une brèche dans la société et rouvert des blessures que le temps avait fermées. Garzon est un cancer pour la justice espagnole»,commente aumonde leprésident de Manos Limpias, Miguel Bernad, décoré en décembre 2011 par la Fondation Francisco-Franco pour «défendre les idéaux du mouvement». Enfin, un troisième procès, encore en phase d instruction, attend le juge Garzon. Il est soupçonné d avoir perçu de la banque Santander de l argent qu il n a pas déclaré pour deux séminaires donnés à New York. M. Garzon dément avoir été payé. En Espagne, Baltasar Garzon est autant haï quevénéré. Connu internationalement comme le juge ayant prononcé un mandat d arrêt international contre l ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, ses coups médiatiques, comme lorsqu il demanda le certificat de décès de Franco ou tenta d enquêter sur les atteintes aux droits de l homme dans la prison de Guantanamo, lui ont valu autant d amis que d ennemis, et des jalousies au sein de la magistrature. La presse de droite souligne que M.Garzon a tout fait pour retarder le procès pour écoutes illégales, espérant que sa première comparution ait lieu dans le cadre du procès sur l enquête contre les crimes du franquisme. Un procès beaucoup plus médiatique et qui lui vaut le soutien d une grande partie de la population et d organisations non gouvernementales, telle Human Rights Watch. La plateforme Solidaire avec Garzon, formée par des associations pour la «mémoire historique», les principaux partis politiques de gauche (dont le PSOE) et les syndicats, ainsi que des artistes espagnolsde renom commeleréalisateurpedroalmodovarou l écrivainalmudena Grandes, ont appelé à des rassemblements les 17, 24 et 31 janvier devant le Tribunal suprême. «Démocrates, victimes du franquisme, défenseurs de la liberté et de l Etat de droit, nous ne pouvons pas accepter avec indifférence la possibilité de sa condamnation, qui supposerait, écrit la plateforme, un coupirréparable etun énorme retour en arrière dansla consolidation de notre démocratie.» p Sandrine Morel
planète 0123 6 Mururoa: le coût écologique des essais nucléaires Une proposition de loi, examinée au Sénat le 18janvier, oblige l Etat à prendre en compte les dégâts sur l environnement Papeete Correspondance 6juin 2000 : plate-forme en béton couvrant un puits ayant servi à un tir d essai nucléaire souterrain sur l atoll de Mururoa. ÉRIC FEFERBERG/AFP Vue du ciel, leur couronne corallienne séparant le bleu intense de l océan des couleurs plus claires du lagon donne aux atolls de Mururoa et de Fangataufa une illusion de normalité. Dès que l on s en approche, c est tout autre chose. Une partie des îlots a été recouverte de béton, la végétation typique des Tuamotu a laissé place à des aito, des «arbres de fer». «Chez nous au Tuamotu, l île est notre mère nourricière et aujourd hui elle est morte», s indigne un habitant. Sur les deux atolls, entre1966 et 1996, la France a réalisé 193 essais nucléaires : 41 tirs atmosphériques, 137 souterrains et 15 essais de sécurité. Leministèrede ladéfense a reconnu en 2006 que 22 essais souterrains avaient conduit à des rejets de gaz radioactifs ; 27 puits creusés dans l atoll de Mururoa rassemblent les déchets radioactifs. Malgré les demandes des autorités polynésiennes, les conséquences environnementales des essais ont été éludées par la loi du 5 janvier 2010, dite loi Morin, qui reconnaît et indemnise l impact sanitaire des expérimentations. L Assemblée territoriale a donné, lundi 17janvier, un avis favorable à une proposition de loi qui entend combler cette lacune. Le texte qui doit être débattu mercredi au Sénat, à Paris, organise la rétrocessiondemururoaet defangataufa, aujourd hui classésinstallations intéressant la défense, au domaine public de la Polynésie. «Nous sommes conscients qu il s agit des deux plus grosses décharges nucléaires en milieu océanien. Mais, en Océanie, on ne peut séparer l être humain de son écosystème, plaide l auteur du texte, le sénateur Richard Tuheiava. La restitution est une manière d apaiser les blessures psychologiques» causées par la période nucléaire. Le texte prévoit que l Etat assure de manière pérenne «la réhabilitation environnementale ainsi que la surveillance radiologique et géomécanique permanente des deux atolls». Le département de suivi des centres d expérimentations nucléaires (DSCEN) de la direction générale de l armement procède chaque année à des analyses d échantillons du milieu terrestre, océanique et du lagon des deux atolls, dont les résultats sont rendus publics dans les dix-huit mois à deux ans. Le dernier rapport, datant de 2009, conclut à un «faibleniveau dela radioactivitéartificielle». Cependant, cinq kilogrammes de plutonium environ sont piégés dans les sédiments au fond des lagons de Mururoa et Fangataufa, selon le rapporteur de la loi, le sénateur (PS) Roland Courteau. Aucune banalisation du site n est envisageable. Les cavités de tir utilisées pour les expérimentations contiennent toujours des produits de fissions et des produits radioactifs divers. Deux puits ont également été creusés spécifiquement pour le stockage des déchets radioactifs. L activité totale des déchets accumulés dans les sous-sols de Mururoa atteint 13 279 térabecquerels (TBq), selon l évaluation faite en juin 1998 par l Agence internationale de l énergie atomique (AIEA). «C est 371 fois le seuil de classement des installations nucléaires de base (INB)», souligne Bruno Chareyon, responsable du laboratoire de la Commission de recherche et d information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Plus de 3 200 tonnes de déchets radioactifs divers ont, en outre, été larguées dans l océan par plus de 1 000 mètres de fonds au large de Mururoa et de l île de Hao. En février 2011, le ministère de la défense a reconnu la possibilité d un effondrement d une partie de l atoll de Mururoa fragilisé par les tirs souterrains. Un glissement de terrain pourrait entraîner la dilution dans l océan de matières radioactives enfermées dans la roche. «Mururoa est une véritable décharge nucléaire, tonne Maina Sage, représentante du parti Ia Ora te Fenua à l Assemblée de Polynésie, en réclamant une expertise Le ministère de la défense a reconnu la possibilité d un effondrement d une partie de l atoll de Mururoa indépendante pour évaluer les possibilités de consolider les sites de stockage. Elle regrette que la proposition de loi n ait pas retenu le déclassement des atolls afin qu ils entrent dans le droit commun du nucléaire en matière de Iles de la Société Papeete 250 km TAHITI POLYNÉSIE FRANÇAISE Océan Pacifique Iles Tuamotu Mururoa Fangataufa traitement des déchets pour éviter ce qu elle appelle le «deux poids deux mesures». Longtemps «endormies» par la théorie officielle des essais propres, les perspectives de développement économique et neutralisées par le secret défense, les autoritéspolynésiennes sontdevenues méfiantes vis-à-vis du ministère de la défense. Dans un courrier du 19juillet 2010 adressé à Jean-Louis Borloo, alors ministre de l environnement, l ancien président du territoire, Gaston Tong Sang, souhaitait même que le ministère de l environnement,qui aurait «plus d indépendance et de légitimité», pilote le suivi environnemental. Pour assurer une information plus transparente aux Polynésiens, la proposition de loi prévoit que l autorité militaire confie à l Institut de radioprotection et de sûreté nucléaires (IRSN) des missions sur Mururoa et Fangataufa. Le sénateur Courteau envisage même l adaptation du secret défense «à la réalité des risques encourus». Une commission nationale de suivi des essais nucléaires serait aussi créée pour suivre «les impacts et effets du réchauffement climatiquesur la stabilité géomécanique et le relâchement de nucléides radioactifs dangereux». Dansson courrier, M. Tong Sang demandait également la levée du doute radiologique sur le site de Hao qui servait de base avancée du Centre d expérimentation du Pacifique (CEP) et du Commissariat à l énergie atomique (CEA). Cette demandeaété réitéréeen juin2011 par le délégué au suivi des conséquences des essais nucléaires (DSCEN) de Polynésie française, estimant que le «constat radiologique» fourni par l Etat «se présente comme une expertise sommaire» et manque de précision. Le Haut Commissaire, Richard Didier, a refusé, dans un courrier daté du 11juillet 2011, que de nouvelles analyses soient financées par l Etat. Il précise «que l ensemble des résultats obtenus montre l absence de contamination radiologique». Contacté, le représentant de l Etat en Polynésie n a pas souhaité répondre à nos questions. Mille cinq cents personnes vivent sur l île de Hao. Depuis 2009, une vaste opération de dépollution et de nettoyage est pilotée par le ministère de la défense. Une étude sur l étendue de la pollution, par leshydrocarbures et les métaux lourds notamment, doit être rendue publique au deuxième trimestre. p Christine Chaumeau Transports Péage à Milan pour réduire le trafic C est une première en Italie : afin de réduire le trafic et la pollution, les automobilistes sont tenus, depuis lundi 16janvier, de payer un péage pour entrer dans le centre de Milan. Inspiré du modèle londonien, le système «Area C» impose à tous sauf ceux ayant des voitures électriques ou hybrides, du lundi au vendredi de 7 h 30 à 19 h 30, le paiement d un ticket d entrée de 5 euros. La mairie de Milan espère ainsi provoquer une diminution du trafic de 20 % à 30 % dans le centre-ville. (AFP.) p Environnement Les poissons sont sensibles au CO 2 La hausse des émissions de dioxyde de carbone peut affecter le système nerveux des poissons de mer, voire menacer leur survie, affirment des chercheurs australiens. Selon leurs travaux, publiés lundi 16janvier dans Nature Climate Change, une forte concentration de CO 2 dissous dans l eau perturbe un récepteur-clé de leur cerveau, altérant leur comportement et leurs capacités sensorielles. PUBLICATIONS JUDICIAIRES 01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr Extrait des minutes du greffe de la Cour d appel de BordEaux Par arrêt contradictoire de la 3 ème Chambre Correctionnelle de la Cour d Appel de Bordeaux du 06 décembre 2011, BAILLY Laurence, née le 05 novembre 1958 à Poitiers (86), demeurant chez Bailly Guy Fleury 86470 Lavausseau, a été condamnée à une peine d emprisonnement délictuel : Quatre ans dont deux avec sursis Mise à l épreuve durant trois ans Obligation de réparer les dommages causés par l infraction. Dit que la partie ferme de l emprisonnement prononcé sera exécutée sous le régime du placement sous surveillance électronique, Confiscation des scellés (objets ayant servi à commettre l infraction ou en étant le produit), Interdiction professionnelle : interdiction définitive d exercice d une profession commerciale ou industrielle, Interdiction professionnelle : interdiction définitive de diriger, administrer, gérer ou contrôler à un titre quelconque directement ou indirectement pour son propre compte ou pour le compte d autrui une entreprise commerciale ou industrielle ou une société commerciale au sens de l article 131-27 deuxièmement du code pénal. Pour Escroquerie réalisée en bande organisée, Escroquerie, Participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d un délit puni de 10 ans. Faits commis entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2006 à Bordeaux. La Cour a, en outre ordonné : la publication de cet arrêt, par extraits, dans le journal Le Monde, aux frais de la condamnée, dans les termes et limites de l article 131-35 du code pénal. Pour extrait conforme délivré à Monsieur le Procureur Général sur sa réquisition. Le Greffier en Chef La question des OGM vire au casse-tête BASF se détourne du marché européen, la France prépare une nouvelle interdiction du MON810 Le groupe chimique allemand BASF a annoncé, lundi 16 janvier, renoncer à développer des plantes transgéniques pour le marché européen. «Les biotechnologies vertes ne sont pas suffisamment acceptées dans de nombreuses régions d Europe par la majorité des consommateurs, des agriculteurs et des responsables politiques», a expliqué Stefan Marcinowski, membre du directoire de BASF. L entreprise a notamment décidé de mettre un terme à la culture et à la commercialisation d Amflora, sa pomme de terre transgénique destinée à fournir de l amidon à l industrie papetière, autorisée par l Union européenne (UE) en 2010. Elle a également pris la décision de transférer aux Etats-Unis le siège de ses activités de recherche et de développement. L UE a pris acte de ces annonces, saluées par les associations écologistes. Mais un nouvel épisode du feuilleton des organismes génétiquementmodifiés(ogm) se prépare en France où, fin novembre2011, le Conseil d Etat a annulé la clause de sauvegarde prise par le gouvernement en 2008 pour interdire la culture du maïs transgénique MON810, de la firme Monsanto. Le 13 janvier, les ministères de l écologie et de l agriculture ont affirmé, dans un communiqué commun, que le MON810 resterait interdit en France en 2012. Mais le gouvernement doit faire face à la fois à une urgence et à un casse-tête juridique. Pour éviter une nouvelle bataille des OGM, à quelques semaines de l élection présidentielle, ildoitprendreun arrêtéd interdiction avant la mi-mars, période à laquelle les semailles de maïs pourraient débuter. «Il existe un certain nombre de producteurs très agacés qui sont prêtsà semerdumaïstransgénique si une fenêtre de tir se présente», prévient Luc Esprit, directeur de l Association générale des producteurs de maïs (AGPM). L Etatfrançais prépareunenouvelle clause de sauvegarde s appuyant, cette fois, sur un autre règlement européen que celui évoqué lors de sa première tentative malheureuse. «Un certain nombre de travaux parus depuis 2008 convergent pour montrer l existence de risques, dit-on au ministère de l écologie. L idée est de prendre une mesure d urgence en s appuyant sur ce faisceau.» Une option qui réussit l exploit de réunir opposants et partisans des OGM contre elle. «Il n y a pas eu depuis 2008 de nouvelle étude apportant la preuve d un risque avéré du MON810 sur la santé humaine ou animale ou bien sur l environnement», s inquiète Guy Kastler, de la Confédération paysanne. «Je ne vois pas sur quelle base sérieuse pourrait s appuyer l Etat français pour motiver une telle décision», renchérit Maï Le Prat, avocate de l AGPM. Les anti-ogm pressent le gouvernement de s appuyer plutôt sur la loi de 2008, selon laquelle les OGM ne peuvent être cultivés que La question de la coexistence entre OGM et plantes conventionnelles reprend toute son importance dans le respect des filières de production et commerciales «qualifiées sans OGM». Or un arrêt de la Cour de justice de l Union européenne daté du 6septembre 2011 a interdit la commercialisation du miel contenant du pollen issu du MON810. La question de la coexistence entre OGM et plantes conventionnelles reprend donc toute son importance. Le Haut Conseil des biotechnologies(hcb) devait justement publier, mardi, deux avis sur le sujet. Cet organisme public chargé d éclairer le gouvernement en matièred OGM aétésaisi, le23septembre 2011, d une demande d avis sur la possibilité de faire coexister cultures transgéniques et conventionnelles. Le comité scientifique (CS) et le comité économique, éthique et social (CEES) du HCB se sont tous deux divisés sur la question. Le CS juge possible la coexistence si le seuil de contamination des plantes non OGM reste à 0,9 %, mais très difficile s il descend à 0,1 %, qui est le seuil de dépistage. Les experts recommandent un zonage du territoire agricole. Une proposition de changer l unité de mesure de la contamination a suscité par ailleurs un vif débat. Quant à l avis du CEES, il se fait l écho d un désaccord entre les membres du comité sur le partage entre agriculteurs OGM et conventionnels des coûts entraînés par la coexistence. Si le CEES s accorde sur le principe d un mécanisme financier d indemnisation, il constate aussi qu il est impossible de chiffrer le coût de la coexistence. Ilreprendégalementl idée du zonage et propose la création de «cercles de coexistence» pour en discuter localement les conditions. p Hervé Kempf et Gilles van Kote
planète 7 Les plantes sauvages disparaissent En Ile-de-France, un quart des espèces sont menacées par l urbanisation et l utilisation d herbicides Qu est-il donc arrivé à l adonis d automne, petite plante compagne des cultures, classée en «danger critique d extinction»? A la sabline sétacée (famille des œillets), désormais «en danger»? A l œnanthe faux boucage, considérée comme «vulnérable»? Plus d une plante sur quatre est menacée de disparition en Ile-de- France : le constat du Muséum national d histoire naturelle de Paris est rude, qui met en évidence l appauvrissement et la banalisation de la flore francilienne. Etablie en partenariat avec Natureparif, l agence nationale pour la nature et la biodiversité en Ile-de- France, la Liste rouge régionale de la flore vasculaire qu il vient de publier passe en revue 1 537espèces de fougères et de plantes à fleurs, dont la présence a été attestée en Ile-de-France entre 1700 et 2010. Conclusions de cet état des lieux, mené selon les critères définis par l Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) : 85 de ces espèces sauvages (soit 6 %) semblent avoir disparu de la région depuis le XVIII e siècle, et 400 autres (26 %) sont aujourd hui menacées, dont 128 (8 %) d un «risque majeur d extinction dans les prochaines années». A l instar de la faune sauvage, «la destruction et la dégradation deleurshabitats naturels représentent la première cause de régression des espèces végétales», explique Sébastien Filoche, qui a supervisé cette étude au Conservatoire botaniquenational du Bassin parisien (CBNBP) du Muséum. Climat tempéré, relief vallonné, alternancede sables, calcaires, argiles et marnes : ces caractéristiques, De gauche à droite: adonis d automne, orchis brûlée et benoîte. CBNBP/MNHN à elles seules, expliquent la grande variété de la flore sauvage francilienne. A cette spécificité s ajoute la diversité des habitats naturels : terres agricoles à 49,97 %, milieux boisés et forestiers à 23 %, les milieux urbains n occupant que 21 % de la région. Protéger les taxons Pourquoi, alors, un tel appauvrissement des espèces? A en croire l Institut d aménagement et d urbanisme (IAU) de l Ile-de-France, la superficie des espaces naturels et agricoles est passée de 82 % à 78 % entre 1982 et 2008. Une baisse relativement faible, donc. Mais liée pour l essentiel à l urbanisation : pour l habitat et les activités économiques (46 %), pour les transports et l équipement (35 %). Des changements dans l utilisation des sols qui, souligne-t-on au Muséum, «impactent fortement lesmilieuxnaturels enlesfragmentant et en supprimant de nombreux corridors écologiques». Dufaitdela stabilitédesespaces forestiers, arbres et arbustes se révèlent moins menacés que les autres groupes végétaux. A contrario, pelouses, prairies et landes comptent à elles seules 33 % des espèces disparues, alors que ces milieux ne représentent que 3,13 % du territoire de l Ile-de-France. Quelles conséquences peut-on attendre d un tel constat? «En identifiant les besoins prioritaires de conservation, l objectif essentiel des Listes rouges est de fournir des bases cohérentes pour orienter les politiques publiques de conservation», rappelle François Letourneux, président de la commission des aires protégées de l UICN France. Sur l ensemble des espèces répertoriées en Ile-de-France, 214 bénéficient déjà d une protection au plan national ou régional. Parmi elles, une quinzaine se révèlent ne pas être menacées, et pourraient prochainement perdre ce privilège. Mais la Liste rouge conforte le statut de protection de l immense majorité des taxons, et en identifie plusieurs autres qui mériteraient d en bénéficier. «Pour sauvegarder ces espèces, les sites à préserver en priorité sont la Bassée, les coteaux et la vallée du Loing, le massif de Fontainebleau, le Gâtinais, la forêt de Sénart, les bruyères de Sainte-Assise, le massif de Rambouillet, les coteaux de la Seine aval, l est et le centre du Vexin», énumèrent les chercheurs du CBNBP. Cette politique de conservation, pour être efficace, devra passer par un renforcement des aires protégées et la création de la «trame verte» promise par le Grenelle de l environnement. p Catherine Vincent Des villages déplacés de force en Ethiopie L ONG Human Rights Watch redoute une aggravation de l insécurité alimentaire L Etatéthiopien mènedansquatre régions un programme dit de «villagisation» visant à regrouper 1,5million de personnes, d ici à 2013, dans des agglomérations bénéficiant des services de base en matièred éducation,de santéet d accès àl eau. L organisation internationale de défense des droits de l homme Human Rights Watch (HRW) est alléevoir de plus près, dans larégion de Gambela, à l ouest du pays. Le constat qu elle dresse, dans un rapport rendu public mardi 17janvier, est accablant : les déplacements en général de l ordre de quelques kilomètres se font sous la menace, sans concertation ni compensation, et aboutissent à une dégradation de la situation alimentaire, déjà très précaire, des populations concernées, assure HRW. L organisation appelle à la suspension du programme et demande aux bailleurs de fonds internationaux de veiller à ne pas contribuer, même indirectement, à son financement. Le rapport se base sur plus de 100 entretiens réalisés en mai et juin 2011. Il fourmille de récits anonymes de villageois racontant comment ils ont dû abandonner, dans un délai très court, leur domicile et leurs champs, et décrit les mesures d intimidation ou les violences perpétrées à l encontre des récalcitrants. «Mon père a été frappé par des militaires pour avoir refusé de partir avec les autres anciens, raconte un témoin. Il disait : Je suis né ici, mes enfants également, et je suis trop vieux pour m en aller. Il est mort des suites du passage à tabac.» Selon HRW, les promesses des autorités ne sont pas toujours honorées : à leur arrivée dans leurs nouveaux villages, les déplacés ne trouvent souvent ni école ni centre de santé, et les terres qui leur ont été promises n ont pas été défrichées alors qu ils ont dû abandonner leurs anciens champs avant les récoltes, ce qui place ces communautés en risque de crise alimentaire grave. Ethnie anouak HRW fait le lien entre ces déplacements forcés et les concessions à grande échelle de terres agricoles à des investisseurs dans les mêmes régions, estimant que le programme pourrait permettre de «libérer» ces terres. Une hypothèse démentie par les autorités locales, qui assurent que les terres louées étaient «vides» ou «inutilisées». Le gouvernement éthiopien soutient pour sa part que le déplacement se fait «exclusivement sur la base du volontariat». Dans une réponse à HRW, il qualifie d «allégations sans fondement» le contenu du rapport, qu il réfute point par point et dont il estime laméthodologie «biaisée». Il conteste notamment vouloir marginaliser l ethnie anouak, majoritairement concernée par le programme de «villagisation», au bénéfice de populations venant d autres régions du pays. p Gilles van Kote
france 8 0123 Le sommet social Formation des chômeurs: un système inefficace Partenaires sociaux et gouvernement se réunissent mercredi à l Elysée pour faire face à la hausse du chômage Formeretpasseulementindemniser, tel doit être notre but.» Dans ses vœux du 31décembre, Nicolas Sarkozy a fait des chômeurs etde leur formation l unede ses priorités. La question sera l un des thèmes centraux du sommet social du 18janvier à l Elysée. Ce n est pas la première fois : sommet social en 2009, lois, décrets, et discours sur ce thème ont ponctué le quinquennat. Pourtant, la formation des chômeurs reste peu efficace. Fin 2009, la Dares, le service statistique du ministère du travail, comptabilisait 8 % des demandeurs d emploi en formation, contre 10 % fin 2004. On comptait 637 000 entrées en formation de demandeurs d emploi en 2003, on n en recense plus que 516 000 en 2008, un recul net. Des offres «inadaptées» La France consacrait, en 2009, pas moins de 31milliards d euros à la formation continue des adultes, dont 15 % destinés aux chômeurs. Une manne qui ne se traduit pas en efficacité. Les associations de chômeurs parlent de «parcours du combattant» pour parvenir à décrocher une place, ou d offres «inadaptées» Ce que confirment leschiffres. Selon l Insee, seuls 10 % des chômeurs anciens ouvriers sont entrés en formation, contre 27 % de ceux qui étaient cadres avant de perdre leur emploi. De même, 18 % des 26-49 ans étaient formés, contre seulement 5,6 % des 55-59 ans et 10,6 % des moins de 25 ans. Président d A- BCDE, une association de chômeurs en Alsace, Marc Desprats jugeque«les formationssont essentiellement tournées vers des gens proches del emploi», et visent trop, selonlui, à fournir un emploi direct à leur sortie plutôt qu une aide à la réorientation professionnelle. L écart semble souvent grand entre les demandes des chômeurs et les formations effectuées. Un rapport rédigé en janvier2010 par Jean-Marie Marx, ancien numéro deux de l ANPE, notait que, si un chômeur sur deux demande une formation en moyenne, seulement 16 % obtiennent l accord de Pôle emploi, et seulement 7 % entrent effectivement en formation dans les six mois qui suivent. Un cadre trop rigide Avec la décentralisation, l Etat se désengage progressivement de la formation des chômeurs : il finançait 36 % des entrées en formation en 2004, contre 12 % en 2009. Les régions sont passées dans le même temps de 48 % à 62 %. Depuis 2008 et l application d une directive européenne, toute formation doit donner lieu à un appel d offres avec mise en concurrence. Lesrégionstendent doncàacheter des «lots» de formation, parfois par centaines, qu il faut ensuite remplir avec des demandeurs d emploi,mêmelorsqu elles necorrespondent pas. Une rigidité critiquée par les organismes de formation. Les associations dénoncent A Ligné (Loire-Atlantique), la société Leduc a bénéficié d un fonds régional de sécurisation de l emploi par la formation. STÉPHANE MAHÉ POUR «LE MONDE» elles aussi la complexité du système, entre Pôle emploi qui les valide, la région qui les finance, et les instituts de formation qui les proposent. Un «parcours du combattant», au terme duquel nombre de chômeurs «ne parviennent pas à intégrer la formation qu ils souhaitent», car «ils ne rentrent pas dans la bonne case, ils ont trop ou pas assezdechômage, etc.», résumejacqueline Basan, de l association Creer à Montpellier. Nantes Correspondant Bertrand Gautier, délégué syndical CFDT au sein de la Société d applications hydrauliques (SAH) Leduc, entreprise de fabrication de vérins implantée à Ligné (Loire- Atlantique), estime que son patron a «plutôt bien géré la crise» survenue en 2008. La société, qui comptait 480salariés intérimaires compris avant la dépression économique, n a pourtant pas échappé à un dépôt de bilan, et à des licenciements. «En mars2008, le chiffre d affaires de l entreprise était de 63millions d euros, rapporte David Valton, responsable des ressources humaines. On a connu une baisse d activité sans précédent. Un an plus tard, le chiffre d affaires est Des tentatives de réforme L exécutif s est mobilisé sur cette question, mais pour peu de résultats. En mars 2009, M. Sarkozy évoquait dans un discours sur la réforme de la formation professionnelle la création, par les partenaires sociaux, d un fonds de sécurisation des parcours professionnels (FSPP). Abondé à hauteur de 900 millions d euros, il devait permettre de former «chaque année, 500 000 salariés peu qualifiés et 200 000 demandeurs d emploi, c est-à-dire ceux qui étaient jusqu à présent exclus de la formation», avait assuré le chef de l Etat. Une gageure : le nombre d entrées en formation pour des demandeurs d emploi a chuté de 5 % en 2009 par rapport à 2008. Uneadaptation législative a permis, en 2009, la «portabilité» du droit individuel à la formation (DIF). Il peut désormais utiliser dans les deux ans qui suivent une rupture de contrat de travail. Ce tombé à 42millions, puis encore à 18 millions.» Les contrats précaires ont d abord trinqué. Puis une centaine de départs volontaires ou forcés ont été ordonnés. Mais à défaut de miracle, «la boîte a limité la casse», relève M. Gautier, qui exerce le métier de tourneur. La société Leduc a été l une des premières à bénéficier du fonds régional de sécurisation de l emploi par la formation. Le dispositif, étrenné en mai2009 dans le cadre d un vaste plan anticrise, entendait alors se poser comme une alternative aux mesures de chômage partiel et surtout aux licenciements. Il a été impulsé par les partenaires sociaux et la région des Pays de la Loire, avec le soutien de neuf organismes paritaires collecteurs agréés ainsi que de l Etat. «Le pari consistait à profiter du trou enregistré dans les carnets de commandes pour lancer un plan de formation exceptionnelle dans toutes les entreprises, explique Jacques Bordron, de l union régionale CFDT. Plutôt que de se voir mis à la porte, les salariés sont partis en formation.» Un dispositif reconduit «L objectif, c était de préserver l emploi au maximum en aidant les entreprises à conserver leurs compétences, abonde Jean-Philippe Magnen, élu EELV, vice-président du conseil régional des Pays de la Loire, chargé de l emploi et de la formation professionnelle. Face à l ampleur de la crise, la région a opté pour cet engagement inédit, au-delà de ses compétences traditionnelles en matière de formation professionnelle.» A Ligné, l intégralité du personnel travaillant en atelier, soit 282employés, a ainsi repris classeurs, crayons et cartables durant trois semaines. Près de 40000heures de formation ont été dispensées, soit un budget d un million d euros. Avec à la clé, pour une écrasante majorité, l obtention d un diplôme. «30%de nos salariés n avaient aucune formation qualifiante dans le métier qu ils exerçaient, indique M. Valton. Ces temps de formation ont permis de revoir les bases du métier, de mettre à plat les impératifs d organisation dans la production industrielle, d échanger sur les bonnes pratiques, et de développer la polyvalence des postes. Tout en redonnant du rythme au sein de l entreprise, en pleine tourmente.» Près de 140 entreprises, soit un nouveau dispositif devait bénéficier à 200 à 300 000 personnes, selon les recommandations du rapport de Jean-Marie Marx. Mais les formations proposées sont le plus souvent très courtes, faute de cotisations suffisantes. «On a des cas où les gens étaient précaires avant de tomber au chômage et n ont droit qu à 30 ou 40 heures de formation. Que voulez-vous qu ils apprennent?», déplore M me Basan. Autre mesure mise en place depuis2009 : la «préparation opérationnelle à l emploi» (POE), qui viseà formerundemandeur d emploi en fonction des besoins d une entreprise qui s engage à l embaucher par la suite. Un dispositif phare, sur lequel le gouvernement misait beaucoup, mais qui a eu du mal à monter en charge : il devait concerner 10 000 personnes en 2011. En juillet, le ministère n a pu se féliciterquede3200formations effectivement mises en place. p Samuel Laurent Dans les Pays de la Loire, des plans de formation plutôt que des licenciements total de 5700 salariés, ont bénéficié de ces sessions dans les Pays de la Loire. Le dispositif a mobilisé quelque 30millions d euros. A Saint-Nazaire, les chantiers de construction navale STX ont mis à profit ce dispositif pour amorcer le virage de l éolien offshore. En janvier2011, la région a reconduit le dispositif. Désormais baptisé plan de continuité professionnelle, il cible prioritairement les petites et moyennes entreprises, sous-traitants de grands donneurs d ordres. Ce nouveau pacte, doté de 4,2millions d euros, vise à accompagner 10000 salariés d ici à la fin 2013. «A l heure du sommet social, le gouvernement serait bien avisé de s inspirer des solutions anticrise qui ont fleuri dans les régions», énonce M. Magnen.p Yan Gauchard Lesecteur marchand et les services concentrent lesopportunités d emploi à longterme Selon le Centre d analyse stratégique, les perspectives sont moins sombres que prévu à l horizon 2030 En publiant, mardi 17 janvier, deux notes consacrées aux perspectives de l emploi à moyen et long terme, le Centre d analyse stratégique (CAS) n apporte pas vraiment de solutions immédiates au gouvernement et aux partenaires sociaux à la veille du sommet sur l emploi à l Elysée. Mais au moins le constat tiré ne dresse-t-ilpas un tableau tropsombre de l avenir, relativisant même la gravité de la situation actuelle. «Les créations d emplois observées dans le secteur marchand à la fin 2010etaucours de 2011ont été supérieures aux projections de l année passée, alors même que la croissance n a pas été plus vigoureuse que prévu», dit le CAS. C est encore le secteur marchand qui sera créateur d emplois dans les prochaines années. Le CAS estime leur nombre total à 783 000 entre 2011 et 2016, soit 944 000 créations moins 161000 destructions. En plein débat sur les délocalisations et sur la montée du chômage, le CAS identifie les secteurs pourvoyeurs de nouveaux emplois, ceux-là mêmes qui nécessitent une proximité avec l entreprise ou le particulier. «Si l industrie continueradedétruiredesemplois,explique Véronique Deprez-Boudier, chef du département travailemploi au CAS, le secteur marchand, moins sensible au cycle conjoncturel de la crise, en créera.» Croissance verte Ainsi, les services opérationnels rendus aux entreprises, les «services cognitifs», les gestionnaires de réseau (comme la distribution d eau)ou encorelesservices àla personne devraient continuer de se développer. Sur le plus long terme, à l horizon2030, ce sontles mêmes secteurs qui porteront l emploi en France; «services d utilité collective ou liés à la personne, secteurs abrités comme le tourisme, la construction et les services externalisés des entreprises». Le CAS se montre, en revanche, plus prudent sur l eldorado annoncédes «emplois verts», loin du million d emplois promis par exemple par Eva Joly, la candidate d Europe Ecologie-Les Verts. Trois scénarios ont été envisagés, du plus optimiste avec une évolution vers des modes de consommation plus éco-responsables, un investissement public dans les secteurs de l économie verte et des incitations politiques et fiscales en faveur de ces activités au plus dégradé. Ce dernier scénario prenant en compte le contextede l après-crise retient des contraintes fortes dans les capacités d investissement public et privé. «La crise de l endettement et la contrainte d ajustement budgétaire diffèrent dans le temps les dépenses nécessaires, reportant la réalisation des objectifs du Grenelle de l environnement», explique le CAS. La croissance verte n est pas la seule menacée par les difficultés financières.pour profiter des «nouvelles opportunités», dit le CAS, il fautmaintenirunepolitiquevolontariste de soutien à la recherche et au développement (crédit impôt recherche, programme des investissements d avenir ). «On peut rapprocher des données conjoncturelles, comme la crise actuelle, et structurelles, indique M me Deprez- Boudier. Mais on ne peut prédire quels seront les choix politiques et l ampleur des mesures prises.» p Rémi Barroux
Le sommet social Albert Rose, 57 ans, employé «comme un stagiaire, à faire des photocopies» Obligés d accepter un emploi inférieur à leur qualification, des ex-chômeurs témoignent La question de l emploi ne se pose pas uniquement aux 2,8 millions de Français qui n enont pas. Elle concerne aussi les travailleurs précaires, qui étaient 2,6millions en 2010 et parmi lesquels on trouve beaucoup de salariés «déclassés» : ces jeunes travailleurs très diplômés ou moins jeunes mais très expérimentés et qui, après des mois de chômage, ont dû accepter des postes bien en dessous de leurs exigences. Ceux d entre eux qui avaient un travailont bienessayé dele conserver. Aude Houdan, caennaise et doctorante en biologie marine, a dûaccepterundemi-poste àparis à 1 060 euros par mois, «à prendre ou à laisser» et a coulé les économies de son couple dans l attente d être titularisée. Elle ne le sera jamais ettiendra deux ans avantde quitter la recherche, en 2009. «Les premiers mois de chômage «Mon doctorat était un handicap, on me disait que j allais m ennuyer» Aude Houdan, biologiste, a trouvé un contrat en alternance dans une usine sontagréables, on a unpeu l impression d être en vacances», reconnaît Albert Rose, licencié à 54 ans après que son travail a été délocalisé en Roumanie. «On ne voit pas le mur arriver», poursuit Bernard Fabre, chef de produit de 39 ans licencié en 2008. Puis il faut se confronter à la réalité, à Pôle emploi et à son absurdité bureaucratique. M. Fabre se souvient de sa conseillère «sympathique mais incapable de me faire rentrer dans ses cases» et Maylis, bibliothécaire de 22 ans, a cru mal entendre quand on lui a refusé un contrat aidé, car son cas «n était pas assez désespéré». M. Rose a eu des dizaines d offres «farfelues» auxquelles ila consciencieusementpostulé «sauf à un CDD de Père Noël» quand Sébastien, commercial de 26 ans, a reçu des offres de chauffeur poids lourd ou de garagiste. Pôle emploi, ce fut même un «cauchemar», pour Sylvain, formateur pour adultes de 38 ans. «J ai gaspillé tout mon temps avec eux alors que dès le début j aurais dû m en tenir éloigné comme de la peste», raconte-il, la voix encore teintée d amertume. M. Fabre s y est alors mis «de manière quasi professionnelle»,du matin au soir, Sylvain a entrepris seul nombre de démarches de formation. Tous ont envoyé des centaines et des centaines de CV. Mais leur chemin vers l emploi est resté jonché derefus : M. Rose était «trop vieux ou trop qualifié», Emmanuel, informaticien de30ans, «pas assez spécialisé» et Sébastien a raté desoffres,car il refusaitde déménager à plus de 100 km de chez lui avant d être sûr d être gardé au-delà de la période d essai. Peu à peu, ils révisent leurs prétentions. Aude Houdan, labiologiste, se lance dans une formation «hygiène-sécurité environnement» et Bernard Fabre passe du marketing à la gestion. En vain : «Mon doctorat était un handicap, on me disait que j allais m ennuyer», se souvient M me Houdan. Les refus et échecs à répétition atteignent le moral. «J étais devenu parano, j avais l impression qu on se moquait de moi dans la rue», assure Albert Rose. La veille d envoyer sa demande de revenu de solidarité active (RSA), il se rend à un dernier entretien, dans une petite entreprise artisanale : «Cétait un choc, les locaux étaient pitoyables, les conditions de travail hallucinantes. Dès le départ, je savais que ça serait comme au tout début de ma carrière. Mais il fallait que j accepte, je n avais plus du tout le choix.» «C était ça ou le RSA», appuie M.Rose qui, au bout de trois ans de chômage, a fini par prendre un emploi vie scolaire dans une école primaire : à 57 ans, il s est retrouvé employé «comme un stagiaire, à faire des photocopies», payé 850euros par mois. Aude Houdan a, au bout de huit mois,trouvé uneusine demétallurgie pour sa formation en alternance, à 900 euros par mois, quatre ans après avoir terminé son doctorat. Après deux ans et demi de recherche d emploi, Emmanuel a, en dernier ressort, accepté un poste à 1 300 euros par mois, soit aussi peuqu àses débuts, en 2000, parce qu «il fallaitbientravailler».philippe Caron a, après deux ans de chômage, réussi à décrocher un poste de vendeur débutant et dit moins bien gagner sa vie qu à ses débuts, en 1986 ; à 50 ans, dont vingtcinqans d expérience, ce cuisiniste se retrouve au même niveau que ses collègues de 22 ans.p Hélène Bekmezian Syndicats La CGT hausse la voix Bernard Thibault a durci le ton à l approche du sommet social du 18 janvier à l Elysée, notamment contre les autres syndicats qu il juge trop timides. «On ne peut que regretter la passivité coupable de nos homologues syndicaux», a répété le secrétaire général de la CGT, en dénonçant la TVA sociale ou la flexibilisation du temps de travail. Dans sa ligne de mire, la CFDT, même s il n a pas prononcé son nom. Inquiète des capacités de mobilisation, celle-ci a refusé d appeler à des manifestations mercredi 18 janvier. «Il faut que le sommet se fasse sous la pression des salariés», a souligné M. Thibault. p Jean-Baptiste Chastand Présidentielle M. de Villepin présente son équipe En arrière-plan, le V stylisé du logo Villepin 2012, tel l albatros aux ailes déployées. Au premier rang, deux de ses ex-ministres, Nelly Olin et Azouz Begag, propulsés conseillers politiques, un écrivain ami de longue date, Jean-Claude Carrière, catapulté coordonnateur du projet, l éditeur Olivier Orban, promu conseiller stratégie, et l un de ses avocats, Luc Brossollet, mué en conseiller communication. Brigitte Girardin dirigera la campagne de ce drôle d équipage enrôlé dans l improbable candidature de Dominique de Villepin. Crédité de 2 à 4 % d intentions de vote, l ancien premier ministre s est déclaré, lundi 16janvier, «très inquiet» pour l avenir de la France. Il fera partager ses inquiétudes dans une lettre adressée sous peu aux parlementaires de la majorité et dans un livre publié en février aux éditions du Cherche-Midi. p Patrick Roger C est la photo qui fixe le résultat du début de campagne de François Bayrou. Dans la huitième vague du baromètre Ipsos-Logica Business Consulting pour Le Monde, France Télévisions et Radio France, réalisée le 13 et 14 janvier, le candidat centriste obtient 14 % des intentions de vote. Soit 7 points de plus que dans la précédente enquête, élaborée les 2 et 3décembre, quelques jours à peine avant sa déclaration de candidature du 7décembre. Le président du MoDem, en un peu plus d un mois, a reconquis une partie de son électorat de 2007, qui l avait principalement quitté au profit de François Hollande. M. Bayrou, en revanche, s appuie sur des soutiens encore peu sûrs de leur choix : seuls 23 % de ceux qui disent vouloir voter en sa faveur en avril affirment qu il s agit d un choix définitif, alors que 77 % demeurent incertains. La montée de M. Bayrou, conjuguéeavecl incertitude desespartisans, explique pour une bonne part la chute de 7 points, à 52 %, du nombre de personnes estimant leur choix de premier tour pas encore définitif. En la matière, les cotesdefrançoishollande etnicolas Sarkozy bougent en effet dans des proportions contenues : 64 % des partisans de M. Hollande disentleurchoix définitif, enhausse de 1 point par rapport à décembre ; 68 % de ceux de M. Sarkozy s estiment pareillement fixés, en baisse de 3 points par rapport au dernier baromètre. Les deux favoris du premier tour baissent de concert dans cette étude. M. Hollande, qui perd trois points, à 29 %, retrouve un niveau proche de celui qu il connaissait avant que la primaire du Parti socialisteetsacampagnene lepropulsent à des hauteurs (35 % fin octobre) annoncées peu pérennes. Le président de la République, qui s était légèrement redressé à partir du mois d octobre, rechute. Dans le baromètre réalisé les 2 et 3 décembre, M. Sarkozy obtenait 25,5% des intentions de vote, ennet regain de forme par rapport à son étiage du premier semestre 2011, autour de 20 %. Dans cette vague de janvier, il recule de 2,5 points, à 23 %. Cette baisse sanctionne l effritement de son socle électoral de 2007,après une périodedereconsolidation. Ainsi, 65 % de ses soutiens d ilya cinqansdisentvouloirvoter pour lui au premier tour, contre 80 % en décembre. A ce recul, deux raisons probables. Cette enquête a été réalisée pour partie après la dégradation de la note souveraine de la France par Standard & Poor s, vendredi 13 janvier. Cela a pu peser sur les résultats, même si seulement 48 % des sympathisants de l UMP estiment l événement grave. L électorat du président semble également avoir mal accepté l ensemble des mesures annoncées début janvier par le chef de l Etat, sans cohérence apparente, de la TVA sociale à la taxe sur les transactions financières. M. Sarkozy coincé La photo du duel entre les deux favoris de l élection présidentielle demeure favorable à M. Hollande. Nettement en tête au premier tour, il maintient quasiment l écart. Surtout, au second tour, son avance reste très large, avec 59 % ( 1 point) des intentions de vote. La faiblesse des réserves de voix entre les deux tours de M. Sarkozy demeure, pour lui, problématique. D après notre baromètre, 46 % des électeurs de M. Bayrou au premier tour se reportent vers M. Hollande au second, contre 32 % vers M. Sarkozy. Le chef de l Etat, en outre, ne bénéficie du report de voix que de 35 % des soutiens de Marine Le Pen, 31 % des personnes favorables à la candidate du Front national rejoignant au second tour le candidat socialiste. M. Sarkozy, de fait, se retrouve coincé entre Marine Le Pen, toujours forte (18 %, + 1 point) et M.Bayrou. Si ce dernier parvient à installer, dans l électorat de droite, l idée qu il est le plus en situation de battre François Hollande, la situation du président peut encore se compliquer. p Pierre Jaxel-Truer politique François Bayrou reconquiert une partie de son électorat de 2007 Nicolas Sarkozy est en nette baisse dans la dernière vague du sondage Ipsos pour «Le Monde» Le spectre du retrait colle à la campagne d Eva Joly Au sein d EELV, l abandon de la candidate écologiste n est plus un sujet tabou Certes, Daniel Cohn-Bendit est un opposant de longue date à la présence des écologistes à l élection présidentielle. Maissonintervention, mardi 17janvier, sur itélé la seconde en trois jours, rappelant qu ilpouvait être tenté par le vote utile, ne doit rien au hasard. Car la candidate EELV, Eva Joly, doit affronter depuis plusieursjours des sondagesqui soulignent une nette baisse des intentions de vote en sa faveur. LH2 et Ipsos viennent en effet de lui attribuer tour à tour 3 % des voix au premier tour de la présidentielle. Cette baisse est un véritable casse-tête pour les écologistes. Ils sont une majorité aujourd hui à estimer toujours en «off» que leur candidaten aque bienpeu de chances de redresser la barre. Les conséquences pour EELV d un faible score de M me Joly sont graves et préoccupent la direction du mouvement. A gauche, l union est, comme d habitude, un combat, et pour les écologistes, elle est pour l instant malengagée. «Le scoredenotre candidate dira quelque chose du rapport de forces entre les socialistes et nous», confiait, il y a quelques jours, Sergio Coronado, un proche conseillerde lacandidate. Unfaible résultat de M me Joly inciterait certains socialistes très réticents face à l accord conclu entre les deux formations à exprimer leurs «dissidences». Arnaud Montebourg a tiré le premier, dès le 10 janvier, appelant à faire battre à Paris la sécrétaire nationale d Europe Ecopogie-Les Verts, Cécile Duflot, et à ne pas respecter l accord signé entre les deux formations le 15 novembre 2011. La sortie du député de Saône-et-Loire ne devrait pas déplaire au maire de la capitale,bertranddelanoë,très agacé par les ambitions de M me Duflot. Silence pesant Le maire PS de Lyon, Gérard Collomb, lui, n a toujours pas digéré l arrivéede Philippe Meirieu, président du conseil fédéral d EELV, et, en Seine-et-Marne, le PS vient d investir Olivier Faure, un proche de FrançoisHollande, sur unecirconscription réservée à un écologiste Si les écologistes ne parviennent pas à décoller d ici le 22 avril, les dégâts d image seront importants. EELV, après les succès d Europe Ecologie en 2009 et des régionalesde 2010, a intériorisé sa montée en puissance au sein de la gauche, concrétisée par l accord conclu avecle PS, luidonnant entreautres l assurance d avoir enfin un groupe parlementaire. Un faible score de sa candidate replacerait EELV dans la logique d un parti finalement fragile, incapable de faire fructifier longtemps ses succès. François Hollande reste largement favori Sondage Ipsos du 13 et 14 janvier 2012 Si le premier tour de l élection présidentielle avait lieu dimanche, quel serait le candidat pour qui il y aurait plus de chances que vous votiez... en % des exprimés Nathalie Arthaud 1 1 Philippe Poutou * = * Jean-Luc Mélenchon Jean-Pierre Chevènement * 7,5 = 7,5 0,5 François Hollande 29 32 Eva Joly Frédéric Nihous Corinne Lepage François Bayrou Hervé Morin Dominique de Villepin Nicolas Sarkozy Christine Boutin Nicolas Dupont-Aignan Marine Le Pen *Score inférieur à 0,5 % Le choix de vote est... Si le second tour de l élection présidentielle avait lieu dimanche, quel serait le candidat pour qui il y aurait plus de chances que vous votiez... François Hollande Nicolas Sarkozy Le choix de vote est... L agence de notation Standard & Poor s a décidé de retirer son triple A à la France. Pensez-vous que cette décision entraînera, pour l économie française, des conséquences...en % des exprimés (base 764 personnes) Ne se prononce pas Pasgravesdutout Pas vraiment graves Baromètre d intentions de vote pour l élection présidentielle. Enquête Ipsos/Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France et Le Monde réalisée par téléphone, du 13 au 14 janvier, sur un échantillon de 948 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, région, catégorie d agglomération. Les sorties de Daniel Cohn-Bendit et les incertitudes sur les résultats du premier tour font monter la pression sur Eva Joly. Que faire en cas de faiblesse persistante? Se retirer, disent certains, qui soulignent, «l absence de sens politique» de la candidate, le manque de cohérence persistant de ses déclarations. Celle-ci a ainsi estimé que les socialistes étaient «du bois dont on fait les marionnettes», avantdevoir en FrançoisHollande le «champion» de la gauche. Mais le retrait est difficile à habiller médiatiquement, ce qui expliquele silence pesant du parti. Se retirer, c est certes faciliter la victoire de M. Hollande, et se sortir d un rapport de forces par trop défavorable avec le PS, mais il CANAPÉS CHESTERFIELD À PARTIR DE 1 890 SOLDES Cuir mouton pleine fleur vintage 3 6 * = * 0,5 = 0,5 14 7 * = * 3 2 23 25,5 * = * 0,5 = 0,5 18 17 9% 8% 31 % Définitif 52 % Définitif 77 % 9% 43 % Peut encore changer 48 % 41 Très graves Assez graves devient compliqué ensuite de ne pas apparaître comme un parti supplétif du PS, explique un membre de la direction, qui y verrait une «PRG-isation». Reste Eva Joly. S exprimant en séminaire devant la direction et son équipe de campagne, le 11 janvier, elle a dit se sentir de mieux en mieux dans ses habits de candidate et avoir enfin trouvé ses marques, ce que confirme son entourage. Une biographie très fouillée de M me Joly publiée en janvier, signée des journalistes Matthieu Aron et Marie-France Etchegoin, L indignée de la République (Robert Laffont) décrit fort bien un de ses principauxtraits decaractère: sadétermination. Sans faille. p Anne-Sophie Mercier Fabrication artisanale - Tous coloris possible rappel 2et3déc. 59 Peut encore changer 23 % 80, rue Claude-Bernard - 75005 PARIS Tél. : 01.45.35.08.69 - www.decoractuel.com = 9
société 0123 10 L offensivedem.guéantsurladélinquanceétrangère Le ministre de l intérieur a attribué, le 17 janvier, la hausse des cambriolages aux «raids» de «malfaiteurs venus de l étranger» Certes, les vols à main armée baissent, mais les homicides et les tentatives d homicide augmentent. Bien sûr, les vols de véhicules continuent à diminuer, mais les cambriolages de résidences principales grimpent jusqu à retrouver leur niveau de 2002. Et puisilya l activitédesservices, qui est plus forte, un bon signe. Mais elle concerne surtout les usages de stupéfiants et les sans-papiers ; la répression des usages-reventes et des trafics baisse ou stagne. Pour sa première conférence de presseannuelle de bilande la délinquance, qui est aussi la dernière du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mardi 17janvier, le ministre de l intérieur, Claude Guéant, était confronté à la complexité des chiffres. Comme ses prédécesseurs, M. Guéant s est félicité de la baisse deladélinquancegénérale,un agrégat fourre-tout. Mais il a juré que c était la dernière fois qu il l utilisait. Une promesse qui l engage assezpeu, vuleséchéancesd ici janvier2013. Il a donc préféré creuser le sillon emprunté depuis quelques mois : la délinquance des étrangers, à qui il attribuela hausse des cambriolages, le «point noir» de l année 2011. M. Guéant a imputé cette augmentation aux «raids» de «malfaiteurs venus de l étranger» etsalué le dépôtpartroisdéputés de la proposition de loi sur la délinquance étrangère qu il avait appelée de ses vœux en décembre. Le ministre le répète souvent, en petit comité : au fond, en matière de sécurité publique et de délinquance, touta été fait. Et lesmarges de manœuvre budgétaires sont nulles. Ce fin connaisseur de la machine policière a donc pesé sur l organisation pour mettre plus de policiers sur le terrain : c est le sens de la réforme des patrouilleurs et du grand ménage annoncé dans le maquis des délégations syndicales. Rien de bien spectaculaire ni même médiatique. Depuis son arrivée, M. Guéant a donc recentré sa communication. Bilan 2011 des chiffres de la délinquance : forte augmentation des cambriolages et des homicides a a Evolution entre 2002 et 2011 Evolution entre 2010 et 2011 VOLS VIOLENTS SANS ARME CONTRE DES FEMMES SUR VOIE PUBLIQUE OU AUTRE LIEU PUBLIC, en milliers 60 50 40 30 20 10 0 FAITS CONSTATÉS D ATTEINTES VOLONTAIRES À L INTÉGRITÉ PHYSIQUE Nombre de faits constatés pour 1 000 habitants 7 6 5 4 3 2 1 0 2002 03 04 05 06 07 08 09 2010 2011 2002 03 04 05 06 07 08 09 2010 2011 a CAMBRIOLAGES DE LOCAUX D HABITATIONS PRINCIPALES, en milliers +1,6% 200 +17,1% 150 + 2,8 % +0,1% Dix-huitmoispourfairetomberunréseaude cambrioleurs CE QUI EST RAGEANT, avec l explosion des cambriolages de résidences principales depuis cinq ans (+24,9 %), c est qu il suffit pourtant, localement, d attraper un receleur pour faire baisser de manière drastique le nombre de faits. Mais cela demande du travail, et de la patience. Prenons Boissy-Saint-Léger et Sucy-en-Brie, dans le Val-de-Marne. Ces deux communes résidentielles, aux confins de l agglomération parisienne, ont connu jusqu à 40 % de baisse en 2011. Pourtant, leurs quartiers pavillonnaires, presque vides aux heures de bureau, sont un morceau de choix pour les monte-en-l air. En 2009, les vols par effraction augmentent considérablement. La riposte s organise dès novembre, sous la houlette de la sûreté départementale, à Créteil. Les patrouilles des brigades anticriminalité sont ciblées, des planques sont organisées. Des rôdeurs sont «tapés» dans le secteur. Les policiers finissent par cerner une nébuleuse de jeunes gens d une cité de Sucy. Deux kilos de bijoux Cela ne suffit pas au succès de l enquête : se promener avec 400 ou 500 euros en liquide en poche est peut-être suspect, mais ce n est pas un délit. Puis les policiers parviennent à faire quelques flagrants délits, comme ces deux hommes contrôlés en train de repérer une maison alors qu ils étaient encore chargés du butin d un précédent cambriolage, ou ce gros coup, un «beau braqueur» Le ministre de l intérieur se place dans la lignée du discours de Grenoble du président de la République, le 30 juillet 2010, qui prônait notamment la déchéance de la nationalité pour les personnes d origine étrangère auteurs d un meurtre de policier. Alors secrétaire général de l Elysée, il en avait supervisé la rédaction. D abord, il y eut les Roumains. «2 % de la délinquance en France sont le fait de Roumains et ( ) presque la moitié des délinquants roumains sont des mineurs», affirme leministre, le 29 août 2011, sur RMC Info.LaPlace Beauvau laisse lapolémique sur ses propos prospérer, puis, le 12 septembre 2011, M. Guéant annonce en exclusivité dans Le Parisien-Aujourd hui en France des mesures contre «la délinquance impliquant des ressortissants roumains». Un plan de communication bien organisé, pour ce qui sera le fil rouge de l automne.au menu, une intensification de la coopération avec la Roumanie, le rapatriement des mineursdélinquants (mesureavortée) et un arrêté anti-mendicité médiatisé sur les Champs-Elysées. Il faut dire que la délinquance des Roms ce sont bien eux qui sont visés est une épine dans le bilan du ministre. Si elle est numériquement faible, elle touche les catégories de délinquance les plus susceptibles d influer sur le sentiment d insécurité : vols à l arraché, vols à la roulotte et cambriolages. Jusque-là,il est encore peu question de délinquance des étrangers globale. La veille de l offensive contre la délinquance roumaine, le 11 septembre, une sortie lors du connu, pris avec un sac de bijoux. Car c est bien ça, la cible : l or. Au total, en deux ans, une vingtaine de «casseurs» ont été identifiés. Ils travaillent un coup avec l un, un coup avec l autre : une trentaine d équipes différentes sont repérées. Ils passent leurs vacances ensemble. Une petite dizaine d entre eux se paient dixjours de farniente en République dominicaine. Au total, près de 200 cambriolages sont élucidés. Au fil des auditions et des surveillances, les policiers comprennent que le receleur se niche dans un camp de caravanes de Valenton, une commune voisine. L homme, 65ans, est presque inconnu de la justice. En quelques semaines, les enquêteurs surprennent une trentaine de transactions. a 100 50 0 2 000 1 500 1 000 500 «Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI», sur l «immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences» à Marseille avait provoqué une forte émotion dans la diaspora issue de l archipel, obligeant le ministre à présenter ses excuses. Changementde ton, le 22décembre 2011 : la radio Europe 1 révèle le «plan Guéant» contre la délinquance, que le ministre a évoqué devant des parlementaires. La nouveauté, c est l «instauration d une peine complémentaire automatique d interdiction du territoire pour les étrangers nouveaux arrivants qui commettraient des délits sérieux sur le territoire français», une forme de retour atténué à la double peine. Le ministre aurait demandé à un député de plancher sur une proposition de loi. Le scoop d Europe 1 prend au Début mai2011, l interpellation a lieu, en plein milieu d une vente. Les policiers ne sont pas déçus : sur la table de cuisine, une balance électronique, des bijoux dessertis, des produits chimiques pour tester l or et un carnet de comptes. Le meilleur est dans une cabane, au fond du camp : 80000euros dans le double fond d un tiroir, presque 2 kg de bijoux, des meules, une vingtaine de pinces coupantes, des fusils à pompe Au total, dix hommes sont écroués. Ils sont mis en cause pour vols en bande organisée, association de malfaiteurs, ou encore recel aggravé. Les habitants de Sucy et Boissy peuvent à nouveau aller travailler l esprit tranquille. Pour l instant. p L.B. 0 2002 03 04 05 06 07 08 09 2010 2011 HOMICIDES ET TENTATIVES D HOMICIDES 2002 03 04 05 06 07 08 09 2010 2011 dépourvu la Place Beauvau autant que les élus présents lors du dîner informel cité par le journaliste, en fait le rendez-vous régulier des fidèles de M. Guéant à l Assemblée : Jean-Paul Garraud, Eric Ciotti, Guy Geoffroy, Cécile Dumoulin ou encore Bernard Carayon. Ces derniers pensaient plutôt à des pistes pour leprojet présidentiel. L un d eux avoue d ailleurs, sur le coup, qu il ne voit pas bien comment le projet pourrait être adopté avant la fin de la session parlementaire. Mais le ministre rebondit, dans la soirée, sur Europe1, en confirmant les informations de la radio. Pour M. Guéant, la délinquance commise par les étrangers est «supérieure à la moyenne» et elle appelle des «mesures spécifiques» à prendre «dès les prochains mois». Dernier étage du plan de communication, le ministre lance le «buzz» autour d une étude del Observatoirenationalde ladélinquance et de la réponse pénale (ONDRP). L observatoire a prévu, de longue date, de mettre à jour son enquête de 2006 sur la délinquance des étrangers. Avec une nouveauté, la répartition par nationalité. M. Guéant annonce une parution en janvier. Les vacances passent, puis le service après-vente débute. Un obstacle se dresse sur la route duministre : l ONDRP ne paraît pas décidé à avancer la date de parution de son enquête, qu il annonce pourdébut février. Mais les chiffres sont déjà là, à portée de main : l Observatoire, dans son dernier rapportannuel, affirmequele nombre d étrangersmisencause pourcambriolage a augmenté de 40 % depuis 2008 ; et le ministère de la justice publie, chaque année, des statistiques par nationalité (12,7 % des condamnés sont étrangers). Le 10 janvier, sur RMC Info, + 2,98 % + 11,5 % 18,5 % SOURCE : ONDRP M.Guéantestimequela hausseprévisible du nombre de cambriolages en 2011 «est très liée à la délinquance étrangère». Trois jours plus tard, la proposition de loi des députés UMP Jean-Paul Garraud (Gironde), Eric Ciotti (Alpes-Maritimes) et PhilippeGoujon(Paris)«tendant à renforcer l effectivité de la peine complémentaire d interdiction du territoire» est révélée par Le Figaro. Le ministre le répète souvent, en petit comité: en matière de sécurité publique et de délinquance, tout a été fait Le texte concerne les étrangers qui sont présents en France depuis moins de trois ans condamnés à plus de trois ans d emprisonnement. «Le juge devra obligatoirementenvisager l interdiction duterritoire, sinon, il devra le motiver», expliquem. Garraud. Pour ledéputé de Gironde, il ne faut pas y voir une «stigmatisation» : «C est en relation avec la nature de l infraction : pour un chasseur en infraction, on supprime le permis dechasse, pour un conducteur, on suspend son permis, un étranger qui vient commettredes délits sur notre territoire, on lui interdit de revenir.» Entre-temps, la session parlementaireaétéprolongée.«ilyaune fenêtre pour faire adopter le texte», explique-t-onplacebeauvau.«l objectif, c est de le faire voter en procédure d urgence», explique M. Ciotti, qui se félicite que M. Guéant se soit «saisi avec force» du texte. Oubliant au passage que c est bien le ministre qui l a impulsé p Laurent Borredon Lacommunauté universitaire dénonce la très faible haussedes crédits pour 2012 Les syndicats ont massivement boycotté, le 16janvier, une réunion organisée pour débattre de la répartition des moyens alloués aux universités C est à une véritable fronde du monde universitaire qu a dû faire face Laurent Wauquiez, ministre de l enseignement supérieuretde larecherche,lundi16 janvier. A quelques heures d une séance plénière du Conseil national de l enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), censée débattre des budgets des universités, les représentants de la communauté universitaire ont massivement décidéde la boycotter. Seules 14des 68 personnes devant siéger à cette séance avaient signé les feuilles d émargement. Une nouvelle réunion est prévue le 23janvier. Un boycott en «signe de profonde réprobation et de colère» contre le «manque de transparence [du ministère] et la volonté de camouflerun peu plusla réalité budgétaire des établissements [qui gèrent] la pénurie», ontdénoncéles organisations syndicales, du Snesup-FSU, le premier syndicat d enseignantschercheurs, à l UNSA, la CFTC ou encore la PEEP (parents) et l UNEF (étudiants). En jeu, la répartition du budget de fonctionnement des universités pour 2012. M. Wauquiez a rappelé, lundi, l augmentation de 1,2 % en moyenne (25,2 millions d euros) qui avait déjà été annoncée dans le projet de loi de finances pour 2012. Néanmoins, cette augmentation est beaucoup moins importante que les années précédentes : +3% (78,4 millions d euros) en 2011 et + 6 % (138 millions) en 2010. Par ailleurs, cette hausse est inférieure à l inflation prévue pour 2012 (+ 1,7 %). «Je me suis battu pour obtenir le maximum ( ) dans un budget contraint. ( ) C est un choix de justice», avait déclaré le ministre quelques heures avant la réunion du Cneser, dans un entretien à l Agence de presse spécialisée AEF. M. Wauquiez a ainsi annoncé le déblocage de 8 millions d euros pour vingt universités dont les moyens étaient «historiquement insuffisants».leur budgetaugmente en moyenne de 3,5 % de 2,5 % pour l université de Pau à 6 % pour celle dumans. Situation «dramatique» Reste à savoir comment ce choix aété opérésachant quelaconférence des présidents des universités (CPU) avait refusé de prendre part aux réunions avec le ministère sur la répartition des moyens. Louis Vogel, son président, estimait ne pas être là pour aider «à gérer la pénurie». Au total, M. Wauquiez indique que les moyens de fonctionnement ont augmenté en moyenne de 24,8 % depuis 2007. Les syndicats, eux, ne décolèrent pas. «La situation budgétaire de l enseignement supérieur et de la recherche est dramatique», s alarme Stéphane Tassel. Le secrétaire général du Snesup-FSU s indigne de la très faible augmentation de la masse salariale (qui représente environ80 %dubudget desuniversités). Celle-ci augmente de 1,5 % en 2012à116,7 millions.«plusieursuniversités sont obligées de geler des postes et des formations. Exemple à Limoges, où une dizaine de professeurs ne seront pas recrutés», dénonce Stéphane Tassel. Au ministère de l enseignement supérieur, l heure est à la dédramatisation. «L important, c est que cette réunion ait lieu la semaine prochaineet que le dialogue reprenne afin que l on puisse présenter certains éléments, comme par exemple la compensation de l exonération des droits d inscription de tous les étudiants boursiers [7 millions d euros]», indique-t-on dans son entourage. p Nathalie Brafman
société 11 Les relations troubles de M. Pupponi avec les banditismes corse et parisien Le maire PS de Sarcelles, dauphin de DSK, devait être entendu, mardi 17 janvier, dans le dossier du Cercle Wagram. Le juge Serge Tournaire s interroge sur le contenu d écoutes téléphoniques Pour François Pupponi, les vrais ennuis commencent. Mardi matin 17 janvier, devant le juge SergeTournaire, qui instruit le dossier du cercle de jeux Wagram pour «blanchiment» et «extorsion de fonds», le député socialiste du Val d Oise ne devrait pas seulement reconnaître ou infirmer les «menaces» qu il aurait proférées devant son directeur des affaires scolaires et des sports, Christophe Védrune. Le maire de Sarcelles doit également s expliquer sur les relations qu il entretient, à distance, avec des poids lourds du grand banditisme insulaire, mais aussi, de très près, avec des repris de justice de la banlieue parisienne. A défaut de devenir ministre de Dominique Strauss-Kahn, son ami et mentor, auquel il a succédé à l Assemblée nationale, cet excellent connaisseur des banlieues aurait pu participer à la campagne présidentielle socialiste. Mais depuis qu à l automne M. Védrune, dont la belle-fille était l une des responsables du cercle Wagram jusqu au «putsch» du 19 janvier 2011, s est constitué partie civile et a été mis à pied, la boîte de Pandore est ouverte. Amitiés, emploi du temps, gestion municipale, tous les faits et gestes du maire ont été passés au crible. On constate que François Pupponi, qui se disait victime d un «complot politique», a menti. Et on s interroge : l élu socialiste est-il un homme «pris en main», comme disent les voyous? Il y a trois mois, interrogé dans Le Monde du 22 octobre 2001 sur les liens qu il entretenait avec Farouk Achoui, un employé de la ville qui vient d être mis en examen et incarcéré pour «tentative d extorsion en bande organisée» dans une affaire de racket dans le milieu du football professionnel, François Pupponi s était agacé. «Je ne peux pas connaître les 1 500 employés communaux!», nousrépondait-il. Lesécoutes téléphoniques réclamées cet été par le juge Tournaire montrent que le maire de Sarcelles connaissait en Le député du Val-d Oise François Pupponi, à l Assemblée nationale, le 12 octobre 2011. CHRISTOPHE MORIN/IP3 «Tu t fou d moi pour 1 rdv a paris si tu peu pa a sarcelles (...) maintenant debrouille toi» Un SMS de Farouk Achoui envoyé à François Pupponi réalité très bien Farouck Achoui et ses «amis». Le 16 septembre 2001, il a rendez-vous avec eux. Dans la journée, le maire demande à son secrétariat d annuler la rencontre. En vain. «Farouk Achoui souhaite vous voir absolument aujourd hui ( ). Il ne viendra pas seul et les personnes n ont pas d autres disponibilités», insiste à midi son cabinet. Unquart d heureplus tard, c est de Farouk Achoui que François Pupponi reçoit un texto : «Tu t fou d moi (tu te fous de moi) pour 1 rdv a paris si tu peu pa a sarcelles mes Les offres de service de Fabrice Paszkowski J ai des contacts au sein de la police qui pourraient être utiles Je suis jeudi soir et vendredi à Paris Veux-tu que l on se croise pour qu on en parle et que je te mette en contact? Amitiés Fabrice.» Qui donc adresse ce texto à François Pupponi, ce 28septembre 2011, au lendemain de la perquisition des bureaux et des domiciles du maire de Sarcelles? Quel dévoué camarade manifeste autant de prévenance à l égard du député socialiste et peut se prévaloir d un tel réseau? A l époque, personne ne s intéresse à «Fabrice». Mais quand, le 7décembre, les enquêteurs découvrent que le portable qui a émis le SMS appartient à la société lensoise Medicalis, installée dans le Pasde-Calais, ils saisissent. «Fabrice» n est autre que Fabrice Paszkowski, ce militant socialiste ami de Dominique Strauss-Kahn et mis en examen notamment pour «proxénétisme aggravé» et «association de malfaiteurs» dans l affaire dite du Carlton de Lille. Aujourd hui, Fabrice Paszkowski est incarcéré à la prison de Longuenesse (Pas-de-Calais), où son ami Jacques Mellick junior, un autre proche de DSK, adresse de gentils mots à son «chergros père» et fait précéder sa signature de «fraternellement». Mais quand il envoie son SMS à M.Pupponi, M.Paszkowski ne se sait pas surveillé. De quels «contacts» parle-t-il? Du policier Jean-Christophe Lagarde, le patron de la sûreté de Lille, lui aussi mis en examen? De Jean-Claude Menault, le directeur départemental de la sécurité publique du Nord? D autres policiers plus haut placés l un de ses «frères»? M.Paszkowski ne cache pas son appartenance à la Grande Loge traditionnelle symbolique de Villeneuve-d Ascq. M. Pupponi appartient lui à la loge Pascal Paoli du Grand Orient, et entretient des liens étroits avec Philippe Guglielmi, l ex-grand-maître. Lors d une conversation téléphonique, le 14septembre 2011, le conseiller régional Guglielmi lui glissait d ailleurs quelques renseignements et concluait: «Ça montre que mon, que nos réseaux fonctionnent bien» p Ar. Ch. amis c sont deplacer maintenant debrouille toi.» Le maire, effectivement, se «débrouille» : «alors ce soir», répond-il moins d une minute plus tard à celui que la Brigade de répression du banditismeconsidère comme «lié au milieu du grand banditisme parisien». Avec la même assurance, François Pupponi a expliqué aux enquêteurs, le 3 octobre 2011, lors d une audition qu il avait luimême sollicitée, n avoir rien à voir avec l établissement de jeux de l avenue Wagram, repris manu militarien janvier 2011, par les héritiersde feu Richard Casanova, chef supposé de la Brise de mer assassiné en 2008. «Je n ai aucune carte demembreà ce jour», avait-il assuré. En réalité, a indiqué aux policiers, le 13décembre 2011, le «banquier» du Cercle Wagram (celui qui encaisse les mises), le député se voyait offrir depuis plusieurs années une carte par la direction : pas pour jouer, mais «pour voir des copains corses», explique-t-il. De la même manière, M. Pupponi entretient des liens plus étroits qu il ne le dit avec Michel Terrazzoni, l un des ex-responsables du Cercle actuellement détenu à la Santé, et Michel Ferracci, ancien directeur des jeux devenu une vedette de la série télévisée «Mafiosa». Deux hommes qui voulaient profiter du «putsch» organisé en janvier2011 parlesplusgrossesterreurs insulaires du moment. Malgré le coup de filet policier de juin2011, trois d entre eux, Jean-Luc Germani, Stéphane Luciani et Frédéric Federici, sont toujours en cavale. Un étrange appel d offres intéresse aussi les enquêteurs parisiens. Fin 2006, la mairie de Sarcelles recrute pour quelques mois une société de sécurité «pour filtrer les entrées au cabinet du maire», afin de «prévenir tout trouble avec des administrés», explique le directeur desfinances le 30 novembre 2011. Quatre devis d entreprises domiciliées dans le Val d Oise sont retoqués. Retenue par le maire: la SISIS, domiciliée dans un village de Haute-Corse, Vescovato. «Vous ne trouvez pas étrange de solliciter une société basée à plus de mille kilomètres de Sarcelles?», demandent les enquêteurs à la directrice générale des services, étonnés aussi que la municipalité consacre plus de 8 500 euros pour un seul vigile en décembre 2006, et 37 211 euros au total. «Rien ne l interdit», répond cette dernière. Elle convient avoir découvert plus tard «dans la presse que cette société n était pas vraiment recommandable». C est peu dire. La SISIS était«dirigée defait» dixitla police judiciaire d Ajaccio par Ange- Toussaint Federici, grand frère du Federiciquiaparticipéau «coup de force» au Cercle Wagram. Ange- Toussaint a été condamné il y a un an à 28 ans de prison après la «tueriedes Marroniers»de Marseille,un des épisodes les plus sanglants de la guerre des gangs qui anime le milieumarseillais. LaSISIS a ensuite été dirigée par Jacques Buttafoghi, assassiné lui en novembre2009. Dans une synthèse du 9janvier 2012, les policiers s étonnent enfin de l «assez bonne connaissance [qu a le député de Sarcelles] du contenu du dossier du cercle Wagram ( ) Il est probable,écriventils, que M. Pupponi ait été informé des déclarations de M. Védrune très tôt, sans que l on puisse établir à ce jour qu elle fut son canal de renseignement.» Lors de cette fameuse explication avec son subordonné, au printemps 2011, M. Pupponi aurait indiqué qu il «avait été informé par une source policière» que ce dernier «était placé sur écoutes» et avait «eu accès à un relevé d appels téléphoniques». Simple coup de bluff? p Emeline Cazi et Ariane Chemin «Les chirurgiens ne savent pas quelles prothèses remettre» Le Pr Maurice Mimoun déplore le silence de l Afssaps sur les autres marques d implants Entretien Le Pr Maurice Mimoun est chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique de l hôpital Saint- Louis, à Paris. S il n a pas posé luimême de prothèses mammaires PIP, il est aujourd hui amené à en retirer et à les remplacer. Il réclame des autorités sanitaires la transparence sur les tests entrepris auprès des autres fabricants d implants depuis la révélation de la fraude. L Agencefrançaisede sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), qui se montre rassurante sur leurs résultats, promet une publication d ici à la fin du mois. Quel bilan tirez-vous des explantations de prothèses PIP réalisées dans votre service? Nous avons constaté qu il est effectivement absolument nécessaire de retirer les prothèses PIP, car soient elles sont rompues, soient elles «perspirent», c est-à-dire que du gel passe à travers la membrane. Les autorités ont donc agi dans le bon sens? Oui, il fallait recommander leur retrait à titre préventif. Mais il ne faut pas se contenter de cela. Le problème est qu aujourd hui les chirurgiens ne savent pas quelles prothèses remettre. On nous explique qu il y a eu malversation, mais aussi que le marquage CE et les contrôles n étaient pas fiables. Nous avons donc besoin de savoir si la société PIP est, ou non, l arbre qui cache la forêt. Or nous sommes dans une situation critique : on nous dit qu il faut enlever les implants, mais les chirurgiens ne peuvent pas informer les femmes des risques des autres prothèses sur le marché. Faudra-t-il les explanter à nouveau si l on s aperçoit qu un autre fabricant poseproblème? C est en préparant une fiche avec toutes les informations nécessaires à transmettre aux patientes sur les implants mammaires que je me suis rendu compte qu il manquait des éléments sur les différentes marques. J ai demandé à l Afssaps de nous indiquer le taux de rupture par fabricant. Pour l instant, je n ai reçu aucuneréponse. Va-t-elle communiquer les résultats dans trois mois, une fois que nous aurons déjà changé bon nombre de prothèses? En attendant, pour ma part, les seules prothèses que j accepte de poser sont celles remplies de sérum physiologique. Le taux de rupture est-il le seul problème? Pas seulement, il faut que l Afssaps nous communique tout ce qu elle sait sur chaque marque : le taux de rupture, les tests de résistance des membranes entrepris, la composition du gel Il nous faut les résultats de tous les essais qui existent, même s ils sont partiels, pour pouvoir les analyser avant de conseiller les patientes. Ce que révèle ce scandale, c est aussi un manque de déclaration des ruptures par les chirurgiens auprès des autorités. Le député (PS) Gérard Bapt réclame d ailleurs une enquête de l Inspection générale des affaires sociales sur ces sous-notifications Je ne sais pas s il y a eu beaucoup de sous-déclarations ou non. Mais, évidemment, il faut déclarer tous les incidents si l on veut pouvoir détecter les problèmes. p Propos recueillis par Laetitia Clavreul Justice Meurtre d Elodie Kulick: un suspect, décédé, identifié grâce à son ADN Le procureur d Amiens a révélé, lundi 16janvier, qu un suspect avait été identifié dans l affaire du meurtre d une directrice d agence bancaire dans la Somme, en 2002, grâce à une nouvelle technique ADN. Elodie Kulick, 24 ans, avait été violée puis étouffée avant que l on retrouve son corps en partie calciné dans un champ. Un préservatif et un mégot avaient été retrouvés près de la victime. Mais malgré 4000 expertises ADN, les enquêteurs n avaient à l époque pas réussi à identifier un suspect. Or, depuis, l un des mis en cause est décédé dans un accident de la circulation. Ce suspect serait un jeune homme de 24 ans, originaire de l Aisne. Il n était pas connu des services de police. (AFP.) Christian Iacono reste en prison, décision le 23 janvier L ex-maire de Vence (Alpes-Maritimes), Christian Iacono, 76 ans, condamné à neuf ans de prison en 2009 pour le viol de son petit-fils qui a retiré, en mai2011, ses accusations, devrait rester en prison jusqu au 23janvier. La commission de révision se prononcera alors sur sa demande de suspension de peine. Une demande à laquelle le parquet général s est dit toutefois opposé, lundi 16janvier. (AFP.) Guantanamo: une juge française demande à pouvoir enquêter aux Etats-Unis Une juge d instruction française, saisie de plaintes de trois anciens détenus français de Guantanamo, a demandé aux Etats-Unis de pouvoir se rendre sur la base américaine de Cuba et d obtenir des actes d enquête sur d éventuelles tortures commises lors de leur détention. Les trois plaignants Mourad Benchellali, Nizar Sassi et Khaled Ben Mustapha ont été arrêtés en 2001 à la frontière afghano-pakistanaise et envoyés à Guantanamo. Ils sont revenus dans l Hexagone en2004 et 2005. (AFP.) Affaire Grégory: l ADN reste muet, les derniers espoirs d élucider l affaire s envolent Vingt-sept ans après l assassinat du petit Grégory Villemin, les résultats des analyses ADN demandées en 2010 par les parents se sont révélés négatifs, a indiqué, lundi 16janvier, le procureur général de Dijon, Jean- Marie Beney. Ces résultats font s envoler les espoirs de résoudre cette énigme judiciaire malgré l évolution de la science. (AFP.) Société 82 parlementaires UMP et Nouveau Centre contre le mariage et l adoption homosexuels Quatre-vingt-deux parlementaires UMP et Nouveau Centre ont rendu publique, lundi 16janvier, leur opposition au mariage et à l adoption homosexuels. Ces élus ont signé un «manifeste pour la défense du droit fondamental de l enfant d être accueilli et de s épanouir dans une famille composée d un père et d une mère». (AFP.)
économie 12 0123 En hausse l afrique En 2011, le continent a connu une progression moyenne du produit intérieur brut de 5,5 % à 6 %, s est félicité, le 16 janvier à Tripoli, Jean Ping, le président de la Commission de l Union africaine. Sept pays ont même enregistré une croissance de 7 % à 11 % de leur économie. En baisse l automobile Les ventes de voitures neuves ont reculé pour la quatrième année consécutive dans l Union européenne, enregistrant un repli de 1,7 % en 2011, selon des données publiées, mardi 17janvier, par l Association des constructeurs automobiles européens. (AFP.) Les cours du jour ( 17/01/12, 09h40 ) Euro 1 euro 1,2745 dollar (achat) Or Once d or 1641 dollars Pétrole LightSweet Crude 100,55 dollars Taux d intérêt France 3,02 (à dix ans) Taux d intérêt Etats-Unis 1,88 (à dix ans) AffaireUraMin:AnneLauvergeoncontre-attaque L ex-présidente d Areva, débarquée par M.Sarkozy, crie au «complot» et jure qu on veut démanteler le groupe Le salon des Masters/MS Anne Lauvergeon, ancienne présidente d Areva, lors de sa conférence de presse, lundi 16 janvier. MARC MENOU/MAXPPP SAMEDI 28 JANVIER 2012-10H30 À 18H30 PALAIS BRONGNIART BOURSE DE PARIS - MÉTRO BOURSE Anne Lauvergeon affirme qu elle ne veut pas la «guerre», mais l ancienne présidente du directoire d Areva, débarquée en juin2011 par Nicolas Sarkozy, est passée à la contre-attaque lundi 16janvier : elle ne laissera pas dire que le rachat controverséde la start-upminière UraMin en 2007 a été mené à la légère. Ni que cette opération à 1,8 milliard d euros est entachée d escroquerie. C est aujourd hui au tour de son successeur, Luc Oursel, et de l un des quatre membres du directoire d Areva, Sébastien de Montessus, de se retrouver sur la sellette. Le second est même accusé d avoir commandédes enquêtesà des officines privées aux compétences douteuses ou aux méthodes peu recommandables. L affaire éclate le 19 décembre quand M me Lauvergeon et son mari, Olivier Fric, portent plainte pour espionnage et atteinte à la vie privée. Ils ont eu connaissance d un rapport de la société suisse Alp Services, qui cherchait à savoir si M.Fric avait bénéficié illégalement du rachat d UraMin. L enquêteur, Mario Brero que l avocat de M me Lauvergeon n hésite pas à qualifier de «barbouze» a fait chou blanc. «J ai été attaquée, calomniée, espionnée, de manière injuste, ça suffit», s indigne aujourd hui M me Lauvergeon. Mais par qui? Quand elle était patronne d Areva, la déstabilisation est venue «du plus haut niveau de l Etat». En un mot, de M. Sarkozy. Une fois évincée, assure-t-elle, le «complot» a continué. M.de Montessus, qu elle avait propulsé à la tête de la division mines d Areva à moins de 35 ans, n a pu agir seul : «Il faut avoir de puissants alliés, y compris à l extérieur de l entreprise, pour basculer ainsi dans la délinquance.» Si les dirigeants d Areva se taisent, certains connaisseurs du dossier n hésitent pas à dire que les jours de M. de Montessus sont comptés.«le groupeneveut pasalimenter les polémiques actuelles et rentrer dans un combat de personnes, explique un porte-parole. La priorité,c estleredressementdel entreprise.» Mais personne ne veut porter la responsabilité de la déconfiture de l opération UraMin. Il est vrai que le groupe a dû déprécier la quasitotalité de la valeur de la société minière canadienne 426millions d euros en 2010 et 1,46milliard fin 2011 en raison de la teneur beaucoup plus faible que prévu du gisementde Trekkopje (Namibie), mais aussi de la faiblesse du cours du minerai et du recul de la demande après la catastrophe de Fukushima. M me Lauvergeon rappelleaujourd hui que le prix d UraMin a été accepté par les instances de l entreprise et «validé par l Etat en parfaite connaissance de cause». En 2007, elle avait reçu les «félicitations» de l Agence des participations de l Etat pour l opération. Et même le prix de «manager de l année» du Nouvel économiste remis par Christine Lagarde, alors ministre de l économie, ironise-t-elle. M me Lauvergeon affirme qu en septembre 2011, UraMin avait 63 000 tonnes d uranium, soit 3 000 tonnes de plus que prévu, même s il y en a moins en Namibie et plus en République centrafricaine. La société SRK, mandatée par la cible pour évaluer les réserves, aurait fait un travail salué par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Quant au prix del uraniumacheté, il estinférieur au seuil de rentabilité prévu. «Il faut m abattre» Elle justifie l acquisition sur le fond, rappelant que les banques consultées (Lehman Brothers, Goldman Sachs, Rothschild) poussaient en ce sens. Au milieu des années 2000, l industrie nucléaire traversait une période particulière. Les clients d Areva voulaient sécuriser leur fourniture en uranium. Alors que les stocks de combustible russe issus du désarmement semblaient s épuiser, il était urgent pour Areva de diversifier les sources d approvisionnement au-delàdu Nigeret du Kazakhstan. En 2005, Areva avait tenté d acheter le gisement australien d Olympic Dam (35% des réserves mondiales). L Etat «stratège» avait refusé. «Il fallait, il faut m abattre, insiste la patronne déchue. J ai dérangé beaucoup d intérêts.» Pêché d orgueil? Elle reste persuadée qu on veut démanteler Areva, présent dans tous les métiers du nucléaire, comme le prouve la décision du gouvernement de filialiser l activité minière du groupe. Elle remarque que le décret a été publié le 15décembre, deux jours aprèsl annonce de la dépréciation de 1,46milliard du pôle minier. Mais on ne voit pas à qui, et pourquoi, l Etat voudrait brader cette activité hautement stratégique pour un pays dont 74 % de l électricité est d origine nucléaire. Dans l entourage de M me Lauvergeon, on a une idée sur la question. On rappelle qu Henri Proglio, le PDG d EDF, milite pour le démantèlement d Areva. p Jean-Michel Bezat René Ricol: «Sauf si on nous a sciemment menti, les comptes sont sincères» TOUT SAVOIR SUR LES MASTERS ET LES MASTÈRES SPÉCIALISÉS Etudiants bac + 3/4/5, jeunes diplômés des grandes écoles et universités : découvrez plus de 3 000 programmes dispensés par les universités et les grandes écoles Pour vous aider à choisir : de nombreuses conférences thématiques animées par les journalistes du Monde. ORGANISÉ PAR 0123 Un ipad 2 à gagner! ENTRÉE GRATUITE. Inscrivez-vous vite! www.salondesmasters.com Samedi 28 janvier de 10 h 30 > 18 h 30 Entretien René Ricol, expert-comptable, est Commissaire général à l investissement depuis un an. En 2010, Nicolas Sarkozy l avait chargé d un audit financier d Areva. Y a-t-il eu, selon vous, des délits commis dans le cadre du rachat d UraMin par Areva en 2007? UraMin a été probablement acheté trop cher, mais à une époque où de nombreux acteurs pronostiquaient une envolée du cours de l uranium et dans un cadre de spéculation incroyable sur le titre. Le comité d audit que je co-présidais avec Guylaine Saucier, dans son rapport au conseil de surveillance du 23juin 2010, notait que les plus-values latentes estimées sur le pôle mines étaient surévaluées. Acheter très cher un bien jugé stratégique ne constitue pas en soi une faute ou une erreur de gestion si des diligences ont été menées à l initiative du management et des banques conseil. Areva a-t-il été victime d une escroquerie? Celle-ci peut prendre la forme classique du délit d initié d acteurs financiers qui, en même temps, publieraient des analyses très optimistes sur le cours de l uranium et s impliqueraient dans l opération. Ou d acteurs ayant eu un intérêt direct lié à la société UraMin. Toute personne ayant une information AFP doit la communiquer au parquet, au régulateur du marché boursier canadien. Voire, aujourd hui, à la commission parlementaire. Les dirigeants d Areva vous ontils tout dit sur UraMin? Ma mission n était pas d auditer le passé mais de m assurer que, pour 2010, les comptes et l information publiés en 2011 étaient sincères et exacts. Ceux qui étaient chargés de la vérification des informations passées m ont dit n avoir aucun doute sur la qualité et la sincérité des comptes et de l information financière publiée. Pour autant, on dit aujourd hui qu en 2009, le rapport d un expert minier doutant déjà de l importance des gisements n aurait été communiqué ni aux commissaires aux comptes ni au comité d audit ni au conseil de surveillance. Je n en ai pas eu connaissance quand je suis arrivé en mai 2010. Ce point doit être vite éclairci. Le comité d audit et le comité ad hoc créé sur UraMin doivent dire si ce rapport existe ou non. Et, s il existe, dire s il aurait été de nature à changer les comptes ou l information financière de 2009 et à justifier des provisions dès cette année-là. Le comité d audit a traité la question de l uranium : en passant une provision de 426millions pour le pôle mines ; et en indiquant, dans le document de référence, que pour le grand site namibien d Ura- Min, il y avait une grande incertitude sur les quantités qui pourraient être in fine produites. Notre analyse résultait de nombreux entretiens avec les dirigeants et Sébastien de Montessus, le directeur du pôle mines. Il n y avait pas d ambiguïté sur ma demande d une information complète. Et avant d arrêter les comptes 2010, j ai même demandé à M. de Montessus de me parler en toute liberté. Je me suis engagé à le protéger en cas de mesure de rétorsion de ses supérieurs. Sauf à découvrir que l on nous a sciemment menti ce qui serait grave de conséquences pour les intéressés, je pense que les comptes et l information financière 2010 sont réguliers et sincères. p Propos recueillis par J.-M. B.
économie 13 L économie chinoise enregistre un ralentissement tout relatif La croissance a été de 8,9% au dernier trimestre 2011. Pékin desserre les contraintes sur le crédit Shanghaï Correspondance L économiechinoise a enregistré une croissance de 8,9 % au cours du quatrième trimestre 2011, son niveau le plus faible depuis le deuxième trimestre 2009. Les chiffres publiés, mardi 17janvier, par le Bureau national des statistiques portent ainsi la deuxième économie mondiale à 9,2 % de croissance sur l ensemble de l année 2011, alors que le produit intérieur brut (PIB) chinois avait progressé de 10,4 % en 2010. La Banque mondiale anticipe une croissance de 8,4% en 2012 pour la locomotive de l économie mondiale L ensemble des indices traduit un ralentissement généralisé. Les investissements ont augmenté de 23,8% en un an, moins que l année précédente. La production industrielle a progressé de 13,9 %, un rythme, là encore, plus faible qu en 2010 compte tenu du ralentissement de la demande occidentale. A 17,1 % de croissance, les ventes de détail progressent aussi moins vite que l année précédente. «Ce sont malgré tout des chiffres assez solides, qui montrent que l économiechinoise a de la résistance», constate Stephen Green, chef économiste de la banque Standard Chartered en Chine. Ce ralentissement était largement anticipé. Après l effondrement de Lehman Brothers, fin 2008, le gouvernement chinois, afin d endiguer la crise économique, avaitouvertlesvannesdu crédit pour financer des investissements massifs dans les infrastructures. Deux ans plus tard, il a été surpris par une vive poussée inflationniste. Inquietdes conséquences néfastes de cette hausse des prix sur la stabilité sociale, Pékin avait donc placé la maîtrise de l inflation au premier rang de ses priorités pour 2011, devant la croissance. L année a ainsi été marquée par le resserrement du crédit : il y a eu de multiples hausses des ratios de réserves imposés aux banques commerciales, ainsi que cinq hausses des taux directeurs de la banque centrale entre l automne 2010 et l été 2011. Cette politique monétaire a pesé lourdement sur l activité, au moment même où le premier partenaire commercial de la Chine, l Europe, s est trouvée empêtrée dans la crise et a réduit ses commandes. L économie chinoise souffre donc de ses propres maux. Dans les deux centres de production majeurs que sont le delta de la Rivière des perles et celui du Yangzi, les entrepreneurs se plaignent des difficultés d accès au financement des banques. Dans le même temps, ils doivent relever les salaires des ouvriers migrants, susceptibles de ne pas revenir vers les provinces côtières après les congés du Nouvel An chinois, qui débutent le La City veut sa part de la mondialisation du yuan La place financière de Londres va accueillir une zone offshore de négoce de la devise chinoise week-end prochain, si rien n est fait pour améliorer leur condition. Dans la métropole industrielle de Shenzhen, le salaire minimum augmentera ainsi de 13,6 % le 1 er février 2012. Après un pic à 6,5 % d inflation en juillet 2011, la progression des prixestretombéeà l automne. Elle a permis à Pékin de changer de nouveau son fusil d épaule pour limiterla chute de croissance, et de libérer du crédit en rabaissant les ratios de réserve des banques en décembre. Les chiffres publiés mardi étant meilleurs qu anticipés par la plupart des économistes, la banque centrale ne devrait pas relâcher davantage la bride avant le Nouvel An, contrairement à ce que prévoyaient nombre d entre eux. Le mouvement de soutien à la croissance est néanmoins engagé, même si la Chine semble n avoir ni les moyens ni l envie de déployer, en cas de nécessité, un plan de relance de l ampleur de celui de 2008. Dans ce contexte, le directeur du Bureau des statistiques, Ma Jiantang, a qualifié 2012 d année «de complexités et de défis». La Banque mondiale anticipe une croissance de 8,4 % en 2012 pour la locomotive de l économie mondiale. La question centrale concerne la tenue deroute du marché immobilier, sur lequel le peuple et le gouvernement ont les yeux rivés. Prix et volumes de ventes de logements sont en baisse généralisée. Selon un sondage publié par Reuters, la plupart des économistes pensent que les prix du marché baisseront de 10 % à 20 % en 2012. L évolution du marché-clé de l immobilier guidera en temps réel les pas du gouvernement chinois pendant l année du Dragon. p Harold Thibault Des prix de l énergie toujours plus élevés PRIX DU SUPER SP 95, en euros par litre 1,75 1,556 6 1,50 5 1,25 1,00 4 0,75 3 0,50 Données à la mi-janvier de chaque année 2 Janv.2005 FACTURE ÉNERGÉTIQUE, en milliards d euros Janv. 2012 Janv. 2007 Oct. 2011 SOURCE : MINISTÈRE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE Le prix de l essence atteint des sommets en France LE PRIX moyen du litre de super sans plomb 95 (SP95) a atteint 1,5563 euro vendredi 13janvier en France, celui du super sans plomb 98 (SP98) se hissant à 1,5954 euro, d après les relevés publiés le 16janvier, par le ministère du développement durable et des transports. Les précédents records, datant de mai 2011, sont battus : le SP95 et le SP98 coûtaient alors respectivement 1,5492 et 1,5861 euro le litre. A 1,4240 euro, le gazole n est plus MERCREDI 15H. PAPA TRAVAILLE. MAMAN EST EN RTT. QUI A PARLÉ D ÉGALITÉ? Mieux impliquer les pères et ne plus pénaliser la vie professionnelle des mères. Garantir un temps d accueil périscolaire de qualité, jusqu à 18h30 en semaine, ainsi que le mercredi et pendant les vacances. Aider les pères à s investir davantage dans l espace familial et domestique, c est aussi ça l égalité Ensemble, faisons un geste pour changer les choses : signons le Pacte pour l égalité et rejoignons le Laboratoire de l égalité. Toutes les informations sur www. laboratoiredelegalite.org 5,8 qu à 3 centimes de son record de mai2008 (1,4541 euro). Selon l Union française des industries pétrolières, cette envolée tient à deux facteurs. D une part, les craintes concernant la production en Iran, et les tensions au Nigeria, soutiennent les cours du pétrole brut à des niveaux élevés. D autre part, la faiblesse de l euro par rapport au dollar est venue, depuis la fin 2011, alourdir le coût de l or noir importé en France. p Londres Correspondant Le Royaume-Uni a toujours su tirer avantage de ses liens avec ses anciennes colonies. Lundi 16 janvier, le ministre britannique des finances, George Osborne, et le patron de la Hongkong Monetary Authority (HKMA), Norman Chan, ont signé un accord-cadre créant une zone off shore du négoce du yuan dans la City, qui doit permettre à l ex puissance tutélaire de tirer profit de l internationalisation grandissante de la devise chinoise, appelée aussi renminbi. Dans un premier temps, Londres et Hongkong vont explorer les synergies en matière de règlements et de chambres de compensation des transactions internationales en yuans. Sous la supervision de la HKMA, les institutions de la City lanceront de nouveaux produits financiers en yuans. En vertu du traité «un pays, deux systèmes» de rétrocession à la Chine, le 1 er juillet 1997, Hongkong continue de jouir jusqu en 2047 d un statut financier autonome et de sa propre devise, le dollar de Hongkong. Parallèlement, la deuxième place financière en Asie abrite le marché extraterritorial du yuan, qui théoriquement n est pas convertible. Derrière le décor carte postale du «port aux mille parfums», vit un marché des changes en pleine expansion. Graduellement, Pékin lève les contrôles du change et les barrières à la libre circulation des capitaux pour asseoir sa légitimité de deuxième puissance économique mondiale. Le centre de recherche londonien Chatham House estime queles transactionscommerciales internationales libellées en yuans devraient s élever à 1 000 milliards de dollars (789 milliards d euros) d ici à 2020. Premier marché des devises au monde, la City se réjouit de l accord passé avec Hongkong qui ne peut qu asseoir la domination incontestée de son Forex (foreign exchange) par rapport à ses rivaux, New York, Tokyo ou Singapour. Les décalages horaires avantageux, le savoir-faire et la masse critique d opérations expliquent la prééminence de la City. Vote de confiance Par ailleurs, cette coentreprise nepeutqu avantagerlesdeux banques britanniques les plus actives en Chine même, HSBC et Standard Chartered, face à la concurrence frontale de Deutsche Bank, d UBS et de Goldman Sachs. «Le leadership de Londres sur les changes est à la fois clair et peu assuré. Cette annonce ne peut que profiter au secteur financier britannique», insiste Richard Driver du courtier londonien Caxton FX. En outre, la réputation d excellence du partenaire dans cette opération, la HKMA, la tutelle des marchés, n est plus à faire. Quant à l outil informatique et à la supervisionduhongkong StockExchange, ils sont incomparablement supérieurs à ceux de ses rivales locales. Pour sa part, le gouvernement britannique voit dans cet ancrage un vote de confiance dans la City, qui se sent menacée par les réglementations européennes et l isolement du Royaume-Uni dans la crise de l euro. p Marc Roche Photo : Patrick Canigher laboratoiredelegalite.org
14 économie La dégradation de la note de la France relance le débat sur la compétitivité Le chef de l Etat a inscrit la question au menu du sommet social, au grand dam des syndicats La France devancée par l Allemagne EXCÉDENT BRUT D EXPLOITATION (RÉSULTAT) DE L INDUSTRIE MANUFACTURIÈRE Base 100 en 2000 180 160 140 120 100 80 60 France Allemagne Zone euro (hors All. et France) Prendre des mesures rapides pour améliorer la compétitivité des entreprises, voilà la nouvelle urgence définie par Nicolas Sarkozyà moinsde centjours de l élection présidentielle. Le chef de l Etat a inscrit la question au menu du sommet social du mercredi 18janvier, à l Elysée, au grand dam des syndicats, qui réclament, pour leur part, des mesures d urgence contre la montée du chômage. Pour le gouvernement, l amélioration de la compétitivité exige des réformes structurelles, afin d assouplir les règles du chômage partiel et de réformer le droit du travail. Les salaires et le temps de travaildoivent pouvoirs adapterà la conjoncture économique. Le sujet ne peut plus être esquivé, souligne l Elysée, depuis la perte du triple A français et la nécessité de retrouver de la croissance. Dansl argumentairequi accompagnesa décision de dégrader la France, l agence Standard &Poor s pointe «des divergences de compétitivité» entre pays de la zone euro, et notamment entre Paris et Berlin. De fait, si les entreprises sont compétitives et donc riches, elles payent plus d impôts, créent de l emploi et favorisent donc la consommation, enclenchant un cercle vertueux. La faiblesse de la compétitivité française suscite de vifs débats d experts. Pour Pierre-André Buigues, professeurà l Ecolesupérieure de commerce de Toulouse, ex-conseiller économique de la Directiongénérale de la concurrenceà Bruxelles, ledéficit de compétitivité tient moins à la concurrence despaysémergents dontla maind œuvre à bas coût est impossible à concurrencer, qu à des erreurs stratégiques en matière de politique industrielle. De nombreux autres pays développés de la zone euro l Allemagne, la Finlande, la Suède, l Autriche ont su maintenir une forte présence industrielle, malgré la concurrence des émergents. Le secteur industriel manufacturier représente22,4 % de lavaleur ajoutée de la zone euro mais seulement 16 % en France. Délocalisation L Hexagone n a pas su mobiliser «les ingrédients essentiels», explique M. Buigues dans la Revue d économie industrielle parue au quatrième trimestre 2011. Paradoxalement,laFrance comptedavantage de multinationales parmi les 100 premiers groupes mondiaux que l Allemagne. Mais, elle exporte moins. Et l écart s accroît. Car les groupes français ont plus délocalisé leur production que leurs homologues allemands. «Le montant des investissements directs étrangers des entreprises POIDS DES EXPORTATIONS DE MARCHANDISES FRANÇAISES ET ALLEMANDES DANS LES EXPORTATIONS DE LA ZONE EURO, en % France 17,6 29,4 Allemagne 12,8 31,8 françaises représente plus du double des entreprises allemandes entre 2000 et 2006, alors que le PIB allemand est de 30 % supérieur au PIB français», a-t-il calculé. Les entreprises des pays qui réussissent industriellement ont beaucoup investi en recherche et développement et se sont spécialisées dans des produits haut de gamme, qu elles peuvent produire localement. Selon l institut Coe- Rexecode, le montant de dépenses intra-muros des entreprises dans ce domaine est deux fois plus élevé en Allemagne qu en France. Les aides publiques aux entreprises en matière de recherche ont en outre ciblé un certain nombre de secteurs prioritaires : produits verts et économies d énergie. Cette stratégie a des effets vertueux. En 2008, le salaire brut annuel moyen à temps complet NIVEAU DE COÛT DE L HEURE DE TRAVAIL DANS L INDUSTRIE ET LES SERVICES MARCHANDS, en euros 34,54 30,95 28,06 2000 2005 2011 1999 2011 2000 2004 2008 3 e trim. 2011 SOURCES : COE-REXECODE, EUROSTAT 35 30 25 20 France Zone euro Allemagne dans l industrieet les services était de 41 400 euros en Allemagne, contre 33570 euros en France. Dans une note publiée lundi 16 janvier, la Commission européenne rappelle que «les PME européennes ont assuré 85 % de la création nette d emplois entre 2002 et 2010, alors la part des PME dans l emploi total se situe à 67 %». Mais, en France, ces PME vont souffrir de la conjoncture et de la dégradation de la note française. Selon une étude de l IFOP réalisée à la demande du cabinet KPMG et de la CGPME, publiée lundi, «près des deux tiers (65 %) des patrons de PME ont au moins un besoin de financement, dont 44 % pour financer des investissements». Le renchérissement probable du crédit va les amener à restreindre la taille et le nombre de leurs projets. p Annie Kahn En visite en Espagne, M.Sarkozy contre-attaque sur le triple A Le président a loué la «démocratie espagnole» qui a vu opposition et majorité voter la «règle d or» Madrid Envoyé spécial Nicolas Sarkozy ne veut pas se laisser déstabiliser par la perte du triple A de la France décidée par Standard & Poor s. Le chef de l Etat a contre-attaqué, lundi 16 janvier, à Madrid, lors de sa conférence de presse aux côtés du président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy. Le président français refuse de l évoquer. «Vous n avez peut-être pas eu les dernières informations? Donc, pouvez-vous me poser une autre question avec les dernières informations?», a-t-il demandé au cours d un échange aigre-doux. Uneallusion à la décision de l agence Moody s de ne pas se prononcer sur le triplea français avant avril. Et d instrumentaliser son voyage en Espagne pour faire la leçon à l opposition. «Ceux quicommentent peuvent se laisser aller à des outrances, dire des choses qu on aoubliées le lendemain. Quand on est au gouvernement, on n a pas le droit, on ne peut pas se permettre ce genre d agitation», a accusé M. Sarkozy. L occasion était rêvée, alors que le roi Juan Carlos lui avait remis dans la matinée les insignes de chevalier dans l ordre de la Toison d or. Une première depuis le président Gaston Doumergue en 1926. Cette distinction exceptionnelle, M. Sarkozy la doit à son soutien indéfectibleà l Espagnedansla lutte contre le terrorisme, en particulier contre l organisation séparatiste basque ETA, depuis sa nomination au ministère de l intérieur en 2002. «Il n y a plus de Pyrénées dans la lutte contre le terrorisme, s est félicité le récipiendaire, c est un jour que je n oublierai pas.» Outre Mariano Rajoy, tous les premiers ministres espagnols étaient là : le socialiste sortant José Luis Zapatero, le conservateur José Maria Aznar, ami de George Bush, et le socialiste Felipe Gonzalez, qui fit entrer l Espagne dans l Union européenne. «J admire cette démocratie espagnole qui peut rassembler tous les présidents du conseilsansque personnenese sente atteint dans son identité politique», a salué M. Sarkozy, avant de vanter la «règle d or», adoptée par consensus avant les élections générales locales, qui ont vu le retour de la droite. «Quand on est dans l opposition et que l on sait, dans l intérêt de son pays, faire un geste vers le gouvernement, on se grandit, a alors déroulé M. Sarkozy, il y a sans doute à s inspirer de la démocratie espagnole.» En campagne A l avant veille du sommet social, le chef de l Etat a défendu sa stratégie consistant à multiplier les annonces de réformes à moins de cent jours de la présidentielle. «Pour celui qui est au chômage ( ), il faut agir tout de suite, a-t-il assuré ; il n y a jamais de risque à dire la véritéau pays donton alaresponsabilité,les gens sont lucides, très intelligents, ils comprennent tout.» La campagne électorale s est poursuivie à l ambassade de France à Madrid, devant ces Français de l étrangerquivoteront aux législatives, M. Sarkozy ayant créé onze circonscriptions à travers la planète. Le candidat non déclaré de l UMP a vanté son bilan et justifié la gratuité de la scolarité dans les lycées français à l étranger. Jamais il n a noté que les expatriés n étaient pas des contribuables français. Il a aussi défendu la doublenationalité, combattue parune partie de la droite populaire. p Arnaud Leparmentier Les marchés financiers snobent les sanctions de Standard &Poor s Moody s se donne plus de temps pour rendre son verdict sur la note de Paris. Le Fonds européen de stabilité financière a été dégradé à son tour Le Royaume-Uni redoute d être le prochain pays à perdre son AAA Après les attaques de Paris sur les faiblesses de l économie britannique, c est au tour de Berlin de mettre en cause les insuffisances de Londres Moody s se donne un peu plus de temps avant de se prononcer sur la note de la France. Dans une «opinion de crédit» parue lundi 16 janvier, l agence américaine a expliqué qu elle allait continuer de jauger si la «perspective stable» donnée au Aaa de la France était toujours appropriée, avant de se prononcer d ici à la fin du premier trimestre. Si jamais elle abaissait de «stable» à«négative» la perspective, la note de la France aurait 50% de chances d être dégradée dans les deux ans. Le17octobre 2011, Moody savait été la première à écorner le Aaa de la France en indiquant étudier le maintien ou non de la «perspective stable» : elle expliquait alors qu elle rendrait son verdict d ici trois mois. Nicolas Sarkozy veut interpréter cette décision comme un maintien du Aaa, faisant ainsi contrepoids à la dégradation décidée par Standard & Poor s, mais Moody s n endemeure pas moins assez critique sur la situation. D abord parce que les chiffres de la dette publique «sont désormais parmi les moins solides comparés aux autres souverains Aaa», explique l agence. Ensuite, parce que la dégradation récente de l activité économique accroît la pression. Enfin, parce qu il ne faut pas exclureune «éventuelle nouvelledétérioration de la crise de la dette européenne», laquelle a des «conséquences directes» sur la «position financière de la France». Moody s mettoutefois aucrédit de la France les efforts du gouvernement ces derniers mois pour redresser les comptes. De passageà Paris, lundi, les dirigeants de Fitch, la troisième grande agence de notation, ont de leur côté répété de nouveau qu ils devraient maintenir en 2012, sauf forte intensification de la crise européenne, la note AAA accordée à la France, placée sous perspective négative en décembre 2011. Et ce même si l argumentaire développé par Standard & Poor s n est, selon eux, pas très éloigné de leur vision, seules quelques différences les séparant. Victime collatérale La dégradation de la France par Standard & Poor s a en tout cas fait sa première victime collatéralelundi soir : le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Comme attendu (Le Monde du 17 janvier), l outil d aide aux pays de la zone euro en difficulté s est vu retirer sa noteaaa, ramenéeàaa +. Sonévaluation reposait sur les garanties apportées par les six pays de la zone euro notés AAA jusqu à vendredi dernier, mais depuis ramenés à quatre Allemagne, Pays- Bas, Luxembourg, Finlande après les dégradations de la France et de l Autriche. Malgré les dégradations décidéespar Standard&Poor s, les marchés financiers ont totalement ignoré cette annonce lundi, lors de leur réouverture. «Ils avaient depuis longtemps baissé la note de la France, et n ont donc pas réagi à la décision de Standard & Poor s de la ramener à AA +», notent les stratèges de Natixis. L indice CAC 40 de la Bourse de Paris a crû de 0,89 % lundi et progressait encore mardi grâce aux chiffres de la croissance chinoise au quatrième trimestre. Preuve d une certaine sérénité, les rendements des emprunts d Etat italiens, espagnols et français diminuaient de leur côté. Les obligations françaises à dix ans sont même repassées, mardi, sousles 3 %, revenant à leur niveau du 28 décembre, contre 3,35 % le 6 janvier. Et l écart de taux («spread») entre les emprunts français et ceux jugés les plus sûrs del union monétaire,les Bund allemands, est redescendu autour de 1 point de pourcentage, contre 1,3 point ces derniers jours et 2points mi-novembre. Dans ces conditions, la France a réussi à emprunter dans d excellentes conditions, lundi, quelque 8,59 milliards d euros sur des échéances à court terme, allant de trois mois à un an. La demande des investisseurs a été deux fois plus élevée que l offre. Mais le vrai test aura lieu jeudi avec des emprunts à moyen et long terme, qui font davantage office de baromètre de l appétit des marchés. p Clément Lacombe Londres Correspondant Les exportations et l investissement du secteur privé n ont pas pris le relais de la consommation et des dépenses publiques, affectées par la crise La dégradation, par Standard & Poor s (S&P) de neuf membres de la zone euro, dont la France, inquiète le Royaume-Uni. Sur le thème : l île d Albion sera-t-elle la prochaine sur la liste des pays qui perdent leur triple A? De fait, l une des faiblesses invoquée par l agence américaine de notation à l appui de sa décision d abaisser la note de la France d un cran est l anémie de la croissance. Ce même critère pourrait mettre en péril le maintien du AAA britannique, sésame garant de sa solvabilité qui lui permet de s endetter à bas coût. Londres s inquiète de voir ses partenaires européens mettre en cause la légitimité de son AAA. Après les attaquesrécentes de Paris sur son économie, l Allemagne a, à son tour, attaqué. Ainsi, pour Michael Fuchs, numéro deux du groupe parlementaire de la CDU, la formationpolitique delachancelière Angela Merkel, «si l on veut être cohérent, il faudrait aussi dégrader le Royaume-Uni» dont la dette et le déficit budgétaire structurel sont plus élevés qu en France. Alire le rapportalarmiste publié ce week-end par le cabinet comptable Ernst & Young, la reprise économique outre-manche est «paralysée» par la crise de la zone euro qui absorbe deux cinquièmes des exportations duroyaume. Le document prévoit une récession au derniertrimestre2011 etaupremiertrimestre 2012. Tout en applaudissant la cure d austérité draconienne poursuivie sans relâche par Londres, les agences de notation s inquiètent des perspectives peu réjouissantes de croissance. Les exportations et l investissement du secteur privé n ontpasprisle relaisde la consommation et des dépenses publiques, affectées par la crise. La productivité estpénaliséepar la baissedes créditsbancaires auxpetitesetmoyennes entreprises, moteurs traditionnels de l innovation et de la création d emplois ainsi que par la réduction du budget de la formation professionnelle. La politique de la Banque d Angleterre qui fait marcher la planche à billets et achète sans retenue de la dette souveraine britannique milite pour sa part pour le maintien du AAA. Mais, l injection de liquidités par l institut d émission présente des risques d aggravation d une inflation déjà élevée, à 4,8 % pour l heure. Comme le fait remarquer Liam Halligan, économiste auprès du gestionnairedepatrimoine Prosperity Capital Management, à cette dette officielle s ajoutent les engagements, selon ses propres termes, «cachés» de l Etat britannique : le poids des retraites dans le secteur public et la facture des projets défaillants du partenariat privépublic. Il cite également le coût colossal de la nationalisation de plusieurs banques et organismes de prêts hypothécaires, dont Royal Bank of ScotlandetLloyds,à lasuitedela crise financière de 2008-2009. Et à voir la vente au rabais de Northern Rock à Virgin Money, les revenus tirésdela cessionfuture desétablissements publics pourraient être bieninférieursaux prévisionsoptimistes du Trésor. Enfin, l agence Moody s a publié fin décembre2011 une mise en garde sur le triple A du Royaume-Uni, en raison, notamment, de la montée du déficit budgétaire et de la croissance quasi nulle (Le Monde du 23décembre 2011). Reste que malgré ces nuages, Richard McGuire, analyste obligataire auprès de la Rabobank, est persuadéquel économie britannique garde deux atouts de poids pour conserver le AAA : «Sa propre devise et une politique fiscale crédible.» p Marc Roche
économie 15 Carnival Pertes& Profits Chronique par Stéphane Lauer La croisière ne s amuse plus Bien sûr, on peut toujours se dire qu on a trois fois plus de risques de périr en avion et 110 fois plus en voiture et, pourtant, on continue à prendre ces moyens de transport. Bien sûr, on peut toujours se dire que la part de l erreur humaine à l origine de la tragédie du Costa Concordia ne remet pas en cause la fiabilité de tout un secteur. Bien sûr, on peut toujours se dire que le paquebot avait le mauvais œil, après un premier grave incident en 2008 à son entrée dans le port de Palerme. Bien sûr, on peut toujours se dire que le naufrage du Titanic remonte à cent ans tout rond. Mais, au travers des images de ce géant des mers couché sur le flanc aux abords de l île de Giglio, au sud de la Toscane, c est tout le secteur de la croisière qui se trouve en proie au doute. Ce drame, qui a provoqué la mort de sept personnes, selon le dernier bilan, mardi 17 janvier, pourrait remettre en cause la robustesse de la croissance des dernières années, qui, pourtant, avait même résisté à la tempête financière de 2008. Carnival, le propriétaire américain du Concordia, leader mondial de la croisière, qui a dégagé un résultat avant impôts de 1,9milliard de dollars, sait qu il entre en eaux troubles. L action a dévissé de plus de 16,5 % en Bourse. Sans doute un début, tant que les responsabilités et le coût final pour la compagnie ne seront pas connus. Pour le moment, le groupe a évalué l impact sur ses comptes, pour l exercice en cours, à 95millions d euros. Mais cette somme ne couvre que le manque à gagner en termes d exploitation. Le navire, qui coûte 475millions d euros, ne prendra pas la mer de sitôt et les dédommagements qui seront accordés aux victimes sont en cours de calcul. La facture pour les assureurs pourrait La facture pour les assureurs pourrait s élever à 750 millions d euros s élever à 750millions d euros, ce qui ferait du Concordia la catastrophe la plus coûteuse de l histoire maritime. Quant à la capacité du secteur à rebondir, au moment où se prennent les réservations pour la prochaine saison, l inconnue est encore plus grande. Entre la flambée des cours du pétrole et l impact de la crise de la zone euro sur le tourisme, Carnival pourrait en plus devoir composer avec un nouvel écueil: une remise à plat de la réglementation internationale. Morgan Stanley estime que, si tous ces éléments se conjuguent, Carnival pourrait perdre près de la moitié de sa valeur. Certes, le pire n est jamais sûr. C est ce que devait se dire le commandant du Concordia. p Retrouvez Pertes & Profits sur le Net: lauer.blog.lemonde.fr La France légifère sur les œuvres indisponibles Tous les livres publiés avant le 31 décembre 2000 devraient, à terme, devenir accessibles Dans Le Point, daté du 12 janvier, l écrivain Patrick Besson déplorait qu à l exception d un ou deux romans, toute l œuvre de Jacques Laurent, un des quatre Hussards, prix Goncourt 1971 avec Les Bêtises et plume des Caroline chérie, sous le nom de Cecil Saint-Laurent, soit aujourd hui introuvable. Mais peut-être plus pour très longtemps. Jeudi 19 janvier, l Assemblée nationale devrait adopterune proposition de loi sur l exploitation numérique des œuvres indisponibles. Ce texte rendra accessible l ensemble du patrimoine littéraire français du XX e siècle, dès lors que ces livres ne sont plus exploités commercialement. Selon les dernières études, cela concerne de 500 000 à un million de titres. La France sera le premier pays à se doter d un mécanisme pour régleraussi la question des œuvres orphelines, la fameuse zone grise des ouvrages qui ne sont pas encore tombés dans le domaine public, mais pour lesquels on a perdu latrace des ayants droit. La législation française protège les droits surles livres jusqu à70ans après le décès de leur auteur. «Répondre à Google» Pour le député (UMP, Savoie), Hervé Gaymard qui défend cette proposition de loi, «la France se donne les moyens de répondre à Google et à sa volonté de numériser l ensemble des fonds des bibliothèques américaines, sans aucune autorisation.» Cetteloiestle fruitd unconsensus entre auteurs et éditeurs, et entre le ministère de la culture et les deux chambres du Parlement. Elleva se concrétiser par l introduction, dans le code de la propriété intellectuelle (CPI), d un nouveau chapitre instaurant un régime juridique spécifique pour les œuvres publiées en France, avant le 31 décembre 2000 et qui sont aujourd hui introuvables. Pour lever tous les obstacles, économiques et juridiques, le choix du législateur est de confier la gestion collective des droits numériques sur les œuvres indisponibles à une société de perception et de répartition des droits (SPRD). Pardécret, lasofia, qui gère le droit de prêt en bibliothèque et la rémunération de la copie privée pourlelivre, devraitsevoir confier cette mission. Dans les autres travaux à réaliser figure l établissement d une base de données publique des œuvres indisponibles. Cette tâche incombera à la Bibliothèque nationale de France (BNF). Pour la Société des gens de lettres (SGDL), qui représente les intérêts des écrivains, un des points essentiels de l accord est que l auteur garde le droit d accepter ou bien de refuser la numérisation de ses titres. L éditeur, qui s opposerait en revanche à une numérisation, au motif qu il exploite encore l œuvre, devra de son côté s engager à la rendre accessible, sous forme papier ou numérique, dans un délai de trois ans. Reste le volet financier qui relève de dispositions à venir. La numérisation des ouvrages doit se faire dans le cadre des «investissements d avenir», avec le soutien du Grand Emprunt qui n a pas encore été voté, mais aussi avec l aide des éditeurs. Pour l ensemble des acteurs du livre, cette loi servira de pierre angulaire à l essor du patrimoine littéraire français qui risque, autrement, de tomber dans un vaste trou noir. p Alain Beuve-Méry Les gratuits fêtent leurs dix ans, mais leur situation financière reste fragile Racheté par TF1, Métro France se relance et veut être «rentable dans moins de trois ans» Dans quelques semaines, la presse quotidienne gratuite fêtera ses dix années d existence en France. Trois grands titres sont encore présents (20 Minutes, Direct Matin, Metro), qui se livrent une guerre sans merci alors que, financièrement, leur situation n est pas très reluisante. La société Metro France Metro fut le premier à se lancer, il aura dix ans le 25 février va ainsi engager un «plan de relance pour revenir à l équilibre le plus vite possible», comme l indique Edouard Boccon-Gibod, son nouveau président depuis novembre 2011. «Il nous faut être rentable dans moins de trois ans», ajoute-t-il. M. Boccon- Gibod est arrivé dans les «bagages» de TF1, le nouveau propriétaire (à 100 %) de l entreprise depuis fin juillet 2011 ; il était auparavant le patron du pôle de production de la télévision. Le plan sera mis en œuvre le 5 mars. Il y a urgence. Le titre est à la peine. Après trois années fastes (2006, 2007, 2009), il perd ànouveau de l argent depuis deux Conjoncture et vie des entreprises Finance Selon M. Baroin, les taux d intérêt des crédits n augmenteront pas Les taux d intérêt des crédits ne devraient pas augmenter après la perte du triplea français, a déclaré, lundi 16janvier, le ministre des finances, François Baroin, sur la chaîne M6. «Depuis décembre2011, souligne-t-il, les taux auxquels se financent les banques ( ) n ont jamais été aussi bas de toute l histoire de la construction européenne.» De son côté, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a appelé les banques, lundi, à ne pas céder à «la tentation de la restriction du crédit». Automobile Les ventes de Renault en hausse de 3,6% en 2011 Renault a vendu 2,72millions de véhicules en 2011, a annoncé, mardi 17 janvier, le groupe français. En recul de 5,7 % en Europe, les ventes du constructeur ont bondi de 19,2 % sur les autres continents, notamment en Russie (+60 %) et en Amérique latine (+25 %). Marchés VALEURS DU CAC40 ans. Avant de se retirer du marché français, le groupe suédois Metro International, ancien actionnaire majoritaire, avait prévu de perdre environ 3millions d euros en 2011 pour un chiffre d affaires d environ 30millions. Metro est par ailleurs devancé par ses rivaux. En novembre 2011, Direct Matin, propriété de Bolloré Média, lancé il y a cinq ans, affichait une diffusion moyenne de 1 062 704 exemplaires, contre 1031 000 pour 20 Minutes (contrôlé à parts égales par Ouest France etlenorvégienschibsted) et del ordre de 760000 pour Métro. Médias Fusion suspendue entre RFI et France 24 La cour d appel de Paris, saisie par le comité d entreprise de Radio France Internationale (RFI), a suspendu, lundi 16janvier, la fusion avec la chaîne France24. Le temps qu Audiovisuel extérieur de la France (AEF), maison mère de RFI, et France 24, transmettent au comité d entreprise la version Mardi 17 janvier 9h40 Valeur Dernier Cours % var. % var. Plus Plus Divid. Code cours préc. /préc. 31/12 haut bas net ISIN ACCOR... 20,96 21,13-0,80 7,02 21,20 18,70 0,62 T FR0000120404 AIR LIQUIDE... 98,15 97,74 0,42 2,68 98,45 94,21 2,35 T FR0000120073 ALCATEL-LUCENT... 1,43 1,41 1,06 18,23 1,45 1,21 0,16 T FR0000130007 ALSTOM... 24,70 24,36 1,40 5,42 24,84 21,93 0,62 T FR0010220475 ARCELORMITTAL... 15,88 15,64 1,50 12,38 16,00 14,03 0,16 S LU0323134006 AXA.... 10,81 10,54 2,61 7,62 10,90 9,39 0,69 T FR0000120628 BNP PARIBAS ACT.A... 33,18 32,30 2,71 9,32 33,25 27,52 2,10 T FR0000131104 BOUYGUES... 23,95 23,79 0,65-1,64 25,05 22,50 1,60 T FR0000120503 CAP GEMINI... 26,18 25,84 1,28 8,41 26,19 24,04 1,00 T FR0000125338 CARREFOUR... 16,73 16,58 0,93-5,00 18,30 16,27 1,08 T FR0000120172 CREDIT AGRICOLE... 4,33 4,25 1,81-0,71 4,46 4,01 0,45 T FR0000045072 DANONE... 47,09 46,88 0,43-3,06 49,80 46,53 1,30 T FR0000120644 EADS... 25,86 25,68 0,70 7,06 25,96 24,02 0,19 T NL0000235190 EDF.... 17,93 17,81 0,67-4,63 19,32 17,52 0,57 A FR0010242511 ESSILOR INTL... 57,10 57,00 0,18 4,67 57,45 54,50 0,83 T FR0000121667 FRANCE TELECOM... 11,77 11,73 0,30-3,01 12,40 11,48 0,60 A FR0000133308 GDF SUEZ... 21,18 21,05 0,67 0,31 21,85 20,42 0,83 A FR0010208488 LAFARGE... 28,89 28,41 1,69 6,37 29,61 26,07 1,00 T FR0000120537 LEGRAND... 25,57 25,43 0,57 2,90 26,00 24,54 0,88 T FR0010307819 L OREAL... 80,70 80,56 0,17 n/d 83,47 79,22 1,80 T FR0000120321 LVMH MOET HEN.... 116,25 117,05-0,68 6,26 117,85 108,00 0,80 A FR0000121014 MICHELIN... 50,54 49,76 1,58 10,65 50,75 45,61 1,78 T FR0000121261 PERNOD RICARD... 73,96 73,94 0,03 3,21 74,47 70,50 0,77 S FR0000120693 PEUGEOT... 14,46 14,12 2,48 19,45 14,46 11,98 1,10 T FR0000121501 PPR.... 114,80 116,95-1,84 3,75 118,40 110,70 3,50 T FR0000121485 PUBLICIS GROUPE... 38,37 38,03 0,89 7,95 38,45 35,30 0,70 T FR0000130577 RENAULT... 31,47 30,87 1,94 17,43 31,55 26,76 0,30 T FR0000131906 SAFRAN... 24,73 24,39 1,37 6,55 24,80 22,75 0,25 A FR0000073272 SAINT-GOBAIN... 32,42 32,02 1,25 9,29 32,64 29,03 1,15 T FR0000125007 SANOFI... 56,13 55,96 0,30-1,09 57,42 54,89 2,50 T FR0000120578 SCHNEIDER ELECTRIC... 46,00 45,32 1,50 13,08 46,22 40,31 3,20 T FR0000121972 SOCIETE GENERALE... 16,80 16,55 1,51-2,38 17,68 14,88 1,75 T FR0000130809 STMICROELECTR.... 5,34 5,32 0,32 16,31 5,39 4,59 0,09 A NL0000226223 TECHNIP... 72,20 71,42 1,09-0,58 74,55 69,79 1,45 T FR0000131708 TOTAL.... 39,94 39,48 1,14 1,10 40,56 38,57 0,57 A FR0000120271 UNIBAIL-RODAMCO... 139,55 138,90 0,47 0,47 139,90 130,35 8,00 D FR0000124711 VALLOUREC... 54,99 54,39 1,10 9,63 55,20 49,68 1,30 T FR0000120354 VEOLIA ENVIRON.... 8,58 8,51 0,86 1,33 8,95 7,93 1,21 T FR0000124141 VINCI... 35,52 35,19 0,92 5,20 36,20 33,62 0,55 A FR0000125486 VIVENDI... 16,23 16,08 0,93-4,08 17,62 15,58 1,40 T FR0000127771 Coursen euros. : valeur pouvant bénéficier du service de règlement différé (SRD). # : valeur faisant l'objet d'un contrat d'animation. Plus haut et plus bas : depuis le 1/1/2011. n/d : valeur non disponible. A : acompte, S : solde, T : totalité. Nouveau format M. Boccon-Gibod a opté pour des changements visibles. Le tabloïd sera abandonné au profit d un format plus petit et d une nouvelle maquette. «Pour faciliter la prise en main et la lecture dans les transports, note-t-il. Mais Métro sera toujours plusgrand que 20 Minutes et Direct Matin.» Sur le plan éditorial, le journal chercheraà avoir «un ton plus positif». Notamment grâce à des sujets «consommation, vie pratique, divertissement et culture», précise M. Boccon-Gibod. «Le bon traitement de l actualité culturelle est un facteur clé de réussite», assure-t-il. Fort de l appui de TF1, Metro sera présent, début mars, dans 15 villes supplémentaires (35 au total). Mais à diffusion constante. Car, pour se remettre à flot, Metro a choisi de se retirer de la course au million d exemplaires diffusés, seuil qui permettrait de compter auxyeux des annonceurs. «Pas raisonnable, pas rentable, a décidé le nouveau patron. Metro reste à 760 000 exemplaires au prix d une meilleure répartition.» Pour sa part, 20 Minutes est bénéficiaire depuis deux ans. Après un chiffre d affaires de 52,4 millions d euros en 2010, le gratuit annonce «en 2011, un taux de croissance à deux chiffres et le maintien de sa rentabilité». Le tout sans freiner l extension de sa diffusion. Depuis le 4 janvier, 20 Minutes est distribué chaque jour dans Radio NRJ et France Inter en forte hausse talonnent le leader RTL Avec 11,4 % d audience cumulée contre 10,4 % il y a un an, NRJ est la grande gagnante de l enquête Médiamétrie, publiée mardi 17janvier, qui amesuré l audience des radios en novembre-décembre2011. NRJ est désormais au coude-à-coude avec RTL (196000 auditeurs les séparent). La station de la rue Bayard à Paris qui avait battu un record historique il y a un an avec 13,2 % d audience cumulée se replie à 11,8 %. Relancée sous la houlette de Denis Olivennes, Europe1 retrouve des couleurs avec 9,4 % d audience cumulée. France Inter et France Info, avec respectivement 10,8 % et 9 % d audience, poursuivent leur remontée. France Inter n est plus qu à un point de RTL et s impose comme «la première matinale de France». RMC progresse une fois encore pour atteindre 7,9% d audiencecumulée. Une hausse liée à de nouveaux émetteurs dans le nord de la France. p définitive du cahier des charges de la radio. Agroalimentaire Le laitier écossais Wiseman racheté par l allemand Müller Le groupe Müller, numéro deux allemand des produits laitiers, aannoncé, lundi 16janvier, l acquisition de l écossais Robert Wiseman. Ce rachat valorise Wiseman LES MARCHÉS DANS LE MONDE 17/1, 9h40 Pays Indice Dernier % var. Maxi Mini PER cours 2011 2011 FRANCE CAC 40 3255,34 17/1 0,94 3253,29 12/1 3114,45 9/1 9,00 ALLEMAGNE DAX Index 6289,57 17/1 1,12 6256,95 12/1 5900,18 2/1 9,35 ROYAUME UNI FTSE 100 index 5698,48 17/1 0,73 5719,83 4/1 5572,28 3/1 9,66 ETATS-UNIS Dow Jones ind. 12422,06 13/1-0,39 12876,00 2/5 10404,49 4/10 11,19 PER - Price Earning Ratio (ou cours/bénéfice) : cours de Bourse divisé par le bénéfice par action estimé pour l'exercice courant. PER : FactSet JCF Estimates ; données : la Cote Bleue. n/d : valeur non disponible. SICAV ET FCP Nasdaq composite 13/1 0,00 2887,75 2/5 2298,89 4/10 15,79 JAPON Nikkei 225 8466,40 17/1 1,05 8581,45 4/1 8349,33 6/1 13,11 (Publicité) SÉLECTION publiée sous la responsabilité de l'émetteur Dernier cours connu le 17/1 à 9h Valeur Cours date en euro valeur CM-CIC EUROPE 21,73 13/1 Fonds communs de placements CM-CIC EURO ACTS C 16,73 13/1 CM-CIC SELECT.PEA 6,95 13/1 CM-CIC MID EUROPE 18,92 13/1 CM-CIC TEMPERE C 167,68 13/1 CM-CIC DYN.EUROPE 30,71 13/1 CM-CIC FRANCE C 28,15 13/1 CM-CIC EQUILIBRE C 69,35 13/1 CM-CIC DYNAM.INTLE 27,03 13/1 CM-CIC OBLI C.T.D 132,84 16/1 CM-CIC MID FRANCE 30,90 13/1............... 40 agglomérations. L objectif du journal «est d avoir l audience d un journal télévisé de TF1». Le quotidien gratuit prévoit de dépasser les 3,5 millions de lecteurs en 2012 et ses «premiers rivaux sont les matinales des radios et les journaux télévisés de 13 heures», indique le gratuit. L avenir de Direct Matin suscite des interrogations. Ses comptes sonttoujoursdansle rouge: 25millions d euros de recettes en 2011 pour 35 millions de coûts fixes. «Le journal atteindra l équilibre en 2013 pour son septième exercice», prévoit Jean-Christophe Thiery, président de Bolloré Média. Après la vente de ses télévisions Direct 8 et Direct Star à Canal +, «le projet [de Bolloré] est de poursuivre le développement de Direct Matin, pas de céder le journal», assure M. Thiery. Direct Matin aurait réduit sa diffusion sur l Ilede-France, ce que le journal dément. Le site Web, annoncé en 2011, est repoussé au premier trimestre 2012. p Guy Dutheil à 280millions de livres (337millions d euros). Télécommunications Partenariat entre Orange et Bouygues Telecom Orange et Bouygues Telecom ont annoncé, mardi 17janvier, la signature d un partenariat portant sur l organisation du déploiement de la fibre optique pour plus de 10millions de foyers français. Cet accord intervient après ceux passés, en 2011, entre Orange et les opérateurs Free et SFR. Internet Wikipédia en grève pour 24heures L encyclopédie participative en ligne Wikipédia va fermer son site Internet en langue anglaise pendant 24heures, mercredi 18janvier, pour protester contre un projet de loi américain visant à renforcer la lutte contre le téléchargement illégal. Cette loi, dite SOPA, suscite aussi l opposition de Google et de Facebook, mais a le soutien des grandes maisons de disques et des studios hollywoodiens. Retrouvez l ensemble des cotations sur notre site Internet :http://finance.lemonde.fr LA BOUTIQUE 0123 Du lundi au vendredi 9h30à18h Samedi 10 hà14h 80, boulevard Auguste-Blanqui - 75013 Paris 01 57 28 29 85 - http://boutique.lemonde.fr/
16 décryptages DÉBATS 0123 Les Etats-Unis d Europe contre le monde rêvé de Standard & Poor s Edouard Tétreau Conseiller de dirigeants d entreprises, essayiste L Europe dont rêvent les agences de notation et leurs riches actionnaires n est plus très éloignée de l Europe d aujourd hui. A l image desdites agences, c est une Europe qui ne sait plus compter. On sait, depuis la dégradation du AAA américain par Standard & Poor s (S &P), que les agences, sans doute étourdies par les chiffres qu elles manipulent ou grisées par l intérêt qu on leur porte, font des erreurs de calcul à 2 000 milliards de dollars (1 578 milliards d euros). Confondant pour l occasion torchons et serviettes, chiffres nominaux et corrigés de l inflation, elles réussissent à faire passer des vessies pour des lanternes. Des produits subprime américains pour des AAA. Et des Etats souverains pour de vulgaires sous-jacents pour traders en manque de bonus. Il semblerait, hélas, que l Europe soit elle aussi atteinte par cette contagieuse affliction. L Europe ne sait plus compter, elle qui compte pourtant 500millions d habitants, le PIB le plus important de la planète 12800milliards d euros et l un des réservoirs d épargne les plus importants. Sinon, comment se laisseraitelle faire par ces petites sociétés commerciales, peuplées d analystes moins bien rémunérés que leurs principaux clients, les banquesd affaires et les fondsspéculatifs,mais pas assezsoucieux de l intérêt général pour aller se mettre au service des Etats ou des régulateurs? La balkanisation de l Europe par S &P : quel bonheur de pouvoir, à l abri derrière un bureau londonien, jouer l Allemagne contre la France, l Espagne contre la Grande- Bretagne, l Italie contre l Autriche. L Europe rêvée des agences seraitelle une Europe en guerre? En attendant cette promesse, l Europecombleraitde bonheurlesdites agences si elle devenait enfin une Europe ruinée. Au-delà de l apparence, rien ne serait plus atroce pour le business des agences qu une Europe prospère, dont les Etats, lesentreprises etlesménages seraient si riches qu ils se passeraient des marchés financiers, et donc des agences. «Une autre Europe est possible, où la finance n est pas un jeu pour automates débiles ou traders post-adolescents» L horreurabsolueserait unsystème où les banques européennes ne fassent plus de spéculation, mais leur métier d origine, transformant l abondante épargne des Européens en des fonds propres pour les entreprises, et des prêts bienrémunéréspour lesetats etles collectivités locales. De vraies banques qui seraient capables d envoyer paître les courtiers de Wall Street et de leur annexe, la City de Londres. Hélas, se soumettant docilement à des normes absurdes concoctées par des «comités Théodule» (Bâle 3, Solvency 2),l UE a pris le chemin inverse, qui prépare un remake de l âge d or des agences : les années 2006-2007 aux Etats- Unis. Souvenez-vous : ces années-là, les finances publiques américaines étaient déjà délabrées (9000 milliards de dollars de dette publique), justifiant curieusement pour les agencesun AAAd airain. Les ménagesaméricains surendettés avaient destauxd épargne négatifs,dépensant en moyenne plus que ce qu ils gagnaient. La voie était libre pour que les banques américaines fabriquentpar milliardsdesprêts immobilierspourris,avant delesdémultiplier et de les ventiler comme un puzzle. Fournissant ainsi aux agences de notation une source à ce jour inégalée de revenus et de profits. Entre2000 et 2007, le résultat opérationnelde Moody s aquadruplé, grâce aux produits structurés assis sur des CMBS, ABS, CDO, etc., devenus de très loin la première source de revenus de cette très rentablesociété avec une marge opérationnelle de 52 %. Les données ne sont hélas pas disponibles pour S&P et Fitch, les apôtres de la transparence pour les autres préférant l ombre lorsqu il s agit de leurs très profitables cuisines internes. Une autre Europe est possible. Une Europe où la finance n est pas un jeu pour automates débiles ou traders post-adolescents, mais une activité sérieuse au service des Etats et des entreprises. Une Europe unie, prospère, qui sait compter, dont les Etats membres ne dépensent pas plus que ce qu ils gagnent pour ne pas mettre leur destin dans des mains étrangères à leurs intérêts. Une Europe qui se donne les moyens de dominer au lieu de subir les marchés financiers, pour faire émerger, enfin, l Europe des peuples. L Europe-cauchemar des agences de notation, c est l Europe dont je rêve. Elle s appelle les Etats- Unis d Europe.p Pour une contre-agence de notation Il faut d autres critères que le marché Votre as la persp Votre assura c est une éta Les conseille une vision à des solution votre avenir. Samuel Didier Analyste senior d une grande agence de notation en Europe S exprimant après la dégradation de la note de crédit française par l agence Standard &Poor s, François Hollande déclare vouloir relancer «l idée d une agence publique européenne de notation». Un telprojet dresseen creuxla critique du modèle des grandes agences de notation privées. Pourtant, en matière de notation souveraine, la liste des reproches traditionnels se retourne contre le concept même d une agence publique, dont le modèle ne va pas de soi. Carc est d abord l indépendance des agences qui fait l objet de toutes les critiques et d une partie des réformes imposées par nos régulateurs.payéepar les émetteursqu elles notent, on le sait, les agences sont soumises de ce fait à un fort conflit d intérêts. Mais en matière de notation souveraine, l exception fait loi, et nombre d Etats à l instar de la France ne paient pas pour être notés. Al inverse,commentnepasimaginer le conflit d intérêts auquel serait soumise une agence publique, émanation des Etats souverains qu elle serait censée noter? On peut à cet égard s étonner que les Etats souverains ne songent à proposer un modèle alternatif à celui des agences qu au moment où ils se trouvent eux-mêmes soumis à leur feu. Sa crédibilité entachée, l Etat souverain régulateur sera d autant moins crédible qu il proposera de se noter lui-même. Etpourtant,il estplus quenécessaire d introduire un modèle alternatif dans une concurrence faussée par le conformisme, l incurie et la mauvaise foi, sur le marché de ce bien public qu est l évaluation du crédit. L idée d une agence publique est donc rien moins qu absurde. Mais pour être crédible, elle devra garantir l indépendance absolue de ses agents. Il existe des modèles, celui de la Banque centrale européenne ou, mieux, celui du Fonds monétaire international : pourquoi se limiter au cadre institutionnel européen face à des acteurs privés mondialisés? Modèles alternatifs Danslamyriadede critiques,parfois contradictoires, formulées à l encontre des agences de notation, leur incapacité à formuler des opinions différentes de celles déjà exprimées dans les cotations de marché est aussi mise en cause. La crise souveraine illustre à quel point, en ajustant sans cesse leurs notes,lesagencesn apportentaucune information nouvelle ni perspectivedifférentede cellesdesmarchésdontellesrépliquentlavolatilité des cours. Il est donc impératif de redonner au système financier les instruments d une analyse fondamentale et de long terme qui ne se confondent pas avec les données unidimensionnelles du marché. En remettant l imagination au pouvoir, on peut dresser la liste de ce qu un modèle alternatif devra viser,et proposer despistes d exploration. Pour concilier l excellence etl innovation, en évitant lemimétisme du microcosme financier, il faudra, par exemple, s appuyer davantage sur la formation et la recherche universitaire. Enproposantunpointdevuecritique, original, complémentaire ou dissident, une «contre-agence» redonnera toute leur responsabilité à ceux qui utilisent les opinions de crédit et qui portent aussi leur part de responsabilité dans la crise. Car la réforme du système financier imposera aussi de modifier la façondontsesacteursgèrentetévaluent leur risque, en leur imposant une obligation de moyens : celle de prendre en compte des modèles alternatifs. Rien n interdit d ailleurs d imaginer une contre-agence qui s affranchirait du modèle en vigueur. La notation, modalité scolaire aux raccourcissimplistes,n estpas l horizon ultimedu risque de crédit. On peut imaginer par exemple une agence d évaluation, véritable lieu de recherche et de critique, dont les revues feraient autorité par leur excellenceplutôtquepar leurprescription réglementaire. A cette condition,les agences traditionnelles seraient forcées de revoir leur copie, etlesagents financiers defaire leur travail. Oui, François Hollande a raison devouloirproposer uncontre-pouvoir. Faire face à la crise n interdit pas de commencer à réfléchir à ce que seront les nouvelles institutions du système financier mondial de demain.p Découvrez av riche et dive de votre patr Prenez rend >Enagence >Au08101 > Sur www. (1) Coût variable selon opérateurs. HSBC France - Société anonyme au capital de 337 189 135 euros - SIREN 775 courtage en assurance immatriculée auprès de l ORIAS (Organisme pour le Registre des Intermédiaires en Assura
décryptages DÉBATS 17 L Occident doit imiter l Asie Sortir de la crise et de l eurocentrisme surance-vie est aussi ective d une retraite plus sereine. nce-vie est bien plus qu un placement financier, pe clé dans la préparation de votre retraite. rs HSBC vous accompagnent pour définir ensemble long terme de vos placements et vous proposent s personnalisées pour préparer sereinement ec votre conseiller une gamme d investissements rsifiée, pour construire ensemble une gestion sur mesure imoine. ez-vous avec un conseiller HSBC 71717 (1) hsbc.fr/hsbcpremier 670 284 RCS Paris. Siège social : 103, avenue des Champs-Elysées - 75008 Paris. Banque et Société de ce - www.orias.fr) sous le n 07 005 894. Crédit photo : Getty images. Mohamad Mahatir Ancien premier ministre de Malaisie Selon un dicton malaisien : «Lorsqu on perd son chemin, il faut revenir en arrière et repartir de zéro.» J ai l impression que tout le monde s est égaré en essayant de trouver une solution à la crise financière, et l Occident en particulier a besoin de repenser certains fondamentaux. Le monde resteeurocentré : la façon dont l Europe gère la crise financière a une résonance globale. J ai cependant des doutes sérieux quant à l «infaillibilité» des Européens. Je n aime pas leur politique du deux poids deux mesures. Plusieurs siècles d hégémonie les ont convaincus que l Europe sait ce qui est bon pour tout le monde : les valeurs européennes sont considérées par eux comme universelles; les valeurs asiatiques, elles, seraient «non pertinentes». Cela explique les solutions simplistes que les dirigeants des pays d Asie du Sud-Est se sont vu proposer lorsque les cambistes les ont appauvris. Ona conseilléà lamalaisie d augmenter ses taux d intérêt, demaintenirunbudget excédentaire,delaisser lesbanquesetles entreprises en difficulté faire faillite, etc. C était la solution à tout. Pourtant,lorsqueles Etats-Unis etl Europe se sont heurtés à leur propre crise financière, ils ont adopté toutes les mesures qu ils avaient déconseilléesà lamalaisiecommeàl Asie du Sud-Est. Ce qui a marché en Asie ne fonctionnera pas en Occident. Pendant près de deux siècles, le «grand récit» du capitalisme était Vincent Coussirat- Coustère Agrégé de droit public L adoption par l Assemblée nationale le 22 décembre 2011 de la proposition de loi «visant à réprimer la contestation des génocides reconnus par la loi» a ravivé les craintes suscitées par les «lois mémorielles». Robert Badinter (LeMonde du 16 janvier) reproche au Parlement de s apprêter à faire condamner la contestation ou la minimisation outrancière d un génocide. La loi de 2001 sur le génocide arménien sera-t-elle déclarée inconstitutionnelle par le Conseil constitutionnel? Le texte du 22décembre 2011 porte-t-il atteinte aux principes garantissant nos droits et libertés fondamentales? Il est possible que la loi de 2001 soit inconstitutionnelle mais y aura-t-il soixante députés ou soixante sénateurs pour saisir le Conseil constitutionnel? Peu probable.reste alorslaquestion prioritaire de constitutionnalité (QPC). Un «négateur» poursuivi sur la base de la nouvelle incrimination peutobtenir dela Courdecassation le renvoi au Conseil constitutionnel de l examen d une loi applicable au procès et qui violerait les «Lafinance de marché ne génère aucune croissanceréelle et créepeu d emplois» clairetunivoqueen Europe.Lesproduits manufacturés européens ont saturé les marchés mondiaux, l Europe a dominé le commerce mondial et les Européens ont joui des plus forts niveaux de vie au monde.cette croissanceauraitpu seprolonger, si le Japon d après-guerre n avait commencé à conquérir des parts de marché grâce à des produits à bas coûts et de bonne qualité, très vite suivi par Taïwan, la Corée du Sud puis la Chine. Dans l incapacité de faire face à la nouvelle concurrence, les Européens,mais surtoutles Américains, ont fait le choix de la financiarisation de l économie. Ils ont inventé desproduitsfinanciersinéditscommeles ventes à découvertd actions et de monnaies de change, les crédits à risque, la titrisation, les investissements à effet de levier au travers de fonds spéculatifs, et une multitude d autres produits leur permettant de continuer à croître et à prospérer. Mais la finance de marché ne génère aucune croissance réelle et crée peu d emplois. Devenus trop gourmands, les spéculateurs ont abusé du système en manipulantle marchéafindegénérer des profits de plus en plus importants. En 2008, la bulle a éclaté et les banques,lescompagniesd assurances, les fonds d investissement et même certains pays firent faillite. S il n avait pas été la devise de référencepour lestransactionsinternationales, le dollar se serait effondré. Commeles pays de l Asie dusud- Est il y a quelques années, ceux d Europe et d Amérique sont appauvris. Parce qu ils refusent cet droits constitutionnels du justiciable.maislaqpcse limiteàlaprotection des droits et libertés fondamentales et ne peut donc pas conduire à la censure de la loi de 2001 pour ses possibles inconstitutionnalitéssans rapportavecla protection des droits et libertés. Qu elleest l intention desauteurs dutexte en discussion? De limiter le champd application de la nouvelle incrimination de contestation ou minimisation outrancière d un génocide aux seuls génocides reconnus par la loi. Est-ce inconstitutionnel? L auteur poursuivi estil privé de son droit de contester qu il y a eu génocide? Non. L expertise des historiens La nouvelle incrimination pose la question de la nécessité de limiterla liberté d expression et la liberté de la recherche, mais on ne suivra pas M. Badinter qui entend protéger la liberté d exprimer la position de la Turquie sur les massacres de 1915. A cet égard, le texte du 22 décembre 2011 comporte des garanties comparables à celles qui figurentdansla«loigayssot»réprimant la contestation des crimes contre l humanité définie par le tribunal de Nuremberg. L affaire Garaudy montre que la contestationd un crimeinternational n est pas protégée. Quant à la recherche, si elle est honnête, elle est protégée même si ses résultats sontcontestables. Si la méthode est vicieuse, les résultats de la recherche qui lèsent les droits d autrui constituent un abus punissable de la liberté d expression. On peut état de fait, les Européens et les Américains rejettent les mesures d austérité, ils manifestent et organisent des grèves, ce qui ne fait qu empirer les choses. Les pays asiatiques ont un autre comportement. Quand ils sont devenus pauvres à la suite de la dévaluation de leur monnaie, ils se sont mis à vivre selon leurs moyens. Certains ont fait appel aux institutions financières internationales mais la Malaisie a fixé le taux de change et fait en sorte que les négociants en devises ne puissent toucher au ringgit [monnaie malaisienne]. Les observateurs ont prédit la fin de notre économie et de notre accès au crédit. Bien au contraire, la Malaisie a été la plus rapide à se relever de la crise. Dans les autres pays d Asie du Sud-Est, les populations ont donné leur argent et leurs bijoux pour que les gouvernements réduisent l endettement public. Les salariés ont travaillé davantage et accepté des niveauxde vieinférieurs.pourmettre fin à la crise financière, les Européens doivent admettre qu ils sont désormais pauvres. Puis ils doivent se remettre à faire ce qu ils faisaient auparavant : produire des biens et vendre des services. Salaires, bonus et autres incitations doivent être diminués afinde devenircompétitifs.le marché financier doit être encadré et contrôlé par l Etat. De nombreux produits financiers doivent être régulés, voire interdits. Le monde a besoin d un nouveau Bretton Woods reposant sur une juste représentation des pays pauvres et d un étalon or servant de référence à une monnaie de change internationale. Le système financier doit être standardisé afin de venir en soutien de l économie réelle. Les jours de l eurocentrisme sont comptés. p Traduit de l anglais par Florent Joly Réprimer les négateursdu génocide arménien n est pas liberticide souscrireauregret de RobertBadinter de voir les questions historiques tranchées par les tribunaux et non pas laissées à l expertise des historiens. Maisiln est pas possiblede refaire l histoire du droit. Lors des massacres arméniens, aucune convention internationale ne traitait du génocide.iln empêchequececaractère criminel a été reconnu par les tribunaux ottomans eux-mêmes dans les jugements prononcés par une cour martiale en 1919 et que le traité de Lausanne (1923) en vigueur entre la France et la Turquie contient une clause d amnistie qui n aurait aucun sens si les massacres de 1915 n avaient été considéréscommedescrimes internationaux. C est donc devant le juge pénal que devra se tenir le débat historique sur les événements de 1915. Ce renvoi aux tribunaux devrait inciter les protagonistes à changer d attitude. Des «négateurs», le juge attendra une argumentation solide à l appui de la contestation. Le tréfonds des violentes réactions d Ankara se trouve sans doute là, dans la nouvelle obligation d avoir à s expliquer.quant auxparties poursuivantes, les associations de défense des victimes des massacres, elles devrontétablir qu ils agit biend un génocide au sens juridique. Espérons qu ellesexerceront avec nuance ce monopole de constitution de partiecivile,évitantlesdérives auxquellesa donnélieulaloitaubira.p f Sur Lemonde.fr L intégralité de cette tribune
18 décryptages ENQUÊTE Marseille L emprise dela drogue Yves Bordenave et Laurent Borredon Dans la nuit, l une des voitures banalisées de la brigade anticriminalité (BAC) des quartiers nord de Marseille tourne, inlassablement. Le rituel est le même dans chaque cité. Les policiers ont à peine montré le bout de leur calandre que le «Arrraaah!» retentit deblocenbloc, d immeuble en immeuble, de cage d escalier en cage d escalier. Les guetteurs, des gamins, pas plus de 15 ans, veillent avec vigilance sur le commerce de la drogue. Parfois, un ou deux scooters escortent le véhicule jusqu à ce qu il sorte de la cité. Font-Vert, le Clos la Rose, la Castellane toutes sont touchées, organisées, structurées par le trafic. Au cours des derniers mois, les policiers marseillais ont interpellé plusieurs petits caïds qui, chacun dans son secteur, tenaient leur «plan». Alain Gardère, préfet chargé de la sécurité dépêché à Marseille fin août pour «faire diminuer la criminalité dans la deuxième ville de France», veut croire que ces arrestations expliquent en partie le regain de violence qui a fait la «une» des médias en décembre 2011. «Des places ont été libérées et des jeunesvoyoustentent delesoccuper», analyse-t-il. Maiscela fait en réalitétrois ans que ces citéssemènent uneguerre quiensanglante la ville. Dans son bureau de l hôtel de police, à l Evêché, Roland Gauze, le patron de la police judiciaire (PJ) marseillaise, fait ses comptes : «En 2010, dans Marseille, on a dénombré 54 homicides et tentatives dont 17 relevaient de règlements de comptes ; en 2011, on a fini à 38 homicides et tentatives dont 20règlements de comptes.» Une année plus calme donc, mais gâchée par un mois de décembre particulièrement meurtrier. Cinq morts en quatre semaines. Cinq jeunes hommes, dont un policier, tombés sous les rafales des kalachnikovs. Les victimes ont entre 18 et 38 ans. Elles sont plus ou moins connues des services de police pour leur implication à des degrés divers dans des trafics de drogue. Le scénario : deux ou trois individus cagoulés font irruption dans une cité, armés le plus fréquemment d une kalachnikov. Ils s approchent de leur cible, vident le chargeur et repartent à bord de puissants 4 4 aussi vite qu ils sont apparus. «Les gains en argent sont tellement faciles, alors on tue», explique Yves Robert, délégué du SNOP, le syndicat majoritaire chez les officiers. Parfois, la violence monte d un cran encore. Dans la nuit du 25 au 26 décembre 2011, trois cadavres de jeunes gens ont été découverts en partie calcinés sur le siège arrière d une Audi A3 aux Pennes-Mirabeau, à quelquesencabluresdela Canebière. Ils avaient 19 et 20 ans. Les hommes de la BAC se souviennent d avoir contrôlé l un d eux quelques jours avant sa mort : «Il portait un gilet pare-balles!» Leurs assassins les ont exécutés à l arme auto- Font-Vert, le Clos la Rose, la Castellane Les cités des quartiers nord sont touchées et structurées par le trafic de stupéfiants. Les réseaux y sont très organisés, parfois démantelés, mais toujours remplacés «Le trafic de drogue est impossible à mesurer par la statistique policière: les chiffres sont dérisoires par rapport à la réalité» Laurent Mucchielli sociologue matique avant d incendier leur voiture pour faire disparaître toutes traces, certes, mais aussi pour marquer les esprits. Pour impressionner l ennemi, on ne lésine ni sur les moyens ni sur la méthode. Mardi 10janvier, les policiers de la BAC recherchent comme chaque nuit le «flag», les livraisons nocturnes et elles ne manquent pas. Une Volkswagen noire s engage un peu sportivement dans la cité de la Visitation. Ici, l Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants a démantelé en novembre 2011 un réseau et découvert le carnet de comptes, détaillés, de l organisation. Depuis, les traficsont repris. Une course-poursuite débute. Elle tourne court dans un cul-de-sac. Le passager s enfuit en courant. Un policier le poursuit, mais revient vite : l homme s est engagé dans une zone d ombre, où une dizaine de personnes veillent. «Trop dangereux», explique-t-il. Rien à reprocher au conducteur, connu des policiers mais resté sur place. Un coup pour rien. Pas facile de s attaquer à ces petits réseaux, très mouvants et évolutifs. «Ils ont très peu de liens avec le grand banditisme classique», explique le procureur de la République à Marseille, Jacques Dallest. D ailleurs, si, depuis dix ans, les arrestations de consommateurs de drogues ont explosé à Marseille (+ 145 %), les mises en cause pour trafic ou revente restent à peu près stables. Dans une ville dont certains attribuent le calme durant les émeutes de novembre2005 à la mainmise des dealers sur les quartiers, des policiers eux-mêmes doutent de la détermination de leur hiérarchie. «On laisse faire», assure l un d eux. En vingt ans, le nombre de fonctionnaires affectés à la brigade des stupéfiants de la sûreté départementale a été divisé par deux. Lepatrondela directiondépartementale de la sécurité publique (DDSP) des Bouches-du-Rhône, Pascal Lalle, défend au contraire les 300affaires «sorties» par ses hommes en 2011. La plupart du temps dans les cités, mais aussi à la sortie des lycées. En 2010, la DDSP avait démantelé dix bandes mêlées à des affaires de vol et à des trafics. En 2011, ce chiffre est monté à vingt-trois, etplusd unecentaine d individus ont été présentés à la justice. De toute façon, comme l explique le sociologue Laurent Mucchielli, «le trafic de drogue est impossible à mesurer par la statistique policière : les chiffres sont dérisoires par rapport à la réalité». Comment lire, alors, les explosions de violence régulières? «On a affaire à des personnes deplus en plus jeunes, de plus en plus impulsives et de plus en plus déraisonnables», constate Roland Gauze, le patron de la PJ. Chaque groupe rassemble une dizaine de jeunes gens, entre 14 et 25 ans. Ils possèdent un «plan», qui se divise parfois en plusieurs points de vente installés au bas des cages d escalier. Et chaque «plan» fonctionne selon une organisation et une discipline rigoureuse. «Finalement, c est un entrepreneuriat très classique, un peu comme une société d intérim», décrit Claire Duport, sociologue, qui travaille depuis plusieurs années sur les quartiers nord de Marseille. Chaque matin, un chef répartit le travail, place les hommes à leur poste et surveillequ aucunnes endorme oune selaisse distraire. En général, deux équipes se relaient quotidiennement pour assurer la vente. La première fait l ouverture en fin de matinée vers midi ou un peu avant. La seconde lui succède en fin d après-midi et reste jusqu à la fermeture, aux alentours de minuit. Un ou deux guetteurs, les «chouffes», s installent en un point choisi de la cité et n en bougent pas tant qu ils ne sont pas remplacés. Roland Gauze les compare à des suricates, ces mammifères qui vivent dans les déserts de l hémisphère austral. Impassibles, ils peuvent demeurer des heures dressés, sans jamais bouger le corps, sinon la tête pour suivre du regard un mouvement ou un intrus. Ils dévisagent, narquois, les policiers impuissants qui s aventurent sur leur territoire, tentent parfois un doigt d honneur. Un homme a d ailleurs flairé la bonne affaire et tourne, toutes les nuits, avec des glacières remplies de sandwiches pour ravitailler cesados. Dans lecarnetsaisià lavisitation, les frais de remboursement des repas pris pendant les heures de travail étaient soigneusement inscrits. Et puis il y a les rabatteurs, qu on peut assimiler aux représentants de commerce, sortes de VRP qui chassent le client, le ravitailleur qui s occupe du stock. Son revenu est plus élevé. Le «charbonneur», c est le vendeur. Enfin, il y a les «nourrices», qui ne sont pas mêlées au trafic proprement dit. Ces personnes n apparaissent jamais et ont un passé judiciaire vierge. Ce sont souvent des femmes, seules avec des enfants, en situation de précarité et de pauvreté extrême. A Marseille, plus d une famille sur dix est monoparentale, trois fois plus qu ailleurs en France. Moyennant un salaire qui aide à payer un loyer ou à remplir un réfrigérateur, ces femmes cachent dans leur domicile ou dans leurs caves des stupéfiants et parfois d importantes sommes d argent. Des réseaux, il y en a des dizaines. «Impossible à chiffrer», indique prudemment Roland Gauze. Chacun veille, arme au pied, à défendre son territoire, sa part de marché. Le kalachnikov, c est le nec plus ultra, un signe ostensible de puissance qui a remplacé le fusil à pompe d antan. Ça fait du bruit. Ça impressionne. Mais les récentes saisies ont mis fin au fantasme d un déferlement de mitraillettes sur le Vieux-Port. Il s agit souvent d armes anciennes ayant déjà servi. Achaque opération, les enquêteurs mettent la main sur des butins à peu près identiques : quelques dizaines de kilos de cannabis, quelques milliers d euros en liquide et quelques armes. A la Visitation, les salaires mensuels variaient de 5 000 euros pour les plus mal payés (les guetteurs) à
décryptages ENQUÊTE 19 Cela fait trois ans que des cités des quartiers nord s affrontent dans une guerre qui ensanglante la ville. CLAUDE ALMODOVAR/FEDEPHOTO, GÉRARD JULIEN/AFP dans une association. Il joue les éducateurs, mais, ce qu il voudrait, c est un «vrai» travail : cantonnier, éboueur, n importe quoi ferait l affaire. Alors Abdel réfléchit. Les tentations sont fortes. Il décrit les missions d intérim à Aix-en-Provence «pour une heure de travail», la voiture pour laquelle il ne peut plus payer l assurance, les dernières courses aux Restos du cœur. La lassitude face aux refus d embauche. «Sois patient», tente Mohamed Bousselmania, le directeur de Dunes. «Le problème ne sera jamais réglé par la police seule», reconnaît un policier, Jean- Louis Martini, responsable du syndicat Synergie-officiers dans la région. Il y a un an, à la cité de la Busserine, les hommes de la PJ ont intercepté un réseau banal, un parmi d autres. Quatre trafiquants, une vingtaine d années chacun. Lors des perquisitions, les enquêteurs ont mis la main sur Une situation contenue à grand renfort de CRS 25kg de cannabis et 6 000euros en liquide. Le point de vente était ouvert tous les jours de midi à minuit. Il accueillait près de 300 clients par jour, pour 15 000 euros de chiffre d affaires en moyenne. Aujourd hui, à la Busserine, les guetteurs sont de retour. Un réseau a repris l affaire en main. Le «charbonneur» a même son fauteuil, confortable, devant l un des halls d entrée. Les cités marseillaises ont horreur du vide. p Patrick Mennucci, maire (PS) du premier secteur, Pascal Lalle, directeur de la sécurité publique, et Alain Gardère, préfet délégué pour la sécurité, visitent le quartier de Noailles, le 18 novembre 2011. ROBERT TERZIAN 10 000 euros pour le «charbonneur». Mais, souvent, le revenu ne dépasse pas 1500euros par mois, même pour le revendeur au détail. «Beaucoup de jeunes gagnent en fait très peu d argent mais ce sont des flambeurs», explique Claire Duport. «Le problème ne sera jamais réglé par la police seule» Jean-Louis Martini policier Face à cette tentation, les travailleurs sociaux ont de plus en plus de mal à trouver la parade. Il faut dire que la ville cumule les difficultés : fort taux de chômage, un quart de non-diplômés parmi les actifs, un tiers des habitants vivant avec moins de 832euros par mois (le seuil de pauvreté). Abdel (le prénom a été changé), sa femme et leurs deux enfants vivent avec 800 euros par mois. Depuis deux heures, Abdel s impatiente. Il écoute quelques vieux de la vieille de l action sociale réunis à l Ecole de la deuxième chance décrire les difficultés du tissu associatif marseillais, justement. «On essaie de faire prendre conscience aux gamins qu il y a d autres modèles, mais aujourd hui, c est l influence du quartier qui prédomine, explique Kader Tighilt, président de Générations futures, éducateur depuis 1985. Il nous manque des moyens depuis le début des années 2000. On ne peut plus s occuper correctement des gamins de 11-12 ans. On les a lâchés.» «Aujourd hui, le milieu associatif, qui était fort à Marseille, consacre les trois quarts de son énergie à sa propre survie», se désole Jacques Humbert, ancien de la Protection judiciaire de la jeunesse, administrateur de l association Dunes (Développement urbain de nouveaux espaces sociaux). Abdel finit par exploser : «Moi, je crois que je vais finir par retourner à la cité.» L homme a accompagné un responsable d association à la réunion parce qu il espérait croiser quelque chose, quelqu un, une occasion favorable. A 32ans, il a déjà passé cinq ans en prison. Désormais père de famille, il tente de se ranger. Il a obtenu un contrat d accompagnement dans l emploi DANS son vaste bureau aux meubles Empire, Alain Gardère ne décolère pas. Le nouveau préfet délégué pour la sécurité à Marseille le troisième en deux ans s agace : «Ne confondez pas criminalité et insécurité.» Il faut dire que la patience de ce spécialiste de la sécurité publique, proche de Nicolas Sarkozy, et ancien directeur de la sécurité de proximité de l agglomération parisienne (28 000 hommes sous ses ordres) est mise à rude épreuve par les faits divers des dernières semaines. Fin 2010, un nouveau préfet délégué à la sécurité avait déjà été nommé. Le précédent ministre de l intérieur, Brice Hortefeux, avait annoncé des moyens supplémentaires à la suite de plusieurs règlements de comptes. Des opérations de police spectaculaires et médiatisées avaient été organisées. Puis il a suffi qu un parking racketté par une bande en plein centre-ville fasse la «une» pour que tout soit à refaire. Le prédécesseur d Alain Gardère, Gilles Leclair, a été débarqué après avoir affirmé dans La Provence : «Je ne suis ni le sauveur ni Jésus-Christ!» Une remarque de bon sens qu Alain Gardère peut méditer. A la mi-novembre 2011, il pensait pouvoir annoncer à la presse : «Marseille peut souffler.» Pas de chance, le mois de décembre a vu s enchaîner des meurtres spectaculaires. La cité phocéenne a fait l ouverture des JT, une nouvelle fois. La plus grande ville de France dirigée par l UMP n en finit pas d embarrasser les ministres de l intérieur et leurs représentants. «Des effets dans le centre-ville» Mais le sociologue Laurent Mucchielli, qui a lancé en 2011 un observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux, appelle également à garder la tête froide : «L image de Marseille, c est la violence et le grand banditisme. Ça existe, bien sûr, mais ça ne concerne pas le citoyen marseillais dans son quotidien, au contraire de la délinquance de voie publique.» Les trois principaux indicateurs dans la ville? Les vols à la roulotte (qui baissent sur les douze derniers mois disponibles), les vols dits «simples» (qui augmentent) et les cambriolages (qui explosent). Alain Gardère n en démord donc pas, malgré les rafales de kalachnikovs, le dernier trimestre 2011 a marqué une amélioration des chiffres de la sécurité à Marseille. Moins de vols à l arraché, de vols à main armée et même de cambriolages en novembre et décembre. Des patrouilleurs ont été déployés dans le centre-ville et vingt-cinq cités, sur soixante-dix, ont été ciblées comme objectif prioritaire. Patrick Mennucci, maire (PS) du 1 er secteur, n en disconvient pas : «Le dispositif mis en place par Gardère a eu des effets dans le centre-ville où la présence policière est devenue plus visible.» Le leader de l opposition municipale ajoute toutefois : «Marseille ne se limite pas à 20 hectares entre la gare Saint-Charles, la Canebière et le Vieux-Port! Dans les cités, la situation n a pas changé. Les patrouilleurs n y vont pas et les commissariats de quartier sont toujours aussi démunis.» Ainsi des brigades de sûreté urbaine, en charge des enquêtes de «proximité» : celle du secteur centre est encadrée par sept officiers contre deux pour les quartiers nord. Malgré une polémique sur le niveau réel des renforts annoncés par Claude Guéant lors de l installation d AlainGardère, fin août, chacun s accorde donc à dire que la situation a été contenue, à coups de CRS et d heures supplémentaires. Des moyens exceptionnels et coûteux qui ne pourront pas être renouvelés indéfiniment. p Y.B.et L. B.
20 décryptages L ŒIL DU MONDE Réduire le coût du travail, oui, mais comment? Le transfert d une partie des cotisations sociales vers la TVA sera le grand sujet des débats entre partenaires sociaux, le 18janvier. Etat des lieux Lafichedepaie,enjeu dusommetsocial Evoquée puis rapidement enterrée en 2007, la TVA socialefait son grandretour à quelques mois de la présidentielle. Elle devrait être au cœur du sommet social organisé mercredi 18 janvier, avant une rapide concrétisation. Nicolas Sarkozy a résumé son point de vue lors de ses vœux aux Français, le 31décembre 2011 : «Le financement de la Sécurité sociale ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable. Ilfaut allégerlapression surle travail et faire contribuer financièrement les importations qui font concurrence à nos produits avec de la maind œuvre à bon marché.» Selon lui, la situation de la France exige d agir dans l urgence pour faire baisser le coût du travail. Mais pour l instant, aucune modalité précise de la façon dont il compte s y prendre n a filtré. Car sous le nom de «TVA sociale» se cachent en fait de nombreuses alternatives. Si la nécessité d alléger le travail d une partie du financement de la protection sociale est une position de plus en plus consensuelle, l essentiel du débat est en effet de savoir par quoi remplacer ces fameuses cotisations patronales. L Elysée penche clairement pour la TVA, mais les possibilités sont multiples. Le Monde a décidé d éclairer le sujet en partant de ce qui est commun à l immense majorité des Français : leur fiche de paye. En accordant un peu d attention à cette fiche, chacun d entre nous peut s approprier le débat sur le financement de la protection sociale et en voir les éventuelles conséquences dans sa propre situation. Sur cette fiche apparaissent en effet : les cotisations patronales, que l on veut abaisser pour favoriser la compétitivité des produits français ; les cotisations salariales, que certains proposent également d abaisser pour augmenter immédiatement le revenu net des salariés ; et la Contribution sociale généralisée (CSG), que la gauche juge plus équitable que la TVA. En y ajoutant les taux de TVA, qui apparaissent en bas des factures dans notre vie quotidienne, on obtient tous les grands mouvements en jeu dans l actuel débat sur le financement de la protection sociale. D autres propositions n ont pas pu être présentées ici. Comme la création d une contribution écologique, possiblement sous forme de taxe carbone. Cette taxe ne rapporterait toutefois que quelques milliards d euros et ne pourrait donc permettre qu un transfert à la marge. La CGT, fermement opposée à la TVA sociale et sceptique sur tout transfert, avance d autres possibilités. Le syndicat de Bernard Thibault prône plutôt une modulation des cotisations patronales en fonction de la part de la masse salariale dans la valeur ajoutéedel entreprise : plusune société compterait de salariés par rapport à ses bénéfices, moins elle paierait de charges. François Hollande, qui a déjà dit dans le passé qu il était favorable à un basculement des cotisations famille, proposedemoduler lescotisations patronales en fonction des types de contrats proposés : les CDD coûteraient plus cher que les CDI. Faire vite et simple Reste que toutes ces propositions ont peu de chances d être choisies par l Elysée, qui cherche un moyen d agir vite, et donc simplement, avant la fin des travaux parlementaires, actuellement programmée pour début mars. L hypothèse d une simple baisse des cotisations patronales, probablement de la branche famille, compensée par une hausse de la TVA, tient donc la corde. Resteune question essentielle: l impact sur l emploi et la compétitivité, qui dépendra essentiellement de ce que feront les patrons de l accroissement de leur marge. Laurence Parisot a ainsi pris les devants en expliquant aux Echos, le 10janvier, toute sa crainte que l Etat impose des contreparties. «On ne peut [pas]prendre d engagements collectifs sur l usage de la baisse des charges car certaines entreprises auront intérêt à investir, d autres à embaucher, d autres à augmenter les salaires, et il faut laisser à chacune la liberté d agir», a-t-elle affirmé. Quelepatronatplaide pourleminimum de contrainte n est pas étonnant. Mais après l exemple de labaisse de la TVA dans la restauration, il n est pas sûr que Nicolas Sarkozy, pourtant bien disposé à l égard des revendications patronales, puisse assumer devant les Français de leur offrir ce cadeau sans rien leur demander en échange. p Jean-Baptiste Chastand 4 Par une hausse de la CSG? CSG: un «impôt» qui a les faveurs de la gauche LA CONTRIBUTION SOCIALE GÉNÉRALISÉE (CSG) a été créée en 1990, déjà pour abaisser le coût du travail. Elle est alors fixée à 1,1 % pour compenser la baisse de 1,6 point de cotisation employeur destinée à la branche famille. Elle sera progressivement relevée pour compenser de nouveaux transferts de cotisation et atteint désormais 7,5 % du salaire et rapporte plus de 70 milliards d euros par an, destinés à financer une partie de la branche maladie et de la branche famille. Principal avantage, elle ne repose pas uniquement sur les salaires, mais aussi sur les revenus du patrimoine et les indemnités chômage, maladie et retraite (à un taux réduit). Une baisse d un point de cotisation peut donc être compensée par une hausse un peu inférieure de CSG. Mais si elle est utilisée pour remplacer des cotisations patronales, cela se traduira par une baisse inévitable du salaire net. C est pour cette raison que le gouvernement écarte une telle possibilité. Le Parti socialiste et la CFDT en sont plus friands, parce qu elle permet de faire également contribuer les revenus du capital et reste proportionnelle aux revenus, contrairement à la TVA. Le Medef propose également une hausse de la CSG en échange d une baisse des cotisations salariales, ce qui se traduirait par une hausse légère du salaire net, qui permettrait de faire accepter plus facilement aux salariés la TVA sociale. 1 Cotisations salariales: un levier pour redonner du pouvoir d achat CHAQUE SALARIÉ reverse 7,5 % de son salaire brut au titre des cotisations salariales pour financer la Sécurité sociale. Environ 70milliards d euros sont ainsi reversés chaque année à l assurance-maladie et aux régimes de retraite. Si l objectif de la réforme reste d abaisser le coût du travail, il n y a pas de raison d y toucher. En effet, baisser les cotisations salariales ne diminuerait pas pour l employeur le niveau du salaire brut qu il doit verser à ses salariés. Mais plusieurs responsables de la majorité demandent qu une baisse des charges patronales soit accompagnée d une baisse des charges salariales. Cette mesure aurait le mérite de faire augmenter les salaires nets. Une conséquence pratique pour faire accepter une éventuelle hausse de la TVA. La CFDT écarte cette proposition, en affirmant qu elle se traduirait par une baisse du salaire proposé au moment de l embauche, et donc à long terme par une compression des salaires.
décryptages L ŒIL DU MONDE 21 1 2 3 4 Par un basculement vers la TVA? 2 Cotisations famille: 35 milliards d euros à redéployer LE PLUPART DE CEUX qui veulent faire diminuer le coût du travail proposent de baisser, voire de supprimer complètement, la cotisation patronale destinée à financer la branche famille. Fixée à 5,4% du salaire, elle rapporte environ 35milliards d euros par an, destinés à financer les allocations familiales. Même au Parti socialiste et chez certains syndicats, on estime que ces cotisations assises sur le travail peuvent constituer une anomalie, puisqu elles sont destinées à payer des prestations qui sont désormais universelles. Les allocations familiales sont en effet accessibles sans condition à tous les Français et pas seulement aux salariés qui ont cotisé, comme pour la retraite ou le chômage. Un relatif consensus se dégage donc sur la nécessité de «fiscaliser» ce financement, c est-à-dire de le faire reposer sur l impôt. Mais tout le débat est de savoir sur lequel. TVA : quel taux pour quelle hausse? La TVA devrait rapporter au total 135 milliards d euros environ au budget de l Etat en 2012. Depuis le 1 er janvier et la création d un taux intermédiaire à 7 %, la France compte quatre taux de TVA différents, qui s étalent de 2,1 % à 19,6 %, un nombre record en Europe l Allemagne n en affiche que deux. Introduire la TVA sociale impliquerait d augmenter certains de ces taux et d affecter les recettes dégagées par cette hausse au financement de la protection sociale. La hausse du taux normal de TVA (19,6 %) d un point rapporterait 6,4 milliards d euros. Pour basculer l ensemble de la branche famille (35 milliards d euros), il faudrait donc augmenter de plus de 5 points le taux normal de la TVA. La France afficherait alors un taux normal de 25 %, et rejoindrait ainsi le Danemark en tête des pays européens au taux de TVA le plus élevé. L avantage de cet impôt est qu il permet de faire participer les importations au financement de la protection sociale. Les produits issus de pays à bas coût de maind œuvre seront en effet directement frappés par Reste des produits Taux normal 19,6 % TAUX DE TVA APPLICABLES EN FRANCE EN 2012 une hausse de la TVA qu ils ne pourront que compenser par une hausse des prix. A contrario, les gains dégagés par la baisse des cotisations patronales permettraient aux patrons français de diminuer leurs prix hors taxes, et ainsi d afficher des prix TTC relativement stables, plaide le Medef. Les produits français deviendraient alors plus compétitifs sur les marchés internationaux. Principal inconvénient, la TVA est un impôt qui pèse davantage sur les pauvres que sur les riches, la part des revenus consacrés à la consommation étant bien plus importante pour les premiers que pour les seconds. Pour contourner cet obstacle, l Elysée pourrait ne pas toucher au taux réduit qui concerne les produits de base. Eaux et boissons non alcoolisées Produits d origine agricole, de la pêche... Bois ou agglomérés destinés au chauffage Œuvres d art, objets de collection ou antiquités Livres Rénovation de logements privés de plus de 2 ans Médicaments non pris en charge par la Sécurité sociale Taux intermédiaire 7% 5,5 % 2,1 % Taux réduit Taux spécifique Produits destinés à l alimentation humaine Abonnements au gaz et à l électricité Equipements et services à destination des personnes handicapées Médicaments remboursés par la Sécurité sociale Certaines représentations théâtrales Publications de presse L exemple de l Allemagne et du Danemark 19 % TAUX DE TVA APPLICABLES EN ALLEMAGNE EN 2012 7% 3 Exonérations Fillon: un casse-tête de plus dans l équation DEPUIS QUE LE DÉBAT sur le coût du travail agite la France (début des années 1980), les exonérations de charges sur certains salariés sont vues comme un moyen d y répondre. Au cours des années 1990, les allégements de charge sur les bas salaires se multiplient pour maintenir la compétitivité du travail peu qualifié. En 2003, toutes ces exonérations sont fusionnées dans le cadre d une réforme menée par François Fillon, alors ministre du travail. Ces exonérations sont dégressives jusqu à 1,6 smic. Elles permettent à l employeur d un smicard d être exonéré de 26 points de cotisation. Il ne lui reste plus alors que 20% environ de charges à payer (cotisation chômage, accident du travail, etc.). En 2010, ces exonérations sur les bas salaires ont coûté environ 22milliards d euros à l Etat. Il faudra nécessairement les prendre en compte dans le cadre du débat sur la TVA sociale. Si Nicolas Sarkozy décide d un basculement de la branche famille vers la TVA, l impact sera en effet nul pour les employeurs de salariés au smic qui déjà ne payent pas de cotisation famille, mais très favorable à l emploi plus qualifié. Si le gouvernement a pour objectif d abaisser le coût de l emploi non qualifié, il a plutôt intérêt à étendre ces exonérations. Le patronat milite pour la première option, en expliquant que les salaires dans l industrie exportatrice sont plus proches de 1,5smic. Un point de vue qui séduit l Elysée, inquiet du fait que les exonérations de charges bénéficient surtout aux emplois de services, peu soumis à la concurrence internationale. Taux normal Biens de consommation courants : restauration, produits pharmaceutiques, logements sociaux, services de soins à domicile et coiffure, etc. TAUX DE TVA APPLICABLE AU DANEMARK EN 2012 Taux réduit Quelques exemples : distribution d eau, équipement médical pour handicapés, livres, journaux, quotidiens, intrants agricoles et hôtellerie, etc. Taux unique 25 % SOURCES : MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES ET EUROPÉENNES - COMMISSION EUROPÉENNE - INFOGRAPHIE LE MONDE
22 décryptages ANALYSES L air du monde Chronique par Sylvie Kauffmann Huan Huan, le win-win et nous Lorsque Joyeuse, alias Huan Huan, a tourné le dos pour offrir son postérieur aux caméras de son nouveau pays, la France, on a senti comme un mauvais présage. La porte du Panda Express, l avion de la compagnie FedEx qui transportait le couple de pandas chinois, venait de s ouvrir. Sur le tarmac de l aéroport Charles-de-Gaulle, dimanche 15janvier, outre les médias, pas moins d un ministre et d un ambassadeur battaient la semelle pour les accueillir. Le ministre, certes, était celui de la ville, Maurice Leroy, et l on ne comprit que plus tard que c est sa qualité de président du conseil général de Loir-et-Cher, où se trouve le zoo de Beauval, qui lui avait valu de passer le dimanche en si bonne compagnie. Quant à l ambassadeur de Chine en France, Kong Quan, il est si dévoué à l amélioration des relations franco-chinoises que sa présence paraissait naturelle. N a-t-il pas assuré, emporté par l émotion, que les deux pandas allaient très vite apprendre le français, qu il parle lui-même à la perfection? A Chengdu, capitale du pandaland, d où Huan Huan et son compagnon Yuan Zi (Rondouillard) avaient décollé, la France avait dépêché son consul général, Emmanuel Rousseau, pour les saluer à l aéroport. Ce qui ne veut pas dire que notre ambassadeur en Chine, Sylvie Bermann, sousestime le poids des pandas: elle avait dûment participé, le 4décembre 2011 à Pékin, à la signature de l accord portant sur le prêt des deux animaux à la France, aboutissement de huit ans d efforts diplomatiques, sur lesquels la presse fut soigneusement briefée. C est qu en ces temps de perte du triplea, il ne s agit pas de badiner avec les pandas, et encore moins avec les investissements chinois. La Chine, rappelons-le, n est pas seulement le pays qui abrite la plus grande réserve de pandas c est ancien, elle est aussi celui qui dispose des plus importantes réserves de change c est plus récent. Même si le montant de ces réserves vient de diminuer de 0,6 % sous l effet de la baisse de la demande occidentale affectée par la crise, il s élève toujours à quelque 3180milliards de dollars. Ces milliards doivent trouver à se placer, et pas seulement en bons du Trésor américain. De plus en plus, l Europe intéresse le capitalisme chinois comme terre d investissement. A l automne 2011, au moment où se bouclait l épineux dossier de Chengdu, et alors que la France, économiquement fragilisée par la tempête de l euro, accueillait à Cannes le président Hu Jintao et ses autres partenaires du G20, la fièvre s était de nouveau emparée des Européens: la Chine, riche de ses milliards, allait-elle sauver l Europe? Ou, selon le point de vue LE TOUR DU MONDE D UNE ANNÉE MOUVEMENTÉE duquel on se place, la Chine allaitelle dévorer l Europe? Depuis, le débat public s est recentré sur la dette, l euro et la situation économique interne des pays de l Union européenne. Mais les termes de l équation chinoise en Europe restent les mêmes. D abord, l Europe, même dans l état où elle se trouve, intéresse la Chine, sans doute même plus que les Etats-Unis. Son marché de 500millions de consommateurs, son avance technologique, son savoir-faire et sa tradition industrielle sont, pour l empire du Milieu toujours avide de croissance, des atouts considérables. Observateur aguerri de la politique économique chinoise, Arthur Kroeber, directeur de l institut d études Dragonomics à Pékin, en est convaincu: «L Europe, dit-il, est la première cible de la Chine.» Comme ils l ont fait jusqu ici, les Chinois agiront, dans ce domaine, en suivant leur propre intérêt. Et leur intérêt, de plus en plus, n est pas tant de racheter de la dette européenne que d acquérir du solide, du concret, du tangible: en d autres termes, des entreprises. «Des actifs réels», comme dit Arthur Kroeber. Ils n en font pas mystère. Dès 2012, a averti le ministre chinois du commerce, Chen Deming, Pékin enverra une délégation d investisseurs chinois pour «acquérir des entreprises européennes». L Europe, même dans l état où elle se trouve, intéresse la Chine. Son marché de 500millions de consommateurs, son avance technologique, son savoir-faire et sa tradition industrielle sont, pour l empire du Milieu toujours avide de croissance, des atouts considérables A Pékin, où les banquiers d affaires français s activent, de plus en plus nombreux, pour préparer l arrivée des investisseurs chinois en France, on déplore volontiers la «schizophrénie» des Européens à cet égard. Les banquiers, eux, sont pragmatiques c est leur métier. Mais la classe politique et l opinion publique restent méfiantes. La récente tendance des dirigeants chinois à faire la leçon aux incorrigibles Européens, qui, comme l a expliqué le président du fonds souverain chinois CIC, Jin Liqun, dans une interview désormais célèbre à Al-Jazira, «se traînent sur la plage à 65ans» au lieu de travailler, n aide pas forcément. «Chaque fois qu un responsable européen vient en Chine, note un de ces responsables, il se fait remonter les bretelles par ses interlocuteurs chinois, qui lui font la morale et lui demandent comment son pays va protéger leurs investissements. Le ton a radicalement changé.» Pour un pays habitué à tout diriger d en haut, les problèmes de gouvernance européenne sont simplement incompréhensibles, et source d un certain agacement. Un Français, très pragmatique lui aussi, a réussi à gagner la confiance des Chinois et pense avoir tiré son épingle du jeu par un coup majeur, ourdi de longue date. Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, a présidé en 2011 au plus gros investissement chinois jamais réalisé en Europe. Le CIC (China Investment Corporation) a décidé de consacrer 3milliards d euros à l acquisition de 30% du pôle d exploitation-production du groupe énergétique français. Ce type de partenariat, qui permet aussi à GDF Suez d accélérer son développement en Asie, est considéré comme «win-win» (gagnant-gagnant) dans les milieux d affaires. Comment, politiquement, gère-t-on ce genre de prise de participation chinoise dans un secteur stratégique européen? En choisissant le 8août 2011 pour l annoncer, lorsque les Français sont, précisément, «à la plage». Calme plat sur le front médiatique, absence de vagues garantie. Au zoo de Beauval, tout va bien. Le mouvement d humeur de Huan Huan n est plus qu un mauvais souvenir. On parle même d une visite prochaine du président Nicolas Sarkozy. p kauffmann@lemonde.fr Livre du jour Changement de société 220 PAGES - 9,95 CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX + 30 pages environnement COMPLET - En plus de l analyse économique et sociale de l année 2011 en France et dans le monde, l édition 2012 est augmentée d un bilan sur l environnement : 30 pages pour revenir sur l actualité, marquée par Fukushima et les conséquences du réchauffement MONDIAL - Retrouvez en détail la situation de 180 pays analysée par les correspondants du Monde. DE RÉFÉRENCE - Rédigé par les spécialistes de la rédaction du Monde et publié avec les données les plus récentes. France, portrait social - édition 2011, une publication phare de l Insee réservée aux lecteurs du Bilan (accessible sur le monde.fr). Changer d économie! Nos propositions pour 2012 Les Economistes atterrés Les Liens qui libèrent, 246 p., 18,50 Les auteurs prennent le contre-pied du «néolibéralisme» triomphant Atterrés, oui, mais pas résignés! Après le Manifeste des économistes atterrés (Les Liensquilibèrent,2010), quidénonçait les «fausses évidences» parasitant le débat public sur la crise économique, Changer d économie! avance de multiples propositions dans les domaines de la fiscalité, de lapolitiqueéconomiqueeuropéenne, de la protection sociale et bien entendu de la finance et des banques.lecollectifdechercheurs,universitaires et experts en économie qui ont participé à l ouvrage est opposé à la «doxa néolibérale». Tous refusent la «globalisation au service de la finance», critiquent une «construction européenne où l emploietla protection socialesont devenus des facteurs d ajustement aux exigences de rentabilité insensées des actionnaires», rejettent «l instrumentalisation de la dette publique» ainsi que les politiques de«contre-révolutionfiscaleauservice des plus riches». Ainsi, dans un chapitre très convaincant intitulé «Pour une nouvelle fiscalité», l économiste PhilippeLegé dresse un tableau à la fois sinistre et détaillé des aberrationsdusystèmefiscalfrançais. Celles-ci sont présentées comme les causes principales du problème de la dette, bien avant les dépenses publiques. L auteur plaide pour la réduction drastique des niches fiscales, la création de nouvelles tranches d impôt sur le revenu et l instauration d un serpent fiscal européen (par exemple des niveaux de TVA variables et fluctuants dans une certaine fourchette), censé luttercontrelaconcurrencedéloyaleà l échelle de l Union européenne. Les Economistes atterrés considèrent la situation comme le résultat d une crise systémique. Le problème ne se situe pas au niveau d une Allemagne «gagnante» opposée à des pays du Sud en défaut de paiement. Il est la conséquence d un système défaillant. Pour y remédier, les Economistes atterréssuggèrent que le Nord et le Suddelazoneeurofassechacunun pas (en direction de l accroissement de la demande intérieure pour le Nord et de la lutte contre l évasion fiscale et la corruption, pour le Sud); ou bien que la zone euro soit redécoupée entre plusieurs ensembles mieux adaptés aux situations nationales. Qu ils prônent la séparation entre banques commerciales et banques d affaires, afin de lutter contre la financiarisation de l économie, ou qu ils dénoncent le modèle actionnarial des grandes entreprises, lui préférant lemodèle salarial, les auteurs prennent le contre-pieddestendancesdu«néolibéralisme» triomphant. C est un changement de société qui est proposé au fil des pages, du contrôle démocratique des institutionsde crédit à la réhabilitation de la dépense publique en passant par la réduction collective du temps de travail. On regrettera que des thèmes aussi importants que l Europe etl écologie nefassequ uneapparition discrète discrétion qui obère la nouveauté des propositions. Cellequisous-tendtouteslescontributions consiste en un retour à des politiqueskeynésiennesd investissement socialisé et de planification, où l accroissement des dépenses publiques serait supporté entre autres par de grands emprunts. Efficacespendantles«trenteglorieuses», dans un après-guerre où les gains de productivité étaient liés au progrès technique et à la transition vers une économie de services, ces politiques ont permis dedégagerdesrevenussupplémentaires et de stimuler la croissance. Le permettront-elles cette année, où de tels gains de productivité ne sont plus qu un vieux souvenir?p Florent Joly
culture 23 ppp excellent ppv à voir pvv pourquoi pas vvv à éviter L énigme de «Millénium»?C est David Fincher Manipulateur ou créateur? Derrière l adaptation-remake du best-seller se dessine l autoportrait d un cinéaste Millénium: Les Hommes qui n aimaient pas les femmes ppv Amis de Millénium, bienvenue. Après le roman originel (une trilogie policière écrite par le Suédois Stieg Larsson, publiée entre 2005 et 2007 et vendue à ce jour à quelque soixantecinq millions d exemplaires dans quarante-sixpays); aprèsl adaptation cinématographique du premier volume de la série par le Danois Niels Arden Opiev (Millénium, le film, 2009), puis des deux volets suivants par le Suédois Daniel Alfredson (2010), après la diffusion sur Canal+ de la série télévisée suédoise en six épisodes («Millénium la série», 2010), que voyons-nous donc venir sur nos écrans? Riendemoinsquele remake hollywoodien du film d Opiev, signé David Fincher. En dépit de l indigestion qui guette, on voit deux bonnes raisons d y aller. Une fidélité inconditionnelle à la franchise. Ou l intérêt pour David Fincher, proclamé dès son deuxième long-métrage (Seven, 1995) «auteur culte» par un cénacle de zélotes que la suite de sa filmographie (notablementà partir de Zodiac en 2007) n a cessé depuis lors d élargir, aussi bien en direction des cinéphiles que du grand public. L une comme l autre présenteront l avantage de découvrir ce qui est à ce jour la meilleure adaptation cinématographique de Millénium. Unmotdel histoire, parpolitesse envers ces résistants de l ombre qui n ont pas encore été touchés par la lumière de la saga planétaire. Les Homme qui n aimaient pas les femmes, premier volet de la trilogie,met en scène un couple d enquêteurs improbable fortuitement réunis sur la piste d un serial killer insulaire. La première partie du film évoque en parallèle le trajet de ces deux personnages. Mikael Blomkvist (Daniel Craig), journaliste d investigation indépendant qui traverse une mauvaise passe, est engagé par le richissime industriel Henrik Vanger (Christopher Plummer) sur une enquête délicate: la disparition de sanièce Harriet, survenue en 1966, et dont il a toutes les raisons de «Lisbeth et Blomkvist, ces potes-là je les ai aimés» Entretien David Fincher a fait ses débuts en réalisant le troisième volet d Alien.De Fight Club à The Social Network en passant par L Etrange histoire de Benjamin Button, ses films ont profondément marqué l histoire du cinéma hollywoodien contemporain. Millénium est son huitième long-métrage. Qu est-ce qui vous a donné envie d adapter ce roman? C est eux, les héros du livre, Lisbeth et Blomkvist. J ai vu un bon nombre de «buddy movies» (films de potes), mais ces poteslà, je ne les ai jamais vus nulle part. Je les ai aimés. Leur relation avait quelque chose de poignant, à la fois triste et beau, bizarre, difficile à décrire. J ai aimé le fait qu ils soient liés sexuellement, et qu il leur faille en même temps traverser la frontière de l âge, de l expérience, de la classe sociale, de la culture Le reste, je connais par cœur : la famille riche et détraquée, le mystère derrière la porte fermée à clé Et les monstres qui ont des salles de torture dans leur cave: j en ai déjà tiré deux films! Selon vous, c est à cause de l histoire du «serial killer» qu on vous a proposé ce projet? Evidemment. Lisbeth Salander (Rooney Mara), pâle et frêle jeune fille employée d une agence de sécurité, se révèle une pirate informatique de haut vol. MERRICK MORTON/COLUMBIA TRISTAR MARKETING GROUP, INC. penser qu elle a été assassinée par un membre de sa famille. Tandis que Blomkvist s installe à demeure dans une annexe du manoir de Vanger, le spectateur estinvitéà faireconnaissanceavec Lisbeth Salander (Rooney Mara). Orpheline ombrageuse et abusée, post-punkintrovertieettranchantecomme une lamede rasoir, cette pâle et frêle jeune fille, employée d une agence de sécurité, se révèle une pirate informatique de haut vol, capabledecraquertous lessystèmes. Engagée en double-rideau par Vanger pour lui fournir des renseignements sur Blomkvist, elle finit par s associer (de plus en plus intimement) à ce dernier, qui piétine dans l enquête. Isolés sur l île neigeuse devenue le fief de l étrange dynastie Vanger, nid de vipères empoisonné par les haines recuites et la viande froide nazie, nos deuxoiseauxvontrapidementétablir le lien entre la disparition d Harriet et l œuvre d un tueur en série qui mutile des femmes aux prénoms bibliques en se conformant aux châtiments préconisés par le Lévitique. La réussite du film tient au fait que les affinités entre l univers de Millénium et celui de Fincher ont Danslalignée d unbrian DePalma, Fincherexplore,au risquedumaniérisme, lazonegrise reliant lesimulacreàlaréalité permis au cinéaste de rester fidèle aussi bien au livre qu à lui-même. La délétère insularité scandinave (voir l œuvre d Ingmar Bergman ou celle, plus expéditive, d Anders Behring Breivik), tout comme l actualité du cocktail contemporain (stigmatisation de la magouille Le film télescope des temporalités très différentes, celle de l Histoire qui sédimente lentement depuis la seconde guerre mondiale, et celle, furieusement rapide, de la circulation sur Internet. Là encore, c est elle et lui : il prend des notes au stylo, les retranscrit sur des Post-it qu il colle au mur; elle prend des photos, s en souvient, fait une présentation Power Point, n utilise jamais un papier Les couleurs employées pour les flash-back sont très vives. Ce n est pas habituel pour ce type de séquences. C est le style Kodachrome. Dans le film du Danois Niels Arden Oplev, sorti en 2009, il n y avait qu un ou deux flash-back, très rapides. Nous voulions donner plus d importance au passé, créer un véritable parallèle entre l histoire contemporaine de Lisbeth et celle d Harriett, la disparue, afin qu elles existent toutes les deux au premier plan. Les différentes époques le présent, les années 1940, les années 1960, dans lesquelles les entraînent les photos, où ils retrouvent toutes ces femmes disparues forment un tapis de feuilles flottant à la surface de la piscine. Nous avons beaucoup joué avec les palettes de couleurs. J ai eu envie de représenter le présent dans des tons très désaturés. J aimais l idée qu au contraire, la mémoire d Henrick soit ce lieu chaleureux, confortable. D où le Kodachrome. La quête de votre actrice principale, Rooney Mara, pour jouer Lisbeth, a été longue Sans doute plus qu il n aurait fallu. Mais il n y a rien de tel que savoir que vous avez trouvé la bonne personne. La mettre dans un avion pour Stockholm, lui dire d aller se promener dans les décors, d apprendre à démonter un MacBook Pro, d apprendre à conduire une moto, à faire du skateboard, à fumer Cinq semaines plus tard, au moment du tournage, c était Lisbeth. Pourquoi Daniel Craig? J aime beaucoup ces gens qui ont été dans le circuit depuis longtemps, sans faire de vague, et qui d un coup deviennent la sensation du moment. On le voit dans des films comme Les Sentiers de la perdition (de Sam Mendes, 2002), ou Layer Cake (de Matthew Vaughn, 2004): c est un acteur qui a des compétences incroyables. Je ne connais personne qui soit capable, comme lui, d être cette sorte de Robert Mitchum tout en se moquant de lui-même. C est de lui que j avais besoin pour le film. Il en est le vaisseau amiral. Elle, on la voit moins. Elle est l épice, une vapeur fantomatique. Le générique de début est impressionnant. Pouvez-vous le commenter? Le générique est un temps que vous choisissez d utiliser ou de perdre. Dans The Social Network par exemple, on n en avait pas besoin: le ton était donné par la première scène. Ici, il devait nous servir à façonner le point de vue du film, à conduire les spectateurs à voir le monde avec les yeux de Lisbeth Salender. J aime beaucoup l aspect très abstrait de la séquence, ces formes trempées dans une sorte de laque noire, qui ne sont définies que par le reflet de la lumière. Qu est-ce que c est que cette matière? Du sang?de la sueur?estce l eau noire de l inconscient? A quoi ressemble le cauchemar de Lisbeth? C était l idée de départ que j ai proposée à Tim Miller, le directeur d animation à qui j ai fait appel. Je lui ai donné cette musique que j adore (reprise électro rageuse d Immigrant Song de Led Zeppelin par Trent Reznor de Nine Inch Nails, Atticus Ross et Karen O, la chanteuse des Yeah Yeah Yeah), on a recensé ensemble tout ce qui devait figurer dans le cauchemar. Je lui ai dit: «Déchaîne-toi.» p Propos recueillis par Isabelle Regnier financière, constat du repli identitaire, résurgence des vieux démons, apologie de la culture geek) ont offert un terreau rêvé au cinéaste. Appuyé par un chef opérateur, Jeff Cronenweth, qui ne fut pas pour rien l élève de Sven Nykvist (collaborateur attitré d Ingmar Bergman) et par le rock industriel de Trent Reznor et Attila Ross, Fincher plonge son film dans un bain métallique, aux couleurs désaturées et à la fluidité aqueuse. Cette résolution plastique, amplifiée par l usage de la technique numérique, témoigne de l inquiétante labilité d un monde contemporain où l image, naguère support de la présence réelle, s est transformée en chiffre (à tel point que toute l enquête du film repose sur le décryptage d une photographie de la victime). Fincher lui-même, devenu une pièce maîtresse d Hollywood en ambitionnant de craquer le système, n échappe pas à ce brouillage. Venu des effets visuels et du clip, voilà un réalisateur qui, en dépit desontalentetdesareconnaissance, met encore un certain nombre de spectateurs dans l inconfort de devoirdécider s ilestunmanipulateur (Seven) ou un créateur (Zodiac). Ce goût de l énigme à déchiffrer n est donc pas seulement le mode opératoire des tueurs en série qui hantent ses films, elle est la définition de Fincher comme auteur et le motif majeur de son œuvre qui, dans la lignée d un Brian De Palma,explore, aurisquedumaniérisme, la zone grise reliant le simulacre à la réalité. Tous ses films mettent en scène des situations réversibles (L Etrange Histoire de BenjaminButton)vécuespardespersonnages opaques (The Social Network) qui entretiennent des rapports indécidables à la loi (Fight Club). Cette ambiguïté témoigne du Michel Legrand : La musique au pluriel COFFRET ANNIVERSAIRE POUR SES 80 ANS 4 CD vocal / jazz / cinéma / Piano-Harpe Livret 32 pages, photos rares et inédites rapport de Fincher au cinéma en général et au système hollywoodien en particulier. Millénium : Les Hommes qui n aimaient pas les femmes ne fait pasexceptionàcetterègle, quicultive le choc de l ancien et du nouveau, du réel et du virtuel. Saintes Ecrituresetprogrammesinformatiques. Baderne du nazisme et criminalitéspéculative.thrillerd espionnage et métaphysique de l image. Jusqu au couple d enquêteurs qui réunit le journaliste à l ancienne et lahackeusederniercri,dansl alliance désenchantée desquels s autoportraitisefincher. Lerésultat qui équivautà lamultiplication de Cinquième colonne (Hitchcock) par Blow up (Antonioni) relance cette déconcertante énigme qui a pour nom David Fincher. p Jacques Mandelbaum Film américain de David Fincher. Avec Daniel Craig, Rooney Mara, Christopher Plummer, Stellan Skarsgard (2 h38).
24 cinéma D autres blessures assassines Jean-Pierre Denis fait aujourd hui d une tragédie amoureuse entre une religieuse et un aumônier, sous l Occupation, un champ d étude de l âme humaine. Comme hier pour les sœurs Papin Ici-bas ppv C est trop peu dire que Jean- PierreDenis, le réalisateurde ce film, est une figure singulière du cinéma français. C est un cas. Né voici soixante-cinq ans à Saint-Léon-sur-l Isle, en Dordogne, village qu il n a jamais quitté, ce dilettante passionné a réalisé cinq longs-métragesentrenteansd une carrièremenéedefrontavecsaprofession principale : fonctionnaire des douanes. Deux coups d éclat dans ce trajet : Histoire d Adrien, récit d apprentissage d un orphelin dialogué en occitan, qui obtient la Caméra d or à Cannes en 1980. Et Les Blessures assassines, qui met en scène le fait divers dont les sœurs Papin furent les sanglantes héroïnes, rassemblant en 1980 quelque cinq cent mille spectateurs. Ici-bas, sonsixièmefilm decinéma est un projet qu il porte depuis 1993, lorsque la préparation d un documentaire sur les maquis de CorrèzeetdeDordognelui faitrencontrer un résistant qui lui raconte, pour l avoir vécue, l histoire qui est au cœur du film. Histoire renversante, dignedes abîmes de l Occupation. AThiviers, au cœurdu Périgord, en 1943, une jeune religieuse, SœurPhilomène, tombeamoureuse d un aumônier engagé dans la Résistance. Leur passion fait reculer l homme, mais exalte la jeune femme. Le dénouement est tragique : elle dénonce son amant à la Kommandantur, livre la cache du maquis. Un résistant infiltré au tri Céline Sallette (Sœur Luce) et Eric Caravaca (Martial), remarquables interprètes. FRANCIS ROCHE postal intercepte une de ses lettres. Capturée, Philomène assume son acte et refuse l exil que lui proposentlesmaquisards, quil exécutent en février 1944. Quelques jours plus tard, l armée allemande investit la base des maquisards et massacre trente-quatre résistants, mais l aumônier en échappera et survivra à la guerre. Comprendre et non juger Enfouie dans le repli de la mémoire régionale, ce fait diverstient à la fois du sublime tragique et de l abjection historique. Son adaptation cinématographique n est pas une mince affaire. Jean- Pierre Denis, en prenant le parti de la sobriété et de l intériorité, s en tire avec les honneurs. Délaissant lesgrandesorguesdelareconstitution, refusant d instrumentaliser le scandale à des fins sensationnalistes, il descend avec ses remarquables interprètes (Céline Sallette en Sœur Luce, Eric Caravaca en Martial) au plus profond de la vérité et du mystère de ces personnages, qu il invite à tenter de comprendre plutôt qu à s empresser de juger. Certes, tout n est pas aussi parfait dans Ici-bas. La peinture du maquis, les scènes d action qui émaillent le film manquent un eu ZADIG FILMS présente PLÉBISCITÉE PAR LES SPECTATEURS via twitter ppp excellent ppv à voir pvv pourquoi pas vvv à éviter de conviction. Le film gagne en revanche dans l évocation du couple, dans l intuition de sa passion. La belle idée est de ne pas céder à l hypothèse la plus vraisemblable, selon laquelle le couple serait victime de sa proprechute: de l amour divin à l amour profane, de la puretémystiqueauxturpitudes du réel. Toutaucontraire, le couplepérit de reconduire dans le profane ce qui le différenciait dans le sacré. Martial s engage, non sans affres, dans la violence de la Résistance parce que sa vocation ecclésiale est avant tout au service des hommes. Luce s éprend quant à elle de Martial comme elle fut ravie, absolument, en Dieu. D où cette autre pénétranteidée, selon laquellel absolu qui s ouvre aussi sûrement à Dieu qu au diable (ici, la propagande de Radio Paris) mène à la trahison plus sûrement que le doute. p Jacques Mandelbaum Film français de Jean-Pierre Denis. Avec Céline Sallette, Eric Caravaca, François Loriquet, Maud Rayer, Jacques Spiesser (1h 40). Iran: la révolution en miettes A partir de fragments de vidéos, des Iraniens en exil évoquent l oppression de la contestation Le Printemps de Téhéran ppv Réalisé par une poignée d Iraniens exilés en Allemagne, Le Printemps de Téhéran est àn en pas douterun objet cinématographique singulier. Montage d images clandestines glanées sur Internet, d entretiens et de séquences animées en motion comic (sorte de bande dessinée en mouvement) à partir de scènes jouées par des acteurs, il construit en mosaïque un unique récit : l histoire d une révolution. En 2009, en Iran, la couleur verte fut celle de l espoir. Aux poignets, dans les cheveux, sur les ongles, elle porta les manifestations d étudiants comme une grande vague, jusqu à ce 12 juin qui maintint, par la fraude, Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir. Drapeau des conquérants, le vert devint brassard des condamnés, ceux qui osaient encore poser la question : «Où est mon vote?», pensant «Où donc est mon histoire?». Reconstituer l histoire que l on n a pas vécue : loin de l Iran, l œuvre des Iraniens vaut un acte de foi. Leur énergie propre, qui frappe juste et fort, prend sa source dans un désespoir coupable. Car cette histoire qui devait être la leur, ils ne l ont pas vécue, pas jouée, ils ne l ont même pas vue. La censure l a cachée à tous les regards. Seules reliques: des fragments dérobés, l histoire enregistrée sur téléphone portable, et en courant. Précieuse, cruellement partielle, floue. Patiemment repris aux espaces virtuels (les blogs clandestins, forêt de Sherwood des temps modernes), ces fragments demandaient à être tissés de lignes noires et ranimés par la fiction. Les deux étudiants dont nous suivons la route, Azedeh et Keveh, n existent pas : ils sont tous les visages de Téhéran rajeunie et blessée. Nuls mots ne sont plus simples que les leurs. Leur récit est universel, comme répété depuis des siècles par d autres voix, qui leur ressemblent. Toute révolution mort-née parle un langage de partisans. Puisque la censure a voilé les traits de ses bourreaux, le tortionnaire redessiné porte sur son visage toutes les haines. La ligne noire du dessin, avec violence, instaure une justice qui se passe des mots, rêve que le crime se lise sur le corps. Mais rien n est aussi simple. Entre deux séquences animées, dans la nuit de la ville filmée d un téléphone, une voix brisée de femme s élève sans colère, et longuement s interroge. Elle se demande si Dieu tremble comme elle. Chœur plein d harmonie Les seuls visages que l on a pu filmer n ont volontairement pas de noms. De ces témoins dont l histoire forme la dernière strate du récit, on ne sait presque rien : qu ils ont tous cru à la révolution. Qu ils ont été torturés, parfois, et durent fuir à leur tour. Qu ils souffrent encore. Si l on ignore leurs noms et certains sont illustres, c est que tous les exilés se ressemblent. Mêlant les voix des adoptés de l Europe à celles des Iraniens dont le pied foule encore une terre qui n est plus la leur, ce Printemps de Téhéran donne à entendre un chœur plein d harmonie et de tristesse. L expérience est belle, et à de quoi laisser songeur.p Noémie Luciani Documentaire irano-allemand d Ali Samadi Ahadi. Avec Pegad Ferydoni et Navid Akhavan (1h 22). Première grande héroïne de 2012 LouiseWimmer lumineuse et pleine d espoir. Antoine L. Plaisir solitaire et féminisme nordique Un film sur une jeunesse décomplexée, et droite dans ses bottes Une pure merveille allez-y allez-y allez-y!!! Maëlle G. Une ÉNORME CLAQUE! Bravo. Simon B. Lumineux, ce film est LE film à ne pas rater en ce début d année. Thomas L. Un film qu on garde longtemps en tête. Claire F. Formidable Louise Wimmer!!! Valérie B. Retrouvez le film sur en salles : facebook.com/lwlefilm Photo : Patrick Swirc - Design : TROÏKA Crédits non contractuels. Turn Me On pvv Ouvrir un «teen movie» sur un adolescent en pleine séance de masturbation est devenu un cliché du genre qui ne choque plus personne. Mais changez le sexe du personnage, comme le fait la Norvégienne Jannicke Systad Jacobsen dans son premierlong-métrage, etvous provoquerez rien de moins qu une révolution. Après nous avoir présenté, en voix off, le petit village norvégien où elle s ennuie à mourir, Alma, 15 ans, entre physiquement en scène culotte baissée, allongéesurlecarrelagede lacuisine, en trainde sedonner vigoureusement du plaisir pendant qu une voix d homme s échappe du téléphone qu elle a collé à son oreille. La masturbation féminine n a paslemêmestatutqueson équivalent masculin dans les mentalités. Lorsqu elleestreprésentéeau cinéma, c est le plus souvent sur le mode de la suggestion pudique. Ou alors dans des scènes au parfum terriblement sulfureux, comme dans Mulholland Drive, de David Lynch, ou Antichrist, de Lars von Trier. Viktoria Mullova joue le Concerto de Brahms Mercredi 25 / jeudi 26 janvier Salle Pleyel 20h Haydn Symphonie n 83, La Poule Brahms Concerto pour violon / Symphonie n 2 Paavo Järvi direction Viktoria Mullova violon Tarifs : 85, 65, 45, 30, 10 En lien avec le cycle Viktoria Mullova et ses amis à l auditorium du Louvre du 9 au 20 janvier 2012 / www.louvre.fr Réservations : 01 42 56 13 13 www.orchestredeparis.com Addiction sexuelle Lamanière àlafoistriviale, quasi burlesque et totalement décomplexée avec laquelle Jannicke Systad Jacobsen aborde, d un point de vue féminin, la question est plutôt inédite et rafraîchissante. Le film ne se résume toutefois pas à ce parti pris féministe gentiment provocateur. L addiction sexuelle du personnage principal, quidevientl uniquesujetdepréoccupation de sa mère, le sujet de conversation du village, et qui conduità sa mise auban dela communauté, apparaît comme un signede saliberté d espritetde son impérieux désir d émancipation. Ce récit d apprentissage souvent drôle n est pas aussi échevelé qu il en a l air. Alliant un minimalisme très nordique avec un traitementdespersonnagesàla foissensuel et fantaisiste, il recèle au fond une fable morale assez droite, que servent avec bonheur les actrices du film, la jeune Hélène Bergsholm en particulier, qui apporte à son personnage un nuancier émotionnel aussi riche que subtil. p Isabelle Regnier Film norvégien de Jannicke Systad Jacobsen. Avec Hélène Bergsholm, Malin Bjoerhovde, Matias Myren (1 h16).
cinéma 25 ppp excellent ppv à voir pvv pourquoi pas vvv à éviter Sur grand écran, Beigbeder se révèle léger (dansle bon sens du terme) L amour dure trois ans ppv Dire que le premier film de Frédéric Beigbeder était attendu au tournant est un euphémisme. Chroniqueur littéraire, romancier, dandynoctambule, animateur télé, et aujourd hui réalisateur, l homme est un peu trop omniprésent pour ne pas susciterunminimumdedéfiance. Surtout que son film semble tout autant que lui vouloir jouer sur tous les tableaux : distribué par EuropaCorp, la société de Luc Besson, il réunit une brochette de vedettes scintillantes comme un plateau du «Grand Journal» un soir de réveillon et joue de surcroît lacarte dela cinéphilie, citant aussi bien Woody Allen que Claude Lelouch, Jacques Demy que les frères Farrelly. Mais Beigbeder a l habitude. Parodiant sa propre émission, «Le Cercle», qu ilanimechaquesemaine sur Canal+, il a pastiché avec talent plusieurs de ses chroniqueurs dans une vidéo qui circule depuis quelques semaines sur le Net. Résultat: tous les critiques y ont son visage et L amour dure trois ans est présenté comme «le meilleur film de Frédéric Beigbeder». La bande originale est exquise Et les acteurs sont, tous, aux petits oignons Cet humour autodépréciatif est de même le moteur du film, adaptation de son propre roman, L amour dure trois ans (Gallimard, 2001), quinarrelesdéboires amoureux de Marc Marronier, jeune chroniqueur littéraire autocentré, cynique et semi-dépressif (Gaspard Proust, extrêmement convaincant en avatar de Beigbeder). Au moment où il publie son premier roman, dans lequel il dit qu aprèstroisans de vie commune les caresses de votre partenaire vous font le même effet que celles d un gant de caoutchouc, il tombe fouamoureuxd unecréaturesolaire (Louise Bourgoin, explosive), à qui il décide, de peur de la perdre, de cacher son identité d écrivain. Le film est drôle et pétillant. Léger, au bon sens du terme. Les dialogues claquent, les personnages sont croqués avec le regard aiguisédumoraliste,labandeoriginale est exquise Et les acteurs sont, tous, aux petits oignons. En jeune bourgeois dont les qualités se résument à une collection de polos Lacoste roses, Nicolas Bedos est parfait. Bernard Menez, qui joue le rôle du père hédoniste et libidineux de Marc Marronier, est plus truculent que jamais et Annie Duperey absolument délirante en mère castratrice auteure du guide de vie féministe Je suis mère célibataire et je t emmerde. Ironique, cette comédie romantique l est du début à la fin, parce quel ironie estcequidéfinitlerapport au monde de ce clown triste qu est le personnage principal. Mais l amour dont l auteur témoignepourlegenre cinématographique dans lequel il s inscrit, enroulant par exemple son intrigue dans la chanson de Michel Legrand Les Moulins de mon cœur, sauvelefilmducynisme. Eninventant son propre ton, et en faisant naître chez le spectateur une authentique émotion, Beigbeder rend hommage à ses idoles de la plus belle façon qui soit. p I. R. Film français de Frédéric Beigbeder. Avec Gaspard Proust, Louise Bourgoin, Joey Starr, Jonathan Lambert. (1 h 38) Quand Robert Altman signait une série pionnière «Tanner 88» lui rendit une liberté que le cinéma lui interdisait Garry Trudeau, Michael Murphy et Robert Altman sur le tournage de la série «Tanner 88». RUE DES ARCHIVES/BCA Rétrospective Un cinéaste américain qui faitunesérietélé,c estdevenu banal. De Scorsese à Gus Van Sant en passant par Spielberg, ils y viennent tous, attirés par la grande liberté que leur offre ce format, qu ils peinent de plus en plus à trouver dans le cinéma. Mais, en 1988, quand Robert Altman (1925-2006) réalise «Tanner88», une des premières séries produites par HBO, c est moins en vogue. Comme beaucoup d auteurs dont le nom fut associé au Nouvel Hollywood, ce franc-tireur est alors en pleine traversée du désert. Après avoir marqué les années 1970 avec M.A.S.H, John McCabe, Le Privé, Nashville, autant de films aveclesquelsilavaitimposéunstyle unique, réinventant les genres cinématographiques, il a perdu la confiance des studios. Rétrospectivement, «Tanner88» apparaît comme sa grande réussite de la décennie maudite qui va suivre malédiction qui prendra fin au début des années 1990 avec des films comme The PlayeretShortcuts. Desannéesplus tard, Robert Altman alla même jusqu àaffirmerquecettesérie, dontil réalisa une suite en 2004 («Tanner on Tanner»), fut l œuvre la plus Les meilleures entrées en France créative qu il ait jamais réalisée. La rétrospectivequis ouvrelemercredi 18 janvier à la Cinémathèque française est l occasion de la replacer au centre de son travail. S il prit tant de plaisir à la faire, c estpeut-êtreparce que, à latélévision, il se sentait comme un poisson dans l eau. C est là, en effet, dansles années1950 et 1960, qu il a fait ses classes, petit artisan de films institutionnels et de séries en tout genre. Paré de son aura de grand cinéaste, Altman y fait un retour les mains totalement déliées. Pendant les onze épisodes où il suit Jack Tanner, candidat à l investiture des primaires démocrates, il s en donne à cœur joie. Tout en jouant la carte de la comédie, il pousse son goût pour l équilibrisme entre documentaire et fiction à son point ultime, propulsantlittéralementsonfauxcandidat dans la vraie campagne de 1988. Interprété par Michael Murphy, Tanner détermine son positionnement politique par rapport à l actualité,altmanréinventantsonscénarioaujourlejourenfonctiondes déclarations de Jesse Jackson, d Al Gore ou de George Dukakis. «Tu sais pourquoi tu écris les dialogues?», aurait-il dit à son scénariste Garry Trudeau, qui rapporte Evolution Nombre de par rapport Total semaines Nombre Nombre à la semaine depuis d exploitation d entrées (1) d écrans précédente la sortie J. Edgar 1 523 690 477 _ 523 690 Intouchables 11 412 186 865 24% 17 988 239 Alvin et les Chipmunks 3 4 119 465 572 38% 1 816 718 MI : Protocole fantôme 5 108 859 474 51% 2 236 980 Parlez-moi de vous 1 103 318 180 _ 103 318 La Colline aux coquelicots 1 102 266 191 _ 102 266 Le Pacte 2 101 813 266 52% 354 941 Une vie meilleure 2 94 793 262 55% 344 257 The Darkest Hour 1 90 678 300 _ 90 678 Hollywoo 6 77 915 349 49% 2 211 615 Source : Ecran Total (1) Période du 12 au 15 janvier inclus Il n a pas fallu moins que l intervention du patron du FBI en personne pour déloger Intouchables de la première place du box-office. Au bout de onze semaines, Driss et Philippe cèdent les lieux à J.Edgar. Le succès de cette biographie confirme les affinités électives qui unissent Clint Eastwood au public français. Le patronyme Miyazaki suscite assez de curiosité pour que La Colline aux coquelicots, le deuxième film de Goro Miyazaki, fils de Hayao, se classe sixième. Parmi les sorties françaises, la perspective de passer un moment avec Karin Viard en reine des ondes de la nuit a semblé plus alléchante que celle de faire un bout de chemin avec un Franck Dubosc sérieux. Parlez-moi de vous se classe cinquième avec une honnête moyenne de 574 spectateurs par salle, alors que Dix jours en or se contente de la onzième place avec 58465 entrées. A noter aussi l affluence aux séances des Nouveaux Chiens de garde: 18208 spectateurs ont vu le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat. l anecdotedansrobert Altman, une biographie orale, de Mitchell Zuckoff (éd. G3J, 2011). «Tu écris les dialogues pour que les acteurs sachent qui ils sont.» Le reste n est qu improvisation. Et avec la formidable brochette d acteurs dont il s est entouré(notamment PamReed, en directrice de campagne, et Cynthia Nixon, la future Miranda de «Sex and the City», dans le rôle de la fille du candidat), c est un régal. Peut-êtrele spectateur d aujourd hui percevra-t-il une naïveté de ton, un scénario moins finement ciselé que ceux des séries actuelles. C est le pendant du tournage sur le vif, dans des conditions proches du documentaire. Altman saisit comment prenait corps l idéologie de la transparence Cequifrappe dans«tanner88», c est l acuité extraordinaire d Altman qui saisit comment prenait corps à cette époque l idéologie de la transparence telle qu elle va se cristalliser une bonne décennie plus tard dans la télé-réalité. La grande idée de la série est en effet d avoir entouré le candidat d une équipe de communicants qui façonne sa campagne pour lui, parfois même contre lui, en s appuyant sur un réalisateur dont la caméra tourne en permanence. Signe cruellement ironique que la communication prend le pas sur le contenu politique, cette pratique de captation vidéo n épargne rien de la vie privée du candidat, pas même son journal intime. La mise en scène, frappante de modernité, joue avec les différents registresd image ce quefilmealtman, cequefilmelecameraman,ce qui est montré à la télé Les dialoguesquisechevauchent,lasimultanéité des actions dans un même plan,toutescessingularitésstylistiques qui constituent la signature de l auteur, trouvent une application éloquente dans cette campagneen trainde sefaire, oùlavieprivée et la vie publique se télescopent sans cesse dans une joyeuse cacophonie. Quinze ans plus tard, Tanner on Tanner apparaît comme la cerise sur le gâteau. En reprenant ses personnages vieillis, Altman pousse la logique de la série à son paroxysme, posant la question que se posent tous les accros du format: pourquoi au fond ne pourrait-il pas embrasser une vie entière, sur toute sa durée? p Isabelle Regnier Rétrospective Robert Altman, Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris12 e. Du 18janvier au 11mars. Cinematheque.fr Les films de la semaine nretrouvez l intégralité de la critique sur Lemonde.fr ppvà voir Le Printemps de Téhéran: L Histoire d une révolution 2.0 Documentaire irano-allemand d AliSamadiAhadi (1h 22). Millénium: Les Hommes qui n aimaient pas les femmes Film américain de David Fincher (2h35). L amour dure trois ans Film français de Frédéric Beigbeder (1h35). Ici-bas Film français de Jean-Pierre Denis (1h40). nduch, le maître des forges de l enfer Film documentaire franco-cambodgien de Rithy Panh (1 h43). Sous le régime khmer rouge, qui a assassiné quelque deux millions de Cambodgiens entre 1975 et 1979, Kaing Guek Eav, dit Duch, a été, à la tête du sinistre camp S-21, un fonctionnaire zélé du génocide. Récemment condamné à trente-cinq ans de prison, il a accordé au cinéaste Rithy Panh, qui se met intelligemment en retrait, le privilège d un entretien qu il faut bien qualifier d exceptionnel. Entre orgueil et déni, arguties et demiaveu, tout le nuancier rhétorique du bourreau y passe, avec un front et une douceur qui sidèrent. p J.M. pvvpourquoi pas Turn me on! Film norvégien de Jannicke Systad Jacobsen (1h16). net si on vivait tous ensemble Film français de Stéphane Robelin (1h36). Un «club des cinq» du troisième âge décide de constituer un phalanstère pour vivre en commun les derniers jours. L étonnante distribution (Jane Fonda et Pierre Richard, Guy Bedos et Geraldine Chaplin, plus Claude Rich) et une propension à l humour macabre battent en brèche la tendance sentimentale et l humour facile du scénario. p T. S. Samedi 21 janvier à 15h Odéon 6 e / ntrust Film américain de David Schwimmer (1h46). Exercice pédagogique sur les dangers de l Internet pour les adolescents, Trust se distingue par la finesse du portrait de son personnage central, une adolescente victime d un prédateur sexuel rencontré sur Internet. On sent que David Schwimmer (ancien interprète de la série «Friends») ne prend pas son sujet à la légère, et il a trouvé en Lianna Liberato une interprète étonnante. Mais le devoir de démonstration didactique l emporte trop souvent sur les exigences du cinéma. p T. S. vvvon peut éviter ndubaï Flamingo Film français de Delphine Kreuter (1h24). Une poignée d acteurs (Sergi Lopez, Vanessa Paradis, Florence Thomassin) sont jetés sur les routes de l émirat pour des raisons qui n apparaissent jamais tout à fait. Entre la folie du personnage central, l incongruité du décor et l inanité bizarre des dialogues, on tient là l un de ces films qui ne s effacent pas de la mémoire, en dépit du souhait des spectateurs. p T.S. na travers les branches d un arbre Film suisse de Daniel Duqué (1h36). Un jeune homme, dont le père, à ce que l on devine, a été un reporter de guerre disparu durant un conflit lointain (Irak ou Afghanistan, on ne sait pas vraiment), erre, dans un jardin, un terrain vague, une campagne en bord d autoroute, à la recherche, peutêtre, du souvenir de celui-ci. C est un voyage sensoriel, la quête d un lien perdu, effacé par le temps ou l indifférence, un «ici et ailleurs» particulièrement candide où l on apprend qu il faut s ouvrir à l autre, le lointain, et aussi renouer, par-delà la mort, une relation filiale. Bref un flot de banalités. p Jean-François Rauger nous n avons pas pu voir Ma première fois. Film français de Marie-Castille Mention Schaar (1h34). Cinéma «Shoah» diffusé à la télévision en Turquie Le 26janvier, à la veille de la Journée internationale de la commémoration de l Holocauste, la chaîne de télévision turque TRT commencera la diffusion dans sa version intégrale de Shoah, de Claude Lanzmann. A l initiative du Projet Aladin organisation internationale qui promeut le rapprochement interculturel, en particulier entre juifs et musulmans, le film documentaire de neuf heures consacré à l extermination des juifs d Europe dans les camps nazis a été sous-titré pour la première fois en turc, en arabe et en persan. Déjà, en mars2011, la chaîne satellite Pars TV, émettant depuis Los Angeles, avait diffusé la version persane, suscitant la colère de Téhéran mais l'intérêt des téléspectateurs iraniens, qui ont été près de 3000 à contacter la chaîne. Théâtre Fin de la grève à la Comédie-Française Lundi 16janvier, les salariés de la Comédie-Française, réunis en assemblée générale, ont décidé par 75% des votants la reprise du travail. Les syndicats, la direction et les tutelles sont parvenus à un accord de principe, qui lie la reprise des activités à celle de l ouverture de négociations, en particulier sur l obtention d une prime. Le mouvement avait été lancé le mercredi 11janvier, jour où devait avoir lieu la première de La Trilogie de la villégiature, de Carlo Goldoni, dans une nouvelle mise en scène signée Alain Françon. Cette production devait inaugurer le Théâtre éphémère, une salle en bois de 700places érigée dans les jardins du Palais-Royal, dans laquelle la Comédie-Française va jouer le temps de ses travaux. La première aura finalement lieu jeudi 19janvier. Direction Olivier Py Rencontre et lecture Les philosophes amoureux par Raphaël Enthoven (1/5) Nietzsche et Lou Salomé Voilà une âme qui s est fait un petit corps avec un souffle Avec Dorian Astor, auteur de Nietzsche, textes lus par Daniel Mesguich. La première fois que Nietzsche vit Lou Salomé, il la trouva franchement irrésistible. Grâce à Lou, une robe a passé dans sa vie, pour lui apprendre qu en amour, celui des deux qui part n est pas toujours celui qui s en va. En coproduction avec France Culture. En partenariat avec Courrier international. Odéon-Théâtre de l Europe / Tarif unique 5 01 44 85 40 40 theatre-odeon.eu element-s / Licence d entrepreneur de spectacles 1039306
mode 0123 26 Prêt-à-porter hommes MILAN AUTOMNE HIVER 2012-2013 C Kean Etro travaille le Paisley en noir et blanc. ANTONIO CALANNI/AP Quelle crise? Par Joël Morio Le monde de la mode serait-il insensible aux soubresauts financiers de la planète? En tout cas, les triples A continuent de s afficher sur les badges des attachées de presse sur les défilés. «AAA» pour «all access area» (accès à toutes les zones), le précieux sésame autorisant l entrée «backstage» (en coulisses). Apparemment, la mode masculine italienne se porte bien. Les exportations ont progressé de 10,4% en 2011, se félicite Raffaello Napoleone, le directeur général du Pitti Uomo. Le Salon qui s est tenu à Florence du 10 au 13 janvier est un véritable baromètre de la profession. Mais le responsable reconnaît que l année qui débute sera plus difficile. Si l euro faible est une opportunité pour le textile italien, en Europe les stocks s accumulent, les chiffres de vente sont déjà en berne, et les produits textiles devraient être davantage taxés en ces temps de crise. Les entreprises se préparent à cette nouvelle donne en se concentrant sur les valeurs de leur marque, leur héritage, leur image. Mais elles devront aussi innover pour déclencher la pulsion d achat. Cela passe par le lancement de nouvelles lignes, plus jeunes, l utilisation de nouvelles matières La créativité comme antidote à la crise. p Au fil des défilés De l allure avant tout Prada glisse des stars dans ses longs manteaux, Trussardi s inspire de la F1 Milan Envoyé spécial Les maisons de mode aiment inviter des «people» qui s affichent au premier rang de leurs défilés. C est, pensent-elles, l assurance de figurer dans les pages des magazines. Prada a fait plus fort dimanche 15 janvier lors de la deuxième journée des présentations des collections masculines de l hiver 2012-2013, à Milan. Les acteurs Adrien Brody, Gary Oldman, Willem Dafoe, Tim Roth, ou encore Jamie Bell, le Tintin de Steven Spielberg, ont boudé les Golden Globes qui se tenaient à Beverly Hills pour assurer le final d un show aux accents aristocratiques. C est «le Palais», lieu de pouvoir, qui est le thème de cette collection où les longs manteaux règnent en maîtres. Tantôt croisés et ceinturés comme des peignoirs, tantôt droits, ils sont noirs, rouges, rayés ou à motifs pyjama avec des revers blancs ou d astrakan gris. L homme imaginé par Miuccia Prada porte fièrement ses «décorations» : des broches, lunettes vermillon et fleurs. Le port altier est renforcé par les cols roulés de pulls portés sous la chemise. Chez Gucci, la mise se veut plus «grunge» mais reste luxueuse. L homme Gucci est un esthète qui choisit les blazers à double boutonnage, les cardigans sculptés et les manteaux. Les roses et les iris s invitent discrètement sur les costumes. L inspiration est aussi équestre et militaire avec des pantalons bleu ou écru aux galons d or qui courent et le long de la jambe. Ou encore des cabans «over size» aux gros boutons dorés, eux aussi. Le soir, la veste en jacquard de velours est légère. Kean Etro est un peu facétieux, il ne fait rien comme tout le monde. Les vêtements du soir ouvrent le défilé. Il est vrai que le queue-de-pie avec de vraies plumes derrière est fort à propos pour une collection dont la liberté est celle de «l aigle qui vole dans le grand ciel bleu». Des plumes, on en retrouve un peu partout, sur le bout des mocassins, le col d une veste à carreaux, un gilet, les chapeaux à larges bords. c Les épaisseurs se superposent chez Gucci. GIUSEPPE CACACE/AFP Sortie de route Avant de nous proposer les mariages invraisemblables, toujours éclatants de couleurs et d imprimés dont il a le secret, Kean Etro travaille avec bonheur le motif Paisley (dessin d origine indienne ou pakistanaise) en noir et blanc sur des grands manteaux. Le défilé est encore une fois un concentré d énergie. Umit Benan, le nouveau directeur artistique de Trussardi depuis l été 2011, a lui aussi bousculé les codes des shows milanais, souvent sages. Ses mannequins font des clins d œil aux objectifs et marchent en roulant des mécaniques. Organisé dans la boutique de la maison, piazza della Scala, le défilé s est limité à une quinzaine de passages. Frustrant mais suffisamment enlevé pour séduire avec une collection en hommage à Jackie Stewart, le pilote de Formule 1 des années 1970. Les pantalons fuselés s élargissent légèrement dans le bas. Les blazers en velours corduroy ou en laine, avec des cols et des revers amples ont une coupe sportive. Chez Moncler en revanche, qui a également puisé son inspiration dans l univers des courses automobiles, on frôle la sortie de route. Les combinaisons et les pantalons larges et matelassés ont du mal à convaincre. Thom Browne, qui dessine les collections de la maison célèbre pour ses doudounes, gagne cependant le trophée de la présentation la plus décalée. Italo Zucchelli, pour Calvin Klein, parvient à un juste équilibre entre le sportswear et la richesse des matières comme l alligator, le cachemire ou l alpaga. La silhouette est large et sophistiquée. Vivienne Westwood est quant à elle restée fidèle à elle-même avec sa garde-robe de dandys un peu destroy. La créatrice britannique a surtout profité du show pour dénoncer les dangers des changements climatiques : les barbes et les cheveux de ses mannequins étaient couverts de glace. p J.Mo. c L acteur Adrien Brody en manteau d aristocrate lors du final du défilé Prada. GIUSEPPE CACACE/AFP Focus Une métamorphose réussie pour ZZegna LE DÉFILÉ de ZZegna était attendu au moins à deux titres. On pouvait se demander comment la maison Zegnas était remisedu départd Alessandro Sartori, son directeur artistique depuis ses débuts en 2003, pour Berluti. Ons interrogeaitaussisurlescapacitésdepaulsurridge, le nouveauresponsable, à s adapter à une entreprisefamiliale, si différente de Jil Sander où il secondait Raf Simons pour le prêt-à-porter masculin. «J étais un peu inquiet en arrivant, mais j ai été vite rassuré par la force de la maison, ses équipes», se souvient Paul Surridge. Cet Anglais, qui avait jusqu à présent toujours occupé les seconds rôles près de Calvin Klein ou au côté de Christopher Bailey chez Burberry, a pris son envol. Certes, les quatre ans passés chez Jil Sander ne s effacent pas facilement. Mais n est-ce pas ce qu on souhaitait pour Z Zegna? Des vêtements destinés à une clientèle plus jeune, plus moderne, qui ne veut pas s habiller de façon trop classique mais recherche un certain luxe. Pour l hiver 2012-2013, Z Zegna a donc pris une nouvelle direction. La taille est rehaussée et les revers des vestes, à quatre boutons, prennent c Trussardi rend hommage à Jackie Stewart, pilote des années 1970, avec une collection sportive. DR de l importance, inspirés des coupes étroites des vestons croisés des années 1920. «Je ne recherche pas les références au passé», assure toutefois Paul Surridge. Le trentenaire fait appel à des matières nouvelles pour la marque (nylon, jersey techno, maille 3D ) avec destouches de caoutchouc et des zips en cuivre. La collection fait la part belle aux pièces importantes : imperméables, cabans, parkas Les manteaux sontlinéaires avecune touche militaire et de grandes poches intérieurespoury rangerles smartphones et autres gadgets devenus indispensables. «L homme aime les vêtements fonctionnels», insiste Paul Surridge. p J.Mo. DR
&vous 27 La parité, et si c était enfin pour demain? Voici une campagne choc pour la parité entre les femmes et les hommes. On la doit au Laboratoire de l égalité, une association créée en janvier 2010. Primo, elle n y va pas avec le dos de la cuillère, montrant par l image que les hommes s assoient sur les femmes Secundo: elle n est pas accolée à la seule Journée du 8mars, après laquelle, la bonne action accomplie, chacun peut se laver les mains. La preuve, elle soutient le Pacte de l égalité qui sera soumis à tous les candidat(e)s à l élection présidentielle et va donc nous interpeller sur les murs du métro parisien, à la télévision, dans les journaux et sur Internet, jusqu en mai. Tertio: elle est impertinente et ne manque pas d humour. Après, on l espère, l égalité ne jouera plus son rôle d Arlésienne. La parité est inscrite dans la Constitution; et sans remonter au temps préhistorique du féminisme, depuis 1972, ce ne sont pas moins de cinq textes de loi qui ont été votés! A travail égal, les femmes gagnent néanmoins toujours 6 à 7 % de moins que les hommes. Certains avancent jusqu à un écart de 27%. p Mélina Gazsi (PHOTOS : PAUL GOIRAUD ; LAURENCE DUNMORE). Laboratoiredelegalite.org La vitalité démographique va diminuer Selon l Insee, le nombre de décès devrait structurellement augmenter et freinera la croissance Sept Français sur dix vivent là où ils sont nés A PART DES PERSONNES NÉES DANS LA RÉGION ET HABITANT LA RÉGION EN 2008, en % De80à90 De 75 à 80 De70à75 De60à70 Bretagne Démographie Basse- Normandie Pays de la Loire Poitou- Charentes Aquitaine Centre Limousin La croissance démographique française est toujours en très bonne forme, mais ce dynamisme,rare eneurope, devraits atténuer dans les années à venir. Alors que la politique familiale provoque un violent affrontement entre droite et gauche dans la campagne électorale, les chiffres et les analyses de l évolution dela populationpubliésparl Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), mardi 17 janvier, apportent de nouveaux éléments au débat. Au moment du lancement de la campagnederecensement2012, l institut dévoile également des chiffres inédits, qui montrent une faible mobilité géographique des Français au long de leur vie. Comme tous les ans, les statisticiens effectuent une mise à jour des grandes tendances de la démographie nationale. Pour l heure, tous les indicateurs sont au vert. La France compte désormais 65,35 millions d habitants. La population continue de croître au même rythme que les années précédentes (0,5%), grâce à l excédent de naissances sur les décès plutôt qu au solde migratoire. Le nombre de naissances se maintient en effet à un niveau élevé (827000), même s il est en léger repli par rapport à 2010. Le taux de fécondité dépasse, pour la quatrième année consécutive, le seuil de deux enfants par femme (2,01 en 2011), ce qui maintient le pays dans le peloton de tête européen, derrière l Irlande. «De nombreuses conditions favorables sont réunies en France, décrypte Pascale Breuil, Nord-Pasde-Calais Haute- Picardie Normandie Ile-de- France Auvergne Champagne-Ardenne 64,6 % La région qui perd le plus Bourgogne Midi- Pyrénées Languedoc- Roussillon Lorraine Franche- Comté Rhône-Alpes Provence-Alpes- Côtes d Azur Guadeloupe Guyane Martinique Réunion Alsace 82,6 % La région qui retient le plus Corse chefdel unitéétudesdémographiques et sociales de l Insee. Les femmes peuvent continuer à travailler ou non, les couples peuvent faire des enfants en étant mariés ou non. Ils savent aussi qu ils vont bénéficier d une politique familiale qui atténuera les conséquences financières de ce changement.» En Allemagne, en revanche, marquée par un déclin démographique, l arrivée d un enfant est souventsynonymed arrêtdel activité professionnelle pour la femme. «Sans la France, le solde naturel européen [la différence entre les naissances et les décès] serait divisépardeux», poursuitlastatisticienne. Maiscetauxde féconditéne suffit pas à expliquer, à lui seul, la croissance démographique nationale. «Il reste inférieur au seuil de renouvellement des générations, qui est de 2,1 enfants par femme, poursuit M me Breuil. L autre facteur déterminant est le poids de l histoire.» L Insee analyse les grandes tendances démographiques des trente dernières années et en tire des Population 65,35millions, soit une augmentation de 0,5% par rapport à 2010. La France est le deuxième pays le plus peuplé d Europe, derrière l Allemagne, et devant le Royaume-Uni et l Italie. L espérance de vie des Français continue à augmenter : 84,8 ans pour les femmes, 78,2 ans pour les hommes. Taux de fécondité 2,01enfants par femme. La moyenne dans l UE A ÉVOLUTION DE LA DENSITÉ DE POPULATION ENTRE 1982 ET 2009, en habitants par km 2 par an Plus de 10 De1à10 De0,2à1 De0à0,2 Zéro et moins La France est le deuxième pays le plus peuplé d Europe se maintient à 1,59. Faible dans l Europe du Sud, en Allemagne et en Pologne (autour de 1,4), il est plus élevé au Royaume-Uni et dans les pays nordiques (1,9). L âge moyen de l accouchement continue à s élever pour atteindre 30,1 ans, comme dans le reste de l UE. En 2011, 5% des mères avaient plus de 40ans, deux fois plus qu il y a 20 ans. Le nombre de mariages recule. SOURCE : INSEE enseignements pour l avenir, lequel devrait être moins florissant que la période actuelle. La France, expliquent les statisticiens, a connu un baby-boom «remarquable par son ampleur et sa durée». Mécaniquement, les générations en âge de procréer, enfants des baby-boomers, sont donc également nombreuses, tandis que les générations nées avant 1945 représentent une population moins importante. Les générations du baby-boom vieillissant, le nombre de décès augmentera, même si l espérance de vie continue à progresser. Si le nombre de naissances n augmente pas, le solde naturel devrait donc diminuer et la croissance démographique ralentir, de façonprogressive, pendant les trente prochaines années. L Insee dévoile également des données nouvelles sur la mobilité des Français sur le territoire en comparant les territoires de naissance et ceux de résidence. Résultat : sept Français sur dix vivent aujourd hui dans la région où ils sont nés. «Cela ne veut pas dire qu il n y a pas eu de mobilité, à l intérieur d une région par exemple», nuance Jean-Michel Floch, chargé de cette étude au département action régionale de l Insee. Ou un déménagement temporaire, suivi d un retour dans la région d origine. Mais le chiffre reste élevé. «Nous avons l impression de vivre dans une société fluide et mobile, mais ceux qui restent dans leur région d origine demeurent nombreux», relève le chercheur. Le taux de fécondité dépasse le seuil de deux enfants par femme (2,01 en 2011) Certaines régions retiennent davantageleursnatifs, commel Alsace. Lespersonnes quinerésident plus dans leur région de naissance sont installées soit à proximité de celle-ci, soit en Ile-de-France. L Insee met en place un outil interactif, disponible sur son site Insee.fr, qui permettra à chacunde savoir vers quels lieux de résidence «émigrent» les natifs de sa région, ou d où viennent ses habitants actuels. Les régions où la population croît (du fait d un solde migratoire positif et de leur excédent de naissances) sont le littoral atlantique etméditerranéen, lavallée du Rhône et la périphérie des grandes agglomérations. Depuis dix ans, la fameuse «diagonale du vide» des Ardennes au Massif Central perdmoinsd habitantsqu auparavant, grâce à des installations dans leszones ruralesetau mouvement généralisé de périurbanisation. p Gaëlle Dupont Controverse sur le sevrage tabagique Selon une étude, les substituts nicotiniques (patchs et gommes) seraient inefficaces Santé La question de l efficacité des patchs et des chewing-gums à la nicotine est relancée. Selon une étude américaine publiée lundi 9janvier dans l édition en ligne de la revue Tobacco Control, ces produits, en vente libre en France, ne seraient pas plus efficaces à long terme pour aider les fumeurs à arrêter le tabac qued essayersansl aidedecestraitements. Et ce, même quand ils sont accompagnés d un suivi psychologique. Menée par Hillel Alpert, de la faculté de santé publique de l université d Harvard (Massachusetts), l étude a porté sur 787 personnes. Interrogés à trois reprises, en 2001-2002, 2003-2004 et 2005-2006, les fumeurs devaient indiquer quel type de substituts nicotiniques ils avaient utilisés. Près d un tiers de ceux qui avaient récemment arrêté de fumer ont repris la cigarette. Parmi ceux-ci, il n y avait aucune différence entre ceux qui avaient utilisé des substituts nicotiniques durant plus de six semaines et ceux qui n avaient rien pris. De plus, l étude ne constatait aucune différence entre les gros fumeurs et ceux fumant peu. Déjà, en 2009, des chercheurs français du CNRS, menés par Jean- Pol Tassin, neurobiologiste au Collège de France, s étaient posé la question de savoir si la nicotine était seule responsable de l addiction au tabac. «La nicotine à elle seule, en patch ou en chewinggum, n empêche pas les fumeurs de continuer à fumer : 84 % des gens qui prennent un patch rechutent dans l année qui suit, alors que, sans patch, c est de l ordre de 90%.» Une différence minime. Le consultant en tabacologie Luc Dussart, auteur du blog Unairneuf.org, est plus direct: «Il n y a pas de solutions médicales fiables. Ces substituts sont une arnaque, ça aide les médecins à instaurer une relation avec les fumeurs.» D autres études ont pourtant montré l inverse. L une d elles avait montré, en 2011, que, chez les volontaires ayant reçu une aide, qu elle soit psychologique ou sous forme de patchs nicotiniques, le taux de succès atteignait 15 % au bout d un an, contre un taux de réussite de 4% sans aide. Les tabacologues sont plus nuancés. «Les substituts nicotiniques et les médicaments aident à gérer le manque, qui constitue l un des facteurs d échec de l arrêt du tabac. Ils sont juste une aide dans une prise en charge globale, mais ils peuvent améliorer les conditions de l arrêt», constate le docteur Anne Borgne, addictologue à l hôpital René-Muret (AP-HP) à Sevran (Seine-Saint-Denis). Globalement, le plus efficace pour l arrêt L enjeu est de taille. Les ventes de substituts sous forme orale progressent du tabac est, selon elle, d associer des thérapies comportementales etcognitives (TCC) et uneaide avec des médicaments. «Lorsque l on associe les substituts nicotiniques, les chances de réussite sont multipliées par deux, surtout s il y a une aide psychologique», explique le professeur Yves Martinet, chef du service de pneumologiedu CHU de Nancyet président du Comité national contre le tabagisme (CNCT). D autant que, de l avis de ces deux professionnels, les substituts nicotiniques sont sans risque pour la santé. Et, comme l assure la revue Prescrire, «dans le sevrage tabagique, la motivationetlesoutienpsychologique restent la priorité». Pour les fabricants, l enjeu est de taille. Les ventes de substituts sousformeorale progressent, elles concernaient 982 951 personnes en 2010, selon le tableau de bord de l Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT). Tandis que les patchs, qui avaient beaucoup progressé en 2003 et 2004, concernaient773378personnes. Quant aux médicaments (Champix, Zyban), leur consommation est en chute libre, les risques étant importants. p Pascale Santi Toxicomanie Les métiers de l agriculture et de la pêche plus touchés par l alcoolisme Certains secteurs professionnels sont plus exposés que d autres aux substances psychoactives. C est ce qui ressort du baromètre santé de l Institut national de prévention et d éducation pour la santé (Inpes) publié lundi 16janvier, qui consacre pour la première fois un volet à cette question. La consommation d alcool est plus fréquente dans l agriculture ou la pêche (16,6% d usage quotidien contre 7,7% dans la population générale) et la construction (13,4%). Le secteur des arts et spectacles se distingue, avec 16,6% de consommateurs de cannabis dans l année, contre 6,9% pour l ensemble des actifs, selon l Inpes. Quant aux autres drogues (cocaïne, ecstasy, champignons, poppers), les milieux de la restauration, de l information et de la communication, des arts et spectacles, sont plus particulièrement pointés du doigt. Enfin, si la consommation d alcool sur le lieu de travail concerne 16,4% des actifs, les chômeurs sont plus touchés par les conduites addictives.
28 disparitions Célèbre pianiste, interprète de Bach et de Rachmaninov Alexis Weissenberg Actrice, interprète de «Maguy» Rosy Varte Il a fait partie des premiers artistes dont la notoriété est passée par la télévision. Silhouette svelte, regard bleu acier, doigts d airain, le pianiste français d origine bulgare, habitué du «Grand Echiquier» de Jacques Chancel dans les années 1970-1980, Alexis Weissenberg est mort le 8janvier à Lugano, en Suisse, à l âge de 82 ans, des suites d une maladie de Parkinson qui avait mis un terme à sa carrière trente ans plus tôt. 26 juillet 1929 Naissance à Sofia (Bulgarie) 1937 Premiers concerts, à 8 ans 1946 Juilliard School de New York 1956 Naturalisation française 1967 Entrée à la Philharmonie de Berlin 1979 Comédie musicale «La Fugue» 1982 Fin de sa carrière de pianiste 8 janvier 2012 Mort à Lugano (Suisse) En 1967, devenu le pianiste attitré du chef d orchestre Herbert von Karajan, Alexis Weissenberg entre dans le «Karajan Circus» (laphilharmonie de Berlin, le Festival de Salzbourg). Soit uneambitieuse politiquediscographique(uncontratd exclusivité chez EMI) doublée d un développement cinématographique (le Concerto pour piano de Tchaïkovski filmé par Ake Falk). On lui reproche la perfection glacée de son jeu «mitraillette» et un manque d engagement sensible. Lui, répond : «J aime que l artiste n existe pas visuellement pour le public. Il ne faut pas qu il distraie l auditeur de l œuvre» (interview du 10décembre 1966 à l ORTF). Mais Weissenberg joue Rachmaninov, Beethoven ou Tchaïkovski avec le gotha de la baguette Szell, Celibidache, Ormandy, Maazel, Abbado, Skrowaczewski, Ozawa, Bernstein, Prêtre, Karajan, Giulini, Solti, fait un tube du choral Jésus, que ma joie demeure de Bach. Il est connu pour travailler non pas au clavier mais en lisant les partitions, pour la maniaquerieaveclaquelleilchoisit sespianos Steinway, qu il fait alléger pour les rendre plus rapides à jouer. «Jel airencontré en 1995alors queje passais le Concours Rubinstein à Tel-Aviv, racontelepianistecédrictiberghien. Ilm a invité à venir travailler avec lui en Suisse, à Engelberg, où il avait une master-class. On vivait dans un cloître à six ou sept. Il était Bernard Thomas Journaliste, critique, chroniqueur, écrivain, Bernard Thomas est mort, jeudi 12janvier, d une crise cardiaque, à l âge de 75 ans, dans le train qui le ramenait de sa Bretagne natale vers Paris. Né le 25octobre 1936, il avait été parmi les fondateurs du Magazine littéraire, en 1966, et de L Idiot international, en 1970, avec Jean- Edern Hallier. C est en 1974 qu il entre au Canard enchaîné, d abord dans une rubrique «Ça n arrive qu aux autres» consacrée aux citoyens victimes de la bureaucratie. Dès 1976, il devient responsable de la rubrique culturelle du journal, où il assume la critique de théâtre et de télévision. Dans l édition du mercredi 11décembre 2011 du Canard, il évoquait encore la pièce Inconnu à cette adresse, jouée actuellement par Gérard Darmon et Dominique Pinon au Théâtre Antoine. En plus d un lectorat, Bernard Thomas avait aussi un auditoire, à travers sa participation, de 1990 à 2010, à l émission «LeMasque et la Plume», sur France Inter. En tant qu auteur, il avait signé une quinzaine d ouvrages. Des essais comme LaGuerre secrète du pétrole (Denoël, 1968) avec Jacques Bergier, Les Provocations policières, Quand la politique devient un roman policier, (Fayard, 1972). Des biographies comme Lucio l irréductible (Flammarion, 2000) avec Isabelle Villemont. Des romans historiques comme La Croisade des enfants (Fayard, 1973), mais aussi des pièces de théâtre comme Azev ou le tsar de la nuit (Bernard Grasset, 1995), ou encore un pamphlet, Lettre ouverte aux écolos qui nous pompent l air (Albin Michel, 1992). Son dernier livre, LeVoyage de Yann (Lattès, 2008), rendait hommage au combat de son fils, rescapé d un grave accident survenu dans le métro parisien. p Luc Cédelle Alexis Weissenberg au Festival de Montpellier, en 1986. THIERRY MARTINOT avec nous du matin au soir. Déjà malade, il s abstenait de donner des exemples au piano mais je me souviens d une conversation passionnante sur la structure de la Wanderer Fantaisie de Schubert. Je l ai revu en 2008: il avait gardé sa lucidité mais n était plus que l ombre de lui-même.» Leader historique de la droite espagnole, fondateur du Parti populaire (PP) qui gouverne aujourd hui l Espagne, Manuel FragaIribarneestmort le15janvier des suites d une infection respiratoire. Cet homme politique infatigable qui fut une grande figure du franquisme puis l un des principaux acteurs Eclipse musicale Alexis Weissenberg était né le 26juillet 1929 à Sofia, d un père diplomate et d une mèrepianiste, qui sera son premier professeur. Enfant prodige, il donne ses premiers concertsà8ans,étudielepianoetlacomposition avec Pancho Vladigerov. En 1941, dénoncé comme juif par son propre père (sesparentssontalorseninstancededivorce), il se retrouve avec sa mère dans un camp d internement. Ils s enfuiront après avoir soudoyé un gardien grâce aux nombreux bijoux que Lili Weissenberg avait emportés avec elle. Mère et fils unique traversent alors les Balkans, s installent un temps à Istanbul, en repartent pour Haïfa puis Jérusalem en 1943. Trois ans plus tard, Weissenberg entre à la Juilliard School de New York dans la classe d Olga Samarov. Il côtoie Artur Schnabel et Ferruccio Busoni, étudie Bach avec Wanda Landowska, remporteà17 ans leconcoursleventritt. Sacarrière le mènera en Amérique centrale, en Amérique du Sud, en Israël, et, à partir de 1950, en Europe. Il obtiendra en 1956 la naturalisation française. Suit une longue éclipse musicale : de 1957 à 1965, Alexis Weissenberg s adonne à lapeinture,auxcollages,organisedesexpositions. Ce polyglotte, qui parle au moins sept langues, possède une culture encyclopédique. Il est l auteur d une sonate pour piano et d arrangements des chansons de Charles Trenet. En 1979, poussé par son librettiste, le comédien Francis Lacombrade, il compose une comédie musicale, Leader historique de la droite espagnole Manuel Fraga Iribarne 23 novembre 1922 Naissance à Villaba (Galice) 1962 Ministre de Franco 1975 Ministre sous Juan Carlos 15 janvier 2012 Mort à Madrid de la transition démocratique, aura mené une longue carrière qui s est achevée en novembre dernier, lorsqu il a finalement quitté, à 89ans, son poste de sénateur. Néle23novembre1922àVillaba,enGalice, d un pèreouvrieragricole etd une mère française, Manuel Fraga fait, malgré une enfance difficile, de brillantes études à Madrid, en droit et en sciences politiques. Professeurde droit constitutionnel, il commence sa carrière au ministère de l éducationets inscritaumovimiento,lepartiunique de la dictature. Député aux Cortès, membre du Conseil d Etat, nommé ministre de l information et du tourisme par Franco, en 1962, il fera promulguer une loi surla pressesupprimant les censurespréalables.ilasurtoutcontribuéauspectaculai- re développement du tourisme de masse enespagne, facilitantainsiledécollageéconomique du pays. Sa carrière politique impressionne mais son autoritarisme inquiète.jouantd amitiésdanstouslessecteurs, il devient également directeur général de la brasserie Cervezas al Aguila. En 1969, plusieurs ministres sont impliqués dans un scandale financier, l affaire Matesa,ce quicontribueàsa disgrâce. Ildénonce alors «ceux qui se servent du pouvoir» et assure qu il n est «l homme d aucun clan». Jusqu à son «dernier souffle» Nommé ambassadeur à Londres en 1970, il prépareson retoursur lascène politique et devient, après une tentative avortéede créerune association de centre droit, le leader de la Fédération des études indépendantes (FEDISA), un club favorable à l évolution démocratique du régime. En décembre1975, il est nommé ministre de l intérieur du premier gouvernement de la monarchie. Il incarne alors le «franquisme libéral», mais déçoit l opinion publique en emprisonnant des responsables politiques et en réprimant des manifestations. En juin 1976, Juan Carlos nomme à la tête du gouvernement Adolfo Suarez, un jeune technocrate phalangiste, alors que Fraga s attendait à être choisi. Il fonde alors l Alliance populaire avec d anciens ministresdefranco, appelantladroiteespagnole à suivre le nouveau jeu démocratique. Aprèsdeuxéchecsen1977et1979, il luifaut attendre les législatives de 1982 pour LaFugue. Pier Luigi Pizzi à la scénographie, Jean-Claude Brialy à la mise en scène, Arielle Dombasle en jeune première La création du 26février au Théâtre de la Porte Saint-Martin et les soixante représentations qui suivent sont un désastre financier: Weissenberg quitte la France pour s installer à Lugano. «C était un pianiste époustouflant de panache, doté d une technique phénoménale, conclut Cédric Tiberghien. On lui a reproché un aspect froid et mécanique, notamment dans Bach, mais ses concertos de Rachmaninov n ont guère été dépassés.» Le meilleur de Weissenberg estcependant à découvrirdansses enregistrements de jeunesse que réunit le volume97delacollection«grandspianistesdu XX e siècle» chez Philips, dans les cinq concertos pour piano de Beethoven et le coffretdes«introuvablesd AlexisWeissenberg» paru chez EMI Classics. p Marie-Aude Roux connaître un succès, loin cependant des scores socialistes. Il démissionne en 1986, après un revers, l Alliance populaire n ayant obtenu que 26% des voix. Son spectaculaire retour en 1989 au sein du Parti populaire tend à renforcer l imaged uncentre droit réunifiécontre le Partisocialiste. Ilquittelaprésidencequelques mois plus tard mais conserve le titre honorifique de président fondateur, laissant la place au jeune José Maria Aznar, lequel deviendra, en 1996, président du gouvernement. Le poste dont avait toujours rêvé Fraga, qui compense cette frustration en faisant de la Galice, région qu il préside de 1990 à 2005, une sorte de petit Etat à part où il est autant haï que vénéré, ses collaborateurs lui donnant du «Grand Timonier». Ilparcourt le monde, n excluant ni Cuba ni l Iran, et lance des grands travaux destinésàlaissersonempreintecommeceluide la Cité de la culture de Saint-Jacques-de- Compostelle. En 1996, la garde civile déjoue une tentative d attentat à la voiture piégéedel organisationséparatistebasque ETA contre sa personne. En 2005, Manuel Fraga,dontlasantéestdeplusenplusfragile,perdlesélections,sanctionnéparlesélecteurs après la marée noire du Prestige,un pétrolieréchouéaulargedescôtesgaliciennesen2002. Réélusénateuren2006, ilpart alors vivre à Madrid pour se consacrer à la politique, comme il l avait promis, jusqu à son «dernier souffle».p Sandrine Morel 1923-1927 Date de naissance indéterminée à Istanbul (Turquie) 1949 Premier rôle au théâtre 1985-1993 Feuilleton «Maguy» 14 janvier 2012 Mort à Neuilly-sur-Seine Interprète, de 1985 à 1993, du rôle-titre de la série «Maguy» sur Antenne 2, la comédienne Nevarte Manouélian, connue du public sous le nom de Rosy Varte, est morte samedi 14 janvier à Neuillysur-Seine,dessuitesd uneinfectionpulmonaire. D origine arménienne, Rosy Varte est née à Istanbul en 1923 ou 1927. Nulle coquetterie dans cette confusion mais une absence de registre d état civil fiable. Arrivée à Marseille avec ses parents à l âge de 3 mois, elle se passionne très jeune pourlethéâtreet, à19ans, entamesacarrièreau Théâtre des Champs-Elyséesavec Bernard Blier dans Maria. Suivent plusieurs troupes,cellesd OlivierHussenotetdeJean- Pierre Grenier, puis de Jean Vilar, qui lui donne l un de ses plus grands rôles dans Ubu roi (1958). Boulimique, elle mène de front son travail sur les planches et au cinéma.«a20ansonestinfatigable. Jemelevais à 8heures pour me rendre au studio où je tournaisjusqu à17heures,jecouraisauthéâtrepour répéter etje jouais jusqu àminuit.» En 1949, le réalisateur Jean Devaivre lui confie un premier rôle dans Vendetta en Camargue. Elle enchaîne les tournages et devient un visage familier chez Jacques Deray (Le Gigolo, 1960), Philippe de Broca (Un monsieur de compagnie, 1964), Claude Berri (Le Pistonné, 1969). PierreTchernia lui confie, en 1971, un rôleplus importantdans LeViageravecMichelSerrault,oùelleincarne une bourgeoise élégante. «J en avais assez de jouer les harpies, les mégères, les matrones», déclarait-elle au lancement du film. La même année, elle devient pensionnaire de la Comédie-Française. Mais c est au petit écran que Rosy Varte va trouver sonpersonnage à lafois le plus emblématique, le plus célèbre et le plus encombrant. Après de nombreuses apparitions dans Au théâtre ce soir, elle devient en 1985 la vedette du feuilleton hebdomadaire «Maguy». En décembre 1950. GAMMA Adapté d une sitcom américaine, il narre le quotidien d une famille bourgeoise dans une banlieue cossue de Paris. La rousse comédienne, brushing toujours impeccable au fil des 330 épisodes, y incarne l épouse tumultueuse, râleuse et diablement drôle de Jean-Marc Thibaut, homme d affaires débonnaire souvent dépassé par ce volcan. Chaque dimanche après-midi, prèsde10millionsdetéléspectateursattendent avec impatience ce qui reste aujourd hui encore l un des plus grands succès de la télévision française. En 1987, elle recevra le«7d or» delameilleure actricedefiction. Marquée par ce double cathodique, Rosy Varte aura du mal à trouver d autres rôles et en nourrira de l amertume, regrettant que France 2 lui ait tourné le dos sitôt «Maguy» terminé. C est sur TF1 dans la comédie Hubert et le chien, en 2007, qu elle joua son dernier rôle pour le petit écran dixansaprèssadernièreprestationauthéâtre, sa véritable passion.p Guillaume Fraissard Sur 0123.fr Josef Skvorecky, grand écrivain et éditeur tchèque, par Martin Plichta Francesco Marino Di Teana, «philosophe de l espace», par Francis Gouge Carlo Fruttero rejoint Franco Lucentini, par Daniel Psenny
carnet 29 AU CARNET DU «MONDE» Naissances Le mercredi 4 janvier 2012, est née, à Nogent-sur-Marne, Alba, Muriel, Agathe JARRY DEMURE. Maud et Damien de BOISSIEU ont le bonheur d annoncer la naissance de Diane, le 12 janvier 2012, à Paris. Mariage Francis WALTER, sa famille, ses amis, ont le grand bonheur de faire part du mariage de Chanda et Bidhan BARUA-WALTER, célébré à Chittagong (Bangladesh). Décès Pierre Badel, son époux, Les familles Astier, Asselineau, Manouelian, Badel, ont la tristesse de faire part du décès de Rosy BADEL, née MANOUELIAN, dite Rosy VARTE, comédienne, officier de la Légion d honneur. La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 19 janvier 2012, à 10 h 30, en l église arménienne, 15, rue Jean- Gougon, Paris 8 e. Jean-Claude Bru, Stéphane et Karine Bru et leurs enfants, Clémence, Marceau et Juliette, Christophe Bru et son fils, Maxime, Elisabeth Adolphe, ont la douleur de faire part du décès de Jocelyne BRU, survenu à Marrakech, le 30 novembre 2011. BP. 3523 Amerchich, 40002 Marrakech Maroc. Nicole BOCCON-GIBOD, née OLIVIER, s est paisiblement éteinte, le 12 janvier 2012, dans sa centième année. Elle a rejoint son mari, ses enfants, son petit-fils ses gendres, sa belle-fille, André, Olivier et Charlotte, Stéphane, Tony et Jean-Pierre, Dominique. De la part de Catherine Blanc-Dunand, Pascal, Didier et son épouse, Laure, ses enfants, Juliette Blanc-Danet, Hélène, Maxime, Adrien Blanc et Alexis Afanassief, Nicolas Chevassus-Agnès, Marie Carcassonne-Rouif, Laurence et Martin Carcassonne, Agathe Boccon-Gibod-Colomina Et Pierre Boccon-Gibod, Sylvain, Olivier et Amélie Boccon-Gibod, ses petits-enfants et leurs conjoints, Henri Carcassonne, son gendre, Et de ses vingt-quatre arrière-petitsenfants. Elle a consacré sa vie aux enfants infirmes moteurs cérébraux. La cérémonie religieuse sera célébrée dans l intimité, le samedi 21 janvier, à 10 h 30, en l église de Tavel (Gard) et sera suivie de l inhumation dans le caveau familial. La famille tient à remercier le personnel de la Résidence ORPEA, à Saint-Rémylès-Chevreuse, pour son dévouement. Cet avis tient lieu de faire-part. Famille Boccon-Gibod, Domaine d Aquéria, 30126 Tavel. Serge Ioan Celebidachi, Sa famille Et ses amis, ont la douleur de faire part du décès de M me Ioana CELEBIDACHI, née PROCOPIE DUMITRESCU, artiste peintre, survenu le 13 janvier 2012. La cérémonie religieuse sera célébrée le mercredi 18 janvier, à 10 h 30, en l église orthodoxe grecque Saint- Etienne, 7, rue Georges-Bizet, à Paris 16 e. Cet avis tient lieu de faire-part. Sa famille Et ses proches, ont la douleur de faire part du décès de M. Henri COLLARD, docteur en médecine, ancien président du Conseil général de l Eure, ancien sénateur-maire, officier de la Légion d honneur, survenu le 13 janvier 2012. Les obsèques religieuses se dérouleront le vendredi 20 janvier, à 15 heures, en l église de Lyons-la-Forêt. Sa porte était toujours ouverte... L accueil généreux d Yvonne, avec Raymond, autour de mets aux saveurs d Orient, ses moments d échanges et de partage, resteront dans les mémoires. Yvonne CURMI, née SOMMA, «Téta», s est éteinte paisiblement le mardi 3 janvier 2012, dans sa quatre-vingt-huitième année. De la part de Ses enfants, Ses petits-enfants, Ses arrière-petits-enfants, leurs conjointes, conjoints, compagnes et compagnons. Ses obsèques ont été célébrées le samedi 7 janvier, en l église de Poligné. Famille Curmi, 23, rue du Tertre-Gris, 35320 Poligné. Velaux (Bouches-du-Rhône). M me Lydia Guérinel, son épouse, Ses enfants, Ses petits-enfants, Son frère et sa belle-sœur, ont l immense douleur de faire part du décès du docteur Gérard GUÉRINEL, professeur d anatomie, doyen honoraire, professeur émérite à la Faculté de médecine de Marseille, survenu dans sa quatre-vingt-troisième année. La cérémonie civile aura lieu le mercredi 18 janvier 2012, en la chapelle du funérarium municipal Saint-Pierre à Marseille, à 11 heures. Une bénédiction et un dernier hommage auront lieu le même jour, à 14 heures, au crématorium d Aubagne, en présence de la famille et des proches. Le professeur Lucien Israël, membre de l Institut, officier de la Légion d honneur, commandeur dans l ordre national du Mérite, son époux, Danièle Israël-Salusky, Dominique Israël-Biet, ses filles, Le professeur Isidro Salusky, Jean Goldzink, ses gendres, Flore et Thibaut, David, Max et Lucas, ses petits-enfants, Zoé, son arrière-petite-fille, Monique Cholet, sa cousine, Eric et Elisabeth Cholet, Les familles Kriegel et Kott, Ses nombreux amis, ont l immense chagrin de faire part du décès de Germaine ISRAËL, née Guerda BACH, résistante et déportée à Auschwitz, survenu le 13 janvier 2012, à Paris, à l âge de quatre-vingt-six ans. L inhumation aura lieu le mercredi 18 janvier, à 14 heures, au cimetière du Montparnasse, 3, boulevard Edgar- Quinet, Paris 14 e, entrée principale. Elle reposera auprès de son fils, Guillaume, 1960-1987. Cet avis tient lieu de faire-part. 36, rue du Mont-Thabor, 75001 Paris. dsalusky@yahoo.com Dominique.israel-biet@orange.fr Nadine Tama son épouse, Monovaï, Teva, Manureva ses filles, Vaïrua, Luidgi, Témanui, Naomi, ses petits-enfants, Thierry, Sébastien, Jean-Jacques, ses gendres, Les familles Streltchouk, Gauthereau, Lemoine, sa sœur, son beau-frère, ses neveux et nièces Les familles Ekodo et Canot ses amis d enfance, ont la très grande tristesse de faire part du décès de Ito TAMA, survenu le 13 janvier 2012, dans sa soixante et unième année. Les obsèques auront lieu le mardi 17 janvier, à 14 h 30, au crématorium de Pierres, rue de l Europe, Pierres (Eure-et-Loir). Il s est éteint à son domicile entouré des siens. [Le Monde, où Ito Tama a travaillé pendant de nombreuses années, s associe à la douleur de sa famille et lui présente ses plus sincères condoléances.] Claire Kahn, sa mère, Emmanuel Kahn, son frère Et toute la famille, ont la douleur de faire part du décès de Chloé KAHN, survenu le 11 janvier 2012. Les obsèques auront lieu le jeudi 19 janvier, à 15 heures, au cimetière de Montmartre, avenue Rachel, à Paris 18 e. «Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole.» Saint Luc, I, 38. Marie-Thérèse Schoepfer, sa sœur, Isabelle et Gilles Maleyre, Françoise et Jean Harrivelle, Michèle et Antoine Kirry, Carole et Laurent Kirry, ses enfants, Anne-Laure et Bertrand Lauture, Laetitia et François Allut, Aurélie et Adrien Véron, Pierre-Etienne Kirry, Alix Maleyre, Charlotte Harrivelle, Emmanuel Kirry, Matthieu Harrivelle, Louis Maleyre, Elisabeth Harrivelle, Anne-Cécile Kirry, Bruno Harrivelle et Sixtine Brulé, ses petits-enfants, Henri, Marie, Jean et Marc Lauture, Cécile, Amélie et Pierre Allut, Arthur, Aymeric, Antoine, Alexis et Apolline Véron, ses arrière-petits-enfants, font part du rappel à Dieu, le 13 janvier 2012, de Simone KIRRY, née SCHOEPFER, le 26 juillet 1928. La messe d obsèques aura lieu le mercredi 18 janvier, à 14 h 30, en l église Saint-Etienne de Cernay (Haut-Rhin). 1, rue du Ballon, 68700 Cernay. 18, promenade Mona-Lisa, 78000 Versailles. Suite au faire-part de décès, paru dans Le Monde du 13 janvier, de Dominique PATY, 7 janvier 2012, vos messages peuvent être adressés à : Pierre Maclouf, 17, avenue d Italie, 75013 Paris. Irène et Pierre Tiollais, Marie-Laure et Philippe Pommarède, ses enfants, Julie et Stève, Charles et Ghizlaine, Pierre, Romain, ses petits-enfants, Alain et Monique Bernardaud, son frère et sa belle-sœur, Ses neveux et nièces, ont la tristesse de faire part du décès de M me Didier MANHEIMER, née Micheline BERNARDAUD, survenu le 14 janvier 2012, dans sa quatre-vingt-cinquième année. La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 19 janvier, à 10 h 30, en la cathédrale Saint-Louis, à Versailles. L inhumation aura lieu le même jour, au cimetière de Montmartre, à Paris, dans le caveau de famille. 16, rue de la Glacière, 75013 Paris. 4, square des Chevaux-Légers, 78000 Versailles. Bruno, Guillaume et Mathias, ses enfants, Serge, Agathe et Nathan, ses petits-enfants Et toute la famille, ont la tristesse de faire part du décès de Jean PAYEN, survenu dans sa maison à Gordes, le 13 janvier 2012, à l âge de quatre-vingt-trois ans. La cérémonie religieuse aura lieu le jeudi 19 janvier, à 14 h 30, en l église de Gordes, suivie de l inhumation aux côtés de son épouse, Marie-Jo, décédée le 28 septembre 2011. Les Roberts, 84220 Gordes. Camille PECHBERTY, dite Farrah Diod of Antifog, a rejoint les étoiles le dimanche 15 janvier 2012. Elle sera incinérée sous la coupole du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20 e, le jeudi 19 janvier, à8h30. Ni fleurs ni couronnes. Chantal Valette, son épouse, Vanessa et Romain Ercole, ses enfants, Juliette et Jules Ercole, ses petits-enfants, Sa famille, ont la profonde douleur de faire part du décès de Alain VALETTE, ancien directeur de recherche à l IRD, survenu dans sa soixante-sixième année des suites d un cancer du pancréas. cetavalette@orange.fr Malcolm Coelho Chomel Remerciements remercie parents et amis des marques d affection témoignées lors du décès de Henry COELHO STARK, à Mexico, le 15 décembre 2011. Le Carnet Pour tout faire-part de décès paru dans Le Carnet l annonce de remerciements vous est offerte. Pour nous faire parvenir vos textes * : Tél. : 01 57 28 28 28 Fax : 01 57 28 21 36 E-mail : carnet@mpublicite.fr * voir conditions générales de vente 2011 VENTES EXCEPTIONNELLES DU MERCREDI 18 JANVIER AU SAMEDI 21 JANVIER DE 9H00 A 18H00 PALAIS DES CONGRES 2, PLACE DE LA PORTE MAILLOT - PARIS 17 E (HALLS NEUILLY ET PASSY A) N d enregistrement de la déclaration préalable auprès de la Mairie de Paris : 11/4485 délivrée le 18/10/2011 Hermès Sellier - SAS - Capital : 4.976.000 Euros Siège Social : 24, rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris - 696 520 410 RCS Paris
30 météo & jeux écrans < -10 Brest Températures à l aube Jours suivants Vendredi Samedi Dimanche Nord-Ouest Ile-de-France Nord-Est Sud-Ouest Sud-Est Cherbourg -10 à -5 Nantes Rennes Biarritz Caen Poitiers Limoges Bordeaux Toulouse 1 22l après-midi -5 à 0 Orléans Clermont-Ferrand Perpignan Lille Montpellier 0à5 Mercredi 18 Janvier Arrivée de pluies par le Nord-Ouest 35 km/h 11 14 35 km/h 25 km/h Sainte Prisca Coeff. de marée 8 12 8 14 7 10 7 8 5 5 10 12 6 14 7 13 5 12 52/57 5 12 55 km/h 1 7 0 6 2 10 1 10 8 11 3 9 1 5 9 12 4 10 Amiens Rouen Châlonsen-champagne PARIS 3 9 Lever 08h37 Coucher 17h23 Jeudi Aujourd hui Un temps faiblement perturbé mais plus beaucoup plus doux concernera le quart Nord-Ouest du pays où quelques pluies ou bruines se déclencheront. Des Pyrénées au Nord-Est, le temps se montrera sec avec des grisailles matinales puis le ciel se chargera en journée. Enfin, le quart Sud-Est verra le grand soleil, après dissipation de la grisaille du matin sur le Rhône-Alpes. Les gelées resteront présentes à l'est. 8 12 6 10 4 6 8 12 5 11 1 7 2 7 6 12 2 7-2 6 1 6 2 12 1 6 11 12 11 14 9 14 1015 T 5 à 10 D www.meteonews.fr Dijon -3 5 30 km/h Lyon -2 6 Metz -3 5 Marseille 1 11 Ajaccio Strasbourg Besançon Chamonix Grenoble -3 7 Nice Lever 03h49 Coucher 12h47 11 12 2 10 7 11-4 4 5 15 9 12 3 10-4 5-14 3 5 14 5 8 5 14 10 à 15 En Europe D 18.01.2012 12h TU A Reykjavik Anticyclone Front chaud Occlusion En Europe Amsterdam Athènes Barcelone Belgrade Berlin Berne Bruxelles Bucarest Budapest Copenhague Dublin Edimbourg Helsinki Istanbul Kiev La Valette Lisbonne Ljubljana Londres Luxembourg Madrid Moscou Nicosie Oslo Prague Reykjavik A 15 à 20 D 975 985 995 1005 1015 1020 1025 1030 Lisbonne Dépression Front froid Thalweg Dublin averses éparses 2 7 beau temps 2 7 beau temps 7 13 giboulées -2 1 giboulées -1 3 éclaircies mais brumeux -7 2 averses éparses 0 6 assez ensoleillé -3 1 éclaircies -2 1 averses modérées 4 5 éclaircies 11 12 éclaircies 10 10 faible neige -2-1 assez ensoleillé 0 2 éclaircies -8-4 éclaircies 8 13 en partie ensoleillé9 15 assez ensoleillé -4 6 averses éparses 4 11 en partie ensoleillé-4 4 beau temps -2 10 ciel couvert -9-8 en partie ensoleillé4 10 pluie et neige -7 5 en partie ensoleillé-3 0 neige soutenue 1 2 20 à 25 Madrid Séville 1030 Londres Rabat Edimbourg Alger Amsterdam Bruxelles 1025 1020 Oslo Stockholm Copenhague Tunis Tripoli Helsinki Riga Minsk Berlin Varsovie Prague Athènes Kiev Paris Munich Vienne Berne Budapest Odessa Milan Zagreb Belgrade A Bucarest Rome Sofia Barcelone Istanbul Riga Rome Sofia Stockholm Tallin Tirana Varsovie Vienne Vilnius Zagreb Dans le monde Alger Amman Bangkok Beyrouth Brasilia Buenos Aires Dakar Djakarta Dubai Hongkong Jérusalem Kinshasa Le Caire Mexico Montréal Nairobi 25 à 30 faible neige beau temps giboulées éclaircies faible neige beau temps faible neige en partie ensoleillé ciel couvert beau temps -4-2 1 11-7 1-2 2-3 -1-2 -5 9 0 0 4-6 -4-2 6 averses éparses en partie ensoleillé averses éparses 11 14 2 10 26 31 en partie ensoleillé 11 13 éclaircies puis orageux 18 24 assez ensoleillé assez ensoleillé 20 31 22 28 ensoleillé puis orageux 26 31 beau temps éclaircies 20 24 16 18 en partie ensoleillé 3 9 éclaircies puis orageux 25 30 assez ensoleillé assez ensoleillé 10 18 10 22 giboulées -8 1 en partie ensoleillé 13 27 30 à 35 > 35 Portugal La douceur revient par l Atlantique avec 15 degrés à Lisbonne New Delhi New York Pékin Pretoria Rabat Rio de Janeiro Séoul Singapour Sydney Téhéran Tokyo Tunis Washington Wellington Outremer Cayenne Fort-de-Fr. Nouméa Papeete Pte-à-Pitre St-Denis Le Caire St-Pétersbourg D Ankara Moscou Beyrouth Jérusalem beau temps 9 19 beau temps 4 8 éclaircies -7 3 en partie ensoleillé17 23 beau temps 6 15 ensoleillé puis orageux 24 33 en partie ensoleillé-4 4 ensoleillé puis orageux 26 31 assez ensoleillé 19 27 en partie ensoleillé 3 9 en partie ensoleillé 0 9 en partie ensoleillé 9 14 assez ensoleillé 4 10 beau temps 17 20 averses modérées 23 28 beau temps 25 27 éclaircies 25 26 éclaircies puis orageux 26 28 assez ensoleillé 22 27 en partie ensoleillé25 29 Météorologue en direct au 0899 700 703 1,34 l appel + 0,34 la minute 7 jours/7 de 6h30-18h Votez pour votre île préférée et tentez de gagner un séjour au Village Club Med Columbus Isle aux Bahamas. Sur voyage-bahamas.lemonde.fr * Les îles des Bahamas C est tout Net! Marlène Duretz Génération Y Pourquoi? «La génération Y des moins de 30ans n est pas très bien perçue par les salariés plus âgés, qui les jugent plus ambitieux et individualistes, et moins efficaces et motivés» (tinyurl.com/7eh3v9j). Pourquoi désigner ainsi ceux nés entre 1980 et le milieu des années 1990? Parce qu ils disent plus volontiers Yes que oui, que le Y de leurs yeux est davantage aux écrans que leurs aïeux, que «Pour les uns, il vient du Y que trace le fil de leur baladeur sur leur torse, avance Wikipedia. Pour d autres, ce nom vient de la génération précédente, la génération X. Pour d autres encore, il vient de la phonétique anglaise de la lettre Y (prononcer waï)», why signifiant «pourquoi». Parce que! Cette vidéo, dénichée sur YouTube, fait le tour de la question (tinyurl.com/c26prck). «Pourquoi Y?», explique la voix off d un Y. «Parce que celle des gens nés entre 1960 et 1980 s appelait la génération X; X, parce que paumés, sans but et sans repères.» A l écran, une frise chronologique passe d un tir de char au chanteur d un groupe de rock déjanté. Merci pour le raccourci! «En gros, je n ai pas connu le communisme qui fait peur, ni les menaces de bombe atomique et souvent, je me pense plus intelligent que mes parents.» Oui, et pas plus loin que ce matin encore! Et «Y pour why parce que j ai beaucoup de mal à respecter un ordre s il m amène à me demander Mais pourquoi?». Ô combien j aimerais tordre le cou à cette sempiternelle question! «En fait, je suis quasiment né avec un ordinateur dans les mains, poursuit notre Y. J ai commencé à petites doses avec un abonnement ADSL 56K, une heure par mois.» Une heure par mois! La mère de trois Y ultra-connectés ne peut réprimer un xième «C était l bon temps»! «C est là que j ai appris que Lycos était un labrador, que j ai chatté sur Caramail, MSN, Skype, Facebook, que j ai téléchargé sur Napster, Kazaa, emule puis Torrent», égrène notre fanfaron. Mais, cher Y, nous aussi, «X paumés», avons suivi les mêmes e-chemins! A un chromosome près. p Courriels Présidentielle Un peu de sincérité! Ce qui est certainement le plus navrant depuis que le tintamarre de la campagne pour l élection présidentielle a commencé, c est l impression d absence totale de sincérité qui se dégage des deux principaux camps. Les malheureux électeurs se voient déjà infliger une bataille rangée pour la seule conquête du pouvoir avec, de part et d autre, des propositions lancées à la va-vite dans le seul but d occuper le terrain et des cris d orfraie pour s indigner des idées de l adversaire. On se réplique du tac au tac, on occupe les estrades, on se pavane devant des caméras, on s invective, on prend l opinion à témoin, on s offusque, etc. S il y avait un peu de sincérité, cela se verrait. De véritables projets, une certaine vision de la France, de l Europe et du monde, cela implique moins de précipitation et d arrogance, mais plus de lenteur, plus de réflexion, plus de hauteur de vue, plus de recul, plus d humilité, plus de convictions profondes et, peut-être, une certaine grandeur d âme Alain Euzéby, Grenoble Les jeux Mots croisés n 12-015 I II III IV V VI VII VIII IX X 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Horizontalement I. Ont encore de belles possibilités. II. Durement frappé. Belles bulles piémontaises. III. Oiseaux-lyres. On le retrouvera en fin d année. IV. Fait monter le rouge chez le cruciverbiste. En Suisse. Entrée théâtrale. V. Spectacle à Tokyo. Ont de bonnes dispositions. Met de la terre dans nos mots. VI. Bien accrochée. Pour les amateurs de bouillons. VII. Pièce de charrue. Malléable et magnétique. Bien descendu. VIII. Se font fortement entendre. IX. Se retrouvent comme deux ronds de flan. Garde pour lui. X. Pompeuse et solennelle. Solution du n 12-014 Horizontalement I. Fabricateurs. II. Abruti. Aunée. III. Isomère. Inn. IV. Toue. Ecrêtés. V. Du. Ulnaire. VI. Itérative. Et. VII. Ver. Lé. Cri. VIII. Gogol. Arno. IX. Rhône. Adrien. X. Saturniennes. Verticalement 1. Préparent plus de cadres que de jeunes clercs. 2. Gènes en groupe. Revient chaque année. 3. Récupère les restes. Chargé positivement. 4. Ne vaut plus rien mais circule toujours. Lui aussi circule toujours. 5. Dame de la Communauté. 6. Elancé. Dans les comptes de la City. 7. Prépare son départ. Chargé de l assiette. 8. Points de suspension. 9. Plumes allemandes. Patronne du jour. 10. Trois points. Chacun sa part, et tout ira bien. 11. Attaqué au sommet. Rapprochés. 12. Ministre des finances réduit d un trait. Philippe Dupuis Verticalement 1. Fait-divers. 2. Absoute. Ha. 3. Brou. Ergot. 4. Rumeur. ONU. 5. Ite. Langer. 6. Cirent. 7. Ecaillai. 8. Ta. Rive. Dé. 9. Eu. Ere. ARN. 10. Unité. Crin. 11. René. Ernée. 12. Sensations. Sudoku n 12-015 3 1 9 2 8 7 4 5 5 3 6 7 5 6 4 8 4 2 9 6 1 9 8 5 7 Réalisé paryangeorget Loto Résultats du tirage du lundi 16 janvier. 29, 36, 38, 39, 47 ; numéro chance : 8. Rapports : 5 bons numéros et numéro chance : pas de gagnant ; 5 bons numéros : 84 658,40 ; 4 bons numéros : 1 849,70 ; 3 bons numéros : 15,00 ; 2 bons numéros : 7,20. Numéro chance : grilles à 2 remboursées. Joker : 8 593 539. Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi. Tous les jours Mots croisés et sudoku. Rédaction : 80, boulevard Auguste-Blanqui,75707 Paris Cedex 13 Tél.: 01-57-28-20-00 ; télex: 202806F; télécopieur: 01-57-28-21-21 Courrier des lecteurs : par télécopie: 01-57-28-21-74 ; Par courrier électronique : courrier-des-lecteurs@lemonde.fr Médiateur : mediateur@lemonde.fr Abonnements: par téléphone : de France 32-89 (0,34 TTC/min); de l étranger: (33) 1-76-26-32-89. Sur Internet : www.lemonde.fr/abojournal/ Tarif 1 an: France métropolitaine : 394 Internet : site d information: www.lemonde.fr finances : http://finance.lemonde.fr Emploi : www.talents.fr/ Immobilier: http ://immo.lemonde.fr Documentation : http ://archives.lemonde.fr Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40 Le Mondesur microfilms: 03-88-04-28-60 Solution du n 12-014 5 8 3 4 2 9 7 6 1 1 9 4 3 7 6 2 8 5 7 6 2 5 1 8 4 3 9 8 4 5 1 6 2 3 9 7 6 3 1 9 4 7 5 2 8 2 7 9 8 3 5 6 1 4 3 2 8 7 9 4 1 5 6 9 1 7 6 5 3 8 4 2 4 5 6 2 8 1 9 7 3 Moyen Complétez toute la grille avec des chiffres allant de 1 à9. Chaque chiffre ne doit être utilisé qu une seule fois par ligne, par colonne et par carré de neuf cases. Les soirées télé Mardi 17 janvier TF1 20.50 Les Experts : Manhattan. Série. Business familial (S8, ép. 3, inédit)u ; Après la bataille. Le Dernier FestinU (S6, 5-6/23). 23.20 Pascal, le Grand Frère. 0.45 Harry Roselmack et le plus vieux métier du monde (120min). FRANCE 2 20.35 Le Cinquième Elémentp Film Luc Besson. Avec Bruce Willis, Milla Jovovich, Gary Oldman, Ian Holm (Fr., 1997). 22.35 Tirage de l Euro millions. 22.50 Infrarouge. Jeux criminels. Documentaire (2012)V. 23.45 Mes parents, leur divorce et moi. Documentaire. Lorène Debaisieux (55 min). FRANCE 3 20.35 Famille d accueil. Série. Ying et yang. Nage libre (S10, ép.3 et 4). Avec Virginie Lemoine, Christian Charmetant. 22.25 Météo, Soir 3. 23.00 Ce soir (ou jamais!). Présenté par Frédéric Taddeï (120 min). CANAL + 20.55 Another Yearpp Film Mike Leigh. Avec Jim Broadbent, Lesley Manville, Ruth Sheen, Peter Wight (GB, 2010). 23.00 Vénus noire ppp Film Abdellatif Kechiche. Avec Yahima Torres, André Jacobs (France, 2010, 100 min)v. ARTE 20.35 Thema - L Euro, une monnaie en sursis! 20.40 L Effet domino. L Euro sur le fil. Documentaire (All., 2011). 22.15 Débat. 22.45 Le Dessous des cartes. Conflits 2030 : les lieux. Magazine. 23.00 1954-1961 : les bombes H de la guerre froide. Documentaire (2011). 23.55 1 $ pour une vie. 1.20 Yourope (35min). M6 20.50 Cauchemar en cuisine. Brou. Documentaire. 22.05 Le Chef en Bretagne. Documentaire (France, 2012). 23.25 Un dîner presque parfait. Aix-en-Provence (155min). Mercredi 18 janvier TF1 20.50 Grey s Anatomy. Série. Questions-réponsesU. La pression monte. Garde de nuit U (saison 7, 7 à 9/22). 23.15 Nikita. Série. Le GardienU. RésistancesV (saison 1, 5 et 6/22). Avec Maggie Q, Shane West (95 min). FRANCE 2 20.35 Nos retrouvailles. Téléfilm. Josée Dayan. Avec Fanny Ardant, Charles Berling, Laurent Grévill (France, 2011). 22.10 Secrets de famille. Mohamed: au cœur d un secret d Etat; Marie-Reine: le miracle d Internet. 23.45 Journal, Météo. 0.05 Des mots de minuit. Invités: Gérard Haddad, Virginie Linhart, Oscar Strasnoy, Claus Peymann, Stéphanie Polack et Audrey Cottin (90 min). FRANCE 3 20.35 Des racines et des ailes. Passion patrimoine : un voyage en France de la Camargue à la Bretagne. Magazine. 22.30 Météo, Soir 3. 23.05 L Ombre d un doute. Napoléon: l énigme du tombeau (70min). CANAL + 20.55 Paul p Film Greg Mottola. Avec Simon Pegg, Nick Frost, Jason Bateman, Kristen Wiig (EU - GB, 2011)U. 22.35 Charlotte Gainsbourg. Concert. 23.45 Un balcon sur la mer pp Film Nicole Garcia. Avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze (France, 2010, 105min). ARTE 20.35 Louise-Michelpp Film Gustave Kervern et Benoît Delépine. Avec Yolande Moreau, Benoît Poelvoorde (Fr., 2008). 22.10 Coming Home. 75 e anniversaire de l Orchestre philharmonique d Israël. Documentaire. János Darvas (2011). 23.00 La Boîte de Pandorep Film Yesim Ustaoglu. Avec Tsilla Chelton, Onur Ünsal, D. Alabora (Turquie, 2008, v.o., 120min). M6 20.50 Maison à vendre. 0.00 C est du propre! Nathalie, accro à son ordinateur mais pas au ménage (50min).
0123 0123 Mitt ou Newt, qui est plus vertueux? Lettre de Wall Street Sylvain Cypel E ntre Mitt Romney et Newt Gingrich, la bataille pour l investiture républicaine à l élection présidentielle est plus que sulfureuse, elle avoisine une odeur que la décence nous impose de taire ici. En Iowa, pour les premiers «caucus» devant désigner le candidat du parti, Mitt a dégainé le premier : ses spots télévisés tiraient au bazooka et sous la ceinture sur le passé de Newt. En retour, ce dernier croyait disposer d une bombe à neutrons : un film de 28 minutes nommé Le Roi de Bain. Quand Mitt Romney descendait en ville. Bain Capital est le fonds d investissement créé et dirigé par M. Romney avant son entrée en politique. Les images vous tireraient des larmes. Tommy et Tracy Jones travaillaient chez UniMac, une usine de fabrication de machines à laver à Marianna, en Floride. La mine hâve et le regard défait, ils racontent comment ils se sont retrouvés sans emploi après que Bain eut pris le contrôle de leur entreprise. Leur témoignage a fait partie des quatre premiers spots télévisés que le comité d action politique (PAC) «indépendant», qui soutient le candidat Gingrich, a diffusés en Caroline du Sud (élection primaire le 21 du mois). Objectif : montrer l adversaire comme un «impitoyable» carnassier, qui fondait sur ses proies en difficulté pour mettre leurs travailleurs sur la paille pendant qu il vidait leurs caisses. Sur un autre spot, on voit M. Romney à l époque se faisant cirer les chaussures sur un tarmac en attendant de monter dans son jet Peuton élire un pareil cynique? «Il nous a pri- vés de notre avenir», dit une de ses présumées victimes. Sur un photomontage, M. Romney est plongé dans une baignoire de dollars. Commentaire off : «Les gens pensent que ce type est OK ; mais sa vie, il l a bâtie en pompant l argent des autres.» Las, Tommy et Tracy assurent aujourd hui avoir été manipulés par les auteurs du film. Leur nouvelle version : oui, ils ont été licenciés, mais Mitt n y est pour rien, c est advenu après que son fonds se fut désinvesti de l entreprise. «Nous sommes chrétiens. Jamais nous n aurions fait une vidéo accusant Bain faussement.» Par ailleurs, ils reconnaissent avoir été payés par les producteurs du film pour témoigner, sans préciser s ils ont récidivé pour changer d avis. Depuis, M. Gingrich a demandé à son PAC de «vérifier exactement» la véracité des témoignages et d annuler leur diffusion s ils sont erronés. Ainsi va une campagne républicaine que Newt, selon ses termes, entendait placer sur les plus hautes cimes du rapport à l «éthique capitaliste» mais qui a pris un tour nauséeux et qui, en indisposant nombre de républicains, se retourne contre lui. Certes, Mitt vit sur une autre planète que l Américain moyen. Fils de PDG luimême richissime, il assure cependant être «parti d en bas» et estime que les critiques quant aux modalités de sa «réussite» (il a gagné des centaines de millions de dollars comme gestionnaire du fonds) ne peuvent provenir que d «envieux» ; des minables, en quelque sorte. Lors d un débat en décembre 2011, se retrouvant en désaccord avec le candidat Rick Perry sur une donnée, il lui propose, tout de go, de «parier 10 000 dollars» (8 000 euros) pour savoir lequel a raison. Mitt parie spontanément ce genre de somme comme vous une bouffe au troquet. Mais on a aussi connu M. Gingrich moins sourcilleux sur la probité. Disons que, comme parangon de vertu dans ce domaine, on trouve mieux. Dans l histoire américaine, il est le seul président de la Chambre des représentants à avoir dû payer une amende de 300 000 dollars pour des manquements à l éthique (corruption). Ayant aussi perçu 1,7 million de dollars pour des grâce à la manne (5 millions de dollars) de son «ami» Sheldon Adelson, qui a fait son immense fortune dans les casinos, les hôtels, les congrès d entreprise et tout ce qui peut aller avec à Las Vegas, dans la ville franche chinoise de Macao et à Singapour. Gary Loveman, autre grand patron de casinos qui fait la promotion du Poker World Series sur les écrans américains, décrit M.Adelson comme «déraisonnablement dur en affaires». Et si lui le dit Comme l a écrit Le Monde Magazine en 2010, lorsqu on vient l interroger, «ses conseillers demandent qu on ne lui pose pas de questions sur la Mafia». Politiquement, Sheldon est situé légèrement à droite de Dick Cheney. Seizième fortune privée mondiale au classement Forbes en 2011, il est doté d un patrimoine de 23,3 milliards de dollars On estime que le principal donateur du PAC pro-gingrich a perdu 20 milliards de dollars dans la récente crise financière, pour en regagner 16 depuis, en Asie pour l essentiel. Ethique et toc. Et dire qu aux Etats-Unis certains ont imaginé, au début de la bataille «Newt vs Mitt», voir émerger un débat public sérieux sur la nature et la finalité de ces fonds de capital-investissement (private equity) qui ont fait florès depuis une génération et que de grands banquiers «à l ancienne» considèrent comme le symptôme du bouleversement intervenu dans le métier des «affaires», celui qui a vu la «rapacité» s imposer comme la norme! p La campagne républicaine, que M.Gingrich entendait faireporter sur l «éthique capitaliste», a pris un tour nauséeux «conseils» prodigués aux géants de la réassurance immobilière Fannie Mae et Freddie Mac, au cœur du scandale des titres subprimes. Newt a récemment expliqué qu il ne s agissait pas de lobbying occulte en leur faveur mais de conseils fournis «en tant qu historien». Pour Newt, qui en est diplômé et s en veut féru, l histoire paye bien. Et voilà que, pour accuser M. Romney, son PAC finance la diffusion de son film C est tout vu! Chronique télé par Isabelle Talès Info et intox B FM TV, lundi 16 janvier, 20 h 32. Tiens, un reporter dans la cour de l Elysée. Qu est-ce qui se passe encore? «Le président de la République enchaîne les réunions de crise. On parle d une intervention imminente du chef de l Etat. Un message court et solennel.» Mais comment c est possible, ça? On vient de voir Nicolas Sarkozy se faire claquer une bise par le roi d Espagne dans le journal de France2. Il avait l air calme, content de sa nouvelle décoration la Toison d or, superbe, et a déclaré que la dégradation de la note financière de la France «ne changeait rien». Et là, BFM TV nous sort une édition spéciale avec tous ses correspondants au garde à vous, de Bruxelles à New York! Le présentateur en plateau dit que «l Europe vit des heures cruciales» et alors? Comme chaque semaine, non?, mais on finit par comprendre que la France a décidé de sortir de la zone euro ah, quand même Et puis on remarque en haut à droite de l écran cette mention en lettres blanches : «Fiction BFM TV». On connaissait les psychodrames, les mélodrames, les docudramas, les drama queens nos préférées, voilà l infodrame. C est ainsi que BFM TV et BFM Business, chaînes d informations en continu, ont choisi de débuter une soirée spéciale intitulée «Un monde en faillite». Un peu comme Orson Welles fit croire dans une émission de radio, en 1938, que la guerre des mondes avait commencé à New York, ou comme la télévision belge annonça l explosion du royaume en 2006. Un peu seulement, puisqu il y avait ce tampon «fiction» sur l image, mais un peu quand même. Et on aurait aimé se laisser prendre plus longtemps. Il y avait de quoi y croire : on connaît cette manie de répéter les mêmes infos en boucle le nom des ministres convoqués à l Elysée, par exemple ; on reconnaît cette hâte à tirer des conclusions essentielles de détails superflus «Le secrétaire américain au Trésor doit s envoler dès cette nuit pour l Europe. Il sera même accompagné de Christine Lagarde. Chose rare, la patronne du FMI voyagera avec lui». Mais d autres détails ne collent pas. Le correspondant à New York, qui apparaît devant un indice Dow Jones tout rouge, en fait un peu trop : «Barack Obama vient d être informé de la situation lors d un meeting dans l Ohio. On a vu la tête du président se fermer.» La Maison Blanche ainsi suspendue aux décisions de l Elysée? A Dès jeudi 19 janvier CANTATES CHANTS ET AIRS SACRÉS N 15 BUXTEHUDE GOUNOD - MOZART RAVEL Le présentateur dit que «l Europe vit des heures cruciales» et alors? Comme chaque semaine, non? d autres! Et puis il y a cette fébrilité à Bruxelles, cette volonté d agir qu on ne soupçonnait pas chez MM. Barroso et Van Rompuy, chefs de l exécutif européen, qui seraient en train d élaborer «un document top secret» Il serait dommage que les téléspectateurs, affolés, se ruant à la recherche de francs oubliés sous un matelas ou dans quelque bas de laine, aient raté le reste de l émission, faite de reportages réels et d avis d experts crédibles. Et finalement, même l édition spéciale sur la fausse mort de l euro était plus intéressante que les débats sur la vraie fin du triple A. Tel est pris qui croyait prendre. p La musique sacrée a inspiré aux grands compositeurs leurs pages les plus intenses, auxquelles les plus talentueux interprètes ont toujours voulu se confronter. Le Monde vous convie à ces rencontres historiques, au sommet absolu de l art et de l émotion,avec sa nouvelle collection «Le Monde de la musique sacrée» : le Requiem de Verdi, par Tulio Serafin, la Missa solemnis de Beethoven, par Karajan, la Grande Messe des morts de Berlioz, par Charles Munch, la musique pour orgue de Bach, par Helmut Walcha, parmi tant d autres merveilles. Autant d enregistrements rares et mythiques, gravés pour l éternité. Chaque jeudi, découvrez, en plus du Monde, un album comprenant deux CD entièrement remastérisés et un livret illustré de 40 pages sur chaque œuvre et son interprétation. A ne pas manquer sur 0123.fr Toujours en vente! N 14 ALFRED DELLER Contre-ténor PURCELL BACH COUPERIN Récit en images Jean Dujardin, itinéraire d un «gars» (PHOTO AFP) www.lemonde.fr/cinema/ ptirage du Monde daté mardi 17 janvier 2012 : 355 031 exemplaires. 123 En vente chez votre marchand de journaux et sur le www.lemonde.fr/boutique ou 3289 (0,34 TTC/min) PHOTOS - NILS-UDO Grand Prix d interprétation à Cannes et Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie pour sa prestation dans The Artist, Jean Dujardin poursuit son étonnante trajectoire depuis ses débuts au café-théâtre. Retrouvez en vidéo les temps forts de sa carrière. * Chaque double CD-livret sera vendu au prix de 9,90 en plus du Monde. Offre réservée à la France métropolitaine, sans obligation d achat du Monde et dans la limite des stocks disponibles. Visuels non contractuels. Crédits photos : Volume 14 : NILS-UDO - BLUE PLANET 1 - Chiemgau, Haute-Bavière, Allemagne, 2008. Fujiflex sur aluminium, 100 x 100 cm édition 8. Volume 15 : NILS UDO - Feuille de rhododendron, aiguilles de pin. Vassivière en Limousin 1987. Ilfochrome sur aluminium 124x124 cm édition 8. Volume 16 : NILS-UDO - SANS TITRE - Glace, feuilles de fougères. Lac de Vassivière en Limousin, France 1987 Ilfochrome sur aluminium, 100 x 100 cm édition 8 Illustration dos du volume : NILS-UDO - SANS TITRE - Lit de ruisseau, Fleurs de liseron, île de la Réunion, océan Indien 1990. Ilfochrome sur aluminium,124 x 124 cm, 8 exemplaires. Courtesy Galerie Pierre-Alain Challier. 31 CHAQUE JEUDI EN PLUS DU MONDE
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