MASTER CTU "Aménagement et gouvernance dans les pays des suds"



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MASTER CTU "Aménagement et gouvernance dans les pays des suds" Unité : M1 S1 UE2 TIC et territoires : bilan, enjeux et perspectives pour les Pays des Suds Élément : EC2 : Politiques en matière d'information et de communication, Cyril Masselot Sommaire : 1. Information et Communication : principes théoriques...3 1.1. Information & Communication : définitions...4 1.2. Cycle de la communication...8 1.3. Communication généralisée...9 1.4. Conception Evaluation de la communication : Méthode COGITER... 11 2. Construction et moyens de traitement de l information... 15 2.1. Quelles informations pour le développement territorial?... 15 2.2. Système Communautaire d Intelligence Territoriale... 17 2.3. Production du sens... 19 2.4. Production de la relation... 21 2.5. Consommation des deux dimensions... 22 2.6. Matérialisation du sens... 25 2.7. Conclusion... 26 3. Information et documentation... 28 3.1. Analyse documentaire... 28 3.2. Métadonnées... 30 3.3. Méthodes de recherche d information : sources utiles... 34 3.4. La classification de Dewey... 35 4. Accès aux technologies de l information et de la communication... 37 5. Conclusion... 47 6. Bibliographie... 53 1/55

MASTER CTU "Aménagement et gouvernance dans les pays des suds" Unité : M1 S1 UE2 TIC et territoires : bilan, enjeux et perspectives pour les Pays des Suds Élément : EC2 : Politiques en matière d'information et de communication, Cyril Masselot Introduction Générale : L objectif de ce cours est de comprendre et maîtriser les enjeux liés à l'accompagnement de l'aménagement et de la gouvernance par les sciences de l'information et de la communication, grâce à un bagage théorique outillé en pratiques. Des expériences de recherche action menées en France, en Espagne et en Europe dans le cadre du réseau européen de l intelligence territoriale (http://www.intelligence- territoriale.eu/) nourrissent ces réflexions. Seront alors convoquées diverses actions réalisées au niveau local comme européen. Elles ont démontré l'utilité et l'apport d'une approche pluridisciplinaire intégrant les Sciences de l Information et de la Communication (SIC), les Sciences du Langage, l'intelligence Territoriale, l'ergonomie etc. Elles ont aussi posé de nouvelles questions comme la place du médium dans les processus de communication. Les chapitres qui suivent prendront régulièrement comme exemple la méthodologie Catalyse (cf. site cité plus haut) et plusieurs de ses applications. Développée sur de multiples territoires aux configurations diverses, sa modélisation depuis 1990 environ a démontré son adaptabilité à des territoires aux contextes forts différents, et sa réplicabilité dans des environnements en développement. Elle contribue actuellement à fortement réinterroger la notion complexe de développement durable, de manière interdisciplinaire. Il s agira ici de comprendre les processus informationnels comme communicationnels, en repartant à la base des définitions de plusieurs concepts (en espérant ne pas décevoir le lecteur déjà au fait de ces disciplines), et de se pencher ensuite sur les aspects de construction et de traitement de l information (incluant celui des métadonnées). Ces points soulèveront la question des cultures informationnelles et communicationnelles, et de l accès aux technologies de l information et de la communication. 2/55

1. Information et Communication : principes théoriques Devenir acteur de sa communication : construire l information, la relation, penser et évaluer l usage. Introduction : Le binôme information et communication, souvent remis en cause, pose encore actuellement le problème épistémologique et ontologique de la définition des deux termes, et surtout de leur articulation. Loin de vouloir réduire notre propos à l une ou l autre des approches, il semble actuellement non constructif de prétendre parler d information sans prendre en compte les processus globaux d une instance de communication, tout comme il semble déraisonnable d aborder la communication sans penser la construction de l information. Sans dichotomie ni hiérarchisation, il est ici question de donner quelques définitions théoriques (somme toute générales, il s agit parfois de rappels théoriques en SIC) permettant de positionner une approche systémique de ces processus à la fois informationnels et communicationnels. Certains journalistes estiment par exemple que leur métier est de «produire», de «construire» de l information ; les mêmes journalistes définissent alors la communication comme étant (pour eux) de la publicité, du marketing. Vision réductrice en réalité, comme nous le verrons, mais surtout posture académique qui prend position pour une science pensée comme noble (le processus informationnel), contre une autre qui serait à dédaigner car vulgaire puisque répondant uniquement aux besoins du marché, implicitement désigné comme dangereux (ce qui constitue un jugement politique et non une argumentation scientifique). Rejoints ici par certains professionnels et chercheurs, cette dichotomie a la vie dure et pose régulièrement des difficultés d entente au sein des Sciences de l Information et de la Communication (SIC), que reflètent plusieurs programmes de formation : lorsque par exemple il est question des théories en information et documentation, les processus communicationnels sont souvent (trop souvent) écartés. D autre part, il est des chercheurs pour estimer que nous ne devrions plus parler à notre époque que de Sciences de la Communication, l Information faisant par essence partie des premières, intégrées dans ses processus. Au- delà d un débat épistémologique et ontologique, se profilent ici des difficultés de compréhension, de relations humaines, et d enjeux structurels non négligeables. Nous verrons donc qu ici nous tenterons d adopter une démarche systémique où les deux notions ont toute leur place sans hiérarchisation en terme d importance, et où elles s articulent, encore plus particulièrement lorsqu il s agit d accompagner le changement, vu à la manière du laboratoire Cimeos- Cosmos de l Université de Bourgogne (http://www.u- bourgogne.fr/cimeos/cosmos/index.php), qui a pour objectif : «de développer une approche informationnelle et communicationnelle des importants changements culturels et socio - économiques qui affectent notre société, dans ses identités, ses messages et ses activités. Ces changements sont considérés comme des processus et des productions de signification individuelle et collective, en tant que 3/55

témoignages du rapport que les individus, les groupes et les sociétés construisent et entretiennent avec une réalité mouvante et complexe. C est pourquoi les concepts de représentation, de valeur, d identité, de culture(s), de logiques d acteurs, de formes et de symboles, prennent ici une place importante pour traiter des rapports aux savoirs, aux usages et aux pratiques sociales et/ou professionnelles, aux projets, aux changements, aux messages et aux images.» 1.1. Information & Communication : définitions Information Communément, on pense que l acte d information, informer, c est communiquer un message, une connaissance, un savoir (dans l idée de donner, de transmettre). In- former, en séparant les deux composants, renvoi à l idée de donner une forme à une matière, d organiser cette matière, et les éléments entre eux. Selon Daniel Bougnoux [Bougnoux 2001], l'information "recouvre à la fois les données, les nouvelles et la connaissance", (ce que l on retrouve souvent en anglais sous la forme : data, news, knowledge). Cette définition a l avantage de poser au même niveau plusieurs vocables qui viennent naturellement à l esprit lorsque l on évoque cette notion, sans dogmatisme, plutôt dans un esprit de poser un espace au sein du monde des idées montrant ce qu elle recouvre. Les données renvoient précisément à la notion d observation : elles sont entendues ici comme résultat de l analyse d un fait que l on peut observer donc décrire, et qui se renouvelle, donc dont on peut vérifier la description obtenue, voire l améliorer. On dira même, en modèle mathématique de l information, que moins une observation est probable, plus son observation apporte d'information, ce qui se traduit par le théorème suivant : l'information est égale à la valeur moyenne du carré de la dérivée du logarithme de la loi de probabilité étudiée. Ceci devant rester une indication intéressante pour comprendre la suite mais non se révéler comme étant un axiome intangible. Cela aide aussi à imaginer que des faits qui n ont pas encore été observés, sont potentiellement riches en information ; prenant la situation dans le sens inverse, cela revient également à imaginer que si l on manque d informations sur un fait, un phénomène, sans renier son existence, c est qu il a été peu (ou pas) observé. Les nouvelles et les connaissances font allusion aux besoins inhérents à la survie de l humain : se passe- t- il quelque chose qui m est inconnu et qui potentiellement peut s avérer dangereux pour ma survie? Quel savoir, quelles connaissances dois- je acquérir afin de me protéger, ou de me nourrir? Bien entendu, ce sont des notions fortement convoquées dans des situations où la survie existentielle au sens propre n est pas forcément remise en cause Jacques Perriault [Perriault 1989] déclare qu'il s'agit d'"un ensemble de données formatées, d une certaine façon inertes ou inactives". Ces précisions sont ici fortement intéressantes : on retrouve tout d abord la notion de données, sur laquelle la plupart des 4/55

chercheurs en SIC semblent s accorder : pré- existe à l information un fait, observable, donc quantifiable, qualifiable, et interprétable. La précision importante réside ici dans le terme «formatée» : des faits, donc, à qui on a donné une forme. Où l on rejoint l idée première d informer, qui n est donc pas communiquer. La qualification d inertie et d inactivité de ces données formatées renforce la définition du fait originel : il existe, on peut l observer, il n a pas encore de forme, c est donc une donnée qui n est pas dynamique, vivante, inactive. Ce qui sous- entend donc que l acte de transformation ou plutôt de mise en forme donne vie à ce fait, à cette donnée. Notion que nous retrouvons plus loin Communication : Selon Daniel Bougnoux à nouveau [Bougnoux 2001], c'est «l'homme agissant sur (les représentations de) l'homme par le détour des signes. Où l on voit donc qu il s agit ici avant tout d une action, ainsi la communication est un acte de transformation de l autre : lorsque l on communique, on est dans une démarche de modification de l autre, qui sort «différent» de l acte de communication, changé : dans son stock de connaissance (par enrichissement), dans son comportement (par une modification de son jugement, de sa représentation du monde ). C est donc un acte comptant de lourdes responsabilités, comportant de lourds enjeux, ce dont nous ne sommes pas toujours conscients. C est un concept fondamental en SIC, qui posera donc les processus communicationnels comme faisant partie des gouvernances des relations humaines, incluant des conséquences éventuellement politiques. Le détour des signes pose ici une relation épistémologique avec d autres approches communicationnelles : le modèle langagier avec la linguistique et la définition du Signe selon Ferdinand de Saussure, revue et en quelque sorte augmentée par la sémiologie dans ce qui s appelle le triangle sémiotique. Notre propos doit dès lors suivre ces notions de signe sur le chemin de la communication! Saussure expliquait le signe comme étant la plus petite unité de sens d une langue et surtout comme l union d un signifiant (SA) et d un signifié (SE) [S = SA U SE]. Par exemple, le mot français arbre est un signe linguistique associant le concept d'arbre (SE) à la forme sonore /arbr/ (SA). Le Signifiant (SA) est alors l image sonore et mentale du son, l expression phonique : l image de l'arbre, de la table Le langage texto est un langage signifiant (seulement par les sons entendus qui donnent une image mentale du mot SE). Le Signifié (SE) est une idée générale, un concept, c est le sens du mot. La traduction est une illustration de cette notion de signe : le concept d arbre peut avoir la même définition en français, en anglais ou en espagnol, et prendre une forme sonore comme graphique différentes. Il y a deux sortes de signifiés : les dénotations et les connotations. La dénotation a le même sens pour tout le monde, c est la définition du dictionnaire. La connotation peut avoir plusieurs sens (secondaires, et contextuels). Le cas du symbole est intéressant : c est le sens dénoté plus (+) le sens connoté. La colombe est un oiseau, et pourtant, elle est aussi un symbole de paix. À cette première explication, la sémiologie ajoute un élément qui lui semble primordial : l objet réel, tangible, existant au même titre que les signifié et signifiant, en somme le référent (R), situé dans l univers extra- sémiotique, celui où le sens ne se créé pas ni ne s interprète : l objet est, sans plus. Reprenant l exemple classique de la traduction, on peut 5/55

objecter que non, le concept d arbre ne renverra pas exactement la même image mentale, en fonction des cultures non seulement linguistiques mais surtout individuelles. Demander à quelle image mentale renvoi l idée de l arbre à un Japonais, à un Français, ou à Sénégalais, donnera certainement des réponses fort différentes, liées aux expériences individuelles. Le concept général de l arbre restera le même (classification dans le monde de la flore et non de le faune, notions de racines, de troncs, branches, feuilles etc.) mais sa référence au monde réel, à l objet auquel il renvoi peut être fort différent. C est ce genre de divergences sur le rapport au réel qui est source de malentendus et d incompréhensions : la polysémie des signes provoque parfois de mauvais choix de référence, on ne parle pas de la même chose, du même sujet, du même objet (c est selon!) on n est pas sur la même longueur d onde, d où quiproquo. On observe alors une relation ternaire, représentable par un triangle relationnel, et non plus comme une relation d union binomiale. Cela implique que ces trois éléments, intimement liés, ne sont pas décomposables les uns des autres, et ont des rôles différents mais complémentaires. Leurs systèmes de relations servent différemment le processus de communication : les parcours entre ces trois pôles ne sont pas les mêmes lorsque l on opère un encodage ou un décodage, qu il soit linguistique ou iconique. 6/55

En parcours linguistique, l opération mentale de décodage va consister à choisir dans son propre référentiel de signifiés celui qui correspondra le mieux au signifiant décrypté (entendu, lu, senti, touché éprouvé). C est à partir de ce signifié que l on pourra se représenter le référent, le comprendre, et revenir à l objet premier. L encodage (production liunguistique) suivra le chemin inverse : le référent étant la base, l objet à décrire, on choisira le signifié adéquat, qui donnera le lien l associant au signifiant, afin de pouvoir articuler le son ou écrire la graphie correspondantes, par exemple. Le cheminement lorsqu il s agit d images et non plus de langue semble selon les sémioticiens différents : le décodage passe du signifiant au référent directement (certainement par un phénomène d analogie, cf. Watzlawick) avant de se relier au signifié. L encodage se produira directement du référent au signifiant, permettant ensuite d atteindre le signifié. Ces parcours forcément réducteurs n ont pas pour ambition de modéliser la construction de la réalité par les signes. Ce que Bougnoux exprime ici est plutôt l indication directe des outils dont l humain dispose pour réussir à «agir» sur l autre, sur ces représentations comme il est indiqué : communiquer modifie chez l autre sa manière de se représenter ce 7/55

qui l entoure, ce qu il est, son contexte. Il est bien question de construction du sens, le lien avec la sémiologie est avéré. Cherchant à pousser le positionnement de l information et de la communication vis à vis l une de l autre, Daniel Bougnoux encore [Bougnoux 2001] évoquera l opposition «données informationnelles vs "glu relationnelle"» : l expression données informationnelles faisant référence à sa définition de l information, la glu relationnelle représentant ici la communication. Il aborde ici une notion fondamentale, celle de la relation présente dans toute communication. Beaucoup de chercheurs vont dans ce sens, posant même que sa fonction première est de mettre en relation des humains entre eux, nous y reviendrons. La communication serait alors un procédé permettant de «coller» des humains entre eux, de servir la relation entre des individus, mais aussi (cf. ci- dessous) de faire coller des informations, à des humains. La communication serait la parure, l habillage donné à de l information afin de la mettre en relation avec des individus. 1.2. Cycle de la communication Poursuivant ces réflexions, on peut repositionner une vision de la gestion des données à l usage d un processus de communication empruntée à Alex Mucchielli, qui permet d envisager plusieurs étapes dans la construction globale d un acte de communication. Cet auteur, partant de l analogie avec le cycle de la consommation connu en économie comme en écologie, a établi une proposition de cycle de la communication : Cycle de la communication, A. Mucchielli 2003, Notre matière, ce sont les fameuses données telles que définies plus haut. Informes, inactives, ce sont des faits observables, non communicables en l état : il faut les mettre en forme si l on veut transmettre ce que l on a vu, vécu, notre expérience en somme, à quelqu un. Il faut donc créer de l information à partir de ces données, et cet acte de mise en MAGPS M1S1UE2EC2 : Politiques en matière d'information et de communication, C. Masselot 8/55

forme est une étape de production du sens. On assigne du sens à des données, créant ainsi de l information. À ce stade, le fait observé est décrit, cette description est mise en forme, du sens est produit. Rien de tout cela n est transmis au sens physique du terme à un autre humain. D où le quart de cercle suivant, débouchant sur la communication en fin d une étape où l on produit de la relation. Ce qui se travaille ici, selon cet auteur, c est bien la manière de mettre en relation des individus avec des informations, incluant au passage les supports qui vont le permettre. Si l on prend l image du journalisme, on pourrait décrire le processus ainsi : un incendie a lieu, un journaliste est sur place, constate par ses propres sens la réalité du fait, vit l événement, puis le transcrit (écrit, filme, photographie, raconte, peint ) ou plus exactement le représente, travaille sa représentation en cherchant à la mettre en relation avec un public, publie son papier dans le journal, qui est distribué ensuite. Le troisième quart de cercle va représenter alors l usage de ce produit complexe par le public, acte très important car ce qui est avancé ici est que cette étape représente la consommation des deux dimensions précédentes, celle de production de sens et celle de production de la relation. Ainsi le lecteur est amené à comprendre une partie de la situation de communication par la manière dont cela est amené, l autre partie résidant justement dans le «cela», l information produite initialement. La mise en relation peut faciliter la consommation de l information, ou au contraire en être un frein Le dernier quart de cercle justifie enfin qu à partir de ces deux éléments, on peut re- construire le monde de référence initial, les données, le fait, l incendie dans notre exemple : la matérialisation du sens. 1.3. Communication généralisée À partir de ces notions, on comprend alors que construire l information ne veut pas seulement dire collecter des données. Les opérations à effectuer sont souvent plus complexes, même si on les nomme souvent ainsi par raccourci usuel. Principalement, sans s appesantir tout de suite sur les méthodes et les outils, il convient de garder en mémoire que cette construction est une production de sens, de signification (en tout cas du point de vue de l émetteur, la réception sera impliquée ensuite). Et que cela est inséparable de la mise en relation, de la consommation, et des usages. Alex Mucchielli définit ainsi le concept de communication généralisée [Mucchielli 2001] : "on peut dire qu'une «communication» généralisée est une expression d'un acteur social, porteuse d'une intentionnalité, analysable du point de vue d'un observateur-lecteur capable d'en comprendre le sens, dans un contexte pertinent pour l'acteur concerné." Tout résultat d'un travail mené dans le cadre d une politique d aménagement est considéré comme une expression, inscrite dans un contexte, et produite au sein d une démarche procédurale. Non seulement les productions écrites comme les rapports d'activité, les bilans, les cartes, les procédures, sont des expressions, mais on doit prendre en compte également toute organisation logistique comme révélant des intentionnalités de communication (l aspect comportemental, non verbal), et, comme énoncé précédemment, 9/55

comme des manifestations du traitement de l'information, et du traitement de la communication dans laquelle nous baignons. Le caractère généralisé de cette communication réside d une part dans la prise en compte des quatre pôles présentés précédemment, et de l autre dans la prise de conscience des contextes l englobant : Contexte spatial : le sens est lié au lieu et à ses contraintes Contexte physique et sensoriel : le sens est en rapport avec nos sens : vue, ouïe, proprioception, odorat, toucher Contexte temporel : moment de l'énonciation, avant, après Contexte des positions respectives des acteurs : positionnement entre eux Contexte relationnel social immédiat : qualité de la relation et système interactionnel Contexte culturel ou subculturel : normes et règles collectivement partagées ou construites Contexte expressif des identités : ce que l'on sait ou ce qui est affiché des intentions et enjeux Ces contextes seront plus largement détaillés en deuxième année de Master. Plus loin, en citant E. Morin (1999), le même auteur précise que : "l'hollogrammatisme ou l'articulation des niveaux d'observation ( ) énonce qu'une partie d'un phénomène peut contenir, en réduction, la totalité du phénomène global auquel il appartient." Ce qui présuppose que l'on soit capable dans un premier temps d'imaginer la situation de communication dans son aspect global, systémique, et généralisé ; qu'on puisse ensuite en déterminer les composants, et les analyser séparément ; qu'on ait enfin la possibilité réflexive (en termes de théories, méthodes et outils) d effectuer un va et vient analytique et interprétatif entre les différents niveaux, sans en perdre l'articulation globale. Nous utilisons régulièrement cette théorie sans le savoir, sur le terrain, quand une réflexion d'un partenaire attire notre attention sur un fait non compris, une difficulté intervenant dans une étape, un manque de formation, ou au contraire un élément parfaitement intégré, une interprétation d'un phénomène pouvant être réplicable. Ce discernement demande une évaluation comparée, tant les situations professionnelles sont distinctes, et tant les compétences individuelles comme structurelles sont diverses : une étape totalement maîtrisée par un acteur en particulier ne signifie pas pour autant que tous ses collègues sont au même niveau ; la qualification d'un fait par quelqu'un demande à être examinée par le regard d'autres acteurs avant de pouvoir être validée. Maintenant, l'expérience montre que plusieurs situations de communication repérées à un niveau pouvaient être observées à nouveau dans un niveau englobant, et se répéter ainsi de manière identique. Il faudrait ici analyser idéalement les contextes et les situations dans une observation experte organisée, afin d'en extraire une modélisation efficace, ce qui a été fait plutôt de manière intuitive jusqu'à présent mais qui mériterait une recherche à part entière (si cela ouvre l appétit de quelqu un ce serait parfait!). 10/55

L hollogrammatisme a pour conséquence dans notre cas qu il est possible parfois de rationnaliser la communication : présenter académiquement un diagnostic territorial exhaustif et sérieux, dans l optique de faire comprendre un point précis, est peut- être dommageable. En extraire quelques parties, parler de tendances plutôt que de fatalité, montrer certains détails donnent suffisamment l idée du global, tout en respectant son auditoire. Eviter ainsi une surcharge cognitive est souvent facteur de meilleure compréhension, donc de meilleure appropriation. C est donc un des éléments pertinents de l évaluation des usages de la communication. 1.4. Conception Evaluation de la communication : Méthode COGITER Ces diverses réflexions m ont amené à penser l articulation des SIC dans la conception comme dans l évaluation des systèmes de communication intervenant dans la gouvernance des territoires (lato sensu), et des implications avec l intelligence territoriale ; j ai alors proposé la méthode COGITER (Communication, Gouvernance et Intelligence TERritoriale), dont l'innovation réside dans l'approche résolument pluridisciplinaire des problématiques liées à la conception, à l utilisation et à l appropriation de systèmes de communication au service de la gouvernance et de l intelligence territoriale. L'accompagnement au développement comme à l'évaluation des stratégies et plans de communication organisent l'intervention de plusieurs méthodes ci- dessous explicitées : analyse ergonomique, analyse sémiologique, analyse des usages, approche didactique, et évaluation qualitative des publics. Méthode d'analyse et d'évaluation «sémiocom» Il s'agit ici d'utiliser ce que la sémiologie et les sciences de l information et de la communication peuvent apporter à la conception et à l'analyse de systèmes d'informations et de communication multimédia, en exploitant les articulations et complémentarités possibles entre analyse ergonomique et analyse sémiocom. Dans cette optique, nous nous attachons à étudier la déclinaison des valeurs et du positionnement des contenus portés par l objet concerné en relation avec l'analyse des représentations renvoyées vers les utilisateurs, et de leur construction des connaissances. Fonctionnalités de ce média, degré d'interactivité, stratégies argumentatives, type(s) de relation(s) construites avec les destinataires de la communication, définition d'un territoire de communication : autant de points qui sont intégrés et discutés dans notre recherche. Nous nous appuyons principalement sur les récentes recommandations de Stockinger (MSH Paris), mais également sur les méthodes d analyse de l image fixe et/ou animée préconisée par Floch, le groupe µ, Eco etc. Par la structure narrative choisie, renforcée de certaines isotopies, se définit un territoire de communication où la déclinaison des valeurs et le positionnement des contenus sont questionnés. La mise en scène qui en découle construit la représentation que les acteurs (internautes, utilisateurs) ont de leur activité dans un contexte culturel et socio- économique 11/55

particulier ; il participe également à la construction des références du monde (social, culturel, économique ). Nous étudions les productions selon un angle sémiotique et systémique : le processus de conception d'un système d'information, et de communication en questionnant l'objectif de communication (son émergence, son élaboration, sa place dans l'appareil d'observation) et la réalisation concrète de ce système comme étant un acte de communication, enjeu d'une appropriation des systèmes informationnels et documentaires (appropriation méthodologique comme technologique) les objets de communication en résultant : ils dénotent une intention de communication particulière dont les enjeux peuvent être éclairés par l'analyse de l'activation des horizons d'attente (supposés) des publics concernés. la manière dont les objectifs institutionnels mettent en jeu les logiques de communication et d'information nécessaires à l'optimisation des pratiques. Méthodes d'analyse des usages L analyse s inspire ici des recherches les plus récentes en sociologie des usages (Jouet, Perriault) et sociopolitiques des usages (Vitalis, Vedel). Deux méthodes qualitatives sont plus particulièrement explorées : Une méthode centrée sur un travail d observation directe des usages, Une méthode centrée sur les usagers et leurs discours. La première méthode, inspirée de l ethnographie, est appliquée depuis plus de 20 ans à la sociologie des techniques. Elle permet d observer directement les pratiques et les usages mais également les détournements (de Certeau, Jouet) dont Internet fait l objet par les différents utilisateurs, notamment en fonction de leur profil sociologique et culturel et de leurs motivations (âge, cadre socioculturel ). La seconde méthode, complémentaire de la précédente, nécessite de mettre en place des entretiens de type semi- directifs approfondis avec un nombre important d utilisateurs des objets, choisis selon la méthode des quotas. Cela permet de mettre en évidence les conceptions des objet, les manières de faire et de s approprier l outil, les éventuelles attitudes de rejet Mais cette analyse de discours permet également d interroger le rapport au savoir de chacun et les stratégies d appropriation mises en œuvre dans ces contextes. Ces méthodes d analyse des usages et des discours utilisent le support de cartographie dynamiques et qualitatives des informations collectées lors des différentes étapes du projet (de type text- mining et map- mining). Approche didactique : la transposition des savoirs devient le savoir- faire des utilisateurs Il s'agit ici de favoriser la reconstruction de la compréhension du "contenu de savoir" par l'apprenant, dans son contexte propre. L'idéal didactique voudrait que l'apprenant redécouvre à son tour le savoir, par son propre cheminement intellectuel. La transposition 12/55

didactique (Chevallard 1994) entend re- penser le contenu de savoir, afin de faciliter les recherches individuelles et de permettre aux apprenants la modélisation structurant le savoir dans leurs schémas conceptuels. On dé- modélise, ou dé- structure un savoir, en fonction de multiples paramètres (public, besoins ), pour en faciliter l'approche. Méthodes d'évaluation ergonomique Les bonnes pratiques préconisées par les recherches en Interface Homme- Machine (IHM) et plus généralement en sémionet (sémiologie appliquée aux objets multimédia) jouent un rôle primordial dans l'accessibilité de l'information. Les systèmes d'information et de communication, basés sur le Web ou non, ont pour vocation d'être au service des utilisateurs ; structurant l'information, ils en organisent aussi son accès, ainsi que sa diffusion, ses évolutions, sa sauvegarde, sa consommation sa communication. Il est donc indispensable que ces systèmes obéissent à des règles de convivialité permettant d'en guider la réalisation, mais aussi de l'évaluer : les concepteurs comme les réalisateurs ont un besoin grandissant de méthodes et d'outils d'analyse pertinents, scientifiquement validés, clairs et concis, didactiquement travaillés, et rapidement opérationnels. Des méthodes ont vu le jour sur ce sujet, décrites ainsi par Bastien et Scapin (Bastien, J. M. C., & Scapin, D. L. (2001). Évaluation des systèmes d'information et Critères Ergonomiques. In C. Kolski (Ed.), Systèmes d'information et interactions homme- machine. Environnement évolués et évaluation de l'ihm. Interaction homme- machine pour les SI (Vol. 2, pp. 53-79). Paris : Hermès.) : «Une procédure éprouvée consiste à fournir à un panel d'utilisateurs une série d'objectifs à remplir (parcours, recherche d'information, identification d'un élément spécifique en un temps imparti, réalisation d'actions précises ) et d'évaluer par un dispositif d'observation directe et un recueil de données en temps réel permettant de mesurer comme de qualifier les tests effectués.» Les résultats sont ensuite traités selon les principes des techniques d'enquête et de l'analyse de données, commentés puis interprétés avant de donner lieu à un rapport d'observation prenant en compte le dispositif mis en place, les moyens utilisés, et les résultats obtenus dans ce contexte explicité. Chaque étape doit s'accompagner d'une phase d'auto- évaluation des activités réalisées (méthodes, déroulement, résultats, selon les critères recommandés par la Commission Européenne dans le cadre de l'évaluation des programmes européens). Une approche experte peut être menée en amont comme en aval à cette pratique centrée sur les usages : un professionnel de l'ergonomie, dit expert en la matière, mènera une analyse ergonomique à partir des recommandations en usage (cf. critères de Bastien et Scapin en particulier). 13/55

Observation des publics : Evaluation et validation des résultats par l'analyse des Données Les méthodes d'observation des usagers de type Catalyse (cf. plus loin) ont permis d'asseoir la nécessité : D'établir une typologie des usages (utilisation des principes de techniques d'enquête et d'analyse des données intégrant l'analyse Factorielle des Correspondances et la Classification Ascendante Hiérarchique), et une interprétation scientifique. D'établir avec les mêmes approches scientifiques un diagnostic des besoins des utilisateurs à mettre en lien avec les études préalables. Les typologies d usage et le diagnostic des besoins sont élaborés au moyen d analyses des cartographies d informations collectées via un portail et des questionnaires de satisfaction. Conclusion L'objectif est ici de construire et d'utiliser des critères pluridisciplinaires permettant d'utiliser ces méthodes d'observation et d'évaluation quantitative et qualitative selon une approche globale, aux divers moments du projet (pré, in et post). De manière transversale, nous prenons en compte des critères d'évaluation transversaux servant d'objectifs positifs à atteindre (recommandés par la Commission Européenne dans le cadre de l'évaluation des programmes européens) : Efficacité (atteindre l objectif fixé) Efficience (dépense de moyens pour atteindre l'objectif fixé) Pertinence (qualité de la relation entre l'objectif et les besoins adéquats), Cohérence (toutes les parties forment un ensemble et contribuent à sa réussite), Impact (résultats obtenus sont liés au projet et pas au contexte), Accessibilité (processus clair et compris par tous), Acceptabilité (freins, accompagnement au changement). Pérennité et reproductibilité (processus inscrit dans le temps, reproductible, et transférable) 14/55

2. Construction et moyens de traitement de l information Sens, relation, usage, matérialisation : maîtriser le cycle communicationnel Introduction Les TIC jouent un rôle important à la fois dans la collecte de données, et leur traitement. Le besoin initial de données, et d informations, est indéniable dans les problématiques liées à la gouvernance et à l aménagement des territoires. Il s agit d un besoin diachronique ; pour reprendre l image souvent utilisée, les acteurs territoriaux ont besoin d avoir une vidéo présentant les changements d un territoire plutôt que d une photo à un instant T. Nécessaire, cette vision synchronique doit déboucher sur une mise en perspective, incluant l évaluation des actions en cours et/ou mises en places. Dans cette perspective, il convient alors de structurer des processus informationnels et communicationnels prenant en considération la temporalité des réalités humaines. Les Sciences de l Information et de la Communication et l'intelligence Territoriale entretiennent aujourd'hui de multiples relations. Nous allons ici nous concentrer sur ces expériences pour aborder la problématique de la construction et du traitement de l information. La méthode d'observation territoriale Catalyse, portée par le réseau européen de l'intelligence Territoriale, propose une modélisation sous la forme de ce que Jean- Jacques Girardot appelle un système communautaire d'intelligence territoriale (SCIT) (Girardot 2008). C'est par l'organisation de la structuration de l'information, et par la conception des processus de communication, que ce type de système prend vie, et ce sont ces aspects que nous détaillons ici afin d'illustrer ce que les deux notions s'apportent mutuellement. 2.1. Quelles informations pour le développement territorial? Le constat effectué par les chercheurs au début des années 90 était que le monde du développement territorial (englobant une grande masse des acteurs territoriaux, des décideurs aux référents sociaux) était globalement peu enclin à utiliser les nouvelles technologies, mais surtout paraissait ne pas disposer de beaucoup d'informations, ni d'outils pour les traiter. Certes, de grands organismes chargés de recueillir des statistiques existaient, soit au niveau de l'etat (comme l'insee en France, l'instituto Nacional de Estadistica en Espagne par exemple), soit au niveau de certaines collectivités territoriales. Or la réalité des faits a maintes fois prouvé que même dans des villes de taille respectable, la collecte et le traitement de l'information est sujet à caution. La ville de Huelva, en Espagne (Andalousie) par exemple, compte environ 150 000 habitants, et ses services municipaux effectuent un recueil d'information de type recensement de sa population tous les 2 ans (loi nationale) nommé "Padron". Celui de 1996 comptait un peu plus de 10% d'erreurs Première action à mener : améliorer la collecte, le traitement, la qualité ainsi que 15/55

l'accessibilité de l'information. Un des rôles d'un observatoire socio- économique Catalyse doit être de mener ce travail de fond sur les données contextuelles (indicateurs territoriaux). Connaître la situation sociale ou professionnelle de la population d'une ville comme Huelva a un intérêt non négligeable. Cependant, une association travaillant principalement sur un quartier défavorisé, dont le public est à 95% composé de jeunes issus de ce quartier, se rend bien compte que les informations dont elle dispose sont trop générales, concernant dans le meilleur des cas le quartier dans son ensemble, en général le périmètre urbain. Enfin, et surtout, ces informations générales ne permettent de se faire une idée que sur une série limitée d'indicateurs prédéterminés : les acteurs territoriaux manquent fatalement d'une série d'informations indispensables à leur intervention. Constat d'urgence : une association locale ne connaît pas ses usagers (bénéficiaires), et surtout ne connaît pas les besoins de la population concernée. Elle ne peut donc pas améliorer son intervention, l'éventail des actions possibles, évaluer ce qu'elle effectue chaque année Elle travaille en aveugle, ou plus exactement, à l'intuition. Cet observatoire Catalyse doit donc développer les méthodes et outils permettant d'élaborer un véritable diagnostic des besoins des populations cibles, ainsi que d'évaluer les actions réalisées. En développant une approche des besoins des populations, leur demande, il paraît logique de vouloir les confronter avec l'offre, avec les ressources disponibles sur un même territoire. Cette comparaison permet pour un acteur local d'améliorer son intervention, en sachant par exemple rapidement quel organisme, quelle action intervenant sur la même zone, pourra répondre à tel besoin d'un individu, ou d'un groupe d'usagers. Ce qui entraîne à nouveau la nécessité de qualité et d'accessibilité à l'information. De plus, cette comparaison offre / besoin permet aussi d'évaluer les possibilités, et surtout les manques, d'un territoire. Prenons l'exemple d'un travailleur social, en rendez- vous avec un usager, pour des questions de santé. Lors du diagnostic, il va réaliser que cette personne connaît de gros problèmes de logement, auxquels il ne sait pas répondre. Avoir à disposition l'information qualifiée lui permettra d'orienter l'individu vers une structure spécialisée dans cette problématique, dans la catégorie de population dont il fait partie (les besoins ne sont pas toujours les mêmes, mais surtout les aides possibles non plus), et dans la même zone géographique. Si notre travailleur social se rend compte qu'aucune réponse n'existe pour ce problème, il sera alors possible de mettre en route un travail d'élaboration d'actions de terrain pour pallier ce manque. C est une opération de diagnostic de l existant territorial primordiale dans l optique de l aménagement concerté et cohérent. Un observatoire Catalyse doit donc organiser un répertoire des ressources (structures, actions ) disponibles sur un territoire, et pouvant répondre à des besoins sociaux et économiques : ou information génère communication Cette méthode est schématisée ainsi : 16/55

2.2. Système Communautaire d Intelligence Territoriale L optique n est pas ici de présenter les fondements et détails de la méthode, ni de ce premier pôle, mais d attirer l attention sur la construction de l information nécessaire dans nos perspectives. La méthode, les trois pôles, les relations et les outils sont présentés par ailleurs. On aura compris qu il est parfois possible d acheter des données, voire des informations, selon diverses sources officielles. Il est cependant la plupart du temps indispensable de construire soi- même les informations nécessaires : soit elles ne sont pas disponibles à l échelle territoriale souhaitée (par protection par exemple, la granularité est encadrée par le respect de l intimité de l individu, ou encore par simple absence mais existantes à l échelle supérieure), soit les indicateurs nécessaires n ont pas été travaillés, soit la qualité de ce qui est disponible n est pas bonne, soit elles sont trop chères Bref, autant de situation qui obligent à «mettre les mains dans le cambouis»! Fondamentalement, la méthode Catalyse a été modélisée dans ce sens. 17/55

La mise en œuvre d'expériences de cet ordre prouve que les pratiques des acteurs sociaux intègrent désormais une démarche informationnelle et communicationnelle qui fait appel à différentes notions élaborées au sein du champ des SIC. La première plus- value de l'application de la méthode qu'ils constatent est la construction de partenariat, ce qui correspond à l'amélioration de la mise en relation et de la qualité de cette relation, donc à un processus communicationnel. Le deuxième apport identifié est une meilleure connaissance des besoins des citoyens, des ressources disponibles, du contexte territorial, et donc la définition de meilleures procédures de décisions et d'applications des politiques territoriales : où le sens (processus informationnel) reprend corps La méthode Catalyse organisée dans un SCIT s'intéresse tout d'abord à deux moments très précis d'un processus de communication : celui de la production de sens, qui a lieu lors de la formalisation des données en informations (redondance sémantique obligée ) puis lors de l'élaboration de la communication à proprement parler, en fonction des données initiales et des informations produites. Il convient donc de structurer ces étapes dans une visée communicationnelle, sans omettre pour autant la quatrième dimension des usages. Le schéma global des SCIT modélise donc une procédure d'observation territoriale, de la collecte des données à la diffusion des résultats (Girardot 2006, 2007 et 2008) : En résumé, à partir d'un questionnaire, nommé ici guide de diagnostic et d'évaluation, un observatoire organise sur un territoire (avant tout humain) la collecte des données brutes, qui sont alors saisies soit en ligne dans la brique logicielle repérée par «Icasit» sur le MAGPS M1S1UE2EC2 : Politiques en matière d'information et de communication, C. Masselot 18/55

schéma, soit dans une version hors ligne du logiciel Pragma (en vert). Interviennent alors une série de traitements des données, étape de formalisation décrite ci- dessous. Il est indéniable qu'il ne s'agit pas seulement de ranger des données dans des cases - catégories, mais que l'action de donner une forme à cette matière, est en elle- même porteuse de sens : dès la collecte des données, l'acteur social produit du sens. Ce qui peut sembler une évidence en SIC relève de la prise de conscience dans les pratiques d'observation territoriales : la formation initiale comme continue prend ici tout son intérêt, en explicitant un processus de communication généralisée par exemple. 2.3. Production du sens La première étape, dite de production du sens, doit être conçue en fonction des différentes communications nécessaires : internes à l'équipe qui porte le projet : le traitement doit être le plus complet possible, le plus poussé, s'autorisant par exemple de multiples explorations statistiques à des fins d'amélioration des connaissances produites. C'est ici que l'on produit le plus de tris à plat (du bilan brut au bilan qualifié, puis au bilan reflétant la sélection des caractères, incluant les profils d'individus calculés), de tris croisés (permettant de mieux comprendre les phénomènes quantitatifs comme qualitatifs), d'indexations des réponses, de graphiques illustrant les résultats Cette équipe acquiert ici une compréhension fine des données initiales, par appropriation, ainsi qu'une première vision des résultats à communiquer, ce qui lui permet une première mise en forme semi- publique, encore à l'état de documents de travail. internes au Groupe Opérationnel (silhouette orange vers le milieu du schéma des SCIT) : une sélection dans les éléments produits précédemment doit être effectuée afin d'en conserver les plus intéressants pour être soumis à une plus large discussion. Ces résultats préparés pour une relecture collective permettent aux participants d'analyser en commun les statistiques obtenues, sans avoir à revenir maintes fois en arrière. C'est cette étape qui produit réellement l'intelligence territoriale utile à l'observatoire. externe : cette étape permet au Groupe Opérationnel d'organiser une publication publique, donc une communication dont les destinataires sont moins connus et dont on sait moins contrôler les horizons d'attente. L'objectif est ici d'établir des documents finaux pour rendre compte de ces résultats quantitatifs comme qualitatifs, au grand public, et surtout, aux financeurs. Il s'agit ici de dépasser la mission première d'un observatoire au sens classique du terme, qui est avant tout de collecter de manière structurée des données. Les agences qui réalisent ce type d'étude se positionnent généralement comme un expert externe au projet. Le résultat obtenu est alors un rapport souvent conséquent, rédigé par ces experts, dont la lecture reste âpre et nécessite la plupart du temps un accompagnement de la part de ces mêmes experts afin d'en comprendre le contenu. Concrètement, les descripteurs territoriaux choisis par ces experts peuvent ne pas s'avérer pertinents pour les acteurs de terrain confrontés à une réalité mouvante, que les statistiques globalisées au niveau d'un territoire d'une échelle supérieure n'éclairent pas. 19/55

Il est donc évident que la manière même d'observer influence cette étape de production d'information. L'objectif réel du diagnostic est ici dénaturé : il s'agit réellement pour les acteurs de connaître les besoins d'une population et d'un territoire ; il s'agit pour les experts de produire un rapport Les horizons d'attente (Jauss 1978 et Iser 1985) activés par ces deux catégories professionnelles ne sont donc pas en phase. À cette seule étape de production de l'information à partir de faits existants, la méthode Catalyse explicitée dans le schéma des SCIT permet de modifier cette approche d'observation : les descripteurs et modalités permettant de structurer les faits en données, puis les données en information, sont collectivement construits par les acteurs territoriaux, accompagnés (et seulement accompagnés) par des experts ; ces experts adhèrent aux objectifs premiers de l'observation, à savoir la mise en place d'actions de terrain dans le but d'améliorer les situations des usagers des structures (institutionnelles ou non) ; la collecte, moment important de la structuration, est elle aussi effectuée par les acteurs, conscients du double processus de transformation en cours, et des biais interprétatifs possibles ; cette collecte, organisée collectivement, est à elle seule un processus de communication à la fois avec les usagers, et interne : le formulaire permettant de dérouler dans le temps ce processus est également un produit permettant l'échange avec les usagers (il peut être renseigné en plusieurs rencontres, au fur et à mesure de l'élaboration du projet individuel et de son suivi). Le respect de cette approche métier génère un processus de communication au service de l'aide à la décision et de l'action territoriale. la collecte, toujours, est un processus en flux tendu, contrairement à une étude de type photographique, l'observation étant par définition permanente. L'évolution de la situation du territoire est cependant visible par une série de traitements statistiques opérés à divers instants «T», généralement à mi- parcours et en fin d'année civile par exemple. Des tableaux de bord automatiques quotidiens, hebdomadaires, mensuels ou par période sont également disponibles, afin d'avoir une vision synthétique et globale de certains indicateurs clés pour un territoire donné. Le processus informationnel décrit ici est à considérer comme un élément de gouvernance incontournable : les acteurs écrivent eux- mêmes les indicateurs qui leur permettent de piloter l'intervention territoriale, les actions à mettre en place, à reformuler, ou à requalifier. Les experts ont un rôle d'accompagnement scientifique (étant par essence expérimentés), mais aussi de transfert, donc de formation. Ils ne sont plus traditionnellement externes à la démarche, mais réellement impliqués aux divers moments de l'observation. Ainsi, la définition des contenus du guide de l Accem a été effectuée en même temps que celle d un guide européen au sein de la caenti. Cela a permis aux deux projets des profits mutuels, s alimentant l un de l autre sur des points spécifiques : l Accem apporte son expertise dans les thématiques liées aux migrations intra et extra- européennes, les autres participants nourrissant le guide espagnol de thématiques comme la santé, le handicap, le logement L'Adapei élabore les contenus de son système d'information en commençant par ce qui est commun à tous les secteurs d'activité (cinq au total), puis détaille par secteur, par 20/55

établissement et par service les renseignements utiles au suivi des parcours individuels et aux traitements statistiques. 2.4. Production de la relation L'analyse conceptuelle de tout produit de communication implique un certain nombre de réflexions qu'il convient de mener à bien pour produire la relation entre l'information créée (où une partie du sens se construit), et les acteurs de la réception : L'identification des publics cibles doit donner un cadrage clair de la complexité de l'acte de communication en lui- même : vont découler de cette analyse une série de recommandations à la fois stratégiques et ergonomiques. S'adresser à des pairs dont la culture thématique est équivalente revient à faire appel aux savoirs partagés. Les SCIT ayant un rôle important dans l'intelligence Territoriale, ils s'adressent également aux décideurs (politiques, financeurs) et au grand public (intéressé ou non par les thématiques). Cette première étape a pour conséquence immédiate la prise en compte des enjeux divers : objectifs opérationnels d'action territoriale, influence des politiques locales, pérennisation des activités (donc des structures), justification de l'utilisation de fonds privés et publics Ces enjeux ne sont pas tous influents à part égale selon le moment de l'énonciation (lié au contexte temporel mais aussi spatial, culturel, relationnel etc.). En identifier l'importance dans ces contextes est donc un élément déterminant de la qualité de la communication. La conception et la concrétisation des objectifs et intentions de communication conduisent alors à une conscientisation pragmatique de «ce que l'on veut dire» réellement. Poser ces réflexions noir sur blanc et les confronter ensuite aux publics et enjeux identifiés permet de participer ainsi à l'élaboration d'un plan de communication incluant des étapes différentes, dans le temps, les lieux, et les relations possibles avec les récepteurs destinataires. La spécificité de l'approche communicationnelle des SCIT réside en grande partie dans la fonction primordiale de transfert et de formation. Les objectifs de communication tiennent compte dans ce cadre du fait que tout acte de communication en Intelligence Territoriale comporte intrinsèquement une part de transposition didactique, liée à l'innovation de l'approche systémique du territoire et de ses composantes. Les méthodes et outils utilisés demandent également des prérequis au risque d'être inintelligible, donc de provoquer une réaction de rejet Ces analyses permettent justement d'identifier ce qu'il convient d'éclaircir ou non, et surtout de la manière de mettre en relation des individus avec ces savoirs. On peut alors approfondir les horizons d'attente (Jauss 1978 et Iser 1985) possibles : quels seront ceux qui seront activés par ces acteurs de la réception, comment ils modifient l'angle d'approche communicationnelle, quelles décisions prendre avant de réaliser concrètement les objets et instances de communication? La production de la relation peut utilement reposer sur la construction de réseaux de signification, des isotopies, dans un premier objectif communicationnel (le sens se 21/55

construit progressivement au cours de la consommation, par redondance significative d'unités relevant d'une même isotopie), et dans un objectif de consolidation du réseau humain, en démontrant par cette déconstruction des significations que les publics partagent réellement les mêmes contextes culturels et relationnels, car ils en comprennent les mêmes composants selon les mêmes schémas cognitifs. La production de la relation se co- construit alors entre acteurs de l'émission et de la réception mettant ainsi en évidence dans la reliance obtenue (selon la définition de Bolle de Bal 1981) la réalité d'une communauté de projet, condition forte de l'appropriation de la démarche. Le cas du portail de la Ville et de l'agglomération de Besançon illustre ces approches : la structuration des données en information est un processus maîtrisé. En revanche, leur mise en scène, la prise en compte des conditions de réception, l'élaboration de schéma narratif, de plan de l'énonciation, des divers éléments contribuant à la reliance étaient au cœur des préoccupations de la direction du service de communication. Analyser le produit existant, informations contenues, médium et support, sous l'angle à la fois des SIC et de l'intelligence Territoriale, a permis de partager en interne un même discours posant clairement divers jalons communicationnels Bref, il fallait établir une charte communicationnelle qui pouvait ensuite donner lieu à une charte éditoriale. 2.5. Consommation des deux dimensions Tout l'enjeu de la communication se concrétise dans les usages qui en sont fait, dans la consommation des deux dimensions du sens produit et de la relation créée. Les usages de l'information produite recouvrent, selon ce qui a été dit plus haut, plusieurs processus emboîtés, chacun ajoutant par définition une nouvelle valeur à l'objet transformé : Des faits aux données : le processus d'observation organisé selon la méthode Catalyse et instrumentalisé par les outils qui la composent, est conduit par les acteurs du Groupe Opérationnel (cf. schéma des SCIT), dès l'étape dite de conception. Il s'agit donc d'un processus interne à ce groupe d'acteurs, qui est également une démarche de formation croisée, où acteurs et accompagnateurs (experts, universitaires, acteurs expérimentés) échangent des connaissances sur les territoires et les humains. La matière première (les faits observables) est composée d'humains en grande partie, de services et d'actions territoriales, d'activités économiques, de loisirs de tout ce qui compose la vie sur un territoire donné. Il ne suffit pas de regarder un incendie pour produire un sens à partir de ce que l'on voit ; un premier processus informationnel doit en extraire une donnée la plus informe possible au sens de Perriault (Perriault 2003) par un encodage sémiologique (où le signe est composé de l'union d'un signifiant, d'un signifié, et d'un référent, le tout en système : S=((Sa U Sé) U Réf)) permettant à partir d'un référent d'en déduire un signifié valide, puis un signifiant acceptable et utilisable. Une partie du sens de l'information est déjà produite par ce processus, mais nous n'avons pas encore d'information dans la mesure où la donnée est encore sans forme réelle. Des données aux informations : cette formalisation va être atteinte par la structuration d'un guide de collecte (questionnaire par exemple) et par l'organisation pratique de la 22/55

collecte des données. La nécessité pragmatique d'obtenir des indicateurs d'aide à la décision pour agir sur les territoires avec les citoyens oblige à élaborer un consensus sur le processus de création du sens, validé par l'évaluation des informations produites qui prouvent qu'elles sont utilisables dans la méthode Catalyse. On se réfère donc ici à la première partie du schéma des SCIT : SCIT : des données aux informations Du traitement des informations aux connaissances : la plupart des informations produites à partir des données initiales donnent lieu à leur tour à de nouveaux traitements, quantitatifs et qualitatifs, dans l'optique de générer de nouvelles connaissances. Chaque descripteur peut donner lieu à une exploitation statistique quantitative dont le résultat sera un tableau de chiffres (la fréquence) avec les pourcentages calculés sur la totalité de la population et sur la totalité des réponses données. Ce tableau peut s'agrémenter d'un graphique (à barres, histogramme ou circulaire selon le cas). Ces résultats vont donner lieu à des commentaires et interprétations. À partir des informations existantes, des tris croisés vont avoir lieu (le plus connu d'entre eux étant la pyramide des âges par exemple), des codages et recodages vont créer des variables de synthèse (classes d'âge à partir de dates de naissance par exemple) autant de cas où une nouvelle information est créée à partir d'informations construites. D'autres exploitations ont également lieu : qualitativement, l'analyse dite des données en statistique (on devrait dire des informations en fait) fait intervenir l'analyse factorielle des correspondances (AFC) et la classification ascendante hiérarchique (CAH) : la production du sens continue en explorant les informations premières. Enfin, les résultats de ces traitements sont commentés et interprétés, confrontés avec les ressources et indicateurs contextuels territoriaux, autant d'actes créant ainsi de nouvelles informations. On se réfère donc ici à la seconde partie du schéma des SCIT : 23/55

SCIT : Traitement de l information Les usages de la mise en relation sont plus complexes et nécessitent à eux seuls une recherche plus large, dont nous ne dressons ici qu un rapide panorama : Les processus de création de l'information convoquent également la communication, comme nous l'avons suggéré plus haut, car ils sont par définition opérés par des acteurs et ont souvent des objectifs de communication interne dans l'élaboration des connaissances. Il y a donc un premier étage interne où la méthode Catalyse met en relation des informations à des stades divers, avec un groupe restreint d'acteurs, ceux qui sont concrètement chargés de l'observation au quotidien. Des usages dits de «second cercle» prennent place ensuite lorsqu'il s'agit d'élargir les travaux menés sur les premières informations produites aux interprétations des résultats obtenus. Le premier groupe restreint de l'observatoire effectue toute une série de tâches statistiques, examinées alors par le groupe opérationnel : cet examen est constitué d'une série d'actes de communication où les informations sont à nouveau travaillées, et surtout interprétées. L'objectif est alors d'aboutir à la mise en place d'ateliers thématiques, qui à leur tour décideront de projets concrets d'actions, ce qui est illustré dans le schéma de SCIT par la partie basse : 24/55

SCIT : usages Ce schéma s'interrompt lorsque l'on considère que la diffusion hors observatoire intervient réellement (ce qui est représenté par @, recouvrant l'idée de la publication et de l'édition des résultats). C est une limite du schéma, car les phases de communication et d'information ne sont pour autant pas totalement terminées pour l'observatoire Catalyse : il reste encore à prendre en compte les usages qui seront effectués par d'autres catégories de publics, comme les décideurs politiques, les financeurs et soutiens (collectivités territoriales, états, Europe ), les acteurs sociaux ou encore tout simplement le grand public. Le traitement de l'information, comme les processus de la communication, sont dès lors conçus comme étant au service de cet objectif opérationnel. L'Accem conçoit par exemple ses observatoires également comme des moteurs, permettant de créer et d'animer des réseaux locaux, nationaux et européens. L'objectif initial est donc articulé autour de l'amélioration de l'accompagnement des projets individuels, par une action territoriale réticulée. L'aspect phatique est ici mis au service de l'action, de ce qui se passe après le moment de la communication. Cependant, un pari initial régulièrement gagné est d'améliorer la reliance afin d'améliorer également le processus informationnel. L'expérience prouve en effet que la prise en compte par les acteurs sociaux de la communication influe fortement sur la manière de construire les informations, et de les communiquer. Une démarche didactique du «faire en action» est souvent plus efficace pour une construction autonome des savoirs, autant pour les étudiants en formation initiale que pour les professionnels. 2.6. Matérialisation du sens La communication entend lors de la réception reconstruire le sens des faits observés, des données, des informations construites et des relations élaborées, derrière les résultats diffusés et donc consommés. L information et la communication telles qu établies dans un SCIT trouvent leur utilité dans la compréhension des phénomènes sociaux et territoriaux. Ce qui induit immédiatement que ces observations ont une particularité sur la plupart des études traditionnelles : leur pérennité. Ce schéma n'a aucun sens s'il est conçu dans une temporalité pauvre, c'est- à- dire dans une vision purement linéaire et non cyclique, synchronique et non diachronique. Les diverses étapes prennent tout leur intérêt à partir du moment où les résultats construits peuvent être confrontés à de nouvelles données, de 25/55

nouvelles informations, de nouvelles mises en relation, ce qui permet également d'évaluer les actions menées. En interne à l'observatoire, on peut dire que la compréhension des phénomènes informationnels et communicationnels donne un nouveau sens à ces actions, et que la connaissance du territoire permet de les matérialiser. Pour le groupe opérationnel, comme c'est le cas à l'accem, la consommation des deux dimensions permet un recul non négligeable, organisant ainsi une nouvelle approche territoriale, l'identification des actions, structurant l'aide à la décision et l'évaluation des actions, ce qui sera également utile aux décideurs et financeurs évoqués. Cette matérialisation n'échappe pas totalement aux destinateurs, c'est en tout cas l'hypothèse qui justifie la démarche d'évaluation entreprise par le service communication de la Ville de Besançon, qui n'est pas sans résultats probants : amélioration ergonomique du portail, de sa scénarisation et topographie par la prise en compte des constituants des processus de communication, clarification des objectifs éditoriaux et partage d'un même langage, amélioration des statistiques. Le projet mené par l'adapei a laissé une très grande place à l'étape précédente, au risque de tomber dans la réunionite aiguë, lors de la structuration des contenus, dans l'optique de garantir la qualité de cette (re)matérialisation du sens. Il est effectivement impensable qu'une mauvaise communication entre travailleurs sociaux puisse porter préjudice aux bénéficiaires. Le parti pris initial a été de favoriser l'appropriation maximale de la démarche d'observation afin d'en garantir la qualité et la pertinence. C'est une étape où la communication joue le rôle de «glue relationnelle» (Bougnoux 2001) et d'accompagnement au changement. À la manière des théories de MacLuhan, le projet est managé par un groupe dit de référents, une quinzaine de personnes représentant les divers secteurs, établissements et services (sur environ 350 travailleurs). Les considérer comme des leaders revient à les investir comme ambassadeurs de la méthode d'observation et d'accompagnement des usagers auprès de leurs proches collègues. 2.7. Conclusion Nous abordons ici une des dimensions possibles des relations entre l'intelligence territoriale et les SIC, sur la base du schéma des SCIT, dans le cadre de la méthode Catalyse. Il serait réducteur de n'envisager que ce lien comme seul rapport. Il s'agit plutôt d'un exemple plusieurs fois expérimenté dans des conditions réelles qui laisse entrevoir les apports mutuels existants. D'un point de vue qui s'attache aux processus de communication, une telle démarche territoriale est complexe dans la mesure où elle renferme en son sein une multitude de faits de communication et d'information. Il est dès lors indispensable, de notre point de vue, que les divers acteurs intervenants dans ces étapes soient conscients de l'approche systémique de la communication, vue comme un processus interactif. Un plan de communication spécifique est donc à mettre en place, sur base du schéma des SCIT, intégrant à la fois les divers moments et niveaux de communication (interne, interne élargi, financeurs et grand public), dans une visée de consommation (d'usage) des deux dimensions informationnelle et communicationnelle. L'usage de la méthode et des résultats est en effet au cœur du processus, et va conditionner le passage d'une étape à l'autre : il s'agira ici 26/55

d'évaluer chaque instance et chaque objet de communication afin de rééquilibrer les phases suivantes, autant du point de vue du traitement des données que de leur consommation. Dans le même temps, observer la communication au sens large des acteurs sociaux d'un territoire contribue également à comprendre leur culture, leurs «us et coutumes». Le schéma déployé ici doit encore être fouillé, afin d'en décrire les routines internes qui comportent certainement leurs enjeux et spécificités. Cela devrait permettre d'aborder des questions encore en suspens, dans ce cadre précis, comme l'influence culturelle et professionnelle du médium : l'écriture multimédia confrontée aux rapports de type classiques que les acteurs doivent contractuellement rendre, la relation entre support et médium selon les actes de communication, quel équilibre entre les enjeux documentaires, informationnels et communicationnels et comment l'obtenir 27/55

3. Information et documentation Documenter et se documenter : des clés pour s informer 3.1. Analyse documentaire Il s agit ici de poser sous forme condensée les différentes étapes permettant une analyse documentaire telle que pratiquée par les professionnels de la thématique. Les éléments présentés ici sont plus des rappels synthétiques qu un développement théorique complet. Ce sont donc des bases que les avertis connaissent certainement déjà, qui pourront servir de rappel. La chaîne documentaire, du point de vue du traitement des documents) est composée d une série d actes ordonnés : - - - - - Sélection et acquisition des documents Description formelle (bibliographique) des documents Description du contenu des documents (analyse, résumé, indexation ) Stockage des documents dans le fond documentaire Diffusion de l information : prêt du document, produits secondaires de recherche (bibliographies, catalogues, banques de données) La description du contenu des documents, ou «analyse documentaire» peut se faire : - - par condensation : on conserve la linéarité du texte et on le condense : on obtient par exemple un résumé ; c est le contenu informatif du texte qui est conservé. par caractérisation : on retient les sujets, les concepts abordés par le document, comme autant d étiquettes (on parle de tags en Web 2.0) qu on appose sur le document : c est le contenu thématique qui est conservé. La caractérisation documentaire se fait en 3 étapes : - - - Prendre connaissance du document Dégager son contenu conceptuel ou thématique Traduire ce contenu dans le «langage documentaire» choisi (classification, ou indexation par système de mots- clés, etc.) Il y a une différence significative entre classification et indexation. La classification utilise un langage classificatoire, souvent hiérarchique, caractérise le document par son sujet principal, et correspond à une opération mentale de synthèse. 28/55

Classification : un langage souvent hiérarchique L indexation utilise un langage combinatoire, caractérise le document par les différents concepts qu il aborde et correspond à une opération mentale d analyse, en organisant des mots- clés (représentant une des notions fondamentales contenues dans un texte) : - - "Du point de vue de son processus, l'indexation est l'opération qui consiste à décrire et à caractériser un document à l'aide de représentations des concepts contenus dans ce document, c'est- à- dire à transcrire en langage documentaire les concepts après les avoir extraits du document par une analyse. La transcription en langage documentaire se fait grâce à des outils d'indexation tels que thesaurus, classification, etc. " (UNISIST, dans Chaumier, 1988, p. 22-23) "(...) l'opération qui consiste à décrire et à caractériser un document à l'aide de représentations des concepts contenus dans ce document, c'est- à- dire à transcrire en langage documentaire les concepts après les avoir extraits du document par une analyse. " (AFNOR, 1996, NF Z 47-102, p. 512) Il s agit donc d une technique d'extraction des concepts représentatifs de l'information contenue dans les documents. Elle est utilisée aujourd'hui dans toutes les bases de données d'information, parfois en liaison avec un autre système de description (une classification par exemple). Elle permet la mise en correspondance des documents et des questions. Avec l'indexation, on franchit une étape dans l'analyse documentaire. On passe du traitement de documents au traitement de l'information Les 4 étapes de l indexation : - - Identifier les concepts : identification de tous les concepts qui ont une valeur, un intérêt potentiel pour les utilisateurs, afin d assurer ainsi l'exhaustivité de l'indexation Sélectionner les concepts : à partir de la liste, élimination de certains concepts selon plusieurs critères : o La nature et le volume du document o La destination de l'indexation o Le domaine couvert et les besoins des utilisateurs Cette étape créé la spécificité de l'indexation qui doit présenter un bon rapport exhaustivité / spécificité 29/55

- - Les traduire dans le langage documentaire utilise (codes artificiels, thésaurus organisés par des relations hiérarchiques, synonymiques, associatives) Vérifier l'indexation : il s agit d évaluer l efficacité comme l efficience du système mis en place, en termes d usages (par tests, enquêtes ). 3.2. Métadonnées The ability to perform a search over diverse sets of metadata records and obtain meaningful results. Priscilla Caplan (Metadata Fundamentals for All Librarians) Les métadonnées sont des données structurées, qui décrivent les caractéristiques d une ressource, d une donnée. Ce sont des renseignements sur une donnée. L utilisation des métadonnées est une méthode éprouvée qui permet de décrire de manière homogène des données, afin d en favoriser l accès. Un exemple utile de métadonnées! Les métadonnées concernant un type de données sont organisées dans une base de données, par un formulaire commun de description de la ressource ; il y a donc plusieurs types de formulaires, selon les types de données à décrire : littérature, ouvrages scientifiques, cartes, indicateurs, actions et services d un territoire (cf. méthode Catalyse), sites internet Elles permettent d indiquer des références à propos d un objet, donc des clés pour le comprendre, l interpréter. Lorsqu il s agit d une carte, il faut pouvoir connaître la légende utilisée pour la représentation, mais aussi l année des données représentées, la source de ces données, le niveau choisi, etc., afin d en évaluer la qualité, la pertinence. Elles servent également à rechercher l information, ou plus exactement, à améliorer son indexation dans les thésaurus des divers moteurs de recherche, en ligne comme hors ligne. Il y a donc un travail important de compréhension à la fois des données concernées, et des usages potentiels pour déterminer quelles sont les métadonnées nécessaires. Cette 30/55

phase d analyse n est pas à négliger, car, encore une fois, il faut repositionner les données dans leur contexte de conception, de collecte ou de création, d usages, d interprétation. En fonction de ces divers critères, une même donnée peut éventuellement être décrite différemment ailleurs. L exemple de la carte est ici révélateur : la description des niveaux de représentation possibles va dépendre du contexte géo- politique, du découpage administratif retenu par le contexte géographique des données. Ainsi, une donnée collectée au niveau de la commune en France peut être représentée, par agglomérat avec celles des communes avoisinantes concernées, au niveau d un département. Le découpage territorial n étant pas le même en Espagne ou au Burkina Faso, les niveaux de représentation et de construction sont initialement différents, d où la mise en place de références mondiales permettant de représenter des données présentant le même profil à des niveaux comparables (NUTS, LAU etc.). Il en va de même pour d autres données : les minima sociaux sont sensiblement différents d un pays à l autre, et il arrive que le même terme recouvre des réalités diverses en accès, en couverture, en parcours et en allocations (encore cette fameuse polysémie du Signe!). Il est donc essentiel, afin de retrouver, de traiter, d archiver, de comparer, d interpréter, de décrire consciencieusement les données d une manière homogène et efficace. La Qualité des métadonnées va dépendre d un certain nombre de principes : - - - la conformité aux normes et standards existants, afin que les métadonnées soient interprétables dans divers contextes linguistiques, culturels, scientifiques et thématiques. Il convient de favoriser l'interopérabilité des opérations de recherche et leur réutilisation dans d autres contextes. Elles doivent fournir assez d'information contextuelle, compréhensible en dehors de contextes locaux spécifiques (invariants culturels, bases communes) Il ya littéralement des centaines de schémas de métadonnées disponibles, et ce nombre augmente rapidement, car les différentes communautés cherchent à répondre aux besoins spécifiques de leurs membres ; voici certains schémas parmi les plus populaires : Dublin Core AACR2 (Anglo- American Cataloging Rules) GILS (Government Information Locator Service) EAD (Encoded Archives Description) IMS (IMS Global Learning Consortium) Quels sont les éléments, les sous- éléments et systèmes à utiliser? Il n y a pas de réponse simple à cette question. Il faut souvent aboutir à un compromis, fondé sur : - - les besoins spécifiques de la collectivité locale afin de maximiser la récupération de l'information la nécessité de se prémunir contre une complexité démesurée pour créer et maintenir les métadonnées qui finit par être contre- productive, voire un frein 31/55

- la fiabilité et la pérennité du schéma des métadonnées en termes de maintien des dossiers à jour. Nous allons ici développer l un des modèles les plus courants pour décrire des données sociales et territoriales, le schéma Dublin Core. Le Dublin Core Metadata Initiative est un organisme ouvert qui se consacre à l'élaboration de normes communes relatives aux métadonnées en ligne qui prennent en charge un large éventail d'applications et de modèles d'affaires : http://dublincore.org. Dans ces dernières années, on constate que l'application de métadonnées de type Dublin Core est en augmentation y compris dans des environnements «fermés». Les métadonnées Dublin Core sont utilisées pour décrire des ressources propriétaires, construites ou produites par des sociétés, des gouvernements et des organisations internationales, pour améliorer des services de portails internet ou de gestion interne des connaissances. Cela permet d établir conjointement un format d'échange qui permet le regroupement de collections de métadonnées. Dans l'environnement ouvert de l'internet, le concept de métadonnées descriptives standardisées fournit un mécanisme puissant pour améliorer la récupération de données, pour des applications spécifiques et des communautés d'utilisateurs spécifiques. C'est pour répondre à cette nécessité de "métadonnées descriptives standardisées» que le Dublin Core est efficace. La norme Dublin Core comprend deux niveaux, simple, ou qualifié. Le niveau simple Dublin Core comprend quinze éléments. Chaque élément est optionnel et peut être répété ; la plupart des éléments ont également un ensemble limité de qualificatifs, attributs qui peuvent être utilisés pour affiner davantage (sans l'étendre) le sens de l'élément. Le niveau qualifié inclut trois éléments supplémentaires : l audience, la provenance et le(s) titulaire(s) des droits, ainsi qu un groupe d attributs d'éléments qui affinent la sémantique des éléments de manière à être utile dans la découverte de ressources. Le tableau suivant donne une idée de ces niveaux. 32/55

Il existe dans ce contexte deux classes de qualification : Élément d affinement. Ces qualificatifs rendent le sens d'un élément plus étroit ou plus spécifique. L'élément affiné partage le sens d un élément non qualifié, mais avec une portée plus restreinte. Schéma d'encodage. Ces qualificatifs identifient les systèmes ce qui aide dans l'interprétation de la valeur d'un élément. Ces systèmes comprennent des vocabulaires contrôlés et des notations formelles ou des règles d'analyse. Par exemple, l application de ces principes sur le portail de l Intelligence Territoriale implique que chaque page web possède ses métadonnées de type Dublin Core (afin de favoriser le référencement par les moteurs de recherche) : <HEAD> <TITLE>Territorial intelligence portal</title> <META NAME="DC.Title" CONTENT=«Territorial intelligence portal homepage"> <META NAME="DC.Creator" CONTENT= caenti"> <META NAME="DC.Type" CONTENT="text"> <META NAME="DC.Date" CONTENT= 2008"> <META NAME="DC.Format" CONTENT="text/html"> <META NAME="DC.Identifier" CONTENT="http://www. territorial- intelligence.html"> </HEAD> 33/55

Où sont- elles structurées et archivées? Le lien entre un enregistrement de métadonnées et la ressource qu'elle décrit peut prendre deux formes : - les éléments peuvent être contenus dans un dossier distinct de l'élément, comme dans le cas de la notice de catalogue de la bibliothèque - ou les métadonnées peuvent être intégrées dans la ressource elle- même. 3.3. Méthodes de recherche d information : sources utiles Quelques ouvrages : Mesguich, Véronique ; Thomas, Armelle. Net recherche : le guide pratique pour mieux trouver l information utile. Paris : ADBS éditions, 2006. (Sciences et techniques de l information). Morizio, Claude. La recherché d informations. Paris : Nathan ; ADBS, 2002. (128) Foenix- Riou, Béatrice. Guide de recherche sur Internet : outils et méthodes. Paris : Nathan ; ADBS, 2002. (128) Ressources en ligne sur les méthodes de recherche d information Infosphère : ce site canadien est un outil d autoformation très complet pour développer ses habiletés de base en recherche d'information. http://www.bibliotheques.uqam.ca/infosphere/index.html CERISE (Conseils aux Etudiants pour une Recherche d Informations Spécialisée Efficace) : guide méthodologique sur la recherche d informations à destination des étudiants. http://urfist.enc.sorbonne.fr/anciensite/cerise/index.htm Sapristi (Sentiers d'accès et des Pistes de Recherche d'informations Scientifiques et Techniques sur Internet) : bien que consacré à la recherche d informations scientifiques et techniques, ce guide général sur la recherche d informations propose de nombreuses informations utiles. Méthodologie pour trouver des documents dans de nombreux domaines ; comment trouver des coordonnées ; conseils méthodologiques pour la recherche ; comment rédiger une bibliographie http://docinsa.insa- lyon.fr/sapristi/index.php Parme (Pour Acquérir Rapidement une Méthode de recherche Efficace) : un guide proposé par l université de Nice. Outre des «cours en ligne», des exercices permettent de vérifier les compétences acquises. http://www.unice.fr/bu/parme/ Trousse de recherche d informations dans Internet : ce site canadien propose une méthodologie de la recherche sur Internet. http://ccfd.crosemont.qc.ca/cours/trousse/guide/index.html 34/55

Dictionnaires et encyclopédies en ligne Dicorama : ce site recense près de 1300 dictionnaires accessibles en ligne (dictionnaires généralistes et spécialisés) http://www.dicorama.com/ Liste d encyclopédies sur Internet : cet article de Wikipédia recense plus d une cinquantaine d encyclopédies (généralistes et spécialisées) accessibles en ligne. http://fr.wikipedia.org/wiki/liste_d%27encyclop%c3%a9dies_sur_internet 3.4. La classification de Dewey Melvil Dewey (1851-1931) : bibliothécaire au Amherst College, fondateur de l'american Library Association, très intéressé par tous les aspects de la normalisation et de la simplification (il a par exemple conçu une simplification de l'orthographe, a milité pour l'adoption du système métrique aux USA, etc.). Il publie la première version de cette classification en 1876, et en publie 12 éditions avant sa mort. Cette classification en est à sa 22 ème édition, est utilisée dans 300 000 bibliothèques dans le monde, situées dans 135 pays différents, et adoptée par la Bibliothèque de France pour les collections en libre accès, recommandée par elle à toutes les bibliothèques publiques de France. L idée principale a été empruntée à William Harris, autre bibliothécaire américain : une classification reposant sur une division des connaissances en 10 classes principales, divisées à leur tour en divisions. Dewey reprend cette idée en la poussant plus loin : 10 x 10 = 100 classes et en la systématisant par l'adoption d'une notation décimale. Classes principales : 000 Généralités, 100 Philosophie, 200 religion, 300 Sciences sociales, 400 Langues, 500 Sciences pures, 600 Techniques, 700 Arts, 800 Littérature, 900 Géographie et Histoire générales. Chaque classe comprend 10 divisions maximum (par ex. 100, 110, 120, etc.) ; chaque division comprend 10 subdivisions maximum (par ex. 110, 111, 112, 113, etc.), et ainsi de suite : c'est une classification décimale. - La présentation des indices : - Pas d'indice de moins de 3 chiffres Ex : magnétisme : 538 : 5 correspond à la classe "Sciences pures" 53 à la division "Physique" 538 à la subdivision "Magnétisme" 35/55

Les indices se terminant par un ou des 0 correspondent aux généralités relatives à la division ou à la subdivision, exemples : 500 : Généralités sur les sciences pures 530 : Généralités sur la physique Lorsqu'un indice comporte plus de trois chiffres, on sépare les 3 premiers chiffres des suivants par un point. Ex : culture des agrumes : 600 : Techniques 630 : Agriculture 634 : Culture des fruits, vergers 634.3 : Agrumes Lorsqu'un indice comporte plus de 6 chiffres, on sépare le 7 ème du 6 ème par un espace : Ex. : 352.007 2 : municipalités. (352 : administration publique, gouvernements locaux ; 007 : différents types de gouvernements locaux ; 2 : municipalités). Les tables auxiliaires : Les indices principaux peuvent être précisés par des notations annexes, qui apportent des précisions géographiques, historiques, ou expriment la forme du document traité (dictionnaire, recueil de textes, etc.). Subdivisions communes : Expriment soit la forme de document considéré, soit le point de vue selon lequel le sujet est envisagé. Elles commencent toujours par un 0 ; isolément, elles sont notées - 0.., mais sont intégrées dans l'indice. Exemples : - 03 correspond aux dictionnaires. Un dictionnaire de philosophie sera classifié 103 : (dictionnaire sur la philosophie en général) Un dictionnaire de littérature sera classifié 803. - 09 peut exprimer le point de vue historique : 791.43 : Cinéma ; 791.430 9 : Histoire du cinéma. Mais dans certaines classes, ces subdivisions sont déjà utilisées ; aussi faut- il se reporter à la table générale pour savoir si les subdivisions communes peuvent être utilisées. Notations géographiques : Le même système peut exprimer un point de vue géographique (ex. - 44 = la France). Ex : la nourriture en France : 641.44 36/55

4. Accès aux technologies de l information et de la communication La fameuse (trop peut- être) fracture numérique est une réalité. Pour aller plus loin qu on constat maintenant considéré comme basique, il est patent qu au- delà des difficultés ou des avancées technologiques connues, les principes d information et de communication présentés plus haut sont sensiblement méconnus de la plupart des professionnels de terrain, qui pourtant, comme le soulignait Mac Luhan, ne peuvent pas ne pas communiquer, si ce n est qu au quotidien dans leurs interactions sociales. La littérature disponible sur ce sujet met l accent sur les aspects techniques (équipements réseaux et matériels, infrastructures, logiciels etc.). Ce que l on nomme la littérature grise fait cependant état des manques de formation et de réflexion, qui dépendent plus des modes de gouvernance des relations humaines que des problématiques d équipements. Lorsque ces sujets sont abordés avec des décideurs, des financeurs, ou encore des politiques, les solutions avancées portent principalement sur les équipements physiques et non cognitifs. Nous allons donc présenter ici ce qui est accessible comme informations sur les usages et les techniques implantées et disponibles. Situation qui s est considérablement améliorée en vingt ans, par l amélioration des accès aux réseaux (y compris par satellites par exemple) ainsi que par l adaptation des marchés qui font que les prix (voire les coûts) des matériels sont régulièrement en baisse, dont la pénétration de divers milieux reste cependant mauvaise Les presses de Sciences Po, à Paris, sont une source incontournable de vulgarisation de ce type de données : nous allons ici présenter un certain nombre de ressources présentées par cette source. 37/55

L évolution du nombre d internautes au niveau mondial est un premier indicateur de qualité. Cette illustration présente de manière claire une évolution constante, concentrée sur les pays dits riches. Où l on constate de nombreux territoires présentant de lourds déficits en termes d usages 38/55

Les possibilités techniques en place ici représentées prouvent à nouveau le déséquilibre actuel au niveau mondial. La présence de serveurs «racines» est à mettre en regard aux possibilités techniques d échanges de données : d extraordinaires autoroutes côtoient des chemins vicinaux étroits et lents, et des zones sans aucun sentier. 39/55

L utilisation des langues sur le net permettent de se rendre compte à la fois de l importance de la présence de certaines communautés linguistiques (pas forcément de nations) comme du taux de pénétration des cultures. Chacun pourra en tirer ses propres conclusions 40/55

L évolution des accès au réseau est indissociable de la présence des accès à la téléphonie mobile : l avenir du réseau part du constat de ce que certains chercheurs en informatique appellent «l ubimedia» ou «l everyware» (Adam Greenfield, Everyware: The Dawning Age of Ubiquitous Computing, ou La révolution de l'ubimédia, trad.. Cyril Fievet, 2007). L informatique omniprésente est selon eux une réalité présente et en devenir. Les technologies mobiles, dont les téléphones sont la partie émergente, progressent rapidement en s emparant de notre quotidien, avec par exemple les nombreuses recherches sur les objets communiquants. L idée est que notre environnement habituel sera prochainement entièrement connecté via le réseau internet à tout un ensemble de services, à l utilité plus ou moins avérée, allant de la surveillance médicale à l accès à des ressources de loisirs. Le premier avenir du réseau est donc son utilisation facilitée par les téléphones mobiles. Ce schéma montre une progression indéniable en Afrique, où certaines expériences en cours visent d une part à développer cette implantation, et de l autre à en construire des usages utiles dans des contextes difficiles, pour les secours comme pour le suivi de plantations, de populations d animaux, de surveillance du climat etc. 41/55

Il est évident qu il n est pas possible de déconnecter les perspectives d implantations technologiques des usages, ni du niveau de formation des populations concernées, sur les techniques comme sur les usages. La formation joue un rôle considérable dans la transmission comme dans la construction des cultures. Les pays des Suds ne sont bien entendu pas comparables, les contextes sont forts différents, et, pour ce qui nous intéresse, les pratiques communicationnelles et informationnelles diverses. Il nous semble ici intéressant d évoquer la Théorie des trois âges de Mac Luhan, dans laquelle il tente d expliquer sa vision de l évolution du monde, correspondant à trois types de société : type traditionnel : marquée par la communication orale (exclusivement). L individu se voit déterminé par les règles que la communauté lui transmet par ses légendes, récits, mythes, comme outils de régulation sociale. société individualiste : la transmission est assurée par l écriture et l imprimé qui impose des modèles culturels. L'individu se trouve alors guidé par un ensemble de normes écrites, qui l inspire à distance (géographique et temporelle). société moderne : la diffusion des valeurs passe par la communication de masse. L'individu essaie de calquer ses conduites non plus sur celles du clan ou de l autorité familiale mais sur celles de ses contemporains et les groupes d amis irrigués par les messages des mass médiatiques. Les Médias sont selon cette approche perçus comme étant le principal moteur d évolution : les outils de communication forgent les principaux caractères d une société, ce qui a donné lieu au courant de recherche de la Médiologie (cf. www mediologie.org). Les cartes suivantes tendent de montrer divers taux d alphabétisation au niveau mondial, en Afrique et en Amérique du Sud sur des populations diverses. 42/55

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Ces cartes présentent une première série d indicateurs auxquels il faudrait comparer ceux de l éducation à tous niveaux et ceux des éléments de rechercher et développement. Certaines cartes abordant ces points sont disponibles sur le site internet de l atelier de cartographie de Sciences Po, cité dans ces cartes (www.sciences- po.fr/cartographie/). Pour la formation, le transfert ou la transmission comme dirait J. Perriault, le diagramme de Lévy1 ci- dessous apporte l'organisation théorique des plans successifs que l'on peut organiser en fonction des objectifs que l'on se fixe : 1 http://www.journaldunet.com/itws/it_plevy.shtml 45/55

Un chef de projet doit maîtriser, dans la colonne qui nous intéresse, celle dite de la "Culture des réalités sémiotiques", le niveau conceptuel intégrant la compétence d'élaboration des stratégies de communication. Un tel schéma n'est pas innocent et révèle son ancrage culturel ; on peut émettre des réserves sur les interprétations possibles de termes comme "estime de soi", "reconnaissance des autres", par exemple, qui restent par essence du domaine de la psychologie, entraînant de ce fait des positions scholastiques diverses et qui s'affrontent. Les colonnes des "réalités humaines" et des "réalités techniques" (la réalité se définit selon quelle norme? selon quelle déviance? diraient les sociologues, encore un terme difficile à manipuler sans gants) nous servent dans notre propos comme référence pour appréhender la première, et le schéma dans son ensemble reste une proposition de P. Lévy Cependant les regroupements opérés au niveau sémiotique semblent être opératoires sur le terrain du développement territorial, et reprendre le fil logique du transfert. C est peut- être la prise en compte de ces répartitions qui pourraient permettre aux formations de s adapter aux besoins à la fois locaux et mondiaux. 46/55

5. Conclusion Les relations qui nous ont ici animées entre les sciences de l information et de la communication et les questions d aménagement et de gouvernance dans les pays du sud recouvrent largement celles qui intéressent beaucoup de chercheurs à l heure actuelle, questionnant les apports des SIC au développement durable (lato sensu, pas réduit à sa dimension environnementale) et à l intelligence territoriale. Les notions de communication, d éducation, de culture et de dissémination restent intimement imbriquées dans la question de la transition socio- écologique, fortement d actualité. Communication et éducation se sont toutes deux depuis toujours posées des questions de didactique et de pédagogie, rejoignant alors les questions de dissémination. Thématique concernant le grand public, les citoyens s approprient le développement durable par des actes éducatifs, informationnels, communicationnels, éthiques, et culturels Les notions d information et de communication sont largement convoquées par le développement durable et par l intelligence territoriale. Lorsque l on se penche sur les relations entre ces disciplines, et sur la manière dont les sciences de l information et de la communication (SIC) sont utilisées, on constate plusieurs phénomènes : Une première tendance vise à mieux communiquer sur le développement durable : pour promouvoir le développement durable, pour rendre conscient le public des conséquences de ces actes (où l on rejoint le levier de la culpabilisation cher aux sociétés judéo- chrétiennes), pour enjoindre les individus à «agir vert» ( green acts ), pour changer (parfois) les comportements collectifs ou des sociétés privées (industries etc.). Les SIC sont ici instrumentalisées à des fins marketing afin de promouvoir le développement durable et/ou les structures dont l activité est centrée sur le développement durable. Il s agit ici de réaliser des campagnes de communication de type publicitaire, ou de sensibilisation citoyenne aux conséquences néfastes des actes humains (donc sociaux et économiques) sur l environnement. 47/55

Greenpeace : Promotion du développement durable C est la communication typique de Greenpeace par exemple, ou encore celle illustrée par ce poster : 48/55

Une seconde tendance vis le respect de l environnement lorsque l on doit communiquer. Cette notion est illustrée par ce qui s appelle la «communication verte» (portée par Thierry Libaert, 1992), la «communication agissante» (Thierry Libaert, 2006, où la communication est selon lui le quatrième pilier du développement durable), ou encore La communication responsable (Alice Audouin, Anne Courtois, Agnès Rambaud- Paquin, 2009), comme un outil pour communiquer durablement (entendu dans le sens de respect de l environnement), en proposant des solutions de communication éco- responsables (cf. la mise en place d un calculateur d impact des camapgnes de communication sur l environnement). Nous trouvons également les questions liées à la transparence des MAGPS M1S1UE2EC2 : Politiques en matière d'information et de communication, C. Masselot 49/55

informations sur le développement durable et leur qualité (avançant que les sociétés mentent dur l impact réel de leurs activités sur l environnement), fortement en lien avec la responsabilité sociale des entreprises et leurs actes communicationnels. On voit bien ici que principalement (voire seulement) la dimension environnementale du développement durable est prise en compte. Représentation du schéma du développement durable avec les 3 piliers On est alors en droit de se demander où sont l humanité et le bien- être dans cette vision Une troisième et dernière tendance concerne la co- construction développement durable. Cette notion permet aux acteurs de se rencontrer, de confronter, de partager (Boyomo Assala, Unesco) et développer l idée où les méthodes et outils des Sciences de l Information et de la Communication sont utiles pour la co- construction du développement durable, au sens plein du terme cette fois. Ici, nous pouvons dire que les SIC sont un processus de perfectionnement du développement durable, et de réellement prendre en compte les besoins humains. Cette troisième position est vraiment rare à l heure actuelle dans le monde de la recherche, tout comme dans les pratiques des acteurs. C est cette notion que ces propos visent à développer, intégrant les nécessaires éducations et formations abordées plus haut. Il convient alors de chercher quelle est la perspective éducative par laquelle il sera possible de développer des interventions efficaces, visant à inclure la culture, la multi- 50/55

culture et le patrimoine dans un point de vue éthique sur les activités et le développement (idée d éducation par le développement durable). N oublions pas que le développement durable est un produit de la société, en l'occurrence un projet politico- économique donné - un projet parmi d'autres qui doit faire l'objet d'une analyse critique approfondie. D'autant plus qu'il devient une norme dont la contestation est de moins en moins considérée comme politiquement correcte. Les récents événements sociaux observés au niveau mondial, des crises financières et économiques à la crise sociale actuelle, poussent à imaginer de nouveaux modes de conception d'une gouvernance territoriale revisitée. Il semble inopportun dans le contexte actuel de continuer à structurer des communautés selon des schémas verticaux (du haut vers le bas, ou du bas vers le haut) sans une réelle co- construction d'une vision concertée des enjeux comme des besoins sociaux. Les tensions existantes entre divers intérêts (économiques, sociaux et environnementaux) interrogent les fondements des relations entre acteurs, des contextes de ces relations, et de leur construction. Il est patent que la communication joue un rôle très important dans la manière dont les relations se mettent en place au sein d'une communauté, quelle que soit sa taille (micro- locale, régionale, nationale, europénne, mondiale ). Il est alors nécessaire de réfléchir aux processus informationnels, communicationnels et culturels produits ou à produire pour imaginer l'articulation entre la transition socio- écologique et l'activité, en intégrant notamment la notion de genre. Le récent rapport de la Commission Européenne "The World in 2025" (2009) fait mention des technologies de l information et de la communication à la fois comme des défis et des opportunités. La société de l information puis de la connaissance ont permis de penser la structuration et la mise à disposition de l information. La croissance du Web 2.0 montre que le besoin de reliance (Marcel Bolle de Bal, 1981) est un moteur non négligeable de la construction des sociétés, donc fondamentalement de gouvernance. Cette reliance est structurée par la co- construction des processus informationnels et communicationnels, au service du développement de trajectoires sociales et culturelles. De nombreuses recherches sont lancées sur ces thématiques. Leurs principaux objectifs sont dans cette optique : de contribuer à la reflexion générale sur ces nouvelles trajectoires sociales nécessaires en articulant information et communication, dont les dispositifs socio- techniques sont la partie visible des méthodes, d intégrer les dimensions culturelles et éducatives qui donnent à penser la transition socio- écologique afin de permettre aux communautés de toutes tailles de co- construire de nouveaux modèles sociaux, de nouvelles gouvernances qui permettraient par exemple de nouvelles approches du travail comme activité au service de la communauté, d établir les bases éthiques nécessaires afin de dessiner des contours socialement acceptables aux relations entre individu et société, entre femmes et hommes, entre besoins vitaux, envies et bien- être, entre développement et croissance. Le rapport Metris : «Emerging Trends in Socio economic Sciences and Humanities in Europe» (2009) évoque par exemple la distinction between leisure and work», 51/55

de co- construire des méthodes de création de l information et de la communication comme méthode de relation, au service d un développement durable centré sur le bien- être raisonné de l humanité. Afin que la communication ne devienne pas du marketing! 52/55

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