1 Intermédiations Multicanales et Multimodales pour l E-Formation : l Architecture du Projet Ubi-Learn. Alain Derycke, Vincent Chevrin, José Rouillard Laboratoire TRIGONE Institut CUEEP Bâtiment B6 Université des Sciences et Technologie de Lille 59655 Villeneuve d Ascq Cedex RÉSUMÉ. Le projet Ubi-Learn est un projet d infrastructure ouverte et flexible pour l intermédiation entre les apprenants en e-formation, dans le cadre de leurs contextes locaux d interaction, et des services supports au processus d apprentissage. Cette intermédiation est complexe car il y a une infinité de contextes, liés notamment à la grande variété aujourd'hui des plates-formes utilisateurs, du PC au téléphone mobile enrichi, en passant par des assistants personnels avec communications sans fils. Il apparaît que plusieurs apports récents de la science informatique et du génie logiciel peuvent apporter une contribution intéressante à la résolution de ce problème. Il s agit des techniques permettant la plasticité des Interactions Homme-Machine pour l informatique ubiquitaire, et des approches de conception des systèmes dits orientés services. Dans ce document nous nous focalisons plus particulièrement sur les requis d une telle infrastructure, sur son architecture générale et sur les techniques mobilisées pour en favoriser l implémentation. MOTS-CLÉS : e-formation ; infrastructure technologique ; apprentissage ubiquitaire, approches orientées services ; Intermédiation multicanale et multimodale. Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005
2 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 1. Introduction Le projet Ubi-learn, est dédié à l Ubiquitous Learning ou apprentissage distribué dans le contexte des technologies de l informatique dite ubiquitaire (ou Pervasive) [Weiser, 1993]. Il s inscrit tout naturellement dans les travaux que nous avons menés, dans le champ des Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, sur des systèmes technologiques destinés à l'e-formation. L'e-formation étant la production d un dispositif, humain, organisationnel et technologique, pour l apprentissage en mode distribué dans le temps et dans l espace, et ce dans une grande variété de modalités pédagogiques individuelles et/ou collectives. Cela nous a conduits dans le passé à concevoir, développer et expérimenter des plates-formes technologiques [Derycke, et Al, 2005] destinées à : - Favoriser des apprentissages collaboratifs intentionnels, c est le champ du Computer Supported Collaborative Learning ou CSCL ; - Supporter la gestion des parcours individualisés de formation au travers de séquences d apprentissage modélisées selon des spécifications écrites dans le formalise IMS-LD par exemple, et exécutées en mettant en œuvre un «moteur» de Workflow ouvert et flexible ; - Offrir des Espaces de Travail Numériques (les ENT) pour les apprenants organisés autour d un Portail Web et d environnements informatiques destinés aux Communauté de Pratiques pour l apprentissage [Gressier, 2005]. Le projet Ubi-Learn vise à reprendre toutes les fonctionnalités de ces platesformes au sein d une même infrastructure technologique, ouverte, et agissant comme un intégrateur, en prenant en compte les progrès des technologies de l information et de la communication. Il s agit essentiellement de supporter de manière générique l intermédiation, c est-à-dire une série historiée d interactions, entre l apprenant, avec son contexte personnel de travail, et le système offrant divers services à l apprentissage. 2. Le contexte du projet Ubi-Learn et ses enjeux 2.1 Un nouveau contexte technologique pour les EAIH Sans être exhaustif et d une manière très synthétique nous pouvons dire que nous considérerons pour la suite trois types d avancées technologiques. i) Le premier type est celui qui est lié aux progrès en matière d objets nomades, à leurs capacités de traitements (PC portable, Assistant Personnel ou PDAs, téléphone mobile), et à leur connectivité accrue avec les liaisons sans fils comme le WiFi, Blue-tooth, dans le domaine des réseaux locaux ou le GPRS et l UMTS dans
Architecture du projet Ubi-Learn 3 le domaine de la téléphonie mobile. Dans le monde de la formation cela a conduit récemment à de nombreux projets, par exemple de Mobile-learning, visant à mettre en œuvre ces nouveaux potentiels au service des processus d apprentissage. Grossièrement on peut considérer qu il y a actuellement deux grandes classes d applications à l apprentissage : - Des projets qui ont pour objectif l augmentation des lieux (la salle de cours) ou d infrastructures (le campus) pour pouvoir accueillir des objets nomades communicants en leur offrant des services comme, par exemple, le partage d un grand écran, ou la coordination des échanges au sein de réseaux pairs à pair éphémères, d apprenants [Johanson et Al, 2002] ; - Des projets qui utilisent le potentiel de géolocalisation offert par les nouvelles infrastructures pour l informatique ubiquitaire pour des projets éducatifs utilisant la capacité de fournir des informations en place : par exemple sur un champ de fouille en archéologie ou lors de la visite d un musée [Griswold et Al, 2004]. ii) Le second type d avancées technologiques est lié au progrès de l ingénierie du logiciel, notamment dans les processus de conception du logiciel. Nous voulons, ici, mettre seulement en avant deux dimensions : L importance de l ingénierie de modèles, avec des approches des architectures informatiques de type Model Driven Architecture prônées par l OMG, et que nous avons déjà mis en œuvre dans nos projets EIAH [Renaux et Al 2005] ; et l importance des démarches dites orientées services (Service Oriented Architecture ou SOA, Services Oriented Computing ou SOC) [Papazoglou, Georgakopoulos, 2003]. Ces concepts ont commencé à être mis en œuvre dans la conception et la réalisation d une nouvelle génération de Learning & Content Management Systems (LCMS). C est également un point de départ fondateur pour notre projet Ubi-Learn. iii) Le troisième type d avancées technologiques est plus particulier au champ des EIAH. Il s agit de l adoption de standards technologiques pour la conception, l interopérabilité et le catalogage des Objets Pédagogiques (OPs) comme avec le LOM ou SCORM... Cependant, du point de vue de l interaction avec l apprenant au travers des interfaces utilisateurs/systèmes, il y a des défauts qui tiennent au fait, qu implicitement, ces objets pédagogiques ou ces LMS ne supportent qu une seule modalité d interaction de type Web sur plate-forme PC standard. Des premiers travaux ont pointé les problèmes de conception d Objets Pédagogiques Interactifs [Gueraud, et Al, 2004] ou encore ceux qui sont liés à l effet «mosaïque» provenant de la composition de plusieurs interfaces visuelles d objets SCORM, et ils ont proposé des solutions pour pallier à cela [Ip, Radford, Canale, 2003]. C est dans ces problématiques de multiples formes d interaction avec des OPs et des LMS, que le projet Ubi-learn se situe, sachant que de plus nous souhaitons prendre en charge une grande variété de Devices, et de techniques d interaction (dont celles qui sont vocales) proposée par l Informatique Ubiquitaire. C est ce que nous avons appelé l intermédiation multicanale et multimodale dont nous préciserons les contours dans la suite de ce document.
4 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 2.2 Un nouveau contexte éducatif, de nouveaux besoins Le projet Ubi-learn vise à prendre également en compte les nouveaux besoins du monde de l'e-formation, et les nouveaux usages des EIAH liés aux changements organisationnels et au développement de nouvelles modalités d apprentissage tout au long de la vie. En matière de nouveaux besoins, ayant une incidence sur la conception des infrastructures pour l'e-formation, nous souhaitons plus particulièrement mettre en avant deux phénomènes principaux : - l accompagnement des besoins organisationnels liés à l essor des organisations virtuelles, notamment dans le cadre du ebusiness, avec les besoins de monter des dispositifs de formation intégrés qui aillent au-delà des frontières organisationnelles par exemple au travers de toute la chaîne de valeur, en y associant les partenaires ; - les besoins de plus de flexibilité pour pouvoir accompagner continûment les processus d émergence des besoins d apprentissage, et les évolutions de leurs contextes organisationnels, ainsi que des demandes pour un déploiement à la demande des infrastructures technologiques requises. 2.3 Le projet Ubi-learn, au travers de son architecture logicielle On comprend donc que le projet Ubi-Learn, pris dans sa globalité, est un projet d infrastructure d ampleur dont l objectif est à moyen terme (projet d une durée 5 à 6 ans), en particulier si l on veut réaliser un cycle complet de la conception à l expérimentation. Dans la suite du document nous nous focaliserons essentiellement sur une dimension du projet Ubi-learn, celle de son architecture informatique, de ces modèles notamment pour l intermédiation entre l interface utilisateur et les ressources pédagogiques (OPs et eservices), ainsi que sur son «implémentabilité» au travers d un middleware spécifique bâti sur le paradigme des systèmes multiagents (des SMA). Cela correspond à la fin de l année 2 du projet. Nous balaierons d abord rapidement le cadre général conceptuel du projet Ubi- Learn qui permettra de mieux cerner les besoins et enjeux pour son architecture logicielle (que nous appellerons dans la suite architecture Ubi-Learn). Puis nous présenterons les principes généraux de cette architecture en nous focalisant sur les aspects fondamentaux. Enfin nous aborderons comment cette architecture logicielle est implémentée du point de vue technologique. 3. Cadre technologique de l architecture Ubi-Learn 3.1. Une infrastructure pour l'e-formation dans le contexte de l informatique ubiquitaire Nous avons dégagé les principaux enjeux des infrastructures destinées à supporter des apprentissages ubiquitaires. Au sein du projet Ubi-Learn nous voulons
Architecture du projet Ubi-Learn 5 nous démarquer des travaux mentionnés au chapitre 2.1 pour l apprentissage mobile ou ubiquitaire. En effet nous pensons que, dans le contexte de l'e-formation, c'est-àdire de l apprentissage distribué, l enjeu est plus particulièrement : 1) Le support aux environnements de communication mobile, comme la téléphonie avec ses multiples façons de communiquer, et 2) l adaptation des interfaces utilisateurs, et donc des interactions avec les OPs et les e-services pour l apprentissage, aux variations dans les plates-formes utilisateurs et les réseaux de communication. Il existe, dans la construction de scénarios d usage, une combinatoire quasi infinie qui découle des couplages possibles, et des combinaisons temporelles, entre : - De très nombreuses plates-formes utilisateurs : Appelés aussi Devices 1, avec comme exemple, les téléphones mobiles qui sont de plus en plus complexes et jouent un rôle pour la communication vocale, la communication par l image photo ou vidéo, de client pour le mail ou les messageries instantanées (SMS et MMS) voir de navigateurs pour l accès à des serveurs d information en mode Web, WAP, I-Mode ; - De nombreux réseaux de télécommunications avec les différentes caractéristiques en matière de débit et de protocoles de communications, différentes modalités d accès et de tarifications, et différents services à valeur ajoutée, proposés par les opérateurs de réseaux. Il nous est impossible de présenter ici succinctement un modèle unifié pour représenter cette combinatoire et les propriétés qui découlent de chaque combinaison. Nous appelons un canal de communication une combinaison particulière Device/réseau/service de communication qui forme une technique particulière de communication, comme le mail avec ses variantes Internet, Web, etc. Le multicanal est l utilisation conjointe, dans un couplage plus ou moins fort, dans le cadre d une transaction avec un utilisateur, de plusieurs canaux : par exemple la confirmation par SMS d une action faite sur un serveur Web. Nous appelons multimodalité une combinaison de moyens d interaction, en entrée ou en sortie, au sein d une même unité d interaction, que ce couplage soit séquentiel ou parallèle. Nous pensons que ces techniques d interactions multimodales peuvent enrichir le processus d interaction avec des instruments d apprentissage grâce aux propositions d élargissement des techniques d interactions avec le Web (la proposition multimodale Interaction du consortium W3C) et des standards technologiques avec leurs outils logiciels, comme VoiceXML pour l interaction vocale [Rouillard, 2004] Le problème de l adaptation dynamique de l interaction et de l interface utilisateur au contexte, que celui-ci soit technologique, physique (lieu) ou psychologique par exemple, n est pas spécifique aux EIAH et à la réutilisation potentielle d OPs. C est un domaine en pleine effervescence au sein de la communauté IHM, et qui est baptisée Context-aware Interaction [HCI, 2000]. Du point de vue des architectures logicielles pour l interaction et des méthodes de 1 Pour voir les travaux du W3C concernant l indépendance des applications sur serveurs Web par rapport au Devices, voir [W1]
6 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 conception qui lui sont associées, ce besoin est appelé plasticité des IHM. Au sein de notre équipe, nous avons également mené des recherches sur la plasticité d'interfaces notamment dans la perspective d une interaction multimodale mettant en jeu la dimension langagière, en donnant naissance au langage de spécification PlasticML [Rouillard, 2003]. C est cette technique que nous avons retenue, en l élargissant à une architecture d intermédiation multicouche : les documents et objets d interaction subiront une série de transformations pour les adapter au contexte de l interaction avec un utilisateur singulier. 3.2. Une approchent orientée services de l'e-formation Du point de vue technologique, cette démarche architecturale, de type orientée services et dite SOA, est facilitée par l émergence de nouveaux standards informatiques autour des Web-Services ou WS [Chauvet, 2002]. C est le cadre technologique qui sera retenu pour l interfaçage entre notre architecture Ubi-Learn, et les services applicatifs. Nous reviendrons sur les besoins spécifiques au projet Ubi-learn tant en termes d'e-service interactif qu en termes de composition dynamique de ces e-services, et sur les limites des propositions d orchestration existantes actuellement pour les WS. Dans le domaine de l'e-formation l approche orientée services a également trouvé un écho favorable. C est le cas plus particulièrement des travaux, par exemple [Wilson et Al, 2004], qui portent sur les futures plates-formes de type LCMS où les fonctionnalités sont regroupées en fonction de leurs catégories dans des services logiques cohérents et autonomes. Ceci permet d envisager une distribution des plates-formes, jusqu à là, assez monolithique et fermée, et d envisager une solution d e-formation mettant en jeu différents acteurs, ou organisations, rendant chacun une série de services différenciés. Si nous analysons ces propositions architecturales à la lumière d un modèle en couche nous pouvons distinguer trois couches principales : une couche de base qui concerne les données mises en œuvre et leur stockage dans des base de données, une couche services applicatifs et services communs, qui correspondent en fait à la gestion des processus d apprentissage, et une couche d intermédiation (appelée en général User Agents) qui fournit l interface avec les usagers. Dans [Wilson et Al, 2004] il y a déjà un grand nombre de services inventoriés que ce soit pour le séquencement des processus d apprentissage (Learning flow), la collaboration, la gestion des cours, le processus auteur... pour la classe services applicatifs, ou que ce soit des services comme ceux de gestion de l authentification, l enregistrement des apprenants pour la classe de services communs. Pour le projet Ubi-learn, nous faisons l hypothèse que ces frameworks techniques de références seront prochainement acceptés par le monde de l'e-formation étant leur intérêt en termes d interopérabilité, d ouverture et de réutilisations, et qu il y aura une mise à disposition, dans le mode Open Source, de tels e-services. Nous nous sommes donc focalisés sur la couche dite «user agents» chargée de l interaction avec l usager et son environnement technologique.
Architecture du projet Ubi-Learn 7 3.3. Une intermédiation guidée par la connaissance Dans l ambition du projet Ubi-Learn il y a la volonté de gérer l intermédiation d une manière dynamique, voire opportuniste, en utilisant des mécanismes de décision, par exemple sur le canal à choisir ou sur la bonne modalité d interaction, en utilisant diverses sources de connaissances. Ces connaissances seront soit rentrées à la génération du système (par exemple sous la forme d ontologies) ou résulteront d un apprentissage automatique par le système. Ceci sera explicité dans le chapitre 4. Cette utilisation de connaissances est particulièrement visible dans le cas de la personnalisation de l interaction, pour un apprenant/utilisateur singulier, en utilisant diverses connaissances de type Context-Aware (quel est l environnement technologique et physique de l utilisateur?) ou les profils qu ils ont renseignés dans la base de connaissance ou encore des connaissances résultantes d un apprentissage au travers de l interaction avec l utilisateur. Même si, à ce stade de nos travaux, nous ne mettons pas en jeu de processus de construction automatique de connaissances pour la personnalisation de l interaction nous avons prévu l architecture logicielle d Ubi-Learn de façon à être compatible avec les techniques devant être mises en œuvre dans cette perspective. 4. L architecture générale de Ubi-Learn 4.1 La relation service-canal Figure 1 : le chemin liant service et canaux pour une transaction particulière Ti Apprenant i LMS en SOA E-SI E-SI ESA RAA PHA PIA TMA MM CA CAA CAA Canaux Réseaux Devices Définition des Agents Utilisateurs (UA) principaux et autres composants pour une transaction Ti: esi: e-services interactifs ESA: e-service agent RAA: Role Activity Agent PIA: Personalisation Interface Agent MMCA: Multichannel & Multimodal Communication Agent CAA: Channel Adaptator Agent TMA: Transaction Management Agent (pour Ti) PHA: Persistence Historical Agent (pour Ti) flux de documents et éléments de contrôle de l interaction Notre architecture Ubi-learn est structurée autour d un axe qui relie un e-service pour l apprentissage, tel que ceux qui sont décrits précédemment, à un ou plusieurs canaux disponibles pour l interaction avec l apprenant. La figure 1 donne les étapes de transformation des documents et des éléments de dialogue, abstraits du côté e- Services, jusqu à leurs interfaces avec les canaux de communications. Ce qui correspond pour nous à une transaction entre l apprenant et le système.
8 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 4.2 Une architecture composée d un middleware spécifique pour l intermédiation dans l interaction Apprenant/Système La figure 2 donne une vue générale de l architecture Ubi-Learn il s agit de supporter simultanément plusieurs types de transactions, pour un nombre d apprenants relativement importants et pour plusieurs type de canaux disponibles. Plusieurs sources de connaissances sont représentées. Pour l instant les règles de communication sont assez générales et tiennent compte des capacités «interactionnelles» des médias et de leur adéquation à la nature de l activité, et à la nature du message du point de vue intentionnel (sa force illocutoire : demander, affirmer, convaincre, etc.). Mais nous pensons les enrichir progressivement à partir de l expérience d heuristiques qui prennent en compte la nature spécifique de l activité : l apprentissage. C est ce qui justifie le choix d une architecture ouverte et extensible par adjonction d agents et de nouvelles connaissances. Pour une description plus précise des groupes de canaux (du téléphone au Web en passant par la télévision numérique à la demande) on pourra consulter nos autres travaux effectués dans le cadre des applications e-commerce. Figure 2 : une vue synthétique de l architecture Ubi-Learn Autres services de bases et partenaires Population des apprenants e-services interactifs de formation Interfaces abstraites Interfaces concrètes Réseaux et canaux Infrastructure Ubi-Learn Gestion des Adaptations aux e-services agents et compositions Adaptation à l activité et aux contextes Supervision et gestion des N transactions Adaptations aux canaux et Devices Définitions esi Règles compo. Règles comm. Rôles activités Profils usagers Modèles canaux Bases de connaissances 5. L implémentation technologique de l architecture Ubi-Learn 5.1 Le couplage dynamique des e-services à l apprentissage en mode e-formation Au sein d une même transaction, il se peut que plusieurs e-services soient mis en jeu conjointement (séquentiellement ou parallèlement). Au travers de nos travaux de recherche dans un autre domaine d application, l'e-commerce, nous avons montré que cette composition de services était différente selon la nature du canal utilisé, pour des raisons intrinsèques à ces canaux et liées aux propriétés de l interaction (par exemple les contraintes de co-temporalité ou au contraire d asynchronisme du
Architecture du projet Ubi-Learn 9 dialogue, ou bien encore le caractère révisable, éditable ou non du médium ) [Derycke et Al, 2003]. Les solutions proposées par les technologies WS ne sont plus adaptées. En effet, la composition des WS est en général modélisée selon les processus-métiers que doit supporter le système global. Par exemple en utilisant le formalisme BPEL4WS qui décrit le Workflow entre les WS mis en jeu. D autres travaux de recherche [Benatallah, Casati, Toumali, 2004], pointent également la rigidité d une telle composition, car, à l exécution, le comportement est toujours identique et ne sait pas s adapter au contexte spécifique de la transaction en cours. Nous avons donc proposé [Chevrin, Derycke, Rouillard, 2005] de réaliser une composition dynamique de e-services, propre à chaque transaction et donc à chaque utilisateur, qui puisse être réalisée, pendant la transaction, à partir de règles d assemblage, voire plus tard d heuristiques. Nous ne développerons pas plus ici ce point. 5.2 Le couplage dynamique des canaux et multimodalité Nous pouvons illustrer le problème du couplage dynamique par trois petits scénarios d usage dans le contexte de l'e-formation : - S1 : L apprenant poursuit son apprentissage au travers d une interaction avec le LCMS via une interface Web un utilisant un navigateur standard. Rencontrant un problème avec sa progression, il contacte le tuteur assigné par une communication téléphonique via un centre d appel. - S2 : L apprenant interagit avec un objet pédagogique, ou un e-service à l apprentissage, qui combine au sein d une même unité d interaction deux modalités : graphique via la souris, et vocale via la reconnaissance et la synthèse vocale (mode synergique). - S3 : est une variante de S1 où, quand l apprenant est en contact téléphonique avec son tuteur ou conseiller, il peut naviguer simultanément sur l interface Web, en collaboration synchrone avec son tuteur (au travers d un mécanisme de co-browsing). S1 correspond à l utilisation d une approche multicanale où les deux canaux utilisés sont très faiblement couplés tant sur le plan sémantique que sur le plan temporel (cela peut être simultané ou au contraire très asynchrone). S2 correspond à ce qui est appelé en IHM la multimodalité. S3 est hybride et peut basculer d une approche multicanale à une approche multimodale en fonction du couplage sémantique et temporel entre les canaux, et si le tuteur est en fait un agent conseiller synthétique. Notre ambition est de pouvoir associer de manière plus continue ces deux techniques d interaction [Chevrin, 2004].
10 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 5.3 Une technologie Multi-Agents, JADE, pour la réalisation de l architecture Ubi-Learn Bien que notre choix aurait pu se porter sur d autres types de solutions technologiques pour réaliser le middleware d intermédiation, nos investigations nous poussent à croire que les Systèmes Multi-Agents sont une solution adaptée à nos besoins et contraintes. Nous pouvons en synthétiser les avantages dans les points suivants : (1) Les agents peuvent encapsuler les connaissances sur les traitements ou les compétences des e-services et des canaux ; (2) La capacité de ces SMA à gérer des interactions multimodales a déjà été mise en évidence par des travaux passés de [Moran et al. 1997] ; (3) La dynamicité est obtenue d une part par le comportement proactif des agents et d autre part par la possibilité de créer des réseaux d agents après négociation et recherche d accointances ; (4) Le potentiel de tels SMA à supporter un grand nombre de sessions personnalisées simultanées et toutes différentes. Chaque utilisateur est alors représenté par une collection d agents instanciés à la demande ; (5) Le potentiel de ces SMA pour assurer une personnalisation automatique des informations, par exemple en fonction de son appartenance à un groupe de comportements identifiés (le filtrage collaboratif) ou toute l expérience accumulée pour ce type de technologie pour la personnalisation dans les hypermédias éducatifs ; (6) Nous pouvons par ailleurs noter l intérêt pour les SMA dans des domaines comme l e-formation afin d assurer des tâches de recherche d objets pédagogiques dans des banques distribuées, via des mécanismes pair à pair par exemple, et nécessitant des protocoles de négociation entre partenaires affiliés. En ce qui concerne le choix de la plate-forme technologique multiagents, notre choix s est porté sur la plate-forme Jade [W2] pour plusieurs raisons : c est une plate-forme technologique pour SMA récente, compatible avec les dimensions JAVA et l ingénierie du WEB via les Servlets. Elle est supportée par des groupes industriels importants, dont des opérateurs de télécommunications. Elle est compatible avec des OS de téléphone et avec la machine virtuelle pour petits objets nomades (J2ME), et enfin elle adhère à des standards internationaux, de type FIPA, pour la communication entre agents ou avec d autres SMA. 6. Conclusions et perspectives Nous venons de présenter une architecture logicielle afin de supporter des nouvelles formes d apprentissage dites ubiquitaires. Etant donné le potentiel des nouvelles technologiques d interaction, et de l explosion combinatoire qui résulte
Architecture du projet Ubi-Learn 11 des multiples combinaisons possibles, nous avons décidé de concevoir et de commencer à implémenter une architecture générique, ouverte, flexible pour l intermédiation. C est bien sûr un travail de longue haleine dont il est difficile à ce stade de prouver le bien-fondé, tant des modèles sous-jacents, que des choix techniques pour son implémentabilité. La difficulté vient de l important développement que demande une infrastructure pour l'e-formation comme celle du projet Ubi-learn, et la nécessité d avoir une réalisation assez complète pour pouvoir passer ensuite à la conception et à la réalisation d une solution particulière pour l apprentissage ubiquitaire et sa projection au sein d un véritable dispositif de formation. En effet du point de vue des effets, sur l apprentissage, seule cette dernière phase de mise en expérimentation, pourrait donner des enseignements sur la qualité de l intermédiation, sa performance et son utilisabilité. Nous n en sommes pas à ce stade. Néanmoins nous avons le souci de trouver des approches permettant partiellement de valider certains principes ou développements technologiques du projet Ubi-Learn. Pour cela nous tirons parti d une part de l expérience acquise dans l étude expérimentale et empirique des systèmes d interaction multicanal déjà disponibles dans le domaine du e-commerce et d autre part de l implémentation de façon ad hoc de sous-ensembles comme pour le couplage Web + Vocal, multicanal ou multimodal selon le degré de couplage et de synchronisation. C est à partir de ce sous-ensemble que nous sommes également en train de mener des travaux sur la plasticité des IHM pour des Objets Pédagogique à la SCORM. 7. Bibliographie [Benatallah, Casati, Toumani 2004] Benatallah, B., Casati, F., Toumani, F. Web Service Conversation Modeling: A Cornerstone for E-Business Automation. IEEE Internet Computing, January / February 2004, Vol. 8, No. 1, p. 46-54. [Chauvet, 2002] Chauvet, J.M. Services Web avec SOAP, WSDL, EbXML Eyrolles, Paris. [Chevrin, 2004] Chevrin, V. Interactions Multimodales et Multicanal dans UMR. Actes des journées RJCIHM, Lacanau, Octobre 2004, organisées par L AFIHM. (4 pages) [Chevrin, Derycke, Rouillard, 2005] Chevrin, V. Derycke, A.. Rouillard, J. Some issues for the Modelling of Interactive E-Services from the Customer Multi-Channel Interaction Perspectives. To be published in Proceeding of the eee05 international IEEE conference, Hong Kong, April 2005, IEEE Press. [Derycke et al, 2003] Derycke, A., Rouillard, J., Chevrin, V., Bayart, Y. When Marketing meets HCI: Multi-channel customer relationships and multimodality in the personalization perspective. Conference HCI International 2003, Heraklion, Crete, Greece, 2003, Lawrence Erlbaum associates, publishers. p. 626-603 Volume 2. [Derycke et Al, 2005] Derycke, A. Hoogstoel, F. Peter, Y. Vantroys, T. Infrastructures pour les Dispositifs Pédagogiques avec EIAH. Chapitre 8 de l ouvrage «Environnements Informatiques et Apprentissages Humains» Collection IC2 Hermès, Grandbastien, Labat (eds.) prévu pour mi-2005 (20 pages). [Gressier, 2005] Gressier, A. Les collectifs intelligents d apprentissage et de partage de connaissances en réseaux : les communautés de pratiques. Thèse en science de
12 Environnements Informatiques pour l Apprentissage Humain, Montpellier 2005 l éducation, laboratoire TRIGONE, Université des Sciences et Technologies de Lille, prévu mars 2005. [Griswold et al, 2004] Griswold, W. Shanahan, P. Brown, S. Boyer, R. Ratto, M. Shapiro, R. Truong, T. Active Campus Experiments in Community-Oriented Ubiquitous Computing. IEEE Computer, October 2004, p. 73-81. [Gueraud et Al] Gueraud, V. Adam, JM. Pernin JP. Calvary, G. David, JP. L exploitation d Objets Pédagogiques Interactifs à distance : le projet FORMID. Revue STICEF, volume 11, 2004, http://sticef.org. [HCI, 2004] revue Human-Computer Interaction (HCI), numéro spécial «Context-Aware Computing», volume 16, n 2-4, 2001, Lawrence Erlbaum Associates publishers. [Ip, Radford, Canale, 2003] Ip, A. Radford, A. Canale, E. Overcoming the Presentation Mosaic Effect of Multi-Use Content Objects. In Proceedings of the 20th annual conference of the Australasian Society for Computer In Learning in Tertiary Education (ASCILITE). Volume 1, P. 256-262. [Johanson at al, 2002] Johanson, B. Fox, A. Winograd, T. The Interactive Workspace Project : Experiences with Ubiquitous Computing Rooms. IEEE Persuasive Computing magazine 1 (2) April-June 2002. [Moran et al, 1997] Moran, D. et Al. Multimodal User Interfaces in The Open Agents Architecture. Proceedings IUI 97 ACM conference, Orlando, Florida, 8p. [Papazoglou, Georgakopoulos, 2003] Papazoglou, M. Georgakopoulos, D. (eds) Special Issue on Service-Oriented Computing. Communications of the ACM, October 2003, vol. 46, N 10. [Renaux, Caron, Le Pallec,] Renaux, E. Caron P.A. Le Pallec, X. Learning Management System component-based design: a model driven approach. Proceeding of the MCETECH conference, Montréal, Janvier 2005 (à paraître) [Rouillard, 2003] Rouillard, J. Plastic ML and its toolkit. Conference HCI International 2003. Heraklion, Crete, Greece, 2003. Lawrence Erlbaum associates, publishers. Volume 4, p. 612-616. [Rouillard, 2004] Rouillard, J. VoiceXML: le langage d accès à Internet par le téléphone. Vuibert éditeur, Paris, 2004, 197 pages. [Weiser, 1993] Weiser, M. Some Computer Science Issues in Ubiquitous Computing. Communications of the ACM, July 1993, vol. 36, n 7, p. 75-85. [Wilson et al, 2004] Wilson, S. Blinco, K. and Rehak, D. (2004) Service-Oriented Frameworks: Modeling the infrastructure for the next generation of e-learning Systems. Paper for the Alt-I-Lab 2004 conference (July, 2004). Références sur le WEB: [W1] http://www.w3.org/tr/2001/wd-di-princ-20010918/ Device Independence Principle. W3C Working Draft 18 September 2001 [W2] http://jade.tilab.com : Le site de référence sur la plate-forme de SMA JADE.