LA PREHISTOIRE LEÇON 1



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Transcription:

LA PREHISTOIRE LEÇON 1 Quelques repères chronologiques Précambrien : il y a : 5 milliards d années environ : formation de la Terre 3,4 milliards d années environ : apparition de la vie (algues, bactéries) Ère primaire : il y a : 500 millions d années environ : premiers invertébrés, premiers végétaux terrestres (fougères) Ère secondaire : il y a : 200 millions d années environ : premiers reptiles (dinosaures) 70 millions d années environ : premiers oiseaux, premiers mammifères Ère tertiaire : il y a : 60 millions d années environ : premiers arbres 10 millions d années environ : premiers humanoïdes (en Afrique) Ère quaternaire : il y a : de 6 à 2,8 millions d années environ : premiers hominidés (station debout, c est l Homo erectus ; c est l Australopithèque découvert en 1924 en Afrique du Sud, le fossile dit Lucy découvert en Ethiopie en 1974 et Toumaï découvert au Tchad en 2001 ) 1 million d années environ : premiers hommes en France (une centaine de groupes ; environ 1 millier d individus). Homo erectus perfectionne ses techniques de chasse, invente le biface (silex taillé), crée un début de langage articulé 500 000 ans environ : l homme domestique le feu ; par vagues successives, d autres homo erectus arrivent d Asie ; la population atteint vraisemblablement 6 000 individus 80 000 ans environ : l homme de Neandertal (du nom d une vallée allemande où son squelette a été découvert). Venu de Chine, il se répand en Asie puis en Europe. C est un individu robuste et intelligent, au crâne allongé (taille 1,60 m), qui vit en tribus de 20 à 50 chasseurs ; il enterre ses morts, plaçant dans leur sépulture des vivres, des armes et des outils. 40 000 ans environ : apparition de l homme de Cro-Magnon (du nom d un site de la Dordogne aux Eyzies, où son squelette a été trouvé en 1866). On peut le considérer, après la disparition de l homme de Neandertal, comme l ancêtre de l homme moderne qui, peu à peu, peuplera le monde entier. Le climat s est refroidi : nos montagnes se couvrent de glaciers et les plaines sont le domaine de la toundra. Chassés de Sibérie par la rudesse du climat, les troupeaux de rennes se sont installés en Europe. L homme de Cro-Magnon vit en groupes organisés d un millier de nomades qui suivent les rennes, vivant l été sous des tentes de peau et l hiver dans des grottes bien exposées, après avoir fait d énormes provisions de viande séchée ou fumée. On évalue à 50 000 individus la population occupant alors notre pays. 35 000 à 10 000 ans environ : ce fut une longue période de glaciation. L homme de Cro-Magnon invente la sagaie à pointe de silex puis en os ou en ivoire. À l aide de l os, il crée l aiguille à coudre (percée d un chas), le harpon, l hameçon. C est au cours de cette période qu il couvre les parois des grottes de magnifiques peintures rupestres (l apogée de cet art se situe vers 15 000 ans avant notre ère). Ce sont surtout les animaux qu il est amené à chasser qu il dessine ou grave dans l os ou les bois de renne : bisons, chevaux, vaches, aurochs, mammouths, poissons, etc.

10 000 ans environ : le climat s est réchauffé ; la forêt de bouleaux, de chênes, de pins remplace la toundra ; si certaines tribus remontent vers la Scandinavie pour suivre les rennes, beaucoup restent dans notre pays et deviennent sédentaires ; la maison de bois, d argile puis de pierre fait son apparition ; invention du filet de pêche (à l aide de fibres de lin), des poteries à base d argile cuite. 8 000 ans environ : apparition des premiers agriculteurs. On évalue la population de notre pays à 500 000 individus. 4 000 à 2 500 ans : c est la civilisation du néolithique ou âge de la pierre polie, la fin de celle de la cueillette et de la chasse ; l homme cultive les céréales, sait domestiquer les animaux (d abord chèvre, mouton, chien, puis bœuf, âne, cheval), fabriquer des poteries, polir la pierre pour réaliser armes et outils ; il tisse le lin pour confectionner des vêtements plus légers. Premiers villages, premiers tombeaux mégalithiques (tumulus, cairns, dolmens). La population est évaluée à 5 millions d individus 2 000 ans : apparition dans notre pays de l âge des métaux (métallurgie connue depuis longtemps en Asie) : âge du bronze d abord, puis âge du fer. De 1 000 à 500 ans avant notre ère : installation progressive des Celtes dans notre pays, ce sont des hommes grands, blonds, à la peau blanche, les Gaulois. Ils seront 6 millions avant notre ère quand Jules César envahira la Gaule. La Vénus de Brassempouy C est au paléolithique supérieur qu apparaît un des phénomènes les plus importants de l histoire humaine : la naissance de l art ; celui-ci est alors lié à la magie et à la chasse. L un des moyens de se procurer magiquement de l abondance, soit à la cueillette, soit à la chasse, consistait à sculpter de petites statues féminines au corps obèse, symbole de fécondité. Celle qu on a trouvée à Brassempouy, dans le département des Landes (gisement aurignacien) a été sculptée dans l ivoire vers 36 000 ans avant J.C. (hauteur 3,5 cm). Elle est actuellement conservée au Musée de Saint-Germain-en-Laye. L homme de Tautavel C est dans une grotte du Roussillon, située au flanc d une paroi rocheuse à 100 m au-dessus du lit du Verdouble (rivière descendue des Corbières) que fut découvert, le 22 juillet 1971, le crâne de notre lointain ancêtre, l homme de Tautavel, qui vivait dans ce site il y a environ 450 000 ans. Les seuls fossiles humains dont on disposait avant 1970 (pour la France) se limitaient à quelques ossements provenant d un petit nombre d individus. On pouvait donc difficilement se faire une idée précise de l apparence et du mode de vie des premiers habitants de l Europe. Henry de Lumley avait choisi, pour ses fouilles, cette grotte de la Caune de l Arago, proche du village de Tautavel, car, depuis le siècle dernier, des archéologues amateurs y ramassaient des ossements et des outils. L homo erectus avait donc utilisé cette grotte par intermittence comme lieu de dépeçage, atelier de fabrication d outils, habitat temporaire. La couche de terre semée de débris atteignait parfois 9 m d épaisseur qu il fallut creuser et tamiser avec d infinies précautions. La récompense de tels efforts fut acquise le 22 juillet 1971 : une portion antérieure de crâne comprenant le frontal complet et la face avec, au maxillaire supérieur, quelques dents encore en place. On détermina que le crâne appartenait à un homme de 20 ans ayant vécu il y a quelque

450 000 ans. Le Musée de l Homme reconstitua sa tête. La grotte de Lascaux Nous sommes à l été 1940 près de Montignac-sur-Vézère, en Dordogne ; quatre jeunes gens se promènent dans la campagne lorsque leur chien se glisse dans un trou et ne reparaît pas. Intrigués, ils descendent dans les broussailles et découvrent l entrée d une grotte dont les parois sont couvertes de dessins représentant des animaux. Le talent des hommes de Cro-Magnon y apparaît dans toute sa splendeur : parmi cette frise chatoyante de chevaux, de cerfs, de bisons (animaux que traquait l homme pour se nourrir) on relève un énorme taureau de 5,50 m de long, blessé par une flèche ; au fond d un puits de 10 m, on découvre un homme schématique à tête d oiseau, tombé à la renverse devant un bison dont le ventre percé d une sagaie perd ses entrailles. Voici 20 000 ans, notre ancêtre avait besoin de mettre toutes les chances de son côté dans sa quête du gibier : pour se concilier le sort ; il dessinait des animaux dont il désirait la capture et les criblait de flèches et de sagaies : cérémonie d envoûtement. LA GAULE INDÉPENDANTE LEÇON 2 La Gaule était le pays le plus vaste et le plus prospère de l Europe occidentale. Dans l Antiquité, ce nom avait été donné aux régions enfermées dans des frontières naturelles (qu on expliquera à l aide de la carte) : le Rhin au Nord et à l Est, les Alpes à l Est, les Pyrénées au Sud, l immense côte de l Atlantique et de la Manche à l Ouest. Parmi les premiers habitants connus citons les Celtes, venus par poussées successives du Sud de l Allemagne occidentale ; l histoire de ces peuplades primitives se place au début de l âge du bronze et relève de la préhistoire. L âge des métaux est considéré maintenant comme relevant de la protohistoire (préceltique). Trois masses principales occupaient ce vaste territoire : les Aquitains (l Aquitaine) au Sud-Ouest, les Celtes (la Celtique) au centre et, derniers arrivés, les Belges (la Belgique) au Nord, entre Rhin et Seine (de 300 à 150 av. J.C.). Cette Gaule transalpine était loin de constituer un seul état, bien que ses habitants aient en commun la langue et la civilisation : elle se divisait en une soixantaine d états, indépendants et souvent rivaux, d où des guerres fréquentes. Parmi les principales peuplades fixées en Gaule, on peut retenir les Parisii, dont la capitale Lutèce (ou Lutetia) deviendra plus tard Paris. Les Eduens, entre Loire et Saône (capitale : Bibracte), les Carnutes à l emplacement de la Beauce actuelle, les Bituriges, installés en deux endroits : autour d Avaricum (l actuelle Bourges) et autour de Burdigala (Bordeaux), les Pictons (ou Pictones), autour de Poitiers, les Vénètes dans l actuelle Bretagne, les Arvernes, ancêtres des Auvergnats, les Helvètes (en Suisse), les Séquanes ou Séquanais, dont la capitale était Vesontio, l actuelle Besançon. Chaque état avait ses coutumes, ses lois et souvent même ses dieux. Le pouvoir appartenait à un petit nombre de nobles, qui possédaient la terre ; ce système de clans dirigés par des chefs belliqueux et jaloux les uns des autres était générateur de conflits et de guerres. Le druide jouait un rôle essentiel, son autorité s étendant souvent sur plusieurs tribus ; c était à la

fois un prêtre (la religion païenne était basée sur de nombreux dieux liés aux forces de la nature, bienfaisantes ou malfaisantes), un savant, un devin, un médecin, un juge et, parfois, un ambassadeur. Les Gaulois étaient particulièrement superstitieux, le pouvoir du druide était énorme ; lors de l invasion romaine, les druides se sont souvent révélés comme étant l âme de la résistance face à l envahisseur. Les villes étaient rares, jouant souvent le rôle de places fortes ; peu de routes les reliaient ; on ne trouvait en Gaule ni monuments, ni statues. La civilisation gauloise Les Gaulois étaient un peuple de paysans et d artisans ; ils élevaient les chevaux, les porcs, les vaches, les moutons, les chiens et les volailles. Ils cultivaient l orge et le blé, fabriquaient du pain, utilisaient une charrue primitive, l araire, à soc de fer, mais également une machine à moissonner. En avance sur les Romains, ils savaient fertiliser leurs sols par des apports de chaux ou de marne, selon les cas. En revanche, arbres fruitiers et vigne étaient rares. Les Gaulois étaient également d excellents artisans ; ils montraient une grande habileté dans le travail du bois (leurs voitures et leurs navires en témoignent) ; alors que les Romains ne connaissaient que l argile et les peaux de bêtes pour fabriquer les ustensiles permettant de transporter ou de conserver les liquides, les Gaulois avaient inventé les tonneaux en bois. Ils couchaient sur la dure et prenaient leurs repas assis sur de la paille, se nourrissant de lait, de viandes diverses, mais surtout de porc frais ou salé. Il existait une littérature gauloise, dont il n est malheureusement rien resté car elle n était pas écrite ; les bardes écrivaient et récitaient des poèmes dans les festins organisés par les riches Gaulois. La métallurgie gauloise Les Gaulois savaient depuis longtemps récolter et traiter les minerais pour fabriquer et travailler le bronze, le fer, l or et l argent, se révélant d habiles ciseleurs. Les fouilles ont révélé toute une collection d armes et d outils : des chaînes, des haches, des serpes, des scies, des clous, des fibules (agrafes), etc. Les pièces de monnaie datant de cette époque sont souvent en or ; on en a retrouvé portant l effigie du chef arverne Vercingétorix, la marque des Parisii, etc ; souvent le portrait est idéalisé, avec un profil droit et harmonieux, manifestement inspiré des monnaies grecques. La cueillette du gui On possède un récit datant de 23 à 79 après J.C., intitulé Histoire naturelle et dont l auteur, Pline l Ancien, s attache à montrer l importance que revêtait cette cérémonie pour les Gaulois, avant l apparition du christianisme. En voici un extrait : «Rien n est plus sacré pour les druides que le gui et l arbre qui le porte, à condition que ce soit un chêne. Le chêne est l arbre sacré par excellence, l emploi de son feuillage est exigé dans tous les sacrifices. Aussi une touffe de gui vient-elle à surgir sur un chêne, c est un signe qu elle arrive du ciel et que l arbre est un élu d un dieu : le gui du chêne est d ailleurs d une extrême rareté.

Quand les druides en ont trouvé, ils le cueillent au cours d une cérémonie très solennelle. Ce doit être le 6 e jour de la lune, qui est le premier de leurs mois ; ils préparent selon les rites, sous l arbre sacré, des sacrifices et un festin ; ils font amener deux taureaux blancs, puis un prêtre, vêtu de blanc, monte sur le chêne et coupe, avec une faucille d or, le gui que l on reçoit sur un drap blanc. On immole alors les victimes, en priant le dieu que le gui porte bonheur.» La première pénétration romaine Marseille, la plus ancienne ville de France, alors appelée Massalia, fut fondée par les Grecs de Phocée quelque 600 ans av. J.C. (d autres villes : Nice, alors Nikaia, Antibes, alors Antipolis, Monaco, alors Monoikos, portent aussi dans leur nom les marques d un lointain passé grec). En 154 av. J.C., les habitants de Massalia, menacés par une autre peuplade gauloise, les Ligures, établis le long de l actuelle Côte d Azur, font appel aux Romains pour leur défense. Ceux-ci répondent à la demande, mais s installent dans la région, l actuelle Provence, créant ce qu on appela la Provincia, qui s étendait de Toulouse au lac Léman, englobant la Savoie, le Dauphiné, la Provence et le Languedoc actuels. Sa capitale était Narbo Martius ou Narbonne. Sous le règne d Auguste, la Provincia deviendra la Narbonnaise (en 118 av. J.C.), puis province sénatoriale en 22 av. J.C. On l appelait également Gallia Bracata, par allusion aux pantalons que portaient les Gaulois : les braies. Les autres Gaules furent alors appelées Gallia Comata (par allusion aux cheveux longs des Gaulois vivant en Celtique et en Belgique). De cette possession romaine, il reste de nombreux vestiges, notamment à Narbonne, à Nîmes, à Arles, à Aix-en-Provence (fondée en 122 av. J.C.), à Orange, à Vienne, à Vaison-la-Romaine, etc. LA GAULE ROMAINE LEÇON 3 La conquête romaine C est une nouvelle fois à la suite d un appel à l aide d un état gaulois, menacé par l invasion des Germains, que les Romains sont amenés à intervenir en Gaule. Jules César, qui était gouverneur de la Gaule cisalpine et de la Narbonnaise (voir leçon n 2), rejeta les Germains au-delà du Rhin (58 av. J.C.). Comme la première fois, les Romains en profitent pour tenter la conquête de la Gaule ; pendant deux ans (57 et 56 av. J.C.), ils croient avoir réussi, mais les Gaulois du Nord et du Nord-est se révoltent ; la riposte de César est alors impitoyable : villages brûlés, habitants massacrés ou vendus comme esclaves. C est en 52 av. J.C. que la révolte gauloise se transforme en véritable guerre de libération, dirigée (en partie seulement) par le jeune chef arverne Vercingétorix (dans ses commentaires, pour se donner le beau rôle auprès de ses concitoyens, César laissera croire que ce dernier était le seul chef gaulois). Soutenu par les autres tribus, Vercingétorix adopte la tactique de la terre brûlée : refus du combat contre les Romains, bourgs et réserves alimentaires détruits. La tentative de César pour s emparer de Gergovie, capitale de Vercingétorix, échoue et son armée doit

reprendre le chemin de la Narbonnaise. C est une erreur tactique des Gaulois qui va alors lui permettre de renverser la situation : ces derniers veulent lancer leur cavalerie pour écraser les légions romaines ; c est l échec et celle-ci est décimée. César fait alors demi-tour et parvient à enfermer l armée gauloise dans Alésia, place forte gauloise. Les Romains mettent le siège autour de l oppidum et, pour éviter toute sortie des Gaulois ainsi que l arrivée de leur armée de secours, massée au sud-ouest de la place, ils accomplissent un gigantesque travail (un travail de Romains ) : deux lignes de fortifications parallèles, l une face à l oppidum (longueur : 15 km), l autre face à l extérieur (longueur : 21 km). De place en place, des tours de bois permettent aux Romains de surveiller la place assiégée, constituant de solides points fortifiés (23 au total). Audelà, des troncs d arbres aux branches acérées sont plantés en terre ; dans des trous, ils enfoncent des pieux dont l extrémité supérieure a été taillée en pointe. Cinq camps de cavalerie (C1 à C5 sur le plan) sont installés au-delà du fossé extérieur, donnant ainsi une grande mobilité aux défenseurs face à l armée de secours gauloise qui approchait à marche forcée. Celle-ci se révéla de force insuffisante pour briser l étau qui enserrait Alésia. Quand Vercingétorix eut perdu tout espoir, il décida de se sacrifier pour sauver son armée et ses compagnons de combat ; il se livra à César qui l envoya à Rome où il fut prisonnier pendant 6 ans. C est à l occasion de son retour triomphal à Rome que César fit étrangler Vercingétorix dans sa prison. La chute d Alésia marqua la fin de la guerre et de la résistance à l occupation. Très vite les Gaulois parvinrent à s intégrer dans le monde romain. Les Gallo-Romains profitèrent largement des apports de la civilisation romaine. La Gaule fut organisée en provinces ; les habitants furent tenus au service militaire dans les légions romaines, à payer de lourds impôts, tant en argent qu en nature. À la tête de la province était le gouverneur : c était soit un proconsul, soit un propréteur, désignés par le Sénat romain. Controverse au sujet du site d Alésia On possède plusieurs vestiges d enceintes fortifiées (ou oppidums). Pour Gergovie, on a longtemps pensé au site de Merdogne (renommé Gergovie par Napoléon III) au Sud de Clermont- Ferrand ; certains veulent le situer au Nord (côtes de Clermont, à l Est du col de Purtol). Pour Alésia, on situe la place forte, depuis Napoléon III, à Alise-Sainte-Reine, mais la découverte, en 1975-1980 des restes de 23 fortins romains à 16 km d Avallon, amène certains à préférer ce site au précédent. Les thermes gallo-romains L un des principaux apports romains dans le domaine de la civilisation gauloise fut l emploi des thermes : la plupart des villes gallo-romaines, même petites, eurent leurs établissements de bains publics. C était un lieu où chacun, riche ou pauvre, pouvait non seulement se baigner, mais se reposer, s instruire, y discuter, se faire masser et faire des frictions parfumées. Les établissements sont luxueux, possèdent le confort, présentent mosaïques, statues, bas-reliefs, fontaines, fresques. On y trouve une salle des eaux brûlantes (l eau chaude arrive par des canalisations de plomb), une salle des parfums et une salle froide, dont l usage rejoignait celui de nos piscines actuelles. Si le bain était dans l Antiquité plus un délassement qu une recherche de propreté, il faut préciser que le savon (mélange de suif et de cendres) est une invention celtique.

Le paysage gaulois se transforme Rome a toujours voulu accueillir et intégrer les peuples conquis ; son emprise sur la Gaule fut génératrice d un progrès important dans le domaine de l agriculture et des échanges commerciaux, donc des transports, grâce au développement d un réseau routier (voies romaines). L agriculture avait atteint chez les Gaulois un développement remarquable : les Romains apportèrent une exploitation plus rationnelle du sol, un accroissement de la productivité et, surtout, des échanges. Il faut dire aussi que bien souvent, ils accaparèrent les terres pour les attribuer à d anciens soldats, à des citoyens romains non assujettis à l impôt foncier. Les terrains sont alors partagés en grands carrés de 710 m de côté, limités par des chemins, des sentiers ou des bornes. À l intérieur de ces carrés, sont délimitées les centuries attribuées aux agriculteurs. Apparaissent également de grands établissements ruraux, les villae (de 50 à 100 hectares) ; chaque villa est une unité de production formée de plusieurs éléments : le domaine agricole, la résidence du maître, les dépendances et les ateliers : menuiserie, forge, meunerie, brasserie, tissage et, dans le sud du pays, installation vinicole. Le Nord de la Gaule cultive surtout les céréales (blé, orge, millet), des plantes textiles (lin et chanvre) ; le Sud se consacre de plus en plus à l olivier et à la vigne. Le réseau routier s étend considérablement : les voies romaines dallées (nombreux vestiges encore visibles) quadrillent le pays, reliant les villes entre elles ; le long des voies, on a érigé des bornes milliaires tous les milles, soit tous les 1 500 m environ, avec inscription gravée dans la pierre en précisant la distance à laquelle se trouve la borne par rapport au point d origine de l itinéraire. Vestiges gallo-romains Le Pont du Gard : il faisait partie d un aqueduc long de 50 km, alimentant Nîmes ; construction : entre 40 et 60 après J.C., en service jusqu au VI e siècle ; longueur : 273 m, hauteur totale : 49 m ; sur le Gardon et la commune de Vers. Un autre aqueduc, celui de Gier, alimentait la ville de Lyon (longueur : 75 km). Arcs de triomphe : Orange, Cavaillon, Carpentras, St-Rémy-de-Provence, Saintes. Ponts : Vaison-la-Romaine : 1 er siècle après J.C., arche unique de 17,2 m d ouverture. Temples : Nîmes ( Maison carrée ), Vienne Théâtres : Arles, Autun, Fréjus, Lyon, Orange, Vaison-la-Romaine, Vienne Arènes : Arles, Bordeaux, Nîmes, Fréjus Orange, Paris (arènes de Lutèce). LES GRANDES INVASIONS LEÇON 4 Un siècle d invasions On appelait Germanie l immense territoire qui s étendait, au IV e siècle, à l Est du Rhin et au Nord du Danube. Les peuples qui y vivaient formaient plusieurs groupes : les Francs, les Burgondes, les Alamans, les Vandales, les Suèves, les Jutes, les Angles, les Saxons ; venus de

Scandinavie, les Goths s étaient divisés en deux groupes : les Ostrogoths établis entre Volga et Dniepr, les Wisigoths entre le Dniepr et le Bas Danube. Les Germains n avaient encore ni littérature, ni art ; par contre, ils étaient habiles dans la fabrication des bijoux. Certains d entre eux (Goths, Vandales, Burgondes) étaient chrétiens mais ariens, ce qui les rendait hérétiques aux yeux des catholiques européens. C est au début du III e siècle que les Germains avaient multiplié les incursions dans l Empire romain : en effet, leur croissance démographique les amena à fuir la famine et à rechercher à l Ouest des terres plus fertiles. Les armées romaines surent longtemps les contenir. Un événement vint précipiter le mouvement : l arrivée des Huns, venus des steppes de Mongolie, cavaliers nomades qui semèrent la terreur sur leur passage. Une véritable panique s empara des peuples européens : c est la ruée en masse des Germains vers l empire romain que l histoire a retenue sous le nom de Grandes invasions. Les Germains se précipitèrent vers l empire romain non pour le détruire, mais pour y trouver, de gré ou de force, un refuge face aux envahisseurs. La poussée fut si forte que les empereurs durent les accueillir, leur accorder le droit de s installer en Gaule (ils conservèrent leurs chefs, leur langue et leurs coutumes). Cette ruée provoqua la disparition de l empire romain d occident. Les invasions durèrent un siècle, de 376 à 476. Ce furent d abord les Wisigoths qui obtinrent le droit de s établir au sud du Danube, dans les Balkans (376). Emmenés par leur roi Alaric, ils envahirent l Italie, pillant la ville de Rome en 410. Ils purent ensuite s établir en Gaule, dans la vallée de la Garonne (418). En 406, de leur côté, Burgondes et Vandales avaient forcé la frontière du Rhin : les premiers s installent en Savoie (443), les Alamans se fixent en Alsace, les Vandales traversent toute la Gaule, puis l Espagne (409) où ils s installent (l Andalousie porte leur nom). Sous la conduite de leur roi Genséric, ils franchirent ensuite le détroit de Gibraltar pour s installer en Algérie et en Tunisie. Au début du V e siècle, les légions romaines avaient abandonné la Bretagne (l Angleterre actuelle) ; ce sont d autres Germains qui les remplacent : les Angles et les Saxons ; une partie des Bretons fuient le pays, cherchant refuge de l autre côté de la Manche, dans la partie de la Gaule appelée Armorique, qui prit alors le nom de Bretagne (ceci entre 450 et 500). Attila, le Fléau de Dieu Les Huns ne se contentèrent pas de pousser vers l ouest les peuples germaniques pour s installer sur leurs territoires ; leur roi Attila lança ses cavaliers en Gaule (450). Né en 395, il avait accédé au pouvoir en 434 et régnait sur un empire immense (l emplacement de la Hongrie et de la Roumanie actuelles), mais disparate. Guerrier habile et courageux, il fut également un adroit politique, s alliant avec l empereur d occident pour arriver à ses fins. Devant ses hordes, les Gallo-romains, terrifiés, s enfuyaient, les villes se vidaient. Lutèce fut gagnée par la panique ; c est alors que se place la légende de sainte Geneviève : elle avait exhorté les Parisiens à ne pas fuir et à résister, leur promettant la protection de Dieu. Pour lui donner raison, Attila évita Lutèce et lança ses troupes sur Orléans. L odyssée des Huns allait finir peu après : en 451, le général romain Aétius rassembla toutes les troupes qu il put trouver, y compris des Wisigoths et refoula les Huns, puis les décima aux Champs catalauniques (à 20 km de Troyes, Campus Mauriacus, à Moirey, commune de Dierry- St-Julien). Les survivants passèrent les Alpes et ravagèrent l Italie du Nord avant de disparaître.

Attila mourut deux ans après et son empire se disloqua. L Empire romain d occident disparaît L empereur d occident, dont la capitale était Ravenne (après le pillage de Rome d abord par les Wisigoths, puis à nouveau par les Vandales de Genséric (455)), n avait plus aucune autorité et devait subir troubles, émeutes, assassinats. En 476, un chef germain installé en Italie, Odoacre, détrône l empereur Romulus Augustule et met fin, ainsi, à l Empire romain d occident, l Italie devenant un royaume germanique. La carte de l Europe au V e siècle montre les différents royaumes barbares : Suèves au nord-ouest de la péninsule ibérique, Wisigoths, Burgondes, Alamans, Francs, Saxons, Ostrogoths, Anglo- Saxons, royaume d Odoacre (celui-ci dut capituler en 493 et rejoindre l Empire romain d orient Ŕ capitale Constantinople Ŕ qui dura jusqu en 1433). Quant à Syagrius (430 Ŕ 486), il fut le dernier représentant de la puissance romaine en Gaule. De 464 à 486, il gouverna un royaume situé entre la Seine et la Loire. Clovis le vainquit à Soissons en 486 et s empara des dernières places que les Romains occupaient encore en Gaule (voir leçon n 5). De nouveaux envahisseurs : les Normands Bien que la présente leçon soit centrée sur les Grandes invasions, au cours des IV e et V e siècles, c est-à-dire la ruée des Germains vers la Gaule romaine, nous avons tenu à faire figurer sur ce même tableau la ruée, à la fin du VIII e siècle, d autres Germains venus de Scandinavie (Norvège, Suède et Danemark). On ne peut encore, de nos jours, dire avec certitude ce qui poussa ces hommes du Nord, les Vikings, à lancer des raids dans toute l Europe. Pendant deux siècles, les Normands semèrent la terreur et les ruines, occupant l Irlande, l Écosse, l Angleterre, puis se répandirent jusqu au sud de la Russie, en Islande, au Groenland et même au Canada (expéditions d Erik le Rouge). Montés sur des navires légers, les drakkars (longueur : 25 m environ, largeur : 3 m, une trentaine de rameurs et autant de combattants), les Normands remontèrent le Rhin, l Escaut, la Seine, la Loire, la Charente, la Garonne, pillant villes et villages, ramenant un riche butin. Ils avaient installé des bases solides à l embouchure du Rhin, dans l île de Noirmoutier, au nord de Lutèce. La France souffrit beaucoup de ces terribles expéditions ; de 845 à 885, ils attaquèrent quatre fois Paris, sans succès. En 885, la capitale leur opposa une résistance mémorable, sous la conduite du comte Eudes (qui deviendra roi de France en 888) mais il fallut néanmoins acheter leur départ. C est finalement en 911 que le roi de France Charles le Simple décide de reconnaître officiellement l un des chefs normands Rollon, lui accordant le droit d occuper la région qui porte encore leur nom : la Normandie (traité de St-Clair-sur-Epte). Sédentarisés, les Normands devinrent agriculteurs et se convertirent au christianisme. Quelques tribus, pourtant, ne renoncèrent pas aux expéditions maritimes et à la conquête : ce furent l Angleterre, la Sicile et l Italie méridionale. CLOVIS ET LE ROYAUME FRANC

LEÇON 5 Une dynastie : les Mérovingiens Parmi les tribus germaniques qui entreprirent la conquête de l Empire romain d occident, dont celle de la Gaule, les Francs constituaient un ensemble de tribus païennes divisé en deux groupes : les Francs Saliens occupaient la Belgique et le nord de la France actuelle (capitale : Tournai) et les Francs Ripuaires installés sur les deux rives de la vallée inférieure du Rhin, de Cologne à Mayence. La dynastie des Mérovingiens régna d abord sur les Francs Saliens, puis, après les conquêtes de Clovis (roi de 481 à 511) sur l ensemble de la Gaule. Malgré l existence présumée de Mérovée, les Mérovingiens n apparurent vraiment dans l histoire qu avec Chlodion (mort vers 460) qui fut roi de Cambrai et avec Childéric 1 er, qui fut roi de Tournai et père de Clovis. Itinéraire de Clovis Si l on connaît assez mal la vie de Clovis 1 er, on peut néanmoins retracer les grandes étapes de son itinéraire. 465 : naissance de Clovis (ou Chlodovechus, c est-à-dire Louis), fils de Childéric 1 er. 481 : mort de Childéric 1 er ; Clovis devient roi des Francs Saliens de Tournai. 486 : Clovis s attaque au royaume de Syagrius (entre Seine et Loire, voir leçon précédente) qu il bat près de Soissons. 493 : Clovis épouse la princesse burgonde Clotilde, fille du roi Chilpéric. 496 : il s attaque aux Alamans qu il écrase au cours de la bataille de Tolbiac (ville située sur le cours moyen du Rhin : aujourd hui Zülpich). Clovis se convertit à la religion catholique, sous l influence de sa femme, la reine Clotilde. 498 ou 499 : Clovis et 3 000 guerriers de sa tribu se font baptiser à Reims par l évêque saint Rémi. 500 : Clovis s attaque aux Burgondes. 507 : avec l aide des Burgondes, Clovis bat les Wisigoths à Vouillé (près de Poitiers) et les rejette en Espagne, s emparant ainsi de l Aquitaine. 509 : il soumet les Francs Ripuaires (regroupement de tribus germaniques) après les avoir battus près de Cologne. 511 : mort de Clovis ; son royaume s étend alors du Rhin aux Pyrénées ; il était devenu le maître de toute la Gaule, à l exception de la Gascogne, du royaume burgonde et du littoral méditerranéen. Clovis fut inhumé dans la basilique des Saints Apôtres, à Paris, qu il avait fait bâtir (aujourd hui église Ste-Geneviève) ; plus tard ses restes seront transportés dans la basilique St-Denis. La Gaule en 481 À l avènement de Clovis, mis à part le royaume des Francs, la Gaule était divisée en quatre territoires ayant leurs propres chefs : le royaume de Syagrius, qui s étendait entre la Somme et la Loire ; à sa tête un fonctionnaire romain : Syagrius, qui s était constitué une sorte d état indépendant au sein de l Empire romain

d occident. le royaume des Wisigoths : il s étendait de la Loire au sud de l Espagne ; de 484 à 507, leur roi fut Alaric II. le royaume des Burgondes : axé sur les vallées du Rhône et de la Saône, il s étendait du nord au sud, de Langres à Avignon et d ouest en est, entre la vallée de la Loire et le lac Léman. les Alamans : tribus germaniques récemment installées en Gaule, étaient établis en Alsace et dans le sud-ouest de l Allemagne. À cette diversité de peuples s ajoutait la diversité des religions : la population gallo-romaine était catholique et les évêques jouaient un rôle très important dans la vie politique (on verra comment Clovis sut obtenir leur appui Ŕ notamment grâce à sa conversion Ŕ pour parvenir à ses fins : accroître son empire). Les Wisigoths et les Burgondes étaient chrétiens, mais ariens, c est-à-dire ennemis de la hiérarchie catholique ; les Francs et les Alamans étaient païens. Les conquêtes de Clovis À la fois guerriers et cultivateurs, les Francs possédaient une grande supériorité militaire sur leurs ennemis. La violence et la guerre faisaient partie de leur mode de vie. La structure de la société franque relève de l organisation militaire : le roi est le chef suprême ; il est entouré de sa garde formée des compagnons fidèles qui le suivront jusqu à la mort. L armement est d une rare qualité (habiles forgerons, les Francs savaient fabriquer un acier d une résistance et d une souplesse remarquables) ; les chefs portent un casque (rare et cher), une longue épée, une lance, une hache et un bouclier. Les guerriers tirent à l arc, possèdent un couteau et parfois, selon leurs ressources, une courte épée et une hache à deux tranchants, la francisque. Au cours de son règne, déjà, le roi Childéric*, père de Clovis, avait su devenir l allié privilégié des autorités romaines de la Gaule du nord, en luttant contre les Wisigoths aux côtés d Aegidius, chef de l armée romaine. Childéric fut pratiquement un roi franc au service de l empire romain. Clovis, à son tour, utilisa la même politique pour parvenir à conquérir toute la Gaule. Lorsqu il s attaque à Syagrius, successeur d Aegidius à la tête du royaume de Soissons, Clovis sait qu il se concilie les bonnes grâces des évêques du nord de la Gaule, ceux-ci étant mécontents de l attitude du roi romain face aux Wisigoths. La campagne de Clovis face à ces derniers (qu il bat à Vouillé en 507), considérés comme hérétiques puisqu ariens, prend l aspect d une croisade pour la défense du catholicisme. Sa conversion, à la demande de la reine Clotilde, puis son baptême à Reims par l évêque saint Rémi, la construction de la basilique des Saints Apôtres à Paris (dont il avait fait sa capitale) et, enfin, l un de ses derniers actes de roi, la convocation à Orléans d un concile chargé de réorganiser l Église des Gaules, auquel assistèrent près de la moitié des évêques de Gaule, autant de preuves de sa loyauté et de son soutien données à la hiérarchie catholique. Autre preuve de l habileté politique de Clovis pour la conquête de la Gaule : les grands propriétaires laïques n ayant pas été dépouillés de leurs terres, ceux-ci se rallièrent à lui. Les Gallo-romains ne furent pas traités en vaincus, mais en alliés des Francs. Clovis eut successivement trois capitales : Tournai d abord, puis Soissons et enfin Paris. Le baptême de Clovis

L histoire a prouvé que la conversion d un roi fut souvent une affaire politique ; celle de Clovis lui ouvrit la Gaule du sud. La cérémonie eut lieu à Reims, dans la ville de l évêque saint Rémi. Décor grandiose pour impressionner les chefs et les guerriers francs. Clovis a revêtu la robe blanche des catéchumènes, il prononce la profession de foi catholique, descend dans la piscine du baptistère où Rémi lui donne l onction. À sa suite, 3 000 guerriers francs sont baptisés. Clovis était devenu le 1 er roi germanique catholique. La Gaule était un royaume et Paris sa capitale. Hélas, l unité sera brève : selon la loi germanique, à la mort de Clovis, en 511, le royaume fut partagé entre ses quatre fils : Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire. *Ne pas confondre Childéric, père de Clovis, et Chilpéric, roi des Burgondes. CHARLEMAGNE ET L EMPIRE CAROLINGIEN LEÇON 6 La fin d une dynastie La loi germanique selon laquelle le royaume d un roi mort devait être partagé entre ses fils amena la décadence de la Gaule mérovingienne : Clovis laissait quatre fils ; elle fut donc divisée en quatre royaumes ; l unité se rétablit un moment lorsque ses trois frères étant morts, le survivant, Clotaire 1 er, resta seul roi (558 Ŕ 561) ; mais il eut à son tour quatre fils et ce fut à nouveau l éclatement. Si Dagobert fut, après Clovis, un roi remarquable (629 Ŕ 639), après sa mort, le royaume se déchira, la brutalité des mœurs, la perfidie, la cruauté se déchaînèrent. Les rois mérovingiens, pour s attacher leurs chefs de guerre, étaient souvent amenés à leur distribuer des parcelles du domaine royal. Les successeurs de Dagobert perdirent leur autorité au profit des grands propriétaires, leur pouvoir au profit du chef des domestiques du palais royal : le maire du palais. On a donné aux derniers rois mérovingiens le nom de rois fainéants. Vers 720, l un d eux, Charles Martel (le surnom de Martel lui fut donné plus tard, suite à ses succès militaires), se rendit maître de presque toute la Gaule (c est lui qui arrêta à Poitiers en 732 une invasion arabe venue d Espagne). S il n osa pas prendre le titre de roi, son fils Pépin le Bref détrôna le dernier roi mérovingien en 751 et prit sa place. Le pape légitima cette prise de pouvoir. Une nouvelle dynastie venait de naître : celle des Carolingiens, Charles (Martel) se disant Carolus en latin. Tous deux, Charles Martel et Pépin le Bref, défenseurs du catholicisme face aux Arabes et aux païens, durent leur réussite, comme Clovis, à l appui de l Église. Les Carolingiens Le coup d état de Pépin le Bref en 451 fut suivi de deux faits importants qui installèrent solidement la nouvelle dynastie dans une politique d entente avec l Église. Ce fut tout d abord le sacre de Pépin, une fois par le missionnaire anglo-saxon saint Boniface, puis par le pape Étienne II lui-même. Pépin considéra alors qu il était roi par la volonté de Dieu (cette royauté de droit divin durera en France sans interruption pendant plus de mille ans, ne cessant qu avec la Révolution).

Deuxième fait : le roi Pépin fit don au pape du duché de Ravenne, c était à l origine des États de l Église. Par ailleurs, saint Boniface fut chargé de réformer le clergé de Gaule, tombé en décadence. Charlemagne Le fils de Pépin le Bref, Charlemagne (qui régnera de 768 à 814), continua la même politique, donnant un essor considérable à la dynastie carolingienne. Sa vie nous est connue grâce aux écrits de son ami le moine Eginhard. Robuste, grand chasseur et grand nageur, simple de goûts, très pieux, Charlemagne n eut pas de capitale fixe, mais un certain nombre de villas en différents points de la Gaule et il se rendait de l une à l autre. Ce ne fut qu à la fin de sa vie qu il résida à Aix-la-Chapelle. Les campagnes de Charlemagne Charlemagne passa une grande partie de sa vie à faire la guerre, disposant d une armée forte et bien organisée. Pour cela, chaque propriétaire foncier devait fournir et équiper une armée constituée de ses propres paysans. Ses expéditions victorieuses furent menées contre les Lombards, contre les musulmans et contre les Germains restés païens. En 771, les Lombards menacèrent à nouveau Rome ; le pape ayant demandé son aide, Charlemagne entra en campagne, battit les Lombards et déposa leur roi Didier, pour se faire couronner ensuite roi des Lombards (774). Contre les musulmans, qui menaçaient toujours le sud du royaume, Charlemagne passa les Pyrénées et constitua un territoire de sécurité qu on appela la Marche d Espagne. C est au cours d une de ces expéditions que son arrière-garde, commandée par Roland, fut exterminée au col de Roncevaux, par des pillards, les montagnards basques (778). Trois siècles plus tard, on s empara de l événement pour l embellir et en faire le premier chef-d œuvre de la littérature française : la Chanson de Roland. Les plus dures des campagnes de Charlemagne, et les plus nombreuses, furent celles qu il mena contre les Saxons, peuple de païens pillards établis au nord-ouest de la Germanie, entre le Rhin et l Elbe. Il fallut vingt expéditions pour en venir à bout, avec des épisodes d une terrible cruauté. Vers 800, le chef saxon Widuking se soumit enfin et les Saxons consentirent à se convertir au catholicisme. Après l annexion de la Bavière, au sud du Danube, c est toute la Germanie qui faisait partie désormais de l empire carolingien. Plus à l est encore, Charlemagne parvint à soumettre à sa loi les Slaves et les Avars, qui étaient un peuple de race jaune, proche des Huns. Dans toutes ces régions conquises, il fit ouvrir des routes, construire des forteresses et des églises, créant tout un réseau de villes ouvertes à la civilisation. L organisation carolingienne Ami de l ordre, autoritaire et consciencieux, Charlemagne aimait à gouverner lui-même, en s appuyant sur quelques conseillers, domestiques autant que ministres. Dans chacun des 200 comtés que comprenait le royaume, l autorité était assurée par un comte tenant lieu à la fois d administrateur, de chef militaire, de juge et de collecteur des impôts ; un évêque, choisi par l empereur, l aidait dans sa tâche. Des envoyés spéciaux, les missi-dominici, contrôlaient le bon fonctionnement de l ensemble

des comtés. Pour prendre les décisions importantes, Charlemagne consultait les chefs de l aristocratie puis publiait, sous forme de capitulaires, les règles arrêtées en commun. Une coutume, déjà en usage sous les Mérovingiens, fut officiellement adoptée ; il s agit de celle qu on a appelée la recommandation et qui est à l origine du système féodal. Pendant la période des troubles, les plus faibles parmi les seigneurs avaient pris l habitude de se mettre sous la protection des plus forts ; en échange de l aide apportée aux travaux des champs ou pendant les guerres, le protecteur (le suzerain) offrait l aide de son armée à son vassal. L essor des lettres et des arts Sous le règne des rois fainéants, l ignorance du latin était devenue générale. Charlemagne voulut un clergé cultivé, capable de lire les Saintes Écritures, des fonctionnaires instruits et compétents (tous les textes étaient alors rédigés en latin). On développa donc l instruction : des écoles s ouvrirent près des cathédrales et des monastères. Il y eut à nouveau en Gaule des auteurs capables de créer, dans un latin correct, des poésies religieuses, des récits d histoire, des ouvrages de théologie. Dans le domaine des arts, un effort fut également tenté, sous l influence de l art byzantin : des mosaïques, des fresques apparurent dans de nombreuses églises ; bibles et reliquaires s ornèrent de bas-reliefs, les manuscrits furent enjolivés de splendides miniatures aux riches couleurs. Le couronnement de Charlemagne L Église souhaitait rétablir un empire chrétien d occident, avec, à sa tête, un souverain puissant et pieux. L objectif fut réalisé à Rome le jour de Noël de l année 800, avec le sacre par le pape Léon III de Charlemagne devenu empereur d Occident (le titre avait disparu depuis 476). Le prestige de Charlemagne en sortit grandi : le patriarche de Jérusalem lui envoya les clefs de l église du Saint-Sépulcre ; le calife de Bagdad, Haroun al Raschid, lui fit adresser de riches présents. Le partage de l empire Charlemagne mourut en 814 et fut remplacé par Louis le Pieux. Trente ans après, les trois fils de ce dernier se partagèrent l Empire d Occident (843). Charles le Chauve reçut la partie occidentale de l empire, devenant le premier roi de France. HUGUES CAPET ET LES CAPÉTIENS LEÇON 7 D une dynastie à l autre L avènement de Hugues Capet, le 3 juillet 987, aurait pu être dans l histoire de France comme un événement mineur parmi le passage au trône de France de tant de souverains éphémères et souvent sans pouvoir. En effet, il ne marquait ni la naissance d une nation, ni celle d un État.

L arrivée au pouvoir de Hugues Capet allait néanmoins constituer une étape importante dans l histoire de la royauté en France, puisqu elle imposait une nouvelle dynastie, celle des Capétiens, qui régnera sur notre pays pendant 800 ans, jusqu à la Révolution de 1789. Peu après la mort de Charles le Chauve (petit-fils de Charlemagne et fils de Louis le Pieux) en 877, les Français choisirent pour roi, non pas un Carolingien, mais le comte Eudes, le vaillant défenseur de Paris contre les Normands et fils du fameux Robert le Fort, qui s était illustré contre ces derniers. À la mort de Eudes, en 898, la couronne revient à nouveau à un Carolingien, Charles III le Simple ; mais celui-ci eut à affronter la toute puissance des Robertiens. Il dut accorder au fils de Eudes, Robert, le titre de duc des Francs, ce qui lui conférait l autorité sur les pays situés entre la Seine et la Loire. Hugues le Grand, son fils, devint, de 923 à 956, le baron le plus puissant du royaume. Dédaignant la couronne pour lui-même, il disposait en fait de la royauté lors de l élection des différents souverains : Louis IV en 936, puis Lothaire en 954. En 986, le fils de Lothaire devint roi sous le nom de Louis V : ce fut le dernier souverain carolingien français. Le 21 mai 987, il était tué lors d un accident de chasse, ne laissant pas d héritier. Lors de l assemblée de Senlis, sur proposition de l évêque de Reims Adalbéron, les grands du royaume offrirent le trône de France au duc des Francs Hugues Capet, fils de Hugues le Grand. Ils avaient préféré donner la couronne à l un d entre eux plutôt qu à un descendant de Charlemagne qui les aurait peut-être dominés. Il faut noter qu à cette époque la couronne de France n était pas encore héréditaire mais élective. Hugues Capet reçut donc l onction royale le 3 juillet 987, à Noyon. La famille des Robertiens assurait donc à nouveau le pouvoir. Sous le nom de Capétiens, elle le conservera jusqu à la Révolution (rappelons que lors de son procès devant la Convention, Louis XVI comparut sous le nom de Capet). Le roi de France face aux seigneurs Quand on parle de France à cette époque, il faut distinguer deux choses : un royaume formé d un ensemble de provinces placées sous l autorité de grands seigneurs appartenant à un ordre, la noblesse (ducs, marquis, comtes, vicomtes, barons, chevaliers) et un domaine royal placé sous l autorité du roi, grand seigneur lui-même. Peu avant l an 1000, le royaume de France était sensiblement le même que celui qui était issu du partage de Verdun en 843. Son territoire équivalait à une soixantaine de nos départements actuels. Au nord, il englobait la Flandre, jusqu à l embouchure de l Escaut ; au sud, il allait jusqu à Barcelone, comprenant donc une grande partie de la Catalogne ; à l est, il était limité par le cours de la Meuse, de la Saône et du Rhône. Le royaume était principalement constitué de deux ensembles qui s opposaient par la culture, par la langue, par les structures sociales et, même, par l origine ethnique des populations : au nord, la Francia était encore très germanique ; les habitants parlaient différents dialectes appartenant à la langue d oïl ; les petits seigneurs étaient nombreux et régis par un système féodal très hiérarchisé. Au sud, les pays de langue d oc, proches du latin et issus de l ancienne civilisation gallo-romaine, avaient mieux résisté à la germanisation ; les fiefs y étaient plus étendus, les seigneurs moins belliqueux. Manquant d unité, la France souffrait d être morcelée en un grand nombre de fiefs et de seigneuries, qui reconnaissaient difficilement l autorité du roi. Nombreux étaient les fiefs, comme les duchés de Normandie et d Aquitaine (dirigés par des ducs), les comtés de Flandre, de

Champagne et de Toulouse (dirigés par des comtes) qui étaient plus étendus et plus puissants que le domaine royal lui-même (voir les cartes). En effet, l ancien duché d Île-de-France, dont Hugues Capet était le seigneur, ne correspondait en gros qu à deux de nos départements, s étendant des environs de Compiègne aux confins sud d Orléans ; à l intérieur même de ce domaine, l Église possédait quelques enclaves. De plus, pendant plus d un siècle, les rois capétiens durent affronter et mater leurs propres vassaux, petits seigneurs belliqueux et envieux comme ceux de Coucy, du Puiset, de Montlhéry. Hors domaine royal, le souverain avait une situation encore plus précaire. En principe, le roi était le chef suprême, le suzerain, selon le système féodal, de tous les puissants ducs et comtes qui étaient ses vassaux. En réalité, il avait fort à faire pour asseoir son autorité. Autre faiblesse du régime : la monarchie était toujours élective et non héréditaire : le roi se trouvait donc être l obligé de ses électeurs, prélats et barons, vis-à-vis desquels il devait prendre des engagements et les respecter (ainsi Hugues Capet dut distribuer une partie de son domaine royal pour remercier ses électeurs*). Le roi n apparaissait donc que comme un grand féodal parmi d autres, militairement et financièrement moins puissant qu eux. Paris n était pas encore sa capitale (il faudra attendre Philippe Auguste) : le roi se déplaçait dans son domaine, habitant tour à tour ses différentes villas. Par contre, si exigu que fût son domaine, le souverain avait l avantage d avoir été élu et, surtout, sacré (donc il était l élu de Dieu), ce qui lui apportait l appui de l Église, très important à cette époque. L œuvre d Hugues Capet Le roi mourut le 24 octobre 996. Il laissait une œuvre politique importante, ayant eu le mérite de jeter les bases d une dynastie dont le caractère religieux ne cessa de s affirmer par la suite, ce qui permit d assurer la longévité des Capétiens. Roi féodal, il sut recueillir l héritage des Carolingiens et s imposer face à des seigneurs plus riches et plus puissants que lui. Le duc de Normandie rêvait de franchir la Manche pour conquérir l Angleterre (il le fera quelques années plus tard) ; le duc d Aquitaine et le comte de Toulouse rêvaient de s étendre au-delà des Pyrénées ; le comte de Flandre mena sa propre politique dans les pays d Empire et, plus tard, en Terre sainte. Hugues Capet réussit par ailleurs à dresser les uns contre les autres ( diviser pour régner ) ces féodaux belliqueux. Enfin, malgré des difficultés avec Rome, le roi sut éviter le schisme. Il léguait à son fils, roi sous le nom de Robert II le Pieux (996 Ŕ 1031) une France puissante et une fonction qu il avait su rendre prestigieuse. Une nouvelle menace pour la France Jusqu en 1314, les rois capétiens eurent tous la chance d avoir un fils qui leur succéda (ils les firent élire et sacrer de leur vivant, rendant ainsi, indirectement, la couronne héréditaire). Les Anglais avaient chassé les Danois et s étaient à nouveau donné un roi anglo-saxon. Lorsque l un d eux, Harold, monta sur le trône, en 1066, le duc de Normandie, Guillaume (qu on appela plus tard le Conquérant ) prétendit avoir des droits à la couronne. Il débarqua en Angleterre, battit Harold à la bataille d Hastings et se fit couronner roi. Le roi de France eut alors, face à lui, l un de ses vassaux à la fois duc de Normandie et roi d Angleterre. La menace était grande. Elle ne manqua pas de se concrétiser lors des longs affrontements qui suivirent entre la France et

l Angleterre. * Voir l extrait de la charte de 989 sur notre tableau ; on notera, en bas, la date donnée en chiffres romains D CCCC L XXX VIIII AU TEMPS DES CHÂTEAUX FORTS LEÇON 8 Une étrange fascination émane des châteaux forts, qu ils soient encore debout, en ruines ou restaurés. Dressés sur une colline, un escarpement rocheux, au bord de la mer ou dominant une ville, ils évoquent pour nous les vieilles légendes, les contes, les récits ou les chansons : chevaliers, belles dames, pieux paladins hantent leurs vieilles pierres. Un château fort, c est essentiellement un espace entouré d une enceinte, qui sert à la fois d habitation, de refuge et d endroit d où l on peut harceler l assaillant. Paysans (serfs ou vilains), animaux domestiques y trouvent asile parfois lorsque l ennemi est en vue. Le château fort, c est le Moyen-Âge : on en a construit entre 1100 et 1400, en premier lieu pour se protéger des attaques des Normands. Au début, simple butte de terre couronnée d une palissade de bois (la lice), parfois d un mur de pierre entouré d un fossé, le château fort prit peu à peu du volume : l art des fortifications se perfectionna, les murs prirent de la hauteur et de l épaisseur ; le donjon apparut : c était l ultime lieu de refuge lorsque l ennemi était parvenu à franchir les enceintes (on y trouvait un puits, les réserves de toutes sortes, les étages supérieurs servant d habitation). Utilisation du tableau La reconstitution d un château féodal permettra d étudier les différents moyens de défense face aux assaillants, d acquérir un vocabulaire très spécialisé : Le chemin de ronde : les défenseurs y sont protégés lors de leurs déplacements Les tours d angle La tour de guet Les créneaux et les merlons Les mâchicoulis : on pouvait faire tomber sur l assaillant des blocs de pierre, de l huile bouillante Les meurtrières : les archers pouvaient tirer sans s exposer Le donjon Le pont-levis et sa herse Une poterne : porte ouverte dans le rempart et donnant sur le fossé Une courtine : mur reliant deux tours Une barbacane : élément de défense avancé situé en avant du pont-levis et protégé parfois par une palissade de bois (ou lice) Les douves (fossé) Dans la cour du château sont les logis du seigneur, la chapelle, les bâtiments des serviteurs, des hommes d armes, etc. Un dédale de corridors, d escaliers, de chemins de ronde, taillés le plus

souvent dans l épaisseur des murs, permettait aux défenseurs de passer rapidement et sans danger d un point de la forteresse à l autre. Par les poternes, la garnison pouvait envoyer des messagers demander du secours auprès d un seigneur voisin ou des espions pour connaître l importance des forces ennemies, des soldats pour prendre les assaillants à revers. Bien souvent, un souterrain partait du château pour déboucher dans la plaine, permettant ainsi de communiquer avec l extérieur ou, solution extrême, d évacuer la forteresse. L attaque du château La partie la plus vulnérable du château fort était l entrée ; on s ingénia à en renforcer l accès grâce à des ouvrages avancés (barbacanes, lices), des châtelets, des chemins étroits exposés aux jets de pierre, de flèches, d huile bouillante, de plomb fondu, etc. Le moyen le plus efficace pour faire tomber le château était le siège (certains pouvaient durer jusqu à deux ans). Les engins de siège : échelles d escalade, catapultes, pierriers (dérivés des catapultes romaines, ils pouvaient lancer des pierres ou des tonneaux remplis de matières incendiaires ; leur portée pouvait atteindre 175 m), béliers, tours mobiles en bois, etc. se révélaient souvent inefficaces tant les murs étaient épais et solides. Il existait un autre moyen d attaque de la forteresse : la sape ; les assiégeants creusaient, sous une partie vitale de la forteresse, un tunnel qu ils étayaient à l aide de poutres : en y mettant ensuite le feu, ils provoquaient l éboulement de l ouvrage. C est l apparition des bouches à feu qui mit fin à l infaillibilité des châteaux forts : des boulets de pierre pesant jusqu à 300 kg, des boulets de fer de gros diamètre parvinrent à avoir raison des remparts ; l ennemi s engouffrait alors dans la brèche, prenant les défenseurs à revers. La féodalité Elle est née de l abandon d une grande partie de son pouvoir par le roi, au profit des seigneurs plus riches que lui. Dans ce système structuré, le seigneur est propriétaire d un bien rural, le fief, qu il concède à un vassal, à charge de redevance et en prêtant foi et hommage. La féodalité est basée sur une hiérarchie : le suzerain apporte sa protection à son ou à ses vassaux, mais ceux-ci peuvent avoir eux-mêmes des vassaux, tout comme le seigneur peut être le vassal d un autre seigneur plus riche et plus puissant. Cette hiérarchie de personnes et de fiefs aboutit, au sommet, au roi, qui, bien qu ayant perdu son autorité directe sur les hommes dans le ressort des grands fiefs, se voit ainsi reconnaître une supériorité féodale. Vilains et serfs sont sujets du seigneur qui perçoit la taille, bénéficie de la corvée et des banalités (servitudes consistant dans l usage obligatoire et payant des objets ou installations appartenant au seigneur, comme le four, le moulin, etc.). Poètes et chanteurs C est en France du Sud (pays de langue d oc, oui se disant oc dans ces régions) que les premiers textes littéraires en français vulgaire ont été écrits à partir du XI e siècle. Leurs auteurs s appelaient : au Sud, des troubadours ( ceux qui trouvent ), au Nord, des trouvères (en langue d oïl). Parmi les troubadours, on peut citer Guillaume, comte de Poitiers, Bernard de Ventadour, Janfré Rudeil ; ils chantent l aventure, les miracles, la guerre, la croisade, les belles dames,

l amour courtois (le chevalier est entièrement dévoué à sa dame). Ils composent des chansons de geste (célébrant les exploits des preux et les amours impossibles), des pastourelles. Au Nord, citons Chrétien de Troyes, Conon de Béthune, le comte Thibaut de Champagne. Au château fort, passent les jongleurs, qui chantent les œuvres des troubadours et des trouvères, s accompagnent du luth, de la vielle à archet, du rebec, de la viole. On danse au château, mais aussi au village (la cornemuse, la flûte et le chalumeau pour les instruments à vent ; la harpe). Au château, ce sont des danses raffinées, celles que «vilains ne pourroient avoir» : elles accompagnent les tournois, les cérémonies, les entrevues ; pour les paysans, la danse est la rencontre et la distraction, la détente préférée de tous. Une fois le dur labeur accompli, c est le délassement, le repos, le plaisir d être réunis. Elle accompagne les noces paysannes, les kermesses, les fêtes agraires (moissons, vendanges). La chevalerie Au début du XII e siècle, une nouvelle méthode de combat est mise au point : on délaisse l épée pour la lance ; le tournoi voit le jour. La guerre devient alors un art de spécialistes, la nouvelle escrime à la lance exige en effet un équipement coûteux (armure, destriers) et un entraînement soutenu. Le haubert à lui seul (longue cotte de mailles) est évalué aux prix d achat d une tenure (terre) assez vaste pour faire vivre un paysan et sa famille ; le cheval de combat (destrier) vaut cinq bœufs de labour. Seul un petit nombre de seigneurs sont en mesure de soutenir un tel train de vie ; peu à peu apparaît une aristocratie de la fortune, la chevalerie, qui deviendra héréditaire et se forgera de véritables et durables privilèges. LE TEMPS DES CATHÉDRALES LEÇON 9 Quand les villes deviennent prospères C est au début du XII e siècle que les villes françaises connaissent une prospérité nouvelle : leur population augmente, les activités se multiplient ; la cité grandit, s étend et se dote de nouveaux remparts. Les croisades ont accru les échanges commerciaux entre l Orient et l Occident, donnant une impulsion décisive au négoce en Méditerranée. Les foires, à date fixe, naissent un peu partout, notamment en Champagne et en Flandre, amenant l afflux de la richesse et l indépendance des villes qui, échappant à la tutelle seigneuriale, se constituent en communes. C est la cathédrale qui se révèle comme le centre de la vie urbaine et l on n y vient pas que pour prier : bourgeois, artisans s y rencontrent, organisent des réunions professionnelles, des fêtes. C est en somme la maison de tous. On prétend que celles d Amiens et de Paris sont si vastes que toute la population de la ville peut y tenir! Le parvis est le lieu des rassemblements : on se rencontre là pour discuter, pour régler des affaires. C est aussi l endroit où sont représentés les premiers mystères (pièces de théâtre à caractère religieux). Malheureusement, la cathédrale est souvent entourée d une gangue de maisons serrées les unes contre les autres, donnant sur un réseau serré de ruelles parfois mal famées. Les bâtisseurs de cathédrales sont amenés à multiplier les performances et leurs chefs-d œuvre

sont de plus en plus grands, de plus en plus hauts, laissant davantage de place à la lumière. À Noyon, la voûte d ogives est bâtie à 23 mètres au-dessus de la nef ; et les records succèdent aux records : Laon monte à 24 m et enchâsse dans sa façade les premières roses. En 1180, grâce à l utilisation des arcs-boutants, qui renforcent la solidité des murs, Notre-Dame de Paris s élève à 35 m. Avec une voûte encore allégée, Chartres atteint 36,5 m. Bourges arrive à 37,15 m, Reims à 38 m et le record est atteint par Amiens avec une hauteur de 42,5 m. Qui finance les cathédrales? Au siècle précédent, un moine nommé Suger, abbé du monastère royal de Saint-Denis, près de Paris, avait voulu, dans un élan de ferveur religieuse, embellir l église abbatiale pour en faire un joyau à la gloire de Dieu et à celle du roi. Suivant son exemple, les évêques des villes françaises (l évêque est à cette époque un personnage particulièrement important) voulurent avoir leur cathédrale et la plupart des évêchés du domaine royal (c est-à-dire l Île-de-France) entreprirent alors de transformer eux aussi leur église épiscopale pour en faire une cathédrale. En certains endroits les bourgeois se révoltèrent parce que les taxes à payer se révélaient trop lourdes et que l édifice à bâtir ne semblait pas valoir la dépense qu on leur imposait. Dans certaines villes même, ils obligèrent les responsables à fermer les chantiers, à licencier l armée des charpentiers, des maçons, des tailleurs de pierre, etc. Pourtant, nombreux furent ceux qui voulurent ces chefs-d œuvre pour leur ville, que ce soit le roi, le clergé, les nobles et même le petit peuple, cela pour des raisons bien particulières à chacun. C est généralement l évêque qui prend l initiative de la construction de ce sanctuaire où il aura son siège, la cathèdre (d où le nom de cathédrale donné à l édifice).* Les premiers fonds sont apportés par lui ; ensuite il fait appel aux chanoines (qui ne peuvent refuser à leur supérieur), aux nobles (qui pensent ainsi s assurer les faveurs de Dieu après leur mort, pour acheter une indulgence ou le droit d atténuer les dures épreuves du carême) ; l une des tours de la cathédrale de Rouen se nomme la Tour du Beurre car elle fut bâtie grâce aux fonds recueillis en compensation de l autorisation donnée par l Église à ceux qui tenaient absolument à manger du beurre pendant les jours maigres!!!), au roi (celui-ci se sent moralement obligé par l exemple de Saint Louis qui offrit 100 000 livres tournois sur sa propre cassette pour assurer la décoration de la Sainte-Chapelle à Paris), au petit peuple des villes, enfin, qui verse son obole sous forme d aumônes et de quêtes. Une armée de bâtisseurs On a vu que, souvent, le décideur est l évêque. Celui-ci doit tout d abord choisir un maître d œuvre, puis recruter des spécialistes très expérimentés : architectes, ouvriers sachant choisir, découper et tailler la pierre (un calcaire au grain très fin appelé pierre de taille ), statuaires, ingénieurs chargés de créer les appareils de levage, maçons, charpentiers, porteurs d eau, charretiers, terrassiers, artistes chargés de réaliser la prodigieuse décoration de la cathédrale (portails, arcs, rosaces, chimères, gargouilles destinées à éloigner les eaux de pluie des façades, etc.). Lorsque les tarifs des entrepreneurs de charrois sont trop élevés (les carrières sont parfois éloignées du lieu de la construction), on agit, comme à Chartres, en faisant appel aux fidèles de bonne volonté qui s attellent aux chariots ; le transport se fait en silence et ce n est qu aux haltes qu on chante les cantiques et les hymnes, en confessant ses péchés à la lueur des cierges. L armée des compagnons pose parfois des problèmes de logement et l on élève des camps de planches. Comme le chevalier entouré de ses écuyers, le maçon est suivi de ses aides (dans les

gros chantiers on dénombre parfois 400 maçons et ouvriers!). On compte, par chantier, une cinquantaine de forgerons et de charpentiers. Verriers et plombiers viendront plus tard. On échafaude peu à cette époque : on utilise le système de construction par plates-formes successives ou par plans inclinés. L art gothique C est au XII e siècle en Île-de-France qu apparaît l art gothique ; d abord limité au domaine royal, il gagnera peu à peu toute la France, puis l Europe. Ce fut avant tout un art urbain. C est aux environs de 1100 qu une nouvelle technique de construction apparaît en France : la croisée d ogives. Elle fut utilisée pour la première fois en 1122, à Morienval, dans l Oise ; les ogives sont construites avant la voûte et constituent une solide armature pour la nef, dont les piliers peuvent alors s élever très haut. L autre nouveauté est l adoption des arcs-boutants : reposant sur un massif de maçonnerie, ils sont maintenus en place par la masse verticale du pinacle (cône, ou pyramide, placés au sommet d une culée). Ils chevauchent les bas-côtés de l édifice, s appuyant aux points précis où les ogives de la voûte retombent sur les piliers qui les portent, renforçant ainsi, de l extérieur, la stabilité de l ensemble. D année en année, ils gagneront en légèreté, certains prenant l aspect de véritables dentelles de pierre. Les vitraux C est à Saint-Denis qu on peut voir les plus anciens vitraux datés avec certitude. Connu depuis l Antiquité, l art du verrier retrouve, avec les cathédrales, un nouvel essor. Les nombreux fragments de verre coloré, reliés par des réseaux de plomb, représentent des figures majestueuses, des scènes pittoresques ; sur les grandes roses on trouve surtout Jésus et Marie ; les médaillons racontent l Apocalypse ou illustrent les signes du zodiaque. Les riches donateurs se font représenter sur les vitraux ; on y voit aussi les gestes des métiers, des légendes saintes, des épisodes de la Bible que les fidèles viennent lire comme de magnifiques livres d images. Les principaux édifices gothiques (cathédrales ou basiliques) sont : XII e siècle : Saint-Denis, Senlis, Morienval, Paris, Soissons, Noyon, Laon, Sens. XIII e siècle : Amiens, Beauvais, Rouen, Chartres, Strasbourg, Troyes, Auxerre, Reims, Bourges, Poitiers, Limoges, Clermont, Tours, Angers, Le Mans, Toulouse, Albi, Lyon, Dijon, etc. * Un discours ex cathedra est prononcé du haut de la chaire. AFFIRMATION DU POUVOIR ROYAL : PHILIPPE AUGUSTE LEÇON 10 Philippe II, dit Auguste Les successeurs de Hugues Capet firent peu pour l affirmation du pouvoir royal et l agrandissement du domaine royal. Les progrès ne commencèrent qu avec Louis VI (roi de 1108 à 1137) qui sut s imposer à la fois contre les

seigneurs brigands de son domaine et contre les grands feudataires indociles hors de son domaine. En mariant son fils à l héritière de l immense duché d Aquitaine, il réalisa un coup de maître. Louis VII (roi de 1137 à 1180), bien conseillé par Suger, fut un justicier et un défenseur des petites gens ; il dirigea la seconde Croisade (1147-1149). Malheureusement, en 1152, il répudie la reine Aliénor d Aquitaine et celle-ci épouse un seigneur français, Henri Plantagenêt, qui deviendra roi d Angleterre en 1154, sous le nom de Henri II. Le fils de Louis VII monte sur le trône en 1180 sous le nom de Philippe II ; on le connaît mieux sous le nom de Philippe Auguste. Les historiens ne sont pas d accord sur l origine de l adoption du mot Auguste : on pense néanmoins que c est son médecin et biographe, le moine de St-Denis nommé Rigord, qui le lui attribua «parce que les Anciens appelaient ainsi les empereurs qui augmentaient le domaine de l État». Il régnera pendant 43 ans (l un des plus longs règnes de l histoire de France). La puissance d Henri II Plantagenêt Le futur Henri II d Angleterre était français (angevin par son père, normand par sa mère) ; ce nom de Plantagenêt avait été adopté par son père, le comte Geoffroy d Anjou, parce qu il portait un genêt à son casque. Henri possédait déjà la Touraine, l Anjou et la Normandie : son mariage avec Aliénor d Aquitaine, en 1152, lui apporte l Aquitaine, c est-à-dire le centre et le sud-ouest de la France. Face à lui, Philippe Auguste va trouver un roi d Angleterre possédant la moitié de la France, avec des villes aussi riches que Rouen, Angers, Tours, Poitiers et Bordeaux (voir notre tableau). Essor de la monarchie capétienne À la mort de Louis VII en 1180, Philippe II n a que 15 ans ; très populaire en France, il avait pratiquement assuré le pouvoir depuis plus d un an, bénéficiant d une maturité étonnante. Intelligent, doté d un jugement rapide et sûr, d une grande volonté, il était doué plus pour l intrigue que pour la guerre ; son sens politique lui permit de triompher dans sa lutte contre les Plantagenêts, sachant se servir des gens, utilisant à merveille leur discorde (on le verra avec les deux fils d Henri II : Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre, dressés contre leur père), n hésitant pas à se servir au besoin des moyens les plus perfides. Par ailleurs, il sut éviter d être sous la dépendance du clergé. En un peu plus de 40 ans, Philippe Auguste parviendra ainsi à tripler la superficie du domaine royal et à s imposer sur les puissants seigneurs de la couronne de France. Ce fut un grand règne : grâce à lui, la dynastie capétienne l emporta définitivement sur les puissants et turbulents Plantagenêts, l autorité monarchique s accrut dans tous les domaines, une véritable administration se mit en place. La 3 e Croisade C est la prise de Jérusalem par Saladin, maître musulman de l Égypte, le 2 octobre 1187, qui déclencha la 3 e Croisade. Elle fut menée conjointement par l empereur allemand Frédéric Barberousse, le roi d Angleterre Richard Cœur de Lion (l un des fils d Henri II Plantagenêt) et le roi de France Philippe Auguste. Ce sont donc les trois plus puissants souverains d Occident qui prenaient la croix à l appel du pape et à celui des chrétiens fixés en Terre sainte (dont Guy de Lusignan, roi de Jérusalem). Cette fois, on avait écarté de l aventure femmes, enfants, pèlerins, pauvres gens : les Croisés étaient des gens de guerre expérimentés. Au cours de leur séjour en Sicile (hiver 1190), Philippe et Richard se fâchèrent ; le premier débarqua seul en Syrie, le second s attardant à prendre l île de Chypre. La mort de Frédéric Barberousse (noyé lors de la traversée d une rivière en Asie Mineure, le 10 juin 1190) avait provoqué la dislocation de l armée allemande, venue par voie de terre. Philippe Auguste rentra seul en France, laissant Richard diriger seul la Croisade pendant 14 mois. Ce dernier ne parvint pas à reprendre Jérusalem et dut conclure une trêve avec Saladin en septembre 1192, reconnaissant les conquêtes du prince musulman. La 3e Croisade se révéla donc être un échec. La lutte contre Jean sans Terre

Philippe Auguste sut habilement mettre à profit la haine que portaient Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre à leur père Henri II Plantagenêt, la jalousie de Jean contre son aîné Richard, la mort de Richard en 1199 et, enfin, les défauts du nouveau roi d Angleterre, Jean sans Terre. Le roi Jean était un homme mal équilibré, hypocrite et cruel, tantôt insolent, tantôt lâche, prêt à toutes les félonies (il n hésita pas à enlever pour l épouser Isabelle d Angoulême, la fiancée d un de ses vassaux, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, à tuer de ses propres mains son neveu et rival Arthur de Bretagne). Philippe Auguste profita habilement des tares de son adversaire pour lui ravir la presque totalité des biens qu il possédait en France. La prise de Château-Gaillard Vers 1200, Jean sans Terre ayant gravement insulté l un de ses vassaux poitevins (Hugues de Lusignan), celuici en appela au roi de France qui était le suzerain de Jean pour ses possessions normandes et poitevines. Le roi d Angleterre ayant refusé de comparaître pour se justifier, fut déclaré félon et perdit les fiefs qu il possédait en France (1202). Philippe Auguste en profita pour s emparer de la Normandie, de l Anjou et d une partie du Poitou, après avoir assiégé et pris l énorme forteresse de Château-Gaillard qui défendait la vallée de la Seine et avait été construit par Richard Cœur de Lion à l imitation du Krak des Chevaliers, en Syrie. Les troupes de Philippe s emparèrent d abord de l ouvrage avancé, après avoir fait écrouler la grosse tour Sud (voir plan) ; les défenseurs se replièrent alors derrière la première enceinte. Le siège durait depuis plusieurs mois lorsque les attaquants parvinrent à entrer dans l enceinte par les latrines situées dans le sol de la chapelle! Ils abaissèrent alors le pont mobile et firent entrer le gros de la troupe. La seconde enceinte put être éventrée : les défenseurs se rendirent alors, abandonnant le donjon (mars 1204). Bouvines, une victoire nationale En janvier 1213, Jean sans Terre avait été excommunié par le pape Innocent III. En 1214, il lança contre Philippe Auguste une coalition dans laquelle entrèrent notamment le comte Ferrand de Flandre, le comte Renaud de Boulogne, l empereur Otton IV de Brunswick et les vassaux aquitains du roi d Angleterre. Le péril était grand pour le roi de France, attaqué à la fois au nord et au sud du royaume. Philippe sut diviser ses forces : son fils Louis battit Jean sans Terre à la Roche-aux-Moines, près d Angers (2 juillet 1214) tandis que lui-même remportait sur l empereur d Allemagne la célèbre bataille de Bouvines (27 juillet 1214). Le comte Ferrand, prisonnier, fut enfermé au Louvre où il resta 14 ans. Le retentissement de cette seconde victoire fut énorme : il se traduisit par un élan de joie populaire dont on n avait jamais vu d exemple (Bouvines était une victoire française). Les sujets du roi capétien se rapprochèrent de lui, amorçant ce qui devint plus tard le sentiment national. Paris, capitale de la France On a vu que les Carolingiens, comme les premiers Capétiens, n avaient pas de résidence fixe ; Philippe Auguste résida souvent à Paris dont il fit la capitale du royaume. De gros efforts furent entrepris pour agrémenter la ville et pour la protéger : construction de halles, agrandissement des marchés, pavage de certaines rues, multiplication des écoles, développement du port de Grève ; dans l île de la Cité s élevaient le château royal (à l emplacement de l actuel Palais de Justice) et Notre-Dame (commencée vers 1160). Partant pour la 3 e Croisade, Philippe Auguste décidé de mettre Paris et ses 190 000 habitants à l abri des invasions et des attaques ; il fit donc construire l enceinte qui porte son nom : commencée en 1190 sur la rive droite, continuée vers 1200 sur la rive gauche, elle fut achevée en 1213 ; elle était composée de 68 tours, percée de 12 portes, avait 9 m de haut et 3 m d épaisseur. Un ouvrage avancé de la défense ouest de Paris constitue le premier élément de ce qui deviendra plus tard le Louvre.

Des fonctionnaires et des bourgeois Les terres du roi dans le domaine royal étaient administrées par des fonctionnaires appelés prévôts ; le roi leur adjoignit des baillis (appelés aussi sénéchaux, d où le terme de sénéchaussée, qui regroupait plusieurs prévôtés). Adversaire de la grande féodalité, Philippe Auguste favorisa la bourgeoisie (qu il fit entrer à la Cour) et protégea les villes. Quand il partit pour la 3 e Croisade (1190), c est à six bourgeois de Paris qu il confia la garde du Trésor et du sceau royal. LES CROISADES SAINT LOUIS LEÇON 11 Pourquoi des croisades? Une croisade est une expédition, sous la direction du pape, dirigée contre les musulmans, les païens ou les hérétiques. Les huit croisades menées au Moyen-Orient avaient à l origine pour but d enlever aux musulmans la Terre Sainte, celle qui avait vu la mort de Jésus-Christ, c est-à-dire la Palestine. Les participants portaient une croix cousue sur leurs vêtements, d où les noms de croisés et de croisades. C est le pape Urbain II (il résidait alors en France) qui prêcha la 1 ère Croisade (Clermont, 1095). Une raison politique s ajoutait au désir de délivrer le tombeau du Christ : dans la seconde moitié du XI e siècle, un peuple jaune venu d Asie centrale, les Turcs Seldjoucides, avait envahi la Perse, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine, l Asie mineure, et menaçait l Europe orientale. L expédition, chargée de stopper leur avance, avait donc un double but. Si la piété était le mobile dominant, il faut avouer que les Croisés en avaient d autres et, notamment, le goût de l aventure, la recherche de butins et, surtout, le désir de conquérir dans cet orient qu on disait si riche des royaumes nouveaux (ce qui fut le cas ; de plus, une fois ces royaumes conquis, il fallut les défendre ou les récupérer, donc entreprendre de nouvelles croisades). Pierre l Ermite et la Croisade des pauvres gens Le pape fut aidé dans la prédication de la 1 ère Croisade par un moine nommé Pierre l Ermite, qui sut déclencher dans le peuple un enthousiasme extraordinaire. Subjugués, les paysans abandonnèrent leurs biens qu ils vendaient à bas prix pour acheter quelques vivres ; certains ferraient leurs bœufs pour les atteler aux chariots ; on emmenait femmes, enfants, vieillards! Ce fut une véritable folie qui se termina par un massacre : les survivants qui parvinrent en Asie mineure furent exterminés par les Turcs à Nicée en 1096. La première Croisade (1095-1099) Pierre l Ermite et Gauthier Sans-Avoir partirent dès 1095 avec la Croisade des pauvres gens. La Croisade des seigneurs, elle, ne partit qu en août 1096 ; elle était composée d hommes armés et bien organisés : au total 4 500 chevaliers, 30 000 fantassins et 80 000 auxiliaires civils et pèlerins non combattants. Il y eut plusieurs itinéraires à travers l Europe, le rendez-vous étant fixé à Constantinople. Les Français du Nord et les Lorrains, emmenés par Godefroi de Bouillon et Robert, comte de Flandre, partirent de Worms, sur le Rhin, suivant la vallée du Danube. Les Occitans, emmenés par Raymond de St-Gilles, comte de Toulouse, passèrent par le Nord de l Italie, la Dalmatie et les Balkans. Les Neustriens, emmenés par Étienne de Blois, Hugues de Vermandois et Robert Courteheuse, duc de Normandie, traversèrent les Alpes et l Italie pour rejoindre, à Bari, les Normands de Sicile et Bohémond, prince de Tarente ; ils franchirent l Adriatique pour rejoindre ensuite

Constantinople. Les Croisés s emparèrent de Nicée, et écrasèrent l armée turque à Dorylée (1097), prirent Édesse (1097), Antioche (1098) et enfin, le 15 juillet 1099, Jérusalem, dont Godefroi de Bouillon fut proclamé roi. Les autres seigneurs se partagèrent les territoires conquis. Le partage de la Terre Sainte Les seigneurs partagèrent la Syrie et la Palestine en quatre états : le comté d Édesse, la principauté d Antioche, le comté de Tripoli et le royaume de Jérusalem. Pour défendre ces territoires contre les Infidèles, on créa des ordres de moines soldats : les Templiers, les Chevaliers Hospitaliers (possesseurs du gigantesque krak des chevaliers en Syrie) et les Chevaliers Teutoniques (en majorité allemands). La seconde Croisade (1147-1149) C est la reprise d Édesse par les Turcs en 1144 qui provoqua cette seconde croisade. Composée de 70 000 Français et de 65 000 Allemands, emmenée par le roi de France Louis VII et l empereur d Allemagne Conrad III, elle échoua devant Damas. La troisième Croisade (1189-1192) (voir leçon 10) La reprise de Jérusalem par Saladin en 1187 provoqua cette nouvelle expédition, menée conjointement par trois souverains européens : Philippe Auguste pour la France (30 000 Croisés), Richard Cœur de Lion pour l Angleterre (20 000 Croisés) et Frédéric Barberousse pour l Allemagne (100 000 Croisés). La 4 e Croisade (1202-1204) Prêchée en 1200 par Innocent III, elle avait pour objectif l Égypte, mais un événement la fit se transformer en guerre de conquête, bien loin des mobiles pieux. Un prince byzantin, dont le père avait été chassé de son trône de Constantinople, fit appel aux Croisés pour l aider à le reconquérir. Ceux-ci acceptèrent, abordèrent à Constantinople et rétablirent l autorité de l empereur. Cette immixtion des Latins provoqua le soulèvement des Grecs. Les Croisés ripostèrent en prenant la ville d assaut (1204) ; ils se partagèrent la plus grande partie de l empire byzantin et c est un comte de Flandre qui devint empereur!! Le pillage de Jérusalem avait déjà enrichi plus d un Croisé ; cette fois le scandale était grand. L indignation fut si grande en France et en Allemagne qu elle provoqua un sursaut chez les jeunes : ce fut alors la Croisade des enfants (1212) ; celle-ci n aboutit pas, les jeunes Français, affamés, ayant dû se disperser ; les Allemands, faute de moyens, se firent relever par le pape de leur vœu de croisade et beaucoup moururent de faim au retour. La 5 e Croisade (1212-1221) Menée contre l Égypte par Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Échec. La 6 e Croisade (1228-1229) Conduite par Frédéric II, elle permit aux Francs de reprendre Jérusalem, mais pour peu de temps. La 7 e Croisade (1248-1254)

Prêchée par le concile de Lyon ; avec 25 000 Croisés, Saint Louis s embarque à Aigues-Mortes pour Chypre sur des navires génois. Vainqueur à Damielte (1249), le roi de France est battu à Mansourah (1250) et est capturé (il sera libéré plus tard contre une forte rançon). L annonce de la captivité du roi provoqua en France une grande émotion ; des paysans (les pastoureaux) se soulèvent et s attaquent aux communautés juives du royaume. Ils seront écrasés sur l ordre de la régente, la reine Blanche de Castille, mère de Louis IX. Cette révolte porte le nom de Croisade des pastoureaux (1251). La 8 e Croisade (1270-1271) Menée contre Tunis où Saint Louis meurt de la peste (1270). Les survivants débarquent à Acre en 1271, mais échouent. Le krak des chevaliers est perdu. Ainsi se terminaient les Croisades. Conséquences des Croisades Détournées très vite de leur objectif premier, elles furent souvent des guerres de conquête, des occasions de pillage (à propos du sac de Jérusalem, Villehardouin écrit : «le butin fut si grand que nul ne saurait dire le compte d or et d argent, de vaisselles et de pierres précieuses, de satin et de drap de soie Depuis que le monde fut créé, il n en fut autant gagné en une ville.») Les Croisades eurent surtout des conséquences économiques, politiques et sociales : ouverture de l Europe occidentale sur le Moyen-Orient, accélération de l émancipation des villes (pour s équiper, nombre de seigneurs durent vendre leurs fiefs, au bénéfice des bourgeois), stimulation de l industrie européenne (goût du luxe rapporté d Orient). Le roi saint Le fils de Philippe Auguste, Louis VIII, ne régna que trois ans (1223-1226) ; à sa mort, sa veuve, Blanche de Castille, devient régente (1226-1235). Son fils, Louis IX, prit le pouvoir en 1235, il avait 21 ans (canonisé peu de temps après sa mort, il devient Saint Louis). Particulièrement pieux, il portait sur la chair un cilice et se faisait flageller chaque vendredi! Il fit construire la Sainte-Chapelle à Paris pour abriter les reliques du Christ. Le chroniqueur Joinville l accompagna lors de la 7 e Croisade. Pratiquant la charité, aimant la justice, Louis IX fut un pacificateur ; pour mettre fin à la guerre contre les Plantagenêts, il signa avec Henri III le traité de Paris (1259) l Angleterre renonçait définitivement à la Normandie, à la Touraine, à l Anjou et au Poitou ; en échange, la France faisait des concessions dans le Limousin, le Périgord et l Agenais. Ses seules campagnes militaires furent la 7 e Croisade et la 8 e Croisade au cours de laquelle il mourut de la peste. LA GUERRE DE CENT ANS JEANNE D ARC LEÇON 12 Origines de la guerre Lorsque Charles IV meurt en 1328, il existe deux prétendants au trône de France : un Valois et un Anglais (roi d Angleterre). Philippe le Bel avait eu trois fils et une fille.

Petit-fils de Philippe le Bel et prétendant au trône de France D un autre côté, Philippe le Bel avait un frère, Charles de Valois, dont le fils, Philippe de Valois (donc neveu du roi de France) pouvait également prétendre au trône. Les barons français, comme c était l usage, firent leur choix : ils préférèrent Philippe VI de Valois (roi de 1328 à 1350). Dans un premier temps, Edouard III s inclina devant ce choix et rendit hommage à son nouveau suzerain pour les possessions qu il avait en France. Mais les querelles apparurent lorsqu il voulut libérer la Guyenne (l Aquitaine) de sa vassalité à l égard du roi de France. En 1337, Edouard III défie ce dernier, débarque en Flandre et se proclame roi de France. La guerre qui va débuter constitue une nouveauté : ce n est plus une lutte entre un suzerain et son vassal, mais une guerre entre deux souverains, entre deux nations. Les forces en présence Le roi d Angleterre a les Flamands pour alliés ; il dispose d une armée très bien organisée et efficace, qui possède l expérience des batailles (choix du lieu des combats, des retranchements) ; ses archers sont particulièrement dangereux grâce à une arme nouvelle, le grand arc en bois d if. Face à cette armée aux grandes qualités tactiques, le roi de France ne peut opposer qu une cohue courageuse mais indisciplinée, chacun faisant isolément acte de bravoure, le roi en tête, mais d une bravoure aveugle. La période des désastres (1346-1360) La guerre débute en 1346 avec l attaque du domaine royal par Edouard III, qui ravage la Normandie. Le choc entre les deux armées a lieu à Crécy. L armée française en est restée aux méthodes de la chevalerie : montés à cheval et prisonniers de lourdes armures, les seigneurs français sont la proie des archers anglais. C est un désastre et le soir de la bataille, du fait de la charge imprudente de ses chevaliers, le roi Philippe VI se retrouve seul au milieu du champ de bataille avec seulement cinq barons. Il dut aller frapper à la porte du château de Broie pour se faire reconnaître et héberger, échappant de peu à la captivité. Le roi meurt en 1350 ; son fils devient roi sous le nom de Jean II le Bon (1350-1364). Nouvelle défaite face aux Anglais du Prince Noir, avec la bataille de Poitiers (1356). Comble de malheur, le roi Jean est fait prisonnier. Pendant la captivité de son père, le dauphin Charles (futur Charles V) assure la régence. Il doit faire face à une terrible épidémie de peste noire, qui ravage l Europe. L arrêt des combats a jeté sur les chemins les mercenaires dont la solde n est plus payée, provoquant la formation de compagnies de pillards, les Routiers. Pour trouver de quoi payer l énorme rançon du roi, le dauphin réunit à Paris les États des provinces de langues d oïl. La perspective de nouveaux impôts, la faiblesse de la monarchie provoquent un début de révolution : à Paris, le prévôt des marchands, Étienne Marcel, exige une réforme de l administration royale (le dauphin doit s enfuir de Paris) et au nord de la capitale les paysans se soulèvent, massacrent leurs seigneurs (ce fut la Jacquerie de mai 1358). Les nobles écrasent la révolte et Étienne Marcel est assassiné au moment où il s apprêtait à livrer Paris à l ennemi. En 1360, le dauphin Charles négocie avec les Anglais, signant le traité de Brétigny. Edouard III abandonne ses prétentions au trône de France, mais il reçoit en échange le quart du royaume de France. Le sursaut français

À la mort de Jean le Bon, en 1364, le dauphin monte sur le trône sous le nom de Charles V (1364-1380). Celui-ci confie à Du Guesclin le soin de rétablir la situation. Le roi restaure les finances, envoie une partie des Grandes Compagnies (mercenaires inutiles) guerroyer en Espagne. Quand il reprend la guerre, Charles V emploie une tactique nouvelle : refus des grands affrontements, mais plutôt combats d embuscade, reprise une à une des places fortes tenues par les Anglais. À sa mort en 1380, les Anglais ne possèdent plus en France que Calais, Cherbourg, Brest et Bordeaux. Nouvelle rechute (1380-1429) Charles VI n a que 12 ans à la mort de son père ; la régence est assurée par ses oncles. Lorsqu il prend le pouvoir, il sombre dans une demi-folie et le pays est livré aux intrigues des oncles, ce qui provoque la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (alliés aux Anglais). En juin 1415, les Anglais débarquent en Normandie ; l armée des Armagnacs, qui tente de les arrêter, est écrasée à Azincourt (octobre 1415). Le pauvre Charles VI signe le désastreux traité de Troyes (1420), déshéritant son fils, le dauphin Charles (futur Charles VII). En 1422, la France se retrouve avec deux rois : Charles VII, qu on appelle le roi de Bourges et un Anglais. Charles VII et Jeanne d Arc En 1429, à l arrivée de Jeanne d Arc, Charles VII vit à Chinon où il a établi sa Cour. Il règne sur une minuscule partie de son royaume. La pucelle d Orléans l amènera à entreprendre le voyage de Reims pour se faire couronner, après avoir délivré Orléans des Anglais. Itinéraire de Jeanne d Arc 6 mai 1412 : naissance de Jeanne Février 1429 : départ de Domrémy pour Vaucouleurs, puis pour Chinon 23 février 1429 : arrivée à Chinon 6 mars 1429 : Jeanne rencontre Charles VII à Chinon Avril 1429 : le roi fait questionner Jeanne par les théologiens de l Université de Poitiers 15 avril 1429 : Jeanne nommée à la tête des armées de Charles VII 8 mai 1429 : délivrance d Orléans 18 juin 1429 : après avoir pris Beaugency, Jeanne bat les Anglais de Falstaff à Patay 10 juillet 1429 : l armée royale prend Troyes 14 juillet 1429 : prise de Châlons-sur-Marne 17 juillet 1429 : sacre de Charles VII à Reims 8 septembre 1429 : Jeanne échoue devant Paris, défendu par les Bourguignons 21 septembre 1429 : démobilisation de l armée royale ; Jeanne continue la guerre ; elle descend jusqu à Nevers 23 mai 1430 : lors d une nouvelle campagne, elle est capturée devant Compiègne par les Bourguignons Novembre 1430 : Jeanne est vendue aux Anglais pour 10 000 livres Février - mai 1431 : procès de Jeanne à Rouen 30 mai 1431 : Jeanne est brûlée vive à Rouen Jeanne assiège Paris (8.9.1429)

La miniature reproduite sur le tableau (extraite des Vigiles de Charles VII, par Martial de Paris, dit d Auvergne. 1484 B.N. Paris) représente l assaut que donna Jeanne d Arc contre la porte Saint-Honoré (au début de l actuelle avenue de l Opéra). On voit ses soldats jeter des fagots dans le fossé pour atteindre la base du rempart. Le peuple parisien ne bougea pas, la ville étant défendue par les troupes acquises au parti bourguignon. Blessée à la cuisse, Jeanne dut abandonner le siège. La libération du territoire En 1437, Charles VII put enfin rentrer à Paris, sa capitale. À la tête d une armée réorganisée, modernisée, le roi mène des campagnes décisives et remporte les victoires de Formigny (1450 Ŕ reconquête de la Normandie), de Castillon (1452 Ŕ les Anglais sont chassés de Guyenne). Il ne leur reste que Calais. La guerre ne prendra véritablement fin qu en 1475, avec le traité de Picquigny. CHRISTOPHE COLOMB EN AMÉRIQUE LEÇON 13 Trois instruments indispensables Dans l Antiquité, la navigation ne s effectuait que de jour et l on restait en vue des côtes. Pour se diriger, on utilisait des cartes très sommaires (les portulans) qui représentaient le profil des côtes tel qu il apparaissait aux marins depuis le large. Pour affronter la haute mer et quitter les côtes, il était indispensable de pouvoir se situer sur l élément liquide. Ce sont les Phéniciens qui, les premiers, apprirent à se diriger sur mer grâce à l observation du Soleil ou de l étoile polaire (qu on appelait du reste l étoile phénicienne ). C est seulement au XII e siècle que la boussole, connue depuis longtemps des Chinois, apparut en Europe. Les capitaines arabes l introduisirent en Méditerranée et la révélèrent aux Européens pendant les Croisades. Ce n était alors qu une aiguille aimantée posée sur un brin de paille flottant dans une cuve d eau. Peu précise, elle n indiquait la direction nord-sud qu approximativement. Elle était néanmoins suffisante pour permettre à Colomb de s engager sur l océan, d aller vers l ouest pour trouver une nouvelle route des Indes (qu on appelait alors Cypango). Mais si la boussole permettait de tenir le cap, comme disent les marins, elle ne permettait en aucun cas de se situer sur l océan, de faire le point. Un second instrument, l astrolabe, inventé par les Grecs, permettait de mesurer la hauteur de l étoile polaire au-dessus de l horizon, donc de calculer la latitude à laquelle se trouvait le navigateur ; c était un cercle de bronze gradué, accroché au mât du navire, sur lequel se déplaçait une alidade, sorte d équerre double munie de deux fentes de visée. En visant l astre par les deux ouvertures, on mesurait sa hauteur au-dessus de l horizon (les capitaines faisaient souvent appel à des savants pour effectuer ce genre de mesure). Pour compléter le point, restait à déterminer la longitude : pour cela on utilisait la marche apparente du Soleil : celui-ci décrivait un arc de 15 en une heure, il suffisait de mesurer le temps écoulé entre le moment du départ et l heure de l endroit où l on effectuait la mesure ; c est le sablier qui servait à cette mesure (sur le navire, un responsable était affecté à la surveillance du sablier 24 heures sur 24). Le chronomètre marin, qui remplacera le sablier, ne sera inventé qu au XVIII e siècle.

Un navire nouveau Pour une telle traversée il fallait un navire capable d affronter de grosses mers et de faire voile par vent contraire. Le gouvernail d étambot, apparu au XIII e siècle, permettait de manœuvrer par mer forte. La galère (trop basse sur l eau), la nef (trop lourde) ne convenaient pas. Les Portugais créèrent alors la caravelle aux formes robustes et effilées, aux voiles carrées pour vent arrière, triangulaires pour vent debout. Colomb partit, pour son premier voyage, avec trois navires : la Santa Maria, caravelle de 280 tonneaux, fut le navire-amiral ; les deux autres, la Pinta et la Niña, commandées par les frères Pinzon, armateurs de Palos, jaugeaient 140 et 100 tonneaux. Au total, 80 personnes se lançaient dans l aventure. «Veille devant et bon quart» chantaient les hommes de veille pendant que s écoulait le sablier marquant les heures. À la recherche d une nouvelle route des Indes En 1453, les Turcs ayant pris Constantinople, les ports de l Orient se trouvèrent alors fermés aux Européens ; comme c est là qu aboutissaient les caravanes apportant d Extrême-Orient les épices des Indes et les soieries, il fallait trouver une nouvelle route pour aller aux Indes. Pendant des années, les Portugais s obstinèrent à la trouver en longeant l Afrique puis en la contournant par le sud ; ce n est qu en 1486 que Barthélémy Diaz y parvint ; rencontrant d énormes vagues, il baptisa l endroit du nom de Cap des Tempêtes, qui fut transformé en Cap de Bonne-Espérance, en raison des perspectives qu offrait cette découverte. Christophe Colomb, lui, décida de chercher cette route en allant vers l ouest. Deux documents sont à l origine de cette décision. L un s intitulait Imago Mundi (L Image du Monde, paru en 1414) : c était un livre de cosmographie dont l auteur était le cardinal français Pierre d Ailly ; il y remettait en honneur la thèse de Ptolémée selon laquelle la Terre n était pas plate mais ronde comme une boule, contrairement aux croyances encore bien ancrées en cette fin de XV e siècle. Ayant entendu parler des voyages des marins pêcheurs celtes dans l Atlantique, Colomb se rendit en Islande pour tenter d obtenir des précisions, mais ceux-ci refusèrent de donner la moindre explication. De retour à Lisbonne, Colomb rencontra le savant florentin Paolo Toscanelli, auteur d une Carte du monde connu et soupçonné. Ce second document situait le continent asiatique, le Cathay, au large des côtes d Espagne, donc à l ouest. N ayant pu intéresser à son projet l entourage des géographes de Jean II, roi du Portugal, Colomb passa en Espagne et alla exposer ses projets à la cour de Ferdinand et d Isabelle la Catholique. Son éloquence parvint à avoir raison des objections des commissions savantes ; on lui accorda trois navires, le grade d amiral, la vice-royauté des terres qu il serait amené à découvrir et le dixième des richesses qu elles contiendraient. Chronologie des quatre voyages 1 er voyage : 1492-1493 - 3 août : les 3 caravelles quittent le port espagnol de Palos. - 11 octobre : après une escale aux Canaries et un voyage de 43 jours (alors qu il s apprêtait à faire demi-tour, suite aux incidents survenus à bord), Colomb est en vue d une île. - 12 octobre : Colomb débarque sur l île de Guanahani (aujourd hui Watling), située dans l archipel

des Bahamas ; il la baptise San Salvador. - 28 octobre : il aborde à Cuba. - 6 décembre : Il aborde à St-Domingue (Haïti) qu il baptise Hispaniola. - Mars 1493 : retour à Palos. 2 e voyage : 1493-1496 - 25 septembre 1493 : ce sont 17 navires qui lèvent l ancre, avec 1 200 hommes (des soldats, des agriculteurs, des prêtres, etc.). Cette fois, Colomb ne mettra que 28 jours pour traverser l Atlantique. Hélas, de la petite colonie laissée lors du 1 er voyage, il ne retrouvera rien : les colons ont été massacrés, les bâtiments ravagés. Les navigateurs explorent l île que les Indiens nomment Cuba et que Colomb considère comme un prolongement de l Asie ; c est ensuite la Jamaïque. - 11 juin 1496 : retour à Palos. 3 e voyage : 1498-1500 Sans le savoir, Colomb aborde sur la côte d Amérique du Sud, entre l île de la Trinité et l embouchure de l Orénoque ; il visite Tobago et Grenade, puis remonte jusqu à Hispaniola où il se heurte aux colons qui l accusent d avoir dissimulé des richesses. Il doit rentrer en Espagne. 4 e voyage : 1502-1504 Après une traversée sensiblement identique aux précédentes, l expédition sillonne la Mer des Caraïbes, longeant les côtes d Amérique centrale ; à aucun moment Colomb ne saura qu il avait découvert un nouveau continent. - 1506 : Colomb meurt à Valladolid (dans l oubli total) et est enterré à la Cartuja de Séville ; quelques années plus tard, son corps sera transféré à Saint-Domingue où ses descendants légitimes ont fait souche. - 1795 : ses restes sont transférés dans la cathédrale de La Havane. - 1898 : ils sont ramenés en Espagne, celle-ci ayant perdu l île de Cuba. À LA DÉCOUVERTE DU MONDE LEÇON 14 Une route nouvelle vers les épices À la fin du XV e siècle, des navigateurs osent s aventurer en plein océan, quittant l abri des rivages. De merveilleux récits attribuaient à l Afrique et à l Asie des trésors prodigieux et l Europe était friande d épices depuis que les marchands arabes et vénitiens en avaient rapporté d orient. Pour trouver des routes nouvelles, il fallait contourner l Afrique (et plus tard l Amérique). La route africaine Dans un premier temps, les marins se contentèrent de longer les côtes d Afrique : en 1434, le cap Bojador est atteint et en 1445, on doublait le Cap Vert. Mais franchir l équateur posait un problème : outre la terreur née

des légendes, on se demandait comment on pourrait s orienter alors que l étoile polaire n était plus visible. Les savants trouvèrent la solution : il suffisait de mesurer à midi la hauteur du soleil au-dessus de l horizon. La progression vers le sud reprit alors. En 1484, deux Portugais, Diego Caô (ou Cam) et Martin Behaim, franchissent l équateur et reconnaissent l embouchure du Zaïre (Congo) ; ils recueillent alors de précieux renseignements sur les côtes du sud de l Afrique et, notamment, sur celles de la partie orientale (Océan Indien), alors totalement inconnues ; on leur parle de l existence d une ville opulente appelée Sofala (dans l actuelle Mozambique) et d une île immense, l île de la Lune (Madagascar). Malheureusement, les géographes arabes assuraient qu au-delà de la pointe sud de l Afrique, on trouvait la nuit éternelle sans étoiles pour se guider, sans vent pour gonfler les voiles, des terres inhabitées et inhabitables. Malgré ces chimères, en 1487, le Portugais Bartolomeo Diaz double la pointe de l Afrique et le cap qu il baptise cap des Tempêtes (le roi du Portugal, Jean II, fera adopter plus tard le nom de cap de Bonne Espérance ). Son successeur, le roi Manuel 1 er (1495-1521) lancera l expédition chargée de trouver enfin la route maritime des Indes. En 1494, par le traité de Tordesillas, l Espagne et le Portugal s étaient entendus pour se partager les nouvelles terres découvertes par leurs explorateurs. Vasco de Gama et la route des Indes Le 8 juillet 1497, il quitte Lisbonne, avec une mission à la fois militaire et diplomatique : il est porteur d une lettre du roi Manuel 1 er pour le souverain indien de Calicut (aujourd hui Kozhikode) avec qui il souhaite établir des relations commerciales. Vasco de Gama est à la tête d une flottille de quatre bateaux : le St-Gabriel, qu il commande, le St-Raphaël commandé par son frère, le Berrio et un 4 e bâtiment chargé de vivres. Le 22 novembre, il double le cap de Bonne Espérance ; le jour de Noël, il longe une terre qu il baptise Natal (en l honneur de Noël qui se dit natalis dies en latin). Longeant les côtes de Mozambique, il pique ensuite à travers l Océan Indien et aborde à Calicut le 20 mai 1498. il quittera ce port le 5 octobre et arrive au Portugal en août 1499, avec deux vaisseaux seulement, les équipages ayant été en partie décimés par le scorbut. Le voyage de Cabral (1500-1501) Après la réussite de Vasco de Gama, le roi Manuel 1 er décide d envoyer une seconde expédition en Inde. Elle comprend cette fois 13 navires et 1 200 hommes. C est un gentilhomme de 32 ans, Pedro Alvarez Cabral, qui assure le commandement : 8 mars 1500 : départ de Lisbonne 22 mars : îles du Cap Vert Pour éviter les eaux calmes du golfe de Guinée, Cabral décrit une boucle vers le sud-ouest : poussé par les courants équatoriaux est-ouest, il aborde une terre qu il nomme île de la Vraie Croix et qui est en réalité la côte du Brésil (le Portugal n en prendra possession qu en 1522 ; le nom de Brésil fut donné plus tard par les colons portugais, à partir du mot brasil désignant un bois recherché comme colorant rouge). L expédition parvient à Calicut et est de retour au Portugal en 1501, chargée d une énorme quantité d épices, dont 30 000 quintaux de poivre (autres épices : le clou de girofle et la noix de muscade). La route américaine

Pendant que l on cherchait timidement une route en contournant l Afrique, d autres navigateurs tentaient le voyages par l ouest : ce fut tout d abord la réussite incomplète de Christophe Colomb (voir la leçon précédente). C est à partir de leurs possessions des Antilles que les Espagnols tentèrent de trouver un passage vers les épices tant convoitées. En 1512, Juan Ponce de León aborde sur une presqu île qu il baptise Floride (on est alors le jour des Rameaux, appelé Pâque fleurie ). En 1513, Nuñez de Balboa traverse l isthme de Panama et débouche sur une mer du sud sans savoir qu il a atteint le Pacifique et trouvé le passage terrestre le plus court entre Atlantique et Pacifique. En 1515, Juan Diaz de Solis remonte le Rio de la Plata, croyant contourner l Amérique du Sud. En 1520, c est Magellan qui trouvera enfin le fameux passage plus au sud. Magellan et le 1 er tour du monde Depuis plusieurs années, l Espagne était entrée en compétition avec le Portugal dans la recherche d une route maritime vers les Indes. C est un gentilhomme portugais passé au service de l Espagne, Magellan, qui bouclera (l un de ses équipages) le premier tour du Monde. En 1511, entendant parler d un archipel riche en épices, les Moluques, il avait offert ses services au roi du Portugal, Manuel 1 er, mais celui-ci refusa de lui confier l expédition. En 1517, le roi d Espagne Charles 1 er (le futur Charles Quint) lui confie l exclusivité de la recherche. Le calendrier de l expédition est le suivant : Août 1519 : à la tête de 5 navires et de 256 hommes, Magellan quitte Séville, fonçant vers l ouest, abandonnant la route africaine pour la route américaine, résolu à trouver le passage par le sud. Décembre 1519 : la flottille atteint la côte du Brésil. Janvier 1520 : exploration du rio de la Plata, mais pas de passage vers l ouest. Automne 1520 : quatre navires sur cinq (le 5 e s étant échoué) parviennent, au prix d effroyables difficultés, à franchir le détroit (qui portera le nom de Magellan) menant enfin à la Mer du Sud. Ce passage, situé entre la pointe de l Amérique elle-même et les archipels qui le prolongent (dont la Terre de Feu), long de 583 km, permettait enfin de passer de l Atlantique dans le nouvel océan que Magellan baptise Océan Pacifique. Ne confondons pas avec le Cap Horn, qui termine la partie chilienne de la Terre de Feu, donc le continent américain. Refusant alors de voguer vers l inconnu, affaibli par la faim et le scorbut (on en expliquera les causes), l équipage d un des navires se mutine et rentre en Espagne. Avril 1521 : les trois navires restants abordent aux Philippines, après avoir traversé le Pacifique d est en ouest ; ils sont bien accueillis par le roi et la reine de Cébu. C est alors qu une révolte éclate dans l île voisine de Mactan. Voulant jouer les pacificateurs, Magellan intervient avec quelques hommes : il est alors tué à coups de lance, le 27 avril. Le Basque Sébastien de El Cano (ou Del Cano) prend alors le commandement ; il charge des épices dans les Moluques et rentre en Espagne où il arrive le 6 septembre 1522, avec 18 survivants. Jacques Cartier au Canada Navigateur malouin expérimenté, Jacques Cartier (1491-1557) avait participé aux voyages effectués par VERRAZANO au Canada en 1524 et au Brésil en 1528. François 1 er voulait trouver un passage vers l Asie, en explorant les terres inconnues d Amérique du Nord, le fameux passage du Nord-Ouest menant à Cathay (la Chine). Il charge donc Cartier d effectuer ces recherches, lui confie deux bateaux et 60 marins (1532). Le départ a lieu en avril 1534 ; en mai, arrivée à Terre-Neuve ; le navigateur découvre l estuaire du Saint-

Laurent et remonte le fleuve jusqu aux rapides, prenant possession des territoires (la Nouvelle-France) au nom du roi de France. Jacques Cartier effectuera deux autres voyages, en 1536 et 1541, mais les tentatives d établissement échoueront. Le passage du Nord-Ouest n aura pas été trouvé. FRANCOIS 1 ER ET LA RENAISSANCE LEÇON 15 Vers une monarchie absolue Au redoutable Louis XI avaient succédé deux souverains plus paternels : Charles VIII (roi de 1480 à 1498), qui engagea la France dans l aventure italienne ; il laissa, à sa mort, le trône à son cousin le duc d Orléans. Louis XII (roi de 1498 à 1515), qui eut pour successeur son cousin et gendre François d Angoulême, qui règnera sous le nom de François 1 er, de 1515 à 1547. Ce dernier est un athlète, un homme séduisant et chevaleresque, avide de luxe et de plaisirs, mais un grand protecteur des lettres et des arts. Au début de son règne, il s intéressa peu aux affaires intérieures du royaume, préférant aller guerroyer en Italie ; il laissa en partie le pouvoir à sa mère, Louise de Savoie, et à sa sœur, Marguerite de Navarre. Sa politique extérieure fut souvent désastreuse : si, en 1515, il passe les Alpes et bat les Suisses à Marignan, il subira ensuite de lourds revers face à son grand ennemi Charles Quint (où Charles 1 er d Espagne) ; il perd le Milanais (1524), se fait battre à Pavie (1525) et est fait prisonnier par l empereur. La guerre reprend en 1529 ; François 1 er s allie avec les protestants d Allemagne et avec le Turc, le sultan Soliman le Magnifique (voir notre tableau). La campagne s achèvera par un compromis : le roi de France n aura pas réussi à vaincre Charles Quint (1519-1556), empereur du Saint Empire romain germanique. À noter sur le plan intérieur, l ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) qui imposait le français face au latin, dans les actes notariés et les jugements ; en répandant ainsi dans le royaume l usage de la même langue, on favorisait les progrès de l unité nationale. Par ailleurs, François 1 er contribua largement au triomphe de la Renaissance française. La rupture avec le Moyen-Âge Le XVI e siècle fut celui des grandes mutations : idées nouvelles répandues par les humanistes, grandes découvertes, progrès scientifiques (révolution de Copernic, Ambroise Paré, premier chirurgien moderne, Léonard de Vinci et des machines extraordinaires, etc.), évolution politique (le siècle est riche en grands destins : François 1 er, créateur de la monarchie moderne en France, Charles Quint, Soliman le Magnifique), évolution artistique grâce à de grands noms soutenus par des mécènes éclairés : architecture avec les châteaux de la Loire, le Louvre et Fontainebleau, littérature avec Rabelais (on évoquera Gargantua) et les poètes de la Pléiade (on lira des poèmes de Ronsard et de du Bellay), sculpture avec Michel Ange, etc. Nul autre siècle ne méritait mieux le nom de Renaissance. Les châteaux

Revenus émerveillés de leurs campagnes au-delà des Alpes, nos souverains voulurent copier la Renaissance italienne. Au début, on se contenta de transformer les vieux châteaux féodaux (ils étaient austères, froids et humides) : on ouvrit des fenêtres, on ajouta des éléments décoratifs, on aménagea des intérieurs plus confortables. Plus tard, on rasa les vieilles forteresses pour bâtir des demeures nouvelles. Se plaisant particulièrement en Touraine, nos rois délaissèrent Paris pour se faire bâtir des résidences somptueuses sur les bords de Loire, où la vie de cour fut brillante. Des princes, des financiers firent de même. Architectes (Pierre Lescot, Philibert Delorme) et sculpteurs français (Jean Goujon, Germain Pilon) surent trouver des formules originales, adaptées aux beaux paysages des bords de Loire et de la région environnante. Amboise : ancienne demeure de Louis XI, le château fut transformé par Charles VIII à son retour d Italie, par Louis XII puis par François 1 er, qui y passa son adolescence et les trois premières années de son règne. Bals, tournois, mascarades, combats de bêtes sauvages y furent organisés pour la Cour. François 1 er fera venir à Amboise le grand Léonard de Vinci (il mourra non loin de là, au château du Clos-Lucé, en 1519). On pourra montrer une reproduction de la Joconde. Blois : ancienne demeure de Louis XII, le vieux château sera modernisé par François 1 er, qui en fera un véritable Versailles de la Renaissance (on retiendra surtout son célèbre escalier et la magnifique façade des Loges). On y réunira deux fois les États généraux : en 1576 (pour réclamer l interdiction de la religion protestante) et en 1588 (cette réunion eut lieu à la demande d Henri de Guise, chef de la Ligue, dans l espoir de faire voter la déchéance du roi de France Henri III ; ce dernier s en tira en faisant assassiner Guise dans une des salles du château). Chenonceau : le château actuel a été construit de 1513 à 1521, par Thomas Bohier, receveur des finances de Charles VIII, Louis XII et François 1 er. À sa mort, François 1 er fait saisir le château. Son fils, Henri II, en fera don à sa favorite Diane de Poitiers ; c est elle qui complètera la demeure en faisant bâtir un pont sur le Cher reliant le château au jardin situé sur l autre rive. À noter que les puristes écrivent Chenonceaux (avec un X) pour le village et Chenonceau (sans X) pour le château. Chambord : cette création grandiose est l œuvre de François 1 er, poursuivie plus tard par Henri II. Le roi aurait voulu faire détourner la Loire pour la faire passer au pied du château (!) mais du fait de l énormité de la tâche, on se contenta de détourner les eaux du Cosson. Commencé en 1519, il abrita la rencontre, en 1539, de François 1 er et de Charles Quint. Merveilleux territoire de chasse, le parc s étend sur 5 500 hectares, dont 4 500 en bois. Le plan de Chambord est féodal (donjon central à quatre tours et une enceinte en forme de carré), mais l édifice est avant tout une demeure de plaisance, à la taille imposante, avec sa forêt de cheminées, ses toits aigus et ses lucarnes. Azay-le-Rideau : il fut construit de 1518 à 1529 par le financier Berthelot, puis confisqué par François 1 er qui en fit don à son capitaine des gardes. Valençay : il fut construit sur les plans de Philibert Delorme, non plus sur les bords de la Loire, mais en Berry. En 1805, il fut acheté par Talleyrand. Villandry : c est autour d un donjon médiéval qu il fut bâti au XVI e siècle pour le compte de Jean le Breton, secrétaire d État de François 1 er. Autres châteaux de la Renaissance Le Louvre : le vieux château parisien de Philippe Auguste, abandonné par les rois (ils préféraient leurs hôtels) fut rasé et François 1 er chargea Pierre Lescot d en faire un palais dans le style Renaissance. Commencés en 1546, les bâtiments (façade de la future cour Carrée) sortiront tout juste de terre à la mort de François 1 er en 1547. Henri II prendra le relais. Le Palais des Tuileries fut construit en 1564 par Philibert Delorme pour le compte de Catherine de Médicis.

Des combats sanglants y eurent lieu au début de la Révolution de 1789 ; incendié pendant la Commune de 1871, il sera ensuite démoli. Le château de Fontainebleau : sa construction fut décidée en 1527 par François 1 er sur l ancienne résidence des Capétiens puis des Valois. Le château de St-Germain : c est sur une ancienne résidence du XII e siècle (Louis VI) que François 1 er commanda à Philibert Delorme la construction du Château Neuf ; il sera la résidence de la Cour jusqu en 1682. Il fut restauré au XIX e siècle. Un grand soldat Pierre Terrail, seigneur de Bayard (1476-1524) fut surnommé le chevalier sans peur et sans reproche, tant sa bravoure fut grande. Successivement au service de Charles VIII, de Louis XII et de François 1 er, il se couvrit de gloire lors des différentes campagnes de ces trois rois. C est en commandant l arrière-garde française dans le Milanais que Bayard reçut une balle qui lui fracassa la colonne vertébrale. Il se fit descendre de cheval et asseoir au pied d un arbre, le visage tourné vers les attaquants. Charles de Bourbon, qui avait trahi le roi de France, apprit la nouvelle et vint en personne rendre hommage à son ennemi (notre document). L art d émailler les faïences Potier émailleur, mais aussi écrivain et savant, Bernard Palissy (1510-1590) abandonna son travail de peintre sur vitraux pour se lancer dans la recherche de la composition de l émail. Il lui fallut de longues années de travail, d échecs, de privations (manque d argent et de bois pour ses fours) pour parvenir à réaliser son rêve ; ses rustiques figulines étaient ornées de plantes, de fruits et d animaux en relief. HENRI IV ET SULLY LEÇON 16 Un royaume à conquérir La guerre civile qui a ravagé la France a mis la monarchie à rude épreuve et le pays dans un état misérable. Villages désertés, champs abandonnés, terres des nobles vendues, soldats sans emploi et sans solde devenus brigands, villes encombrées de malades, de chômeurs et de mendiants, routes en mauvais état, commerce anéanti : voilà le bilan auquel le nouveau roi va devoir s attaquer. Trois tâches essentielles l attendent : Remettre le royaume en état. Se faire reconnaître comme souverain. Assurer la paix religieuse. Longtemps considéré comme le chef du parti huguenot, Henri devient roi de France à 36 ans. Il manque de troupes et d argent. Il est protestant et a contre lui la puissante Ligue. Quelques repères chronologiques

14 décembre 1553 : naissance, à Pau, d Henri de Navarre ; il est le fils d Antoine de Bourbon et de Jeanne d Albret. 1568 : il fait ses premières armes sous le prince de Bourbon, frère de son père. 9 juin 1572 : mort de Jeanne d Albret ; Henri devient roi de Navarre. 18 août 1572 : mariage d Henri avec Marguerite de France, fille du roi de France Henri II. 24 août 1572 : massacre de la Saint-Barthélémy ; pratiquement prisonnier à la Cour (et cela jusqu en 1576), Henri doit abjurer sa religion et se convertir au catholicisme. 1574 : Henri III roi de France Février 1576 : Henri parvient à s échapper de la Cour ; il redevient protestant et prend la tête du parti huguenot. 10 juin 1584 : la mort du duc d Anjou fait d Henri l héritier présomptif du trône de France. 1585 : les princes catholiques se regroupent pour former la Ligue. Le pape excommunie Henri. 23 décembre 1588 : à la demande d Henri de Guise, chef de la Ligue, les États généraux se réunissent au château de Blois ; le but de la manœuvre (catholique) est de faire voter la déchéance du roi de France Henri III ; ce dernier s en tire en faisant assassiner Guise dans l une des salles du château. 5 janvier 1589 : mort de Catherine de Médicis, épouse d Henri II et mère de Charles IX, instigatrice de la Saint-Barthélémy. Avril 1589 : Henri III et Henri de Navarre se réconcilient ; ce dernier est désigné comme successeur au trône. Juillet 1589 : Henri III tente de reprendre Paris, tombé aux mains des Ligueurs et des Espagnols. Échec. 1 er août 1589 : Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. 20 septembre 1589 : Henri bat la Ligue et les Espagnols à Arques. 14 mars 1590 : nouveau succès d Henri, à Ivry. Mai-août 1590 : Henri met une seconde fois le siège devant Paris, nouvel échec. 25 juillet 1593 : Henri abjure une seconde fois le protestantisme. 27 février 1594 : couronnement d Henri IV à Chartres ; une nouvelle dynastie en France : celle des Bourbons. 22 mars 1594 : le nouveau roi de France fait son entrée à Paris, dont il chasse les Espagnols. 1595 : Henri IV déclare la guerre à l Espagne. Victoire de Fontaine-Française. Septembre 1595 : le pape Clément VIII absout Henri IV. 13 avril 1598 : signature de l Édit de Nantes, qui va ramener la paix religieuse. 17 décembre 1600 : Henri IV épouse Marie de Médicis. 27 septembre 1601 : naissance du dauphin, le futur Louis XIII. 14 mai 1610 : profitant d un embarras de véhicules dans la rue de la Ferronnerie, à Paris, Ravaillac (un ancien ligueur, armé par quelques nobles que soutenait plus ou moins la reine Marie de Médicis) assassine le roi de quelques coups de poignard. La paix religieuse Henri IV n a pu parvenir au trône de France qu en abjurant la religion protestante, en obtenant l absolution du pape Clément VIII. Le texte signé le 13 avril 1598 et qui porte le nom d Édit de Nantes est en réalité une synthèse des divers édits de pacification publiés auparavant. C est un compromis qui tient compte de la situation religieuse de la France en 1598. Il constitue l un des actes les plus importants de notre histoire. L édit se présente sous l aspect d un mince cahier de format 24/35 environ ; il se compose d un préambule d une centaine de lignes suivi de 92 articles, le tout scellé d un grand sceau de cire verte sur des rubans de soie rouge et vert ; font également partie de l Édit de Nantes 56 articles particuliers signés le 2 mai suivant et

deux brevets (ils règlent la question des places fortes en France réservées aux protestants). Cet édit apporte en réalité une solution fédéraliste au problème religieux : l État demeure à la fois catholique et protestant, il n est nullement neutre. Il existe encore en France un état protestant avec ses propres conseils, ses assemblées politiques, son armée et ses places de sûreté ; par contre, le roi soutient les réformes du clergé français, autorise le retour des jésuites, cela malgré la vive opposition des parlements. La politique d Henri IV La paix religieuse revenue, le roi se doit d établir son autorité sur le royaume. La noblesse est renvoyée dans ses terres et Henri IV exige d elle une obéissance totale, se montrant parfois sans pitié (le maréchal de Biron, son ancien compagnon d armes, qui avait comploté avec le duc de Savoie et le roi d Espagne, est exécuté en 1602) ; en province, les gouverneurs ne doivent se consacrer qu à leurs tâches militaires, n intervenant plus dans les domaines des finances et de la justice. Les villes voient leurs libertés réduites ; les états généraux ne seront plus convoqués. Henri IV s entoure de ministres choisis pour la plupart dans la bourgeoisie ; ils n ont pas de domaines particuliers, chacun ayant des attributions diverses (une exception cependant pour Sully, chargé de la restauration des finances du royaume). L œuvre de Sully Maximilien de Béthune, baron de Rosny (1560-1641) sera fait duc de Sully par Henri IV en 1600. Protestant comme lui, Sully avait accompagné Henri dans sa fuite hors de la Cour (de 1576 à 1584) ; il avait combattu à ses côtés à Coutras (1587) et à Ivry (1590) lors de la reconquête du royaume. En 1596, devenu roi de France, Henri IV lui confie la direction des finances (le roi a horreur des chiffres), puis le fait surintendant en 1598. Après de longues années de guerre civile, il faut remettre en ordre le pays : contrôle des dépenses, suppression des charges inutiles, allègement de la taille, multiplication des travaux publics (routes, canaux, dont celui de Briare, reliant la Seine à la Loire, création d un service de chevaux de relais à louage, assèchement des marais pour accroître les superficies cultivables, avec l aide de spécialistes qu on fait venir de Hollande, meilleure exploitation des forêts). Ses propos célèbres : «Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, ses vraies mines et trésors du Pérou», résument parfaitement ses conceptions économiques. Sully est aidé dans sa politique par l agronome français Olivier de Serres (1539-1619), partisan d une agriculture raisonnée face à la routine. Dans son ouvrage Théâtre d agriculture et mesnage des champs, il préconise le remplacement de la jachère par l introduction des fourrages-racines et des prairies temporaires dans le système d assolement. Il recommande des cultures industrielles : la garance (comme colorant pour les étoffes), le houblon, le maïs et, surtout, le mûrier, qui permettra le développement de l élevage du ver à soie (sériciculture). Sully fait ouvrir de nouvelles manufactures : soieries à Lyon et à Tours, tapisserie à Paris (les Gobelins), verreries, tanneries en Poitou. Son conseiller est Barthélémy de Laffémas. L assassinat d Henri IV En 1610, un ancien ligueur, Ravaillac, poignarde le roi lors de son passage rue de la Ferronnerie à Paris. Ravaillac était un régicide (on étudiera les mots : parricide, homicide, infanticide, fratricide). Son bras qui avait frappé fut plongé dans du soufre en feu, ses pectoraux tenaillés ; on versa sur ses épaules et ses cuisses du plomb fondu, de la résine bouillante ; il fut écartelé et ses membres arrachés, dépecés puis brûlés.

LOUIS XIV ET SES MINISTRES LEÇON 17 Le Roi-Soleil En 1661, à la mort de Mazarin, Louis XIV a 23 ans. «Messieurs, dit-il alors aux membres du Conseil, je vous ai fait assembler pour vous dire que jusqu à présent j ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le Cardinal, mais que dorénavant, j entends les gouverner moi-même ; vous m aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai.» On ne pouvait être plus net! La monarchie absolue allait atteindre son apogée ; ainsi débutait ce qu on a appelé le Siècle de Louis XIV. Le jeune roi est un sportif, petit mais bien proportionné, un homme de grand appétit. Mazarin lui a donné une solide formation politique. Décidé à faire disparaître les anciennes traditions féodales et communales, il va s attacher à tout uniformiser par le biais d une forte administration centrale, tout en étant bien décidé à ne pas partager son autorité avec les hommes appelés à le seconder dans sa tâche. Ceux-ci seront souvent choisis dans la bourgeoisie (donc à la merci d une disgrâce), hommes de talent, travailleurs acharnés et dévoués. Le gouvernement central est constitué : 1- des grands commis : le chancelier, qui dirige les Conseil des Parties ; c est le plus haut personnage après le roi. les quatre secrétaires d État, qui ont la haute main sur les Affaires étrangères, la Guerre, la Marine et la Maison du Roi, auxquels s ajoute le Contrôleur général des Finances. 2- des Conseils : Le roi les préside lui-même, occupant ainsi toutes ses matinées. Ce sont : le Conseil d en Haut : réuni trois fois par semaine, il comporte trois ou quatre ministres et traite des affaires les plus importantes du royaume, notamment pour la politique étrangère. le Conseil des Finances que dirige le Contrôleur général des Finances ; il a la responsabilité du budget et répartit la taille entre les généralités qui constituent le royaume. le conseil des Parties est un tribunal à la fois judiciaire et administratif ; il est dirigé par le chancelier. le Conseil des Dépêches : les secrétaires d État sont chargés des problèmes d administration intérieure, de la correspondance avec la province et l étranger. Le roi gouverne au moyen d ordonnances royales, d édits ou d arrêts que l administration provinciale est chargée de faire respecter. Celle-ci est assurée par un personnage tout-puissant : l intendant, chargé à la fois de la justice, de la police et des finances. Nommé par le roi (donc aisément révocable), il règne sur une généralité, prenant le pas sur les fonctionnaires locaux (propriétaires de leur charge), les lieutenants généraux (qui remplacent les gouverneurs, retenus bien souvent à la Cour). L intendant est donc l émanation du roi et de la monarchie absolue dans sa province.

Colbert (1619-1683) De vingt ans plus âgé que Louis XIV, il avait été l intendant de Mazarin. Il restera au service du roi de 1661 (début du règne personnel de Louis XIV) à sa mort en 1683. Après avoir géré la fortune du Cardinal, il entre au Conseil d en Haut en 1661. Ayant provoqué la chute de l imprudent Fouquet, surintendant général des Finances, Colbert cumulera plusieurs fonctions : celles de surintendant des Bâtiments (1664), de contrôleur général des Finances (1665), de secrétaire d État à la Maison du Roi (1668), et à la Marine (1668). Dirigeant pratiquement l économie du royaume, il aura la responsabilité de son administration. Totalement dévoué au roi, travailleur infatigable, il accomplit une tâche immense. Il cherchera avant tout à renforcer la puissance de l État, à organiser une armée solide et disciplinée, à développer l industrie et le commerce. Fidèle à la politique de Laffémas, contrôleur général du Commerce sous Henri IV, il préconisera d importer peu et d exporter beaucoup, de produire des objets manufacturés de grande qualité, de développer une marine marchande capable de transporter ces produits à l étranger, de trouver au loin des matières premières. Taxant lourdement les produits étrangers, il dressera une barrière protectionniste pour les nôtres. Il créera de grandes compagnies : Compagnie des Indes occidentales et des Indes orientales, Compagnie du Levant, Compagnie du Sénégal. Pour développer notre marine de guerre, Colbert instituera l inscription maritime : obligation pour les hommes habitant les régions côtières et âgés de 20 à 60 ans, de servir pendant 3 ou 4 ans à bord des navires de guerre de sa majesté. Il aurait voulu pouvoir réduire les impôts qui frappaient le peuple, mais les guerres et les dépenses fastueuses du roi ne lui permirent pas de réussir. Michel Le Tellier (1603-1688) Apprécié par Mazarin, il fut secrétaire d État à la Guerre dès 1643. Louis XIV lui confia des missions diplomatiques. Avant son fils (Louvois), il créa l armée royale et contribua à la centralisation administrative de la France. C est lui qui rédigea pour Louis XIV, en 1685, la désastreuse révocation de l Édit de Nantes (celle-ci eut pour conséquence le départ de France de nombreux protestants qui s installèrent en Allemagne notamment). Louvois (1639-1691) François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, était le fils du précédent. Son père l associa à son travail dès 1661 en le faisant entrer au Conseil des Dépêches, puis, en 1662, au Secrétariat d État à la Guerre. Rompant avec le principe des armées féodales, Louvois créa un corps hiérarchisé d officiers, renforça la discipline, imposa des tenues et un armement uniformisés. Pour héberger les soldats mutilés au combat, il fit construire à

Paris l Hôtel des Invalides. De 1672 à 1689, il sera le véritable ministre des Affaires étrangères. En 1683, il deviendra également surintendant des Bâtiments, des Arts et Manufactures. La campagne de lutte contre les protestants l amena à organiser les terribles dragonnades destinées à provoquer par la force ou l intimidation le maximum de conversions. Abusé par son entourage, persuadé qu il restait peu de protestants en France, Louis XIV révoqua l Édit de Nantes (1685). Vauban (1633-1707) Sébastien Le Prestre de Vauban fut nommé, en 1678, Commissaire général des fortifications. Travailleur infatigable, il créa un prodigieux réseau de défense de notre hexagone aussi bien sur les frontières terrestres que sur les points stratégiques de nos côtes (il fortifia ainsi les îles de l Atlantique, comme à St-Martin-de-Ré, île d Aix, Fort Hoedic, Fort Houat, ou de la Manche, comme l île de Tatihou, dans le Cotentin). En 1707, il rédige et rend public un Projet de dîme royale, préconisant de rendre l impôt proportionnel aux moyens des contribuables. Il était en avance sur son temps : l ouvrage fut saisi et Vauban perdit la faveur du roi. Turenne (1611-1675) Henri de la Tour d Auvergne, vicomte de Turenne, fut maréchal de France en 1643. Sa brillante carrière militaire commença pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648). Pendant la Fronde, il se laissera d abord entraîner par le parti espagnol ; après sa défaite à Rethel (1650), il se rallie au parti de la Cour, dont il devient le général en chef. Après avoir ouvert les portes de Paris au jeune Louis XIV (1652), il ira de victoire en victoire, obligeant l Espagne à signer le traité des Pyrénées (1659). Louis XIV le fait alors maréchal général des Camps et Armées du roi (1660). Il se couvrira de gloire dans les nombreuses guerres de Louis XIV. Il envahit l Alsace, écrase les Impériaux (en janvier 1675), mais est tué au cours de la bataille de Sasbach, le 27 juillet 1675. LE SIÈCLE DE LOUIS XIV LEÇON 18 Versailles C est sur une butte émergeant de marécages et de broussailles que Louis XIII avait décidé de faire élever un pavillon de chasse ; en pierres et briques, couvert d ardoises, le bâtiment fut construit de 1624 à 1634. Le lieu plut également beaucoup au futur Louis XIV qui venait y chasser et organiser ses fêtes. En 1661, il charge l architecte Le Vau d agrandir le château en ajoutant de part et d autre de la Cour de marbre deux ailes qui constituent la Cour Royale. De 1622 à 1670, Louis XIV fait aménager les extérieurs du futur palais : Le Nôtre dessine un parc aux grandes lignes droites, aux parterres symétriques ; les groupes sculptés de Girardon, de Coysevox et de Marsy y prennent place ; en 1666, on inaugure les jets d eau et, l année suivante, commence le creusement du Grand Canal (24 hectares, 1 650 m de long et 62 m de large) sur lequel seront données, plus tard, de somptueuses fêtes navales. Après 1668, Le Vau construit, côté jardins, une façade à l italienne, le premier étage constituant une

terrasse en retrait. Le peintre Charles Lebrun, en 1671, commence la décoration des grands appartements. Louis XIV ayant décidé de créer un véritable palais dans le style classique et de créer une ville nouvelle autour, charge un autre architecte, Jules Hardouin-Mansart, d agrandir à nouveau le château. En 1678, côté Paris, il construit de part et d autre de l avant-cour les ailes dites «ailes des Ministres», où seront abrités les différents services royaux. Côté parc, sur la terrasse de Le Vau, il ajoute la magnifique Galerie des Glaces. De part et d autre de cette façade il prolonge le bâtiment par deux longues ailes, qui deviendront les logis des courtisans. Le palais, avec cette immense ligne horizontale face au parc, prendra alors l aspect majestueux dans le plus pur style classique. C est en 1682 que le roi et la Cour se fixent définitivement à Versailles. Autres constructions : en 1687 et 1688, le Trianon de marbre voit le jour ; en 1710 est achevée la construction de la chapelle. À la mort de Louis XIV, le 1 er septembre 1715, Louis XV et la cour quittent Versailles pour Paris ; ils y reviennent en 1722. Sous le règne de Louis XV, Versailles s enrichira du Petit Trianon, construit par Gabriel pour le roi et madame de Pompadour. L Orangerie : elle abritait, sous Louis XIV, 3 000 orangers et grenadiers ; les écuries pouvaient abriter 2 400 chevaux et 200 carrosses. Aujourd hui, elle abrite 1 000 arbustes : orangers, grenadiers et palmiers. La machine de Marly Elle fut, pour l époque, un projet grandiose : alimenter en eau le château de Versailles. L ingénieur, le chevalier de Ville, conçut une énorme machine chargée de pomper l eau de la Seine en amont de St- Germain-en-Laye ; cette pompe gigantesque aspirante et refoulante, construite en bois par le charpentier liégeois René Sualem (dit Rennequin), était faite de grandes roues, de tringles de bois, de bielles et de balanciers, de pistons aspirants et refoulants. L eau était élevée jusqu au réservoir de Louveciennes et emmenée à Versailles par un aqueduc d une dizaine de kilomètres de long. Si la construction dura de 1681 à 1688, l eau ne parvint régulièrement au château de Versailles qu en 1738, c est-à-dire bien après la mort de Louis XIV. Le dispositif fonctionna jusqu en 1804. À partir de 1812, machine à vapeur oblige, on lui substitua des pompes à feu. En 1817, un incendie détruisit le tout. Quelques chiffres Le palais : façade sur le parc : 670 m Galerie des Glaces : 73 m de long, 10 m de large, 13 m de haut ; 17 fenêtres et 17 arcades recouvertes de glaces. Grande galerie, salon de la Guerre et salon de la Paix : au total 483 glaces (chacune d elles représentait le salaire de 5 000 heures de travail d un manœuvre de l époque) ; on y utilisa 60 variétés de marbre. toits : le palais et les deux Trianons représentent 11 hectares de toitures. contenance du palais sous l Ancien Régime : 1 300 pièces, 1 252 cheminées. le domaine royal s étendait sur 8 447 hectares, dont 95 hectares de jardins, 1 738 hectares pour le

Petit Parc et 5 614 hectares pour le Grand Parc (utilisé pour la chasse, avec un mur d enceinte de 43 km de long). Autres monuments de l art classique À Paris : portes Saint-Denis et Saint-Martin, place des Victoires, place Vendôme, colonnade du Louvre (architecte : Claude Perrault), église des Invalides (architecte : Jules Hardouin-Mansart). Louis XIV et la Cour Pour le roi tout puissant, la Cour est à la fois le cœur du gouvernement et la source des faveurs à distribuer. En effet, le gouvernement central réside à Versailles ; les différents Conseils (voir leçon 17) siègent au château, centre névralgique des décisions les plus importantes. Le roi attire près de lui les nobles, en distribuant les charges, les pensions et les cadeaux. Le cérémonial minutieux et compliqué qu on appela l étiquette fut apporté à la Cour de France par Anne d Autriche. Louis XIV aima toute cette mise en scène qui fit de lui un demi-dieu. Le roi est éveillé à 8 heures ; il reçoit pendant qu on l habille ; après la messe et le Conseil, il déjeune à 13 heures, seul dans sa chambre ; après la visite de son confesseur, il part pour la chasse. L après-midi est consacré aux audiences et au travail ; en soirée : jeux, danses, concerts ; à 22 heures, dîner en public et en famille, dans l appartement de la reine. Même cérémonial pour le coucher, en présence des courtisans. À la Cour, Louis XIV impose des favorites : la douce La Vallière, puis l altière marquise de Montespan. Devenu veuf à 45 ans, le roi épouse secrètement une bourgeoise pieuse et autoritaire, la marquise de Maintenon. Les écrivains du siècle de Louis XIV Le théâtre fut très en vogue au XVII e siècle : le roi et ses courtisans aimaient suivre le jeu des acteurs qui se produisaient au château. Deux auteurs de génie ont marqué le siècle : Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1622-1673), fils d un tapissier parisien (valet de chambre du roi), parcourut d abord la France à la tête de sa troupe de comédiens (après des études d avocat, il avait rejoint une famille de comédiens, les Béjart, avec qui il fonda L Illustre Théâtre ). Après une première représentation devant la Cour (1658), il s installe à Paris dans la salle du Palais-Royal et épouse Armande Béjart. Boileau ayant assuré Louis XIV que Molière se révèlerait l écrivain qui saurait le mieux honorer son règne, le roi ne cessa de le protéger. Jean Racine (1639-1696) Auteur de neuf tragédies, il avait été élevé par les jansénistes qu il quitta pour se consacrer au théâtre et, plus tard, pour faire carrière à la Cour. Madame de Sévigné (1626-1696) Elle nous a laissé par les lettres à sa fille, Madame de Grignan, une peinture spirituelle des Grands de son temps. Avec les enfants, on pourra étudier principalement : le Madrigal de Louis XIV et Le carrosse renversé. Jean de La Fontaine (1621-1695) a fait de même avec ses Fables. Un grand nombre d entre elles sont à la portée des élèves. Boileau (1636-1711) : dans son Art poétique, il a su exposer la doctrine classique.

Autres écrivains : le duc de la Rochefoucauld, le cardinal de Retz, Madame de la Fayette, Bossuet. Remarque : bien qu étant plus ancien dans le siècle, nous avons fait figurer Corneille (1606-1684) sur notre tableau. Horace et Le Cid sont des héros qui peuvent intéresser les élèves de ce cycle. LE 14 JUILLET 1789 LEÇON 19 La prison de la Bastille avant le 14 juillet 1489 La vieille forteresse, symbole de l Ancien Régime, se dressait à l est de Paris, près de la porte St- Antoine (voir plan de Paris sur le tableau). Sur cette gravure, on distingue notamment un lourd coche, attelé de six chevaux qui arrive par le Faubourg St-Antoine et s apprête à entrer dans Paris par la porte du même nom. La vieille prison paraît imposante avec ses huit énormes tours. On y était enfermé sur ordre du roi par une lettre de cachet. La garnison était très réduite en juillet 1789 ; elle comprenait 32 Suisses et 82 invalides. Son gouverneur, le marquis Bernard de Launay, était assisté d un adjoint, Losme, et de deux officiers : Person et Miray. La prise de la Bastille Les assaillants, de 800 à 3 000 gardes françaises, sans leurs officiers, étaient commandés par un ancien sergent blanchisseur, Pierre Hulin (1758-1841 ; il fut fait comte d Empire en 1806). Ils voulaient s emparer de poudre et de munitions ; ils franchirent le pont-levis, puis la cour du gouvernement où ils mirent leurs canons en batterie. Les combats durèrent quatre heures ; on compta 100 morts et 115 blessés parmi les assaillants, moins de cent parmi la garnison. Les prisonniers furent emmenés jusqu à l Hôtel de Ville. Cinq d entre eux furent massacrés : de Launay et son adjoint, deux officiers et le prévôt des marchands, Jacques de Flesselles. Après avoir promené les têtes des victimes au bout d une pique, les assassins allèrent au Palais Royal boire un verre au café de Foy, déposant sur leur table celles du gouverneur et du prévôt. En juin 1790, les assaillants reçurent le titre honorifique de vainqueur de la Bastille. La terrible forteresse à la sinistre réputation ne contenait en réalité, ce jour-là, que sept détenus : quatre escrocs accusés d avoir falsifié des lettres de change (Jean Bechade, Bernard Laroche, Jean La Corrège et Jean-Antoine Pujade), deux malades mentaux (le dénommé Tavernier et le comte de Whyte de Malleville) ; le septième, un jeune homme accusé d inceste, le comte de Solages. Deux «héros» de la prise de la Bastille - à gauche : Portrait d après nature du Sieur Harné, natif de Dôle en Franche-Comté, grenadier aux Gardes françaises, qui a monté le premier à l assaut et a arrêté le Gouverneur de la Bastille le mardi 14 juillet 1789.

- à droite : Portrait d après nature du Sieur Humbert, horloger, natif de Langres, qui a monté le deuxième à l assaut à la prise de la Bastille le mardi 14 juillet 1789. Les événements de 1789 27 avril : alors que la disette menace la France, que le mécontentement gronde contre les privilèges que possèdent noblesse et clergé, un industriel parisien, le manufacturier Réveillon, a déclaré qu un salaire de 15 sous par jour devrait suffire aux ouvriers (c est alors le prix d un pain de 4 livres!). Cette provocation amorce la révolte : 3 000 ouvriers du Faubourg St-Antoine pillent son entreprise. Les premiers mots d ordre apparaissent chez les révoltés : Vive la liberté! Vive Necker! La troupe charge les insurgés ; il y aura des victimes. 5 mai 1789 : ouverture des états généraux à Versailles ; se pose alors la question du vote par ordre (les privilégiés sont évidemment avantagés) ou par tête (favorable au Tiers état). C est ce problème qui va amener la révolution, le pouvoir royal ne tenant aucun compte de la colère qui gronde. 17 juin : face à l obstination du pouvoir, les membres du Tiers état se proclament Assemblée nationale. 20 juin : ceux-ci prêtent serment (c est ce qu on a appelé le Serment du Jeu de paume, du nom de la salle où ils s étaient réunis) de ne pas se séparer avant d avoir voté une constitution. 23 juin : Louis XVI, influencé par la reine et les privilégiés, n a toujours pas compris : il réaffirme les principes de l absolutisme et maintient la distinction des trois ordres et le principe du vote : c est l impasse. 9 juillet : coup de théâtre : le clergé et une partie de la noblesse (dont Philippe d Orléans) se rallient au Tiers état ; l Assemblée nationale se transforme en Assemblée constituante. La révolution juridique peut être considérée comme terminée, la monarchie constitutionnelle en bonne voie, mais Versailles n est pas la France et Paris a son mot à dire. 12 juillet : avec ses 600 000 habitants, Paris fait peur au pouvoir qui masse des troupes autour de la capitale ; au Palais Royal, des orateurs appellent aux armes. C est le renvoi du ministre Necker (exigé par les privilégiés) qui met le feu aux poudres. L assemblée des électeurs parisiens se transforme en comité permanent (ébauche d une municipalité révolutionnaire) et demande la création d une milice bourgeoise. Les dragons du Royal Allemand chargent la foule aux Tuileries : c est le premier sang. Tout va alors très vite : appel aux armes, formation d une garde nationale de 48 000 hommes, qu il faut armer. 13 juillet : les Parisiens pillent les Invalides où ils trouvent des fusils, mais pas de poudre ; on sait qu il y en a dans la vieille forteresse de la Bastille, près de la porte St-Antoine. Jaillit alors le cri : À la Bastille! 14 juillet : avec ses huit tours imposantes, l énorme prison passait pour imprenable. Un événement vient précipiter l histoire : les gardes françaises fraternisent avec le peuple, qui dispose alors de canons. On parlemente avec le gouverneur de Launay pour la capitulation des assiégés ; c est alors qu un coup de canon parti du donjon tue 98 personnes. C est l assaut. La forteresse tombe en quelques heures ; de Launay est arrêté et massacré ; on promène sa tête au bout d une pique. L événement aura tout de même inquiété le pouvoir : Louis XVI renvoie les troupes, rappelle Necker et accepte de se rendre à Paris, à l invitation de Bailly, son maire ; pressé par la foule, le roi doit accepter la cocarde tricolore. 20 juillet : les événements parisiens provoquent une flambée d insurrections en province ; on s en prend aux nobles, aux châteaux : c est la Grande Peur qui commence et va secouer la France

entière. Naissance des gardes nationales. Nuit du 4 août : la Constituante abolit les privilèges, les franchises, les dîmes et les servitudes personnelles. Le régime féodal est aboli. 26 août : Déclaration des droits de l homme et du citoyen : les citoyens remplacent les sujets, la loi est l expression de la volonté générale, le souverain n est plus le roi, c est la nation. 5 et 6 octobre : les Parisiens en colère ramènent la famille royale à Paris. La Bastille symbolisait l arbitraire : sa chute restera la date de référence pour la conquête de la liberté en France. Le 14 juillet sera la date de la fête nationale jusqu à l Empire, puis à nouveau à partir de 1880. L ANNÉE 1792 LEÇON 20 Fertile en événements, l année 1792 marque une étape décisive dans l histoire de la France : elle a vu en effet le passage de la monarchie constitutionnelle (Louis XVI était encore respecté) à l abolition de la royauté, puis à la proclamation de la république, première de ce nom pour notre pays. La famille royale fut emprisonnée au Temple ; le roi et la reine furent jugés pour trahison et condamnés à mort. Les événements 9 février : les biens des émigrés sont déclarés biens nationaux. 20 juin : pour protester contre l opposition systématique de Louis XVI qui abuse de son droit de veto, les Parisiens envahissent le palais des Tuileries et molestent la famille royale ; le roi est contraint de se coiffer du bonnet phrygien et de boire à la santé de la Nation. 11 juillet : décret proclamant la Patrie en danger. Enrôlement des volontaires. 1 er août : publication à Paris du manifeste de Brunswick, qui provoque la colère des Parisiens ; 47 sections de Paris, sur 48, exigent par pétition la déchéance du roi. 9 août : une commune révolutionnaire s installe à Paris, dirigée par Robespierre, Danton et Marat. 10 août : sur l ordre de la commune de Paris et de Danton, les membres de la section du Faubourg St-Antoine (environ 12 000 hommes, auxquels se sont joints 5 000 provinciaux, dont les 500 volontaires marseillais venus à pied aux accents du nouveau chant patriotique de Rouget de Lisle, chant qui deviendra notre Marseillaise) prennent d assaut le palais des Tuileries défendu par 1 100 Suisses, 2 000 gardes nationaux (peu sûrs), 900 gendarmes et 150 gentilshommes : le combat était inégal : 17 000 assaillants contre 1 800 défenseurs sûrs. Danton convoque le commandant des troupes royales à l Hôtel de Ville et le fait exécuter. L assaut est donné à 9 heures. Louis XVI ordonne aux Suisses de cesser le feu et de regagner leurs casernements situés à Courbevoie. Ils n y parviendront pas et seront massacrés en route par les insurgés. Le roi et sa famille se réfugient dans la salle du Manège, voisine du Palais, où siège la Législative. Mais la Constitution interdit aux députés de siéger en présence du roi : on les enferme dans un réduit proche du bureau du président de l Assemblée. Après un débat de 18 heures, les députés votent la suspension du roi ; la famille royale est alors enfermée au Temple. L Assemblée Législative remet les pouvoirs à un Conseil exécutif de sept membres que dirige pratiquement Danton. La royauté est abolie en France. 19 août : les premiers soulèvements se produisent en Vendée, marquant le début de la guerre civile. Du 2 au 5 septembre : massacre des suspects emprisonnés sur l ordre du Tribunal criminel (il avait fait arrêter à

Paris 12 000 personnes) ; mêmes scènes sanglantes dans les prisons de Versailles, Meaux, Reims, Orléans et Lyon. 20 septembre : victoire de Valmy ; les Prussiens, commandés par Brunswick, avaient traversé la Meuse et marchaient sur Paris. Commandés par Dumouriez et par Kellermann, les 80 000 Français parviennent à les arrêter sur le plateau de Valmy. 21 septembre : fin de la Législative, début de la Convention. Lors de sa première séance, la nouvelle assemblée adopte un décret qui entérine l abolition de la royauté et proclame la république française. 22 septembre : il sera le jour choisi pour être le premier jour de l an I de la République française et le point de départ du calendrier républicain de Fabre d Églantine. 11 décembre : procès devant la Convention de Louis Capet (Louis XVI), ex-roi de France. Les chants révolutionnaires Outre la célèbre Marseillaise devenue notre hymne national, deux chants ont accompagné nos concitoyens lors de la révolution : - Dansons la carmagnole. Le titre vient de la citadelle italienne de Carmagnola, située dans le Piémont et conquise par l armée du Var en septembre 1792. Le nom fut donné aussi à la veste courte que portaient les sansculottes. Voici deux strophes de ce chant : «Veto femelle* avait promis De faire égorger tout Paris Ses projets ont manqué Grâce à nos canonniers. Dansons la carmagnole Vive le son, vive le son, Dansons la carmagnole, Vice le son du canon» * Il s agit de la reine Marie-Antoinette, par allusion à Louis XVI que les sans-culottes appelaient Monsieur veto. - Ah! ça ira, ça ira! Le citoyen Bécourt, sur un texte de Ladré, avait composé une romance dont voici un extrait : «Ah! ça ira, ça ira, ça ira Le peuple en ce jour sans cesse répète Ah! ça ira, ça ira, ça ira Malgré les mutins tout réussira» Conservant l air de cette chanson (interprétée pour la première fois en juillet 1790 lors de la Fête de la Fédération), les sans-culottes en firent leur chant vengeur : «Ah! ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates à la lanterne, Ah! ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates on les pendra, Et quand on les aura tous pendus On leur fichera la pelle au cul» Les arbres de la liberté Pour fêter l installation des autorités municipales dans son village, un curé de la Vienne décida de planter un arbre devant son église. On était en 1790. L exemple fut suivi un peu partout en France, marquant bien souvent, au

milieu de la liesse populaire, l émeute contre le château ou l église ; c était l adieu à l Ancien Régime que l on fêtait ainsi. La cocarde tricolore C est un insigne de forme circulaire, ordinairement plissé, que l on accroche au chapeau. La coutume datait de bien avant la Révolution. Les chevaliers du Moyen-Âge en arboraient lors de leurs tournois. C est Camille Desmoulins qui en relança l usage lors d une manifestation au Palais Royal, à Paris, le 12 juillet 1789 (verte et blanche, elle était alors le signe de ralliement des insurgés). Lors de l assaut lancé contre la Bastille, les assaillants arboraient une cocarde bleue et rouge, aux couleurs de la ville de Paris. Quelques jours après, l insigne révolutionnaire, sur proposition de La Fayette, devint bleu, blanc, rouge. «Je vous apporte une cocarde qui fera le tour du monde!» avait alors déclaré le marquis. Le bonnet phrygien Il était le symbole des esclaves affranchis de l Antiquité, qui portaient ce bonnet. Appelé aussi bonnet de la Liberté, il fit son apparition le 8 mai 1790, lors de la Fédération de Troyes (il coiffait alors une statue représentant la Nation). Les sans-culottes l adoptèrent pour leur costume. Le simple bonnet rouge, lui, était la coiffure des forçats. Le coq gaulois On le trouvait autrefois en France sur certains blasons ou certaines médailles allégoriques ; on le représentait chassant l aigle d Autriche ou le lion de Castille. Il apparut sur nos étendards pendant la Révolution de 1830 et définitivement sous la 3 e République (timbres, monnaies, monuments). Il est représenté la tête levée, la queue retroussée et les plumes en panache. La balance Ce symbole nous vient également de l Antiquité (Égypte et Grèce). Adoptée par les hommes de la Révolution, elle devient le symbole de la justice et de l équité. La liberté Elle est l un des trois mots de notre devise républicaine et le leitmotiv de la Révolution. Elle apparaît sous forme de statue sur les places publiques : la femme, à l air patriotique, est vêtue d un costume antique, coiffée du bonnet phrygien ou du casque antique ; elle tient une pique, un joug brisé, la foudre ou un gouvernail. Elle est souvent assise près d un aigle, d un coq ou d un champ de blé. Les sans-culottes La culotte était l habit des nobles. Par réaction, le sans-culotte parisien (souvent ouvrier ou artisan) porte un pantalon de couleur, une veste courte appelée carmagnole ; il est coiffé du bonnet phrygien, armé d une pique, symbole de l homme libre, et d un sabre. Il tutoie tout le monde et appelle citoyen son interlocuteur. Les faisceaux

Les républicains se sont inspirés des licteurs romains qui portaient, devant les magistrats, un assemblage de baguettes d orme ou de bouleau, liées entre elles par des lanières de cuir. Au début de la République romaine, au centre des baguettes était placée une hache. Pendant la Révolution, les faisceaux devinrent l emblème de la République et de la Liberté. PROCÈS ET EXÉCUTION DE LOUIS XVI LEÇON 21 On a vu, dans la leçon précédente, que le 10 août 1792 avait vu la prise des Tuileries et la chute de la royauté en France. Arrêtée par les émeutiers, la famille royale n est pas autorisée à rester dans la salle où siège l Assemblée Législative ; le 13 août, Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth (sœur du roi), le petit dauphin Louis (il n a que 7 ans) et sa sœur (la future Madame Royale ) sont emprisonnés dans la tour du Temple et séparés : le roi occupe le second étage, le reste de la famille se partageant le 3 e étage. L ancien enclos du Temple L ordre des Templiers, à la fois religieux et militaire, avait été fondé en 1118 par deux chevaliers qui voulaient ainsi protéger les pèlerins se rendant sur les Lieux Saints. L ordre s installe à Paris en 1140 et prend rapidement de l extension : au XIII e siècle, ses 9 000 commanderies couvrent l Europe. Indépendants de la Couronne, riches et puissants, ils finiront par provoquer la jalousie des souverains. Ils créent une banque internationale de dépôts, disposent d un patrimoine immobilier énorme (le quart de Paris leur appartient!). L enclos fortifié qu ils possèdent dans la capitale et sa grosse tour médiévale servent parfois de refuge aux paysans des faubourgs et aux gens fuyant la justice royale ; les artisans qui y travaillent sont exempts des taxes corporatives. N ayant pu en devenir le maître, Philippe le Bel décide de le supprimer et de s emparer des biens de l ordre. En 1307, les Templiers de France sont arrêtés et emprisonnés. À Paris, leur grand maître, Jacques de Molay et 150 chevaliers sont brûlés vifs. Au XVI e siècle, l enclos existe toujours, dominé par son donjon. Lors de la Révolution, les hospitaliers en sont chassés et la tour sert de prison à la famille royale. Dans les quelques mois qui lui restent à vivre, Louis XVI occupe son temps à donner des leçons de latin et de géographie au jeune dauphin. La famille se réunit chez le roi pour les repas ; si on lui permet quelques promenades dans les jardins, à aucun moment elle n échappe à la surveillance de deux officiers municipaux qui écoutent toutes les conversations. Le procès de Louis XVI (Louis Capet) C est devant les députés de la Convention que sera jugé Louis Capet. Le procès débute le 11 décembre 1792. Louis XVI a choisi trois avocats : François Tronchet (1726-1806), Guillaume de Malesherbes (1721- guillotiné en 1794) et Romain de Sèze (1748-1828). Trois questions sont posées aux députés, les 15 et 16 décembre. 1. «Louis Capet, ci-devant roi des Français, est-il coupable de conspiration contre la liberté et d attentat contre la sûreté de l État?» Sur les 749 députés (31 absents), 691 votent oui et 27 s abstiennent.

2. «Le jugement sera-t-il soumis à la ratification du peuple réuni dans les assemblées primaires?» On décompte 287 oui, 424 non et 20 abstentions (28 absents). 3. «Quelle peine infliger à l accusé?» L appel nominal des députés commence le 16 janvier à 20 heures et se termine le 17 à la même heure. Sur 745 députés, il y a 721 votants : la majorité sera donc de 361 voix. On décompte alors : 366 voix pour la peine de mort 319 voix pour la détention jusqu à la fin de la guerre, puis bannissement 2 voix pour la détention avec fers 34 voix pour la mort avec clause restrictive (sursis, commutation de peine, etc.) Conclusion : la mort est votée, mais avec seulement 5 voix de majorité, alors que 12 votes en faveur de cette peine s avèrent être nuls (1 député non français, 4 députés non inscrits, 4 suppléants n ayant pas le droit de vote, 3 députés ayant voté après s être récusés). Le 18 janvier 1793, les modérés demandent donc qu il soit procédé à un nouveau décompte des votes. Cela donna 361 voix pour la peine de mort sans condition et 26 pour l amendement présenté par le député Mailhe (texte prévoyant l exécution de la peine de mort reportée à plus tard). Le rapporteur, le député Vergniaud, totalisant ces deux nombres, annonça que la peine de mort était acquise par 387 voix. On ne s en tint pas là : on vota à nouveau le 19 janvier pour répondre à la question suivante : «Sera-t-il sursis à l exécution du jugement de Louis Capet?» Le 20 janvier, à 2 heures du matin, le sort de Louis XVI est fixé définitivement : sur 690 suffrages exprimés, on décompte 310 voix pour le sursis contre 380 voix contre. La France avait décidé de guillotiner son roi. Dès le lendemain, le 21 janvier 1793 à 10h22, le roi monte à l échafaud dressé au milieu de la place de la Révolution (actuellement place de la Concorde). L exécution de Louis XVI Le 20 janvier au soir, le roi est autorisé à avoir une dernière entrevue avec les siens. Ensuite, il se livre à ses prières et s endort paisiblement. Le lendemain matin, c est son confesseur, l abbé Edgeworth de Firmont, qui célèbre la messe dans la chambre ; c est lui qui l assistera avant l exécution. Pour parer à toute tentative de délivrance, Louis XVI est conduit jusqu au pied de l échafaud dans la voiture de Chambon, maire de Paris. On a prétendu qu un complot avait été préparé par le baron de Batz (1754-1822) : Louis XVI aurait dû être enlevé pendant le trajet, la voiture du maire ayant été remplacée par celle d un ami, le ministre des Finances Clavière ; 300 hommes devaient surprendre la Garde nationale commandée par Santerre. Le projet fut éventé. Louis XVI voulut s adresser au peuple massé sur la place, mais les tambours de la Garde nationale couvrirent le son de sa voix. Après l exécution, le bourreau Samson présenta la tête du supplicié à la foule. Louis XVI fut enterré au cimetière de la Madeleine (actuellement square Louis XVI sur le boulevard Haussmann) ; les restes de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth y furent également enterrés. La famille royale En juillet 1793, le jeune dauphin est arraché à sa mère et logé au 4 e étage de la tour du Temple, placé sous la garde du cordonnier Simon ; il y mourra le 8 juin 1795. Le 2 août 1793, Marie-Antoinette est transférée à la Conciergerie (dans l île de la Cité), qu on a baptisée l antichambre de la guillotine (pendant la Terreur, on y enferma jusqu à 1 200 suspects). Elle y restera jusqu au 16 octobre. Son procès débute le 14 octobre devant le Tribunal révolutionnaire. Elle est accusée de

manœuvres en faveur des ennemis extérieurs de la République et de complot pour allumer la guerre civile. Elle est condamnée à mort et guillotinée le 16 octobre 1793 à 12h15. Madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, la suivra dans la mort. Leur fille, Madame Royale, sera libérée après le 9 thermidor. Quant à la tour des Templiers, elle sera rasée en 1808 pour éviter les pèlerinages monarchiques. La chapelle expiatoire Depuis 1722, existait près du boulevard Haussmann un petit cimetière que l on utilisa pendant la Révolution pour enterrer les Suisses tués lors de la journée du 10 août 1792 (prise des Tuileries) puis, pendant la Terreur, les 1 343 victimes de la guillotine. C est là que furent transportés les restes de Louis XVI et de Marie- Antoinette. Un magistrat royaliste, qui habitait une maison voisine, avait repéré la fosse où fut jeté le couple royal. Quand le cimetière fut désaffecté en 1794, il acheta le terrain et le planta de cyprès. Après son retour à Paris, Louis XVIII fut informé de l évènement et fit effectuer des recherches dans le vieux cimetière. On retrouva les corps des souverains qui furent transportés, le 21 janvier 1815, à St-Denis, dans la nécropole réservée aux rois de France. Un monument, la chapelle expiatoire, y fut érigé à l emplacement de la fosse (1621) ; en 1862, on y créa le square Louis XVI. La guillotine «Tout condamné aura la tête tranchée», dit l article 3 du nouveau code pénal voté par l Assemblée Législative. Le bourreau Samson ayant protesté contre la difficulté (et l horreur) rencontrée pour procéder correctement à une décapitation à l épée ou à la hache, on décida d adopter la machine à couper les têtes utilisée avec succès en Allemagne depuis le XVI e siècle. La proposition d un député, le docteur Guillotin, ne fut mise en pratique qu en avril 1792. À son grand regret, on donna à la machine le nom de guillotine. BONAPARTE LEÇON 22 Le Directoire (26-10-1795 à 9-11-1799) La Convention avait pris fin le 26 octobre 1795, laissant la place à un régime plus modéré, une république bourgeoise : le Directoire. Selon la nouvelle constitution, le pouvoir législatif appartient à deux assemblées : - le Conseil des Cinq-Cents chargé de préparer les lois - le Conseil des Anciens qui les adopte ou les rejette. Le pouvoir exécutif appartient à cinq Directeurs (d où le nom de Directoire). Les textes n avaient pas prévu qui gouvernerait en cas de conflit entre les Conseils et les Directeurs. Le Directoire ne put imposer son autorité que par une suite de coups d état. Après six ans de révolution, la France souhaitait la paix, la tranquillité à l intérieur et un niveau de vie acceptable pour le peuple. Rien de tout cela ne fut réalisé : - la guerre continuait contre l Autriche et l Angleterre, invaincue, lançait contre la France coalition après coalition. - les royalistes et les anciens Montagnards organisaient des complots et des émeutes. - la situation économique était désastreuse ; les caisses de l État étaient vides, les impôts rentraient mal, la monnaie de papier (assignats) avait perdu toute valeur, les paysans refusaient de ravitailler les villes alors que certains Français s étaient enrichis scandaleusement et étalaient leur luxe.

Un certain Bonaparte En 1793 déjà, il avait fait parler de lui : commandant l artillerie de l armée républicaine, il avait su reprendre Toulon aux Anglais. En octobre 1795, un complot royaliste avait éclaté à Paris dans le but de renverser la Convention : appelé par Barras, Bonaparte fit mitrailler et écraser les insurgés, sauvant ainsi le régime. Aîné de huit enfants, Napoléon Bonaparte naquit à Ajaccio le 15 août 1769 (un an après l acquisition de la Corse par la France). Il était d une famille noble mais pauvre ; son père, Charles Bonaparte, avait été l un des principaux lieutenants de Paoli, le chef des patriotes corses combattant pour l indépendance de l île au moment de l arrivée des Français (1768). Rallié finalement à la France, il obtint de Marbeuf, gouverneur de l île, l aide du roi pour l éducation de plusieurs de ses enfants. C est ainsi que le jeune Napoléon entra comme boursier au collège militaire de Brienne (1779). En 1784, il fut admis à l École Militaire de Paris, d où il sortit l année suivante en qualité de lieutenant en second d artillerie. Il vécut les dernières années de l Ancien Régime, vie de garnison d un officier sans fortune, souvent moqué pour son accent corse. Il passait tous ses congés à Ajaccio, auprès de sa mère devenue veuve, qu il devait aider financièrement. Les débuts de la Révolution ne le concernent pas ; il rêve de jouer plutôt un rôle politique en Corse, qu il souhaiterait voir accéder à l indépendance. C est l action du vieux Paoli (il livra l île aux Anglais) qui le décida à reprendre du service en France (mars 1793). C est alors le siège de Toulon, aux mains des royalistes et des Anglais (décembre 1793). Le capitaine Bonaparte, en faisant bombarder les navires anglais dans la rade, arrache la victoire : Toulon est libre et Bonaparte devient général de brigade. Après le 9 thermidor (fin de la Terreur), il devient suspect pour avoir été l ami du frère de Robespierre et est rayé des cadres de l armée. Dégoûté de la Révolution, Bonaparte songe à aller servir chez les Turcs. Le sort en décide autrement : il est à Paris lors de l émeute royaliste du 13 vendémiaire (5 octobre 1795) ; Barras, alors commandant des forces de l intérieur, en fait son lieutenant. Le rapide succès obtenu fait de Bonaparte le chef de l armée de l intérieur. Lorsque le Directoire décide de lancer une campagne en Italie, Bonaparte est nommé commandant en chef de l Armée d Italie. Campagne d Italie (1796-1797) Le Directoire a confié à Bonaparte une petite armée de 37 000 hommes, avec laquelle il devra affronter 73 000 Autrichiens et Piémontais. À son arrivée au quartier général de Nice, Bonaparte parvient (non sans certaines jalousies) à s imposer face à des chefs expérimentés comme Masséna et Angereau. Son plan est simple : étant inférieur en nombre, il lui faudra s infiltrer entre deux armées ennemies puis les battre l une après l autre par une suite d opérations fulgurantes. La campagne est à la fois une guerre-éclair et une guerre de siège. Ayant franchi le col de Cadibone, il parvient à séparer ses ennemis à Millesimo (12-4-1796) puis les écrase l un après l autre, à Montenotte (14-4) et à Mondovi (21-4). Il franchit ensuite le Pô à Plaisance et bat à Lodi (10-5) l arrière-garde de l armée autrichienne. Le 29 juin 1796, il entre à Milan. La seconde phase de la campagne comprend le siège de la place forte de Mantone (de juillet 1796 à janvier 1797), une série de manœuvres rapides qui lui permettent de triompher à Castiglione (5-8-1796), à Arcole (15, 16, 17 nov. 1796) et à Rivoli (16-1-1797). Cette dernière victoire lui ouvre la route de Vienne. Bonaparte se comporte alors en véritable proconsul : il traite avec le pape, il signe avec l Autriche les préliminaires de paix de Léoben (18-4-1797). Le Directoire est finalement contraint de passer par les volontés de Bonaparte et la paix avec l Autriche est signée à Campo-Formio le 18 octobre 1797. La gravure de notre tableau représente l incident qui opposa Bonaparte aux diplomates autrichiens lors des discussions : ces derniers s obstinaient à réclamer la place de Mantone ; Bonaparte se mit en colère, brisa le cabaret de porcelaine qu il avait devant lui, menaçant de reprendre la guerre : «Avant la fin de l automne, j aurai brisé votre monarchie comme je brise cette porcelaine!» (cité dans Histoire de France, d Henri Martin, tome 4).

Campagne d Égypte (1798-1799) L Autriche vaincue, l Angleterre poursuivait la lutte. Le Directoire imagina alors l expédition d Égypte, qu elle confia à Bonaparte. Pour réussir, il fallait échapper à la flotte anglaise de l amiral Nelson croisant en Méditerranée. Bonaparte a la chance pour lui et réussit : 19 mai 1798 : départ de la flotte française avec 35 000 soldats et 200 savants (astronomes, mathématiciens, ingénieurs, etc.). 1 er juillet : débarquement à Alexandrie après avoir pris l île de Malte au passage. 21 juillet : victoire des Pyramides sur les Mameluks («Du haut de ces pyramides!»). Bonaparte avait occupé le Caire : il lance alors Desaix à la conquête de la Haute Égypte. 1 er août 1798 : Nelson détruit la flotte française ancrée à Aboukir. Bonaparte est prisonnier de sa conquête. 1799 : campagne en Syrie et échec devant St-Jean-d Acre. 9 octobre 1799 : ayant appris les mauvaises nouvelles concernant le Directoire et la situation militaire, Bonaparte s embarque secrètement, déjoue la surveillance anglaise et débarque à Fréjus. Il laissait le commandement du corps expéditionnaire à Kléber (qui sera plus tard assassiné). Le coup d état du 18 Brumaire Au printemps 1799, la situation intérieure en France n avait fait qu empirer : l agitation royaliste continuait en Vendée, le Directoire connaissait coup d état sur coup d état. En octobre, l un des cinq directeurs, Sieyes, décide de lancer un mouvement de révision, mais, pour cela, il lui faut l appui de la force armée. Bonaparte, général en disponibilité, est là à point : on va donc l utiliser pour s attaquer au Conseil des Cinq Cents, que dirige Lucien Bonaparte. Des ministres (Talleyrand et Fouché), des généraux (comme le dévoué Murat), des financiers participent au complot, qui a lieu les 18 et 19 Brumaire (3 et 4 novembre 1799). Les députés s opposèrent à Bonaparte venu les affronter, le bousculèrent, menaçant de le déclarer hors-la-loi. Lucien Bonaparte fit alors appel aux grenadiers de la garde du Corps législatif, qui expulsèrent les députés. Le soir, les conjurés réunirent quelques députés et leur firent voter une résolution remplaçant le Directoire par un ensemble de trois consuls : Bonaparte, Sieyes et Roger Ducos. Le Consulat était né ; la république cessait d exister. Le Consulat (1799-1804) La Constitution de l An VIII fut votée en décembre 1799 ; elle créait quatre assemblées législatives, confiait d énormes pouvoirs à Bonaparte, nommé Premier Consul. Il pouvait nommer les ministres et les fonctionnaires, proposer les lois. Ce renforcement du pouvoir exécutif instaurait une véritable dictature au profit de Bonaparte. Sur le plan militaire, la France entama une seconde campagne d Italie (1800) contre l Autriche. Alors que Moreau conduit les opérations en Allemagne du Sud, Bonaparte intervient en Italie. Les Autrichiens avaient bloqué Masséna dans Gênes et atteignaient le Var. Bonaparte décide alors de les prendre à revers : il remonte la vallée du Rhône, franchit (un exploit) le col du Grand St-Bernard et bat l ennemi à Marengo (14 juin 1800). La paix est signée à Lunéville (février 1801). Les Anglais, lassés de la guerre, signent la paix d Amiens (mars 1802). Bonaparte profitera de la paix en Europe pour consolider son pouvoir personnel. Une nouvelle constitution, celle de l An X, lui confie le Consulat à vie. Deux ans après, Bonaparte devenait empereur héréditaire sous le nom de Napoléon 1 er.

NAPOLÉON 1 ER ET L EMPIRE LEÇON 23 Du Consulat à l Empire En 1802, alors que la paix semblait bien établie en Europe, un référendum organisé en France permit à Bonaparte de devenir consul à vie (par 3,5 millions de oui contre 8 000 non ). En mai 1804, nouvelle étape : il était proclamé empereur des Français sous le nom de Napoléon 1 er et le peuple plébiscita à nouveau cette décision à une majorité écrasante. La république était définitivement enterrée avec la naissance du Premier Empire. Napoléon obtint du pape Pie VII qu il vienne en personne couronner le nouvel empereur : le sacre eut lieu à Notre-Dame de Paris le 2 décembre 1804. Peu de temps après, Napoléon prenait le titre de roi d Italie : la prise de possession de l Europe commençait. Bientôt, les différents membres de la famille Bonaparte s en partageraient quelques morceaux. Napoléon à l assaut de l Europe La paix ne devait durer que 14 mois : dès le mois de mai 1803, la lutte reprenait contre l Angleterre ; Napoléon dut faire face aux différentes coalitions lancées contre la France. Sa politique envahissante fut la cause des guerres napoléoniennes. Anglais, Prussiens, Autrichiens et Russes furent tour à tour engagés dans ces guerres qui dureront dix ans, de 1805 à 1815. Les Anglais étant pratiquement toujours à l origine de ces coalitions, Napoléon conçut l idée de débarquer en Angleterre pour détruire son armée. Il lui fallait pour cela conquérir la maîtrise de la Manche : la défaite navale de Trafalgar (amiral Nelson ; octobre 1805) fit abandonner le projet de débarquement en Angleterre. C est donc sur terre que se dérouleront les grandes batailles de l Empire, au fur et à mesure des coalitions lancées contre la France : Ulm (20 octobre 1805), Austerlitz (2 décembre 1805) contre les Autrichiens et les Russes, Iéna (octobre 1806), Eylau (février 1807), Friedland (juin 1807), Wagram (juillet 1809). Les revers Les premières erreurs de Napoléon furent commises en Espagne. Il dressa contre lui le peuple espagnol en déposant son roi pour le remplacer par Joseph Bonaparte (alors roi de Naples), en répondant aux mouvements d émeute par une féroce répression. Un échec mineur subi par le corps d armée du général Dupont (capitulation de Baïlen en juillet 1808) eut un grand retentissement en Europe et Napoléon dut intervenir personnellement en Espagne. La guérilla espagnole usa une partie des forces de l Empire. Le plus désastreux fut la campagne de Russie en 1812. L alliance franco-russe, née à Tilsit, ne dura pas ; la gêne causée par le blocus continental fut une des raisons de la rupture. Pour affronter la Russie, Napoléon mit un an à réunir une formidable armée de 700 000 hommes, composée de Français (en minorité), d Allemands, de Prussiens, d Autrichiens, d Italiens, de Suisses, d Espagnols, de Polonais, d Illyriens, etc. Partie le 24 juin 1812 des bords du Niémen, la Grande Armée atteignit Smolensk le 18 août, livrait la sanglante bataille de Borodino (ou de la Moskova) et entrait à Moscou le 13 septembre. Les Russes n étaient pas battus, pratiquant la politique de la terre brûlée. Les Français durent se résoudre à quitter Moscou en flammes le 19 octobre. L hiver russe (précoce), le harcèlement des cosaques, décimèrent la Grande Armée (pour franchir la Bérésina, les sapeurs du maréchal Éblé se sacrifièrent pour implanter des ponts dans l eau glacée chargée de blocs de glace). Plus de 500 000 hommes (tués, blessés ou prisonniers) restèrent en Russie.

Napoléon perdit ensuite les campagnes de retardement : Allemagne (1813), France (1814). Il abdiqua une première fois et fut envoyé à l île d Elbe. Son retour pour les Cent Jours se solda par un nouvel échec à Waterloo (18 juin 1815) face aux Anglais de Wellington et aux Prussiens de Blücher. Le 21 juin 1815, Napoléon est de retour à Paris ; il décide alors de se livrer aux Anglais, après avoir abdiqué une seconde fois. Ceux-ci l exilent sur l île de Sainte-Hélène où il mourra en 1821. Les traités de 1815 laissaient la France plus petite qu à l arrivée de Napoléon. Une France de 130 départements En 1811, l Empire est à son apogée (Napoléon a épousé Marie-Louise d Autriche). La France proprement dite comprend 130 départements, allant des bouches de l Elbe (port de Hambourg, avec une fenêtre sur la Baltique à Lübeck) à la frontière espagnole, disposant enfin de frontières naturelles avec la rive gauche du Rhin, la Savoie, une partie de la Suisse, avec un long tentacule en Italie (villes de Gênes, Parme, Florence, Sienne, Rome). Pour chacun de ces départements, c est le préfet qui représente le gouvernement. Un vaste empire Du détroit de Gibraltar aux portes de la Russie, de la pointe de la botte italienne aux côtes orientales de l Adriatique, Napoléon règne par personnes interposées, soit des membres de sa famille, soit des souverains ayant accepté son protectorat : La famille Bonaparte : - le royaume de Westphalie que dirige Jérôme depuis 1807 - le Grand-duché de Berg (avec la ville de Düsseldorf) administré au nom de Napoléon-Louis, fils de Louis Bonaparte, auparavant dirigé par Murat, devenu roi de Naples. - le royaume de Naples : d abord aux mains de Joseph, puis à celles de Murat (époux de Caroline Bonaparte), roi sous le nom de Joachim 1er - l Espagne dont le roi est Joseph depuis 1808 - le royaume de Hollande eut pour roi Louis Bonaparte de 1806 à 1811 ; fut intégré à la France proprement dite en 1811 et divisé en départements. les provinces illyriennes : constituées des territoires enlevés à l Autriche et à Venise, elles sont sous l autorité d un gouverneur nommé par Napoléon les pays de protectorat : possédant l autonomie interne, ils ont gardé leur propre souverain mais sont inféodés à la France ; ce sont : - la Confédération suisse dont Napoléon est le médiateur - le Grand-duché de Varsovie administré par des fonctionnaires français - la Confédération du Rhin : créée en 1806, elle regroupe 36 états allemands, dont la Bavière, la Saxe, le Wurtemberg, le Grand-duché de Bade. La Westphalie et le Grand-duché de Berg en font également partie. La Grande Armée On a donné ce nom à l armée rénovée constituée par Napoléon après la défaite navale de Trafalgar (1805) et l abandon de la tentative de débarquement en Angleterre. Les anciennes unités : armée d Italie, armée d Allemagne, armée de l Intérieur furent fondues en une seule masse ; les officiers trop âgés, incapables ou suspects furent écartés ; l armée restait une armée nationale puisque tous les Français célibataires âgés de 20 à 25 ans devaient accomplir leur service mais il était possible, si l on avait tiré au sort un mauvais numéro, de s acheter un remplaçant. Tous les officiers étaient sortis du rang : les vides laissés après chaque bataille étaient comblés par la promotion au grade supérieur des hommes qui s étaient distingués au combat. Les

généraux de l empire se révélèrent de véritables entraîneurs d hommes (on pourra, à titre d exercice, en dresser la liste à l aide d un plan de Paris ; ce sont les noms des fameux boulevards des maréchaux : Ney, Macdonald, Sérurier, Mortier, Davout, Soult, Poniatowski, Masséna, Kellermann, Jourdan, Brune, Lefebvre, Victor, Exelmans, Murat, Suchet, Lannes, Gouvion-St-Cyr, Berthier, Bessières). On pourra également y retrouver des grands noms de l Empire, comme : avenue de Wagram, avenue de Friedland, avenue d Iéna, avenue de la Grande-Armée, quai et gare d Austerlitz, etc. Au sein de l armée, on trouvait une infanterie de ligne, une infanterie légère composée de voltigeurs, une cavalerie légère de hussards et de chasseurs, une cavalerie lourde de dragons et de cuirassiers, une artillerie à pied et une artillerie à cheval. À ces unités s ajoutait la Garde impériale forte de 80 000 hommes, vétérans et soldats d élite. La Légion d honneur L ordre fut créé en 1802 par Bonaparte, alors premier consul, pour récompenser les services civils ou militaires. Il comprend actuellement cinq classes : grand-croix et grand-officier pour les dignités, commandeur, officier et chevalier pour les grades. Le chef de l État en est le grand maître. LE TRAVAIL DES ENFANTS LEÇON 24 Pendant des siècles et jusqu à la seconde moitié du XIX e siècle, les enfants des milieux populaires furent employés, dès l âge le plus tendre, à des travaux ingrats et épuisants. Pour leurs parents, souvent dans la misère, ils constituaient un complément de ressources appréciable. Souvent, même la morale d alors venait justifier de telles pratiques : en le faisant ainsi trimer, on arrachait l enfant à la paresse et aux tentations perverses de la rue. Le député d Elbeuf écrivait en 1840 : «engager des enfants constitue un acte de générosité de la part de celui qui les emploie.» Les statistiques dont on dispose pour cette période, dans le domaine de l industrie, montrent qu entre 1839 et 1845 on compte qu au moins 12% du nombre des travailleurs sont des enfants, soit 143 655 enfants pour 1 190 400 travailleurs français. On y remarque que les départements employant le plus d enfants sont les suivants : Aisne, Ardennes, Calvados, Eure, Haut-Rhin, Loire, Nord, Rhône, Seine-Inférieure. Dans les mines de lignite (charbon pauvre) des Bouches-du-Rhône, on emploie de jeunes mendiants arrêtés dans les rues ; ces enfants portent tout au long du jour des charges de 16 à 25 kg, les plus âgés (17-18 ans) traînent jusqu à 70 kg de charbon. Dans le textile, on emploie des enfants de 4 et 5 ans au dévidage de trame! L enfer de la mine Nous sommes dans la concession des mines de Courrières, dans le Pas-de-Calais, en 1906. C est l hiver, le jour n est pas encore levé ; au fond de la mine, 1 700 hommes peinent pour extraire le charbon. Soudain, une énorme secousse ébranle la région : une explosion (due au grisou) s est produite aux fosses de Billy- Montigny, de Méricourt et de Sallaumine. La catastrophe fera 1100 morts! Déjà en 1823, une explosion avait déchiqueté 20 mineurs à Anzin ; en 1827, à Aniche, 7 jeunes garçons avaient été tués au fond de la mine. Dans son ouvrage La Vie souterraine, L. Simonin parle des conditions dans lesquelles travaillent les mineurs, hommes et enfants. Rares sont les puits munis de cages coulissantes ; presque partout, c est le

tonneau suspendu au bout d un cordage, quelquefois même une sorte de balançoire où s assoit le mineur ; tout ceci à la faible clarté des lampes, dans un puits où l eau suinte de toutes parts, où, à tous moments, des blocs de pierre risquaient de se détacher des parois. Dans les galeries, les mineurs travaillent au pic ; couchés sur le flanc, ils pratiquent des entailles horizontales et verticales, puis dégagent le bloc de charbon à l aide d un levier : c est le travail à col tordu. Le porteur ou traîneur sort le charbon par une galerie basse, soit dans des sacs chargés sur le dos, soit sur un petit chariot qu il traîne au bout d une corde. Lorsque les filons ont une faible épaisseur, les galeries n ont pas plus d un mètre de haut : ce sont de jeunes garçons qui évacuent le charbon dans des chariots qu ils tirent ou poussent en rampant sur les genoux et les mains ; d autres enfants sont chargés de fermer ou d ouvrir les portes d aération dans les galeries de roulage ; munis d une bougie, ils restent le plus souvent dans le noir, couchent dans la mine et ne remontent que le dimanche! Certains de ces malheureux n ont pas plus de 7 ans! En Écosse, ce sont des jeunes filles qui gravissent, sac au dos, les quelque cent mètres d échelles qui séparent les galeries d extraction de la surface du sol (voir notre document). Des enfants martyrs On lit dans un article d Anatole Le Braz, paru dans Lecture pour tous en 1905, que deux mousses embarqués sur un trois-mâts de Nantes avaient chapardé du beurre dans la cabine du commandant et dissimulé leur larcin. Découverts, ils furent déshabillés et attachés nus au grand-mât. Ils y restèrent trois jours et trois nuits ; chaque matin, le commandant les flagellait jusqu au sang, puis, pour aviver leurs souffrances, il faisait arroser les plaies d eau de mer. À leur retour au port, les pauvres gosses étaient couverts d ecchymoses purulentes. Les parents ayant voulu porter plainte, le commandant leur répondit : «Fort bien! Si vous dites un mot, gare à vos garnements! Je les fais coffrer pour vol avec effraction et vous verrez ce qu il leur en cuira. J ai la loi de mon côté.» En effet, on peut remarquer qu à l époque, il n existait aucune loi pour la protection des enfants au travail. Dans un rapport fait à la Société Industrielle de Mulhouse, daté du 31 mai 1837, on lit : «Il est des filatures en France qui retiennent leurs ouvriers pendant 17 heures chaque jour et les seuls moments de repos pendant ce temps sont une demi-heure pour le déjeuner et une heure pour le dîner, ce qui laisse 15 heures et demie de travail effectif.» Ces durées excessives étaient semblables pour tous les ouvriers quel que soit leur âge, y compris pour les enfants. Autre fait qui aggrave encore la souffrance des enfants est que bien souvent ceux-ci n habitent pas près de la manufacture et doivent parcourir à pied, par n importe quel temps, un long trajet pour se rendre sur leur lieu de travail. Il faut donc que les enfants, dont beaucoup ont moins de 7 ans, quelques-uns moins encore, abrègent leur sommeil et leur repos pour parcourir ces trajets. On inflige donc à ces enfants de 6 à 8 ans, mal nourris, mal vêtus, à parcourir dès 5 heures du matin la longue distance qui les sépare de leurs ateliers et à en revenir le soir. Par ailleurs, les châtiments corporels sont fréquents : beaucoup de contremaîtres et de simples ouvriers estiment que l emploi de ce moyen est très souvent nécessaire. Pour eux, le nerf de bœuf figure parmi les instruments de travail, ne serait-ce que pour réveiller les pauvres gosses qui ont succombé au sommeil. La loi de 1841 Une première tentative pour s opposer à l exploitation des jeunes enfants date de 1813 (décret du 31 janvier) : il était désormais interdit de faire descendre dans les mines les enfants de moins de 10 ans. Cette restriction ne concernait que le secteur des mines et de nombreux enfants restent soumis à des conditions atroces dans celui des manufactures et dans la marine.

Le travail des enfants, en France, ne fut vraiment réglementé qu en mars 1841. La loi de 1841 avait pour but de limiter l exploitation des enfants dans les usines de plus de 20 ouvriers (elle était donc très restrictive puisque n étaient pas abordés les problèmes du travail des enfants dans les petits ateliers, dans la marine, dans les exploitations agricoles). Voici quelques-unes de ses clauses : désormais, aucun enfant de moins de 8 ans ne doit être admis dans les manufactures ; les enfants de 8 à 12 ans ne peuvent y être employés plus de 8 heures par jour ; le travail le dimanche et les jours de fête leur est interdit, de même que le travail de nuit ; de plus, mais timidement, la loi se préoccupe de l instruction primaire élémentaire que doivent recevoir les enfants. Malheureusement, faute d un personnel de surveillance, la loi de 1841 resta longtemps lettre morte ; il faut avouer qu il existe aussi une sorte de connivence entre parents et patrons pour ne pas respecter cette loi ; dans les familles pauvres, on avait trop besoin du maigre salaire que rapportaient ces enfants martyrs. Bien longtemps après, la presse se faisait encore l écho d abus dans ce domaine : un journal d avril 1860 mentionne un enfant de 5 ans qu on a mis au travail dans un atelier (là encore, complicité des parents et de l employeur) ; en 1853, on apprenait qu un fabricant de fleurs artificielles qui employait 20 apprentis prêtés par un hospice était jugé pour avoir enchaîné à trois dans un même lit et battu avec une corde des enfants effectuant des journées de 17 heures. En 1827, à Anzin, des enfants asphyxiés au fond de la mine étaient employés à pousser des chariots de charbon. Il faudra attendre la loi du 2 novembre 1892 pour que la durée du travail journalier des femmes et des enfants de moins de 18 ans soit limitée à 11 heures. Notons, en passant, l article 312 de notre Code pénal actuel qui stipule : avant 15 ans, interdiction d infliger aux enfants des «corrections corporelles légères : coups de pied au derrière, gifle, coups de règle»! Les documents présentés La plupart sont extraits d un ouvrage de L. Simonin : La Vie souterraine paru à la fin du 19 e siècle. On assiste à la vertigineuse descente dans la mine : perchés sur un tonneau, hommes et enfants quittent le carreau de la mine pour les galeries de taille (on les voit passer devant l étage Ŕ 200 m, où les attend un garçon muni d une gaffe). Les mineurs portent la lampe de sûreté (une toile métallique protège des émanations de grisou) inventée par le chimiste et physicien anglais sir Humphry DAVY (1778-1829). Les autres documents montrent : un moyen encore plus rudimentaire pour faire descendre deux enfants assis sur une sorte de balançoire ; les monteuses de charbon dans une mine écossaise ; un mineur et son fils au fond de la mine (ils s éclairent encore à la bougie). 1848 II e RÉPUBLIQUE LEÇON 25 La Révolution de 1848 La monarchie constitutionnelle, établie par Louis-Philippe en 1830, se trouve dépassée et les aspirations des Français se sont transformées en profondeur : on réclame une évolution plus démocratique des droits politiques, la classe ouvrière (bien que minime encore) souhaite obtenir des droits sociaux. Il faudra quelques jours à la population parisienne pour s insurger une fois de plus et chasser le roi. La campagne menée par des réformistes se voit interdire le banquet du 22 février 1848 : une manifestation pacifique va de la Madeleine à la Concorde en criant «À bas Guizot!». Le lendemain, quelques barricades s élèvent et le ministre démissionne. C est un incident sanglant qui va déclencher la révolution : le 23 au soir, des soldats affolés tirent sur un cortège de

manifestants, faisant 16 morts. Le 24 février au soir, les insurgés envahissent le Palais Bourbon et obligent les députés à accepter la constitution d un gouvernement provisoire de 11 membres, dont Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Louis Blanc et l ouvrier Albert. À l Hôtel de Ville de Paris, la république est proclamée le 25 février ; on instaure le suffrage universel, la liberté de la presse, l abolition de la peine de mort pour raisons politiques, l abolition de l esclavage, le droit au travail (ateliers nationaux). Le suffrage universel En avril 1848 furent admis à voter, pour élire une assemblée constituante, tous les citoyens masculins âgés d au moins 21 ans : c est le suffrage universel (on expliquera les mots suffrage : c est à la fois un vote et la voix apportée par l électeur ; universel : qui s adresse à tous ; en instruction civique, on pourra aborder les notions : inscrits, votants, exprimés, abstention, majorité, etc.). L âge d éligibilité fut fixé à 25 ans et, pour que la députation soit accessible aux pauvres, il fut prévu une indemnité parlementaire de 25 francs par jour pendant la durée de la cession. Jusqu alors limitée à une minorité bourgeoise, la vie politique s étendit soudain à toute la nation ; le nombre des électeurs passa alors de 240 000 à 9 millions! Victor Hugo écrira en 1850 : «Le plus grand acte de la Révolution de 1848 fut d établir le suffrage universel. Le côté profondément humain et politique de cet acte, ce fut d aller chercher l être courbé, l être froissé qui jusqu alors n avait eu d autre espoir que la révolte et de lui apporter l espérance sous une autre forme et de lui dire : «Vote, ne te bats plus.» Ce fut de rendre sa part de souveraineté à celui qui jusque là n avait eu que sa part de souffrance. Ce fut d aborder l infortuné qui n avait d autre ressource que la violence et de lui retirer la violence, et de lui remettre dans les mains, à la place de la violence, le droit Quand le vote a parlé, la souveraineté a prononcé. Il n appartient pas à quelques-uns de défaire ni de refaire l œuvre de tous.» Le transport des urnes C est dans l urne que les électeurs glissent leur bulletin de vote ; ce nom a été donné à la boîte électorale parce que, dans l Antiquité, les juges déposaient leurs suffrages dans des vases appelés urnes. Cet objet est devenu comme le symbole de nos institutions démocratiques. La gravure représentée sur notre tableau est extraite d un numéro de L Illustration paru en 1848. La république étant proclamée, il fallait élire une assemblée constituante : les élections du 23 avril 1848 furent donc un grand événement pour les Français. La proportion des votants fut énorme : 7 835 000 sur un total de 9 375 000 inscrits. En province, le vote se déroulait au chef-lieu de canton (on pourra étudier : le département, l arrondissement, le canton, la commune et pour notre époque : la région). On voit ici, à Paris, le transport d une des urnes après le vote ; elle est sous scellés (on expliquera ce mot et l expression mettre sous scellés ), escortée par des gardes nationaux en armes ; un sergent de ville, flambeau à la main, précède le cortège. Devant la maison commune On est en province : la gravure représente la foule des électeurs massée devant le bureau de vote ; on est ici au chef-lieu de canton, devant la Maison commune (ou communale). On fera retrouver le terme par les élèves (en débouchant sur nos actuels mairies et hôtels de ville), ainsi que la devise de la république lisible sur le fronton du bâtiment. On pourra faire observer les différents costumes portés par les électeurs (en rapport avec leur condition sociale) : ouvriers et paysans en blouse, bourgeois portant haut-de-forme et parapluie, curé en soutane. Bien que ne votant pas (on rappellera qu il faudra attendre 1946 pour que les femmes aient le droit de vote en France), quelques femmes ont accompagné leur mari. La maréchaussée, portant bicorne et sabre, la troupe sont là pour veiller au bon déroulement du vote. À remarquer que le drapeau blanc des Bourbons a disparu : le drapeau tricolore orne la mairie et flotte au

sommet du clocher. Le drapeau tricolore Au lendemain des journées révolutionnaires des 22, 23 et 24 février 1848, qui virent l abdication de Louis- Philippe (réfugié en Angleterre, il y mourra deux ans après) et la proclamation de la Seconde République, la question du drapeau national se posa. Certains étaient partisans du drapeau rouge, d autres souhaitaient le retour du drapeau tricolore. Le rôle joué par le poète Lamartine, alors membre du gouvernement provisoire, puis Ministre des Affaires étrangères, fut déterminant lors du choix. Voici un extrait d un de ses discours, devenu célèbre : «Citoyens! Vous pouvez faire violence au gouvernement, vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France Quant à moi, je repousserai jusqu à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi! Car le drapeau rouge que vous nous rapportez n a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et 93 et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!» Lamartine. Histoire de la Révolution de 1848. Les arbres de la liberté En 1792, la 1 ère République instaurait la Religion civique, qui prévoyait dans chaque commune un autel de la patrie, la plantation solennelle de l arbre de la Liberté, rendait obligatoire le port de la cocarde tricolore. Cette coutume de l arbre de la Liberté fut reprise lors des grands événements révolutionnaires et, notamment, en 1848 lors de la proclamation de la Seconde République. Sur cette gravure de l imagerie populaire, la Liberté éclairant le monde, porteuse du rameau d olivier (la paix) et de la balance (la justice) et coiffée du bonnet phrygien, vient couronner la cérémonie à laquelle assiste une foule bariolée. La France en cinq républiques Lors de la précédente série de tableaux, on avait présenté la proclamation de la 1 ère République, en septembre 1792. L évocation de la Seconde République permet d aborder dans un même tableau l ensemble des cinq républiques qui jalonnent notre histoire. I re République : 22 septembre 1792 au 18 mai 1804 La révolution de 1789 avait débouché sur l élection d une Assemblée Constituante (1789-1791), puis de l Assemblée Législative (1791-1792). Il fallut attendre le lendemain de la victoire de Valmy (20 septembre 1792)pour qu une nouvelle assemblée, la Convention (1792-1795) proclame la république, le 21 septembre 1792, qui fut le 1 er jour de l An I de la République. Celle-ci prit fin avec la proclamation du 1 er Empire par Napoléon 1 er, le 18 mai 1804. II e République : 25 février 1848 au 2 décembre 1852 Le retour de la royauté, après la chute de Napoléon en 1815, avait ramené les Bourbons sur le trône, avec Louis XVIII (1815-1823), puis Charles X (1823-1830), renversé par la Révolution de juillet 1830. Louis-Philippe (1830-1848) fut renversé à son tour par la Révolution de 1848. Le neveu de Napoléon 1 er (3 ème fils de Louis Bonaparte) est élu président de la II e République le 10 décembre 1848. Par le coup d état du 2 décembre 1851, il renverse la république, puis il est proclamé empereur sous le nom de Napoléon III. III e République : 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940. Le désastre de Sedan (2 septembre 1870) amène la déchéance de Napoléon III (retenu prisonnier) et la proclamation de la III e République le 4 septembre. Celle-ci durera près de 70 ans et prendra fin le 10 juillet 1940 par l arrivée au pouvoir du maréchal Pétain, qui proclame l État français. IV e République : 3 juin 1944 au 5 octobre 1958.

Le général de Gaulle, installé à Londres depuis juin 1940, crée le Gouvernement provisoire de la République française (il s installe à Paris le 25 août 1944). Après 12 ans d absence, de Gaulle revient au pouvoir le 1 er juin 1958. V e République : une nouvelle constitution est approuvée par référendum le 28 septembre 1958 et le texte paraît au Journal Officiel le 5 octobre (début de la V e République). Le 21 décembre, de Gaulle est élu Président de la République. JULES FERRY ET L ÉCOLE LEÇON 26 Les écoles d enseignement mutuel À la fin du XVIII e siècle, le français n était la langue exclusive parlée que dans 15 départements, ce qui représentait seulement 3 millions d individus sur une population de 30 millions d habitants. Six millions de nos compatriotes ne parlaient que le patois ou une autre langue (Basques, Bretons, Catalans, Corses, Alsaciens, Flamands, Niçois). Grâce aux petites écoles (créées au XVII e siècle, elles étaient au nombre d une pour trois paroisses), la francisation avait néanmoins fait des progrès : en un siècle, le nombre de Français sachant lire et écrire était passé de 20% à 37%. Les mesures prises sous la Révolution furent désastreuses (décret de la Convention nationale ordonnant la création des écoles primaires sur tout le territoire de la République) : en effet, en enlevant les écoles des mains du clergé et des congrégations, elles ruinaient l enseignement primaire, puisque l Ancien Régime n avait pas formé de maîtres laïques. Pour obéir au décret, les municipalités durent confier les écoles à des citoyens de bonne volonté, mais peu instruits et souvent incompétents. Dix ans plus tard, 95% des Français ne savaient ni lire, ni écrire! Il faudra attendre 1831 pour que soient créées les Écoles normales primaires. En 1815, apparaissent les Écoles d enseignement mutuel, œuvre de la Société pour l instruction élémentaire, parrainée par des savants (Ampère, Chaptal, Champollion), par des économistes et des banquiers (J.B. Say, Mallet, Delessert), par certains notables (Guizot, Chateaubriand, Lafayette). Dans ces classes (voir note tableau), le maître trône à son bureau, sur une estrade ; il est aidé par ses assistants, élèves choisis parmi les plus âgés et les plus instruits (ce sont les moniteurs ), qui transmettent ses ordres et le remplacent en cas d absence. On enseigne la lecture, l orthographe, l écriture, le calcul, la morale. Une ordonnance royale de 1816 tente d aborder les notions de gratuité (pour les enfants indigents) et d obligation, mais aucune sanction n étant prévue, le texte restera pratiquement lettre morte. Celui-ci précisait, de plus : «les garçons et les filles ne pourront jamais être réunis pour recevoir l enseignement... chaque école aura pour surveillants spéciaux le curé ou le desservant de la paroisse, et le maire La Commission de l Instruction publique veillera avec soin à ce que, dans toutes les écoles, l instruction primaire soit fondée sur la religion, le respect des lois et l amour du souverain» L œuvre de Guizot François Guizot (1787-1874), historien et homme d État, était, dès 1812, professeur d histoire à la Sorbonne. Sa carrière politique est liée à la monarchie constitutionnelle et au règne de Louis-Philippe (1830 à 1848). Champion du conservatisme, il est ministre de l Intérieur en 1830, puis ministre de

l Instruction publique de 1832 à 1837. C est à ce titre qu il est amené à faire adopter la très importante loi sur l instruction primaire, dite loi Guizot (28 juin 1833). Celle-ci admet le principe de la liberté de l enseignement primaire, tirant celui-ci de son marasme en obligeant chaque commune à entretenir une école. En 1831, le Conseil royal de l Instruction publique avait décidé de créer les Écoles Normales primaires de garçons : on en comptait 47 en 1833, 74 en 1837 et 76 en 1842. En 1840, la France compte 38 600 instituteurs, dont 30 000 communaux. La première École Normale de filles (donc formant des institutrices) fut créée en 1838, à Argentan. Les salles d asile L ancêtre de nos actuelles écoles maternelles fut à la fois une expérience vosgienne avec les écoles à tricoter (fin du 18 e siècle) et un essai parisien sous le Consulat avec les salles d hospitalité. La réglementation élaborée de 1833 à 1837 reprend ces tentatives en les assimilant aux maisons d éducation, ce furent ce qu on appela alors les salles d asile : «Indépendamment des avantages de sûreté et de salubrité qu elles offrent pour les petits enfants, si souvent et si dangereusement délaissés dans les classes pauvres, les salles d asile ont le mérite de leur faire contracter, dès l entrée dans la vie, des habitudes d ordre, de discipline, d occupation régulière qui sont un commencement de moralité» (circulaire du 4 juillet 1833). Ce sont avant tout les enfants des ouvrières des villes qui bénéficièrent de ces écoles du premier âge ; on y donnait les premiers principes de l instruction religieuse, les notions élémentaires de la lecture, de l écriture et du calcul verbal. L œuvre de Victor Duruy Historien et homme politique, Duruy (1811-1894), maître de conférences à l École Normale, inspecteur général, fut ministre de l Instruction publique de 1863 à 1869. Son œuvre scolaire fut considérable : introduction de l histoire contemporaine dans l enseignement, création d un enseignement secondaire spécial, de cours spéciaux pour jeunes filles, de l École pratique des hautes études. À contre-courant des conservateurs, encore majoritaires dans un Second Empire défaillant, Duruy souhaite développer l enseignement primaire (il projette de rendre l école obligatoire pour les enfants de 7 à 13 ans, mais il échoue), moderniser l enseignement, soustraire l Université à l influence du clergé. Dans l effort entrepris pour l école, il s efforce de lutter contre l illettrisme. On raconte que sur un mur de son bureau figurait une carte de France représentant les départements : «Ceci, disait-il, est mon champ de bataille : les départements en blanc (en rouge sur notre tableau) sont ceux où l on sait très bien lire ; les gris (en orange sur le tableau) ceux où l on lit à peu près ; les noirs (en clair sur le tableau), ceux où on ne lit pas. Eh bien! Je suis devant cette carte comme les conquérants devant le pays qu ils veulent envahir. Je ne serai heureux que lorsque toute ma carte sera blanche!» Vint alors Jules Ferry Selon une enquête réalisée en 1877 par les inspecteurs généraux de l Instruction publique, il existe en France environ 100 000 classes pour 4,5 millions d élèves ; trop de villages n ont pas encore d écoles ; la moitié des communes ne possèdent pas d écoles de filles (celles de moins de 500 habitants ne sont pas obligées d en ouvrir une). En moyenne, sur 7 enfants, 1 ignore le chemin de l école, 4 le parcourent pendant un an ou deux, 2 fréquentent la classe à peu près bien. Dans certains départements, comme la Vienne ou le Finistère, le tiers ou la moitié des enfants ne reçoivent aucune instruction, car l école est payante.

Par ailleurs, les républicains sont d accord pour dénoncer l influence politique de l Église et soustraire l enseignement au contrôle du clergé. Jules Ferry, ministre de l Instruction publique dès 1879, puis président du Conseil (1880-1881 et 1883-1885), fut l artisan de cette action laïque et anticléricale. En 1880, il présente un projet réservant à l État le pouvoir d accorder les titres, interdisant l enseignement aux congrégations non autorisées. Les lois de 1881 et de 1882 organisèrent l enseignement primaire public, qui devint laïque, gratuit et obligatoire (pour les enfants de 6 à 13 ans). L école aura la charge de l instruction civique et morale ; le jeudi sera réservé, hors école, à l enseignement religieux donné par le prêtre. Le budget fut considérablement accru ; en 1886, le personnel enseignant dut être laïque. Camille Sée créa les lycées de jeunes filles et Jean Macé anima la Ligue de l enseignement. Instituteur, un beau métier «Mon métier est toute ma vie», reconnaissait un instituteur à la fin du 19 e siècle. Issu la plupart du temps d un milieu modeste, il est considéré comme l un des piliers de la république. C est pourtant un fonctionnaire mal payé (un maître d école débutant gagne moins qu un mineur), qui doit faire face à de multiples tâches. Il enseigne à ses élèves la lecture, l écriture, le calcul, l histoire, la géographie, les sciences naturelles, le chant, la gymnastique. Bien souvent, la classe est unique et la méthode pédagogique est concentrique : chaque année, il reprend le même programme, les mêmes matières, en approfondissant en fonction de l âge des élèves. C est aussi un professeur de morale et d hygiène, véritable officiant du culte de la République et de la Patrie. Chaque matin, il inscrit une maxime au tableau noir et la classe affiche de solides phrases dans lesquelles le bon sens, le civisme, les nécessités de la vie en commun sont autant de repères pour les futurs citoyens. Au village, le maître d école est un véritable notable, mais aussi un modèle dont la tenue morale et vestimentaire doit être exemplaire. Pour arrondir son maigre salaire, il est souvent secrétaire de mairie, devenant alors un précieux conseiller pour les habitants. En 1834, une étude avait révélé que certains maîtres étaient également barbiers, géomètres-arpenteurs, buralistes, cafetiers ou cultivateurs. DE LA VACHE À LA VACCINE LEÇON 27 Un fléau mondial : les épidémies La lèpre au Moyen-Âge, la peste noire au 14 e siècle, la syphilis pendant la Renaissance, la tuberculose à l ère industrielle, la variole depuis l aube des temps, le typhus lors des guerres ou des catastrophes naturelles, le choléra, la grippe espagnole en 1918 (auxquels, de nos jours, il faut ajouter le cancer, le sida) sont des fléaux qui ont décimé le monde à certaines périodes (les terribles épidémies) ou ravagent en permanence les populations (maladies à l état endémique). Pour la plupart de ces fléaux, des chercheurs, des médecins sont parvenus à isoler l agent pathogène (bactérie, bacille, virus) et à trouver une parade, soit à l état préventif (le vaccin), soit à l état curatif (le sérum). L histoire de l humanité est jalonnée d hommes dont le génie, les qualités d observation, l audace, ont permis de sauver des millions de vies humaines. Parmi ces hommes, nous nous arrêterons aujourd hui sur deux d entre eux : l Anglais Jenner et le Français Pasteur.

La variole C est la plus anciennement connue et la plus redoutée des fièvres éruptives ; elle semble avoir sévi de tous temps et sur la totalité du globe, faisant des millions de morts. La Chine, l Inde, la Mésopotamie, ont toujours connu ses ravages endémiques. En Europe, Grégoire de Tours décrit, en 580, l épidémie qui ravagea les Gaules et parle d une épidémie antérieure qui aurait été plus redoutable encore. Dans leur découverte du nouveau Monde, les Espagnols apportèrent la variole à St-Domingue, qui tua ensuite 3,5 millions d indiens. Les Anglais l amenèrent en Amérique du Nord. Au 18 e siècle, en Europe, un nouveau-né sur cinq mourait de la variole ; en 1770, on déplore 3 millions de morts aux Indes. En France, Louis XV en meurt le 10 mai 1774. Au cours de la guerre de 1870-1871, l armée française (non vaccinée) perdit 23 400 hommes de cette maladie, alors que les armées allemandes (vaccinées) n en perdaient que 278. En 1967, on recensait encore dans le Monde 2 millions de victimes. La vaccination obligatoire a pratiquement fait disparaître la variole, mais, parfois, quelques foyers réapparaissent en Asie et en Afrique. Il n existe actuellement aucun remède capable de guérir cette maladie. Seule la vaccination permet de lutter contre ce fléau, causé par un virus. La découverte de l Anglais Jenner Le médecin anglais Edward Jenner (1749-1823), établi à Berkeley, un gros bourg du Gloucestershire, était fréquemment appelé au chevet de malades atteints de la variole, qu on appelait alors la petite vérole. On savait que dans certains états d Asie on pratiquait depuis longtemps une sorte de vaccination : on se protégeait de la maladie en s inoculant les sérosités détachées des pustules remarquées sur les malades atteints de la variole, mais d une façon bénigne. Le procédé, souvent inefficace, se révélait parfois mortel. Jenner découvrit que le cow-pox (en français la vaccine, du latin vacca signifiant vache) ou mal du pis des vaches, lorsqu il s inocule aux trayeuses, ne produit pas une maladie dangereuse et que les gens de la campagne savaient par expérience qu après cette inoculation la personne était à l abri de la petite vérole. Il communiqua ses réflexions à son professeur de faculté et poursuivit ses observations pendant des années. Conclusion : l inoculation de la vaccine peut protéger contre la variole. Le 17 mai 1796, il vaccine un garçon de 8 ans, James Phipps, avec le liquide provenant de vaches. Le 1 er juillet, il prélève le virus sur un malade et inocule la variole au jeune garçon. La maladie ne se déclare pas. Jenner recommencera 20 fois l opération sur le même enfant et avec succès : il avait gagné. En 1798, il se rendit à Londres où ses confrères l accueillirent avec des ricanements d incrédulité. Il fallut attendre 1802 pour que l efficacité du vaccin soit enfin reconnue et que le modeste médecin de campagne soit acclamé comme un bienfaiteur de l humanité. Plus tard, on se rendit compte du danger que représentait le vaccin humain employé par Jenner (risque d inoculer d autres microbes). Deux Français, Chambon et St-Yves-Ménard, mirent au point un nouveau procédé de vaccination : le vaccin fut prélevé désormais sur une génisse. Notre tableau représente une séance de vaccination gratuite organisée en 1905, dans son hall, par le Petit Journal. La gravure est extraite d un numéro de la célèbre revue L Illustration. La peste Son agent pathogène est un bacille découvert à Hong-Kong par un chercheur de l Institut Pasteur, Alexandre Yersin (1863-1943) qui mit au point le sérum antipesteux. Rappelons qu un bacille est une variété de bactérie, un microbe formé d une seule cellule, visible au microscope et appartenant à une zone de transition entre le règne animal et le règne végétal. La peste est transmise à l homme soit par une morsure de rat, soit par l intermédiaire des puces que ce

dernier transporte. Notre tableau montre quelle hécatombe la peste a pu causer au cours de l histoire (25 millions de morts en Europe et 23 millions en Asie lors de la terrible épidémie de peste noire au 14 e siècle (de 1346 à 1353). Le choléra Les guerres, les famines, les catastrophes naturelles se terminent souvent, faute d eau potable, par une épidémie de choléra. C est une maladie contagieuse causée par le vibrion cholérique (ou bacille virgule ) découvert en 1883 par l Allemand Koch. Les selles fréquentes, les vomissements, l amaigrissement mènent à la mort. Le typhus Il est transmis par les poux ou par les puces du rat ; son agent pathogène est une bactérie (rickettsie) découverte en 1909 par le Français Nicolle. En 1628, le typhus fit 85 000 morts à Lyon et à Limoges. Au cours de la guerre de 1914-1918, on compta 3 millions de morts en Pologne et en Russie. Pasteur et la rage Né à Dôle en 1822, Louis Pasteur vécut son enfance dans le Jura et prépara à Besançon son entrée à l École Normale Supérieure de la rue d Ulm, à Paris. Reçu à l agrégation de sciences physiques, il se lance dans la recherche. En 1854, il est doyen de la Faculté des Sciences de Lille. C est sur place, grâce à l industrie de la bière, prospère dans cette région, qu il est amené à étudier le phénomène des fermentations, à prouver qu il n existe pas de génération spontanée ; il veut prouver que les microbes ne naissent pas de la fange des matières fermentées, mais qu au contraire, ce sont eux qui contaminent ces matières en y déposant des micro-organismes. De là naquirent les techniques de la stérilisation et de la pasteurisation, malgré les polémiques qui se déchaînèrent alors contre Pasteur. Son autre combat fut celui qu il mena contre la rage. Le 6 juillet 1885, une femme en larmes pénètre dans le laboratoire de Pasteur, amenant son fils âgé de 9 ans, qui vient d être mordu par un chien enragé. Il s appelait Joseph Meister. Atteint de 14 morsures, l enfant était perdu, appelé à une mort atroce dans de terribles souffrances. Pasteur venait de mettre au point un vaccin contre la rage qu il avait expérimenté avec succès sur des chiens. Terrible cas de conscience pour le savant. Après avoir consulté deux sommités de la médecine, il décide de tenter l inoculation du vaccin (ce n est pas un sérum, il faut amener l organisme du malade à fabriquer ses propres antitoxines) ; Pasteur injecte à l enfant la moelle d un lapin mort de la rage depuis 15 jours, renouvelle l opération dix jours de suite. Et le miracle se produit : le petit Meister guérit, la rage ne s étant pas développée. Pasteur réussira la même opération avec un jeune berger nommé Jean-Pierre Jupille. Pasteur présenta son nouveau vaccin antirabique devant les membres de l Académie des Sciences de Paris. La découverte eut un immense retentissement et l on vint du monde entier rue d Ulm, à Paris, pour se faire vacciner. Pasteur s intéressa par ailleurs aux maladies du ver à soie, découvrit le microbe responsable du charbon (mouton), trouva un remède contre le choléra des poules, le rouget des porcs. Une souscription nationale et internationale permit de créer à Paris un institut de recherches : le premier Institut Pasteur était né. En 1894, un élève de Pasteur, le docteur Roux, y mit au point le sérum antidiphtérique. L année suivante s éteignait le grand savant.

Un peu de vocabulaire. On définira les mots : vaccin, sérum, épidémie, maladie endémique, antitoxine, inoculer, bactérie, bacille, virus, être immunisé, etc. LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE LEÇON 28 L ère du machinisme L année 1850 marque le début d une nouvelle civilisation européenne, due à la fois aux progrès scientifiques et au développement fabuleux des techniques. Cette ère va profondément modifier les conditions de la vie économique et de la vie sociale, amenant un accroissement de la population. La structure de la société va changer, de nouveaux problèmes sociaux vont se poser. Deux facteurs importants sont liés à ces profonds changements : la généralisation de l emploi de la machine à vapeur et l exploitation accrue du charbon. Le charbon On exploite le charbon en France depuis le 13 e siècle : ce furent d abord les affleurements à St-Étienne, au Creusot, à Alès, à Graissessac, à Carmaux, par des galeries à flanc de coteau ou par des puits de quelques mètres de profondeur, équipés de treuils en bois. Au 15 e siècle, du fait de la pénurie de bois, les industries métallurgiques se concentrent autour des exploitations minières : c est ainsi qu autour de St-Étienne se groupent forgerons, armuriers, quincailliers, couteliers, etc. Grâce au canal de Briare, le charbon de Brassac, en Auvergne, peut parvenir à Paris (1664). Mais longtemps, de nombreux industriels de la métallurgie préfèreront la fonte au bois à la fonte au charbon. Il faudra attendre le 18 e siècle pour que l apparition de la révolution industrielle en Grande-Bretagne donne toute sa chance au charbon. La machine à vapeur est mangeuse de houille : il faut donc prospecter, ouvrir de nouvelles mines. Il faut lutter contre l eau qui s infiltre dans les puits et les galeries en pompant sans relâche. On aura alors recours à la machine à vapeur : voir la pompe à feu de Newcomen, plus tard améliorée par le grand James Watt. En France, l exploitation s étend au département du Nord, avec la découverte du gisement d Anzin en 1733. La prospection en Lorraine commence en 1815, mais la France perd la partie houillère de la Sarre, qui revient à la Prusse. Le chemin de fer naîtra de l extraction du charbon : en 1827, une première ligne est créée entre St- Étienne et Andrézieux pour transporter le charbon de la mine au port d embarquement sur la Loire. La sidérurgie adopte définitivement la fonte au coke, alors qu apparaissent les usines fabriquant le gaz d éclairage (une autre révolution) à partir de la distillation de la houille. En 1946, les houillères françaises sont nationalisées ; de 1945 à 1958, on assiste à la modernisation et à la mécanisation des mines, alors que le rendement triple et que la production passe de 4,6 millions de tonnes à près de 60 millions. L apparition du pétrole va porter un coup au charbon et, dès 1957, les stocks s accumulent sur le carreau des mines. En 1983, la plus grande partie des gisements voient leur exploitation devenir non rentable et la concurrence du nucléaire vient encore aggraver la situation. En 1988, les sites du Gard, de Carmaux, de Messeix ferment ainsi que certains puits du Nord. 1990 voit l arrêt définitif de l exploitation du bassin du Nord-Pas-de-Calais. La machine à vapeur Si l on voulait préciser qui est véritablement l inventeur de la machine à vapeur, il faudrait citer plusieurs noms :

- le Grec Héron qui, 120 ans avant notre ère, faisait tourner une petite sphère sur son axe au moyen d une marmite chauffée (il s agit de l éolipyle). - Denis Papin (1647-1714) qui invente, avec son digesteur, une marmite, ancêtre de nos autocuiseurs, pourvue d une soupape de sûreté (1707) ; en 1690, il construit une machine à cylindre vertical contenant un piston mobile ; on chauffait un peu d eau mise au fond de l appareil : la vapeur produite faisait monter le piston jusqu au haut du cylindre ; on éloignait le feu, la vapeur se condensait et la pression atmosphérique faisait redescendre le piston. - l Anglais Savery, qui fabrique une machine à vapeur (1698) en s inspirant des travaux de Papin. - l Anglais Newcomen (1663-1729) et sa pompe à feu (voir plus loin). - l Anglais James Watt (1736-1819) qui perfectionne la machine de Newcomen, inventant différents dispositifs qui la rendent vraiment performante : la machine à double effet, le volant, le régulateur à boules, le parallélogramme, l utilisation du tiroir de distribution de la vapeur. La pompe à feu de Newcomen On extrait le charbon du sol depuis le 13 e siècle et l Angleterre possédait en ce domaine un sous-sol extrêmement riche. L exploitation des mines était alors gênée par l arrivée des eaux d infiltration qu il fallait sans cesse pomper. Pour la seule mine de Griff, dans le comté de Warwick, il fallait employer en permanence 50 chevaux aux travaux d assèchement. En 1711, deux Anglais, le serrurier Thomas Newcomen et le vitrier Jean Cawley, réalisent une machine destinée à pomper l eau des mines ; cette pompe à feu utilise à la fois la machine à vapeur et la force de la pression atmosphérique. Voici comment elle fonctionnait (voir schéma du tableau) : 1- La vapeur d eau produite par la chaudière pénètre dans le cylindre par le robinet A situé à sa base ; elle pousse le piston vers le haut. Ce dernier est relié par une chaîne, en N, au lourd balancier qui, entraîné grâce au contrepoids, bascule vers la gauche, enfonçant la tige T fixée sur la pompe destinée à évacuer l eau de la mine. 2- Dès que le piston est parvenu au haut du cylindre, on ferme le robinet A (on coupe ainsi l arrivée de la vapeur) et on ouvre le robinet C relié à un réservoir d eau froide ; l eau qu on pulvérise dans le cylindre condense la vapeur d eau, ce qui crée un vide dans le cylindre : la pression atmosphérique agissant alors sur le piston le fait redescendre ; le balancier repart dans l autre sens, aspirant par la tige T l eau de la mine. 3- Par le tuyau D, on évacue de temps en temps l eau de condensation accumulée à la base du cylindre. Pour éviter les pertes de vapeur, il faut que le piston, en cuir, soit constamment humide (et colle aux parois du cylindre) : pour cela, on envoie régulièrement de l eau par le robinet B. La pompe à feu donnait de 8 à 10 coups de piston par minute (l ouverture et la fermeture des robinets A et C ne permettait pas d obtenir un rythme plus rapide). Une des améliorations qui furent apportées à la machine consista à faire réaliser ces deux opérations par la machine elle-même, grâce à un système de tiges. L œuvre de James Watt La pompe à feu de Newcomen présentait deux défauts graves que dénonce Watt en 1763. Chargé de réparer un modèle réduit de cette machine, il s aperçoit que les pertes d énergie sont considérables : en effet, l eau chargée de condenser la vapeur refroidit également les parois du cylindre ; aussi, lorsque la vapeur est admise à nouveau, elle se trouve refroidie et perd la moitié de sa puissance ; par ailleurs, l eau de refroidissement s échauffe en pénétrant dans le cylindre et n y provoque qu un vide relatif. Après deux ans de recherche, il trouve, avec le condenseur, le moyen de remédier à ces deux défauts, puis il apporte une série de perfectionnements qui vont faire de la pompe à feu une machine à double effet, un véritable moteur universel. La coupe de la machine à cylindre horizontal montre comment le système bielle-manivelle transforme le mouvement rectiligne alternatif du piston en mouvement circulaire uniforme de la roue. La dernière découverte de Watt fut l emploi de la détente de la vapeur : on ferme le robinet d admission lorsque le piston n est parvenu qu à moitié de sa course ; la détente de la vapeur suffit à lui faire terminer la course, d où économie de combustible.

Née des travaux de Papin et de Newcomen, la machine à vapeur de Watt semble alors prête pour être utilisée pour la locomotion mais il lui manque encore ce que deux autres génies découvrirent simultanément en 1828 : la chaudière tubulaire ; ces hommes sont Marc Seguin en France et Stephenson en Angleterre. La puissante énergie calorifique pourra alors, grâce à la vapeur, révolutionner l industrie et les transports terrestres (sur route, sur l eau et sur un chemin de fer ). En 1908, la Conférence internationale des unités et étalons électriques, réunie à Londres, donnera le nom de Watt à l unité de puissance mécanique et électrique. L usine du Creusot La scène impressionnante représentée sur notre tableau est tirée d une gravure présentée dans le Tour du Monde, en 1865, pour illustrer un récit de L. Simonin. On est ici plongé dans l enfer de la grande salle de la forge du Creusot. La masse métallique incandescente sort du four (à gauche), immédiatement refermé. Douze hommes manoeuvrent les treuils qui la soutiennent pendant qu une autre équipe va la pousser, à l aide d un cabestan, vers l énorme marteau-pilon (à droite). Monté sur sa plate-forme, un ouvrier s apprête à faire tomber les trois tonnes de son marteau à vapeur sur le métal à forger. Le fardier de Cugnot Le Français Joseph Cugnot (1725-1804) eut l idée d employer la vapeur à haute pression pour la locomotion terrestre. Son fardier, destiné à transporter du matériel d artillerie, fut expérimenté à Paris en 1770 et démolit le mur de l Arsenal! NAISSANCE DU CHEMIN DE FER LEÇON 29 Les premières locomotives Si la machine à vapeur permit de régler le problème de l assèchement des mines, si elle provoqua une véritable révolution industrielle, il lui restait à œuvrer dans le domaine des transports. Des essais plus ou moins infructueux eurent lieu sur route avec des chariots à vapeur. Dès 1804, les Anglais placent l un d eux sur des rails mais à peine la machine pouvait-elle remorquer 10 tonnes et faire plus de 8 km par heure. Pendant 20 ans, on piétina à cause d une idée fausse : sur la surface polie des rails, les roues ne pouvaient manquer de patiner ; on eut recours à divers moyens pour remédier au défaut de point d appui : on fit des roues dentées et des rails à crémaillères (mais les dents cassaient) ; on imagina même des locomotives à béquilles. C est un ingénieur des mines anglaises de Wylam qui chargea William Hedley de construire une machine à roues lisses, plus lourde que les précédentes (c est la Puffing Billy de notre tableau) ; l essai fut concluant et on se rendit compte alors qu une locomotive à roues lisses, d un poids suffisant, adhère parfaitement aux rails et peut entraîner un convoi de wagons. On avait, pendant 10 ans, cherché la solution d un problème qui n existait pas! C est alors qu apparaît George Stephenson. Avec son frère, il fabrique une série de locomotives destinées au transport du charbon entre Liverpool et Manchester. On organisa un concours, le 6 octobre 1829, pour déterminer le meilleur mode de traction : chevaux, halage par des machines fixes, locomotives. Stephenson remporta le concours de Rainhill avec sa célèbre Rocket (la Fusée ) qui parvint à tirer une charge de 13 tonnes, puis une voiture emportant 36 voyageurs, à gravir une pente. La locomotive Crampton

Alors que se développait en Europe le réseau de chemin de fer, il manquait toujours une machine capable de réaliser des progrès dans le domaine de la vitesse et dans celui des charges transportées. Depuis l invention de Stephenson et du Français Marc Seguin (la chaudière tubulaire, qui augmentait considérablement la surface de chauffe de l eau), la vitesse des trains plafonnait à 60 km/heure ; on avait atteint la vitesse extrême et il paraissait impossible d aller au-delà. Une machine allait réellement permettre au chemin de fer l extraordinaire essor du 19 e siècle et d ouvrir ainsi l ère du rail : cette machine est la Crampton, apparue vers 1848. La vitesse des précédentes locomotives restait médiocre du fait que les roues motrices, de petit diamètre, ne pouvaient être agrandies qu en surélevant la machine, ce qui lui ôtait une partie de sa stabilité. C est alors que l ingénieur anglais Thomas Crampton (1816-1888 ; il travailla par ailleurs à la pose du premier câble sous-marin Calais-Douvres ; voir leçon 30) eut l idée de placer les roues motrices non plus au-dessous, mais à l arrière de la chaudière et de chaque côté. Désormais, le diamètre de ces roues pouvait être augmenté considérablement : on en construisit de 1,68 m à 2,30 m et même jusqu à 2,60 m. La machine de Crampton restait d une grande stabilité, le centre de gravité étant bas, l écartement des essieux plus important. Le conducteur disposait d une plus grande facilité de surveillance pendant la marche. Les locomotives Crampton se multiplièrent en Europe, atteignant des vitesses allant de 80 à 100 km/heure. La ligne de Paris à St-Germain En France, on avait pris du retard dans l adoption du chemin de fer car on ne croyait pas à son avenir et des sommités scientifiques, médicales et politiques intervinrent pour freiner son développement. On pensait aussi que le relief français ne permettrait pas de créer un véritable réseau. D autres facteurs jouèrent : les paysans s y opposaient, craignant qu on exproprie leurs terres pour y faire passer les lignes (crainte justifiée) ; les conducteurs de diligences redoutaient la concurrence. Il fallut l audace de quelques banquiers comme Péreire, d ingénieurs comme Flachat, Talabot, Sauvage, Pétiet, Perdonnet, Gurell, pour faire du chemin de fer le prestigieux trait d union qu il est devenu. En France, à cette époque, les seules lignes de chemin de fer étaient la ligne qui reliait St-Étienne au port d Andrézieux sur la Loire (la traction était assurée par des chevaux) et celle qui reliait St-Étienne à Lyon. Construite par les frères Seguin, cette dernière était alors considérée comme une joyeuse plaisanterie : déraillements fréquents, voûtes des tunnels trop basses, piliers de ponts frôlant les trains, voitures en forme de caisses de bois, etc. Les moyens de traction étaient divers : chevaux, treuils, marche libre dans les descentes. La première ligne construite sur le modèle anglais fut créée d Alès à Beaucaire, par l ingénieur Talabot, pour le transport du charbon. On peut la considérer comme la répétition générale avant la pièce principale : la ligne Paris-St-Germain. L initiative de la construction de cette dernière revient au banquier Émile Péreire, qui voulait faire connaître (et adopter) aux Parisiens le chemin de fer. Son projet souleva de furieuses protestations. En 1835, Thiers, ministre et futur président de la République, affirmait à propos du chemin de fer : «il faut donner cela à Paris comme un joujou, mais cela ne transportera jamais ni un voyageur, ni un colis.» À la tribune de la Chambre, Arago menaçait les voyageurs de toutes sortes de maux : pleurésies, fluxions de poitrine, catarrhes après le passage dans les tunnels, risques d explosion de la locomotive, etc. D autres scientifiques craignaient pour la virilité des jeunes soldats transportés par train! La gravure représentée sur notre tableau est une lithographie de Charles Pinot (popularisée par une image d Épinal de la célèbre maison Pellerin) montrant l embarcadère de la ligne qui menait de Paris à St-Germain-en- Laye. Implanté à Paris, rue de Londres, il deviendra plus tard la gare de Rouen, puis la gare St-Lazare. Parmi les curieux, on remarque, à gauche, un marchand de coco, à l attirail pittoresque. Inaugurée le 27 août 1837, la ligne mesurait 17 km de long ; en réalité, le train s arrêtait au Pecq, incapable de gravir la rampe qui mène de la Seine à St-Germain. Dans le premier convoi d inauguration avaient pris place la reine, le duc et la duchesse d Orléans, le duc d Aumale, le ministre du Commerce, le préfet de la Seine, le préfet de police et un grand nombre d invités de marque. 25 minutes après leur départ de la rue de Londres, les voyageurs étaient accueillis au Pecq par le baron James de Rothschild et par Émile Péreire. L enthousiasme fut

général et contribua beaucoup au vote de la loi, cinq ans plus tard, qui allait doter la France d un réseau étoilé, formé de six grandes lignes reliant la capitale aux grandes villes françaises et aux frontières, Paris devenant le centre du réseau français. La création du réseau français Celle-ci eut une conséquence extrêmement importante pour l avenir du pays : le chemin de fer réalisa l unité économique de la France. Les régions comme la Bretagne et la Normandie qui commerçaient surtout avec l Angleterre, comme le Languedoc et le Roussillon vers l Espagne, allaient désormais pouvoir envoyer leurs produits sur la capitale, qui devint peu à peu le débouché naturel du pays tout entier. L État fut dans l obligation d acheter les terrains nécessaires (on fit jouer les lois d expropriation pour utilité publique) ; il lança un énorme programme de construction de ponts, d ouvrages d art (viaducs en particulier), de remblais, de tranchées, de gares, de tunnels. Des compagnies furent ensuite chargées de fournir le matériel ferroviaire et le personnel d exploitation. Elles furent groupées en six réseaux indépendants (1858) : Nord, Est, Paris-Lyon-Méditerranée (le célèbre P.L.M.), Paris-Orléans, Midi, Ouest. Les chemins de fer français étaient concédés à ces compagnies et devenaient propriété de l État à l expiration de la concession. À partir de 1878, celui-ci racheta, pour les exploiter en son nom, les lignes appartenant aux compagnies financières en difficulté. Enfin, en 1936, les six compagnies fusionnèrent et furent nationalisées pour devenir la Société Nationale des Chemins de Fer Français ou S.N.C.F. Voici, en chiffres, l évolution dans le temps de la longueur du réseau français : 1828 : 16 km 1870 : 17 130 km 1830 : 31 km 1875 : 19 081 km 1835 : 154 km 1880 : 26 144 km 1840 : 453 km 1881 : 27 585 km 1850 : 3 525 km 1914 : 51 000 km 1855 : 5 526 km 1935 : 66 000 km 1860 : 9 311 km 1962 : 40 900 km (après 1865 : 13 068 km fermeture de lignes secondaires à faible trafic) Quelques chiffres Le premier indicateur de chemin de fer fut publié en 1846 par Napoléon Chaix. On y lisait : Paris-Tours : 238 km en 6h30 ; Paris-Lille : 273 km en 7h20 (la diligence mettait 20 heures). Le chauffage des wagons se faisait à l aide de bouillottes à eau chaude qu on réchauffait à l arrêt dans les gares en les plongeant dans des cuves d eau bouillante. LE TÉLÉGRAPHE LEÇON 30 Une révolution dans la communication Lorsque Thésée partit pour la conquête de la Toison d or, il avait promis de hisser des voiles blanches à son bateau s il revenait vainqueur. Hélas, à son retour, tout à la griserie de son succès, il oublia sa promesse et son

père, le vieil Égée, qui guettait sur le rivage, croyant son fils mort, se jeta dans les flots. C est sans doute là le résultat du premier incident technique enregistré dans la transmission optique d un message. L idée de correspondre par signaux est vieille comme le monde. Partout où l on sut faire du feu, on utilisa la flamme ou la colonne de fumée pour donner l alarme, pour annoncer bonnes ou mauvaises nouvelles. Les Romains empruntèrent aux Grecs l art des signaux ; les tours à feu, comme celle qui est sculptée sur l un des basreliefs de la colonne Trajane à Rome, jalonnèrent les conquêtes romaines. Le mot télégraphe est tiré du grec, de deux mots signifiant loin (télé) et j écris (graphe). C est au 18 e siècle que la télégraphie optique allait révolutionner l art de communiquer au loin, les essais tentés aux 16 e et 17 e siècles ayant échoué. Un prêtre nommé Claude Chappe Né en 1763 dans la Sarthe, Claude Chappe était fils d un directeur des domaines de Rouen. À sa sortie du collège, il se fait prêtre. Le poste qu il occupe près de Provins lui procure un revenu appréciable et lui laisse le temps de poursuivre ses recherches en électricité. La Révolution de 1789 le renvoie dans sa famille. Ardent patriote, il décide de doter le gouvernement d un moyen de communication rapide avec les frontières. Avec ses frères, il adapte un jeu de leur enfance : un système de règles mobiles qu on observe à la longue-vue, ils créent alors un ensemble de 192 signaux différents. Après des expériences publiques réussies, Chappe présente son télégraphe aérien à l Assemblée Législative, puis à la Convention qui, grâce à Lakanal, adopte le projet. Les frères Chappe sont nommés à la tête de l administration des télégraphes et, le 4 août 1793, l Assemblée vote la création de deux lignes : Paris-Lille (16 stations) et Paris-Strasbourg (46 stations). Les tours Chappe étaient éloignées de 5 à 10 km les unes des autres ; elles étaient surmontées d un mât vertical, surmonté d une poutre horizontale, le régulateur (4 m de long) qui pouvait tourner dans tous les sens selon plusieurs axes de rotation ; à chaque extrémité du régulateur était fixé un bras mobile, l indicateur. Ces trois branches, peintes en noir, étaient découpées en forme de persiennes afin d en diminuer le poids d une part, et résister au vent d autre part. L ensemble était manœuvré à l aide d un fil de laiton s enroulant sur des poulies reliées à l appareil manipulateur situé à l intérieur de la tour. Le régulateur pouvait prendre quatre positions : verticale, horizontale et deux obliques : les indicateurs pouvaient former avec le régulateur des angles droits, aigus ou obtus, d où un grand nombre de combinaisons (196 au total). Le premier vocabulaire utilisé fut mis au point par Léon Delaunay, ancien consul de France à Lisbonne : il comprenait 9 999 mots représentés par des nombres. Ce vocabulaire étant encore limité, on en créa deux autres. Tout d abord le vocabulaire des mots : les 92 positions de l oblique de droite donnaient les nombres de 1 à 92 ; avec 92 pages de 92 mots, on obtenait 8 464 mots. Pour communiquer, on pratiquait ainsi : un premier signal émis précisait la page du vocabulaire, un second signal (donc un nombre) précisait le numéro du mot dans la page. Le second vocabulaire relevait du même principe, mais avec des phrases : 92 pages de 92 phrases toutes faites donnaient 8 464 idées. Le 3 e vocabulaire était géographique. Les signaux émis à l aide de l oblique de gauche étaient réservés aux modalités de fonctionnement : urgences, but et destination des messages, oublis ou erreurs à signaler, etc. En 1830, les trois vocabulaires furent fondus en un seul. La vitesse de transmission des dépêches dépendait de la distance : Paris-Calais (33 postes) en 3 minutes, Strasbourg (46 postes) en 6 minutes et demie, Brest (54 postes) en 8 minutes, Toulon (100 postes) en 20 minutes. Le réseau du télégraphe aérien Le réseau fut construit autour de Pairs et rayonna vers les frontières ; les messages partaient du poste installé sur le dôme du Louvre et étaient retransmis par celui de la butte Montmartre. En mars 1794, les 16 stations reliant Lille à Paris étaient terminées (longueur 230 km). La ligne fut officiellement inaugurée à l occasion d un événement historique : l armée française venait de reprendre aux Autrichiens la ville de Condé-sur-l Escaut ; quelques heures après, la nouvelle était transmise à la Convention qui ouvrait sa séance et Carnot put lire devant l Assemblée le

texte de la dépêche ; avec une moyenne de trois mots par minute, il ne fallut que 20 minutes pour la transmettre, soit 90 fois plus vite que si on avait envoyé des messagers à cheval. C était le triomphe du télégraphe aérien. La France se couvrit alors de lignes télégraphiques. En 1844, le réseau comprenait 5 000 km de lignes et 534 stations ; Paris était relié à 30 villes françaises. Chappe n obtint pas toujours l aide financière dont il avait besoin ; plusieurs fois, le développement du réseau fut stoppé, faute de crédits. C est la loterie qui lui permit de continuer et de survivre! En effet, les messages envoyés étaient en grande majorité de nature militaire et Bonaparte refusa longtemps de s y intéresser. La possibilité de faire connaître très vite et partout en même temps les résultats de la loterie sauva le télégraphe. Claude Chappe n assista pas à l extension du réseau (ainsi que vers les villes étrangères comme Anvers, Amsterdam, Turin, Milan, Venise). Démoralisé, souffrant d une terrible maladie de vessie, il se trancha la gorge le 25 janvier 1805. Sous la Monarchie de Juillet, on reprit l extension du réseau et on en créa un en Algérie. Soixante ans plus tard, le télégraphe aérien vit sa fin, battu par un concurrent redoutable : le télégraphe électrique. L invention de Samuel Morse Au début du 19 e siècle, nombreuses furent les tentatives d utiliser l électricité pour la création d un appareil télégraphique. C est l invention de l électro-aimant qui permit d obtenir un système viable. Samuel Morse (1791-1872) n était ni physicien, ni mécanicien : il était peintre. Fils du révérend Jedidiah Morse, docteur en théologie, c est par hasard qu il fut amené à s occuper du télégraphe électrique, la physique étant son violon d Ingres. L un de ses amis lui ayant fait cadeau d un électro-aimant, il fabriqua lui-même son premier appareil à l aide d un cadre de tableau, des rouages d une vieille horloge. Les impulsions de l électro-aimant se traduisent sur le papier par des traits plus ou moins longs, Morse ayant inventé le manipulateur. Le télégraphe Morse fonctionna dès 1835 aux États-Unis, mais c est en 1843 que le gouvernement américain l adopta et fit établir la ligne Washington- Baltimore. En 1849, le réseau télégraphique Morse couvrait l ensemble des États-Unis avec plus de 18 000 km de lignes et près de 500 bureaux. En France, le télégraphe Morse fut ouvert au public le 1 er mars 1851. Le poste central installé à Paris disposait de 83 lignes réservées à la capitale et de 117 lignes pour la province et l étranger. Longtemps, en France, on hésita à remplacer le télégraphe aérien par son homologue électrique ; malgré son énorme avantage, celui d être utilisable de jour comme de nuit et par tous les temps, ce dernier avait contre lui la vulnérabilité du réseau de fils qu il nécessitait (en effet, on craignait de ne pouvoir protéger l immense fil conducteur tendu librement à travers villes et campagnes contre la malveillance). En 1867, le nombre des bureaux télégraphiques ouverts en France était de 2 136, dont 46 à Paris. Jusqu en 1860, les signes de l alphabet Morse (points et traits) à la réception étaient formés en relief sur la bande de papier, au moyen d une espèce de gaufrage ; la lecture en était difficile et leur conservation hasardeuse. On décida donc d imprimer le texte du message au moyen d un rouleau chargé d encre au contact d un rouleau voisin : c est l appareil Morse à signaux imprimés. Un autre Américain, professeur de physique à l université de New York, M. Hugues, perfectionna encore le télégraphe en le débarrassant du difficile alphabet Morse : son appareil transmettait non plus des points et des traits, mais des lettres de l alphabet. Le message était donc émis, transmis et reçu en clair, ce qui était un énorme progrès. Le télégraphe électrique Bréguet Le télégraphe de Morse, avec son alphabet de points et de traits, nécessitait l emploi d un personnel qualifié, au départ comme à l arrivée et la pratique était longue à acquérir. Le procédé utilisé par Hugues nécessitait un matériel compliqué et fragile. Un Français, L. Bréguet, imagina un télégraphe à cadran qui fut surtout utilisé par l administration des chemins de fer. À l aide d appareils simples, robustes, mobiles, les employés pouvaient se brancher sur la ligne télégraphique en un endroit quelconque de la voie. Expérimenté d abord sur la ligne Paris- Rouen, en 1845, le télégraphe à cadran se généralisa en France à partir de 1860. C est un télégraphe

alphabétique : il transmet lettre par lettre le message à expédier ; au départ, on amène le cadran sur une lettre, on envoie une impulsion électrique grâce au manipulateur ; à l arrivée, un cadran similaire tourne et s arrête sur la lettre expédiée et ainsi de suite. La télégraphie sous-marine Dès 1840, on s intéressa à la pose de câbles sous-marins pour relier les états par le télégraphe électrique. Notre tableau montre la pose du câble reliant Douvres à Calais (1850). Le câble transatlantique fut installé définitivement en 1858, après plusieurs échecs. LA NAVIGATION À VAPEUR LE CANAL DE SUEZ LEÇON 31 Si l invention de la machine à vapeur permit l apparition de la révolution industrielle et la naissance du chemin de fer, elle eut également pour conséquence la ruine progressive de la navigation à voiles au profit de la vapeur. Le 24 Thermidor, an XI, le Journal des Débats relatait l expérience qui venait d être tentée sur la Seine, à Paris, le 9 août 1803 (Bonaparte ne s y intéressa pas) : «Le 21 Thermidor, on a fait l épreuve d une invention nouvelle, dont le succès complet et brillant aura les suites les plus utiles pour le commerce et la navigation intérieure de la France. Depuis deux ou trois mois, on voyait au pied du quai de la pompe à feu de Chaillot un bateau d une apparence bizarre, puisqu il était armé de deux grandes roues posées comme un essieu sur un chariot et que, derrière ces roues était une espèce de grande roue avec un tuyau que l on disait être une petite pompe à feu destinée à mouvoir les roues du bateau. L auteur, à 6 heures du soir, aidé seulement de trois personnes, mit son bateau en mouvement. Pendant une heure et demie, il manoeuvra en tournant à gauche, à droite, avec facilité à l aide de ses roues armées de volants ou rames plates L auteur de cette invention est M. FULTON, Américain et célèbre mécanicien.» Dans une lettre rendue publique, FULTON reconnut honnêtement que cette application de la machine à vapeur à la navigation n était pas de lui, mais d un Français nommé Denis PAPIN, qui avait imaginé et construit, à Cassel, sur la Fulda, une barque à vapeur. Le 25 septembre 1707, les mariniers du fleuve, inquiets pour leur avenir, avaient brisé le bateau à coups de hache. Autre tentative, en 1774, avec le comte d Auxiron, qui mit à l eau à Paris une barque munie de roues, d une marmite de cuivre et d un long tuyau ; l engin fit beaucoup de bruit et de fumée, mais ne bougea pas. Même échec, l année suivante, pour un certain PÉRIER, membre de l Académie des Sciences. Le marquis de Jouffroy d Abbans Le véritable inventeur du bateau à vapeur est un Français, le marquis de Jouffroy d Abbans (1751-1832) ; cet ingénieur fit construire un premier bateau à vapeur à Baume-les-Dames, sur la rive droite du Doubs. Il l expérimenta sur la rivière au cours des mois de juin et juillet de l année 1776. Le système adopté pour ce prototype, un ensemble de rames articulées, se révéla inefficace et Jouffroy l abandonna pour celui de roues à aubes. Le second bateau fut expérimenté sur la Saône, à Lyon, le 15 juillet 1783, en présence de 10 000 curieux qui se pressaient sur les quais (voir notre gravure). Le faible courant de la Saône permit au bateau (appelé pyroscaphe ) de remonter plusieurs fois le cours de la rivière et de le redescendre. Un procès verbal fut dressé, la réussite était totale. Hélas, lorsque Jouffroy voulut exploiter son invention et créer un service de transports réguliers sur la Saône, il se heurta à

l incompréhension des milieux scientifiques (Périer, qui avait échoué et se révélait jaloux, n y fut pas étranger) et à l indifférence du ministre de Louis XVI, M. de Calonne, qui refusa d accorder le privilège d exploitation pour 30 ans que demandait l inventeur. La Révolution de 1789 survint et on en resta là, en France du moins, car le flambeau fut repris en Amérique et en Angleterre (ce qui n est pas nouveau!). L Américain Robert FULTON Après huit ans de guerre contre les Anglais, les États-Unis d Amérique voyaient le jour en 1783. L immensité du pays, le manque de routes, l important réseau de fleuves et de lacs amenèrent les ingénieurs du nouvel état à se pencher sur le problème de la navigation à vapeur. Deux constructeurs présentèrent alors leurs projets au général Washington : John FITCH et James RUMSEY. Le premier obtint quelques succès avec son bateau à vapeur mû par un système de rames et put obtenir un privilège pour la création d un réseau de transport dans cinq états américains (1788). Ce succès fut de courte durée et les actionnaires abandonnèrent les uns après les autres la société (au retour d un voyage en Europe, ruiné, critiqué, FITCH se jeta dans la rivière Delaware et se noya). Son compatriote RUMSEY échoua lui aussi. C est à Londres que Robert FULTON (1765-1815) rencontra ce dernier. Celui-ci sut lui montrer quel avenir avait la navigation à vapeur, mais que le progrès n est possible qu avec le système des roues à aubes. FULTON vint en France poursuivre sa carrière d ingénieur (il s y installa en 1796). Ses recherches l amenèrent d abord à créer des engins d attaque sous-marine, sous la forme de boîtes explosives (ancêtres des mines) ; son invention ne rencontra pas d écho. Il conçut alors un bateau sousmarin, qu il nomma Nautulus (devenu plus tard le Nautilus ). Véritable prototype de nos actuels sousmarins, l engin fut expérimenté en 1798. Au cours de l été 1801, FULTON, à bord de son engin, effectua une remarquable démonstration dans la rade de Brest, plongeant plusieurs fois à près de 80 m sous l eau et restant immergé pendant 4 heures! Les Français, comme les Anglais, dédaignèrent pourtant l invention. Ne s avouant pas vaincu, FULTON expérimenta sur la Seine, en 1802 et en 1803, un bateau à vapeur (voir l extrait du Journal des Débats cité plus haut). Bonaparte refusa de s y intéresser, traitant l Américain d aventurier et de charlatan! Ce dernier retourna dans son pays et parvint alors à imposer la navigation à vapeur. En 1807, il mettait en service sur l Hudson, entre New York et Albany, le vapeur Clermont (50 m de long, 5 m de large, roues à aubes de 5 m de diamètre, machine à double effet et à condenseur). En 1820, on comptait aux États-Unis 14 bateaux à vapeur ; en 1838, on en comptait 800! Vint alors l ère des traversées : le 17 mars 1816, l Élise, petit navire de 70 tonneaux, doté d une machine à vapeur de 14 chevaux, effectuait la traversée de la Manche (Newhaven Ŕ Le Havre) en 17 heures. Le 25 mai 1819, le Savannah reliait les États-Unis à Liverpool : c était un trois-mâts muni d une machine de 150 chevaux actionnant des roues à aubes. Le Géant des mers Notre gravure représente l impressionnant paquebot, le Great Eastern, construit à Londres en 1857. Ses dimensions, pour l époque, étaient colossales : 211 m de long, 25 m de large et 17 m de haut ; déplaçant 35 000 tonneaux, il disposait de 12 foyers alimentant 10 chaudières, qui actionnaient deux roues à aubes aussi grandes que des pistes de cirque! Il avait 5 cheminées et 6 mâts, était conçu pour transporter 5 000 passagers et effectuer le tour du monde sans charbonner! Œuvre d un visionnaire, ce paquebot était en avance de 50 ans sur son temps. Il n accomplit qu une dizaine de traversées de l Atlantique, toutes déficitaires pour les armateurs. Quatre ans après son lancement, après avoir ruiné trois compagnies de navigation, il fut

employé à la pose de câbles sous-marins pour le télégraphe à travers l Atlantique, puis l Océan Indien. Il fut ensuite vendu au poids de la ferraille. L inventeur de l hélice Les roues à aubes avaient de graves inconvénients : elles étaient encombrantes, offraient une trop grande prise au vent et étaient vulnérables par gros temps (elles tournaient hors de l eau alternativement, secouant le bateau). L hélice fut inventée en 1823 par le Français Frédéric SAUVAGE, expérimentée et perfectionnée par l Anglais SMITH et le Suédois ERICSON. Le canal de Suez Alors que se développait partout la navigation à vapeur, un Français conçut le projet de diminuer considérablement la longueur du trajet maritime entre l Europe et l Asie en creusant un canal à travers l isthme de Suez réunissant l Afrique et l Asie. Ferdinand de LESSEPS (1805-1894) avait fait une carrière diplomatique avant de s intéresser à la gigantesque entreprise. Apparenté à l impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, ancien précepteur du jeune Mohammed-Ali, il fut appelé en Égypte en 1854 lorsque celui-ci devint vice-roi du pays. Il reçoit l autorisation de commencer les travaux en 1856. Après 3 ans d études préalables (il fallut s assurer que la Méditerranée et la Mer Rouge étaient au même niveau), ils débutèrent en 1859 (ils furent interrompus pendant trois ans, de 1863 à 1866, les Anglais ayant fait pression sur le sultan pour l abandon du projet) ; à la reprise, Lesseps fit appel à d énormes machines pour remplacer les milliers de fellah égyptiens. L inauguration eut lieu le 17 novembre 1869, en présence de l impératrice Eugénie et des représentants des nombreuses nations. Caractéristiques du canal : 162 km de long, entre Port-Saïd et Suez ; de nos jours, la traversée (pilotage obligatoire pour les navires de plus de 300 t. et pour les pétroliers) dure 15 heures (vitesse maximum : 13 à 14 km/heure). DÉBUTS DE L AUTOMOBILE LEÇON 32 L automobile à vapeur L échec du fardier de Cugnot fut long à oublier. La route mettait les machines à rude épreuve. Déjà Denis Papin l avait pressenti lorsqu il déclarait : «Je crois qu on peut employer la machine à vapeur à bien autre chose qu à élever de l eau ; j ai fait un petit modèle de chariot qui avance par cette force mais je crois que l inégalité et les détours des grands chemins rendront cette invention très difficile à perfectionner pour les transports par terre ; mais pour les bateaux, je me flatterais d en venir à bout» Malgré le succès des bateaux à vapeur et des locomotives, la vapeur va-t-elle échouer sur route? En 1864, une tentative est faite avec la voiture à vapeur du Nantais Lotz ; son succès parvient à Paris et le gouvernement impérial accepte de tenter une expérience sur le quai d Orsay (août 1865). La locomotive routière de Lotz traîne une voiture de voyageurs, elle peut s arrêter instantanément, tourner à volonté et

se diriger à travers voitures à cheval et passants. Un essai officiel est fait entre Nantes et Paris (septembre 1866) : elle met 8 jours pour parcourir les 400 km, remorquant trois fourgons de matériel et emportant 8 voyageurs. On espère beaucoup alors. Amédée Bollée construit, en 1872, une véritable automobile à vapeur, l Obéissante ; au cours d un voyage mémorable, elle relie Le Mans à Paris en 18 heures ; le succès remporté est tel que les 75 contraventions collectionnées par le chauffeur au long des 230 km sont supprimées à l arrivée! L essence triomphe de la vapeur Si le changement de vitesse et l embrayage sont inventés depuis 1832 (par James), le différentiel depuis 1828 (par Pecqueur), le moteur à pétrole depuis 1885 (par Daimler), le cycle à quatre temps depuis 1862 (par Beau de Rochas), la lutte est encore très serrée entre le pétrole et la vapeur. Cette dernière trouve un farouche défenseur en la personne du mécanicien français Léon Serpollet qui lutte contre l automobile à essence jusqu en 1907 (le 11 avril 1902, à Nice, à bord de son Œuf-de-Pâques, il remporte le record du monde de vitesse, avec 121 km/heure!). Il est difficile d affirmer qui a inventé l automobile, car Français et Allemands ont apporté leur part. En 1860, c est le moteur à gaz de Lenoir ; en 1862, c est le moteur à quatre temps de Beau de Rochas ; en 1876, l Allemand Otto prend un brevet et réalise un moteur à pétrole mis au point par l Allemand Daimler ; en décembre 1886, le moteur Daimler est monté sur une automobile et utilisé par les constructeurs français Panhard et Levassor. Il ne faut pas oublier non plus le Français Fernand Forest qui perfectionna les différentes inventions pour les adapter à l automobile : moteur à quatre cylindres, allumage par bougies, la magnéto, le démarreur électrique et l embrayage. Déjà renommée pour la qualité de son outillage, de ses bicyclettes et de ses spécialités de baleines pour corsets, la famille Peugeot se lance dans la compétition. Équipé du moteur Daimler, construit par Panhard et Levassor, le quadricyle Peugeot est le seul véhicule automobile à suivre de bout en bout la course cycliste Paris-Brest-Paris en 1891. Le marquis de Dion et son mécanicien Bouton améliorent le moteur à essence ; toute une série d innovations permettent d augmenter la vitesse et la fiabilité des engins : le graissage, la direction par volant (au début, on dirigeait les voitures à l aide d un guidon ou d un simple levier), les freins, la suspension, la boîte de vitesses. Seuls les gens très fortunés peuvent s offrir une automobile : le constructeur fabrique le châssis, monte un moteur Daimler ou de Dion-Bouton et le client fait habiller le tout à sa convenance par un carrossier. La France devient le berceau de l automobile ; revues et journaux se passionnent. On peut lire alors dans l un d eux : «Le chauffeur roule à près de 40 à l heure! Et l on irait plus vite encore si le corps humain pouvait supporter pareille vitesse!» La duchesse d Uzès est la première femme à obtenir le permis de conduire des voitures à pétrole et à recevoir, à ce titre, le premier procès verbal. Motif : «Dans le bois de Boulogne, Madame Uzès a roulé à 13 kilomètres à l heure, au risque de provoquer un accident» Tandis que les véhicules cahotants et bondissants sont montés sur des roues sans pneus, le grand public les laisse aux fous furieux, c est-à-dire aux techniciens. C est alors qu en 1889, le vétérinaire irlandais Dunlop, en appuyant sur l intestin d un cheval, a la sensation de la souplesse d un boyau gonflé d air et songe à l employer comme un amortisseur de secousses. Il constitue ainsi le premier pneumatique. En 1891, les frères Michelin inventent le pneu démontable qu ils adaptent à l automobile en 1894.

Au fil des courses automobiles Là encore, c est la compétition qui fit faire des progrès à l automobile. Il fallait aller plus vite et plus loin. En 1887 déjà avait été organisée une course pour tricyles à moteur : elle fut remportée par G. Bouton sur tricycle de Dion. C est en 1894 qu est organisée, par le Petit Journal, la première véritable course automobile ; c est le Concours des voitures sans chevaux qui se déroule sur le trajet Paris-Rouen. Sur la liste des engagés, 102 voitures de toutes sortes : actionnées par le poids des passagers, engins hydrauliques, à air comprimé, à gaz surpressé, à pédales, voitures électriques 17 seulement parviendront à prendre le départ (!). Aussitôt, le tracteur à vapeur du marquis de Dion prend la tête, bientôt suivi des Peugeot et des Panhard à essence ; le gros omnibus à vapeur Scotte abandonne à la suite de la rupture d un tube d eau. 11 juin 1895 : course Paris-Bordeaux-Paris ; 21 partants : une voiture électrique, 6 voitures à vapeur, douze voitures à pétrole et deux bicyclettes à pétrole. Le vainqueur est Émile Levassor, qui couvre la distance en 48 heures 47 minutes, soit à la moyenne de 24,6 km/h. La voiture d Édouard Michelin, qui, à la faveur de cette course, inaugurait le pneu gonflable, finit à la 17 e place, après avoir crevé 50 fois : débuts bien peu encourageants pour le pneumatique! Le moteur à pétrole triomphait. Novembre 1895 : création de l Automobile-Club de France. 24 septembre 1896 : course Paris-Marseille-Paris, remportée, en 36 heures 13 minutes, par la 8 CV de Mayade. 31 partants, 10 étapes. La Panhard d Émile Levassor se retourne dans un virage ; blessé, le constructeur meurt l année suivante. 1897 : grande année sportive de l électricité : la triplette Darracq-Gladiator parcourt le kilomètre en 54 secondes : le 60 km/h est dépassé. 1897 : première course automobile féminine organisée par L Écho de Paris autour de Longchamp, à Paris. 1898 : Premier salon de l Automobile à Paris, au Grand Palais. Louis Renault construit sa première voiture à trois vitesses. En juillet : course Paris-Amsterdam-Paris, remportée par Charron à la moyenne de 50,9 km/h. 1899 : Camille Jenatzy est le premier conducteur à dépasser la vitesse de 100 km/h ; sur sa voiture, la Jamais contente, à moteur électrique, il atteint 105,850 km/h. Premier tour de France automobile : 7 étapes, 2 200 km à 48,5 km/h de moyenne. Les voitures Panhard-Levassor enlèvent les quatre premières places. La voiture légère de Louis Renault remporte les courses Paris-Trouville, Paris-Ostende et Paris-Rambouillet. 1901 : course Paris-Berlin. Panhard place 7 voitures dans les dix premiers. 1902 : course Paris-Vienne, remportée par Marcel Renault, à 62,5 km/h ; son frère Louis termine 28 e. 1903 : course Paris-Madrid qui tourna au tragique : en doublant un concurrent à 100 km/h, Marcel Renault dérape et se retourne dans un fossé à Couhé-Vérac (Vienne) ; il meurt le lendemain. Plus loin, un autre concurrent dérape et entre dans la foule, tuant trois spectateurs. Le ministre de l Intérieur, devant le nombre d accidents, arrête la course à Bordeaux. Ce fut la dernière course sur route non protégée. La même année, aux USA, les usines Ford sortaient la première voiture en grande série, le célèbre modèle T. DÉBUTS DE L AVIATION : LES PIONNIERS

LEÇON 33 Premiers coups d ailes Le premier homme qu on peut considérer comme le père de l aéroplane est l Anglais George CAYLEY (né en 1773). Alors que longtemps encore après lui on se contentera d imiter le vol des oiseaux, il repousse le principe des ailes battantes, détermine le profil des ailes de futurs avions, invente le gouvernail de profondeur et le gouvernail de direction, préconise l usage de l hélice et l emploi, comme force motrice, soit de la machine à vapeur, soit d un moteur à gaz ou à essence. Dès 1809, il avait décrit l aéroplane moderne! Il échoua dans l expérimentation. En France, l officier de marine Félix du Temple prenait un brevet en 1857 pour une machine actionnée par un moteur à vapeur (il s agissait d un modèle réduit pesant 700 g). À la même époque, Jean-Marie Le Bris accomplissait un vol remarquable en planeur lancé d une charrette à cheval marchant contre le vent. Le Français Alphonse Pénaud invente des hélicoptères et des oiseaux volants à ressorts de caoutchouc. Alors que CHANUTE, un Français vivant en Amérique, engage des jeunes pour voler sur un planeur biplan (1896), un ingénieur allemand, Otto LILIENTHAL (né en 1848), domine sa génération par le nombre, l audace et la portée de ses glissades aériennes. Ses planeurs avaient 7 m d envergure et pesaient une vingtaine de kg ; il s y accrochait par les coudes et les avant-bras. Se lançant du sommet d une colline, il courait contre le vent et quittait le sol, donnant à l appareil son équilibre par l inclinaison de ses jambes. Il planait ainsi jusqu à 300 m ; il réussit même à virer et à remonter au-dessus de son point de départ en utilisant les courants ascendants. De 1893 à 1896, il effectua près de 2 000 vols. Le 9 août 1896, il s écrasa au sol et se tua. Les machines volantes : Clément ADER Hanté dès son jeune âge par la pensée de construire un engin volant, ADER (1841-1925) étudie le vol des oiseaux (il se rend même en Algérie pour observer les vautours), observe le vol des graines qu emporte le vent. D abord employé dans les chemins de fer, il change d emploi et se lance dans l industrie toute nouvelle de l électricité : c est à lui que Paris doit son premier réseau téléphonique. En 1882, à l âge de 41 ans, il peut enfin construire son premier appareil volant (le mot avion n est pas encore inventé) : c est L Éole, doté d un moteur à vapeur léger de 20 chevaux, actionnant une hélice à quatre pales (avec son pilote, l engin pesait 296 kg). Le 9 octobre 1890, dans le parc du château d Armainvilliers, près de Paris, Ader effectue un vol en privé d une cinquantaine de mètres. Après quelques perfectionnements, la machine effectue d autres décollages sur le terrain du camp de Satory, mais, ayant quitté la piste, il va s écraser sur des chariots. Le ministre de la Guerre, M. de Freycinet, accepte de suivre les recherches d Ader sous le couvert de la Défense Nationale (donc nécessité du secret). L inventeur construit un nouvel appareil qu il baptise l AVION III (il s était inspiré du mot avis = oiseau). En présence du général Mensier, l essai officiel a lieu le 12 octobre 1897 : l appareil quitte le sol à plusieurs reprises et le général convoque une commission pour le surlendemain ; hélas le 14 octobre, le vent souffle en rafale. Ader décide néanmoins de voler : après une embardée de 300 m environ, l engin va s endommager sur les barrières. Ici se place une méprise lourde de conséquences : Ader croit à un avis favorable du général, alors qu en réalité, s il concluait à la poursuite des expériences, il ajoutait qu il n avait été prouvé en aucune façon que l appareil avait tendance à se soulever De Freycinet n étant plus ministre, l État se désintéressa de l affaire. Déçu, privé des indispensables moyens financiers, Ader brûla tout, sauf l AVION III, qui fut recueilli par le Musée du Conservatoire des Arts et Métiers (où il est encore). Il faudra des années avant que le mérite du Français soit reconnu.

Les frères WRIGHT Quelques années après Clément ADER, aux États-Unis, les frères Orville et Wilbur WRIGHT devaient, eux, connaître le succès et la célébrité grâce à un biplan lancé par catapultage sur un rail de départ. Profitant de l expérience et du savoir de leur compatriote François CHANUTE, un Français naturalisé américain, ils optèrent pour un biplan à carcasse de bois haubannée par des fils d acier. Leur premier vol historique eut lieu le 17 décembre 1903, au-dessus des dunes de Kitty-Hawk, une île désertique de la Caroline du Nord. Équipé d un moteur à essence de 12 chevaux pour un poids total de 109 kg, l appareil vola pendant 12 secondes. Au 4 e vol, ils atteignirent 284 m franchis en 59 secondes. Cinq personnes seulement avaient assisté aux premiers essais. L année suivante, ils exécutent de nombreux vols au-dessus d une prairie plate des environs de Dayton (Ohio). Au 40 e vol, les deux frères adoptent la catapulte de lancement. Il exécutèrent des virages, des retours au point de départ : le problème du vol mécanique était résolu. On avait prouvé que le plus lourd que l air était viable. L aviation était née. Dès 1905, ils tenaient l air de 18 à 38 minutes, sur des circuits longs de 11 à 24 miles, alors qu il faudra attendre 1909 en Europe pour parvenir au même résultat. Retour en France Que se passait-il alors en France? À la suite d une conférence en faveur de l aviation, et sous l impulsion de deux hommes : Ernest ARCHDEACON et le capitaine FERBER. Le premier était le co-fondateur (avec le comte de Dion et le comte de La Valette) de l Aéro-Club de France, destiné à promouvoir le développement de l aéronautique en France. Le second fut l un des pionniers du vol sur planeurs ; il obtint son brevet de pilote en même temps que Louis Blériot. L événement capital qui déclencha l essor de l aviation fut la série des vols exécutés à Paris sur la pelouse de bagatelle (Bois de Boulogne), par le Brésilien installé en France : Alberto SANTOS-DUMONT. Tenté d abord par le plus léger que l air, Santos fera construire des ballons-dirigeables de son invention ; après plusieurs échecs qui auraient pu lui coûter la vie, en 1889, il survole Paris ; son appareil se déséquilibre et va s écraser au sol (le Brésilien en sort indemne!) ; le second appareil subit le même sort ; à la 3 e tentative, une fuite de gaz l oblige à se poser sur le toit d un immeuble parisien et il faut la grande échelle des pompiers pour le tirer de sa périlleuse position! C est à la 4 e tentative qu il connaît la gloire avec sa victoire dans le prix Deutch de la Meurthe qui consistait à faire le trajet St-Cloud-Chaillot, aller et retour en moins d une demi-heure : le 14 octobre 1904, après avoir survolé Paris et contourné la Tour Eiffel, Santos-Dumont se pose en douceur à Chaillot. Son gain de 100 000 francs-or, il le partage entre ses mécaniciens et les dons aux pauvres. Il devient l un des Parisiens les plus célèbres : un jour, il pose son petit dirigeable au beau milieu des Champs-Élysées pour aller prendre une tasse de thé et se renvole! Il rêve maintenant du plus lourd que l air et rencontre les deux frères WRIGHT, de passage à Paris. Leurs conseils lui permettent de construire un aéroplane, le 14 bis, constitué de six cellules de cerf-volant accolées par une de leurs faces et disposées trois par trois ; à l arrière, un moteur Antoinette de 50 chevaux ; à l avant une cellule de cerf-volant formait gouvernail. Au premier essai, le 13 septembre 1906, il exécute un bond de 7 m à une hauteur de 70 cm. Blériot (qui vient de s écraser avec son propre appareil) l encourage à persévérer. Nouvel essai : 60 m de vol à 3 m de haut. Enfin, le 12 novembre 1906, Santos- Dumont se voit homologuer le premier vol contrôlé avec avion à moteur à explosion réalisé en Europe (vol de 220 m effectué en 21 secondes). Le Tout-Paris se pressait au Bois de Boulogne pour voir évoluer le fameux 14 bis, avec, aux commandes, l élégant Brésilien. Ce succès encouragea les nombreux pilotes qui attendaient leur heure. L un des plus ardents fut Henry FARMAN, qui volait sur avion VOISIN ; en janvier 1908, il réalise le premier kilomètre en circuit fermé ; 30 octobre 1908 : premier voyage en avion au-dessus de la campagne avec le vol Camp de Châlons-Reims, soit 27 km en 20 minutes.

Hubert LATHAM (qui échoua dans sa traversée de la Manche, avant Blériot), sur son monoplan Antoinette, assure le record d altitude en avion avec 1 000 m (1910). Le 10 juillet 1910, Léon MORANE dépassait la vitesse de 100 km/heure. L aviation devenait majeure ; l ère des grands raids allait commencer. DÉBUTS DE L AVIATION : LES GRANDS RAIDS LEÇON 34 L époque de la lutte du plus léger et du plus lourd que l air était révolue, celle des étranges machines aussi : l avion avait gagné. Une poignée d intrépides, des fous de l exploit, voulurent l utiliser pour imposer, avec le début du 20 e siècle, un nouveau moyen de transport : beaucoup y laissèrent leur vie. La navigation aérienne était née. En voici quelques-uns. Louis Blériot (1872-1936) Industriel parisien, il avait bâti sa fortune en fabriquant des phares à acétylène pour les voitures. Saisi par le virus de l aviation, il construit trois appareils à ailes battantes, les ornithoptères, qui ne purent jamais décoller. En 1906, associé à Gabriel Voisin, il construit des planeurs à flotteurs, essayés au-dessus de la Seine. Le 25 juillet 1907, à bord de son Aéroplane VI, il réussit un vol de 150 m sur le terrain d Issy-les-Moulineaux ; autre essai le 17 septembre : il s élève à 15 m mais s écrase à l atterrissage (quelques contusions). Toujours fidèle au monoplan, il essaie plusieurs modèles : le Blériot V ( Canard ) rate son atterrissage, le Blériot VII vole à 80 km/h sur 500 m et s écrase au sol (Blériot en sort indemne!). Enfin, avec le Blériot VIII, le 29 juin 1908, il remporte le prix de l Aéro- Club. Le 31 octobre 1908, il réussit le premier aller-retour de ville à ville : Toury-Artenay-Toury, soit 28 km. C est alors que le Daily Mail lance un défi aux aviateurs : un prix de 500 livres sterling (25 000 francs-or) au premier qui traversera la Manche en avion. Blériot se met sur les rangs et multiplie les essais au cours de l année 1909. Le 7 janvier, l Aéro-Club délivre les sept premiers brevets de pilote aviateur : le n 1 est donné à Blériot. Le 23 janvier, sur son nouveau monoplan XI, il vole sur 200 m à 75 km/h ; le 12 juin, sur le Blériot XII, il effectue le 1 er vol avec deux passagers. Et c est enfin le grand exploit : 37 minutes d angoisse au-dessus de la mer pour entrer dans l histoire. Le 25 juillet 1909, malgré une cheville blessée et brûlée par le pot d échappement, il s envole de Sangatte à 4h35, survole le contre-torpilleur L Escopette à bord duquel se trouve Mme Blériot. Sa boussole se bloque, le vent le déporte vers le nord ; il revient vers l ouest, cherchant le port de Douvres. À 5h12, il se pose sur une prairie, où quelqu un agite un drapeau tricolore. Blériot a réussi la première traversée de la Manche. Le lendemain, le héros est reçu en triomphe à Londres et reçoit les félicitations du roi Edouard VII. Géo Chavez (1887-1910) Péruvien d origine, jeune prodige de l aviation, il avait pour devise : «Plus haut, toujours plus haut.» À bord de son monoplan Blériot, il s attaqua à la traversée des Alpes, jusqu alors inviolées. Un prix de 80 000 F est offert à qui reliera Brigue, en Suisse, à Domodossola, en Italie, après avoir survolé le col du Simplon, culminant à 2 009 m. Chavez réussit le 23 septembre 1910, mais s écrasa à l atterrissage et meurt 4 jours après. Roland Garros (1888-1918) Battu par Védrines dans la course aérienne Paris-Madrid (25 mai 1911) ; R. Garros prend sa revanche en battant le record du monde d altitude : le 4 septembre 1911, sur un Blériot XI, il atteint l altitude de 3 910 m. Le 23 septembre 1913, c est l exploit : parti de Fréjus à 5h22, sur un Morane-Saulnier, il va tenter la première traversée de la Méditerranée sans escale. Au-dessus de la Corse, premier incident technique (bruit dans le moteur, déchirure du capot) : il poursuit sa route ; au-dessus de la Sardaigne, il constate que sa réserve de carburant est

pratiquement épuisée. Jouant le tout pour le tout, il monte à 3 000 m (où la consommation d essence est réduite) et descend lentement en vol plané pour atterrir à Bizerte à 13h15. Son réservoir ne contenait plus que 5 litres d essence et un ressort manquait à son moteur. En avril 1915, il est devenu pilote de chasse ; il met au point le tir à la mitrailleuse à travers l hélice. Ayant dû atterrir dans les lignes allemandes, il est fait prisonnier mais s évade en mars 1918. Le 5 octobre 1918, ayant repris le combat, il s écrase au sol au cours d un violent engagement contre une escadrille allemande : il allait avoir 30 ans. Le général Vuillemin En juillet 1918, alors que la guerre allait s achever, il joua un rôle important au cours de la seconde bataille de la Marne. Les Allemands marchaient sur Paris, si rapidement que l artillerie française ne put détruire les ponts sur la rivière : deux escadrilles françaises (la n 12 aux ordres du commandant Vuillemin) effectuèrent le travail, stoppant l avance de l ennemi. Le 31 mars 1920, après un périple de 6 630 km en 3 mois, Vuillemin effectue le premier survol du Sahara, au-dessus du haut massif du Hoggar. En 1933, il organise le raid baptisé la Croisière Noire : 30 avions Potez font le tour de l Afrique. En 1938, le général Vuillemin est nommé chef d état-major de l Armée de l Air. Adrienne Bolland Le 1 er février 1920, elle entre comme pilote d essai dans la firme Caudron. Le 1 er avril 1921, elle réalise l exploit extraordinaire de traverser la Cordillère des Andes. Partant de Mendoza (en Argentine), elle monte à 4 200 m, franchit la chaîne et atterrit 3h15 plus tard à Santiago du Chili. Par la suite, elle se distinguera lors de meetings aériens en battant des records : 98 loopings en 58 minutes (octobre 1923) puis 212 loopings en 72 minutes (mai 1924). Elle vivra néanmoins jusqu à l âge de 90 ans. George Pelletier Doisy Le 9 juin 1924, le lieutenant Pelletier Doisy et son mécanicien, le sergent Lucien Bésin, atterrissent à Tokyo après un raid de 47 jours, qui les a menés de Paris à Bucarest, aux Indes, en Chine (ils brisent leur appareil à Shanghai et repartent sur un vieux Bréguet prêté par les Chinois). À Tokyo, ils sont accueillis par Paul Claudel, ambassadeur de France. Ils avaient parcouru 20 146 km. Charles Lindbergh (1902-1974) Né à Détroit le 4 février 1902. En avril 1926, on le trouve chef-pilote sur la ligne postale St-Louis-Chicago. En février 1927, il a 25 ans : ayant réuni la somme de 15 000 dollars, il décide de faire construire un avion qui lui permettrait de traverser l Atlantique, de New York à Paris sans escale. L idée de cette traversée en solitaire lui est venue au cours d un vol de nuit. Son Spirit of St-Louis est adapté à ce genre d exploit : face au pilote, un énorme réservoir d essence (1 934 litres), incurvé à sa base pour permettre à Lindbergh de loger ses longues jambes, aucune visibilité directe vers l avant (un périscope supplée à ce défaut), une gourde d eau fixée derrière sa tête, des vivres à ses pieds ; un canot de sauvetage sous le fuselage ; vitesse maximale : 217 km/h. Après une répétition réussie (la traversée des États-Unis d ouest en est en 21h25), Lindbergh décolle le 20 mai 1927, malgré de mauvaises conditions météorologiques (il craint d être devancé par d autres concurrents). 33 heures 30 après, il atterrit de nuit sur la piste du Bourget, où l attend une foule hurlante (son passage avait été signalé audessus des côtes normandes). C est du délire. L exploit eut un retentissement mondial. À signaler que ce pilotage sans visibilité lui avait été facilité par l invention d un Français : le contrôleur de vol de Badin. Costes et Le Brix

Le pilote français Dieudonné Costes s était déjà signalé par plusieurs records de distance. Le 26 septembre 1926, un raid de 4 100 km en 25 heures, le 29 octobre, 5 396 km. Le 15 octobre 1927, avec Le Brix, il réalise la première traversée de l Atlantique Sud sans escale, à bord d un Bréguet 19. Leur voyage se poursuit vers Rio de Janeiro, Buenos Aires et New York. Costes et Bellonte Accompagné du navigateur Maurice Bellonte, Costes réalise une autre première le 3 septembre 1930 : la traversée de l Atlantique de Paris à New York en 37 heures 18 minutes, à bord du Bréguet 19 baptisé Point d interrogation. Les deux héros eurent le fabuleux accueil de Broadway, sous une pluie de feuilles d annuaires, selon la tradition. Jean Mermoz (1901-1936) Né le 9 décembre 1901, s engage dans l aviation en juin 1920 et obtient son brevet de pilote en janvier 1921. Lors d une mission en Afrique, son avion prend feu et tombe : Mermoz marche dans le désert pendant 4 jours et 4 nuits avant d être recueilli par des méharistes. Le 1 er octobre 1924, il entre à la compagnie aérienne Latécoère ; l austère Didier Daurat l oblige à débuter comme mécanicien avant de lui confier un avion. En mai 1926, pilote sur la ligne postale Casablanca-Dakar, il doit se poser dans le désert, il abandonne l avion après avoir bu l eau du radiateur et marche vers le sud. Prisonnier des nomades, il est échangé contre une rançon de 1 000 pesetas. Affecté en Amérique du Sud, il effectue le premier vol de nuit entre Buenos Aires et Rio (avril 1928). Le 2 mars 1929, Mermoz et son mécanicien Collenot franchissent à nouveau la Cordillère ; une panne de moteur les contraint à se poser sur un plateau à 3 000 m d altitude ; Collenot répare, ils décollent et parviennent à Santiago alors qu on les croyait perdus. Au retour, nouveau drame : l avion est plaqué au sol à 4 000 m d altitude, train d atterrissage faussé, conduites d eau éclatées par le gel. Trois jours de réparation à l aide de ficelles et morceaux de vêtements ; Mermoz réussit à arracher l avion et à rentrer. En mai 1930, il ouvre la ligne postale Europe-Amérique du Sud. Hélas, le 7 décembre 1936, celui qu on croyait invincible disparaît dans l Atlantique Sud à bord du Latécoère Croix du Sud. C était sa 25 e traversée : il avait 35 ans. L EUROPE EN 1914 LEÇON 35 À la veille de la Grande Guerre, l Europe est un bloc de 500 millions d habitants, qui se divise ainsi : Russie : 170 millions Allemagne : 67 millions Autriche-Hongrie : 47 millions Grande-Bretagne : 45 millions France : 39 millions Italie : 35 millions Turquie (avec Asie Mineure) : 19 millions Espagne : 19 millions Roumanie : 13 millions Belgique 7,5 millions Portugal : 5,5 millions Suède : 5,5 millions Bulgarie : 4 millions Suisse : 4 millions Norvège : 2,4 millions

Grèce : 1 million Si l on examine la carte de l Europe en 1914, on remarque que certains états actuels ont disparu (exemple de la Pologne), d autres ne sont pas encore indépendants (Irlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Finlande), certains n apparaîtront qu après 1919 (la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie), et enfin, qu un important empire s est disloqué (l Autriche-Hongrie). La perte de l Alsace-Lorraine Les désastres de nos armées au cours de la guerre de 1870-1871 : perte de la bataille des frontières, l armée de Bazaine enfermée dans Metz (août 1870), Mac Mahon et Napoléon III pris au piège à Sedan (2 septembre 1870), invasion de la France et siège de Paris, eurent pour conséquences : - la déchéance de l empereur (prisonnier des Prussiens) et la proclamation de la 3 e République ; - l achèvement de l unité allemande : la Prusse et les petits états du sud se groupaient en un Empire d Allemagne ; - la perte de l Alsace, de la Lorraine, d une partie des Vosges et de la Meurthe-et-Moselle (soit 1,6 million d habitants) qui devenaient Terre impériale allemande d Alsace-Lorraine (traité de Francfort, 10 mai 1871). Strasbourg, Colmar et Metz resteront des villes allemandes jusqu en 1919. Des siècles de lutte pour les Irlandais Depuis l Acte d union (1800), l Irlande était rattachée au Royaume-Uni. L opposition des Irlandais et des Anglais n était pas que politique, elle était également : - religieuse : l Église anglicane prélève la dîme dans l île alors que la population irlandaise est catholique. - agraire : depuis Cromwell, les Irlandais ne possèdent pas le sol qu ils cultivent : ils sont seulement les fermiers des landlords anglais, qui peuvent leur imposer des charges très lourdes et les expulser à leur gré. Voici un résumé de l histoire irlandaise : 1169 : début des invasions anglo-normandes. 1171 : Henri II d Angleterre conquiert l Irlande. 1556 : les Anglais colonisent l île : les Espagnols viennent à l aide des Irlandais révoltés. 1601 : Irlandais et Espagnols écrasés ; campagnes d extermination dans le Nord de l Irlande. 1609 : confiscation des terres au profit des colons anglais. 1695 : lois pénales déniant tout droit aux Irlandais. 1739-1740 : la grande famine : 400 000 morts. 1846-1850 : famine due à la maladie de la pomme de terre ; 1 600 morts ; 1 300 000 Irlandais émigrent aux USA. 1865 : les Irlandais établis aux USA reviennent en Irlande et fondent une société secrète, les Fenians ; flambée d attentats terroristes contre les Anglais (1867) à Londres et à Manchester. 1916 : les Sinn Fein proclament la république à Dublin ; la répression anglaise fait 500 morts. 1919-1921 : guerre pour l indépendance. 6-12-1921 : l état libre d Irlande devient dominion, sauf les 6 comtés du Nord-Est qui restent anglais. 1949 : l Irlande (Eire) quitte le Commonwealth. La Finlande La Finlande, dont la population d origine était constituée de Finnois, a longtemps été l enjeu entre Suédois, Danois et Russes. L histoire du pays débute en 1157 avec la croisade menée par le roi de Suède Erik IX contre les Finnois. Le traité de 1323 reconnaît l appartenance de la Finlande à la Suède. En 1550, fondation d Helsinki.

Au 18 e siècle, le pays est ravagé par les armées du tsar Pierre le Grand. En 1808, guerre russo-suédoise, qui s achève sur la victoire du tsar. La Finlande devient un grand-duché de l Empire russe, possédant une certaine autonomie. À la suite de la révolution russe de 1917, la Finlande proclame son indépendance. Les petits états baltes Ils sont au nombre de trois et bordent la Mer Baltique : l Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Ils furent pendant des siècles convoités par les états voisins : Danemark, Suède, Russie, Allemagne. Estonie - 1227 : les Danois achèvent la conquête du pays. - 1346 : les colons allemands réduisent les paysans estoniens au servage. - 1629 à 1721 : possession suédoise. - 18 e et 19 e siècles : province russe. - 1918 : invasion allemande. - 1920 : indépendance. - 1940 : annexion par l URSS. - 1991 : indépendance. Lettonie - 1561-1621 : province russe. - 1621 : province suédoise. - 1721 : conquête russe. - 1905 : soulèvement des Lettons ; répression russe. - mars 1918 : la Lettonie est cédée à l Allemagne. - novembre 1918 : indépendance. - 1940 : annexion par l URSS. - 1991 : indépendance. Lituanie Elle fut une importante puissance médiévale ; au XV e siècle, elle s étendait de la Baltique à la Mer Noire. - 1795 : elle est partagée entre la Russie et la Prusse. - 1815 : domination russe. - 1915 : occupation allemande. - 1918 : indépendance. - 1940 : annexion par l URSS. - 1990 : indépendance. La Pologne L histoire de la Pologne est une triste suite de démembrements et de partages, qu il serait trop long de détailler. Voici néanmoins quelques points de repères : - 1815 : au Congrès de Vienne, création du royaume de Pologne ; il appartient en fait à la Russie, l autonomie n étant qu apparente. - 1830 : soulèvement avorté. - 1846 : l Autriche annexe Cracovie.

- 1848 : nouveau soulèvement des Polonais contre les Russes. - 1863-1864 : nouvelle insurrection réprimée dans le sang. - 1914 : invasion allemande. - 1918 : indépendance. Un vaste empire : l Autriche-Hongrie Cet ancien état de l Europe centrale (il durera de 1867 à 1918) était né du compromis austro-hongrois du 8 février 1867 ; l Autriche et la Hongrie formaient deux états égaux ayant chacun leur capitale (Vienne pour l Autriche, Budapest pour la Hongrie), leur système politique propre. Sont en commun : le souverain, les ministères des Affaires étrangères, des Finances et de la guerre. À l extérieur, la politique austro-hongroise est fondée sur l alliance avec l Allemagne d une part, et, d autre part, sur le désir d intervenir dans les Balkans (en 1908, l Autriche-Hongrie annexe la Bosnie-Herzégovine (capitale Sarajevo). Ces visées provoqueront l hostilité de la Russie et seront à l origine de la Première Guerre mondiale (attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 au cours duquel est assassiné le prince héritier François-Ferdinand). La défaite fera éclater le royaume en deux états indépendants : l Autriche et la Hongrie. La Serbie Les Serbes étaient installés dans la région depuis le VI e siècle. En 1459, elle passait sous la domination turque (ce qui explique l existence des Musulmans en Bosnie et en Serbie). 1856 : autonomie de la Serbie, qui devient indépendante en 1878. Elle participe à la guerre de 1914-1918 aux côtés des Alliés. En 1929 est créée la Yougoslavie qui englobe : Serbie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Slovénie, Monténégro, Macédoine. LA FRANCE DANS LE MONDE AVANT 1914 LEÇON 36 L impérialisme colonial La fin du 19 e siècle fut marquée par la forte poussée impérialiste de quelques pays européens en direction de l Afrique et de l Asie : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Portugal, Belgique, Pays-Bas, Italie. Partout, explorateurs et missionnaires préparèrent la conquête, suivis par les officiers des missions de reconnaissance. Une doctrine impérialiste se constitua, fondée sur des arguments d ordre stratégique, économique, politique et moral. On justifia les conquêtes par le besoin de points d appui, de bases navales, de débouchés commerciaux, de matières premières. Le rythme de l expansion fut très rapide et l on assista à un véritable partage de l Afrique : en 1875, l Europe n en possédait que 11% ; en 1902, elle en contrôlait les 90%! Cette prise de possession revêtit plusieurs formes : annexion pure et simple (ensuite, on pacifiait en tuant ceux qu on appelait les rebelles ), protectorat, cession à bail. Bien souvent, plusieurs états européens se trouvèrent en concurrence et des conflits furent évités de justesse grâce à des marchandages (l un des meilleurs exemples est le cas du Maroc : pour avoir les mains libres dans ce pays, convoité par les Allemands, la France leur offrit des compensations sous forme de territoires au Cameroun Ŕ 1911). Pour éviter les heurts trop violents entre les états européens, la conférence de Berlin, en 1885, en réglant pacifiquement la question du Congo, précisa qu une puissance pouvait désormais, à partir de comptoirs sur une côte, étendre son contrôle vers l intérieur aussi loin qu elle

ne rencontrerait pas de concurrence ; par contre, l occupation devait être effective et appuyée par des forces suffisantes ; chaque prise de possession d un territoire devait faire l objet d une notification officielle aux autres puissances. Le domaine colonial français Après sa défaite de 1871, la France se replia sur elle-même ; si elle conserva ce qui était acquis (en Algérie, conquise de 1830 à 1850, elle réprima la révolte kabyle de 1871), elle abandonna l idée d expansion. C est à partir de 1880 que l idée coloniale refit surface, défendue par deux hommes politiques : Gambetta et Jules Ferry. Dans un discours, ce dernier déclarait : «les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l activité qu elles développent Si la France veut rester un grand pays, elle doit porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes et son génie.» De son côté, Gambetta affirmait : «les peuples étouffent sur le vieux continent.» Opposés à eux, les conservateurs et les radicaux, qui leur reprochaient de gaspiller les forces de la France, abandonnant ainsi toute idée de revanche contre l Allemagne. Chef des radicaux, Clemenceau accusait Jules Ferry de trahison (1885) ; il lui reprochait de faire le jeu de Bismarck alors qu il aurait fallu songer à reprendre par les armes l Alsace et la Lorraine. Autre opposant, Jean Jaurès et cela pour d autres raisons : après 1870, il condamnait l impérialisme colonial parce qu y voyant, selon la doctrine marxiste, des visées capitalistes en vue de s assurer de plus grands profits, de servir les intérêts des affairistes et des financiers. Si Jules Ferry dut démissionner à la suite de l échec français de Langson au Tonkin, la politique coloniale fut maintenue et la France eut le second empire, après celui de la Grande-Bretagne. Voici quelques données. Afrique : En 1850, le domaine colonial français restait très limité ; il comprenait les débris de l ancien empire colonial du 17 e siècle, c est-à-dire St-Pierre et Miquelon, au sud de Terre-Neuve, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, en Amérique ; les comptoirs du Sénégal, en Afrique ; l île de la Réunion dans l Océan Indien ; les cinq comptoirs des Indes, en Asie. À cela on devait ajouter les acquis de la Monarchie de Juillet : l Algérie, les comptoirs de la Côte d Ivoire et du Gabon, Mayotte et Nossi-Bé, près de Madagascar et quelques îles du Pacifique, dont Tahiti. En 1914, l empire français couvrait 10 millions de km 2, avec une population totale de 48 millions d habitants. La conquête de l Algérie étant achevée ; la France voulut étendre son influence sur les pays limitrophes : Tunisie, Maroc et Sahara. La Tunisie était un état vassal de la Turquie mais les Français y exerçaient une forte influence, tout en se heurtant à une forte colonie italienne soutenue par l Italie. Pour intervenir militairement, la France prit comme prétexte les pillages commis en Algérie par des tribus tunisiennes, les Kroumirs. En avril 1881, Tunis fut prise et Le Bey céda en plaçant la Tunisie sous le protectorat de la France (traité du Bardo, mai 1881). Pour le Sahara, on lutta contre les tribus du désert en occupant Aïn-Sefra en 1882 puis la plupart des oasis du Touat et du Hoggar (1901). La conquête du Maroc fut très difficile du fait du relief montagneux et, surtout, par crainte de complications internationales (menaces allemandes en particulier). L accord franco-allemand de 1911 permit d achever la conquête (1912) ; le général Lyautey fut chargé de la pacification. L expansion en Afrique Noire se fit à partir des comptoirs commerciaux de la côte : Sénégal, Guinée,

Côte d Ivoire. Furent conquis : le Soudan (1893), le Niger (1880-1893), le Dahomey (1892). En Afrique Équatoriale, la fondation du Congo français (plus tard Moyen-Congo et Gabon) fut l œuvre d abord pacifique et privée, puis officielle de Savorgnan de Brazza : 1875 à 1880. Le Tchad fut conquis (difficilement) en 1900. Sur l Océan Indien, la France possédait le port d Obok (1862) : elle y fonda la Côte des Somalis, avec Djibouti (1892). En 1896, enfin, elle entreprit la conquête de Madagascar, dont la pacification fut confiée à Galliéni. Asie : La première intervention militaire de la France en Indochine eut lieu sous le Second Empire : elle fut provoquée dans le souci d assurer la sécurité des missionnaires catholiques persécutés par l empereur d Annam. On passa ensuite à la conquête : Cochinchine (de 1863 à 1867), protectorat sur le royaume du Cambodge (1863), Laos, Tonkin et Annam (le protectorat ne fut reconnu définitivement qu en 1885, après une guerre contre la Chine). La première grande fédération coloniale qui fut formée fut l Union indochinoise (1887). Elle servit d exemple pour les deux autres : l Afrique Occidentale Française (ou A.O.F.) vit le jour en 1904 et l Afrique Équatoriale Française (ou A.E.F.) en 1910. Les autres empires coloniaux La France ne fut pas la seule à entreprendre des conquêtes coloniales ; outre le partage de l Afrique, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Belgique, l Italie, l Espagne et le Portugal firent de même. La Grande-Bretagne fut présente sur toutes les mers, sur tous les continents ; l Inde fut la perle de la couronne et, dès 1876, la reine Victoria était proclamée Impératrice des Indes. Les Anglais conquirent la Birmanie (1886), le Tibet (1904), Chypre (1878), l Égypte (1882), Zanzibar (1890), la côte Sud de l Arabie (Aden), la Malaisie (1895), le nord de Bornéo et la partie orientale de la Nouvelle Guinée. En Afrique, elle s octroya le Nigéria (1890), la Côte de l Or (1896), l Ouganda et le Kenya (1895) ; après une guerre contre les Boers, descendants de colons hollandais, elle s installa en Rhodésie (1895) et dans la Colonie du Cap (1902). En 1914, l Empire britannique comptait 30 millions de km 2 et 400 millions d habitants. L Allemagne Bien que n ayant pas de tradition coloniale, les Allemands se taillèrent un modeste empire en Afrique : Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain et Afrique orientale. Dans le Pacifique, ils contrôlèrent les îles Marshall, les Carolines et les Mariannes. L Italie dut se contenter de l Erythrée, de la Somalie (1889) et, après une guerre contre la Turquie, conquit la Tripolitaine, qu elle appela Libye. La Belgique hérita en 1908 de l état indépendant du Congo qui devint le Congo belge. Les Pays-Bas s installèrent en Guyane, en Indonésie (les Indes néerlandaises ). Le Portugal s établit en Afrique, avec : la Guinée portugaise, l Angola et l Afrique orientale portugaise. L Espagne fut présente en Afrique avec le Maroc espagnol et le Rio de Oro. LA GUERRE DE 1914-1918 (1) LEÇON 37

L Europe : une poudrière Depuis la victoire qu elle a remportée en 1871, l Allemagne possède une maîtrise incontestée en Europe ; puissance dirigeante de la Triple Alliance (Allemagne, Autriche, Hongrie), elle n avait plus en face d elle que des états isolés. Son ambition démesurée, dominer le monde, est pour une grande partie à l origine de la guerre. Dans toutes les écoles et les lycées, les enseignants affirmaient que l Allemagne était au-dessus de tout ; dans tous les domaines : art militaire, commerce, industrie, transports, etc., les Allemands se proclamaient supérieurs à tous les autres peuples et appelés à gouverner le monde pour l organiser. Il suffit alors qu un empereur, ambitieux et impulsif, partage cette folie collective pour entraîner le monde dans un conflit qui fit des millions de morts. Depuis un an, face au péril, la plupart des pays s étaient engagés dans une course aux armements dans laquelle l Allemagne occupait la première place, suivie par la Russie, la Grande-Bretagne et la France. En juin 1913, le Reichstag avait porté à près de 900 000 hommes les effectifs de paix de l armée allemande ; parallèlement, l Allemagne intensifiait ses constructions navales (dont un large programme de sous-marins) ; son alliée, l Autriche-Hongrie, se livrait à des préparatifs analogues. L armée turque était réorganisée par des officiers allemands et des accords secrets liaient la Bulgarie aux Empires centraux. Mais l Empire allemand redoute une attaque de la Russie pour 1916, lorsque cette dernière aura achevé son réarmement. Aussi le kaiser et le chancelier du Reich envisagent-ils une attaque préventive ; mais la Russie est alliée à la France et à la Grande-Bretagne (la Triple Entente) ; de plus, l un des buts de la politique française est de reprendre l Alsace-Lorraine. De son côté, l Autriche souhaite une expansion dans les Balkans et la Serbie se révèle être un obstacle. Il reste néanmoins une inconnue : quelle sera l attitude de la Grande-Bretagne? Celle-ci n entrera dans le conflit qu en cas de violation de la neutralité belge. Le détonateur : Sarajevo Le 28 juin 1914, l archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d Autriche-Hongrie et inspecteur général des forces armées, est en visite officielle à Sarajevo, capitale de la Bosnie, avec son épouse, la duchesse de Hohenberg (la Bosnie avait été annexée par l Autriche-Hongrie en 1908). À l arrivée du couple princier, une bombe est lancée près de la gare, mais manque la voiture ; en éclatant, elle fait une dizaine de blessés. Après la réception à l Hôtel de ville, l archiduc veut se rendre à l hôpital pour voir les blessés. C est sur le trajet que l étudiant serbe Gavrilo Princip sort de la foule et tire deux coups de feu à bout portant. Une des balles atteint l archiduc à la tempe, la seconde touche la duchesse à l abdomen. François-Ferdinand est tué sur le coup, Sophie von Hohenberg meurt pendant son transfert à l hôpital. Arrêté aussitôt, Princip déclare avoir voulu venger les Serbes de l oppression à laquelle ils sont soumis. L assassinat produisit une grande émotion dans le monde, servant de prétexte au déclenchement de la guerre. Le plan allemand Les Allemands (comme ils le feront en 1940) voulaient en finir avec la France en six semaines, pour se retourner ensuite contre la Russie, qui n aurait alors pas achevé sa mobilisation. Or, la frontière franco-allemande était :

- courte et ne permettait pas le déploiement de 2 à 3 millions d hommes - très fortifiée, ce qui rendait douteux son forcement rapide - bien défendue par des troupes de couverture très entraînées - éloignée de Paris et séparée de la capitale par des régions accidentées faciles à défendre. C est pour ces différentes raisons que l état-major allemand mit au point l attaque de la France en passant par la Belgique, violant ainsi sa neutralité. Les Allemands comptaient sur la supériorité du nombre, de l équipement militaire (leur artillerie lourde, des mortiers de 420 notamment, ne mit que cinq jours pour démanteler les forts de Liège et de Namur), la surprise stratégique qui allait leur permettre de déborder l aile gauche du dispositif français, puis de foncer sur Paris. L engrenage de la guerre 28 juin : attentat de Sarajevo. 5 juillet : l Allemagne promet son soutien à l Autriche contre la Serbie. 23 juillet : ultimatum de l Autriche à la Serbie. 28 juillet : l Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. 29 juillet : la Russie soutient la Serbie. 30 juillet : la Russie mobilise. 31 juillet : alliée à l Autriche-Hongrie, l Allemagne lance un ultimatum à la Russie et à la France, qui soutiennent la Serbie. 1 er août : mobilisation générale en Allemagne et en France. L Allemagne déclare la guerre à la Russie. 3 août : violant la neutralité belge, les Allemands pénètrent en Belgique et déclarent la guerre à la France. 4 août : entrée en guerre de la France et du Royaume-Uni. La Turquie entrera en guerre aux côtés de l Allemagne le 29 octobre, alors que l Italie décide d attendre (elle rejoindra finalement les Alliés en mai 1915). L invasion de la Belgique Les Allemands furent arrêtés quelques jours devant Liège, puis par la petite armée belge, de sorte que la France put envoyer à son secours quelques corps qui, joints aux Anglais, affrontèrent l armée allemande à Charleroi (du 20 au 23 août) ; ils furent battus. Malgré une lutte héroïque, les 120 000 Belges ne purent tenir plus longtemps contre un demi-million d Allemands. L armée allemande déferla alors sur la France, à raison de près de 40 km par jour. L invasion de la France La progression allemande est si rapide que le gouvernement français décide de s installer à Bordeaux (comme on le fera en 1940). Le 24 août, le généralissime Joffre donne l ordre de retraite : l armée française, pivotant autour de Verdun (charnière de notre défense), abandonne les riches régions du Nord de la France. L aile droite allemande, commandée par von Klück, tente de déborder l aile gauche franco-anglaise et fonce vers l est et la Marne.

Le 30 août, elle est à 35 km de Paris! C est du délire dans les rangs allemands ; von Klück veut alors couper l armée française des régions de la Loire, puis de la Saône et du Rhône et la prendre en un immense coup de filet, dans l Est de la France. La première bataille de la Marne Le 2 septembre, le gouvernement s était installé à Bordeaux, en même temps que les deux chambres. Dans sa marche vers l est, l armée von Klück prête son flanc à une armée formée à Paris par Maunoury et que Galliéni, gouverneur de Paris, fait transporter par mille taxis parisiens réquisitionnés. Une gigantesque bataille se déroule, de part et d autre de la Marne, du 6 au 12 septembre. Von Klück, le premier, bat en retraite, suivi par les autres armées allemandes. D est en ouest, les Allemands reculent de plus de 60 km. Au 1 er septembre, la ligne de front passe approximativement par Béthune, Arras, Péronne, Soissons et Reims, Verdun restant le verrou de notre défense. L épisode des taxis de la Marne fut considérablement exploité par nos gouvernants : il fallait faire oublier notre défaite dans la bataille des frontières et les 329 000 soldats et officiers français qui furent tués ou capturés dans ces deux premiers mois de guerre. LA GUERRE DE 1914-1918 (2) LEÇON 38 La victoire de la Marne avait stoppé l avance allemande sur Paris et l ennemi, épuisé, avait dû reculer sur une profondeur d environ 60 km. La guerre de mouvement allait se transformer en guerre de position ; chaque armée allait s enterrer de part et d autre de la ligne de front, dans des kilomètres de tranchées. Pendant trois ans, de chaque côté, des milliers d hommes tombèrent pour défendre quelques kilomètres de terrain ou pour les reprendre à l ennemi. Ce fut la grande boucherie sur un sol pourri de cadavres ; des villages entiers disparurent, pour laisser la place à un paysage lunaire percé de trous d obus. La vie dans les tranchées fut souvent atroce : le froid, la boue, les bombardements, la vermine. En certains endroits, on devait relever les troupes toutes les six heures, acheminer le ravitaillement en vivres, en eau, en munitions, nécessitant des tours de force. Une ligne ininterrompue de tranchées s étend de la Mer du Nord à la Suisse, avec au milieu, un point fort : Verdun et sa couronne de forts. L état-major allemand voulait saisir ce verrou dans une tenaille et multiplie ses attaques tout au long de l année 1915, en Argonne, dans la Woëvre (où se situe le sinistre piton des Eparges, pris et repris aux prix de pertes énormes des deux côtés). Verdun : la grande tuerie Pourquoi Verdun? Qui est maître de Verdun commande l Argonne et, une fois celle-ci franchie, c est la pente douce vers Paris. Si l on compare à une fortification, la vallée de la Meuse constitue les fossés alors que l Argonne est la contrescarpe. À la suite des échecs allemands de 1915, notre état-major en arrive à conclure que Verdun est imprenable et que sa région a perdu toute signification stratégique! On va donc faire porter

notre effort ailleurs et nos stratèges commettent la faute criminelle, celle qui faillit nous faire perdre la guerre et causa la mort de plusieurs centaines de milliers de Français : l ordre fut donné de désarmer les forts de Verdun! À partir du 11 août 1915, les canons sont enlevés des casemates ; en quelques jours, ce sont 43 batteries lourdes avec une réserve de munitions de 28 000 coups qui sont envoyés en Champagne. On ne laissa que les pièces de tourelles, parce qu il n était pas possible de les ôter. Les garnisons de sûreté sont affectées à d autres secteurs! C est tout juste si on ne démantela pas les ouvrages! Erreur fatale qui allait se payer cher l année suivante. Pourtant, le général Galliéni, ministre de la Guerre, a attiré l attention du général Joffre sur une telle décision ; ce dernier impose finalement son opinion : Verdun est un secteur calme et les Allemands n attaqueront jamais là. On savait en haut lieu que les Allemands préparaient une grande offensive et on pensait que celle-ci aurait lieu en 1916. Pour leurrer notre état-major, l ennemi multipliait les reconnaissances et les coups de main vers Amiens, vers Belfort et en Champagne. Ce n est qu au début de février 1916 que nos stratèges se décident enfin à envoyer des renforts sur Verdun et à faire renforcer les travaux légers de défense. Le 9 février, toutes les permissions sont suspendues dans ce secteur. Dans la nuit du 20 au 21 février, aux avant-postes de l armée française devant Verdun, trois hommes sortent de l ombre ; «ne tirez pas» crient-ils aux sentinelles. Ce sont trois Alsaciens qui viennent de déserter de l armée allemande. Ils déclarent : «l offensive est pour 5 heures du matin.» Ils ne s étaient pas trompés : dès 4 heures du matin commençaient les premiers tirs de réglage de l artillerie allemande et, à 7h15, le déluge s abattait sur nos positions ; le bombardement dura pendant 9 heures. Dès la fin, les fantassins allemands franchissent nos premières lignes sans s en apercevoir tant le sol est bouleversé. Le soir même, on apprend la chute du fort de Douaumont où les Allemands étaient entrés par surprise : désarmé en 1915, l ouvrage n était défendu que par 57 territoriaux (soldats âgés de la réserve) et par un vieux gardien de batterie! Devant une telle situation, Joffre confie la défense de Verdun au général Pétain. De février à octobre 1916, la lutte continua pour Verdun. On se battait pour une tranchée, pour une butte ; certains ouvrages, comme celui de Thiaumont, furent pris et repris jusqu à seize fois. Les poilus ne cédèrent pas et Verdun resta entre nos mains. La plus gigantesque bataille de la guerre s acheva. Elle avait coûté 500 000 morts (Français et Allemands) et 800 000 blessés graves. De nouvelles armes Les troupes s étant enterrées dans les tranchées, les belligérants tentèrent de trouver des moyens pour détruire celui d en face. L artillerie (lourde et légère) fut utilisée pour pilonner le terrain avant les attaques ; on régla son tir par l emploi d avions d observation (de la rencontre fortuite d appareils ennemis naquirent les premières batailles aériennes) ; pour avancer en terrain ennemi on inventa le tank ou char d assaut ; pour nettoyer les tranchées, on utilisa l horrible lance-flammes. Comble de l horreur, les Allemands lancèrent les gaz asphyxiants. C est en avril 1915 que les premiers essais eurent lieu dans la région d Ypres : les tubes à gaz furent disposés sur la première ligne allemande et ouverts au moment où un vent favorable allait pousser vers les lignes françaises un gaz lourd, de couleur verdâtre. Surpris, nos soldats tombèrent comme des mouches ; le gaz s infiltra dans les moindres recoins, entra dans les abris

souterrains, pollua la nourriture Seule défense possible, un mouchoir mouillé sur le visage! On apprend que les gaz asphyxiants ont été mis au point par deux chimistes allemands, après des recherches commencées en octobre 1914. Plus tard, ils renforcèrent la toxicité des gaz en employant l ypérite (sulfure d éthyle dichloré) appelé aussi gaz moutarde. Au cours de l année 1915, les Allemands tirèrent sur nos lignes un million d obus à gaz. Les gazés avaient les yeux brûlés, les poumons atteints ; les reins et l appareil digestif suivaient. Des masques rudimentaires furent peu à peu distribués à nos troupes. À partir d août 1916, la France utilisa à son tour les gaz asphyxiants. C est en octobre 1914 qu un Anglais proposa au ministre de la Guerre une voiture blindée et chenillée. Sous le nom de tank, l engin fut employé pour la 1 ère fois en septembre 1916 sur le front français, cela sans grand résultat. Il fallut attendre novembre 1917 pour que les 120 tanks utilisés sur une ligne de 12 km, remportent le succès. Les premiers chars français (St-Chamond et Renault) apparurent en 1917, puis en 1918. L aviation entre dans la guerre L avion fut d abord utilisé en reconnaissance pour détecter les batteries ennemies, pour le réglage des tirs, pour le repérage des concentrations de troupes. En quatre ans, les appareils furent largement améliorés en vue des combats (les duels aériens eurent leurs héros : Guynemer, Fonck, Nungesser, Garros) : au modèle Voisin succédèrent les rapides Spad, Nieuport. Les Allemands eurent leurs Aviatik, Albatros, Fokker. L avion fut également utilisé pour des bombardements. LA GUERRE DE 1914-1918 (3) LEÇON 39 L année 1917 Elle fut marquée par plusieurs événements qui eurent des conséquences importantes sur le déroulement de la guerre. L entrée en guerre des États-Unis : Chassés de la surface des mers, les Allemands mirent leurs espoirs dans l emploi des sous-marins. Sans souci des lois de l humanité, ils coulèrent, sans avertissement préalable, non seulement les bateaux alliés, mais aussi les bateaux neutres rencontrés au large des côtes de France et de Grande- Bretagne. Le torpillage du paquebot Lusitania, au cours duquel des centaines de femmes et d enfants furent noyés, détermina les Américains à entrer en guerre aux côtés des Alliés (6 avril 1917). La révolution russe avait enlevé à l armée russe toute valeur militaire ; la Russie se retira de la guerre, ce qui permit aux Allemands de ramener à l ouest 1 200 000 hommes. Reprise de la guerre de mouvement Pendant trois ans (1915-1916-1917), la guerre des tranchées avait peu à peu immobilisé les armées opposées. L année 1918, dans sa première moitié, allait voir la France et la Grande-Bretagne courir les

mêmes dangers qu au début de la guerre, face aux offensives allemandes. Les Allemands vont employer quatre sortes de tactiques : - La surprise : renforcés grâce aux armées revenues de Russie, ils sont désormais plus nombreux que les Alliés et peuvent se masser sur un point précis du front qu ils ont choisi. - Les marches de nuit : elles leur permettront de concentrer des centaines de mille hommes sans que nos aviateurs puissent les repérer. - Les gaz toxiques : ils paralysent la défense sur le front attaqué (il faudra plusieurs mois pour mettre au point des masques efficaces et en quantités suffisantes). - Les attaques massives : poussées à fond, elles auront lieu sans tenir compte des pertes subies. Les offensives allemandes 1. En mars 1918, les Allemands prennent le dessus sur les troupes anglaises et s approchent d Amiens, à la suite d une percée de plus de 60 km. L objectif ennemi était de couper nos armées de l armée anglaise, puis de se rabattre ensuite vers Paris. L offensive échoua, mais de riches contrées du Nord de la France étaient envahies. 2. En avril 1918, ils tentèrent une percée vers le Nord, réussirent à prendre Armentières, mais ne parvinrent pas à atteindre la côte. 3. En mai et juin 1918, ce fut la grande offensive, celle de la dernière chance. En une matinée, les Allemands s emparèrent d un point stratégique, le célèbre Chemin des Dames (cette route d une vingtaine de km court sur les plateaux situés au nord de la vallée de l Aisne et au sud de Laon), poussèrent jusqu à Compiègne et prirent la direction de Paris. La seconde bataille de la Marne Comme en 1914, les Allemands lancèrent leur attaque massive entre Compiègne et Reims, réitérant la même faute tactique, en prêtant leurs flancs aux contre-attaques alliées. Il faut dire que les succès remportés depuis avril 1918 sur les autres fronts leur avaient donné l assurance que l esprit d offensive avait disparu dans notre camp ; ils s imaginaient que l entrée en guerre des États-Unis n était qu un immense bluff et, enfin, ils jugeaient Foch dénué de compétences. Arrêtés un moment, ils reprirent l offensive le 15 juillet 1918, à droite et à gauche de Reims ; s ils échouèrent complètement à l est, à l ouest, ils creusèrent la poche qui allait les amener pour la seconde fois sur les bords de la Marne. Paris était tous les jours sous le feu de l artillerie lourde allemande. Une armée française, commandée par le général Mangin, se formait à l abri des forêts de Compiègne et de Villers-Cotterêts. Le 18 juillet, précédée de nombreux tanks (dont les fameux petits chars Renault, rapides et maniables), elle attaquait le flanc ouest des Allemands, les surprenant totalement (des états-majors ennemis furent faits prisonniers sans combattre). La poche allemande fut alors attaquée de tous côtés et nettoyée. L ennemi y laissa 70 000 prisonniers, 1 300 canons et un énorme matériel. Paris était à nouveau sauvé. L offensive générale des Alliés Dès lors, l initiative des opérations nous appartient. Foch attaque au centre, à l est, au nord, partout, sans laisser aux Allemands le temps de se reformer. Sur tous les fronts, c est la marche vers la Belgique et l Allemagne. En moins de quatre mois, l ennemi était délogé de toutes ses positions. L empereur Guillaume II et le kronprinz (son fils Frédéric Guillaume, héritier du trône) s enfuient en

Hollande, laissant le peuple allemand désemparé. Le gouvernement sollicite alors un armistice qui lui est accordé : les combats cessent le 11 novembre 1918, à 11 heures. En Europe, les pays en guerre aux côtés des Allemands avaient avant eux cessé le combat : la Bulgarie le 29 septembre, la Turquie le 31 octobre et l Autriche le 3 novembre. La paix et l éclatement de l Europe Après la signature de l armistice, les pays de la rive gauche du Rhin furent occupés par les troupes alliées. L Alsace et la Lorraine furent libérées et redevinrent françaises. Le traité de paix fut signé à Versailles le 28 juin 1919 dans cette même galerie des glaces où, en 1871, avait été proclamé l empire d Allemagne. L Allemagne perd toutes ses colonies (la plus grande partie : le Togo et le Cameroun passeront à la France) ; elle devra verser à la France des réparations pour les pertes subies du fait de la guerre. En Europe, l empire d Autriche-Hongrie éclate, laissant la place à deux états, l Autriche et la Hongrie, la Bohême et la Moravie sont érigées en une république : la Tchécoslovaquie. Serbes, Slovaques, Bosniaques, Croates se regroupent pour former la Yougoslavie. La Transylvanie est jointe à la Roumanie ; l Italie récupère le Trentin, Trieste et une partie de la côte dalmate. La Pologne redevient un état indépendant et reçoit la Galicie. De nouveaux états voient le jour : la Finlande, l Irlande, l Estonie, la Lituanie, la Lettonie. Le bilan de la Grande Guerre Du 2 août 1914 au 11 novembre 1918, la guerre fit 8 700 000 victimes ; tous les belligérants furent touchés : France : 1 400 000 morts ou disparus, soit 10,5% de la population active. Royaume-Uni : 745 000 morts ou disparus, soit 5,1%. Italie : 750 000 morts ou disparus, soit 6,2 %. Russie : estimation : 1 700 000 morts ou disparus. États-Unis : 68 000 morts ou disparus, soit 0,2%. Allemagne : 2 millions de morts ou disparus, soit 9,8%. Autriche-Hongrie : 1 540 000 morts ou disparus, soit 9,5%. La tombe du Soldat inconnu Chaque année, le 11 novembre, une cérémonie du souvenir a lieu sous l Arc de Triomphe de la place de l Étoile à Paris. L idée de cette tombe du soldat inconnu mort pour la France revient à un imprimeur de Rennes, M. François Simon, qui avait demandé, en 1916, que les portes du Panthéon soient ouvertes pour l un des combattants anonymes de la Grande Guerre. L idée fut présentée devant la Chambre des députés et acceptée lors d un vote le 12 novembre 1919. Dans huit secteurs militaires différents du champ de bataille de Verdun un corps non identifié fut choisi. Le 10 novembre 1920, dans une casemate de la citadelle de Verdun, le jeune soldat de 2 ème classe Auguste TAIN désigna à l aide d un bouquet de fleurs cueillies sur le lieu de la bataille l un des huit cercueils. Le lendemain, 11 novembre, après un passage au Panthéon, le cercueil fut conduit sous l Arc de Triomphe. D autres pays imitèrent la France : le soldat inconnu anglais repose dans l abbaye de Westminster ; aux USA, c est au cimetière d Arlington. Mêmes cérémonies en Italie, au Portugal,en Belgique.

NAISSANCE DE L AUDIOVISUEL LEÇON 40 La fin du 19 e siècle a vu naître des inventions remarquables dans le domaine du son (phonographe, téléphone, T.S.F) et de l image (cinéma, télévision). Français, Américains, Italiens et Allemands rivalisèrent pour apporter leur pierre à ce monumental édifice. Le domaine de la communication en sortit considérablement amélioré. Le phonographe Son invention est controversée : en effet, le Français Charles CROS avait, en 1876, présenté son paléophone alors que l Américain EDISON déposa son brevet l année suivante. C est en tous cas à ce dernier qu on doit la première réalisation pratique de ce merveilleux instrument. «Voici comment j ai découvert le phonographe, écrit EDISON en 1888. Je cherchais à construire une machine destinée à répéter des caractères Morse enregistrés sur une bande de papier. En répétant cette épreuve, je me suis aperçu d un fait inattendu : lorsque le cylindre portant le papier se déroulait avec grande rapidité, il donnait lieu à un bruit confus, mais musical et rythmé. Ce son singulier, produit par le passage précipité des reliefs et des creux sous un organe métallique, ressemblait au murmure de paroles Cette observation me conduisit immédiatement à ajouter à l appareil un diaphragme spécialement destiné à recevoir les vibrations. Je cherchais à enregistrer ces mouvements sur une surface impressionnable et flexible que je pusse enrouler sur un cylindre. Le papier paraffiné est la première substance à laquelle j ai songé et les premiers résultats ont été excellents. Les creux gravés sur le cylindre donnaient, lors de sa révolution rapide, la répétition de ce que j avais dit Je constatai que l enregistrement de la parole humaine était un problème résolu et que j avais mis la main sur un mécanisme qui permettait de répéter, aussi souvent qu on le voudrait, ce que l on avait dit une première fois, et d avoir en quelque sorte à sa disposition la parole mise en bouteille.» En 1878, Charles CROS obtient le brevet du phonogramme et en dépose un autre pour son cylindre à sillon hélicoïdal, un disque à sillon spiralé, la gravure des sillons et un nouveau système électrique d enregistrement et de reproduction. Mais c est en 1881 qu Edison prend l avantage en commercialisant son phonographe à cylindres de cire (document de notre tableau). En 1887, l Allemand Émile BERLINER invente et réalise, aux USA, le premier disque (un flanc de zinc recouvert de cire et tournant à 78 tours/minute) ; il fonde alors la Deutsche Grammophon. Les disques réalisés par pressage sortiront dès 1893. En France, les frères PATHÉ créent la première grande société de phonographes (1894). Le téléphone Son invention est plus ancienne que celle du phonographe. C est dès 1837 que l Américain PAGE constate le premier phénomène acoustique d origine électrique. En 1854, les principes du téléphone sont découverts par un Français, Charles BOURSEUL (1829-1912) : une plaque mobile interposée dans un circuit électrique provoque, par ses vibrations, un courant qui agit à distance sur une autre plaque (le récepteur), reproduisant ainsi la parole. Ce n est qu en 1876 qu est réalisé le véritable appareil téléphonique (c est l Allemand Philippe REISS qui, en 1860, avait donné le nom de téléphone à un appareil reproduisant les sons d un instrument de musique). Il est dû à l Américain Graham BELL (1847-1922), professeur à l Hospice des sourds-muets de Boston. Son but était de faire entendre des malentendants. Il n y réussit pas, mais réalisa le dispositif capable de reproduire les articulations de la parole. Le principe consistait en une barre d acier aimantée dont les deux

pôles sont réunis par une mince plaque de fer. L appareil était tenu à la main et appliqué, soit à la bouche, soit à l oreille : il était donc à la fois émetteur et récepteur. En reliant par deux fils conducteurs les bobines de deux appareils identiques, on obtient un téléphone magnétique dont la portée atteignait quelques centaines de mètres. En 1877, BELL fabrique un appareil plus pratique, en forme de cornet acoustique. En 1878, un autre Américain, HUGUES, invente le microphone. Le téléphone moderne naîtra de ces différentes inventions : chaque combiné comprendra un microphone et un téléphone électrique. Le cinématographe Le cinéma a d innombrables ancêtres. Les ombres chinoises d abord, introduites en Europe dès le Moyen- Âge et qui connurent leur heure de gloire à Paris au XVIII e siècle. Mais c est grâce au phénakistiscope du Belge PLATEAU que, pour la première fois en 1830, le mouvement est reconstitué à l aide d images successives. En 1835, l Anglais HORNER invente à son tour le zootrope (les phases successives d une action sont représentées sur une bande ; en tournant, la succession des fentes crée pour l observateur l illusion du mouvement). En 1878, Emile RAYNAUD met au point le praxinoscope dont l image en mouvement se reflète dans un prisme formé de 12 miroirs. Dès la découverte de la photographie, MAREY, en France, et MUYBRIDGE, aux États-Unis, s en serviront pour étudier le mouvement et sa décomposition. Dès lors, riches de toutes ces trouvailles, on allait pouvoir inventer le cinéma. Dès 1891, EDISON (lui encore!) commercialisait un appareil à sous qui présentait des courtes scènes de photographies animées. Mais c est Louis LUMIÈRE qui a réellement inventé l appareil «servant à l obtention et à la vision des épreuves chronophotographiques». En 1894, des petits films furent réalisés, mais c est de 1895 que date sa première grande œuvre : La sortie des usines Lumière, qu il présente le 28 décembre 1895 au Grand café, boulevard des Capucines, à Paris. Dans le programme, une dizaine de documentaires, on relevait le premier film à scénario, L Arroseur arrosé, quelque chose comme une histoire sans paroles. MÉLIÈS le magicien Le cinéma était né. Avait-il un avenir? Antoine LUMIÈRE en doutait puisqu il estimait que c était une curiosité scientifique dénuée de tout avenir commercial! Il le dit à l un des spectateurs de la fameuse séance du 28 décembre 1895 qui lui proposait d acheter le brevet du cinématographe : cet homme s appelait Georges MÉLIÈS, Président de la Chambre syndicale des artistes illusionnistes. Il avait le goût et le génie de la mécanique ; faute de pouvoir acheter une caméra aux frères LUMIÈRE, il en fabrique une lui-même, puis construit dans son jardin de Montreuil-sous-Bois le premier studio du monde. Placée devant des décors peints, la caméra filmait du théâtre, du music-hall, des spectacles de fantasmagorie ; MÉLIÈS inventa de formidables trucages. Il adapta Cendrillon, Barbe Bleue, Gulliver, Robinson Crusoë ; il créa : Le Puits enchanté, Le Château hanté, Le Domaine du Diable, etc. En 1902, il tourne son fameux Voyage dans la Lune, tiré de Jules Verne. De 1896 à 1914, il réalisa plusieurs centaines de films, puis son étoile pâlit ; en 1925, oublié, copié par les Américains, ruiné, Méliès vendait des bonbons pour survivre! La T.S.F. Comme son nom l indique, la télégraphie sans fil a su se démarquer du télégraphe. Différents savants européens ont apporté chacun leur pierre à la construction de cette nouvelle invention qui allait révolutionner le domaine des médias. En 1886, l Allemand HERTZ découvre l existence des ondes électromagnétiques qui empruntèrent son nom pour devenir les ondes hertziennes. Les travaux du Français BRANLY (1890), du Russe POPOV (1895) et de l Anglais LODGE permettent alors à l ingénieur italien MARCONI de faire une

synthèse de ces découvertes et de réaliser le premier récepteur pratique de T.S.F. Le 3 juin 1898 est lancé, depuis l île anglaise de Wight, le premier radiogramme : la T.S.F. était entrée dans l ère commerciale. Quelques dates : 1922 : création de Radio-Paris et de Radio-PTT ; 1932 : on compte en France 1 million de postes, 3 millions en 1936 et 5 millions en 1939. La télévision C est en 1931 qu eut lieu la 1 ère démonstration publique de télévision et le 27 avril 1935 que M. Mandel, ministre des P.T.T., inaugure la Télévision française. Jusqu à la guerre, elle ne sera qu une expérience pour initiés : tout ne sera vraiment inventé qu en 1949 par une poignée d hommes nommés Tchernia, Sabbagh, Dumayet, Delanoy, etc. Le récepteur 30 lignes représenté sur notre tableau est celui de NIPKOV. Le principe est une sélection mécanique de l image ; l artiste est devant l objectif qui capte son image et la reproduit sur une face du disque percé d un certain nombre de trous disposés en spirale, de sorte qu à chaque tour du disque, l image est entièrement explorée. Une cellule photoélectrique placée derrière le disque réagit suivant la quantité de lumière qui passe à travers les trous et transforme cette lumière en un courant électrique qui est amplifié et transmis à l émetteur (antenne). À la réception, sous l effet des impulsions du courant électrique reçu, une lampe s illumine plus ou moins. Le même disque, placé entre la lampe et le spectateur, reconstitue l image. VERS LA 2 ÈME GUERRE MONDIALE : LA MONTÉE DU NAZISME LEÇON 41 Un aventurier nommé HITLER Adolf HITLER (1889-1945) était d origine autrichienne. Sa jeunesse a été bercée par un certain nombre d idées et de préjugés chers à la droite européenne depuis le 19 e siècle. Son appétit du pouvoir est servi par une remarquable énergie et de remarquables dons d orateur. C est un meneur d hommes. C est dans un livre célèbre : Mein Kampf ( Mon combat ), publié en 1924, qu il expose ses théories nihilistes : racisme, antisémitisme en particulier, qui atteindront leur paroxysme avec sa volonté d exterminer la communauté juive européenne, de favoriser une race de conquérants, la race aryenne. Le futur Führer commença sa carrière politique dès la fin de la 1 ère Guerre mondiale. Au début de l année 1919, un obscur caporal autrichien nommé Adolf Hitler attendait sa démobilisation dans une caserne de Munich. Un soir, le serrurier Drexler l entraîne dans la cave d une brasserie Ŕ la Sterneckerbräu Ŕ où se réunissent quelques exaltés. Ayant reçu sa carte du parti ouvrier allemand, Hitler devient responsable de la propagande du petit groupe. Le 24 février 1920, il organise son premier meeting politique dans une salle de 2 000 places ; le 1 er avril 1920 est fondé le NSDAP ou National-Sozialistische Deutsche Arbeiter, ébauche du futur parti nazi. Installé dans une taverne de Munich, le nouveau parti crée son journal, s organise en troupe de choc qui prend le nom de Sturmabteilung plus connu sous le sigle de SA. Devenu pour ses troupes Der Führer, Hitler prépare un putsch militaire en Bavière. Alors que le 8 novembre 1923, quelque 3 000 bourgeois sont rassemblés dans une brasserie pour écouter un orateur critiquant le pouvoir de Berlin, Hitler et ses SA font irruption, pistolet à la main ; il monte à la tribune et annonce la constitution d un gouvernement provisoire et la marche sur Berlin. Le 11 novembre suivant, il est jeté en prison. Devenu chancelier du Reich, Hitler ne manquera jamais, chaque année, de fêter son glorieux fait d armes du 8 novembre, la brasserie de Munich étant

devenue le haut lieu du nazisme. En 1925, il renforce son parti en créant une police militaire (les SS), de nombreuses organisations d encadrement : Jeunesses hitlériennes, associations de femmes, etc. Après 1929, le parti nazi connaît une progression identique à celle du parti fasciste italien de Mussolini. Cette réussite est due à plusieurs éléments : le malaise que connaît l Allemagne est à la fois économique, politique et social, d abord comme suite logique de la défaite allemande de 1918 et des clauses dures du traité de Versailles, puis de la crise mondiale de 1929. Grâce à une propagande démagogique, les nazis séduisent les classes moyennes et la classe ouvrière ; l abandon progressif de leur programme social gagne à eux les milieux industriels. En 1932, les succès électoraux grandissants du parti national-socialiste (nazi) l amènent au premier rang des formations politiques ; soutenu par von Papen, Hitler devient chancelier du Reich (1933). L Allemagne adopte alors le drapeau noir, blanc, rouge, avec la croix gammée. Lorsque meurt Hindenberg en 1934, il accède au pouvoir suprême, à la présidence : devenu Reichsführer, il est le maître absolu de l Allemagne (et supprime la présidence comme fonction). Tout va alors se précipiter : création de la Gestapo, redoutable police d État, dont Himmler devient le chef, occupation par les nazis des maisons des syndicats ; le 22 juin 1934 a lieu la Nuit des longs couteaux au cours de laquelle les principaux chefs des SA sont assassinés sur l ordre d Hitler. Un plébiscite organisé le 19 août 1934 se solde par 84% de oui en faveur du Führer et du parti nazi. Désormais, Hitler va pouvoir réaliser le programme exposé dans Mein Kampf (Anglais et Français lui font pourtant encore confiance : on le verra lors de l entrevue de Munich en 1938 Ŕ voir plus loin) : créer un grand Reich allemand de mille ans. Les ambitions d Hitler menacent l Europe Toujours plus, ainsi peut-on résumer l attitude du Führer lors des années qui vont précéder la Seconde Guerre Mondiale, de 1936 à 1939. Cette attitude était commandée par des idées fortes : supériorité de la race germanique sur les races impures (Slaves, Juifs, Gitans essentiellement), le pangermanisme (réalisation de la Grande Allemagne par annexion des régions germanophones : d abord les Sudètes, puis la totalité de la Tchécoslovaquie, puis l Autriche ; plus tard, ce sera la Pologne, le Danemark, la Norvège), l anticommunisme (le parti sera interdit dès 1933), l antiparlementarisme (incendie du Reichstag en février 1933), culte de la force et de la violence, apologie de la guerre. Pour mener un tel programme, il lui faut obtenir des appuis : ce sera d abord les deux autres dictateurs européens : Mussolini pour l Italie et Franco pour l Espagne (en intervenant aux côtés de ce dernier lors de la Guerre d Espagne, en 1936, Hitler se conciliera les bonnes grâces de Franco, mais également expérimentera les techniques de combat, avec l aviation notamment) ; ensuite, avec le Japon, il signera en 1936 le pacte Antikomintern. L engrenage fatal Tout commence en mars 1936 : au mépris des clauses du traité de Versailles, Hitler remilitarise la Rhénanie (rive gauche du Rhin). Aucune réaction tangible de la part des futurs alliés : certains politiciens britanniques regardent avec bienveillance les dictateurs européens ; alors qu Allemands et Italiens interviennent ouvertement pour soutenir Franco au cours de la Guerre d Espagne, Français et Anglais refusent d agir (c est la non-intervention ). En France, Laval entreprend un

rapprochement avec Mussolini dans l espoir de s en faire un allié contre les appétits d Hitler. Le deuxième acte a lieu en mars 1938 par l annexion de l Autriche par l Allemagne. Le coup de force (qu on nomma Anschluss ) ne provoqua pas de réaction réelle à l Ouest. Hitler revendiqua alors les régions de Tchécoslovaquie à fortes minorités allemandes, les Sudètes groupés sur le pourtour de la Bohême ; rattachés à la Tchécoslovaquie depuis 1919, les Allemands des Sudètes réclamèrent d abord leur autonomie, puis leur rattachement à l Allemagne. Cette foisci, la France et la Grande-Bretagne réagirent. En France, on commença à mobiliser les troupes. C est alors qu eut lieu la Conférence de Munich qui réunissait Hitler, Mussolini, Chamberlain pour la Grande-Bretagne et Daladier pour la France. Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938, les accords signés laissaient les mains libres à Hitler (les Allemands occupent les Sudètes le 3 octobre) et mettaient fin à la crise germano-tchèque. Les Alliés faisaient encore confiance à Hitler, pensant que ses ambitions s arrêteraient là. La guerre mondiale était repoussée d un an. Ce fut un immense soulagement à l Ouest. Cruelle désillusion l année suivante : Hitler annexait la totalité de la Tchécoslovaquie le 16 mars 1939! Le détonateur Il était bien évident qu Hitler ne s en tiendrait pas là. Après l Autriche et la Tchécoslovaquie, c est la Pologne qui fut son prochain objectif. Le 1 er septembre 1939, les armées allemandes traversent la frontière et écrasent rapidement l armée polonaise ; elles sont maîtresses du pays, sauf de la Pologne orientale occupée par les Soviétiques (qui ont envahi le pays le 17 septembre). Varsovie capitule le 27 et, le 28, l Allemagne et l URSS se partagent la Pologne. Un traité d alliance existant entre ce pays et la France, la guerre éclata le 3 septembre, pour devenir mondiale au cours des années suivantes. LA GUERRE 1939-1945 I. LA DEFAITE FRANÇAISE LEÇON 42 La drôle de guerre Conformément aux accords passés, l invasion de la Pologne par les Allemands (1 er septembre 1939) amène l entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne (3 septembre 1939). De cette date à mai 1940, il ne se passera rien aux frontières, les Français étant confiants derrière la célèbre Ligne Maginot (fortifications et véritable ville souterraine qui, hélas, s arrêtait aux Ardennes, laissant exposées les frontières luxembourgeoise et belge), les Allemands n étant pas tout à fait prêts pour lancer une grande offensive. Cette période d attente de 7 mois fut appelée la drôle de guerre. Les Allemands et la guerre-éclair Les Alliés assistent, impassibles, à l écrasement de l armée polonaise. Les Allemands ont les mains libres à l Est après la signature, le 23 août 1939, du pacte de non-agression entre Hitler et Staline. La grande offensive allemande se déclenche le 10 mai 1940 : la Wehrmacht, évitant bien sûr la Ligne Maginot, fonce à travers les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Ses atouts : les divisions blindées, l infanterie portée, la couverture

aérienne (grâce aux terribles Stukas, bombardiers légers en piqué). Le 13 mai, les Allemands traversent la forêt des Ardennes et percent le front français à Sedan (14 mai). La débâcle française commence, jetant sur les routes des milliers de réfugiés. Le 19 mai, le général Weygand remplace le général Gamelin. La France est envahie ; les armées franco-anglaises, qui s étaient portées en Belgique, sont encerclées et tentent de s embarquer à Dunkerque pour l Angleterre. Le 10 juin, le gouvernement français quitte Paris (déclaré ville ouverte ) bientôt investi par les Allemands ; il s installe d abord à Tours, puis à Bordeaux le 15 juin. L Italie profite de la situation pour déclarer la guerre à la France et à la Grande-Bretagne (les avions italiens mitrailleront sans pitié les colonnes de réfugiés sur les routes). Le 18 juin, les panzers allemands atteignent Colmar, Nevers, Le Mans, Caen, Cherbourg. Le général de Gaulle, passé à Londres, lance son célèbre appel (voir plus loin). Pendant ce temps, Bordeaux était le siège d une lutte politique entre les partisans d une demande d armistice et ceux qui voulaient continuer la lutte en Afrique. Le général Weygand, commandant en chef des armées, et le maréchal Pétain, vice-président du Conseil, réclament du gouvernement la signature d un armistice. Ils se heurtent à l opposition de Paul Reynaud, président du Conseil (ce qui équivaut à notre actuel 1 er ministre), qui ne veut rompre l engagement signé le 28 mars 1940 avec le gouvernement britannique, interdisant toute négociation séparée avec l ennemi. La querelle s envenime entre partisans et adversaires de l armistice. C est alors que Reynaud démissionne. Pétain est aussitôt chargé, par le président de la République, Albert Lebrun, de former un nouveau gouvernement (16 juin). Le vainqueur de Verdun met immédiatement fin aux combats : dès le 17 juin, il demande aux Allemands les conditions de l armistice, qui sera signé le 22 juin 1940 à Rethondes, en pleine forêt de Compiègne. Le 25 juin, signature de l armistice avec l Italie. Conditions de l armistice La délégation française chargée de négocier l armistice est menée par le général Huntziger (il se tuera plus tard dans un accident d avion). Les conditions sont les suivantes : - Occupation des deux tiers de la France (dont toute la côte atlantique), les frais des troupes d occupation étant payés par les vaincus ; séparation entre la France occupée et la France libre par une ligne de démarcation ; - Les troupes françaises sont désarmées, le matériel de guerre est livré aux Allemands qui contrôlent les aérodromes français ; - Les prisonniers français sont enfermés dans des camps en Allemagne (stalags pour les soldats, oflags pour les officiers). Par contre, Pétain conserve une armée de 100 000 hommes, la Flotte et l Empire colonial. Les appels du général de Gaulle Le 18 juin 1940, général pratiquement inconnu des Français (il était sous-secrétaire d État à la Défense Nationale, dans le cabinet Paul Reynaud, et chargé de la liaison entre les cabinets de guerre français et anglais), Charles de Gaulle appelle sur les ondes de la BBC les Français à poursuivre le combat, malgré l armistice signé par le maréchal Pétain. Le 19 juin 1940, le général de Gaulle déclarait à la radio de Londres : «À l heure où nous sommes, tous les Français comprennent que les formes ordinaires du pouvoir ont disparu. Devant la confusion des âmes françaises, devant la liquéfaction d un gouvernement tombé sous la servitude ennemie, devant l impossibilité de faire jouer nos institutions, moi, général de Gaulle, soldat et chef français, j ai conscience de parler au nom de la France. Au nom de la France, je déclare formellement ce qui suit : Tout Français qui porte encore les armes a le devoir absolu de continuer la résistance. Déposer les armes, évacuer une position militaire, accepter de soumettre n importe quel morceau de terre française au contrôle de l ennemi, ce serait un crime contre la patrie. A l heure qu il est, je parle avant tout pour l Afrique du Nord française

Soldats de France, où que vous soyez, debout!» Nouvel appel du général le 24 juin : «J invite tous les militaires des armées de terre, de mer et de l air, j invite les ingénieurs et les ouvriers français spécialistes de l armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui pourraient y parvenir, à se réunir à moi. J invite les chefs et les soldats, les marins, les aviateurs des forces françaises de terre, de mer et de l air, où qu ils se trouvent actuellement, à se mettre en rapport avec moi. J invite tous les Français qui veulent rester libres à m écouter et à me suivre.» Aux affirmations du maréchal Pétain, devenu chef de l Etat, de Gaulle répondit : «On vous a fait croire, Monsieur le Maréchal, que cet armistice demandé à des soldats par le grand soldat que vous êtes serait honorable pour la France. Je pense que maintenant vous êtes fixé. Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l occupation de l ennemi et de quel ennemi! Notre armée tout entière démobilisée. Nos officiers et soldats prisonniers maintenus en captivité. Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes à livrer intactes, pour que l adversaire puisse s en servir contre nos propres alliés. La Patrie, le Gouvernement, vousmême réduits à la servitude. Ah! pour obtenir et accepter un pareil acte d asservissement, on n avait pas besoin de vous, Monsieur le Maréchal, on n avait pas besoin du vainqueur de Verdun. N importe qui aurait suffi Oui, la France se relèvera. Elle se relèvera dans la liberté. Elle se relèvera dans la victoire. Dans l empire, dans le monde, ici-même, des forces françaises se forment et s organisent. Un jour viendra où nos armées reforgées au loin mais bien aiguisées, se joignant à celles que se feront nos alliés et peut-être d autres, reviendront triomphantes sur le sol national. Alors, oui, nous relèverons la France.» C est les 3 et 4 août 1940 que l affiche célèbre fut apposée sur les murs de Londres et, plus tard, reprise sous forme de tract lancé sur la France. En voici le texte : «À TOUS LES FRANÇAIS La France a perdu une bataille! Mais la France n a pas perdu la guerre! Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n est perdu! Rien n est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l univers libre, des forces immenses n ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but! Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu ils se trouvent, à s unir à moi dans l action, dans le sacrifice et dans l espérance. Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver! VIVE LA FRANCE!» LA GUERRE 1939-1945 II. LA FRANCE OCCUPÉE LEÇON 43 Une France divisée C est dans le wagon de Rethondes où Foch avait, en novembre 1918, reçu la capitulation allemande que, le 22 juin 1940 Hitler, entre autres exigences, imposa le partage de la France en deux zones principales : la zone occupée au Nord et à l Ouest, sous l administraion d un gouverneur militaire allemand, la zone nonoccupée dépendant théoriquement de l autorité du maréchal Pétain, chef de l État. Entre ces deux zones une ligne : la Demarkationslinie (qu un écriteau précisait : uberschreiten verboten, franchissement interdit).

Théoriquement, l État français (capitale Vichy) continuait d exercer sa souveraineté sur l ensemble du territoire français, bien que la France se trouve alors divisée en sept zones distinctes. La zone libre représentait 45% du territoire, soit 34 départements inoccupés et 17 départements occupés partiellement. La zone occupée était (en violation des clauses de l armistice) divisée en plusieurs zones : - une zone interdite allant de l embouchure de la Somme aux Pyrénées, soit toutes les côtes ; les Allemands y créèrent des fortifications (le Mur de l Atlantique ) et des abris à sous-marins. - deux autres zones interdites au Nord (cette zone était rattachée au commandement allemand de Belgique) et au Nord-Est : le retour des réfugiés y fut interdit ; une organisation allemande, l Ostland, y organisa l installation sur les terres restées sans propriétaires des colons venus des pays baltes. - une zone à régime spécial : l Alsace-Lorraine, pratiquement annexée à l Allemagne (130 000 Alsaciens- Lorrains, considérés comme citoyens allemands, furent mobilisés dans la Wehrmacht à partir de 1942). - une zone occupée par les Italiens, du lac Léman à Nice. Un rêve fou d Hitler (heureusement jamais réalisé) : démembrer la France. L Alsace-Lorraine intégrée à l Allemagne, création d un état germanique inspiré de l ancienne Lotharingie (843) et comprenant : Nord, Pas-de-Calais, Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Haute-Saône, Doubs et Jura. Ce projet correspondait aux trois zones interdites signalées sur la carte. Pétain confisque la République Vaincue par la guerre-éclair, la France se retrouvait coupée en deux, avait à supporter la lourde charge de l occupation. Un vieillard égocentrique (toujours prêt à écouter le dernier qui a parlé), le maréchal Pétain, va désormais présider aux destinées du pays. Son vœu : rompre avec le passé et réaliser une Révolution nationale. Dès le 20 juin 1940, il déclarait : «Depuis la victoire (1918), l esprit de jouissance l a emporté sur l esprit de sacrifice : on a revendiqué plus qu on a servi ; on a voulu épargner l effort ; on rencontre aujourd hui le malheur». Pour lui, la défaite de 1940 n est pas un accident, mais une punition. La faute en revient au régime parlementaire, à la république. En homme d extrême-droite, il profitera de la lassitude et du malheur des Français, de l absence d un million de prisonniers, pour s octroyer tous les pouvoirs : les actes constitutionnels pris du 11 au 15 juillet 1940 instituent une véritable dictature de l État français (appellation désormais officielle) ; plus de députés, plus de sénateurs : Pétain a tous les pouvoirs, lui seul promulgue les lois, signe les traités, nomme et révoque les ministres. Les valeurs qu il prône pour le redressement intellectuel et moral du pays sont celles de la droite nationaliste : retour à la terre, travail (mais les syndicats, les grèves et les lock out sont interdits), famille (mais l avortement est passible de la peine de mort, le divorce rendu plus difficile), patrie (mais les mauvais Français que sont les communistes, les juifs, les francs-maçons sont rejetés de la communauté nationale). Pétain et son gouvernement résident à Vichy. La Collaboration Pétain souhaite montrer aux Français (complètement assommés par la défaite au point de ne pas réagir contre les mesures dictatoriales prises par le maréchal) qu il exerce le pouvoir sur l ensemble du territoire français : pour cela, il va être amené à collaborer avec l occupant, à aller même bien souvent au devant de ses désirs (on verra cela surtout pour ce qui concerne les juifs). Son premier acte fut de solliciter une rencontre avec le chancelier Hitler. Celle-ci a lieu à Montoire, le 24 octobre 1940, dans la gare d un petit village du Loir-et-Cher ; le maréchal s engage à participer à l entretien de la machine de guerre allemande ; d autres rencontres auront lieu : le 9 novembre, entre Laval et Gœring, le 25 décembre, entre Hitler lui-même et l amiral Darlan. Pour montrer sa bonne volonté, Pétain avait fait condamner à mort par contumace le général de Gaulle. Populaire parmi la population française pendant quelques mois, Pétain perdra vite la confiance de ses concitoyens qui, peu à peu, deviendront anglophiles et

souhaiteront la défaite de l Allemagne. Pétain et les juifs Contrairement à ce qu on pourrait penser, ce ne sont pas les autorités allemandes en France occupée qui attentèrent à la liberté des juifs, mais l administration française. Avant même la poignée de main Hitler-Pétain à Montoire (24 octobre), une loi était publiée au Journal officiel à la date du 3 octobre et à la signature du maréchal : «Loi portant statut des juifs» Nous, Maréchal de France, chef de l État français, Le conseil des ministres entendu, Décrétons : article 1 er : Est regardé comme juif, pour l application de la présente loi, toute personne issue de trois grandsparents de race juive ou de deux grands-parents de la même race si son conjoint lui-même est juif.» Selon cette loi, les juifs sont exclus officiellement de la fonction publique, de la magistrature et de l armée et, officieusement, des professions libérales et de l Université. En juin 1941, puis en mars 1942, des dispositions aggraveront ces mesures : port obligatoire de l étoile jaune, interdiction d entrer dans les lieux publics (squares, cinémas, etc.), obligation de monter dans le dernier wagon du métro. Participant indirectement à l holocauste, la police française (à la demande des Allemands) arrêtera les juifs étrangers d abord, puis tous les autres, les malheureux parqués dans le Vélodrome d hiver à Paris, puis dans le camp de Drancy, seront déportés dans les camps d extermination d Allemagne et de Pologne. La plupart n en reviendront pas. La Résistance Ses débuts furent timides et les premiers hommes de l ombre ne furent à l origine qu une poignée. Peu à peu, les forces d opposition grossirent et se structurèrent en deux types d organisation. - les réseaux : ils récupèrent les aviateurs alliés abattus sur le sol français, les prisonniers évadés d Allemagne et, plus tard, les déportés du travail (STO) qui ne voulurent pas retourner en Allemagne lors d une permission ; ils recueillent et font parvenir à Londres des renseignements militaires et économiques. - les mouvements : ils informent la population par des tracts, des journaux clandestins (qui deviendront, après la Libération : Combat, Libération, Franc-Tireur, L Humanité ). C est alors qu intervient un ancien membre du cabinet du ministre de l Air du Front populaire, le préfet Jean MOULIN. Ayant démissionné, ce dernier reste en France, chargé par de Gaulle d unifier les mouvements de résistance. Et ce sera chose faite, le 27 mai 1943, avec la création du Conseil national de la Résistance. Arrêté par la Gestapo (juin 1943), torturé, Jean Moulin mourra dans le train qui l emmenait en déportation. Le rationnement Il fut imposé aux Français dès 1940 (création des cartes de pain et de viande le 23-9-1940). De nombreuses familles, pour survivre, durent faire appel aux relations campagnardes ou acheter à ce qu on appela le marché noir. On distribua également des cartes de tickets pour les matières grasses, le fromage, les pommes de terre, le sucre, les textiles, le tabac, les chaussures. LA GUERRE 1939-1945 III LA LIBERATION DE LA FRANCE LEÇON 44

L Opération Overlord Depuis longtemps, Staline exigeait de ses alliés occidentaux l ouverture d un second front en Europe, mais l attaque de la forteresse Europe n était pas une mince affaire. On avait tenté plusieurs essais pour tâter les défenses allemandes. Des commandos britanniques avaient essayé en 1941 (îles Lofoten, Spitzberg) et en 1942 (raid sanglant sur Dieppe en août par 6 000 Canadiens, qui laissèrent 3 670 des leurs sur le terrain). L entrée en guerre des États-Unis permit d envisager et de préparer la plus gigantesque opération amphibie de tous les temps. C est à la Conférence du Caire, en novembre 1943, que fut arrêté le plan de l opération baptisée Overlord, prévue pour mai 1944. Eisenhower en serait le commandant suprême. Reste à décider du point d attaque : le plus simple serait de choisir la côte entre Boulogne et Dunkerque, la route la plus courte pour l armada de débarquement. Deux défauts cependant : c est la région la mieux fortifiée par les Allemands d une part, d autre part les ports anglais de Douvres et de Newhaven sont trop petits pour assurer une bonne base de départ. Les stratèges choisissent donc les plages normandes, moins bien défendues. Les Allemands n y croient pas, car les ports font défaut et la Manche est le théâtre de très dures tempêtes. Les Alliés devront donc faire preuve d imagination pour réussir un tel exploit. Ce fut d abord l intoxication : on fit croire aux Allemands que l attaque aurait lieu au Nord (cette région fut davantage pilonnée par l aviation, faux bateaux, concentrations de chars gonflables dans la région de Douvres). Un effort fut entrepris pour détruire les stations allemandes de radar ; l aviation alliée obtint la maîtrise du ciel. La date du 5 juin 1944 fut choisie. Catastrophe : les 4 et 5 juin, les conditions météorologiques sont épouvantables alors que la plupart des troupes d assaut sont déjà à bord des péniches de débarquement. Ne pouvant repousser l attaque en juillet, Eisenhower décide que le 6 juin serait le jour J tant attendu. Commence alors l opération Neptune. Il fallait faire traverser la Manche à plus de 4 000 navires dans des eaux infestées de mines. Pour ne pas alerter les Allemands, la drague des mines et la destruction des obstacles établis sous l eau furent conduits simultanément et exécutés au dernier moment : ainsi les premiers bâtiments qui parurent devant la côte normande furent-ils 316 dragueurs de mines. Venus de tous les ports du sud de l Angleterre, plus de 4 000 navires se regroupèrent le 5 juin dans une zone (baptisée Picadilly Circus ) située au sud de l île de Wight. De là, ils empruntèrent les cinq couloirs déminés menant à la côte. La protection des flancs de cet immense convoi contre les attaques sous-marines et aériennes était assurée par des groupes d escorte composés d avisos, de canonnières et de torpilleurs. Puis, venaient les grosses unités (cuirassés et croiseurs) chargées de bombarder les défenses côtières. Terminaient la marche les transports chargés de troupes destinées à débarquer en 2 e ou en 3 e échelon, une fois les têtes de pont établies. Sous le commandement du général Montgomery, la 1 ère Armée américaine et la 2 e Armée britannique se répartirent cinq secteurs de débarquement : UTAH et OMAHA pour la première, GOLD, JUNO et SWORD pour la seconde. Il fallait protéger les flancs de l armée d invasion : à l ouest, dans la presqu île du Cotentin (secteur de Ste-Mère-Église) et à l est, entre Cabourg et Caen : on procéda à des lâchers de parachutistes et des planeurs déversèrent des troupes aéro-portées. Que faisait-on du côté allemand? L intoxication avait bien fonctionné : Hitler refusa de déplacer les réserves de panzers du Nord vers la Normandie ; il faisait un tel temps sur la Manche que Rommel décida de quitter son poste pour se rendre à Berlin, le 4 juin, afin d y rencontrer Hitler. Lorsque les premiers parachutistes alliés sont repérés, les Allemands pensent à une simple attaque de diversion et ne réagissent pas. Ils le firent trop tard, manquant de moyens et leur contre-attaque du 9

juin échoua : la tête de pont établie par les Alliés tint bon et le port artificiel d Arromanches put déverser des tonnes de matériel et de munitions (un pipe-line fut établi pour l acheminement du carburant). Le 12 juin, l opération OVERLORD est terminée, elle a réussi : les différentes têtes de pont sont réunies et Bayeux est la première ville française libérée. Le front forme une ligne allant de l embouchure de l Orne, en passant par Carpiquet, Tilly, Isigny, Carentan et Ste-Mère-Église. La bataille du Cotentin Les forces américaines verrouillent le Cotentin (Barneville est atteint le 18 juin) et s attaquent à Cherbourg, qui tombe le 27 juin. Débute alors la Bataille des haies : du 3 au 18 juillet, les Américains progressent vers le sud : leurs troupes sont précédées de chars coupeurs de haies (les crocodiles ) facilitant la progression à travers le bocage normand. La Haye-du-Puits tombe le 7 juillet, Saint-Lô, le 18 juillet. L opération Cobra À partir de St-Lô, les Américains brisent les lignes allemandes (27 juillet) et s emparent d Avranches (31 juillet). Les chars Sherman entament alors une course de vitesse vers la Bretagne dans l espoir de récupérer un port intact : Rennes est libérée le 5 septembre, puis c est le tour de St-Malo, de Brest (8 septembre) et de Nantes. La bataille de Normandie De nombreuses divisions allemandes étaient encore opérationnelles en Normandie. C est alors qu Hitler ordonne une contre-attaque sur Avranches, s exposant ainsi à l encerclement. Le 12 août, partant de Mortain, les panzers foncent vers l ouest ; ils sont stoppés et les contre-attaques américaines (auxquelles participait la 2 e DB du général Leclerc revenant du sud) encerclent l ennemi dans la poche de Falaise. Le 17 août, tout est terminé. Les Allemands ont perdu 500 000 hommes en Normandie. La bataille de France Les Alliés sont à pied d œuvre sur le sol français : 1 500 000 hommes et 300 000 véhicules. La lutte va consister maintenant à tenter d arrêter et de détruire les panzers allemands qui remontent du sud malgré les attaques incessantes des F.F.I. (Forces Françaises de l Intérieur, que de Gaulle a tenté de placer sous les ordres du général Koenig), les bombardements, le sabotage des voies ferrées et des ponts. C est l une de ces colonnes, la division allemande Das Reich (composée de SS et de Géorgiens), qui détruit le bourg d Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944. De leur côté, les Britanniques (qui ont pris Caen le 9 juillet) foncent vers Rouen et la frontière francobelge : objectif, s emparer d Anvers pour détruire les bases allemandes de sous-marins et les rampes de lancement des fusées V1 et V2 (qui pilonnaient Londres et le sud-est de l Angleterre). Nouveau débarquement en France, le 15 août 1944 : les troupes franco-américaines prennent pied sur la côte entre Ste-Maxime et St-Raphaël (260 000 Français répartis en 7 divisions, dont deux blindées, commandés par le général de Lattre de Tassigny). La progression est rapide : Marseille et Toulon tombent. Les Français prennent la vallée du Rhône (ils feront leur jonction avec la 2 e DB de Leclerc à Châtillon-sur-Seine, le 12 septembre) ; les Américains prennent la route Napoléon à travers les Alpes.

La libération de Paris Après le nettoyage de la poche de Falaise, les forces américaines prennent Chartres, Dreux et Orléans (du 16 au 18 août) ; ils traversent la Seine à Mantes. Le soulèvement des Parisiens (19 août) amène Eisenhower à modifier son plan ; il accepte de lancer Leclerc et sa 2 e DB sur la capitale qui est libérée le 25 août. La marche vers le Rhin Dès la fin du mois d août, l ensemble des armées allemandes bat en retraite et aucune force organisée n est désormais capable de résister avant le Rhin. On peut considérer la bataille de France comme terminée en septembre, malgré le problème que pose l Alsace (Strasbourg ne sera libérée que le 26 novembre et Colmar le 2 février 45) et la présence des poches allemandes de Calais, de Boulogne, de Lorient, de St-Nazaire, de La Rochelle et de Royan, qu il faudra réduire une à une. LA GUERRE 1939-1945 IV DEFAITE DE L ALLEMAGNE ET DU JAPON LEÇON 45 L Allemagne perd ses satellites La ruée des armées occidentales sur l Allemagne, les victoires soviétiques à l Est amenèrent les pays satellites à abandonner la lutte. La prise de Bucarest, le 1 er septembre 1944, obligea la Roumanie à signer un armistice le 12 septembre. Le 6 septembre, l URSS attaquait la Bulgarie, qui s effondra (armistice signé le 28 octobre). L affaire de Hongrie fut plus délicate ; le régent Horthy étant entré en pourparlers de paix avec les Alliés, Hitler le fit enlever et déporter en Allemagne ; le parti pro-nazi prit le pouvoir, ce qui se traduisit par un long siège pour Budapest. L armistice fut signé le 20 janvier 1945. La ruée vers le Rhin Le 3 septembre 1944, la 2 e armée britannique entre à Bruxelles ; le 4 septembre, parti de Lille, le général Montgomery pénètre dans le port d Anvers, grâce à l appui de la résistance belge. De leur côté, les Américains libèrent le reste de la Belgique après avoir traversé la Meuse à Dinant et s être emparé de Liège. Les troupes alliées commencent à manquer de carburant et Eisenhower donne la préférence à l armée de Montgomery (pour foncer vers le Rhin) alors que l armée Patton piétine en Lorraine et que celle de de Lattre est arrêtée devant Colmar. La première tentative de franchissement du Rhin échoue : les trois divisions de parachutistes larguées au-dessus d Arnhem (17 septembre 1944) sont anéanties par les panzers allemands. Le dernier sursaut allemand Hitler avait échappé de justesse à un attentat, le 20 juillet 1944, préparé par un complot de généraux et de hauts fonctionnaires. La répression fut terrible, désorganisant les états-majors allemands. Mais

Hitler était décidé à résister jusqu au bout, préférant la destruction du peuple allemand à la reddition. Il espérait détruire le moral britannique avec l emploi de nouvelles armes : les fusées V1 et V2 écrasaient Londres, les avions à réaction étaient apparus, la bombe atomique était à l étude (le bombardement des laboratoires souterrains de Penemünde par les Anglais anéantit cet espoir). Le Führer n a pas renoncé à lancer une contre-offensive vers l Ouest, dans le but de reprendre Anvers. L attaque eut lieu dans les Ardennes belges, le 16 décembre 1944, avec 16 divisions au Nord et 10 au Sud. Le mauvais temps empêche l aviation alliée d intervenir ; par ailleurs, une ruse de guerre des parachutistes allemands de Skorzeny, ayant revêtu des uniformes américains, sème la confusion à l arrière des lignes. L avance allemande devient alarmante, mais Bastogne résiste toujours et les immenses stocks d essence américains sont sauvés. À partir du 24 décembre, le ciel s éclaircit, permettant aux chasseurs-bombardiers américains de stopper les panzers. Le 5 janvier 1945, l attaque a échoué et les Alliés reprennent leur marche vers le Rhin. La campagne d Allemagne L assaut de la forteresse Europe allait pouvoir commencer. Un habile coup de main avait permis aux Américains de prendre intact le pont de Remagen : dès le 7 mars 1945, une tête de pont avait donc pu être établie sur la rive droite du Rhin. À son tour, Patton franchit le fleuve à Oppenheim, le 22 mars ; puis c est Montgomery qui jette sept ponts, permettant à six divisions blindées de s engager dans la plaine de Münster. Le 31 mars, les Français traversent à l ouest de Karlsruhe. C est à partir du 1 er avril 1945 que commence vraiment l invasion de l Allemagne. Berlin est-il l objectif allié numéro 1? On pourrait le penser lorsque les 1 ère et 9 e armées américaines en prennent la direction. C est alors qu arrive l annonce de la décision prise d un commun accord par Truman, nouveau président des États-Unis (succédant à Roosevelt, décédé) et par le général Eisenhower : arrêt de l avance le 22 avril sur l Elbe et la Mulde. Ordre est donné d orienter l axe de progression vers Erfurt, Leipzig et Dresde, c est-à-dire le centre de l Allemagne. Le général américain Simpson, qui se trouvait à 80 km de Berlin, sur l autoroute qui pouvait le mener en une journée dans la capitale allemande, est sommé de s arrêter et de faire demi-tour, en repassant l Elbe! Les Américains tenaient à respecter les plans établis lors des rencontres américano-soviétiques (Yalta) : laisser aux Russes les mains libres pour entrer à Berlin. Les protestations de Churchill à propos de cette décision n y firent rien. Les armées britanniques se dirigèrent vers le Nord, s emparant des ports allemands de la Baltique. Au sud, la 3 e et la 7 e armées américaines, avec les troupes de la 1 ère armée française, marchent sur l Autriche. Conformément aux mêmes engagements que pour Berlin, elles s arrêteront pour laisser aux Soviétiques l honneur de libérer Prague! Quant aux troupes allemandes encore en Italie, elles se rendirent le 2 mai 1945. Mussolini, en fuite, fut arrêté par des partisans italiens et exécuté près du lac de Côme, le 28 avril. Les offensives soviétiques Après avoir atteint (sans les prendre) Leningrad, Moscou et Stalingrad, les Allemands s étaient repliés en juillet 1943 sur une ligne qui passait à l Est de Smolensk, d Orel, de Kharkov pour atteindre la Mer d Azov à l embouchure du Don. En novembre 1943, les armées soviétiques avaient franchi le Dniepr et pris Kiev. Les combats firent rage au long de l année 1944 et l annonce d un débarquement sur les côtes françaises obligea les Allemands à retirer des forces du front russe.

En mars, trois armées soviétiques se mettent en marche sur un front de 600 km, en direction des Carpates, de la Mer Noire et de la Pologne. Le Dniestr est franchi et Odessa est prise le 10 avril. Au printemps 1944, les Soviétiques sont pratiquement revenus à leurs frontières de 1940. L offensive d été permet de s emparer des pays baltes et d atteindre les rives de la Baltique. L année 1945 verra se dérouler l offensive suprême. Les Soviétiques ont organisé leurs bases de départ, regroupé leurs armées et remanié le commandement. Ils ont mis en service un nouveau char lourd, le Joseph Staline, dont le canon de 122 va se révéler beaucoup plus efficace que le 88 des Tigres allemands. En janvier, ils disposent de 160 divisions réparties en cinq groupes d armées. Du côté allemand, c est Guderian, le célèbre spécialiste des chars, qui dispose de 120 divisions pour couvrir les frontières du Reich (mais il ne possède qu une trentaine de Panzer et l on compte parmi les troupes de nombreux jeunes tout juste enrôlés et sans expérience). Le jour J est fixé au 12 janvier. La lourde machine s ébranle, couvrant, en certains endroits, près de 300 km en 12 jours. Le 13 avril, Vienne est aux mains de l Armée rouge : le 24 avril, celle-ci atteint l Elbe à mi-chemin entre Dresde et Torgau ; le 26 avril, les avant-gardes soviétiques et américaines se rejoignent à Torgau : la jonction entre les Alliés est faite. Le siège de Berlin débute le 21 avril ; le 30 avril, le général Rundstedt est fait prisonnier ; le jour même, Hitler se suicide avec sa compagne, Eva Braun, qu il vient d épouser ; Goebbels empoisonne sa femme et ses six enfants et se tue à son tour. Le 2 mai, c est la reddition des 70 000 défenseurs de Berlin. Le 4 mai, les troupes de Leclerc ont pris le fameux nid d aigle de Berchtesgaden. Himmler tente en vain de négocier la paix par l intermédiaire de la Suède ; le 8 mai 1945, à Berlin, le général Keitel signe la capitulation sans conditions. Roosevelt n aura pas pu assister à cette victoire : il était mort le 12 avril précédent. La défaite du Japon Ayant appliqué la tactique du saut de puce, les Américains avaient peu à peu chassé les Japonais de toutes les îles occupées après 1941. La conquête de l île d Okinawa par les Américains en juin 1945 sonnait le glas, mais les militaires tenaient à lutter jusqu au bout. Il fallut la terrible décision prise par le président Truman de faire éclater deux bombes atomiques : le 6 août 1945 sur Hiroshima, le 9 août sur Nagasaki, pour amener la capitulation du Japon ; elle fut signée le 2 septembre à bord du cuirassé américain Missouri. LES CONQUÊTES SOCIALES LEÇON 46 Deux dates essentielles marquent l histoire des conquêtes sociales au XX e siècle : 1936 et 1945. Avant elles, c est toute une succession de faits et de textes de lois qui marque la lutte des travailleurs pour leur émancipation. Travail et protection sociale. Voici les principales étapes qui ont marqué cette lutte : 1852 : loi autorisant la création de sociétés de secours mutuel 1862 : création des chambres syndicales ou syndicats ; en 1870, on comptait en France plus de 60 chambres syndicales ouvrières 1864 : loi du 25 mai accordant aux ouvriers la liberté de coalition

1876 : premier congrès ouvrier à Paris 1884 : loi du 21 mars (dite loi Waldeck-Rousseau) autorisant le syndicalisme professionnel. Les ouvriers syndiqués étant considérés comme des rouges par les patrons, ceux-ci tentèrent de leur opposer des syndicats d ouvriers dociles (celui de Montceau, créé en 1899, arborait une bannière à gland jaune, d où le surnom de jaunes donné aux membres de ces syndicats). 1892 : loi du 2 novembre limitant la durée du travail des femmes et des enfants de moins de 18 ans à 11 heures par jour 1893 : les ouvriers les plus démunis peuvent bénéficier de l assistance médicale gratuite (15 juillet) 1898 : loi du 2 avril sur les accidents du travail 1900 : loi du 30 mars limitant la durée du travail journalier à 10 heures 1901 : fondation à Paris de la première Bourse du Travail 1906 : loi du 13 juillet instituant un jour de repos hebdomadaire 1909 : loi du 28 décembre garantissant leur emploi aux femmes en couches 1910 (5 avril) : les salariés du commerce et de l industrie ont l obligation d appartenir au régime d assurance vieillesse 1918 : des industriels de la région de Grenoble créent les premières caisses de compensation pour les allocations familiales 1919 : loi du 23 avril fixant la durée du travail journalier à 8 heures. 1928 : loi du 5 avril (reprise par la loi du 30 avril 1930), créant les Assurances sociales. Les salariés titulaires d un contrat de travail bénéficient d un système d assurances sociales obligatoires, prévoyant des prestations maladie, maternité, invalidité, vieillesse et décès. Ne sont concernés que les travailleurs dont les salaires sont inférieurs à un certain plafond. 1932 : loi du 11 mars créant les Allocations familiales ; celles-ci sont financées par les versements patronaux. La loi du 29 juillet 1939 prévoyait la réforme générale de ce régime. Origine des syndicats français La CGT (Confédération générale du travail) est née en 1895 lors du Congrès de Limoges. La CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) est née en 1919, mais les premiers syndicats d inspiration chrétienne remontent à 1887. La CAT (Confédération autonome du travail) est issue de la CGT et date de 1953. La CFDT (Confédération démocratique du travail), issue de la CFTC, est née en 1964. FO ou CGT-FO (Force ouvrière) est née en 1947 d une scission de la CGT. Notons que le préambule de la Constitution de 1946 comporte cette phrase : Tout homme peut défendre ses droits et intérêts par l action syndicale, adhérer au syndicat de son choix. Les conquêtes de 1936 L histoire des travailleurs a connu en maintes époques des grèves, certaines réprimées dans le sang : l une des plus anciennes est celle des charpentiers en 1822 ; en 1834, grève des ouvriers lyonnais de la soie ; 1870, celle des métallurgistes du Creusot, suivie de celle des mineurs ; de 1882 à 1886, les mineurs cessent le travail à Blanzy, à Montceau-les-Mines, à Carmaux, à Decazeville. En 1936, les conflits secouent le pays tout entier : l arrivée au pouvoir du Front populaire (26 avril et 3 mai) se traduit par une flambée de grèves sur le tas, c est-à-dire avec occupation d usines (ceci s explique par la crainte des ouvriers du lock out, permettant aux patrons de recruter des jaunes pris parmi les sanstravail). Le 1 er juin, les grèves s étendent à tous les secteurs : usines, magasins, hôtels, imprimeries, transports, travaux publics, touchant près de 2 millions de travailleurs. À l Hôtel Matignon, Léon Blum réunit, pour chaque branche de l industrie, délégués syndicaux et patronaux,

sous l arbitrage du ministre, du sous-secrétaire d état ou du haut fonctionnaire intéressés. 18 juin : signature des accords Matignon (qui seront concrétisés par une série de lois). Voici les principaux points : Les patrons promettent de respecter le droit syndical et d instituer des délégués d usine Les ouvriers s engagent à respecter la légalité Accord des deux parties pour élaborer des conventions collectives de travail, par entreprise ou par profession ; elles devaient garantir les conditions de travail, remplaçant les anciens contrats de travail individuels (qui plaçaient souvent l ouvrier à la merci du patron) Augmentation des salaires de 12% La loi du 11 juin 1936 rendait obligatoire des congés payés pour les salariés (12 jours ouvrables) Semaine de travail réduite à 40 heures sans diminution de salaire (par rapport aux 48 heures) Nationalisation de l industrie aéronautique Début juillet 1936, il restait encore en France 100 000 grévistes, occupant 1 000 entreprises. À noter, dans un autre domaine, celui de l enseignement, que la loi de juillet 1936 rendait la scolarité obligatoire jusqu à 14 ans. Tourisme et congés payés Avant les conquêtes sociales de 1936, les ouvriers ne connaissaient pas les vacances (pas plus que le week-end puisqu ils n avaient droit qu à un jour de repos par semaine) ; le droit aux congés payés fut pour beaucoup l occasion de découvrir la mer, la campagne ou la montagne. Ce fut un véritable engouement pour la bicyclette, la vie au grand air, le sport, la découverte de la nature. Les chemins de fer mirent de nombreux trains à la disposition des nouveaux vacanciers. L accès aux loisirs, réservés jusque là à la droite, aux nantis, marqua au cours de l été 1936 un véritable basculement psychologique. Naissance de la Sécurité Sociale Les auteurs des ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 créant la Sécurité Sociale avaient pour ambition d instaurer une véritable démocratie sociale reposant sur l égalité et sur la responsabilité ; ils voulaient unifier le système de sécurité sociale qui, avant 1939, était éclaté en de multiples organismes, élargir la gamme des risques couverts en y intégrant les accidents du travail et les allocations familiales. À noter que les professions non salariées non agricoles (artisans, professions libérales, commerçants) refusèrent d en faire partie. Le droit de vote des femmes Les enfants actuels ont du mal à imaginer que leurs grands-mères n ont le droit de voter, comme les hommes, que depuis 1945! C est pendant son séjour à Londres que le général de Gaulle prend position, le 23 juin 1942, en faveur du vote des femmes. Il l inscrit dans une ordonnance du 21 avril 1944, qui sera confirmée le 5 octobre 1944. Précisons que pendant l entre-deux-guerres, les députés avaient accordé ce droit aux femmes à plusieurs reprises, mais le Sénat s y était toujours opposé. C est le 29 avril 1945, lors du 1 er tour des élections municipales que les femmes votèrent pour la première fois en France. L âge de la majorité C est la loi du 5 juillet 1974 qui fixa la majorité des citoyens à 18 ans. À 21 ans, il peut devenir conseiller municipal, général ou régional ; à 23 ans, il peut être élu président de la République ; à 35 ans, il peut

devenir sénateur. Avant cette loi, la majorité ne s obtenait qu à l âge de 21 ans. TOUJOURS PLUS VITE LEÇON 47 Le XX e siècle a été celui de la vitesse. Si cela est vrai dans de nombreux domaines, le machinisme y étant pour beaucoup, c est surtout dans le domaine des transports que le fait est le plus frappant. Pour illustrer ce propos, il existait de multiples exemples : parmi eux, nous avons choisi des réalisations grandioses qui illustrent le prestige français. Ce sont : pour la mer : deux géants qui ont eu leur heure de gloire et un destin tragique : les paquebots NORMANDIE et FRANCE pour l air : un géant trop en avance sur son temps : CONCORDE pour la terre : ce sont d abord deux trains qui battirent en leur temps le record du monde de vitesse sur rail : les locomotives électriques couplées BB et CC, en 1955, et le TGV en 1981. Sur route, il n y avait que l embarras du choix ; nous avons retenu la 8 cylindres PANHARD qui, en 1934, avait parcouru sur le circuit de Montlhéry 214,64 km en une heure. Enfin, symbole de la vitesse et de la sécurité, c est l autoroute que nous avons voulu mettre en lumière, avec l échangeur routier de Roissy. NORMANDIE, ou le luxe pour le luxe ` Construit par les chantiers de St-Nazaire-Penhoët, le paquebot effectua son premier voyage transatlantique, du Havre à New York, entre le 29 mai 1935 et le 3 juin. Pour cette traversée de 4 jours et 2 heures, à la vitesse moyenne de 30 nœuds (soit près de 56 km/h), Normandie battait le record mondial de vitesse sur ce trajet et devenait détenteur du célèbre Ruban bleu (le trophée lui fut ravi en 1938 par le paquebot britannique QUEEN MARY ). Rappelons que le nœud vaut 0,514 mètre par seconde, ou 1 852 mètres par heure. C est la vitesse d un navire qui parcourt 1 mille marin par heure. Donc, 30 nœuds représentent exactement 1 852 m x 30 = 55 560 m, soit 55,56 km/h Voici quelques-unes de ses caractéristiques : - longueur : 313,75 m ; largeur : 36,4 m - son grand salon avait une surface de 720 m 2 et une hauteur de plafond de 9,5 m - il emportait 1 972 passagers - 1 347 hommes d équipage - 75 000 tonnes - il emportait dans ses soutes 6 500 tonnes de mazout, alimentant 29 chaudières (à sa vitesse maximum de 32 nœuds, il consommait 1 tonne de mazout par minute!). Conçu pour naviguer pendant un quart de siècle, NORMANDIE ne tiendra réellement la mer que pendant 4 ans, effectuant 139 voyages entre Le Havre et New York. À l époque, l avion ne concurrençait pas encore le bateau, qui restait, pour les riches comme pour les plus modestes, le seul moyen de franchir l Atlantique. C est la guerre de 1939-1945 qui causa la perte de notre paquebot. Il est désarmé à New York le 6 septembre 1939 ; en 1941, les Américains le réquisitionnent pour en faire un transport de troupes (sous le nom de LA FAYETTE). Hélas, au cours des travaux de transformation, une équipe de soudeurs déclenchent un incendie. C est l hiver : les pompiers déversent des tonnes d eau pour le sauver ; le gel bloque les clapets d évacuation et le paquebot se couche sur le côté. En septembre 1943, la coque flottait à nouveau mais toutes les superstructures avaient été rasées. Les travaux de restauration n étant pas

rentables, il fut vendu pour la ferraille. Certains historiens avancent que l incendie du NORMANDIE fut d origine criminelle et liée à la guerre que se livraient la pègre new-yorkaise (aux mains de Lucky Luciano) et la municipalité. Si l on voulait comparer NORMANDIE et FRANCE, on pourrait dire que le premier fut le reflet du luxe pour le luxe (si cher aux années 30 ), que le second fut conçu pour être fonctionnel et économique. Le paquebot FRANCE Commandé par la Compagnie Générale Transatlantique, le paquebot fut construit par les chantiers de l Atlantique à St-Nazaire et lancé le 19 novembre 1961. Était-il utile et rentable de financer un tel mastodonte à cette époque? Oui, si l on tient compte des trois raisons suivantes : - juridiquement, la Compagnie Générale Transatlantique qui est chargée de l exploitation de la ligne de paquebots déclarée d intérêt général du Havre à New York est tenue, en vertu de son cahier des charges, de remplacer les navires ayant 25 ans d âge : or, l Ile-de-France date de 1927, le Liberté de 1930 et le Normandie a disparu. Un nouveau paquebot doit donc être lancé. - sur le plan national, un géant des mers représente une véritable exposition du génie français, fait vivre des milliers de personnes, se révèle collecteur de devises. - enfin, du point de vue commercial, les statistiques prouvent que le nombre des passagers par mer n a cessé d augmenter de 1946 à 1956 sur la traversée de l Atlantique Nord (près d un millier de passagers). Le France est donc commandé en 1956. Si l avion se développe, la clientèle n est pas la même. Caractéristiques du paquebot : * longueur : 315,5 m ; largeur : 33,7 m * 8 hectares de ponts aménagés * vitesse commerciale : 60 km/h * rayon d action : 15 000 km * 2 560 passagers Son exploitation était prévue pour 20 ans ; hélas, l avion triompha du paquebot et en octobre 1974, FRANCE cessa son activité. Acheté en 1978 par un Saoudien, il fut revendu l année suivante au Norvégien Knut Klosters, qui en fit un bateau pour croisières : le NORWAY. L avion CONCORDE Le supersonique franco-anglais n eut pas un avenir plus heureux que son frère, le paquebot FRANCE. Dès sa sortie, il fut l objet de la part des autorités américaines d une interdiction d atterrissage sur le sol des USA. Ce ne sont pas des raisons vraiment techniques ou écologiques qui ont motivé ce veto, mais le désir des grandes compagnies américaines de sauvegarder leurs lignes transatlantiques. C est en 1962 que la décision franco-britannique de construire le supersonique fut prise. En 1967, sortie de l exemplaire 001 ; le premier vol d essai a lieu le 2 mars 1969 ; le 1 er octobre, l avion franchit le mur du son et en novembre 1970, il atteint Mach2. En 1973, les compagnies aériennes (dont la Panam ) qui avaient pris des options reprennent leur parole. 1976 : Concorde commence sa carrière commerciale sur Rio et sur Bahreïn. Vitesse : 2 300 km/h Rayon d action de 6 500 km Altitude de croisière : 19 000 m 140 passagers Paris-New York : 3h30 (on pourra mettre en évidence avec les enfants le phénomène du décalage horaire grâce à CONCORDE :

un passager qui a quitté Paris à midi (heure française) atterrira à New York à 10 heures 30 du matin, ayant remonté le temps!). Le rail La France a toujours été à l avant-garde du progrès dans le domaine ferroviaire. En 1955, deux motrices électriques couplées, la BB 9004 et la CC 7107, battent le record du monde de vitesse sur rail dans la longue ligne droite qui débute peu après Bordeaux et va presque jusqu à Hendaye (dans les Landes) : 331 km/heure. Le TGV, inauguré en 1980 sur la ligne Paris-Lyon via Dijon, battit ce même record le 26 février 1981 avec la vitesse de 380 km/h. La 1 ère génération se présentait sous la forme d une rame articulée longue de 200 m, d un poids de 383 tonnes, composée de deux motrices encadrant huit voitures. Le TGV 3 e génération emporte 545 voyageurs à la vitesse commerciale de 300 km/h. Lille est désormais à une heure de Paris. Le TGV Transmanche (Eurostar) comporte deux motrices et 18 voitures pour une capacité de 794 passagers. Les autoroutes L examen d une carte récente permettra de se familiariser avec les appellations officielles : autoroute du Nord A1 (Paris-Lille), de l Est A4 (Paris-Strasbourg), du Soleil A6 et A7 (Paris-Marseille), l Aquitaine A10 (Paris-Bordeaux), l Océane A11 (Paris-Nantes), de Normandie A13 (Paris-Caen), etc. LA CONQUÊTE DE L ESPACE LEÇON 48 Avant la fin du XX e siècle, les hommes sont parvenus à réaliser le vieux rêve de Jules Verne et celui, plus ancien, de Cyrano de Bergerac. Désormais, la Lune n a plus de secret pour nous, la plupart des planètes du système solaire livrent une à une les leurs. Ces résultats extraordinaires furent le résultat de prodigieuses avancées technologiques dans le domaine des fusées et dans celui de l informatique. Un peu de physique Pour comprendre comment agissent fusées et satellites, il faut retenir deux données : La vitesse de satellisation : amenons un projectile à une certaine distance de la Terre et imprimons-lui une vitesse de 8 km par seconde : il se satellisera autour du globe ; la force centrifuge acquise équilibre alors la pesanteur. Le projectile va continuer sa ronde autour de la Terre indéfiniment, avec une vitesse constante, l attraction jouant le rôle d une ficelle qui retient la pierre que nous faisons tournoyer. La vitesse de libération : augmentons la vitesse de notre projectile pour la porter à 11,180 km par seconde. Celui-ci n est plus soumis à l attraction terrestre (c est comme si nous avions coupé la ficelle) : il part alors dans le cosmos, avec sa seule vitesse acquise et cela sans moteur. L espace fut d abord soviétique Les premiers coups d éclat dans ce domaine appartiennent à l URSS : avec Spoutnik, le premier satellite, la petite chienne Laïka, puis Gagarine, premier homme satellisé autour de la Terre. Spoutnik I : Alors que les Américains étudiaient le lancement d un satellite artificiel (création de la base de Cap Canaveral en 1949, mise au point des fusées Redstone et Jupiter), la nouvelle éclata le 4 octobre 1957 : les Soviétiques venaient de placer en orbite terrestre le premier satellite artificiel : Spoutnik était une petite sphère de 58 cm de diamètre, pesant 84 kg. Doué d une vitesse de 28 160 km/h, il effectuait sa révolution en un

peu plus de 96 minutes, à une altitude variant entre 228 et 947 km. Il retomba sur Terre le 4 janvier 1958. Spoutnik II : Le 3 novembre 1957, nouveau lancement ; le satellite pèse 508 kg et effectue sa révolution en 103 minutes ; à bord, le premier être vivant de l espace, la petite chienne russe Laïka. Elle ne survivra que 7 jours au lancement car l engin de possédait pas de bouclier thermique de protection. On notera au passage l effort mené parallèlement par les Américains : le 31 janvier 1958, ils mettent en orbite leur premier satellite Explorer I (14,6 kg, 1,20 m de long, révolution en 93 minutes). La série des LUNIK Avant d envoyer un homme dans l espace, les Soviétiques commencèrent à s intéresser à la Lune, talonnés par les Américains : la course était ouverte. Lunik I lancé le 2 janvier 1959 (361 kg) rate la Lune (à 6 900 km) et se place en orbite autour du Soleil, devenant ainsi le premier planétoïde artificiel (révolution en 450 jours) Lunik II lancé le 12 septembre 1959 (390 kg) : après 36 heures de vol, il s écrase sur la Lune, déposant à sa surface le drapeau soviétique. L expérience a montré que la Lune ne possède pas de champ magnétique. Lunik III lancé le 4 octobre 1959 (278 kg) : il est le premier à photographier la face cachée de la Lune et à transmettre à la Terre par télévision les images obtenues. Lunik IV lancé le 2 avril 1963 La série des VOSTOK Parallèlement à la course pour la Lune, les Soviétiques avaient poursuivi l étude du lancement d êtres vivants dans l espace. La chienne Laïka était morte, faute d avoir été protégée de l énorme chaleur de frottement par un bouclier thermique ; le 19 août 1960, SPOUTNIK V emportait deux chiennes qui seront récupérées vivantes après 18 orbites. On pouvait donc envisager le départ d un homme dans l espace. VOSTOK I : le 12 avril 1961 avait lieu l un des plus prodigieux événements de l histoire humaine : le vaisseau emportait le cosmonaute Youri GAGARINE ; il accomplit la révolution terrestre en 1h48, à 270 km d altitude. Le premier homme de l espace était soviétique. À noter que les Américains suivirent de près : le 5 mai suivant, Alan SHEPARD réalisait le même exploit. VOSTOK II : le 6 août 1961, nouveau vaisseau soviétique satellisé autour de la Terre ; il emportait Guerman TITOV, qui effectuait 17 révolutions en 25 heures et revenait en bonne santé. VOSTOK III et IV : vol jumelé des deux vaisseaux, le premier avec Adrian NIKOLAÏEV qui effectue trois révolutions, réalise la première émission TV à partir d une capsule habitée (11-12 août 1962) ; le second avec Pavel POPOVITCH qui réalise 48 révolutions en 71 heures. VOSTOK V, avec Valéry BYKOVSKY qui porte à 81 le nombre des révolutions et à 119 heures la durée de vie en cabine (14 à 19 juin 1963). VOSTOK VI emmène la première femme de l espace, Valentina TERECHKOVA (16 juin 1963, vol de 2 jours et 22 heures). Et maintenant la Lune Le président Kennedy, le 25 mai 1961, lance le programme APOLLO annonçant le début d une nouvelle aventure américaine. La course à la Lune est engagée. Il faut d abord mettre au point un lanceur : c est la gigantesque fusée SATURN capable de satelliser 17 tonnes (janvier 1964). Avant de déposer des hommes sur la Lune, dix missions APOLLO furent nécessaires : le vol n 8 (décembre 1968) permit aux cosmonautes BORMAN, ANDERS et LOVELL d être les premiers hommes à graviter autour de notre satellite et à revenir sur Terre. Le vol n 9 permit d essayer le LM, engin sur lequel les suivants prendront place pour se poser sur la Lune. Le vol n 10 vit ce LM approcher du satellite mais sans s y poser, ce fut la répétition générale. Et voici l événement avec la mission APOLLO XI : le 16 juillet 1969, à 14h22, les trois cosmonautes

ARMSTRONG, ALDRIN et COLLINS quittent le sol américain. Le véhicule APOLLO est composé de trois parties : deux modules, l un de service (26 tonnes ; il servit pour les manœuvres d approche de la Lune et fut abandonné à la fin de la mission), l autre de commande (c est la capsule Apollo proprement dite où sont les trois hommes ; de forme conique, il pèse 5,6 tonnes et reviendra seul sur Terre) auxquels il faut ajouter le module lunaire (ou LM pour Lunar Module), qui viendra se poser sur le sol lunaire amenant ARMSTRONG et ALDRIN. Tout se passe correctement et le 20 juillet 1969, ARMSTRONG descend les quelques degrés de l échelle métallique et pose prudemment le pied sur la masse grisâtre. L émotion est grande. Et soudain, le premier homme marche sur la Lune, laissant dans le sol les empreintes de sa chaussure. Peu après, ALDRIN le rejoint. Collins était resté à bord de la capsule Apollo. Le monde entier peut suivre l événement sur les écrans de télévision. Les autres missions APOLLO (la dernière fut la mission n 17, en 1972) permirent de rapporter des échantillons du sol lunaire, de s y promener en jeep, d y déposer divers instruments de mesure. Vers d autres planètes La soif de connaître nos voisines du système solaire amena Américains et Soviétiques à effectuer des tirs vers différentes planètes. En novembre 1962, premier américain vers MARS ; en décembre 1962, premier survol de VENUS par les Américains ; en mars 1966, les Soviétiques posent un engin sur cette même planète ; en novembre 1971, premier satellite artificiel autour de MARS (USA) ; en mars 1974, premier survol de MERCURE (USA). Arrêtons-nous plus longuement sur l événement du 13 juin 1983 ; pour la première fois, un objet construit par l homme s éloigne au-delà de la dernière planète du système solaire pour foncer dans le vide planétaire. Lancée 11 ans auparavant (4 119 jours), la sonde américaine PIONEER 10, après avoir parcouru 5,6 milliards de km et être passée près de JUPITER, s est enfoncée dans l inconnu. Les Américains avaient gravé à la surface de la sonde un message des Terriens au reste de l univers. Les lignes à gauche désignent notre Soleil comme centre du système d où est parti l engin ; elles font aussi référence à l atome d hydrogène qui peut servir d horloge universelle ; à droite, un homme et une femme proportionnés à la hauteur de la sonde spatiale représentent le type de créatures qui l ont construite ; la main de l homme est levée en un geste de paix et de bienveillance. En bas du dessin, on a représenté les neuf planètes de notre système, disposées à partir du Soleil ; figure également la trajectoire de PIONEER 10. Quelqu un recevra-t-il un jour ce message et saura-t-il le lire? LES TEMPS MODERNES - LA MONDIALISATION LEÇON 49 Le Mur de Berlin Après la capitulation allemande, le 8 mai 1945, les Alliés (États-Unis, Grande-Bretagne, URSS et France) se répartissent l occupation du Reich. En 1949, naissance de deux états : l Allemagne de l Ouest ou République Fédérale Allemande (RFA), capitale Bonn, et l Allemagne de l Est ou République Démocratique Allemande (RDA), capitale Berlin- Est. De septembre 1949 à août 1960, 3 600 000 personnes avaient fui la RDA pour passer en RFA. La plupart franchissaient la ligne de démarcation entre les deux Allemagnes (le Rideau de fer, comme l avait baptisé Churchill) à Berlin-Ouest. C est pour arrêter cette hémorragie que la RDA fit construire le Mur de la honte en juin 1961. Coupant Berlin en deux, il mesurait 155 km de long, était constitué d un

mur de béton de 3,5 m de haut, avec, au pied, une large surface découverte bordée d un fossé de 2,5 m de profondeur. Berlin-Ouest se trouvait ainsi totalement isolé au sein de la RDA. Lors de la réunification de l Allemagne, en novembre 1989, eut lieu la démolition du mur : celle-ci commença en février 1990 pour s achever fin 1991. Du Marché commun à l Union européenne Le Marché commun est le nom donné couramment à la Communauté économique européenne (CEE). Il est né lors de la signature du traité de Rome, en mars 1957, par six états (l Europe des six). L Union européenne (UE) lui a succédé le 1 er novembre 1993. De 1957 à 2007, l Europe communautaire est passée de six à vingt-sept membres. 1957 : l Europe des 6 France Allemagne de l Ouest (RFA), capitale Bonn Belgique, cap. Bruxelles Pays-Bas, cap. Amsterdam Luxembourg, cap. Luxembourg Italie, cap. Rome 1973 : l Europe des 9 Entrées : Danemark, cap. Copenhague Royaume-Uni, cap. Londres Irlande, cap. Dublin 1981 : l Europe des 10 Entrée de la Grèce, cap. Athènes 1986 : l Europe des 12 Entrées : Espagne, cap. Madrid Portugal, cap. Lisbonne 1995 : l Europe des 15 Entrées : Finlande, cap. Helsinki Suède, cap. Stockholm Autriche, cap. Vienne 2004 : l Europe des 25 Entrées : Estonie, cap. Tallinn Lettonie, cap. Riga Lituanie, cap. Vilnius Malte, cap. La Valette

Pologne, cap. Varsovie Rép. tchèque, cap. Prague Slovaquie, cap. Bratislava Hongrie, cap. Budapest Slovénie, cap. Ljubljana Chypre, cap. Nicosie 2007 : l Europe des 27 Entrées : Roumanie, cap. Bucarest Bulgarie, cap. Sofia L euro : monnaie européenne entrée en vigueur le 1 er janvier 1999 dans 11 pays européens : Allemagne Autriche Belgique Espagne Finlande France Irlande Italie Luxembourg Pays-Bas Portugal Mise en circulation le 1 er janvier 2002. La valeur de l euro a été fixée le 31 décembre 1998 à 6,55957 francs. Les pays qui ont adopté l euro sont, en plus des 11 cités précédemment : la Grèce, la Slovénie, Malte, Chypre, plus les trois principautés : Monaco, San Marino et le Vatican. La fusée ARIANE Ariane est une fusée spatiale européenne à trois étages, capable aujourd hui de mettre en orbite géostationnaire des satellites de près de 7 tonnes. Les tirs se font depuis la base de Kourou, en Guyane française. Le premier essai (réussi) eut lieu le 24 décembre 1979 (fusée ARIANE 1) ; le premier tir commercial le 16 juin 1983. Depuis 1980, c est la société privée Arianespace qui assure la commercialisation de la fusée. Internet Le Net est un réseau informatique formé par la connexion d une multitude d ordinateurs à travers le monde. Créé à l origine par l armée américaine (1969), il permet aujourd hui à des millions d utilisateurs (les internautes) de communiquer entre eux (via le courrier électronique, ou e-mail ) et d avoir libre accès aux informations et aux services présents sur le réseau. C est en 1988 que la France fut connectée sur Internet. Rappelons que le mot informatique (traitement automatique de l information) a été inventé en 1962 par Philippe DREYFUS. Parmi les principaux sites utilisés : information, services professionnels,

scientifiques, techniques ; commerce, industrie, éducation, culture et loisirs, alimentation et biens de consommation courante, immobilier, finance et assurance. Un peu de vocabulaire : WWW (ou Web) : World Wide Web ( toile d araignée mondiale ) créé en 1991 ; interface (ensemble d éléments Ŕ logiciel et matériel Ŕ permettant à deux ou plusieurs systèmes informatiques d échanger des données), communément utilisée sur Internet un blog (de Web log) : journal personnel en ligne Webcast : émission vidéo produite et diffusée sur Internet Webcam : caméra numérique raccordée à l ordinateur : permet d enregistrer des images pour les faire transférer sur Internet cybercafé : lieu mettant à disposition du public des ordinateurs branchés sur Internet Google : moteur de recherche (origine du nom : de googol, nombre composé du chiffre 1 suivi de 100 zéros ; défini par le mathématicien Edward KASNER). Créé en 1998, le site fut ouvert en 1999 ; il équipe le portail Yahoo! créé en 1984 par deux étudiants californiens. Un logiciel robot (Googlebot) photographie le Web ; les pages sont stockées sur 15 000 ordinateurs. Wanadoo : site qui a fusionné avec France Télécom en juillet 2004. Le GPS Le sigle signifie Global Positioning System ou système de localisation par satellite, ou guidage par satellite. Le GPS fonctionne grâce au calcul de la distance qui sépare le récepteur GPS et plusieurs satellites (au moins trois). Le mobile La téléphonie sans fil véhicule les informations soit par infrarouge, soit par onde radio ; cette dernière méthode est la pus répandue, via des antennes fixes positionnées sur des points élevés.