Histoire de charpente Le 15 juin 2012 la restauration de la toiture de l église de Murtin a débuté. Malgré sa hauteur honorable, la grue installée sur la place s est retrouvée bloquée par le coq dominant le clocher. Il a donc été démonté. Il sera replacé à l issue de la restauration. Ce fut l occasion de le voir de près
Au niveau de la croisée du transept, l église de Murtin s effondre graduellement depuis des décennies, formant un creux prononcé au centre de la toiture et un affaissement du plafond intérieur d au moins 50cm. Ce problème est en fait très ancien et les charpentiers couvreurs successifs qui ont entretenu l édifice ont, chacun leur tour, tenté au cours des deux derniers siècles de juguler ce problème sans succès. En fait, la fragilité chronique du toit de l église a pour origine un problème de conception.
Pour comprendre pourquoi ce toit s effondre, il faut regarder au niveau des quatre noues et de leurs jonctions avec les gouttières. En ces quatre points les gouttières sont pratiquement horizontales. C est le premier point faible de l église. On observe aussi une cassure sur tout le pourtour de la charpente et cette cassure a clairement une pente insuffisante. C est le deuxième point faible de l édifice.
La charpente date du milieu du XIXe siècle et a connu plusieurs remaniements au cours du siècle. Chronologiquement, voici ce que les artisans qui se sont succédés sur la charpente ont réalisé. A sa création, les arbalétriers ont été taillés «un peu courts» et les chevrons portaient directement sur le mur (il n y avait peut-être pas de sablière). Ils ne dépassaient pas de ce dernier. A l époque il n y avait pas de gouttière. Il a donc été logiquement décidé d en faire poser. Malheureusement, la pente étant assez faible, l eau et la neige se sont accumulées dedans. Les infiltrations dues à la porosité naturelle des ardoises de Rimogne se sont intensifiées et sont descendues dans la charpente puis dans le mur de l église. Ce phénomène invisible a inexorablement provoqué le pourrissement de l ensemble des chevrons et de la potentielle sablière. Infiltrations corniche chevron sablière
Une première phase de restauration a alors été entreprise. L extrémité décomposée des chevrons a été coupée. Il est possible que la sablière ait été mise ou changée à cette époque. Elle aurait servi à faire reposer la partie saine des chevrons. Pour éloigner la gouttière de la charpente, des coyaux en sapin (alors que la charpente est en chêne) ont été rajoutés sur toute la périphérie. Coyaux
La charpente a aussi, à cette occasion, été redressée par des calages assez rudimentaires pour accentuer la pente des arbalétriers. Ce travail a permis de sauver une bonne partie de la charpente. Arbalétrier Calages Cette restauration qui semblait au demeurant judicieuse, sera pourtant à l origine de l affaissement centrale de l édifice. En effet, les coyaux ont encore réduit la pente déjà faible du toit. Les gouttières se sont alors retrouvées quasiment horizontales, en particulier aux quatre coins de la croisée du transept
La neige pouvait donc s accumuler dans chacun des coins et l eau de fonte a, années après années, pénétré la charpente conduisant inexorablement à son pourrissement. Ce pourrissement chronique a entraîné une désolidarisation de l ensemble de la structure. On observe des décalages très importants entre les différentes pièces de la charpente qui ne tiennent plus du tout entre elles
rotation effondrement Habituellement, les charpentiers posent des pièces de bois formant un carré dont le but est d empêcher les déplacements et les décalages. C est le «carré d enrayure». L absence de carré d enrayure au niveau de la croisée du transept a alors entraîné la rotation de la charpente. Ce fut le troisième point faible de l église. Les renforts réalisés lors de la dernière tentative de consolidation pour éviter l écroulement complet du toit n ont pas permis de stopper ce phénomène de rotation.
Le conseil municipal a donc décidé de refaire entièrement la charpente qui tôt ou tard serait tombée. De plus, pour lier l utile à l agréable, il a été décidé que le plafond inesthétique serait détruit et que la charpente, remise à neuf, serait laissée apparente pour donner un cachet supplémentaire à l édifice. C est l entreprise de charpente, couverture, maçonnerie BOUILLOT Lino de Monthermé qui a remporté l appel d offre lancé début 2011.
Après la complète découverture de l édifice, le démontage de la charpente a pu commencer. D abord la croisée du transept, puis le transept,et enfin la partie la plus interne de la nef et du chœur. Les deux poutres maîtresses proches du clocher et une au fond du cœur ont été conservées. Elles étaient encore saines. Elles seront un témoin de l histoire architecturale de l église.
On peut voir sur ce cliché l état de putréfaction d une des quatre poutres maîtresses de la croisée du transept (en blanc sur la photographie précédente). Toutes les poutres en chêne étaient dans cet état. Pourries à cœur. Irrécupérables. La place de Murtin s est alors transformée en une menuiserie à ciel ouvert. Le maître charpentier, compagnon du tour de France et ses ouvriers, ont entièrement réalisé la charpente sur place.
Les pièces de chêne ont été rabotées, tenonnées, mortaisées et assemblées au pied de l édifice. On voit ici les poinçons sculptés par le maître charpentier. On a vu alors des pans entiers de charpente montés par la grue et déposée sur les murs de l église pour y être fixés.
Vous remarquerez sur la photographie précédente la présence d une ouverture qui se trouvait auparavant au dessus du plafond et qui était donc condamnée. De l autre côté, cette ouverture existe aussi, mais elle est carrément murée. Le choix de détruire le plafond et de laisser la charpente apparente est en fait un retour à la volonté première des bâtisseurs du XIXè siècle, celle d avoir une hauteur majestueuse et de laisser entrer la lumière dans le chœur. On voit par contre ci-dessus le carré d enrayure qu ils avaient omis de réaliser, qui manquait tant à l ancienne charpente et avait accéléré sa perte. Depuis, l ensemble des chevrons en chêne a été posé, ainsi que la volige en sapin blanc raboté. La couverture a commencé avec des ardoises vertes naturelles. Elle devrait se terminer au début du printemps avec la restauration complète de la couverture du clocher. Mais cela, c est pour 2013