un homme de son temps Émile Gallé

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Transcription:

un homme de son temps Émile Gallé valise pédagogique réalisée par Nathalie Vergès, coordination Ghislaine Chognot musée de l École de Nancy 36-38, rue Sergent Blandan 54000 Nancy

Émile Gallé la valise pédagogique : mode d emploi Les principes de cette valise Cette valise pédagogique a pour objectif de faire appréhender la personnalité complexe d un artiste aux talents multiples. Elle est également l occasion d envisager des thèmes se rapportant à cet artiste. En effet, les élèves mémorisent souvent mieux une période historique ou un événement à partir d un personnage. Dans le cadre d une visite au musée de l École de Nancy, il n est pas nécessaire d utiliser l intégralité de la valise. Pour cette raison, celle-ci a été conçue sous forme de fiches indépendantes les unes des autres. Chaque fiche est constituée de la même façon : au recto est envisagé un aspect de la personnalité de Gallé ; au verso sont analysées des œuvres du musée de l École de Nancy correspondant au thème. Une fiche glossaire / chronologie a été ajoutée à cet ensemble. Pour exploiter ces fiches en cours, vous disposez également de la reproduction des œuvres sous forme de transparents couleur et de panneaux.

Émile Gallé quelques pistes pédagogiques pour l enseignement élémentaire En histoire : l industrialisation Documents à utiliser : fiches Gallé industriel, verrier, céramiste ou ébéniste, panneaux ou transparents sur les usines Gallé (marqueterie et photographies), panneaux ou transparents des œuvres analysées. Objectifs : Présenter les transformations du paysage industriel (usines avec hautes cheminées, donc nouvelles sources d énergie). Montrer le monde du travail au XIX e siècle notamment le travail des enfants. Exposer les nouvelles techniques de fabrication avec particulièrement le travail en série. Évoquer le mode de vie bourgeois (goût pour les objets décoratifs, volonté de montrer sa réussite sociale). En sciences : unité et diverstité du vivant Documents à utiliser : fiches Gallé botaniste, Gallé, un homme de relations, panneaux ou transparents des œuvres analysées. Vous pouvez jumeler un parcours sur ce thème avec une visite au Jardin botanique du Montet pour faire le lien entre la botanique et la façon dont Gallé a utilisé et interprété cette science dans ses œuvres. Objectifs : Étudier les stades de développement d un végétal ou d un animal, les conditions de développement des végétaux. Possibilité d une démarche expérimentale par la mise en culture et l observation de ces cultures. Étudier un milieu naturel : type de végétaux, association avec certains animaux (exemple la flore lorraine, la flore exotique). Travailler sur la symbolique des plantes et des animaux. En éducation artistique Documents à utiliser : toutes les fiches, en particulier celles qui sont consacrées aux métiers d art exercés par Gallé (céramique, verrerie, ébénisterie). Objectifs : Appréhender le mouvement de l École de Nancy à travers le personnage de Gallé. Réaliser une activité sur le thème de l objet utilitaire et de l objet décoratif. Travailler, par exemple, sur les lampes et imaginer la structure et le décor d une lampe pour une fonction bien précise (fête foraine, fleuriste, animalerie, etc).

introduction Émile Gallé Émile Gallé est un artiste complet. À la fois maître-verrier, ébéniste et céramiste, il est surnommé «Homo Triplex» par son ami, le critique d art Roger Marx. Cet homme de grande culture est l un des moteurs de l École de Nancy : fondateur de l Alliance Provinciale des Industries d Art en 1901, qu il préside jusqu à sa mort en 1904, il inspire de nombreux artistes de son époque. Cet artiste est également un industriel : soucieux de rentabilité, il met en place dans ses ateliers les nouvelles méthodes de travail héritées de la Révolution industrielle, en particulier le travail à la chaîne. Il se présente comme un novateur, puisqu il met au point de nouvelles techniques, notamment dans la verrerie. Passionné de botanique, il s inspire de la nature pour la conception de ses œuvres. Son regard est à la fois scientifique et poétique ; la nature, observée et représentée de façon rigoureuse, devient en effet sous sa main le vecteur de symboles et de messages. Enfin, Gallé est un artiste engagé dans les grands combats de son temps : après la guerre de 1870, il met son art au service de la Lorraine, prônant le rattachement à la France de l Alsace- Lorraine, annexée par la Prusse. Favorable au principe des nationalités, il soutient les causes irlandaise et arménienne. Fervent défenseur des droits de l Homme, il prend position en faveur d Alfred Dreyfus et participe, aux côtés de Victor Prouvé, à la Ligue des droits de l Homme. Figure emblématique de l École de Nancy, Émile Gallé apparaît donc comme une personnalité complexe au talent et aux facettes multiples.

biographie Émile Gallé (1846 1904) L itinéraire d Émile Gallé est le fruit d un héritage familial et d une éducation particulière. Émile Gallé naît à Nancy en 1846. Il est le fils de Charles Gallé et Fanny Reinemer. Charles Gallé, peintre sur porcelaine de formation, choisit le métier de voyageur de commerce. Il propose ses produits à plusieurs commerces, dont un magasin de porcelaines et de cristaux situé rue de la Faïencerie à Nancy. En 1845, il épouse Fanny Reinemer, fille de la propriétaire. Il contribue au développement, puis à la transformation complète du commerce de sa belle-mère. En 1855, il devient seul responsable du commerce qui prend le nom de Gallé-Reinemer en hommage à sa belle-mère. Par la suite, il devient fournisseur de l Empereur Napoléon III, auquel il livre des services de verre. Créateur de talent et habile négociant, il ne produit cependant pas lui-même. Pour le cristal et le verre, il fait d abord appel aux fabriques de la région parisienne, puis, pour limiter les coûts de transport, s adresse aux cristalleries lorraines (Baccarat, Saint-Louis). Mais son principal fournisseur est Mathieu Burgun à Meisenthal. En 1866, Charles Gallé dispose d un atelier situé rue Saint Dizier à Nancy ; il embauche alors quatre graveurs afin de personnaliser ses produits. C est à partir de cette époque qu il s assure de la collaboration de son fils. Émile Gallé se familiarise donc dès l enfance aux métiers du verre et de la céramique. Il reçoit également une solide éducation classique, mêlant les langues anciennes, la musique, l allemand et la littérature. Il obtient son baccalauréat en Lettres au lycée impérial de Nancy, actuel lycée Poincaré. Fervent lecteur de Chateaubriand et Hugo, il pratique également l herborisation ; ses promenades dans la campagne lorraine ou le jardin familial lui permettent d acquérir une connaissance approfondie de la botanique. De 1865 à 1867, il effectue un séjour à Weimar, en Saxe, où il parfait son allemand, étudie la musique et la minéralogie. À son retour, il entre dans l entreprise familiale. Des séjours à Meisenthal lui permettent de se familiariser avec les techniques verrières et il commence à concevoir lui-même des services de verre et de cristal. Il devient directeur artistique des ateliers Gallé en 1867. Charles Gallé, en 1873, fait construire une imposante demeure, rue de la Garenne, à laquelle il adjoint des ateliers de dessin et de décoration sur verre. L entreprise devient florissante : Charles Gallé augmente son chiffre d affaire et emploie bientôt une vingtaine de dessinateurs et décorateurs placés sous la responsabilité de son fils Émile. Ce dernier prend la succession de son père en 1877 ; l entreprise familiale devient l entreprise «Émile Gallé». Il poursuit la collaboration entreprise par son père avec les maisons de Saint-Clément puis Raon-l Étape pour la céramique et de Meisenthal pour la verrerie jusqu en 1894. Il s entoure cependant de nouveaux collaborateurs comme Victor Prouvé et Louis Hestaux. Les années 1880 consacrent le talent de Gallé : son ami et critique d art Roger Marx défend ses œuvres à Paris ; en 1884, il fonde un atelier d ébénisterie et en 1894 sa propre cristallerie. Durant cette période, il participe à de nombreuses expositions à Paris, à Nancy et dans d autres villes françaises et étrangères. Il est reconnu comme précurseur en France lors de l Exposition parisienne de la terre et du verre en 1884. Il connaît la consécration lors de l Exposition universelle de 1889 à Paris. Gallé devient désormais une figure nancéienne : vice-président de la Société centrale d horticulture, il devient aussi membre de l Académie Stanislas. Son rayonnement dépasse d ailleurs largement le cadre de Nancy : ses œuvres sont diffusées à Paris par son dépositaire parisien Marcelin Daigueperce ; en 1896, il ouvre un dépôt à Francfort. Ses œuvres sont également offertes aux plus grands. Lors de la visite du président de la République Sadi Carnot à Nancy en 1892, la municipalité offre un vase signé Émile Gallé à l illustre invité. En 1893, lors de l alliance franco-russe, le tsar reçoit en cadeau une table de Gallé baptisée Gardez cœurs qu avez gagnés. Créateur prolifique et reconnu, Gallé fréquente les artistes et intellectuels de son temps. Il rencontre à plusieurs reprises Edmond de Goncourt, fréquente Maurice Barrès ou encore l étudiant japonais Takashima, élève à l école forestière. En 1901, il fonde avec d autres artistes (Prouvé, Majorelle, Vallin) l École de Nancy, également appelée Alliance Provinciale des Industries d Art, dont il est le premier président. En 1904, âgé de 58 ans, il meurt d une leucémie. L Alliance est alors dirigée par son ami Victor Prouvé jusqu en 1914. Les ateliers Gallé subsistent jusqu en 1936, sous la direction de sa femme Henriette Gallé et de son gendre Paul Perdrizet.

un céramiste Émile Gallé Le XIX e siècle marque une période de renouveau pour la céramique. Considérée jusque-là comme une composante des arts décoratifs, elle devient un art à part entière. Émile Gallé, comme d autres artistes de l époque, participe à ce renouvellement. Des relations étroites avec les manufactures lorraines Son intérêt pour la céramique est indissociable du rôle précurseur tenu par son père Charles. Peintre sur porcelaine de formation, Charles Gallé devient un négociant avisé de céramiques et de verreries. Après son mariage avec Fanny Reinemer, il reprend le magasin de porcelaines et cristaux de sa belle-mère, Marguerite Reinemer. Son expérience lui permet d étendre ses activités qui restent toutefois limitées à la vente de produits fabriqués en sous-traitance par la manufacture de Saint-Clément jusqu en 1876, date à laquelle Charles Gallé collabore avec la manufacture vosgienne de terres réfractaires située à Raon-L Étape et appartenant à Adelphe Muller. Les Gallé y possèdent un four et un atelier de décor pour la céramique jusqu en 1898. Les lieux de production ne se limitent pas à ces deux centres. En 1873, lors de l installation de la famille Gallé avenue de la Garenne, un atelier de décor pour la céramique est créé. À tout cela s ajoutent des lieux de fabrication temporaires, comme la manufacture de Claire-Fontaine (Haute-Saône) et la faïencerie de Choisy-le-Roi. C est seulement en 1885, alors qu Émile Gallé a pris la succession de son père, qu est construit un four et un nouvel atelier de décor rue de la Garenne. Gallé devient alors fabricant à part entière, ce qui lui permet de répondre aux règlements des grandes expositions qui n accordent leurs récompenses qu aux seuls manufacturiers. Le processus de création Face à la multiplicité des centres de production, on peut se demander quel est le rôle de Gallé dans la démarche créatrice. Une note rédigée par Gallé en 1880 et intitulée «Comment Gallé établit les décorations qu il fait appliquer à la céramique et au verre» nous permet de comprendre l intervention du maître. Les formes, dont il est juridiquement propriétaire, sont dessinées par lui ; des moules sont obtenus à partir des dessins et sont confiés aux faïenceries qui en tirent des pièces ne portant aucune décoration (modèle en blanc). À partir de ces modèles, Gallé réalise ensuite des aquarelles accompagnées d annotations relatives à l emploi des couleurs, des émaux et des feux ; il y indique également les fautes à éviter. Ainsi, même si la pièce est fabriquée à des kilomètres de Nancy, il n y a qu un seul concepteur et le style Gallé s avère facilement identifiable. La production céramique de Gallé Il est pratiquement impossible de dresser un tableau complet de la production céramique d Émile Gallé, tant les formes et les décors sont variés et finalement inclassables. Gallé oriente surtout ses recherches dans la faïence stannifère, les services de table et la «fantaisie», cette dernière étant née du goût de l époque pour les bibelots. Contrairement à son père, au départ peintre en porcelaine, Gallé ne s est jamais intéressé à ce matériau. Par contre, il porte un vif intérêt au grès, matériau à la mode au milieu des années 1880. De belles pièces, qualifiées de «genre grès artistique» sont présentées à l Exposition universelle de 1889. Les fours de Gallé n atteignant pas les hautes températures nécessaires à la cuisson de ce matériau, ses grès sont en réalité des effets de grès obtenus sur des pâtes à faïence fine. Ainsi, Émile Gallé produit essentiellement de la faïence stannifère décorée avec de l émail de différentes couleurs. Dans les années 1884-1889, il multiplie les expériences techniques, appliquant celles du verre à la céramique : la pointe du graveur sur verre, utilisée sur la terre molle ou la terre cuite, permet de dessiner les contours des compositions ; l acide fluorhydrique patine les ornements ; la meule ou la roue entame l émail pour faire apparaître les motifs et les figures. À la fin des années 1890, Gallé est cependant contraint d abandonner son métier de céramiste en raison d une certaine désaffection du public pour la céramique.

recherches céramiques Émile Gallé vase La Némophile alpestre (salle 14) Cette faïence, réalisée vers 1880, illustre les rapprochements entre la céramique et la verrerie. En effet, le fond marbré est obtenu en posant des émaux sur une couverte qui les entraîne en coulant le long du vase. La frise à fond d or du col et l inscription («De ses ailes la némophile alpestre / Fait des corolles au plantain sans éclat») mêlée aux végétaux sont autant de caractéristiques que l on peut retrouver sur une verrerie émaillée. Ce vase témoigne également de l intérêt de Gallé pour la botanique ainsi que de son savoir scientifique. Il choisit en effet de représenter une plante assez commune, le plantain, espèce aux feuilles très allongées et aux fleurs disposées en épis cylindriques. Gallé lui associe un papillon, la néméophile, dont le nom est inscrit sur le vase avec une faute d orthographe (némophile au lieu de néméophile). Or ce papillon est étroitement lié au plantain, car sa chenille s y développe ; c est d ailleurs pour cette raison que ce papillon est aussi appelé Écaille du plantain. En partant de données scientifiques précises, Gallé évoque de manière poétique et délicate les relations entre la faune et la flore. La technique n est donc pas une fin en soi, mais elle est étroitement liée au thème représenté. Ainsi, le fond avec ses dégradés de vert est parfaitement adapté au décor naturaliste. panier au Chinois brandissant des palmes (salle 14) Cette coupe anthropomorphe, réalisée vers 1878-1880, est intéressante par l originalité de sa forme et par le thème dont elle s inspire. L origine du motif décoratif est extrême-orientale, plus précisément chinoise. Gallé s inspire ici de l esprit des chinoiseries fantaisistes en vogue dans l Europe du XVIII e siècle. Ce personnage au visage poupin, agitant des palmes formant l anse du panier, rappelle les figurines chinoises fabriquées par les manufactures de porcelaine de Chantilly, Saint-Cloud et Mennecy. Le personnage porte une longue robe noire à carreaux, bordée de jaune au col et aux manches ; il est pratiquement identique à l un des six personnages qui composent un plat décoratif de Gallé conservé au musée d Orsay. jardinière Baldaquin (salle 14) Cette faïence, réalisée entre 1885 et 1889, illustre la liberté avec laquelle Émile Gallé utilise différentes sources d inspiration. Cette jardinière associe en effet l influence du japonisme, très en vogue à l époque, à celle de Grandville (1803-1847), artiste nancéien et auteur de plusieurs recueils célèbres de lithographies. Ces œuvres ont marqué l enfance de Gallé, qui de son propre aveu, avait appris à lire dans les Fleurs animées et les Étoiles. Le décor représente des insectes anthropomorphes parodiant une procession militaire et s inspire de l ouvrage de Grandville, Scènes de la vie privée et publique des animaux, paru en 1842. Le fond du décor, rehaussé d or et le traitement des végétaux, en particulier le lys ainsi que la forme rectangulaire, sont fortement influencés par le Japon. Le musée conserve aujourd hui l un des dessins préparatoires à cette œuvre représentant le lys déployé sur l une des faces de la jardinière.

un verrier Émile Gallé Comme dans le domaine de la céramique, les créations verrières de Gallé sont le fruit d une pratique familiale. La verrerie de table était une des spécialités de Charles Gallé qui avait d ailleurs obtenu, en 1866, le titre de fournisseur de l Empereur Napoléon III. C est avec les outils de son temps, mais aussi une solide connaissance du passé qu Émile Gallé élabore son art, enraciné dans la tradition classique, mais qui, à force de recherches et d imagination, contribue à renouveler la verrerie. Des créations entre tradition et innovation Suivant les traces de son père, Émile Gallé fait une large place au décor néo-louis XVI, aux motifs en faveur durant le Second Empire (insectes, petites fleurs et nœuds de rubans en émail bleu, dentelles). Dès le début des années 1870, parallèlement aux pièces se rattachant à la tradition occidentale, apparaissent des formes et des décors inspirés de l art japonais, très prisé à l époque : les vases suggèrent des éventails dépliés, des pots prennent des formes de monstres mythiques, les animaux et les plantes sont transcrits à la japonaise. Gallé s inspire également de l art islamique qui est à l origine d un certain nombre de ses pièces. Mais c est surtout la nature qui, à partir de 1885, requiert l attention de l artiste. Elle ne se limite pas au décor mais renouvelle aussi les formes des verreries. Création et fabrication C est seulement en 1894 qu Émile Gallé ouvre sa propre cristallerie rue de la Garenne à Nancy. Auparavant, la fabrication était confiée à l usine de Meisenthal dirigée par la famille Burgun, avec laquelle les Gallé, père et fils, entretiennent des relations d amitié. Un four et un atelier de décor étaient réservés à la marque Gallé dans l usine. Après l annexion de la Moselle en 1870, cette cristallerie se retrouve en territoire allemand, mais Gallé continue d y produire ses verreries et s y rend régulièrement pour surveiller ses créations. Durant toutes ces années, Émile Gallé enrichit ses connaissances sur les techniques verrières au contact des verriers de Meisenthal. En 1894, il ouvre enfin sa propre cristallerie à Nancy. Cette proximité lui permet de pouvoir mieux contrôler et suivre les différentes étapes de création d une verrerie. Si Gallé ne réalise pas personnellement la pièce en verre, ni même le dessin préparatoire, tâches qu il confie à ses collaborateurs, il en est cependant l auteur, le concepteur, fournissant des directives et instructions très précises pour l exécution. Les innovations techniques La création verrière n est pas seulement affaire d art et d inspiration, elle demande savoir-faire et maîtrise des techniques. La nécessité de rester à la première place, de distancer les imitateurs et les concurrents, obligent à inventer et à expérimenter des procédés nouveaux. Les notices que Gallé rédige pour les expositions de 1884 et 1889 montrent le foisonnement de son esprit de création. Les seules recherches de colorations nouvelles représentent plusieurs dizaines de références ; ainsi, à côté des verres blancs, Gallé met au point le verre «clair de lune» au ton saphir en 1878 ; il apprécie également les tons enfumés. Le décor est l objet d une recherche particulièrement avancée. Il est gravé de plusieurs façons, à la pointe, à la roue, à la molette ou enfin à l acide. Ce dernier procédé est exploité surtout dans un souci d économie : la gravure à l acide fluorhydrique apparaît sur quelques pièces en 1889 afin d obtenir certains effets ponctuels, puis est largement développée, à partir de 1894, pour la fabrication des pièces courantes. Le décor peut également être émaillé : les émaux opaques, transparents ou translucides sont déposés à la surface du verre ; sous l effet de la chaleur, l émail fond et soude le décor au verre. Les émaux peuvent être aussi champlevés : l émail est alors disposé dans une cavité creusée dans le verre. Afin d obtenir des effets variés, Gallé combine gravure et émaillage avec des inclusions de parcelles métalliques (or, argent, platine), des préparations spéciales d oxydes incorporées à chaud. Des fêlures sont également obtenues par la projection d eau froide sur l objet pendant le travail du verrier. Sur certains verres, des bulles apparaissent et résultent de la projection de matières sur le verre en fusion. Mais ses principales innovations résident dans la superposition des couches de verre. Il crée ainsi le verre camée qui se compose de deux ou trois couches de verre gravé, mettant ainsi le motif en relief. Enfin, en 1898, il dépose deux brevets d invention : l un pour la marqueterie de verre, l autre pour la patine sur verre.

une œuvre de verre Émile Gallé vase La pluie au bassin fait des bulles (salle 8) Ce vase au long col est créé en 1889 et présenté à l Exposition universelle. Le gaz résultant de la combustion des poussières, habituellement considéré comme un défaut dans la fabrication du verre, a formé des bulles qui représentent les gouttes d eau. La couleur de la panse (du jaune clair au blanc gris) représente l eau et l air. Deux petites anses ont été appliquées à chaud au sommet du col. Un décor d hirondelles en vol est représenté sur une des faces. Cette œuvre porte sur l autre face quatre vers de Théophile Gautier : «La pluie au bassin fait des bulles / Les hirondelles sur le toit / Tiennent des conciliabules / Voici l hiver, voici le froid!» Comme dans toutes les verreries de Gallé, la technique est au service de l image et de l impression que l artiste veut faire passer. Elle n est donc jamais une fin en soi pour Gallé. vase Forêt guyanaise (salle 10) Ce vase réalisé en 1900 est constitué de plusieurs couches de verre à dominante verte, traduisant ainsi parfaitement l atmosphère mystérieuse de la forêt dense. Le décor représente une feuille en partie consommée par un scarabée. L insecte est parfaitement restitué dans ses détails et dans sa morphologie par des inclusions métalliques dans la tête et le corps qui imitent l aspect métallescent de certains insectes. Pour donner du relief au décor, la feuille est faite en marqueterie de verre, alors que l insecte est réalisé en application. L ouverture du vase a été façonnée à chaud : de grosses gouttes vertes sont étirées, retournées et appliquées. Le soin apporté au traitement de ce scarabée confirme l attention portée par Gallé à la faune et à la flore exotiques et atteste de la variété des sujets d inspiration de l artiste. vase Fourcaud (salle 8) Ce vase, réalisé en 1904, est l une des dernières œuvres de Gallé. Il doit son nom à Louis de Fourcaud, professeur à l École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, qui publie la première biographie de Gallé en 1903. En remerciement et en signe d amitié, Gallé conçoit ce vase portant une dédicace gravée sous le pied : «A / Louis de Boussès de Fourcaud / en toute affection d esprit / et de cœur». La forme est assez classique et s inspire des aiguières (vase à eau) du XVII e siècle. Cette pièce est réalisée en cristal triple couche. L anse en cristal a été appliquée à chaud et sculptée à la meule, puis à la roue. Le décor de laurier rose en fleurs a été réalisé à la roue. Utilisé dès l Antiquité pour la couronne des vainqueurs, le laurier est devenu le symbole des vertus militaires et des grands talents, ce qui explique son emploi pour le décor de ce vase. coupe Libellules (salle 8) Cette pièce, conçue en 1903-1904, constitue en quelque sorte un résumé de l œuvre de verre de Gallé. Elle illustre tout d abord la parfaite maîtrise des techniques verrières de Gallé. La coupe est réalisée en cristal multicouche ; les éléments décoratifs sont obtenus par des inclusions métalliques, des applications à chaud, des effets de patine et par la gravure à la roue. Mais si cette coupe propose des prouesses techniques, celles-ci s avèrent être en parfaite adéquation avec le thème décoratif. Gallé ne veut pas simplement représenter son insecte favori qu est la libellule, il veut également donner une vision poétique du monde aquatique qui l entoure. Le pied est décoré de cabochons et de spirales gravés et de deux boutons de nénuphar ciselés. La libellule plane au-dessus de l eau, représentée par des effets opaques aux tonalités grises et jaunes, restituant l eau trouble des marais. Les ailes de la libellule se confondent avec la coupe, son long corps suit les lobes de l ouverture de la coupe et ses yeux globuleux sont accentués par des inclusions métalliques. Une seconde libellule apparaît gravée dans la couche interne de la coupe. Le corps de cet insecte a servi à orner la lettre G de la signature de Gallé.

Émile Gallé un ébéniste La passion du bois C est un intérêt de longue date pour le bois, en tant que matériau, qui décide Gallé à devenir menuisier et ébéniste. Il fut d ailleurs fortement encouragé dans cette voie par l Union centrale des arts décoratifs qui prônait un renouveau de cet artisanat. L occasion précise en fut, selon son propre témoignage, la recherche d un socle pour une verrerie précieuse : «Il y fallait quelque bois des îles d une nuance rare. Je pénétrai pour la première fois chez un marchand de ces essences. Je crus découvrir les Indes et l Amérique. Quelle surprise de voir les billes d amarante s empourprer au soleil, les copeaux parfumés se rubaner de rose et de violet!» (Écrits pour l Art, 1908). Ce goût pour les harmonies colorées est en grande partie responsable de la décision prise par Gallé d ouvrir un atelier d ébénisterie, en 1884, rue de la Garenne. L artiste peut ainsi suivre la fabrication d un objet depuis sa conception jusqu à sa diffusion. En 1889, les ateliers d ébénisterie sont déjà productifs et sont équipés d un matériel moderne. Un important stock de bois est constitué (plus de 600 essences différentes pour le placage). Les bois employés par Gallé sont essentiellement des bois fruitiers et des bois de pays (chêne, noyer, frêne, prunier) ; les essences rares, les bois exotiques par exemple, sont utilisées pour l ornementation des créations luxueuses, en particulier pour la marqueterie. La recherche technique Comme dans le domaine de la verrerie, Gallé multiplie les expériences techniques afin de révéler les différentes facettes du bois. Les membrures des meubles sont moulurées ou sculptées. Les surfaces planes sont marquetées. La marqueterie constitue sans doute le domaine dans lequel Gallé est le plus inventif. Cette technique lui permet de manier les multiples essences à sa disposition afin de réaliser de véritables tableaux. Il sait jouer des différentes textures d un même bois : le cœur du tronc (duramen) est généralement plus sombre et coloré alors que la partie périphérique du tronc (aubier) et les branches sont plus claires. Les veines du bois et ses anomalies inspirent ses trouvailles de laboratoire. Ainsi, certains «accidents» du bois (la loupe par exemple, qui est une excroissance du tronc ou des branches) sont exploités et même recherchés. Pour enrichir cette palette naturelle, Gallé procède parfois à des ombrages et des teintures ; il lui arrive aussi d introduire des fragments de métaux et de nacre. Enfin, les parties sculptées peuvent, dans certains cas, bénéficier d une finition à la cire colorée. Comme en verrerie, le rapport avec la matière est donc primordial et conditionne toute la production. La production Elle se divise en plusieurs catégories : la «tabletterie et petits meubles à bon marché», c est-à-dire le mobilier courant conçu pour les bourses moyennes, les «meubles de luxe» et les ensembles mobilier. Les formes s inspirent d abord des styles du passé, essentiellement de la période Renaissance ou du XVIII e siècle. Mais c est par l application au mobilier de ses conceptions naturalistes que Gallé élabore des formules nouvelles et totalement personnelles. Les végétaux et les divers éléments qui les composent, tiges, feuilles, fleurs, sont à l origine de la structure des meubles et forment dossier, piétement, plateau L un de ses derniers écrits, Le mobilier contemporain orné d après la nature, est à ce titre une véritable profession de foi.

Émile Gallé créations autour du bois étagère Bambou (salle 3) Ce modèle, créé en 1894, donne lieu à plusieurs exemplaires ; l un d entre eux est présenté à l Exposition d art décoratif de Nancy en 1894. Ce meubleétagère est l un des rares exemples de l influence du Japon dans le mobilier de Gallé, visible dans la disposition dissymétrique et dans les deux plateaux supérieurs reliés par du bambou recourbé. Du Japon vient également le répertoire ornemental : bambou, branches de pommier en fleurs choisies pour les ornements de bronze patiné, papillons disposés à l exemple des ornements japonais. Le piétement et le petit tiroir supérieur restent cependant plus proches des habitudes européennes. console Les Parfums d autrefois (salle 3) Cette console, réalisée en 1894, illustre parfaitement les conceptions naturalistes et symbolistes de Gallé. Le meuble s inspire d un modèle du XVIII e siècle ; la commode est surmontée d une glace avec un encadrement agrémenté de petites tablettes disposées de façon asymétrique. Sa hauteur impressionnante (3,38 mètres) en fait un meuble de prestige qui correspond bien à la mentalité bourgeoise de l époque. L originalité de ce meuble tient dans la recherche décorative. Les montants du miroir deviennent des tiges de fleurs d églantier ; au sommet éclosent des roses. La partie basse est soutenue par l ombellifère qui apparaît pour la première fois dans l œuvre de Gallé. Ce meuble évoque avec nostalgie la flore odoriférante de la Lorraine et des Vosges. Plusieurs de ces plantes sont représentées en décor marqueté sur les trois panneaux de la console et accompagnées, pour certaines, de leur nom ou même de leur provenance. La restauration de ce meuble en 1999 a permis de relever trente-huit essences de bois différentes, dont plusieurs exotiques. Cette marqueterie évoque les fleurs qui disparaissent peu à peu et ne survivent pas à leurs parfums ; mais les vases remplis d arômes concentrés sur les tablettes de part et d autre du miroir en conservent le souvenir. jardinière Flora marina, Flora exotica (salle 2) Cette jardinière «rocaille», «forme navire», est l un des quatorze meubles de luxe présentés à l Exposition universelle de 1889. Son titre évoque un double rêve cher au XIX e siècle, celui de la découverte du monde sous-marin en même temps que des forêts tropicales. Dès le Second Empire, aquariums et serres commencent à familiariser les visiteurs de l Exposition universelle avec les trouvailles des navigateurs, que révélaient déjà les écrits de Jules Verne. Gallé traduit cet intérêt en s appuyant sur la tradition mais également sur les publications scientifiques. La forme de la jardinière, de style rocaille, empruntée au XVIII e siècle, correspond au goût de l époque. C est encore la tradition qui suggère la personnification des deux Flores, flore marine et flore exotique, selon les conventions empruntées à l Antiquité et à la Renaissance. Pour le programme décoratif, Gallé sollicite la collaboration de Louis Hestaux, responsable de l atelier de dessin pour le décor sculpté, mais aussi de Victor Prouvé. Ce dernier, familiarisé avec l exotisme, grâce à un voyage en Tunisie en 1888, fournit à Gallé les cartons des scènes marquetées. Ce décor fait ressortir une variété infinie d animaux, de plantes et de fleurs marines et exotiques. lit Aube et Crépuscule (salle 12) Cette pièce unique et exceptionnelle, réalisée en 1904, appartient à un ensemble qui comportait une armoire, une commode, deux chaises et une vitrine aux libellules, commandé par Henry Hirsch, magistrat et collectionneur. Ce sont les derniers meubles réalisés par Gallé avant sa mort. L objectif est ambitieux : exprimer dans un meuble la nature dans ce qu elle a de plus poétique et de plus étrange. À la tête du lit, un grand sphinx aux ailes souples rehaussées d ébène symbolise la nuit qui tombe sur la campagne à l heure où rentrent les troupeaux. Au chevet du pied, l aube est évoquée par deux papillons, aux ailes diaprées et nacrées et délicatement imbriquées, qui symbolisent le bonheur. Au centre, l œuf en cristal gravé d éphémères représente la naissance, la vie et sa brièveté, le bonheur et sa fragilité, mais aussi la prospérité. Le décor fait ici partie intégrante de l objet dont les formes épousent celles des ailes du papillon. L emploi de techniques complexes, l association bois-verre-nacre, la subtilité des panneaux marquetés montrent le souci chez Gallé d innover sans cesse.

Émile Gallé un botaniste Si la nature fut une source d inspiration infinie pour les artistes de l École de Nancy, ce n est pas le fruit du hasard. À la fin du XIX e siècle, la renommée horticole de Nancy est en effet incontestable. Le rôle des ducs de Lorraine La botanique lorraine est riche d un passé prestigieux qui doit beaucoup à l action des ducs de Lorraine. À la fin du XVI e siècle, l université de Pont-à-Mousson, dirigée par les Jésuites, est dotée d un jardin botanique qui compte des collections remarquables. En 1756, le duc Stanislas fait installer un jardin botanique à Nancy qui reçoit les collections de Pontà-Mousson après le départ des Jésuites en 1768. Ce jardin correspond à l actuel jardin botanique Dominique-Alexandre Godron situé rue Sainte Catherine. Dominique-Alexandre Godron est nommé directeur du jardin en 1854 ; il donne l impulsion fondamentale qui marque tout un siècle de botanique à Nancy. Par ses travaux sur l hérédité et ses observations des monstruosités végétales, il contribue à rendre accessible, aux professionnels comme aux amateurs éclairés, une science jusqu alors mal connue. La place fondamentale de l horticulture à Nancy La Société centrale d agriculture nancéienne, fondée en 1820, encourage également le développement de l horticulture en Lorraine. Des expositions de fleurs et de fruits sont régulièrement organisées à la Pépinière et remportent un vif succès auprès des professionnels et de la population. À cette époque, la bourgeoisie nancéienne se passionne pour la botanique : les maisons disposent souvent de parcs, de serres et de vérandas abritant des orchidées et autres plantes exotiques placées sous la responsabilité de jardiniers qui rivalisent de talent. Les femmes de la bonne société participent régulièrement à des concours de bouquets et de compositions florales. La Société d agriculture contribue également à mettre en valeur le travail des horticulteurs nancéiens, tel Félix Crousse, qui prend la succession de son père en 1865 et développe les cultures de pivoines, géraniums lierres et cyclamens. Il est également un des premiers horticulteurs à cultiver les orchidées à Nancy. Il doit surtout sa célébrité à la culture des bégonias dans laquelle il se spécialise presque totalement. Cependant, la guerre de 1870 met fin à cette collaboration fructueuse entre la Société d agriculture et les horticulteurs. En 1877, une nouvelle association voit le jour, la Société centrale d horticulture de Nancy. Léon Simon, horticulteur messin émigré à Nancy après 1870, en devient le président. Émile Gallé occupe les fonctions de secrétaire et publie, dans le bulletin de la Société, les comptes rendus d expositions qui sont repris ultérieurement dans ses Écrits pour l Art. La Société centrale d horticulture encourage une large diffusion des connaissances : elle compte de nombreux instituteurs parmi ses membres, développe les jardins ouvriers, privilégie l entrée gratuite aux expositions organisées à Nancy. Sa fonction sociale est donc incontestable. Elle contribue aussi largement à la notoriété de Nancy à travers le monde. En effet, les horticulteurs nancéiens participent à des expositions internationales et suscitent l enthousiasme : Félix Crousse et Victor Lemoine remportent les médailles d or et d argent à l Exposition universelle de 1878. En 1894, Victor Lemoine, qui avait créé de nouvelles variétés de glaïeuls, de fuchsias et de clématites, triomphe à l exposition de Chicago. Les pépinières de Victor Lemoine sont installées rue du Montet, non loin des établissements Gallé situés rue de la Garenne. Il suffit donc à l artiste et à ses collaborateurs de traverser la rue pour trouver des modèles à leurs nombreuses créations. Une amitié solide se noue entre les deux hommes, illustrée par le vase Primavera réalisé par Gallé en l honneur de Victor Lemoine. Artistes autant que scientifiques, les horticulteurs nancéiens sont les héritiers des grands botanistes des siècles précédents. Ils marquent la seconde moitié du XIX e siècle au point de faire de Nancy la capitale internationale de la fleur. La place essentielle de l horticulture à Nancy explique le goût de Gallé pour l inspiration naturaliste, qui s exprime d ailleurs dans les statuts de l École de Nancy. L avant-propos précise que l Alliance Provinciale des Industries d Art «tient à mettre spécialement en lumière le caractère de beauté et les avantages du décor inspiré par l observation directe des êtres et de la vie». Dans les Écrits pour l Art, ouvrage publié en 1908, Gallé se définit comme un «compositeur ornemaniste, un assembleur d images» pour lequel la nature est source de symbole. La nature n est plus seulement un élément décoratif ; elle détermine également la structure de l objet. «Ma racine est au fond des bois, parmi les mousses, autour des sources», devise de Gallé inscrite sur la porte de ses ateliers, maintenant conservée dans le jardin du musée de l École de Nancy, témoigne de cet amour porté à la nature.

de la plante à l objet d art Émile Gallé vase La Berce des prés ou Heracleum (salle 8) Ce vase constitue l application parfaite des idées de Gallé, pour qui la forme et le décor doivent dépendre l un de l autre afin de donner une unité à la pièce. Ici, la berce des prés inspire la forme tubulaire du vase, qui reprend la tige cannelée de la plante. Le décor est constitué d ombelles et de feuilles dentelées. La tonalité verte dominante et l inscription rédigée et gravée par Gallé dans la partie inférieure du vase sont un véritable hymne à la nature : «Nos Arts exhaleront des senteurs des prairies / Altruisme et beauté parfumeront nos vies / Gallé». Ce vase, en cristal gravé et marqueté, fut exposé par Gallé à l occasion de l Exposition universelle de 1900 dans la vitrine Repos dans la solitude aux côtés d autres œuvres de l artiste. Le contexte est alors particulier : la France est déchirée par l affaire Dreyfus. Gallé prend la défense du capitaine Dreyfus. Il semblerait que ce vase, par sa couleur, sa forme élancée et l emploi du futur dans la citation, symbolise l espoir entretenu par l artiste de voir reconnue l innocence de Dreyfus. Cette hypothèse est confirmée par un document écrit par Gallé, dans lequel il associe la berce des prés à des vers de Victor Hugo : «La berce élève vers le ciel des ombelles légères en nous invitant à aimer l idée sous tous ses aspects : puissance, vérité, liberté, paix, justice, innocence». coupe Simon ou Roses de France (salle 8) Cette coupe imposante, réalisée en deux parties, piédouche et vaisseau, fut commandée à Émile Gallé en 1901 par la Société centrale d horticulture de Nancy pour rendre hommage à son premier président Léon Simon. La rose constitue l unique thème décoratif de cette coupe. Le choix n est pas innocent. D une part, Léon Simon, pépiniériste, a toujours manifesté un intérêt particulier pour les roses, ce qui l amena à publier un ouvrage répertoriant tous les noms de roses et à devenir président de la Société des Rosiéristes français. D autre part, originaire de Metz, Léon Simon quitta sa ville natale, où il conserva cependant ses terrains, pour s établir à Nancy, après l annexion de l Alsace et d une partie de la Lorraine par l Allemagne en 1870. La dénomination de la rose retenue, Rosa Gallica, a une valeur symbolique, puisqu elle est l image de la ville de Metz. La tradition veut qu elle ne pousse que sur les hauteurs du mont Saint-Quentin, qui domine Metz. Par son nom, rose de France, elle se moque de la nouvelle frontière établie après la guerre. Plusieurs roses sont représentées à différents stades de la floraison : sur le piédouche, une fleur épanouie est marquetée en relief ; elle est accompagnée de roses en bouton. Sur le vaisseau, s incline une rose à peine éclose. Cette œuvre d un parfait réalisme permet de comprendre l intérêt porté par Gallé à la botanique. Girandole (salle 14) On ne connaît pas vraiment l origine et le rôle précis de cette œuvre créée en 1902. Cette lampe, haute de 1,30 mètre et longue de 2,20 mètres, doit être accrochée au mur, ce qui en fait un objet peu fonctionnel, contrairement aux autres luminaires réalisés par Gallé. Son nom pourrait laisser penser qu elle a été conçue pour une occasion particulière. Cette œuvre est intéressante, car les coloquintes sont réalisées avec beaucoup de réalisme, tant dans les fruits en verre que dans les branches en fer forgé. Ce réalisme s appuie sur une observation minutieuse de cette plante qui ornait les parterres des ateliers Gallé rue de la Garenne. Des photographies et des études de coloquintes ont d ailleurs été réalisées par les dessinateurs des ateliers. table Sagittaire d eau (salle 3) Cette œuvre, en bois marqueté et sculpté, fut réalisée en 1900 et présentée à l Exposition universelle de 1900. Cette table tripode à deux plateaux illustre brillamment l intégration du motif naturaliste dans la structuration du meuble. En effet, la sagittaire d eau ou flèche d eau, qui est une plante aquatique, n est pas seulement un motif décoratif. Les trois parties de la plante constituent les différents éléments de la table : les feuilles aériennes, ressemblant à une flèche, forment le plateau supérieur sur lequel on distingue les fleurs blanches de la sagittaire ; le plateau inférieur reprend les feuilles rondes flottant sur l eau ; ces deux plateaux sont reliés par les feuilles aquatiques en forme de ruban. Celles-ci constituent donc les pieds de la table. Gallé parvient ainsi à matérialiser toute la grâce et la fragilité de la plante en conciliant poésie et observation rigoureuse.

Émile Gallé un industriel De l artisanat à l industrie Émile Gallé prend la succession de son père en 1877. Pendant plusieurs années, ce dernier s occupe encore de la gestion de l entreprise, alors que son fils se concentre sur le travail de création. Cependant, afin de dynamiser ses recherches et contrôler la fabrication, Émile Gallé regroupe en 1894 tous les secteurs de fabrication au sein d un seul établissement, situé rue de la Garenne. Il devient alors un véritable industriel. Il faut dès lors assumer de nouveaux risques financiers, gérer des hommes et écouler la production. La difficile gestion d une entreprise Lors de son ouverture en 1894, la halle de verrerie est pourvue d un four à quatre pots et dispose de dix places de verriers. La direction est confiée à Joseph Burgun qui a quitté Meisenthal. En 1895, douze souffleurs, assistés de quatre enfants, sont en activité ; le plus talentueux d entre eux est Julien Roiseux. La direction de l atelier de décor est confiée à Émile Munier ; l équipe de graveurs accueille de nouveaux venus, comme Eugène Windeck. Au total, le personnel travaillant dans les usines Gallé s élève à deux cents personnes en 1900. En tant que chef d entreprise, Gallé doit imposer une certaine autorité qui l oblige parfois à renvoyer les employés incompétents. Il se méfie en particulier de l espionnage industriel, craignant toujours qu un concurrent peu scrupuleux détourne à son profit certains de ses ouvriers compétents et disposant d un savoir-faire difficilement remplaçable. La nécessité de vendre Émile Gallé a le sens des affaires, ce qui l incite, dans un esprit de modernité, à utiliser la publicité qui se développe à cette époque. Mais, il lui faut aussi une vitrine dans laquelle il puisse exposer sa production. À Nancy, la famille Gallé disposait, jusqu en 1870, du magasin de la rue de la Faïencerie. Mais celui-ci est cédé à l oncle d Émile Gallé, Henri Dannrheuter, marchand de porcelaines et de cristaux à Colmar. Cela ne constitue pas un préjudice très important pour Gallé dont le lieu privilégié de diffusion est Paris, qui offre un potentiel beaucoup plus important que Nancy. En 1879, Marcelin Daigueperce devient le dépositaire officiel de la maison Gallé à Paris. Son fils Albert lui succède quelques années plus tard et se lie d une solide amitié avec Émile Gallé. C est par l intermédiaire de ce dépôt que s effectuent toutes les opérations commerciales (particuliers, musées, magasins de détail). Gallé voyage donc fréquemment à Paris et se rend dans les magasins proposant ses œuvres ; c est l occasion pour lui de veiller à la mise en valeur de ses pièces. Gallé est également soucieux de toucher la clientèle étrangère. Il séjourne à Londres en 1871 et noue des contacts. Il remporte un tel succès qu il éprouve des difficultés à honorer ses commandes. En 1897, il ouvre un magasin à Francfort, pour lequel il recrute un directeur. Il embauche également un «voyageur» exclusif qui assure la diffusion de ses œuvres en Allemagne. Mais il ne prend cependant la décision d ouvrir un magasin à Londres, 13 South Molton Street, qu en 1903. C est finalement vingt ans après la mort de Gallé que l exportation des verreries Gallé se fait aux quatre coins du monde. L entreprise est alors dirigée par la veuve du maître, Henriette Gallé, et surtout par son gendre Paul Perdrizet ; elle devient une véritable firme soumise aux lois du marché. Le choix de la diffusion : de l œuvre unique à la série Gallé est confronté à des considérations qui sont parfois difficilement conciliables : depuis 1870, la clientèle s élargit et s enrichit ; la bourgeoisie, soucieuse d exposer sa réussite sociale, apporte une attention particulière à la décoration de son intérieur. Il s agit donc ici de satisfaire une clientèle exigeante en produisant des pièces nouvelles et de qualité. D autre part, Gallé, comme d autres artistes, prône «l Art pour tous» : les objets de la vie quotidienne doivent être beaux et accessibles au plus grand nombre. Dans ce cas, il faut parvenir à produire des pièces de qualité à un prix moindre. Gallé doit concilier la quantité avec la qualité, tout en rentabilisant sa production. Gallé, soucieux de maintenir un niveau artistique de qualité, crée donc des pièces uniques qui nécessitent un travail de recherche onéreux, rentabilisé ensuite par un travail en petite série : à partir d un modèle unique, il réalise des pièces plus ou moins riches en fonction des techniques utilisées, de l importance du décor. Finalement, Gallé n a jamais sacrifié son travail de création au profit d une production industrielle. C est seulement après sa mort, en 1904, que les Établissements Gallé se lancent dans une diffusion en grande série pour laquelle il n existe plus de réel travail de création.

art et industrie Émile Gallé vase Bouton d Iris (salle 8) Cette pièce en marqueterie de verre est créée pour l Exposition universelle de 1900. Elle constitue un bon exemple de l utilisation d un thème unique à des fonctions différentes. En effet, pour Gallé, l Exposition universelle de 1900 est un échec commercial et il cherche, en tant qu industriel, à limiter ses coûts de production. À cette époque, l électricité se diffuse et le marché des pièces d éclairage s annonce prometteur. Aussi, Gallé a-t-il l idée de reprendre certaines formes développées pour des vases ou objets d art, dans le luminaire. L entreprise n est pas simple, car si un vase peut rester purement décoratif, la lampe a un intérêt fonctionnel évident ; il faut donc que le choix des formes coïncide avec l usage que l on fait de l objet. C est ainsi que Gallé décline une lampe Bouton d Iris à partir du vase Bouton d Iris. La forme et le décor de ce vase s inspirent tous deux de la fleur non éclose. La lampe est de dimension légèrement plus importante que le vase. Une description nous en est donnée par le critique d art Pierre-Émile Nicolas en 1901. Il précise que la veilleuse est surmontée d un bouchon, également en forme de bouton d iris, dans lequel se cache une ampoule électrique ; une autre ampoule est disposée à l intérieur du corps de la lampe. coupe Il faut aimer (salle 10) Cette coupe est offerte par Gallé au magistrat Henry Hirsch, admirateur et collectionneur de Gallé, à l occasion de son mariage en 1903. Le thème et le décor (un vol d éphémères) sont étroitement liés à cet événement. Cette coupe est en fait une reprise d un modèle intitulé Vol d éphémères présenté à l Exposition universelle de 1889 et dont Gallé fait une description précise dans sa notice de l Exposition : «un bol à pied en cristal blanc dont la limpidité laisse transparaître des végétations moussues : l extérieur est comme enveloppé d un vol d éphémères, gravés en relief dans une pâte rose et formant réseau.» Cette coupe fut acquise par le musée des Arts décoratifs de Paris en 1890. Il existe cependant des différences entre ces deux pièces ; la coupe de Henry Hirsch présente un pied plus élevé, un vaisseau plus ramassé et une surface lisse. La coupe Vol d éphémères du musée des Arts décoratifs servit de modèle à un ensemble de coupes basses, sans pied, reprenant le décor d éphémères, mais avec un travail de gravure moins poussé et des coloris différents. Il s agit donc bien ici de décliner, à partir d une œuvre unique, des séries, plus ou moins nombreuses, aux qualités techniques différentes en vue de rentabiliser les recherches et les coûts de production. vase Rose Wild (salle 8) Ce vase est signé à la fois par Gallé et une des dessinatrices de ses ateliers, Rose Wild. Ce verre triple couche gravé à l acide est réalisé en 1903. Depuis quelques années, Gallé est préoccupé par la gestion de son entreprise et tente de concilier recherches créatives et rentabilité. Il lui faut pour cela utiliser des techniques moins coûteuses tout en maintenant un travail de qualité. Pour cette raison, il développe la gravure à l acide,plus rentable que la gravure à la roue, car elle nécessite moins de temps. Le vase Rose Wild s inscrit dans cette préoccupation, tout en restant fidèle au principe cher à Gallé, à savoir le lien nécessaire entre la structure et l ornement de l objet. Ici, le thème choisi est l érable ; les branches de l arbre se développent depuis le col jusqu à la base du vase. Ce thème remporte un succès certain et devient un sujet récurrent dans les années suivantes. Après la disparition de Gallé en 1904, les Établissements Gallé se lancent dans une véritable production en série. Le thème de l érable est alors associé à des formes qui ne correspondent plus vraiment au décor, comme on peut le voir dans la coupe Érable, de forme ovale, réalisée en 1904-1906 et conservée au musée de l École de Nancy. La verticalité de l érable s adapte en effet assez mal à la forme allongée de cette coupe. Nous ne sommes donc plus dans le domaine de la création mais bien dans celui de la production industrielle.

Émile Gallé un artiste engagé Émile Gallé est un artiste engagé, exerçant son métier de citoyen avec passion, qu il s agisse de défendre la patrie menacée en 1870, la liberté individuelle ou encore les principes républicains lors de l affaire Dreyfus. L engagement patriotique Émile Gallé endosse l uniforme en 1870. Il ne s agit nullement pour lui de défendre un régime impérial qu il considère comme tyrannique. Cet engagement répond à un autre objectif, la défense de la liberté, de la patrie et du droit des peuples à disposer d eux-mêmes, idéal hérité de la révolution française et qui se diffuse dans l Europe du XIX e siècle. En témoigne le principe des nationalités affirmé depuis le début du siècle par les Italiens, les Allemands ou encore les Hongrois. Après le traité de Francfort signé en 1871 et qui cède à l Empire allemand l Alsace et une partie de la Lorraine, la lutte se poursuit pour Gallé dans le domaine artistique. L art devient alors pour lui un moyen de défendre ses idées, comme l illustre l inscription gravée sur la table Sagittaire d eau présentée à l Exposition universelle de 1900 : «Car la grâce est une arme / au combat pour l idée.» Il s inspire alors d une double tradition, celle des faïences patriotiques et celle de la caricature. C est ainsi que le service de table dénommé La Ferme, créé en 1864 qui met en scène des chamailleries de basse-cour, s enrichit de nouvelles représentations : les unes stigmatisent la cruauté et la bêtise de certains canards coiffés du casque prussien, tandis que d autres invitent à refuser tout alignement sur le pas des oies stupides, caricatures de l occupant. La sculpture animalière apporte aussi sa contribution : la tête d un dogue, datée des années 1860, se fait menaçante et présente des points communs évidents avec le visage de Bismarck. Pour l Exposition universelle de 1889, Gallé réalise plusieurs œuvres de verre, qui sont autant de protestations contre le traité de Francfort, faisant apparaître des figures mythiques ou historiques (Eurydice, Vercingétorix, Jeanne d Arc). Une urne funéraire (conservée au musée des Arts décoratifs à Paris), Orphée, présentée en 1889, n évoque pas seulement le retour d Eurydice aux enfers, mais rappelle les malheurs de l Alsace-Lorraine : les initiales AL, entrelacées et surmontées de la couronne du martyre, sont finement gravées au flanc du vase. L implication dans la vie de la cité Gallé participe activement à la vie associative de Nancy. Il est présent dans de nombreuses institutions artistiques et scientifiques : l École professionnelle de l Est, l École des beaux-arts, le musée des beaux-arts, le musée Lorrain, le Jardin botanique et la Société centrale d horticulture. De plus, il n hésite pas à entrer en campagne pour défendre les causes qui lui semblent justes. Ainsi, en 1892, lors de l inauguration, dans le jardin de la Pépinière, du monument dédié à Claude Gellée dit Le Lorrain, et réalisé par Rodin, il prend la défense du sculpteur, dont l œuvre ne plaisait pas aux Nancéiens. De la même façon, il s oppose, aux côtés d autres artistes, à la démolition de la porte Saint- Georges, érigée en 1606 par Charles III, qui se situait sur le passage du tramway en construction. Le défenseur des droits de l Homme Le plus grand combat mené par Gallé est assurément la défense du capitaine Dreyfus. Convaincu de son innocence, Gallé fait officiellement connaître sa position dans les colonnes du Progrès de l Est le 24 janvier 1898. En octobre, moins d un an après la création de la Ligue des droits de l Homme, il compte parmi les membres fondateurs de la section nancéienne aux côtés du docteur Bernheim et de Charles Keller, combattant de la Commune de Paris en 1871 et cousin de sa femme. Le Progrès de l Est ayant cessé de paraître en 1900, il œuvre, avec d autres Nancéiens, à la création d un nouveau quotidien susceptible d assurer la défense de Dreyfus, l Étoile de l Est, qui paraît le 2 janvier 1901. Un tel activisme lui pose problème à Nancy, ville frontalière qui prône la défense de la patrie et de l armée. Gallé confie ainsi à un ami parisien que presque plus personne n ose le saluer en public. Gallé ne comprendra jamais cette situation. Ce combat mené pour la défense de Dreyfus représente donc un moment douloureux de sa vie, comme en témoignent certaines de ses œuvres aux tonalités pessimistes et rassemblées à l Exposition universelle de 1900. La défense de Dreyfus s inscrit cependant dans un combat plus général, celui des droits de l Homme. Ainsi, en 1900, Gallé condamne, à travers une commode intitulée Le champ du sang (conservée au musée Saint-Denis à Reims), le massacre des Arméniens par les Turcs en 1894-1896.

une œuvre engagée Émile Gallé assiette au Canard Tudesque (réserves) Cette assiette en faïence, réalisée vers 1873, s oppose à l occupation allemande et au traité de Francfort. Elle représente un canard, portant casque prussien et baïonnette, se tenant en faction devant une déclaration de l Empereur Guillaume I er : «Je ne fais pas la guerre au peuple français», tandis que sur d autres affiches sont rappelés les réquisitions et l épisode de Fontenoy. Au début de l année 1871, un corps franc de l armée française était parvenu, à Fontenoy-sur-Moselle, à couper les voies de communication (voie ferrée, pont) qui permettaient aux Allemands d acheminer renforts et ravitaillement. En représailles, les Allemands mettent à sac le village de Fontenoy, brûlant maisons et bétail. La légende joue sur l homophonie des termes Pudesque et Tudesque, terme signifiant «Allemand». table Le Rhin (salle 1) Cette table est présentée à l Exposition universelle de 1889. Gallé fait appel au peintre Victor Prouvé auquel il confie le décor des figures humaines. La forme de la table s inspire de la Renaissance, période très prisée à l époque. Le programme décoratif est une évocation claire de la récente annexion de l Alsace et de la Moselle par les Allemands. L iconographie est expliquée par d abondantes inscriptions. Le regard est attiré par le piétement de la table sur lequel sont sculptés les mots suivants : «Je tiens au cœur de France. Plus me poignent, plus j y tiens.» Sur le plateau de la table, une autre inscription plus importante est insérée dans la marqueterie parmi les personnages qui peuplent la frise : «Le Rhin sépare des Gaules toute la Germanie. Tacite D.G.M». Gallé s appuie sur les textes antiques, base incontestable sur laquelle il fonde son argumentation. Au centre, le personnage barbu et chevelu représente le Rhin qui protège la Moselle symbolisée par une jeune fille, allégorie de la rivière. Le choix des essences pour la marqueterie met en valeur l opposition entre Gaulois et Germains : on identifie bien les Gaulois par leur casque ailé. Le bois, clair à gauche, s assombrit du côté germain : moustaches brunes, vêtements sombres, cheval noir rivé au sol, tandis que le cheval gaulois est blanc et cabré. L architecture du meuble est envahie par le chardon vigoureux et puissant et par le lierre qui marque l attachement. Les aigles portant la couronne ducale soutiennent le plateau. Ils rappellent évidemment les alérions qui forment les armes de l ancien duché. vase Les Hommes noirs (salle 8) La verrerie Les Hommes noirs, réalisée en 1900, illustre à nouveau la collaboration avec Victor Prouvé qui conçut le décor. Cette verrerie parlante cite un poète de la première moitié du XIX e siècle, Pierre-Jean Béranger, républicain et anticlérical, qui fut un virulent chansonnier et pamphlétaire. «Hommes noirs d où sortez-vous?» : cette apostrophe s adresse à ceux qui ont perverti la vérité au cours de l affaire Dreyfus. Ces hommes à la conscience noire représentent les militaires, les juges, certains avocats, les hommes politiques et les hommes d Église qui profitèrent de l affaire Dreyfus pour attiser l antisémitisme. «Nous sortons de dessous terre» est une référence au monde souterrain, allusion symbolique à la conscience aveuglée par le mal. La composition de Prouvé est extrêmement sombre : il fait surgir des silhouettes d un monde souterrain ; un monstre aux mains griffues menace la silhouette de la victime, désignée et accusée à gauche par un délateur ou un procureur, tandis qu un serpent la menace sur la droite. Dans ce sombre décor se détache un lys doré, symbole de l innocence, annonçant le triomphe de la vérité. calice Le Figuier (salle 12) Ce vase est également intitulé Le Graal. Créé en 1900, il figurait sur le manteau de la cheminée du four verrier reconstitué pour l Exposition universelle de 1900. Il porte une inscription de Victor Hugo : «Car tous les hommes sont les fils d un même père / Ils sont la même larme et sortent du même œil». Les larmes sont figurées par des applications à chaud de cristal le long du pied marqueté et patiné qui semble sculpté ; le décor de figuier est effectué en marqueterie. Cette pièce fait partie des rares œuvres à thème religieux. L élément XP (CHR) gravé à l intérieur d un ovale symbolise le Christ. Sa forme en calice rappelle le Saint Graal, censé avoir contenu le sang du Christ : référence à la recherche d absolu de l Homme à travers les âges. La signature du calice est particulière avec une croix de Lorraine très agrandie qui s apparente au symbole christique. Mais cette œuvre est surtout une référence à l affaire Dreyfus : les vers de Hugo faisant allusion à l injustice qui frappe Dreyfus, rappellent que tous les hommes sont égaux, quelque soit leur origine ou leur religion. Le lien entre le capitaine Dreyfus et le Christ est établi par le rôle de victime du capitaine qui, par son procès inique, pour son origine juive, fut sacrifié à la cause d État.

un homme de relations Émile Gallé Des relations brillantes Si Gallé entretient des liens étroits avec Victor Prouvé, qui collabore régulièrement à ses œuvres et avec lequel il partage un certain idéal, ses relations nancéiennes, quant à elles, restent limitées. La méfiance nancéienne, voire l hostilité, demeure intacte même après sa mort. Les journaux locaux lui reprochent ses prises de position lors de l affaire Dreyfus. C est finalement à Paris que Gallé se crée un cercle de relations brillantes. La capitale se montre réceptive au combat qu il mène. Les liens de Gallé avec Paris sont d ailleurs essentiels pour sa carrière : Paris est alors la capitale artistique de l Europe ; c est de Paris, qui expose ses œuvres et où résident ses admirateurs, que rayonne dans le monde entier le nom de Gallé. Jusqu au triomphe à l Exposition universelle de 1889, ses relations sont essentiellement d ordre professionnel et se limitent aux milieux de l industrie, du commerce, de l horticulture et de la critique d art. Son ami Roger Marx, critique d art au Gaulois et à la Gazette des Beaux-Arts, le fait connaître des milieux artistiques. Ainsi, il fait découvrir l École de Nancy à Edmond de Goncourt, qui n entretenait plus vraiment de relation avec Nancy, sa ville natale. Une relation amicale s établit alors entre Gallé et Edmond de Goncourt. Tous deux sont de fervents admirateurs de l art japonais, bien que leurs conceptions artistiques divergent sur certains points, Goncourt refusant l idée d un «art industriel». À partir de 1889, Gallé est un artiste pleinement reconnu. S ouvrent alors à lui de nouvelles sphères, celles de l aristocratie parisienne. C est ainsi qu il se lie d amitié avec le comte Robert de Montesquiou Fezensac, figure du Tout-Paris, qui lui ouvre les portes des hôtels aristocratiques les plus prisés et celles des loges des artistes les plus adulés. Il rencontre ainsi Sarah Bernhardt ou encore le poète Marcel Schwob. La sympathie qu il suscite, son immense culture littéraire, son aisance mondaine lui permettent d être accepté partout et d étendre son réseau de clientèle. C est ainsi que Marcel Proust acquiert un certain nombre de verreries parlantes qu il offre à des amis. L amitié Gallé-Montesquiou est jalonnée d hommages réciproques. L écrivain clame son admiration dans deux recueils de poésie : Le Chef des odeurs suaves et Les Hortensias bleus. Quant à Gallé, il grave à maintes reprises sur des verreries des vers de Montesquiou et imagine à son intention des pièces raffinées comme le flacon Raisins mystérieux, qui évoque L Âme du vin de Baudelaire, et illustre l admiration du verrier pour le poète. Des relations littéraires qui influencent son œuvre Depuis son enfance, Émile Gallé est imprégné par la culture classique et la poésie. Ses relations avec les milieux artistiques et intellectuels de l époque ne font qu aiguiser ce tempérament littéraire. Aussi, maximes et citations littéraires fleurissent-elles aux flancs des vases ou sur les meubles marquetés. Parsemés de citations de Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Victor Hugo, Leconte de Lisle, Paul Verlaine et d autres encore, on pourrait considérer l art de Gallé comme «littéraire». Cependant, il convient de souligner que les oeuvres de Gallé ne constituent pas seulement l illustration d un vers. D ailleurs, la citation, en raison de sa transcription forte discrète, échappe bien souvent au premier coup d oeil. Le regard ne parvient à l extraire du décor et du matériau qu à force d attention. Elle remplit alors son rôle, celui de suggérer la poésie, en associant la musique des vers à la couleur et au décor de l objet. Gallé établit des correspondances au sens que Baudelaire avait donné à ce terme.

Émile Gallé une sensibilité poétique vase canthare Prouvé (salle 8) Ce vase est un hymne à l amitié. Cette exceptionnelle verrerie est exécutée en 1896 et offerte à Victor Prouvé à l occasion de sa nomination dans l ordre de la Légion d honneur. Plusieurs inscriptions sont gravées sur la face postérieure, dont deux vers empruntés aux Châtiments de Victor Hugo : «Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent, Ce sont / Ceux dont un dessein ferme emplit l âme et le front / Victor Hugo» ; «À Victor Prouvé / à l homme et l artiste excellents / ses intimes amis et admirateurs». L œuvre est signée à la croix de Lorraine : E. Gallé / amicissime. Le pied en fer forgé a été ajouté ultérieurement par Jean Prouvé. Cette œuvre est commentée par Gallé lui-même dans ses Écrits pour l Art, où il explique la valeur symbolique de ce vase. Les deux anses, l une rouge semblant sortir du four et l autre irisée, signifient la joie de Gallé à cette occasion. Le vase est à dominante bleu gris, symbolisant, pour Gallé, le dénigrement dont a été victime Prouvé : «Sur le revers de la coupe, un orage passe ; c est le méchant nuage du dénigrement et de doute qu on lâche sur une intègre vie d artiste». Un pin de montagne est gravé sur une face, alors que sur l autre, des olives et des pommes de pin sont appliquées puis gravées à la roue. Le pin a une valeur symbolique pour Gallé : il est la «figure de l énergie calme, de la force simple» ; il inspire également les artistes. Émile Gallé conclut ainsi son commentaire : «C est pourquoi dans le firmament qui s épanche à ton vase, Prouvé, le touret inscrira les toujours vertes paroles de Hugo». Gallé célèbre donc ici les qualités d un ami et d un artiste simple et modeste qui est enfin reconnu. amphore du Roi Salomon (salle 13) Cette amphore à décor marin, dite amphore du roi Salomon, est présentée à l Exposition universelle de Paris en 1900, pour laquelle Gallé reconstitue un four verrier. L amphore trône au centre parmi d autres pièces maîtresses de verre (vase Les Hommes noirs, calice Le Figuier). L artiste s inspire d une amphore galloromaine lui appartenant. Le thème du décor est inspiré par une histoire, Le Livre de Monelle extraite d un conte de Marcel Schwob, La Rêveuse, dont une citation est gravée sur le flanc de l amphore : «Cette cruche habitait / autrefois l Océan / elle contenait un génie qui était prince / fille sage saurait briser enchantement / par permission du roi Salomon / qui a donné la voix aux mandragores / Marcel Schwob». Cependant Gallé donne ici sa propre vision du conte, car l histoire fait référence à sept cruches de couleur différente, qui n ont ni la taille ni le raffinement de l amphore de Gallé. Cette œuvre constitue une véritable prouesse technique (application, inclusions métalliques, gravure à la roue, travail du fer forgé) et traduit l intérêt de Gallé pour le milieu marin à la fin du siècle. Cette amphore atteste enfin la faculté de Gallé à adapter et à transposer le monde du rêve et de la magie dans une œuvre de verre. vase Tétards (salle 8) Ce vase, présenté à l Exposition universelle de 1889, est réédité à plusieurs reprises, en particulier en 1900. L exemplaire du musée de l École de Nancy (1900) diffère de celui de 1889 : sa forme est plus élancée, le pied est circulaire et séparé du vaisseau par un amincissement composé de quatre anneaux. Il est réalisé en cristal triple couche, sauf dans la partie supérieure du col (2 couches) afin d obtenir le décor de lentilles d eau. Le corps du vaisseau est orné de vingtcinq têtards aux différents stades de leur évolution. Émile Gallé aime associer un animal à un végétal en raison des liens qui les unissent (la néméophile au plantain, voir fiche Gallé, céramiste). Gallé évoque donc l origine de la vie, les relations entre le monde animal et le monde végétal, cela dans une atmosphère poétique. Ce vase est une verrerie parlante. La citation, gravée à la base du col, est intimement liée au thème du vase. Elle est empruntée à Théophile Gautier et extraite d un long poème, Le Château du souvenir qui appartient au recueil Émaux et Camées publié en 1852 : «Aux fossés la lentille d eau, de ses feuilles vert-degrisées étale le glauque rideau.» Le choix de Théophile Gautier n a rien de surprenant, car Gallé apprécie les nombreuses références à la nature que l écrivain évoque avec beaucoup d exactitude.

glossaire Émile Gallé Application Pratique utilisée en verrerie afin d ajouter un décor en relief sur la surface d un objet : de petites pièces de verre sont collées et insérées dans la masse quand le verre est encore chaud. Céramique Tout objet en terre ayant acquis, par la cuisson, une certaine dureté. Couverte Enduit translucide de composition variable posé sur une céramique. Gravure à l acide Après avoir recouvert une partie du vase d un vernis épais (le bitume de Judée), la pièce est plongée dans un bain d acide fluorhydrique qui attaque les parties du verre non protégées ; le vernis est ensuite retiré pour laisser apparaître le motif décoratif. Grès Céramique à pâte dure et fine qui se caractérise par l introduction de silex ou de sable à l argile et par une température élevée de cuisson (1200 à 1400 ). Porcelaine Céramique constituée de kaolin et de feldspath, cuite à une température élevée (environ 1400 ). Ses propriétés physiques sont la translucidité et la résistance à la rayure d une pointe d acier. Vaisseau Petit vase en forme de coupe. Cuisson de grand feu Cuisson à environ 1 000. Cuisson de petit feu Cuisson à environ 750 permettant la fixation du décor sur un objet déjà émaillé. Émail Enduit qui recouvre la pâte et qui nécessite une cuisson de grand feu. Faïence fine Terre cuite à pâte blanche et à texture fine, sans couverte, ou simplement recouverte d un enduit transparent (glaçure). Faïence stannifère Terre cuite recouverte d un émail opaque à base d étain. Herborisation Récolte des plantes pour les étudier et réaliser des herbiers. Marqueterie (ébénisterie) Assemblage décoratif de lamelles de bois d essences et de couleurs variées. Marqueterie de verre Incorporer à chaud dans l objet des particules de verre ou d émaux à moitié fondus. Patine Empoussiérage artificiel altérant et souillant la surface d une couche de verre. Piédouche Pied, le plus souvent circulaire. Piétement Ensemble des pieds d un meuble et des traverses qui les relient.

chronologie Émile Gallé 4 mai 1846 Naissance à Nancy d Émile Gallé, fils de Charles Gallé (1818-1902) et de Fanny Reinemer (1825-1891). 1858-1864 Études au lycée impérial de Nancy. 1865-1867 Séjour à Weimar. Charles Gallé devient fournisseur officiel de l Empereur Napoléon III. 1870 Guerre franco-prussienne. Émile Gallé s engage dans le 23 e régiment d infanterie. 1873 La famille Gallé s installe dans la propriété de la rue de la Garenne. 4 avril 1875 Émile Gallé épouse Henriette Grimm. De leur union naîtront quatre filles : Thérèse, Lucile, Claude et Geneviève. 1877 Séjour dans les Alpes suisses et italiennes. Voyages en France et à l étranger dans le cadre de ses recherches botaniques, esthétiques et techniques. Prend la direction de l entreprise familiale. 1884 Gallé adjoint à la production de céramique et de la verrerie celle de l ébénisterie. Participe à l Exposition Centrale des arts décoratifs à Nancy. 1885 Gallé est fait chevalier de la Légion d honneur. 1889 Succès à l Exposition universelle de Paris. Obtient la croix d Officier de la Légion d honneur. 1893 Visite de l Escadre russe à Paris. La délégation lorraine offre, entre autres, la table Gardez cœurs qu avez gagnés de Gallé. 1894 Création de la Cristallerie de Nancy. Les trois ateliers (céramique, verrerie et ébénisterie) sont réunis rue de la Garenne. Début de l affaire Dreyfus. 1897 Ouverture d un dépôt à Francfort. 1898 Gallé est membre fondateur et trésorier de la Ligue des droits de l Homme. 1900 Participe à l Exposition universelle de Paris. Reçoit la croix de Commandeur de la Légion d honneur. 1901 Constitution, à l initiative de Gallé, de l Alliance Provinciale des Industries d Art appelée École de Nancy. 1903 Publication de la première biographie de Gallé par Louis de Fourcaud. Ouverture d un magasin à Londres. 23 septembre 1904 Émile Gallé meurt de leucémie. Henriette Gallé et son gendre, Paul Perdrizet, assurent la direction des affaires. 1908 Parution des Écrits pour l Art, textes de Gallé réunis par son épouse et son gendre. 1914 Mort d Henriette Gallé. 1931 Fermeture des Établissements Gallé.

Émile Gallé quelques pistes pédagogiques pour les classes de collège En histoire : l âge industriel Plusieurs thèmes peuvent être abordés à partir des fiches : L industrialisation Les nouvelles énergies (en particulier l électricité avec les lampes conçues par Gallé). Le monde de l industrie (paysages industriels). Le travail en série à lier aux nouvelles méthodes de travail. La société industrielle Étude de la société bourgeoise à travers le développement des arts décoratifs : l objet utilitaire devient objet décoratif. À lier à la volonté d exposer sa richesse et sa réussite sociale. En sciences de la vie et de la terre : environnement et êtres vivants La fiche Gallé botaniste, à laquelle on peut ajouter les fiches sur la verrerie, la céramique et l ébénisterie, peut être associée à une visite au Jardin botanique. Plusieurs thèmes peuvent ainsi être abordés en liaison avec un professeur d histoire-géographie : Les constituants de la faune et de la flore. Les relations entre les êtres vivants. Les milieux et les êtres vivants : travailler par exemple sur la flore lorraine. Classification des êtres vivants avec, par exemple, la constitution d un herbier. Dans le cadre des Itinéraires de Découverte Toutes ces pistes peuvent être déclinées dans le cadre des IDD, en particulier autour des thèmes suivants : Arts et humanités Nature et corps humain Création et techniques : pour ce dernier thème, il peut être intéressant de travailler sur les métiers du verre, de l ébénisterie ou de la céramique ; cela peut constituer un travail original pour les élèves. L évolution culturelle Étudier les Expositions universelles (1889 et 1900). Quel est leur but? Comment sont-elles conçues? Comprendre les caractéristiques de l École de Nancy à travers la personnalité et l œuvre de Gallé. En éducation civique La fiche Gallé, un artiste engagé, vous permet de faire comprendre l engagement d un artiste-citoyen, en particulier au moment de l affaire Dreyfus. Il est donc possible d utiliser cette fiche dans le cadre d une séquence sur les droits de l Homme et sur le thème «citoyen, République, démocratie». En arts plastiques Les fiches portant sur les techniques (céramique, verrerie, ébénisterie), sur la botanique et l industrie peuvent être utilisées. Le professeur d arts plastiques peut travailler en liaison avec le professeur d histoire sur le thème de l objet : l objet utilitaire devient à cette époque un objet décoratif, ce qui peut donner lieu à une réflexion sur ce sujet. Les élèves peuvent alors réaliser un travail de création sur un objet utilitaire déterminé. Exemple : une cruche qui doit «utiliser» certains éléments proposés par le professeur (forme, décor, contexte de son utilisation). On peut évidemment choisir d autres objets (luminaire, table, chaise).

Émile Gallé quelques pistes pédagogiques pour les classes de lycée L âge industriel et sa civilisation (histoire) L industrialisation : travail en série (fiche Gallé, industriel : le paysage industriel, transparents et panneaux sur les usines Gallé). La société industrielle : étude de la mentalité et du mode de vie bourgeois (rôle des objets décoratifs à lier à l étude d un budget d une famille bourgeoise). L évolution culturelle : étude de l École de Nancy à travers l exemple de Gallé. La France du milieu du XIX e siècle à 1914 (histoire) Le cadre territorial et démographique : le culte des provinces perdues en 1870 (Alsace-Lorraine) à travers l exemple de Gallé (fiche Gallé, un artiste engagé). La III e République : l affaire Dreyfus (fiche Gallé, un artiste engagé). Utilisation dans le cadre des travaux personnels encadrés Plusieurs thèmes au programme sont concernés : Rupture et continuité (classe de première). Hériter, innover (classe de terminale). Pour ces deux thèmes, il peut être intéressant de réfléchir sur la personnalité et l œuvre de Gallé, à la fois novateur et héritier de plusieurs traditions (domaine de la technique, des thèmes décoratifs, de la conception artistique). Art, littérature et politique (première et terminale). Pour ce thème, plusieurs axes de réflexion peuvent être envisagés : les liens entre Gallé et la littérature de son temps, en particulier le symbolisme ; l engagement politique de Gallé dans le cadre de la guerre de 1870 ou dans l affaire Dreyfus. Utilisation par les lycées professionnels Les fiches sur la céramique, la verrerie et l ébénisterie peuvent être utilisées dans le cadre d un travail sur l objet. Elles peuvent également permettre aux élèves de découvrir le patrimoine artistique de Nancy en passant par l étude d un personnage et des techniques qu il a employées.

Émile Gallé le musée de l École de Nancy rez-de-chaussée 7 8 6 5 4 3 1 2 1 er étage 9 13 15 16 17 11 10 12 14 19 18