Pierre-Michel Laquièvre L Escalier de lumière Publibook
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L Escalier de lumière Doucement, comme un premier pas, Petit à petit, sans contrainte, J écris la vie de mes combats, À l encre-sang de mes empreintes. J offre ma mémoire en haillons Aux regards torves des badauds. Mes lèvres gomment les brouillons Du recueil aux pages sans mot. Doucement, comme un geste éteint, J exhume de simples lambeaux. La lune aliénée, sans témoin, Expire à l aube du Verseau. J offre un savoir, un sentiment À celui qui rompt la barrière. Et libéré, je vais, confiant, Gravir l escalier de lumière. 9
Première marche Marche, Marche sur la trace ambrée Du soleil naissant. Suis le duit qui fuit Vers la connaissance. Marche, Marche sans cesser d être. 10
Stabat mater Juste un chemin de cierges Une sente de lumière Vers l illumination. Cri du chœur. Un regard chante la plainte Sous la voûte infinie. Chaque flamme incendie La nef. Sublimation. Le verbe ensemence la voie. Éclats de cordes. Déposition. Juste une douleur de mère Un sanglot de silence Vers l incantation. Souffle du chœur. Une main regarde l instant Sur l autel immaculé. Chaque archet griffe Les ténèbres. Litanie. La voie ruisselle de roses. Silence du cor. Recueillement. * En écoutant le Stabat Mater de K. Szymanovski 11
L Enfant poubelle Chetra voguait sur la décharge Entre galère et désespoir, L esprit meurtri en bord de marge De l aube éteinte au feu du soir. Aux portes de la métropole, Des anges triaient les ordures. Ignorant le temps de l école Chacun remuait sa pourriture. Puis quand l enfer devint routine, La décharge accoucha d un centre. Chaque instant de joie enfantine Fit oublier la peur au ventre. * Chetra plongea dans les études Entre obstination et devoirs, L âme étoilée de plénitude De l aube claire au vent d espoir. Au plein cœur de la capitale, Des anges chantaient l aventure. Envolé de l antre infernal, Chacun vivait à vive allure. Puis quand le jour devint dentelle, Chetra fit le récit-mirage De son passé d enfant poubelle, Avant l oubli du témoignage. 12
Le maître dort Le maître dort dans le couloir de sa classe. Chaque nuit, il s allonge sur trois chaises : une rouge, une bleue, une jaune. Et pendant toute la nuit chaque chaise raconte son histoire : une histoire fantastique, une histoire mélancolique, une histoire féerique. * La cloche sonne dans les couloirs de l école. Les élèves entrent et s installent à leur table pour écouter, pour lire, pour écrire. Et durant toute la journée, trois chaises au fond de la classe écoutent le maître raconter des histoires fantastiques, des histoires mélancoliques, 13
Fin de classe Les tables vertes vont quitter la classe. À l instant des vacances espérées, L école dégouline aux heures lasses. C est l été ; c est le feu ; c est la récré. Les chaises molles dépérissent toutes. Le lino jette un dernier bout de craie. L éponge éclate en sanglots de déroute. Le tableau reverdit sans un regret. Juin s en va laissant brûler la saint-jean : Bûcher d idées, de pensées, de cahiers, Cendres de joie, flammes du jugement. C est l été ; c est le feu ; c est la récré. La cour digère les dernières billes. Un vent d orage émiette les goûters. Des murs, suintent d innocentes vétilles. L étude a retourné son sablier. Juillet entrouvre son carnet de bal. Août allume un cierge à l Immaculée. L école a préparé toutes ses malles. C est l été ; c est le feu ; c est la récré. 14
9. 11 La page s est froissée, le mur, éboulé. De sang, de feu, de braise et d écume, l Histoire a vécu. Le monde change. On s interroge, on s inquiète. Le mensonge agonise dans les gravats monstrueux des tours effondrées. Du degré zéro s élèvent des clameurs chuchotées. Un souffle de vérité parcourt les pages du Net. On s informe, on s insurge. Le monde bascule vers d autres réalités. Il y a ceux qui savent et ceux qui devinent. Le passant, lui, ne comprend plus. Le nuage s est posé, le gouffre, refermé. De pleurs, de haine, de honte et de chagrin, l Histoire a vécu. Chacun murmure sa vérité quand il faudrait la crier. Certains parlent et d autres tuent. Du haut de sa pyramide, 15
le Grand œil observe et se tait. Des tours innocentes ont péri, portant au plus profond de leur chair les preuves accablantes laissées par l ombre de l ennemi. Les forces du mal ont frappé. Le coupable est proche, tapi dans sa Maison Blanche. Le Grand œil observe et sourit quand déjà s installe le nouvel ordre du monde. L image est brouillée, la colombe, envolée. De cris, de combats, de tourments et de doutes, l Histoire a vécu. 16