STAGE EXPLOITATION SON INA-GRETA-BTS RENE CASSIN Prise de son d'une batterie: LE 3ème ŒIL ou (et) la compression parallèle (NY compression). CUCHEROUSSET Thierry Cucherousset Thierry Le 3ème œil 1
Sommaire: 1 : présentation de la batterie. 2 : Prise de son. 3 : Le 3e œil : présentation. techniques. 4 : Test sur Pro tools. 5 : La compression parallèle (N.Y compression). 6 : conclusion. Cucherousset Thierry Le 3ème œil 2
INTRODUCTION Lors de mon stage au studio Dro-pin (ingénieur du son: Ken Ploquin) mon oreille a été attirée par une sonorité que j'avais déjà entendu auparavant dans d'autres studios.en en parlant avec Ken (mon maitre de stage) ce dernier m'a présenté sa technique qu'il a nommée le «3ème œil».je me suis rendu compte que ça technique était la même que celle que j'avais vue et entendue chez d'autres ingénieurs du son comme Philippe Balzé, Mako, Frédérick Carrayol...Dans les diverses conversations que j'ai eues avec eux et en testant de mon côté j'ai pu comprendre à quoi servait cette technique et comment l'utiliser. Ce mémoire est un compte rendu de mes réflexions sur ce sujet. Cucherousset Thierry Le 3ème œil 3
1: Présentation de la batterie : Apparu au début du 20e siècle à la naissance de la musique Jazz la batterie est un assemblage d'instruments de percussions composé de fûts et de cymbales déjà utilisés séparément dans les fanfares et orchestres de musique classique. Elle est présente dans la majeur partie des musiques actuelles (Jazz,Rock,Pop,World music...), elle fait partie de la section rythmique avec la basse et et les percussions (photo 1). Photo 1 Les fûts sont la plupart du temps en bois (ou plexiglas ou même carbone) avec deux peaux tendues de chaque coté, une peau de frappe puis une peau de résonance. Il y a la caisse claire(photo 2) et les toms(photo 3 et 4) photo 2 photo 3 photo 4 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 4
dont le nombre peut varier, puis la grosse caisse(photo 5).Les deux premiers étant joué avec des baguettes et le dernier au pied à l'aide d'une pédales actionnant une batte en feutre ou en plastic. Photo 5 Les cymbales(photo 6),elles, sont en métal et sont situées généralement au dessus des toms. Il y a le charleston(charley), la ride, la crash, la splash, la china... Elles sont jouées avec des baguettes, leur sonorité est plus aigüe(400hz à 8Khz), les toms et caisse claire étant, eux, plus dans les médiums(120hz à 6Khz) et les basses(grosse caisse entre 60Hz et 5Khz). Photo 6 2: Prise de son : Au niveau du son, la batterie est faite d'impacts, d'impulsions, exerçant de très fortes pressions(100db SPL,voir plus), ce qui nécessite l'utilisation de micros pouvant supporter ces pressions. On emploie généralement des micros electro-dynamiques de directivité cardioïdes comme, par exemple, les sm57, les beta 57(shure),M88(beyerdynamic)pour les caisses claires(dit «sn») ou les toms, le beta 52(shure)ou RE 20(electrovoice)pour les grosses caisses(dit «bd»), le M160 (micro à ruban de chez beyerdynamic)ou sm 57 pour les charley(dit «hh»)... Pour les micros overhead(dit «over» ou «oh») on utilisera plutôt des micros electro-statiques du type Km184(Neuman) ou C414(AKG) en directivité cardioïdes, ces micros étant plus sensibles mais éloignés de la source car placés au dessus de la batterie, généralement au dessus de la cymbale ride et l'autre au dessus de la crash. Il y a plusieurs écoles ou façons d'enregistrer la batterie, l'une consistant à reprendre chaque élément avec un micro(voir deux pour la caisse claire et deux pour la grosse caisse)et deux overhead, l'autre étant de mettre le moins de micros possible pour ne pas avoir trop de problèmes de phase et d'être le plus fidèle possible de la réalité(un couple AB devant la batterie et éventuellement un micro au centre pour récupérer la grosse caisse, un ORTF ou un XY)mais même cette technique pourra poser problème Cucherousset Thierry Le 3ème œil 5
lors d'une sommation mono. Quand l'acoustique et les moyens techniques le permettent, le preneur de son place un, deux, voir trois micros soit omni directionnels soit cardioïdes dans la pièce de prise ou dans une pièce voisine pour pouvoir enregistrer les ambiances, la réverbération naturel. Un de ces micros aura un traitement particulier que l'on appellera ici le 3e œil. 3: Le 3eme œil ( nom donné par Ken Ploquin): il s'agit d'un micro d'ambiance dans la pièce de prise batterie destiné à être compresser fortement. Il peut être placé dans un recoin de la pièce, là ou il y aura une sonorité particulière, ou à une distance plus importante induisant un delay(pièce voisine ou couloir). Cette technique est utilisée pour remonter la réverbération de la pièce et les finesses de jeux (bruits faibles), la dynamique de la batterie étant souvent élevée, avec une attaque généralement beaucoup plus forte que les bruits faibles, il est souvent difficile (dans les musiques actuelles) de percevoir les petites finesses de jeu comme par exemple les rebonds de baguettes sur la caisse claire rendant donc le mixage de celle-ci difficile. Pour comparaison sur le schéma 1 nous voyons l'enveloppe dynamique de deux overheads, une caisse claire un charley puis une grosse caisse. Et sur le shéma 2 l'enveloppe dynamique de deux guitare et d'une basse. Schéma 1 Pour ce qui est de la compression, certains préfèrent les compresseurs à transistor du type DBX 160A(photo 7) ou le Boiler de chez Ridge Farm Industries(photo 8) car ceux-ci sont plus rapides donc plus réactifs à ce genre de traitement.tout deux ont très peu de réglages : photo 7 photo 8 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 6
D'autres préfèreront les compresseurs à lampe du type Fairchild 660(Photo 9)pour leurs «chaleurs» et leurs distortions. Photo 9 Pour le choix du micro il peut être très varié car il dépend de la pièce, de la distance qui le sépare de la source sonore et du niveau de celle-ci,du choix de la restitution fréquentiel et du coup du choix de la production. Techniques : Philppe Balzé, utilise le plus souvent un SM57(photo 10) placé à 50cm du sol, à 1 mètre de la batterie entre le pied (grosse caisse), la caisse claire et le charley.donc, à la gauche du batteur (pour les droitiers).il le passe dans un Boiler ou un Urei 1176 assez violemment (niveau d'entrée assez fort et ratio très élevé) et joue après avec le release (temps de relâchement) selon ces besoins, s'il veut «faire pomper ou pas» le compresseur. photo 10 Photo 11 Ken Ploquin, utilise généralement un micro electro statique du type AKG C 451(photo 11) au milieu de la pièce qu'il passe dans un DBX 160A qui pour lui est le meilleur pour ce type de traitement. Ces réglages: un réglage d'entrée élevé et un Ratio au maximum : 10:1 (limiter).il ajuste le niveau du threshold (seuil à partir dusquel le compresseur se met à travailler) en fonction de ces besoins, le temps Cucherousset Thierry Le 3ème œil 7
d'attaque n'étant pas présent sur cette machine. On peut voir sur sa courbe de fréquence (schéma 2)que ce micro a une petite perte des basses à partir de 100Hz (perte de 2db à 40Hz) et une bosse(comme beaucoup de micro électro-statiques)entre 5000et 20000Hz ainsi qu'un coupe bas à 75 ou 150Hz avec une pente de 12db par octave. Schéma 2 Mako,lui, utilise le plus souvent un micro à ruban comme le Royer R122, electrodynamique actif omni-directionnel(photo 13) car «les transitoires sont plus douces(transitoires d'attaque et de relâchement) et il en ressort un sont déjà légèrement compressé (dynamique se rapprochant plus de l'oreille humaine)».lui ne compressera pas à la prise mais plutôt au mixage pour une plus grande marge d'action. Il utilise aussi des micros electro-statiques à larges membranes en directivité bidirectionnels(akg c414-photo 14) et, selon le matériel disponible, deux micros en couple MS (pour avoir une largeur stéréophonique et un centre modifiables selon ses besoin) ex: deux R122 l'un sur l'autre. Photo 13 photo 14 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 8
schéma d'explication pour le positionnement du couple MS avec les Royer R122 et de matrissage de celui-ci. 4 - TEST (sur pro tools): J'effectue un test sur une prise batterie que m'a donné P.Balzé avec un micro charley, deux micros caisse claire, deux micros grosse caisse, deux overhead, un «3eme œil» placé à coté du batteur(sm57+boiler) comme expliqué plus haut et un couple de micros d'ambiance (Coles 4038).Le son de la batterie sans le 3eme œil et les coles est «standard»,on entend les éléments bien séparés mais sans vraiment de son de pièce, je monte la piste du SM57 traité dans le boiler et,là, les rebonds de caisse claire et les charley remontent avec des harmoniques créées par la saturation du boiler(spécialité de celui-ci), ainsi qu'une légère réverberation naturelle de la pièce, par contre il apporte beaucoup de fréquences medium et aigus,ce qui est normal car le sm57 est un micro peu sensible et de proximité (plus on l'éloigne plus on perd des basses)dont la courbe de réponse en fréquence(shéma 3) a une baisse dans les basses à partir de 200 hertz, un léger creux de 300 à 600 hertz, puis une bosse dans les médium de 3000 à 9000 hertz, surtout que celui-ci est placé à une distance de 1 mètre. shéma3 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 9
Je coupe la piste boiler et j'ouvre la piste du micro d'ambiance Coles placé à environ deux mètres de la batterie. Je le mixe avec les sons directes, le son s'élargit, je gagne un peu de réverbération de la pièce. Je traite cette piste dans un compresseur Tubetech CL 1B de chez softube avec une attaque très courte, un release assez court, un ratio au maximum(ici : 10:1) et un threshold assez bas pour qu'il puisse suffisamment couper les attaques, je le baisse de 11dB, je retrouve beaucoup de son de pièce, les rebonds de la caisse claire sont plus présent, le micro extérieur de la grosse caisse est, du coup, légèrement trop fort. Par contre le fait d'intégrer ce 3eme œil fait un tout petit peu baisser le volume général de mon mix batterie, il s'agit, apparemment,là d'un petit problème de phase qui n'est pas audible. Le nombre important de micro sur une batterie induit des problème de phase(distorsion harmonique,coloration du signal)c'est pourquoi il est très important de passer du temps pour bien placer les micros, notamment les overhead, certains preneurs de son(comme P.O.M concepteur du Boiler)prennent des mesures pour éviter ces problèmes(ex: placer les overhead à égale distance du centre de la caisse claire). 5 - La Compression parallèle (NY compression) La compression parallèle est une technique permettant de fabriquer en quelque sorte un «3eme œil» artificiel. Le principe est le suivant: une fois que notre mix batterie est bon(niveaux entre chaque éléments,égalisations,traitements de dynamique...),on envoie chaque pistes de celle-ci sur un groupe stéréo puis,via un bus, ce groupe sur une piste auxiliaire ou l'on appliquera la technique du «3eme œil» décrite plus haut(exemple de routing sur pro tools avec la photo 15).On aura donc là deux pistes stéréo, un groupe batterie et notre piste très compressée qui nous amènera beaucoup de réverbération naturelle. Photo 15 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 10
En analogique cette technique ne pose aucun problème, par contre en numérique certaines DAW ont des problèmes de latence dûs au traitement des plugins ce qui, dans notre cas, nous pose des problèmes, le son de notre groupe batterie serait alors légèrement décalé de notre piste de compression parallèle induisant des problèmes de phase. Protools propose une solution dans ses dernières versions par une compensation de la latence des plug-ins et du routage des signaux (photos 16 : delay compensation engine). Sur la photo 17 on voit que la piste «Sd bus» a un retard créé par un plug-in et que ce retard est compensé par la piste «oh» qui n'a pas de traitement.celle-ci sera donc lu légèrement plus tard(exprimé en échantillons ou en millisecondes-ici en échantillons 55x1000/44100=1,24milliseconde). Photo 16 Photo 17 Cucherousset Thierry Le 3ème œil 11
6-Conclusion: Cette technique nécessite d'avoir une bonne acoustique car si l'on traite de cette manière une pièce dont l'acoustique n'est pas bonne on amplifiera les défauts de celleci. Elle est très utile dans les musiques modernes où l'on a besoin de donner une interprétation de la réalité voir de la déformer parfois même jusqu'à l'extrême. On peut utiliser la réverbération naturelle sans avoir recours à des reverb synthétiques qui sonnent généralement beaucoup moins bien que les naturelles. Ce mémoire m'a beaucoup apporté car j'ai pris conscience de l'utilité du réglage de l'attaque et du release sur un compresseur et surtout de l'impacte que ce dernier peut avoir sur un instrument. Ces dernières années l'utilisation des compresseurs est devenu abusive, réduisant la dynamique et rendant la musique très agressive. J'ai trouvé là une méthode efficace à utiliser, parfois avec modération, quand le style ou la production le demande. J'ai réalisé aussi à quel point l'ingénieur du son doit avoir du recul et de la culture car le traitement qu'il utilisera sur les différents instruments, sur le mixage en général, aura un impact fort sur la perception qu'aura l'auditeur de la musique qu'il écoute. Cucherousset Thierry Le 3ème œil 12
Annexe - Entretiens avec trois ingénieurs du son : Ken ploquin(e.daho,lofofora,b.fontaine...), Mako(E.Daho,E.Medeiros,Lou Doillon...), Philippe Balzé(D.Saez,D.Hallyday,Bénabar,H.F.Thiéfaine). - www.royerlabs.com - www.ridgefarmindustries.com - www.shure.fr - www.beyerdynamic.com - www.neumannusa.com/ - www.akg.com - «le livre des techniques du son» édition Dunod. - www.technicien-du-son.com - guide des menus Pro tools. Cucherousset Thierry Le 3ème œil 13