Geoffroy de Pierrepont «Et ne nos inducas in tentationem» Poèmes et autres textes en prose
«Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis.» Saint-Exupéry Le petit prince
Et ne nos inducas in tentationem Poèmes Tables des matières DANSEUSE... 6 NUGATOR... 7 POUPÉE DE PORCELAINE... 8 LES VAUTOURS... 9 MILLE MILLIARDS D EXCUSES... 10 ALLER - RETOUR... 11 ELLE EST FLEUR EN MON IL... 12 CHASSÉ CROISÉ... 14 L ÂME NOIRE... 15 NATACHA BEAUTÉ... 16 NATACHA, J AI RÊVÉ!... 17 STRIP TEASE... 18 DIVAGATIONS... 19 ROSÉE DU MATIN... 20 SAFARI... 21
Et ne nos inducas in tentationem RHUME... 22 FRUIT DES BOIS... 23 SMS 08 :42... 24 L'INFANTE M'EMPOIGNE... 25 SMS 08 :23... 26 SMS 08 :36... 27 SMS 08 :37... 27 SMS 08 :53... 28 SMS 09 :02... 28 MES LISTES... 29 SUR LE PONT DES ARTS... 30 TON HALEINE... 31 DU-ELLE AU PETIT JOUR... 32 L INACCESSIBLE... 33 DIDINE DINGUE DONG... 34 G(R)ANDES O(R)EILLES... 35 HALLALI... 36 PIE RIPONE «ME»... 37 ATROCE COMPLICE... 38 INSURRECTION... 39 ASCENSION... 40 RÉSURRECTION... 41 JE ME LANGUIS DE TOI... 42 LUNE A DECROCHER...43 Page 5
Danseuse Canaille ou petit diable, elle danse feu follet Affriolante nymphe les escarpins dorés Suspendus en chaque main, le regard chaloupe Qui roule et tangue, picote, frotte ma langue Loup je suis affamé et dévore d avance Cette proie, benêt. Quand d un coup sec, frappent le sol, ses souliers à terre jetés l instant d après l envol au loin l a emportée chatte fuyante et précieuse effarouchée l agnelle aux dents blanches en disparaissant ricanait. Page 6
Et ne nos inducas in tentationem Nugator Roulent les dés, osselets, dominos Déjouez, Jouez, Jouissez donc vos vies, valsez Enfants écervelés, il rira le Malin Quand au soir tombant, fatigués Épuisés, vides d amours, avides évidés Il vous prendra par la main Et comptera tous ses lots Un à Un. Page 7
Poupée de porcelaine A quelle sonorité refaire sourire cet ange Altérité qui mange, soupire De lassitude et désapprouve sans jamais un mot dire Du manège ambigu, breloque, pantin qui s anime Agite ses deux mains, son masque-souci fin Écrase une larme, appuie sur ma main Que j aime ton silence Ô divine Viens. Page 8
Et ne nos inducas in tentationem Les vautours Ils rôdent furtivement à l écart du monde libre, Suspectant une proie, Humectant l air fragile, Quand un pas d une blessure, souffre un instant ralenti : Fondent les vautours déchiqueter ses chairs endolories. Plus cruels que la fortune malheureuse, Plus méprisables, que les lâches inconscients : Les vautours se repaissent en silence, de souffrance et d agonie. Page 9
Mille milliards d excuses Je l embrassai furieusement, fouillai heureux la fraîcheur de sa nuque transpirant notre avenir si présent. Elle inspirait en haletant, et crispait diable excitant à mon cou, ses blanches dents. Inoubliable espoir, insouciance d enfants? Ah! Que n ai je retenu, Malin au petit jour naissant, ma fière gazelle au désir si ardent! Que longtemps encor mon cœur glacé sanguinole et goutte, perle, au souvenir de ton allant. Page 10
Et ne nos inducas in tentationem Aller - Retour Je tenais tant à toi que j ai voulu vivre pour ne pas te perdre Je tenais tant à toi quand j ai oublié mes peurs Te serrant contre moi, consoler tes malheurs Et construire auprès de toi un long chemin de vie Je tenais tant à toi que j ai traversé le chaos Qui m habitait Je tenais tant à toi que j ai vaincu les démons Qui me hantaient Arrachés à mes peurs, les morts et les matons Fantômes de malheur qui hantaient mon âme dès la première heure Je tenais tant à toi que j ai avancé dans le noir Tâtonnant pas à pas comme un enfant apprenant à marcher J ai découvert la vie à tes côtés. Mon envie d alors : t aimer Peu à peu tu as pansé mes plaies. C est ton silence d alors Qui berçait mes démons au creux de tes bras Au quotidien ton supplice s élevait, Agneau de Dieu tu es offrande Je tenais tant à toi que j ai accompagné ton chemin de croix jusqu à l épuisement Je tenais tant à toi que ce fardeau je l ai longtemps porté Page 11
avec toi Je croyais à la vie que tu m as apportée, je croyais à l amour que je te vouais J avais foi en toi, et t attendais sur le chemin, de la mort à l amour Pour toi je le voulais, je t ai tant aimée, tendu la main, espéré Aujourd hui je suis au bord de l épuisement, de la destruction Je tenais tant à toi que j ai surestimé mes forces. Je me croyais invincible J étais si fort auprès de toi que je pensais t arracher à ton tour, te faire venir à moi Un miracle de notre amour, ayant vaincu la mort deux fois Je tenais tant à toi Je tenais tant à toi Je t en supplie pour aujourd hui, fuis moi Page 12
Et ne nos inducas in tentationem Elle est fleur en mon il N'importe quelle Aventure avec Toi m' Attire irrésistible aimant Courage? insouciance? Héliotropique attirance tu es mon Amérique Page 13
Chassé croisé Ne surtout pas Attraper cette volupté TA silhouette Ô papillon virevolte CHemine, butine en son jardin : mon Âme Page 14
Et ne nos inducas in tentationem L âme noire Elle est princesse d'une ethnie fière, angelot sombre au lourd destin, son courage plie la terre entière qui se dérobe sous son chemin Nul ne te sera jamais frère tant que ta force, ton éclat ta gloire aussi, égrènent tant de victoires, Ô Gunzighi ébranlent le monde à chacun de tes pas Page 15
Natacha beauté Natachat-botté, joli tigre rusé, toujours sur le qui vive, Si souple tu t amuse, en bretteuse invétérée. Vêtue des titres de Carabas marquise, devant l'ogre s'est elle présentée, Renversant, fière et belle, de la Nature l'ordre sans crainte de la bête ne fit qu'une bouchée Page 16
Et ne nos inducas in tentationem Natacha, j ai rêvé! Une longue caresse, un regard de mille feux Brûlent mes chairs à la couleur de ses cheveux Qu une langue caresse encore et encore Tourmente mon âme, aiguise, oppresse, De convulsions mon piteux corps Combien de temps ai-je tenu avant qu elle n expire? Dans un râle abattant l espoir de mon empire? Que les dieux nous pardonnent cette violence folie La chaleur si intense des êtres qui s extasient Cette étreinte vigoureuse jusqu à la petite mort Qui drape de torpeur l union de nos deux corps Ce matin au sommeil des anges envolés, une douce Merveille s est endormie à mes côtés. Ah, langoureuse paresse tu m envahis au petit jour Du souvenir de ma beauté tigresse Du rêve de notre nuit d amour Page 17
Strip tease Nue solitaire l' Aimante passionnée Tirelire à baisers d' Amour vitupère, Claque sa langue Humectée au désir Acharné de lumière! Page 18
Et ne nos inducas in tentationem Divagations Profondeur du regard silence de toute beauté. Soudain un rictus au bord des lèvres, gonfle ses pommettes et m embrasent au désir de goûter ce fruit de soleil qui illumine ma soirée. Jusque tard elle m entraîne dans une folle randonnée à travers le Marais blême sous les lampadaires allumés ; elle rit encore et soudain grave attrape d une main ferme, mes cheveux à poignée, embrasse humide mes lèvres soumises à sa volonté humiliées. Quelquefois je me révolte bien un instant de cet abandon, mais Dalila toujours l emporte sur le pauvre Sanson, déchire mon cœur de ses dentelles, et vaporise d un souffle ma frêle raison. Je me souviens qu encore blême, et au bord de la pâmoison, sans effort je la soulève, surprise et enlacée, pour tracer une lascive arabesque à deux sur la chaussée. Page 19
Rosée du matin Pétulante pétale éclate tes couleurs étale à l'envi cette gloire fraîcheur perle rosée mon Élue cristalline ta corolle bue ce matin je m'imagine Page 20
Et ne nos inducas in tentationem Safari Je chasse une gazelle, farouche, aux jambes effilées nues son sauvage regard étincelle ma savane, l'ingénue Le souffle court, coupé tant elle se dérobe encore j'halète furieux lion devant sa robe Page 21
Rhume N'y A T'il point de mystère? A Courir si Haut si loin, si longtemps Après ce courant d'air? Page 22
Et ne nos inducas in tentationem Fruit des bois D'un rouge éclatant virant au rose charmant ton goût exquis acidule ma langue, l'excite Aux douceurs de sa chair, je fonds d'aises Délice abominable, ce fruit qu'on nomme fraise Page 23
SMS 08 :42 Natachalumeau étincelait, les yeux de Natacharmeuse qui pétillaient. Je Natachavirai. Natachatouillait tant mon corps que je la Natachapîtrai encore, Et encore! Espiègle Natacha. Page 24
Et ne nos inducas in tentationem l'infante m'empoigne Je cherche une femme, un regard apaisant, Espiègle infante, lascive amante à la fois tant ses yeux pétillent, de mes désirs parents tant mon corps la possède, et lui procure joie Je recherche une flamme qui scintille dans la nuit de mes rêves surgisse, fragile au petit jour, sur nos lèvres trace, l'oriflamme des désirs qui Ô souvenirs tranquilles, font naître un monde amour Ah belle infinie! les rires, les chants, les rondes m'envoûtent à l'envi, craignons que je succombe à ce sourire, l'ardeur de terrasser le présent m'envahit à l'instant, je ne puis résister bien longtemps encor' à l'acrobatique beauté du plaisir millénaire de vous faire un enfant. Page 25
SMS 08 :23 J'écoute le bruissement, de la ville qui s'agite, s'ébroue dans le matin, mêle oiseaux, véhicules chacun s'affaire au jour, mes affaires vite, vite, vite et part en grommelant pour sa journée d'hercule Page 26
Et ne nos inducas in tentationem SMS 08 :36 Ithaque tique au cliquetis des chaînes de toc, et choque de claques l'esclave Parthe ou Hittite. SMS 08 :37 Autant traire et tirer l'esprit de Trèves, aux litotes traîtresses d'espèces intraduisibles et hottentotes Page 27
SMS 08 :53 Si j'osais ce matin, j'accompagnerai le petit jour, caresser ton sommeil, cambrioler ta vertu SMS 09 :02 J éjacule, éclate, et gicle hirsute, de flatterie Ton pécule accuse un bref écart, soumis Page 28
Et ne nos inducas in tentationem Mes listes D'un crissement profond surgit cette douleur, s'écoule lentement subtil le suc et tombent gouttelettes précieuses l'essence de mon cœur aux pompes illusionnistes de tes pupilles sombres Escarmouches de fleuret, effeuille l'isolé fruit défendu puissé-je touche, toucher effleurer l'ire lire dans des pensées susciter les désirs en cascades-rires débridés Page 29
Sur le pont des Arts Depuis le pont des Arts, où les amoureux roucoulent J'entends ta voix Des éclats de rire qui lentement s'écoulent aux flots de la Seine qui va. Bats! mon cœur, et la peine s'en ira pourvu que jamais ne reviennent, ces échos là Page 30
Et ne nos inducas in tentationem Ton haleine Tu m agace, m horripile Me hérisse les poils, et je frémis d angoisse A l écoute de cette bile Que, sans cesse tu déverses, qui te dépasse, Et d aise te comble comme une truie Qui dans sa bauge se vautre et jouit. De tes odeurs nauséabondes, propos fétides et incomplets Il ne me reste au fait rien à l oreille qu un souvenir aujourd hui vague du Mépris qui planait lorsque tu t es tue. Page 31
Du-Elle au petit jour Je t'en supplie joli cabri, c'est moi que tu vas rendre chèvre en suppliciant si longtemps Maintenant que la nuit s'achève au petit jour je me rends : Tu es le loup, et moi je bêle, en espérant sous tes lèvres périr croqué aux délices de ta faim, ta rage fauve à assouvir, comme la bestiole de Séguin Page 32
Et ne nos inducas in tentationem L inaccessible Quand tout bascule à l ivre soir de notre monde, Quand tu bouscules les derniers de mes espoirs, Ainsi qu une ombre j erre Hercule en me remémorant Nos nuits noires Et les travaux sans lunes, achevés en s aimant. Page 33
Didine dingue dong Petite fleur de corail, il est temps de nous dire adieu Derrière nous ce champ de bataille abandonnons le aux dieux De toi me reste le souvenir, à jamais d'une grande chaleur, un clin d'œil, un large sourire, Au revoir à jamais petite sœur Page 34
Et ne nos inducas in tentationem G(r)andes O(r)eilles Jean Lapin n'a plus d'oreilles et ce matin quand il s'éveille au petit jour jette dans la fraîcheur du jardin, un oeil malin aux alentours. Quelle aventure l'attend si loin? de son terrier aux mille feux de son foyer si près des siens loin ses amours des jours heureux? la faim peut-être, mais sans nul doute surtout, pour la Liberté, et les grands espaces un goût très prononcé qui de lui s'empare, prêt à braver la mort, les chiens aux aguets car qu'il l'entende ce sourd doué les chasseurs sont venus le prendre, pour le tirer, déchirer, le déshabiller et sans aucun remords sa peau revendre Page 35
Hallali C'est le brame du cerf, dans le petit matin l'orée d'un bois de chênes verts et feuillages aux fraîcheurs du printemps. De colorés plumages qui égayent l'air du temps et filent d'un en un. Au milieu de la pièce une cavalière se tient de beaux yeux clairs parcourant des herbages l'horizon infini, le ciel lourd du bocage toujours en mouvement. Elle s'élance soudain appuyant son galop d'un cri d'encouragements la furie en colère taquine à tous les vents sollicite les fers, le sang de sa monture tandis qu'aux alentours la campagne s'est tue ébahie au spectacle, d'hallucinante nature de l'amazone fière qui pleure sa vertu Page 36
Et ne nos inducas in tentationem Pie ripone «me» J'hésite, baille et transige, je tergiverse de l'une à l'autre encor flétri mon cœur bousculent et balancent des pensées idolâtres telles Hercule qui s'affrontent, et luttent à la mort en adverses Folle lubie l'une, me glisse à la paresse me pousse au bord du précipice, mais je recule dans un ultime effort. Incertain pédoncule fleurit alors un sonnet, une ultime caresse Ah mon cœur! Toi qui pleurniche, qui sanguinole renifle donc tes pleurs, et dès ce jour console -toi, le souvenir, les amours mortes de naguère n'emportent pas la sève, substance d'or et d'airain qui forge ton âme lourde au sang versé des pères source de leur puissance hier, et de gloire demain. Page 37
Atroce complice Qu'importe l'essence des mots, qu'as tu porté comme criaillerie? et comme aigreur? pour rire ainsi des quolibets jetés au fil de l'eau à mon agonisant ego par les moqueurs Page 38
Et ne nos inducas in tentationem Insurrection Qu'il n'existe aucun présent n'excuse rien pour autant La crise des âmes est ouverte, alarme croissante pourtant nul ne sait arrêter les cris, les pleurs et les larmes nul n'écoute plus aussi bien les anciens que les enfants. Page 39
Ascension Quant à moi qui s'évapore dans la brise du matin, envoûté des caresses de l'aurore aux longs cheveux de satin rayonnante blonde encore, encor inspire mes chagrins j'espère autour de mes prières te séduire demain. Puisse tu papillon volage, haut dans les cieux t'évader Icare en toc de milles couleurs à tes ailes déployées Et prendre garde à cet âge qui pèse autour de tes beaux yeux En perlant ton enfance à tous les amoureux Page 40
Et ne nos inducas in tentationem Résurrection...J'irai de par les mers, au delà des montagnes des volcans impubères, aux gigantesques lames, pour quérir jusqu'aux îles ce bijou dérobé la tropicale perle aux rires enchantés Je braverai la guerre, les canons à boulets et les corsaires cyniques sur les rives abrités En son île Martinique sans relâche ni paix chaque plage, après crique Pa lalannei te trouverai dussé-je pour toi périr, enfoui sous la cendrée, cuisant à petit feu, sous la Montagne pelée. Page 41
Je me languis de toi Il est des matins comme aujourd'hui, où à l'air frais d'une terrasse ensoleillée je me surprend à rêver, d'un tête à tête à tes côtés, d'une caresse sur ton front... Et de boire mon chocolat au lait, café de la Gaîté, monte lente, une chaleur enjouée, de sa pensée le fol désir de te croquer, qui me bouscule : te réveiller en barbare de bonne humeur! Avec fureur même, le pédoncule devant d'emporter ta résistance lascive ensemencer rétive, la fleur : Ô mon lys. Page 42
Et ne nos inducas in tentationem Lune à décrocher Dis-moi - ce qui te ferait plaisir, te conduirait du bout du nez à accepter de moi le pire et sans remords t'en délecter Je veux connaître jusqu'au dernier de tes désirs dis-moi comment te faire ramper de cette soif inassouvie je veux maintenir en toi l'été aussi longtemps que dureront nos vies Et si ce jour encor' j'enrage c'est de ne pouvoir ressentir ni tes yeux qui brillent si peu sages ni ton éternel sourire Demande moi sans nul pardon La terre entière et puis la lune les étoiles aussi, car sans façon je promets ici, de n'en oublier aucune. Page 43
Page 44
Et ne nos inducas in tentationem Page 45
«...Et ne nos inducas in tentationem, sed libera nos a malo», c est une prière insistante d un amour encore fragile et incertain. L humilité de la condition humaine face à sa propre force d autodestruction. C est l espoir au quotidien face à la tentation de la haine qui l emporte en un instant, ou de l indifférence même qui tue aussi, ceux qui s en moquent quelquefois. En 2006, ne suivons pas les exemples des époux invertis : «Écouter les sirènes, n était ce pas Ulysse, Te libérer des mâles au chant des cantatrices?» Il est des tentations auxquelles seuls les héros résistent. Du même auteur : Des lyres (2003) Larme au point (2004) Geoffroy de Pierrepont