TRAVAIL DE MATURITE LAETICIA BEZ 12 NOVEMBRE 2007 PETROLE ET GEOPOLITIQUE OR NOIR, MISERE ET TRANSPARENCE EN ANGOLA MAITRE RESPONSABLE: M. STEINER GYMNASE AUGUSTE PICCARD CLASSE 3M2
Résumé Nous vivons dans une époque où le pétrole est la source d énergie la plus utilisée. En effet, un habitant suisse consomme en moyenne 3,70 tonnes équivalent pétrole (tep) chaque année, selon l Office Fédéral de l Energie OFEN. L or noir est une richesse utilisée excessivement par l homme. Le pétrole devient à présent de plus en plus rare et précieux. Je me suis donc penchée sur le thème «géopolitique et pétrole», en choisissant d étudier l Angola, et les conséquences positives et négatives qu engendre la production pétrolière dans ce pays. Je me suis demandée si la corruption pétrolière qui règne en Angola avait une influence sur les conditions de vie des Angolais. Et quelles mesures étaient prises afin de les améliorer. Je me suis premièrement penchée sur l aspect historique du pays. J ai essayé de découvrir l histoire de ce pays, sa colonisation comme sa guerre civile qui dura près de trente ans, afin de mieux comprendre la situation actuelle de ce pays. Suite à cela, j ai axé mes recherches sur la géographie de l Angola : sa végétation, son climat, ses ressources naturelles et son économie. Ensuite, j ai fait quelques recherches plus particulières sur le pétrole en Angola : son histoire et sa production actuelle. Après cette découverte de l Angola, j ai défini la corruption : ses causes et ses conséquences. Je me suis aussi intéressée au scandale de l Angolagate, affaire du trafic d armes vers l Angola durant la guerre civile. Cet exemple illustre bien les problèmes de corruption qui règnent dans ce pays. Puis, j ai plutôt axé mes recherches sur les conditions de vie de la population locale. J ai eu la chance de pouvoir interviewer Christa Bez, Olivier Michaud et Serge Michel qui ont pu m éclairer sur les manières de vivre des Angolais, leur culture, leur histoire et leurs besoins. Ces interviews m ont permis d avoir une approche encore plus «vraie» sur les manières de vivre en Angola. La seconde grande partie de mon travail s est axée sur les perspectives d amélioration du pays. Je me suis premièrement centrée sur l aide humanitaire apportée à ce pays, par les Organisations non gouvernementales (ONG), telles que Médecins sans Frontières (MSF), la Croix-Rouge (CR) et la direction du développement et de la coopération (DDC). Je me suis demandée depuis quand ces quelques ONG interviennent en Angola, et quels projets ont-elles mis en place afin de subvenir aux besoins primordiaux des Angolais. Deuxièmement, je me suis penchée sur la transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement, qui peut être une perspective d amélioration pour le pays. J ai défini ce qu est la politique de la transparence pour les sociétés pétrolières, les banques commerciales, les gouvernements nationaux et le gouvernement angolais. J ai aussi pris pour exemples, quelques ONG et coalitions qui luttent en faveur de la transparence, telles que Publish What You Pay (PWYP), Global Witness (GW) et l initiative pour la transparence des compagnies pétrolières (EITI). J ai essayé de définir les avantages et les inconvénients à jouer le jeu de la transparence pour la population locale, le gouvernement et les sociétés pétrolières. En conclusion de ce travail, je peux, en effet, dire que la corruption a une influence sur les conditions sociales en Angola. Un immense fossé existe entre la population riche, qui profite de l argent que rapport le pétrole, et les pauvres qui vivent dans des conditions misérables. Ce fossé est une des conséquences de la corruption. Chaque jour les plus pauvres luttent pour la survie, tandis que les riches jouissent de leurs privilèges. Ce fossé pourrait être réduit si les règles de la transparence sont adoptées par le gouvernement et les sociétés pétrolières. Pour que l avenir du pays s améliore, seul un changement de gouvernement ou un miracle peuvent être possibles. J ai découvert au travers de ce travail, une population meurtrie, oubliée, et méprisée, qui n a plus la force de lutter pour un avenir meilleur. Les Angolais ne souhaitent que subvenir à leurs besoins et vivre en paix.
Remerciements: Je remercie M. Etienne Steiner de m avoir suivie et soutenue tout au long de ce travail, ainsi que pour sa disponibilité et ses précieux conseils. Je remercie par ailleurs aussi Christa Bez, pour avoir mis de son temps à ma disposition pour me partager son vécu en Angola, ce fut une aide très précieuse et enrichissante. Merci aussi à MM. Serge Michel, Olivier Michaud et Aymeric Péguillan d avoir gentiment répondu à mes questions. Image du titre tirée du site http://www.trekearth.com/gallery/africa/angola/north/luanda/luanda/photo22870.htm
Table des matières 1. Introduction. page 1 2. Présentation du pays, l Angola...page 3 2.1 Histoire. 3 2.1.1 Origine.. 3 2.1.2 Arrivée des Européens.. 4 2.1.3 Colonisation portugaise. 3 2.1.4 Témoignages de guerre... 8 2.2 L Angola..... 9 2.2.1 Généralités..9 2.2.2 Végétation et climat..... 10 2.2.3 Population.. 13 2.2.4 Santé....15 2.2.5 Richesse et économie.. 17 2.3 Le pétrole en Angola. 20 2.3.1 Histoire du pétrole angolais. 20 2.3.2 Vue d ensemble.. 20 2.3.3 Production.... 21 2.3.4 Transport. 24 3. Le gouvernement angolais et la corruption.. page 25 3.1. La corruption.25 3.1.1. Définition 25 3.1.2. Les causes de la corruption.. 26 3.1.3. Les conséquences de la corruption. 26 3.1.4. Cartes 28 3.2. Exemple de corruption en Angola : l Angolagate..... 30 3.2.1. Le scandale.. 30 3.2.2. Les conséquences.. 31 4. La population angolaise et la pauvreté page 31 4.1. Santé.... 32 4.2. Travail.. 33 5. Perspectives d amélioration pour le pays...page 34 5.1. L aide humanitaire 34 5.1.1. Introduction 34 5.1.2. Médecins sans frontières (MSF)... 35 5.1.2.1. Interview de M. Aymeric Péguillan 39 5.1.3. Comité International de la Croix-Rouge (CICR).. 39 5.1.4 Direction du développement et de la coopération (DDC).. 42 5.2. Transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement. 44 5.2.1. Introduction 44 5.2.2. Publish What You pay. 45 5.2.3. Global Witness.. 46 5.2.4. L EITI (Initiative pour la transparence des industries extractives) 46 5.2.5. Adopter une politique de transparence. 46 5.2.5.1. Pour les sociétés pétrolières. 46 5.2.5.2. Pour les banques commerciales... 47
5.2.5.3. Pour les gouvernements nationaux. 47 5.2.5.4. Pour le gouvernement angolais 47 5.2.6 Avantages et inconvénients de la transparence. 48 5.2.7 Exemple de la société pétrolière BP. 48 5.2.8 Conclusion locale. 49 6. Conclusion générale.....page 50 7. Annexes page 51 7.1. Interview Christa Bez. 51 7.2. Interview Olivier Michaud.. 55 7.3. Interview Serge Michel.. 56 7.4. Bibliographie. 58
1 Introduction Lorsque les thèmes des travaux de maturité de l année 2007 ont été proposés, un sujet m a de suite beaucoup interpellée. Il était proposé dans une branche qui m a toujours beaucoup intéressée, la géographie. De plus, je pouvais enfin lier une de mes passions, l Afrique, à mon travail. Depuis plusieurs années, je m intéresse à l Afrique, à sa culture au travers de sa cuisine et sa musique. Malheureusement, je n ai pas encore eu la possibilité de voyager sur ce continent. Ces neuf mois de travail m ont donné l occasion de m envoler fictivement en Angola. Afin de découvrir la culture, les racines, la population, le paysage, les grandes villes et les bidonvilles, ainsi que les richesses comme les besoins d un pays mystérieux, dont on n entend peu parler, comme s il était oublié, méprisé. J ai pu découvrir l immense fossé qui sépare le gouvernement de la population, les séquelles de la guerre civile qui a ravagé ce pays durant près de trente ans, ainsi que les conditions de vie insalubres des Angolais. L or noir, richesse de l Angola 1 Ce travail m a aussi permis d approfondir mes connaissances très faibles concernant le pétrole. Cette thématique touche un problème mondial : la consommation démesurée de cette énergie. Chaque an, un habitant suisse consomme en moyenne 3,70 tonnes équivalent pétrole (tep), selon l Office Fédéral de l Energie OFEN. Nous sommes tous concernés par le pétrole, et le futur de celui-ci. Nous avons donc aussi la responsabilité de se soucier des pays exportateurs de pétrole, comme l Angola, car nous sommes nous-mêmes importateurs de cette ressource naturelle. Ce travail m a permis de me rendre compte de l influence que les pays riches ont sur ces pays en voie de développement. La corruption pétrolière influence-t-elle la qualité de vie des Angolais? Voilà la première question que je me suis posée avant de débuter mon travail. J ai essayé au travers de mon travail de maturité, de répondre à cette question et de découvrir quelles étaient les conditions de vie des Angolais. Je me suis demandée quelles mesures étaient prises pour aider à la reconstruction et à la croissance de ce pays. Je me suis penchée sur les solutions possibles à l amélioration économique et sociale de l Angola, victime de la corruption. Afin de trouver des réponses à mes questions, j ai tout d abord recherché des informations au travers d articles de journaux, afin de découvrir de manière plus large l histoire et la situation du pays. Suite à cela, je me suis concentrée sur quelques ouvrages axés plutôt sur le pétrole en Afrique et en Angola, ainsi que la corruption liée au pétrole. J ai aussi puisé de nombreuses informations dont j avais besoin sur Internet, en particulier concernant l aide humanitaire apportée à ce pays. J ai eu la chance de rencontrer et d interviewer une parenté qui vit depuis une trentaine d année en Angola. Ceci m a permis de mieux découvrir et comprendre la mentalité angolaise. Serge Michel, journaliste, et Olivier Michaud, ingénieur géophysicien et photographe, ont aussi eu la gentillesse de répondre à quelques questions que je leur ai posées. Ces interviews m ont permis d avoir un regard plus «vrai» sur l Angola, ainsi que sur les conditions de vie de la population et leurs besoins. 1 Remi Benali/Corbis, http://pro.corbis.com/popup/enlargement.aspx?mediauids={a81e12d2-e79b-4a27-be42-8421416213bb} {ffffffff-ffff-ffff-ffffffffffffffff}&qspageno=1&fdid=&area=search&totalcount=1272¤tpos=4&winid={a81e12d2-e79b-4a27-be42-8421416213bb} 1
Je me suis d abord intéressée à l histoire du pays, son passé, sa colonisation, ses conflits afin de mieux comprendre l état actuel du pays. Par la suite, j ai aussi étudié la géographie du pays, car il me semble important de découvrir les enjeux spatiaux de ce pays, afin de pouvoir s imaginer le pays de manière plus réelle. Cette découverte géographique m a permis de découvrir une région, une faune et une flore bien différentes de chez nous. J ai aussi retracé l histoire du pétrole en Angola, afin de bien comprendre les choses. Puis j ai tenté de définir la corruption et les conséquences qu elle a eu en Angola, en citant l exemple de l Angolagate. Suite à cela, je me suis demandée si la corruption pétrolière influençait la qualité de vie des Angolais? J ai essayé au travers de mon travail de maturité, de répondre à cette question, et de découvrir quelles étaient les conditions de vie des Angolais. Je me suis ensuite demandée quelles mesures étaient prises pour aider à la reconstruction et à la croissance de ce pays. Je me suis penchée sur l aide humanitaire apportée à ce pays, par Médecins sans Frontière (MSF), La Croix-Rouge (CR) et la Direction du développement et de la coopération (DDC). J ai aussi cherché quelques solutions possibles à l amélioration économique et sociale de l Angola, victime de la corruption : par exemple la transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement. J ai pris pour exemple les ONG : Publish What You Pay, Global Witness, et l EITI (initiative pour la transparence des industries extractives). Ce travail m a permis de découvrir un nouveau pays, une culture et des manières de vivre différentes ; il m a rendue consciente des conséquences de la corruption, des injustices qui règnent dans ce pays, ainsi que des conditions misérables dans lesquelles vivent les Angolais. Ce travail a aussi intensifié mon désir d apporter de l aide aux gens qui en nécessitent, au travers de ma profession future. Je ne peux me sentir indifférente après avoir découvert ce pays et ses besoins. J espère qu un jour, je pourrais réellement m envoler en Angola, et découvrir de mes propres yeux la misère, l injustice, la richesse et la beauté de ce pays. Je vous invite à partir quelques instants, au travers de ce travail de maturité, à la découverte de l Angola. 2
2 Présentation du pays 2.1 Histoire 2.1.1 Origine 2 Les premiers habitants de l Angola sont des khoisans vivant de chasse et de cueillette, ne connaissant ni le métal, ni l agriculture. Les peuples de langue bantoue (peuples de la partie australe de l Afrique) commencèrent à émigrer depuis le golfe de Guinée et atteignirent la région dans les premiers siècles de l ère chrétienne. Les Khoisans furent progressivement repoussés vers le Sud par les Bantous. Ces derniers se divisèrent en de nombreuses tribus. Les Bakongos arrivèrent cependant à créer une civilisation puissante, le royaume Kongo (le «pays de la panthère») qui finit par dominer l Ouest. Le souverain, le mani-kongo, vivait dans une vaste capitale, Mbanza Kongo (le fort des Kongos). Les Bakongos utilisaient les coquillages comme monnaie. Au centre du pays, sur les plateaux, habitaient une autre nation bantoue importante, les Wambundus. Leur roi porte le tire Ngola (d où le pays tirera plus tard son nom). Les civilisations de l Afrique noire sont des civilisations orales qui ne connaissaient pas l écriture, mais pratiquaient la peinture rupestre. Elles cultivent une riche tradition orale (légendes, contes) transmise de génération en génération et utilisent les rythmes du tam-tam pour communiquer au loin. 2.1.2 Arrivée des Européens 3 Vers 1482, l explorateur portugais Diogo Cão atteint le Cap du Loup à l embouchure du fleuve Congo. Les Portugais débarquent et tirent d abord profit de la stupeur des Africains voyant pour la première fois des hommes blancs ayant des armes à feu inconnues, le mani-kongo est alphabétisé et converti tandis que des collèges jésuites sont construits. Les Portugais forment aussi des tailleurs de pierres et Mbanza Kongo est rebaptisé Sao Salvador (Saint-Sauveur) de Kongo. Arrivée de Diogo Cão en Angola 4 2 Tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/histoire_de_l'angola 3 Tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/histoire_de_l'angola 4 Tiré de http://www.wikipedia.fr 3
La plupart de la population vit néanmoins le christianisme comme une magie supplémentaire des nobles. Une guerre civile entre pro et anti-portugais éclate en 1506 et se termine avec la victoire des pro-portugais. Les relations entre Portugais et Kongos d abord égalitaires échange d ivoire contre armes à feu - tournent vers une mainmise des Portugais qui désiraient s approprier les mines d or et se procuraient des esclaves pour leurs colonies du Brésil employèrent la force. Les Portugais poussent les Bakongos à faire la guerre contre les ethnies voisines afin de capturer des esclaves et les échanger contre des produits manufacturés. Invasion de l Angola par les Portugais 5 En 1568 les Bayakas razzieurs nomades arrivent à prendre Sao Salvador et les Portugais doivent intervenir avec les premiers canons. Après cet échec, les Bakongos et les Portugais se brouillent et les Portugais prennent même des sujets du mani-kongo comme esclaves. Les Portugais sont chassés d Angola, en 1618, mais dès 1630 les Bakongos doivent combattre les négriers espagnols (marchants d esclaves). Les Espagnoles cherchent des esclaves pour Cuba. Peu de temps après, les Hollandais prennent la place des Espagnols, les esclaves sont alors déportés vers des plantations brésiliennes. En 1650 les colons portugais du Brésil arrivent à chasser les Hollandais. La guerre entre Kongos et Portugais reprend et se termine en 1668. 2.1.3 Colonisation portugaise (XVIe siècle) 6 L Angola est le premier pays africain à connaître le colonialisme européen. Le Portugal se limite à la région côtière et les rives du fleuve Congo. Le pays devient un vaste territoire de chasse aux esclaves à destination du Brésil et de Cuba. On estime que, du XVIe siècle au XIXe siècle, quelque seize millions d Africains auraient été déportés à bord de bateaux portugais, mais seulement quatre millions d entre eux auraient survécu au voyage et seraient devenus des esclaves au Brésil. Les colons portugais et brésiliens s installent sur les côtes et se mélangent à la population noire pour consolider l Angola comme possession portugaise, les Portugais y fondent des villes comme Luanda (1575). 5 www.portugal-virtual.net 6 Tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/histoire_de_l'angola 4
En 1836, les Portugais interdisent la traite des noirs (commerce d esclaves). L Angola aura été le pays le plus dépeuplé par la traite. Ce n est qu à la fin du XIXe siècle que les Portugais commencent à développer l intérieur du pays. Ils développent la culture du café, du sucre, l extraction du fer et du diamant. L extraction du pétrole commence en 1955. À partir de 1933, le régime colonial se durcit considérablement. Le Portugal instaure le «régime de l indigénat» (statut d infériorité). Trois catégories d individus sont instituées : Les civilizados, les Portugais Les assimilados regroupant les métis et quelques noirs qui ont accès à l instruction Les indígenas, les noirs (98 % de la population) soumis aux travaux forcés, à l interdiction de circuler la nuit, aux réquisitions et autres mesures comme les châtiments corporels. En 1951, les Angolais peuvent devenir des «citoyens portugais». Cependant les mouvements d opposition grandissent, des partis comme le MPLA (Mouvement populaire de libération de l Angola) un mouvement d orientation marxiste, et l UNPA sont créés en 1956. Le 4 février 1961, les membres de MPLA attaquent la prison de Luanda afin de libérer les prisonniers politiques et massacrent 2000 colons portugais. Les représailles de l armée portugaise font 10 000 victimes dans la communauté noire et des centaines de milliers d Angolais doivent fuir vers le Congo. Cette «agitation de Luanda» déclanche la guerre civile. Le Portugal est présent avec environ 200 000 hommes. Trois groupes armés se constituent en face, le MPLA (Mouvement populaire de libération de l Angola), le FNLA (Front National de Libération de l'angola) et l UNITA (Union pour l indépendance totale de l Angola). Le «régime de l indigénat» est aboli en 1962. Dès 1962 le FNLA forme un gouvernement angolais en exil à Léopoldville (Congo) et l ONU condamne les massacre portugais et reconnaît le droit du peuple angolais à l indépendance. En 1974 les militaires portugais, lassés par la guerre, renversent le dictateur Marcelo Caetano, transforment le Portugal en démocratie et quittent l Angola. Le 11 novembre 1975 le Portugal reconnaît l indépendance angolaise. Supporters du MPLA en 1976 7 7 www.britannica.com 5
Dès 1975, les dirigeants de MPLA s emparent alors des vastes contrées du pays, mais ne parviennent pas à vaincre la guérilla de l UNITA. Le pays s enfonce alors aussitôt dans une guerre civile ethnique, entre le MPLA, soit les métis et les citadins soutenus par l URSS et Cuba, et d autre part, l UNITA. À la mort de Neto (premier président de l Angola et secrétaire général du MPLA) en 1979, Dos Santos prend le pouvoir à Luanda. Cependant la guerre civile continue toujours. Les accords de Bicesse en 1991 aboutissent à un cessez-le-feu et à l organisation d élections générales supervisées par les Nations Unies. Le MPLA remporte 19 % des suffrages contre 40 % à l UNITA. Jonas Savimbi, leader de l UNITA, dénonce des fraudes et reprend les armes, cette fois sans soutien international. Un second accord de paix est finalement signé le 20 novembre 1994 prévoyant l intégration de l UNITA dans l armée régulière. En 1995 l accord est rompu. En 1997, un gouvernement d union national est formé avec Jonas Savimbi, mais en 1998 les combats reprennent après que Savimbi a dénoncé, selon lui, le manquement de MPLA à ses obligations. Le 28 août 1997, le conseil de sécurité de Nations Unies impose des sanctions contre l UNITA. En 1999, le MPLA tente alors le coup de grâce de déclencher une offensive militaire massive contre le quartier général de l UNITA. Le 22 février 2002, Jonas Savimbi, est finalement abattu lors d un assaut de l armée gouvernementale. Le 4 avril 2002, un nouvel accord de cessez-le-feu est signé mettant fin officiellement à 27 ans de guerre civile, qui a fait demi-million de morts et entraîné le déplacement de quatre millions de personnes. Soldats angolais 8 8 http://www.crispinhughes.co.uk/main/angola%201.htm 6
Maison détruite par la guerre, Kuito, Angola 9 Enfants devant une maison pillée en Angola 10 Les Angolais ont, durant toute leur histoire, vécu sous la domination d un pays étranger ou d un parti Angolais. Premièrement, par les Portugais lors de la colonisation. Puis lorsque l indépendance fut déclarée en 1975, la guerre éclata et le parti angolais de l UNITA, en lutte contre le parti du MPLA, prit le pouvoir jusqu en 2002, suite à 27 ans de guerre civile. Après des années de conflit et de recherche d indépendance, la paix et la tranquillité ont pris place dans ce pays. L Angola est aujourd hui en pleine reconstruction et croissance économique. Le passé de ce pays est toujours gravée dans la mémoire des Angolais, et le chemin de reconstruction sera long. 9 http://pissarro.home.sapo.pt/angola10.jpg 10 http://www.bbc.co.uk/albanian/specials/1318_50_photography/page11.shtml 7
2.1.4 Témoignages de guerre 11 C est au travers de ces quelques témoignages recueillis par MSF France, que nous pouvons voir les horreurs que les Angolais ont vécues durant ces 27 ans de guerre civile. Il est parfois difficile pour nous Européens, vivant en paix, de nous imaginer les conséquences d une guerre. Nous ne pouvons pas nous rendre compte de tout ce que cette population innocente et oubliée a subi. De nombreuses personnes sont décédées sous les coups, ou encore sur les mines. Des vies ont été détruites, des familles dispersées, des membres amputés, des jeunes filles violées et torturées. Toutes ces horreurs ont duré près de trente ans. L Angola a retrouvé depuis quelques années la paix, mais les séquelles sont toujours présentes, il faut à présent tout reconstruire. «En 1990, elle est enlevée à l âge de 10 ans et emmenée à la «base 50» de l UNITA. Elle est affectée au service d un chef UNITA en tant que femme de ménage et employée au transport des récoltes du champ à la base militaire. Elle a eu deux enfants, à l âge de 13 ans et de 15 ans, puis s est mariée avec un soldat UNITA en 1998 qui a rejoint une unité de combat dans la province de Bié en 1999. Depuis elle n a plus de nouvelles de lui.» De nombreux enfants ont été séparés de leurs parents afin qu ils travaillent sur des bases de l UNITA par exemple. Enormément d enfants ont été par la suite violés ou battus. Leurs conditions de vies furent détestables. «J ai été violée plusieurs fois, j ai été obligée de coucher avec les soldats sinon ils m auraient tuée. J étais obligée de faire tout ce qu ils voulaient. J allais chercher du maïs, je faisais tous les travaux pour les chefs, j étais prisonnière et ma punition, c était de tout faire. Nous étions 30 femmes à subir le même sort.» «Elle ne connaît pas son âge, mais plutôt jeune, environ 17-18ans. Elle porte des habits sales et déchirés, comme la plupart des déplacés ici au centre de Kaala, et regarde constamment vers le sol. Elle ne parle pas portugais, seulement umbundu. Elle vient d arriver de Chipindo. Elle a une petite fille de 4 ans. S. a été enlevée très jeune, sans doute vers 6-7 ans, par les troupes de l UNITA. Elle ne se souvient pas de ses parents, ni des conditions de son enlèvement. Elle sait juste qu au début, elle était seule et qu ensuite d autres filles sont arrivées. Elle se souvient qu elle est originaire de Cusse, province d Huila, et que c est là qu elle a été enlevée. Elle a été utilisée pour le travail forcé dans la base UNITA : préparer la farine de maïs, de manioc, faire la cuisine, laver le linge, porter les bagages quand ils étaient attaqués et devaient battre en retrait. Elle est restée dans une base fixe pendant quelque temps, puis ils ont fui à de nombreuses reprises. Elle était nourrie, mais ne recevait pas d habits. Alors, pour s en acheter, elle devait travailler en plus sur des terres de civils quand ils restaient à un endroit fixe. Elle a été mariée très jeune à un soldat, «alors qu elle n avait pas encore de seins», et elle a eu un seul enfant de lui, cette fillette de 4 ans. Puis son mari l a laissée pour une autre, mais il venait la voir de temps en temps quand même. Elle est arrivée dans le centre MSF en avril 2002. Pour son futur, elle va essayer de retrouver sa famille à Cusse» Nombreux sont les gens qui essaient encore aujourd hui de retrouver leur famille dispersées suite à la guerre. Pour aider ces familles, le Comité International de la Croix-Rouge, en coopération avec la Croix-Rouge angolaise a ouvert des bureaux de recherches répartis sur tout le territoire angolais. Beaucoup d Angolais se sont réfugiés dans les pays voisins, ce qui pose beaucoup de problème à la recherche de ces personnes, et la plupart des Angolais enlevés à l âge de 7-8 ans ne se souviennent plus de leurs parents, cela complique aussi les recherches. 11 Témoignages tirés du rapport «Angola une population sacrifiée» de MSF France, octobre 2002 8
Enfant soldat du MPLA 12 2.2 L Angola 2.2.1 Généralités L Angola est un pays du sud-ouest de l Afrique limitrophe à la République démocratique du Congo, la République du Congo, la Namibie et la Zambie. L Angola est bordé à l ouest par l océan Atlantique. Le pays est un immense quadrilatère reliant l Afrique centrale francophone à l Afrique australe anglophone. Le nom officiel de l Angola est République d Angola. Son président est José Eduardo Dos Santos (au pouvoir depuis 1979). L Angola, avec une superficie de 1 246 700 km 2 (y compris l enclave de Cabinda, au nord-ouest du pays) est le septième pays d Afrique pour sa superficie. José Eduardo Dos Santos 12 http://pro.corbis.com 9
2.2.2 Végétation et climat L Angola est constitué pour les deux tiers de son territoire d un plateau vaste et élevé allant jusqu à 1500m d altitude. Place appelée Chongoroi dans la province de Benguel 13 Savane 14 13 Nelson Viegas 14 http://www.nbrservices.com/photo_gallery/index.php?gallery=angola&image=nbr%20services%20-%20angola%20beach.jpg 10
«the moon mirador», à 45km au sud de Luanda 15 A l'ouest de la Namibie, au bord du fleuve-frontière Kunene.Un regard sur les imposantes montagnes rocheuses de l'angola 16 15 Steven Le Vourc'h 16 Maurice Chatelain 2007, http://www.sable-et-glace.com/galerie 11
Le climat est de type tropical, car l Angola se situe entre l équateur et le tropique du Capricorne. Deux saisons se partagent l année : une saison sèche, cacimbo, de septembre à avril, et une saison humide, de mai à août. Orange : tropical humide Jaune clair : tropical sec Jaune foncé : tropical désertique Vert : modifié selon l altitude Tiré de Ministério da educação, Atlas Geográfico Volume 1, República Popular de Angola, 1982 Une grande forêt tropicale humide et dense recouvre le nord de l enclave de Cabinda. La partie sud est composée de savane, et des prairies remplissent la partie sud-est. L Angola est très riche au niveau de sa faune. On peut y retrouver des mammifères africains, tels que l éléphant, le rhinocéros, le lion, et plusieurs autres espèces. Neuf grandes réserves ont été créées afin de protéger ses espèces. 12
2.2.3 Population L Angola est divisé en 18 provinces : La population est aussi divisée en plusieurs groupes ethniques différents 17, tels que les : Ovimbundus (37% de la population) Kimbundu (25% de la population) Bakongo (13 % de la population) Lumbe (5 % de la population) Huambe (5 % de la population) Chokwe (4 % de la population) Luena (3 % de la population) Luchasi (2 % de la population) Ambo (2 % de la population) Lunda (1 % de la population) Mbunda (1 % de la population) Européens et autres (4 % de la population) 17 Tiré de : http://pages.infinit.net/marct/angola.htm 13
La population angolaise est d environ 17 024 000 18 habitants. La densité est de 13,7 hab./km 2. Le catholicisme est pratiqué par 38 % de la population, 15 % sont protestants et les 47% autres sont de croyances indigènes. 19 La langue officielle est le portugais, mais la plupart des angolais parlent des dialectes bantous ou d autres langages africains. La population est relativement jeune, comme beaucoup de pays africain, avec 47.6 % 20 de la population de moins de vingt ans. Et 68% 21 de la population totale vit en dessous du seuil de pauvreté. Les conditions de vie des Angolais restent précaires avec, en 2006, un taux d alphabétisation à 42 % 22, bien que l enseignement soit devenu gratuit et obligatoire en 1975. 18 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2008, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2007 19 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 20 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, op.cit. 21 tiré de : www.missioneco.org/angola 22 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, op.cit. 14
École à Cacuso 23 64% de la population dispose de moins de 1$ par jour pour vivre, 68 % n a pas d accès à l eau potable et 69 % 24 n a pas d accès aux soins de base Pompage de l eau du puits, dans le camp de déplacés de Cuemba, près de la ville de Camacupa 2.2.4 Santé Le taux de natalité est de 50, et le taux de mortalité infantile de 154 25. L espérance de vie, pour les hommes, est de 39 ans, et 41 ans 26 pour les femmes. En 2005, 280 000 adultes (de 15 à 49 ans) étaient atteints du virus du Sida, 170 000 femmes, et 35 000 enfants (0-15 ans) 27. Il y avait 310 cas de tuberculose pour 100 000 personnes en 2004 28, et 8 773 cas de malaria pour 100 000 personnes en 2000 29. Environ 38 % de la population totale est sous- alimentée 30. 23 MICHAUD Olivier 24 Tirés de www.diplomatie.gouv.fr/fr 25 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2005 26 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2005 27 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 28 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 29 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 30 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 15
Le pays est resté classé dans les derniers rangs mondiaux (160 sur 177 31 ) au titre de l IDH (l indicateur du développement humain). tiré du livre sous la direction de MATHIEU J.- L., Géographie 2 e, les hommes occupent et aménagent la terre, Nathan, 2006 L aide humanitaire a aussi très peu aidé à mettre en place les infrastructures minimales (eau, éducation, santé) dans les provinces après la guerre civile. Les mines antipersonnelles (environ 7 millions), réparties à travers le pays, continuent de faire des victimes. Les séquelles de la guerre sont également visibles avec la difficulté de réintégration dans la vie civile des ex-combattants, le désarmement de la population civile ou encore le retour des populations déplacées. En 2002, L Angola avait plus de 86 000 victimes de mines antipersonnelles. Ces mines de plus de 22 pays sont déposées en Angola suite à la guerre civile. 32. 31 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2005 32 www.photooikoumene.org 16
2.2.5 Richesses et économie Le sous-sol angolais est très riche en ressources naturelles. Le pétrole, le diamant, le minerai de fer, le cuivre, l or figurent parmi les plus grandes richesses. Or Fer Cuivre Magnésium Zinc Molybdène Diamants Uranuim Quartz Phosphate Fluore Mica Feldspath Gypse, plâtre Soufre Diatomite Kaolin Marbre Granit Asphalte Calcaire Lignite Pétrole Tiré de Ministério da educação, Atlas Geográfico Volume 1, República Popular de Angola, 1982 17
Le pétrole est la ressource principale du pays. Le secteur pétrolier représente environ 90% des exportations du pays, et 80% des revenus 33. L Angola est le 4 e exportateur de diamants au monde. La production de diamants a atteint en 2005, 892.7 millions $ 34. Il s agit de la seconde source d exportation avec 6% des revenus. La production de diamants en Angola est estimée atteindre 10 millions de carats en 2008 35. En 2006, elle atteignait 8 millions de carats 36. Composition des exportations Origine des importations 6% 4% 90% Pétrole Diamants Autres 13% 11% 7% 6% autres Portugal 48% Afrique du sud USA Japon 15% France contribution au PIB 29% 8% 5% 6% 4% 48% pétrole manufacture exploitation services agriculture autres destination des exportations 40% 7% 3% 17% 3% 30% Autres Corée du Sud Chine France USA Chili 33 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 34 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 35 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 36 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 18
Bien qu il y ait une forte croissance économique du pays, l Etat angolais reste très endetté (environ 14,8 milliards de dollars de dette extérieure publique - argent que l Angola doit rembourser aux Portugais et aux Russes - pour 2006, soit 34 % du PIB 37 ). Selon le Fonds monétaire international (FMI), l Angola nécessiterait d une plus grande transparence de ses comptes publics, s agissant surtout des revenus du pétrole et des diamants. L Angola est membre de la Communauté Economique des Etats d Afrique centrale (CEEAC), et souhaite jouer un rôle de stabilisateur en Afrique centrale. Elle entretient d étroites relations avec le Congo et des relations actives avec la RDC. Ce pays entretient des relations anciennes et privilégiées avec la Russie. Une dizaine d accords intergouvernementaux ont été signés fin 2006, lors de la visite d Etat du Président Angolais à Moscou. Il y a un accroissement important de la coopération bilatérale (pétrole, gaz, diamant). L Angola développe aussi actuellement ses relations avec l Asie, notamment la Chine qui a octroyé plusieurs prêts à Luanda gagés sur les ressources pétrolières. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont crû de manière très importante, et la Chine a obtenu la plupart des grands chantiers de reconstruction angolais (aéroport, routes, chemin de fer). La population locale n est pas très ouverte à l arrivée des Chinois, car eux ont du travail, alors que les gens locaux sont aux chômages. Il y a là un réel problème. L arrivée des Chinois est très positive pour la reconstruction du pays, mais malheureusement ils occupent des places de travail trop nombreuses. La monnaie angolaise est le Kwanza (tiré du nom d un fleuve angolais). La monnaie d'échange dans le pays est le $ US. On ne doit pas sortir un seul Kwanza du pays. En mai 2005, 1 $US s'échange entre 86 et 89 Kwanza. billets Kwanza 38 37 www.diplomatie.gouv.fr 38 http://www.c-kemp.de/geld/index.html 19
2.3 Le pétrole en Angola 2.3.1 Histoire du pétrole angolais L industrie pétrolière a débuté en 1955 avec la découverte de pétrole dans la vallée de Kwanza par la compagnie belge Petrofina, laquelle forma la compagnie mixte Fina Pétroles d'angola (Petrangol) avec le gouvernement angolais. En 1968, la compagnie Cabinda Gulf Oil Co (Cabgoc) perfora le premier puits en mer dans la région de Cabinda, encore considérée aujourd'hui comme la plus productive. L industrie pétrolière s est rapidement développée depuis les années 60. Lorsque l'angola devint indépendant du Portugal (1975), il produisait déjà 170.000 barils par jour. Depuis lors, la production pétrolière varie fortement, par exemple, de 170.000 barils par jour en 1976 à 500.000 barils en 1977 39. En 2006, environ 1.4 millions de barils 40 par jour sont produits. En 1978 et 1979, une enquête sismique de la plaque continentale au large de l Angola a révélé d autres gisements importants de pétrole en eaux profondes. 2.3.2 Vue d ensemble L Angola avait en janvier 2007, une réserve de 8.0 milliards de barils de pétrole 41. La majorité des réserves sont situées dans les bocks offshore. Des réserves de pétrole ont aussi été découvertes on- shore près de la ville de Soyo. La production pétrolière angolaise est en 2007 à 1.4 millions de barils par jour. L EIA (Energy Information Administrator) prévoit 2.0 millions de barils par jour pour 2008. L Angola pourrait atteindre en 2011 son plus haut niveau de production pétrolifère, 2 600 000 barils/jour, avec la découverte de nouveaux puits en eaux profondes et ultra profondes, selon les estimations d un rapport de la Banque Mondiale sur l économie nationale. Girassol, Luanda 42 39 www. oilwatch.org 40 www.eia.doe.gov/emeu/cabs/angola/oil.html 41 www.eia.doe.gov/emeu/cabs/angola/oil.html 42 http://pro.corbis.com 20
L Angola, un des pays les plus pauvres d Afrique, consomme très peu de pétrole (62 000 barils/jour en 2006 43 ) comparé à sa production. Le potentiel pétrolier de l Angola joue un rôle très important pour l économie du pays. L Angola est le second exportateur de pétrole d Afrique, après le Nigeria. Les Etats-Unis et la Chine, par exemple, ne restent pas indifférents et considèrent cette production de pétrole très intéressante. L Afrique, et en particulier l Angola, attire les sociétés pétrolières internationales pour plusieures raisons. Premièrement, le pétrole y est de bonne qualité. Deuxièmement, il est facile à transporter aux Etats-Unis, et il est par-dessus le marché plus accessible que les gisements du Moyen-Orient. Troisièmement, la production pétrolière est moins risquée en Angola puisqu elle a surtout lieu offshore, à l abri des risques de perturbation sociale et politique des gisements de la terre. Depuis le début de l année 2007, l Angola est membre de l Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). Cette adhésion ouvre le marché pétrolier angolais encore plus au monde entier. 2.3.3 Production En 1976, le gouvernement angolais a créé une compagnie pétrolière nationale appelée la Société National de Combustibles Angolais (Sociedade Nacional de Combustiveis de Angola, Sonangol). En 1978, Sonangol est devenu le concessionnaire unique pour l'exploration de pétrole et la production en Angola. Sonangol travaille en collaboration avec des compagnies étrangères. Les principales compagnies pétrolières opérant en Angola sont : BP (Royaume- Uni) Chevron (Etats- Unis) Devon Energy (Etats- Unis) ExxonMobil (Etats- Unis) Maersk (Danemark) Roc Oil (Australie) Total (France) 43 www.eia.doe.gov/emeu/cabs/angola/oil.html 21
Il existe quatre bases pétrolières en Angola, toutes situées sur la côte Atlantique : Malongo dans l enclave de Cabinda, Soyo à l extrême nord du pays, Luanda au centre, et Lubito plus au sud. L Angola a l avantage d extraire le pétrole offshore. Ce qui a permis aux compagnies étrangères de poursuivre et même d intensifier les recherches et l exploitation durant les années de guerre civile, sans être dérangées. Le pétrole angolais est de très bonne qualité, d'une densité proche de celle du Brent de la mer du Nord (brut léger qui sert de référence depuis sa découverte au large d Aberdeen en Grande-Bretagne), et d'une faible teneur en soufre. Cette bonne qualité est un atout excellent pour la production pétrolière angolaise. La production pétrolière est divisée en différents blocs on- ou offshore. Les blocs offshores sont divisés en trois bandes : 1. Bande A, blocs en eau peu profonds 0-13 2. Bande B, blocs en eau profonde 14-30 3. Bande C, blocs en eau ultra profonde, 31-40 Le bloc zéro est localisé on shore (installations terrestres) dans la province de Cabinda et compte approximativement 370 000 barils par jour de la production angolaise, c est-à-dire le tiers de la production du pays. 22
23
2.3.4 Transport Gisements de pétrole dans l enclave de Cabinda 44 Hormis quelques pipelines, le pétrole est acheminé par voie maritime, au moyen de plus de 3300 pétroliers qui sillonnent les océans. La situation géographique de l Angola est un atout pour l exportation pétrolière, car le pétrole est facile à transporter aux marchés des Etats-Unis par exemple. transport maritime pétrole 45 44 www.chevron.com 45 www.planete-energies.com 24
3 Le gouvernement angolais et la corruption 3.1 La corruption 46 3.1.1 Définition La corruption est l utilisation et l abus de pouvoir à des fins privées. Ces fins privées sont généralement un enrichissement personnel ou pour le compte de tiers. La corruption concerne toute personne bénéficiant d un pouvoir, que ce soit une personnalité politique, un fonctionnaire, un médecin ou encore un sportif. La corruption amène des agents du secteur public et du secteur privé à se livrer à des activités illégales, illégitimes ou illicites qui portent atteinte aux perspectives économiques d un pays et dégradent ses institutions sociales et politiques. Elle est un symptôme de la faiblesse des systèmes politiques, sociaux, judiciaires et économiques. Un bon moyen de savoir s il y a corruption ou non consiste à déterminer si les activités en question se déroulent dans un climat d ouverture et de transparence. Même lorsque la corruption est généralisée, ceux qui s y livrent cherchent à la cacher au public. La corruption a toujours été présente et n est pas confinée à telle ou telle région du monde. Au contraire, c est un phénomène mondial, bien que sa gravité varie d un pays à l autre. Carte de Transparency International illustrant l indice de perception de la corruption dans le monde en 2007. L Angola a un indice de 3-3.09, et fait donc partie d un des pays les plus corrompus du monde. 47 46 Tiré de www.wikipedia.fr ainsi que du rapport «Combattre la Corruption», du centre parlementaire Canada en partenariat avec l Institut de la Banque mondiale et avec l appui de l Agence canadienne de développement international, septembre 2000 47 http://www.transparency.org/policy_research/surveys_indices/cpi/2007 25
3.1.2 Les causes de la corruption En règle générale, la corruption est présente lorsque les institutions gouvernementales sont faibles, que les politiques et les règlements de l État lui donnent libre champ et que les institutions de surveillance (le parlement, l appareil judiciaire, la société civile, etc.) sont marginalisées ou elles-mêmes corrompues. Le manque de transparence et de liberté de presse est aussi une cause de la corruption. 3.1.3 Les conséquences de la corruption La corruption a de graves répercussions sur la qualité de la gestion publique et les efforts pour atteindre un développement du pays durable. La corruption est une forme de vol public. Comme les fonds sont détournés du trésor national et souvent envoyés à l étranger, ils ne sont pas utilisés sur place à des fins productives. La corruption déforme la prise de décision, ce qui entraîne une dégradation du pays, car rien n est mis en place pour favoriser la croissance économique du pays, ainsi qu aucun projet pour venir en aide à la population angolaise L une des conséquences les plus visibles de la corruption est son impact sur le développement économique. La corruption met en péril la réalisation des objectifs du développement durable. Ce sont les pauvres qui paient le plus cher en pareil cas, d où aggravation des écarts extrêmes entre les riches et les pauvres. Les Angolais sont conscients de la corruption, souligne le journaliste Serge Michel, mais «c est le rapport de force qui compte. Celui qui a du pouvoir a de quoi manger, et a une position lui permettant de profiter de la corruption. Je ne pense pas qu il y ait dans la population une condamnation morale de la corruption : ceux qui peuvent en profitent, les autres souffrent, c est tout! Le président Dos Santos a gagné la guerre, il a donc tous les droits». La corruption engendre la corruption, ce qui conduit à une spirale toujours plus large de paiements illégaux jusqu à ce que les structures de l État soient complètement minées et que des années de développement soient annulées. En Angola, une grande partie du revenu pétrolier part dans le porte-monnaie du gouvernement, et spécialement du Président José dos Santos. Comme le souligne Christa Bez: «Le fond global et différentes ONG donnent maintenant plus d argent pour se procurer des médicaments aux organisations privées. Si l on donne de l argent au gouvernement, il y a une grande partie de cet argent qui part dans les salaires, ou dans la construction d immeubles par exemple». Le 21 février 2007, Sarah Wykles, enquêtrice de l ONG Global Witness en Angola, a été arrêtée et conduite en prison de la ville de Cabinda, après avoir été accusée de crime d espionnage. Elle enquêtait sur les progrès accomplis dans l'utilisation des fonds issus du secteur pétrolier. Sarah Wykes a mené pour Global Witness nombre de campagnes contre la corruption et la mauvaise gestion de fonds provenant des recettes du pétrole, et elle se trouvait à Luanda afin de discuter avec des représentants des compagnies Chevron, Total, Devon et Rock Oil. Puis elle s'est rendue à Cabinda pour approfondir les enquêtes qu'elle mène depuis plusieurs années. Elle a été expulsée du pays le 18 mars 2007. 26
"Cette affaire confirme ce que nous disons depuis longtemps, à savoir le manque de liberté. Il s'agit d'une dictature diabolique", a affirmé le père Raul Tati, ancien responsable du diocèse de Cabinda. 48 L Angola n est pas encore prête à jouer la carte de la transparence. La corruption est toujours très présente au sein du gouvernement. Christa Bez le confirme «Nous avons vu fin 2006 début 2007 que si un politicien dénonce la corruption, s il met son doigt dessus, il est directement retiré de ses fonctions.». Le gouvernement angolais ne veut pas, pour l instant, changer sa manière de diriger et de gérer le pays. L avenir du pays et sa croissance ne sont pas prêts à s améliorer tant que des mesures contre la corruption ne sont pas prises. Christa Bez souligne qu elle «ne voit pas pour l instant quelqu un qui ait le charisme et qui soit apte à faire changer quelque chose. Je ne vois sincèrement pas il ne reste que le changement de cœur, pour faire changer le pays». Elle attire aussi l attention sur le fait qu «il n y a pas que de la corruption au niveau pétrolier, mais partout. Seulement les Angolais avec tout ce qu ils ont déjà vécu sous les Portugais, les Cubains, les Russes, font de la résistance passive, ce qui ne conduira à rien. Je pense qu ils n ont pas la force de se battre. Ils n ont plus d espoir.». Olivier Michaud souligne, que «Je n ai pas vraiment perçu la corruption à l époque (1989-1993) sauf au niveau des privilèges dont jouissaient les membres du parti au pouvoir (MPLA) (accès aux emplois, aux magasins, appartements, voitures de fonction...)». L Angola est un pays corrompu, où la population locale est d une certaine manière oubliée. Peu de mesures sont prises afin de changer cela. Le pays avance, mais le changement ne suit pas, beaucoup d injustices règnent encore à ce jour dans ce pays. Serge Michel affirme que «Elle [la corruption] est massive. Elle est acceptée par les compagnies européennes comme étant une condition sine qua non pour faire des affaires dans ce pays. Elle est la véritable cause du non développement du pays, malgré ses ressources naturelles (pétrole, diamants)». 48 tiré de l article du 21 mars 2007, «ANGOLA, Impossible enquête sur la gestion de l'argent du pétrole», Courrier International 27
3.1.4 Cartes Ci-dessus, nous pouvons observer le classement à l échelle mondiale (% du total) de la lutte contre la corruption. L Angola (en rouge vif) se situe entre 0 et 10%. Ces chiffres illustrent malheureusement parfaitement ce qu il se passe en Angola. Comme je l ai déjà mentionné précédemment, la corruption est présente depuis de longues années dans le pays, et peu de choses sont mises en place afin de lutter contre cela. Seules quelques ONG luttent contre la corruption, telles que Publish What You Pay ou encore Global Witness. 28
Ci-dessus, nous observons l indice de perception de la corruption en 2005. Les valeurs de l Angola se trouvent entre 1.70 à 2.29 (10 = absence de corruption). Ces chiffres nous montrent que les Angolais sont conscients que la corruption existe. La population perçoit cette corruption, mais malheureusement, elle est impuissante. Plusieurs pays sont dans le même cas que l Angola ; la République Démocratique du Congo, le Burundi, la République Centre Africaine, le Soudan, le Tchad, le Nigeria et la Somalie. Dans beaucoup de ces pays, la production pétrolière est la cause première de la corruption. De nombreuses entreprises européennes et américaines exportent du pétrole de ces pays-ci. Dans ces pays, la population locale est consciente de cette corruption mais elle est impuissante face aux gouvernements. 29
3.2 Exemple de corruption en Angola : l Angolagate 49 L Angolagate est le nom donné par les médias français et internationaux au scandale qui a conduit, entre autre, à l arrestation en décembre 2000 de Jean-Christophe Mitterand, fils de l ancien Président de la République français François Mitterand. Ce scandale discuté dans la presse concerne les propos de trafic d armes et d abus de biens publics par un réseau complexe d individus impliqués dans l approvisionnement en armes de l Angola en 1993 et 1994. 3.2.1 Le scandale En 1993, malgré que le Président dos Santos ait gagné les élections angolaises de 1992, le gouvernement angolais perdait la guerre contre l UNITA. Cette dernière avait repris les armes suite à sa défaite électorale, et contrôlait à ce moment-là environ 80 % du pays. Le gouvernement n avait ni les armes, ni les fonds pour se défendre. Dos Santos lança un appel à l aide à quelques relations qu il avait à Paris. Toutefois, un petit problème était là ; toute assistance militaire à l Angola de la part du gouvernement français devait avoir le soutien du Ministre français de la Défense, qui à l époque était l un des partisans de l UNITA. Aucune aide pour le gouvernement angolais n était donc possible. Pierre Falcone 50 Jean-Christophe Mitterand, fils de l ancien Président français, aurait alors appelé l homme d affaire Pierre Falcone pour trouver une solution. Falcone était à la tête d un groupe de sociétés du nom de «Brenco International» et travaillait simultanément comme «conseiller principal» pour la Solfremi, une société de services et sécurité à l exportation sous le contrôle du Ministère de l Intérieur français. Falcone aurait ensuite développé un partenariat avec l émigré russe et homme d affaire Arkadi Gaidamak. Gaidamak a affirmé que l objet de leur coopération était la provision de crédits garantis sur le pétrole en Angola, mais il a nié avoir été impliqué dans des marchés d armes. Les rapports de presse françaises décrivent une série de contrats que Falcone et Gaidamak auraient passé pour fournir des armes à l Angola en 1993 et 1994, pour un montant total de 633 millions de dollars américains. Ce trafic d armes avec l Angola faisait partie d une stratégie pour assurer une part importante de la production pétrolière angolaise. D après Global Witness, qui est une ONG spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement et la corruption politique qui l'accompagne, les armes livrées étaient manifestement d une qualité suffisante pour changer le sort du gouvernement. Arkadi Gaidamak 51 Les enquêtes menées au sujet de l Angolagate ont également révélé qu en plus des armes, ce système de financement et de livraison a été utilisé pour de la nourriture, des médicaments et d autres articles nécessaires au gouvernement angolais pour soutenir son effort de guerre. D après un certain nombre de rapports de presse, Falcone et Gaidamak étaient tous deux impliqués dans une affaire visant à négocier la dette de 5.5 milliards de dollars de l Angola envers la Russie. D après un article en février 2002 du journal Le Temps, «en 1996, la paire (Gaidamak et Falcone) a négocié le rachat de la dette angolaise envers la Russie : cette dernière projetait de recevoir 1.5 milliard de dollars au lieu de 5 milliards de dollars que lui devait le gouvernement de Luanda.» 49 Tiré du rapport de Global Witness, «Tous les hommes des Présidents», mars 2002 50 Tiré du site www.inthesetimes.com 51 Tiré du site www.guysen.com 30
L article continuait ainsi : «les Angolais ont accepté de rembourser ce montant, grâce aux revenus pétroliers du pays.». Selon cet article, plusieurs sociétés basées en Suisse auraient participé à l opération. Glencore, à Zoug, aurait échangé le pétrole et Paribas et d autres banques auraient avancé l argent promis par l Angola. Suite à une série d enquêtes judiciaires complexes, Pierre Falcone a été arrêté le 1 er décembre 2000. Après cette arrestation, plusieurs autres personnes tel que Jean- Christophe Mitterand ont été accusées et arrêtées. Falcone a été finalement libéré le 1 er décembre 2001, après exactement un an de prison. Sa libération a été acceptée contre une caution de 14 000 000 de dollars. 3.2.2 Les conséquences Les conséquences de ce trafic d armes sont terribles pour la population angolaise qui doit payer un prix terrible, car ce trafic d armes a d une certaine manière favorisé la guerre en Angola et n a en aucun cas diminué la dette angolaise. En plus, des milliers de personnes sont décédées durant la guerre, chaque jour 480 enfants meurent de causes évitables, un quart de la population a dû se déplacer et plus d un million de citoyens sont entièrement dépendants de l aide alimentaire. 4 La population angolaise et la pauvreté L Angola est un des pays les plus pauvre d Afrique, alors que sa production pétrolière est la seconde d Afrique. La population locale a subi et subi encore la corruption liée aux ressources pétrolières. Pourquoi un pays si riche en pétrole est-il un des plus pauvres au monde? Les Angolais vivent dans des conditions misérables comme le souligne Serge Michel «C est vraiment [en parlant des conditions de vie], pour la majorité des Angolais, de la survie, pas de la vie. Le bidonville de Boavista est sans doute le contraste le plus révoltant : il y a du pétrole sur la plage, juste devant, et il y a en haut les riches maisons qui balancent leurs ordures. L autre lieu symbolique est le grand marché de Roque Santeiro, où les échoppes sont misérables, quelques morceaux de plastique, le sol est dégoûtant (des arts, des ordures) et les enfants sont shootés à la benzine». Dans le livre UN MONDE DE BRUT, que Serge Michel a co-écrit, il nous dit que «à Boavista [bidonville de Luanda], il n y a ni eau courante, ni électricité. Tout s arrête à la tombée de la nuit, vers 19 heures. Jusqu à une période récente, les habitants venaient prélever le brut de la plage, qu ils utilisaient pour éclairer leurs cabanes de boue et de plastique». Enfants dans bidonville de Boavista, Luanda 52 Le coût de la vie en Angola est extrêmement cher, alors que la pauvreté est partout visible. Serge Michel confirme cette réalité : «Les taxis étaient plus chers qu à Genève et nous avons fait 3 ou 4 hôtels avant d en trouver un, bien pourri, qui ne faisait pas trop exploser le budget, mais c était tout de même 80 dollars la nuit pour une chambre à 2 lits». Christa Bez, qui vit depuis des années dans ce pays souligne que «L Angola est un pays cher, par exemple moi, pour vivre durant un 52 www.msf.ch 31
mois, en comptant que je mange deux fois par mois en dehors de la maison, ça me fais 1000$ (environ 1250CHF), ce qui est cher pour un pays africain! Le fruit le moins cher c est les pommes. Un œuf coûte par exemple aujourd hui un demi $ (60cts CHF). Ce qui est cher pour un Africain. Les gens en mangent beaucoup, on trouve des femmes qui se promènent dans la rue avec des œufs ou avec une boîte de saucissse fumées que nous mangeons avec les haricots secs et que nous mettons dans le pain. Et ça c est le déjeuner. Premièrement ce n est pas du tout sain, et avec ce déjeuner, ils boiront un coca ou une eau sucrée qui coûte aussi un demi $. Donc imagine avec une famille nombreuse combien cela va te coûter». Les transports sont aussi à des prix exorbitants : «Par exemple, pour mes collaborateurs, le trajet de leur maison jusqu au travail par le taxi du peuple qui leur prend peut-être 3 heures leur coûte 4 $ (environ 5CHF) par jour. Notre réceptionniste qui habitait à mi- chemin du travail gagnait 130 $ (environ 160CHF), mais dépensait 100 $ (122CHF) pour le transport.» nous signale Christa Bez. Il y a un fossé révoltant entre la population riche, qui peut subvenir à ses besoins, et la population pauvre qui subit le sort de la corruption. Le coût de la vie en Angola a été fixé par rapport aux personnes locales riches et aux étrangers, alors que la population locale ne peut même pas gagner assez afin de vivre modestement. Le changement en Angola doit se faire là ; ce fossé entre la population doit être réduit. 4.1 Santé En 2004, selon l Organisation Mondiale de la Santé (OMS), seulement 53 % de la population totale avaient accès à des sources d eau potable améliorées. Et seuls 31 % avaient accès à un assainissement adéquat. Beaucoup de gens s hydratent avec une eau très sale remplie de bactéries qui provoque des diahrées et d autres maladies. Le taux de natalité est de 47,3, et le taux de mortalité infantile de 131,9 53. L espérance de vie, pour les hommes, est de 39 ans, et 41 ans 54 pour les femmes. Ces chiffres placent l Angola dans les pays où l espérance de vie est la plus faible. En 2005, 280 000 adultes (de 15 à 49 ans) étaient atteints du virus du Sida, 170 000 femmes, et 35 000 enfants (0-15 ans) 55. Le Sida est un énorme problème en Angola ; «Avant 2000 le sida était un sujet tabou» souligne Christa Bez. Elle ajoute que «l Angola, sous pression de l étranger en 2001 a commencé sa première campagne contre le sida. Leur slogan était «Le Sida tue!». Mais si nous disons ça à un Africain, c est comme si nous lancions un jugement de mort sur lui. Pour lui, ça voudrait dire qu il va mourir demain. Donc il ne fera plus rien, et se dira qu il est inutile de suivre un traitement si l on meurt de suite. Une seule organisation privée est allée à la TV pour expliquer les conséquences de la maladie, les moyens de se protéger, ainsi que pour leur donner une éducation sexuelle saine, car dans la culture les parents ne peuvent pas la faire. Si les parents donnent une éducation sexuelle à leur enfant ça veut dire qu ils l incitent à vivre sa vie sexuelle. Donc c est très difficile d en parler avec des jeunes, car en général on n en parle pas à la maison. Un travail de prévention et d information doit être fait. Ce qu il faut aussi savoir, c est que si je parle du Sida, selon leurs pensées, je risque d être infecté. La parole a une puissance terrible culturellement. Si l on dit à quelqu un de prendre des précautions, de se protéger, et qu un jour il est atteint de cette maladie, ça veut dire que c est nous qui avons lancé le sida sur lui, car nous l avons déjà prédit. Il y a quand même une évolution qui s est faite au niveau de la prévention et de l information ces dernières années; on condamne aussi moins le sida et les personnes atteintes. Elles sont moins rejetées.» Il y avait 310 cas de tuberculose pour 100 000 personnes en 2004 56, et 8 773 cas de malaria pour 100 000 personnes en 2000 57. Les soins ne sont pas assez accessibles à la population. Trop peu 53 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2008, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2007 54 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, op.cit. 55 Tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 56 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 57 tiré du rapport Fast Update, n 2, mars à avril 2007, swisspeace 32
d infrastructures primaires ont été mises en place par le gouvernement, pour tenter de faire diminuer le nombre de cas malades. Christa Bez confirme que «l argent [donné afin d avoir un accès aux médicaments] est très mal utilisé par le gouvernement. Alors le fonds global essaie de donner l argent aux autres organisations qui ne corrompent pas. Mais l Angola est sous pression et a dû mettre des médicaments à disposition toujours avec l aide de MSF, La Croix- Rouge, MEDAIR Plusieurs organisations d aide humanitaire étaient découragées de voir que rien, pas même un plan national était fait pour mettre à disposition des médicaments. Et amener tous les malades de la brousse à Luanda n était pas possible ; ils voulaient les placer où à Luanda? MSF a par exemple fait venir eux-mêmes des médicaments ; ils ont fait un très bon travail localement, mais ça ne faisait pas partie du plan national. Souvent les médicaments n arrivaient pas dans la brousse. Beaucoup de gens meurent à cause d un manque de médicaments. Le ministère doit développer une stratégie afin qu il y ait moins de morts.» Le rôle, à présent, du gouvernement angolais est de mettre en place des infrastructures de santé, de construire des hôpitaux, et non d utiliser l argent donné pour la rénovation des bâtiments. Il y a un besoin urgent au niveau de la santé. 4.2 Travail En 2006, l Angola affichait un taux d alphabétisation à 42 % 58, bien que l enseignement soit gratuit et obligatoire depuis 1975. La plupart des Angolais sont analphabètes, et ont donc beaucoup de peine à trouver un travail afin de nourrir sa famille. Le taux de chômage s élevait à 58 % en 2005 59. Une majorité des habitants de Luanda, peine à trouver un travail. Certains sont chauffeurs de taxi, pêcheurs, ou commerçants de rue. Maria Garcia Domingues 60, 20 ans et deux enfants, est vendeuse de rue de manière illégale. Ces commerçantes sont souvent montrées du doigt et chassées par la police, mais c est le seul moyen qu elles ont pour subvenir aux besoins de leur famille. Si Maria gagne 9CHF par jour en vendant les boissons qu elle a achetées au supermarché, elle est heureuse. Dans sa famille, c est elle qui ramène de quoi «vivre», son mari étant au chômage. Il rapport de temps en temps quelques sous à la maison en amenant avec son bateau les riches Angolais à la boîte de nuit voisine. Maria rêve de reprendre l école, qu elle a arrêté à l âge de 14ans, afin de pouvoir trouver un bon travail pour faire vivre sa famille. Le salaire mensuel d un Angolais à Luanda est de 3750Kz, l équivalent de 75CHF. Celui d un petit boulot est souvent de la moitié, 35CHF. Christa Bez souligne que «un médecin angolais, gagne 2000 $ de base, avec ça il dit qu il ne peut pas vivre avec sa famille car, il doit payer une bonne l école pour les enfants, les nourrir, etc. Alors il est en plus engagé dans un hôpital privé de l état et y travaille une demi-journée pour gagner plus. Beaucoup de personnes travaillent à plusieurs endroits afin de gagner plus». Serge Michel affirme que «Pour moi, la solution [à l amélioration des conditions de vie], c est une production locale, notamment agricole. L Afrique importe tout, même le jus d orange d Espagne ou des USA alors qu il y en a sur place. Tant que le pays ne produit que du pétrole, l argent restera confiné à quelques familles qui le dépenseront à l étranger et aussi pour se protéger des pauvres dans leur propre pays». L Angola a un énorme potentiel au niveau de l agriculture. Le manioc, le millet, le café, et d autres ressources agricoles sont abondantes en Angola. Si l Angola développait plus le secteur primaire, il y aurait déjà quelques places de travail en plus pour les Angolais, et donc des revenus qui pourraient subvenir aux besoins des familles qui n ont même pas de quoi se nourrir. Des centres de formations gratuits devraient être mis sur pied, afin que les Angolais puissent premièrement apprendre à lire, afin de trouver un travail. Beaucoup d infrastructures doivent être créées, afin 58 Tiré de : sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2005 59 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/angola_387/presentation-angola_923/index.html 60 émission Thema d ARTE ; Angola, le pétrole et la misère 33
d assurer la formation des gens pour leur permettre d avoir un futur. Car ce n est pas en vendant chaque jour des boissons, que leurs conditions de vies vont s améliorer. Le gouvernement a aussi un grand rôle à jouer à ce niveau. La population a besoin de structures qui lui viennent en aide. 5 Perspectives d amélioration pour le pays 5.1. L aide humanitaire 5.1.1 Introduction Depuis que l Angola est en guerre, l aide humanitaire est bien présente. Médecins sans frontières, le Comité international de la Croix-Rouge, la DDC et plusieurs autres aides humanitaires y sont établis. Leur soutient fut indispensable durant la guerre civile, car de nombreuses personnes n avaient ni accès à la nourriture, ni aux soins primaires. L aide humanitaire est à ce jour toujours indispensable, mais les ONG se retirent de plus en plus afin de laisser le gouvernement du pays prendre en charge ces besoins, car sinon il sera à jamais indépendant de cette aide. D après l ECHO (Commission européenne d office d aide humanitaire) 61 l Angola a besoin de : Soutien nutritionnel Soins de santé préventifs et curatifs de base Activités d urgence en matière d eau et de systèmes sanitaires Aides à l agriculture Activités de déminage humanitaires Sensibilisation et prévention du VIH/SIDA Activités de protection Biens de première nécessité Education d urgence Aide logistique au rapatriement des réfugiés et des rapatriés De nombreuses infrastructures ont été prises par les ONG ; prenons pour exemple Médecins sans frontières, le Comité International de la Croix-Rouge et la Direction du développement et de la coopération (DDC) : 61 Tiré du rapport «AIDE HUMANITAIRE aux populations vulnérables touchées par la guerre résidant ou retournant en ANGOLA,PLAN GLOBAL 2004, février 2004» 34
5.1.2. Médecins Sans Frontières (MSF) Médecins Sans Frontières est une organisation non gouvernementale internationale, créée en 1971 à Paris par des médecins et des journalistes. Estimant que la politique de neutralité et de réserve de la Croix-Rouge avait été une erreur, ils voulurent fonder une association qui allie aide humanitaire et actions de sensibilisation auprès des médias et des institutions politiques. MSF apporte son aide à ceux dont la survie est menacée par des crises dues à la violence ou à la négligence cynique d autres hommes. Depuis plus de trente ans, Médecins Sans Frontières apporte une assistance médicale à des populations aux prises avec des crises menaçant leur survie : principalement en cas de conflits armés, mais aussi d épidémies, ou encore de catastrophes naturelles. MSF est indépendante de tous pouvoirs politiques, religieux ou militaires, et agit en toute impartialité, après évaluation des besoins médicaux des populations. Plus des trois quarts de leurs ressources proviennent de donateurs privés, ce qui leur permet une grande indépendance d action. En échange de cette confiance, ils engagent à la plus grande transparence sur leurs comptes et l utilisation des dons. Médecins Sans Frontières a reçu le prix Nobel de la Paix en 1999. Une équipe de MSF à Kamikundu 62 MSF a commencé à intervenir en Angola au début des années 80. Les premières missions eurent lieu dans le sud du pays, à la frontière du Sud-Ouest Africain (aujourd hui la Namibie). Ces premières missions avaient pour cadre des structures médicales précaires installées dans les territoires contrôlés par l UNITA. MSF ne pourra commencer à intervenir du coté «gouvernemental» qu à la fin des années 80. Très rapidement, toutes les sections MSF prirent des responsabilités importantes dans la prise en 62 www.msf.be 35
charge d une situation sanitaire qui s'avérera de plus en plus critique. Cette situation était la conséquence directe de la guerre civile. Ce n est qu en 2002, après la mort violente de Jonas Savimbi que la paix s installa dans le pays. La période précédant le cessez le feu a été, au plan humanitaire, l une des plus graves connue par l Angola pendant toutes ces années de guerre civile du fait d une détérioration considérable de la sécurité dans le pays et d un déficit alimentaire général aggravé par une absence quasi-totale de prise en charge de la crise par les autorités. La section suisse commença à intervenir en Angola dans la Province de Namibe en 1998 puis dans celle de Cuando Cubango (Menongue) en 1999. En 2002 un autre projet fut initié dans la Province de Luanda Sul (Saurimo) et enfin une dernière intervention fut tentée à Lubango dans la Province de Huila. En outre, une important épidémie de choléra a mobilisé, pendant l'année 2006, toutes les sections MSF du nord au sud du pays. épidémie de choléra en 2006, Luanda 63 Si la présence de MSF a continué à être importante, voire cruciale pendant toutes les années de guerre et d'abandon des populations à des situations sanitaires et nutritionnelles déplorables, elle est aujourd'hui de moins en moins une organisation médicale d'urgence. La paix semble installée durablement; les centaines de milliers de personnes déplacées et réfugiées dans les pays voisins ont pris le chemin du retour vers leurs terres d'origine ou sont venus grossir la capitale Luanda. Si les problèmes existent toujours aujourd'hui, c est en partie dû au manque d'investissement des décideurs angolais dans leur service public de santé. D après MSF, il faut à présent laisser la place aux acteurs nationaux, voire aux organisations et institutions de développement. Le pays est riche de ses ressources naturelles, pétrole et diamants et surtout possède un potentiel agro-alimentaire gigantesque. La présence prolongée de MSF dans un tel contexte procéderait ainsi plus d'une substitution des acteurs nationaux que d'un support qui a pu s'entendre si longtemps pendant la période de crise. 63 www.msf.ch 36
Il reste néanmoins que MSF est toujours prêt à appuyer les services nationaux de santé dans la prise en charge d'urgences médicales qui peuvent alors dépasser les capacités de réponse nationales. une infirmière de MSF à Camacupa, Angola, Août 2001 64 L'intervention de MSF, à Mavinga dans le sud-est de la Province de Cuando Cubango, fut la dernière de la section suisse de MSF en Angola. Depuis le cessez-le-feu de 2002, MSF Suisse a assuré, à Mavinga, le fonctionnement du service de santé pour la population. Au début, cette population qui était estimée à près de 100 000 personnes, était constituée en large majorité par les familles des soldats de l'unita ayant, avec les militaires, rejoint deux grandes zones de cantonnement. Après une intervention nutritionnelle indispensable, compte tenu de l'état de dénutrition de cette population, MSF a développé, dans le cadre de l'hôpital entièrement réhabilité par l'organisation, l'ensemble de la prise en charge hospitalière: organisation des services et formation continue du personnel, approvisionnement en médicaments, paiement des salaires etc. En outre, un système de pompage et de distribution d'eau a été mis en place afin de limiter les dangers d'accidents de mines. En effet, Mavinga reste encore aujourd'hui l'un des sites les plus minés d'angola et il reste encore des années de travail pour que les organismes de déminage puissent terminer leur travail. Le fait qu'un véhicule MSF saute sur une mine en 2003, causant la mort de 7 personnes, a limité d'une manière très importante le champ d'activité de MSF à Mavinga. Il a été effectivement impossible d'assurer un service de soins de base en périphérie pendant toutes ces années et le constat a été fait du peu d'investissement du service public national dans ce domaine. 64 Louise Gubb, pro.corbis.com 37
A l'heure de la remise du projet aux autorités, c'est ce constat de manque de prise en compte de la réalité des besoins, en particulier dans les zones rurales qui inquiétait MSF et justifie aujourd'hui des démarches faites officiellement auprès des autorités pour qu'elles consacrent des moyens plus conséquents aux soins apportés aux populations. Le projet a été remis définitivement en fin 2006 aux autorités médicales de la Province. Lieu d intervention de MSF Suisse en 2002, www.msf.ch Campagne publicitaire MSF 38
5.1.2.1 Interview de M. Aymeric Péguillan, responsable de la communication, MSF Suisse Questions posées à MSF Suisse par mail, le 24 août 2007 1. Que pense MSF de la corruption liée au pétrole? 2. Est-ce que cela vous pose des problèmes éthiques (le fait de travailler dans un pays où le gouvernement ne met rien en place afin d aider la population)? Réponse de M. Aymeric Péguillan «Concernant les questions soumises, nous ne souhaitons pas nous exprimer sur des actions politiques et des choix gouvernementaux ou privés qui vont bien au-delà de notre champ d expertise. Les phénomènes que vous décrivez existent sans aucun doute mais notre priorité d'organisation humanitaire et médicale est de venir en aide aux populations dans le besoin et non de commenter des possibles développements économiques des pays, même si on ne peut que leur souhaiter le plus profitable pour la population dans son ensemble. Il reste regrettable que certains gouvernements ne passent pas plus de temps à assurer l'accès à des soins de qualité des populations, une priorité essentielle à nos yeux pour de nombreux pays en développement. Sur la question éthique et de transparence, sachez néanmoins que tout est fait à MSF pour que l'argent des donateurs soit utilisé pour le bénéfice direct des populations assistées et que nous condamnons la corruption et en rejetons formellement et complètement l'éventualité de notre part.» Les ONG, tel que MSF, qui subviennent aux besoins d une population en situation d urgence, ne peuvent pas prendre position par rapport aux actions du gouvernement, comme le souligne M.Péguillan ; si elles dénonçaient publiquement le mauvais fonctionnement et le manque de prise en charge du gouvernement, leurs interventions seraient sûrement stoppées. Le gouvernement met d une certaine manière les ONG sous pression de ne pas dénoncer les problèmes de structure qu elles peuvent rencontrer dans les pays en situation d urgence. Le premier but des ONG d aide humanitaire d urgence est de subvenir aux besoins de la population et non de dévoiler les mauvais fonctionnements du gouvernement. La neutralité est un état indispensable à conserver pour une ONG d aide humanitaire. D autres ONG ont par contre la mission de faire changer le gouvernement et leurs manières de fonctionner. 5.1.3 Comité International de la Croix Rouge (CICR) Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est une organisation internationale humanitaire, créée en 1863 par un groupe de citoyens de Genève (Suisse) dont faisaient partie Gustave Moynier, Henry Dunant (Prix Nobel de la Paix en 1901) et Guillaume- Henri Dufour. Son emblème est la croix rouge sur fond blanc. Sa vocation est exclusivement humanitaire; il n'intervient que dans les cas de conflits armés avec pour mission essentielle de diminuer les souffrances des victimes de ces conflits, sans distinction d'appartenance politique, ethnique, religieuse ou sociale. Pour ce faire, il doit être reconnu par toutes les parties au conflit dans les zones où il travaille. Le CICR a aussi pour objectif la prévention, par la promotion et le renforcement du droit et des principes humanitaires universels, à travers le DIH (Droit international humanitaire).il dispose d'un statut d'observateur à l'onu. 39
Le CICR, qui a son siège à Genève (Suisse), est présent dans environ 80 pays et compte plus de 12 000 collaborateurs. Il a obtenu le Prix Nobel de la paix en 1917, 1944 et 1963. La CRS (Croix-Rouge Suisse) a été fondée, le 17 juillet 1866, à Berne, à l initiative du CICR et du conseiller fédéral Jakob Dubs. La dénomination originelle de la Croix- Rouge était «Association de secours aux militaires suisses et à leurs familles». La CRS s implante avec lenteur et difficulté dans le pays. La neutralité, le lien fédéral encore assez lâche, les luttes politiques et confessionnelles qui altèrent le sentiment d appartenance national et la présence du CICR sont les principales raisons. Les deux guerres mondiales ont quant à elles renforcer l implantation de la CRS, augmentant ses tâches, et accroissant son prestige, tant sur le plan national qu international. Le CICR est présent en Angola depuis 1975, l année où a éclaté la guerre civile. Ce conflit a laissé les infrastructures vitales en ruines et la population civile tributaire de l aide humanitaire. Depuis la signature du cessez-le- feu en avril 2002, la plupart des régions du pays sont devenues plus faciles d accès, malgré la présence de mines. De ce fait, le CICR a pu développer son service de recherches, avec le soutien de la Société nationale, pour permettre aux habitants des régions nouvellement accessibles de reprendre contact avec les membres de leur famille dont ils avaient été séparés pendant le conflit. Femme angolaise ayant sauté sur une mine antipersonnelle 65 De janvier à mai 2007, le CICR et la Croix-Rouge angolaise ont réuni 23 enfants avec leur famille, en plus de 8 autres personnes vulnérables (des veuves et des personnes âgées pour la plupart) 66. En outre, 34 nouveaux enfants non accompagnés ont été enregistrés 67. Fin mai 2007, 23 219 personnes (enfants et adultes) étaient toujours recherchées par leurs proches, tandis que 207 mineurs et 18 autres personnes vulnérables continuaient à rechercher des membres de leur famille 68. L institution s emploie de plus, en collaboration avec la Société nationale, à sensibiliser la population aux dangers des mines et des débris de guerre explosifs. On compte officiellement près de 105 000 personnes souffrant d un handicap physique en Angola, dont 70 000 victimes de mines 69. Depuis 1979, le CICR apporte son soutien à trois centre de réadaptation physique du ministère de la Santé installés dans les provinces de Huambo, Bié et Luanda. 65 Tiré de www.redcross.int/fr/mag/magazine2001_2/focus2.html 66 Tiré de www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/angola-update-260607 67 Tiré de www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/angola-update-260607 68 Tiré de www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/angola-update-260607 69 Tiré de www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/angola-update-260607 40
Au cours de la période considérée, ces centres ont accueilli plus de 1 800 patients et produit 322 prothèses et 67 orthèses. Ils ont également distribué des fauteuils roulants et des béquilles. Les soins de physiothérapie et l hébergement y sont gratuits. Le CICR continue de soutenir financièrement et techniquement les activités de formation à la réduction des risques dus aux mines menées par la Croix-Rouge angolaise dans six provinces. Ce programme consiste notamment à échanger des informations avec des groupes de déminage, à diffuser sur les ondes des messages de sensibilisation aux risques liés aux mines, et à aider les communautés à établir une cartographie des zones dangereuses. Des programmes spéciaux sont conçus à l intention des groupes vulnérables tels que les enfants, les jeunes et les agriculteurs. Des aires de jeu sûres sont également créées pour les enfants à l écart des zones à risque. Dans le cadre de sa mission humanitaire, le CICR entretient des contacts avec les autorités angolaises, les forces armées, les médias et la société civile. Il continue à faire mieux connaître l institution et ses activités, en particulier dans la province de Cabinda. Le CICR continue à aider les autorités angolaises à intégrer le DIH (Droit International Humanitaire) dans la législation nationale. Un père attend que l'on prenne soin de son fils dans un dispensaire du CICR à Huambo 70 70 Tiré de http://www.redcross.int/fr/mag/magazine2001_2/focus2.html 41
tiré de www.icrc.org 5.2.4 Direction du développement et de la coopération (DDC) La Direction du développement et de la coopération (DDC), qui fait partie du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), est l organe fédéral en charge de la coopération internationale. La DDC coordonne la coopération au développement, la coopération avec l'europe de l Est et l aide humanitaire de la Suisse avec d autres offices de la Confédération. La DDC s'acquitte de sa tâche avec le concours de plus de 500 collaborateurs et collaboratrices travaillant en Suisse et à l'étranger, et dispose pour ce faire d'un budget annuel de 1,3 milliard de francs (2006). Outre la réalisation de ses propres projets, la DDC soutient des programmes lancés par des organisations multilatérales et cofinance des projets d'oeuvres d'entraide suisses et internationales dans les domaines suivants: coopération bilatérale et multilatérale au développement aide humanitaire coopération avec l'europe de l'est 42
La coopération au développement a pour objectif de lutter contre la pauvreté en aidant, dans les pays partenaires, les personnes concernées à s aider elles-mêmes. Elle encourage notamment l'accession à l'autonomie économique et politique des États, contribue à améliorer les conditions de production, aide à maîtriser les problèmes écologiques et veille à l amélioration de l accès des groupes de population les plus défavorisés à la formation et aux soins médicaux de base. La coopération au développement focalise son action sur dix-sept pays prioritaires et huit programmes spéciaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Elle coopère surtout avec les organisations du système des Nations Unies, la Banque mondiale et les banques régionales de développement. Le but de l'aide humanitaire est de sauver des vies et d'atténuer les souffrances. Elle consiste, après une catastrophe naturelle ou dans le contexte d'un conflit armé, à apporter une aide directe et à soutenir des organisations humanitaires partenaires en personnel et en moyens financiers. L'aide humanitaire est accordée en fonction des besoins là où elle est le plus nécessaire, à savoir dans les domaines centraux que sont la prévention, l'aide d'urgence, l'aide à la survie, la reconstruction et le plaidoyer en faveur des victimes. La DDC est présente depuis 1995 en Angola. Elle participe à des programmes de santé primaire, de nutrition, de la réconciliation nationale et de la promotion de la paix, ainsi que de l aide sociale Elle a contribué en 2005 par exemple, à des projets d aide humanitaire de MEDAIR à Luena, de MSF Suisse à Menongue et Lubango. La DDC et la Croix- Rouge française ont aussi co-fondé le programme d aide HIV de la Croix-Rouge angolaise. Elle contribue aussi à un projet de déminage dans les régions rurales en collaboration avec le gouvernement angolais. enfant sous-alimenté 71 71 Louise Gubb, www.pro.corbis.com 43
Le dernier projet en cours est un programme social humanitaire Angola-Suisse (PSH): Un accord a été esquissé dans le courant de l année 2003 par l Angola et la Suisse concernant une possible restitution des fonds en provenance de la République d Angola bloqués en Suisse. L accord finalisé a été signé à Genève le 1 er novembre 2005 par le directeur de la DDC, Walter Fust, et un représentant du cabinet ministériel d Angola. La DDC sera chargée de gérer les fonds affectés à la mise en œuvre du programme. L aide humanitaire de la DDC possède depuis plusieurs années un bureau de coopération à Luanda. Toutefois, conformément aux termes de l accord, la mise en œuvre pratique sera confiée à un secrétariat exécutif séparé. La DDC assumera les coûts relatifs au fonctionnement de ce secrétariat et à la concrétisation du programme. Les fonds libérés par la justice genevoise s élèvent à quelque 21 millions de dollars. Le programme PSH, dont la planification et la mise en œuvre relèvent simultanément de l Angola et de la Suisse, prévoit les priorités suivantes: Formation professionnelle en agriculture : augmentation de la production agricole et des moyens de subsistance grâce au renforcement des structures dans le secteur de la formation agricole de base. Déminage : amélioration de l accès aux biens et services importants d un point de vue économique et social grâce au renforcement des structures existantes dans le domaine du déminage. Les partenaires de ce programme sont des organisations internationales telles que le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ainsi que des organisations non gouvernementales suisses et internationales disposant expérience avérée dans le secteur de la formation agricole de base ou du déminage. 5.2 Transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement 5.2.1 Introduction à la transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement 72 Dans plusieurs régions, les richesses pétrolières sont sources d instabilité, de corruption et de guerres civiles. L utilisation des revenus pétroliers ne participe pas toujours à la réduction de la pauvreté et à la croissance économique équitable. La gestion du pétrole reste quant à elle, une affaire privée entre le Président et les compagnies pétrolières. Les recettes provenant de l extraction de pétrole servent par contre à maintenir les dictateurs au pouvoir. Les contrats pétroliers conclus dans la plupart des pays africains, et en particulier en Angola, sont signés dans un secret absolu au bénéfice du gouvernement et des compagnies pétrolières. La dette, dans la plupart des pays producteurs de pétrole, a gonflé de manière dramatique. L extraction du pétrole ne conduit pas nécessairement à un développement médiocre. Si les revenus sont gérés de manière transparente, ouverte et juste, ils peuvent profiter aux citoyens des pays exportateurs de pétrole. La transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement angolais pourrait radicalement changer l état du pays actuel. Si les compagnies pétrolières décidaient de rendre public le résumé des impôts et autres paiements effectués au profit du gouvernement national dans l ensemble du pays où les sociétés opèrent, la croissance de l Angola et son amélioration pourraient enfin débuter. 72 Tiré du rapport «Tous les hommes de présidents», Global Witness, 2002 et du rapport «Gestion des ressources pétrolières et développement en Afrique», Etanislas NGODI, 2005 44
Les ONG Publish What You Pay et Global Witness et l EITI (Initiative pour la transparence des industries extractives) luttent en faveur de la transparence des compagnies pétrolières et du gouvernement. Elles ont crées des règles que les compagnies pétrolière et le gouvernement doivent adopter afin de jouer le jeu de la transparence. Leur travail a débuté en Angola, surtout depuis le scandale de l Angolagate, qui fut publié dans tous les journaux européens. 5.2.2 Publish What you pay (PWYP) Publiez ce que vous payez En décembre 1999, Global Witness (ONG britannique) a publié un rapport intitulé Un Réveil brutal, exposé de la complicité apparente des industries bancaires et pétrolières dans le pillage des biens nationaux pendant les 40 ans de guerre civile en Angola. Il est devenu évident que le refus des principales compagnies pétrolières de rendre publique l information financière a aidé et protégé la mauvaise gestion et l escroquerie des revenus pétroliers par l élite du pays. Le rapport concluait par un appel public aux compagnies pétrolières travaillant en Angola «Publiez ce que vous payez». Cependant, il était clair que l absence de transparence au sein des industries extractives était aussi une préoccupation sérieuse dans d autres pays pauvres, mais riches en ressources naturelles. C est pourquoi Global Witness avec les autres membres fondateurs que sont CAFOD, l Open Society Institute, Oxfam GB, Save the Children UK et Transparency International UK, décida d organiser une campagne mondiale faisant appel à toutes les compagnies exploitant des ressources naturelles, de révéler leurs paiements aux gouvernements de tous les pays où elles opèrent. La campagne PWYP a été lancée en juin 2002 par Georges Soros, Président de l Open Society Institute et multimilliardaire. La petite coalition des ONG fondatrices a été bientôt rejointe par d'autres tels que Catholic Relief Services, Human Rights Watch, Partnership Africa Canada, Pax Christi Pays Bas et le Secours Catholique / Caritas France ainsi que par un nombre croissant de groupes de pays en développement. La coalition a beaucoup grandi depuis le lancement de la campagne et continue à croître dans le monde entier. PWYP demande aux compagnies multinationales pétrolières, minières et gazières de révéler les mêmes informations de base concernant les paiements nets effectués à un état du monde en développement, qu'ils révèlent couramment dans les pays du monde industrialisés. Les entreprises d'état doivent également être rendues responsables financièrement des paiements faits à leurs gouvernements et des revenus qu'elles génèrent. Dans leur ensemble, ces renseignements aideront les citoyens des pays pauvres mais riches en ressources naturelles à demander à leurs gouvernements des comptes sur la gestion des revenus et de ce fait à générer un débat démocratique sur leur emploi et leur distribution. Les sociétés peuvent souvent être perçues comme complices de la corruption et de la détérioration des conditions sociales dans les pays où elles opèrent, même quand elles fournissent une source importante d'investissement qui, lorsqu'il est géré de façon transparente et responsable, devrait être une source de croissance et de développement bénéfique à tous les citoyens de ces pays pauvres La campagne PWYP a un intérêt à la fois pour les organisations non gouvernementales nationales et internationales qui travaillent dans les champs du développement international, de la réduction de la pauvreté, des droits de l Homme, de la responsabilité sociale des entreprises et de la protection de l environnement. Nombreuses sont les organisations qui ont déjà rejoint la coalition en raison de l évidence des avantages que la transparence des revenus apporterait à des millions de personnes vivant dans des pays en développement riches en ressources naturelles mais pauvres. La campagne PWYP est en phase avec les efforts menés localement et internationalement pour réduire la pauvreté, combattre la corruption, améliorer la responsabilité sociale des entreprises, protéger les droits de l Homme et renforcer la bonne gouvernance. 45
5.2.3 Global Witness (GW) Global Witness, organisation établie en 1993 en Angleterre, s'efforce de démontrer qu'il y a un lien entre le non-respect de l'environnement et les abus dans le domaine des droits de l'homme. Un commerce destructeur pour l'environnement et les ressources naturelles est souvent à l'origine de conflits ou de violations des droits de l'homme. Global Witness mène des enquêtes sur place, collecte des informations auprès des gouvernements, des ONG et des médias et rédige des rapports. Elle a acquis un poids suffisant dans ce domaine pour que ses recommandations aient de l'influence. L'organisation travaille particulièrement au Cambodge où les forêts sont illégalement déboisées. Le bois passe au Vietnam où il est utilisé pour fabriquer des meubles. GW lutte aussi contre les diamants de conflit. GW soutient le processus de Kimberley, qui exige que les industries de diamants deviennent plus transparentes et responsables. Enormément de diamants ont été vendus illégalement, et ont de ce fait favorisé les conflits armés en Afrique comme en Sierra Leone par exemple. Ses autres thèmes de campagne sont " le pétrole et la transparence " en Angola et la protection des forêts au Liberia. 5.2.4 L EITI (Initiative pour la transparence des industries extractives) L'initiative de transparence des industries extractives (EITI) a été annoncée par le Premier Ministre britannique Tony Blair à l'occasion du sommet mondial sur le Développement durable qui a eu lieu à Johannesburg en septembre 2002. L'appel des industries extractives réside dans l'existence d'un lien fort entre les pays riches en ressources naturelles et les pays présentant du fort niveau de pauvreté ou un faible taux de croissance économique, du fait notamment des problèmes de gouvernance. L'EITI vise à accroître la transparence des revenus versés au gouvernement et/ou à ses démembrements par les compagnies pétrolières, gazières et minières en mettant à la disposition du public, de la communauté internationale et de la société civile le récapitulatif des versements effectués. La connaissance des revenus donnera ainsi les moyens aux citoyens et aux institutions de demander des comptes au gouvernement. L'initiative doit en outre contribuer à améliorer l'environnement des affaires. Plus de 20 pays, dont 14 pays africains, ont adhérés aux principes de l EITI depuis juin 2003. 5.2.5 Adopter une politique de transparence totale signifie PWYP, GW et l EITI ont établi ces quelques principes que les compagnies membre de ces initiatives sont chargées de respecter afin de lutter contre la corruption : 5.2.5.1 Pour les sociétés pétrolières Rendre public le résumé des impôts et autres paiements effectués au profit du gouvernement national dans l ensemble du pays où les sociétés opèrent Les données devront être fournies au niveau local dans la langue nationale de chaque pays d activités et dans la langue d origine de la société 46
Adopter une position unifiée entre toutes les sociétés du secteur pétrolier concernant la transparence complète des paiements aux gouvernements nationaux 5.2.5.2 Pour les banques commerciales fournissant des prêts à des pays souffrants de problèmes graves de corruption Publier les détails complets des prêts accordés S assurer que des systèmes internes soient mis en place pour éviter que des prêts ne respectent pas ce qui a été convenus au niveau international Préciser les mesures prises pour vérifier que les dépenses réelles correspondent à celles qui sont établies dans les documents de la banque au cours des négociations et exiger que les dépenses soient vérifiables comme condition pour accorder le prêt S assurer à l avenir que tout prêt à l Angola soit remboursable par une voie gouvernementale de façon satisfaisante 5.2.5.3 Pour les gouvernements nationaux S assurer que les sociétés pétrolières nationales adoptent des critères de totale transparence pour leurs activités à l étranger Exiger que les agences de financement des exportations pratiquent une totale transparence comme condition pour établir des accords de crédits et que la transparence des partenaires et des bénéficiaires du financement devienne un préalable au financement Accélérer le processus consistant à nommer et à déshonorer les juridictions qui cachent ou blanchissent l argent sale pour isoler, identifier et saisir les avoirs des régimes corrompus et non transparents 5.2.5.4 Pour le gouvernement angolais Mettre immédiatement en œuvre une politique de transparence pour les revenus du gouvernement, et ses dépenses. Le gouvernement devrait clarifier totalement tout revenu contrôlé ou déboursé à l extérieur du territoire sur ses budgets Répondre aux demandes de la société civile concernant une plus grande transparence et un accroissement des dépenses sociales Illustration tirée du site http://www.coxandforkum.com/archives/foodfordictators-x.gif 47
5.2.6 Avantages et inconvénients d appliquer la transparence La transparence évite la corruption, de ce fait des structures en faveur de la population sont mises en place afin d améliorer les conditions de vie des Angolais. La transparence permet ainsi la croissance et l amélioration du pays. Si cette application de la transparence est respectée, la qualité de vie des Angolais sera sûrement améliorée, car des infrastructures (eau, électricité, routes) pourront êtres mises en place. Pour le gouvernement ou les sociétés pétrolières, le fait de rendre public les chiffres d affaires pourrait être un désavantage car probablement moins d argent rentrerait dans leur propre portemonnaie. Mais en plaçant l argent correctement, les entreprises peuvent épargner, et de ce fait le chiffre d affaires augmentera après quelques années. Il est aussi difficile pour une compagnie pétrolière de jouer le jeu de la transparence, alors qu elle opère dans un pays corrompu, tel que l Angola. Le gouvernement devrait appliquer la transparence avant les compagnies pétrolières, afin que ce soit ainsi plus facile pour elles de jouer le jeu. 5.2.7 Exemple la société pétrolière BP Les représailles expérimentées par BP lorsque la société a annoncé qu elle publierait les paiements sur ses revenus en Angola est une leçon à tirer du fait que laisser les entreprises devenir transparentes volontairement ne mène que rarement à une publication significative des informations. Dans une lettre de février 2001 à Global Witness, le directeur général de BP-Amoco Group Richard Olver a déclaré que la société publierait la production totale nette par bloc, ses paiements nets versés à la compagnie pétrolière publique Sonangol et le total des impôts et prélèvements au gouvernement angolais 73. Cet avis a provoqué une réaction de la part de patron de Sonangol, Manuel Vicente, sous la forme d une lettre formulée en des termes immodérés qui a été copiée à toutes les autres sociétés pétrolières exploitant dans le pays en guise de menace implicite. La lettre qui a été divulguée par la suite à Global Witness, accusait BP de décider d adopter la transparence à cause «de la pression sur la société par des groupes organisés». La menace angolaise a semblé avoir eu l effet désiré. BP a, par la suite, cherché à souligner que ces informations sur ces versements au gouvernement angolais sont contenues dans ses déclarations à l administration fiscale britannique pour BP Exploration, une filiale de la société enregistrée au Royaume-Uni, et à prouver qu en faisant cela, elle avait tenu sa promesse. Mais les documents de BP Exploration ne sont guère l ensemble des informations complètes promises dans la déclaration de M.Olver. Elles ne donnent aucune information sur les transactions financières des autres filiales de BP Amoco ayant des activités dans le pays, et les comptes de BP en Angola ne divulguent pas non plus s il y a eu des paiements faits directement au gouvernement angolais. L expérience de BP indique clairement que les sociétés pétrolières ayant des activités dans des pays comme l Angola sont dans une position difficile. Il y a peu d avantages pour les sociétés internationales d extraction du pétrole à voir détournés leurs paiements légitimes aux gouvernements, mais si elles essaient de publier des informations pertinentes, elles sont 73 Tiré du rapport «C est l heure de la transparence», Publish What You Pay, 2005 48
confrontées à des représailles de la part de personnes directement intéressées au sein du gouvernement et sont désavantagées par rapport aux sociétés moins scrupuleuses. 5.2.8 Conclusion locale Une solution réglementaire qui créerait une base d égalité à toutes les sociétés et qui mettrait en application les bonnes pratiques pour toutes les entreprises en concurrence est donc nécessaire si on veut obtenir de la transparence là où il y en a le plus besoin. Le dévoilement public des revenus par les sociétés extractives et par les gouvernements des pays dépendants de leurs ressources naturelles ne mettra pas fin à toute la corruption du jour au lendemain. Mais sans la transparence, il ne peut y avoir de gouvernement responsable et les efforts pour assurer que les revenus des ressources soient bien dépensés ont toutes les chances d échouer, avec un effet d aggravation de la pauvreté, d instabilité, de conflit et de faillite de l Etat. Le moment est, à mon avis, venu pour que les sociétés et les gouvernements déclarent honnêtement leurs revenus générés par l exploitation des ressources naturelles. Sans ce changement, l état économique et social ne changera jamais en Angola. illustration tirée sur http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=341 49
6 Conclusion générale Au terme de ce court voyage en Angola, et après avoir découvert les conditions sociales misérables de ce pays, j ai pu trouver réponse à plusieurs questions précédemment posées. En effet, j ai découvert que la corruption pétrolière a une fort influence sur les conditions sociales en Angola. Combien de gens vivent dans une misère inimaginable et révoltante alors que la population riche se permet de profiter égoïstement de l argent du pétrole? Ce n est qu un faible nombre de personnes qui jouissent des privilèges de riches ; habiter dans une somptueuse maison en ville, avec eau courante et électricité, aller manger au restaurant, etc. La plupart des Angolais vivent dans les bidonvilles, et où il n y a pas d électricité ou d eau courante, où des familles à 6 personnes vivent dans une petite pièce et attendent avec impatience qu un jour Dieu leur donne du travail. Chaque jour c est la même chose, chaque jour ils espèrent ramener quelques sous à la maison, afin de nourrir les enfants. Chaque jour c est la même lutte, la lutte pour la survie. Et pendant que la plupart des Angolais essaient de survivre, le Président dos Santos remplit ses comptes en banque personnels de «pétro-dollars». Bidonville de Luanda 74 Un fossé énorme s est créé entre la population riche, et la population pauvre. Cette séparation, causée par la corruption pétrolière, pourrait être réduite, si les règles de la transparence étaient adoptées. La corruption empêche une amélioration des conditions de vie en Angola. Les habitants luttent pour survivre, n ont point d argent, ni assez de nourriture. Le rôle des sociétés pétrolières et du gouvernement est de lutter contre la corruption, en publiant leurs transactions et chiffres d affaires. Si l économie et les conditions sociales de l Angola veulent changer, les règles de la transparence doivent être imposées, car seule cette solution peut faire changer quelque chose. Les ONG ne pourront pas être présentes perpétuellement en Angola. L Angola n est d ailleurs plus un pays en situation d urgence, mais un pays qui connaît un problème structurel. Mais comment forcer le gouvernement et les industries extractives d or noir à être transparents? À mon avis, les pays importateurs de pétrole angolais, ainsi que la Banque Mondiale et l ONU peuvent essayer de mettre la pression sur le gouvernement angolais et les sociétés pétrolières, afin que l économie et les conditions de vie de la population s améliorent. Nous ne pouvons rester passifs. Nous profitons de leur pétrole, et nous ne nous soucions pas de ce pays, alors qu il lance un appel au secours. Y a-t-il un avenir meilleur pour ce pays? A présent, il est parfois difficile d imaginer de grands changements pour l Angola. Tout d abord, il faudrait un changement de président. Quelqu un qui souhaite un avenir meilleur pour le pays, et non pour son porte-monnaie, devrait remplacer dos Santos. Mais les Angolais ne croient plus en un changement, ils n ont non plus pas la force de lutter et de révolutionner. Ils ont déjà dû s adapter aux Portugais, aux Russes, aux Cubains. À présent, ils font d une certaine manière de la résistance passive. J ai pu découvrir au travers de ce travail, une population meurtrie, oubliée, méprisée, qui ne souhaite que subvenir à ses besoins et vivre en paix, et non lutter continuellement afin d obtenir la justice. La transparence est tout de même une solution envisageable pour l amélioration du pays, car des infrastructures (eau, 74 image tirée du site : http://pro.corbis.com, Gcorbis 50
électricité, routes) pourront êtres mises en place. Si les revenus pétroliers sont utilisés de manière correcte, une amélioration progressive des conditions de vie du pays pourra être observée. Personnellement, ce travail fut pour moi un énorme enrichissement. J ai pu découvrir un pays qui est trop souvent oublié et méprisé. J ai découvert des gens qui subissent le sort des plus forts, et qui sont meurtris par le passé de ce pays. Les Angolais ont besoin d aide, de changement mais n ont plus la force de lutter. Cette passivité m a beaucoup touchée, les Angolais ne peuvent plus imaginer un avenir meilleur. Leur passé les a détruits, et à présent, ils doivent apprendre à reconstruire quelque chose. Ce fossé, séparant les riches des pauvres, m a bouleversé. Je suis révoltée de voir les conditions misérables et insalubres dans lesquelles vit la majorité de la population, alors que la jetset de Luanda profite du luxe, de faire «( )la fête sur la presqu île de Mussulo, recoin paradisiaque de Luanda Sul [zone urbanisée ces dernières années], où l on navigue à bord de yachts, vêtu de paillettes et de smokings, avec vue sur une ville féroce, dans les rues d une autre réalité ( )» 75. La population locale pauvre agonise dans ses contrastes ; elle subi les conséquences de la corruption due au pétrole. Femme dans une discothèque de Luanda 76 Mon seul souhait, après avoir passé 9 mois fictivement en Angola et de pouvoir un jour aller là-bas sur place et découvrir de mes propres yeux la misère et l injustice dans laquelle ils vivent. Je veux découvrir les Angolais. Je ne peux pas rester insensible, et passive après avoir travaillé sur ce sujet. Nous pouvons et devons faire quelque chose pour venir en aide à cette population. 75 Reportages, «Nouveaux riches et pauvres de toujours, Luanda côté jet-set»,in Courrier International, 18 octobre 2007 76 image tirée du site http://www.angoladigital.net/digitalnews/images/stories/geral/jul_ago07/soc7_jul_n.jpg 51
7 Annexes 7.1 Interview de BEZ Christa, 9 juin 2007 Laeticia : quel est ton travail en Angola, qu y fais-tu concrètement? Christa : Je suis en Angola depuis 1976 et j ai une formation d infirmière et sage-femme. J ai travaillé dans des hôpitaux et fait diverses autres choses. Mais depuis 2003, j ai commencé un travail parmi les sidéens à Luanda. Il faut savoir qu en Angola, nous avons commencé à parler du Sida que depuis 2000. Avant c était un sujet tabou. Ceux qui savaient qu ils étaient malades allaient en Afrique du Sud, au Portugal, ou en Espagne pour se faire traiter régulièrement. On n en parlait jamais et l on ne savait rien. Avant je travaillais dans un hôpital sur le haut plateau, et je donnais des cours à des élèves infirmières. Je me suis rendu compte, qu en 1992 nous étions le seul hôpital en brousse, qui faisait des transfusions propres et qui faisait déjà le test de dépistage du virus HIV. Tout ça pour expliquer que, l Angola, sous pression de l étranger en 2001 a commencé sa première campagne contre le sida. Leur slogan était «Le Sida tue!». Mais si nous disons ça à un Africain, c est comme si nous lancions un jugement de mort sur lui. Pour lui, ça voudrait dire qu il va mourir demain. Donc il ne fera plus rien, et se dira qu il est inutile de suivre un traitement si l on meurt de suite. Une seule organisation privée est allée à la TV pour expliquer les conséquences de la maladie, les moyens de se protéger, ainsi que pour leur donner une éducation sexuelle saine, car dans la culture les parents ne peuvent pas la faire. Si les parents donnent une éducation sexuelle à leur enfant ça veut dire qu ils l incitent à vivre sa vie sexuelle. Donc c est très difficile d en parler avec des jeunes, car en général on n en parle pas à la maison. Un travail de prévention et d information doit être fait. Ce qu il faut aussi savoir, c est que si je parle du Sida, selon leurs pensées, je risque d être infecté. La parole a une puissance terrible culturellement. Si l on dit à quelqu un de prendre des précautions, de se protéger, et qu un jour il est atteint de cette maladie, ça veut dire que c est nous qui avons lancé le sida sur lui, car nous l avons déjà prédit. Il y a quand même une évolution qui s est faite au niveau de la prévention et de l information ces dernières années; on condamne aussi moins le sida et les personnes atteintes. Elles sont moins rejetées. Donc mon travail est d informer et de soigner les gens. L Angola est un pays cher, par exemple moi, pour vivre durant un mois, en comptant que je mange deux fois par mois en dehors de la maison, ça me fais 1000$ (environ 1250CHF), ce qui est cher pour un pays africain! Le fruit le moins cher c est les pommes. Un œuf est par exemple aujourd hui un demi $ (60cts CHF). Ce qui est cher pour un Africain. Les gens en mangent beaucoup, on trouve des femmes qui se promènent dans la rue avec des œufs ou avec une boîte de saucisse fumée que nous mangeons avec les haricots secs et que nous mettons dans le pain. Et ça c est le déjeuner. Premièrement ce n est pas du tout sain, et avec ce déjeuner, ils boiront un coca ou une eau sucrée qui coûte aussi un demi $. Donc imagine avec une famille nombreuse combien cela va te coûter. Et maintenant depuis qu il y a eu les inondations au mois de janvier, février, le prix du transport à doubler. Par exemple, pour mes collaborateurs, le trajet de leur maison jusqu au travail par le taxi du peuple qui leur prend peut-être 3 heures leur coûte 4 $ (environ 5CHF) par jour. 52
Notre réceptionniste qui habitait à mi- chemin du travail gagnait 130 $ (environ 160CHF), mais dépensait 100 $ (122CHF) pour le transport. On ne peut presque pas parler de salaire, nous disons que c est des encouragements. Mais un médecin angolais, gagne 2000 $ de base, avec ça il dit qu il ne peut pas vivre avec sa famille car, il doit payer une bonne l école pour les enfants, les nourrir, etc. Alors il est en plus engagé dans un hôpital privé de l état et y travaille une demi-journée pour gagner plus. Beaucoup de personnes travaillent à plusieurs endroits afin de gagner plus. La vie en Angola est chère, même un médecin ne gagne pas forcément assez pour subvenir aux besoins de sa famille, à l électricité de la maison, etc. C est la réalité. Le salaire moyen était il y a deux ans à 50$, mais l année passée il y a été dit que le salaire minimum devait être à 200$. Laeticia : est-il facile d avoir accès aux médicaments? Christa : Le fonds global et différentes ONG donnent maintenant plus d argent pour se procurer des médicaments aux organisations privées. Si l on donne de l argent au gouvernement, il y a une grande partie de cet argent qui part dans les salaires, ou dans la construction d immeubles par exemple. Tout l argent que l Etat a reçu pour un centre pour sidéens à Luanda a été utilisé pour améliorer les murs du bâtiment, et non pour soigner plus de gens. Ils ont utilisé un demi- million de $ pour ce bâtiment. L argent est très mal utilisé par le gouvernement. Alors le fonds global essaie de donner l argent aux autres organisations qui ne corrompent pas. Mais l Angola est sous pression et a dû mettre des médicaments à disposition toujours avec l aide de MSF, La Croix- Rouge, MEDAIR Plusieurs organisations d aide humanitaire étaient découragées de voir que rien, pas même un plan national était fait pour mettre à disposition des médicaments. Et amener tous les malades de la brousse à Luanda n était pas possible ; ils voulaient les placer où à Luanda? MSF a par exemple fait venir eux-mêmes des médicaments ; ils ont fait un très bon travail localement, mais ça ne faisait pas partie du plan national. Souvent les médicaments n arrivaient pas dans la brousse. Beaucoup de gens meurent à cause d un manque de médicaments. Le ministère doit développer une stratégie afin qu il y ait moins de morts. Laeticia : Les infrastructures au niveau de l aide humanitaire sont-elles suffisantes? Christa : Non, pas du tout. L argent est utilisé la plupart du temps pour rénover les bâtiments, comme je te l ai déjà dit. Les Chinois sont venus rénover avec des prisonniers l hôpital de l Etat, et maintenant tous les appareils médicaux, et autres sont en anglais ou en chinois, et beaucoup de gens ne peuvent pas lire ça, c est pourquoi beaucoup d étrangers sont alors engagés. Il y a un manque d aide humanitaire. Les gens ont besoin de soins, de médicaments, d eau potable. Laeticia : La Suisse, est-elle beaucoup impliquée en Angola? Christa : Dernièrement je ne sais pas trop, mais avant j étais très liée à la DDC. Leur vision était d ouvrir des chemins sur le haut plateau, afin que le peuple puisse apporter leurs produits agricoles jusqu à Luanda, afin de vendre ces produits locaux. Ils ont beaucoup aidé la construction de ponts, de routes, et l aménagement des rivières. Ils nous ont personnellement payé pendant la guerre le pont aérien, ce qui nous a permis d être lié à l extérieur. Et ils nous paient encore le lait en poudre, un container par an, ainsi que notre personnel médical. Ils soutiennent aussi la fabrication de prothèses, et tout le projet de réhabilitation. 53
Maintenant, il me semble que la stratégie de la Suisse a passablement changée. Ce que je ressens, c est que la Suisse veut se retirer d Angola. L Angola n a plus de guerre, et maintenant il faut regarder les choses à long terme. Donc toutes les aides d appuis à courts termes sont finies. Autre chose qu on a vécu pendant ce temps de guerre ; nous avons aperçu un jour un petit Pilatus Suisse qui volait au-dessus de nous. Et notre médecin a quant même eu le courage de le dire à l ambassade de Suisse. Ce moment-là était assez fort! Comment le gouvernement a -t-il reçu ces avions? Je me pose la question. Mais la Suisse a quand même l image d un pays humanitaire, sérieux, qui s engage. Laeticia : Est-ce que les Angolais sont conscients du revenu pétrolier, de la richesse de l Angola, et de la corruption? Christa : Lorsque tu sors de la maison, et que tu vois le président dehors qui passe en voiture, tout s arrêt. Si tu bouges, le fusil se tourne contre toi. Ça montre qu il y a une crainte du gouvernement, du Président, et une certaine incapacité de pouvoir faire quelque chose. Ils sont d une certaine manière soumis à ce gouvernement. Beaucoup d ONG travaillent avec des membres du gouvernement, font des séminaires pour peutêtre arriver un jour à une démocratie. Le fait que maintenant des séances du Parlement sont diffusées à la TV montre que l Angola va vers une démocratie. Avec ces diffusions, ils ont l impression d avoir fait un pas énorme vers la démocratie, mais bien sûr il y a encore beaucoup de choses censurées. Il n y a pas que de la corruption au niveau pétrolier, mais partout. Seulement les Angolais avec tout ce qu ils ont déjà vécu sous les Portugais, les Cubains, les Russes, font de la résistance passive, ce qui ne conduira à rien. Je pense qu ils n ont pas la force de se battre. Ils n ont plus d espoir. Laeticia : Les prochaines élections présidentielles auront bientôt lieu, est-ce que tu crois qu un changement de Président pourrait changer ou améliorer quelque chose? Christa: Moi je ne vois pas pour l instant quelqu un qui ait le charisme et qui soit apte à faire changer quelque chose. Je ne vois sincèrement pas. Nous avons vu fin 2006 début 2007 que si un politicien dénonce la corruption, s il met son doigt dessus, il est directement retiré de ses fonctions. C est terrible. Si l on dénonce quelqu un c est presque comme si on le tuait. Si j arrive à convaincre quelqu un qu il a fait une erreur, c est comme si je le tuais. Alors pour moi, dans ma vision de l Angola, il ne reste que le changement de cœur, pour faire changer le pays. Maintenant une certaine résignation commence de nouveau à s installer, parce qu on a peur que tout reste comme ça, ou qu une guerre éclate à nouveau. La deuxième chose qui commence aussi à s installer est une révolte contre les étrangers, avec par exemples l arrivé des Chinois, ou la création d une île touristique par les Japonais. Nous avons écrits des lettres au Président en lui disant qu il y avait d autres nécessités pour le pays, mais l argent et des bonnes relations diplomatiques sont privilégiés. Laeticia: La guerre civile s est terminée en 2002, il n y a que 5 ans, est-ce que le pays est maintenant sûr? Est-ce toujours dangereux? Le tourisme peut-il se développer? Christa: Il y a un ministère du tourisme qui s est créé, mais il faut beaucoup d argent, et c est un problème. Et il est vrai qu il faut aussi toujours être prudents. Pour nous, Angolais, c est la liberté aujourd hui vis-à-vis du temps passé. Tu ne dois plus avoir trop peur, il n y a plus d embuscades, de mines sur les routes. Les routes principales sont déminées, mais, il faut quand même avoir les 54
yeux ouverts en brousse pour ne pas aller faire pipi n importe où. Il faut un peu regarder où tu vas. Mais il est possible de faire du tourisme en Angola. Laeticia : Tu as donc vécu les années de guerres, est-ce que tu pourrais m en parler un peu? Christa : (un silence) une chose c était l isolement, donc moi j étais isolée en brousse, parce que la route était très dangereuse. Je suis restée donc trois ans dans la brousse, et après je suis ressortie. Mais j ai quand même fait la route diverses fois, et c est clair que je l ai fait avec des familles et toujours avec des risques. J étais toujours contente d être bien arrivée. La deuxième chose était d avoir beaucoup de blessés de guerre qui venaient de partout. On nous amenait nuit et jour à n importe quelle heure des camions pleins de gens blessés. Une chose triste pour moi, c était de voir que l église où je travaillais n a pas pu garder la neutralité, ils ont pris position. Ils ont pris position pour Savimbi qui est même venu dans notre station. Savimbi était comme un Moïse qui allait sauver son peuple. Savimbi s était même donné le nom de Sauveur d Angola. Tout le monde avait l espoir qu il allait changer les choses, mais c était une idéologie autant forte que le communisme. Vu que cette station n a pas gardé sa neutralité, tout le monde a dû fuir en brousse. J ai vécu, après que notre église s est déclarée solidaire, 6 mois sous les bombardements. Nous avons vécu réellement sous les bombes, en sautant dans les trous. J ai dit au revoir à des collègues qui étaient dans les trous avec leur famille. Sous la guerre, il y a beaucoup de choses qu on fait, que l on n aurait pas fait habituellement. C est la guerre qui nous a forcé à faire certaines choses. Mais quand tu regardes la fin de cette guerre, et j ose même pas te dire comment nos leaders ont fini, c est horriblement triste. Ça fait pleurer. Une autre chose importante, pendant le temps communiste on a toujours dit le peuple fait la révolution, le peuple combat. Un slogan disait : «C est le peuple qui commande», alors maintenant ma question reste ouverte ; est-ce que le peuple va commander? Par exemple en Guinée Conakry, le peuple a manifesté dans la rue pour exprimer son mécontentement, certes il y a eu beaucoup de morts, mais ils sont arrivés à un changement de gouvernement. Mais les Angolais sont différents. Ils ont dû à travers leur histoire, s adapter aux Cubains, aux Russes, et ont dû gérer tout ça. Ils ne sont pas si forts dans ce sens-là ; ils feront de la résistance passive, que rien n avance. Quand tu commences à les entendre, à parler ouvertement avec eux, tu remarques que non ça ne va pas bien du tout. 55
7.2 Interview par mail de MICHAUD Olivier, photographe du livre CACIMBO, images d Angola, septembre 2007 Laeticia : combien de temps avez-vous passé en Angola? MICHAUD Olivier: 4 ans Laeticia : Et qu'y avez-vous fait? MICHAUD Olivier: Ingénieur Géophysicien pour la compagnie ELF AQUITAINE Laeticia : Quelles furent vos premières impressions en arrivant dans ce pays? MICHAUD Olivier: Le choc face à l état de la ville, à la pauvreté, aux traces de la guerre (amputés, présence d armes) Laeticia : Qu est-ce qui vous a le plus marqué dans la manière de vivre des angolais? MICHAUD Olivier: Leur bonne humeur et le sens de la fête malgré la guerre. Sans doute aussi leur résignation à accepter cet état de fait. Laeticia : Quelles sont leur conditions de vie? MICHAUD Olivier: Modestes à misérables Laeticia : Que pensez-vous de la corruption en Angola? MICHAUD Olivier: Je ne l ai pas vraiment perçue à l époque (1989-1993) sauf au niveau des privilèges dont jouissaient les membres du parti au pouvoir (MPLA) (accès aux emplois, aux magasins, appartements, voitures de fonction...) Laeticia : Savez-vous comment vivent-ils (les Angolais) cette corruption? En sont-ils conscients? MICHAUD Olivier: A l époque, je ne pense pas. Laeticia : Quels sont les besoins de la population? MICHAUD Olivier: Vivre en paix, manger à sa faim. Laeticia : Voyez-vous un avenir meilleur pour ce pays? MICHAUD Olivier: On peut l espérer depuis la fin de la guerre, mais cela prendra du temps Laeticia : Quelles seraient les solutions afin d améliorer les conditions de vie ainsi que l économie du pays? MICHAUD Olivier: Investir l argent du pétrole et du diamant dans le pays et non sur des comptes en Suisse de leur dirigeants. Faire exiger cela par les investisseurs et l ONU 56
7.3 Interview par mail de MICHEL Serge, auteur du livre UN MONDE DE BRUT, septembre 2007 Laeticia : Combien de temps avez-vous passé en Angola? Et qu'y avez-vous fait? MICHEL Serge : Nous sommes restés une quinzaine de jours sur place, avec le photographe Paolo Woods, à partir du 30 avril 2003. Le visa avait été très très difficile à obtenir et a retardé nos plans de 2 ou 3 semaines. Le lendemain de l arrivée était le 1 er mai des travailleurs, très important dans ce pays anciennement socialiste. Nous sommes restés quelques jour à Luanda pour les démarches officielles, puis sommes allés 3 jours à Cabinda (enclave au nord) aller retour en avion, puis sommes allés à Huambo avec un vol du CICR, puis sommes rentrés pour quelques jours encore à Luanda avant de rentrer en Europe. Je devais pour ma part aller en Irak pour le chapitre suivant du livre et Paolo devait rejoindre Serge Enderlin en Guinée Equatoriale. Laeticia : Quelles furent vos premières impressions en arrivant dans ce pays? MICHEL Serge : La coût de la vie, exorbitant, alors que la pauvreté était partout visible. Les taxis étaient plus chers qu à Genève et nous avons fait 3 ou 4 hôtels avant d un trouver un, bien pourri, qui ne faisait pas trop exploser le budget, mais c était tout de même 80 dollars la nuit pour une chambre à 2 lits, si mes souvenirs sont exacts. Mais on voyait passer les riches, c était assez saisissant. Nous avions un contact avec un expatrié français sur place, qui nous a emmenés dans un restaurant chic où un plat coûtait une semaine de salaire moyen. Nous avions aussi un contact avec un ami du CICR, qui nous a parlé de leurs activités. Laeticia : Qu est-ce qui vous a le plus marqué dans la manière de vivre des angolais? MICHEL Serge : C est la pauvreté, mais cela ne suffit pas à décrire l endroit. Le fait que le pays se relevait à peine d une longue guerre civile, que chacun a perdu un parent, ou qu il les cherche de l autre côté du pays, tout cela dans l immense cynisme des autorités qui n estiment pas nécessaire d organiser de l eau ou de l électricité pour les habitants Laeticia : Quelles sont leur conditions de vie? Pouvez-vous me décrire ce qui vous a le plus touché et bouleversé dans leur façon de vivre? MICHEL Serge : C est vraiment, pour la majorité des Angolais, de la survie, pas de la vie. Le bidonville de Boavista est sans doute le contraste le plus révoltant : il y a du pétrole sur la plage, juste devant, et il y a en haut les riches maisons qui balancent leurs ordures (voir livre). L autre lieu symbolique est le grand marché de Roque Santeiro, où les échoppes sont misérables, quelques morceaux de plastic, le sol est dégoûtant (des arts, des ordures) et les enfants sont shootés à la benzine. Laeticia : Que pensez-vous de la corruption en Angola? MICHEL Serge : Elle est massive. Elle est acceptée par les compagnies européennes comme étant une condition sine qua non pour faire des affaires dans ce pays. Elle est la véritable cause du non développement du pays, malgré ses ressources naturelles (pétrole, diamants) Laeticia : Savez-vous comment vivent-ils (les Angolais) cette corruption? En sont-ils conscients? 57
MICHEL Serge : Bien sûr, ils en sont conscients. Mais c est le rapport de force qui compte. Celui qui a du pouvoir a de quoi manger, et a une position lui permettant de profiter de la corruption. Je ne pense pas qu il y ait dans la population une condamnation morale de la corruption : ceux qui peuvent en profitent, les autres souffrent, c est tout! Le président Dos Santos a gagné la guerre, il a donc tous les droits. Laeticia : Quels sont les besoins de la population? MICHEL Serge : Immenses, en tout. Des soins, des infrastructures (eau, électricité, routes), du travail. Comment voulez-vous développer une activité quelconque (tailleur, boulanger) quand il n y a pas de courant pour faire tourner machine à coudre ou pour chauffer un four? Comment étudier sans ampoule pour lire le soir? Laeticia : Voyez-vous un avenir meilleur pour ce pays? MICHEL Serge : Bien sûr, si les dirigeants agissent un peu plus raisonnablement. En particulier, l agriculture était très développée sur le plateau à l intérieur, c était une colonie riche au temps des portugais, pas de raison que les Africains soient incapables d utiliser ce potentiel. Pas de raison sauf une : la corruption. Laeticia : Quelles seraient les solutions afin d améliorer les conditions de vie ainsi que l économie du pays? MICHEL Serge : Ah, si LA solution existait! Aucun pays africain ne va bien, et pourtant plusieurs solutions ont été essayées. On peut citer : - mise sous tutelle de l argent gagné grâce au pétrole pour s assurer qu il soit utiliser pour aider la population et non pour acheter des armes ou pour nourrir les comptes à l étranger de la clique au pouvoir. Cela a été tenté au Tchad, par la Banque Mondiale, c est un échec. En Norvège, ça marche bien - Fixer des règles très strictes de transparence, qui doivent être observées par les compagnies pétrolières étrangères et par le gouvernement. N a jamais vraiment marché, mais l initiative de Soros, publish what you pay, est très intéressante. - Démocratiser la vie publique et renforcer la liberté des médias pour créer une opposition capable de dénoncer les excès du régime et donc de les corriger. Ca ne marche nulle part sans un certain niveau de vie, sinon c est trop bon marché d acheter un journaliste, un opposant, ou de payer un tueur à gage pour les descendre s ils agissent contre ses intérêts. Les Chinois sont récemment arrivés en masse en Angola et construisent beaucoup de choses. Je n y suis pas retourné (mais j essaie). Peut-être feront-ils une différence? Pour moi, la solution, c est une production locale, notamment agricole. L Afrique importe tout, même le jus d orange d Espagne ou des USA alors qu il y en a sur place. Tant que le pays ne produit que du pétrole, l argent restera confiné à quelques familles qui le dépenseront à l étranger et aussi pour se protéger des pauvres dans leur propre pays. 58
Témoignages 7.4 Bibliographie Christa BEZ, juin 2007 Olivier MICHAUD, septembre 2007 Serge MICHEL, septembre 2007 Livres GLOBAL WITNESS, Les affaires sous la guerre, armes, pétrole & argent sale en Angola, Agone, 2003 ; livre traitant le scandale de l Angolagate ainsi que des problèmes liés à la corruption en Angola. Livre très intéressant pour mon travail de maturité. ENDERLIN Serge, MICHEL Serge, WOODS Paolo, Un monde de Brut, sur les traces de l or noir, Seuil, 2003 ; Récit de voyage en textes et en images, enquête et traité de géopolitique au pied des derricks, Un Monde de brut raconte la planète pétrole VERSCHAVE François- Xavier, l envers de la dette, criminalité politique et économique au Congo- Brazza et en Angola, Agone, 2001 ; François-Xavier Verschave poursuit dans ce petit livre son travail de mise en lumière des réseaux de la "mafiafrique". Plus que de dette, il est bien question ici d'une criminalité politique et économique dont les frontières avec l'économie formelle sont bien difficiles à distinguer MANUEL Jorge, Pour comprendre l Angola, présence africaine, 1997 ; livre retraçant le passé de l Angola, afin de mieux comprendre le fonctionnement du pays, ses difficultés ROY Sébastien et Thomas, Fragments d Angola, Acte Sud, 2006 ; Fragments d'angola donne à voir l'angola, et en particulier Luanda, non seulement à qui ne l'a jamais vu, mais aussi à ceux qui y ont toujours vécu, et qui, à force de l'avoir sous les yeux, ont fini par devenir aveugles à d'innombrables de ses évidences MICHAUD Olivier, Cacimbo, images d Angola, 1998 ; Voyage en images à travers l Angola, cet ouvrage nous fait parcourir les beautés naturelles de ce pays d Afrique peu connu. On y découvre également la ville de Luanda, quelques villages, parfois des visages sous la direction de BONIFACE Pascal, l Année Stratégique 2006, analyse des enjeux internationaux, Irris, Dalloz, 2005 ; Pascal Boniface nous livre au travers de cet ouvrage une synthèse complète de la situation géopolitique en 2007 : situation stratégique, politique, diplomatique et économique de l'année écoulée ; analyses régionales détaillées ; principales statistiques démographiques, économiques, sociales et militaires par pays sous la direction de MATHIEU J.- L., Géographie 2 e, les hommes occupent et aménagent la terre, Nathan, 2006 ; livre utilisé en cours, analysant des problèmes géographiques et mondiaux L état du monde 2006, annuaire économique, géopolitique mondial, La Découverte, 2005 ; de nombreux thèmes mondiaux ayant marqués l année 05-06 sont traités dans ce livre Ministério da educação, Atlas Geográfico Volume 1, República Popular de Angola, 1982 ; livre de géographie que les écoliers angolais obtiennent à l école. 59
Sites Internet http://www.transparency.org ; site officiel de la coalition mondiale contre la corruption, possédant des articles sur la corruption en général http://www.globalwitness.org; site d une ONG britannique qui se concentre sur les liens entre les violations des droits humains et de l environnement http://www.opec.org/home; site de l organisation Organisation des pays exportateurs de pétrole, dont l Angola fait depuis peu partie http://www.afriquechos.ch; site d un magazine qui traite les pays africains en particulier, on peut y trouver des articles de journaux http://www.geopolitique.com; site de recherches de rapport ou/et articles de géopolitique http://www.angolapress-angop.ao/index-f.asp; site de la presse angolaise http://www.transparence-france.org/index.htm; site de la partie française de Transparency International avec beaucoup d articles et de rapports http://www.parlcent.ca/publications/pdf/corruption_f.pdf; rapport du Centre parlementaire du Canada en partenariat avec l Institut de la Banque mondiale sur : Comment combattre la corruption http://www.angola.org; site de l ambassade angolaise, articles sur tous les thèmes du pays, l économie, etc. http://www.publishwhatyoupay.org/francais/index.shtml; site officiel de la coalition «publiez ce que vous payez», avec quelques rapports dont un sur «L histoire accablante du pétrole et des affaires bancaires dans la guerre privatisée de l Angola» http://www.eia.doe.gov/emeu/cabs/angola/oil.html; site sur l analyse de production de pétrole de l Angola http://www.eitigabon.org/fran/petrole/m2exploration.htm; Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (EITI) http://www.evb.ch/fr; site de la Déclaration de Berne, avec beaucoup d articles http://www.msf.fr/angola; site officiel de l ONG MSF en France http://www.croix-rouge.fr; site officiel de l ONG Croix-Rouge en France http://www.msf.ch; site officiel de l ONG MSF en Suisse http://www.transparency.org/news_room/in_focus/2006/cpi_2006 1; site officiel de Transparency International en anglais, avec des rapports sur l Angola http://www.ifrc.org/fr/docs/news/pr06/7406.asp; site de la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge 60
http://www.who.int/countries/ago/fr ; page de l OMS (Organisation mondiale de la santé) consacrée à l Angola http://www.courrierinternational.com; site de l hebdomadaire le «courrier international» regroupant de nombreux articles de journaux du monde entier Articles «Nouveaux riches et pauvres de toujours, Luanda côté jet-set», in Courrier International, 18 octobre 2007 «Angola : l affaire suisse», in Solidaire 193 de la DDC, septembre 2007-11-04 «Les Chinois ont-ils colonisés l Angola?», in Courrier International, 27 septembre 2007 Vidéos Emission ARTE, THEMA : Angola, le pétrole et la misère, 120 min, 20.06.06 ; émission consacrée à l Angola, traitant le problème de la corruption et montrant très clairement le fossé entre la population riche et pauvre. Très bel exemple des conditions de vie. 61