La réception des programmes de télévision sur des mobiles Recevoir des programmes de télévision sur un récepteur mobile est une réalité depuis plusieurs années notamment en Corée ou au Japon où l'on compte respectivement plus de 15 et 33 millions de terminaux vendus. Aux USA, les services proposés depuis 2007 dans une soixantaine de villes comptent plus de 500 000 abonnés. En Europe, en 2009, 114 chaînes de télévision ont été créées spécifiquement pour les plate-formes mobiles 1. La réception de programmes sur un mobile peut s'appuyer sur deux canaux, celui des opérateurs de téléphonie mobile ou celui plus classique des opérateurs de diffusion. Les réseaux, les modes de diffusion, les normes, les débits possibles... sont différents même si au final la visualisation se fait dans les deux cas sur un écran qui ne dépassera pas quelques dizaines de cm2. La transmission d'images de télévision sur des récepteurs mobiles impose des débits plus élevés (quelques centaines de kilo-bits par seconde) que ceux nécessaires pour la transmission d'un simple texte ou d'une photographie, même si ceux ci sont sans commune mesure, compte tenu de la dimension réduite des écrans, avec les débits nécessaires pour la télévision diffusée par voie hertzienne, TNT par exemple (quelques mégabits par seconde). En France, nous n'en sommes qu'aux balbutiements même si les opérateurs de téléphonie mobile proposent ce service depuis quelques années déjà. La télévision mobile personnelle (TMP) qui sera diffusée en broadcasting, c'est à dire sous une forme de diffusion équivalente à la TNT, n'a pas encore démarrée. 1 Le mode de diffusion des opérateurs téléphoniques : Essentiellement prévus pour des communications inter-personnelles, les premières générations de téléphones mobiles n'étaient pas conçues pour supporter les débits nécessaires à la réception de programmes multimédias. Les nouvelles normes offrent des débits de plus en plus élevés, mais l'adaptation ou la mise à niveau des réseaux restent un travail de longue haleine et il s'écoule de nombreuses années avant que la couverture d'un territoire ne devienne effective. 1 Voir rapport de la Commission européenne sur les chaînes et les plates-formes de télévision : http://www.obs.coe.int/about/oea/pr/mavise_end2009_pdf.pdf.fr La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-1 / 12
Panorama des différents générations de la téléphonie mobile et des débits possibles: Les années 90 ont été marquées par le passage au numérique pour les téléphones cellulaires avec le protocole GSM (Global System for Mobile communications). Cette génération, la deuxième, la première étant celle des téléphones analogiques, est souvent désignée par l'appellation 2G. Le GSM permettait l'envoi de données en faibles volumes, SMS (Short Message Service) puis MMS (Multimedia Message Service) avec un débit qui lui aussi était très faible : il ne dépassait pas 9,6 Kb/s. Le GPRS (General Packet Radio System) qui a suivi a apporté une amélioration sur ce point avec un débit théorique descendant qui pouvait atteindre 171 Kb/s (le GPRS peut supporter plusieurs niveaux de qualité de service en fonction des condition de transmission et des caractéristiques du terminal, le débit indiqué ici est une valeur théorique maximum qui correspond à la protection la moins bonne contre les erreurs). Dans les faits, les débits réels descendants sont beaucoup plus faibles et compris entre 20 et 30 Kb/s. Ce protocole a également introduit la transmission des données en paquets et a donc marqué l'ouverture de la téléphonie vers les réseaux IP. Les réseaux GPRS sont souvent désignés sous l'appellation de 2,5G pour indiquer qu'il s'agit d'une étape intermédiaire vers la téléphonie de la troisième génération. Les dénominations 2G, 3G, 4G... désignent les générations successives des réseaux de téléphonie mobile. 3GPP (3rd Generation Partnership Project) et 3GPP2 sont deux organisations internationales de normalisation. Elles sont nées de la coopération entre différents organismes de standardisation en télécommunications dans le monde et visent à produire des spécifications techniques pour les réseaux mobiles de la 3ème génération (3G). La première a été créée pour les réseaux GSM (plutôt déployés en Europe et en Afrique), la seconde s'intéresse à la technologie concurrente, le CDMA. EDGE (Enhanced Data Rate for GSM Evolution) qui a suivi est également une amélioration des technologies GSM/GPRS pour le transfert des données (ici aussi, la couverture restait identique après la mise à jours des équipements). La technologie EDGE peut théoriquement atteindre un débit maximum descendant de 473 kbit/s mais il a été limité concrètement à 384 kbit/s. Dans la pratique, la technologie EDGE offre des débits qui ne dépassent pas 100 à 200 kb/s. Les réseaux EDGE sont souvent désignés sous l'appellation de 2,75G. L'UMTS (Universal Mobile Telecommunications System) a été le premier virage important dans la course aux hauts débits. Ce réseau de la troisième génération (d'où l'appellation de 3G) a été ouvert en France à la fin de l'année 2004. Cette nouvelle norme étant incompatible avec la norme GSM, il a été nécessaire de développer un nouveau réseau. De nouvelles bandes de fréquences ont été attribuées (bande 2GHz). L'UMTS permet théoriquement des débits de transfert à 1,9 Mb/s, La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-2 / 12
Avec ces débits, l'accès à Internet depuis un terminal mobile ou un ordinateur portable devenait possible de même que toutes sortes d'applications multimédias (télévision, vidéo à la demande, visiophonie, téléchargements...). Aujourd'hui, la couverture du territoire national en 3G n'est toujours pas réalisée totalement par les trois opérateurs français : en août 2009, le réseau 3G d'orange ne couvrait que 83% de la population et celui de SFR 80%. A partir de 2006, des évolutions successives importantes vont être apportées à l'umts sous la forme de deux normes, d'abord le HSDPA (High Speed Downlink Packet Access) qui va concerner les débits descendants puis ensuite avec le HSUPA (High Speed Uplink Packet Access) qui va s'intéresser aux débits montants. Plus globalement, on parlera alors de HSPA (HSPA = HSDPA + HSUPA). S'agissant d'une évolution du réseau l'umts, ces normes s'appuient sur les mêmes infrastructures et nécessitent simplement des mises à niveau des différents équipements des opérateurs. La norme HSDPA est souvent baptisée norme 3.5 G (ou plus spécifiquement 3G+ chez SFR). Elle prévoit en théorie des débits descendants jusqu à 14,4 Mbps au maximum. Cette valeur maximum sera atteinte en plusieurs étapes : 3,6 Mbps puis 7,2 Mb/s enfin 14,4 Mb/s. Orange vient justement d'annoncer qu'il «up-gradait» son réseau et passait de la norme HSDPA à 7,2 Mb/s à la norme HSDPA à 14,4 Mb/s. Ce déploiement sera progressif au premier trimestre 2010 et concernera d'abord les 12 plus grandes agglomérations de France. Le HSUPA est une variante de HSDPA. L'amélioration porte sur le débit montant théorique qui passe à 5,8 Mbit/s permettant de ce fait des liaisons à haut débit dans les deux sens. Le débit maximum pour la voie descendante reste à 14 Mbit/s théorique comme en HSDPA. Avec les débits élevés qu'elles offrent, ces deux normes vont véritablement modifier le paysage de la téléphonie mobile et permettre des conditions de travail avec un ordinateur portable proches de celles du bureau. Orange et SFR ont donné le coup d'envoi de leur réseau HSUPA en septembre 2007, un an après le HSDPA. Selon GSA (Global mobile Suppliers Association), on a observé dans le monde, en un an, une augmentation de 33 % du nombre de réseaux commerciaux HSPA en service. En septembre 2009, il existait selon cette même source et pour la même norme, 283 opérateurs commerciaux dans 135 pays (dont 52 en Europe), plus de la moitié proposant des débits descendant théoriques supérieurs à 7,2 Mb/s. De même qu'il existe toujours des écarts énormes entre les débits pratiques réellement disponibles et les débits théoriques proposés, de même il existe des écarts entre les débits théoriques La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-3 / 12
qui sont annoncés pour une norme lorsqu'on parcoure la littérature spécialisée et les débits théoriques qui sont réellement proposés par un opérateur. Pour ce deuxième point, ces écarts sont de deux ordres, d'une part, parce qu'il peut s'écouler plusieurs années entre la parution d'une norme et son application sur le terrain (la mise à niveau logicielle d'un réseau ne peut pas être instantanée, elle est progressive, les dernières évolutions technologiques étant d'abord déployées dans les zones les plus denses), d'autre part parce que les opérateurs peuvent pratiquer des limitations volontaires et permanentes en fonction des profils des utilisateurs (particuliers ou professionnels), des types de terminaux (téléphones mobiles, ou ordinateur portable) ou de leur marque (iphone par exemple), après un certain volume de données... Les débits maximum proposés dans les forfaits par les différents opérateurs pourront donc, pour une même zone, être très variables (14,4 Mb/s 7,2 Mb/s ou 3,6 Mb/s, voire moins). Pratiquement, les chiffres sont bien moindres, environ 2 Mb/s au lieu de 14 Mb/s. HSPA+, parfois appelé HSPA Evolution, I-HSPA ou Internet HSPA est la dernière technologie à être déployée a grande échelle à travers le monde en attendant la future génération des normes LTE. Selon le type de modulation utilisé (16QAM ou 64QAM) les débits maximum théoriques pourront être respectivement de 28 ou 42 Mb/s dans le sens descendant et de 11 ou 22 Mb/s dans le sens montant (valeurs pour un canal de 5 Mhz). Selon GSA (Global mobile Suppliers Association), on dénombre à travers le monde, 25 réseaux HSPA+ qui sont en service commercial dans 19 pays, la quasi totalité d'entre eux offrant des débits théoriques jusqu'à 21 Mb/s. Au Japon, plusieurs grande villes sont déjà desservies. En Italie (ville de Milan) et en Autriche (ville de Vienne), on indique que les débits devraient atteindre 28 Mb/s dans le sens descendant et 5,7 Mb/s dans le sens montant. Dernière en date, la norme LTE (Long Terme Evolution) doit permettre des débits descendants de 100 Mb/s et des débits montant de 50 Mb/s. Les atouts de LTE ne sont pas uniquement des débits plus élevés. Un autre avantage est la latence 2 plus faible du réseau. Pour les réseaux UMTS, elle était de 150 ms 3. Elle se situe entre 75 ms et 100 ms avec le HSDPA, puis dans une fourchette de 20 ms à 50 ms en HSPA et enfin, aux environs de 10 ms pour LTE. Cela permet une meilleure interactivité, et donc convient mieux pour les jeux en réseau. Les tous premiers réseaux commerciaux LTE viennent d'être inaugurés dans deux pays scandinaves par l'opérateur nordique TeliaSonera, respectivement dans les villes de Stockholm 2 Latence : délai en millisecondes nécessaire pour transférer des données d'un point à un autre. 3 Valeur minimale théorique que l'on peut observer au cœur du réseau. Dans la pratique, il faut y ajouter les délais apportés par le réseau Internet (des valeurs de 1 ou 2 secondes pourront alors être parfois atteintes). La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-4 / 12
(Suède) avec des équipements de la marque Ericsson et d'oslo (Norvège) avec des équipements du chinois Huawei. Il n'existait pas de terminaux mobiles disponibles au moment du lancement, les offres commerciales ne concernaient que les forfaits incluant des clés USB fabriquées par le sudcoréen Samsung. Si les débits théoriques sont bien de 100 Mb/s en réception et de 50 Mb/s en émission, les débits pratiques en réception en milieu urbain seront bien moindres, de 8 à 10 Mb/s en réception et de 1 à 2 Mb/s en émission, précise-t-on du côté d'ericsson. En France, nous n'en sommes encore qu'au stade des expérimentations. Dernière en date (décembre 2009), celle de Bouygues Telecom, en partenariat avec Alcatel Lucent qui a programmé une série de tests grandeur nature en 2010. Les nombreux médias qui ont relayé l'information concernant ces premiers déploiements du LTE ont souvent fait état de réseaux 4G. A tort selon certains spécialistes, qui indiquent que le LTE reste de la 3G (d'où les appellations de 3.9G ou de Super 3G qui sont parfois utilisées pour indiquer qu'il s'agit «presque» de 4G). C'est le LTE Advanced, une future évolution du LTE, qui sera la vraie 4G. Les débits pourront atteindre1 Gbit/s. Télévision et VOD sur téléphones mobiles Les services de télévision et de vidéo à la demande (VOD) proposés par les opérateurs téléphoniques fonctionnent sur leurs propres réseaux, en s'appuyant sur les normes décrites dans les paragraphes précédents. Le mode de fonctionnement est identique à celui d'internet, c'est à dire en deux temps : en premier lieu, la sélection du programme choisi par l'utilisateur ce qui donne lieu à la remontée de la requête vers l'opérateur, dans un deuxième temps, l'envoi par l'opérateur du programme sélectionné vers le terminal demandeur et uniquement à celui là. Seules les données correspondant au programme sélectionné sont transmises (par opposition à la diffusion de la TNT ou de la TMP, on le verra dans chapitre suivant, où tous les programmes sont tous simultanément diffusés et où la sélection du programme est réalisée au niveau du terminal). La diffusion unicast correspond au concept de la vidéo à la demande : à chaque requête d un utilisateur unique correspond un flux vidéo spécifique qui est délivré par le serveur. C est une technique de liaison de type point à point. Au niveau du serveur et des axes principaux de diffusion, il y a sur le réseau autant de flux que de mobiles ayant envoyé une requête. La bande passante totale disponible sur le réseau est partagée entre tous les utilisateurs. Au niveau de chaque cellule 4, on ouvrira autant de canaux que d'utilisateurs sachant qu'une cellule ne peut accueillir qu'un nombre limité d'utilisateurs 5. Il est évident que si tous les utilisateurs visionnent simultanément le même 4 Zone de réception autour d'un émetteur : le rayon d'une cellule est compris entre quelques dizaines et quelques centaines de mètres dans les zones où la population est très dense. 5 Deux ou trois dizaines d'utilisateurs environ en téléphonie pure, moins s'il y a des datas en plus. La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-5 / 12
contenu audiovisuel (transmission d'un évènement en direct), tous les flux sont identiques. Il y a dans ce cas un gâchis manifeste de bande passante mais surtout un risque de saturation de la cellule si de trop nombreux utilisateurs sont dans la même zone et utilisent les même services (ce qui paraît ici comme une probabilité s'est réellement déroulé avec l'écroulement l'été dernier du réseau de T- Mobile sous l'afflux des amateurs de football). Par contre, avantage indéniable sur la diffusion classique, la possibilité intrinsèque d'une voie de retour permet toutes les formes d'interactivité dans les programmes diffusés, notamment la vidéo à la demande (ce qui n'est pas possible avec la TMP). L'utilisateur n'a accès qu'au réseau de l'opérateur téléphonique auquel il est abonné (et qui en assure la totale maitrise) et ne peut donc recevoir que le bouquet de télévision et les services qu'il propose. La visualisation de programmes télévisés ne se limite pas aux équipements téléphoniques. Les ordinateurs portables équipés des fonctions d'émission / réception 3,5G (soit intégrées à l'ordinateur, soit rapportées avec une clé USB ou une carte PCMCIA spécifique) sont bien évidemment également concernés. Pour remédier aux inconvénients énumérés précédemment, les opérateurs ont développé des normes spécifiques. Le protocole MBMS (Multimedia Broadcast MultiCast Service) est une extension de la norme UMTS (introduction dans la release 6 de la norme UMTS) pour diffuser des programmes multimédias vers un grand nombre d'utilisateurs simultanés. Il permet de n'utiliser qu'un seul canal pour transmettre simultanément le même flux à tous les utilisateurs qui le souhaitent (il importe bien évidemment que leurs terminaux soient compatibles). A l'opposé de la méthode précédente où pour 1000 connectés il fallait envoyer 1000 fois le même programme, avec le multicast, on n assure qu une seule émission du flux vidéo sur le réseau de transport, c'est à dire au mieux jusqu'aux cellules d'émission. Ce mode de diffusion permet une optimisation maximum : émission d'un seul flux depuis l'opérateur, duplication éventuelle pour chacun des nœuds du réseau, jusqu'à la cellule d 'émission terminale et les cellules avoisinantes. L'avantage est évident : on économise de la bande passante sur toutes les artères principales du réseau et des ressources radio au niveau de chaque cellule puisqu'on utilise qu'un seul canal pour chaque programme même si de nombreux utilisateurs sont connectés. La bande passante totale du réseau doit cependant être partagée entre tous les services, notamment voix et données. Avantage supplémentaire, ce protocole permet de «cibler» la diffusion sur une cellule précise ou dans une zone géographique bien déterminée. Deux modes de diffusion sont possibles : en mode broadcast, c'est à dire vers tous les utilisateurs de la zone, sans la nécessité d'une inscription préalable (envoi du même flux à tous les utilisateurs), soit en mode multicast vers les seuls utilisateurs qui ont souscrit un abonnement au service (envoi du même flux à un certain nombre d'utilisateurs référencés). La différence entre unicast et multicast s'évalue également au niveau des serveurs de La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-6 / 12
diffusion vidéo et de leur possibilité d'adaptation ou non aux conditions de réception de chacun des terminaux utilisateurs. En unicast, il y des échanges d'informations entre le serveur et chaque équipement terminal afin d'adapter les caractéristiques de diffusion du flux vidéo aux possibilités de réception du récepteur (en diminuant par exemple le débit lorsque les conditions de réception se dégradent ce qui aura pour effet de maintenir la réception, au prix il est vrai, d'une légère dégradation de la qualité de l'image). Ce n'est pas le cas en diffusion multicast, où le serveur délivre un signal nominal fixe en considérant que seuls les récepteurs ayant ce niveau minimal pourront recevoir le programme. Avec le protocole MBMS, les débits peuvent atteindre 256 Kb/s par utilisateur. Au sein d'une même cellule, si le nombre d'utilisateurs d'un même programmes vidéo n'est pas limité (tous leurs mobiles sont connectés sur le même canal), le nombre de programmes disponibles y est par contre limité. La première version (release 6) permettait la diffusion à 256 kb/s de 4 canaux simultanément, c'est à dire de 4 programmes (1 Mb/s au total). La release suivante en permettait le double en 2007 soit une capacité totale de 2Mb/s. La release 8 autorise la diffusion de 12 programmes à 256 Kb/s et on annonce une vingtaine de programmes avec le LTE avec ce même débit (ou 40 programmes à 128 Kb/s). Différents développements ont été conduits pour améliorer les performances du protocole MBMS. L alliance GSM, qui regroupe des opérateurs de réseaux mobiles dont Orange, T-Mobile et Vodafone, a annoncé cet automne qu'elle avait choisi la nouvelle norme IMB (Integrated Mobile Broadcast). Cette norme est intégrée dans la release 8 des spécifications 3GPP et repose sur des technologies déjà mises en œuvre dans la norme MBMS. Un autre développement concerne le embms (Evolved MBMS) qui devrait être défini dans la release 9 des spécifications 3GPP. Les débits réellement disponibles : En France, depuis la fin 2004, les opérateurs proposent des programmes de télévision en s'appuyant sur leurs réseaux 3G/3G+ et Edge. Les programmes à visionner sont à sélectionner sur le portail de son opérateur et parmi les programmes qu'il propose (ils pourront être différents d'un opérateur à l'autre). A titre d'exemple, l'application TV Player pour iphone qui est disponible depuis le 7 avril 2009 chez Orange permet de recevoir 20 chaines gratuites et d'autres payantes avec pour objectif final un bouquet de 60 chaînes au maximum. Elle fonctionne sur les réseaux 3G/3G+ et Edge avec des débits de 50 kb/s en Edge et 250 kb/s en 3G/3G+ (en cas d'absence de couverture 3G/3G+, la réception bascule automatique en Edge avec un mode d'affichage en ¼ d'écran). La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-7 / 12
2 L'accès en mode diffusé La TMP (Télévision Mobile Personnelle) repose sur le même principe que la télévision classique numérique TNT, la seule différence pour l'utilisateur étant la mobilité : il a la possibilité de recevoir des programmes de télévision quelque soit l'endroit où qu'il se trouve, sur un récepteur portable de petite taille (assistant personnel, téléphone évolué, récepteur vidéo), qu'il soit fixe ou en mouvement (automobile, train, bus). C'est une diffusion (broadcast en anglais) de type point à multipoints. Les programmes sont tous simultanément diffusés à partir d'un point unique à destination de l'ensemble des spectateurs potentiels qui sont situés dans la zone de réception. Le débit n'est pas affecté par le nombre d'utilisateurs. La sélection du programme à visionner est réalisée sur le terminal (c'est lui qui intègre le tuner). A l'opposé du dispositif précédent, il n'y a pas de voie montante, donc pas pas d'interactivité possible dans les programmes. La diffusion des programmes par le même réseau d'émetteurs que la télévision numérique (TNT) et analogique est possible (sous certaines conditions techniques). Les normes DVB (Digital Video Broadcasting) Le consortium DVB a été créé en 1993 au moment des premiers développement de la télévision numérique afin d'en définir les normes de diffusion. Il regroupe des acteurs de la télévision numériques (diffuseurs, équipementiers...) soit plus de 250 sociétés dans 25 pays à travers le monde. Une large représentation donc qui a dépassé le cadre européen même si des normes différentes ont été adoptées dans d'autres pays. Ciblant dans les premiers temps les premiers supports de télévision numérique, ces normes se sont étoffées au fil des années pour s'adapter aux évolutions technologiques et aux nouveaux supports de transmission : satellite, réseaux câblés, diffusion hertzienne... Elles définissent les caractéristiques d'émission et de diffusion : la compression des signaux, les types de modulation, le contrôle d'erreurs, les dispositifs d information et de navigation, l accès conditionnel, le cryptage... Pour des questions de coût et de rentabilité (réduction des budgets de recherche et de développement des équipements de diffusion et de réception), toutes ces familles de normes ont en commun un certain nombre de ces éléments. D'autres doivent être adaptés en fonction du support de diffusion utilisé (par exemple, la transmission par le câble, du fait de sa relative immunité aux La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-8 / 12
perturbations, nécessite un contrôle d'erreurs moins performant qu'une transmission par voie hertzienne qui est plus sujette à des parasitages ou brouillages de tous ordres). Ces grandes familles de normes sont cataloguées par l'acronyme DVB complété par une ou plusieurs lettres définissant le type de support concerné : DVB-S pour le satellite, DVB-C pour le câble, DBB-T pour la diffusion hertzienne (TNT) et plus récemment DVB-H pour la télévision mobile par voie hertzienne, DVB-SH pour la diffusion par satellite pour appareils mobiles... Compte tenu de l'évolution des technologies, les normes les plus anciennes (câble, satellite et hertzien) ont fait l'objet de nouvelles version, d'où l'apparition du chiffre 2 à la fin de leur acronyme : DVB-T2, DVB-S2 et DVB-C2. D'autres travaux ont également débutés pour le DVB- NGH (Next Generation Handheld) afin de prendre en compte les limites des normes DVB-H et DVB-SH. DVB H La norme DVB-H (la lettre H signifiant «Handheld» soit en français «tenu à la main») a été finalisée il y a 5 ans puis normalisée par l'etsi (European Telecommmunications Standards Institute) avant d'être adoptée au mois de mars 2008 (tout comme le DVB-SH) par la Commission Européenne comme norme officielle pour la télévision mobile. Elle est directement dérivée de la norme DVB-T concernant la diffusion terrestre à destination des terminaux fixes dont elle reprend bon nombre de caractéristiques dont notamment les normes de compression MPEG-2 et MPEG-4. Les similitudes entre les deux normes présentent des avantages : utilisation des mêmes équipements (modulateurs, antennes) que pour la TNT (les chaines DVB-H peuvent même coexister sous certaines conditions, avec les chaines TNT au sein d'un même multiplex), et donc à la clé des économies d'échelle. Elles diffèrent par contre sur certains points, du fait des caractéristiques particulières des terminaux mobiles : antennes de réception très petites, peu sensibles, souvent placées à faible hauteur, parfois à l'intérieur d'un bâtiment ou d'un véhicule (par opposition aux antennes de TNT qui sont toujours des «rateaux» de grande dimension, placés sur des points hauts, avec un gain important), alimentation par batteries... Ces particularités imposent des caractéristiques spécifiques au niveau de la chaine d'émission et des terminaux de réception. L'utilisation d'antennes d'émission placées sur des points hauts permet une bonne couverture outdoor sur des superficies importantes mais est insuffisante pour une réception indoor. Au niveau d'une agglomération, la qualité de la réception à l'intérieur des bâtiments peut être fortement améliorée par le déploiement d'un réseau d'émetteurs multiples en lieu et place d'un unique site d'émission. Ces émetteurs sont beaucoup moins puissants et doivent être installés sur des points La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-9 / 12
hauts nettement moins élevés que les émetteurs classiques de diffusion de télévision. Des technologies particulières doivent aussi être mises en œuvre, notamment avec l'intégration de procédés de correction d'erreurs (MPE-FEC) 6 plus performants afin de rendre la diffusion plus robuste (on doit privilégier la redondance des informations et non pas le débit comme pour une réception fixe), ou de mécanismes économiseurs d'énergie (par exemple avec le Time Slicing qui consiste à émettre les données numériques en rafales successives mais avec des durées limitées suivi par des périodes de «silence», permettant au terminal de couper son unité de réception entre les bursts et donc de réduire sa consommation électrique)... Au niveau des débits, le DVB-H permet un débit maximum de 15 Mb/s, pratiquement plutôt 10 ou 11 Mb/s pour un canal de 8 Mhz de large (en Europe). Ce débit est à partager entre tous les programmes diffusés simultanément dans le canal 7. Du fait de la résolution plus petite des écrans intégrés aux récepteurs DVB-H, les taux de compression des images numériques peuvent être plus importants que pour la TNT. Les débits nécessaires pour chacun des programmes diffusés sont alors moins élevés et il est donc possible de «loger» plus de chaines dans un multiplex que pour la TNT : le nombre de services de télévision sur un canal DVB-H pourrait se situer entre 20 et 30 selon le type de modulation utilisé. Un débit compris entre 300 et 400 kb/s suffit pour la diffusion d'un programme en DVB/H contre 3,5 à Mb/s en moyenne avec des pics à 7 à 8 Mb/s 8 pour la TNT. Les technologies concurrentes sont le T-DMB (Terrestrial - Digital Multimedia Broadcasting) qui a été adopté notamment par la Corée, la Norvège et les Pays Bas, qui a aussi été expérimenté par l'allemagne puis abandonné ensuite, l'isdb-t d'origine japonaise qui a été également choisi par le Brésil ou l'argentine, MediaFlo aux USA, le CMMB(China Mobile Multimedia Broadcasting) qui a été lancé en janvier 2009 en Chine... DVB-H ou DVB SH? Le DVB-SH (services par satellite pour appareils mobiles) est une évolution du DVB-H faisant appel à une diffusion par satellite avec une couverture complémentaire par voie terrestre (qui 6 Pour corriger les pertes de données lorsqu'un canal de transmission est très perturbé, on ajoute aux données «utiles» des données complémentaires (informations de redondance) permettant au récepteur de recalculer les données qui peuvent avoir été perdues. 7 Au temps de la télévision analogique, un programme de télévision occupait un canal entier. Avec le numérique et compte tenu de la compression des images il est possible de diffuser simultanément plusieurs programmes dans le même canal. On parle alors de multiplex. Le nombre de programmes dépend du taux de compression des images et donc de leur qualité : pour la TNT entre 4 et 8 par exemple. 8 Valeurs relevées sur le site http://www.digitalbitrate.com/dbr.php?sat=51&lang=fr pour les chaînes nationales diffusées en 4/3 en TNT (mode VBR). La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-10 / 12
elle pourra être en bande S ou en en bande UHF) et qui a recours à des technologies plus évoluées pour la correction d'erreur. Ce double mode de diffusion présente différents avantages : couverture rapide d'une très large zone (notamment les zones rurales) à partir d'un seul satellite, couverture complémentaire des zones urbaines avec un réseau de ré-émetteurs terrestre (qui offre une bien meilleure pénétration du signal dans les habitations que les signaux émis par satellite, notamment en bande UHF). Les fréquences de la bande S (de 2170 à 2200 Mhz) utilisées pour le satellite sont très proches de celles utilisées par les téléphones mobiles (1900 à 2170 Mhz). Les services pourraient facilement être relayées par les antennes relais de la téléphonie mobile. En Italie, la Rai (principal diffuseur de programmes de télévision en Italie) et 3Italia (fournisseur de téléphonie 3G) teste le DVB-SH. En France, SFR a aussi testé le DVB-SH à Pau. Une expérimentation associant Solaris Mobile (entreprise commune entre Eutelsat et SES Astra), Alcatel-Lucent, principal promoteur du standard DVB-SH, et TowerCast, fournisseur de réseaux de diffusion est actuellement en cours pour une durée de 3 mois sur la région parisienne. La TMP est une réalité : La TMP est une réalité dans le monde : les USA, la Corée, le Japon, l'autriche, la Finlande, les Pays-Bas, l'italie, la Suisse, la Norvège, la Chine... disposent d'offres commerciales. La situation en Autriche est emblématique par la rapidité du déploiement du réseau, par la couverture réalisée aujourd'hui (lancée en Avril 2008, l offre couvre potentiellement 53 % de la population en «light indoor» et 33 % en «good indoor») et par le taux des abonnements (plusieurs centaines de milliers pour un petit pays de huit millions d'habitants) 9. La TMP en France a tout du serpent de mer. On l avait promise pour l automne 2007 et la coupe du monde de rugby, du moins dans une version de démonstration dans les principales grandes villes concernées. Depuis lors, les autorités responsables ont évoqué diverses dates de lancement, constamment repoussées. L'offre de programmes qui sera proposée au début (telle qu'elle a été définie par le CSA en mai 2008) sera composée des 3 chaînes publiques (France 2 et 3, Arte) et de 13 chaines privées (TF1, Eurosport, Canal+, I Télé, M6, W9, BFM TV, Direct 8, NRJ 12, Virgin 17, NT1, Orange Sport et Europa Corp, la chaîne de Luc Besson), la majorité d'entre elles étant également présentes sur la TNT. Les programmes pourront être à l'identique de ceux offerts sur les autres supports de diffusion ou originaux, et donc plus adaptées au condition particulière du visionnement sur des terminaux de petite taille. Depuis, le projet bloquait sur la question du financement du réseau. Il devrait franchir une nouvelle étape avec la proposition que TDF 9 Cf «La télévision mobile personnelle existe : on peut la rencontrer à Vienne» Alain Chaptal Sonovision-Broadcast N 541 juin 2009 La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-11 / 12
(Télédiffusion de France) assure le financement du déploiement du réseau d'antennes émettrices à hauteur de 17% de la population. Et ensuite? Aucune date pour le démarrage n'est encore fixée à ce jour. Wait and see. Les études de satisfaction témoignent que les utilisateurs plébiscitent le DVB-H ( en terme de qualité, fiabilité ou temps de zapping) par rapport à la 3G comme le confirme le baromètre réalisé pendant l'été 2009 à l'occasion d'un test réalisé à Paris par TDF auprès d'un panel d'utilisateurs. Même constat en Autriche où la TMP est une réalité depuis 2008. «Les opérateurs présents, Orange et H3G, sont unanimes à souligner la supériorité du DVB-H sur la téléphonie 3G en termes de qualité d image. De fait, l image DVB-H, avec un débit de 256 Kbits/s, semble séduisante et stable. Avec une durée de fonctionnement de la batterie de l ordre de quatre heures. La réception en mobilité dans les transports en commun et indoor est jugée satisfaisante. Orange Autriche déclare même avoir renoncé à offrir de la vidéo en 3G, se limitant aux seuls programmes en DVB-H pour ces raisons de qualité» 10. Complémentarité des deux vecteurs : 3G/3G+ et DVB-H Les normes 3G/3G+ et le DVB-H ont l'une et l'autre leurs propres limites : un nombre d'utilisateurs limité dans une cellule pour le 3G mais l'avantage d'une voie de retour, un nombre de chaîne limité et une réception plus problématique indoor pour le DVB-H. Alors, pourquoi ne pas s'appuyer sur la complémentarité de ces deux technologies pour offrir des services plus étendus sur un même terminal, en réservant par exemple, la diffusion des chaines thématiques et interactives ou les services proposant VOD (vidéo à la demande) ou Catch Up TV (télévision de rattrapage) aux réseaux 3G, et l'émission des chaines à vocation nationale via le réseau DVB-H. En Autriche, l'opérateur H3G met en avant la notion de TV mobile, fusionnant DVB-H et offre en unicast en téléphonie 3G. Le développement de la télévision sur mobiles se situe désormais au niveau des puces électroniques. Des terminaux disposant du double mode de réception, 3G et TMP via la norme DVB-H sont aujourd'hui disponibles. Ainsi par exemple le Nokia 5330 Mobile TV Edition qui a été présenté en novembre 2009 et qui n'attend que le démarrage de la TMP en France pour y être commercialisé. Il est équipé d'un écran QVGA (320 x 240) de 2,4 pouces (6,1 cm). 10 Cf «La télévision mobile personnelle existe : on peut la rencontrer à Vienne» Alain Chaptal Sonovision- Broadcast N 541 juin 2009 La télévision sur mobiles PhG 18 janvier 2010-12 / 12