LES ALIMENTS APHRODISIAQUES TOUS DES PLACEBOS?



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LES ALIMENTS APHRODISIAQUES TOUS DES PLACEBOS? R.J. OPSOMER, J.P. AUQUIÈRE* Mots-clefs : ginseng diététique dysfonction sexuelle viticulture belge - phytothérapie Keywords : ginseng dietetics sexual disorders Belgian viticulture - phytotherapy Correspondance : Pr. R.J. Opsomer Université catholique de Louvain Cliniques universitaires Saint-Luc Centre de Pathologie Sexuelle Masculine (CPSM) Avenue Hippocrate 10 B-1200 Bruxelles E-mail : r.opsomer@skynet.be FOOD APHRODISIACS. ALL PLACEBOS? Sexuality and sexual performance have always captured the interest of men and therapists all over the world. For centuries (even millennia), phytotherapy was the only effective therapeutic recourse ; the other forms of treatment being most often hazardous or void of any foundation and sometimes even toxic. The 20 th century saw the explosion of scientific medicine based on evidence and therapies with synthetical medications, excluding at the outset, traditional medications, notably phytotherapy and other alternative therapies. Nevertheless, the end of the 20 th century saw a certain return to the sources with the alternative therapies regaining a place alongside the classic medicine, including in sexology and this, in spite of the marketing of the phosphodiesterase type 5 inhibitors, the first oral synthesized drugs that are actually effective to treat erectile dysfunction. Several placebo-controlled studies demonstrated the efficacy of ginseng to improve libido and erection Ginger and ginkgo biloba proved as effective as a placebo The truffle (Tuber melanosporum) known for centuries as having aphrodisiac properties contains a substance close to testosterone : the 5-α-androst-16-en-3α-ol steroïd Cacao contains several psycho-active substances: theobromin, phenylethylamin Chocolate: a brain stimulator? (Red) wine, at low dosages, has positive effects on sexual interest and ejaculation. Furthermore the cardioprotective properties of red wine (the so-called French Paradox) have been confirmed Today the impact of the vascular risk factors on sexual function is well known. Prevention of erectile dysfunction is recommended by adopting a adapted diet and life style. * Université catholique de Louvain, Faculté de Médecine, Laboratoire de Botanique pharmaceutique RÉSUMÉ De tout temps, la sexualité et les performances sexuelles ont suscité l intérêt des hommes et des thérapeutes à travers le monde. Durant des siècles (voire des millénaires), la phytothérapie a été le seul «recours» thérapeutique (plus ou moins efficace?) des dysfonctions sexuelles; les autres formes de traitement étant le plus souvent aléatoires ou dénuées de tout fondement, parfois même toxiques. Le ginseng, évalué dans plusieurs études en double aveugle, s est révélé efficace tant sur le plan de la stimulation de la libido que de la «mécanique» érectile Gingembre, ginkgo et bois bandé ne semblent guère plus efficaces qu un placebo Certaines plantes utilisées lors de rituels africains et sud-américains ne sont pas dénuées d effets secondaires à court et/ou long terme. Elles ne sont donc pas recommandées La truffe noire (Tuber melanosporum) est réputée aphrodisiaque : une molécule proche de la testostérone a été isolée du champignon : le stéroïde 5-α-androst-16-en-3α-ol Le cacao contient plusieurs molécules psycho-stimulantes : la théobromine, la phényléthylamine Le chocolat serait-il un stimulant du cerveau et de l appétit sexuel? Le vin (rouge) : boisson «dés-inhibante» à petites doses? boisson cardio-protectrice à petites doses également. La théorie du «Paradoxe français» est toujours d actualité. Elle a été revisitée récemment. Impact des facteurs de risques vasculaires sur la fonction sexuelle et intérêt d une prévention par une alimentation et une hygiène de vie adaptées. S160

LES ALIMENTS APHRODISIAQUES... TOUS DES PLACEBOS? INTRODUCTION Figure 1 Racines de ginseng : 2 «jambes» inégales. Depuis l antiquité, la fonction sexuelle et les dysfonctions qui en découlent ont suscité l intérêt des thérapeutes de «tout bord» : sorciers, chirurgiens-barbiers, médecins, diététiciens, pharmaciens, botanistes, homéopathes et malheureusement aussi quelques charlatans ont tenté d améliorer voire de décupler les performances sexuelles (1). Jusqu au XX e siècle, les patients «impuissants» étaient le plus souvent soumis à des traitements empiriques dont l efficacité était très discutable. Le XX e siècle a été marqué par l explosion des médicaments de synthèse aux dépens de la phytothérapie. Toutefois, on assiste aujourd hui à un certain retour aux sources après une période de monopole de la médecine scientifique et par les preuves (evidence based medicine). La phytothérapie combinée à une diététique et une prise en considération des facteurs de risques vasculaires nous fournit aujourd hui des formules pour restaurer une sexualité défaillante ou améliorer les performances sexuelles : illusion ou réalité? Traitements placebos ou substances actives? Nous tentons ici d identifier les végétaux et aliments susceptibles d améliorer la fonction sexuelle masculine: améliorer la rigidité du pénis, relancer la libido Contrairement aux idées largement répandues et souvent préconçues, une phytothérapie «raisonnée» et la diététique peuvent avoir un intérêt en sexothérapie. QUELQUES PLANTES À LA RESCOUSSE DES PANNES SEXUELLES? LE GINSENG Le ginseng est une plante de la famille des araliacées. Il appartient au genre Panax. L étymologie du mot Panax est très symbolique : ce mot vient du grec «pan» qui signifie «tout» et «akos» qui signifie «remède». Le ginseng serait donc une panacée! En chinois, ginseng signifie «racine ressemblant à l homme». Cet anthropomorphisme est dû à l aspect particulier de la racine : deux jambes de taille inégales munies de multiples radicelles tombant comme des bras (Figure 1). Il existe plusieurs espèces de ginseng. Citons entre autres : Panax ginseng C.A. Meyer : originaire de Chine et de Corée. On l appelle aussi ginseng coréen. Panax japonicum C.A. Meyer : encore appelé bambou ginseng. Panax quinquefolium L. ou ginseng américain. Citons par ailleurs le ginseng de Sibérie : cette plante n appartient pas au genre Panax mais elle a des propriétés similaires au ginseng. Elle appartient à l espèce Eleutherococcus senticosus Maxim ou Acanthopanax. On l appelle dans le jargon local : poivre sauvage ou buisson du diable Nous nous limiterons ici à une description des propriétés du ginseng coréen (Korean Red Ginseng KRG dans la littérature anglo-saxonne). Les principes actifs du ginseng appelés ginsénosides (panaxosides) sont concentrés dans les racines; mais on en trouve également dans les feuilles et les boutons floraux. A ce jour, 25 ginsénosides ont été isolés (2, 3). Le ginseng contient de multiples antioxydants: les vitamines C et E, les acides salicylique et vanillique. Il contient des phytostérols qui réduisent le taux de cholestérol. En médecine, les indications du ginseng sont multiples : certaines ont fait l objet d études scientifiques (en double aveugle et versus placebo). Ginseng et sexualité Des études ont été menées chez l animal et chez l homme. Etudes chez l animal Murphy a publié deux études démontrant les effets favorables des ginsengs américains et asiatiques sur la libido et les capacités copulatoires du rat. Le ginseng et ses composants ginsénosides agiraient directement sur le système nerveux central et l appa- 2009 ; 128, 8 : S160-169 S161

R.J. Opsomer, J.P. Auquière reil génital. Les ginsénosides faciliteraient l érection en induisant une vasodilatation et une relaxation des corps caverneux via la production d oxyde nitrique par les cellules endothéliales et les terminaisons nerveuses; par ailleurs les ginsénosides diminuent la production de prolactine (4,5). Etudes chez l homme Choi et al. ont comparé l efficacité du ginseng rouge (Korean Red Ginseng - KRG) à la trazodone et au placebo chez 90 patients : l efficacité globale attribuée au ginseng rouge était de 60% contre 30% pour la trazodone et le placebo. L effet érectogène du ginseng est attribué à son contenu en saponine (6). confit en fin de repas. Il est utilisé comme antiémétique. En Europe, au XVII e siècle, le gingembre était conseillé aux marins partant en mer pour de longues périodes pour prévenir le scorbut. Les propriétés aphrodisiaques du gingembre sont discutables : elles sont rapportées par Nicolas Lemery dans son «Traité des drogues simples» publié en 1702 (cité par Delaveau - 10). Figure 2 Racine de gingembre (rhizome). De Andrade et al.ont traité 60 patients présentant des troubles d érection légers ou modérés (critères IIEF-5) : il s agissait d une étude en double aveugle contrôlée par placebo (prise de 1000 mg de KRG trois fois par jour versus placebo). Les auteurs ont observé une amélioration statistiquement significative des scores IIEF (International Index for Erectile Function) pour les questions 3 et 5 dans le groupe de patients traités par KRG (7). Hong et al., dans une étude en double aveugle avec cross-over, ont évalué l efficacité de KRG dans une cohorte de 45 patients. L efficacité de KRG a été évaluée sur base du questionnaire IIEF, d enregistrements pléthysmographiques nocturnes par Rigiscan, dosages hormonaux et Doppler pulsé du pénis combiné à une stimulation audiovisuelle. Les patients traités par KRG démontrèrent une amélioration significative des critères de l IIEF (questions 3 et 4). Par ailleurs, les enregistrements par Rigiscan révélèrent des paramètres de rigidité significativement meilleurs chez les patients traités par KRG comparativement aux patients soumis au placebo (8). LE GINGEMBRE (Zingiber officinale Roscoe, Zingibéracées). Plante vivace à rhizome rampant noueux, chaque nœud pouvant donner naissance à une pousse (Figure 2). La plante est originaire d Asie. Les principes actifs du gingembre sont des sesquiterpènes et des aldéhydes. Le gingembre agit comme révulsif et favorise l afflux de sang dans les organes périphériques. En phytothérapie, on utilise son rhizome réduit en poudre ou en infusion ou encore sous forme de teinture, gélules ou huile essentielle. Par ailleurs, il entre dans la composition de nombreuses recettes culinaires sous forme d épice (9-11). En Chine, il est servi Et les plantes traditionnelles. les bois exotiques. LE BOIS BANDÉ (Richeria grandis Vahl., Euphorbiacées) Richeria Grandis (ou bois bandé) pousse dans les forêts antillaises. Cet arbre est aussi appelé «bois d homme». L écorce du bois bandé entre dans la composition du rhum antillais aux propriétés aphrodisiaques (Figure 3). On ne connaît pas exactement le principe actif responsable de l effet vasodilatateur puissant de cette préparation (1). S162

LES ALIMENTS APHRODISIAQUES... TOUS DES PLACEBOS? Figure 3 Ecorces de bois bandé. LE GINKGO BILOBA (L ARBRE AUX 40 ÉCUS) (Ginkgo biloba L.) Cet arbre a été repéré au Japon par des explorateurs européens à la fin du 17 e siècle. En 1771, Carl von Linné, le célèbre naturaliste suédois, le nomme : Ginkgo biloba. Les feuilles de ginkgo regorgent de principes actifs notamment des flavonoïdes et des terpènes qui sont des piégeurs des radicaux libres, responsables des phénomènes dégénératifs du vieillissement. L extrait de ginkgo aurait de multiples applications thérapeutiques : dans les troubles circulatoires, les troubles de l attention et de la mémorisation. Il aurait une action préventive contre les «méfaits de l âge». Sikora et al. ont évalué l efficacité de ginkgo biloba (étude prospective en double aveugle et contrôlée par placebo et d une durée de 24 semaines) chez 32 patients (12). Cette étude ne démontra ni amélioration subjective des symptômes ni amélioration objective (sur base d enregistrements pléthysmographiques nocturnes) de la fonction érectile. Des chercheurs coréens ont évalué l effet de ginkgo biloba sur la dysfonction sexuelle secondaire à la prise de médicaments antidépresseurs : il s agissait d une étude en double aveugle et contrôlée par placebo. Ginkgo biloba ne se révéla pas supérieur au placebo (13). LE YOHIMBE (Pausinystalia yohimbe (K. Schum.) Pierre ou Coryanthe yohimbe K. Schum La yohimbine est un alcaloïde extrait de l écorce de Yohimbe, arbre d Afrique occidentale. La molécule bloque les récepteurs alpha-2 adrénergiques. La yohimbine aurait une action à la fois sur les mécanismes centraux et périphériques de contrôle de l érection. Avant l arrivée du sildénafil (Viagra ), la yohimbine était la substance la plus prescrite à travers le monde pour traiter les troubles d érection. Elle est prescrite à la dose de 5 mg trois fois par jour. L efficacité de la yohimbine a été évaluée dans de nombreuses études : les résultats sont cependant contradictoires. L efficacité étant comparable à un placebo dans certaines études. Vogt et al. estiment l efficacité de la yohimbine à 70% (versus 40% pour le placebo) dans les troubles d érection d étiologie non-organique (14). Une méta-analyse (15) évaluant sept études extensives sur le sujet considérait la yohimbine supérieure au placebo. Toutefois les auteurs des «Clinical Guidelines Panel on Erectile Dysfunction of the American Urological Association» estiment que l on ne peut pas recommander la yohimbine comme traitement des troubles d érection d étiologie organique (16). Porst, après une revue extensive de la littérature, estime que la yohimbine a sans doute une place dans les troubles d érection, soit en cure continue durant deux mois à la dose journalière de 10 mg trois fois par jour, soit à la demande 30 à 60 minutes avant le rapport à la dose unique de 10 à 15 mg (17). LE VOMIQUIER (Strychnos nux vomica L) Arbre à feuilles persistantes originaire de l Asie du Sud-Est. Les graines sont utilisées dans des préparations homéopathiques: elles comportent des alcaloïdes indoliques (essentiellement de la strychnine), loganine, acide chlorogénique et huile fixe. Traditionnellement, l extrait de noix vomique est considéré comme un stimulant du système nerveux central, de la libido et des «potentialités sexuelles» (11). Avant la mise sur le marché du sildénafil (Viagra, Pfizer), l extrait de noix vomique était régulièrement prescrit: il entre dans la composition de prescriptions magistrales combinant: chlorhydrate de yohimbine, extrait de noix vomique et méthyl-testostérone. Et d autres encore. LE TRIBULUS TERRESTRIS (Zygophyllacée) Cette plante contient une série de substances dont des saponines ayant une activité de type sté- 2009 ; 128, 8 : S160-169 S163

R.J. Opsomer, J.P. Auquière roïdienne. Tribulus terrestris produit une substance dénommée «protodioscine» supposée se transformer en DHEA. Des études expérimentales menées chez l animal ont laissé entrevoir la possibilité d améliorer la fonction érectile après administration de Tribulus terrestris; résultats toutefois non confirmés chez l homme à ce stade (18-20). DAMIANA :... un aphrodisiaque pour les femmes...? Extrait deturnera diffusa Willd. ex Schultes (Turneracées) La plante est originaire du Mexique. Les mayas la connaissaient déjà pour ses propriétés médicinales et aphrodisiaques. On utilise les feuilles séchées pour en faire des extraits alcooliques. Certains fument la plante séchée. Elle provoquerait une légère euphorie, un peu semblable à celle induite par Cannabis sativa L. (21). Selon Hostettmann : «Beaucoup de femmes témoignent que des préparations à base de Damiana prises une à deux heures avant un rapport leur permet d être plus excitées sexuellement et d atteindre l orgasme plus facilement» (21). Toutefois il semblerait que cette plante soit hépatotoxique? LA RACINE DU PAROUL Plante magique originaire d Asie. Toute aussi mystérieuse quant à son éventuelle efficacité (Figure 4). Il n y a pas d information scientifique disponible sur cette plante, à notre connaissance. Figure 4 Bois de Paroul. LES CHAMPIGNONS Ils constituent une source non négligeable d acides aminés, d éléments minéraux et vitamines. Traditionnellement, certains champignons sont recommandés contre «l asthénie sexuelle». Malheureusement à notre connaissance, la littérature scientifique est très pauvre à ce sujet. Tardif a recensé six champignons «réputés» utiles dans l asthénie sexuelle : Boletus aerus, Boletus edulis, Cordyceps sinensis, Morchella rotunda, Sparassis crispa et Tricholoma matsutake (22). Ajoutons à cette liste, la célèbre truffe (Tuber melanosporum). La truffe noire du Périgord (Tuber melanosporum) réputée aphrodisiaque dans la tradition populaire, a fait l objet de quelques études scientifiques. On la dit «productrice de précurseurs» de la testostérone? En fait, ce champignon, peu esthétique, est caractérisé par un arôme incomparable et posséderait un principe actif qui a été étudié par Claus et al. (23). Ces auteurs auraient mis en évidence dans la truffe une substance volatile de structure proche de celle de la testostérone: le stéroïde 5α-androst-16-en-3α-ol. Cette substance est également produite par le verrat; ceci expliquerait «l enthousiasme» des truies à rechercher des truffes jusqu à un mètre de profondeur. L homme aussi produirait cette «phéromone» (23,24). Il n est donc pas surprenant que la tradition accorde des vertus particulières à des préparations culinaires à base de truffes (ex : l omelette aux truffes). Brillat-Savarin considérait les truffes comme un excellent aphrodisiaque pour les femmes en les rendant plus ardentes. Rappelons qu outre la truffe noire (Tuber melanosporum Vitt.), il y a aussi la truffe blanche d Alba (Tuber magnatum Pico.). Un autre champignon, le shiitake ou Lentinus edodes (Berk.) Sing (Agaricaceae) est apprécié en Chine et au Japon pour ses propriétés nutritives et aphrodisiaques (21). LES ALIMENTS LE CACAO ET LE CHOCOLAT : DES MÉDICAMENTS IMPORTÉS DU NOUVEAU MONDE? A l origine, le cacao, extrait de Theobroma cacao L., (ce qui signifie en grec : nourriture des dieux) était considéré comme un médicament (25). Dillinger a publié une analyse exhaustive sur l utilisation en médecine du cacao et du chocolat du XVI e au XX e siècle sous le titre «Food of the S164

LES ALIMENTS APHRODISIAQUES... TOUS DES PLACEBOS? Gods : cure for humanity?» (26). Louis Lemery en 1702 déclare que : «le chocolat est un fortifiant, qu il favorise la digestion et adoucit les humeurs âcres, qu il est aphrodisiaque et favorise la conception. Il réveille et fortifie la mémoire» (27). Au XIX e et au début du XX e siècle, le chocolat est considéré tour à tour comme médicament, fortifiant, complément alimentaire et stimulant (28, 29). Les théologiens aussi donneront leur avis sur les «dangers» de la consommation de chocolat. Le cacao est riche en phényléthylamine, un précurseur de la sérotonine impliquée dans la régulation de l humeur. De ce fait le cacao a un effet euphorisant et légèrement antidépresseur. Il contient aussi une concentration non négligeable en magnésium connu pour son effet anxiolytique. Enfin, il contient de la théobromine et de la caféine: deux substances psycho-stimulantes. Le chocolat, quant à lui, est composé de cacao, de sucre, de beurre de cacao et de sel. Ce savant mélange lui confère des propriétés psycho-stimulantes auxquelles recourent beaucoup de personnes : notamment les étudiants en période d examens! Certaines personnes versent dans la «chocolatomanie», véritable dépendance à une drogue douce : le chocolat. Celui-ci contient de l anandamide en faible quantité, substance cannabinoïde endogène aux propriétés euphorisantes (30). En 1999, deux brefs articles publiés dans la revue «The Lancet» stigmatisaient les propriétés antioxydantes du chocolat (31,32). Plusieurs travaux ont démontré que les flavonoïdes contenus dans le chocolat noir (en particulier l épicatechin) avaient un effet cardio-protecteur. Par contre, le chocolat au lait peut interférer avec l absorption des anti-oxydants contenus dans le chocolat pur (33). CHOCOLAT ET FONCTION SEXUELLE Classiquement, on attribue au chocolat des propriétés aphrodisiaques car il augmenterait le désir et la satisfaction sexuelle. Une étude réalisée par Salonia comparant deux groupes de volontaires féminines (un groupe consommant du chocolat journellement et un deuxième groupe ne consommant pas de chocolat), démontre l amélioration des scores du Female Sexual Function Index (FSFI) chez les volontaires «soumises» à la prise quotidienne de chocolat. Toutefois rapportée à l âge, la différence entre les deux groupes n est plus statistiquement significative (34). LA VIGNE ET LE VIN «Je ne connais de sérieux ici bas que la culture de la vigne» Voltaire Les propriétés du vin de raisin ont été étudiées en détail depuis Pasteur qui considérait le vin «comme la plus saine et la plus hygiénique des boissons». Les raisins de cuve utilisés pour la production du vin sont le plus souvent issus de Vitis vinifera L. Les principaux constituants du vin sont, outre l eau et les alcools, les acides organiques et les dérivés phénoliques. Parmi les acides organiques figurent l acide tartrique (qui contribue à la fraîcheur du vin) et l acide malique qui est transformé en acide lactique lors de la fermentation malo-lactique. Au cours de cette dernière, le vin perd son acidité. Parmi les dérivés phénoliques : on distingue les acides phénols, les pigments phénoliques (flavonoïdes et anthocyanes) et les tanins. Les anthocyanes sont les pigments rouges de la pellicule des raisins noirs; on les retrouve aussi dans la feuille de vigne en fin de cycle végétal (35). Traditionnellement on estime que la culture de la vigne en plein air est vouée à l échec au-delà du 50 e parallèle et qu en particulier en Belgique les conditions climatiques ne se prêtent pas à la production d un vin de qualité. En réalité, ces deux affirmations sont erronées car il existe des vignobles dans des contrées aussi septentrionales que les régions de Sachsen et Saale-Unstrut (anciennement Allemagne de l Est) et l île Bornholm (Danemark). En ce qui concerne la Belgique, la vigne y fut introduite dès le haut Moyen Age lors de l établissement des premiers monastères les moines ayant besoin de vin pour leurs offices. Un vignoble est cité à Gand à l abbaye Saint-Pierre dès 815 et à Tournai dès 945 (36, 37). La viticulture se concentra au Moyen Age dans les environs de Louvain et sur la rive gauche de la Meuse de Huy à Liège. La première mention de vignobles à Louvain remonte au début du XIIe siècle. R. Van Uytven rapporte que 23 pressoirs publics étaient recensés en 1411 à Louvain. Dans cette même ville, en 1473, les vendanges produisirent 13.741 hl de vin (38). Les vignobles belges disparurent progressivement à partir des 15 e et 16 e siècles pour trois raisons : des vendanges compromises suite à des conditions climatiques défavorables (gel de printemps, orages et grêle) plusieurs années d affilée («au cours de la petite glaciation»), la meilleure rentabilité d autres cultures et la concurrence des vins allemands et français. La viticulture se maintint à Louvain jusqu au XVIII e siècle (le dernier pressoir ferma ses portes en 2009 ; 128, 8 : S160-169 S165

R.J. Opsomer, J.P. Auquière 1720) et à Huy jusqu en 1947 pour ré-apparaître dès 1964 sous l impulsion de Charles Legot. Le réchauffement climatique est bien perceptible en Belgique car depuis 1996 il n y a plus eu de dégâts dus au gel dans les vergers lors de la période critique des «saints de glace» dans le courant du mois de mai. Actuellement plus de 100 vignobles sont recensés en Belgique (Figure 5). Il est tout à fait possible de produire vin blanc, vin rouge et vin mousseux en Belgique; plusieurs AOC ont d ailleurs été délivrées récemment pour des régions précises de Flandre et de Wallonie. Figure 5 Petit vignoble à Grez-Doiceau (Ardennes brabançonnes). A : rangées de plants de Chardonnay Le vin : un médicament? Dans l antiquité, le vin est considéré comme un antiseptique. Au XII e siècle déjà, la mystique allemande Hildegarde de Bingen prescrivait du vin pour traiter les maladies du cœur (39). Dès 1819, S. Black, cité par Adam et Jault, constatant dans une étude épidémiologique sur l angine de poitrine que cette affection était fréquente en Irlande et paradoxalement peu rapportée en France, déclarait que cette différence était liée aux «habitudes et mode de vie des français, la douceur de leur climat et le caractère particulier de leur humeur» (35). Cette affirmation pourrait être considérée comme le premier énoncé du fameux «Paradoxe français». En novembre 1991, à l occasion d un scoop télévisé sur CBS, les américains découvrent le «French Paradox» : la mortalité par affection ischémique cardiaque est plus faible en France qu aux Etats-Unis (35). La réalité du paradoxe français a été analysée, validée, contredite et finalement nuancée au cours des deux dernières décennies. Elle a eu le mérite d induire des études épidémiologiques et expérimentales de qualité permettant de comprendre le rôle des procyanidines du vin sur l endothélium et sur la prolifération cellulaire. Il a été démontré que le vin (et non l alcool) avait un pouvoir antioxydant : en fait ce sont les flavonoïdes du vin qui ont un effet inhibiteur sur l oxydation des LDL. Les vins rouges ont un pouvoir antioxydant plus élevé que les vins blancs. La richesse du vin en polyphénols aux vertus antioxydantes, est à la base du paradoxe français. Ces polyphénols agiraient entre autres, en protégeant les lipoprotéines de type LDL contre l oxydation. Ce phénomène contribuerait, in fine, à diminuer la formation de la plaque athéromateuse. Ainsi ces antioxydants contribueraient à diminuer le risque de maladie cardio-vasculaire (35). La quantité et la qualité des polyphénols du vin est fonction du type de fermentation : un vin issu d une fermentation longue contiendra une quantité importante de polyphénols (flavonoïdes, acides-phénols). Par ailleurs, les vins rouges contiennent des tanins condensés. Le vin élevé en barrique contient en plus des tanins hydrolysables (35, 40). DISCUSSION B : rangées de Pinot Noir Au cours du XX e siècle, le stress, la pollution, une alimentation industrielle et déséquilibrée ont contribué à altérer la qualité de vie et à perturber les fonctions sexuelles érotique et reproductrice S166

LES ALIMENTS APHRODISIAQUES... TOUS DES PLACEBOS? de l homme et de la femme. Un retour aux sources s est amorcé depuis quelques années notamment sous l impulsion des écologistes qui ont stigmatisé les dérives de notre société de consommation. A la fin du siècle dernier, qui a été le siècle des médicaments de synthèse, le monde médical est revenu peu à peu «à la raison» en concédant une place, certes réduite, mais significative aux médecines «naturelles» telles que la phytothérapie. Par effet de balancier : d autres médecines alternatives sont (ré)apparues : l aromathérapie, la gemmothérapie. LES MÉDECINES ANCIENNES ET TRADITIONNELLES Dans la tradition universelle, de nombreux aliments sont réputés aphrodisiaques. Certains agiraient en stimulant le désir; d autres auraient la propriété de pallier à des pannes sexuelles. Certains aliments évoquent, par leur aspect, le sexe de l homme ou de la femme (1). Très souvent il s agit d une association d idées, d une similitude de forme ou d une valeur symbolique. Dans l antiquité, l homme était persuadé que s il incorporait la force de l animal mâle (de préférence en rut), il bénéficierait d une meilleure puissance virile. Parmi les plantes réputées aphrodisiaques ou vasodilatatrices, une plante se dégage avec une certitude scientifique: le ginseng (2-8). A notre connaissance, c est la plante qui a été la plus étudiée par les scientifiques et qui a fait l objet d études bien menées (en double aveugle et versus placebo chez l animal et chez l homme). Le mode d action du ginseng est complexe: il semble que cette plante ait un effet direct sur la fonction sexuelle et par ailleurs un effet adaptogène (2,3). Les autres plantes semblent agir sur la condition physique et/ou psychique du sujet et auraient donc indirectement un impact sur les performances sexuelles. Certaines ont manifestement un effet purement placebo (ou suggestif cf. la Théorie des Signatures) (1). Cependant en sexologie, l effet placebo a une importance non négligeable. Par ailleurs, il convient de mettre en garde contre les «drogues» issues de plantes exotiques qui stimulent le système nerveux central et qui indirectement augmentent le désir, désinhibent le patient paralysé par l angoisse de performance. Leur innocuité - toxicité est mal connue! Nous souhaitons mettre en garde le lecteur pour éviter toute dérive; il convient de baliser les comporte- ments et tous les «traitements pharmacologiques» doivent être appliqués sous contrôle médical. ALIMENTATION MODERNE ET HYGIÈNE DE VIE Où en sommes-nous aujourd hui? Notre alimentation peut-elle venir au secours de notre santé sexuelle défaillante? L alimentation serait-elle la troisième médecine? (41). La première médecine : c est la médecine scientifique (moderne) des signes ou symptômes jusqu aux traitements des maladies les plus complexes. La deuxième médecine est représentée par les «médecines douces» : l homéopathie, la naturopathie. L homéopathie utilise des médicaments à des doses «très faibles et même extrêmement petites»; en cela, elle s oppose à la médecine «scientifique». La troisième médecine : c est l alimentation (45) et l on rejoint ici l adage d Hippocrate : «Que ton alimentation soit ta seule médecine» En médecine, et à fortiori en sexologie: faut-il encore opposer le «tout naturel» au «tout de synthèse»? Il convient de reconnaître les apports de la biochimie sans négliger les bienfaits des médecines alternatives sur la santé de l homme. Ces options peuvent d ailleurs se succéder dans le temps ou se compléter. Les effets «collatéraux positifs» du vin et des repas en société sont maintenant reconnus : le vin favorise le rapprochement social et les «accords» gastronomiques aux sens premier et second du terme. Le vin tout comme le chocolat fait l objet d intenses recherches aux plans biochimique et médical : de nouveaux constituants aux propriétés anti-oxydantes sont régulièrement découverts (31-35, 40). Une consommation modérée de vin rouge (deux verres par jour) est recommandée. Les facteurs de risques vasculaires (diabète, hypercholestérolémie, hypertension et tabac) ainsi que le mode de vie (sédentarité, dépression) ont un impact négatif sur la fonction sexuelle (42-44). La correction de ces facteurs peut dans certains cas améliorer la fonction sexuelle. Toutefois, les résultats définitifs de ces études ne sont pas encore assez étayés à ce stade. CONCLUSION Une alimentation variée, basée sur le régime méditerranéen, comportant une consommation 2009 ; 128, 8 : S160-169 S167

R.J. Opsomer, J.P. Auquière 19. Bedir E, Khan IA : New steroidal glycosides from the fruits of Tribulus terrestris. J Nat Prod 2000; 63 (12) 1699-1701. 20. Adaikan PG, Gauthaman K, Prasad RN et al.: Proerectile pharmacological effects of Tribulus terrestris extract on the rabbit corpus cavernosum. Ann Acad Med Singapore 2000; 29 (1): 22-26. 21. Hostettmann K. Tout savoir sur les aphrodisiaques naturels, Editions Favre, Lausanne, 2000. 22. Tardif A. La mycothérapie Médecine par les champignons. Collection Douce alternative, Editions Amyris, Bruxelles, 2007. 23. Claus R, Hoppen HO, Karg H : The secret of truffles : a steroidal pheromone? Experentia 1981; 37: 1178-1179. 24. Langley P. : La truffe, un aphrodisiaque. La Recherche, 1982; 136: 1058-1060. 25. Opsomer C. Le cacao du côté de la science. In : «Chocolat de la boisson élitaire au bâton populaire XVIe XXe siècle» Catalogue d exposition, Galerie de la CGER, Bruxelles, 1996, chapitre 6, 91-104. 26. 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Roumeguère Th, Wespes E, Carpentier Y, et al.: Erectile dysfunction is associated with a high prevalence of hyperlimodérée de vin (rouge) joue très probablement un rôle favorable dans la quête d un mode de vie sain et d une sexualité équilibrée. La diététique et la médecine sexuelle sont en constante évolution; les recherches en cours et à venir nous aideront très certainement à mieux sélectionner nos aliments (41,46, 47). La phytothérapie, tout comme les médicaments de synthèse, sera prescrite dans un but strictement médical pour traiter des dysfonctions sexuelles et non pas pour «booster» des performances. car là n est pas notre rôle de médecin (48). RÉFÉRENCES 1. Bertrand B. L herbier érotique. Histoire et légendes des plantes aphrodisiaques. Editions Plume de Carotte, Toulouse, 2005. 2. Serrand M. Ginseng: mille ans de bienfaits. Editions Alpen, Monaco, 2005. 3. Nocerino E, Amato M, Izzo AA : The aphrodisiac and adaptogenic properties of ginseng. Fitoterapia 2000; 71: S1-S5. 4. 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