1 er PRIX DENIS LALANNE Trophée Roland- Garros Récompensant le meilleur article de presse francophone écrit sur le tournoi 2012 DELIBERATION DU JURY : Jeudi 25 avril 2013 PRESIDE par M.Jean Gachassin, Président de la Fédération de Tennis. INVITIE D HONNEUR : M. Jean Glavany, Ancien ministre. Député des Hautes- Pyrénées Portrait de Denis Lalanne DENIS LALANNE, LE TENNIS AU CŒUR Écrivain, reporter, chantre inoubliable du tennis, du rugby et du golf, Denis Lalanne donne son nom à un prix éponyme qui, désormais, consacrera chaque année le meilleur article de presse écrit en langue française pendant le tournoi de Roland-Garros Ah! ce temps béni où l on trouvait du Lalanne dans L Équipe le matin Temps béni et opiniâtre, empressons-nous de le dire, car l intéressé a persévéré une quarantaine d années. Précisément, il a commencé à signer dans le quotidien du Faubourg-Montmartre en 1954, après douze mois passés au rond-point des Champs-Élysées, sous les couleurs du Figaro. Sans doute n imaginait-il pas que son aventure se prolongerait jusqu en 1992 : il n avait aucun plan de carrière, sinon l idée vague des bontés de l existence. «Partir en reportage à Roland-Garros ou à Colombes, conduit par un chauffeur maison dans une traction avant du Figaro, Dieu sait si cela pouvait donner le sens du confortable à un plumitif frais débarqué du fond de sa Gascogne», avouerait-il un jour1. Car tout avait démarré dans le Sud-Ouest. Ses premiers articles? Le tribunal correctionnel de Tarbes, les poules du championnat de rugby, les traditionnels chiens écrasés. Puis, soudain, pour ses lecteurs de L Éclair des Pyrénées, cette affaire effroyable : dans le sombre d une masure, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, un couple d assassins faisant disparaître de paisibles retraités! Piège et meurtre, avant un
démembrement systématique et le bain de soude caustique! Bref! l horreur sous son aspect le plus sordide Denis Lalanne en rendit compte, tenant sa chronique comme on mène une enquête, avec tact, avec force. Il était lancé La suite s écrivit donc au Figaro, à partir de 1953. Notre Béarnais, né à Pau le 1er avril 1926, avait été recruté pour remplir la page sportive, une rubrique alors très méprisée des rédacteurs en chef. Pourtant, son étoile devait s y lever, et même briller, ce qui lui valut un nouveau transfert, cette fois vers les colonnes de L Équipe, organe fondé par Jacques Goddet, le directeur du Tour de France et du Parc des Princes. En d autres termes, une bible, éditée sur papier jaune avec la certitude que l avenir appartiendrait bientôt à la civilisation des loisirs, et que celle-ci, désertant les théâtres, s enracinerait dans les stades D où l importance de toujours dépêcher les meilleurs reporters, non seulement aux Jeux olympiques ou sur le Galibier, mais aussi à Roland-Garros, à Wimbledon, à Forest-Hill et en Australie enfin, partout où le tennis, d abord perçu telle une distraction de dandys, gagnait sa livrée de sport populaire. C est ainsi qu en 1955, pour la deuxième année consécutive, Denis Lalanne s installa dans les tribunes, au-dessus des carrés de terre ocre, porte d Auteuil. Une vie de rêve? Certes. Mais, également, un épuisant marathon intellectuel puisque, seul envoyé spécial du principal quotidien sportif du monde, il rédigeait continûment des dizaines de papiers, portraits, interviews, échos, sans oublier son fameux «chapeau», c est-à-dire un long article dans lequel il rendait, d une plume vibrante, la charge émotionnelle de matchs achevés la nuit tombante. Après quoi, débutait en coulisse une autre partie, uniquement connue des initiés : la course au téléphone! Parce qu au temps dont nous parlons, celui des Trabert, Hoad et du jeune Rosewall, force était d obtenir rapidement une ligne afin de dicter, à une sténodactylo, un texte écrit à la main, et aussitôt mis sous presse! Avec l aboutissement que l on devine : une prose rythmée, enlevée, subtilement typique et inimitable, chaude comme un vin de pays. «Tenez, Micheline. Aujourd hui, vous avez un bon Lalanne en rubrique tennis»2 Puis l admirateur, Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre et maire de Bordeaux, de tendre L Équipe à son épouse... C était à l entame des saisons soixante-dix, après le Général et après Road Laver. Sautant avec un pareil bonheur du tennis au rugby, du rugby au golf, Denis Lalanne, salué par le Grand Prix de littérature sportive en 1959 pour Le Grand combat du XV de France, puis par le Prix Martini du meilleur article sportif trois ans plus tard, s était discrètement coulé dans la peau d un monstre sacré. Ses mérites? Son style, bien sûr. Et son rare éclectisme, qui le faisait si savant, si indispensable. On sait comment Jacques Goddet considérait Pierre Chany, l alter ego de la rubrique «Cyclisme» : «Un sacré animal de métier, mu par une exceptionnelle conscience dans l exercice du devoir professionnel»3. Eh bien! le compliment vaut exactement pour Denis Lalanne, lequel continue de régaler chaque semaine, d une éblouissante chronique, les lecteurs de Midi Olympique. Ce qui nous impose de reconnaître ici que le chantre de Roland-Garros conserve une inclination pour le ballon ovale, ses règles, son histoire et ses hommes. En somme, la marque d un esprit ouvert, sensible, curieux, indiscutablement né pour cette incomparable mission que doit demeurer le reportage écrit et ceci davantage au siècle de l image, d internet et de l information multipliée... N est-ce pas, du reste, ce que pressentait l académicien Angelo Rinaldi : «Denis Lalanne était à part. Je ne lisais L Équipe que pour lui et la chaleur humaine qui le caractérise.»4 Et puis, quelle science! Nul doute qu elle ne lui soit venue peu à peu, à force de patience, d observation, de travail, de présence sur les courts, de confidences dans les vestiaires. Le résultat fut une puissance d analyse souvent inégalée, dont on retrouve l écho dans cette brève envolée : «Oh! herbe torride du rugby, fraîche pelouse des courts et des greens, santé et parfum de l herbe Un miracle du gazon, par exemple, était de donner grâce et détente à un tennis féminin qui galérait sur terre battue, du moins jusqu à l avènement de la raquette légère et du jeu à deux mains.»5 Oui, tout semblait dit de l essentiel, un rien de joie blondinienne en prime Et l on comprend mieux, maintenant, pourquoi cet esthète regrette encore la défaite de John McEnroe en 1984, usé le dernier soir en cinq sets (3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5) par Ivan Lendl. «Il incarnait à mes yeux le génie du tennis. Son art, ses volées basses, sa vitesse d exécution, même sur terre battue. L idée qu il ne figure pas au palmarès de Roland-Garros me serre toujours le cœur»6 Il faut le répéter après Angelo Rinaldi ; il faut en témoigner avec Antoine Blondin, son inclassable ami d une non moins inclassable jeunesse : tout magistral qu il fût, Denis Lalanne, journaliste, n a jamais manqué de cœur! S il put si bien écrire, c est parce qu il a sincèrement aimé aimé les joueurs et le jeu, aimé Roland-Garros, l information, la langue de Molière Aussi voulons-nous, aujourd hui, regarder comme un juste retour du temps la création d un prix éponyme : le Prix Denis Lalanne Trophée Roland-Garros, organisé, avec le soutien financier de la Fédération française de tennis, pour «récompenser chaque année le meilleur article de presse écrit en langue française pendant et sur le tournoi de Roland-Garros»7. Preuve, méritée, d une destinée accomplie, où l amour du sport et des siens aura beaucoup compté. Preuve d une reconnaissance professionnelle unanime. Preuve, enfin, d un événement planétaire qui nous murmure sagement que la mémoire et les chantres sont sources d avenir. Christophe Penot Fondateur et organisateur
Les JURES Denis Lalanne Légende vivante de la presse sportive, il a suivi son premier tournoi de Roland-Garros en 1954. Ensuite, il n a jamais cessé de regarder, d admirer, de raconter et d expliquer, enchantant ainsi deux générations de lecteurs dans les colonnes de L Équipe. D autant qu à sa passion du tennis, Denis Lalanne ajoutait sa passion pour le rugby et le golf. Un géant donc, auquel la Fédération Française de Tennis, partenaire du Prix Denis Lalanne-Trophée Roland-Garros, rend un hommage mérité : celui du cœur. Invité d'honneur : M. Jean Glavany Député des Hautes-Pyrénées, Jean Glavany est un avocat entré en politique en 1973 pour devenir ensuite l un des collaborateurs du président François Mitterrand. Ancien secrétaire d État et ministre, ce passionné par de les sports a également été nommé préfet chargé de l organisation des Jeux olympiques d Albertville. Président du jury : M. Jean Gachassin Président de la Fédération Française de Tennis et président d honneur du Prix Denis Lalanne dont il a souhaité la création, Jean Gachassin a bien évidemment connu plusieurs vies. D abord il est né dans le sud-ouest, à Bagnères-de-Bigorre! Ensuite il est devenu une légende du rugby international et sa route, déjà, croisa celle de Denis Lalanne à l occasion du tournoi des cinq nations. Puis, le 8 février 2009, il a été élu à la tête de la Fédération Française de Tennis, et réélu en février 2013. Invités ès-qualités Céline Géraud Journaliste à France Télévisions, Céline Géraud est devenue la première femme à présenter l émission «Stade 2». Ancienne sportive de haut niveau, elle a notamment été sacrée championne d Europe de judo en 1984, puis vice-championne du monde deux ans plus tard. Jean-Paul Loth Aujourd hui consultant pour Eurosport, Jean-Paul Loth a longtemps incarné la voix du tennis à la télévision française. Ancien joueur de tennis lui-même, il a été Directeur Technique national de la FFT et,également, capitaine de l équipe de France de Coupe Davis de 1980 à 1987. Sylvie Poulain de Ligt Coordonnatrice à la communication et au marketing de la Fédération Française de Tennis, Sylvie Poulain de Ligt a géré le Centre de presse jusqu en 2012. Antoine Sire Directeur de la communication de BNP-Paribas, Antoine Sire est aussi de ceux qui mènent plusieurs vies. On sait qu il a tenu le rôle du fils de Jean-Louis Trintignant dans le célébrissime Un homme et une femme. Il a été champion de France de motonautisme en 1984. Outre le tennis, il aime l écriture, ayant publié un roman, Aux couleurs de la butte, en 1997. Membres du jury
Édouard-Vincent Caloni Edouard-Vincent Caloni est le Directeur de la communication et du marketing de la Fédération Française de Tennis. Patrice Clerc Directeur du tournoi de Roland-Garros de 1984 à 2000, puis président du Tour de France jusqu en 2008, Patrice Clerc continue aujourd hui de s investir dans le développement de l économie sportive au sein du groupe OC Sport. Il aime à citer une formule qu il tient de Philippe Chatrier : «Le sport! Le sport d abord!» Jean Couvercelle Directeur-fondateur du mensuel Tennis Magazine, Jean Couvercelle est de ces témoins engagés qui tiennent à la fois de l organisateur et du chantre. On lui doit également l incontournable Année du tennis, fameux album annuel qu il présentait, en 2012, par ce simple et bel avis aux lecteurs : «Les émotions et la passion. Le goût de l engouement.» Alain Deflassieux Ancien grand reporter à L Équipe, Alain Deflassieux a été le suiveur passionné de quarante-trois tournois de Roland-Garros. Impossible pour lui, évidemment, de ne garder qu une seule image mais quelle émotion, avoue-t-il, quand, en 1999, Agassi a battu Medvedev au terme d un match acharné et palpitant à plus d un titre. Christophe Penot Écrivain et éditeur d art, il est le fondateur et l organisateur du Prix Denis Lalanne. Il a également créé le Prix Pierre-Chany, qui récompense chaque année le meilleur article écrit en langue française sur le cyclisme, et le Prix Jacques-Goddet, qui récompense le meilleur article écrit pendant le Tour de France. Les 18 articles sélectionnés : 1. «Nadal-Djokovic : une terre rouge sang!», d Omar Aït-Ouméziane. Paru dans Planète Sport (Algérie). 2. «Est-ce bien raisonnable de porter la casquette à l envers?», de Marc Beaugé. 3. «Dis-moi comment tu agis», de Stephen Bunard. 4. «La french touch d Azarenka», de Damien Burnier. Paru dans Le Journal du Dimanche. 5. «Jour de baptême pour Jonathan», de Lionel Chami. Paru dans Le Parisien. 6. «Cette fois, on y est», de Vincent Cognet. 7. «Nadal définitivement seul sur terre», de Jean-Julien Ezvan.
Paru dans Le Figaro. 8. «Razzano au-delà des maux», de Lionel Froissart. Paru dans Libération. 9. «Des Chinoises à Paris», de Bruno Lesprit. 10. «Certificat de renaissance», de David Loriot. 11. «La note s il vous plaît», de Philippe Maria. 12. «Du mou dans les raquettes», d Alain Mercier. Paru dans Le Point. 13. «L émotion Razzano», de David Opoczynski. Paru dans Le Parisien. 14. «Sam Sumyk, coach cash», de Myrtille Rambion. Paru dans Libération. 15. «Plus fort que la défaite», de Franck Ramella. 16. «Pour son dernier rendez-vous à Auteuil, Arnaud Clément», d Henri Seckel. 17. «Une super nana», de Christine Thomas. 18. «Roland-Garros, la terre des VIP», d Anne Vidalie. Paru dans L Express. Comptes rendus de matchs, portraits, chroniques, enquêtes, papiers d ambiance et papiers techniques : une sélection éclectique, pour saluer tous les genres de la presse écrite. Je vous en souhaite une très bonne lecture. Lithographie du 1 er Prix Denis Lalanne créée par Jacques Villegl