LA REVOLUTION ET LA GUERRE. Avant-propos



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Transcription:

LA REVOLUTION ET LA GUERRE Avant-propos Cette séquence s intéresse aux armées de la Révolution. Elle peut être rattachée à la séquence consacrée à la bataille de Valmy. Quelques remarques sur le corpus documentaire Les documents sont nombreux (15 en tout). C est un fait exprès. Cela devrait permettre aux professeurs d histoire-géographie d opérer des choix, en fonction des compétences qu ils souhaitent développer chez leurs élèves, en fonction de leur mise en œuvre personnelle et de leur goût. Il n est donc pas nécessaire d exploiter tous les documents. Il est tout à fait envisageable, par exemple, de ne retenir que les extraits du canonnier Bricard, qui sont les plus nombreux ici, puis de construire l ensemble de la séquence sur son seul témoignage. Certains documents ne font pas non plus l objet d une exploitation systématique. Le document n 10 est surtout destiné à montrer aux élèves ce qu était un assignat. Le document 12 ne demande pas une lecture complète. La lecture des passages repérés en rouge suffisent pour saisir la teneur du texte et en évaluer la portée. Cette séquence doit développer les compétences suivantes : - Lire des témoignages - Situer ces témoignages dans leur contexte politique et militaire - Vérifier la véracité des témoignages, notamment en les confrontant à d autres sources Il s agit aussi : - d élaborer un tableau nuancé des armées de la Révolution - de montrer comment les armes et les armées finissent par s intégrer à la Nation - de montrer que les principes, les symboles et les valeurs de la Révolution sont incontournables dans une étude des armées révolutionnaires. La dernière partie est un plus. - Elle peut servir de conclusion. - Elle peut servir à ouvrir le sujet en montrant que les armées révolutionnaires, auxquelles on rattache les volontaires de l an II, ont perduré dans la mémoire des Français. N.B : concernant la bibliographie, se référer à la séquence consacrée à la bataille de Valmy. M. Schoumacker 1

LES ARMEES DE LA REVOLUTION 1) Les volontaires de l an II. Document 1. Engagement des volontaires en 1792. Gouache de J.B Lesueur. Musée Carnavalet Commentaire élaboré avec les élèves, il s agit de montrer l enthousiasme des départs puis de s interroger : la réalité étaitelle telle que l a peint l auteur? - Les volontaires sont vêtus d un semblant d uniforme ou le bleu domine. - Les volontaires sont des citoyens transformés en soldats. Ce ne sont pas des professionnels de la guerre. - Lesueur a peint la Nation en armes en s inspirant des engagements de citoyens à Paris. - Il ne montre pas les soldats de métier en uniforme blanc ; il ignore volontairement l amalgame mêlant volontaires et troupes d ancien régime. Il a donc sacrifié la réalité militaire à l idéal politique de son époque. Document 2. La République en danger (1792-1794) Par quoi les engagements sont-ils motivés? - La France est en danger - La perception de la solde a motivé des engagements. - L alcool distribué pour l occasion a pu éveiller des engagements. 2

Les Français ont-ils répondu aux proclamations de l Assemblée nationale? introduction à la lecture d extraits de trois témoignages de contemporains. LES ARMEES DE LA REVOLUTION PAR TROIS VOLONTAIRES DE 1792 (Documents 3, 4 et 5) «Je m appelle Fricasse et je suis né, en 1775, au village d Antreville dans la Haute-Marne. Etant enfant, j avais appris à lire et à écrire. En 1792, j étais jardinier chez le citoyen Quillard à Château-Vilain. Celui-ci commandait la garde nationale du canton. Il donna l ordre que toutes les communes se rassemblent au chef-lieu le 24 août 1792. Le 24 au matin, il nous dit : «Vous savez sans doute la besogne que j ai à remplir : il nous faut plusieurs volontaires si toutefois il ne se trouvait pas assez de volontaires, tous les pères de famille et les garçons seront obligés de tirer au sort Nous voilà donc à la ville où tous les villages du canton étaient rassemblés. En premier lieu, il ne se trouvait guère de volontaires. Il était une heure de l après-midi que plusieurs compagnies de la garde nationale, composées de cent soixante hommes, n avaient pas encore fourni l homme qu il leur fallait. Dans le nombre se trouvait la mienne, et je me trouvais rempli d un désir depuis longtemps. Combien de fois j avais entendu, par les papiers, la nouvelle que notre armée française avait été repoussée et battue partout! Pour remplir mon devoir, je me suis présenté à la tête de la compagnie ; je leur ai demandé s il me trouvait bon pour entrer dans ce bataillon. Les cris de toutes parts se sont fait entendre : «Oui! Nous ne pouvons en trouver un meilleur que vous!» Me voilà donc enregistré par le capitaine et le juge de paix.c est huit jours après que j ai quitté la maison ; j ai été dire adieu à mon père et à ma mère. Cela m a bien attendri de voir verser des pleurs à toute la famille sur mon éloignement sans leur aveu. Depuis ce moment, je voyage. Le lecteur dira si j ai bien fait ou mal fait.» «Journal de marche du Sergent Fricasse de la 127 e demi-brigade de 1792 à 1802», publié par M. Lorédan Larchey, Paris, 1882. «Je suis né, moi, François, Charles, en Picardie, le 19 juin 1775, dans la commune de Guinchy, canton de Péronne, département de la Somme. Mon père, Jean-Baptiste-Joseph François, avait pour femme Marie Louise de L Antenoy, d une ancienne famille connue en Picardie. Ils eurent sept enfants ; je fus le second. Les occupations de mon père l empêchaient de veiller sur moi ; il se reposait sur les maîtres auxquels il m avait confié, me laissant vivre à ma guise, en enfant gâté. Mon éducation et celle de mes frères fut donc très négligée. Un grand bouleversement était proche ; mon père le sentait bien et cela le remplissait d inquiétude sur son sort et celui de ses enfants. Son emploi constituait toute sa fortune. Au commencement de 1789, il me conduisit à Paris près d un de nos parents qui devait, si possible, me faire achever mes études, mais la Révolution éclata peu après mon arrivée dans la capitale On formait à cette époque des gardes nationales dans les sections de Paris et dans les départements. Je priai mon parent de me faire habiller et équiper en garde national. Il était un peu patriote ; ma demande lui fit plaisir. Je fus donc par ses soins habillé, armé d un fusil, d un sabre etc Dix à quinze jours après je montai ma première garde aux Tuileries A la fin de 1792, on proclama la patrie en danger. Les Prussiens étaient en Champagne et avaient pris Verdun. Le roi était à Paris ; l affaire du 10 août avait eu lieu. Quatre commis et moi, nous nous enrôlâmes à la section pour partir avec les bataillons qu on allait former. On me trouva assez fort et assez âgé pour marcher à la gloire ; Mon enrôlement terminé, plus heureux que le roi, je me rendis chez mon parent et lui fit part de mon nouvel état. Il me dit peu de chose, seulement qu il allait donner connaissance de ma décision à mon père. J affirmai que je ne serai absent que trois ou quatre mois, d après ce que m avait dit le chef des bureaux militaires.» «Journal du capitaine François», Tallandier, B.N, Paris, 2003. Septembre 1792 : «Les armées autrichiennes et prussiennes déjà s étaient emparées de Longwy (en Moselle). L Assemblée nationale fit faire des proclamations pour annoncer l invasion par l armée du roi de Prusse sur le territoire français. En peu de temps, les registres d enrôlement des sections de Paris furent remplis des noms de citoyens de tout âge, et même mariés, qui se dévouaient pour la chose publique. La majorité de notre compagnie de canonnier étant décidé à marcher à l ennemi, nous fûmes nous présenter à la Municipalité (sic) de Paris pour la prier de vouloir bien donner une destination qui nous mît, sous le plus bref délai, à même de combattre». 1802 : «Je retournais à mon métier de tapissier.» «Journal du canonnier Bricard,» 1792-1802, Paris, Librairie CH. DELAGRAVE, 1891. 3

Réaliser une fiche biographique en remplissant le tableau ci-dessous. Attention, il ne s agit pas de remplir tous les champs, certains documents ne fournissent pas toutes les informations. PERSONNAGE BRICARD Date et lieu de naissance (Commune, département, région) Originaire de Paris Date de l engagement et les raisons ayant motivé l engagement Septembre 1792 Dévouement pour la chose publique Situation militaire de la France à la date de l engagement Armées prussiennes et autrichiennes près de Longwy en Moselle Profession exercée dans le civil Durée des services dans l armée Informations complémentaires vous semblant dignes d être retenues Tapissier 1792-1802 Canonnier FRICASSE Né en 1775 à Antreville dans la Haute-Marne Août 1792 Remplir son devoir Armée française repoussée et battue partout Jardinier 1792-1802 Nombre insuffisant de volontaires. «il ne se trouvait guère de volontaires» Tirage au sort envisagé FRANCOIS 19 juin 1775 dans la commune de Guinchy, canton de Péronne, département de la Somme Fin 1792 Marcher à la gloire La patrie en danger Commis de commerce 1792-1833 Garde national Evocation de la prise des Tuileries Il croyait être parti pour 4 mois. Synthèse : Ces trois soldats-citoyens volontaires : - Ils se battent pour la République en danger. - Ils défendent le territoire national envahi par des armées étrangères. Il faut repousser les Prussiens et les Autrichiens. - Ils mènent une guerre défensive. - Ils se battent par devoir et pour la gloire. Bricard et François sont issus de la petite bourgeoisie (artisan et boutiquier). Ces trois volontaires ont aussi une certaine culture. Ils savent écrire. Ils sont informés de la situation militaire de la France par des proclamations. N.B : la longueur des carrières militaires 4

L arbre de la liberté surmonté du bonnet phrygien Les Lumières de la Raison Les trois couleurs de la Révolution Les principes Le courage Un symbole français La Marseillaise L armée, un canon de la République La propagande révolutionnaire rappelle les principes et la défense des valeurs communes. Aux principes défendus se rattachent des symboles. Il s agit de faire naître un sentiment d appartenance nationale. Document 6. En tête de lettre. Source : P. Charrié, «Lettres de guerres (1792-1815»), édit. Du canonnier, Nantes, 2004, p.39. L enthousiasme des volontaires fut-il unanime? Document 7. Février 1792: «Un grand nombre de villageois qui sont parmi nous ne désirent que retourner chez eux pour cultiver leurs terres : il y en a qui donnent leur démission. Ils ne voient pas, les insensés, que pour cultiver la terre avec tranquillité et profit, il faut que la patrie n'ait point de risques à courir; leur petit intérêt les aveugle. Et ce sont pourtant les gens de la campagne qui gagnent le plus aux bienfaits de la Constitution» Gabriel NOËL, «Au temps des volontaires 1792», Lettre d'un volontaire de 1792. Expliquer la déception du volontaire Gabriel Noël. > Expliquer l attitude des villageois. (Il s agit de montrer que les villageois refusent d être assimilé à des soldats, ils sont hostiles au service militaire, ils considèrent avoir rempli leur devoir envers la Nation en repoussant une première fois l invasion) 5

Cela peut expliquer l enthousiasme des volontaires peint par J.B Lesueur. Dans l esprit des volontaires, la durée de leur engagement ne devait pas excéder quelques mois (voir document 3). Ils se sont engagés pour une durée réduite. Ils ne veulent pas être assimilés à des soldats. Document 8 «Nous marchions souvent dans le plus grand désordre, car la déroute était presque générale et occasionnée en partie par le brigandage d une quantité de fuyards qui infestaient l armée, et dont les infâmes excès étaient doublement préjudiciable. De braves militaires supportaient les attaques de l ennemi, tandis que des lâches se livraient au pillage pour éviter le combat.», «Journal du canonnier Bricard,» 1792-1802, Paris, Librairie CH. DELAGRAVE, 1891. Cette armée était-elle uniquement composée de volontaires motivés par leur engagement patriotique? De quels désordres rend compte le canonnier Bricard? - Beaucoup de soldats ont de grands défauts. Des brigands infestent les armées révolutionnaires. Beaucoup se livrent au pillage. Ils sont la cause de nombreux désordres alors que l année 1793 est marquée par des revers militaires. - Cette armée souffre de nombreux disfonctionnements. - Les préoccupations quotidiennes, en particulier économiques, rattrapent les motivations patriotiques. Le sentiment patriotique est fluctuant. > Par conséquent, il n y a pas d universalité du volontaire. Toute l armée n est pas composée de volontaires de la trempe de Bricard, Fricasse et François. 2) Comment les volontaires ont-ils retranscrit leur expérience de la guerre? Dans le tableau 2, relever les éléments du texte qui montrent les difficultés matérielles auxquelles furent confrontées les armées de la Révolution (document 9 ci-dessous). 1793. «Nos vêtements n étaient que boue, il tombait une pluie comme il n y en pas d exemple. Nous étions dans une prairie où on enfonçait dans l eau jusqu à mi-jambe. Néanmoins, il fallut rester là. Les soldats étaient si fatigués que, malgré le froid, ils dormaient debout. La grande pluie ne cessa de tomber toute la nuit.la ration de vivres était de mauvaise qualité ; les denrées étaient forts chères et nous n avions presque pas d argent, car nos assignats* perdaient 95 pour cent. Les soldats étaient obligés d aller couper l herbe, de tuer les chats des particuliers pour subsister» Journal du canonnier Bricard, 1792-1802, Paris, Librairie CH. DELAGRAVE, 1891.Extraits 4 novembre (14 brumaire, An III) 1794. «A cette époque, les armées du Nord et de Sambre-et-Meuse marchaient de victoire en victoire. L ennemi dispersé, chassé, poursuivi sur tous les points, ne pouvaient se présenter que pour éprouver de nouvelles défaites. Malgré nos succès, après tant de combats et de sièges, nous étions dans un état déplorable depuis sept mois. Au bivouac, tous nos équipements et habillements étaient usés : nous allions pieds nus par un froid des plus rigoureux. Les prises de tous genres que nous avions faites n arrivait pas jusqu à nous. Nous n étions couverts que de nos victoires et nous mourions de faim, couchés dans les marais Aussi, nous étions beaucoup de malades. Je n avais pour ma part qu un mauvais habit déchiré. J étais pieds nus ou à peu près.» Journal du capitaine François. Extraits. 1796. «Nous recevions des souliers dont la semelle était garnie de carton. On peut juger ce qu en faisait le soldat sans cesse en marche par des chemins affreux La République est toujours volée» Monnaie de papier. Journal du canonnier Bricard, 1792-1802, Paris, Librairie CH. DELAGRAVE, 1891.E Document 10. Assignat de dix sous correspondant à la solde d un soldat en 1793. Source n.c. 6

Soldes Uniformes Subsistances Les denrées étaient forts chères et nous n avions presque pas d argent Nous n étions couverts que de nos victoires et nous mourions de faim Nos assignats* perdaient 95 pour cent Un état déplorable Equipements et habillements étaient usés Pieds nus par un froid des plus rigoureux Pieds nus ou à peu près Nos vêtements n étaient que boue Un mauvais habit déchiré Des souliers dont la semelle était garnie de carton Nous mourions de faim La ration de vivres était de mauvaise qualité La République est toujours volée Tuer des chats, couper de l herbe pour subsister Le tableau est-il exagéré? Correspond-t-il à la réalité des armées révolutionnaires? Document : un général de l armée du Rhin. De quoi se plaint ce général de l armée du Rhin? Quelle conséquence cela a sur les troupes? Que craint-il? RETRANSCRIPTION «...Je dois vous rendre compte, Citoyen Général, que le retard qu eprouve la distribution du pain, quatre des bataillons de la B(riga)de que je commande n ayant encore pas celui qu ils devaient recevoir hier et les deux autres ayant été obligé de retourner trois fois au magasin avant d en trouver ; je dois vous instruire, dis-je, que ce contretems joint à la mauvaise humeur des troupes cause des murmures, qu il est ce me semble bien essentiel de prévenir aujourd hui plus que jamais. j ai ai ecrit à VILLEMANZY qui m a répondu d une manière satisfaisante pour aujourd hui, en m annoncant 60 000 rations mais d un autre coté il me donne à pressenter que pareille chose pourrait se renouveller, et je crois de mon devoir de vous en instruire pour eviter que ce pressentiment se réalise...» Document 11.Lettre autographe signée comme général de la 46e brigade au général en chef Alexandre de BEAUHARNAIS. Alestadt [probablement ALTENSTADT près WISSEMBOURG, Alsace) le 2 aout 1793. Source n.c. En dépit de toutes ces difficultés, comment expliquer les victoires? Il s agit d évaluer le rôle de la République. Deux documents ont été sélectionnés (le document n peut être aussi réutilisé dans cette partie) : - La mise en place dune législation destinée à améliorer la situation des soldats et à lutter contre les abus. - Le rétablissement de la discipline aux armées. 7

8 Document 12.Arrêté des représentants du peuple destiné à punir un pourvoyeur à l armée de la Moselle. Source : les archives de la Révolution française. BNF.

Document 13. Le rétablissement de la discipline aux armées. L année 1794 (avril -mai) «Le représentant du peuple Lebon vint accompagner du tribunal révolutionnaire qui sortait d Arras, et qui avait couvert de deuil cette dernière ville et ses environs. Son arrivée répandit la désolation. Dès le même soir, il se fit de fréquentes arrestations. Le représentant du peuple visita les lieux des séances des corps administratifs ; partout il tonna contre les autorités civiles et se plaignit amèrement des emblèmes qui existaient encore dans ces lieues Le 21, le tribunal révolutionnaire ouvrit ses séances, on jugea vingt-huit personnes : cinq bourgeois et vingt-cinq militaires Ensuite on passa au jugement de vingt-deux volontaires de la réquisition, la plupart de la Normandie, qui avaient jeté leurs armes et fui devant l ennemi. La loi les condamnait à mort, mais on eut égard à leur peu d expériences militaire, car ces êtres ressemblaient plutôt à des imbéciles qu à des militaires. Le président leur fit un discours très énergique tendant à leur inspirer du courage et de la fermeté. Chacun fut très satisfait de cette modération, car la physionomie de ces hommes les rendait digne de la compassion ; ils furent tous remis en liberté. Ensuite on passa à un nommé Evrard, commandant d un bataillon de l Oise. Il était accusé d avoir fui au moment de rallier sa brigade qui était dans le plus grand désordre. Cet homme fut extrêmement chargé par l accusateur militaire, et le tribunal le condamna à être fusillé dans les vingt-quatre heures Le commandant Evrard partit sous bonne escorte il fut fusillé à la tête de l armée. Le 24, le même tribunal condamna à mort cinq individus ; deux furent guillotinés sur la place, et trois autres de la campagne furent fusillés aux avant postes, afin de faire connaître aux habitants des campagnes envahies par l ennemi, que quiconque remplissait des charges de l ancien régime, par les ordres des Impériaux étaient condamnés à mort Le 02 mai, le tribunal révolutionnaire faisait toujours couler le sang sur la place de Cambrai ; les habitants de cette ville étaient dans la plus grande crainte, et toutes les âmes tressaillaient d horreur.» Commentaires. «Journal du canonnier Bricard,» 1792-1802, Paris, Librairie CH. DELAGRAVE, 1891. L arrêté des représentants du peuple. Il faut établir le lien avec les témoignages des militaires, en particulier celui du canonnier Bricard. Les soldats marchent pieds nus. Les souliers fournit aux armées sont de mauvaise qualité. Des citoyens peu scrupuleux fournissent des effets médiocres. La République «est toujours volée». Elle s efforce de corriger les abus. Elle ruine la réputation du citoyen incriminé en placardant l arrêté. Malgré tout, les soldats continuent de ressembler à des loqueteux. Le tribunal révolutionnaire. Le texte est replacé dans son contexte militaire et politique. Les témoignages font état de nombreux manquements à la discipline militaire et aux inconduites de certains soldats (document 8) Les élèves repèrent dans le texte les motifs du passage des soldats et de l officier devant le tribunal. Ils repèrent ensuite la nature des sentences prononcées. Ils s interrogent sur la justice aux armées. L officier est assimilé à un ennemi de la Révolution. Les soldats ne sont pas jugés par un tribunal militaire mais par un tribunal civil composé de citoyens et de représentants du peuple. La modération qu il exprime à l égard des soldats ne concerne pas les officiers. Ce trait, relevé par le canonnier Bricard est juste (les études sur ce point précis font état de davantage de condamnation à mort d officiers que de soldats). L exécution de l officier à la tête de l armée constitue les réminiscences de la justice d Ancien Régime qui croyait à l exemplarité dans le domaine de la justice. Le jugement et la condamnation à mort de l officier ont valeur d exemple pour les autres. L incompétence est punie car elle a provoqué la mort de citoyens. Le tribunal révolutionnaire lutte contre les ennemis de l intérieur (se reporter au dernier paragraphe du texte). La population est terrorisée. Conclusion : L action de la République fut-elle efficace? Oui, si l on en croit la carte 2 (document 14). Elle a repoussé tous ses adversaires. Elle a écrasé le soulèvement vendéen. La république occupe de nombreux territoires outre-rhin. 9

Document 14. L expansion territoriale de la République. Source : Euratlas - Carte historique de l'europe en l'an 1800 Juin 2008. Il est possible de faire observer aux élèves que l expansion territoriale s accompagne d une diffusion des idées de la révolution. 3) Les volontaires de l an II dans la mémoire des Français. Document : un volontaire de l an II sous le drapeau. Commentaire : Le volontaire devient une figure emblématique de la Révolution. Il combat pour le drapeau, symbole d unité et d indivisibilité. Le drapeau est orné des symboles de la République. La posture est celle du héros. Il est debout, son torse est le rempart de la contre-révolution. La posture rappelle aussi l assurance de la force tranquille d une armée composée de citoyens-soldats. La fumée d où émerge le drapeau est celle des canons de Valmy. Il porte la cocarde tricolore. Il entonne la Marseillaise. L image condense les symboles de la République défendue par les citoyens. Par conséquent, elle a une portée patriotique. La réalité historique demande de nuancer un tel tableau. Les volontaires : des hommes ordinaires. Tous n ont pas manifesté leur indéfectible loyauté aux principes de 1789. Certains ont eu des comportements néfastes. Document 15. «La Marseillaise.» Source : J. Bainville : «Petite histoire de France» imagée par J. Onfray de Bréville, Paris, 1928. Coll. Part. P. 121. 10

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