INTRODUCTION. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 1. 1 Bibliographie 23
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- Claudine Larrivée
- il y a 10 ans
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1 INTRODUCTION Lorsque j ai décidé de procéder à une analyse de communications orales et écrites particulières à savoir des messages transmis en réponse à des messages pré-enregistrés sur répondeur téléphonique et les premiers mails de nouveaux utilisateurs d Internet recueillis dans des forums de discussion, j avais une approche plutôt psychologisante, centrée sur l individu, ses sentiments, je souhaitais élaborer une «démarche analytique de déconstruction des messages» afin de mettre en évidence certaines marques spécifiques de la personnalité humaine mais il fallut me rendre à l évidence qu un tel projet recelait en lui-même des limites qui ne pouvaient que restreindre cette démarche ambitieuse et la ramener à des proportions plus modestes et surtout plus réalistes. De manière plus concrète, la trame de base de notre analyse sera essentiellement linguistique ; la plupart des catégorisations des éléments relevés seront de cet ordre également. D autre part, notre étude prendra en compte le langage dans son aspect pragmatique mais dans les limites de la présentation des situations particulières et du collationnement des données du corpus. «L aspect pragmatique du langage concerne les caractéristiques de son utilisation (motivations psychologiques des locuteurs, réactions des interlocuteurs, types socialisés de discours, objet du discours, etc.) par opposition à l aspect syntaxique (propriétés formelles des constructions linguistiques) et sémantique (relation entre les entités linguistiques et le monde).» 1 Pour ce faire, nous étayerons notre analyse sur base de théories et autres opinions d auteurs susceptibles de nous éclairer dans le cadre de ce travail en procédant au relevé et à la présentation des termes probants. 1 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 1
2 1. PREMIÈRE PARTIE : LES ÉLÉMENTS D ANALYSE 1.1. Généralités Nous reviendrons plus avant sur la description du corpus, néanmoins, il serait opportun, d ores et déjà, d apporter quelques précisions quant à son contenu. Deux types de messages ont été choisis pour la constitution du corpus : des messages oraux laissés par des appelants sur répondeur téléphonique et des messages recueillis sur Internet dans des forums de discussion provenant de nouveaux utilisateurs. Notre analyse permettra de préciser les souhaits et intentions communicationnels des émetteurs mais de prime abord nous pouvons estimer que l un des soucis des appelants était entre autres de se conformer aux instructions du message pré-enregistré par l appelé et que l un de ceux des Internautes novices était de créer un premier contact. Le relevé des éléments constitutifs du corpus auquel nous avons procédé dans la seconde partie nous permettra d entrer plus avant dans sa description. En effet, l énonciation est à l énoncé ce que le processus de fabrication est à l objet produit. L'énoncé est le résultat alors que l'énonciation est l'acte de création du locuteur et c est cet acte, la procédure de construction du message, les intentions du locuteur, les marques de son intervention en tant que sujet parlant ses pensées, ses intentions, ses émotions au moment de la «prise de parole» (orale ou écrite) qui feront l objet de notre propos. Ci-dessous, nous poserons les éléments de base du schéma de la communication et expliciterons les particularités de notre corpus. Avant cela, il nous faut poser quelques prémisses. Pour pouvoir procéder à l analyse d un corpus tel que le nôtre, nous devons opérer un double choix : celui des outils d analyse réellement utiles Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 2
3 à la démarche et celui des éléments essentiels et nécessaires constitutifs des énoncés retenus et à retenir L énonciation et l énoncé «Le langage permet la communication, mais aussi l'action, l'expression des émotions, le maintien du contact entre des interlocuteurs, l'intériorisation de ces scénarios singuliers que sont les fantasmes. Réciproquement la communication n'est pas que verbale, elle peut se faire par des gestes, des postures, des mimiques, des rapprochements, des vocalisations, des signaux éventuellement organisés en une langue artificielle, par la présentation d'objets produits selon un code artistique. Langages et communications sont deux ensembles en intersection ; ils ne se recoupent pas.» 2 L'objet de la description correspond à un ensemble d'énoncés constitutifs d un corpus où : «Ce qui est à décrire, ce n'est pas une norme (même variable), c'est une multitude de comportements normatifs en communication. (... La) problématique du texte n'est que l'antichambre de celle de l'activité de communication.» 3 «Au départ, l'énonciation, ou allocution, c'est l'ensemble des phénomènes observables au cours de l'échange verbal.» 4 Deux individus conversant se communiquent des informations. Ils le font par le biais de la transmission d énoncés construits selon un processus d énonciation individuel. La communication est observable au moment de la formulation explicite d un message, de messages. Voir Tableau 1 2 Bibliographie 11, p VI 3 idem p idem p 112 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 3
4 L' «énonciation est alors définie comme le mécanisme d'engendrement d'un texte, le surgissement dans l'énoncé du sujet d'énonciation, l'insertion du locuteur au sein de sa parole.» 5 L' «énonciation 6 est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation.» L énonciation, «processus dynamique», est l acte de création, de production d un énoncé. L énoncé est le résultat, le «produit fini», d une suite d opérations, d un travail du locuteur sur le langage avec un (ou des) objectif(s) plus ou moins volontaire(s) ou plus ou moins explicite(s). Notre travail porte sur l analyse d un certain type de discours à l intérieur d actes de communication sur base d énoncés, produits d un acte d'énonciation, qui comportent des marques énonciatives faisant référence à la fois au locuteur et à l'allocutaire. «(...) l'étude de la communication humaine peut (...) se subdiviser selon les trois domaines (...) : syntaxe, sémantique et pragmatique (...) c'est-à-dire ses effets quant au comportement». 7 Nous en tiendrons compte lors de la description du corpus car les éléments d analyse portent non seulement sur la structuration phrastique de l énoncé mais également sur le sens qui lui est donné ainsi que ses utilisations caractéristiques en fonction des intentions, choix et motivations des destinateurs. 5 Bibliographie 11, p Bibliographie 10, p Bibliographie 63, p Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 4
5 Le sens et le son D autre part, la considération du langage sous sa double articulation le signifiant et le signifié de F. de Saussure dont nous reparlerons cidessous favorise une analyse appariant les points de vue sémantique et phonologique : le sens et le son. «Si l'on envisage l'acte de communication, la phrase, unité de communication, est composée de monèmes (première articulation), lesquels sont formés de sons (deuxième articulation).» 8 Lors de la réalisation de la langue dans la parole d'un émetteur, le code employé nous informe sur son origine, son niveau d'éducation, son milieu social ; la forme sonore qu il donne à son énoncé nous informe sur son identité, son sexe, son âge, son type psychophysiologique, son humeur. «La voix du locuteur a au moins deux fonctions dans la communication ; l'une est linguistique : la voix est le véhicule du système d'expression de la langue ; l'autre est non linguistique : la voix donne des informations d'une toute autre nature concernant le locuteur.» 9 Bien que les données sémantiques et pragmatiques nous semblent d un intérêt marqué, force est de constater que, si nous avons à la fois des données scripturales et sonores, celles-ci ne correspondent qu à une partie du corpus. Nous verrons s il sera opportun d en tenir compte alors que l autre partie du corpus ne comporte a priori aucune indication quant au son. En effet, nous avons vu que des marques scripturales se substituent aux marques orales et nous informent sur le «sens phonique» qu il s agit de donner au message : par la ponctuation, des symboles. 8 Bibliographie 27, p 2 9 Bibliographie 29, p 12 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 5
6 La pluralité des énoncés «Pourquoi une valeur du système serait-elle si souvent réalisée dans une pluralité de formes différentes, alors que rien, aucune nécessité de communication ne le requiert?» 10 Cette remarque nous paraît essentielle au regard de ce qui nous préoccupe car c est à cette question que nous souhaiterions précisément répondre in fine. Pourquoi en «rajoute-t-on»? Quels sont les éléments qui sont spécifiques à la communication humaine et qui vont au-delà de la transmission de données, d informations plus ou moins utiles? «Le phénomène de variation libre requiert ainsi que l'on renonce au strict point de vue immanentiste d'une langue-structure indépendante de la parole, bref, encore une fois que l'on passe d'un modèle de la langue à un modèle de communication.» 11 Car nous ne pouvons étudier la langue que dans ses réalisations les performances produites sur base de la compétence des sujets parlants identifiables et enregistrables La spécificité de la communication humaine Les êtres humains communiquent soit mais en quoi est-ce différent de ce que font certains animaux qui eux aussi "communiquent" puisque vivant en société il leur est nécessaire de transmettre et recevoir quantité d informations. Serait-il possible que l écart que nous pourrions identifier entre une communication animale et sociale et la communication humaine nous permette de comprendre mieux ce qui nous est spécifique? Lorsque nous communiquons, que faisons-nous de plus que ce que font certains animaux? 10 Bibliographie 11, p idem p 89 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 6
7 Certaines catégories d'insectes telle celle des abeilles ont formé des sociétés complexes. Dans la catégorie des messages non verbaux, Karl von Frisch a observé leurs danses qui sont autant de messages pour leurs congénères : si le pollen ou le nectar qu'elles transportent renseignent sur la nature de la découverte, ce sont les cercles ou huit qui renseignent sur l'orientation et la distance de la trouvaille. Ses nombreuses observations et recherches lui ont permis d'élaborer une théorie de la communication les concernant en la différenciant des échanges humains. "L'abeille ne construit pas de message à partir d'un autre message. ( ) Le message des abeilles ne se laisse pas analyser. ( ) il est impossible de décomposer ce contenu en ses éléments formateurs, en ses "morphèmes" de manière à faire correspondre chacun de ces morphèmes à un élément de l'énoncé. Le langage humain se caractérise justement par-là." 12 Le morphème est la plus petite unité significative d'un mot ; il n'est pas possible de la diviser en unités plus petites porteuses de sens. Un mot peut en comporter plus d'un. Le morphème peut être lexical ou grammatical ; dans "travaillons", "travaill-" est un morphème lexical (lié au vocabulaire) et "ons" est un morphème grammatical, suffixe de la première personne du pluriel. "La différence essentielle entre les procédés de communication découverts chez les abeilles et notre langage ( ) se résume dans le terme qui nous semble le mieux approprié à définir le mode de communication employé par les abeilles ; ce n'est pas un langage, c'est un code de signaux. Tous les caractères en résultent : la fixité du contenu, l'invariabilité du message, le rapport à une seule situation, la nature indécomposable de l'énoncé, sa transmission unilatérale. Il reste néanmoins significatif que ce code, la seule forme de "langage" qu'on ait pu jusqu'ici découvrir chez les animaux, soit propre à des insectes vivant en société. C'est aussi la société qui est la condition du langage." Bibliographie 10, p idem 8, p 62, «Cependant, que penser du brame du cerf? des rassemblements bruyants des hirondelles et des passereaux?...» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 7
8 En fait, si nous résumons ce qui précède, la différence entre cette communication socio-animale et la communication humaine est la possibilité offerte ou non à l énonciateur de s impliquer personnellement dans la formulation de son message. Là où toutes les abeilles transmettront une information de manière totalement identique sous formes de signaux rigides et univoques -, les humains pour leur part se verront offrir une quantité infinie de formulations selon leur humeur, leur niveau de langue, leurs intentions, l influence de l interlocuteur bien que l information de base soit la même La personnalisation du message Consciemment ou non, l'émetteur introduit donc dans son message toute une série de données personnelles en rapport avec son milieu social, ses intentions personnelles, sa vision du monde, sa culture, l objet du message 14. Et c est précisément ce qui constitue l objet de notre analyse. "( ) les anthropologues n'ont cessé d'affirmer, et de prouver, que le langage et la culture s'impliquent mutuellement, que le langage doit être conçu comme une partie intégrante de la vie sociale, que la linguistique est étroitement liée à l'anthropologie culturelle." 15 Cependant, nous émettons quelques réserves quant aux données sociales qui pourraient nous être fournies par notre corpus Le code commun Lorsqu'il réalise un acte de communication, il est évident que tout locuteur tient à être compris et pour ce faire se réfère à une langue, un 14 Ce n est pas l objet de notre travail mais précisons également que les humains pourraient encore transmettre l information par d autres moyens que le langage : dessins, photos 15 Bibliographie 34, p 27 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 8
9 parler, un code commun susceptible d'être interprété dans le sens qu'il désire par son interlocuteur ; il choisit un langage précis. "Le langage est la capacité spécifique à l'espèce humaine de communiquer au moyen d'un système de signes vocaux (ou langue) mettant en jeu une technique corporelle complexe et supposant l'existence d'une fonction symbolique et de centres nerveux génétiquement spécialisés. Ce système de signes vocaux utilisé par un groupe social (ou communauté linguistique) déterminé constitue une langue particulière." 16 En l occurrence, pour ce qui nous concerne, la langue en question est le français tel qu employé par des interlocuteurs francophones et plus précisément pour la partie orale de notre corpus des francophones vivant en Belgique durant les dernières années du vingtième siècle La communication L énonciation étant la production individuelle d un message, la formulation particulière d un énoncé, le duo énoncé-énonciation s intègre dans un cadre défini : celui de la communication. Qu est-ce que l action de «communiquer», la concrétisation d une «communication»? Il nous semble primordial de définir avec exactitude ce qu est l acte de communiquer ainsi que son corollaire, la communication. Si l'on se réfère aux dictionnaires tous publics, la communication est : «Le fait de communiquer, d'établir une relation avec quelqu'un, quelque chose. (...) Relation dynamique qui intervient dans un fonctionnement. Passage ou échange de messages entre un sujet émetteur et un sujet récepteur au moyen de signes, de signaux. (...) Action de communiquer (qqc à qqn). Résultat de cette action. (...) La chose que l'on communique. (...) Moyen technique par lequel des 16 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 9
10 personnes communiquent ; message qu'elles transmettent. (...) Ce qui permet de communiquer ; passage d'un lieu à un autre." 17 "Action, fait de communiquer, d'établir une communication avec autrui. (...) Action de communiquer, de transmettre quelque chose à quelqu'un ; son résultat. (...) Action pour quelqu'un, une entreprise d'informer (au sens «d action d informer») et de promouvoir son activité auprès du public, d'entretenir son image, par tout procédé médiatique." 18 "Transmettre. (...) Faire partager. (...) Être en relation, en contact avec (qqn). (...) Être en communication avec (qqc)." 19 La communication est donc un fait, autrement dit la pose d un acte, «une action de faire 20». L action est «ce que fait quelqu un et ce par quoi il réalise une intention ou une impulsion» 21. Cette intention étant en fait celle de communiquer, d établir une relation avec autrui (quelqu un, quelque chose). Lorsque l action, la création est réalisée, une chose est communiquée à l aide d un moyen technique : le message. Retenons ces éléments car ils interviendront sous peu dans le cadre de la description du processus de communication. Ajoutons que : "La communication est l'échange verbal entre un sujet parlant, qui produit un énoncé destiné à un autre sujet parlant, et un interlocuteur dont il sollicite l'écoute et/ou une réponse explicite ou implicite (selon le type d'énoncé). ( ) Au sens que lui donnent les théoriciens des télécommunications et les linguistes, la communication est le fait qu'une information est transmise d'un point à un autre (lieu ou personne)." Bibliographie Bibliographie Bibliographie Bibliographie idem 22 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 10
11 D'emblée, des considérations essentielles sont notifiées ; elles seront récurrentes tout au long des descriptions préconisées par les auteurs que nous découvrirons ci-dessous : - la présence de deux intervenants qui sont l'émetteur et le récepteur ; - le fait d'établir une relation avec autrui, une relation dynamique c'est-à-dire interactive ; - la nécessité de moyens (techniques, signes et signaux) ; - la définition d'un message. Il nous faudra compléter ces premières remarques car l'importance de l'analyse du langage oral sous la perspective de la communication est reconnue par nombre de spécialistes. D autre part, nous verrons ultérieurement le rôle et les modalités plus spécifiques au langage «écrit» (écran informatique, pictogrammes). Il est significatif de constater que dans des œuvres didactiques contemporaines récentes, il a semblé nécessaire et même utile d expliciter des termes tels que «communiquer» et «langage» : "Parmi les divers moyens dont l'homme se sert pour communiquer avec ses semblables ( ) le principal est le langage." :"L'homme peut communiquer avec ses semblables au moyen de gestes, de bruits, de dessins ou d'autres symboles ( ). Mais le moyen le plus précis et le plus riche est le langage." :"Si le langage assume toutes les fonctions référentielle, émotive, conative, métalinguistique, poétique et phatique que lui reconnaît Jakobson (après Karl Bühler), le but majeur des langues est bien de transmettre un contenu intellectuel ou sentimental." 25 Le procédé essentiel est le langage et le but des langues est de transmettre un contenu mais qu en est-il de «communiquer»? Communiquer vient du latin «communicare», «être en relation avec». Ceci nous semble essentiel, car on ne communique rien si l on est 23 Bibliographie 31, p 1 24 Bibliographie 30, p 8 25 Bibliographie 67, p 8 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 11
12 seul ; il n est possible de «communiquer» qu au sein d une relation sociale. Mais si l on communique, que communique-t-on exactement? Un contenu? Lequel et sous quelle forme? Une approche pluridisciplinaire Dans le cadre d une approche pluridisciplinaire, voyons quel pourrait être l apport d autres sciences La sociolinguistique Celui de la sociolinguistique contemporaine nous semble primordial car, si les réflexions, études et recherches sont très nombreuses au sujet d'une définition théorique du signe, de la nature du langage oral, de l'opposition langue et parole, morphème et phonème, signe et sens, signifiant et signifié, les approches diverses concernant la communication quoique déjà minutieuses demandent un approfondissement indispensable. Nous y reviendrons plus en détail tout à l heure. Dans un premier temps, le choix d une analyse sociolinguistique semblait s'imposer du fait du type particulier d un travail à élaborer sur base d'un corpus permettant le relevé d expressions, d énonciations dues à des modes de communication relativement innovants, d énoncés sous des formes particulières, dont les canaux spécifiques a priori devaient avoir un impact dans le processus d énonciation. L observation du langage dans son application relationnelle, donc sociale, semblait pouvoir permettre de préciser certains liens entre le langage et la société et les conditions sociales de la communication. Y avait-il un parallélisme entre les structures sociologiques et les structures linguistiques? Les indices de clivages sociaux, de données sociales récurrentes dans les différents modèles de performance dégagés Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 12
13 révéleraient-ils des groupes? des origines sociales? des professions? des niveaux de vie? Il s agissait de différencier le contenu succinct du message et de sa formulation, de séparer les marques individuelles, les caractéristiques personnelles et les marques communes : normes grammaticales, normes sociales. De par les récurrences et parallélismes répétés, le regard se porterait alors non plus sur un individu mais sur un ensemble, un groupe d individus. Le corpus que nous avons pu réunir ne peut répondre aux besoins d un tel type d analyse ; en effet, les messages téléphoniques fournis sont semi-confidentiels car privés ou publics ils ne comportent pas ou peu de précisions quant au lieu ou au milieu dans lesquels évolue l énonciateur. Il est possible de procéder à un relevé de marques sociales dans l emploi des termes, la construction des phrases, la formulation des messages mais les énonciateurs n étant pas identifiés et ne pouvant pas l être du fait de circonstances inhérentes au type de collationnement le corpus ne comporte pas de données sociales en nombre suffisant. Et même si nous pouvons par exemple supposer que les internautes sont issus d un milieu relativement aisé car tous ont, par définition, à la fois un ordinateur et l accès à Internet ainsi que les connaissances suffisantes pour pouvoir en faire l usage une étude comparative liant la linguistique et la sociologie reste encore à faire. En complément de ce qui précède, il nous semble opportun de faire état de quelques remarques d un linguiste, Dietmar OSTHUS (de Bonn) qui, sur son site fait part de son intérêt pour l analyse du discours normatif dans les forums de discussion francophone. Nous n aborderons pas ce thème en profondeur dans le travail actuel car, pour ce qui nous concerne, le sujet qui nous préoccupe est moins un discours sur la norme à respecter ou à enfreindre que l emploi de la langue française par des locuteurs placés dans une situation d emploi nouvelle et dans le cadre de «premiers messages». Néanmoins, si l analyse de Dietmar OSTHUS diffère de la nôtre il s est intéressé aux forums de discussion pour leurs débats entre internautes sur leur propre langage alors Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 13
14 que nous nous intéressons aux forums de discussion pour étudier l utilisation du langage par les Internautes - certaines de ses considérations nous semblent particulièrement intéressantes à noter car elles nous confortent dans nos premiers éléments d analyse : «Au contraire de certaines pages web, qui ne constituent que la documentation électronique de textes antérieurement publiés sous forme traditionnelle, les forums présentent des façons nouvelles d interaction linguistique et métalinguistique.» Son «corpus est tout à fait hétérogène. Il se compose de contributions très diverses, allant de simples et très brèves remarques sur tel ou tel terme jusqu aux exposés étendus sur les principes de normalisation terminologique. Nous ne disposons d aucune indication précise ni sur le spectre sociologique, ni sur la formation linguistique des participants. Nous ne pouvons tirer certaines conclusions qu à l aide de plusieurs informations fournies implicitement par quelques participants à ce forum. Apparemment, un taux assez important des discutants travaille dans le domaine de l informatique. Nous avons affaire à une légère majorité de discutants de sexe masculin. Le français est la langue maternelle de la plupart des participants majoritairement français ou québécois. Quelques-uns des francophones d origine vivent dans des pays anglophones comme les Étas-Unis ou l Australie. Pourtant toute valorisation sociologique reste à titre provisoire, personne n étant obligé de révéler son identité ou son nom. L usage de pseudonymes est un phénomène assez fréquent des forums de discussions.» Le constat étant donc fait de l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de compléter l'analyse linguistique par une analyse sociologique exhaustive, certaines considérations nous semblent néanmoins intéressantes et susceptibles d'éclairer notre démarche. Nous savons que la linguistique étude scientifique du langage s est, à des degrés divers, enrichie au contact d autres disciplines tout au long du vingtième siècle : psychologie, anthropologie, mathématiques, Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 14
15 informatique. Par ailleurs, nous avons vu que le rapport social et les caractéristiques personnelles du sujet parlant nécessitent une approche particulière de la communication : si la linguistique est l'étude scientifique du langage, la sociolinguistique est l'étude scientifique du langage en relation avec la culture et la société. "La Sociolinguistique (le pluriel serait peut-être plus adéquat) est bien une linguistique de la parole, c'est-à-dire une linguistique, qui, sans négliger les acquis de l'approche structuraliste des phénomènes langagiers, situe son objet dans l'ordre du social et du quotidien, du privé et du politique, de l'action et de l'interaction, pour étudier aussi bien les variations dans l'usage des mots que les rituels de conversation, les situations de communication que les institutions de la langue, les pratiques singulières du langage que les phénomènes collectifs liés au plurilinguisme..." 26 "(...) la structure de la langue, système de signes, est dans la dépendance de la structure sociale, système d'actualisation des signes. C'est donc appeler comme nécessaire un modèle plus vaste, qui soit celui de la communication dans la société." 27 L'"étude de la langue ou de la parole ou du langage (se réalise) dans un contexte social, culturel ou comportemental(...)" 28 Malgré les limites que nous avons évoquées précédemment, notre corpus comportant de nombreuses marques individuelles des énonciateurs nous permettra cependant d aborder l étude de rituels de conversation, d actions et interactions entre les interlocuteurs, de situations de communication particulières, de pratiques singulières du langage. Langage et norme, langage et psychologie, langage et clivages sociaux, autant d approches que de possibilités d analyse latentes ; quel pourrait dès lors être l apport d une discipline telle que la sociolinguistique? 26 Bibliographie 14, p 6 27 Bibliographie 11, P Bibliographie 7, p 25 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 15
16 «La sociolinguistique est une partie de la linguistique dont le domaine se recoupe avec ceux de l ethnolinguistique, de la sociologie, du langage, de la géographie linguistique et de la dialectologie. La sociolinguistique se fixe comme tâche de faire apparaître dans la mesure du possible, la co-variance des phénomènes linguistiques et sociaux et, éventuellement, d établir une relation de cause à effet. Contrairement à une pratique affirmée ou implicite, la sociolinguistique n a pas pour but de faire ressortir les répercussions linguistiques des clivages sociaux. Elle doit procéder à des descriptions parallèles indépendantes l une de l autre : d un côté, on a des structures sociologiques, de l autre des structures linguistiques, et ce n est qu une fois ces descriptions préalables achevées qu on peut confronter les faits de chacun des deux ordres. La sociolinguistique peut prendre en considération comme donnée sociale l état de l émetteur (origine ethnique, profession, niveau de vie, etc.) et rattacher à cet état le modèle de performance dégagé. Il est bien clair que, définie ainsi, la sociolinguistique englobe pratiquement toute la linguistique procédant à partir de corpus, puisque ceux-ci sont toujours produits en un temps, en un lieu, en un milieu déterminé. ( )» 29 De ce fait, la sociolinguistique englobe la présente analyse d un corpus recueilli en des temps et des lieux (même virtuels) déterminés La psycholinguistique «La psycholinguistique est l étude scientifique des comportements verbaux dans leurs aspects psychologiques. Si la langue, système abstrait qui constitue la compétence linguistique des sujets parlants, relève de la linguistique, les actes de parole qui résultent des comportements individuels et qui varient avec les caractéristiques psychologiques des sujets parlants sont du domaine de la psycholinguistique, les chercheurs mettant en relation certains des 29 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 16
17 aspects de ces réalisations verbales avec la mémoire, l attention, etc. La psycholinguistique s intéresse en particulier aux processus par lesquels les sujets parlants attribuent une signification à leur énoncé, aux «association de mots» et à la création des habitudes verbales, aux processus généraux de la communication (motivations du sujet, sa personnalité, situation de la communication, etc.) à l apprentissage des langues, etc.» 30 De nouveau, le corpus considéré ne permet pas d approcher les processus généraux de la communication liés aux motivations du sujet, à sa personnalité. Par contre, la situation particulière de ces deux genres de communication nous est connue ; il est probable que nous verrons son incidence dans l élaboration des énoncés. Quoi qu il en soit, notre propos ne sera pas d approcher la psychologie d un individu mais plutôt de relever les intentions communes des interlocuteurs L ethnolinguistique L ethnolinguistique est l «étude de la langue en tant qu expression d une culture et en relation avec la situation de communication. ( ) Les problèmes abordés par l ethnolinguistique touchent aux rapports entre la linguistique et la vision du monde. C est ainsi que le système du séri (Mexique), qui a des verbes différents pour acheter selon qu on achète de la nourriture ou autre chose, ou pour mourir selon que c est un être humain ou un animal, est révélateur d une certaine manière d organiser le monde. ( ) D une manière générale, l ethnolinguistique est dominée par le problème de l isomorphisme des structures linguistiques et des structures sociales.» 31 Nous décrivons le monde en fonction de notre propre perception elle-même guidée par nos références et notre environnement sociaux. 30 Bibliographie idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 17
18 Bien que notre corpus ne nous informe pas quant aux origines de ses énonciateurs, il est évident que nous prendrons en compte leurs particularités langagières : tous s expriment en français mais des marques spécifiques sont plus ou moins facilement repérables Les mathématiques et l informatique D autre part, si les conduites et processus de la communication de même que les fonctions du langage ont été étudiés par les grammairiens et les linguistes, ils ont bénéficié également de l'apport d autres disciplines dont les mathématiques. "Pour ceux qui cherchaient une formulation mathématique des processus de base, il y avait la théorie mathématique de la communication, récemment développée, qui comme on le croyait largement au début des années cinquante, avait fourni un concept fondamental le concept d' «information» qui unifierait les sciences sociales et les sciences du comportement («behavior») et permettrait le développement d'une théorie mathématique solide et satisfaisante du comportement humain sur la base de la probabilité." 32 Hélas, rien de plus aléatoire et imprévisible que le comportement humain ; non seulement la potentialité de productions langagières est infinie mais les langues humaines sont en constante évolution ; elles varient sur un axe double : - en synchronie, selon leur répartition géographique, l étendue de leur diffusion, les influences de langues localisées dans un espace proche ou culturellement, économiquement, socialement valorisées ; - en diachronie, par la modification de la prononciation, le changement de sens des termes. 32 Bibliographie 19, p 14 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 18
19 Tout en ne niant pas son intérêt, il nous semble donc peu réaliste de considérer qu'une théorie mathématique puisse être une solution définitive pour l analyse d un comportement langagier. En effet, s il est possible d'évaluer la probabilité d un événement, d un phénomène, il n est pas possible d en avoir la certitude absolue. La mathématique en tant que : «ensemble des sciences qui ont pour objet la quantité et l ordre, l étude des êtres abstraits (nombre, figure, fonction, etc.), ainsi que les relations qui existent entre eux.» 33 «L emploi de méthodes formelles issues de la logique mathématique a cessé d aller de pair avec une attitude réformatrice vis-à-vis du langage ordinaire, et la linguistique contemporaine a largement profité de ses méthodes, tout comme elle a profité, très naturellement, des recherches des philosophes du langage ordinaire. C est en pragmatique que les travaux des philosophes du langage ordinaire ont eu le plus d influence sur la linguistique contemporaine. La raison en est que les philosophes du langage ordinaire mettaient l accent sur tout ce qui distingue les langues naturelles du «langage» des Principia Mathematica : or c est l importance de la dimension pragmatique dans le langage ordinaire qui constitue la principale différence entre les deux. 34» Si la théorie des ensembles et des classes nous semble intéressante dans le cadre de la description d un corpus, peut-on réduire une langue à des formules? Et si la compétence correspond à un ensemble de règles et de normes susceptibles d être codifiées, sa mise en œuvre dans les actes de parole des destinateurs peut être infinie car à une compétence peut correspondre de multiples performances : sur base d un nombre fini de critères, il est possible de créer un nombre infini de phrases. 33 Bibliographie Bibliographie 3, p 187 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 19
20 Une analyse pragmatique telle que nous la détaillerons par la suite nous permettra d approcher plus particulièrement l emploi du langage dans la communication. L informatique a elle aussi ses limites ; un simple constat : le relevé différencié des termes de ce corpus n a pu être fait par informatique car l ordinateur ne peut faire la différence entre «ce» pronom ou adjectif ou entre «convient» de convier et de convenir L analyse logique Notre propos sera de procéder à une analyse logique du corpus ; il s agit donc du «procédé d analyse de la phrase fondé sur le postulat que les énoncés réalisés comprennent chacun deux parties, l une qui est le corrélatif du procès, le dictum, l autre par laquelle le sujet parlant exerce une intervention (pensée, sentiment, volonté) sur le dictum ; c est la modalité. 35» Notre analyse comporte donc deux parties : celle relative à l énoncé et à son contenu ; celle relative à l énonciation et ses modalités. L analyse de ces communications se complexifie du fait de l absence en présentiel de l interlocuteur : le corpus concerne les messages de l énonciateur et les indications relatives au destinataire proviennent uniquement du locuteur. Les types de discours pris en compte avec un destinataire absent et/ou inconnu ont, sans doute du fait d une situation particulière, un mode d énonciation lui-même particulier : les marques des énonciateurs se retrouvent dans le choix du vocabulaire, du niveau de langue ; quid de l autocensure ou du laxisme, des formules toutes faites, de l interpellation de l interlocuteur, de la mise en forme du message, de l attitude du locuteur et du rapport mis en place, de son implication personnelle (adhésion ou non 35 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 20
21 à son propre discours), du statut choisi dans la communication (distanciation sociale ou non)? Qu en est-il également des diverses limites du cadre dans lequel l énonciation s élabore, de la définition du processus de production des énoncés et des liens entre la formulation du discours et l individu auquel il est destiné : respect ou non de la norme, syntaxe, vocabulaire, niveaux de langue, emplois particuliers (humour, expressions spécifiques, emplois personnels, marques graphiques, métalangage)? Le corpus portant d une part sur la transmission de messages oraux, d autre part sur celle de messages écrits, le texte ci-dessous proposera une analyse conjointe des deux démarches. En fait, une simple présentation en parallèle ne pourra pas être retenue de manière systématique car les deux types de messages interagissent parfois : bien souvent, on prépare par écrit le message qui sera laissé sur le répondeur ; quant aux internautes, ils oublient fréquemment toute règle liée à la présentation d un courrier et se contentent d écrire sous une forme proche de la formulation orale L analyse conversationnelle Le but de ce travail est donc d analyser des conversations tout à fait particulières. Mais s agit-il réellement de conversations? Ne devrions-nous pas parler plutôt de dialogues ou même de monologues? Il n est pas du tout évident que les répondeurs instaurent une conversation, pas plus que les messages recueillis sur Internet car ce sont des appels, des énoncés rédigés par de nouveaux Internautes ne sachant pas précisément à qui ils s adressent et souhaitant instaurer un contact. Dans un monologue, l énonciateur s exprime seul parce qu il ne favorise pas l échange ou que ses interlocuteurs ne lui répondent pas. Cela ne signifie pas pour autant qu il n ait pas d auditeur. Un dialogue est un échange : deux personnes se parlent ; ce n est pas le cas dans les limites de ce corpus mais l interlocuteur y est-il réellement Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 21
22 absolument absent? En effet, s il y a émission et non réception ; s il y a action et non réaction le destinataire est omniprésent à tout le moins dans l esprit de l énonciateur qui ne parle pas «dans le vide» et tient compte de la personne à laquelle il s adresse, croit s adresser ou souhaite s adresser tout en élaborant l énoncé. Un synonyme de dialogue est conversation ; or, si l on peut dire «dialogue de sourds», on ne dit pas «conversation de sourds». Un dialogue existerait donc toujours alors qu il ne serait rien d autre que la juxtaposition de deux monologues ; par contre, une conversation ne pourrait exister qu en tant qu échange, avec des spécificités propres. En fait, une conversation est un échange interactif, les deux locuteurs participent à sa construction : ils ont une action réciproque. Dans le cadre de ce corpus, qu en est-il de l impact du destinataire dans la construction du message? Le message pré-enregistré donne des directives à l appelant et Internet a ses codes de conduite que l énonciateur même si, nouvel Internaute et ne se connaissant pas encore d interlocuteur se doit de connaître et respecter s il souhaite être entendu et accueilli au sein de la communauté virtuelle. Nous y reviendrons également Deux modes de communication spécifiques De nos jours, ère d informations, d échanges et de recours à de multiples banques de données, l isolement individuel et corporel est de plus en plus grand : nous nous parlons par l intermédiaire d écrans, de combinés ; en l occurrence : le téléphone et les répondeurs téléphoniques ainsi que l ordinateur (mails, news groups). Ces modes de communication tout à fait particuliers s effectuent principalement d individu à individu, de manière indirecte et très souvent différée 36. D autant plus dans le cas de messages pré-enregistrés (le 36 N.B. : Il y a l aspect convivial du fax, de l informatique et du téléphone qui valorisent aussi le direct. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 22
23 destinataire étant sensé être absent même si présent il agit comme tel dans le souhait d effectuer le «tri» des messages qui lui parviennent) et de messages lancés sur Internet à tout un chacun. Ces deux types de messages ont en commun un/des destinataire (s) imprécis et indirect(s) ; particulièrement sur Internet où tout internaute est considéré comme un destinataire potentiel et prendra en toute indépendance la décision de répondre ou non. Nous présupposons que des procédures originales de communication se créent du fait des formes d expression spécifiques requises par ces nouvelles méthodes car il s agit bien de transmettre un message sans interlocuteur direct, uniquement par le biais de la voix (mots employés, syntaxes particulières, ton), de l écrit ou de la dactylographie. Dans les situations de création d énoncés que nous avons relevées, il n y a pas de méthode préconisée ou de marche à suivre proposée. Chaque émetteur doit innover ou ne peut qu essayer de s inspirer de ce qui existe déjà ; par exemple, certains semblent reprendre la structure de la correspondance commerciale. En fait, qu en est-il? Nous nous sommes proposé de le déterminer par la description commentée de ces nouvelles communications orales et écrites que sont les transmissions de messages par répondeur téléphonique et par ordinateur sur Internet. Pour ce faire, il s agit d effectuer une analyse logique du corpus c est-à-dire du «procédé d analyse de la phrase fondé sur le postulat que les énoncés réalisés comprennent chacun deux parties, l une qui est le corrélatif du procès, le dictum, l autre par laquelle le sujet parlant exerce une intervention (pensée, sentiment, volonté) sur le dictum ; c est la modalité. 37» Dès lors, nous avons effectué tout d abord l analyse externe du corpus en le contextualisant par l explicitation de la procédure de collationnement ainsi que de l origine des messages et des procédures suivies pour les obtenir. Ensuite vient la description interne du corpus c està-dire de l énoncé et de l énonciation ou de l objet fabriqué et de la 37 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 23
24 manière dont il a été fabriqué autrement dit : la réalisation de l acte de parole 38 et la production individuelle d une phrase dans des circonstances données de communication 14. In fine, nous procéderons à l analyse conversationnelle Sous le regard des auteurs Le schéma de la communication Ferdinand de Saussure A ce point de notre exposé, il devient incontournable de parler de Ferdinand de Saussure dont le Cours de linguistique générale reste un apport essentiel dans l'analyse du langage et de la communication humaine. Quelques précisions s'imposent. La terminologie de Ferdinand de Saussure présente le signe linguistique comme l'association d'un signifiant et d'un signifié. Le signifiant est une image acoustique c'est-à-dire une suite de sons constituant l'aspect matériel du signe (aspect phonologique). Le signifié est un concept ; c'est le contenu du signe linguistique ; ce qui lui donne un sens. Voir Tableau 2 "Un concept donné déclenche dans le cerveau une image acoustique correspondante (phénomène psychique) ; puis le cerveau transmet aux organes de phonation une impulsion corrélative à l'image (processus physiologique) ; les ondes sonores se propagent alors de 38 Bibliographie 74 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 24
25 la bouche de A à l'oreille de B (processus physique) ; enfin, le circuit se prolonge en B dans l'ordre inverse : de l'oreille au cerveau, transmission physiologique de l'image acoustique ; dans le cerveau, association psychique de cette image avec le concept correspondant. Si B parle à son tour, son cerveau donnera aux organes de phonation une impulsion, et le processus suivra par les même phases successives que le processus précédemment décrit. ( ) C'est donc au niveau du cerveau que se déroulent les opérations d'encodage (NDLR : de perception) et de décodage (NDLR : de traitement), le cerveau jouant le rôle à la fois de l'émetteur et de récepteur du message." 39 Le «signifiant» et le «signifié», le son et le sens, le phonème et le morphème, la plus petite unité dépourvue de sens et la plus petite unité pourvue de sens ; autrement dit : la double articulation du langage. Ces deux éléments réunis forment un élément constitutif de la langue : une désinence (-ait), un affixe (re-), un radical (dis-), un mot (redisait). "Une définition au moins peut assez facilement s'autoriser du texte saussurien, qui consisterait à voir dans la langue un instrument utilisé par les individus pour se transmettre des informations." 40 Bien plus que cela, il nous semble que et en cela précurseur de Jakobson Saussure nous présente un processus communicationnel complet. Un contenu (signifiant + signifié) est élaboré par le cerveau, l orateur s exprime, le message voyage par le biais d un canal, le récepteur entend, «enregistre» et comprend l information. Ensuite, dans le cadre d un échange tout à fait interactif, il élabore sa réponse et la transmet en retour par le même canal et selon le même processus. Voir Tableau 3 39 Bibliographie Bibliographie 27, p 64 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 25
26 L'analyse d'une langue ne peut être réalisée qu'à partir d'un nombre représentatif de réalisations individuelles personnelles de la langue c'est-à-dire la parole, organisée par et pour la communication. L analyse que nous effectuons ne porte bien évidemment pas sur l ensemble de la langue pour autant que cela soit d ailleurs réellement possible, dans l absolu, au vu du nombre de productions individuelles ainsi que de l évolution synchronique et diachronique permanente de l objet observé mais sur un corpus déterminé reprenant des réalisations en nombre limité certes mais qui nous ont paru néanmoins représentatives d un type particulier de communications à un moment donné Roman Jakobson Les différentes situations de mise en œuvre, de «mise en action» du langage se font au sein d actes de communication : communiquer, faire passer un message, rendre compte de. Tout un chacun, de nos jours, dès qu il s intéresse un tant soit peu à la notion de communication entend parler du «Schéma de la communication» de Jakobson. Nous pourrions même dire qu il s agit d une information de notoriété publique. Le schéma de la communication s est construit «historiquement» ; nous en reparlerons plus loin mais Jakobson en a présenté une vue synthétique qu il nous semble tout à fait opportun de reprendre à cette étape de notre travail. Voir Tableau 4 JAKOBSON décompose le processus de communication en tenant compte d'éléments tels que les intervenants qui sont identifiés en tant qu émetteur et récepteur, le canal par lequel le message est transmis, le code commun aux intervenants, le message en lui-même et le contexte dans lequel la communication est réalisée. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 26
27 Dans son étude du langage, Jakobson a non seulement mis en évidence l'importance des six éléments constitutifs de la communication mais également celle des six fonctions du langage en regard. Nous y reviendrons plus avant en temps voulu. Les DESTINATEUR et DESTINATAIRE sont à l'origine et à l'aboutissement du processus de communication ; au sein d une conversation, ils alternent ces deux rôles. Dans notre corpus, si le destinataire téléphonique apparaît quelque peu dans les messages préenregistrés, il reste inconnu dans les messages repris sur Internet. Le CONTEXTE renvoie à une réalité commune aux interlocuteurs. Pour ce qui concerne l espace-temps, les interlocuteurs téléphoniques n ont pas nécessairement un espace physique proche car il est possible de communiquer par téléphone d un bout à l autre de la planète ; de plus, le temps qui s écoule initialement entre l enregistrement du prémessage, son écoute et l enregistrement de la réponse, de même que celui qui s écoule in fine entre cet enregistrement et sa réception ainsi que son écoute par le destinataire peuvent être tout à fait variables. Quant aux internautes, il s agit de ce qu il est dorénavant convenu d appeler une réalité «virtuelle» : l espace est celui de la terre dans sa totalité ou celui du lieu forum de rencontre ; le temps est «décalé» : - parce qu on se trouve dans un autre fuseau horaire que son interlocuteur, - parce que le message parvient à qui de droit seulement lorsque l on se connecte tout un chacun ne l étant pas nécessairement en permanence ou lorsque l on aborde un forum de discussion précis. D autres éléments du contexte peuvent intervenir. Certains impliquent des considérations sociales qui nous l avons précisé ne peuvent être abordées que de manière limitée dans le cadre de ce travail ; néanmoins, le comportement linguistique des intervenants pourra nous Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 27
28 éclairer partiellement à ce sujet comme nous le verrons plus loin 41 y compris au sujet du contexte culturel plus ou moins commun aux différents intervenants. Le MESSAGE est le contenu de la communication, son objet à la fois en tant que forme et substance ; nous compléterons ce point tout à l heure. Le CODE est commun aux interlocuteurs. «Un code peut être formé de signaux de différentes natures, soit de sons (code linguistique), soit de signes écrits (code graphique), ou de signaux gestuels (mouvements des bras d un homme qui tient un drapeau sur un bateau ou une piste d aérodrome), ou de symboles comme les panneaux de signalisation routière, ou encore de signaux mécaniques comme les messages tapés en morse, etc. 42» En l occurrence, pour ce qui nous concerne, le code prend soit une forme orale, soit une forme écrite. Le CONTACT se réalise par l'intermédiaire d'un canal physique et d'une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire. Le canal physique sera, d une part, l appareil téléphonique et ses branchements connexes, d autre part, l ordinateur comprenant également les connexions téléphoniques et le réseau d Internet. Quant à la connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire, il y a, lors de sa réception, un traitement du message par le cerveau, de façon à ce que le message de réponse soit adapté à celui reçu. Des problèmes peuvent néanmoins surgir : capacités des auditeurs, interférences, quiproquos ; nous y reviendrons également. 42 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 28
29 Jakobson et ses précurseurs La communication implique donc de nombreux éléments : la langue, la norme, les interlocuteurs, le message, le contact, le code commun, la culture, les références sociales, les divers supports. Le propos de la linguistique est à travers l'étude de réalisations individuelles de retrouver ce qui est commun à tous les locuteurs et constitue une langue (parlée ou écrite) et même d aller au-delà en essayant de retrouver ce qui pourrait être commun à toutes les langues. Et, à l inverse, ce qui fait la particularité d une langue, d une culture, et qui relève donc de la sociolinguistique. Quant au propos de notre étude, il est de préciser tant ce qui est commun aux «téléphonistes» et aux internautes que ce qui les différencie. Nous avons vu que le schéma de la communication de Roman Jakobson présente des intervenants (l'émetteur et le récepteur), un canal de transmission du message, un code commun aux intervenants, le message et son contexte d élaboration. Si, dans son étude du langage, Jakobson a mis en évidence l'importance de ces six éléments constitutifs de la communication, il a également fait état de fonctions du langage en regard. Plusieurs auteurs précédèrent JAKOBSON dans l'analyse de fonctions du langage 43 et proposèrent des approches diverses : - La fonction d'expression fut présentée par WUNDT (1902). - JANET puis OMBREDANE définirent une hiérarchie des niveaux fonctionnels. - OMBREDANE (1939/1944) parlait d'usages : o affectif (cri, interjection, exclamation ), o ludique (jeux d'assonance ), o pratique (ordre et défense), o représentatif (description et information), o dialectique (argumentation et raisonnement). 43 Bibliographie 17 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 29
30 - PIERCE puis MORRIS (1946) fixaient trois niveaux dans la sémiotique générale c'est-à-dire la théorie générale des signes et de leur articulation dans la pensée : o le niveau syntaxique (combinatoire des signes), o le niveau sémantique (liaison signe-référence), o le niveau pragmatique (relations entre le message et ses utilisateurs) - «Le modèle traditionnel du langage, tel qu'il a été élucidé en particulier par Karl BÜHLER, se limitait à ces trois fonctions émotive, conative et référentielle les trois sommets de ce modèle triangulaire correspondant à la première personne, le destinateur, à la seconde personne, le destinataire, et à la troisième personne» proprement dite le «quelqu'un» ou le «quelque chose» dont on parle.» 44 Karl BÜHLER (1933) relevait donc trois fonctions : o la fonction émotionnelle ou expressive (message = symptôme, état du locuteur), o la fonction conative (le locuteur modifie par son message le comportement du destinataire), o la fonction référentielle (le message se rapporte à un signifié dans l'environnement) ; - enfin, SKINNER (1957) parlait du conditionnement opérant du langage et du caractère interpersonnel des conduites où le comportement verbal est renforcé par la médiation d'une autre personne (destinataire), les conduites verbales sont renforcées par leurs conséquences spécifiques ("mands" : demandes, commandements) et la réponse est contrôlée par un stimulus verbal (comportement en écho, stimulus objet externe <tact>, auditoire). Pour ce qui concerne Jakobson, six fonctions peuvent être identifiées. 44 Bibliographie 34, p 216 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 30
31 Voir tableau 5 - La fonction expressive ou émotive correspond à l'expression des sentiments de l émetteur. - La fonction référentielle ou cognitive ou dénotative est centrée sur le contexte. - La fonction poétique concerne plus particulièrement les procédés relatifs aux œuvres artistiques mais peut se retrouver dans une analyse plus générale. - La fonction phatique a pour rôle de créer et de maintenir le contact entre les interlocuteurs. - La fonction métalinguistique utilise le code pour parler du code. - La fonction conative relève de l'injonction ou de l'impératif : action du locuteur sur l'interlocuteur. Aussi diverses qu'aient pu être les approches de ces différents auteurs, il semble néanmoins qu'elles se rejoignent en plusieurs points. En effet, lorsque nous comparons les éléments de la communication proposés par Jakobson, nous pouvons relever de nombreux éléments communs. Voir tableau 6 Pour certains linguistes, la fonction première du langage est expressive, l'objectif de la communication étant la transmission d'informations. S'y ajoutent alors les fonctions impérative (ou injonctive) et expressive. Les fonctions telles que les présente Jakobson synthétisent au mieux toutes ces approches antérieures et font partie essentielle d'une description exhaustive d'un acte de communication. Voir tableau 7 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 31
32 "La diversité des messages réside non dans le monopole de l'une ou l'autre fonction, mais dans les différences de hiérarchie entre cellesci. La structure verbale d'un message dépend avant tout de la fonction prédominante. Mais, même si la visée du référent, l'orientation vers le contexte bref la fonction dite "dénotative", "cognitive", référentielle est la tâche dominante de nombreux messages, la participation secondaire des autres fonctions à de tels messages doit être prise en considération par un linguiste attentif." 45 Précisons également que les éléments constitutifs du schéma de la communication peuvent avoir des appellations diversifiées : - L'émetteur est aussi l'allocuteur, le destinateur, l'encodeur, le locuteur, le sujet parlant. Il est concerné par la fonction émotive, expressive. - Le récepteur est l'allocutaire, le destinataire, le décodeur, l'interlocuteur, l'auditeur. Il relève de la fonction conative. - La transmission du message nécessite un code commun (fonction métalinguistique) où interviennent des contraintes cognitives, affectives, idéologiques, socioculturelles, des normes langagières ou sociales (adaptation à la situation sociale, groupes de référence), une position pro- ou anti-normative, le rôle choisi par l'émetteur. - Le contact (fonction phatique) se fait par l'intermédiaire d'une connexion psychologique (limites, erreurs) et d'un canal physique qui a également ses contraintes (téléphone, ordinateur/internet). - Le contexte (fonction référentielle ou cognitive ou dénotative) a toute son importance car il est le référent, la réalité commune aux intervenants. Il peut être temporel, social, culturel et comportemental. Il implique une interactivité car l'image du destinataire peut influencer l'élaboration du message. - Le message (fonction poétique) en tant que contenu, transmission d'informations et formulation (buts). 45 Bibliographie 34, p 214 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 32
33 Voir Tableau 8 Le schéma proposé reprend la présentation du processus de communication telle que la préconise Roman Jakobson ; nous y avons intégré toutes les appellations synonymiques des éléments constitutifs ainsi que positionné les fonctions déjà explicitées auparavant qui y correspondent. Si nous reprenons, fonction par fonction, ce schéma de la communication et l appliquons à notre corpus, chacune d entre elles recevra son quota d exemples et expressions spécifiques. 1) La fonction expressive ou émotive est liée au locuteur pour ce qui concerne l expression de sentiments et intentions : «On vous aime très fort et on vous souhaite tous un Joyeux Noël.» «( ) j ai rarement eu un contact aussi chaleureux avec des gens que j ai jamais rencontrés. Alors je voulais vous dire à vous Yves et à vous Marianne que je vous aimais très fort et sans savoir vous m avez beaucoup aidée. Et quand j allais vraiment pas bien et quand j étais vraiment mal avec la chimio, c est une chimio ambulatoire, et quand j allais vraiment mal, il suffisait que je vous entende à 13 heures pour que j aille déjà beaucoup mieux et je vous jure que c est vrai.» «J adore ce coin de pays.» «Québec est une superbe Province, francophone, où il fait encore bon vivre, et où les qualités premières des gens sont : la tolérance, la chaleur humaine, en un mot la convivialité.» «Si une personne a une suggestion à faire, elle est vraiment la bienvenue.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 33
34 2) La fonction référentielle concerne le contexte dans lequel la communication s élabore et se réalise : «Ben voilà, heu, en fait je me suis trompée de numéro. Je voulais appeler l animateur et paf! je suis tombée sur le répondeur.» «Je téléphone pour dire la réponse de la question.» «Ceci est un essai de l installation de l alarme-incendie, veuillez continuer vos activités, s il vous plaît. Merci.» «Bonjour, Voici mon problème : Je possède une Sun Sparc 5 avec Solaris 2.4. Je voudrais installer un deuxième disque avec Solaris 2.5, pour pouvoir booter alternativement l un ou l autre. Est-ce possible, et quelle est la manip à faire? Merci d avance.» «Je travaille sur une SGI qui dialogue avec un serveur de mail utilisant le protocole POP3. C est donc ce protocole que j utilise pour lire mon mail sur la SGI. J aimerais savoir si» «Après avoir essayé (vainement d installer Majodormo (désolé Brent) je me retourne vers List-Serv (moi aussi) et voici que le truc compile très mal (sous Linux et ). Ton expérience en la matière DOIT pouvoir me servir 3) La fonction poétique est liée au type de formulation, au style du message : «Ceci est un essai de l installation de l alarme-incendie, veuillez continuer vos activités, s il vous plaît. Merci.» «Madame Brigode Sonia pourrait-elle prendre contact avec le secrétariat du service médical au 41/74. Merci. Au revoir.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 34
35 «Après Jean-Claude Vandamme, après Sylverster Stalone, voici Didier Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allo, allo.» D autre part, dans la troisième partie, nous analyserons une série de message d internautes (en tout ou en partie) où l émetteur procède à des choix de styles d écriture tout à fait particuliers. Cela peut aller de formulations à caractère humoristique (autodérision, emploi d un accent «typé», déclarations pseudo-philosophiques, participation aux newsgroups de «spécialistes» de l humour, la dévalorisation d autrui, dérision, moquerie pure et simple) à l emploi de procédés stylistiques (jeux de mots, références contextuelles liées aux moyens de communication, au canal transmetteur, interpellation du locuteur, mise en scène ou mise en situation, style emphatique) en passant par l expression d un état d esprit personnel (émotivité, agressivité) ou l emploi d éléments affectifs et/ou évaluatifs. D autres marques linguistiques se présenteront également qui portent sur l insistance, la polémique, le self-contrôle, l image de l autre, l interpellation, la critique, la dévalorisation, le niveau culturel et social, les insultes, les menaces, la politesse, l irritation, l inquiétude, l agressivité. Il arrive que le locuteur fasse usage de procédés tels que la mise en scène ou un emploi particulier de la ponctuation. 4) La fonction phatique est celle du contact et/ou du maintien de ce contact entre les interlocuteurs : «Jean, Patricia, c est Jean-Marie. Est-ce que vous êtes là?» «Tu fais déjà dodo, Patricia? Houhou.» «Bonjour aux cybernautes.» «Voilà. Si tu as d autres questions, n hésite pas, ici ou en mail.» «Mais parlez-moi de vous, je ne manquerai pas de vous répondre.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 35
36 5) La fonction métalinguistique est «en-dehors», «au-delà» ; elle correspond aux moments où l énonciateur utilise le langage pour parler du langage : «Allons, allons. Calmons-nous. Les news sont faites pour discuter, pas pour s étriper en public. Et la discussion, c est écouter les arguments de l autre, tenter de les comprendre. Alors quand l argumentation finit par tourner au «c est pas moi c est lui» / «non c est pas vrai c est lui», on arrête les frais, non?» 6) La fonction conative concerne l action recherchée par l émetteur sur le récepteur : «Allo, décrochez, c est moi! C est quelqu un! A tantôt.» «Allons, allons. Calmons-nous. Les news sont faites pour discuter, pas pour s étriper en public. Et la discussion, c est écouter les arguments de l autre, tenter de les comprendre. Alors quand l argumentation finit par tourner au «c est pas moi c est lui» / «non c est pas vrai c est lui», on arrête les frais, non?» Nous anticipons quelque peu en le notant ici mais quels que soient la fonction ou les choix du locuteur, l analyse d une situation interactive de la communication peut également bénéficier de l apport de la sociologie et de notre point de vue surtout celui de Goffman. Nous ne reviendrons pas en détail sur l apport spécifique de la sociologie déjà explicité précédemment mais précisons qu il s agira essentiellement de prendre en considération la théorie des faces : «sauvegarder la face», «ne pas faire perdre la face à autrui». Dans le même ordre d idée, nous prendrons également en compte l apport de John Langshaw Austin au sujet des choix locutoires, illocutoires ou perlocutoires de l émetteur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 36
37 William Labov Pour Labov, «l'hypothèse fondamentale est (...) que la variation linguistique est un trait pertinent du système de signes appelé «langue», et qu'en tant que telle, elle est nantie d'une fonction dans la communication.» 46 Et cette fonction, nous espérons pouvoir la définir au travers d une analyse conversationnelle de notre corpus. Notre propos est donc de décrire les éléments de cette variation linguistique dans le cadre du processus interactionnel ; le locuteur élabore son message sur base de ses normes personnelles (intériorisées ou non), de ses intentions, mais également en fonction des caractéristiques réelles ou supposées de son interlocuteur. Les performances langagières les énoncés créés et formulés par les énonciateurs sont caractéristiques de temps, lieux et milieux très divers. Cependant, «(...) les gens qui parlent un même idiome sont obligés d'avoir recours approximativement aux mêmes sons, aux mêmes mots, aux mêmes constructions de phrase. (...) Pour exprimer notre pensée, nous choisissons, dans la mesure où les règles du langage nous le permettent, les moyens d'expression conformes à notre caractère, à la situation présente, à l'impression que nous voulons produire (...)» 47 «Le discours ne peut jamais contenir que des signaux, qui avertissent l'auditeur d'explorer dans une certaine direction l'univers sémantique commun aux interlocuteurs.» 48 Une approche détaillée du contenu de l'énoncé et de la forme de l'énonciation favorise la compréhension du message et à l'encontre de Jakobson déclarant que l' «étape initiale de tout acte de parole l'intention de l'émetteur échappe encore à toute analyse précise.» 49 nous pensons que le message comporte des «marques» conscientes ou non 46 Bibliographie 11, p Bibliographie 75, p Bibliographie 26, p Bibliographie 34, p 131 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 37
38 susceptibles d'informer plus avant sur les intentions de l'émetteur. En atteste le travail en psychologie où l'analyste relève des éléments significatifs dans le «dit» du patient alors que le patient lui-même en est incapable. «(...) parler, c'est sans doute échanger des informations ; mais c'est aussi effectuer un acte qui prétend transformer la situation de l'allocutaire, et modifier son système de croyances et/ou son attitude comportementale.» Christian Baylon Selon Baylon 51, une analyse sociolinguistique du message bénéficie d'une double approche : celle du linguiste, en fonction des éléments de première et deuxième articulations, de la sémantique, de la syntaxe, de l'intonation ; celle du sociologue, concernant l'intention du locuteur, le but du message, le rapport entre le locuteur et l'auditeur, l'état, l'institution. Il s'agit de procéder à la description séparée des structures linguistique et sociologique puis de les confronter ; d'effectuer l'analyse de corpus composés en fonction d'un temps, d'un lieu et d'un milieu précis, l'objectif poursuivi étant la description de la performance de l'émetteur en tenant compte de ses caractéristiques sociales (milieu, profession, famille). L'émetteur communique par l'intermédiaire de la parole ou de son support (téléphone, message radio). L'observation sociolinguistique porte sur la performance car le langage est analysé par l'intermédiaire des réalisations individuelles où l'être humain parle une langue qu'il connaît. "Connaître une langue, c'est produire et comprendre des phrases bien formées appropriées à une situation particulière. C'est connaître à la fois : - un ensemble de règles qui permettront de construire ou de reconnaître une infinité de phrases grammaticalement correctes, 50 Bibliographie 11, p Bibliographie 8 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 38
39 d'interpréter celles d'entre elles qui sont douées de sens, de déceler des phrases ambiguës... - un ensemble de règles psychologiques, culturelles et sociales qui commandent l'utilisation des phrases de cette langue dans un cadre social, de convention qui règle le fonctionnement normal des échanges verbaux dans une interaction de communication." 52 L'humain, objet social, produit d'une socialisation, possède et utilise un idiolecte qui, quoique personnel, se réfère à des normes langagières ou sociales. Les règles à respecter sont donc de deux niveaux : les règles normatives grammaticales et celles, tout aussi contraignantes et normatives, liées au domaine psycho-social. "(...) il existe une corrélation entre le choix de telle ou telle variante (...) et les caractéristiques sociales du locuteur." 53 Le langage choisi par le locuteur correspond à un choix grégaire car non seulement l humain est un être social mais au sein d une société déterminée il se voit en tant que membre d un groupe spécifique auquel il s identifie et dont il prend les marques linguistiques propres. "L'hétérogénéité sociale a pour corollaire l'hétérogénéité linguistique." 54 La référence à un groupe social déterminé, le rôle que l'émetteur entend jouer dans la relation de communication ainsi que le cadre normatif incitent le destinateur à employer un mode d'expression particulier : dialecte régional, dialecte social, langue nationale, jargon, argot, termes de métier, etc. Le code adopté par l'émetteur comporte des règles invariables communes à tous les utilisateurs d'une même langue (la grammaire) et des règles variables facilitant l'adaptation à chaque situation sociale (styles surveillé, familier ou spontané, registres de la parole ou niveaux de langue). Nombre de messages comportent à la fois des salutations introductives (Salut à tous / Salut / bonjour / Bonjour et bonne année / 52 Bibliographie 8, p Bibliographie 11, p Bibliographie 8, p 74 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 39
40 Bonjour aux cybernautes / bjr) et conclusives (Bon courage / bonne chance / à+ / bonne journée / bye bye / à bientôt / bon chant / merci / merci d avance / amicalement / bien amicalement / voilà / cheers / amitiés / itou (cf.. amicalement) / à plus / ciao / cordialement / bien cordialement). Il existe même un «Savoir-vivre des utilisateurs de messagerie» : «Le courrier électronique peut être comparé à un hybride entre un appel téléphonique (ou une messagerie vocale) et une lettre. Il est rapide et généralement informel, mais également écrit, plutôt que dit. ( ) Lorsque vous recevez un message si choquant qu il vous donne envie d y répondre sur-le-champ, mettez-le de côté quelques instants. L expéditeur du message a probablement mal évalué ses propos. ( ) Lorsque vous écrivez votre message, gardez à l esprit que son destinataire n a aucune idée de ce que vous aviez l intention de dire, mais uniquement de ce que vous avez dit. Les petites allusions sarcastiques et pointes d ironie sont à éviter, car elles se transforment très souvent à l arrivée en propos déplacés, voire ridicules. ( ) Vous pouvez vous aider de la combinaison des trois signes (procédé humoristique appelé smiley) qui signifie c est une plaisanterie. ( ) N allez pas croire que le courrier électronique se doit d être totalement dénué d humour. Néanmoins, en attendant de maîtriser vraiment l humour écrit, restreignez-vous. 55» Il arrive que le recours à un style dit «commercial» facilite l énonciation de nouveaux utilisateurs en mal de repères communicationnels et ayant le souhait de caractériser leur formulation par le choix de formes généralement qualifiées de courtoises, polies ou relativement neutres et comme nous l avons déjà explicité précédemment par conséquent vidées de toute sentimentalité et quelque peu distantes (Nous vous prions de remettre / Puis-je vous demander de me tenir au courant / Je me permets d'intervenir / Je ne manquerai pas de vous répondre / Nous serions contents de pouvoir converser / Je me suis permis de vous transmettre le message / 55 Bibliographie 72, p 75 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 40
41 Est-ce que M. aurait la gentillesse de ne pas oublier de m'envoyer ). Le statut subjectif ou socio-économique d'une personne, son prestige, son pouvoir, ses groupes de référence positive ou négative (hypercorrection de la petite bourgeoisie), ses fonctions et attitudes en rapport avec la différenciation sociale (groupe, catégorie, sociolectes, classes), ses choix moraux impliquent une prise de position pro- ou antinormative. Comme pour ce message téléphonique «musical» précédé d un extrait de musique Hard Rock «Tu vois le matin, ça aide hein.» ; ou les formulations d Internautes dont nous avons déjà parlé où l humour, l ironie, l énervement sont très marqués. Baylon compare les points de vue de Labov et Bourdieu. Labov préconise une répartition des règles en tant que normes cachées (voilées) ou manifestes et normes stigmatisées ou acceptées : si la norme sociale est intégrée dans l inconscient des sujets parlants, leur système de valeurs est pour sa part tout à fait conscient et reste du domaine des choix volontaires des (inter)locuteurs. Bourdieu parle de structures intériorisées (habitus) élaborées suite à de nombreux réflexes remodelés au gré des expériences. La forme de l'habitus varie d'un milieu social à l'autre, la norme linguistique étant un aspect des normes sociales 56 : régulatrice du comportement collectif, soumise au changement car liée à une époque historique (caractère arbitraire et relatif de la norme), moyenne (la langue sans les écarts), norme d'usage, modèle à imiter donc norme prescriptive, registre de prescriptions écrites (officielles), contrôlée et dirigée de l'extérieur. S y intègrent tout à fait entre autres emplois le «Savoir-vivre des utilisateurs de messagerie» de même que l usage du style commercial et des salutations introductives et conclusives. Autant Labov que Bourdieu considèrent que tout ou partie des normes paraissent si évidentes à tout un chacun, semblent si totalement «aller de soi» que les énonciateurs d une culture donnée en arrivent à ne 56 Bibliographie 8, chapitre 16 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 41
42 plus avoir clairement conscience que certaines de leurs normes ont été acquises à moment donné de leur existence et sont bien des normes spécifiques à une société donnée, à une époque donnée, et non pas des normes universelles et intemporelles. Baylon est favorable à une répartition des règles mais : - par rapport à la situation de discours en tant que norme relative ou situationnelle et norme absolue ; - par rapport au nombre de locuteurs (individuelle ou sociale autrement dit collective, commune) ; - par rapport à la validité en tant que norme prescriptive et idéale ainsi que norme statistique ou norme d'usage. "C'est donc l'existence de la norme qui unifie la communauté, qui constitue sa structure sociolinguistique, sous les deux formes définies par Labov, la "norme objective" de la stratification sociale et stylistique, et la "norme évaluative" acquise très tôt par l'enfant, de façon active par la correction puis par intériorisation." 57 La norme composée d éléments conscients et inconscients est le ciment du groupe social : «un système d instructions définissant ce qui doit être choisi parmi les usages d une langue donnée si l on veut se conformer à un certain idéal esthétique ou socio-culturel» 58. "La stratification sociale de la langue est d'une importance certaine pour la théorie linguistique qu'elle interpelle sur plusieurs points : la forme de la grammaire d'une langue, le problème de la variation de la signification, la remise en question de la distinction langue/parole." 59 "Langue ou compétence sont supposées contenir les traits d'une langue commune à tous les locuteurs, le savoir qu'ils doivent partager pour utiliser la langue de façon appropriée. Mais, nous l'avons vu, les locuteurs partagent bien plus que de simples jugements grammaticaux. Ils ont aussi un savoir passif qui leur 57 Bibliographie 8, p Bibliographie Bibliographie 8, p 107 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 42
43 permet de reconnaître et d'interpréter d'autres variétés de langues, variétés de classes sociales, et un savoir actif qui leur permet d'adapter leur propre syntaxe, phonologie et lexique aux différents thèmes, situations, publics, en d'autres termes, ils ont une compétence de communication, commune à tous les membres d'une communauté linguistique, qui englobe la variation sociolinguistique. Une théorie linguistique adéquate devrait être capable de rendre compte de cette capacité des locuteurs natifs." 60 La compétence d'un locuteur est liée aux connaissances qu'il a intériorisées quant aux règles langagières lui permettant à la fois de reconnaître, comprendre et construire tous les énoncés qu'il souhaite. Lorsqu'il crée effectivement un énoncé, il montre la performance dont il est capable dans un acte de communication précis. Baylon pose également la question de savoir s'il est utile de différencier la langue et la parole, c'est-à-dire d'opposer l'unité à la diversité, le dessein à l'exécution car l'unité et le système dans la parole sont une hétérogénéité ordonnée et la diversité dans la langue est synonyme d'une variation inhérente. Voilà qui est symptomatique d'un apport primordial de la sociologie à une linguistique exhaustive. Le choix d un moyen de communication n est pas neutre ; il est entièrement lié à un besoin essentiel de l humain : faire partie d un groupe, d une société donnée. De nos jours, l emploi du téléphone est tout à fait rentré dans les mœurs jusqu à nous envahir par le biais des GSM. Devenu un outil de communication banal, le téléphone a repris une étiquette valorisante dès ses premières apparitions sous sa forme portable ; nous avons tous eu l occasion d admirer ses premiers bénéficiaires nous faisant profiter de l ensemble de leurs conversations en n importe quel lieu et à n importe quel moment (et pour certains cette «mode» est loin d être finie). Il est même devenu indispensable auprès des adolescents qui sont grands créateurs de SMS. Une analyse linguistique intéressante nous semble-t-il 60 Bibliographie 8, p 109 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 43
44 serait celle de ces nouveaux messages avec création de termes tout à fait spécifiques mais, c est un autre sujet. Par contre, pour ce qui concerne Internet, l usage n en était pas aussi répandu il y a peu d années encore et a même pris quelque temps à s étendre en Wallonie ; dans les années nonantes, période de relevé des énoncés, il était encore tout à fait confidentiel ce qui ne facilita pas la constitution de notre corpus. Aujourd hui, il rencontre un succès grandissant non seulement auprès des jeunes internautes mais également des adultes car il favorise tout autant la recherche d information que les rencontres et les contacts. Grâce à Internet, l isolement de certains peut tout à fait être rompu. Malgré les limites de notre corpus, nous pensons que des marques linguistiques liées au social devraient apparaître et nous permettre de différencier ce qui appartient à ce domaine et ce qui reste individuel et spécifique à un seul être. La question se pose cependant de pouvoir identifier ces marques linguistiques. De quel ordre sont-elles? Tout énoncé comporte deux plans : le signifiant et le signifié ; le son et le sens. La double articulation du langage est une spécificité de la communication humaine. Quelles seront donc les considérations probantes pour notre travail? Baylon parle de conversation et interaction sociale en précisant que: Les "locuteurs commencent par les informations qu'ils considèrent comme les plus importantes (familières, thématiques, attendues) pour les auditeurs, et passent ensuite à des informations qu'ils croient moins importantes." 61 Il préconise de procéder tout d'abord à la recherche du sens de la phrase énoncée, de passer ensuite à la description du contexte (linguistique et extralinguistique) pour conclure avec la représentation du principe coopératif entre les locuteurs en tenant compte de quatre catégories de maximes de la conversation : quantité, qualité, relation, manière. D ores et déjà nous pensons qu une constatation s impose a priori : l énoncé se compose d un plus grand nombre d éléments qu il n est 61 Bibliographie 8, p 206 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 44
45 nécessaire pour exprimer le contenu de base du message ; prenons-en pour exemple la redondance et la «surenchère verbale» dont nous parlerons au point concernant les auxiliaires modaux en comparant les formulations de base et les formulations «auxiliées». Pour ce qui concerne le sens des énoncés, nous n anticiperons pas ici sur les thèmes et les termes du point auquel il suffit de se référer. Quant au contexte général de l énonciation, la seconde partie de ce travail permettra de le décrire suffisamment pour ne pas anticiper sur ce sujet. La manière concerne nous semble-t-il le style choisi par l énonciateur et, dans le même ordre d idées, la relation se concrétise dans le choix des salutations ainsi que dans les intentions du locuteur (cf. troisième partie) Henri Boyer Boyer 62 détaille ses principes et composantes. Le principe de pertinence de quantité ou d'exhaustivité car l'information donnée ne doit pas être ni trop abondante, ni trop pauvre. On peut parler de quantité maximale (parfois optimale dans un contexte donné) ; le principe de pertinence de manière car il convient d'être le plus clair possible ; le principe de pertinence de qualité car il ne faut rien dire qui semble faux (on sait que l'échange balance le plus souvent entre "ruse" et "véracité"). Qu en est-il de ces principes alors que nous ferons le constat de l introduction de «rajoutes» et de «longueurs» qui de prime abord ne font qu alourdir le message. La question du «Pourquoi en rajoute-t-on» est dès lors récurrente. 62 Bibliographie 14, P 57 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 45
46 Le principe de cohérence, règle de continuité de l'échange (d enchaînements déductifs). La règle de continuité ne peut être analysée en profondeur de par le type de messages retenus et du «non-enchaînement conversationnel» néanmoins, ils peuvent être formulés sur base d un pré-message comportant des indications plus ou moins précises permettant la structuration d une réponse : o «Bonjour, vous êtes bien au cabinet de kinésithérapie de Frédéric Bernier. Je suis momentanément absent. Si vous désirez que je vous rappelle à mon retour, veuillez laisser votre nom et numéro de téléphone après le bip sonore ou me rappeler après vingt heures à mon privé au 385/19/ /19/94. Merci.» o «Le Recours Belge, bonjour. Nos bureaux sont fermés. Après le signal sonore, veuillez dicter vos nom, adresse et numéro de téléphone. Nous vous rappellerons dès que possible.» o «Salut, vous êtes bien où vous savez, chez qui vous savez, alors dites ce que vous voulez après le bip sonore. Telou.» o «Bonjour, c est Martine. Je suis absente pour le moment. Laissez votre message et je vous rappellerai. Merci beaucoup. Bonsoir. Bonjour.» o «Bonjour. Daniel Courbet. Devant m absenter pour l instant vous êtes en communication avec mon répondeur téléphonique. Vous pouvez soit, après le signal, laisser un message, ou m envoyer un fax au 081/41/26/56. Voici le signal.» Le principe de négociation et de civilité, c'est-à-dire le respect des tours de parole, le ménagement de l'interlocuteur, la convenance. Ceci n est pas probant pour les raisons explicitées par ailleurs de l analyse d un corpus constitué de messages univoques. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 46
47 Le principe de légitimité du fait de paroles institutionnellement autorisées et de rapports de pouvoir (recherche de consensus). La hiérarchisation des relations ou rapports de pouvoir est apparente dans le choix des interpellations et salutations usuelles ainsi que dans celui du choix d un style dit «commercial». Pour ce qui concerne la recherche de consensus, elle se retrouve par exemple dans l utilisation des smileys ou dans la modalisation (emplois des formes infinitives et impersonnelles du point ). Les composantes sont réparties en : Une composante sémiotique relative au fonctionnement de la langue et autres systèmes signifiants : gestualité à l'oral, ponctuation à l'écrit. Notre corpus nous fournit en abondance des éléments de cet ordre par l emploi de la ponctuation (point ), des smileys ( ) et autres dessins ( ). Une composante référentielle concernant le territoire, le climat (situations antérieures)... tels que les emplois temporels que nous détaillerons ci-dessous. Une composante discursive-textuelle, interphrastique, dans la cohérence du projet argumentatif. Dans la structuration de tout texte, quel qu il soit, il importe de garder une structuration logique, d éviter de passer du coq à l âne et c est généralement le cas des énoncés constitutifs de notre corpus. Une composante socio-pragmatique relative à la norme et au comportement langagier (adaptation à la situation professionnelle ou sociale) comme les formulations particulières liées à l emploi des Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 47
48 salutations, des formules toutes faites (cf. correspondance commerciale). Une composante ethno-socioculturelle où s intègrent par exemple les recommandations faites aux internautes concernant la prudence dans la formulation écrite ou l emploi des smileys Alain Berrendonner Alain Berrendonner 63 aborde la notion de cohérence textuelle c'est-àdire : «de cohérence discursive et de propriété à deux valeurs (cohérent vs incohérent) affectée aux énoncés par les sujets parlants et représentant une norme à laquelle sont soumis les discours». Ce qui implique les exigences de progression, continuité, isotopie et absence de contradiction. Il s agit en effet, comme nous venons de l évoquer ci-dessus, d être cohérent avec son propre projet d énonciation : cohérent avec la double demande téléphonique, celle du répondeur téléphonique et celle de l appelant ; cohérent avec l intention sous-jacente à un souhait de premier contact et «adresse» à tout public sur Internet. L incohérence peut survenir lorsque la voix provient d un répondeur téléphonique et «désarçonne» l interlocuteur ; lorsque l énonciateur se montre moqueur ou ironique. Ce genre d attitude peut provoquer le rejet, le blocage de la communication car, dans certains chats sur Internet, un gestionnaire supervise les intervenants et éjecte les locuteurs trop agressifs, grossiers ou injurieux. 63 Bibliographie 11, p 106 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 48
49 Erving Goffman L'étude de l'interaction sociale a bénéficié de l'apport particulier d'erving Goffman 64 par la théorie des faces et son analyse des éléments non codifiés des conduites. «Goffman nous rappelle opportunément que ce que mettent en jeu les interactions, ce sont avant tout des relations interpersonnelles, ritualisées socialement.» 65 La société exerce un contrôle sur les actes de communication ; c'est un théâtre où chacun interprète un rôle : le souci de soi implique une interprétation conforme à l'ordre social qui (im-) pose ses limites : le fait de se conformer ou non à la norme est en lui-même expressif. Avant d aborder la théorie des faces et les principes de ménagement des faces, il nous faut expliciter les termes «territoire» et «face». La notion de territoire concerne : le territoire corporel et ses prolongements (sac...) ; l'ensemble des réserves matérielles (le «à moi») ; le territoire spatial (sa «place», son «chez soi») ; le territoire temporel (temps de parole) ; les réserves d'informations (jardin secret ). La notion de face est l' «ensemble des images valorisantes que l'on tente, dans l'interaction, de construire soi-même et d'imposer aux autres et à soi-même». Dans la relation sociale, l'enjeu est de sauver la face tout en ne la faisant pas perdre aux autres ; par exemple grâce aux règles de politesse, aux termes de bonne entente, au souhait de «sauvegarder la paix». Il s'agit alors d'effectuer un face-work permanent travail de figuration d'évitement et de réparation. 64 Bibliographie idem, p 171 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 49
50 D évitement pour ne pas empiéter sur le territoire d autrui car chacun met des limites, consciemment ou non, à ce qu il considère comme relevant de son «domaine privé», de ce qui lui est tout à fait personnel et «intouchable» et a le même regard par rapport aux limites de l autre. De réparation lorsque les limites ont été dépassées, que l interlocuteur a été ou pourrait avoir été «agressé», «blessé», «irrité» par l intervention du locuteur et que celui-ci souhaite rétablir un équilibre relationnel équitable. Pour sa part, Catherine Kerbrat-Orecchioni présente le point de vue de P. Brown et de S. Levinson pour lesquels il existe deux faces : l'une positive (l'image positive de soi et le souhait que ses désirs soient compatibles avec ceux d'autrui) ; l'autre négative (le désir de l'agent, ses actions, ses territoires réservés). Il existe également quatre menaces potentielles (face threatening acts). Les actes menaçants peuvent coexister dans un seul acte de langage et se répartissent en : Promesse, promissifs pour la face négative de celui qui les accomplit ; une offre ou une promesse sont contraignantes car elles doivent être tenues. De ce fait, l auteur d une promesse de rappel contenue dans un message pré-enregistré sur répondeur téléphonique se doit de la concrétiser. o «Vous pouvez laisser un message après le top sonore, je vous recontacterai plus tard.» o «Nous sommes absents pour l instant, mais vous pouvez laisser un message et nous vous rappellerons dès que possible.» o «Si vous voulez laisser un message, parlez après le signal sonore.» Aveu, excuse, autocritique, auto-accusation, auto-dégradants pour la face positive de celui qui les effectue ; Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 50
51 o «Bonjour, pour la deuxième fois aujourd'hui, en ligne Michèle, du fameux duel Michèle et Sonia.» o «Et bien, c'est la petite Juju qui vient au renseignement» o «Et puis le povre Eric devrait arrêter de fantasmer après tout, il m a jamais vue au fait, Fred, tu fais les t-shirts en XXXL?» Comportement dérangeant (cf. directifs d'austin et Searle : ordre, requête, suggestion) pour la face négative de l'autre ; nous prenons ce comportement en compte dans notre première partie au sujet des verbes injonctifs et de l emploi de la forme impérative. Critique, reproche pour la face positive de l'autre. o «Et champion d Europe!!! Comme le Milan AC!! Tu préfères quoi, un club qui gagne ou un club qui perd??? Allez va, tu me fais de la peine» o «Le neurone qui patine sans doute. Non, il essaye de faire dans le dédain et l humour glacé, mais comme il n est pas plus doué pour ça que pour le reste, ça tombe à plat.» «Étudier les moyens de sauver la face, c'est étudier les règles de circulation des interactions sociales.» 66 Les relations sociales impliquent des échanges où les conduites à tenir se caractérisent par leur normalité (ou non), leur prévisibilité et leur acceptabilité par l interlocuteur. "Goffman (développe) une approche interactionniste des phénomènes sociaux. (...) Une approche interactionniste raisonne (...) en termes d'actions réciproques, c'est-à-dire d'actions qui se déterminent les unes les autres dans la séquence de leur occurrence située, et en termes d'individus qui ne sont sujets que pour autant que leur identité subjective émerge de leurs interactions avec d'autres individus et avec leur environnement physique et social." Bibliographie 36, p idem, p 49 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 51
52 "Les partenaires sont contraints de se régler les uns sur les autres pour déterminer comment continuer ou enchaîner leurs actes de manière appropriée." 68 L'être social est "tiraillé" entre son individuation et les contraintes et restrictions de la norme (les contraintes de nature linguistique et les contraintes rituelles). En outre, la communication implique une interaction entre les interlocuteurs : on émet un message pour un destinataire et le sujet parlant oscille sans cesse entre ces exigences et le souhait de «sauver la face» autant que possible. Le face-work est primordial pour le maintien de l'interaction : il ne doit y avoir ni menace ni valorisation excessive de la face positive. La recherche d'équilibre pose un dilemme et demande la solidarité interactionnelle et la réciprocité où intervient entre autres le respect de certains rituels (variables selon les cultures, les sociétés, les types de problèmes évoqués ). Le rituel 69 pratique plus ou moins formalisée et la notion de réparation sont intimement liés au face-work. Le rituel peut tenir deux fonctions opposées : l'intégration (l'appartenance au groupe) ou, au contraire, la démarcation (la non-appartenance au groupe) ce qui implique l existence de normes prospectives (interdit de faire) et prescriptives (obligation de faire). Nous y ajouterons l'échange en tant que relation fonctionnelle car réparer, c'est créer un échange. «Ces actes conventionnalisés et formalisés représentent des techniques générales d'ordonnancement des situations sociales. L'activité rituelle (...) est d'abord fonctionnelle.» 70 et donc utilitaire «Le travail rituel consiste à valider, à confirmer un droit à la parole.» Bibliographie 36, p idem 70 idem, p62 71 idem, p 191 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 52
53 o «Jean, bonjour, c est Raoul. Est-ce que tu veux bien me rappeler au 51/06/61 ou sur mon portable au 075/70/69/03. Merci.» o «Bonjour Laura, quel est ton problème exactement, je serais ravi de te donner des conseils Pose-moi tes questions en [email protected]» 1.3. L approche linguistique Les limites d un travail linguistique André JOLY insiste sur les limites d'un travail linguistique : "Le linguiste ne travaille en général qu'à partir d'énoncés clos (du dit effectif) coupés de l'énonciation qui les a produits et le plus souvent empruntés à la langue écrite où sont gommées les traces du dire en mal de production du dit." 72 "C'est cette matière d'arrivée, résultat d'un acte d'énonciation complexe, qui est offerte à l'interprétation de l'allocutaire." 73 C est exactement le cas de notre corpus, car à l instar d André JOLY nous actons que la présente analyse s'élabore en effet sur base d'un corpus déterminé comportant les textes de messages transmis sur Internet ou retranscrits sur base d'enregistrements audio ; certains de ces derniers présentant bien entendu des hésitations, rectifications, spécifiques à la mise en œuvre de l'énonciation. Les conditions et le processus de celle-ci, bien que sous-jacents à toute communication, ne peuvent être définis que de manière indirecte et déductive en fonction des indications transparaissant dans le dit effectif. 72 Bibliographie 35, p 33 et idem, p 43 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 53
54 "Le dit effectif apparaît bien pour ce qu'il est en réalité, non plus comme l'"en-dessous" du dire, mais comme son au-delà. C'est ce qui demeure du langage une fois achevée l'énonciation. On conçoit qu'une linguistique qui s'en tiendrait au seul dit effectif et ne chercherait pas à prendre en compte les opérations qui ont conduit à ce résultat les opérations de discours (énonciation) comme les opérations de langue (conditions d'énonciation) serait une linguistique incomplète." 74 En conséquence, sur base de l'étude de l'énonciation, il s'agit pour présenter une démarche linguistique complète de proposer une description rationnelle et justifiée des conditions d'élaboration du dit effectif. Pour ce faire, il nous faut "remonter le courant" et, à partir des énoncés du corpus, le «dit», procéder à une description des éléments constitutifs de l'énonciation, le «dire», et des conditions de cette énonciation, le «savoir-dire». JOLY scinde le processus de communication en trois parties : savoir-dire, dire, dit. Néanmoins, il tient à préciser que ces trois parties ne sont pas simplement juxtaposées mais s'interpénètrent partiellement. La finalité de chaque étape de la construction d'un message implique en simultané le début de la suivante et donc un chevauchement partiel du savoir-dire et du dire, du dire et du dit. "Or il suffit d'écouter l'enregistrement d'une conversation spontanée ou d'en lire une transcription fidèle pour saisir sur le vif les étapes de la construction d'une phrase, les ratés de l'énonciation, les fausses pistes, retours en arrière, incises, nouveaux départs qui aboutissent ou n'aboutissent pas." 75 o «Oui heu, ce message s a/s adresse en fait au service de programmation. Heu, vendredi 6, heu, c est pour, heu, féliciter, heu, l enfoiré, heu, à la programmation du, du feuilleton de, au niveau des fleurs, là, hein bon hein, fameux quoi, la RTB, fameux.» 74 Bibliographie 36, p idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 54
55 o «Jean, bonsoir, c est Rudy. Tu saurais me resonner aujourd hui, s il te plaît? Parce que je, mon beau-frère voudrait bien me mettre y demanderait si on saurait aller le rechercher. Merci.» o «Ouais salut, François. Allo, allo AAAllo. Y a personne pour Qu est-ce qui se passe? Allez! Bientôt. Salut.» Voir tableau 9 «Savoir-dire», «dire», «dit» l apport d André JOLY sur ce sujet 76 est tout à fait éclairant. En fait, JOLY considère que l'explicitation de la compétence et de la performance du locuteur doit aller au-delà de ces deux concepts. Chronologiquement, le locuteur ayant un projet de discours intention précise liée à un processus de communication personnel met en œuvre sa compétence (sa connaissance de la langue : savoir-dire puissanciel) qui, augmentée de ses «intentions communicationnelles» (visée d'effet) produit un savoir-dire effectif. Celui-ci implique alors la conception d'une préformulation du message (visée phrastique), de sa construction (chaîne parlée) pour aboutir à la démonstration de sa compétence dans l'objet final de l'acte de création : l'énoncé, le dit effectif qui «produira son effet» sur l'interlocuteur Les pronoms personnels et possessifs Dans une analyse conversationnelle, le positionnement des intervenants entre autres par le choix et l utilisation des pronoms personnels prend toute son importance. 76 Bibliographie 36, p11 à 55 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 55
56 La sélection de l item devant représenter une personne s effectue en référence au contexte communicationnel et aux intentions du locuteur. En français, la répartition des pronoms personnels sujets se fait entre trois personnes occupant deux niveaux : le singulier et le pluriel. Il est communément admis que les trois personnes en question se rapportent à : celui qui parle (1 ère pers.) ; celui à qui on s adresse (2 ème pers.) ; celui dont on parle (3 ème pers.). Les deux premières sont représentées comme faisant partie de la même sphère relationnelle celle de la conversation et de l échange alors que la troisième en est exclue. Il nous faut apporter quelques amendements à cet a priori. En effet, par l emploi d un pronom de la seconde personne, il peut arriver que l on semble s adresser à un individu alors qu en réalité, le message s adresse à quelqu un d autre, présent et à l écoute mais auquel pour des raisons diverses on ne peut ou ne veut pas parler : dans «La femme du boulanger» de Marcel Pagnol, le mari trompé sermonne la chatte au lieu de sa femme mais cette dernière comprend très bien qui est le véritable destinataire. La troisième personne est dite «hors-sphère» parce qu elle n intervient pas directement dans la structuration de l énoncé. Qu en est-il lorsqu il s agit d une formulation de politesse? La personne désignée est tout à fait partie prenante dans la structuration de l énoncé puisqu elle est l interlocuteur bien que le locuteur ait fait le choix d aller au-delà de la forme polie commune du vouvoiement et pour optimiser la marque de respect de passer à un niveau supérieur : le troisième. En fonction de son emploi contextuel, le pronom de la troisième personne peut donc correspondre à moins qu une personne tout autant qu à bien plus qu une personne ordinaire. «L inventaire selon les personnes donne le résultat suivant. (1) Première personne ou personne présente locutive : je, me, moi, nous. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 56
57 (2) Deuxième personne ou personne présente allocutive (présupposant la première) : tu, te, toi, vous. (3) Troisième personne ou personne absente délocutive : il(s), elle(s), lui, eux, se, soi, et les pronoms accidentels le, la, les, leur.» 77 Locutive, allocutive, délocutive : «la personne qui parle», «celle à qui l on parle» et «celle dont on parle». Dans tout échange conversationnel, les interlocuteurs sont clairement identifiés et les termes pronominaux qui les particularisent sont chaque fois uniques même si les pronoms utilisés ont pour caractéristique d être interchangeables de manière systématique : le je devient tu et viceversa dès que les rôles de l allocuteur et de l allocutaire sont inversés. La troisième personne sera soit identifiée (en référence au contexte : il s agit alors d une seule entité), soit multiple (en tant que pronom omnipersonnel ; nous y reviendrons ci-après), soit non-identifiée (le il impersonnel). Quoi qu il en soit et quel que puisse être le pronom personnel choisi, son contenu pouvant se modifier tout au long de la conversation, il faudra qu il puisse être discerné clairement à tout instant afin d éviter les quiproquos et autres malentendus : - «Je ou nous de connivence = «il» dans la bouche des avocats, - il/elle/nous théâtral = «tu» visant les enfants en bas âge ou les animaux domestiques, - tu ou vous collectifs = «on» du français familier, - nous de majesté ou de modestie = «je», - vous de politesse = «tu», - «datifs éthiques» : Va ME balayer la cour ou Je vais TE lui casser la figure» Bibliographie 67, p 277 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 57
58 Pour sa part, dans le premier tome de Problèmes de linguistique générale, Emile Benveniste considère que : «dans les deux premières personnes, il y a à la fois une personne impliquée et un discours sur cette personne. «Je» désigne celui qui parle et implique en même temps un énoncé sur le compte de «je» : disant «je», je ne puis ne pas parler de moi. A la 2 ème personne, «tu» est nécessairement désigné par «je» et ne peut être pensé hors d une situation posée à partir de «je» ; et, en même temps, «je» énonce quelque chose comme prédicat de «tu». Mais de la 3 ème personne, un prédicat est bien énoncé, seulement hors du «je-tu» ; cette forme est ainsi exceptée de la relation par laquelle «je» et «tu» se spécifient. Dès lors la légitimité de cette forme comme «personne» se trouve mise en question.» 79 André Joly 80 s'élève à l'encontre de cette appellation et considère qu'une personne absente est non pas inexistante mais "non présente". Il schématise comme suit le système de la personne élaboré par Benveniste. Voir tableau 10 «Ce qui différencie «je» de «tu», c est d abord le fait d être, dans le cas de «je», intérieur à l énoncé et extérieur à «tu», mais extérieur d une manière qui ne supprime pas la réalité humaine du dialogue ( ) ; en outre, «je» est toujours transcendant par rapport à «tu». Quand je sors de «moi» pour établir une relation vivante avec un être, je rencontre ou je pose nécessairement un «tu» qui est, hors de moi, la seule «personne» imaginable. Ces qualités d intériorité et de transcendance appartiennent en propre au «je» et s inversent en «tu». On pourra donc définir le «tu» comme la personne non-subjective, en face de la personne subjective que «je» représente ; et ces deux 78 Bibliographie 67, p Bibliographie 10, p Bibliographie 35 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 58
59 «personnes» s opposeront ensemble à la forme de «non-personne» (= «il»).» 81 Benveniste considère donc que deux personnes (je / tu ) liées au sein d une corrélation dite «de subjectivité» s opposent à une nonpersonne (il). Tout en s opposant, en tant personne-je (je) et personne nonje (tu), ces je et tu intègrent la notion de personne et font partie d une sphère commune. De cette sphère, il est exclut car il correspond à une absence, à une non-personne. Voir tableau 11 Gustave Guillaume, schématisé par André Joly propose une répartition en deux niveaux. Le premier niveau est celui de l espace ; il se répartit entre ce qui est MOI et ce qui ne l est pas, c est-à-dire pas spatialement «moi» : le HORS- MOI. Le second niveau est celui du temps ; il se répartit entre les personnes interlocutives et les personnes délocutées. Les personnes interlocutives sont les interactants conversationnels : je et tu. Je c est-à-dire moi intègre partiellement le hors-moi dans sa relation temporelle avec son interlocuteur, le tu. Par contre, je c est-à-dire moi est tout à fait séparé de il/elle qui est hors-moi. Ceci nous ramène à notre considération introductive sur les pronoms personnels ; les trois personnes sont : - celle qui parle et dont il est parlé par elle ; la première : la personne locutive ; - celle à qui l'on parle et dont, lui parlant, il est parlé ; la deuxième personne : la personne allocutive ; 81 Bibliographie 10, p 232 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 59
60 - celle qui ne parle pas, à qui on ne parle pas, qui est une personne dont il est parlé ; la troisième : la personne délocutive ou délocutée. Voir tableau 12 André Joly synthétise cette démarche en deux rapports : celui de la séparation entre MOI et HORS-MOI comprenant d une part le pronom je (moi) et d autre part les pronoms tu et il (horsmoi) ; celui de la présence ou de l absence à l interlocution où sont présents les pronoms de la conversation je et tu et absents, ceux des personnes symbolisées par il. En synthèse, André Joly propose le concept global de «personne générique» qui englobe les trois personnes tout en les répartissant en deux catégories conformément au rapport de la présence ou de l absence. Voir tableau 13 En fonction de leur absence ou de leur présence à la conversation, les personnes sont dites interlocutives ou non-interlocutives. Je représente le locuteur producteur du discours ; tu correspond à l interlocuteur récepteur du discours ; il brille par son absence en tant qu acteur conversationnel. De je à il, André Joly propose un cheminement de l immanence à la transcendance en fonction de la présence (absolue vs partielle) ou de l absence de la personne et donc de son rôle primordial, partiel ou inexistant dans une interaction verbale. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 60
61 Pour ce qui concerne notre analyse, nous avons déjà fait état de la particularité de messages constitués en l absence d un interlocuteur et adressés : o soit à un auditeur absent, le répondeur téléphonique étant un substitut (locuteur du message et auditeur enregistreur de la réponse) ; o soit à un lecteur virtuel et potentiellement pluriel Les actes de parole : locutoire, illocutoire, perlocutoire Dès lors qu un échange se fait entre deux personnes, l une et l autre ne sont jamais totalement libres de leur énonciation, l une comme l autre choisissent tel ou tel terme, tel ou tel type de phrase, tel ou tel contenu parce qu elles souhaitent avoir un effet sur le destinataire ou parce que le destinataire a un effet sur elles. Le locuteur se trouve alors devant plusieurs choix possibles : Il peut simplement dire quelque chose sans vouloir y mettre une intention particulière ; son acte de parole est un acte locutoire que John Langshaw AUSTIN définit en tant qu «un acte de langage qui consiste simplement à produire des sons appartenant à un certain vocabulaire, organisés selon les prescriptions d une certaine grammaire, et possédant une certaine signification (c est-à-dire des sons employés de la façon déjà indiquée, mais auxquels on donne aussi un certain «sens» et une certaine «référence»). L acte de locution n est donc qu un aspect de la parole, faisant abstraction de ceux qu elle présenterait en tant qu illocution ou perlocution : c est tout simplement l acte de dire quelque chose.» 82 o «On est en partance, donc on va arriver.» 82 Bibliographie 3, p 181 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 61
62 il).» 84 o «Je voulais vous dire encore une fois un grand merci ( ) o «Sur ma machine, il suffit d aller dans le BIOS (touche DEL) au démarrage et de mettre la propriété NumLock a On.» Il peut dire et réaliser quelque chose en même temps ; en parlant, en nommant ce qu il fait, il réalise l action : «Je promets». Son acte de parole est un acte illocutoire. «A la suite de J.L Austin, on qualifie d illocutionnaire (ou illocutoire) tout acte de parole réalisant ou tendant à réaliser l action dénommée : par exemple, la phrase Je promets de ne plus recommencer réalise en même temps l acte de «promettre». On distingue notamment, parmi les verbes illocutionnaires, les verbes perfomatifs (ordonner) et les verbes d attitude (jurer). Tout énoncé, pratiquement peut être considéré d une manière ou d une autre comme illocutionnaire.» 83 Austin lui-même précise que l illocution est «un acte qui, en plus de tout de qu il fait en tant qu il est aussi une locution (i.e. en tant qu il dit quelque chose), produit quelque chose EN disant (d où le préfixe et vous souhaiter de joyeuses fêtes de Noël.» Il peut dire et vouloir en même temps provoquer quelque chose chez son interlocuteur : «Je te préviens». Son acte de parole est qualifié de perlocutoire par Austin, c est-à-dire «un acte qui, en plus de faire tout ce qu il fait en tant qu il est aussi une locution (i.e. en tant qu il dit quelque chose), produit quelque chose «PAR le fait» de dire (d où le préfixe per). Ce qui est alors produit n est pas nécessairement cela même que ce qu on dit qu on produit. («Je t avertis», par exemple, est une perlocution si celui à qui je parle est effrayé et non simplement averti par mes paroles).» 85 Les actes 83 Bibliographie Bibliographie 3,p idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 62
63 perlocutoires sont les «actes que nous provoquons ou accomplissons par le fait de dire une chose.» L échange conversationnel Michel de Fornel détaille le modèle du comportement rituel interpersonnel, l'échange conversationnel qui se subdivise : en échange confirmatif (qui n'inclut pas la théorie de la face) avec une pénétration autorisée des réserves et territoire de l'autre ; en échange réparateur (qui inclut la théorie de la face). Le processus réparateur comporte quatre phases : o la sommation après offense, o l'acceptation possible de l'offre de réparation, o la réparation, o le remerciement en retour. «La distinction entre échanges réparateurs et échanges confirmatifs a sans aucun doute une valeur descriptive (sur le plan taxinomique) mais aucune valeur explicative.» 87 Nous n en tiendrons donc pas nécessairement compte. L'analyse conversationnelle demande la description de la structure et du fonctionnement des actes de langage directs mais également indirects tels que des procédés de «face work» c'est-à-dire, entre autres, de termes «adoucisseurs» ou «softeners» 88 ; il peut s agir de : une formulation indirecte de l'ordre (pour atténuer une menace) ; o «Ça, ce serait gentil de me resonner» o «Si ça ne te dérange pas de me remplacer un petit peu» des excuses et autres techniques «réparatrices» ; o «( ) Téléphone 0/4/57/41/72 0/41/57/41/72. Je me suis trompée, excusez-moi» 86 idem, p Bibliographie 36, p idem, p Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 63
64 o «( ) Voilà. Mais je vais essayer de lui retéléphoner. Mais, deux personnes valent mieux averties que une. Voilà. Merci.» des «annonces», précautions préliminaires, telles que rappels, évocation de «contextes», etc. ; o «C est pour le prévenir» o «C est juste pour te dire» des morphèmes spécialisés («svp») ou «outils-amortisseurs» ; divers types de modalisateurs comme «Il me semble», «A mon avis») ou de minimisateurs de l'acte incursif («c'est juste pour») ; des «désactualisateurs» (conditionnel, imparfait, énallages de personne on, nous pour je ou tu), précautions oratoires, etc. ; o «J aurais aimé que» o «Je viens vous demander s il y a moyen» des tropes communicationnels (pseudo-allocutaire), litotes, euphémismes, dénégations (sans vouloir...). Si les éléments et outils d analyse présentés peuvent paraître impliquer plus le langage oral, il faut bien prendre en compte que le message écrit part d idées et d emprunts au message oral tout en se permettant d être plus complet, plus précis, plus nuancé que celui-ci. Le risque est pour notre analyse qu étant plus «pensé», plus élaboré, il pourrait présenter moins de marques clairement identifiables concernant les particularités de l interlocuteur, sa disponibilité ou non à l écoute, son interaction dans la conversation. Une conversation n est pas une suite de communications univoques s échelonnant, se suivant, se superposant de manière linéaire. En effet, il s agit d un échange dialogal participant à la construction d un «édifice» commun, à l élaboration d un échange structuré réalisé dans le cadre d un projet interactif. S il n y a pas accord à tout le moins sur le principe de «converser», il ne peut y avoir d échange : la communication est duale (du locuteur vers l interlocuteur et vice-versa). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 64
65 Il est vrai que les textes constitutifs de notre corpus ont cette particularité d être des éléments conversationnels partiels. Cependant, même si les énoncés que nous rencontrons tout au long de ce travail correspondent uniquement à l expression des énonciateurs, il n empêche qu il s agit bien d éléments constitutifs de véritables conversations. Bien entendu, ces dialogues sont incomplets car y manquent les réponses ; néanmoins, les traces habituelles que l on trouve dans tout échange dialogal sont présentes L analyse conversationnelle Préalables Sur base de la description théorique ci-dessus et avant d entamer une démarche analytique conversationnelle il nous faut préciser certains points. Qu avons-nous en notre possession? Un corpus composé d énoncés soit imprimés tels quels à la suite d une connexion Internet et de la réception informatique de fichiers, soit retranscrits à l écoute d enregistrements audio. Nous sommes dans les limites «classiques» d un travail linguistique, à savoir une analyse d énoncés déterminés, finalisés et n ayant plus de lien direct et évident avec le processus d énonciation qui a permis leur création. Ces énoncés sont les traces, le résultat, les preuves écrites d une fabrication mais ne la décrivent pas pour autant. Le processus de communication comporte selon André JOLY trois étapes : le savoir-dire, le dire et le dit ; le savoir-dire étant la compétence langagière du locuteur qui, lorsqu il y adjoint ses «intentions communicationnelles», lui permet de conceptualiser et formuler un message que l on peut découvrir dans l objet créé : l énoncé. Notre souhait, au travers de cette analyse, est sur base des énoncés recueillis de pouvoir décrypter le processus de l énonciation et identifier Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 65
66 les éléments constitutifs du savoir-faire correspondant aux intentions de l énonciateur. Si le relevé des éléments constitutifs des textes du corpus ne pose pas de difficulté majeure hormis les comptages et autres listages de termes qui demandent une attention soutenue et un temps relativement important il s est révélé indispensable d identifier les termes significatifs. Nous avons déjà fait le choix d une analyse pragmatique du langage c est-à-dire une analyse des caractéristiques de son utilisation et nous avons également précisé par ailleurs que nos énoncés sont des parties de conversation correspondant à une communication interactive. La forme particulière de nos énoncés a orienté notre démarche vers une approche analytique telle que celle préconisée par Catherine Kerbrat- Orecchioni à savoir : l approche interactionniste. Il s agit donc, pour ce qui nous concerne, de procéder à la description structurelle des énoncés et du relevé des données significatives liées à l expression et à la construction des échanges interactifs. Le processus de la communication implique la présence de plusieurs éléments essentiels : - deux intervenants (l émetteur et le récepteur) ; - un échange interactif entre ces deux acteurs ; - l emploi de techniques ou moyens pour transmettre le message ; - un message à proprement parler. Il faut également prendre en compte, le contexte où s intègrent la communication et le code commun aux deux interlocuteurs. Nous avons précisé ci-dessus, que même si nos intervenants s adressent à un interlocuteur absent les messages pris en considération ne sont pas des monologues : les acteurs de notre corpus formulent des messages sous forme de conversation c est-à-dire d échanges car ils s adressent à un interlocuteur réel quoique absent au moment de la construction de l énoncé. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 66
67 Une conversation correspond à une suite d échanges, à un transfert de données où chacun trouve l un ou l autre avantage car tout échange implique une contrepartie, un retour. Si Jakobson est une sommité de référence pour ce qui concerne le schéma de la communication, Catherine Kerbrat-Orecchioni en est une autre pour ce qui concerne l analyse conversationnelle car dans ses ouvrages relatifs à l interaction verbale 89 l auteur nous éclaire quant à la structure des conversations dans une démarche synthétisant différentes études abordant les types d interactions de la vie en société. Ci-dessus, nous avons abordé la problématique de l apport d autres disciplines à la linguistique ; l approche interactionniste, pour sa part, a ouvert les disciplines linguistiques à d autres disciplines telles que la sociologie, l anthropologie et l éthologie des communications ; nous en tiendrons compte autant que faire se peut au cours de notre analyse, dans les limites déjà évoquées par ailleurs, l analyse conversationnelle concernant les différents types d interactions dans leur fonctionnement au sein de la vie sociale. L ouvrage de Catherine Kerbrat-Orrechioni relatif à l interaction verbale 90, proposant une synthèse des éléments théoriques de base et des outils descriptifs de l analyse des interactions verbales, il nous semble essentiel de nous y référer afin de relever les notions et outils d analyse qui nous sont indispensables. Dans son premier volume des «Interactions verbales» Catherine Kerbrat-Orecchioni élabore une présentation de l analyse interactionnelle ainsi qu une description de la structure des conversations. Dans le second, l auteur aborde en première partie la relation interpersonnelle en différenciant les relations verticale et horizontale ; en deuxième partie, elle propose une description de la politesse dans les interactions verbales. L auteur aborde des thèmes tels que : - l approche interactionnelle et la structure des conversations, 89 Bibliographie idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 67
68 - les procédés qui permettent l expression et la construction, dans l interaction, de la relation interpersonnelle, - le fonctionnement de la politesse dans les échanges communicatifs, - une réflexion sur les variations culturelles influant sur les éléments constitutifs des systèmes conversationnels en s intéressant plus particulièrement à deux types d échanges rituels : l excuse et le compliment. En outre, Catherine Kerbrat-Orecchioni insiste sur l importance d une approche transdisciplinaire que nous avons déjà mise en évidence précédemment : «( ) nous emprunterons à des théories extrêmement diverses ethnométhodologie pour ce qui concerne la «technologie» des conversations, modèle genevois pour ce qui concerne leur structuration hiérarchique, sociologie goffmanienne pour les notions de «face» et de «rituel», ethnographie des communications pour une approche interculturelle, etc. 91» «En effet, dès lors que les énoncés cessent d être considérés comme de purs objets formels, pour être réinsérés dans leur contexte communicatif, l analyse débouche nécessairement sur des considérations de nature psycho-sociologique. ( ) Disons simplement pour l instant qu ainsi conçue, l analyse des interactions verbales transgresse les frontières traditionnellement reconnues entre les disciplines.» 92 Les disciplines dont fait état l auteur précité concernent : La psychologie et la psychiatrie (leur objectif thérapeutique permet l élaboration de concepts également probants pour l analyse conversationnelle au sens large). L ethnosociologie qui se subdivise en ethnographie (toute communication s inscrit dans un contexte qu il soit physique, social ou culturel ) et en ethnométhodologie pour «décrire les méthodes (procédures, savoirs et savoir-faire) qu utilisent les membres d une 91 Bibliographie 37, p 7 92 idem, p 48 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 68
69 société donnée pour gérer adéquatement l ensemble des problèmes communicatifs qu ils ont à résoudre dans la vie quotidienne.» (p 61) La linguistique, approche récurrente tout au long de la présente analyse. La philosophie : «Réflexion «méta-théorique» en quelque sorte, mais qui propose en même temps un certain nombre d outils empruntés à la logique épistémique, les sémantiques modales, ou la théorie des jeux permettant de procéder à la description et à la typologie des dialogues.» (p 67) Quoi qu il en soit, si ces approches sont susceptibles d apporter des éléments intéressants, il n empêche que l auteur fait état de nombreuses divergences quant aux objectifs, au degré de théorisation, au point de focalisation (micro ou macro), à l intérêt de degré variable pour le contexte, à la constitution du corpus. Pour ce qui nous concerne, et à la suite de Catherine Kerbrat- Orecchioni, nous prendrons pour éléments constitutifs de base de l analyse interactionnelle : Le cadre communicatif comprenant les ingrédients du contexte ou (p76) «environnement extralinguistique de l énoncé» autrement dit : o le cadre spatio-temporel, dont nous parlerons au point en précisant que «La tendance marquée chez les émetteurs est de prendre comme référence temporelle le moment de l énonciation du message et d en faire un point central qui comporte un avant (hier et au-delà) et un après (demain et au-delà) sur une ligne du temps virtuelle.» o le but, qui peut être de transmettre une information, de se mettre en évidence, d avoir une action sur l interlocuteur ou de le contraindre à (ré-)agir ; o les participants : utilisateurs du téléphone ou internautes ; Le cadre participatif c est-à-dire : Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 69
70 o le nombre de participants et leur statut ou rôle dans l interlocution : pour ce qui nous concerne un seul dans chaque communication et dans le rôle de l énonciateur ; o le format de réception (destinataire direct ou indirect, observateur), l adresse indirecte : nous verrons que pour ce qui concerne le téléphone le destinataire est relativement bien identifié car il s agit d un allocutaire déterminé, ne fûtce que par le choix d un numéro de téléphone unique ; par contre, nous noterons que le destinataire des messages peut être unique ou pluriel car l interpellation est formulée et transmise par le biais d Internet à un nombre indéterminé d individus. L accès au contexte car pour ce qui concerne les participants (P103) «sans une identification correcte des données contextuelles, il leur est impossible de se comporter comme il convient dans l interaction.» ; La typologie des interactions verbales (conversation, dialogue, monologue, discussion, débat, entretien, interview). Nous avons en effet d ores et déjà estimé qu il était important de préciser quel type particulier d échange verbal était pris en compte dans la présente analyse et nous avions conclu qu il s agissait d échanges conversationnels. Les règles conversationnelles donc les rituels sociaux que nous pourrons faire apparaître. Nous aborderons plus avant ce sujet dans la seconde partie entre autres concernant les éléments introducteurs et conclusifs tels que les précisions concernant l appelant (identifié dans la moitié des messages téléphoniques) et l appelé ainsi que les salutations plus ou moins formalisées (de «Ciao» à «Bien à vous»). Pour ce qui concerne le «système des tours de parole», les énoncés de notre corpus puisqu ils sont partie prenante d un dialogue différé Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 70
71 comportent a priori des éléments «d ouverture» permettant la continuité future de l échange. Il peut s agir de : - une question : o «Sonia, pourrait-tu me communiquer la date de redif du «Tu vois ce que je veux dire?», l antenne du 3 août, une redif de quand? Merci.» o «Salut. Je suis nouveau moi aussi. J habite en Belgique, dans la province de Liège. De quels sujets voudrais-tu parler?» o «Salut. Je m appelle Jacques et j habite au Québec. Qui estu et d où viens-tu?» - une formulation impérative : o «Oui, c est Monique, heu. J avais noté dans un premier temps que le premier treize heures des JO ce serait le vendredi 19 mais c est, c est fini ça, on commence pour moi le lundi 22, heu, téléphone-moi pour me confirmer ça. Salut» - l emploi du conditionnel : o «Si quelqu un pouvait m aider de quelque façon que ce soit, ce serait fortement apprécié.» - l assertivité : o «Recherche famille PLE dans le Pas de Calais.» Catherine Kerbrat-Orecchioni aborde également l organisation structurale des conversations. Notre corpus ne peut répondre à ce point car nous n avons en notre possession que des extraits de conversations correspondant à leur partie initiale : une interpellation, une tentative de prise de contact, une demande de suivi Les deux niveaux de l analyse conversationnelle L analyse conversationnelle comporte deux niveaux : l un concerne les relations entre les constituants du texte, Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 71
72 l autre, les relations entre les interactants. Il y a donc analyse du contenu (quoique parfois minimaliste comme dans les messages ne remplissant qu une fonction phatique) comme nous le ferons dans la seconde partie de ce travail et de la relation qui entre autres subit des contraintes liées au système de la langue ou à certains rituels, problématique envisagée principalement dans cette première partie Les systèmes d adresse et les marqueurs de la relation Les systèmes d adresse se répartissent en plusieurs grandes catégories d unités : Les pronoms personnels de deuxième personne (et/ou désinences verbales correspondantes). Dans le point , nous préciserons que l emploi de l une ou l autre seconde personne est fonction du degré relationnel pré-existant entre les interlocuteurs. Le choix d employer la deuxième personne du singulier ou du pluriel dépend du niveau de connaissance ou d intimité entre deux interlocuteurs d où l emploi différencié du vous de politesse (un seul destinataire inconnu) ou du vous collectif (plusieurs destinataires inconnus). Nous noterons également que l emploi à une même échelle du tutoiement et du vouvoiement de l Internaute correspond à l image que celui-ci se fait de son destinataire même s il est non-identifié ainsi qu à la relation qu il entend instaurer entre eux. Les noms d adresse ou appellatifs : noms personnels, termes de parenté, titres Nous les détaillerons au point de la seconde partie. Les termes d adresse ou honorifiques ont une valeur relationnelle et se réfèrent à un lien social défini. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 72
73 Les termes honorifiques varient sensiblement d une société à l autre mais l essentiel est qu ils mettent en valeur l interlocuteur parfois jusqu à une véritable dévalorisation de l énonciateur. (P35) «( ) la compétence linguistique et la compétence socioculturelle ne sont que les deux faces d une «compétence communicative» globale. ( ) Le système d expression de la relation interpersonnelle s organise à partir de trois dimensions générales (chacune recouvrant de nombreuses variantes), à savoir : o la relation «horizontale» : axe de la distance ; o la relation «verticale» : axe de la domination ou du système des «places» ; o la relation que je 93 dirai non pas «affective» (car il s agit ici de décrire des attitudes discursives, et non des états psychologiques), mais conflictuelle vs consensuelle ou pour reprendre les termes de Francis Jacques : agonale vs irénique.» Dans le cadre d une analyse linguistique le propos de notre travail ce sont les pratiques langagières qui importent : les marqueurs de la relation. La relation horizontale implique distance ou familiarité entre les interlocuteurs, «(p39) ( ) cette distance étant fonction : de leur degré de connaissance mutuelle (relation cognitive) : o «Monsieur, excusez-moi, c est» o «Jean! C est Jean-Marie!» o «Bonjour aux cybernautes,» de la nature du lien socio-affectif qui les unit : o «Allo, ya. Mon amour?» o «Salut, Michel,» 93 Bibliographie 37 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 73
74 de la nature de la situation communicative : o «Oui, bonjour. Je suis madame David.» o «Bonjour les amis, samedi 30 décembre.» o «Bonjour, c est Jocelyne.» Les marqueurs de la relation peuvent être - non-verbaux : o distance corporelle, o gestes (attouchements), o posture, o contacts oculaires, o mimiques faciales ; - paraverbaux : o intensité articulatoire, o débit, o articulation. Du fait de la constitution particulière de notre corpus et de ce travail comparatif, nous avons estimé ne pas détenir suffisamment d éléments probants de cet ordre pour les faire intervenir dans la présente analyse. Les termes d adresse sont les marqueurs verbaux de la distance les plus évidents : le choix du pronom (les deuxièmes personnes, parfois la troisième) ; le nom d adresse (patronyme, prénom, terme affectueux ou injurieux, titre). D autres marqueurs verbaux sont les thèmes abordés (privés ou non), la langue ou variété de langue choisie. Pour ce qui concerne la langue, notre corpus présente le relevé de messages formulés en français. Quant aux thèmes abordés, ils seront détaillés dans le point de la seconde partie. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 74
75 Le système des places et le système des faces Catherine Kerbrat-Orecchioni fait état également de la relation verticale en se référant au système des places. Les sociétés humaines se répartissent en strates sociales c est-à-dire en groupes organisés qui régissent les relations humaines. Quelle que soit la société même dans les sociétés qui se disent «égalitaires» il y a toujours une répartition du pouvoir entre différents groupes. «Qu on l appelle «pouvoir», «rang», «autorité», «dominance» ou «domination» (vs «soumission»), ou bien encore «système des places», cette dimension renvoie à l idée qu au cours du déroulement de l interaction, les différents partenaires peuvent se trouver placés en un lieu différent sur cet axe vertical invisible qui structure leur relation interpersonnelle. 94» Les relations peuvent être inégalitaires (adulte/enfant, maître/élève) ou relativement égalitaires en fonction des relations de pouvoir entre les interactants. La détermination des rapports de places est réalisée par les taxèmes : indicateurs et donneurs de places. Les données non verbales sont : - l apparence physique (taille et stature, tenue vestimentaire) ; - des accessoires tels que sièges, estrades, tribunes où leurs nature et disposition peuvent être explicites ; - les comportements (se prosterner, s agenouiller ) ; - les postures et gestes ; - les regards. Les taxèmes prosodiques ou vocaux doivent également être pris en compte : intensité vocale, débit Les taxèmes verbaux concernent la forme de l interaction : choix de la langue, variétés d une même langue (dialectes, sociolectes, technolectes), style de l échange (familier, relâché, guindé). 94 Bibliographie 37, p 71 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 75
76 Des taxèmes se localisent au niveau de la structure de l interaction : l organisation des tours de parole dans leur aspect quantitatif et leur fonctionnement de prise de tour (monopole, préséance, intervention d un modérateur, interruption, intrusion) ; la structure hiérarchique du dialogue (ouverture et clôture). D autres taxèmes se localisent au niveau du contenu de l interaction : - thèmes et sous-thèmes, - signes et opinions, où se met en position haute celui qui impose son vocabulaire et ses vues, - actes de langage (AL). «Le principe général du fonctionnement taxémique des AL est le suivant : 2. L1 se met en position haute par rapport à L2 lorsqu il accomplit un acte potentiellement menaçant pour l une ou l autre des faces de L2, - face négative : ordre, requête, interdiction, et même autorisation, suggestion, conseil, etc. c est-à-dire toute la série des «directifs», qui constituent pour L2 des espèces d incursions territoriales ; - face positive : critique, invective, moquerie, raillerie, désaccord en tous genres (objection, contestation, réfutation, refus d obtempérer), blâme et reproche, injure ou insulte, provocation et défi, c est-à-dire tout l ensemble des comportements vexatoires, qui sont susceptibles d infliger à L2 une blessure narcissique plus ou moins grave. 3. L1 est mis ou se met en position basse lorsqu il subit un FTA (Face threatening act), ou lorsqu il s inflige à lui-même un acte menaçant pour l une ou l autre de ses propres faces, - négative : promesse (laquelle vous «engage», donc menace votre propre territoire), et autres «promissifs» searliens ; Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 76
77 - ou positive : remerciements, excuse, aveu, rétractation (l attitude consistant à «retourner sa veste» est très dommageable à l «ethos» et à la crédibilité de l énonciateur) ; autocritique, auto-accusation, autodépréciation, et autres comportements «autodégradants».» (p95) Il est bien entendu que ces actes peuvent advenir simultanément dans un même échange. Une conversation est par définition mouvante et les positions, attitudes et comportements des interlocuteurs peuvent varier grandement tout au long de la construction d une interaction verbale. Lorsque l énonciateur est soucieux de préserver la face de son interlocuteur, il veillera à user de formules particulières afin de le saluer avant d entrer dans le vif du sujet «Bonjour» y compris à l aide de titre ou du nom personnel «Madame», «Jean» ou de clôturer son message par quelque salutation ou ne fût-ce qu un simple «Au revoir». Par contre, lorsque la préservation de la face du destinataire n entre pas en ligne de compte, toute une série d énonciation sont envisageables, et notre corpus ne manque pas d exemples à ce sujet ainsi que nous pourrons le découvrir dans la troisième partie. En effet, les messages présentés peuvent être répartis en deux séries, l une regroupant des énoncés humoristiques, l autre, des énoncés exprimant l irritation de son auteur. L humour qui est soit de l autodérision, soit de la dérision, dévalorisation d autrui ou moquerie pure et simple y est formulé de manières diverses par l usage de procédés tels que l emploi d un accent «typé», les déclarations pseudo-philosophiques, les jeux de mots, la mise en scène ou mise en situation, l emphase. L énervement quant à lui est tout à fait révélateur de la personnalité de l émetteur qui se montrant simplement inquiet ou tout à fait irrité n hésite pas à employer l insistance ou à provoquer ouvertement la polémique en agressant l image d autrui par la critique et la dévalorisation allant jusqu aux insultes et aux menaces. Pour ce faire, il peut user de procédés tels que la mise en scène ou un emploi excessif de la ponctuation. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 77
78 Les modes Tout échange conversationnel peut se faire soit sur un mode coopératif (pacifique, consensuel, «irénique») : o «Bon, je vous laisse hein. A tout de suite.» o «24 décembre, 22 heures cinq, toute la famille de Martine fêtera Nouka et en même temps on met des chants de Noël sur Bruxelle-Capitale. On vous aime très fort et on vous souhaite tous un joyeux Noël. On vous aime. A bientôt. Au revoir.» o «La nouvelle version de Pacher.htm basée sur le PC Direct de Septembre vient d être mise sur ma page Web (merci Webmistress 8-) ). Vous pouvez la trouver sur ma page Web http :ww.filnet.fr/perso/np» soit sur un mode conflictuel (belliqueux, «agonal») : o C'est la troisième fois que je demande qu'on téléphone à madame Gillis, au 345/55/16. Merci. o «Au revoir! Hou? Elle n est pas là? Ce n est pas vrai!» o «Ça va pas la tête je paye toute l année pour ces gars-là mais quand je suis dans la merde personne ne m aide alors dehors mais où va-t-on?» o «( ) aussi y en a marre qu il y ait que des ceums tout le temps!!! Let s move!» Cette dimension intervient alors sur les deux axes (vertical et horizontal). Néanmoins, une telle dichotomie est loin d être systématique ; en effet, (p.47, 48 et 49) «( ) les échanges communicatifs sont à la fois coopératifs et compétitifs (les participants étant à la fois des partenaires, et des adversaires) ( ) tout discours dialogué est le produit d un «travail collaboratif», les partenaires en présence mettant en œuvre en permanence des processus de négociation, d harmonisation de leurs comportements respectifs, et de «synchronisation interactionnelle». ( ) le système des tours de Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 78
79 parole a un caractère intrinsèquement compétitif. ( ) Tel est le statut paradoxal du dialogue : que sa survie se situe quelque part entre harmonie et cacophonie, «iréné» et «agôn», reconnaissance d une identité et revendication d une différence.» La politesse La deuxième partie du second tome des «Interactions verbales» concerne la politesse du point de vue de ses modèles et de ses manifestations linguistiques. Il est clair que la politesse n intervient pas dans le contenu conversationnel mais dans sa formulation avec pour objectif de maintenir en équilibre, d assurer le fonctionnement correct de la relation entre les allocutaires. En première lecture, il nous semble que la politesse fait partie intégrante de nombreux énoncés de notre corpus et y apparaît de manière récurrente dans l emploi de certains termes, de formulations syntaxiques particulières telles que les formulations introductives et conclusives. La politesse s exprime par des comportements verbaux et non verbaux et concerne (p163) «tous les aspects du discours» 1. «qui sont régis par des règles (même s il ne s agit pas à proprement parler de formules «routinisées»)» Comme les salutations plus ou moins formalisées, le langage commercial. 2. «qui interviennent au niveau de la relation interpersonnelle» Dont l emploi particulier des pronoms (tutoiement et vouvoiement). 3. «et qui ont pour fonction de préserver le caractère harmonieux de cette relation (au pire : neutralisation des conflits potentiels ; au mieux : faire en sorte que chacun des participants soit envers l autre le mieux disposé possible).» Nous y reviendrons au moment de conclure. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 79
80 Quant aux manifestations linguistiques de la politesse, elles peuvent prendre la forme de salutations, vœux, compliments, excuses, mais également d autres formes plus discrètes. Dans le cadre du «face work», la formulation des actes de langage permet d exprimer la politesse de manière négative ou positive : négative lorsqu il s agit d éviter de commettre un acte qui pourrait menacer la «face» de A ; soit en évitant de s exprimer (ne pas prendre position), soit en utilisant des procédés : verbaux (de nature morphosyntaxique ou lexicale), paraverbaux (intensité vocale) ; non verbaux (sourire, inclinaison de la tête) qui adoucissent la formulation ou l acte effectivement commis Les références Généralités Selon Catherine Kerbrat-Orecchioni 95, trois références peuvent coexister à l'encodage ou au décodage : la référence absolue (ex : une fille blonde), ce que nous désignons habituellement par «généralité» ; la référence relative au contexte linguistique (ex : la sœur de ; Paul, la femme de Paul, la secrétaire de Paul) qui correspond à un référent particulier ; la référence relative à la situation de communication et qui est exprimée au moyen de ce qu il est convenu d appeler les déictiques. 95 Bibliographie 11 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 80
81 Les déictiques "On appelle déictique tout élément linguistique qui, dans un énoncé, fait référence 1. à la situation dans laquelle cet énoncé est produit, 2. au moment de l'énoncé (temps et aspect du verbe), 3. au sujet parlant (modalisation), ainsi, les démonstratifs, les adverbes de lieu et de temps, les pronoms personnels, les articles ("ce qui est proche" opposé à "ce qui est lointain", par exemple) sont des déictiques ; ils constituent les aspects indiciels du langage." 96 «Ce qui est mis en cause dans le fonctionnement déictique, c'est le référent et non le sens (...)». 97 «(...) on appellera déictiques les unités linguistiques dont le choix (encodage) et l interprétation (décodage) impliquent une prise en considération des conditions concrètes de la situation de communication (...).» 98 Les éléments déictiques n interviennent pas dans l analyse sémantique de l énoncé mais bien pour en préciser les éléments contextuels du «je, ici, maintenant», autrement dit : le locuteur, le lieu, le temps. Sont déictiques, les pronoms personnels et possessifs, les démonstratifs 99 (valeur temporelle et spatiale), la localisation spatiotemporelle 100 (désinences verbales, adverbes ). Nous en ferons l analyse en seconde partie (point ). Il nous a fallu également prendre en compte la variabilité de certains éléments. Du fait de dispositions psychologiques propres à l'énonciateur, il peut en effet y avoir neutralisation de certains axes déictiques par : 96 Bibliographie Bibliographie 11, p idem, p Représentants (cf. contexte : midi sonna, à ce moment-là) et déictiques (cf. situation de communication : Donne-moi ce livre). 100 Le problème du style indirect se pose ; le temps y est non déictique mais relatif au contexte. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 81
82 - La confusion temporelle ; par exemple lorsque «avant» ou «après» ne font pas référence à un moment précis (avant ou après quoi?) ; nous rencontrerons cette imprécision au sujet des emplois de «encore», «ensuite», «après» - L imprécision des emplois pronominaux ; par exemple lorsque le «je» ou le «tu» ne sont par clairement identifiés ; dans le cadre de notre corpus, si l interlocuteur peut-être identifié relativement bien au sujet des messages téléphonique, nous verrons que la difficulté est majeure pour ce qui concerne l identification de l interlocuteur internaute. - L inadéquation des référents spatio-temporels ; par exemple «ici» et «demain» doivent également se référer à un lieu et à un espace temporel précis ; de nouveau, cela ne pose pas trop de difficulté pour les répondeurs, par contre, la virtualité de l espace sur Internet peut poser quelques difficultés et imprécisions. - L interprétation des unités déictiques comme unités référentielles autonomes (ex : Demain, on rase gratis.) Outre le choix des termes et l observation de la structuration de l énoncé, il nous faut également prendre en compte deux éléments particuliers : le processus d encodage et de décodage ; le principe de la redondance Les processus d encodage et de décodage Les processus d'encodage et de décodage 101 sont concernés par la question de sens et l'influence du contexte, la signification générale et la signification contextuelle, la structure des constituants du code verbal et leur fréquence relative dans le code (la détermination d'un contexte, 101 Bibliographie 34, p 92 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 82
83 l'homonymie lèvent les ambiguïtés et sont donc nécessaires pour la bonne compréhension de l'interlocuteur). Du fait de la constitution particulière de notre corpus qui reprend des messages uniques qui peuvent s intégrer dans un processus conversationnel mais qui ne représentent pas un processus dans son intégralité, cette question pourrait faire l objet d une analyse complémentaire à celle que nous réalisons aujourd hui La redondance «Le préjugé qui tient les traits redondants pour non pertinents et les traits distinctifs pour les seuls pertinents est en train de disparaître de la linguistique, et c'est une fois de plus la théorie de la communication, en particulier quand elle traite des probabilités transitionnelles, qui aide les linguistes à surmonter la tendance à voir les traits distinctifs et redondants comme étant respectivement pertinents et non-pertinents." 102 «(...) tout bruit altère le message. La solution qui s'impose consiste à introduire la redondance. (...) Un code efficace doit avoir assez de redondance pour compenser tout bruit dans le système.» 103 «La redondance considérable du langage est nécessaire pour la sécurité de la communication.» 104 Néanmoins, si la redondance n'est parfois qu'une simple répétition, ce n'est pas toujours le cas. Nous en parlerons plus en détail dans le chapitre concernant la modalisation où l'emploi de ce procédé correspond à un souhait du locuteur cherchant à produire un effet particulier. Dans la première partie de notre analyse, nous avons posé le constat qu il pouvait arriver que l énonciateur réitère tout ou partie de son énoncé afin de compenser certains problèmes de transmission ou pour insister et attirer avec certitude l attention de son interlocuteur. D autre part, nous 102 Bibliographie 34, p Bibliographie 29, p Bibliographie 17, p VIII-60 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 83
84 avons constaté également que les intentions du locuteur pouvaient être plus complexes : l introduction d une demande par le biais d une proposition placée à l initiale ; le souhait d amoindrir l impact un peu trop direct, brutal, voire négatif d un message par une formulation particulière intégrant dans une proposition une forme verbale inchoative et/ou un auxiliaire de mode (pouvoir, vouloir ) ; que cet emploi particulier peut ajouter une «distanciation» supplémentaire et éloigner encore plus l «impact» de l énoncé ; nous y reviendrons Les interférences Un dernier élément peut apparaître dans les énoncés, un élément généralement extérieur à la volonté de l énonciateur : «Ensuite, des traits peuvent se trouver masqués par des conditions anormales, déformantes, dans la production (chuchotement, cri, chant, bégaiement), la transmission (distance, filtrage, bruit) ou la perception (fatigue, auditive) du son.» 105 D où l emploi de la redondance dont nous avons fait état ci-dessus Les procédés Les procédés additifs Les procédés additifs sont les éléments complémentaires ajoutés dans l énoncé, les items connexes au contenu de base du message. Ils répondent à certaines intentions de l émetteur : remercier, introduire une 105 Bibliographie 34, p 114 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 84
85 demande 106, présenter des excuses ou se justifier, faire appel à l indulgence de l auditeur ou du lecteur, minimiser le message. Nous classerons en tant que procédés additifs les éléments introducteurs et conclusifs des messages téléphoniques et sur Internet, le style commercial, l emploi de verbes injonctifs, déclaratifs ou d opinion, performatifs, la modalisation Les procédés substitutifs Les procédés substitutifs permettent à l énonciateur de formuler différemment son énoncé ; les éléments que nous retiendrons dans le cadre de notre analyse sont les modes des formes verbales, les formes verbales, les formes impersonnelle et infinitive, la transformation passive, la forme interrogative, l humour et l ironie, des expressions partiellement désémantisées. 106 Voir le point sur la redondance ci-après. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 85
86 2. DEUXIÈME PARTIE : LA DESCRIPTION DU CORPUS 2.1. La description externe du corpus Sont concernés par cette analyse un total de 1093 énoncés se répartissant en pré-messages téléphoniques et messages proprement dits. Les prémessages sont des énoncés oraux enregistrés par les appelés sur leur répondeur téléphonique. Ils ont fait l'objet d'une analyse particulière dans le cadre d un mémoire clôturant une licence en philologie romane L origine des messages et la procédure de collationnement Deux techniques ont été ciblées pour la constitution du corpus : les répondeurs-téléphoniques, l'ordinateur et Internet. Pour ce qui concerne les énoncés écrits, ils ont été imprimés à partir d'un contact Internet. Quant aux énoncés oraux, s'agissant d'enregistrements dont nous avons conservé la version audio, ils ont fait l objet d une retranscription écrite et dactylographique Des messages téléphoniques Les énoncés précités me sont donc parvenus sous la forme d enregistrements en cassettes audio que j ai dactylographiés entièrement. Leur collationnement fut réalisé lors des années et transmis par la RTBF ainsi que des personnes privées vivant en Belgique. Les intervenants sont des particuliers ou s exprimant à titre professionnel et, selon les cas, connaissant ou non l énonciateur du message 107 Bibliographie 76 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 86
87 pré-enregistré. Il s agit en tout ou en majeure partie à tout le moins à l écoute de leur voix et de leur prononciation (accent) d énonciateurs d origine belge ou vivant en Belgique. Il faut noter que la qualité défectueuse de certains enregistrements et surtout la mauvaise prononciation de locuteurs qui rendait l audition difficile m a contrainte à en éliminer une partie non comptabilisée dans le corpus Des messages sur Internet J ai utilisé deux systèmes de connexion Compuserve et le Netscape proposé par Belgacom et n ai pris en compte que des forums de discussion. Tous les messages sont imprimés tels qu ils ont été reçus. Comme pour celui des messages téléphoniques, ce collationnement date des années ; il coïncide avec une période où l utilisation d Internet n en était encore qu à ses balbutiements en Belgique francophone et surtout en Wallonie. Pour appuyer ce constat, il est par ailleurs significatif de noter que lors du relevé de ces énoncés si groupes de discussion ont été répertoriés, seulement 91 étaient proposés en français. Si nous comparons ce constat avec la connaissance d Internet dans une période plus récente en Wallonie : - Seuls 31% des travailleurs-euses wallon-ne-s utilisent Internet sur leur lieu de travail Les ouvrier-es et les fonctionnaires sont moins utilisateurs d Internet à titre professionnel que les employé-es du secteur privé et que les indépendant-e-s et employeurs Si le Wallon est un homme, s il est plutôt jeune et si son nouveau d éducation s élève, alors le plus probable est qu il soit internaute. Au contraire, si le Wallon est une femme, si son âge augmente et 108 AWT, Usages TIC 2003 des citoyens wallons, avril 2004, p idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 87
88 que son niveau d éducation s affaiblit, le plus probable est qu il soit non internaute % des femmes seules son non internautes contre 52% des hommes seuls Taux de connexions en Wallonie : o Seuls 28% des Wallons sont des internautes quotidiens 112. o 32% des Wallons déclarent qu ils n utiliseront jamais Internet 113. Dès lors, nous pouvons constater que l usage d Internet ne rencontre pas encore une diffusion optimale en Wallonie. Quoi qu il en soit, il reste à préciser qu il ne m a pas été possible de conserver les messages transmis de manière incomplète ou avec des caractères «pirates». Dès lors, le corpus actuel comporte à la fois des messages complets (réponses ou demandes premières) et des pré-messages repris tels quels par les utilisateurs ; les énonciateurs pouvant être tout autant des Internautes chevronnés que de parfaits novices La distribution des mots De prime abord, nous pouvons constater que le message oral est généralement plus bref que le message écrit. Il est probable que le temps de connexion en l occurrence toujours téléphonique est considéré comme étant relativement coûteux mais également parce qu il n est pas aisé de détailler un message «au pied levé» et qu il est facile d omettre de dire quelque chose en parlant. 110 idem, p idem, p idem, p idem, p 31 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 88
89 L écrit quant à lui laisse un certain délai de réflexion, un temps permettant la mise au point du message car celui-ci ne sera envoyé en principe que tout à fait prêt ou considéré comme tel. En outre, le mode de fonctionnement des forums de discussion les chats sur Internet favorise la conversation ainsi qu un développement plus important de la communication projetée. Voir tableau La description interne L énoncé L'énoncé est l'aboutissement du processus de création. C'est le message transmis in fine par le locuteur ; le "dit" de JOLY dont nous reparlerons. Il se présente sous la forme d'une suite déterminée de mots : les messages oraux se terminant par une pause, un arrêt de la communication ; le message écrit se terminant graphiquement L aspect sémantique : les thèmes et les termes Chaque énonciateur construit sa communication à l'aide de mots qu'il choisit selon ses intentions et préoccupations personnelles et le sens qu il souhaite leur donner. Chaque message développe une idée, un sujet particulier sur un thème de base. En fonction des techniques de communication (Internet, répondeur téléphonique) les thèmes rencontrés peuvent prendre des optiques très diverses. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 89
90 Des messages téléphoniques Sur répondeur, le message est pratiquement toujours une réponse à un message préalable. Par contre, sur Internet, le premier message objet de notre analyse est plutôt une «bouteille à la mer», un appel lancé dans le vide virtuel, vers un inconnu, qu il soit considéré en tant qu être unique ou multiple. Lorsque le message pré-enregistré sur la boîte vocale du téléphone demande de laisser une réponse, il arrive que la requête soit détaillée (nom, numéro de téléphone pour rappeler) ou non. Néanmoins, de toute façon, tout un chacun y répondra en fonction de ses particularités, de sa personnalité, de ses choix personnels. Les thèmes abordés se diversifient bien entendu en fonction des préoccupations de chacun mais se rapprochent dans quelques généralités : l utilisation, le prêt, l échange ou l achat de matériels et véhicules ; des problèmes et difficultés de tous ordres ; une localisation ; les loisirs ; la communication en cours et la demande d information. Outre les thèmes, d autres termes et précisions peuvent apparaître : les intervenants de la communication ; des marques linguistiques. Un relevé plus détaillé donne ce qui suit. L utilisation, le prêt, l échange ou l achat de matériels et véhicules : appareil 4 auto1 bacs 1 baignoire 2 bande 3 bêta 7 béton/nneuse/nnière 6 bicyclette 1 boîte1 2 bus 1 câble 1 cadre 2 caisse 2 camion1 ciseaux 1 clefs/clémobilier 3 couleur 3 coupe/é/res 6 courant digital 1 échafaudage 1 échelle/elons 7 fax/é/er/erai 7 fleurs 3 liste 3 livre(s) 2 machine 3 magazine 2 magnétophone 1 matérie l2 montage 1 moteur 3 moto 1 ordinateur(s) 3 outils 1 papier 1 peinture 1 photos 1 pinceaux 1 radiateur 1 remontage 1 remorque 1 scénarios 4 télécommande 1 télédistribution 1 téléphone 40 télépro 1 télétexte 2 timer 3 tirage 2 titre(s) 8 transfo 1 transport 1 tv 1 valise 1 vase 1 vélo 1 voiture 18 Des problèmes de tous ordres : Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 90
91 (guérison1) abandonner1 accident/ée2 accrochage1 aide/ée/er7 alarmeincendie1 anxiété1 arrange/é/ement/erait8 aveugles1 blessée1 cassé(e)2 cataracte(s)2 chimio3 contrarie/era2 coup11 décalage/er2 décédé1 déménagement3 dentiste1 dette1 doute5 drogues1 embolie1 erreur1 frissons1 handicapé1 hasard2 ignore1 impatience1 imprévus1 inondation1 mal/malade/malaise7 panique1 peine1 peur1 pleurer1 problème6 réparations1 retard1 risque2 secours1 sinistrée2 suppressions1 Le souci de localisation prédomine, que ce soit pour préciser son domicile (adresse et références demandées explicitement à la RTBF ) ou un lieu de rendez-vous : adresse15 agence1 antenne11 avenue12 bande-antenne2 banque1 bd2 belvédère1 bercail2 bibliothèque2 bureau(s)8 cabine1 cinéma4 club2 collines1 compartiment1 date5 début2 école10 église1 étage1 garage1 gare5 habite8 hall1 hôpital1 identité1 jardin1 lieu1 localité1 magasin5 maison16 mess1 parc1 parking1 rue17 salle5 secrétariat1 service8 société3 studio1 ville1 Les loisirs se diversifient qu ils soient privés, familiaux ou publics : bain21 dicos et dictionnaires (jeu)11 foot3 invitation/e/e5 jeux24 mariage1 messe1 plaisir1 procession1 promenade(s)3 régaler1 réservation1 rire4 vacances5 vadrouille2 visite2 amuser1 anniversaire15 bricolage1 cadeau1 cha ert1 congé4 fête(s)/fêter5 La référence à la communication en général et à la demande d information est permanente : accord(s)22 attention1 avis2 besoin6 concernant10 confirmation/er/es/ez12 connaît/re2 convenir/u2 coordonnées4 décroche/r/s/ez17 demande/ait/é/ert/er/erait/es39 explications/erai2 question(s)3 accompagner1 amener/ènerai7 arrive/er/é(s)/era13 assurance3 auditeurs1 communication/niquer9 comprend(s)/is5 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 91
92 contact(s)/er11 conversation1 départ(s)4 descendre3 écoute(s) eur5 équipe5 familial/ille7 lettre1 message20 rencontrés1 répondeur(s)11 réponse5 réunion1 téléphone(er )109 annonce(é/ent/er/s)9 apprendre/appris2 averties/is2 diffusé/r/sion6 émission(s)30 film(s)5 follow-up5 grille2 images1 journal1 journaliste1 jt1 nouvelles17 postal/poste3 programme(s)/é/ation7 redif/rediffusion/é 14 renseignement(s)13 retransmission1 reportages1 série(s)7 télécinéma1 télétourisme8 Les personnes intervenant dans la communication sont explicitement nommées en référence aux relations affectives, familiales, professionnelles : (noms24) beau-frère4 beau-papa2 bébé2 belle-maman1 client1 collègue1 électricien1 grand-mère1 madame42 magicien2 maman32 mamy4 marraine5 médecin1 membre1 mère1 mononque2 monsieur28 musiciens1 papa5 parents3 parrain2 personne(s)20 sœur5 Nous y reviendrons ci-dessous, mais force est de constater que le «langage téléphonique» comporte de nombreuses marques affectives, expressives, de familiarité bien ou mal placée, relevant du péjoratif ou d un niveau relativement peu «châtié» ; les sentiments, l affectivité, sont souvent exprimés : aimer( )16 amabilité1 ami/e/s4 amour/eux3 bisou(s)49 bondjou1 chère(s) chérie7 coco2 cœur8 copain/ine2 dioux1 dodo1 félicitation/er2 hé3 hein94 heu333 hou/houhou15 houlàlà1 hum2 ma ou la puce13 oh3 OK12 allez42 ben50 bien107 bye8 coucou25 biches1 bichette1 bidoche1 brol1 chipoter1 chite1 emmerdeurs1 encule1 enfoiré1 gugusse1 merde3 pute1 t emmerde1 tralala1 tchao5 chanson(s)/chant4 communion2 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 92
93 Des messages sur Internet Comme pour les messages téléphoniques bien que ceux-ci se révèlent plutôt d ordre «pratico-pratique» les thèmes abordés se diversifient également en fonction des préoccupations de chacun tout en se rapprochant dans quelques généralités : des problèmes et difficultés de tous ordres ; une localisation ; les loisirs ; la communication en cours et la demande d information ; et, comme de bien entendu : l ordinateur, l informatique et Internet. L observation porte donc sur des petites annonces diverses et variées entre particuliers, des problèmes sociaux ou de recherches techniques, l informatique en général et plus particulièrement l emploi, la cuisine, les loisirs. La référence à l individu (utilisateur, interlocuteur, sujet de discussion) est présente également. En détail, cela donne ce qui suit. Les termes concernant des thèmes ayant une distribution généraliste sont : environnement4 capital/capitaux/alisation4 carrière3 économie(s)/ique/ist8 éducation/éducatif/école 8 emploi/employé(s)/employeur6 financement/ces/cés/cier(s)8 fiscalité/fiscalisé/fiscaux4 gouvernement4 impôt(s)13 investissement/is10 lecteur1 pédophile(s)/pédophilie9 sexe/ualité/uel(le)5 social/aux/iété11 travail/er/aux13 Arts/artistique 2, basket 5 bassiste 1 bebop 1 bibliothèque bicyclette 1 bikini 1 biologique 1 blague 1 botanique 1 bouquin 2 championnat 1 chant/ons/er 5 chocolat/todépendants 3 cigarette 1 ciné/ma 3 collection 1 concours (jeu) 2 cuisine 2 hockey/eurs 4 jeux 7 (jouera/es/er 11 ) musée 1 musiciens/sique plante(s) 7 politique(s) 5 rêves/ez 4 spectacle 1 technique(s)ologies 13 techno (musique) 4 vacances 3 visite/ez 3 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 93
94 Le niveau de langue est plus expressif et imagé que celui des répondeurs (surtout simple et familier), que ce soit pour l agressivité (injures), l affectivité, l émotivité ou l emploi de termes argotiques, «branchés» : Abruti 1 Adore 2 Ben 4 Bisous 1 Bourde 1 Ceums 1 Charlatan 1 Cher(s)/chère(s) 15 Chiant 2 Clopes 1 Con 2 Connerie(s) 5 Cool 1 Crade 1 Crétins 4 Cul 2 Daupe 1 Dégueulasse 1 Désolé1 5 Éructe/eur 2 Euh 4 Facho 3 Fou 2 Foutaise 1 Foutent 1 Foutre(foutu(e)) 4 Gueule(s) 5 Hein 2 Hello 2 Idiot(e) 2 Macho 1 Marre/er/ant 6 Merde 3 Netiquette 1 OK 4 Pardon 1 putain 1 Quequette 1 Reconnaissant/ce 3 Regret/regrette/ 2 Remercie 1 De nombreux messages demandent de l aide ou des informations pour des préoccupations et problèmes divers ; il est vrai qu on discute plus souvent de ce qui ne va pas que du contraire. Problèmes : Abandonné(s)(er)4 Absence2 Affliction1 Agression1 Alarme1 Assassin(s) (ée) (er)7 Atroces/cités2 Attaquant1 Bloqué(e)3 Bousillé1 Cassés2 Catastrophe/phique2 Chômage/eur5 Complexe(s)/xité4 Compliqué1 Crime(s)14 Défaut(s)7 Disputes1 Dommage2 doute/er11 Effort(s)5 enfer1 ennui(s)3 erreur(s)7 guerre3 mort(s)6 peine5 Piratage/pirater/pirates3 Problème48 Risque/é4 Information/demande : aide20 annonce/annoncé/annoncera5 appels25 apprentissage4 article(s)17 besoin(s)7 Doc(s)/document(s)/ation8 données1 essai2 exemple12 Illustrée/atif2 Image(s)8 Indication(s)/indique/e/ée9 Information(s)/é/er/route/s21 Nom(s)18 Renseignement/er7 Réponse(s)20 (nb : répondre=26) Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 94
95 De toute évidence, LE thème de référence est lié à l ordinateur, à son utilisation (techniques et matériel) et aux difficultés rencontrées sur Internet. Accès10 Accessoires1 Adaptateur1 Affichage3 Application(s)/er5 Archive(s)/é7 besoin(s)7 Binaire(s)3 Bios6 Bit(s)/bytes5 Boîte/iers7 Boost(er)/boot(tab)11 Câble2 Caractère(s)3 Carte(s)16 Cd/cdrom2 Clicks1 Codage/e/es3 Compatible1 Compile/ation3 compliant1 compression/pressés5 config/uration connectivité(s)4 connexion(ortho)/é/és/er Conseil(s)/ller/e9 Consoles1 copie4 couleur(s)8 cross-post(é)2 cybercafé/cybernautes2 décodage1 Disque(s)/disquettes19 dos22 Driver(s)5 Écran4 émulation/émuler/émulsion5 Fichier(s)19 fonction/fonctionnalité/fonctionner 17 Format(é)9 Imprimante(s)2 imprimante/impression/imprimer15 Incompatible(s)2 Installation(1)/installer19 Instruction4 Interconnecté/interconnexion Interface4 Lecteur(s)8 Liste4 Listserv2 Logiciel(s)13 Machine(s)17 Matériel/matériels/matérielles4 Micro/microsoftienne3 Mode(s)13 Modem(s)17 Moniteur5 Ordinateur1 Outil(s)7 Paramètre(s)/paramétrage8 PC11 programmation/e(s)/eur(s)15 Réduction/réduire8 Sauvegarde1 sélectionné(e)(s)5 serveur(s)23 service(s)9 système(s)9 télécharger/ée/ment(s)5 Le critère financier préoccupe nombre d Internautes (cf. une discussion sur les impôts ) : Argent5 Commerce1 Commandé(s)10 Concurrence/concurrent4 consommation/consommer5 Contrat/contrats(s)2 Fourni/fournie/fournir/fournis/fournisseur(s)/it10 Importateur/tion/e/(s) 9 Négociation1 Prix24 Producteurs/uire/uit(s)/ivity15 Publicitaire/blicité(s)5 Qualité(s)9 vente/dre3 Abonné/ement/és6 Achat3 Coût3 Facture(s)/facturation6 Tarif(s)/-icationt/aux/taxe/é19 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 95
96 Bien entendu, outil de communication, Internet ne peut manquer de voir exprimer ce besoin dans de nombreux messages : Accord4 Admettre1 Affirmant/ative/ent/ez4 Argument(s)/taire/tation8 Associer/ation(s)9 Avis10 Cas24 circuit2 circulation/é2 Club(s)6 Collaboration2 Collectif/vité3 Communication(s)/quer17 Confirmation/e4 Contact/er/ez5 Contrôle/er6 Idée(s)20 Interlocuteurs2 International(e)(s)/isé/-isation10 Mail15 Message(s)21 Opinion(s)5 Public10 Question(s)/questionnaire10 Raison(s)/raisonnement13 Rapport(s)/e/é8 Rencontre(s)/é(s)5 signal/e/er9 Solution(s)11 télématicien1 téléphone/telecom/tél./ique15 La référence à l individu (utilisateur, interlocuteur, sujet de discussion ) est tout aussi fréquente : Amateurs2 Ami(s)(s)12 Artisans1 Auteur(s)9 Avocats9 Avoués1 Banquiers1 Citoyen2 Client(s)5 Collectionneur1 Compagnon1 Concepteur1 Concitoyens1 Concurrent/ce4 Constructeur(s)3 Contribuable(s)2 Copain(s)2 créateur(tion)11 Éditeur2 enfant(s)10 Entraîneurs1 Expert(s)4 Famille1 Fan/atique4 Femme(s)/féminin(e)15 Gens9 Homme(s)7 (+3 homos et1 homosexualité) Humain(e)/humanité12 Individu2 Industriels1 Infirmier1 Informaticien11 Internautes1 Journaliste(s)7 Madame1 Maman3 Mamy1 Mesdames1 Messieurs1 Messire1 Monsieur1 Parents1 Personne(s)29 Utilisateur(s)10 Voisin1 La localisation ne se diversifie pas outre mesure, même si les adresses, les réseaux et autres sites sont récurrents : Adressant/e/es94 Autoroute(s)2 Base3 Canal/aux10 Domaine(s)4 Local(e)(s)/aux9 Magasin(s)5 Pays2 Région5 Réseaux16 Route(s)6 Rue(s)4 Site(s)19 Situation/e/ée9 Station6 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 96
97 Le choix des formes verbales Les verbes les plus fréquents ont un sens lié à la demande, au souhait, au désir ; le vainqueur toutes catégories étant vouloir à raison de 199 occurrences au regard de demander (48), essayer (de) (39), chercher (28) et espérer (28), souhaiter (26), aimer (19). Voir tableau L aspect syntaxique Si la pronominalisation dont nous ferons état plus tard laisse sa marque dans la construction des formes verbales et intervient dans le choix du suffixe ou de la désinence verbale (-e, -ais, eront), les verbes seuls portent la marque du temps. Nous parlerons plus loin du positionnement temporel des énoncés en nous référant à l antériorité et la postériorité liées au temps présent (simultanéité) car le passé, le présent, le futur sont des notions qui peuvent paraître évidentes et facilement repérables dans des items tels que les formes verbales ; or, il n en est rien. En effet, l emploi d une forme verbale à un temps donné de la conjugaison ne signifie pas nécessairement que le temps réel pris en compte est le même. «Maintenant, l homme marche sur la lune.» ne veut pas dire qu un homme, aujourd hui, marche sur la lune mais que les humains possèdent les moyens techniques pour y envoyer un cosmonaute. «Je venais pour acheter un pain et je me suis décidée pour une brioche.» présente une forme verbale à l imparfait qui correspond à l actualité de l énonciateur : celle de l achat. De nombreux exemples de cette sorte seront explicités lorsque nous reviendrons au formes temporelles de la conjugaison et à la description des modes et modalités de la phrase. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 97
98 Quoi qu il en soit, une première approche peut être effectuée en référence à la proposition de classification des formes verbales que nous découvrons dans la «Grammaire critique du français» de Marc Wilmet 114. La répartition est effectuée sur base de deux critères : la personne (ou son absence) et le lien avec l actualité (passée, simultanée ou future) ; inactuel prend alors le sens de virtuel : «Qui n est tel qu en puissance, qui est à l état de simple possibilité. 115» Ces précisions théoriques prendront toute leur importance lorsque nous détaillerons les procédés linguistiques offerts aux énonciateurs. «La conquête en trois étapes de l actualité livre surtout la clef des modes 116. (1) Infinitif et participe ou mode impersonnel-inactuel : marcher (avoir marché, avoir eu marché), marchant (ayant marché, ayant eu marché), marche (eu marché). (2) Subjonctif ou mode personnel-inactuel : marche/marchions (aie marché, aie eu marché), marchasse (eusse marché, eusse eu marché). (3) Indicatif ou mode personnel-actuel : marche/marchons (ai marché, ai eu marché), marchai (eus marché, eus eu marché), marchais (avais marché, avais eu marché), marcherai (aurai marché, aurai eu marché), marcherais (aurais marché, aurais eu marché).» Voir tableau L aspect pragmatique : l énonciation Les aspects sémantique et syntaxique ayant été approchés succinctement ci-dessus, il nous faut à présent aborder un troisième aspect, 114 Bibliographie 67, p Bibliographie Bibliographie 67 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 98
99 le plus important à nos yeux dans le cadre de cette analyse : l aspect pragmatique et ses caractéristiques : intention(s) et motivation(s) de l énonciateur, type et objet du discours. De ce fait, nous procéderons non seulement à la présentation des déictiques mais également d autres éléments de l énonciation ; nous présenterons de même des formulations et emplois particuliers Les déictiques L analyse des déictiques a pour objectif de nous permettre de préciser le contexte dans lequel se réalise le processus de communication dans son aspect pragmatique. Il s agira, ci-après, de détailler les relevés concernant les pronoms, les termes précisant la spatio-temporalité ainsi que les marques temporelles de la conjugaison. Outre la description des éléments, s ajouteront d ores et déjà certaines remarques et opinions personnelles a priori qui feront l objet de la seconde partie de notre étude Les pronoms «Dans toutes les langues, il existe des mots qui s emploient pour renvoyer et se substituer à un autre terme déjà utilisé dans le discours (emploi anaphorique) ou pour représenter un participant à la communication, un être ou un objet présents au moment de l énoncé (emploi déictique).» 117 L emploi déictique permet de localiser le message tant au niveau des intervenants qu au niveau spatio-temporel : «je», «ici», «maintenant». L emploi anaphorique pour sa part lui est conjoint dans le sens où l «anaphore» est le rappel, la répétition d un mot ou d un segment du discours déjà énoncé précédemment ; par exemple : le rappel d un nom par un pronom démonstratif. 117 Bibliographie 23, p 395 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 99
100 Les pronoms nous semblent être des éléments essentiels à retenir pour notre analyse. En effet, lorsque nous formulons des énoncés, nous évitons d employer sans cesse les mêmes termes ; sans doute afin de retenir l attention de notre interlocuteur, de le tenir en éveil. De ce fait, nous utilisons quantité de synonymes ou de pronoms car, par l emploi pronominal, l énonciateur fait l économie de répétitions systématiques et d une recherche parfois complexe et par définition toujours tronquée de synonymes. Le pronom pouvant remplacer une grande variété de termes, c est sa proximité textuelle ou thématique qui permet de lui donner tout son sens dans le cadre d une énonciation particulière. Une première approche de notre corpus nous a permis de constater la grande fréquence des pronoms personnels et omnipersonnel (ou indéfini) ; s y retrouvent également les pronoms possessifs et les pronoms démonstratifs. A l instar de Marc Wilmet : «Rappelons par précaution que personnel ne signifie par «relatif à une personne humaine ou à un animé» ( ) mais «exprimant une personne grammaticale». 118» Précisons également que l auteur préconise une répartition des pronoms personnels entre pronoms accidentels (en relation morphologique avec un déterminant) et pronoms essentiels (sans relation avec un déterminant). Voir tableau 17 «Les pronoms essentiels appartiennent à une série fermée. Ils se distinguent en outre des noms par les personnes 1 et 2 de je, tu, nous, vous, par des contraintes fonctionnelles (on limité à la fonction sujet, je et me se partageant les fonctions de sujet et d objet, etc.) ).» Bibliographie 67, p idem, p 279 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 100
101 Pour ce qui nous concerne, notre propos étant principalement de relever la répartition entre les trois personnes dans leur occurrence au singulier ou au pluriel nous regrouperons les deux types de pronoms. Dans le même ordre d idée, nous avons choisi de lier dans notre analyse les items personnels et possessifs car ces derniers à l instar des pronoms personnels varient en personne et en nombre ; en outre, ils varient également en genre et en nombre en relation avec le nom qu ils déterminent Les pronoms personnels et possessifs La pronominalisation du locuteur Dans l emploi des pronoms personnels et des pronoms et adjectifs possessifs se référant à l énonciateur, la personne mise en évidence dans les trois modes de communication est la première. Les formes plurielles des première et seconde personnes vont audelà d une simple multiplication de pronoms personnels singuliers. Nous peut correspondre à l association de plusieurs je, je et tu, je et vous, je et il/elle ; il peut être «pluriel de majesté». Vous peut correspondre à l association de plusieurs tu, tu et vous, tu et il/elle ; il peut aussi être une formulation pronominale polie adressée à une seule personne. Voir tableau 18 Le relevé des messages laissés sur répondeur téléphonique révèle un nombre très élevé d items à la première personne du singulier. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 101
102 Si nous comparons la répartition pronominale singulier/pluriel, elle est majoritaire à raison de 94% pour le singulier (882/57). Lorsque nous y intégrons la répartition des adjectifs (123/6), elle se maintient à un pourcentage équivalent. Par contrainte technique, l emploi du téléphone est généralement individuel et le locuteur s implique de manière univoque ; les messages qu il laissera seront le plus souvent exprimés en son nom personnel. Voir tableau 19 Le relevé des messages transmis sur Internet présente également un nombre très élevé d items à la première personne du singulier. Si nous comparons la répartition pronominale singulier/pluriel, elle est majoritaire à raison de 94% pour le singulier (598/37). Lorsque nous y intégrons la répartition des adjectifs (105/9), le pourcentage est équivalent. Comme pour le téléphone, la contrainte technique prend tout son importance ; le contact univoque et la solitude physique de l internaute résultent d un emploi individuel de l outil informatique. S il arrive que l énonciateur emploie la forme plurielle, il s agit alors moins d un emploi l unissant à d autres locuteurs que l expression d une communauté virtuelle avec ses interlocuteurs internautes La pronominalisation de l interlocuteur Le choix d employer la deuxième personne du singulier ou du pluriel dépend du niveau de connaissance ou d intimité entre deux interlocuteurs. Le relevé des messages laissés sur répondeur téléphonique révèle un nombre élevé d items à la deuxième personne. Voir tableau 20 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 102
103 Si nous comparons la répartition pronominale singulier/pluriel, elle est majoritaire à raison de 71% pour le singulier (487/197). Lorsque nous y intégrons la répartition des adjectifs (37/5), elle rejoint les 72%. Lorsque l allocuteur ne connaît pas ou peu le destinataire de son message, il aura tendance à employer le vous de politesse. Il arrive également que ne sachant pas avec certitude quelle sera la personne qui écoutera l enregistrement il préférera employer un vous collectif permettant de pluraliser les allocutaires potentiels. Le relevé des messages transmis sur Internet présente une relation singulier/pluriel relativement équilibrée. Voir tableau 21 Si nous comparons la répartition pronominale singulier/pluriel, elle est de 49% pour le singulier face à 51% pour le pluriel. Lorsque nous y intégrons la répartition des adjectifs, la répartition singulier/pluriel est de 47,5% face à 52,5%. Que, sur Internet, le «vous» apparaisse à peu près aussi fréquemment que le «tu» peut surprendre. En fait, nous l avons précisé cidessus, le choix du pronom dépend à la fois de la relation personnelle qui existe ou non entre les interactants et des intentions du locuteur. Un nouvel utilisateur choisira la prudence dans la formulation de ses messages. En fonction de ses habitudes de langage, de son âge, des contacts qu il souhaite lier, il emploiera l une ou l autre forme. Interpeller autrui à la seconde personne du pluriel lui permettra à la fois de s adresser à un grand nombre de destinataires inconnus qu ils soient isolés ou plusieurs et d intégrer une forme polie peu agressive pour le lecteur. Quoi qu il en soit, de toute évidence, le besoin de personnaliser la communication par l emploi des pronoms les plus courants de la Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 103
104 conversation usuelle se retrouve dans ce type de procédures de communication Le pronom indéfini ou omnipersonnel Le pronom indéfini est désigné comme tel parce qu il y a absence d éléments auxquels se référer pour lui donner un sens déterminé. Marc Wilmet 120 préfère employer le terme pronom omnipersonnel tout en précisant que «Le on «de discrétion» supplante d ailleurs un tu trop direct ( ) ou remplace nous/vous dans l usage familier ( ). Il se montre comme je, tu, nous, vous perméable au genre et au nombre du référent : ON se croit fort/fortes/forts/fortes, avec la bizarrerie que l auxiliaire prend la marque du singulier, l auxilié, la marque du pluriel et le «possessif» l une ou l autre derrière chacun/chacune : ON est partis chacun de son/notre côté, etc.» Le pronom indéfini correspond soit à un «nous» qui ressort du langage familier, soit à la forme indéfinie qui, par essence, manque de précision. L emploi du pronom indéfini permet de maintenir une relative imprécision dans la formulation du message et une implication moindre, une distanciation de l énonciateur par rapport au contenu. Le nombre d occurrences de on relevés par téléphone (98) et sur Internet (96) concerne moins de 1% des messages (0,6% pour le téléphone et 0,4% pour Internet). Nous pouvons en conclure que les locuteurs employant les répondeurs téléphoniques ou Internet : soit souhaitent lever toute équivoque quant au destinataire, soit n hésitent pas à s impliquer dans leur communication, 120 Bibliographie 67, p 275 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 104
105 soit emploient d autres formulations pour éviter d être impliqués de manière trop évidente ou d interpeller trop vivement leur(s) interlocuteur(s) Les démonstratifs Voir tableau 22 La variation d emploi des démonstratifs est relativement plus élevée pour les messages téléphoniques que pour les messages sur Internet. Ces termes ont un rôle de «présentateurs», d indicateurs du discours. Ils se réfèrent à un élément connu des interlocuteurs de part et d autre de l énoncé. De toute évidence, cette considération intervient plus fréquemment dans le langage oral (où le contact est généralement direct) que dans le langage écrit, et bien que le destinataire soit absent, l énonciateur n hésite pas à utiliser ces référents. L'analyse ci-dessous porte sur un ensemble de 1093 messages : 575 messages laissés par les appelants sur répondeur téléphonique et 518 messages provenant de forums de discussion sur Internet. Voir tableau 23 De prime abord, notons que les démonstratifs-endophores prennent le pas sur les exophores (95.5% contre 4.5%) mais avec des variantes selon les catégories (majoritairement pour les messages oraux). Quant aux exophores, elles sont deux fois plus fréquentes dans les messages téléphoniques avec 2,5 % d exophores situationnelles, inexistantes dans l autre catégorie. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 105
106 TELEPHONE 891 démonstratifs en 473 messages (sur un corpus de 575 messages) La communication orale spécifique aux répondeurs téléphoniques présente une utilisation caractéristique des démonstratifs cataphoriques. Endophores Anaphores 27.5% (dont c'est-à-dire <2> et comme ça <3>) Cataphores 62% (parmi lesquelles je compte la locution interrogative "est-ce que", toujours cataphorique puisque posant à sa suite une demande précise) Dans de nombreux cas (40%), le locuteur utilise le pronom démonstratif comme introducteur de sa propre appellation (nom, prénom, raison sociale...) ou le "célèbre" : c'est moi / c'est encore moi / c'est toujours moi Le pronom démonstratif peut également servir d'introducteur au message lui-même (10%) : c'est la troisième fois que / ce serait pour faire un échange / c'est pour lui dire / c'était pour avoir / ce message s'adresse / c'est un message pour / c'est pour le prévenir / c'est au sujet de / c'est pour signaler / c'est pour te dire / c'est parce qu'on aurait besoin / c'est pour féliciter / c'est pour voir si / c'était pour vous communiquer / c'est le deuxième message / ce serait pour savoir ce que / c'est pour voir / c'était pour voir / c'est concernant / c'est pour vous signaler / c'est juste pour te dire / c'est pour confirmer / c'était pour essayer / c'était pour nous inscrire / c'est pour vous certifier / ce serait pour prévenir. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 106
107 Il me semble important de noter que, d une manière tout à fait particulière, la moitié des démonstratifs utilisés dans ces circonstances revient à un emploi d'introducteurs, que ce soit pour la présentation de l'énonciateur ou pour l'initialisation du message. Dix autres pour cent présentent des contenus divers insérés dans l'énoncé : c'est une chimie ambulatoire, ça m'intéresse bien d'aider, pour tout ce que vous faites, je ne sais pas ce qui va se passer / je comprends ce que vous dites / mais ce qui est surtout important / ce sera la régie qui devra l'indiquer / je voulais savoir comment ça allait / c'est superbe cette invention de fax parlant / pour ceux qui sont dans la maison / ce n'est pas 6 places que je voudrais (...), c'est 8 places / ce serait bien gentil de... / qui comprend peut-être même rien à ce que je lui dis /... pour voir si ça t'arrange un déménagement le 27 / c'est un accident de voiture / j'aimerais bien savoir ce qu'a dit... / pour savoir ce qu'il en est / si ça ne te dérange pas de me remplacer un petit peu / je ne sais pas ce que tu vas faire / si ça te dit - de venir dire bonjour! / ce n'est pas la peine de réessayer / c'est le répondeur - ça, ce serait gentil de me resonner /ça devrait aller Exophores temporelles La conversation téléphonique, quoique différée, s insère dans l immédiateté d un temps proche ou très proche. Les exophores temporelles considérées interviennent à raison de 8% des démonstratifs. Les messages téléphoniques contiennent également des précisions concernant l'instant considéré (rendez-vous, moment de l'appel...) : ce vendredi soir / ce soir / ce dimanche / c'est le 23 / ce serait le vendredi 19 / de ces temps-ci ou des imprécisions volontaires avec l'emploi d'expressions partitives : à un de ces jours <2> / de ces temps-ci. Une seule exophore «spatiale» ou plutôt «localisatrice» : «J ai téléphoné hier après-midi à ce numéro.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 107
108 Exophores situationnelles 2.5% des démonstratifs concernent des exophores situationnelles c est-à-dire en référence non à l énoncé lui-même mais à un contexte extérieur, présent dans l esprit de l énonciateur et supposé connu de l énonciataire, situation externe au récit et dont le lien se réalise dans la pensée de l interlocuteur : expression de sentiments ou de considérations personnelles, formules toutes faites, réflexes langagiers. ça aide hein? (à la suite d'un extrait musical hard rock) / ceci n est pas un répondeur / Jean, Jean. C est pas grave 121. / C est dur hein? 122 / C est vaste 123. / Cette boîte ne répondra pas. Hormis un «ça va pas la tête» dans un seul message Internet, l emploi de «ça va» est plus que majoritairement réservé à l oralité, en l occurrence aux messages téléphoniques. Expression familière, «ça va», endophore anaphorique (27 fois), se concrétise selon le même principe que tout item. C est OK, ça va? / Enfin, je passerai tantôt. Ca va? / Tu me dis quoi, ça va? Exophore (18 fois), elle prend une tonalité particulière. Garde-t-elle alors tout son sens? Ne devient-elle pas une forme édulcorée de son contenu, un automatisme de langage fort répandu qui ne demande aucune réponse? Bien souvent est-ce un belgicisme? nous exprimons un «ça va» automatique et partiellement vidé de sens en guise de salutation ; relativement vide de sens en effet car il ne demande aucune réponse ou seulement un «oui» poli. La demande «ça va?» et la réponse immédiate «ça va.» constituent une formulation de salutation familière très courante. 121 Sens : Que tu ne sois pas là 122 sans précision 123 sans précision Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 108
109 «Je téléphone pour voir comment ça allait», «ça va?», de fonction phatique, introduisent la conversation et facilitent la demande de nouvelles par une compréhension immédiate ne requérant aucun préalable. INTERNET 855 déterminants sur 314 messages (sur un corpus de 518 messages) Endophores Anaphores Le pourcentage d'anaphores est très élevé (76.5%) en comparaison des messages téléphoniques (27.5%). En effet, les forums de discussions favorisent les échanges selon les règles de la conversation : les internautes rédigent leurs envois en fonction d'envois précédents et bien souvent se contentent d'enchaîner l'entretien. Cataphores Les démonstratifs cataphoriques s'intègrent dans l'écrit (19%) et n'introduisent pratiquement pas l'énonciateur ou le message : c'est bien de les avoir créées / c'est pourtant facile : partez / qui profitent de ce qu'on appelle / non ce que rapporte ce produit mais ce qu'il a rapporté, ce qui n'a rien à voir / c'est sans rancune/ c'est juste pour me marrer / merci à tous ceux qui / je ne vois pas vraiment ce qu'il y a d'alternatif là-dedans / il faut prendre en compte l'inverse de ce que va répondre le lion / ça fait le plus grand bien de lire / Si quelqu'un a une vague idée de ce que je pourrais tenter / essaie ce serveur anglais / ce n'est pas à lui de filtrer ce qu'il diffuse / c'est la première fois que j'utilise l'émail / pour ceux qui nous gouvernent / ce n'est que plus tard que / C'est trop fort! / Ce Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 109
110 qui compte c'est / Ca ne me viendrait pas à l'idée de / Ce sont justement les voyages / C'est quoi la différence? / un peu jeune pour ce qui nous intéresse / c'est vrai que / si ça te console, j'ai le même problème / Voilà ce que tu peux faire / Ce que j'ai vu de mieux s'appelle Exophores La mondialisation du réseau Internet favorise les contacts internationaux. Les internautes peuvent à tout moment envoyer et recevoir du courrier de n importe quel endroit de la planète. Dès lors, la référence spatio-temporelle se dilue dans une réalité nouvelle ; entre autres du fait des décalages horaires et de la diffusion des messages «à la demande». Spatiales (1.5%) Internet a donc ceci de particulier qu il semble supprimer les distances ; les news groups deviennent de nouveaux lieux de rencontre ; l espace, bien que «virtuel», est désigné comme un lieu effectif et les termes y référant évoquent le concret : dans ce groupe <2> / HTTP<...> c'est une très belle place / dans ces groupes / regarde cette page / sur ce même serveur Temporelles (3%) L enchaînement conversationnel particulier à Internet (cf. cidessus) comporte peu d exophores qu elles soient spatiales ou temporelles car leur importance devient toute relative. En fait, les utilisateurs de news groups rédigent leurs messages dans le cadre de leurs loisirs où les délais d intervention, de réponse ont beaucoup moins d importance. Deux interlocuteurs internautes peuvent très Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 110
111 bien vivre dans des réalités totalement différentes (nuit/jour) sans contact humain direct (ou différé) pour «remettre les pendules à l heure» 124. à cette période / pendant ces six mois / à ce moment / cette nuit / cette fois / de ce pas / ça faisait longtemps Remarque Une question reste posée ; l énoncé (n y a-t-il) «pas assez d étrangers comme ça» constitue-t-il une exophore socioculturelle ou une anaphore en rappel de l affirmation sous-entendue, il y a «assez d étrangers comme ça»? CONCLUSION Voir tableau 24 Lorsque nous analysons la distribution des démonstratifs sur l'ensemble du corpus, nous constatons que leur emploi est nettement plus fréquent à raison de 82% lors de la transmission de messages sur répondeur téléphonique que par écrit (60.6 %). Les démonstratifs ont un rôle d'indicateurs du discours, ils se réfèrent à un élément connu ou supposé tel des interlocuteurs de part et d'autre de l'énoncé. De toute évidence, cette considération intervient plus fréquemment dans le discours oral que dans le discours écrit et, malgré l'absence du destinataire (ou du fait même de son absence), l'énonciateur n'hésite pas à utiliser ces référents, termes indicateurs ancrés dans la réalité. Proportionnellement, les messages sur Internet comportent un peu plus de démonstratifs que les énoncés téléphoniques. Lorsque l on considère que ces messages sont généralement plus longs, il semble alors peu 124 Des substituts conversationnels sont parfois insérés pour compenser les manques : smileys ; nous y reviendrons ci-dessous. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 111
112 significatif que les démonstratifs y soient légèrement plus nombreux (2.7 face à 1.8) La localisation spatio-temporelle La structuration d un énoncé s effectue au sein d un contexte se référant à un espace-temps déterminé. Le locuteur fait le choix des items linguistiques qui porteront la marque du moment de l énonciation et du lieu où elle est produite : l ici et le maintenant. Nous nous pencherons donc sur la problématique des temps verbaux après avoir répertorié les termes spécifiant la spatio-temporalité dans laquelle les messages s intègrent : par répondeur téléphonique et sur Internet Les termes liés à la spatio-temporalité Le relevé des termes exprimant l espace et le temps de l interaction conversationnelle montre qu il s agit principalement d adverbes et de noms Des messages téléphoniques De toute évidence, dans le cadre des messages laissés sur répondeur téléphonique, la préoccupation temporelle est nettement plus élevée que la préoccupation spatiale. Voir tableau 25 Le lieu semble de peu d importance dans ce type d énoncés ; la communication est uniquement verbale et motivée par un besoin de contact Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 112
113 intimement lié à une contrainte temporelle si l on considère que le locuteur souhaite joindre le plus rapidement possible l interlocuteur. Les termes temporels se répartissent entre le moment de l énonciation avec l expression d une actualité simultanée ou très proche (à tout de suite, actuellement, aujourd hui, bientôt, déjà, demain, depuis, hier, incessamment, maintenant, tantôt) et celui de la réponse ou de la réitération de l appel caractérisée par des termes liés à la postériorité (à tout de suite, tantôt, demain) ; il arrive qu il soit fait référence à l antériorité (hier). La tendance marquée chez les émetteurs est de prendre comme référence temporelle le moment de l énonciation du message et d en faire un point central qui comporte un avant (hier et au-delà) et un après (demain et au-delà) sur une ligne du temps virtuelle. Les noms de jours, de mois, et de découpage du temps (heures, minutes, secondes) proviennent en grande partie des messages laissés sur les répondeurs de la RTBF ; il s agit de précisions indispensables au sujet de la durée des émissions, du moment de leur passage sur antenne. Nous savons que les messages liés aux appels téléphoniques demandent une réponse rapide ; si ce n était pas le cas, ils seraient effectués par lettre ou reportés à une éventuelle future rencontre. De ce fait, ils comportent fréquemment des précisions permettant de connaître le laps de temps écoulé depuis l appel ainsi que des données précises pour faciliter un prochain contact exprimant le jour, l heure, le moment de la journée Voir tableau 26 Des termes tels que déjà (23), encore (34), enfin (25), jamais (9), longtemps (3), toujours(16) peuvent être positionnés en n importe quel point de la ligne du temps ; seule une contextualisation précise peut nous permettre d identifier le moment précis de leur intervention. Lorsque nous prenons en compte la répartition temporelle en considérant son positionnement sur la ligne du temps par rapport à l instant Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 113
114 présent, nous constatons qu elle se situe surtout au niveau de l actualité et de ce qui sera (peut-être) demain. Comme nous l avons déjà signalé, le message laissé sur répondeur téléphonique étant le plus souvent une demande de rappel, il précise le moment le plus opportun auquel l allocutaire devrait pouvoir joindre l appelant, ce moment se situant par contrainte temporelle évidente dans un futur plus proche que lointain Des messages sur Internet De manière semblable aux énoncés laissés sur répondeur téléphonique, les messages des internautes présentent une quantité beaucoup plus grande d indications temporelles que spatiales. Voir tableau 27 La préoccupation temporelle majeure des locuteurs est surtout liée à l actualité et au futur. Il semble d ailleurs que ce soit une généralité dans l ensemble de notre corpus (aujourd hui, bientôt, déjà, demain, désormais, hier, maintenant, bonjour, prochain(e)(s)(es), récemment/récent). Voir tableau 28 Comme pour les messages téléphoniques, des termes tels que depuis(11), déjà (14), désormais(3), enfin (8), toujours (15), jamais(8) peuvent être positionnés en de nombreux points de la ligne du temps et seule une contextualisation précise peut nous permettre d identifier le moment précis de leur intervention. En fin de compte, le temps de l écrit se rapporte sans arrêt à ce qui est et sera, au temps du vécu quotidien et au futur proche. L instant dans Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 114
115 lequel s inscrit la communication est proche du locuteur, il l effectue, la vit et la communique dans le présent en attendant une réponse prochaine La temporalité liée aux formes verbales Pour ce qui concerne notre corpus, la répartition statistique des items indépendamment d une analyse plus approfondie des emplois verbaux, analyse à laquelle nous procéderons par la suite nous permet de poser certaines prémices. Voir tableau 29 La plus grande partie des formes verbales présentent un choix temporel lié au présent pour plus de la moitié des occurrences : 56,6 % pour ce qui concerne les messages oraux et 61,8 % pour les messages écrits. La forme infinitive prend la seconde position et concerne un cinquième des items : 19,6 % pour les enregistrements sur répondeur et 24,5 % pour les écrits d internautes. Quels que soient le sens de l énoncé et les intentions du locuteur, le moment de l énonciation est donc le plus souvent celui de l actualité ou d une actualisation potentielle, d une situation «en devenir», présentée sous la forme de l infinitif (l infinitif ne présente aucune marque temporelle, ni marque personnelle). Le temps de la conversation s inscrit dans l instant avec des demandes et réponses en principe simultanées ou espérées particulièrement rapides. La proximité temporelle démontre l urgence dans la transmission de la communication sur répondeur téléphonique car un message n y est enregistré que si sa réception et sa réponse s effectuent dans un laps de temps relativement court. De même, lors de conversations d internautes, l actualité garde la marque de la proximité quoique de moindre urgence au Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 115
116 regard des transmissions orales en tout cas dans le cadre des énoncés «newsgroups» relevés Les autres éléments de l énonciation Les éléments significatifs liés au «je», «ici», «maintenant» ayant été présentés, il nous paraît utile de procéder à l identification d éléments qui eux aussi caractérisent, donnent une couleur particulière à l énonciation. Il s agit de l emploi de la majuscule et de la ponctuation, des interjections, d expressions partiellement désémantisées, d éléments connexes aux signatures, introducteurs et conclusifs, des smileys et de dessins. A ce stade, il nous paraît utile d attirer l attention sur trois aspects importants dans la comparaison «écrit-oral» des messages. Primo, l isolement individuel croissant de l émetteur d un message semble être une conséquence des possibilités d acquisition personnalisée de la connaissance, en tout cas pour ce qui concerne l usage d Internet, et de transmission différée d informations qu il s agisse d Internet ou de répondeurs téléphoniques. En outre, il semble que le contact direct, sensoriel, instantané de l individu, ses intonations, ses mimiques, etc., interviennent pour une part importante dans l énonciation orale, difficile à assurer par écran ou écrit interposés. Secundo, tout message paraît comporter une partie émotionnelle plus ou moins importante mais perçue très différemment selon le mode de transmission. Voir tableau 30 Elle s exprime à l oral à l aide des intonations vocales, des crescendos-decrescendos de la voix, des prises à partie et autres interpellations de l auditeur, des temps de pause et de silence, des répétitions exprimées sous le mode de l insistance. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 116
117 Elle est formulée à l écrit par l intermédiaire de la ponctuation (points de suspension, entre-guillemets), des répétitions textuelles, de l emploi de la graphie (majuscules, caractères gras, soulignés) ou des smileys très appréciés des internautes et qui permettent de préciser le sens de l interprétation : s il faut le prendre avec le sourire, s il s agit d une mauvaise nouvelle, d une critique, d une opinion défavorable. Tertio, le message oral est plus bref que l écrit mais il se montre souvent moins précis et moins nuancé. Il apparaît fréquemment que le message oral est une «entrée en matière», traduit une décision ou forme une réponse précise à des questions antérieures 125. Les attitudes en question représentent soit une action sur l auditeur (en l obligeant à agir et/ou à réagir), soit la «présentation de soi» mise en œuvre, qu elle relève de la conscience effective de l énonciateur ou non. Les éléments significatifs liés au «je», «ici», «maintenant» ayant été présentés, il nous paraît utile de procéder à l identification de ces éléments qui eux aussi caractérisent, donnent une couleur particulière à l énonciation La majuscule Pour ce qui concerne la présentation de textes employant des majuscules, elle se conforme généralement aux règles de la grammaire normative : en début de phrase ou pour les noms propres car la majuscule est tout à fait déconseillée sur Internet où elle est perçue comme un haussement de ton, un cri ; un internaute ironise même à ce sujet : «Je suis un peu sourd de l écran». 125 Cf. message pré-enregistré du répondeur téléphonique Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 117
118 La ponctuation Par la multiplication des signes habituels de la ponctuation le point, le point d exclamation, le point d interrogation la ponctuation des messages sur Internet peut être nettement plus expressive que ce qui est généralement préconisé pour un écrit. Voir tableau 31 Le suremploi de ces signes relève de l intention de l émetteur, de son émotivité ainsi que de la volonté qu il entend exprimer dans son message. Il s ensuit que si l expressivité de l énoncé est plus forte, sa subjectivité soumise à la perception du récepteur est également plus grande. Voir tableau 32 Cependant, lorsque nous observons la fréquence d emploi des signes de ponctuation, nous constatons que les points de suspension en une seule série et les points d exclamation et d interrogation en une seule unité restent les éléments les plus usités. De plus, les guillemets permettant de relativiser un sens donné reviennent également fréquemment ; sans doute dans le même souci de contextualiser positivement le message. Précisons que l évaluation chiffrée du tableau ci-dessus porte sur la proportion moyenne d utilisation de ces signes par message. Outre les éléments qui précèdent, certains mots ou emplois tout à fait particuliers doivent être intégrés car nous y reviendrons dans cette partie de notre analyse, à savoir : les interjections, des expressions partiellement désémantisées et les éléments connexes aux signatures. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 118
119 Les interjections Voir tableau 33 L emploi des interjections est peu significatif sur Internet. Par contre, il est inhérent à l oral avec une prépondérance de «hein» et de «heu» ; l un pour demander une confirmation, l autre pour marquer une hésitation fréquente dans l expression verbale d autant plus que les répondeurs téléphoniques «désarçonnent» l interlocuteur puisque le message est pris sur le vif. Précisons que l évaluation chiffrée porte sur la proportion moyenne de ces interjections utilisées par message Des expressions partiellement désémantisées Voir tableau 34 Nous découvrons peu de formes de ce type dans les écrits recueillis sur Internet. Elles semblent concerner surtout l oral où le langage est relativement peu soutenu du fait de «l urgence de la situation» car il est nécessaire d élaborer un message dans l instant, message qu il sera impossible de modifier par la suite. En outre, à l oral, il s agit aussi d attirer l attention de l auditeur, de meubler les silences, de compenser les hésitations. Les expressions «dis», «va», «allez», «tiens», «ça va» 126 (avec des variantes temporelles comme «ça ira» ) ne s analysent presque plus dans leur réalisation usuelle, ritualisée. Néanmoins, elles ne sont pas entièrement désémantisées du fait de l intention de l énonciateur toujours inhérente à leur utilisation quand il s agit de : 126 cf. Les démonstratifs et l emploi de «ça va» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 119
120 Introduire : «Dis, notons» Constater : «Tiens» Conclure : «Allez, va» Les éléments connexes aux signatures Nous avons déjà pu observer que certains Internautes personnalisent leur message à l aide d un dessin. Lorsqu ils signent leur écrit, il arrive également que des émetteurs ajoutent aux données habituelles (patronyme, prénom) une maxime ou une phrase. Ces choix personnels peuvent être riches d informations au sujet des spécificités socioprofessionnelles, psychologiques et autres du locuteur : centres d intérêt, préoccupations diverses, attitudes. Généralement, ces phrases proposées en complément de la signature apparaissent de manière récurrente en fin d'énoncé car l'énonciateur l'utilise comme une image de marque personnelle complémentaire. L homme est mesure de toute chose. Protagoras «Il faut poser le pied assez légèrement sur terre.» Chardonne Dans même pas 70 ans, on sera tous morts. Pourvu que ce soit de rire, car le ridicule ne tue pas. «Ma forme essentielle est propre à la communication.» Montaigne Le nationalisme, c est comme la connerie, ça n a pas de frontière. «Mieux vaut manger des pommes que passer par la fenêtre.» «Turn down the tv, turn down the audiophone, turn away from it all "cos it getting too much» - joy division Intoxiquons-nous et nous deviendrons grands (Lester Bangs) Pourquoi suis-je si beau au lieu d être riche? Téléphone : eeuuuhhh! ah non! pas de téléphone! «Les grosses c'est comme les mobylettes c'est rigolo à monter jusqu au jour où un copain te voit dessus.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 120
121 «In coma no diploma» «Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.» Henri Michaux J aime bien la pluie, ça fait chier tout le monde. Le téléphone cellulaire est un signe d infériorité sociale Va savoir, Charles Ne réponds pas au fou Réponds au fou selon sa Selon sa démence, que tu démence de peur qu il ne Ne l égales toi aussi soit sage à ses yeux (Prov 26:4) (Prov 26 :5) «Le jeu est la forme la plus élevée de la recherche» Albert Einstein Il n est pas bon de tenter de maîtriser une chose qu on ne connaît pas et il est bien improbable qu il en résulte quelque chose de bien. ALLEZ L OM ET VIVE LES BLAIREAUX! Araignée du soir, espoir. (almanach Vermot) Les éléments introducteurs et conclusifs Des messages téléphoniques Voir tableau 35 Le terme d appel «Allô» est relativement peu usité ; il est vrai que le message se réalise juste après un appel (message pré-enregistré) et que la communication est déjà en cours. Près de la moitié des messages comportent une référence à l appelé, la communication est pour lui, le locuteur lui parle et le nomme. Précisions concernant l appelé : «Tout le monde» / «Jean, Patricia» / «Toute l équipe» / «La madame» / «La RTBF» / (liens de parenté) Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 121
122 «Maman», «Mamy», «Marraine» / prénom / surnom / nom + prénom / destinataire (intermédiaire) «message pour» (2x) Les précisions sont inversement proportionnelles à la connaissance que l appelé a (ou est supposé avoir) de l appelant. Les réponses de la RTBF en comportent de nombreuses ainsi qu il est requis dans le prémessage ; par contre, dans le domaine privé, c est variable. Précisions concernant l appelant : Nom / Prénom / Prénom et nom / Famille de / Le secrétariat / L ami de / «moi» / surnom 42% des messages comportent des hésitations de tous ordres ; il est vrai que l utilisation du répondeur téléphonique n est pas encore aujourd hui monnaie courante pour tout un chacun. Hésitations : Hein / Heu / Allez / Voilà / Bon, ben Quant aux salutations, elles se retrouvent soit au début, soit à la fin, soit à la fois au début et à la fin du message ; en effet, l urgence de la réponse (seuls quelques instants sont disponibles) ne permet pas une structuration entièrement raisonnée de l énoncé. Salutations : A tout de suite / à bientôt / au revoir / bye bye / bonne journée / à mardi / bon dimanche / bonne semaine / bon congé / salut / on se recontacte / à tchao / tantôt / allez tchao / bonjour / bonsoir / à demain / bon week-end / à plus tard / à tout à l heure / bien à vous / bonne nuit Incidemment, deux messages très longs sont à signaler : ils racontent l un, un événement particulier de la vie d une auditrice d une émission de la RTBF (en 454 mots), l autre raconte toute une vie! (en 1371 mots) ; un troisième message est une menace de mort, anonyme ; un quatrième ne comporte que trois mots : «heu, hum, hum». Le répondeur téléphonique incite ses utilisateurs à deux attitudes particulières : Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 122
123 soit l appelant raccroche sans rien dire (de nombreuses personnes raccrochent en effet immédiatement) ; soit l appelé «filtre» les appels (cf. série 5 : 49 appels sur 173 sont interrompus, soit plus de 28 % ; série 6 : 8 sur 97 messages, soit plus de 8%). D ailleurs, les appelants le savent : 14 «houhou» sont des appels à répondre, ou bien une attente silencieuse s instaure, ou encore, s exprime une interpellation : «t'es là?» Des messages sur Internet Compuserve Tout d abord chaque forum de discussion à la suite de son intitulé (a) - reprend la liste des différents messages (b) qu il contient avec le nom de l auteur (c) ; Exemple : a. Articles dans fr.rec.cuisine b. Plantes sauvages comestibles c. Corinne Villemin Gacon Chaque message comprend : Le titre du sujet La notation «suivi de message» (pour la plupart) Les noms, prénoms, références web de l auteur, la date, l heure, les références du serveur o Corinne Villemin Gacon ([email protected]) o Wed,28 Aug :02 : o Freenet/France Entreprises o Groupes News : fr.rec.cuisine Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 123
124 Belgacom Dans ce cas, il n y a pas de page d information générale, chaque page a son titre. Subject : Je parle français! moi SVP From: Robert Romain [email protected] Newsgroups: news.newusers.questions Subject: Je parle français! moi SVP Date: 12 Jan199620:18:35 GMT Organization: Infoboard Telematics, Belgium Lines: 8 Message-ID: <4d6fmr$hnO2ibbr.ib.be> Content-Transfer- Encoding:8bit X-Mailer: Mozilla1.1N (Windows ; I;16bit) Sur Internet, quand l énonciateur signale (à raison de 62.3% des messages) qu il reprend les paroles de quelqu un, il fait toujours précéder la citation par le sigle > et l annonce généralement par un terme indicatif. La référence à un énoncé précédent remplace bien souvent la formulation effective d une introduction et épouse le suivi d une conversation. Dans un forum de discussion, les écrits s enchaînent de demandes en réponses. 127 Voir tableau 36 Bien que les messages comportent tous l adresse d origine en leur début, de nombreux utilisateurs ressentent le besoin d ajouter : 127 Le message réf. 8/5 est très long (je ne l ai d ailleurs pas repris dans le comptage ) car il comporte 28 pages de 29 lignes chacune ; l auteur explique le mode de fonctionnement d un jeu. Quant au message réf. 5/3, il comporte six pages uniquement en langage ordinateur! Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 124
125 soit leur prénom ou leur prénom et leur nom ou leur nom (souvent avec l initiale du prénom) ; soir leur adresse mail où apparaît fréquemment ce genre d information, ce qui constitue une redondance parfois à trois reprises : en début de texte, en fin de texte, dans l adresse ; il arrive que seule la première se trouve en début de page. Les formulations sont plutôt «expéditives» si l on se réfère au pourcentage des salutations : il n y a pas d introduction ni de formulation similaire à la correspondance commerciale ; bien souvent la formulation «wrote» (cf. ci-dessus) et le rappel du pré-message semblent suffire puis l énonciateur enchaîne la discussion. En fait, l écrit sur Internet se réfère plus à la procédure orale qu aux techniques de rédaction courantes (cf. intro, corps, conclusion). Voir tableau 37 Salutations introductives : Salut à tous / Salut / bonjour / Bonjour et bonne année / Bonjour aux cybernautes / bjr Salutations conclusives : Bon courage / bonne chance / à+ / bonne journée / bye bye / à bientôt / bon chant / merci / merci d avance / amicalement / bien amicalement / voilà / cheers / amitiés / itou (cf. amicalement) / à plus / ciao / cordialement / bien cordialement Autres : Des informations supplémentaires interviennent telles que : l adresse postale, le numéro de téléphone, des maximes. Lors de la formulation du message, d autres éléments peuvent avoir leur importance ; par exemple, sur Internet, le destinataire peut être n importe qui, «Monsieur tout le monde». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 125
126 A priori, la plupart des Internautes ne se connaissant pas personnellement, l interlocuteur sera donc partiellement ou entièrement idéalisé. A la fois singulier et multiple, et surtout anonyme, il garde toute latitude dans sa gestion du message qu il accepte ou rejette à sa guise. Dès lors, de nombreux textes sont rédigés sous forme de demandes adressées à tout un chacun («Qui veut bien me dire», «help») sous forme de questions précises et urgentes, de propositions de discussion. Dans le corpus considéré, les messages individualisés mais susceptibles d être lus par tous comportent la mention Re Les dessins Les Internautes utilisent également les dessins pour illustrer leurs propos, qu il s agisse de leur signature ou de l énoncé lui-même ; nous manquons d éléments pour interpréter le sens et le choix de ces dessins car ce n est pas explicité dans les énoncés. Néanmoins, la sélection de Droopy et de Bart Simpson peut correspondre à une certaine mode chez les jeunes ; quant aux signatures, les dessins répondent peut-être à un besoin de personnalisation, de particularisation d une appellation qui pourrait être partagée avec un autre individu mais du fait de cette présentation spécifique devient un élément unique. Voir tableau Les smileys Voir tableau 38 La fréquence d utilisation des Smileys (98 en 922 messages) n est pas d une proportion élevée (soit 10,5 %) ; néanmoins, ils remplissent un rôle indispensable en tant qu informateurs ou procédés pour «amortir» le Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 126
127 choc d une communication. Ils servent à avertir le lecteur de l approche affective ou non qu il peut accorder au message, du degré d objectivité, de subjectivité du texte. En effet, la communication écrite doit compenser l absence d éléments qui par contre complètent un message oral en lui adjoignant de nombreux indices facilitateurs de la compréhension : présence de l énonciateur (qui peut clarifier dans l instant tout quiproquo ou malentendu), visualisation de ses mimiques et gestes expressifs, audition d intonations informatives. Sur Internet, l emploi des Smileys est tout à fait généralisé et même préconisé par les Internautes chevronnés. Il s en est par ailleurs suivi que dès la création du logiciel Windows 95 une transformation automatique des sigles a été intégrée dans de nombreux traitements de texte Des formulations et emplois particuliers Le style commercial Des formulations particulières au courrier commercial sont parfois reprises ; elles fournissent des formules toutes faites, spécifiques à ce type d'écrit. Les relations de cet ordre doivent être courtoises, polies, relativement neutres par conséquent vidées de toute sentimentalité et quelque peu distantes : Nous vous prions de remettre Nous espérons pouvoir vous donner un avis positif Nous comptons pouvoir vérifier votre professionnalisme dans de brillants chiffres de vente Puis-je vous demander de me tenir au courant Je me permets d'intervenir Je ne manquerai pas de vous répondre Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 127
128 Nous serions contents de pouvoir converser Je me suis permis de vous transmettre le message Est-ce que M. aurait la gentillesse de ne pas oublier de m'envoyer Pourriez-vous me donner Je remercie toux ceux qui voudront bien lire ma longue question et qui me répondront pour me permettre de m'aider à faire un achat valable Les formes verbales Les verbes injonctifs Voir tableau 41 Une constatation marquante doit être faite : les verbes injonctifs sont rarement employés dans les messages laissés sur répondeur et peu diversifiés pour ne pas dire pas du tout dans le cas présent car seul le verbe devoir a été relevé. La raison en est peut-être le contenu du message et les circonstances demandant une action rapide : le locuteur n a pas toujours prévu de communiquer avec une machine et le temps de réponse est limité. L injonction est rarement autoritaire, l énonciateur préfère bien souvent des formulations moins directives (veuillez 128 ou l emploi de la forme impersonnelle 129 ) et les verbes d obligation directe sont peu souvent repris quoique avec une occurrence plus élevée sur Internet : l écrit y est plus relâché, la disponibilité temporelle plus grande et la liberté plus importante qu au téléphone. Les verbes les plus fréquents sont pouvoir (175), devoir (92), falloir (61) et savoir (68). 128 latitude laissée à l interlocuteur, liberté de choix apparente 129 voir procédés substitutifs Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 128
129 Les verbes déclaratifs ou d opinion et les verbes performatifs Il arrive qu un locuteur ne souhaite pas prendre la responsabilité de l énoncé. Il emploie alors certaines formulations verbales pour minimiser les liens qui pourraient le contraindre à respecter une quelconque obligation. A l aide de verbes déclaratifs ou d opinion, l énonciateur évite donc de s impliquer directement, il reporte la responsabilité de l énoncé sur autrui et semble ne faire que proposer, transmettre une information. L émetteur est le «vecteur» du message, il se dégage de toute responsabilité : il a connaissance de certains faits, il transmet une information, «a entendu parler de», il ne fait que répéter. En fonction du contexte, toute une série de verbes peuvent être employés en ce sens. Voir tableau 42 Par contre, en portant son choix sur des verbes particuliers (performatifs ou de politesse), le locuteur donne à son discours une coloration précise. Rappelons que les verbes performatifs sont «les verbes dont l énonciation revient à réaliser l action qu ils expriment et qui décrivent une certaine action du sujet parlant. Je dis, je promets, je jure sont des verbes performatifs parce que, en prononçant cette phrase, on fait l action de dire, de promettre, de jurer. 130» Il peut donc s agir, pour le locuteur, de : assumer la responsabilité du dictum : accepter / affirmer / avoir promis / certifier / confirmer / mettre en cause / promettre / recommander / refuser ; l «édulcorer» : (s )excuser / avoir l amabilité/l obligeance / avoir demandé s il y avait moyen / il convient d éviter de / prier / remercier 130 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 129
130 La modalité «Comme synonyme de mode, la modalité définit le statut de la phrase : assertive, ordre ou interrogation.» 131 Pour ce qui concerne les éléments probants de notre corpus relatif à la modalité, nous retiendrons la forme interrogative et les modes des formes verbales La forme interrogative L allongement de la forme interrogative par la locution «est-ce que» est d un usage si répandu qu on n y pense plus. Ce procédé facilite la construction interrogative car il suffit d ajouter la périphrase à la phrase énonciative. D autre part, en augmentant le nombre d items du message, ne jouerait-il pas un rôle similaire à la redondance 132 dont nous parlerons cidessous? Est-ce que quelqu un pourrait m éclairer? Est-ce que tu pourrais sortir? (=sors) Est-ce que vous pourriez nous recontacter? Est-ce que vous pouvez me rappeler? Qu est-ce que je peux te dire d autre? (que dire d autre?) Comment est-ce que cela pourrait être arrivé? Les modes des formes verbales Le mode est le : 131 Bibliographie voir ci-après Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 130
131 «Caractère d une forme verbale susceptible d exprimer l attitude du sujet parlant vis-à-vis du processus exprimé par le verbe (énoncé simple : indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif, etc.).» Généralités Voir tableau 43 Le relevé quantitatif des modes liés aux formes verbales conforte nos premières remarques concernant l emploi majoritaire des marques liées au temps présent car il correspond à 60 % des formes verbales. Constatons également que le passé simple disparaît tout à fait dans les emplois téléphoniques ; il subsiste uniquement dans de rares textes sur Internet. En toute logique, son non-emploi conforte également les constatations précédentes au sujet de la temporalité car, détaché du présent, il correspond à un moment dépassé et achevé, loin de l actualité requise par nos énonciateurs. Les formes subjonctive, impérative et conditionnelle sont peu fréquentes (1,1% ; 2,4% et 4,1%). Nous y reviendrons. Le subjonctif, l imparfait et le conditionnel facilitent l expression d un souhait, d un désir, et adoucissent des emplois plus rudes. Le subjonctif est le mode personnel-inactuel ; il peut exprimer de nombreuses intentions telles que le souhait, le désir, la supposition mais «La constante sous la litanie est la virtualisation des procès. 134» Le procès étant défini comme suit : «On dit d un verbe qu il indique un procès quand il exprime une «action» réalisée par le sujet de la phrase (Pierre court, Pierre lit un livre, Pierre mange, etc.), que le verbe soit transitif ou intransitif, par opposition aux verbes qui indiquent un «état», comme les intransitifs être, ressembler, paraître, etc., ou les transitifs qui indiquent le 133 Bibliographie Bibliographie 67, p 307 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 131
132 résultat d un procès comme savoir. 135» : puisse fournir / puisse transmettre / que ces idées puissent faire douter.» Si le subjonctif est le mode du possible, du potentiel, l imparfait quant à lui s intègre dans le mode personnel-actuel. Il porte la marque temporelle antérieure au moment présent lié à l énonciation. S il s agit d un mode ancré dans le réel, il peut néanmoins permettre à l énonciateur de formuler des intentions particulières comme la politesse ou l atténuation de l énoncé : allais être rentrée / avait laissé / aviez la possibilité / c était pour avoir 136 / c était pour communiquer, voir, dire, essayer / je me demandais / pouvais passer / pouvait rappeler / savait donner / téléphonais pour dire, savoir / tenais à remercier. Par sa forme, le conditionnel personnel-actuel (futur 2) est rattaché à l indicatif. «Quant au «conditionnel» ( ) l infixe r- du futur (marcherai ) et la désinence ( ) de l «imparfait» (marchais ) le rattachent sans l ombre d une hésitation à l indicatif. 137» Par le sens qu il peut donner à l interprétation d un énoncé, le conditionnel supplante de plus en plus le subjonctif. «Diachroniquement, le futur 2 n a cessé depuis les origines de la langue de rétrécir le territoire du subjonctif( ). 138» Nous pouvons en faire le constat dans notre relevé car, si le subjonctif correspond à 1% des formes verbales, le conditionnel atteint le pourcentage de 4%. Il reprend à son compte la virtualité exprimée par le subjonctif et exprime le souhait, la demande, la supposition dans des formulations telles que : aimerais avoir / aimerais participer / aimerais savoir / aimerais avoir / aurais voulu discuter / aurais voulu donner / aurais voulu 135 Bibliographie cf. Les démonstratifs ci-dessous 137 Bibliographie 67, p idem, p 410 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 132
133 savoir / aurait besoin / aurait voulu savoir / auriez l amabilité / auriez l obligeance / ce serait pour savoir / conviendrait / demanderait / désirerais parler, participer, / devrais essayer / devrais le trouver / devrait arrêter de / dirais / faudrait voir à lire / pourraient être / pourrais dire, écrire, parler, trouver / pourriez retéléphoner / risquerait de / saurais contacter pour savoir / saurait aller chercher / serait susceptible de m'aider à obliger / se serait reconverti / se situerait / seraient tentés de / souhaiterais réserver / voudrais changer pour aller / voudrais pouvoir imprimer / voudrais signaler / voulais dire, exprimer, douter L impératif Le mode impératif a pour fonction dans l intention de l énonciateur de contraindre le destinataire du message à effectuer une démarche, un comportement, une action déterminée. Dans notre corpus, les formes verbales à l impératif sont fort peu élevées en pourcentage : l impératif quoique peu usité, l est dans une petite mesure en communication orale, peu en écrit. Remarquons que des formes verbales telles que «excusez-moi» relevant aussi de la forme impérative, sa caractérisation injonctive s en trouve d autant relativisée dès lors qu il s agit d une formule quasi ritualisée et nous conforte dans l opinion d une tendance innée à adoucir la formulation du message. Il arrive par ailleurs que certains items comportent des impératifs en surnombre mais s il s agit d une recette de cuisine transmise entre internautes, nous ne nous en étonnerons pas. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 133
134 La modalisation «Dans la problématique de l énonciation (acte de production du texte par le sujet parlant), la modalisation définit la marque donnée par le sujet à son énoncé 139.» La forme infinitive L infinitif est partie prenante du mode impersonnel et inactuel dont nous avons déjà fait état ci-dessus. «Hors de toute personne et de toute époque ( ). 140» En employant l infinitif, quelles pourraient être les intentions du locuteur? Pourrait-il s agir d une formulation «neutre» permettant à l énonciateur d éviter toute implication personnelle? Y aurait-il convergence avec l emploi de la forme impersonnelle? Nous y reviendrons La forme impersonnelle Pour ce qui concerne la forme impersonnelle : «La topicalisation impersonnelle procure un sujet grammatical à un énoncé privé de sujet logique ou évince le sujet logique de la première place. ( ) le retardement du sujet logique (sa postposition au verbe) le dépossède du rôle de sujet psychologique. La rupture narrative confère alors à la phrase une pure valeur événementielle : comparer p.ex. Un oncle nous arrive d Amérique et Il nous arrive un oncle d Amérique. En même temps, le sujet logique perd une part de sa capacité agentive (structures avec séquence verbale ou séquence 139 Bibliographie Bibliographie 67, p 300 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 134
135 non verbale), si même l idée d un agent n est pas absente (structure sans séquence d aucune sorte requise). 141» Lorsque le locuteur fait le choix des formes infinitives et/ou impersonnelles en évitant une formalisation personnelle de l'énonciation il neutralise le rôle du sujet logique : pour pouvoir l équiper, il faut pouvoir entrer, il vaudrait mieux faire payer aux responsables. Quand il s agit de lui-même, l'émetteur semble se placer hors du contexte et élude toute possibilité de focalisation sur sa personne en tant qu acteur. En effet, l utilisation des pronoms personnels de la conversation ou d'une formulation directe des actants peut parfois sembler agressive ; comparons : Je veux que tu obéisses. Il serait opportun que tu obéisses. La première formulation exprime une contrainte formelle pour l énonciataire alors que la seconde lui permet de sauvegarder la face car elle prend la forme d une proposition, d un conseil qui semble requérir son assentiment. La forme impersonnelle peut également adoucir une formulation trop contraignante à la forme impérative : Obéis! vs Il faut que tu obéisses. Les exemples ne manquent pas dans notre corpus ; ils présentent soit des formes infinitives, soit des formes impersonnelles, soit des formes mixtes où l impersonnel et l infinitif sont en relation syntaxique et renforcent encore si besoin est le retrait du locuteur et sa nonresponsabilité vis-à-vis de son propre énoncé. il convient ( ) d'éviter de tomber / il doit y avoir / il est inutile de vouloir me contacter / il faut aussi compter / il faut utiliser / il faut clôturer / il faut demander à I. s ils doivent répondre / il faut éviter d'utiliser / il faut juste trouver / il faut pouvoir entrer / il faut tout 141 Bibliographie 67, p Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 135
136 mettre en œuvre pour garder / il m'est donc impossible de changer de format / il ne faut pas prévoir / il serait intéressant de savoir / il suffit d'aller / il vaudrait mieux faire payer aux responsables / pour me contacter / si possible, répondre par mail La transformation passive «On appelle phrase passive une phrase correspondant à une phrase active transitive dans laquelle le sujet de la phrase active est devenu l agent (introduit par la préposition de ou par en français) et où l objet de la phrase active est devenu le sujet d un verbe constitué de l auxiliaire être et du participe passé du verbe transitif. Soit la phrase active transitive : (1) Le vent a cassé la branche la phrase passive correspondante est : (2) La branche a été cassée par le vent. On considère qu il y a quasi-synonymie entre la phrase active (1) et la phrase passive (2). 142» La transformation passive prive donc le sujet de son rôle d'actant et incite à penser qu une contrainte extérieure indépendante de sa volonté est à mettre en cause et non lui-même ; cette considération peut être mise en parallèle avec le constat effectué ci-après concernant l emploi des auxiliaires et le souhait du locuteur de prendre ses distances par rapport à sa propre énonciation : que les jo puissent être arrêtés / ne pourra être livré / les produits ne peuvent donc pas être présentés / il aurait dû être réduit / peut être classée / n'a pas pu être présenté 142 Bibliographie 23, p 364 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 136
137 Les auxiliaires modaux «Dans la problématique de l énonciation ( ), la modalisation définit la marque donnée par le sujet à son énoncé. ( ) Le concept de tension enregistre les rapports entre locuteur et interlocuteur par le moyen du texte : être et avoir marqueront la tension minimale, les auxiliaires vouloir, pouvoir, etc., la tension maximale. 143» En fait, par l utilisation d auxiliaires modaux tels que vouloir et pouvoir, l émetteur notifie clairement ses intentions et connote son énoncé à l aide d éléments «volontaristes». Néanmoins, à l image de l emploi des formes infinitive et impersonnelle, l'emploi d'auxiliaires de mode tels que devoir, vouloir, pouvoir, savoir, favorise également une prise de distance de l énonciateur par rapport au contenu de son énoncé. En effet, la suppression de l'auxiliaire n'apporterait pas de changement profond au niveau du contenu de base de la communication ; par contre, le message s en trouverait modifié pour ce qu il en est de la formulation de la communication : désir d atténuer une demande, un ordre, de minimiser la responsabilité de l'émetteur (devoir), de laisser une part de libre arbitre au récepteur (pouvoir, savoir), de poser une éventualité (ça peut), de faire intervenir une contrainte, une obligation externe à l énonciateur (nous devons confirmer, j ai dû le faire, nous serons obligés de porter plainte), de faire une proposition (il devrait arrêter de fantasmer). Voir tableau 44 La combinaison de plusieurs verbes dont au moins un modalisateur est un procédé tout à fait récurrent : Tu devrais pouvoir trouver cela Ton expérience en la matière devrait pouvoir me servir Ton expérience en la matière doit pouvoir me servir 143 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 137
138 Le candidat peut donc être astreint à utiliser Qui serait susceptible de m'aider à obliger Cette idée me semble pouvoir intéresser J'aurais voulu savoir si (sic) existe-t-il possible de faire ça La redondance et la non-concision «Le terme de redondance a été emprunté à la rhétorique par les théoriciens de la communication et par les linguistes. Pour les rhétoriciens, c était une figure de style ; il avait à peu près le même sens que répétition et désignait communément un excès dans les ornements de style. ( ) La théorie cybernétique de l information définit la redondance comme un rapport dont l écart à l unité est habituellement mesuré en pourcentage entre une quantité d information donnée et son maximum hypothétique. 144» Il peut arriver que, pour contrer certains problèmes de transmission (bruits, interférences ), pour insister et attirer avec certitude l attention de son interlocuteur, le locuteur répète tout ou partie de son message. Il s agit alors d un simple procédé de répétition d un terme ou d une phrase soit tel(le) quel(le) soit à l aide de synonymes. De prime abord, nous pourrions considérer que les exemples ci-dessous sont redondants parce qu ils contiennent plus d éléments que ce qui paraît nécessaire à la transmission de l information. Néanmoins, en y regardant de plus près, force est de constater que l émetteur ne se contente pas de répéter son énoncé. En fait, lorsqu il complète le contenu de base de son message, il le «contextualise». Son apparent manque de concision, sa «non-concision», n est sans doute pas sans utilité, même s il sera opportun de nous interroger sur la propension à augmenter les termes d'une phrase et/ou utiliser des locutions verbales là où 144 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 138
139 suffiraient une question directe et/ou une seule proposition et/ou un simple verbe. Les intentions du locuteur peuvent être diverses : Introduire une demande par le biais d une proposition placée à l initiale. C'est pour savoir si tu saurais me prêter (saurais-tu) C'est pour vous dire que je vais vous amener (je vais vous amener) C'est pour 145 voir si tu veux continuer à aller bien Comment faire pour demander (comment demander) Dis, je te sonne pour te demander si demain tu (demain, tu `) Vous seriez fondé à entreprendre (vous entreprendriez) Ce serait pour savoir ce que le toubib a dit (qu'a dit le toubib?) Cela m'éviterait d'avoir à utiliser (je n utiliserais pas) Qu'est-ce que je peux te dire d'autre? (que dire d autre?) Quelqu'un peut-il me dire où l'on peut télécharger? (où peut-on télécharger?) Amoindrir l impact un peu trop direct, brutal, voire négatif d un message par la formulation infinitive du verbe essentiel au message. Ça ne risque pas de s'arranger (ça ne s'arrangera pas) De me faire parvenir (de m'envoyer) Je tendrais à penser (je pense) J'ai réussi à remettre la main sur (j'ai retrouvé) J'ai tendance à considérer (je considère) J'avoue avoir été rebuté (j'ai été rebuté) Je me sens obligé de signaler (je signale) Je n'ai pas réussi à voir (je n'ai pas vu) Laisse tomber (abandonne) Je te conseille de tester (teste) On est un peu en train de se tracasser pour (on se tracasse 146 ) 145 «c'est pour», cf. les démonstratifs et leurs particularités d emploi Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 139
140 Qui viendrait dépasser (qui dépasserait) Cette formulation particulière s intègre dans une proposition qui peut comporter une forme verbale inchoative et/ou un auxiliaire de mode (pouvoir, vouloir ) ; cet emploi particulier ajoute une «distanciation» supplémentaire, éloigne encore plus l «impact» de l énoncé. «On appelle inchoatif une forme verbale propre à indiquer le début d une action qui va progresser. 147» Ça va faire (ça fera) Cela commence à m'énerver (cela m'énerve) Je commence à soupçonner (je soupçonne) Je vais déjà avoir (j'aurai) Je pense que je vais aller au cinéma Je vais essayer de lui retéléphoner (= je lui retéléphonerai) Paul Orthez va-t-il parvenir à conserver son titre Je vais devoir charger Je vais devoir me taper Vous pouvez aller donner Cholet va-t-il réussir à sortir la tête de Je ne vais pas épiloguer (je n'épiloguerai pas) Je viens vous demander (question directe possible) Je ne vais pas rentrer dans les détails (je ne détaillerai pas) Je suis sur le point de déménager (de un mot, on passe à cinq) On va encore avoir (on aura encore) Ou elle se met à chanter (elle chante) Que vous alliez remettre (que vous remettiez) Que vous n'arriviez pas à trouver (que vous ne trouviez pas) Qui commence à donner (qui donne) Vous êtes en train de glisser (vous glissez) Permettent de camoufler (camouflent) Seraient tentés de venir (viendraient) 146 NB : si «un peu», pourquoi téléphoner? 147 Bibliographie 23 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 140
141 Tu peux essayer de désactiver («désactive» serait plus péremptoire...) Il y a même des emplois «doublés» : Je vais aller m'abonner Je vais de ce pas aller voir La juxtaposition des procédés multiplie d autant l effet «distanciatoire», le procédé d «adoucisseur» de l énoncé : La proposition initiale, l emploi d un auxiliaire de mode, la formulation infinitive, l emploi du conditionnel. Je voulais juste savoir si tu étais bien rentrée (es-tu ) J'aurais voulu prendre rendez-vous (je prends rendez-vous) Aurait voulu joindre Les mêmes éléments auxquels s ajoute le choix du verbe inchoatif. C'est pour 148 voir si tu veux continuer à aller bien L emploi de la forme impersonnelle, dont nous parlons par ailleurs en tant qu «adoucisseur» du récit, peut être renforcé par une augmentation du nombre d items dans l énoncé. Il faut faire un choix (il faut choisir) Il m'arrive d'entendre (j'entends parfois) Il m'est donc impossible de changer de format (je ne peux pas changer de format) Il faudrait voir à lire ce qui est écrit (il faut lire) Une démarche collective relativement inconsciente consiste à «édulcorer» le message dans ses parties apparemment les plus impératives à l'aide de techniques diverses que nous venons de préciser : l'emploi de la forme impersonnelle et de l'infinitif, d auxiliaire modaux, de modes temporels, de formes syntaxiques particulières. Cette démarche «édulcorante» s'insère parfaitement dans l'élaboration de softeners, adoucisseurs du récit, utilisés par l'émetteur afin 148 «c'est pour», cf. les démonstratifs et leurs particularités d emploi Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 141
142 d'atténuer la formulation de sa communication. En fait nous en avons déjà fait le constat que ce soit par téléphone ou sur Internet, la conversation (pour autant qu'il y ait réponse) est décalée : l'énonciateur s'exprime seul tout en s'adressant à un interlocuteur réel mais absent. Le feed-back est aléatoire et le locuteur prend toutes les précautions possibles. Les intentions premières du locuteur semblent être de rejoindre un registre de parole relativement choisi. Il semblerait que l énonciateur pense employer un langage «châtié» dans le souci de donner à son interlocuteur l'impression d'être plus cultivé. Quoi qu il en soit, employer des formulations de ce type, allant parfois jusqu à l hypercorrection, peut produire un contre-effet : le message risque de devenir peu clair pour cause de surcharge outre l image qui pourrait être transmise d un manque de sérieux, d un verbiage ou d un discours de peu de consistance. Dans les pages suivantes, et bien que nous ne puissions en faire l analyse dans le cadre strict de ce travail, il nous a paru intéressant de présenter le relevé de données tout à fait spécifiques relatives à des emplois fortement colorés de subjectivité : humour, énervement. Ce type de messages pourrait faire l objet d une analyse tout à fait spécifique dans le cadre d une analyse de type sociologique. La proposition est ouverte La subjectivité L humour Tout un chacun ne s amuse ni ne s émeut toujours de la même chose ; néanmoins, que ce soit à l oral ou dans un écrit ludique, l émetteur se laisse bien souvent aller à toutes sortes de réflexions et considérations diverses, révélatrices de son état d esprit et de ses goûts. Il nous est possible de regrouper les énoncés humoristiques en quatre séries : - l image de soi Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 142
143 o l autodérision o l emploi d un accent «typé» o les déclarations pseudo-philosophiques o la participation aux newsgroups de «spécialistes» de l humour - l image de l autre o la dévalorisation o la dérision o la moquerie - les procédés o les jeux de mots, o les références contextuelles liées aux moyens de communication, au canal transmetteur o l interpellation du locuteur o la mise en scène ou mise en situation o le style emphatique - l état d esprit o l émotivité o l agressivité L image de soi L autodérision Bonjour, pour la deuxième fois aujourd'hui, en ligne Michèle, du fameux duel Michèle et Sonia. Et bien, c'est la petite Juju qui vient au renseignement Et puis le povre Eric devrait arrêter de fantasmer après tout, il m a jamais vue au fait, Fred, tu fais les t-shirts en XXXL? L emploi d un accent «typé» ( ) donc je me demande si vous êtes encore vivants. Allez, bisous, à Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 143
144 bientôt. (avec accent africain) Les déclarations pseudo-philosophiques Autres possibilités : 1. Dieu existe, et nous n existons pas. Nous ne sommes donc que des artefacts qui croyons exister 2. Dieux n existe pas et nous n existons pas (non p et non q en logique!) L Univers lui-même n existe pas 3. 2 valiums pris dans du pastis pur! La participation aux news-groups de «spécialistes» de l humour Les doigts me démangent, je n'en peux plus, je l'écris... Savez-vous à quoi sert une femme dans une chambre à coucher??? A transporter le sperme dans les toilettes... Le petit Kévin, qui est né sans bras est dans la cuisine avec sa maman. Kévin : Maman, je peux avoir du chocolat? La maman : Ha! Kévin! Attention! Pas de bras, pas de chocolat Mr et Mme Pamamobe ont eu un fils. Comment l'ont-ils appelé? Adémar Un jour, Dieu convoque Le président des USA, celui de l'urss (je sais cette histoire est vieille!) et BILL GATES Les gars, débrouillez vous mais le ler janvier 97, La terre aura cessé d'exister... Clinton revient au pays : Cher concitoyens, j ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise : >la bonne, Dieu existe, je l'ai rencontré... la mauvaise, la fin du monde pour l'année prochaine... Eltsine revient au pays : Les gars, deux mauvaises nouvelles (hips!) : Dieu ne boit pas de vodka, et la fin du monde est pour demain... BILL GATES fait son speech devant ses employés : J'ai deux Bonnes Nouvelles! Dieu m'a désigné comme la troisième personne la plus importante au monde. Nous n'aurons pas a faire la mise à jour de WINDOWS 95! Si les mille-pattes puaient des pieds, ça sentirais-tu rien qu un peu? Mon nom est Tom, Rec Tom. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 144
145 The joke Pourquoi les Newfie ne sont pas des amateurs de pêche? Parce que c est plate de passer son temps à plonger pour changer le ver Pire : Ah Roger! Euh Germaine (riez, ça ne m est jamais arrivé) L image de l autre La dévalorisation C est très dur sous Windoze 95. Il faut ouvrir une boiboite DOS, puis taper la commande tracert site.domaine. Par exemple, tracert Je crois même qu il y a de l aide en tapant quelque chose comme tracert, tout seul. On peut même essayer pin site.domaine, et ping tout seul pour l aide, ça marche aussi. Dans un accès de folie furieuse, on peut même utiliser Netscape (toutes versions) pour ça. On pointe sur une des jolies pages du Courtois et du Bortz ( et on trouve son bonheur. C est pas beau Internet, hein? )) Tient, mais c'est ce cher Guillaume Launay! Celui qui nous proposait il n'y a pas si longtemps un site spécialisé dans la distribution de logiciels piratés! Se serait-il reconverti dans les bonnes œuvres et le multi-post sauvage? Consternant. Tu es condamne à écouter NTM pendant 30 minutes "Patrick, quel tennis!" Very very old!!! C'est vieux comme la terre ton truc!!! On la retrouve, entre autres, dans le film Labyrinth, et la solution y est donnée... Au Québec aussi, mais cette conférence est aussi lue en Belgique et en Suisse, ce qui peut les occuper pour plusieurs années à venir Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 145
146 Sans rancune pour mes copains «ultra-chouette, ho la la la les nénettes et hop la, vive les mecs, quoi» Véro, dans tes articles, les blagues sont tellement courtes que je ne les trouve pas!! Amicalement Et c est à moi qu on faisait le reproche de faire des jokes trop «régionales» Et bien! Hyper drôle vos blagues rappel : fr.rec.humour A+ Et maintenant le grand spectacle de clown commence!! Ière partie : Gilibert essaie de comprendre un post (dur dur) 2èem partie : Gilibert fait de la philosophie (ouais madame!) 3ème partie : Gilibert a même de la mémoire. T en a d autres comme ça Gilibert? Je me défoule comme un fou! Je t aime beaucoup Gilibert, car tu es mon idiot préféré, tellement tu es drôle. Alors Cédric, on perd d entrée à la maison??? ( ) Le cervelet de Skinner est plus gros que le cerveau de Luther.. Arrête de toucher à tous les boutons GAMIN VA! Non je rigole mais je vois pas.. C'est ça ou elle se met à chanter. Alors tout compte fait, les mangas c'est nettement moins pire. La dérision On est des méchants, euh la la lère, euh On est bêtes en plus, car on peut rien comprendre à rien. Non, mais arrêtez un peu, avec vos révélations miraculeuses, SVP! (...) Mais es-tu sûre qu'il y en a ici? As-tu vraiment apporté la lumière (façon MDO=Dieu sur le chemin de Damas, que c'est beau!) à quelqu'un ici sur s.c.f. fr.c.d? Cat (...) Je n'ai pas vu de SIC dans la phrase. Vérité psychologique. Bon, moi je m'appelle LENOIR. C'est quoi ma tendance de prédisposition? (...) J'aime beaucoup ce garçon. Dire que la science apporte "LA" vérité, relève de l'idéologie, pas de la science. Détenir LA vérité, c'est le lot de tout islamiste (ou intégriste de tout poil) de base! Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 146
147 La moquerie C est cool ça, je vais aller m abonner illico. Le plafond, c est bien par mois? Si je calcule un peu, 550 F, ça fait 743 unités FT. Entre 21h30 et 23h00, l unité vaut entre 6 et 9 minutes (soit 8 minutes pondérées). Donc, si je comprends bien, je peux téléphoner 743*8=5944 minutes par mois (soit 99 heures, soit 3 heures tous les soirs) pour 55 f. C est top cool ça. Vite, où est-ce que je m abonne? Ouulaahhhh, cache-toi bien Emmanuel, quand elle a sa rage elle est capable de...(on y soi qui mal y pense) )))) C'est marrant, les avocats qui écrivent dans ce groupe mettent une majuscule à Avocat. J'imagine que ces Avocats ont des Secrétaires qui envoient des Pièces aux Avoués, qui transmettent ces Pièces aux Conseillers des Cours d'appel... et que ces Avocats reçoivent des Clients, dans des bureaux bien propres grâce aux efforts de leurs Femmes de Ménage. C'est sans rancune, c'est juste pour me marrer (j'ai rien contre les avocats, ni même contre les Avocats). Les procédés Les jeux de mots «impossible de faire plus vite qu immédiatement» Non. Le Mac est à mi-chemin entre le côté clair et le côté obscur. C est Billou l empereur, qui est lui complètement du côté obscur. Que la Force soit avec toi mon fils. En janvier les bisous, en août les coucous!! Mais le français de Gelbique, je le comprends je crois fort bien pour l avoir pratiqué sciemment dans son contexte et inconsciemment dans le texte. Ouarf. Quand je suis passé du 14» (où je ne comptais même plus les lignes d inits) au 21», et qu il m en restait encore trois lignes j ai Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 147
148 commencé à faire le ménage j arrive à vivre avec une ligne ½ mais y a des jours c est duuur -- Visiblement c est possible, mais c est 300 balles ou alors 2000 balles pour la totale. C est du non commercial à but lucratif Tout ce qui est beau je le prends! Zou. ( ) Il reste voir si c'est des triplés ou des doublés. Enfin des jumeaux, je suppose que t'as compris. Allô! Vingt dieux hon. Allô Jean. Personne chez lui. Personne chez Jean. Y a deux Jean que je sonne ; Nom di dioux. C'est pas grave ; c'est pour avoir cette machine pour les injections. Salut ; Ben si tu rentres incessamment sous peu, un petit coup de fil. Salut. Seul problème pas de nouilles. Et très rapidement un 3601machinchose Les références contextuelles liées aux moyens de communication, au canal transmetteur «n oublie pas de m envoyer la formule magique» «Vulgairement dit c est au cul du Mug même que se trouve l étiquette annonçant 1 mug gratuit à l achat d une boîte ( )» Peux-tu écrire plus fort, je suis un peu sourd de l écran. Merci des infos! Sinon elles sortiront bien quand le PCI à 32bit sera démodé. Donc dans 1 ou 2 ans! Et là j aurai sûrement la meilleure carte graphique du marché! Toujours est-il que j ai envoyé un mail dans les news de Microsoft (serveur msnews.microsoft.com) sur le sujet qui est resté sans réponse il a même été supprimé??? ( ) pour celui qui trouve, vu la quantité de monde concerné, ça va faire une grosse bouffe plus sérieusement, je commence à soupçonner sérieusement le compresseur de disque du windows95 plus!. Bonsoir, ceci n'est pas un répondeur. C'est moi : Didier. Ouais, salut, c'est François. Allô, allô... Allô. Je n'dirais plus hein, allô! (rire) Nom di djos. (H) Salut Petit Jean, ici c'est Popol.../ Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 148
149 Allô, décrochez, c'est moi!... C'est quelqu'un!... A tantôt. Allô. Ici c est le 22/../... Hehehe. Bien sûr que t'es pas là puisque t'es partie faire un gueuleton. L interpellation de l interlocuteur Salut les biches Chère Mistinguett Madame de la Briquottière, Salut Petit Jean, c'est Popol! La mise en scène ou mise en situation Après Jean-Claude Vandamme, après Sylvester Stalone, voici Didier *Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allô, allô/ <musique hard rock> Tu vois le matin, ça aide hein/ Bonjour, vous êtes en communication avec monsieur Bricolage qui est là pour l'instant et qui essaye de vous joindre. Et bien bonsoir I. Ici monsieur A d Anderlues ; numéro 56, rue d * Je pense que tu connais. Je m informais simplement pour savoir si tes parents étaient déjà partis parce que il est sept heures cinq et je me disais tiens peut-être que ils ont changé d avis je ne sais pas enfin, c est une blague hein, je savais bien qu ils allaient arriver mais c était pour voir quand. Pour voir s ils étaient déjà partis, enfin. Irène, bon réveillon, au revoir. Et bonne année. Désolé, chez moi je ne les mets pas dans une armoire mais dans le réfrigérateur... Et encore, pour pas longtemps... car, euh,... Enfin euh... C'est que c'est bon alors, on craque. Je le sais bien! Après ces vacances, vous avez le blues d Internet. Tous les jours vous avez surfé les vagues de la toile d araignée (on dirait un extrait de discours du maire de Champignac. Vous avez tout vu, tout vécu! Vos clics vous ont immanquablement mené de la Motte Beuvron à Wellington. Vos téléchargements sont sans surprise Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 149
150 et vous avez lu tous les news. Bref la routine et l ennui se sont installés. Réagissez! Etonnez-vous! Surprenez-vous! C est pourtant facile : - Partez en province loin de tout accès local à l Internet. Achetez un modem Olitec. Souscrivez un abonnement à PlanetePc. Utilisant comme serveur de News Internet Way Passez par le kiosque Micro de France Télécom ( ). Alors votre expérience Internet reprendra saveur et sens : - une visite d un site Web redeviendra un événement exceptionnel une lecture des news un cadeau des dieux un téléchargement un thriller Hitchcockien et, point d orgue, tous les deux mois, vous connaître le grand frisson de la facteur FT. D accord c est un peu méchant, mais j en ai marre que mes tentatives de connexion échouent, à un moment ou à un autre, environ 14 fois sur 15, marre que FT (interrogé sur la facturation des non-connexions) se contente de mettre en cause, de fait, PlanetPc (et me suggère un abonnement à Wanadoo), marre que PlanetePc ne réponde pas aux messages écrits et mette en cause, de fait, Olitec et Internet Way. Je ne sais pas qui est responsable de quoi dans tout cela mais c est pénible. Une précision quand même : las de cette situation j ai trouvé un autre accès, que j utilise parallèlement, et mon modem Olitec s y comporte parfaitement! Allez, surfez bien les Parisiens! Salut de Bretagne! Comment? C'est trop fort! On envahit les gens et sans raison, ils nient votre existence. Vous êtes en train de glisser sur une pente dangereuse, le négationnisme. Si ça continue, nous serons obligées de porter plainte à la LICRAET (Ligue Contre le Racisme Anti Extra-Terrestres). Extra-Terrestres de toutes les planètes, unissezvous! Par contre, pour l'autopsie de Pradel, vous voulez des droits d'exploitation pour votre idée? Manque de bol, créature, ta copine était des nôtres : c'était une fillette atteinte de progeria, vieillissement prématuré. khgkkd jnkml ;) En revanche, le gros Pradel, on veut bien te le laisser, vous en Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 150
151 ferez l'autopsie sur ta planète (ça sera vite fait, surtout la tête) et comme ça tu pourras arrondir tes fins de mois en vendant la cassette chez UF1-Video. Ne me remercie pas, ça nous débarrasse. Et comme on dit chez nous, dans ta langue : yn phevbfvgr rfg ha ivynva qrsnhg ;)) Ca me fait penser à un dessin de Sempé : une télé, installée dans la grande salle commune d'une ferme, regardée par toute la famille typiquement paysanne, au milieu des poules, de chiens et de chats, un cochon etc. A l'écran, un homme demande à un autre : -"Et maintenant, une question que tous les téléspectateurs se posent : comment votre concept onirique, à tendance kafkaïenne, coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous faites de l'existence intrinsèque?" (réponse à un questionnaire sur la vente et la consommation de la drogue) homme oui. Bon plan aujourd hui contactez-moi [email protected] nouvel arrivage. 15 ans Europe Asie Océanie Amérique Afrique Chicon cocaïne héroïne les amphés opium marlboros crack beaujolais nouveau petit livre rouge angel dust traxene dans la rue dans les cafés sur les plages dans le métro dans l avion à la sortie des écoles chez moi chez toi (tu me dois 200 sacs) avant que moi personne après que moi le déluge non : proxénétisme jeux racket trafic d armes mandat d élu pour suppléer mon pognon que j en veux beaucoup touche pas à cette merde toujours pour avoir plus de pognon j achète pas cher je vends très très cher héro 99.5% coca 99.8% beaujolais nouveau 100% talc farine henné bouse de vache hydrochlorure de fluocarbonate caustique au trychloretyrène de soude fonds de tiroirs cyanure restes du frigo héro 2t. amphé 1T. la marie 120 kg mais elle se surveille Mir Citron, Mr Propre Je ne vends jamais aux amis je ne suis pas un enfoiré. Si ça te console j ai le même problème depuis l installation des nouvelles versions Netlmeeting1, msinternetexplorer3 et newmail1. Mais j ai toujours pas de solutions autres que celles Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 151
152 d arracher violemment la prise de courent ou d appuyer calmement sur ON/OFF, ou fébrilement sur RESET!! Le premier qui trouve appelle l autre et on fait une petite bouffe Le style emphatique Ben oui, Christine, ben tu ne m'as pas rappelé, c'est Alain heu ben j'ai la pochette sous les yeux de Marc Morgan heu... ben écoute, donc il s'agit de Marc Morgan, le titre de l'album c'est Les grands espaces, Les grands espaces L état d esprit L émotivité Oui, bonjour. Ben voilà, heu, en fait je me suis trompée de numéro (rire). Je voulais appeler l'animateur et paf! je suis tombée sur le répondeur. Mais heu, mais on est dimanche matin, on vous souhaite un bon dimanche à tous. Heu, bonne journée, au revoir. L agressivité Compte la dessus pour qu j te le dises Je ne voulais pas en parler pour rester discret, mais c est bien que ce soit toi qui viennes le préciser ici. OSONS! Va te faire griller une EPROM ))Itou arrête de boire! L énervement Les marques d énervement peuvent être une source riche d informations au sujet de l énonciateur et de ses caractéristiques personnelles. Par définition, lorsque l on cède à l irritation, les «barrières» tombent et l on peut prendre un style de parole très peu châtié ou en tout Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 152
153 cas nettement plus relâché que ce que tout un chacun emploie habituellement. Les marques linguistiques que nous avons relevées peuvent se répartir en cinq catégories : - la personnalité de l émetteur o l insistance o la polémique o le self-contrôle - l image de l autre o l interpellation o la critique o la dévalorisation - le niveau culturel et social o les insultes o les menaces o la politesse - l état d esprit de l émetteur o l irritation o l inquiétude o l agressivité - les procédés o la mise en scène o la ponctuation La personnalité de l émetteur L insistance C'est la troisième fois que je demande qu'on téléphone à madame Gillis, au 345/55/16. Merci. Oui. Moi je voudrais bien savoir qu'on annonce sur l'antenne pour quelle école et où ça se trouve hein? Parce que c'est bien Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 153
154 mais on voudrait quand même savoir quand on offre quelque chose où ce que ça peut aller hein? J'attends avant de donner une offre parce que j'ai ici, dans mon magasin, deux vieux ordinateurs mais je veux d'abord savoir où ce que ça va hein. / Oui, j'ai déjà demandé : je voudrais savoir pour quelle école ça est. Parce que j'ai ici dans mon magasin - je vends du matériel informatique - *ma ça m'intéresse bien *de aider des gens avec du matériel qui sert plus. Mais je veux d'abord savoir - je le demande sur l'antenne - pour quelle école est-ce que ça se trouve, hein. Oui, merci de m'appeler, hein. Allez, au revoir. Allô? Oué. / Allô. Je comprends pas pourquoi la madame elle parle du vin et des bazars comme ça *ma je veux bien aider mais je demande qu'on dise l'école! Pourquoi est-ce qui répondent pas sur l'antenne. Si tu demandes quelque chose, tu réponds et la madame continue de parler avec le monsieur et puis elle met des disques et je voudrais savoir l'école... et où ça se trouve... parce que si tu aides! Enfin, moi je comprends pas : ou tu veux avoir ou tu veux pas avoir, hein. Je remercie que tu appelles tout de suite, hein! / Oui, je suis content hein, qu'on ait donné une fois le nom de l'école hein où que ça se trouve là à??. Oui, tu peux m'appeler alors tu sais, je vais te donner les coordonnées pour que tu peux m'appeler tout de suite, hein! Le 539/ Allô? Oui? et tu demandes François Dehogne. Donc je répète ou pas? Oui, je répète quand même, hein. 539/0001, François Dehogne. Tu m'appelles, je te donne alors tout ce que j'ai dans mon magasin, tu sais. Allez, au revoir, merci hein. Au revoir. Allô maman? C'est moi. (attente) Maman, tu décroches? / Allô, maman, c'est moi. / Allô, c'est Sandra / (F) Allô, maman, c'est moi. Tu décroches? / Allô, maman? C'est moi. / Allô, maman? C'est moi. / Allô, maman... / Allô, maman? C'est moi. (H) Annie, c'est moi. Tu peux répondre s'il te plaît? Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 154
155 (F) Allô. Ben il est sept heures moins quart! Tu me dis que tu rentres à cinq heures, qu'est-ce que tu es devenue enfin. Allez. Espérons que tout va bien. Je t'embrasse hein. Au revoir. Cette boîte qui ne me répond jamais! bonjour, Hein? D accord? Ha cette boîte qui ne me répond jamais! Au revoir! HOU? elle n est pas là? Ce n est pas vrai! La polémique bravo Debre la majorité du peuple est avec toi les lois Pasqua ne sont pas assez dures ce n est pas une minorité de gauchistes et de stars du showbizz qui vont nous imposer leurs idées quand même de toute façon la T.V. et la presse et nous bourrer le crâne pour nous émouvoir mais c est raté ce mec trouve sûrement qu'il n'y a pas assez d'étrangers comme ça sa manif de bras cassés il peut se la foutre au cul Pauvre type, si les gauchos savaient ce qui est un état de droit ils fermeraient leurs gueules sur ce sujet. En plus avec vos conneries, Lepen va prendre encore trois points, mais ca, ca vous dépasse. si c est le seul moyen de combattre le gouvernement bravo. En plus la France a des lois sur l immigration, qui sont ce qu elles sont, mais qui ont été votées par nos représentants à l'assemblée (A moins que la démocratie aussi tu la traînes dans la boue...) ça va pas la tête je paye toute l'année pour ces gars-là mais quand je suis dans la merde personne ne m'aide alors dehors mais où va-t-on? Salut à tous, cher squatters de, qui, une fois de plus, devient jeme-fous-sur-la-gueule!!! Y a pas des lois Pasqua contre les 'sans-autorisations d'être sur le bon newsgroup'??? :-) Il v a un certain temps, un dénommé Lavilliers disait : On manifeste comme on peut, pas vrai??? Ca me fait marrer : cette chanson, Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 155
156 Utopia, date de l'album 15eme round... ca commence à dater pas vrai??? Pas à vous lire ps : Messieurs les CRS, frappez avant d'entrer... euh, à la hache patron??? Le self-contrôle Que faire? (Je ne dirais pas mon sentiment sur les lois françaises de douane en général 8-{ ) Merci pour tout conseil ou toute adresse à qui je pourrais envoyer des récriminations pour me défouler. ( ) L image de l autre L interpellation Et champion d Europe!!! Comme le Milan AC!! Tu préfères quoi, un club qui gagne ou un club qui perd???? Allez va, tu me fais de la peine. La critique Eh! bien, il est vrai que courir plus vite que quelqu'un de 1/100 est ridicule. Cela ne veut rien dire et la gloriole est disproportionnée par rapport au 1/100. Les sportistes n ont pas grand chose à voir dans cette histoire sauf que cela flatte leur vanité. Mais en revanche les médias sont grotesques. Après avoir osé dire que les Jo puissent être arrêtés car une bombe a explosé, c est grotesque car caca-cola et CNN ont trop investi. Ils m ont gonflé à la grand-messe (mess en anglais= bordel, désordre) en consacrant 10 minutes pendant le journal hors le journal spécial JO. 20 minutes de sport. Quelle suée! Et voir Jupette les accueillir et dire «La France qui gagne» face à lui qui perd m a bien fait rigoler. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 156
157 La dévalorisation Ah ben le revoilà celui-là Ca faisait longtemps! Sur S.C.French, l année dernière et à cause des pétards à Chirac en Polynésie, ce loustic nous a «gonflé» pendant 6 mois. Il n était donc pas mort Bon, je fais suivre cette mauvaise nouvelle sur S.C.F., ç a va leur rappeler de mauvais souvenirs ça Le neurone qui patine sans doute. Non, il essaye de faire dans le dédain et l'humour glacé, mais comme il n'est pas plus doué pour ça que pour le reste, ça tombe à plat. Le niveau culturel et social Les insultes (H) Oui heu, ce message s'a/s'adresse en fait au service de programmation. Heu, vendredi 6 heu c'est pour heu féliciter heu l'enfoiré heu à la programmation du, du feuilleton de, au niveau des fleurs là, hein bon hein, fameux quoi, la RTB, fameux. (F) Je te tue gros con, je t'emmerde, gros fils de pute, je t'encule vois-tu. La valse des gros cons continue C est vrai que pour ce genre de supporter, dire que l OM est un tricheur est leur seul argument. Les pauvres petits jaloux. Les menaces Et comme ma soeur hein??? c'est très méchant ce que vous dites-là. Je vais vous tuer. (murmure:) Le bâtiment va exploser. Ha, ha... Ca m'amuse, moi. Bye, bye. Et surtout pas... très méchant... il y en a surtout une personne qui va mourir. La politesse Enfin, j aimerais que vous évitiez des attaques nominales à mon égard. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 157
158 Le problème est que vos messages ressemblent plus à des tracts qu à une incitation à la discussion. Si vous avez un message à faire passer, faites-le sur votre serveur WEB. Je ne suis pas sectaire et ne pense pas avoir toujours raison ; je vous ai défendu au moment de «l affaire» de votre signature (chez WN) mais ce n est pas pour que vous nous rabâchiez les mêmes propos d inspiration moniste tous les jours dans les news. PS : merci de ne pas me répondre par l envoyer à la poubelle est déjà trop de temps que je vous consacre! Pour en savoir plus sur les propos tenus précédemment par le couple Odent et éviter peut-être des discussions odieuses, on peut essayer l URL : PS : discussion n est sans doute pas le mot approprié, étant donné que les arguments, à mon avis, ne les intéressent pas. L état d esprit de l émetteur L irritation Décidément, elle n est jamais là! Enfin, bref, c est Pascale L inquiétude Oui Irène, écoute, il est onze heures quart aujourd'hui, nous partons ; si tu es à la maison, que tu rentres, téléphone vite à Nonna parce que nous ne sommes pas tranquilles, hier on a téléphoné deux fois hier soir, et tu n'étais pas là. Donc fais nous tranquilliser, téléphone-nous même chez Nonna ou n'importe où le plus vite possible. Salut! Oui Irène, c'est nous heu c'est la quatrième fois qu'on téléphone hein, aujour- mainant il est quatorze heures trente-cinq, ben essaye de nous téléphoner, nous faire tranquilliser le plus vite possible. A la maison, chez Nonna, où tu veux, merci. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 158
159 L agressivité Ca vous arrive de lire complètement un message? Y en a encore beaucoup qui veulent proposer un utilitaire DOS pour spliter un fichier sous UNIX? (Faites pas attention je suis pas dans mon état normal ce soir). ( ) aussi y en a marre qu il y ait que des ceums tout le temps!!! Let s move! tu rêves la :-)Alors pourquoi ne vas-tu pas chez club-internet???moi pas comprendre... Les procédés La mise en scène Sérieusement, ça va durer encore longtemps ces histoires de tables ASCII incompatibles entre elles? L informatique existe depuis combien, 50 ans? Et on n a toujours pas de standard, c est grotesque. Unicode, c est pour quand? Devra-t-on attendre l incarcération de Bill Gates pour pouvoir communiquer entre nous? Je propose une croisade à travers le Net : Que toute personne qui croise un babasse qui n accepte que le low ASCII l immole immédiatement par le fer ou le feu (ou l huile bouillante, enfin tout moyen disponible). Montjoie! Saint-Denis! On les aura! Au passage, je décrète une fatua sur les informaticiens qui ont estimé que 256 caractères suffisaient pour tout écrire (!) Imam Olivier Randier Experluette La ponctuation Le corrompu Robert a trouvé un club, Carignon ne devrait pas tarder à retrouver une mairie ;-( Le football c est la vie à l envers!!!! Dans la vie de tous les jours, vous pouvez aller Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 159
160 donner des pots de vin à votre maire mais si on découvre l affaire, votre Maire finit en prison et vous libre comme l air!! En football, cela ne marche donc pas comme cela!! On punit ceux qui offrent et on laisse vivre paisiblement ceux qui reçoivent!! 2ème comparaison : Quand un chef d entreprise magouille, croyez-vous qu on punisse ses employés!! Bah non alors qu en foot oui!! Si dans le foot, il y avait autant de syndicats que dans la vie (quel bordel ), ça ne serait pas passé comme cela, que ce soit pour les champions d Europe Marseille ou Bordeaux (et la liste est longue) Imaginez un peu, un syndicat de supporter!!! La ligue prend une décision scandaleuse?? Personne dans les stades la journée suivant!!! Pas de pognon pour la ligue donc!! Réagissez en soyant un peu objectif ( ) Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 160
161 3. TROISIÈME PARTIE : APPLICATIONS PRATIQUES 3.1. Introduction A plusieurs reprises au cours de la rédaction de ce travail, des réserves ont été émises quant à la possibilité de procéder à une analyse sociologique du corpus ; néanmoins, force est de constater qu il ne nous est pas possible d éluder le fait que l énonciateur s intègre dans un groupe d individus au minimum celui des internautes ou d utilisateurs de répondeurs téléphoniques et que des relations particulières s établissent. D autre part, comme nous venons de procéder au relevé et à l analyse d extraits de messages, il nous faut à présent mettre à l épreuve notre démarche dans le cadre d applications pratiques. De prime abord et nous avons déjà pu l observer et le confirmer nous pensons pouvoir établir qu un jeu relationnel s établit dans n importe quel message. Tout un chacun, lorsqu il entame une conversation, élabore son message en tenant compte consciemment ou non d une perception personnelle de lui-même autant que d une perception tout aussi personnelle d autrui. En outre, le locuteur, en tant que personne intégrée dans une société, un groupe humain, ressent un sentiment d appartenance ou de discrimination sociale et applique ce sentiment à la perception de son interlocuteur. Tout contact avec autrui implique une connaissance a priori de la personne, une perception particulière qui n est pas exempte de préjugés, impliquant une évaluation de nouveau consciente ou non de ses caractéristiques personnelles et de ce fait, de la place qui lui sera octroyée dans la construction de la relation. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 161
162 L élaboration d une conversation implique nécessairement la mise en œuvre d un jeu relationnel. Dès lors, le message est formalisé et personnalisé par l émetteur par le biais de formes expressives particulières. Le locuteur, se positionnant en tant que membre, non-membre ou opposant d un groupe traduira dans son énoncé ses sentiments, impressions, opinions, sous des formes diverses qui peuvent aller jusqu à l extériorisation d un énervement, d un amusement, de l ironie. Une lecture attentive des messages composant notre corpus nous a permis d identifier certains messages tout à fait expressifs et particuliers. Nous nous proposons de les analyser plus en profondeur car «La vie émotionnelle et affective joue un rôle dynamique dans l élaboration des représentations.» 149 En outre : «La façade est composée de l apparence qui indique le statut personnel et des manières d entrer en dialogue qui indiquent le rôle que l acteur entend jouer dans l interaction (façade assurée pour un rôle qui consiste à s imposer). L acteur doit dès lors contrôler son expression (un chef religieux doit s afficher plus pieux et dévot qu il ne croit l être pour être convaincant), dramatiser son comportement (un gendarme ne rit pas), exprimer ce qu il veut qu on pense de lui (une jeune fille qui se montre moins brillante, moins intelligente qu elle ne l est pour répondre au rôle attendu par son fiancé), forcer son rôle, son personnage au sens où son activité doit être présentée comme exemplaire, idéale.» 150 Nous avons vu, avec Goffman, que l allocuteur est un acteur social qui interprète un rôle. Soit il se conforme à ce que la société à ce qu il pense que la société ou le groupe social auquel il appartient attend de lui, 149 Bibliographie 6, p idem, p58 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 162
163 soit il se positionne en tant que déviant. Ce qui importe, dans le cadre de notre analyse c est le comportement qu il adopte et la manière dont il l exprime lorsqu il formule son message. Il pose des choix que nous pouvons observer et étudier au sein des énoncés recueillis. Nous pouvons également observer et étudier la perception, la représentation qu il a de son interlocuteur. Nous l avons signalé, un manque de données se présente pour pouvoir élaborer une analyse sociologique véritable, néanmoins, des formulations ou expressions pourront peut-être nous donner des indications quant au groupe ou non-groupe auquel appartiennent certains énonciateurs par les constats posés : soit d appartenance ou non-appartenance personnelle, soit par l acceptation ou le rejet de l interlocuteur. En effet, «Ce biais en faveur du groupe interne sert aux sujets à maintenir ou à acquérir une identité sociale positive. ( ) Sur le plan cognitif, la catégorisation sociale permet à l individu de se définir en tant que membre de groupes particuliers au sein de la structure sociale. Le résultat de ce processus de catégorisation est que l individu peut ainsi s identifier à certains groupes ou à certaines catégories sociales. Sur le plan de la motivation, il serait essentiel pour l individu de vouloir maintenir ou atteindre une identité sociale positive en tant que membre de groupe.» 151 «Le simple fait d avoir conscience d appartenir à une catégorie sociale et pas à une autre (saillance de l appartenance ici manipulée par la consigne) fonde une distinction positive en faveur des membres de l endogroupe.» 152 ; celui-ci facilitant une identification sociale commune. 151 Bibliographie 6, p Bibliographie 6, p79 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 163
164 Dans cette troisième partie, nous projetons donc de tester les éléments d analyse relevés dans les parties précédentes. Pour ce faire, nous nous proposons d élaborer une grille reprenant les éléments qui nous paraissent les plus probants. Revenons sur certains éléments à prendre en compte car «notre étude prendra en compte le langage dans son aspect pragmatique mais dans les limites de la présentation des situations particulières et du collationnement des données du corpus.» 153 Nous présupposons que les messages présentés ci-dessous, puisqu ils présentent des marques «affectives», permettront de révéler plus que d autres types de messages des marques d identification sociale et/ou relationnelles car nous postulons que l énonciateur moins prudent car sous le coup d une émotion nous fournira un nombre plus élevé de données personnelles et de marques énonciatives faisant référence à la fois au locuteur et à l allocutaire D autre part, «( ) de prime abord nous pouvons estimer que l un des soucis des appelants était entre autres de se conformer aux instructions du message pré-enregistré par l appelé et que l un de ceux des Internautes novices était de créer un premier contact.» 154 Nous n omettrons pas également de tenter de répondre à la question «Pourquoi une valeur du système serait-elle si souvent réalisée dans une pluralité de formes différentes, alors que rien, aucune nécessité de communication ne le requiert?» 155 Cette remarque nous paraît essentielle au regard de ce qui nous préoccupe car c est à cette question que nous souhaiterions 153 idem 154 idem 155 Bibliographie 11, p 88 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 164
165 précisément répondre in fine. Pourquoi en «rajoute-t-on»? Quels sont les éléments qui sont spécifiques à la communication humaine et qui vont au-delà de la transmission de données, d informations plus ou moins utiles? Là où toutes les abeilles transmettront une information de manière totalement identique sous formes de signaux rigides et univoques -, les humains pour leur part se verront offrir une quantité infinie de formulations selon leur humeur, leur niveau de langue, leurs intentions, l influence de l interlocuteur bien que l information de base soit la même. Consciemment ou non, l'émetteur introduit donc dans son message toute une série de données personnelles en rapport avec son milieu social, ses intentions personnelles, sa vision du monde, sa culture, l objet du message. Et c est précisément ce qui constitue l objet de notre analyse» 156 «Malgré les limites de notre corpus, nous pensons que des marques linguistiques liées au social devraient apparaître et nous permettre de différencier ce qui appartient à ce domaine et ce qui reste individuel et spécifique à un seul être. La question se pose cependant de pouvoir identifier ces marques linguistiques. De quel ordre sontelles?» 157 Nous préconisons de nous référer au schéma de la communication tel que nous l avons présenté ci-dessus afin d élaborer la fiche descriptive qui nous permettra de structurer notre démarche analytique finale. Néanmoins, avant de procéder aux applications pratiques, un dernier constat limitatif quant aux développements de notre analyse doit être posé car une communauté virtuelle ne se crée par du jour au lendemain ; cela peut prendre du temps, des semaines, des mois. 156 idem 157 idem Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 165
166 Un journaliste américain d investigation scientifique, Howard Rheingold, a relevé des phases similaires, chacune de plusieurs mois, dans une majorité de communautés virtuelles 158 : Phase 1 : Les participant-e-s font connaissance autour du thème du forum, pour lequel ils-elles partagent déjà un intérêt. Phase 2 : Les discussions atteignent un bon niveau sur le thème choisi et un esprit convivial se développe. Les personnalités de ceux qui s expriment sont mieux connues, des rôles se dégagent (boute-en-train, ronchon, esprit critique, puriste, etc.). Phase 3 : Les individus qui participent le plus aux discussions éprouvent le besoin de se rencontrer physiquement une première fois, puis se réunissent plus ou moins régulièrement. Phase 4 : Ils-elles sont suffisamment proches pour aborder les problèmes qui peuvent être intimes. Le groupe est également bien soudé. Phase 5 : La communauté virtuelle (désormais également «réelle») est suffisamment soudée pour entreprendre des actions hors du champ habituel de son ou de ses forums, dans le «monde réel», des actions qui la motivent collectivement Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 166
167 3.2. Applications pratiques Pour élaborer la fiche d analyse, je me suis référée au schéma de la communication synthétique tel que présenté ci-dessus. Pour ce qui concerne la fonction expressive et émotive, j ai principalement relevé les marques personnelles de l émetteur et l expression de ses sentiments. Pour la fonction conative, j ai relevé les éléments les plus marquants permettant d identifier le récepteur. La fonction métalinguistique concerne l emploi de la langue française ainsi que le respect de normes sociales dont les salutations et formules de politesse. Le contact se fait toujours par les mêmes canaux soit le téléphone et le répondeur, soit les groupes de discussion sur Internet néanmoins, certaines différences apparaissent d un message à l autre et nous verrons les spécificités de chacun. Les références sont diverses et les contextualisations diffèrent ainsi que nous le verrons. Quant à la fonction poétique, elle concerne le message proprement dit et nous y relèverons tant le contenu transmission d informations que les formulations et/ou les procédés choisis par le locuteur pour atteindre son (ses) objectif(s). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 167
168 Message téléphonique 1 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je (voix masculine) Le locuteur est à la première personne du singulier. CONATIVE Vous Le locuteur s adresse aux animateurs de Bruxelles- Capitale ; il s agit d un vous pluriel. MÉTALINGUISTIQUE Le français PHATIQUE Bon. Hein. Il n y a pas d autre tentative de prise de contact. Apparemment, l appelant entendant le message pré-enregistré a été surpris ou ne souhaitait pas enregistrer de message. Ce «bon» est un constat (l interlocuteur n est pas présent), une coupure de communication introduisant un autre constat «je vous laisse» confirmé par «hein» qui peut correspondre à une interpellation, une proposition/demande d accord tacite. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 168
169 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE A tout de suite. L appelant ne souhaitant pas laisser de message annonce qu il reprendra contact soit en rappelant pour laisser un message qu il aura eu le temps de préparer, soit en venant sur place. POÉTIQUE Je vous laisse. A tout de suite. Le message effectif est relativement limité car le locuteur déclare en fait qu il ne laissera pas de message mais reprendra contact. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 169
170 Message téléphonique 2 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE On On vous aime très fort Joyeux Noël On vous aime. Martine (voix féminine) Une personne s exprime au nom d un groupe. Le «on» français familier correspond à un nous collectif. Ce «on» comprend plus que probablement la famille de Martine et peut-être cette Martine elle-même. Le fait de citer son prénom Martine est significatif car cela doit «parler» à l interlocuteur : Martine est connue de l équipe de Bruxelles- Capitale. Les sentiments des émetteurs sont positifs à l égard de Bruxelles-Capitale (et donc de ses animateurs) : «aime» est employé deux fois et conclu le message. «Joyeux Noël» est un message bienveillant. CONATIVE Vous Le locuteur s adresse aux animateurs de Bruxelles- Capitale ; il s agit d un vous pluriel. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 170
171 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Joyeux Noël Nouka A bientôt. Au revoir. Il est d usage de souhaiter un «Joyeux Noël» la veille et le jour de Noël. Les normes sociales requises par une formulation de départ sont respectées. Leur formulation est simple et d usage courant. PHATIQUE 24 décembre, 22 heures cinq A bientôt. Au revoir. Le contact est créé par une information temporelle immédiate. Les salutations finales confirment que ce contact n est pas définitivement rompu. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 171
172 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE 24 décembre, 22 heures cinq, toute la famille de Martine fêtera Nouka. Le message est contextualisé temporellement d entrée et par la rencontre ritualisée socialement qu est la fête de Noël. Le terme Nouka se réfère à la Scandinavie. L ambiance musicale est également précisée car le fond musical est celui proposé par la radio et plus précisément Bruxelles-Capitale. POÉTIQUE 24 décembre, 22 heures cinq, toute la famille de Martine fêtera Nouka et en même temps on met des chants de Noël sur Bruxelles-Capitale. On vous aime très fort et on vous souhaite tous un Joyeux Noël. On vous aime. A bientôt. Au revoir. Il s agit d un message de bons vœux qui est renforcé par des marques d affection répétitives afin d authentifier et de valoriser affectivement une formulation rituelle. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 172
173 Message téléphonique 3 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Heu, hum, hum (voix féminine) Une seule personne. Bien que très bref, le message en question est expressif pour ce qui concerne l émotion du locuteur : - le «heu» est ici une marque d étonnement à la suite de l écoute du message pré-enregistré. Manifestement l émetteur ne s y attendait pas. - Les «hum, hum» avec un temps d attente avant de raccrocher correspondent à une interrogation personnelle de l émetteur : «Que faire? Que dire?». In fine, il ne transmettra pas d autre message et raccrochera. L allocuteur nous reste donc totalement inconnu mis à part par sa voix qui correspond à celle d une jeune femme. CONATIVE Aucun élément probant. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 173
174 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Le «heu» peut correspondre à un locuteur francophone mais nous ne pouvons pas en être certains. PHATIQUE Aucun élément probant. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Aucun élément probant. POÉTIQUE Heu, hum, hum Aucun élément probant. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 174
175 Message téléphonique 4 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je suis madame David. vous dire encore une fois un grand merci. Encore une fois un grand merci pour tout ce qu vous avez fait (voix de femme âgée) Le locuteur s exprime en son nom propre. Le nom propre est précisé ainsi qu une indication sociale : la personne est en principe mariée. Son souhait principal est d exprimer sa gratitude. CONATIVE Vous À vous et aux auditeurs Le locuteur s adresse principalement aux animateurs de Bruxelles-Capitale ; il s agit d un vous pluriel. En fin de message, le «vous» est complété par «aux auditeurs» qui sont intégrés dans le groupe «destinataires des remerciements». Cependant, à moins que les animateurs n en fassent état à la radio, ces destinataires complémentaires ne seront pas informés du message. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 175
176 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE En mon nom et *en nom de toute la famille bonjour. Au revoir. Il y a là référence à un groupe social. Le rôle joué par l émetteur est celui de porte-parole. Les salutations introductives et conclusives rituelles sont respectées. PHATIQUE Oui, bonjour. Au revoir. La prise de contact est directe. L émettrice formule le début de son message en continuité du message pré-enregistré ; elle répond à une demande comme s il s agissait d une conversation : question réponse. Le contact est maintenu : au revoir. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 176
177 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Au mois de mai j avais j étais passée dans l émission pour demander de l aide pour une famille qui avait été sinistrée par *une incendie. et vous souhaiter de joyeuses fêtes de Noël, et une bonne année La locutrice contextualise en se référant à une émission antérieure dont le message actuel est un complément. La période actuelle est celle des fêtes de fin d année. Les erreurs de formulation, l expression de l émotivité de madame David peuvent être dues entre autres à l influence de l image de son destinataire : les animateurs de Bruxelles-Capitale. POÉTIQUE Oui, bonjour. Je suis madame David. Au mois de mai j avais j étais passée dans l émission pour demander de l aide pour une famille qui avait été sinistrée par *une incendie. Je voulais, en mon nom et *en nom de toute la famille, vous dire encore une fois un grand merci. Tout va bien pour eux, la maman est enceinte d un nou une nouvelle fois d un bébé, et vous souhaiter de joyeuses fêtes de Noël, et une bonne année Encore une fois un grand merci pour tout ce que vous avez fait, à vous et aux auditeurs. Au revoir. Les remerciements sont mis en relief par les répétitions (un grand merci). «Je voulais ( ) vous dire encore une fois un grand merci» : la précaution oratoire permet également de mettre en évidence ces remerciements. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 177
178 Message téléphonique 6 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Madame Gillis, au je demande (voix féminine) La voix est celle d une femme irritée qui est le seul locuteur. «Madame Gillis» peut tout autant correspondre à la locutrice qu à une autre personne. De ce fait, l émetteur exprime la demande en son nom propre ou au nom d une autre personne. CONATIVE On Merci. «N importe qui». Le message présent ne précise rien d autre. Le «merci» correspond plus à une injonction qu à un remerciement véritable. MÉTALINGUISTIQUE Merci. Une seule formulation rituelle : les remerciements. Ni salutation introductive, ni salutation finale. Il s agit d un respect tout à fait minimaliste des normes sociales de politesse. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 178
179 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE C est la troisième fois que je demande La prise de contact est abrupte et l injonction immédiate. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE C est la troisième fois que je demande qu on téléphone à madame Gillis, au Merci. Le contexte fait quelque peu défaut : Pourquoi faut-il téléphoner à Madame Gillis? Quel est le degré d urgence? Qui doit la contacter? Faute de cela, il se peut que la destinatrice ne soit de nouveau pas satisfaite POÉTIQUE C est la troisième fois que je demande qu on téléphone à madame Gillis, au Merci. L emploi du démonstratif dès l entrée et l insistance immédiate sur le nombre total d appel révèle l irritation de l émettrice qui, de plus, ne respecte pas les usages sociaux. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 179
180 Message téléphonique 15 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je On Paf! (voix féminine) Une seule locutrice «je» mais qui fait partie d un groupe social proche représenté par «on» (famille?, couple?). L emploi de «paf!» est tout à fait à l image de l étonnement ressenti par l allocutrice. Le passage du «je» au «on» peut résulter de l émotivité de l émettrice et de sa non-préparation à laisser un message. CONATIVE Je voulais appeler l animateur. L interlocuteur est clairement identifié : l animateur de l émission. MÉTALINGUISTIQUE Bon dimanche Bonne journée Au revoir Il s agit là de formules sociales relativement ritualisées. Leur répétition révèle sans doute l émotivité de l allocutrice réalisant son erreur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 180
181 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Oui, bonjour. Un oui de réponse au message pré-enregistré. Une salutation introductive simple. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE on est dimanche matin, on vous souhaite un bon dimanche à tous. Le contexte temporel est clairement identifié car lorsque l allocutaire prendra connaissance du message (sans doute le lundi car il s agit d un répondeur professionnel), il pourra le dater. POÉTIQUE Oui, bonjour. Ben voilà, heu, en fait, je me suis trompée de numéro (rire). Je voulais appeler l animateur et paf! je suis tombée sur le répondeur. Mais heu, on est dimanche matin, on vous souhaite un bon dimanche à tous. Heu, bonne journée, au revoir. La répétition de formules sociales (voir ci-dessus) révèle sans doute l émotivité de l allocutrice réalisant son erreur. De même : pour les termes «ben voilà, heu, en fait» / «mais heu» qui s enchaînent et renforcent cette impression d hésitation ; pour les salutations finales «allongées» : «Heu, bonne journée, au revoir». «Paf!» est une expression imagée pour exprimer le sentiment de l émettrice. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 181
182 Message 25 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Ceci est un essai (voix masculine) La formulation est volontairement impersonnelle. L émetteur ne se présente pas et ne présente aucune formulation rendant «humaine» l intervention téléphonique. CONATIVE vos activités, s il vous plaît. Du fait de la présentation impersonnelle du message, il en est presque de même pour ses destinataires : le vous est de toute façon pluriel même s il le message atteint un individu à la fois car le propre de ce type d information est d être générale. MÉTALINGUISTIQUE S il vous plaît. Merci. Malgré la formulation impersonnelle et impérative de l énoncé, deux formules très brèves permettent de l adoucir et de respecter les règles minimales de politesse. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 182
183 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Ceci est Le contact est établi immédiatement par l emploi du démonstratif. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Ceci est un essai de l installation de l alarmeincendie, veuillez continuer vos activités, s il vous plaît. Merci. (dit 3 fois). Le contexte est une demande d ordre technique dans un cadre professionnel. Le propre de ce type de requête est d être respectée par tous sans discussion. POÉTIQUE Ceci est un essai de l installation de l alarmeincendie, veuillez continuer vos activités, s il vous plaît. Merci. 159 Le message est construit sans fioritures. Il est répété tel quel à trois reprises sans modification ni ajoute. 159 Répété à trois reprises. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 183
184 Message 36 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE (voix masculine) Il n y a pas de marque personnelle de l énonciateur. Néanmoins nous pouvons constater que son statut réel ou supposé lui permet de donner des ordres directs à l interlocutrice. CONATIVE Sonia. Il faut mentionner Vérifie la grille. L émetteur est un familier ou un supérieur. La relation est basée sur l injonction directe. MÉTALINGUISTIQUE Merci. Seul un terme de politesse apparaît mais au vu du contexte il pourrait s agir uniquement d une confirmation de l injonction : merci de faire ce qui est demandé plutôt que merci de m avoir écouté Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 184
185 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Sonia. Le contact est immédiat sous la forme d une interpellation nominale de l appelé. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Le dimanche huit septembre, le documentaire «L île aux ours», il faut mentionner «rediffusion mercredi après-midi» et non «jeudi» La référence porte sur un élément à modifier qui fait partie d un cadre professionnel commun : une date, une émission, une mention, une modification. POÉTIQUE Sonia. Le dimanche huit septembre, le documentaire «L île aux ours», il faut mentionner «rediffusion mercredi après-midi» et non «jeudi». Vérifie la grille. Merci. L allocuteur emploie un style «télégraphique» ; tout est dit en un minimum de mots. Il va droit au fait et au but en un temps très court. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 185
186 Message 33 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE c est Brigitte de la RMB. Je (voix féminine) Il s agit d une interlocutrice apparemment bien connue de ses destinataires car la mention de son nom semble suffire ; néanmoins, les intervenants appartiennent à des services professionnels différents puisque la mention RMB semble utile. CONATIVE les biches Bisous à toutes. Les interlocuteurs sont des interlocutrices même si au départ une seule était requise : Anne-Marie. La formulation «les biches» indique une relation de proximité, tout à fait familière. De même du fait de l emploi de la formule de «salutations» finales. MÉTALINGUISTIQUE les biches. Bisous à toutes Le niveau de langage est familier. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 186
187 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Salut les biches. Voilà. Bisous à toutes Quelle que soit leur formulation, les salutations introductives et conclusives remplissent leur rôle de prise et fin de contact. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Je retournais l appel d Anne-Marie, on est lundi dix-neuf et il est quatorze heures cinquante. La référence porte sur le message actuel en tant que réponse à un message précédent qui au départ n est pas celui du répondeur. Le moment de l appel est indiqué : jour et heure, sans mention du mois qui est le mois en cours. POÉTIQUE Salut les biches, c est Brigitte de la RMB. Je retournais l appel d Anne-Marie, on est lundi dixneuf et il est quatorze heures cinquante. Voilà. Bisous à toutes. L emploi de l imparfait correspond à une précaution oratoire qui permet la mise en situation du message à transmettre. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 187
188 Message 35 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Valérie Detienne, RTBF Liège, pour l émission Télétourisme. Je une Bêta SP heu diffusion heu donc heu analogique quatre tiers (voix féminine) Une locutrice unique. Elle donne ses références complètes ce qui implique : une communication professionnelle, la possibilité d avoir un ou plusieurs destinataires non connus ou qui ne la connaissent pas, un service de la RTBF se situant dans une autre ville, un service de la RTBF concerné par diverses émissions. Les hésitations de l émettrice apparaissent lorsqu elle aborde des points tout à fait techniques ce qui pourrait signifier qu elle est novice en la matière. CONATIVE Vous L interlocuteur peut être unique ou pluriel. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 188
189 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Merci. Merci (de m avoir écouté) PHATIQUE Bonjour. Voilà. A demain. Merci. Le message comporte des salutations introductives et conclusives simples. Le remerciement porte sur le fait d avoir écouté attentivement puisqu il s agit d une transmission de renseignements et non d un ordre. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE les renseignements concernant la bande-antenne Télétourisme de samedi 24. Le jour est précisé ainsi qu une partie de la date. La référence temporelle est donc celle du mois en cours. L émission concernée et sa bande antenne est indiquée avec précision afin de faciliter la réception et l identification des informations techniques. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 189
190 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Bonjour. Valérie Detienne, RTBF Liège, pour l émission Télétourisme. Je vous téléphone pour vous communiquer les renseignements concernant la bande-antenne Télétourisme de samedi 24. Il s agit de la bande 79/14/51/28. Alors, c est une Bêta SP heu diffusion heu donc heu analogique quatre tiers, plein cadre, son mono sur la piste 1 seulement, et le minutage est de trente minutes cinquante et une secondes. Voilà. A demain. Merci. Le message est relativement concis mais garde pour autant une formulation structurée et des phrases complètes. Outre la formule introductive d usage «bonjour» - le message est également introduit par un adoucisseur du récit, des formulations utilisées par l'émetteur afin d'atténuer la formulation de sa communication : - «je vous téléphone pour vous communiquer» au lieu de «voici», - «il s agit de» au lieu de «c est». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 190
191 Message 41 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Xavier Mouligneau à Mons Je Heu, message pour Sonia Brigode (voix masculine) L allocuteur s identifie : prénom, nom, lieu. Devant laisser un message sur répondeur, il marque au départ une légère hésitation et formule un peu abruptement l indication relative au destinataire réel. Par la suite, ses formulations sont plus élaborées (voir fonction poétique) CONATIVE message pour Sonia Brigode L interlocuteur est clairement identifié et unique : prénom, nom. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 191
192 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Oui, bonjour Voilà. Merci. Les salutations introductives et conclusives sont simples et sans recherche particulière. Le «merci» est souvent usité comme terme «passepartout» : merci de m avoir écouté, merci de répondre à ma demande PHATIQUE Oui, bonjour, c est Le «oui» répond au message pré-enregistré ; s ensuivent une formulation introductive simple «bonjour» et un démonstratif cataphorique. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Nous sommes mercredi matin, il est neuf heures dix. pour le magazine de la ducasse qui sera diffusé de dimanche La référence temporelle est précisée par le jour et l heure. La date semble inutile. Il est également fait référence de l objet à prendre en compte. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 192
193 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Oui, bonjour, c est Xavier Mouligneau à Mons. Nous sommes mercredi matin, il est neuf heures dix. Heu, message pour Sonia Brigode ; donc simplement, je voudrais signaler qu a priori pour le magazine de la ducasse qui sera diffusé de dimanche, plutôt que de vingt vingt-six minutes, je crois qu on va plutôt vers un vingt-huit ou un vingt-neuf minutes. Ce que je propose, c est de vous appeler ce soir, donc mercredi soir ou jeudi matin au plus tard pour vous donner le timing exact. Si jamais il y avait le moindre problème, vous pouvez toujours me contacter au 70/45 en cellule de montage. Voilà. Merci. L énonciateur veille à construire son message sans interpeller trop vivement le destinataire : - «je voudrais signaler qu a priori» «je signale que» ; - «je crois qu on va plutôt vers» au lieu de «ça doit être» ; - «ce que je propose, c est de vous appeler» au lieu de «je vous appellerai» ; - «si jamais il y avait le moindre problème, vous pouvez toujours me contacter» au lieu de «en cas de problème, contactez-moi» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 193
194 Message 48 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE heu c est Chantal pour Télécinéma. (voix féminine) L émettrice s identifie par son prénom uniquement et l émission la concernant. Il s agit de relations professionnelles courantes. Néanmoins, l allocutrice du fait de son hésitation ne semble ne pas encore être tout à fait familiarisée avec l usage d un répondeur. CONATIVE Aucun élément probant. MÉTALINGUISTIQUE Bonjour Les normes de politesse sont à peine respectées : il y a un «bonjour» mais pas d «au revoir». PHATIQUE Bonjour heu c est Le contact est établit brièvement par une formule d usage mais il se termine de manière abrupte. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 194
195 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE pour Télécinéma. L émission fait 51 minutes 36. Le contexte professionnel est précisé, à savoir l émission concernée. POÉTIQUE Bonjour heu c est Chantal pour Télécinéma. L émission fait 51 minutes 36. Le message est tout à fait minimaliste. Le(s) destinataire(s) sont censés avoir les éléments suffisants pour comprendre. Dès lors, nous pouvons considérer que ce type de message est tout à fait récurrent sur ce répondeur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 195
196 Message 70 RTBF transmis par Monsieur Lambert FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE de la part de Philippe Reynaert je voulais savoir me rappeler on est occupés me rappeler pour me dire je suis au 240/62/33, l agence Go-Between. heu (à six reprises) (voix masculine) Il s agit d un seul interlocuteur : prénom, nom qui parle parfois au nom d un groupe «on», sans doute les membres de l agence Go-Between en question. CONATIVE pour Anne-Marie *Van Pelcom L interlocutrice est identifiée par son prénom et son nom. MÉTALINGUISTIQUE *mainant Le niveau de langage est courant mais la formulation est parfois relâchée. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 196
197 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonjour. C est un message pour Anne-Marie *Van Pelcom de la part de Philippe Reynaert Et voilà. Merci. Beaucoup. L émetteur emploie différentes formulations pour attirer l attention et maintenir le contact ; nous y reviendrons dans la fonction poétique. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE on s est parlé la semaine passée concernant la retransmission des Jeux Olympiques de 16 neuvièmes sur heu la Une qu on est occupés donc à envoyer un mailing aux vendeurs de tv heu pour les informer de, des plages de diffusion, et voilà. me rappeler heu ce mercredi peu avant dixheures et demie si c est possible. je suis au 240/62/33, l agence Go-Between. Le message se réfère à une rencontre préalable sur un thème précis. Une action est en cours et justifie la demande. Les limites souhaitées pour l espace-temps de la réponse sont précisées. Le point de contact également. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 197
198 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Bonjour. C est un message pour Anne-Marie *Van Pelcom de la part de Philippe Reynaert heu on s est parlé la semaine passée concernant la retransmission des Jeux Olympiques de 16 neuvièmes sur heu la Une, en fait, je voulais savoir si *mainant les décisions ont été prises heu de manière assez claire parce qu on est occupés donc à envoyer un mailing aux vendeurs de tv heu pour les informer de, des plages de diffusion, et voilà. Si vous avez la gentillesse, Anne-Marie, de me rappeler heu ce mercredi peu avant dix-heures et demie si c est possible. Ce serait très, très gentil. Même pour me dire que ce n est pas encore tout à fait fixé. Heu, je suis au 240/62/33, l agence Go-Between. Merci. Beaucoup. L énoncé comporte des phrases relativement longues. L énonciateur a manifestement peu préparé son message et l élabore au fur et à mesure d où - les hésitations : «heu», «de/des» ; - les «en fait», «*mainant», «donc», «et voilà», - une phrase morcelée où s intercale un remerciement. D autre part, l auteur tient à adoucir sa demande tout en la renforçant par : - «je voulais savoir si», - «si vous avez la gentillesse», - «si c est possible», - «ce serait très, très gentil», - «même pour me dire que» - «Merci. Beaucoup.» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 198
199 Message 96 La semaine infernale et le jeu du dictionnaire Messieurs Etienne Sevrin et Jacques Mercier FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE CONATIVE MÉTALINGUISTIQUE J aurais aimé Heu, mon nom c est WAUTHOZ, W/A/U/T/H/O/Z, 4, rue de l a Cueillette, 11/80, Bruxelles, Je Je vous remercie. Bonjour. J aurais aimé des places Je vous remercie. Au revoir. (voix féminine) L énonciateur est unique. Son nom est précisé ainsi que son adresse car il s agit de pouvoir recevoir les places demandées. Il hésite un peu avant de choisir la formulation qui lui convient pour donner ses références. Le destinateur est pluriel mais non identifié. Les contraintes socio-culturelles sont respectées : formule de salutations introductives et finales, remerciement anticipé. De plus, la demande est formulée sous la forme d une requête et non d une exigence ce qui est socialement reconnu (voir fonction poétique). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 199
200 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE 17 heures 15, Jacques. On est mardi, Salut, je t embrasse. Le contact est direct, sans doute justifié par une collaboration professionnelle régulière. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE 17 heures 15,. On est mardi,, je suis à la maison, la ligne était fort occupée en fin d après-midi. Le jour et l heure sont précisés et considérés comme suffisants pour la compréhension du message. POÉTIQUE 17 heures 15, Jacques. On est mardi, Christine, si tu veux me rappeler heu, je suis à la maison, évidemment la ligne était fort occupée en fin d après-midi. Salut, je t embrasse. Le message est relativement court et direct mais comporte une formulation pré-excusant l impossibilité d un contact préalable souhaité «la ligne était fort occupée en fin d après-midi» - et une marque d affection in fine. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 200
201 Message 100 La semaine infernale et le jeu du dictionnaire Messieurs Etienne Sevrin et Jacques Mercier FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE, heu, je viens Voici mon nom, mon adresse : monsieur et madame Dambremé D/A/M/B/R/E/M/E accent aigu, 51, avenue Bonaparte, 1180 Bruxelles. (voix féminine, «chantante») Une locutrice unique quelque peu hésitante. Nous la savons mariée et habitant à Bruxelles. Ces précisions seront utiles pour l envoi des places demandées. CONATIVE Madame L interlocuteur est a priori identifié en tant que dame par l émettrice. MÉTALINGUISTIQUE, bonjour Madame Voici mon nom, mon adresse : monsieur et madame L allocutrice emploie les termes madame pour s adresser à un interlocuteur inconnu, ainsi que monsieur et madame pour parler d elle-même et son mari. Cet usage est un peu vieilli ; d ordinaire, on précise ses prénom et nom plutôt que son «titre» de «madame, mademoiselle ou monsieur». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 201
202 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Allô, bonjour Heu voilà oui? Au revoir. Merci. En principe, le «allô» est la formule employée par l appelé lorsqu il décroche le téléphone mais l énonciatrice l emploie sans doute par habitude pour créer le contact puisqu elle utilise ce moyen technique et doit s adresser à un répondeur : elle répond donc «allô» à ce répondeur Un peu d hésitation par manque d habitude? puis elle décline sa demande. Un «oui» de contrôle qui peut tout autant signifier «ai-je été claire» ou «est-ce possible». Un «merci» à la fois pour les places espérées et pour conclure alors que «au revoir» a déjà été dit plus tôt. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE deux places pour le 12 septembre, pour le jeu du dictionnaire, oui? Le contexte est celui du jeu du dictionnaire et d une demande de places. POÉTIQUE Allô, bonjour Madame, heu voilà, je viens vous demander s il y a moyen, deux places pour le 12 septembre, pour le jeu du dictionnaire, oui? Voici mon nom, mon adresse : monsieur et madame Dambremé D/A/M/B/R/E/M/E accent aigu, 51, avenue Bonaparte, 1180 Bruxelles. Un grand merci. Au revoir. Pour le 12 septembre. Merci. La demande est effectuée sous plusieurs formes relativement : - l allongement de la forme verbale «je viens pour demander» au lieu de «je demande» ; - l ajout de «s il y a moyen» ; - une interrogation «oui?» ; - une répétition «pour le 12 septembre». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 202
203 Message 105 La semaine infernale et le jeu du dictionnaire Messieurs Etienne Sevrin et Jacques Mercier FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Jacques. me rappeler heu, je suis.., je t embrasse. (voix masculine) Il s agit de Jacques Mercier (déduction faite de la voix). L émetteur est unique. CONATIVE, Christine, si tu veux je t embrasse. Le récepteur est une femme qui est jointe sur un lieu professionnel commun. MÉTALINGUISTIQUE Salut, je t embrasse. Le niveau de langage ainsi que de relations sont familiers. PHATIQUE 17 heures 15, Jacques. On est mardi, Salut, je t embrasse. Le contact est direct, sans doute justifié par une collaboration professionnelle régulière. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 203
204 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE 17 heures 15,. On est mardi,, je suis à la maison, la ligne était fort occupée en fin d après-midi. Le jour et l heure sont précisés et considérés comme suffisants pour la compréhension du message. POÉTIQUE 17 heures 15, Jacques. On est mardi, Christine, si tu veux me rappeler heu, je suis à la maison, évidemment la ligne était fort occupée en fin d après-midi. Salut, je t embrasse. Le message est relativement court et direct mais comporte une formulation pré-excusant l impossibilité d un contact préalable souhaité «la ligne était fort occupée en fin d après-midi» - et une marque d affection in fine. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 204
205 Message 110 La semaine infernale et le jeu du dictionnaire Messieurs Etienne Sevrin et Jacques Mercier FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE *Manhout Eugène (voix masculine) L énonciateur est unique. CONATIVE Aucun élément probant MÉTALINGUISTIQUE Aucun élément probant PHATIQUE Aucun élément probant RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE au 041/46/33/54 Seul un numéro de téléphone pourrait permettre d en savoir plus Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 205
206 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE *Manhout Eugène au 041/46/33/54 Il s agit d un message tout à fait minimaliste qui hors contexte ne semble pas apporter d élément probant. Néanmoins, il signifie que l appelant souhaite être contacté ; dès lors quid de l heure pour le rappel? de la motivation? de la personne concernée, Les appelants ne réalisent pas toujours que l interlocuteur peut avoir besoin d informations complémentaires pour pouvoir répondre à la demande. De ce fait, certains messages resteront sans réponse faute d être motivés clairement comme dans le message téléphonique 6 «Un petit rien qui fait tout Best of répondeur» reçu d Etienne Sevrin RTBF août 1996, analysé précédemment. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 206
207 Message 124 La semaine infernale et le jeu du dictionnaire Messieurs Etienne Sevrin et Jacques Mercier FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Laurence *Fassbender. je n ai pas Jean-Claude Defossez aurait beaucoup voulu joindre Adamo pour notre prochaine émission (voix féminine) L émettrice s identifie : prénom et nom. Il s agit d une collègue/collaboratrice de Jean-Claude Defossez CONATIVE Bonjour à tous et surtout toutes vous pourriez Les interlocuteurs sont multiples mais principalement des femmes. MÉTALINGUISTIQUE Bonjour Merci beaucoup. Il n y a pas de dérogation marquante aux normes langagières ou sociales. PHATIQUE Bonjour à tous et surtout à toutes Voilà. Merci beaucoup. Les salutations introductives et finales sont respectées. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 207
208 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Jean-Claude Defossez aurait beaucoup voulu joindre Adamo pour notre prochaine émission «Pierre dans/pieds dans le plat». Heu comme je n ai pas son numéro de téléphone et que le contact qu on, qu on avait semble ne pas être heu enfin un attaché de presse très facile, est-ce que vous pourriez me faciliter la tâche? La demande est motivée par la nécessité de pouvoir joindre une vedette alors que son attaché de presse ne semble pas remplir son rôle d intermédiaire et de facilitateur de contacts avec les médias. En outre, l emploi de «ceux qui sont dans la maison» crée un sentiment de co-appartenance à une même entreprise, un esprit de groupe qui favorise la collaboration. POÉTIQUE Bonjour à tous et surtout toutes, c est Laurence *Fassbender. Jean-Claude Defossez aurait beaucoup voulu joindre Adamo pour notre prochaine émission «Pierre dans/pieds dans le plat». Heu comme je n ai pas son numéro de téléphone et que le contact qu on, qu on avait semble ne pas être heu enfin un attaché de presse très facile, est-ce que vous pourriez me faciliter la tâche? Mon numéro est le 737/23/95, 23/95 pour ceux qui sont dans la maison. Voilà. Merci beaucoup. L énonciateur utilise plusieurs formulations «adoucisseurs de récit» : - «Jean-Claude Defossez aurait beaucoup voulu joindre» au lieu de «veut joindre» - «et que le contact qu on avait semble ne pas être très facile» au lieu de «est difficile» - «est-ce que vous pourriez me faciliter la tâche?» au lieu de «facilitez-moi la tâche en» - un «Merci. Beaucoup.» au lieu d un simple merci. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 208
209 Message 162 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE, c est Cartouche, (voix masculine) Un énonciateur unique. L emploi d un surnom nous incite à penser que la relation entre les intervenants est d ordre familier et privé. CONATIVE Jean, L appelé est clairement identifié : connu de nous, il s agit d une personne privée. Le récepteur est unique. MÉTALINGUISTIQUE Salut Jean, c est Cartouche, y a vraiment personne? Houlàlà. C était juste pour savoir si le boulot ça allait? Le langage employé est d un niveau familier et relâché : - y a vraiment personne ; - houlàlà ; - c était juste pour ; - le boulot. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 209
210 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Salut, c est y a vraiment personne? Houlàlà. C était juste pour savoir si le boulot ça allait? Le contact est établi par une salutation familière et l emploi d un démonstratif cataphorique introduisant l énonciateur. La demande «y a vraiment personne» correspond à une insistance car l appelant pré-suppose que l allocutaire peut entendre son répondeur ; rappelons que certaines personnes utilisent le répondeur pour trier les appels. «C était juste pour» peut aussi être une formulation d insistance afin d inciter l appelé à décrocher son téléphone. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Salut Jean, c est Cartouche, y a vraiment personne? Houlàlà. C était juste pour savoir si le boulot ça allait? Le destinataire étant bien connu de l énonciateur, la formulation du message s en ressent et influence ses choix : Salutation familière, emploi du surnom, langage familier POÉTIQUE Salut Jean, c est Cartouche, y a vraiment personne? Houlàlà. C était juste pour savoir si le boulot ça allait? Idem L emploi du pronom démonstratif cataphorique est fréquemment usité en tant qu introducteur, entre autres dans la formulation : «C était juste pour savoir si» qui permet à l énonciateur de minimiser adoucir son interrogation. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 210
211 Message 164 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je suis madame *Cooster Je vous remercie. (voix féminine) L interlocutrice donne son nom et son numéro de téléphone. Elle est a priori mariée. CONATIVE MÉTALINGUISTIQUE Monsieur (Employé en début et en fin d énoncé) Je vous remercie. S il vous plaît. Monsieur Madame Un seul interlocuteur. Le vous est un vous de politesse. L emploi de monsieur et madame clarifie les relations sociales relativement distantes souhaitées par la dame en question. Il en est de même au regard des formulations polies et distantes employées (voir fonction poétique). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 211
212 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Monsieur, bonjour. Le titre est placé avant la salutation introductive. Il semblerait donc que le positionnement social prenne le pas sur la prise de contact effective : le message est clair : «Gardons nos distances». RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Je suis madame *Cooster. Il se peut que le nom de la dame suffise à contextualiser le message mais nous n avons pas d autre élément pour corroborer cette supposition. POÉTIQUE Monsieur, bonjour. Je suis madame *Cooster. Auriez-vous la gentillesse s il vous plaît de me rappeler soit au magasin au 31/49/17, soit le soir à la maison au 51/02/61. Je vous remercie. Au revoir, Monsieur. Dès la première lecture, le nombre de formulations de politesse, de demandes adoucies frappent en si peu de mots : - emploi de monsieur, madame ; - emploi du vous de politesse - «auriez-vous la gentillesse s il vous plaît» : emploi du conditionnel, terme adoucisseur (gentillesse), requête polie ; - «je vous remercie». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 212
213 Message 170 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE C est Marianne (voix de femme) L émetteur s identifie par le prénom. La relation est donc familière. CONATIVE Jean, Patricia L interlocuteur est soit unique un à la fois car il s agit d une énumération soit pluriel : un plus un cela fait deux. MÉTALINGUISTIQUE y a quelqu un? Le langage usité est d un niveau familier. L emploi des prénoms corrobore ce constat. PHATIQUE Jean, Patricia, y a quelqu un? C est Marianne Le contact se base sur - un appel : on nomme pour attirer l attention ; - une demande pour inciter à décrocher : «y a quelqu un» ; - un démonstratif cataphorique pour insister : «C est». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 213
214 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Aucun élément probant POÉTIQUE Jean, Patricia, y a quelqu un? C est Marianne Le message est très court et manifestement constitue une invitation à prendre le téléphone et non pas une transmission d information qui est souhaitée pouvoir se faire oralement «en direct». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 214
215 Message 175 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Didier *Palange (voix d homme, plus ou moins caverneuse, mise en emphase) L énonciateur unique s identifie par ses prénom et nom. CONATIVE Aucun élément probant MÉTALINGUISTIQUE Après Jean-Claude Vandamme, après Sylvester Stalone, voici Didier *Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allô, allô Le langage est conforme à la norme, sans particularités. PHATIQUE Après Jean-Claude Vandamme, après Sylvester Stalone, voici Didier *Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allô, allô L émetteur attire l attention de l auditeur par une mise en situation, il parle de lui comme le ferait un observateur, un reporter assistant à l action. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 215
216 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Après Jean-Claude Vandamme, après Sylvester Stalone, voici Didier *Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allô, allô Les références culturelles sont cinématographiques en lien avec les films d action ; ceci peut nous donner quelques indications quant aux référents sociaux du locuteur. POÉTIQUE Après Jean-Claude Vandamme, après Sylvester Stalone, voici Didier *Palange dans : Le retour. Trois minutes plus tard, il revient au téléphone, il hante et fait pleurer la RTT. Allô, allô Le style choisi par le destinateur est similaire à une présentation/ promotion de film où il joue le rôle de la vedette. Il marque également son insistance : - Son retour après trois minutes seulement, - «il hante» relève de la permanence, - «et fait pleurer la RTT», parce que trop présent? Cette mise en situation permet à l appelant d adoucir son insistance par une dose d humour ; il se peut en effet qu il ait pris conscience que ses appels répétés pouvaient provoquer de l irritation chez l allocutaire et l inciter à ne pas décrocher. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 216
217 Message 189 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE la société Top Intérim à Charleroi. nous contacter (voix de femme) L émetteur parle en tant que mandataire d une société et non en tant que personne. Bien que semblant unique, l allocuteur représente un groupe, confirmé par l emploi de «nous». CONATIVE Si vous Le destinataire est unique. MÉTALINGUISTIQUE Oui, allô, c est la société Top Intérim à Charleroi. Si vous êtes intéressé par un emploi d électricien, veuillez nous contacter au 01/30/45/75. Merci d avance. La relation sociale est celle d une société avec un demandeur d emploi. La société se positionne avec autorité elle offre un travail à une personne qu elle vouvoie. La prise de distance, l autorité se marquent d entrée. PHATIQUE Oui, allô, c est Merci d avance Le «oui» répond à la demande du répondeur. L emploi du «allô» - réponse à un appel est plutôt de l ordre du réflexe mais sert ici d introducteur à un démonstratif cataphorique présentant l émetteur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 217
218 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE c est la société Top Intérim à Charleroi. Si vous êtes intéressé par un emploi d électricien Nommer la société suffit à contextualiser le message : il s agit d une réponse à une recherche d emploi. POÉTIQUE Oui, allô, c est la société Top Intérim à Charleroi. Si vous êtes intéressé par un emploi d électricien, veuillez nous contacter au 01/30/45/75. Merci d avance. Le message est bref ; il va droit au but en donnant sèchement les éléments utiles : - les références : nom et numéro de téléphone de l agence d intérim ; - la possibilité d un emploi. Dans ce type de message, la demande n est pas adoucie : «Veuillez nous contacter au». L offreur d emploi se sent en position de force vis-à-vis d un demandeur d emploi et, manifestement, ne ressent pas d obligation à minimiser ses injonctions. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 218
219 Message 241 Jean Boverat Courcelles Juin 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE c est la société *Fora nous sommes désolés, nous avons trouvé nous cherchions nous vous remercions de nous avoir rendu visite et nous vous souhaitons (voix féminine) L énonciatrice se présente en tant que société et non en tant que personne. CONATIVE Vous êtes venu vous deviez venir nous vous remercions de nous avoir rendu visite et nous vous souhaitons L interlocuteur est unique ; le vous est de politesse. MÉTALINGUISTIQUE c est la société *Fora. nous vous souhaitons bonne chance pour une recherche d emploi. La relation sociale est basée sur une relation entre une société offreuse d emploi et un demandeur d emploi isolé. PHATIQUE Oui, bonjour, c est Au revoir. Le «Oui» est une réponse au message pré-enregistré. Les salutations sont minimalistes : bonjour, au revoir. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 219
220 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 220
221 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Vous êtes venu vous présenter la semaine dernière et vous deviez venir demain pour un essai mais nous sommes désolés La référence temporelle est celle de la semaine précédente et réfère à un premier événement afin de contextualisation les circonstances avant de motiver le refus. POÉTIQUE Oui, bonjour, c est la société *Fora. Vous êtes venu vous présenter la semaine dernière et vous deviez venir demain pour un essai mais nous sommes désolés, nous avons trouvé quelqu un dont le profil correspond exactement à ce que nous cherchions heu nous vous remercions de nous avoir rendu visite et nous vous souhaitons bonne chance pour une recherche d emploi. Au revoir. Afin de motiver le refus et amoindrir ses effets négatifs, la mandataire emploie des formules de - regret : «nous sommes désolés» ; - remerciement : «nous vous remercions de nous avoir rendu visite» ; - souhait : «nous vous souhaitons bonne chance pour une recherche d emploi ; et met en cause l allocutaire car son profil n était pas tout à fait conforme à la personne recherchée puisque «nous avons trouvé quelqu un dont le profil correspond exactement à ce que nous cherchions». Le tout se terminant par un laconique «Au revoir». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 221
222 Message 340 Jacques Delvaux Namur Septembre 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE CONATIVE c est Alain. je ne saurai pas je com/ je travaille à l essai.je ne saurai pas aller vous pourriez dire (voix masculine) Un seul intervenant locuteur. Se présentant à l aide de son seul prénom, il révèle une relation de proximité avec son ou ses interlocuteur(s). Le vous peut être pluriel ou singulier. Quoi qu il en soit le véritable interlocuteur n est pas ce «vous» mais une autre personne identifiée par le prénom Sandra, sans doute la maman du «petit» en question. MÉTALINGUISTIQUE Bonsoir, Est-ce que vous pourriez dire Merci. La norme sociale choisie est un registre de correction : salutations, demande adoucie (voir ci-dessous). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 222
223 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Bonsoir, ce week-end-ci vendredi soir et samedi du week-end. La référence est essentiellement temporelle : - celle du moment de la journée où le message est laissé ; - celle de la période concernée par l information transmise. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 223
224 Message 340 Jacques Delvaux Namur Septembre 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonsoir. Merci. Une brève salutation introductive et un terme de remerciement font office de prise de contact et de coupure. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Bonsoir, ce week-end-ci vendredi soir et samedi du week-end. La référence est essentiellement temporelle : - celle du moment de la journée où le message est laissé ; - celle de la période concernée par l information transmise. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 224
225 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Bonsoir, c est Alain. Est-ce que vous pourriez dire à Sandra que je ne saurai pas prendre le petit ce week-end-ci parce que je com/ je travaille à l essai vendredi soir et samedi et je ne saurai pas aller le chercher ni le lui garder du week-end. Merci. La demande de transmission d information est adoucie par : - l emploi d une locution interrogative conjointement à l usage d un auxiliaire exprimant le souhait, au conditionnel ; - l allongement de la forme verbale qui permet à l émetteur de prendre de la distance par rapport à son énoncé : «est-ce que vous pourriez dire» au lieu de «dites» «je ne saurai pas prendre» au lieu de je ne prendrai pas» «je ne saurai pas aller le chercher» au lieu de «je n irai pas le chercher» Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 225
226 Message 35 David Wynants Namur Septembre 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Monsieur *Vanavos à l appareil. je vais faire un fax, je ne sais pas me téléphoner je vous faxerai (voix masculine) La relation est formelle ainsi que l annonce l emploi de «monsieur» pour désigner tout autant l émetteur que le récepteur qui sont chacun unique. CONATIVE MÉTALINGUISTIQUE Monsieur Wynants, bonjour. vous signaler si vous êtes là ou vous n êtes pas là. vous pouvez je vous faxerai. Monsieur *Vanavos Monsieur Wynants Vous (à 5 reprises) Idem Le vous est celui de la forme polie. L interlocuteur est clairement identifié par son nom. La norme sociale choisie est celle d une relation ritualisée et relativement distante : emploi de titres (monsieur/monsieur), du vouvoiement de politesse, de formulations «adoucisseurs du récit» (voir ci-dessous). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 226
227 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonsoir. Merci. Une brève salutation introductive et un terme de remerciement font office de prise de contact et de coupure. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Bonsoir, ce week-end-ci vendredi soir et samedi du week-end. La référence est essentiellement temporelle : - celle du moment de la journée où le message est laissé ; - celle de la période concernée par l information transmise. POÉTIQUE Monsieur Wynants, bonjour. Monsieur *Vanavos à l appareil. C est pour heu vous signaler que je vais faire un fax, je ne sais pas si vous êtes là ou vous n êtes pas là. Heu si jamais vous pouvez me téléphoner ce soir au 30/92/61 et je vous faxerai automatiquement heu le détail. D accord? Bonne soirée. Au revoir. La demande porte sans doute sur le branchement du fax sinon l émetteur transmettrait immédiatement son document. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 227
228 Message 354- Jacques Delvaux Namur Octobre 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Belle-maman.-, c est Eric. Ou beau-papa. (voix masculine) L émetteur est unique. Il s identifie par son prénom. CONATIVE Belle-maman Ou beau-papa. L interlocuteur recherché est singulier car l énonciateur s adresse à l une ou l autre personne mais pas à deux personnes en même temps. MÉTALINGUISTIQUE Belle-maman.-, c est Eric. Ou beau-papa. La relation est d ordre familial, un beau-fils s adresse à ses beaux-parents. PHATIQUE Belle-maman.-, c est Eric. Ou beau-papa. Est-ce qui a quelqu un? (attente) Y a quelqu un? (attente) Merci. Tantôt. Le contact est recherché par l appel nominatif et une interrogation liée à la présence supposée ou espérée de la présence d auditeurs. Le temps d attente confirme cette interprétation. Quant à la finalisation du contact, elle se formalise en un remerciement et un adverbe marquent un avenir proche. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 228
229 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Aucun élément probant. POÉTIQUE Belle-maman.-, c est Eric. Ou beau-papa. Est-ce qui a quelqu un? (attente) Y a quelqu un? (attente) Beau-papa, est-ce que vous savez me retéléphoner si vous rentrez heu au sept c / au 041/275/35/53. Merci. Tantôt. Le message effectif est principalement une demande de rappel et le moyen d y répondre. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 229
230 Message 361 Jacques Delvaux Namur Octobre 96 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE la société Coditel. Nous avons Nous pouvons (voix féminine) L appelant se présente en tant que mandataire d une société et parlant en son nom : «nous». CONATIVE Pouvez-vous confirmer L auditeur est unique également. Le «vous» est de politesse. MÉTALINGUISTIQUE la société Coditel. Nous avons Nous pouvons Le fait de se présenter en tant que société, de parler en son nom, donne au message un caractère officiel, quelque peu impersonnel. PHATIQUE Bonjour, ici La prise de contact est directe et abrupte : un terme pour saluer, un terme introducteur du récit. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 230
231 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Nous avons une demande de raccordement au nom de *Montulet Annie, pour l avenue du Transvaal à Namur. Nous pouvons effectuer son raccordement, donc en télédistribution, le lundi 21 octobre. Les éléments donnant le pourquoi du message actuel sont explicités afin de faciliter sa compréhension et le suivi demandé. La précision de la date est indispensable pour la prise de rendez-vous. POÉTIQUE Bonjour, ici la société Coditel. Nous avons une demande de raccordement au nom de *Montulet Annie, pour l avenue du Transvaal à Namur. Nous pouvons effectuer son raccordement, donc en télédistribution, le lundi 21 octobre. Pouvez-vous confirmer au numéro de téléphone suivant : 40/27/08. Merci. La formulation ne comporte pas d adoucisseurs du récit. Il s agit d une prise de contact permettant de transmettre les éléments nécessaires à la confirmation d un rendez-vous. L émetteur va au fait : le demandeur étant l interlocuteur, il n est manifestement plus nécessaire de s embarrasser de fioritures. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 231
232 Message 393 Sabine Salmon Octobre 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE je crois que.. Je voulais te faire un petit coucou, je voulais voir comment tu allais. j espère que moi ça va ; je suis encore enrouée hein, heu voilà, je ( ) ; j espère que Ben je te dis à bientôt. Je te fais un gros bisou (voix féminine) L émetteur est individuel. Il semble très proche affectivement et relationnellement du récepteur. CONATIVE Ma petite Sabine, t tu es partie ; tu ne travailles pas aujourd hui? te faire un petit coucou, voir comment tu allais. tu vas bien, comme tu entends, ta journée que tu ne vas pas avoir trop chaud là à, dans ton bureau à l ONA je te dis à bientôt. Je te fais un gros bisou Le tutoiement de rigueur et l interpellation du destinataire par son prénom accompagné à la fois d un adjectif à connotation affective et d un déterminant possessif indique le niveau relationnel à prendre en compte ici. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 232
233 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE te faire un petit coucou Je te fais un gros bisou et salut! Heu / Ben / Hein Ben je te dis à bientôt. Je te fais un gros bisou et salut! La relation entre les protagonistes est d ordre affectif, peutêtre familial. Le niveau de langage est relâché et le message comporte plusieurs marques de désinvolture. PHATIQUE Ma petite Sabine, apparemment tu es partie et voilà. Ben je te dis à bientôt. Je te fais un gros bisou et salut! Le contact est établi par le constat de l absence de l interlocuteur. La clôture de l entretien est relativement longue ; manifestement, l énonciateur souhaitait pouvoir s exprimer et faute d avoir un interlocuteur compense partiellement l absence de contact véritable en laissant un message relativement long sur le répondeur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 233
234 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE, apparemment tu es partie ; je crois que tu ne travailles pas aujourd hui?.. j espère que ta journée va bien se passer, que tu ne vas pas avoir trop chaud là à, dans ton bureau à l ONA et voilà. Le contexte concerne l interprétation, la justification de l absence du destinataire et la référence à son emploi du temps habituel. Le message est enregistré sans doute dans la matinée. POÉTIQUE Ma petite Sabine, apparemment tu es partie ; je crois que tu ne travailles pas aujourd hui? Je voulais te faire un petit coucou, je voulais voir comment tu allais. Heu ben j espère que tu vas bien, moi ça va ; comme tu entends, je suis encore enrouée hein, ça ne part toujours pas heu voilà, je ( ) ; j espère que ta journée va bien se passer, que tu ne vas pas avoir trop chaud là à, dans ton bureau à l ONA et voilà. Ben je te dis à bientôt. Je te fais un gros bisou et salut! Le message est relativement long pour si peu d informations et surtout pour un contenu portant principalement sur un besoin de contact. L information à transmettre étant si brève, l allocuteur a tendance à allonger son énoncé par - des considérations concernant la raison de l absence du récepteur, - des souhaits de bonne santé, - des recommandations marquées affectivement... Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 234
235 Message 406 Sabine Salmon Octobre 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE je est-ce que tu ne veux pas passer pour me lire un petit papier s il te plaît. (voix féminine) L énonciatrice est seule. L interlocutrice n estime pas nécessaire de se présenter. Apparemment le simple son de sa voix doit permettre à l allocutaire de la reconnaître. Du fait de sa demande particulière, nous pouvons considérer soit qu il s agit d une personne analphabète, soit d une personne malvoyante. CONATIVE Sabine te demander si tu ne rentres pas trop tard, est-ce que tu ne veux pas s il te plaît. Si je ne te vois pas La réceptrice est également seule et identifiée par son prénom. MÉTALINGUISTIQUE Sabine, tu La relation est d ordre familier. L interpellation est directe et nominale. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 235
236 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Sabine, bonsoir, heu dis je voulais te demander si Salut! Le message débute par l appel de l auditeur puis une salutation courante. Ensuite, après deux hésitations «heu», «dis» - l énoncé à proprement parler se construit. Une seule formulation fait office de salutation finale. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Bonsoir La référence temporelle est claire mais limitée à la journée en cours ou en tout cas à celle qui est sensée être commune aux deux intervenants : l un présent à ce moment du «bonsoir», l autre espéré/souhaité être également présent de le même laps de temps, la même soirée du même jour. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 236
237 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Sabine, bonsoir, heu dis je voulais te demander si tu ne rentres pas trop tard, est-ce que tu ne veux pas passer pour me lire un petit papier s il te plaît. Ce serait bien gentil. Merci beaucoup. Si je ne te vois pas, ben à demain ou après alors. Salut! La demande est simple : «Viens me lire un message» mais le locuteur ne peut s en contenter et émaille sa demande d adoucisseurs du récit : - emploi d un auxiliaire modal à l imparfait ; - allongement de la forme verbale : «je voulais te demander si» afin d introduire une question au lieu de la poser directement ; - demande qui «traîne en longueur» : «est-ce que tu ne veux pas passer pour me lire» au lieu de «viens me lire» - formule de demande et remerciements réitérés : «s il te plaît» ; «ce serait bien gentil», «merci beaucoup». La salutation finale pourrait sembler un peu brève prise seule mais si nous prenons en compte la phrase la précédant, en fait, elle est relativement longue. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 237
238 Message Internet 1/1- mercredi 28 août L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Phi ([email protected]) J ai trouvé sur ma page Web L émetteur est unique, s identifie par un prénom et donne son adresse mail. CONATIVE Vous pouvez la trouver Le récepteur est sans doute pluriel : l ensemble des internautes intéressés par ce groupe de discussion. La formulation d offre non contraignante est claire. MÉTALINGUISTIQUE Le rôle choisit par l émetteur est celui d informateur, d aidant sans demande de contrepartie. Il se positionne en tant qu offreur désintéressé. C est une information gratuite à l attention de la communauté virtuelle. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 238
239 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE La nouvelle version de Pacher.htm basee sur le PC Direct de Septembre vient d etre mise sur ma page Web (merci Webmistress 8-) ). Le contact est immédiatement établi sur base d une offre faite à la communauté virtuelle. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Sur ma page Web C est un fichier avec les prix les moins chers que j ai trouvé dans les publicites informatiques dans les magazines du mois. La référence à la page Web est répétée deux fois afin que cette remarque s imprime bien dans la mémoire. En faisant état de ses recherches dans les magazines spécialisés, le destinateur se positionne en tant qu amateur (éclairé?) d informatique. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 239
240 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE La nouvelle version de Pacher.htm basee sur le PC Direct de Septembre vient d etre mise sur ma page Web (merci Webmistress 8-) ). Vous pouvez la trouver sur ma page Web (C est un fichier avec les prix les moins chers que j ai trouvé dans les publicites informatiques dans les magazines du mois). Phi ([email protected]) L auteur donne à la fois les références de sa page web et son adresse mail. Il répète deux fois le message «sur ma page web» pour marquer la mémoire du récepteur et bien lui faire retenir l endroit où trouver l information. Il offre tout d abord le produit puis explique ce dont il s agit. Il semblerait que le plus important pour l encodeur est de faire une offre gratuite, un cadeau et ce, quel qu il soit, plutôt que le produit en lui-même. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 240
241 Message Internet 1/15 29 août 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je voudrais Il me semble m indiquer L émetteur est unique. Il n y a pas d identification. Néanmoins, les références Internet de l énonciateur s inscrivant automatiquement en début de message, cela peut ne pas sembler utile ; cette remarque est récurrente pour l ensemble des messages Internet. CONATIVE Quelqu un pourrait-il m indiquer Le destinateur est inconnu ; la demande est adressée à un interlocuteur potentiel membre de l ensemble de la communauté virtuelle concernée par le groupe de discussion. MÉTALINGUISTIQUE Bonjour, Le message comporte une salutation introductive mais aucune salutation conclusive ni remerciement. Il s agit d une partie de conversation en cours et donc selon l énonciateur ne nécessite par d au revoir ou d adieu. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 241
242 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonjour, Le contact est établi comme il pourrait l être oralement. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE acheter une carte video Hercules 128 Dynamite. que la distribution de cette carte est pour l instant confidentielle en France. La demande concerne du matériel informatique. L auteur conforte celle-ci en précisant les difficultés d approvisionnement dans le pays où il se trouve. POÉTIQUE Bonjour, Je voudrais acheter une carte video Hercules 128 Dynamite. Il me semble que la distribution de cette carte est pour l instant confidentielle en France. Quelqu un pourrait-il m indiquer un revendeur de matériel Hercules? L encodeur formule sa demande en l adoucissant par l emploi de : - Un auxiliaire modal au conditionnel, «Je voudrais acheter» ; «quelqu un pourrait-il m indiquer..» ; - la forme impersonnelle, «Il me semble que». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 242
243 Message Internet 2/8 5 septembre 1996 (l orthographe n est pas corrigée) FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Il s agit d un encodeur qui a une connaissance partielle de la dactylographie : le message ne comporte aucun accent, ni de c cédille. Il n y a pas d autre élément permettant de l identifier. CONATIVE Le ou les interlocuteurs ne sont pas clairement identifiés également. MÉTALINGUISTIQUE Une petite remarque que d autres en ont deja parle Les sites Français relativement rapide on parles sois-disants sont reste autres pays Europeens qu on court circuite La première phrase montre une construction syntaxique tout à fait approximative. Le vocabulaire employé est généralement correct mais la norme orthographique est transgressée à plusieurs reprises ce qui pourrait démontrer un niveau de formation relativement peu élevé pour ce qui concerne la connaissance de la langue française. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 243
244 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Une petite remarque que d autres en ont deja parle dans beaucoup de magazines electroniques ou non (par exemple l INRIA) Mais d un pays plutot proche de la France (l Angleterre pour ne pas citer) L attention du lecteur est attirée par un constat d ordre général, renforcé par la référence à un pays étranger relativement proche. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 244
245 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE POÉTIQUE Une petite remarque que d autres en ont deja parle dans beaucoup de magazines electroniques ou non (par exemple l INRIA) Mais d un pays plutot proche de la France (l Angleterre pour ne pas citer), l acces aux connexions Internet en France est *** PARTICULIEREMENT LENT*** Et cela meme sur les sites Français relativement rapide (aka Jussieu, etc ). Alors tout de meme ca fait plus de deux ans maintenant qu on parles des autoroutes de l information en France et pourtant personne ne sonne la sonnette d alarme Les connexions a l Internet en France sont prehistoriques (64kb = trop lent pour y faire une autoroute!!!) a croire que les sois-disants leaders de la communication Français (France Telecom pour ne pas en parler) sont reste aux communications en cuivre alors qu en Angleterre, Finlande, Suede, Allemagne et autres pays Europeens vendent des connections en fibre optique et a un prix allant de 5 a 10 inferieur que les tarifs prohibitifs de FT. Bref, vivement 1998 qu on court circuite vite fait ce parasite d Internet Le message fait référence à un thème récurrent auprès des amateurs d Internet. L auteur fait état des «autoroutes» de l information censées être rapides et faciliter la transmission d information pour les critiquer alors que les faits contredisent cela. La comparaison est faite entre la situation française et les autres pays. L énonciateur parle également de 1998 comme d une date où la situation devrait changer sans autre précision. Cet élément est considéré comme étant bien connu des tous les internautes. L auteur renforce son message dès l introduction en se positionnant au sein d un groupe : celui des personnes ayant déjà parlé du type de problème qui va être explicité par la suite. Le problème est indiqué en lettres majuscules et mis en évidence par un encadrement d astérisques. La plainte est d autant plus justifiée selon le locuteur par la durée du non-respect de promesses : cf. les autoroutes de l information qui n en sont pas. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 245
246 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS Des termes dévalorisants sont employés : - des connexions dites «préhistoriques» ; - les «*sois-disants» leaders de la communication française ; - l emploi de matériel en cuivre au lieu de fibres optiques ; - les tarifs «prohibitifs» - ce «parasite» d Internet. Le message se termine clairement par un souhait : - «vivement» 1998 ; - qu on court-circuite «vite fait». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 246
247 Message Internet 2/17 20 janvier 1996 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Salut! Moi c est Marie-Andrée. Je suis Je ne sais même pas à qui j écris. Je ne connais pas encore beaucoup le fonctionnement des newsgroups. bonne 160 journée! L internaute est novice en la matière et se présente d une manière familière : «salut» et son prénom. CONATIVE Je suis de Trois-Rivières, et toi? Je ne sais même pas à qui j écris. L émettrice interpelle son interlocuteur potentiel également de manière familière en le tutoyant. Notons que si elle semble estimer a priori qu il n y avait qu un seul récepteur possible, elle précise néanmoins qu il peut être multiple puisqu elle ignore à qui elle s adresse. 160 Sans majuscule Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 247
248 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Salut! bonne journée! Les règles de politesse liées aux salutations d usage sont respectées tout en étant d un niveau familier. PHATIQUE Salut! Moi c est Marie-Andrée. Je suis de Trois-Rivières, et toi? Je ne sais même pas à qui j écris. Je ne connais pas encore beaucoup le fonctionnement des newsgroups. bonne journée! Le message est pour sa plus grande part un message de contact. En effet, la destinatrice est une nouvelle internaute tentant de joindre un premier interlocuteur tout en ne sachant pas à qui s adresser et de quelle manière. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 248
249 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Je suis de Trois-Rivières, et toi? Je ne sais même pas à qui j écris. Je ne connais pas encore beaucoup le fonctionnement des newsgroups. L émettrice complète son identification en précisant peutêtre son origine mais plus probablement sa localisation actuelle. Elle fait également référence à son inexpérience. POÉTIQUE Salut! Moi c est Marie-Andrée. Je suis de Trois-Rivières, et toi? Je ne sais même pas à qui j écris. Je ne connais pas encore beaucoup le fonctionnement des newsgroups. bonne journée! Ce type de message est rédigé pour attirer l attention des internautes et obtenir une réponse de leur part ; ou à tout le moins de l un d entre eux. Les techniques utilisées par l énonciatrice sont : - des salutations familières (inclusive et conclusive) ; - son identification par le prénom, «moi, c est» qui sous-entend «et toi?»; - une précision géographique personnelle complétée par «et toi?» ; - l expression de son inexpérience ce qui peut impliquer soit une demande d indulgence, soit un appel à l aide. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 249
250 Message Internet 3/13 27 août 1996 L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je voudrais pouvoir d ou ma question je suis en train L émetteur est unique ; ses connaissances en dactylographie et en français (oral et écrit) sont limitées. CONATIVE existe-t-il possible de faire ca existe-t-il des normes toutes les suggestions seront les bien venues. L interlocuteur n est pas identifié. Le message est adressé «tout public» par l intermédiaire de formulations impersonnelles. MÉTALINGUISTIQUE existe-t-il possible de faire ca Le message comporte une construction syntaxique non respectueuse de la norme grammaticale. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 250
251 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Je voudrais pouvoir imprimer du texte et du graphique sur la meme page, d ou ma question toutes les suggestions seront les bien venues. L introduction débute immédiatement par une question adoucie pour se terminer par un rappel de la demande qui n interpelle pas directement le lecteur potentiel (voir cidessous). RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE existe-t-il possible de faire ca avec les outils standards d unix? (imprimante PCL5) Sinon, existe-t-il des normes d ecriture de drivers en librairies partagees? (comme pour ouidoze avec les.drv) Comme je suis en train d écrire une librairie partagees pour le PCL5 La référence principale est celle de connaissances liées à l informatique et Internet autrement dit celle de la communauté virtuelle à laquelle le locuteur appartient. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 251
252 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Je voudrais pouvoir imprimer du texte et du graphique sur la meme page, d ou ma question, existe-t-il possible de faire ca avec les outils standards d unix? (imprimante PCL5) Sinon, existe-t-il des normes d ecriture de drivers en librairies partagees? (comme pour ouidoze avec les.drv) Comme je suis en train d écrire une librairie partagees pour le PCL5, toutes les suggestions seront les bien venues. Le message comporte des demandes adoucies par : - l emploi d un auxiliaire modal au conditionnel et le renforcement de cet emploi par un autre auxiliaire modal, «je voudrais pouvoir imprimer» au lieu de «je veux imprimer» ; - une construction erronée d une interrogation en vue de l adoucir par une ajoute «existe-t-il possible de faire ça» au lieu de «est-il possible de faire ça» ; - une demande complémentaire indirecte «toutes les suggestions seront les bienvenues». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 252
253 Message Internet 3/25 19 janvier 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Portez-vous bien amis-amies internautes! Dan L émetteur est unique. Il se présente par son prénom et en tant que membre (amis-amies) d une communauté virtuelle d internautes. CONATIVE Portez-vous bien amis-amies internautes! Dan Le récepteur est pluriel : les membres d une communauté virtuelle. MÉTALINGUISTIQUE Portez-vous bien amis-amies internautes! Les relations sociales prises en compte par le locuteur sont d ordre amical. La formulation est un souhait usité à l intention de proches amis ou famille. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 253
254 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Quel monde! Façinant, capotant, mangeur de temps aussi!!! Mais le progrès c est le progrès! Portez-vous bien amis-amies internautes! Dan Le message est très court. Il interpelle par ses formulations exclamatives mais il s agit d un constat et non d une réelle prise de contact, hormis pour faire entendre une opinion. La formulation finale confirme ce point de vue. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Quel monde! Façinant, capotant, mangeur de temps aussi!!! Mais le progrès c est le progrès! La référence porte sur l époque et les techniques actuelles sur lesquelles le locuteur exprime son opinion. POÉTIQUE Quel monde! Façinant, capotant, mangeur de temps aussi!!! Mais le progrès c est le progrès! Portez-vous bien amis-amies internautes! Dan Toutes les phrases de ce message sont à la forme exclamative. Il s agit donc bien d affirmations péremptoires et non d interrogations ou de demandes. Le souhait final et le prénom de l énonciateur clôturent amicalement l énoncé. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 254
255 Message septembre 1996 L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE c est que je n ai pas les refs sous la main Il me semble je sais qui est l auteur Vincent Caplier L énonciateur est unique. Il s identifie clairement par son nom et son prénom. CONATIVE Salut Michel, Passe lui un coup de fil, il pourra te renseigner. Le prénom de l énonciataire est connu de l émetteur car le message est une réponse à un message adressé à la communauté virtuelle. La relation est d emblée située sur le plan amical. MÉTALINGUISTIQUE Salut Michel, Vincent Caplier Le message répond aux critères de présentation d une lettre y compris pour ce qui concerne le terme introducteur et la signature. Il manque juste les salutations d usage mais pour un courrier amical, ce n est pas nécessaire. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 255
256 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Salut Michel, L interpellation est directe, ciblée et amicale : salutation introductive et prénom du destinataire. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE du cinema de Rohmer. les cahiers du cinéma. le responsable ciné de la MJC de dunkerque. Le domaine considéré est celui du cinéma. POÉTIQUE Salut Michel, Il existe une tres bonne analyse du cinema de Rohmer. Le prble c est que je n ai pas les refs sous la main. Il me semble qu elle a été publiée par les cahiers du cinéma. Sinon je sais qui est l auteur : Jean Jacques Daniel. C est le responsable ciné de la MJC de dunkerque. Passe lui un coup de fil, il pourra te renseigner. Vincent Caplier Le message est donc une réponse à une question adressée à l ensemble d une communauté virtuelle. L émetteur s adresse à un membre de la communauté comme s il le connaissait bien d où le mode amical choisi. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 256
257 Message Internet 6/1 3 septembre 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE je recherche toute information Jean-Pierre L allocuteur est unique et s identifie par son prénom. CONATIVE Merci pour votre collaboration. L interlocuteur est probablement pluriel car le vous est non identifié et l interrogation est «ouverte à tout public». MÉTALINGUISTIQUE Bonjour, Merci pour votre collaboration. Bien cordialement. Jean-Pierre Les normes de politesse sont respectées : salutation d usage, remerciement doublé d une salutation finale. PHATIQUE Bonjour, Bien cordialement. Salutations introductive et conclusive. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 257
258 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE/ COGNITIVE/DÉNOTATIVE preparer un concours de l administration la mise en place d une connectivité entre un Conseil General et les mairies rattachees Existe t il des implementations en France? Quelles technologies? Quels sont les critères a prendre en compte? Quelles evolutions sont a attendre (SIG)? Le message concerne la recherche d informations en vue de préparer une candidate à un concours de l administration concernant un projet de mise en réseau. POÉTIQUE Bonjour, Afin d aider une amie a preparer un concours de l administration, je recherche toute information concernant la mise en place d une connectivité entre un Conseil General et les mairies rattachees. Existe t il des implementations en France? Ou? Quelles technologies? Quels sont les critères a prendre en compte? Quelles evolutions sont a attendre (SIG)? Toute information ou reference (article, site Web) sera la bienvenue. Merci pour votre collaboration. Bien cordialement. Jean-Pierre Le texte répond aux critères de construction syntaxique d un courrier : vedette, texte (introduction, corps, conclusion), salutations, signature. L encodeur motive sa demande, la formule à l aide de questions dont il établit la liste et conclut par un souhait de facture généraliste. Le remerciement et la formule finale sont similaires à ceux que l on peut faire à des collègues ou collaborateurs dans une entreprise. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 258
259 Message Internet décembre 1995 L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE je suis aussi un nouveau de trois semaines, je n ais pas mais si je peut jete suggere j aime beaucoup car moi aussi je suis montréalais, je désire aussi peut me retrouver a [email protected]. L énonciateur unique se présente en tant que novice et montréalais. Il ne donne pas ses nom et prénom mais bien son adresse mail car son objectif principal est de s intégrer dans le groupe de discussion et d échanger avec des internautes. CONATIVE jete suggere d aller, j aime beaucoup communique avec des gens du quebec car moi aussi je suis montréalais,.. tu peut me retrouver a [email protected]. L allocutaire est abordé familièrement par le biais du tutoiement. S il est accepté comme interlocuteur valable par l émetteur c est en tant que compatriote. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 259
260 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Salut je n ais pas eu si je peut suggerer un endroit a aller voir jete suggere d aller voire le cite cet une très j aime beaucoup communique avec des gens du quebec recevoir quelque «e- mail» d un peut partout alors tu peut me retrouver a [email protected] L auteur a un niveau orthographique relativement faible. Il respecte les normes de politesse : salutation introductive, formulations adoucies et réservées (voir fonction poétique). PHATIQUE Salut je suis aussi un nouveau de trois semaines, je n ais pas eu le temps de visiter beaucoup d endroit j aime beaucoup communique avec des gens du quebec car moi aussi je suis montréalais, Le niveau du contact choisi est amical et familier : type de salutation, tutoiement. L émetteur se perçoit en tant que membre de groupe et sousgroupe : - les nouveaux arrivants dans un groupe de discussion, - les membres du groupe «habitant du Québec» et du sous-groupe «habitant de Montréal». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 260
261 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE je suis aussi un nouveau de trois semaines des gens du quebec car moi aussi je suis montréalais L auteur fait principalement référence à son origine et à celle souhaitée de son interlocuteur. POÉTIQUE Salut je suis aussi un nouveau de trois semaines, je n ais pas eu le temps de visiter beaucoup d endroit mais si je peut suggerer un endroit a aller voir jete suggere d aller voire le cite cet une très place, j aime beaucoup communique avec des gens du quebec car moi aussi je suis montréalais, je désire aussi avoir quelque « » d un peut partout alors tu peut me retrouver a [email protected]. Le destinateur positionne la relation souhaitée sur la base d une recherche d appartenance et de reconnaissance de son statut : novice, Québécois, Montréalais. Le destinataire qui sera retenu devra répondre également aux caractéristiques précitées. Pour faciliter la prise de contact, l émetteur - minimise le côté récent de son appartenance au groupe de discussion en incriminant le manque de temps, - valorise son intervention par une information/suggestion, - positive le fait de pouvoir communiquer avec des «compatriotes», - adoucit ses formulations par l emploi d auxiliaires modaux (pouvoir suggérer, pouvoir retrouver ). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 261
262 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS Une contradiction se révèle dans l énoncé car il dit désirer recevoir des mails «d un *peut partout» alors qu il précise souhaiter principalement échanger avec des personnes localisées dans sa région. Il est possible que cette contradiction soit due à deux envies : 1. confirmer son appartenance au même «groupe» que son interlocuteur c est-à-dire «les internautes qui désirent recevoir des mails de toutes origines» ; 2. échanger des messages avec des personnes proches géographiquement. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 262
263 Message Internet décembre 1995 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE étudiants (2) mirano, planet claire,magasin 4, salons atlantides. Ayant notre gufl, tout sauf le style games. 20, av.emile de beco 1050 ixelles bruxelles (près u.l.b.) kot sympa : , L énonciateur est double, il s agit de deux étudiants probablement tous deux de sexe masculin (voir ci-dessous la complémentarité souhaitée avec des «collaboratrices») qui s identifient par le mobilier et matériel dont ils disposent et leur adresse mais pas par leurs noms. CONATIVE cherchons collaboratrices pour faire la tef L énonciataire potentiel est multiple mais clairement souhaité du sexe féminin. Le terme «collaboratrice» insiste sur la participation qui leur sera demandée au projet commun de «faire la tef». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 263
264 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE pour faire la tef mirano, planet claire,magasin 4, salons atlantides. Ayant notre gufl, tout sauf le style games. kot sympa Le code langagier choisi par les émetteurs fait référence à un groupe social lié au milieu estudiantin. Le vocabulaire «tef», «style games», «kot sympa» est socialement marqué, y compris pour ce qui concerne le terme «kot» qui même sans indication d adresse aurait permis d identifier les émetteurs en tant que Belges ou liés à la Belgique. PHATIQUE étudiants (2) cherchons collaboratrices pour faire la tef attendons petites reponses pour grands delires. Le message ne comporte pas de salutations et se présente comme une petite annonce. Il va droit au fait et se préoccupe uniquement de retenir l attention et de solliciter leur réponse en retour des réceptrices également en recherche de «faire la tef». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 264
265 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE étudiants (2) cherchons collaboratrices pour faire la tef mirano, planet claire,magasin 4, salons atlantides. Ayant notre gufl, tout sauf le style games. 20, av.emile de beco 1050 ixelles bruxelles (près u.l.b.) kot sympa : , J&B à volonté. attendons petites reponses pour grands delires. Le contenu est clairement lié à l objectif précité «faire la tef» - et aux éléments permettrant de le réaliser. Le moment est le temps présent et futur proche. La localisation est précise : le kot des étudiants en question. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 265
266 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE étudiants (2) cherchons collaboratrices pour faire la tef mirano, planet claire,magasin 4, salons atlantides. Ayant notre gufl, tout sauf le style games. 20, av.emile de beco 1050 ixelles bruxelles (près u.l.b.) kot sympa : , J&B à volonté. attendons petites reponses pour grands delires. Comme précisé ci-dessus, le message est rédigé sous forme d une petite annonce présentant la demande, le moyen de contacter les rédacteurs et se conclut par une confirmation de l attente. L objectif est clair, les auteurs ne s embarrassent aucunement de préoccupations autres que celle de base et attendent une réponse en ce sens des personnes intéressées. La formulation finale confirme ce qui précède par l emploi des adjectifs car les réponses doivent être petites puisqu il s agit uniquement d acquiescer à la proposition et de permettre de se rencontrer en vue de «faire la tef» au maximum : «grands» et «*delires». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 266
267 Message Internet décembre 1995 L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Salut, je m appelle Daniel et je vis dans le sud de la France. nous avons et je trouve je vais au Canada, je me débrouillerai Daniel L auteur se positionne en choisissant un mode d expression relativement familier par le choix de la salutation introductive et son identification par le prénom. Il se positionne également en tant qu habitant du sud de la France et se dit intéressé par le Canada ce qui pourrait favoriser les réponses de Canadiens. CONATIVE L énoncé ne comporte aucune mention du destinataire ce qui induit un message envoyé à tous les internautes du groupe de discussion. Néanmoins, un sous-groupe d internautes peut être identifié comme nous l avons vu ci-dessus : les Canadiens francophones. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 267
268 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE Salut, je m appelle Daniel et je vis dans le sud de la France. plein été. A bientôt peut être Daniel Le langage employé est correct mais sans formalisation particulière ce qui induit à penser que le niveau relationnel choisi est de l ordre du familier. PHATIQUE Salut, je m appelle Daniel et je vis dans le sud de la France. Ici nous avons en ce moment 8 C et je trouve qu il fait particulièrement froid!!! Aussi, si un jour je vais au Canada, je me débrouillerai pour y aller en plein été. A bientôt peut être Daniel Le contact est établit par une salutation introductive simple et l auto-présentation de l énonciateur. Il fait ensuite quelques remarques liées au temps comme il est bien souvent d usage entre personnes qui ont peu de chose à se dire mais souhaitent néanmoins créer/garder un contact conversationnel qui permettent néanmoins de révéler son intérêt personnel pour le Canada. La salutation finale est une ouverture, un appel à un engagement de conversation. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 268
269 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Salut, je m appelle Daniel et je vis dans le sud de la France. Ici nous avons en ce moment 8 C et je trouve qu il fait particulièrement froid!!! Aussi, si un jour je vais au Canada, je me débrouillerai pour y aller en plein été. A bientôt peut être Daniel Le moment est actuel et l auteur se positionne géographiquement. La température est également précisée. POÉTIQUE Salut, je m appelle Daniel et je vis dans le sud de la France. Ici nous avons en ce moment 8 C et je trouve qu il fait particulièrement froid!!! Aussi, si un jour je vais au Canada, je me débrouillerai pour y aller en plein été. A bientôt peut être Daniel Comme nous l avons vu ci-dessus, il s agit d un message d entrée en matière pour favoriser un échange conversationnel. L emploi de points d exclamation répétés révèlent une certaine part d émotivité de l émetteur alors que le point mis en évidence n a pas nécessairement de grande importance en lui-même. La formulation finale comporte deux facettes : le souhait d une réponse et son adoucissement par l emploi de l adverbe qui laisse toute latitude au récepteur de répondre ou non tout en confortant le souhait précité. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 269
270 Message Internet 11/88 26 août 1996 L orthographe n est pas corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je suis à la recherche de la famille de mon ancêtre européen qui se nommait Jean-Baptiste Adam de Brienon-l Archevêque, aujourd hui Brienon-sur-Armançon en Bourgogne, France. Si quelqu un pouvait m aider Vital L énonciateur est unique. Il s identifie clairement par son prénom Vital et de manière indirecte par le nom de son ancêtre : Adam. Cependant, nous n en avons pas la certitude car l ancêtre pourrait être du côté maternel de la famille. CONATIVE Si quelqu un pouvait m aider de quelques façon que ce soit, ce serait fortement apprécié. L énonciateur est unique mais non identifié, en fait le message est envoyé au tout-venant et ouvert à tous. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 270
271 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE il fût notaire royal. de quelques façon que ce soit La formulation est conforme aux normes langagières usuelles même si l orthographe n est pas respectée à deux reprises : «il *fût notaire royal», «de *quelques façon que ce soit» ; et que les salutations introductive et finale se résument à un seul bref «merci» en conclusion. PHATIQUE Je suis à la recherche Si quelqu un pouvait m aider de quelques façon que ce soit, ce serait fortement apprécié. Merci! Vital Le message s ouvre immédiatement sur la préoccupation de l émetteur ; dès lors, le lecteur continuera la lecture ou l interrompra dès la première ligne. Le remerciement en final interrompt la communication de manière un peu abrupte néanmoins la phrase qui le précède introduit le terme conclusif en l explicitant en préalable. Le «Merci» renforce ce qui précède au lieu de conclure seul. L emploi du prénom seul personnalise le contact et le rend plus familier. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 271
272 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Je suis à la recherche de la famille de mon ancêtre européen qui se nommait Jean-Baptiste Adam de Brienon-l Archevêque, aujourd hui Brienon-sur- Armançon en Bourgogne, France. Il est décédé le 3 septembre 1711 (75 ans) à Beaumont. Il s est marié vers 1672 à Sillery avec Marie Mezeray décédé le 22 novembre 1714 à Beaumont. Il semble que Jean-Baptiste Adam soit de parents inconnus. Il a été employé de Eustache Lambert et il fût notaire royal. La recherche est en cours et son contexte est la préoccupation généalogique de l émetteur. La localisation des destinataires semble être de préférence des personnes habitant en France ou proches de ce type d information. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 272
273 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Je suis à la recherche de la famille de mon ancêtre européen qui se nommait Jean-Baptiste Adam de Brienon-l Archevêque, aujourd hui Brienon-sur- Armançon en Bourgogne, France. Il est décédé le 3 septembre 1711 (75 ans) à Beaumont. Il s est marié vers 1672 à Sillery avec Marie Mezeray décédé le 22 novembre 1714 à Beaumont. Il semble que Jean-Baptiste Adam soit de parents inconnus. Il a été employé de Eustache Lambert et il fût notaire royal. Si quelqu un pouvait m aider de quelques façon que ce soit, ce serait fortement apprécié. Merci! Vital Seul le but poursuivi par l allocuteur semble lui importer car la majeure partie du message consiste en la présentation des éléments nécessaires pour contextualiser et trouver l information recherchée. In fine, l auteur se préoccupant toujours de son objectif conclut par une demande et un rapide remerciement anticipé afin d obtenir un retour de mail. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 273
274 Message Internet 12/78 14 août 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons nous ne le sommes pas. Le locuteur est seul et se positionne en tant que membre d une communauté nationale : les Français. CONATIVE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons Il s adresse en tant que Français à d autres Français en opposition à un autre groupe national : les Américains. MÉTALINGUISTIQUE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons être seuls au monde tout en sachant que nous ne le sommes pas. Les Américains, eux, n ont pas encore dépassé le premier stade. Le message, bien qu ironique et marqué de considérations a priori et de préjugés reste dans les limites de la correction et formulé de manière affirmative sans employer de termes agressifs ou injurieux. Deux codes langagiers sont utilisés : le français et l anglais ; en effet l énonciateur souhaite une double transmission de son message afin d atteindre les deux types de destinataires : les Français mais également par un quelconque biais ou en tout cas de leur offrir une opportunité d accès au contenu les Américains car rédigé tout d abord en français, il est ensuite traduit en anglais. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 274
275 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons être seuls au monde tout en sachant que nous ne le sommes pas. Les Américains, eux, n ont pas encore dépassé le premier stade. The difference between French and Americans are we believe there is nobody else but us in the world, but we know we aren t. American remain at the first step. Jack (si quelqu un peut trouver une meilleure traduction ) L intention d un contact multiple se révèle dans la double formulation du message bien qu il s agisse d un contact direct avec les Français auxquels l émetteur s adresse directement face à un contact indirect avec les Américains pour lesquels le message aux Français est traduit tel quel ; pour ce qui les concerne, il s agit uniquement d une transmission d information, de la traduction d un message adressé à d autres mais les concernant. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons être seuls au monde tout en sachant que nous ne le sommes pas. Les Américains, eux, n ont pas encore dépassé le premier stade. La référence est culturelle. Le message est un a priori, un préjugé vis-à-vis des Américains. Il comporte une part de déconsidération, de mépris : nous savons, eux, pas. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 275
276 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE la difference entre les Français et les Américains, c est que nous croyons être seuls au monde tout en sachant que nous ne le sommes pas. Les Américains, eux, n ont pas encore dépassé le premier stade. The difference between French and Americans are we believe there is nobody else but us in the world, but we know we aren t. American remain at the first step. Jack (si quelqu un peut trouver une meilleure traduction ) Il peut s agir soit d un texte faisant partie prenante d une conversation soit d une entrée en matière. L énonciateur internaute n a pas nécessairement besoin d un interlocuteur direct puisqu il a à sa disposition un nombre illimité de lecteurs potentiels. Son message est une affirmation ironique qui ne demande pas nécessairement à devenir un sujet de discussion mais qui le pourrait. Le souhait de l émetteur à ce sujet n est pas clairement exprimé quoique la phrase finale concernant la traduction puisse constituer une ouverture. Néanmoins, il est tout à fait possible d imaginer qu une telle affirmation a priori et préjugé provoque l une ou l autre réaction car le public potentiel est très nombreux et susceptible de comporter des membres désireux de réagir sur ce thème. En effet, l énonciateur ne rédige pas pour lui seul mais pour être lu. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 276
277 Message Internet 12/68 28 août 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE mon serveur j ai pas moins de Je n arrive pas Que dois-je faire????? je ne peux pas non plus alors c es foutu! A l aide!!! Christophe R. L énonciateur est unique. Il marque son inquiétude et sa préoccupation par des négations, des points d interrogation et d exclamation répétés. Il signe de son prénom suivi de l initiale de son nom ce qui permet d affiner son identification tout en n allant pas jusqu à la précision du nom propre. CONATIVE Bonjour à tous, Le nombre d interlocuteurs est considéré potentiellement important. En effet, il s agit d un appel à l aide adressé à la communauté virtuelle des participants au groupe de discussion. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 277
278 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS MÉTALINGUISTIQUE 30 ou 40 processes (sendmail) et send-mail qui sont en interruptible sleep (D). le sendmail refuse alors les connections (load average..) Je n arrive par a killer ces processes (tous les signaux testes). rebooter la machine, car elle est a 1000 km, et si pb de disque alors c es foutu! c est koi la difference entre des proccess (sendmail) et send-mai? La norme sociale de salutations introductive et finale est respectée, bien que cette dernière soit réduite à son strict minimum : a+. Le langage employé est très technique et répond aux formulations et vocabulaire usités par les amateurs/spécialistes d informatique. Parmi les termes employés, certains sont marqués au signe d un groupe social et peuvent constituer des marques de reconnaissance comme certains termes, expressions, abréviations ou orthographe volontairement ou non «massacrée» : «killer», «si pb de disque», «c *es foutu!», «c est koi». PHATIQUE Bonjour à tous, aujourd hui mon serveur a des soucis! a+ Christophe R. Le contact est établi et coupé sous des formes familières : «bonjour, *a+». Puis, sans fioritures, le message embraie immédiatement sur l appel à l aide de l émetteur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 278
279 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Aujourd hui mon serveur a des soucis! j ai pas moins de 30 ou 40 processes (sendmail) et sendmail qui sont en interruptible sleep (D). bien evidement le sendmail refuse alors les connections (load average..) Je n arrive par a killer ces processes (tous les signaux testes). je ne peux pas non plus rebooter la machine, car elle est a 1000 km, et si pb de disque alors c es foutu! PS : c est koi la difference entre des proccess (sendmail) et send-mai? La base référentielle du texte est informatique avec toute une problématique spécifique devant être gérée par l usager. Le cadre temporel est celui du jour, le message devant perdre de sa valeur et de son intensité dans les prochains jours et plus précisément dès que le problème posé sera résolu. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 279
280 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Bonjour à tous, aujourd hui mon serveur a des soucis! j ai pas moins de 30 ou 40 processes (sendmail) et sendmail qui sont en interruptible sleep (D). bien evidement le sendmail refuse alors les connections (load average..) Je n arrive par a killer ces processes (tous les signaux testes). Que dois-je faire????? je ne peux pas non plus rebooter la machine, car elle est a 1000 km, et si pb de disque alors c es foutu! A l aide!!! PS : c est koi la difference entre des proccess (sendmail) et send-mai? a+ Christophe R. Le message est une interpellation directe à l attention du plus grand nombre d internautes participant au groupe de discussion. Juste après la salutation introductive d usage, la préoccupation de l auteur introduite et toutes les difficultés rencontrées sont détaillées. La ponctuation permet la mise en évidence à la fois des questions précises qui sont posées mais également des difficultés majeures qui se posent risque que l échec de la manœuvre souhaité soit complet et de la préoccupation très vive de l émetteur : «A l aide!!!». Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 280
281 Message Internet 12/30 28 août 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je viens m indiquer une marque Isabelle BESANCON [email protected] L émetteur unique est une femme qui s identifie par son nom et son prénom ainsi que par son adresse mail. CONATIVE Quelqu un peut-il m indiquer une marque fiable de 8x (sans erreurs de lecture ni bruits)? L interlocuteur recherché est également unique bien que non identifié. Il est souhaitable qu il ait des connaissances en matière d informatique. MÉTALINGUISTIQUE un lecteur de CD Mitsumi 8x et il fait de temps en temps un horrible bruit de vibrations (bruit bien plus fort que celui du ventilo de mon unite centrale). une marque fiable de 8x (sans erreurs de lecture ni bruits)? Le langage employé est relativement courant et compréhensible également pour des internautes nonspécialistes. Les normes de politesse salutations ne sont pas respectées car l énonciatrice va au fait sans s embarrasser de mise en forme et formulations sociales particulières. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 281
282 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Je viens d acheter un lecteur de CD Mitsumi 8x et il fait de temps en temps un horrible bruit de vibrations (bruit bien plus fort que celui du ventilo de mon unite centrale). Est-ce que tous les 8x de cette marque font ça? Quelqu un peut-il m indiquer une marque fiable de 8x (sans erreurs de lecture ni bruits)? Comme précisé ci-dessus, le contact étant considéré comme préétabli au sein d un forum de discussion, l émettrice entrant directement dans le vif du sujet, posant ses interrogations et terminant tel quel l énoncé. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Je viens d acheter un lecteur de CD Mitsumi 8x et il fait de temps en temps un horrible bruit de vibrations (bruit bien plus fort que celui du ventilo de mon unite centrale). Est-ce que tous les 8x de cette marque font ça? Quelqu un peut-il m indiquer une marque fiable de 8x (sans erreurs de lecture ni bruits)? Isabelle BESANCON [email protected] L instant est présent ou proche : pour un passé immédiat (je viens de ) ou un futur rapproché (celui souhaité pour les réponses). Le contenu se réfère à du matériel informatique et s adresse donc uniquement aux connaisseurs en la matière. L adresse mail pour sa part permet de localiser géographiquement la destinatrice. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 282
283 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Je viens d acheter un lecteur de CD Mitsumi 8x et il fait de temps en temps un horrible bruit de vibrations (bruit bien plus fort que celui du ventilo de mon unite centrale). Est-ce que tous les 8x de cette marque font ça? Quelqu un peut-il m indiquer une marque fiable de 8x (sans erreurs de lecture ni bruits)? Isabelle BESANCON [email protected] Mis à part une abréviation «ventilo» - l allocutrice reste assez neutre dans la construction et la formulation d ensemble de son message. Elle n émaille pas son énoncé de termes techniques complexes ou d expressions typées. Seuls quelques adjectifs connotent quelque peu son texte tel que «horrible» pour marquer sa préoccupation qui reste néanmoins nuancée par l emploi de «de temps en temps» et celui de «fiable» pour la marque recherchée. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 283
284 Message Internet 13/31 15 décembre 1995 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je recherche Jérôme Turcotte L énonciateur est unique et s identifie par ses prénom, nom et adresse mail. CONATIVE des newsgroups francophones portant sur l astro-physique ou les sciences en général. pour vos recommandations! Il s adresse à plusieurs énonciataires membres de groupes de discussion francophones et de sous-groupes qui francophones ont pour thème l astrophysique ou les sciences en général. MÉTALINGUISTIQUE Bonjour, Je recherche des newsgroups francophones portant sur l astro-physique ou les sciences en général. Merci à l avance pour vos recommandations! Jérôme Turcotte [email protected] Les normes de politesse sont respectées par la formulation d une salutation introductive et d un remerciement anticipé en conclusion. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 284
285 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonjour, Je recherche des newsgroups francophones portant sur l astro-physique ou les sciences en général. Merci à l avance pour vos recommandations! Jérôme Turcotte [email protected] Le contact est établi par la formulation introductive et une entrée en matière immédiate. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Bonjour, Je recherche des newsgroups francophones portant sur l astro-physique ou les sciences en général. Le cadre de référence est celui de newsgroups clairement identifiés et sur lesquels porte la recherche qui se place dans l actualité immédiate. POÉTIQUE Bonjour, Je recherche des newsgroups francophones portant sur l astro-physique ou les sciences en général. Merci à l avance pour vos recommandations! Jérôme Turcotte [email protected] Le message est une recherche d information en vue d établir des contacts futurs avec des internautes intéressés par un thème commun. Il se compose d une demande et d un remerciement anticipé. Signé personnellement par l énonciateur prénom, nom et adresse mail il permet une réponse éventuelle. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 285
286 Message Internet 9/39 6 septembre 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE je me retourne vers List-Serv (moi aussi) pouvoir me servir Réponds moi en mail.. Jacques L énonciateur est unique et se présente par son prénom. Il s adresse très familièrement à une autre personne. CONATIVE MÉTALINGUISTIQUE Bonjour Corinne, Apres avoir essaye (vainement d installer Majordomo (désolé Brent) je me retourne vers List-Serv (moi aussi) et voici que le truc compile très mal (sous linux et ) Ton expérience en la matière DOIT pouvoir me servir Réponds moi en mail si tu veux bien, Jacques Ton expérience Réponds moi en mail si tu veux bien, L énonciataire est un individu identifié clairement, il s agit d une femme désignée par son prénom. La relation entre les interlocuteurs est de l ordre de la familiarité : non seulement l émetteur se présente par son prénom mais il tutoie le récepteur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 286
287 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Bonjour Corinne Le contact est établi directement par une salutation et l interpellation du destinataire par son prénom. Des Smileys sont utilisés pour faciliter l interprétation d éléments du message. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Apres avoir essaye (vainement ) d installer Majordomo (désolé Brent) je me retourne vers List-Serv (moi aussi) et voici que le truc compile très mal (sous linux et ) Les connaissances communes liées à l informatique et à certaines techniques (installations ) spécifiques qui sont parlantes uniquement pour les amateurs éclairés ou spécialistes du domaine. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 287
288 POÉTIQUE Bonjour Corinne, Apres avoir essaye (vainement ) d installer Majordomo (désolé Brent) je me retourne vers List-Serv (moi aussi) et voici que le truc compile très mal (sous linux et ) Ton expérience en la matière DOIT pouvoir me servir Réponds moi en mail si tu veux bien, Jacques Le message reste très technique quoique de facture amicale (salutations, emploi des prénoms, de smileys, parenthèses) et dynamique (nombreuses parenthèses explicatives interrompant régulièrement l énonciation). L auteur interpelle également son lecteur : - en lui adressant une affirmation renforcée par l emploi d auxiliaires modaux dont l un d entre eux est mis en évidence graphiquement à l aide de majuscules ; - par une demande de réponse débutant par un impératif adouci par la finale. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 288
289 Message Internet 9/25 6 septembre 1996 L orthographe n a pas été corrigée. FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS EXPRESSIVE ET ÉMOTIVE Je recherche Je sais je ne connais pas la date precise et ou m inscrire. j ai deux places Stephane. L énonciateur est seul et se présente par son prénom. CONATIVE tous les fondus de fond. Si certains sont interesses Les interlocuteurs sont un groupe de personnes : les sportifs passionnés de marathon. Parmi eux, un sous-groupe est identifié : ceux qui sont intéressés pour aller assister au marathon d Amsterdam. MÉTALINGUISTIQUE Salut a tous les fondus de fond. Merci d avance, amities et bonnes courses. Respect des normes de politesse pour ce qui concerne les salutations introductive (salut) et conclusive (amitiés et bonnes courses) ainsi que la formule de remerciement (merci d avance). Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 289
290 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS PHATIQUE Salut a tous les fondus de fond. Merci d avance, amities et bonnes courses. La formulation directe et «jeune» ainsi que le jeu de mots sur «fondus de fonds» sont là pour attirer l attention d une certaine catégorie de personnes. RÉFÉRENTIELLE /COGNITIVE/DÉNOTATIVE Salut a tous les fondus de fond. Je recherche les dates des prochaines epreuves internationales pour les 3 mois qui viennent. Pendant qu on y est, comment s y inscrire. Je sais qu il y a un semi et un marathon fin sept a Amsterdam, mais je ne connais pas la date precise et ou m inscrire. Si certains sont interesses, j ai deux places dispo en voiture pour aller. Idem pour les autres eventuellement. Merci d avance, amities et bonnes courses. Stephane. L expression «à tous les fondus de fonds» peut correspondre à des normes langagières du groupe dont l émetteur pense/souhaite faire partie. L expression «places dispo» peut également signifier que l auteur s intègre également dans un certain sous-groupe des «fondus de fonds» : les jeunes ou ceux qui voudraient le paraître. L information directe liée à un marathon précis est répétée de manière indirecte dans les salutations bonnes courses faisant référence à la passion commune tant des interlocuteurs que du locuteur. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 290
291 FONCTIONS TERMES DU MESSAGE REMARQUES ET CONSTATATIONS POÉTIQUE Salut a tous les fondus de fond. Je recherche les dates des prochaines epreuves internationales pour les 3 mois qui viennent. Pendant qu on y est, comment s y inscrire. Je sais qu il y a un semi et un marathon fin sept a Amsterdam, mais je ne connais pas la date precise et ou m inscrire. Si certains sont interesses, j ai deux places dispo en voiture pour aller. Idem pour les autres eventuellement. Merci d avance, amities et bonnes courses. Stephane. Le message est introduit par une allusion directe par rapport au type d allocutaires recherchés. Il se continue par une question précédée de sa motivation et enchaîne sur une proposition de transport vers une manifestation. La fin de la proposition pourrait être interprétée comme une forme d humour : «J ai deux places pour ceux que cela intéresse et pourquoi pas pour ceux qui ne sont pas intéressés». L énoncé se termine par des remerciements, la formule «amitiés» qui confirme le sentiment d appartenance de l émetteur au groupe précité, et un souhait «sportif» tout à fait valable pour des amateurs de marathon. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 291
292 CONCLUSION A de nombreuses reprises, nous avons pu constater que l énonciateur ne se contente généralement pas de structurer un message simple en un nombre restreint de mots et de le subdiviser en introduction, corps du texte, conclusion. Même si cette trame de base est bien souvent respectée, les formulations sont bien plus complexes qu il n y pourrait paraître à première vue. Nous nous sommes déjà posé la question de savoir «Pourquoi une valeur du système serait-elle si souvent réalisée dans une pluralité de formes différentes, alors que rien, aucune nécessité de communication ne le requiert?» 161 et l avons estimée essentielle. En effet, quelle est la véritable motivation d un choix de termes différenciés et d une augmentation des items d un message? Spécificité de la communication humaine, le locuteur personnalise son message et élabore son énoncé sur base de termes qu il a toute latitude de choisir en fonction de ses connaissances, intentions, préoccupations et goûts personnels ainsi que du sens qu il souhaite lui donner. Nous avons constaté que chaque message développe une idée, un sujet particulier sur un thème de base et en avons fait le relevé détaillé. Nous avons également constaté que sur répondeur le message est pratiquement toujours une réponse à un message préalable alors que sur Internet le message analysé est plutôt une «bouteille à la mer», un appel lancé dans le vide virtuel, vers un inconnu, qu il soit considéré en tant qu être unique ou multiple Le doute dans lequel se trouve bien souvent l émetteur au sujet du statut réel du récepteur influence la décision de l emploi conversationnel de la deuxième personne (singulier ou pluriel) qui est fonction du niveau de connaissance ou d intimité entre deux interlocuteurs. De fait, si le relevé des messages laissés sur répondeur téléphonique révèle un nombre élevé d items à la deuxième personne, lorsque l allocuteur ne connaît pas ou peu le 161 Bibliographie 11, p 88 Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 292
293 destinataire de son message, il aura tendance à employer le vous de politesse ou bien, s il ignore quel est le destinataire effectif, il emploiera le vous collectif qui lui permettra de pluraliser les allocutaires potentiels et d éviter d être impliqué de manière trop évidente en risquant d interpeller inadéquatement son (ses) interlocuteur(s). Dans le même souhait, lorsqu il rédigera un message sur Internet, il veillera à éviter le suremploi des majuscules ou de la ponctuation ou usera des guillemets permettant de relativiser un sens donné ou encore des smileys. De manière plus générale, le constat a été fait d une formulation injonctive peu autoritaire, l énonciateur préférant bien souvent des formulations moins directives (formes infinitive ou impersonnelle, peu de verbes à sens contraignant immédiat). Il en est de même au sujet de l emploi de verbes déclaratifs ou d opinion grâce auxquels l énonciateur, évitant de s impliquer directement, reporte la responsabilité de l énoncé sur autrui et semble ne faire que proposer, transmettre une information. L émetteur devient alors le «vecteur» du message et semble se dégager de toute responsabilité. En outre, la formulation impérative apparaissant en un nombre restreint d items et l emploi de la transformation passive, qui comme nous l avons explicité retire au sujet son rôle d actant et incite à penser qu une contrainte extérieure est à mettre en cause et non lui-même, nous conforte dans l opinion d une tendance innée à adoucir la formulation du message. Par l utilisation d auxiliaires modaux tels que vouloir et pouvoir, l émetteur semblait pourtant avoir décidé de notifier clairement ses intentions et connoter son énoncé à l aide d éléments «volontaristes» mais nous avons pu voir que à l image de l emploi des formes infinitive et impersonnelle l usage d'auxiliaires de mode tels que devoir, vouloir, pouvoir, savoir, favorise une prise de distance de l énonciateur par rapport au contenu de son énoncé car comme nous l avons démontré la suppression de l'auxiliaire n'apporte pas de changement profond au niveau du contenu de base de la communication. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 293
294 In fine, la juxtaposition des procédés multiplie d autant l effet «distanciatoire» souhaité par l émetteur et devient un procédé d «adoucisseur» de l énoncé : la proposition initiale, l emploi d un auxiliaire de mode, la formulation infinitive, l emploi du conditionnel, le choix d un verbe inchoatif, la surauxiliation. Sur base de l analyse et des considérations qui précèdent, nous posons donc le constat que la «sauvegarde de la paix», le désir de veiller à «sauver la face tout en ne la faisant pas perdre aux autres», le respect de l usage font en complément de la transmission d un contenu de message différencié partie intégrante de la majorité des échanges conversationnels qu il s agisse de messages enregistrés sur répondeur ou de messages élaborés par des internautes novices. Une analyse de l entame conversationnelle de communications orales et écrites 294
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