LA RÉCONCILIATION DANS L ANCIEN TESTAMENT Notre démarche durant ces trois jours. La démarche sera axée sur quelques textes bibliques sur la réconciliation fréquemment utilisés par l EF et plus particulièrement JE. Ces textes sont essentiellement pris dans le Nouveau Testament. Mais pour les comprendre, et voir comment l EF les as compris, il est nécessaire de se replacer dans toute la tradition biblique, et en particulier d étudier leurs racines dans l Ancien testament. C est l objet de cette première causerie. Préliminaire : qu entend-on par «réconciliation» Dans le langage courant, on parle de réconciliation entre deux personnes fâchées (ou deux familles, ou deux villages : nous en avons des exemples nombreux!) Il arrive même qu on ne sache plus pourquoi on est fâché! Ou au contraire, que l on se transmette soigneusement de génération en génération le motif de la brouille. En décomposant le terme en re conciliation, on pourrait donc sous-entendre une conciliation nouvelle Exemple de tentative de conciliation entre deux époux qui veulent divorcer Dans ce cas, cela devient synonyme d accord entre deux partenaires (personnes jusqu aux nations) dont les intérêts s opposaient, chacun faisant des concessions, des compromis pour parvenir à cet accord. Un travail de l ONU par exemple, ou de diplomates. Mais, quand nous parlons en Église (terme largement utilisé depuis Vatican II, ne serait-ce qu à propos du sacrement de Pénitence ou de Réconciliation), ce n est pas le retour à une conciliation antérieure. Ce n est pas un nouvel accord, mais une véritable fraternisation, supposant souvent pardon réciproque des offenses. La réconciliation est «une amitié retrouvée» (St Thomas d Aquin). 1. La communauté d Alliance Il faut partir de la «communauté de vie» entre Dieu et son peuple dans l Alliance, si l on veut lire toute les réconciliation dans la Bible. Avec le lien indissoluble : relation avec Dieu, et relation avec l autre. Pensez à ce propos au «plus grand commandement» avec ses deux volets qui n en font qu un. 1.1. L Alliance avec Israël. Ce sont des réalités qui vous sont bien connues. Mais nous allons voir comment l événement «fondateur» du peuple éclaire toute la réflexion sur l alliance et sur la réconciliation. Ceci est d autant plus important qu il s agit d une relecture, c est-à-dire faite avec tout l approfondissement spirituel et le vécu quotidien. C est d ailleurs ce qui fait toute la richesse, mais aussi parfois toute la complexité du texte biblique. En même temps, cette relecture sert à faire la lecture des origines, qui va être évoquée avec les mêmes catégories. Prenons le texte de l alliance au Sinaï (ou les textes) en Ex 19, 20 et 24. Nous allons y relever quelques aspects relatifs à l alliance qui seront nécessairement présents quand il faudra faire revivre l alliance ou «se réconcilier». C est le texte fondateur de la communauté de l alliance. En fait, toute 1/1
l histoire d Israël, depuis ses origines, sera relue, écrite en fonction de cet événement et de sa signification. En même temps, ce qui est vécu contribue à écrire l histoire de l événement. Ex 19. v. 4ss : rappel historique solennel (ailes d aigle) et «part personnelle» (la part du berger), avec comme conséquence royaume de prêtres (interprétation à l encontre de la note de la TOB : cf. les séparations successives) et nation sainte (à rapprocher du Dieu saint). v. 8 : «unanimité» (cf. lien Pentecôte). v. 9 : le lien se crée avec Moïse (et le peuple) «Je vais arriver jusqu à toi dans l épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand je parlerai ave toi et qu en toi aussi, il mette sa foi à jamais.» Ex 20. Le décalogue. Prologue indissociable du v. 2, long développement du v. 3, puis commandements concernant les membres du peuple. Noter le lien indissoluble entre les devoirs envers Dieu et envers le prochain. Ex 24. Conclusion de l alliance : 24,3 «tout le peuple répondit d une seule voix». Communion de sang et donc de vie, formule d alliance et repas de communion. Ex 32. Aussitôt après la conclusion de l alliance, le texte se poursuit avec des instructions concernant le culte. Mais l épisode narratif reprend avec le veau d or : c est le «péché originel» du peuple. Alliance rompue. 1.2. Relecture des origines L histoire des origines est relue avec ces catégories. (Les Françaises se souviennent peut-$etre du débat en France sur la catéchèse, avec Pierrs Vivantes il y a des années ) Penser à l alliance avec l humanité (alliance noachique), mais aussi la création (second récit) et la chute. Sens de l arbre (des arbres?) de la connaissance du bien et du mal, compris comme le don de la loi, sommet de la bonté de Dieu. Il y aura alors rupture d alliance, comme il y avait eu (ou il y aura!) l épisode du veau d or. C est là aussi que se place la conséquence de la rupture avec Dieu : la rupture avec ses semblables. Voir ainsi le rejet de la faute d Adam sur Ève, les «conséquences du péché» (domination d Adam) et le début de l histoire de l humanité : Caïn et Abel. 1.3. Relecture de l histoire des infidélités Il n est donc pas étonnant que par la suite, les lectures prophétiques de l histoire du peuple de Dieu seront des lectures de son infidélité, et en particulier de son infidélité à la Loi. Voir par exemple les plus célèbres, Osée 1-2 ; Os 11 et par la suite Ézéchiel 16 ; 20 2. Les réconciliations avec Dieu 2.1. Le renouvellement de l alliance À cause de l importance essentielle de l alliance se développe tout un «système» de renouvellement, signe de la vitalité. L alliance n est pas quelque chose de conclu une fois pour toutes, mais demande un engagement renouvelé, parce que vital. Voir à cet effet Jos 24 et le renouvellement au moment de toute action solennelle (2 R 11,17 ; 23,1ss ; Ne 8). Mais renouvellement ne signifie pas nécessairement réconciliation. 2.2. Réconciliation 1/2
Le péché est rupture d alliance, entre les hommes et Dieu, mais aussi entre les hommes entre eux. L union entre Dieu et les hommes est retrouvée grâce à la miséricorde de Dieu, qui est une forme de sa sainteté. Cette notion comporte secondairement l idée d apaisement de la colère de Dieu ; mais elle contient principalement l idée d expiation de la part de l homme pécheur, concrétisée par un rite spécifique (cf. le livre du Lévitique). L expiation comme condition de la réconciliation, a toute une histoire dans l A.T. : Primitivement, expier = apaiser la colère de Dieu par le châtiment du coupable ou un acte rituel agréable à Dieu. Peu à peu, on dépasse la nature anthropomorphique de cette acception : on insistera sur le besoin d une purification, de l effacement d une souillure, d abord grâce à un sang purificateur (cf. le sens du sang) d une victime sacrifiée (Lv 8,14ss ; 16,14ss). Ensuite, l action prophétique va spiritualiser le processus de réconciliation : Dieu est moins perçu comme un souverain dont il faut apaiser la colère que comme un Dieu qui réconcilie. On comprend désormais que la réconciliation n entraîne pas un changement en Dieu, mais seulement en l homme pécheur qui revient vers Dieu et qui est accueilli par lui. Dans ce retour vers Dieu, le sacrifice joue un rôle essentiel, signifiant le changement dans l homme expiant sa faute (cf. le Serviteur, Is 53,10ss) par la souffrance, don de soi. On en arrive ainsi à insister, dans la réconciliation sur la pénitence intérieure, le changement de vie et la pratique de l aumône. 2.3. L homme incapable par lui même de se réconcilier. Ce n est plus un Dieu à apaiser, mais l homme à changer. En même temps, on se rend compte de la gravité de la rupture. Se couper de Dieu (et des autres = se couper de Dieu entraîne nécessairement le désordre des rapports) empêche le changement en l homme, qui n a plus ses repères et sa vie. Voir supra l histoire des infidélités ; voir aussi les attentes prophétiques. Ainsi, l histoire de la marmite d Ézéchiel (le chant du cuisinier ; Ez 24) L espérance de la nouvelle alliance, sous la forme de cœur nouveau et d esprit nouveau (Jr 31,31 et Ez 36,22ss) Noter les expressions de 2 M 1,5 ; 7,33 ; 8,29 : c est Dieu qui va se réconcilier avec vous! Il y a donc une nouvelle attente, celle que Dieu prenne l initiative. 2.4. Une réconciliation universelle. C est le peuple qui est en cause, et c est le retour dans l alliance. La réconciliation avec Dieu est inséparable de la réconciliation avec le prochain. Dans la mesure où, d ailleurs, la rupture d avec Dieu a entraîné nécessairement le désordre dans les rapports humains. Il y a parfois difficulté de séparer les deux dans les textes bibliques mais justement, il ne faut pas les séparer. Il suffit de prendre les deux prophètes qui exercent leur ministère en Samarie, Amos et Osée (les plus anciens prophètes improprement dits «écrivains»). On les caractérise rapidement en disant que Amos est celui qui prophétise contre l injustice sociale, et Osée contre l idolâtrie. Et ils s adressent au même peuple, sensiblement à la même époque. Les deux sont toujours mêlés. Un peu plus tard, dans le Royaume du sud, le prophète Michée : cf. Mi 6,1-8. Il faudra s en souvenir quelquefois : pas exemple, quand on s apercevra qu il n y a pas beaucoup de textes bibliques invoqués par Jean Eudes sur la réconciliation avec le prochain par rapport aux textes essentiels sur la réconciliation avec Dieu. Ou encore, pour dire le Notre Père correctement! «Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés». Attention, il y a là deux faux sens possibles : 1. Nous avons pris l initiative et réalisé la réconciliation avec le prochain (par nous mêmes???) 2. Nous avons droit au pardon de Dieu puisque nous avons réussi à nous réconcilier avec les autres!!! 1/3
3. Quelques textes sur la réconciliation entre frères? Ils sont finalement très rares, alors qu il y en a beaucoup sur le pardon et la miséricorde. Cela est sans doute significatif! Gn 32-33. On peut regarder rapidement la réconciliation entre Jacob et Ésaü Il régne entre les deux un lourd contentieux! le récit de la réconciliation comporte des éléments caractéristiques! Mais est-ce une vraie réconciliation? - Initiative de Jacob mais peur d Ésaü qui marche contre lui (Gn 32,8) - Préparation de présents pour se concilier son frère, 32,14 mais en même temps division tactique de ses «richesses» - Rencontre et reconnaissance solennelle de l autre. - Méfiance à la fin ; Jacob ne veut pas qu Ésaü marche avec lui 1 S 19,1ss. Certaines anciennes traductions de la Bible donnent comme titre à ce passage : «Jonathan réconcilie David avec Saül». Mais les plus récentes écrivent «Jonathan intercède pour David», ou quelque chose de synonyme. Il n y a pas de vraie réconciliation, la suite le montre (d ailleurs de manière difficile à comprendre aujourd hui : «un esprit mauvais, venu du Seigneur, s empara de Saül»! v. 9). Peut-être pouvons-nous noter ici la présence d une tierce personne agissant pour la réconciliation, qui a des liens à la fois avec les deux parties (Jonathan fils de Saül, ami de David). Médiateur Si 22,22. Dans un regroupement de sentences concernant l amitié. L intérêt est de montrer que la réconciliation, dans les cas graves, est pratiquement impossible. Ce qui laisse entendre qu il y a une vraie rupture, contrairement au coup de colère, et qu il faut donc une vraie transformation. Cela va nous conduire à la réconciliation apportée par le Christ, dans le nouveau Testament, en particulier en saint Paul, et aux textes pris par l EF. 1/4
Quelques questions pour le partage en petits groupes : 1. Pour pardonner est-ce-qu il est nécessaire que la personne pardonnée soit présente physiquement? 2. On peut pardonner sans être réconcilie mais on ne peut pas être réconcilie sans pardonner. Qu en pensez-vous? 3. On dit en anglais : pardonner et oublier. Est-ce possible a oublier et est-ce vraiment ce que le Seigneur nous demande? 1/5