La capture du capitaine Cyclone à la Jamaïque d Alexander Mackendrick 1 2.a 2.b 3.a 3.b 4.a 4.b 4.c 4.d 4.e 5 6.a
6.b 7 8 9 10 11 12.a 12.b 13 14.a 14.b 15 17 16 18.a 18.b
19 20 21 22.a 22.b 23.a 23.b
Analyse de la séquence 1 La scène de la capture du capitaine se présente comme une scène de comédie : elle confronte deux capitaines bouffons et Chavez va transformer le pont en scène de théâtre pour jouer un tour à Marpole. Les trois premiers plans de la séquence permettent de présenter au spectateur l espace du pont, dont la connaissance est essentielle pour la suite des événements, puisque Chavez va s en servir pour jouer son tour. Cet espace s organise autour du rouf. Un premier plan d ensemble présente le pont vu de la poupe vers la proue, avec le rouf en son centre (plan 1). Un deuxième plan, moyen, suit en panoramique les pirates faisant descendre un membre de l équipage dans les cabines : le mouvement de caméra permet de filmer de façon plus détaillée la façade arrière du rouf qui ne présente aucune ouverture et devant lequel se jouera l essentiel de la scène (plan 2.a). La fin du plan fait apparaître Margaret et Edouardo va devoir l enfermer à l intérieur du rouf avec les autres enfants (plan 2.b). Un troisième plan nous conduit ainsi à l intérieur du rouf dont on apprend que la façade avant possède une porte et est vitrée (plan 3). L arrivée du capitaine va permettre de reprendre le plan qui précédait autour du rouf mais en sens inverse (plan 4 // plan 2). Le capitaine Marpole apparaît tout de suite comme un personnage bouffon : ivre, sa démarche est vacillante (plan 4.a) et, quand le capitaine le repousse, il tourne sur lui-même à la recherche de son équilibre (plan 4.b). Face à lui Chavez pourrait être plus inquiétant : il s oppose à lui dans un face-à-face cadré de profil et recourt à la violence (il l assomme avec le livre de compte). Mais son caractère grimaçant l empêche d être effrayant (plan 4.c). Et lorsqu il menace Marpole avec un couteau, Zac lui rappelle avec un respect ironique combien ce meurtre serait inutile et stupide (plan 4.d). Chavez éclate alors de rire et le rejoint (plan 4.e). Si Marpole apparaît comme un capitaine ridicule, il en va de même pour Chavez, affublé d un second qui semble penser pour lui. Tous deux prêtent ainsi à rire : le premier semble effrayé devant des ennemis qui amusent le spectateur (plan 5), tandis que les deux autres révèlent leur caractère infantile en se disputant les bonbons que Zac a volé aux fillettes (plan 6.a). L arrivée d Emily (plan 6.b) va permettre une nouvelle description du rouf où elle est conduite : la caméra en balaie une troisième fois la façade arrière (plan 6 // plan 2) avant de nous en montrer une nouvelle fois l intérieur (plan 7 // plan 3). C est alors que Chavez, pensif, va se rendre lui aussi à l avant du rouf, permettant une nouvelle description de celui-ci (plans 8-9 // plans 2-3 avec une légère variation dans le cadrage du plan 9). Son plan se prépare et le spectateur connaît asse bien l espace à présent pour comprendre ce qu il va faire Chavez demande aux enfants de se baisser (plan 9). Le fait qu une vitre le sépare des enfants et aussi qu il ne veuille pas être entendu de Marpole l oblige à communiquer par signes. Un gros plan isole du groupe Emily qui lui demande de réitérer son ordre (plan 10) et
Chavez répond d un signe de la main (plan 11). Ainsi la communication par signes pousse Chavez à la pantomime et rappelle le spectacle de marionnettes, ce qui peut faire sourire. Mais surtout, le rouf, avec sa façade cachée, va devenir la coulisse d un autre "numéro" Chavez revient, en effet, à l arrière du rouf et envoie son équipage armé de fusils à bâbord, puis il longe le rouf, en faisant croire qu il va faire exécuter les enfants (plan 12.a) : cadré en plan de demi-ensemble, il "joue" et transforme le pont en scène de théâtre, sous les yeux de Marpole, double du spectateur en amorce. Le tour et le "jeu" de Chavez font sourire mais, au moment de tirer (plans 12.b), un plan de coupe sur Marpole révèle l insensibilité de celui-ci (plan 13). Chavez se rapproche alors de lui (plan 14 // plan 4) : le pont cesse d être un théâtre et l on revient à l affrontement précédent. Les expressions du visage de Chavez révèlent son hésitation entre continuer le "jeu" avec le sourire et agresser le capitaine. Même si le "numéro" semble prendre fin, Chavez un personnage comique dans la mesure où il ne maîtrise pas la situation qu il a créée. Pourtant, il ordonne de tirer (plan 15). Deux plans à l intérieur du rouf nous rassurent alors sur le sort des enfants (plan 17), et en particulier d Emily (plan 16), afin que la scène puisse conserver sa légèreté. Mais Chavez ne peut plus continuer le "jeu". Ainsi, lorsque son affrontement avec Marpole reprend, il peine à rester souriant et devient de plus en plus agressif (plan 18.a) : s il peut continuer de faire rire ou sourire le spectateur, ce n est plus parce qu il "joue" mais parce qu il a perdu tout contrôle de la situation. C est alors que Zac prend sa place pour continuer son "numéro" dont il n est plus que spectateur (plans 18.b-20 et 19-21 // plan 12) : le rire cède la place à l inquiétude les enfants sont en danger de mort et la répétition des plans crée un effet de suspens. Il va cependant courir l interrompre (plan 22.a). Le suspens est désamorcé et la dédramatisation permet un retour au ton de la comédie. D autant plus que l intervention de Chavez est extrêmement théâtralisée. Si Chavez est un personnage comique voire ridicule, c est certes parce qu il joue un tour et est pris à son propre piège, mais aussi parce qu il peine à paraître comme un pirate sanguinaire. Et cela le rend sympathique : il refuse de risquer la vie des enfants, contrairement à Marpole qui fait primer ses intérêts financiers. Si les deux capitaines sont bouffons, ils n inspirent pas la même sympathie : l affrontement des deux capitaines peut d ailleurs faire songer à celui de l auguste balourd et du clown blanc emprunt de dignité. Lorsque leur confrontation reprendra (plan 22.b // plans 4 et 14), Chavez assènera un coup de point à Marpole. Et cet accès de violence, mis en valeur par un raccord (plan 23.a), peut sembler justifié et libérateur. D ailleurs, le fait qu on ne voit de Marpole que son bras (plan 23.b) atténue les conséquences du geste David Lagain