Les compétences du traducteur



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Transcription:

Buletinul Ştiinţific al Universităţii Politehnica din Timişoara Tom 46 (60) Ştiinţe socio-umane. Limbi moderne. Educaţie fizică 2001 Fascicula Limbi moderne Les compétences du traducteur Mirela POP Rezumat În această lucrare, ne propunem să abordăm diferite teorii ale specialiştilor din domeniul traducerii cu scopul de a realiza o sinteză a concepţiilor referitoare la noţiunea de competenţă a traducătorului, dintr-o dublă perspectivă: comunicativă şi interpretativă. Introduction On a longtemps considéré que le traducteur devait ressentir et revivre les pensées, les sentiments et les émotions de l auteur afin de les re-créer, de les retransmettre dans le texte traduit. Nous pensons notamment à la position esthétique d étude de la traduction, telle qu elle a été envisagée par les adeptes d une théorie de la traduction issue des approches littéraires sur la traduction, principalement par Edmond Cary pour qui «la traduction n est pas une opération linguistique, c est une opération littéraire» (E. CARY in STEFANINK, 2000 : 24). Suivant sa conception, il faut être poète pour traduire des poésies. Une autre approche sur la théorie de la traduction, inspirée des recherches herméneutiques de G. Steiner (Après Babel, 1978), voit le traducteur comme un «herméneute» qui doit avoir avec l auteur du texte de départ (TD) une sorte d empathie rétrospective afin de réussir à saisir le sens qu il restituera dans la langue d arrivée (LA). Maître assistant à l Université Politehnica de Timişoara, Département de Langues Modernes 68

À présent, théoriciens, praticiens et didacticiens de la traduction sont unanimes à déclarer que la traduction est un processus plus complexe, une activité mentale, cognitive, comme l a très bien démontré J. Delisle (1980): 1) démarche sémasiologique de décodage des signes linguistiques par référence au système de la langue (analyse intralinguistique) et de saisie du vouloir-dire de l auteur par référence à la réalité (analyse extra-linguistique) ; 2) raisonnement analogique qui procède à la reformulation du texte en LA par associations d idées et par déduction logique ; 3) démarche onomasiologique pour vérifier la conformité de la traduction au TD (cf. DELISLE, in DANCETTE, 1998 : 56). Les qualificatifs bonne / mauvaise traduction ou bon / mauvais traducteur qui ont dominé la théorie de la traduction durant plus de deux siècles et qui renvoient plutôt à une esthétique de la traduction ne sauraient éclairer sur les connaissances et les habiletés que doit avoir un traducteur au moment de la traduction d un texte. Avant de passer à l analyse des compétences requises au traducteur (nous nous rapportons au traducteur professionnel), telle qu elle ressort de la réflexion théorique sur les points de vue des spécialistes de la traduction, nous nous proposons de commencer par nous interroger sur le rôle du traducteur à l intérieur du schéma de l activité de traduction. Le traducteur bilingue et biculturel a) Suivant la définition de la traduction comme fait de bilinguisme (cf. G. Mounin, 1986 : 3, DELISLE, 1980 : 35), comme contact entre deux langues et, implicitement, entre deux cultures, le traducteur doit avoir une double compétence, bilingue et biculturelle. Le bilinguisme du traducteur «se caractérise encore et surtout par l aptitude à maintenir intactes deux structures linguistiques en contact.» (DELISLE, 1980 : 37), en luttant contre les interférences. Bilingue et biculturel à la fois, le traducteur fait constamment référence au contexte extra-linguistique et pratique une double démarche : sémasiologique (au niveau du sens, du contenu) et onomasiologique (au niveau de l expression, de la forme). b) En inscrivant la traduction dans le schéma de la communication, le traducteur, appelé opérateur de traduction ou Translation Operator (TO) (cf. BANTAS, CROITORU, 1998 : 24) devient un médiateur entre deux situations de communication interculturelles (idem). Dans ce schéma, les relations qui s instaurent entre les partenaires de la situation de communication sont complexes. Il y a d une part, un locuteur émetteur («sujet communiquant», selon l expression de P. Charaudeau, 1992) employant une langue de départ dans un contexte socio-culturel déterminé et un interlocuteur récepteur ( sujet interprétant, idem), lecteur de son texte, qui, par l acte de la lecture instaure avec lui une situation de 69

communication. Il y a d autre part, le traducteur, récepteur de ce même texte, mais aussi locuteur-émetteur d un nouveau texte utilisant les moyens linguistiques de la LA, dans un autre contexte socio-historique. Ce nouveau locuteur-émetteur s adresse à son tour à un récepteur différent (récepteur d arrivée) et instaure avec lui une nouvelle situation de communication. (cf. HURTADO ALBIR, 1990). Ou bien, pour simplifier, le traducteur sert de récepteur-décodeur du message dans le code A et d émetteur-encodeur du message dans le code B du récepteur (DANCETTE, 1998: 79). La notion de «compétence» dans une perspective communicative La notion de compétence a été définie par Chomsky (cité par BELL, 2000 : 60) qui fait référence à la situation d un émetteur-récepteur idéal qui connaît parfaitement les deux langues. C. Kerbrat-Orechionni (1980 : 18) décrit les compétences de l émetteur et du récepteur qui participent à une situation de communication donnée et partagent le même code: 1) compétences linguistiques et para-linguistiques; 2) déterminations psychologiques et psychanalytiques qui jouent un rôle important dans les opérations d encodage / décodage; 3) compétences culturelles (ou encyclopédiques, ensemble des savoirs implicites qu ils possèdent sur le monde ) et idéologiques ( ensemble des systèmes d interprétation et d évaluation de l univers référentiel ). Du côté de l émetteur, on parle de compétence d encodage, active, alors que le récepteur a une compétence de décodage, passive. Selon les spécialistes anglo-saxons, Johnson et Whitelock (cités par BELL, 2000 : 54), le traducteur professionnel doit avoir cinq types de connaissances visant: 1. la langue-source (connaissances du système de règles syntaxiques du code, du lexique, de la sémantique et des systèmes de rédaction des textes); 2. la langue-cible (maîtrise des techniques de rédaction en langue maternelle) ; 3. le type de texte (chaque type de texte a sa propre stratégie de traduction); 4. le domaine auquel fait référence le texte source; 5. connaissances d analyse contrastive. À ces 5 types de connaissances, R. Bell (2000: 54) ajoute l habileté de décodage, de lecture en vue de la compréhension du TD, correspondant dans la théorie de la traduction - nous allons le voir ci-dessous - à la compétence de compréhension et l habileté d encodage, de ré-écriture, de réexpression en LA, correspondant à la compétence de réexpression, dans la théorie de la traduction. 70

Bell (2000 : 60) conclut que tout traducteur est censé avoir une compétence de communication: une compétence linguistique dans les deux langues (appelée aussi bilingue ) et une compétence communicative dans les deux cultures (appelée aussi biculturelle ou extra-linguistique). La notion de «compétence» dans une perspective interprétative Selon les adeptes de la théorie interprétative de la traduction (D. Seleskovitch, M. Lederer, J. Delisle et autres), la compétence en traduction est appelée compétence de traduction ou compétence traductionnelle étant étroitement liée au déroulement du processus de traduction avec ses trois étapes : compréhension - déverbalisation réexpression. Pour M. Lederer (1994 : 32), la notion de compétence de traduction renvoie, tout comme chez Delisle, à une compétence de compréhension : «Comprendre un texte c est faire appel à une compétence linguistique et, simultanément, à un savoir encyclopédique». Dans son opinion (idem), «la compréhension de l explicite linguistique d un texte équivaut à la connaissance de sa langue» : la connaissance de la langue maternelle, dite langue A, dans laquelle on traduit (connaissance des techniques de rédaction de la LA, le respect de la cohésion et de la cohérence du texte, du «génie» de la langue maternelle dans le choix des idiotismes, du style de l auteur) et celle de la langue étrangère, dite langue B, dans laquelle sont écrits les textes d origine (connaissances très vastes du vocabulaire et de la grammaire). La compréhension du TAT, comprise en tant qu opération de saisie et d interprétation du sens des énoncés, varie selon les connaissances et les habiletés du traducteur. Dans cette perspective, la réussite ou, au contraire, l échec d une traduction, est fonction du «degré de compréhension qu à le traducteur du TAT (texte à traduire notre précision)» (DANCETTE, 1998 : 27). Cela veut dire que «la capacité de comprendre est une composante de la compétence traductionnelle qui se surajoute à la compétence linguistique» (idem). Jean Delisle (1980 : 98) inclut parmi les compétences de traduction la compétence de réexpression, indispensable au traducteur lors de la restitution du sens du TD dans la langue maternelle. À son avis, la compétence de réexpression peut être acquise suite à l exploration par le traducteur de quatre «paliers de maniement du langage» : les conventions de l écriture, la recréation contextuelle, l organicité textuelle et la charge stylistique. Par conséquent, les «procédés techniques de traduction» conçus par Vinay et Darbelnet comme solutions pour surmonter les difficultés de réexpression sont inopérables lors de la restitution du sens. 71

Les connaissances qu un traducteur doit posséder dans les deux langues (langue de départ ou LD et langue d arrivée ou LA) forment sa compétence linguistique. Au moment de la traduction d un texte, le traducteur est amené à mettre en jeu, à part des connaissances linguistiques, des connaissances extra-linguistiques, appelées aussi périlinguistiques ou encyclopédiques, lui permettant d identifier et d interpréter les références extra-linguistiques et culturelles du TAT ou l implicite du texte (le non-dit) exploité le plus souvent par l auteur d origine dans des artifices de langage censés «accrocher» son public. Les connaissances encyclopédiques du traducteur forment sa compétence extralinguistique qui varie selon les traducteurs, en fonction de l expérience acquise tout au long de leur activité. Les connaissances linguistiques et extra-linguistiques sont acquises par le traducteur à travers le temps et font partie de son bagage cognitif, selon la conception des spécialistes de la théorie interprétative de la traduction (cf. LEDERER,1994 : 37-38). Le bagage cognitif, défini comme l ensemble des connaissances linguistiques et extralinguistiques emmagasinées par le traducteur dans la mémoire, et le contexte cognitif, les connaissances acquises par le traducteur à la lecture du texte, conservées en mémoire à court terme, font partie des compléments cognitifs du traducteur. Le bagage cognitif est appelé en anglais encyclopaedic (ou world) knowledge, c est-àdire «connaissance encyclopédique» ou «connaissance du monde» ; il est constitué de souvenirs, représentations mentales, images, faits d expérience, réflexions, résultats des lectures, impressions de voyage, préalables à la lecture du texte, indispensable à la compréhension, qui sont réactivables par un élément de l énoncé du texte d origine. La dernière étape du processus de traduction, la réexpression, étape de la restitution du sens compris par le traducteur (après celle de la compréhension) représente la démarche la plus complexe, car le traducteur doit faire des déductions logiques, des associations d idées avant de choisir une solution adéquate (le terme «adéquation» en traduction renvoie à la correspondance entre le sens voulu par l auteur d origine et le sens compris par le traducteur cf. HURTADO ALBIR, 1990 : 88). La capacité du traducteur d émettre des raisonnements analogiques et de faire des inférences (de construire des hypothèses contextuelles) à partir des informations du texte représente sa compétence logique souvent associée à son intelligence. Pour résumer, nous présentons ci-dessous un schéma qui rend compte des compétences qu utilise le traducteur professionnel au moment de sa démarche traduisante dans une perspective interprétative en fonction des étapes parcourues : 72

ÉTAPES DU PROCESSUS DE TRADUCTION Compréhension -------------------------------------------- Déverbalisation du sens compris (étape non-verbale) -------------------------------------------- COMPÉTENCES REQUISES compétence de compréhension (linguistique et extra-linguistique) «compléments cognitifs» du traducteur (bagage cognitif et contexte cognitif) ------------------------------------------------------------ Réexpression compétence logique compétence linguistique (compétence de réexpression) Conclusion Les deux perspectives d étude de la notion de compétence (communicative et interprétative) nous ont permis de passer en revue les théories les plus importantes sur l acte de traduction ainsi que sur son opérateur le traducteur qui met en jeu toutes ses connaissances et habiletés au service de la réussite de sa traduction. Pour comprendre un texte à traduire et pour reverbaliser sa forme linguistique, en parcourant les trois étapes du processus de traduction (compréhension déverbalisation - réexpression), le traducteur doit posséder une compétence de traduction avec ses trois composantes (de compréhension, linguistique, extra-linguistique et logique). Les connaissances et les habiletés des traducteurs varient en fonction de leurs «compléments cognitifs» étant responsables de la réussite ou de l échec de leurs traductions. Bibliographie 1. BANTAŞ, A., CROITORU, E., Didactica traducerii, Bucureşti, Teora, 1998. 2. BELL, R., Teoria şi practica traducerii (trad.), Iaşi, Polirom, 2000. 3. DANCETTE, J., Parcours de la traduction, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1998. 4. DELISLE, J., L analyse du dicours comme méthode de traduction, Presses de l Université d Ottawa, 1984. 5. HURTADO ALBIR, A., La notion de fidélité en traduction, Paris, 1986. 6. KERBRAT-ORECCHIONI, C., L Enonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand Colin,1980. 7. LEDERER, M., La traduction aujourd hui, Paris, Hachette, 1994. 8. MOUNIN, G., Les problèmes théoriques de la traduction, Paris, Gallimard, 1986. 9. STEFANINK, B., Bref aperçu des théories contemporaines de la traduction in Le Français dans le Monde n 0 310, 2000, p. 23 à 26. 73