Le musée Soulages en ses murs Première visite du chantier Mardi 7 juin 2011 Contact - Marinette OUENSANGA - 06.71.27.62.73-05.65.73.83.25
L autre étape On coule le béton Ce mardi 7 juin 2011 marque une nouvelle étape dans la construction du musée Soulages, celle du lancement du gros œuvre : fondations spéciales pour une configuration spéciale (structures en encorbellement sur une colline), gros œuvre et charpente métal. Le musée dont la conception a été confiée en 2008, après concours, aux architectes catalans de RCR va épouser le paysage. Corps allongé, bardé d acier Corten rouge sombre, il se présente sous la forme de parallélépipèdes successifs qui abritent les collections. Ramon Vilalta, Carme Pigem et Rafael Aranda, les architectes du collectif ont souhaité ménager une vue au-delà du plateau, vers les paysages des monts voisins, comme le font les fenestras du pays. «Au travers du musée Soulages», notaient-ils alors, «Rodez découvre des «fenestras» contemporaines et le Foirail redevient un parc belvédère de la vallée à la ville. Le pré Lamarque conquiert la ville ; se raccorde au plateau du Foirail en une prairie vallonnée que préside le musée Soulages» Le musée va tenir sa place dans un aménagement plus général du Foirail au cœur du projet de renaissance du jardin public : avec un multiplexe de cinémas et une salle des fêtes (Atelier Emmanuel Nebout). Soulages voulait «un musée dans un jardin». Il fera plus de 6000 mètres carrés. Le musée Soulages abritera l importante donation consentie en 2005 par Pierre et Colette Soulages à la Communauté d agglomération du Grand Rodez : à savoir des peintures sur toile et sur papier - dont un ensemble majeur de Brous de noix, des compositions raffinées, rares dans les collections publiques-, tout l œuvre imprimé (les eaux-fortes, les lithographies et les sérigraphies), les cartons préparatoires aux vitraux de Conques (104 pièces). Soulages considère ses vitraux comme un hommage personnel à l architecture romane, mais aussi comme l incarnation d une invention hors normes, celle d une lumière neuve : «C est ce que je fais qui m apprend ce que je cherche». Le musée Soulages n a rien d un mausolée : ce sera plutôt un établissement inhabituel, au-delà de l exercice monographique, propre à montrer les différentes voies de la création visibles dans l œuvre de l artiste. Soulages parle avec passion des vertus de l inattendu, des aléas du hasard. Ses œuvres en témoignent. Le musée abritera une salle d expositions temporaires de 502 m 2, avec une programmation de portée nationale et internationale. La reconnaissance Pierre Soulages est né à Rodez, 4 rue Combarel (1), le 24 décembre 1919. Fils d un artisan, il a très rapidement pris la mesure du travail et de la précision du geste, en fréquentant les ateliers d artisans de sa rue : le bourrelier, le menuisier, l imprimeur, l ébéniste, le maréchal ferrant Très jeune, il s intéresse à son pays : les paysages des Causses, l archéologie préhistorique (les énigmatiques statues-menhirs du musée Fenaille ), les églises romanes. Soulages affirme que c est à Conques, adolescent, qu il a eu sa vocation de peintre. Une fois le bac en poche, il s essaie aux sélections d écoles de Beaux-Arts, à Paris, puis à Montpellier. Pour écarter le professorat et se consacrer à la peinture seule. Il obtient après la guerre, une reconnaissance tant en Europe qu aux Etats-Unis, comme artiste non figuratif. Soulages est alors proche des artistes expressionnistes abstraits : Klein, Rothko, Newman, Pollock Dès 1979, sa peinture uniformément noire, l Outrenoir marque le basculement décisif : la matière passée à l outil, lissée, luisante
ou mate, reflète la lumière. Le spectateur devient acteur, mis en présence de la peinture de plus en plus monumentale. Pierre Soulages est l artiste contemporain français le plus connu au monde. Il est présent dans de nombreux musées. Le musée Soulages, de conception résolument contemporaine, sera un écrin pour la donation du peintre et de son épouse. La scénographie permettra la mise en valeur dans les meilleures conditions des œuvres fragiles notamment celles sur papier. Il y aura une rotation des pièces, une variété. Le musée Soulages est une réalisation de la Communauté d agglomération du Grand Rodez, avec le concours de l Etat - ministère de la Culture et de la Communication de la Région Midi-Pyrénées, du Conseil général de l Aveyron et de la Ville de Rodez. Le budget prévisionnel est de 21 millions 460 000 euros. Institution et collections sont inscrits «Musées de France» depuis 2005. Depuis 2009, Pierre Soulages et son œuvre font la une de l actualité, après l exposition rétrospective au Centre Pompidou - 502 000 visiteurs -, celles de Mexico et de Berlin. Cette actualité se déplace de manière significative et durable à Rodez, pour ce véritable ambassadeur de l Aveyron. Une aventure et un retour aux sources. (1) La Communauté d agglomération du Grand Rodez a récemment fait l acquisition de cette maison natale de Pierre Soulages, au 4 de la rue Combarel à Rodez.
Le musée en chiffres Les superficies Espaces publics 932 m² - hall d accueil 360 m² - billeterie boutique 40 m² - auditorium salle polyvalente 112 m² - espace restauration 420 m² Espaces semi-publics 2 030 m² - expositions permanentes 1 600 m² environ - expositions temporaires 502m² Espaces semi-privés 70 m² - ateliers pédagogiques 70 m² Espaces privés 1 049 m² - centre de recherches 42 m² - conservation administration 203 m² - logistique réserves 804 m² Locaux techniques 505 m² Au total, la Surface Utile (SU) est donc de 4 586 m², locaux techniques inclus pour une Surface Hors Œuvre Nette (SHON) de 6 333 m² (locaux techniques inclus) Le coût des travaux est estimé à 21 460 000 HT. L échéancier : - Travaux préalables (démolition salle de fêtes, démontage de la passerelle de liaison avec l Amphithéâtre, terrassements) : terminés - Première phase de travaux de construction : fondation spéciale, gros œuvre et charpente métal : début du chantier le 7-06-2011. - Appel d offre pour les travaux de second œuvre : en cours - Appel d offre pour les problématiques de scénographie : en cours pour lancement des travaux à l automne 2011 - Fin du chantier : avril 2013 - Ouverture du musée : été 2013 à l occasion d une exposition inaugurale d envergure internationale.
Le musée P our Pierre Soulages, l idée d un musée portant son nom, dans sa ville natale, était fondamentalement liée à sa nécessaire ouverture aux autres artistes, à la découverte de la création contemporaine. Dès l origine, il voulait que l architecture du musée s écarte de la conception d un parcours monographique conventionnel, qu elle soit accueillante, avec des enchaînements de volumes, des salles adaptées à la variété des oeuvres présentées. Aussi, l artiste souhaitait qu une rotation anime le fonds de la donation et qu une salle d exposition temporaire significative existe, suffisante pour accueillir des manifestations ambitieuses. «Je me suis toujours méfié des musées d artistes où tout le monde se précipite pendant trois ans, puis qui sombrent dans l oubli», dit l artiste. Ni mausolée, ni pensum monographique, le musée Soulages sera donc un lieu de rencontres et d expérimentations. La programmation sera celle d un musée d art moderne et contemporain, privilégiant les échanges avec des établissements analogues ou des fondations. Avec une grande liberté dans les choix : artistes prometteurs ou confirmés, des thèmes à visiter, des rencontres siècle à siècle ( le Moyen Age, cher à l artiste, par exemple). Nous retiendrons que Soulages a voulu pour Rodez, selon ses propres mots, un musée «inhabituel» : «Il met en évidence des processus de la création artistique, la part de l inattendu dans la recherche et, sans pédagogie banale, espère ouvrir les yeux, éveiller l esprit sur ce qu est la création artistique en général». Le service des publics s attachera tout particulièrement à la signification du geste, au savoir faire de l artiste. L exploration de l oeuvre de Soulages se fera dans le musée à l aide d un parcours croisant l histoire du peintre - sa biographie - et les différentes manifestations de sa création : peintures, oeuvre gravé, vitraux. Il alternera les salles hautes et lumineuses et les salles basses et assombries avec des thèmes donnés: les premières oeuvres de Rodez, les sources d inspiration de l artiste en Aveyron, les accrochages de peintures, les Brous de noix, les différentes techniques de gravure, l aventure de Conques... Chaque aspect de la donation sera associé aux aspects de sa technique constitutive. «Quand je travaille, je n ai pas de projet. C est ce que je fais qui m apprend ce que je cherche et qui dépasse parfois mes intentions. La réalité est toujours plus riche que ce qu on imagine et je découvre, à mesure que le tableau progresse, des développements auxquels je n avais pas pensé». Aussi les vitraux de Conques, lien entre le patrimoine monumental médiéval et la création contemporaine, ont-ils tout de la catharsis : comme le portrait exact de l artiste. A Conques, Soulages a pensé une nouvelle lumière. A Rodez, il faudra montrer clairement, à l aide de témoins expérimentaux, comment on arrive à cette espèce de lumière. De la matière à la pensée, avec l outil et avec la main. BENOIT DECRON, CONSERVATEUR EN CHEF DU PATRIMOINE
L architecture L architecture au musée Soulages a été imaginée par les catalans RCR arquitectes choisis par un jury parmi 98 candidats en 2008. Ramon Vilalta, Carme Pigem et Rafael Aranda ont saisi immédiatement l importance du Foirail, un jardin public : «Le musée naît du parc, qu il participe à restructurer, à ordonner, à révéler et à clarifier». Les RCR sont reconnus pour l intégration et le dialogue qu établissent leurs bâtiments avec la nature et le paysage, une empathie pour l environnement. Le musée Soulages va s étirer sur le flanc nord du plateau, un talus de 10 m de dénivelé et ménager des vues sur le paysage de moyenne montagne : «L horizontalité de ce socle assoit la vue tandis que de puissants volumes monolithiques émergent et canalisent le regard en cadrant les vues». Elles rappellent les traditionnels fenestras aveyronnais, modestes rues ménageant un passage visuel vers le paysage. Les architectes ont conçu un bâtiment à la présence forte, mais respectueux de l environnement : bas et allongé, surmonté de volumes parallélépipédiques bardés d acier corten d un rouge profond. Au sud, la façade n excède par trois mètres, et s ouvre sur le jardin par le hall d accueil ; au nord les parallélépipèdes appelons-les boîtes - et le bandeau de façade habillé de verre seront en décrochement, au-dessus de la rue. Le musée répond à un programme tenant compte de la fragilité des collections. Ordonné en volumes fonctionnels autour d une lumière contrôlée, il ménagera des plages obscures et protégées pour les papiers (Brous de noix, ganaches, gravures), tandis que les cinq boîtes, élevées, abriteront les peintures et les cartons des vitraux de Conques, sous la lumière zénithale. Quatre niveaux pour ce musée, du plus bas au plus haut : les réserves, les salles d expositions temporaires, la donation Soulages et la salle d expositions temporaires, communiquant sur un seul plateau ; le centre de documentation et l atelier des enfants ; ouvert au sud, sous un auvent, un vaste d accueil. L utilisation de l acier promet d obtenir à Rodez différentes nuances, différentes surfaces. A l extérieur, un corten rouge sombre. Pierre Soulages en apprécie l austérité : «Un matériau qui ne détruira par le rapport au paysage». Il rappelle l apparence d un Brou de noix A l intérieur, on privilégiera l intimité, le calme propice à la contemplation des œuvres : de l acier noir décapé ou ciré, sur les murs et les sols par exemple. La scénographie va faciliter la nécessaire rotation des œuvres, notamment avec des vitrines pour les œuvres sur papier. Les techniques des œuvres de Soulages seront expliquées, mises en valeur. Par le jeu d équipements documentaires et audiovisuels, de bornes interactives. Le musée disposera d un restaurant conçu dans le tout de son architecture, situé à l est : imaginatif, il proposera une gastronomie simple et accessible, signée d un grand nom. Il y aura aussi une salle de conférences de 80 places et un centre de documentation, sur Soulages et l art moderne et contemporain. BENOIT DECRON CONSERVATEUR EN CHEF DU PATRIMOINE
La donation C est en 2005 que prend véritablement forme l idée d un musée, lorsque Pierre Soulages décide d offrir à sa terre natale non seulement les travaux préparatoires des vitraux, mais aussi toute son oeuvre gravé ainsi qu un choix d oeuvres et de documents (ouvrages, catalogues, lettres et films), composant au final l une des plus importantes donations consenties en France par un artiste vivant, d une valeur estimée à l époque à 16 millions d euros. Les quelque cinq cents pièces qui la constituent traversent les différentes époques et rendent compte des multiples techniques et supports employés, le papier, la toile, le verre, le bronze ou le cuivre. Elles révèlent aussi toute la cohérence d une oeuvre où le noir règne en maître, mais où la lumière et la couleur jouent un rôle primordial. En plus des précieux «cartons» des vitraux en taille réelle - qui sont en fait des mélaminés - et des études sur le verre au procédé particulier mis au point par Soulages, la collection compte vingt et une huiles sur toile réalisées entre la fin des années 1930, temps des premiers paysages figuratifs du Rouergue, et les années 70 pour les plus grands formats. S ajoutent une centaine de peintures sur papier produites à partir de 1946, période qui marque véritablement le début des peintures abstraites et la domination nouvelle du noir, avec en particulier les peintures au brou de noix, matière sombre, pâteuse, qu il utilise épaisse ou fluidifiée, appose à la brosse, écrase au couteau ou mélange parfois à l huile. Peu représentées dans les collections publiques, ces oeuvres des années 1946-1948 comptent parmi les pièces majeures de l artiste, au même titre que les outrenoirs des années 1979. Elles témoignent de la spontanéité de Soulages, qui juxtapose ici des traces peintes sur un fond de clair uniforme, croise des lignes qui créent des signes proches de la calligraphie. Si l huile demande un travail long et complexe, Pierre Soulages trouve dans le brou de noix la possibilité de travailler davantage dans l élan et l immédiateté. La donation inclut l intégralité de l oeuvre imprimé de l artiste, des plaques de cuivre d origine aux lithographies, des eaux-fortes aux sérigraphies, en révélant quelques secrets d atelier sur la genèse des créations. «Les oeuvres d art naissent souvent d accidents, confie Pierre Soulages. En gravure, j ai fait un jour un trou à l acide sur une plaque. Et j ai imprimé avec ce trou. Cela a été capital pour la suite». Pierre Soulages a également voulu offrir à Rodez quelques oeuvres méconnues, dont trois bronzes (1975-1977) en édition limitée, sortes de stèles créées à partir des plaques de cuivre des gravures conservées dans son atelier, et deux peintures incluses dans le verre (1979), à la croisée de la peinture et de la sculpture, totalement inédites. GUILLAUME MOREL EXTRAIT DE «CONNAISSANCE DES ARTS»
La biographie de l artiste 1919 : naissance de Pierre Soulages, le 24 décembre, à Rodez. 1937 : il est reçu à l école des Beaux Arts de Paris, refuse d y entrer et revient à Rodez. 1940 : mobilisé, il s installe à Montpellier avec sa femme Colette Laurens, qu il épouse en 1946 : il emménage à Courbevoie et se consacre exclusivement à son art. 1948 : Soulages participe à des expositions à travers l Europe et rencontre le public avec les Brous de noix : «C est avec les brous de noix en 1947 que j ai pu me rassembler et obéir à une sorte d impératif intérieur. La vérité est que je me suis senti contraint par l huile». 1949 : première exposition personnelle à Paris à la galerie Lydia Conti. Exposition de groupe à New York, Sao Paulo, Londres et Copenhague. 1952 : réalisation de ses premières eaux-fortes. 1954 : retour à New York, exposition personnelle du 26 avril au 15 mai, grâce à Samuel Kootz. 1960 : première rétrospective dans les musées de Hanovre, Zurich, La Haye. 1975-1979 : Soulages réalise trois bronzes d après les matrices des eaux-fortes. 1979 : début de la période de l outrenoir avec l exposition au musée national d art moderne. «L outil n est pas le noir, c est la lumière. Le noir, c est une couleur violente ; elle s est imposée, elle a dominé, c est la couleur d origine». 1984 : une nouvelle rétrospective au musée Seibu de Tokyo, Japon. 1986-1994 : réalisation de 104 vitraux pour l abbatiale Sainte-Foy de Conques. «A Conques, ça a été comme une révélation. je me suis dit : c est l art qui est important dans la vie (...). La vie, c était ce que j avais éprouvé à ce moment là devant l espace architectural de Conques (...). J ai dit : je serai peintre». 2001 : le 21 juin, exposition Soulages - Lumière du noir, musée de l Ermitage, Saint- Petersbourg. Soulages fut le premier artiste vivant à y être exposé. 2005 : le 15 septembre, Pierre et Colette Soulages font une donation de 500 pièces à la Communauté d agglomération du Grand Rodez. 2007 : inauguration des salles Soulages au musée Fabre de Montpellier. 2008 : le jury présidé par Paul Chemetov choisit l équipe catalane RCR Arquitectes pour construire le musée Soulages à Rodez. 2009 : musée national d art moderne Centre Pompidou - Soulages rétrospective du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010. Musée d art moderne et contemporain de Strasbourg - Soulages le temps du papier - 31 octobre 2009 au 3 janvier 2010. Cité de l architecture et du patrimoine - Pierre Soulages en son musée, l expérience RCR Arquitectes, du 16 décembre 2009 au 25 janvier 2010. 2010 : musée Martin-Gropuis Bau de Berlin, rétrospective du 2 octobre 2010 au 17 janvier Soulages est l artiste le plus apprécié, selon un sondage, par ses pairs. Début des travaux du musée Soulages à Rodez. 20 octobre : pose de la première pierre. 2013 : ouverture du musée Soulages au public, exposition inaugurale.