Discours de Irini Pari à la Rencontre internationale sur "Les Conseils économiques et sociaux, les stratégies nationales de développement, la démocratie participative et les TIC pour le développement" Paris, 17 décembre 2009 Mesdames et Messieurs, Je suis très heureuse de participer aujourd'hui avec vous à cette rencontre et je remercie l'aicesis, ainsi que UNDESA (Département des Affaires Economiques et Sociales des Nations Unies) et UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'education, la Science et la Culture) pour cette occasion d'utiliser l'expérience du CESE et des CES nationaux pour formuler des recommandations afin de renforcer les Stratégies Nationales de Développement des Etats membres des Nations Unies, en stimulant la participation des citoyens et l'utilisation des technologies de l'information et de la communication. Le sujet de cette session concerne le rôle que la société civile et notamment les CES ou Institutions Similaires peuvent jouer dans les stratégies de développement de leurs pays. Dans un premier abord, je désire me concentrer sur la contribution de ces acteurs dans les pays en voie de développement, avec lesquels le CESE a beaucoup travaillé, notamment dans les pays de l'afrique, Caraïbes, Pacifique et Amérique latine. Tout d'abord, il faut reconnaître la particularité de la société civile et des CES et leur place comme acteurs clés à la coopération au développement et à la bonne gouvernance politique, économique et administrative de leurs pays. La société civile et les CES, avec leurs connaissances des secteurs économiques et sociaux, sont les plus informés et le plus capables de contribuer au développement de leurs pays et d'assurer la démocratie participative. D'ailleurs, dans toute coopération au développement, l'appropriation du processus par la société civile est centrale à la réussite de ce partenariat. Ainsi, le CESE continue à souligner l'importance primordiale d'une participation efficace des acteurs non étatiques locaux, plutôt que des ONG internationales qui travaillent dans ces pays. Ceci semblerait évident, mais en effet, comme l'a déclaré récemment le directeur général d'europeaid, M. Koos RICHELLE, 70 % du budget alloué aux cinq programmes thématiques mis en place par la CE dans le cadre de la coopération au développement sert à des ONG européennes 1. Par contre, se sont les CES et la société civile locale qui sont les plus conscients des réalités socio-économiques de leur pays et dont les propositions véhiculent les valeurs culturelles et sociétales de celui-ci. Il y a lieu également de veiller à associer l'éventail complet des acteurs non étatiques, y compris ceux qui sont souvent tenus à l'écart du processus de consultation pour des raisons politiques ou culturelles. 1 Présentation de M. Koos RICHELLE devant la commission "Développement" du Parlement européen, le 5 octobre 2009.
En ce qui concerne les CES dans ces pays, ils ont l'opportunité et la responsabilité de contribuer au développement de leurs pays, et c'est précisément leur caractère consensuel et leur mandat consultatif qui devient leurs points fort. Dans un seul organe, les CES peuvent exprimer la voix de la société civile nationale visà-vis des autorités du pays ou des bailleurs de fonds internationaux. Dans les relations du CESE avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), c'est exactement ceci que nous avons encouragé: soit la création des CES, soit l'organisation de la société civile dans une plateforme qui serait consultée par la Commission européenne et les autorités du pays. D'ailleurs, dans les relations de l'union européenne avec les pays ACP, l'accord de Cotonou prévoit un rôle institutionnel pour ces acteurs, dans la programmation, la mise en œuvre et le suivi de la coopération au développement. Le CESE a un rôle clé dans ce processus, car l'accord de Cotonou donne le mandat au CESE d'organiser des consultations et de réunions avec des milieux socio-économique ACP-UE, ce dont nous faisons de façon structurée et régulière par des séminaires régionaux dans les pays ACP et des conférences à Bruxelles. Il s'avère que dans la période de crise que nous vivons actuellement, qui avec l'impact des crises alimentaire et énergétique sur les pays en voie de développement est en effet une triple crise, la contribution de la société civile et surtout des CES est d'autant plus importante. C'est aussi une des raisons pour insister sur l'importance du niveau régional dans la coopération au développement, car les activités doivent être menées au niveau national, régional et continental. Au niveau africain, il existe l'union des Conseils économiques et sociaux et des Institutions Similaires de l'afrique (l'ucesa), avec lequel le CESE a signé un Protocole de Coopération. Nous avons déjà organisé deux réunions conjointes avec l'ucesa, dont M. Kamano ici présent est le Président. Lors de notre dernière réunion en 2008, nous avons adopté une déclaration sur les Accords de partenariat économique et sur le sujet de la migration et le développement, avec des propositions concrètes qui ont été transmises aux autorités politiques. Le denier point que je voudrais soulever sur le rôle des CES dans les pays en voie de développement relève de la nécessité pour un environnement qui permette l'implication de la société civile et des CES au développement de leur pays. Il s'agit d'abord du contexte national, où il doit y avoir la volonté politique et le cadre juridique pour leur participation, ainsi qu' un système de dialogue permanent avec les autorités nationales. Au niveau de la société civile et des CES, ils doivent avoir la capacité de participer, soit au niveau des ressources humaines et financières, soit au niveau d'information des enjeux en question. Finalement, il faudrait que la Communauté internationale et l'ue en premier, applique des déclarations prises sur la nécessité de mieux coordonner l'aide au développement et la rendre plus cohérente et efficace.
En ce qui concerne le renforcement de la participation de la société civile et du secteur privé au stratégies nationales de développement en utilisant les programmes de communication, qui sera le deuxième volet de mon intervention, je voudrais d'abord vous rappeler que, en tant que organisme intermédiaire entre l'"exécutif" (la Commission) et le "législatif" (le PE et le Conseil) et de forum unique de représentation et d'information des organisations de la société civile, le CESE est tenu être très actif dans la communication avec ces interlocuteurs, les médias et le grand public. Ces activités, qui sont d'une grande richesse, sont coordonnés par le Groupe Communication et réalisés par le Département de la Communication du CESE et j'aimerias vous les décrire un peu, sans trop de détails. Le Groupe Communication consiste en 9 membres du CESE plus le Directeur du Département de la Communication, représentés par le président du Groupe, dont la mission est de: développer les contacts du CESE avec les autres institutions: participer aux réunions interinstitutionnelles de l'information; assurer la coopération avec la CE, le Parlement européen et la présidence de l'ue pour manifestations culturelles; développer le réseau CESlink avec les CES nationaux et organiser l'accueil des visiteurs; développer les contacts avec des journalistes européens, nationaux et régionaux: conférences, séminaires, communiqués, base de données etc., assurer une communication vivante, ciblée et interactive: formation en communication aux membres du CESE; surveiller les communiqués de presse pour qu'ils restent brefs, actuels, ciblés; assister le Président et la Vice-présidente dans l'utilisation de leur "blogs" récemment créés; développer les sites Internet, communiquer sur des sujets et des thèmes prioritaires: l'année de l'innovation et de la créativité; les élections au PE, le 20 e anniversaire de la chute du Rideau de fer et le 5 e anniversaire de l'adhésion des 10 nouveaux pays, l énergie et le changement climatique, la croissance et l'emploi, le Traité de Lisbonne et la Stratégie de Lisbonne renouvelée, valoriser les membres en tant qu'ambassadeurs: formation en communication; soutient pour les actions locales; création d'outils de communication personnalisés - "ebridge"; interventions devant les groupes de visiteurs; visibilité dans les médias du Comité - "CESEInfo", participation aux journées "portes ouvertes" et à d'autres manifestations en rapport avec la communication; support pour les conférences: bannières publicitaires, vidéos, documents imprimés, cadeaux et gadgets. Le Groupe se réunit 7 fois par an, pour une journée ou une demi-journée. La dernière rencontre a eu lieu le 26-27 novembre, pendant le 3e Séminaire annuel des attachés de presse sur l Union européenne et les médias spécialisés, organisée par le CESE en coopération avec le Bureau d information du Parlement européen et la Représentation de la Commission européenne à Stockholm. Le département de la Communication développe les relations avec les médias, les publications, les sites internet et autres outils de communication en ligne, les activités culturelles, le Centre d'information et les événements (journée "Portes ouvertes", conférences, séminaires etc.), sous la direction et le contrôle du Groupe Communication. Ainsi:
Les relations avec les médias s'adressent aux journalistes basés à Bruxelles ou aux médias extérieurs. Les communiqués de presse du CESE sont diffusés auprès de 3 000 destinataires environ, et des conférences, des déjeuners de presse etc. sont également organisés. Les journalistes participent aux événements spécifiques ou accompagnent le Président et les vice-présidents dans leurs activités. La couverture médiatique des sessions plénières et des autres réunions et manifestations est ainsi assurée, ainsi que l'organisation et la mise à jour des archives photo, les services photo sur demande, la production de clips vidéo ou d'autres matériaux audiovisuels. L'unité Presse publie aussi le bulletin d'information du CESE "CESEInfo", imprimé en anglais, français et allemand, mais disponible en ligne en 22 langues (en format PDF). Les membres sont invités à contribuer à la lettre d'information en partageant leurs idées et en proposant leurs articles. La réalisation, y compris la conception graphique, le suivi et la distribution des publications et d'autres produits graphiques (brochures, dépliants, cahiers, affiches, balisage, kits conférence, décoration des bâtiments etc.), se fait en étroite collaboration avec l'office des publications de l'union européenne. Le CESE approvisionne aussi les points d'information dans les bâtiments du CESE, à la Commission européenne, au Conseil de l'union européenne et au Parlement européen. L'organisation des visites - le CESE accueille plus de 9 000 visiteurs par an, dans le cadre du "Programme de visites de l'ue". Les événements culturels et destinés au grand public sont très variés: la Journée "Portes ouvertes" et autour de 20 événements culturels par an offrent aussi un cadre de dialogue avec la presse et la société civile. Les outils d'information en ligne comprennent le site internet, qui contient des informations générales sur le CESE et ses travaux et donne accès à ses avis et documents, l'intranet, le site web interne qui donne accès aux pages des différents services internes du CESE, ainsi qu'aux informations quotidiennes sur les réunions, les activités du Comité, les actualités interinstitutionnelles et les manifestations culturelles, le portail des membres, avec des informations et les contacts de chaque membre, le portail "CESlink" - le point de contact pour la coopération en ligne entre les conseils économiques et sociaux nationaux et la base de données de contact "Hermès". Le Centre d'information du CESE recherche et élabore les informations pour le travail des membres et du personnel, sur la base du fonds spécialisé sur les activités du CESE (quelque 10 000 publications), ainsi que des fonds de l'ensemble du réseau des bibliothèques des institutions européennes (presque un million d'ouvrages). Le Centre d'information met également à la disposition du public quelques 360 titres de périodiques dans les différents champs d'activité du Comité, consultables sur place et en ligne. Parmi les initiatives de communication prises fréquemment par le CESE pour stimuler l'engagement de la société civile organisée et des citoyens dans la gestion du développement, je voudrais vous donner simplement trois exemples: Le 24 mars 2009, pour la première fois dans une session plénière et contrairement aux avis spécifiques émis d'habitude, le CESE a adopté un document stratégique à long terme, portant sur l'actuel débat politique et les défis à venir "Un Programme pour l'europe: les propositions de la société civile". Le document s'adresse aux institutions de l'union
européenne avec des propositions de mesures et d'initiatives concrètes, nécessaires pour surmonter la crise économique et soutenir le développement durable. Le rôle du "Programme pour l'europe", comme l'explique le président Sepi, est de donner la parole à la société civile, dans un débat qui porte sur les défis que devra relever l'europe au cours des prochaines années. A la veille des élections, l'union européenne avait besoin d'un nouveau projet politique et c'est ce que le CESE proposait. Entre 11 et 15 septembre 2009 un délégation du CESE a visité le Tibet, sur l'invitation du CES de Chine, pour accroître la connaissance des conditions économiques et sociales de la Région autonome du Tibet, sonder les espaces de coopération possible entre les deux sociétés civiles et approfondir les activités de la table ronde UE-Chine. A cette occasion, afin d'adopter une stratégie de communication "par étapes" qui semblait la mieux adaptée, le président du CESE, Mario Sepi, a décidé de fournir aux journalistes et au grand public des informations fraîches et spontanées sur les premières impressions du Tibet, grâce au "journal du Tibet" qu'il alimentait régulièrement sur son blog. Finalement, nous avons appris que l'administration chinoise a suivi la visite du Président Sepi via son blog. Le 30 novembre, à l'occasion du 20e anniversaire de la Charte des droits sociaux fondamentaux, le CESE et Notre Europe ont organisé conjointement, en présence de Jacques Delors, une conférence sur l'impact des droits sociaux fondamentaux en Europe. Après avoir analysé l'apport de la Charte aux progrès sociaux dans l'union européenne, le CESE et Notre Europe ont relancé le débat sur la dimension sociale de l'union européenne dans le contexte de crise actuelle. La Déclaration finale qui a été adoptée à cette occasion demande aux institutions européennes d'adopter un Programme d'action sociale qui garantisse que les droits sociaux fondamentaux soient traités à égalité avec les règles de concurrence et les libertés économiques. La déclaration a été signée par Mario SEPI et par Jacques DELORS, ancien Président de la Commission européenne et promoteur essentiel de la Charte de 1989 et elle a été lancée pour signature par les organisations de la société civile. La veille de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, toutes les organisations de la société civile et les citoyens ont été invités à signer cet appel, disponible en 22 versions linguistiques sur le site Internet du CESE. Je vous rappelle que La Charte des droits sociaux fondamentaux a été adoptée le 9 décembre 1989, sur la base d'un avis du CESE initié par Jacques Delors. Elle a ouvert la voie au premier Programme d'action sociale européen. Aujourd'hui, elle est intégrée dans le Traité de Lisbonne via la Charte des droits fondamentaux. Pour conclure, je voudrais ajouter que la démocratie repose sur le consentement. Ce consentement implique le débat, le dialogue, l'échange et c'est ici qu'intervient la communication, c'est ici que les CES et institutions similaires doivent intervenir. La politique moderne considère trop fréquemment l'électeur comme un consommateur et non plus comme un citoyen. Mais la seule participation à l'élection des autorités n'est pas du tout une garantie de la démocratisation. Pour assurer la participation à la gouvernance, toute initiative dans le domaine des politiques et des stratégies de développement doit être accompagnée d'un programme de communication qui favorise le dialogue social, les débats et l'initiative citoyenne. Car, pour citer Georges Bernanos dans "La France contre
les robots", "Ce sont les démocrates qui font les démocraties, c'est le citoyen qui fait la république." Je vous remercie pour votre attention.