Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens



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Transcription:

Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens Jean-François Belhoste Directeur d études Ecole Pratique des Hautes Etudes Le 15 mai 1855, lorsque la première Exposition Universelle tenue à Paris, ouvrit ses portes, l École Centrale des Arts et Manufactures existait déjà depuis plus de 25 ans 1. Elle avait accueilli plus de 3000 élèves dont environ 1 200 étaient sortis diplômés. Plus de 600 étaient des étrangers parmi lesquels on comptait des Suisses, des Belges, des Espagnols, des Italiens et même de nombreux Américains. Créée fin 1829, elle avait eu, selon le vœu de ses fondateurs, en particulier le chimiste Jean-Baptiste Dumas, l ambition de former d abord des ingénieurs civils et des directeurs d usines en leur donnant une formation basée à la fois sur la théorie et la pratique. Le choix s était avéré judicieux, cette formation avait répondu à un réel besoin, et les jeunes diplômés, sortis de l École avec le titre d Ingénieurs des Arts et Manufactures, avaient trouvé pour la plupart un emploi, en particulier dans les chemins de fer, mais aussi dans des industries plus traditionnelles, textiles, métallurgiques ou encore céramiques et verrières. Les plus audacieux avaient même fondé leur propre entreprise, tel Emile Muller (ECP 1844) 2, créateur dès 1854 d une fabrique de tuiles et briques à Ivry 3. D autres avaient développé l entreprise familiale comme Antoine Durenne (ECP 1843) qui allait en faire l une des principales fonderies haut-marnaises 4 ou Joseph Farcot (ECP 1845), le grand fabricant de machines à vapeur de Saint-Ouen, inventeur du servomoteur 5. L École fonctionnant sur la base de travaux pratiques avec de longues séances de dessin, des exercices de construction de machines et des visites d usines 6, on pouvait s attendre à ce que la tenue d une grande Exposition internationale fondée sur la présentation d objets manufacturés et de machines de toutes sortes, suscite la curiosité. Le jeune Gustave Eiffel (ECP 1855) qui y terminait alors ses études, prit comme ses camarades un abonnement afin de profiter à plein de l évènement et y fit des visites aussi nombreuses que possible, mobilisé qu il était par la préparation de son projet de sortie, épreuve essentielle qui conditionnait en grande partie l obtention du diplôme. C était, écrivait-il à sa mère, «d une très grande importance par l intérêt de toutes les choses nouvelles qu on y apprend» 7. L Exposition de 1855 tint en fait une place importante dans l histoire générale de l École, puisqu elle servit d argument pour son passage d un statut privé à un statut public. Au départ, en effet, l École était la propriété d un seul homme, Alphonse Lavallée, qui avait d abord commencé par être l associé à Nantes de son beau frère, l armateur Charles Haentjens, avant de rejoindre la capitale en 1828, où il 1 Sur ces débuts, cf. Jean-François Belhoste, «L Ecole centrale des Arts et Manufactures. Premières années», dans Jean-Louis Bordes, Annie Champion, Pascal Desabres (dir.), L ingénieur entrepreneur. Les Centraliens et l industrie, Paris, Presses de l Université Paris-Sorbonne, 2011, pp. 53-81. 2 La date figurée est par convention celle de sortie de l Ecole, c'est-à-dire de l obtention du diplôme. 3 Michèle Rault, Catherine Mercadier, La Grande Tuilerie d Ivry 1854-1969. Le beau et l utile, Ville d Ivry, 2009,54 p. 4 Georges Rosenberger, «Antoine-Marie-Aubin Durenne (1822-1895) et la fonte d art au XIXème siècle», Centraliens, n 608, février 2011 5 Cf. notice de Bruno Jacomy, dans Parcours de Centraliens, Musée des Arts et Métiers 1829-2004, 2004, p.78. 6 Jean-françois Belhoste, «Les Centraliens dans le Marais», dans J. F. Belhoste (dir.), Le Paris des Centraliens, bâtisseurs et entrepreneurs, Paris, Action Artistique de la Ville de Paris, 2004, p. 35-42. 7 Cité par Michel Carmona, Eiffel, Paris, Fayard, p.32. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 1

avait, en suivant les cours de l Athénée, fait connaissance avec Jean-Baptiste Dumas. C est là, dans les cercles libéraux gravitant notamment autour du journal Le Globe qu était née l idée d une École industrielle. Désireux de prendre sa retraite, après avoir réussi, malgré les aléas du début, à développer l entreprise, A. Lavallée profita donc du succès de l Exposition pour demander à l Etat de racheter l établissement et d en assurer ainsi la pérennité 8. De statut privé jusqu en 1857, l École avait de ce fait surtout formé des ingénieurs destinés à l industrie privée et au génie civil, dont la carrière dépendait, par conséquent, étroitement du développement de l activité industrielle. Cette situation leur imposait de se faire connaître, de faire valoir leur utilité soit dans les différentes branches où ils oeuvraient, soit en tant que communauté professionnelle, ce qu ils purent faire surtout à partir de 1848, dans le cadre de la Société des Ingénieurs civils dont ils formaient la majorité des adhérents. Cette obligation de se montrer, de faire découvrir, individuellement ou collectivement, leurs compétences et leurs œuvres, fit que les Expositions Universelles furent toutes considérées comme des moments exceptionnels pour porter à la vue des visiteurs tant français qu étrangers les réalisations qu en tant qu ingénieurs spécialisés ou polyvalents, ils étaient en mesure d accomplir. L École y trouvait aussi l occasion de présenter son système de formation, d autant plus qu elle pouvait se vanter d avoir été un modèle lors de la fondation d établissements comparables en Suisse, en Espagne et même aux Etats-Unis. Les Centraliens furent ainsi extrêmement nombreux à participer aux Expositions successives et ne se privèrent pas de les utiliser comme vitrines, en organisant des manifestations, visites et conférences, et en s employant à faire relayer autant que possible l information par la presse, notamment par Le Génie Civil dont le rédacteur en chef fut de 1881 à 1894 l un des leurs, Max Chamion de Nansouty (ECP 1877) auquel succédèrent Charles Talansier (ECP 1878) et Albin Dumas (ECP 1882). Ils avaient, il est vrai, la chance de pouvoir commencer par faire valoir leur rôle de concepteurs et constructeurs des grands édifices métalliques qui accueillaient les manifestations. L Exposition de 1889 fut assurément un point d orgue, le moment où la visibilité fut maximale. La tour Eiffel en construction 8 La démarche est racontée par Francis Pothier, Histoire de l Ecole centrale des arts et manufactures, Paris, Delamotte, 1887, 555 p. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 2

C est bien ce que nota le Jury international dans son rapport final : «Toute l Exposition n apparaît-elle pas comme une gigantesque manifestation en faveur de l École Centrale? La Tour Eiffel désormais célèbre, le palais du Trocadéro, la splendide Galerie des Machines (en partie) sont les œuvres de ses anciens élèves, et ces magnifiques monuments semblaient avoir été construits tout exprès pour proclamer sa gloire» 9 Cette active participation, l Association des Anciens prit soin de la consigner au sein d un grand volume in-folio édité en 1889 ayant pour titre «Les Anciens élèves de l École Centrale 1832-1888» et commençant par la «Liste des Anciens élèves de l École Centrale qui ont participé à un titre quelconque aux Expositions Universelles de 1855, 1867, 1878 et 1889» et suivie d une «Liste par profession de tous les anciens élèves». Il fut complété par un ouvrage du même type concernant les Expositions de 1889 et de 1900. On y trouvait, d une part, tous ceux qui avaient participé à l organisation et, d autre part, ceux qui avaient été récompensés. Cette statistique soigneusement tenue fut systématiquement mise à contribution, elle servit à l École et à ses Anciens de faire valoir, reproduite qu elle fut dans les articles et présentations les plus diverses, et constitue pour nous une précieuse base de travail. Participation à l organisation Les Centraliens furent, en effet, de plus en plus nombreux à intervenir dans ces manifestations certes éphémères, mais dont la préparation pouvait durer deux ou trois ans et requérait toutes sortes de compétences, en matière notamment de technique constructive et de mécanique. Pour certains, en particulier les plus jeunes, tout juste diplômés, la tâche offrait une opportunité d emploi, certainement instructive en début de carrière. On dispose, comme on vient de le dire, dans les Albums rétrospectifs du nom de tous les intervenants aux différentes expositions, ce qui autorise un chiffrage. Les participants à l organisation étaient répartis en deux grandes classes: participants aux jurys d admission et de récompense, et participants aux Installation, Construction et Commissions diverses. La progression a été partout sensible avec une accélération en 1889. La présence dans les deux jurys concernait évidemment un relativement petit nombre de spécialistes confirmés, ayant déjà acquis une certaine notoriété dans les secteurs en cause. Ceux admis au jury d admission n étaient que 3 en 1855, 11 en 1867. Ils passèrent ensuite à 51 en 1878, puis à 104 en 1889. Ceux des jurys de récompense, en principe d anciens primés, étaient 7 en 1855, 15 en 1867, 36 en 1878, 54 en 1889 et 85 en 1900. Installation et Construction, Le gros de la participation des Centraliens se situait dans cette catégorie (y compris leur participation à des Comités divers): ils étaient déjà 35 en 1855, 63 et 1867, 50 en 1878, puis leur nombre passa à 249 en 1889, 445 en 1900 10. A côté d anciens expérimentés qui occupaient des postes de responsabilité, il y avait donc aussi des jeunes. Ainsi sur les 63 recensés de 1867, 22 étaient sortis de l École depuis moins de cinq ans. Parmi eux figuraient Edouard Vaillant (ECP 1862), le futur leader de la Commune, mais aussi de la même 9 Exposition universelle internationale de 1889 à Paris. Rapports du jury international Groupe II, Education et Enseignement, Paris, 1891, p. 610 (Enseignement Technique, rapporteur Paul Jacquemart). 10 Sur le fonctionnement des Comités d installation de l exposition de 1900, cf. Organisation des services de la Section française,,arch.nat., F12 6353 Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 3

Promotion : Henry Pereire, fils d Emile, fondateur avec son frère Isaac du Crédit Mobilier, et Alfred Tresca, le fils d Henri Tresca, professeur de Mécanique appliquée au Conservatoire national des Arts et Métiers. En 1889 sur les 445 recensés, 53 encore étaient sortis après 1877. Ils avaient donc moins de 35 ans, ce qui était le cas, par exemple de Max Champion de Nansouty, de Charles Talansier ou encore des frères Louis et Emile Mors. Les enseignants à l École, furent aussi réguliers à intervenir: Charles Callon (ECP 1833), Paul Lecoeuvre (ECP 1838), Léon Vigreux (ECP 1860), tous professeurs de Construction de machines, Charles Bourdon (ECP 1871), professeur de Machines à vapeur, Démétrius Monnier (ECP 1855), professeur d Electricité industrielle, Alfred Tresca (ECP 1862), professeur de Mécanique appliquée, Louis Ser (ECP 1853) et Jules Grouvelle (1861), professeurs de Physique industrielle, Sanson Jordan (ECP 1854), professeur de Métallurgie, Victor Contamin (ECP 1860 ) et Eugène Bertrand de Fontviollant (ECP 1882 ), professeurs de Résistance appliquée, Emile Muller (ECP 1844) et Fernand Delmas (ECP 1875), professeurs de Constructions civiles et d Architecture 11. - Constructions L intervention la plus spectaculaire des Centraliens en ce domaine fut évidemment la construction de grandes halles d exposition qui leur donna l occasion de faire valoir leur suprématie en matière de construction métallique. La formation qu ils recevaient tant en métallurgie qu en construction, les avait conduits, en effet, à y exercer un véritable leadership, fondé notamment sur leurs expériences ferroviaires 12. Cette spécialité s était construite notamment au sein du cabinet d ingénierie fondé par Eugène Flachat, où ils furent nombreux à être employés, le plus souvent en début de carrière. En charge de la conception et du suivi des travaux de la Compagnie du Paris Saint- Germain, puis de la Compagnie de l Ouest, E. Flachat et son équipe avaient réalisé en particulier les halles des voies de la gare. Fermes Polonceau à la gare Saint-Lazare - 1842 11 Léon Guillet, Cent ans de la vie de l Ecole Centrale des Arts et Manufactures 1829-1929, Paris, Editions de Brunoff, 1929 (Liste des titulaires des chaires), p. 137-141. 12 Jean-François Belhoste, «Les centraliens et la construction métallique de 1830 à 1914», dans Dominique Barjot et Jacques Dureuil (dir.), 150 ans de génie civil. Une histoire de centraliens, Paris, Presses de l Université Paris-Sorbonne, 2008, p 59-82. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 4

Saint- Lazare ainsi que les ponts de Clichy et d Asnières où furent mis au point les principes d une construction métallique moderne fondée sur l utilisation de fers profilés assemblés par rivetage et le recours systématique au calcul de résistance des matériaux Le rôle des Centraliens dans la réalisation des grands ouvrages métalliques des Expositions successives s avéra donc en plusieurs circonstances décisives, tant comme concepteurs et directeurs des travaux qu en opérant au sein des entreprises de construction et de génie civil qui les exécutaient. La première occasion fut la construction du Palais de l Industrie, emblème de l Exposition de 1855. Elle fut confiée par l entreprise anglaise York et Cie, adjudicataire des travaux, à Alexis Barrault (ECP 1836) qui travaillait alors pour la Compagnie du Paris-Lyon, assisté de son camarade Gustave Bridel (ECP 1847). L intérêt de cette vaste construction, faisant 208 m de long, sur 108 de large et 35 m de haut, est que sa structure métallique fut conçue indépendamment de sa maçonnerie, qui, elle, resta l œuvre de l architecte Victor Viel 13. Eugène Flachat, chez qui A. Barrault avait débuté sa carrière, écrira plus tard : «L intérieur du Palais de l industrie répond aux exigences de l art; il y règne une grande harmonie de lignes simples. L ornementation y est le résultat des formes naturelles du métal dans les conditions de résistance où il est placé» 14. Palais de l industrie 1855 L ouvrage ne bénéficia malheureusement pas de toute la considération qu il méritait. Des problèmes d ensoleillement et de ventilation en perturbèrent, en effet, l usage L intervention des Centraliens dans le domaine fut, en tout cas, continuelle par la suite. On se bornera à évoquer les réalisations les plus intéressantes, celles des Expositions de 1878 et 1889. Le fait 13 Alexis Barrault, Gustave Bridel, Le Palais de l Industrie et ses annexes. Description raisonnée du système de construction en fer et en fonte adopté dans ces bâtiments, Paris, 1857. 14 Eugène Flachat, «Notice sur Alexis Barrault», Mémoires et Compte Rendu des travaux de la Société des Ingénieurs civils, Paris, 1866, p. 535. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 5

marquant, en 1878, fut la réalisation sur le Champ de Mars de gigantesques galeries (145 m de long), doublées d annexes. Le concepteur fut, cette fois, Henri de Dion (ECP 1851), qui avait été nommé ingénieur en chef des constructions métalliques de l Exposition et qui, lui aussi, avait débuté en participant chez E. Flachat aux premiers travaux d extension la gare Saint-Lazare et à la construction du pont d Asnières 15. Il avait également dirigé en 1853 le fameux chantier de restauration de la cathédrale de Bayeux, avec la délicate reprise en sousœuvre de sa tour centrale. Par la suite, il s était vu confier le cours de Stabilité des Constructions de la nouvelle École spéciale d Architecte. Maître incontesté de la résistance des matériaux, il mit au point pour les besoins de l Exposition un nouveau type de charpente, fondé sur une méthode originale de calcul, auquel son nom fut donné et qui connut par la suite un incontestable succès. C était une charpente sans entrait dessinée de telle sorte que les efforts s appliquant sur les arbalétriers étaient parfaitement dirigés vers les poteaux, offrant ainsi l avantage d une portée maximale 16. Là encore, l idée sous-jacente était que l esthétique ressortait naturellement de cette forme bien calculée. «Certaines galeries secondaires sont des chefs d œuvre, et quant aux galeries principales, la construction métallique aurait pu suffire, même dans les coupoles, à assurer, à elle seule, à sa destination, la complète stabilité de l édifice et un genre de décoration parfaitement approprié..» déclara son ami Henri Tresca, alors président de la Société des ingénieurs civils, lors de ses obsèques survenues en avril 1878 quelques jours avant l ouverture de l Exposition 17. Un certain nombre de Centraliens, entre autres Emile Baudet (ECP 1858) et Armand Moisant (ECP 1859), prirent, par ailleurs, une part active à l édification de ces grandes halles tant principales qu annexes, en utilisant des techniques d échafaudage et de montage originales qui firent l objet de plusieurs publications dans diverses revues techniques 18. L autre grand monument de l Exposition fut le premier Palais du Trocadéro, œuvre conjointe de Jules Bourdais (ECP 1857) et de l architecte Gabriel Davioud 19. Palais du Trocadéro Les fermes de Dion au Trocadéro en 2011 Musée de l Architecture et du Patrimoine 15 «Nécrologie», Bulletin de l Association Amicale des Anciens Elèves de l Ecole Centrale des Arts et Manufactures, Paris, 1877-1878, p. 116. 16 Notice de J. F. Belhoste, dans Parcours de Centraliens, op. cit., p. 52. 17 Ibid., p.118 18 Par exemple, Charles -Alfred Oppermann, «Echafaudage roulants de la galerie des machines», Nouvelles Annales de la Construction, n 276, 1877, p. 178. 19 Dominique Jarassé, «Le Palais du Trocadéro», dans Myriam Bacha (dir.), Les Expositions Universelles à Paris de 1855 à 1837, Action Artistique de la Ville de Paris, 2005, p. 99. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 6

Ce monument mal aimé mériterait plus d attention, ne serait-ce que pour les problèmes techniques auxquels sa construction dut faire face. J. Bourdais avait été aussi élève aux Beaux-Arts d Hector Horeau et avait publié en 1859 un Traité pratique de la résistance des matériaux. Le monument avec sa rotonde servant à abriter conférence et ses grandes galeries curvilignes, s il présentait de multiples références historicistes, se caractérisait aussi, comme l a bien vu Viollet le Duc, par un certain nombre de modernités constructives: terrassement sur un terrain en forte déclivité, charpentes métalliques des galeries maintenues apparentes, emploi de mortiers adaptés pour éviter les tassements. L Exposition de 1889 fut, comme on l a dit, un triomphe pour les Centraliens. D abord, bien sûr, grâce à la tour de Gustave Eiffel dont la construction, rappelons-le, fut une opération réalisée dans un cadre privé par une société qui supporta une grande partie des coûts en échange d une concession d usage jusqu en 1910 20. Mais aussi du fait des performances remarquables de la colossale Galerie des Machines, œuvre de l architecte Dutert et surtout de l ingénieur Victor Contamin (ECP 1860), qui s était vu confié le poste d ingénieur en chef du contrôle des constructions métalliques, assisté de Jules Charton (ECP 1862) et d Eugène Pierron (ECP 1870). V. Contamin qui avait fait l essentiel de sa carrière à la Compagnie du Nord, enseignait aussi depuis 1873 la Résistance appliquée à l École. Il était, comme H. de Dion, un expert incontesté du calcul de résistance des matériaux. Le fait est que la Galerie des Machines, gigantesque vaisseau de 420 m de long et qui comme les galeries de 1878, ne comportait pas d entrait, constituait une prouesse technique. Elle était articulée, avec un système de rotule installé à la base des poteaux et de coussinet au sommet 21. Là encore, c est aux formes données au métal avec des piliers en arborescence, qu incombaient l ornementation. Galerie des machines 1889 -Montage 20 Michel Carmona, op. cit., p. 301. 21 Jean-François Belhoste, «L invention du profilé riveté», in Le Paris des Centraliens, op. cit., p.76. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 7

Et à nouveau, des Centraliens intervinrent dans le montage, entre autres Eugène Bertrand de Fontviolant (ECP 1882) pour l entreprise Fives-Lille, lequel deviendra, à son tour, en 1893, professeur de résistance appliquée à l École et aura à s occuper de la conception et de la construction des parties métalliques de la Gare d Orsay lors de l Exposition de 1900. L inspection des constructions métalliques de cette Exposition fut, d ailleurs, encore confiée à des Centraliens : René Weil (ECP 1890), en charge des constructions métalliques à la Compagnie de l Ouest, et Louis Bourdain ( ECP 1894), ingénieur de la Ville de Lyon. Durant l Exposition de 1889, se tint un congrès international sur les procédés de construction dont Gustave Eiffel présida la séance d ouverture. La construction en fer y fut, bien entendu, à l honneur, mais on parla aussi de sa substitution par l acier et de l usage d autres matériaux dont les Expositions faisaient aussi la promotion. Ce fut le cas des céramiques décoratives qui firent leur apparition à l Exposition de 1878, et connurent ensuite une vogue grandissante jusqu en 1914, stimulée par la mode de l Art nouveau. L un des pionniers en la matière fut Emile Muller (ECP 1844), professeur de Constructions civiles à partir 1864, qui avait été en début de carrière le concepteur de la première cité ouvrière de Mulhouse. Il était aussi un industriel ayant créé en 1855 à Ivry une fabrique de produits céramiques, d abord spécialisée dans la fabrication de tuiles à emboîtement dites tuiles mécaniques 22. La fabrication de tuiles et briques vernissées débuta à Ivry vers 1870, l idée d Emile Muller étant de la rendre d un prix aussi abordable que possible. C est à l Exposition de 1878 qu elles firent, en tout cas, pour la première fois sensation, utilisées au Pavillon de la Ville de Paris, à celui du Ministère des Travaux publics et sur l une des façades du Palais du Champ de Mars. «J ai la satisfaction d avoir contribué à faire envisager par nos architectes d orner d émaux les constructions métalliques» pouvait-il écrire dans le fascicule publié pour l occasion 23. C est à l Exposition de 1889, qu Emile Muller obtint son plus grand succès, apportant aux édifices une touche polychrome que l omniprésence du fer laisse mal deviner, lorsqu on dispose Palais des Beaux-Arts 1889 22 M. Rault, C. Mercadier, La Grande Tuilerie d Ivry, op.cit. 23 Emile Muller, Notes sur les produits, appareils, ouvrages et dessins présentés à l Exposition, 1878. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 8

surtout de photographies noir et blanc. Le plus spectaculaire fut la couverture par 200 000 tuiles vernissées bleu turquoise des dômes des palais des Beaux Arts et des Arts libéraux. A cette Exposition, E. Muller fournit aussi ses premiers grès cérames. Ils servirent, entre autres, pour les balustres de la première plate-forme de la Tour Eiffel Pour terminer ce tour d horizon forcément incomplet, il reste à évoquer l emploi du béton d abord simplement aggloméré, puis armé à partir de l Exposition de 1900. L un des pionniers en la matière fut Edmond Coignet (ECP 1879), d abord associé de son père François 24. Pour l Exposition de 1889, il réalisa les balustrades entourant les Palais des Beaux Arts et des Arts Libéraux et surtout la fontaine monumentale du jardin central 25. Le béton armé, mis au point seulement quelques années auparavant, fut employé ensuite de façon déjà significative à l Exposition de 1900, entre autres pour l escalier monumental du Grand Palais, pour les voûtes surbaissées du Petit Palais et pour la grande fontaine posée sur la façade du Palais de l Electricité. Si celle-ci fut encore l œuvre d Edmond Coignet, beaucoup de travaux furent réalisés aussi par l entreprise Hennebique qui s était déjà acquis une réputation de premier plan. Elle comptait en son sein de nombreux jeunes Centraliens, comme Georges Flament (ECP 1895) et André Richaud (ECP 1895). Fernand Delmas (ECP 1875), qui enseignait l architecture à l École depuis 1890 et avait été officiellement nommé architecte de la Classe 6 (celle de l Enseignement Technique) à l Exposition, en était un ardent propagateur 26 - Energie et transport. Dans ces secteurs clef pour l organisation de ces vastes manifestations, où il fallait gérer l accueil d un public considérable avec le maximum de soin et de confort, l intervention d ingénieurs était indispensable. Ces impératifs expliquent le rôle précoce de l électricité, ceci dès l Exposition de 1889, sujet qui fera plus loin l objet d un traitement à part. Pour rendre les choses vivantes et instructives, il fallait aussi introduire une certaine animation, soit, comme ce fut fait dès l exposition de 1867, par la fabrication en démonstration d objets réels, en l occurrence plutôt des petits objets du genre articles de Paris, soit par la mise en mouvement des machines. L importance accordée à l enseignement de la mécanique à l École, l une des quatre spécialités du concours de sortie, donna aux Centraliens une réelle compétence dans ce domaine, logiquement mise à contribution et valorisée lors des expositions successives. Si l idée de produire une sorte de théâtre des machines allait de soi, sa réalisation n était pourtant pas sans difficultés. Dès l Exposition de 1855, l expérience fut, en tout cas tentée. C est dans cette intention que fut construite à la hâte cette galerie annexe dite des machines qui longeait la Seine sur 1200 m et était reliée au Palais de l industrie par une passerelle. On y installa un long arbre de couche sur lequel étaient fixées des poulies où pouvaient se brancher les machines des exposants 27. Le maître d œuvre de cette installation fut Paul Lecoeuvre (ECP 1838), nommé pour cela ingénieur inspecteur de la galerie. Après avoir travaillé quelque temps aux forges de Vierzon, il avait été nommé en 1852 répétiteur du cours de Construction d éléments des machines à l École. A l Exposition, il était sous les 24 Notice de Jean-Louis Bordes, in Parcours des Centraliens, op. cit., p. 54. 25 Arch. nat, F12 3807. 26 Jean-Louis Bordes, «L invention du béton armé», in Le Paris des Centraliens, op. cit, p. 104 27 Arch. nat., F12 2895. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 9

Ascensceur Edoux 1889 Train Decauville 1889 ordres d Emile Trélat (ECP 1840), lequel, en tant que Commissaire adjoint de l Exposition, avait la charge de cette galerie. P. Lecoeuvre était, en outre, assisté de deux jeunes camarades, Alexis Le Pèlerin (ECP 1852), en charge des générateurs à vapeur, et Henri Péligot ( ECP 1852), responsable, quant à lui, de l arbre de transmission et de l attelage des machines 28. Emile Trélat et Paul Lecoeuvre étaient, en fait, liés par l intermédiaire du Conservatoire des Arts et Métiers, le premier parce qu il y enseignait depuis 1854 la Construction civile, et le second comme beau frère d Henri Tresca, professeur de Mécanique appliquée dans cette même institution 29. L idée d animer les machines venait de ce qu ils avaient pu voir ensemble à l Exposition universelle de Londres de 1851 et qui avait déjà inspiré H. Tresca avec l installation au Conservatoire d un laboratoire expérimental de mécanique dans l ancienne nef du prieuré de Saint-Martin-des-Champs Plusieurs machines à vapeur destinées à entrainer les machines de l Exposition de 1855 furent fournies par l entreprise de Joseph Farcot (ECP 1845), le constructeur de Saint -Ouen, et l installation d ensemble fut confiée à l entreprise Nepveu, entreprise de travaux publics établie à Paris rue de la Bienfaisance, chez qui Gustave Eiffel allait bientôt faire ses premières armes. Cette première expérience fut poursuivie aux expositions suivantes, toujours sous la conduite de Centraliens. D ailleurs Paul Lecoeuvre continua à y participer, il occupa même en 1878 le poste d ingénieur en chef du service mécanique. En 1867, intervint Louis de Mastaing (ECP 1851), lequel ayant fondé un cabinet d ingénieurs conseils, avec son camarade Charles Thirion (ECP 1852), qui s était vu chargé en 1862 de l installation des participants français à l Exposition de Londres 30. Charles Callon (ECP 1833), grand spécialiste des moteurs et professeur de Construction des machines à l École, y prit également part 31. En 1889, ce fut au tour de Charles Vigreux (ECP 1860), lui aussi enseignant à Centrale et expert en moteurs. Il s occupa surtout, comme on le verra, d électricité. 28 Note d E. Trélat du 5 juin 1855. Arch. nat., F12 2900. 29 Nécrologie de Paul Lecoeuvre, Bulletin de l Association Amicale des Anciens Elèves de l Ecole Centrale des Arts et Manufactures, Paris, 1891. 30 Nécrologie de Louis de Mastaing, Bulletin de l Association Amicale, 1874 31 Cf. la lettre de Lavallée, directeur de l Ecole, appuyant sa candidature pour la Légion d honneur en 1867 : «Il s est occupé de l installation de la force motrice, du service de l eau et de celui de la ventilation au Champ de Mars. Arch. nat»., F12 5100. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 10

Une autre question importante était d assurer le transport d un public de plus en plus nombreux, et appelé à se déplacer dans des espaces de plus en plus vastes. Une première mention est à réserver, à ce propos, aux ascenseurs de Léon Edoux (ECP 1850). Dès 1867, celui-ci se servit de l Exposition pour promouvoir l invention qu il avait mise au point vers 1864, alors qu il était entrepreneur des travaux publics, pour les besoins de ses chantiers, une balance hydraulique fonctionnant avec un piston placé dans un puits vertical foré dans le sol. L. Edoux récidiva en 1878, installant cette fois l un de ses ascenseurs dans l une des tours du Palais du Trocadéro, lequel pouvait transporter 80 personnes sur 60 m de course. Sa principale œuvre reste cependant l ascenseur qu il installa entre le deuxième et le troisième étage de la Tour Eiffel, ascenseur à deux cabines permettant d élever, sur 160 m, 750 passagers à l heure. Il fallut, pour cela, placer un réservoir de 20 000 litres au sommet de la tour. Pour faciliter l accès du public, les Exposition furent toutes précédées de grands travaux destinés à améliorer le réseau ferroviaire urbain et périurbain. Ceux-ci incombèrent essentiellement à la Compagnie de l Ouest et à celle de la Petite Ceinture. Une convention fut d ailleurs passée entre elles dès l Exposition de 1867, et une ligne fut ouverte entre Auteuil et Ivry, via Grenelle. La traversée de la Seine se faisait par le viaduc du Point du Jour, construit entre 1863 et 1865. Une gare ouverte au Champ-de-Mars, sur un embranchement provisoire à double voie, accueillit 1 million et ½ de voyageurs entre le 1 er avril et 7 novembre 1867. Une nouvelle gare y fut construite en 1878 ; elle était encore active en 1889, plus de 2 millions de voyageurs l empruntèrent. Pour l Exposition en 1900, cette ligne fut prolongée dans une tranchée le long de la Seine, équipée de la traction électrique, jusqu aux Invalides. Dans la gare, reconstruite encore une fois pour l occasion, et qui comportait 20 voies et 10 quais, transitèrent plus de 10 millions de voyageurs. La Compagnie d Orléans se donna, elle aussi, la possibilité d acheminer des voyageurs, en prolongeant ses voies d Austerlitz jusqu au quai d Orsay où elle édifia usa nouvelle gare. Les Centraliens étaient nombreux à travailler dans les services techniques de ces compagnies. Entre autres: Ernest Chabrier (ECP 1847), ingénieur de la voie au Chemin de fer de l Ouest, Edouard Millon (ECP 1864) et Georges Chehet (ECP 1879), le premier responsable des études au service des constructions, le second chef de section dans cette même Compagnie ; Charles Gallaud (ECP 1854), chef du service central du Chemin de fer de Ceinture, Amable Coste (ECP 1885) et Léon Finat (ECP 1885), attachés, l un et l autre, à son service de la voie et des travaux Pour le transport du public dans l enceinte des Expositions, l un des dispositifs les plus intéressants fut le chemin de fer Decauville, installé pour l exposition de 1889. Ligne à voie étroite d environ 3,5 kms de long, avec des trains circulant à la vitesse d un piéton (4 kms à l heure), elle était prévue pour accueillir 12 trains à l heure et transporter ainsi 8 à 8 500 voyageurs 32. Une section conduisait de l Esplanade des Invalides au Palais des Machines sur le Champ-de-Mars en longeant le Quai d Orsay. L entreprise avait été créée en 1875 par Paul Decauville qui avait imaginé ce système de voies portatives entièrement démontables pour les besoins de son exploitation betteravière d Evry- Petit Bourg A l Exposition de 1878, 2 kms de voie de 50 cm d écartement furent posées pour servir à l installation des exposants. L entreprise prit alors de l extension avec la création d une usine à Corbeil en 1881. Des lignes Decauville furent utilisées pour la construction du chemin de fer transcaspien, pour le transport de troupes au Tonkin, ou encore par l armée anglaise en Afghanistan A partir des 32 Arch. nat, F12 3857. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 11

années 1880, Paul Decauville reçut le renfort de son frère Emile (ECP 1878) qui prit en charge les questions techniques, s occupant notamment de la mise au point de rails et traverses en acier, rivés au marteau pilon. Parmi les machines qui circulaient sur ces voies durant l Exposition de 1889, se trouvaient des machines compound articulées, conçues par Anatole Mallet (ECP 1858) à qui Decauville avait été l un des premiers à faire confiance 33. L exploitation de cette ligne intérieure était supervisée par le Service des Constructions Métalliques dirigé comme on l a vu, par Victor Contamin, assisté de Jules Charton (ECP 1862), lesquels connaissaient parfaitement les chemins de fer puisqu ils avaient été ingénieurs l un à la Compagnie du Nord, l autre à la Compagnie du Midi. - L électricité Dès l Exposition de 1889, l électricité fit une entrée massive, offrant l une des attractions les plus spectaculaires, utilisée qu elle fut à la fois comme force motrice, pour l éclairage, notamment de la Tour Eiffel, de la Galerie des Machines et des fontaines monumentales, et pour alimenter des appareils de téléphone et de télégraphie. Un grand nombre de générateurs, alternateurs et dynamos furent exposés dans un quartier de la Galerie des Machines où étaient aussi établies des stations électriques. Ce secteur fut véritablement le domaine réservé des Centraliens. L installation fut, en effet, confiée à un Service mécanique et électrique dirigé par Charles Vigreux (ECP 1860), assisté de Charles Bourdon (ECP 1871), répétiteur du cours de Machines à vapeur, et de son fils Charles (ECP 1888), futur associé fondateur de la Société Brillé-Vigreux, fabriquant de cadrans et horloges pneumatiques. Rien que pour l éclairage de la Galerie des machines, on employa 96 lampes à arc et 750 lampes à incandescence, et au total, ce furent 1 509 lampes à arc et 12 697 lampes à incandescence qui furent installées pour l éclairage tant public que privé 34. L installation bénéficia, il faut le dire, du soutien technique et financier d un Syndicat international des Electriciens constitué pour l occasion, dont Victor Picou (ECP 1877), ingénieur conseil de la Compagnie Continentale Edison, était l ingénieur en chef. Ce syndicat comprenait aussi Louis Sautter (ECP 1846), de la Société Sautter et Lemonnier qui avait ajouté à sa fabrication traditionnelle de phares lenticulaires celle de phares électriques et de machines, et André Hillairet (ECP 1880), qui après avoir dirigé durant quelque temps les Ateliers Breguet, avait fondé en 1887 sa propre entreprise de construction de matériel électrotechnique. D autres Centraliens participèrent d ailleurs aux installations, en particulier Philibert Pellin (ECP 1870), constructeur d instruments de précision, d optique et d électricité et les frères Louis et Emile Mors (ECP 1879 et 1880), constructeurs d appareils d électricité, sonneries et signaux. Ils eurent, en outre, le soutien actif d Edouard Hospitalier (ECP 1879) qui avait fondé en 1881 le journal L Electricien et s était vu confié la chaire d Electricité à l École de physique et de chimie industrielle de la Ville de Paris. L entraînement des deux grands ponts roulants placés à 7 m de haut dans la Galerie des Machines, afin d offrir aux visiteurs une vue panoramique des machines en mouvement, fut l un des emplois les plus remarqués de la force électrique. Au centre de cette Galerie, on pouvait aussi voir un phare électrique construit par Sautter et Lemonnier, et dans les jardins, l une des principales attractions fut le spectacle offert par les fontaines lumineuses: le faisceau d une lampe à arc électrique y illuminait grâce à un réflecteur les gerbes d eau de différentes couleurs. 33 Cf. notice de Jean-François Belhoste, dans Parcours de Centraliens, op.cit., p. 98. 34 Laetitia Bonnefoy, «L éclairage monumental», dans Les Expositions Universelles à Paris, op.cit., p.52. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 12

L électricité fut évidemment encore plus présente à l Exposition de 1900, bénéficiant cette fois de son propre Palais construit pour célébrer la Fée Electricité. Un Comité technique de l Electricité fut alors spécialement créé, où siégeaient six Centraliens parmi lesquels figurait Démétrius Monnier (ECP 1855) à qui avait été confié dès 1884 un cours d Electricité industrielle à l École, l un des premiers du genre en France. On y retrouvait Edouard Hospitalier (ECP 1879) déjà nommé, le journaliste scientifique, ancien rédacteur du Génie Civil, Max Champion de Nansouty (ECP 1877) et André Hillairet (ECP 1880). Charles Bourdon (ECP 1871) et Victor Picou (ECP 1877) occupèrent les postes d ingénieurs en chef respectivement des installations mécaniques et des installations électriques. Le Palais de l électricité et la fontaine monumentale en 1900 Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 13

- Art, histoire et industrie. A partir de l Exposition de 1867, surtout, la volonté d opérer un rapprochement entre art et industrie se fit jour alors que se développaient les arts appliqués à l industrie. Emile Muller est le meilleur exemple de ces ingénieurs qui souhaitait allier le Beau, le Vrai et l Utile. La façon dont il contribua à orner les bâtiments de l Exposition de 1878 et surtout de celle de 1889 en constitue la parfaite illustration. D autres Centraliens travaillèrent dans la même direction: Antoine Durenne (ECP 1843) avec ses fontes d art, Henri Bouilhet (ECP 1851), cogérant de la Maison Christofle avec ses bronzes galvaniques 35. Ils furent des exposants remarqués, participèrent aussi aux installations et se montrèrent également sensibles à la place grandissante accordée aux références historiques. C est ainsi que qu Emile Muller présenta en 1889 une réplique en briques émaillées des Frises des Lions et des Archers du palais de Darius à Suse, qui venaient d être découvertes et exposées au Louvre par Jane et Marcel Dieulafoy. Eléphant de Frémiet sculpteur, Durenne fondeur,,devant le musée d Orsay Le cas le plus intéressant en la matière reste cependant celui d Alfred Darcel (ECP 1841), dont l itinéraire d ingénieur s avère particulièrement atypique. Originaire de Rouen, il commença par travailler dans l industrie chimique, avant d entreprendre à partir de 1850, des études d histoire de l art qui le conduisirent à devenir l un des meilleurs spécialistes français 35 Notice de Cécile Buffat, dans Parcours de Centraliens, op.cit., p. 48. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 14

des faïences, émaux et pièces d orfèvrerie du Moyen-Age et de la Renaissance. Auxiliaire à partir de 1852, puis attaché à la conservation des objets d art au Louvre, il publia en 1866 avec l architecte Eugène Rouyer, L art architectural en France depuis François 1 er jusqu à Louis XV. Alfred Darcel participa à l installation des Expositions de 1867, 1878 et 1889. Dès celle de 1867, il fut secrétaire de la Commission de l Histoire du travail, pour laquelle il lui fallut collecter toutes sortes d objets archéologiques «depuis les outils et les armes rudimentaires des âges ante-historiques et de l époque celtique, jusqu aux meubles les plus élégants, jusqu aux tentures les plus somptueuses du XVIIIème siècle». Il rendit alors, selon ses supérieurs, un «service laborieux, éclairé et des plus utiles par le classement de précieux objets exposés et la rédaction remarquable du catalogue de cette partie de l Exposition» 36. Devenu administrateur des Gobelins, A. Darcel joua encore un rôle important en 1878 dans l organisation de l exposition sur l art rétrospectif français tenue dans la galerie orientale du Palais du Trocadéro, où furent exposés des tapisseries, mais aussi des émaux de la collection Rothschild et des manuscrits de la Bibliothèque de Rouen. Un autre Centralien, Anatole Gruyer (ECP 1848), après avoir été professeur à l Institut agronomique de Versailles avait fait lui aussi des études d histoire de l art et était devenu conservateur des peintures au Musée du Louvre. Membre de l Académie des Beaux-Arts, il participa aux jurys d admission et de récompense des Expositions de 1878 et de 1889. L École aux Expositions Il a été question jusqu ici, de la participation des anciens élèves et de la façon dont, collectivement, ils ont pu faire connaître leurs talents d ingénieur. Dès 1855, comme on l a rappelé, A. Lavallée avait fait valoir que la réussite de l École dans la formation d ingénieurs était d abord due à la qualité de son enseignement, et s était servi de l évènement pour faire passer l idée d une cession à l Etat. C est durant l Exposition de 1878 qu avait été ensuite célébré son cinquantenaire. Elle y avait alors reçu un Diplôme d honneur. En 1889, elle songea cette fois à se présenter de façon plus officielle en y installant un stand. «L élégant pavillon qui, selon le rapport du Jury, abritait au Palais des Arts libéraux l exposition de l École Centrale, offrait aux yeux du public tout ce qui était de nature à le renseigner sur le fonctionnement de ce grand établissement national, la consultation de la collection complète des travaux d un même élève, le visiteur pouvait suivre pas à pas la marche ascendante de son instruction et de nombreux documents, dessins, projets, comptes-rendus, permettaient d en apprécier la valeur. Les quatre petits salons renfermaient une importante collection de travaux d anciens devenus de grands industriels. Concernant tout ce qui touche à l art de l ingénieur : chemin de fer, mines, métallurgie, produits chimiques etc.» 37. En 1900, cette présence put devenir encore plus significative, grâce au fait que l Enseignement technique formait désormais une classe à part du groupe de l Education et l Enseignement. Un pavillon spécial lui fut même dédié, construit en bordure de l avenue de Suffren et relié au Palais de l Education et l Enseignement par une passerelle 38. La construction en fut confiée à Fernand Delmas (ECP 1875), qui enseignait depuis 1890 l architecture à l École. Celle-ci y disposait, de l un des plus grands stands, placé à côté de celui du Conservatoire des Arts et Métiers. L une et l autre étaient particulièrement bien situés dans la galerie du premier étage à laquelle 36 Demande de Légion d honneur à l Exposition de 1867. Arch. nat, F12 5314. 37 Exposition universelle de 188ç à Paris. Rapports du jury international. Groupe II, op.cit., p.610 38 Arch. nat, F12 6353. Exposition universelle internationale de 1900. Rapports du jury international. Groupe I -Education et Enseignement. Cinquième partie-classe 6, Paris, 1903, p.6. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 15

on accédait par un salon d honneur décoré par des tapisseries prêtées par la Manufacture des Gobelins. Récompenses Bien sûr, les Centraliens ne se contentèrent pas d intervenir dans l organisation, ils furent aussi très nombreux à exposer. Quelques chiffres permettent, d abord, une idée de la participation globale et d apprécier sa progression. Ils seraient environ 500 en 1867, puis 745 en 1878 39. Les données sont heureusement plus précises sur le nombre des récompensés, eux-mêmes répartis en deux catégories: les médaillés (grands prix, médailles d or, d argent et de bronze, mentions honorables) et les décorés au titre de la Légion d honneur. Les médaillés progressèrent constamment : 64 en 1855, 240 en 1867, 310 en 1878, 433 en 1889, 527 en 1900 40 ; les décorés de la Légion d honneur également: 7 en 1855, 8 en 186, 30 en 1878, 32 en 1889, 76 en 1900. L observation s avère plus intéressante si l on considère les secteurs auxquels ces récompenses se rapportaient. Là encore seuls quelques exemples sont susceptibles d être évoqués pour illustrer les domaines où les Centraliens ont excellé et le rôle qu ils ont eu dans le développement de nouveaux secteurs. En 1855, il est ainsi frappant de voir l importance qu ils avaient déjà acquise dans l industrie mécanique et les chemins de fer. Camille Polonceau (ECP 1836), concepteur de différents types de locomotives pour la Compagnie de l Orléans, en exposa plusieurs et fut classé Hors concours. Mais dès cette exposition, d autres secteurs furent aussi à l honneur : la céramique avec Alphonse Salvetat (ECP 1841), chef de travaux à la Manufacture de Sèvres, la verrerie avec Louis Clémandot (ECP 1836), directeur de la cristallerie de Clichy, le textile avec Albin Gros (ECP 1834) et son frère Aimé (ECP 1835), patrons de Wesserling ainsi qu Henry Hartmann (ECP 1842), filateur à Munster. Le textile fut encore cité en 1867 avec, entre autres, Théodore Schlumberger (ECP 1861), de Schlumberger fils et Cie à Mulhouse, et Charles Balsan (ECP 1860), fabricant de draperies à Châteauroux. L industrie du fer se trouva aussi régulièrement primée. Sanson Jordan (ECP 1854), le professeur de métallurgie reçut la Légion d honneur en 1878; Alexandre Gouvy (ECP 1842) pour ses aciéries de Dieulouard et Antoine Durenne (ECP 1843) pour ses fonderies de Haute-Marne obtinrent des médailles en 1855, 1867 et 1878. S agissant des industries chimiques trop nombreuses pour être illustrées dans leur diversité, on citera seulement Marius Olivier (ECP 1862), l un des associés de Perret frères et Olivier, en 1867 et Antoine de Plazenet (ECP 1863), fabricant de produits chimiques pour les arts et les sciences, en 1867 et 1878. La fabrication du papier fut elle aussi toujours bien représentée: Auguste de Montgolfier (ECP 1850), médaillé en 1855, 1867 et 1878, Paul Darblay (ECP 1847) en 1867 et 1878, Aristide Bergés (ECP 1852) dès 1878. De même que les industries verrières et céramiques: Léon Appert (ECP 1856) pour Appert frères en 1878, Alexandre Mulat ( ECP 1863) pour Legrand, Mulat et Cie qui exploitait la verrerie de Fourmies en 1867, Henri Cosson ( ECP 1866) pour la cristallerie d Aubervilliers en 1878, François Garnault (ECP 1843), fabricant d ornement de terre cuite en 1855 et 1867, Gustave Roy (ECP 1870), fabricant de faïence pour l architecture et le chauffage en 1878. Naturellement, les Centraliens furent particulièrement nombreux à être primés dans l un de leur principaux secteurs de prédilection, la construction mécanique, avec notamment : 39 Charles de Comberousse, Histoire de l Ecole centrale des Arts et Manufactures depuis sa fondation jusqu à ce jour, Paris, Gauthier-Villars, 1879, p. 181. 40 Exposition Universelle Internationale de 1900. Rapports du jury international. Groupe I, op.cit., p ;23. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 16

Joseph Farcot (ECP 1843) pour Farcot père et fils en 1855, 1867 et 1878, Jules Binder (ECP 1849), fabricant de carrosserie en 1867 et 1878, Emile Cail (ECP 1860), attaché à la direction de la grande entreprise J. F. Cail et Cie, en 1867, Paul Béranger (ECP 1864), constructeur de machines agricoles, en 1878, René Panhard (ECP 1864) pour Panhard, Perrin et Cie fabricant de matériel de scieries en 1867 et 1878, Francis Brault (ECP 1867), de l entreprise de fabrication de turbines de Chartres, Brault et Teisset, en 1878, Sostène Pozzi (ECP 1876), constructeur de matériel ferroviaire, en 1889. Ils furent également très présents dans un secteur voisin, qui tenait à la fois de la mécanique et de la thermique, la fabrication d appareils de chauffage et de ventilation avec Jules Weibel (ECP 1856) en 1867 et 1878, et surtout Jules Grouvelle ( ECP 1861), gérant de Grouvelle et Cie et professeur de Physique industrielle à l École. Pour terminer ce rapide tour d horizon, il reste à mentionner l électricité. Dès 1889, furent médaillés Philibert Pellin (ECP1870), Victor Picou (ECP 1877), Edouard Hospitalier (ECP 1877), Louis et Emile Mors (1879 et 1880). Les constructeurs métalliques, particulièrement à l honneur dans cette Exposition y furent aussi largement médaillés: Gustave Eiffel (ECP 1855) bien sûr, mais aussi Emile Baudet (1858), Armand Moisant (ECP 1859) et Alfred Donon (ECP 1871). Visiteurs Il est légitime pour finir de s interroger sur l impact qu ont pu avoir les expositions successives sur les ingénieurs eux-mêmes, notamment centraliens, sur la façon dont ils ont, jeunes et vieux, vécu ces évènements, sur l intérêt relatif qu ils ont porté aux différents stands et attractions. Le bilan ne peut être que rapide et partiel, principalement nourri d anecdotes, et malheureusement non chiffré, car il existe en la matière aucune donnée d ensemble. On a évoqué, au début, le témoignage du jeune Gustave Eiffel qui, comme la plupart de ses camarades, avait pris un billet de saison pour l exposition de 1855 et put ainsi la visiter plus de cinq fois 41. La Société des Ingénieurs civils, l Association des anciens élèves, voire des sociétés professionnelles profitèrent évidemment de l occasion pour organiser visites et évènements. Gustave Eiffel, encore lui, ne manqua pas de convier ses camarades à une présentation privée de sa tour. Des visites professionnelles furent également programmées, à l occasion notamment des nombreux congrès organisés pour l occasion, surtout à partir de 1889. Un parcours à travers toutes les sortes de pompes exposées fut proposé en 1878 par l Association des Anciens. En 1889, celle-ci, ou plus précisément son Groupe de Paris, mit sur pied une série de conférences, suivies de visites: le 19 juillet, Louis Clémandot (ECP 1836), de la verrerie de Clichy, vint parler de verrerie en s appuyant sur les démonstrations effectuées au Champ-de-Mars par des verriers vénitiens, le 26 juillet, ce fut au tour de Jules Grouvelle (ECP 1861) de traiter du chauffage, le 21 septembre, de Samson Jordan (ECP 1854) de la métallurgie du fer, le 27 septembre, de Georges Vogt (ECP 1865) de fabrication des porcelaines et faïences. En 1900, alors que la participation américaine était devenue pour la première fois significative, avec son grand pavillon construit spécialement sur le Quai d Orsay, William Le Baron Jenney (ECP 1856) qui avait réalisé les premiers gratte-ciel de Chicago, fit visiter aux participants du 5ème Congrès International des Architectes 42 une exposition consacrée à l architecture commerciale américaine 43. 41 Michel Carmona, Eiffel, op.cit., p. 33. 42 Il y fit, d ailleurs, une communication portant sur l ossature métallique des constructions. Congrès International des Architecte, tenu à Paris, 29 juillet-4 août 1900. Organisation, Compte-Rendu et Notices, Paris, 1906. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 17

La variété du spectacle était susceptible d éveiller toutes sortes de curiosités, et même de susciter des vocations. On évoquera ainsi, pour finir, l importance qu eut pour Louis Blériot (ECP 1895), l Exposition de 1900. Jeune créateur d entreprise, il était venu exposer les appareils d éclairage portatifs à l acétylène dont il avait entrepris la fabrication 44. L Exposition lui permit de prendre conscience de ce qu allait devenir l automobile, de nouer des contacts, elle l incita à s orienter vers la production de phares dont il devint rapidement l un des principaux fabricants. Mais à l Exposition, il avait aussi découvert l avion d Ader d où était né chez lui un irrésistible intérêt pour le plus lourd que l air. Fortune faite, il put de lancer à partir de 1905 dans la conception d avions prototypes, réussir la traversée de la Manche en 1909 et installer dans la foulée sa première usine d aviation à Levallois. Crédits photographiques : tous droits réservés 43 Hélène Trocmé, 1900 : Les Américains à l exposition universelle de Paris, 1997 44 Jean-François Belhoste, Sandra Delaunay, Gérard Hartmann, Louis Blériot (1872-1936), Paris, Centrale Histoire-Association des Centraliens, 2009, 47 p. Les Expositions Universelles, vitrines des Centraliens J.F. Belhoste 18