A1. Nature des rayonnements

Documents pareils
Chapitre 11: Réactions nucléaires, radioactivité et fission

PHY113 : Cours de Radioactivité

Interactions des rayonnements avec la matière

Professeur Eva PEBAY-PEYROULA

Transformations nucléaires

Complément: Sources naturelles de rayonnement

La physique nucléaire et ses applications

Chapitre 6. Réactions nucléaires. 6.1 Généralités Définitions Lois de conservation

C4: Réactions nucléaires, radioactivité et fission

Chapitre 2 RÉACTIONS NUCLÉAIRES

Lycée Galilée Gennevilliers. chap. 6. JALLU Laurent. I. Introduction... 2 La source d énergie nucléaire... 2

Équivalence masse-énergie

Parcours de visite, lycée Exposition: LA RADIOACTIVITÉ De Homer à oppenheimer

Chapitre n 6 MASSE ET ÉNERGIE DES NOYAUX

8/10/10. Les réactions nucléaires

Chapitre 5 : Noyaux, masse et énergie

Historique. Les radiations nucléaires 1

EXERCICES SUPPLÉMENTAIRES

NOYAU, MASSE ET ENERGIE

Physique appliquée à l exposition externe Dosimétrie et radioprotection

FICHE 1 Fiche à destination des enseignants 1S 16 Y a-t-il quelqu un pour sauver le principe de conservation de l énergie?

Atelier : L énergie nucléaire en Astrophysique

De la physico-chimie à la radiobiologie: nouveaux acquis (I)

Dossier «L énergie nucléaire»

Le but de la radioprotection est d empêcher ou de réduire les LES PRINCIPES DE LA RADIOPROTECTION

Opérateur d analyseurs à fluorescence X portatifs. Livret de renseignements sur la certification et la préparation relatives aux évaluations

P17- REACTIONS NUCLEAIRES

EPREUVE COMMUNE DE TIPE 2009 partie D ANALYSES RADIOCHIMIQUES ET ISOTOPIQUES : LES TRACEURS RADIOACTIFS

A retenir : A Z m n. m noyau MASSE ET ÉNERGIE RÉACTIONS NUCLÉAIRES I) EQUIVALENCE MASSE-ÉNERGIE

Introduction à la physique nucléaire et aux réacteurs nucléaires

Transformations nucléaires

Exposition de la population française aux rayonnements ionisants liée aux actes de diagnostic médical en 2012

Sensibilisation à la protection contre les rayonnements ionisants

POLY-PREPAS Centre de Préparation aux Concours Paramédicaux. - Section Orthoptiste / stage i-prépa intensif -

DOSES DÉLIVRÉES AUX PATIENTS EN SCANOGRAPHIE ET EN RADIOLOGIE CONVENTIONNELLE Résultats d une enquête multicentrique en secteur public

RADIATION ALERT NOTICE D EMPLOI POUR LES COMPTEURS MONITOR 4, MONITOR 4EC, MONITOR 5 ET MC1K VEUILLEZ LIRE ATTENTIVEMENT L INTÉGRALITÉ DE CE MANUEL

LES RADIATIONS ET LA SANTÉ LES RISQUES DES RADIATIONS IONISANTES POUR LA SANTÉ

Chapitre 10 : Radioactivité et réactions nucléaires (chapitre 11 du livre)

UE2 CANCEROLOGIE Place de la Médecine Nucléaire

TD 9 Problème à deux corps

Panorama de l astronomie

LA RADIOACTIVITE NATURELLE RENFORCEE CAS DE LA MESURE DU RADON - A L G A D E

Guide sur les rayons X et la radioprotection

Les ambigüités et les difficultés d application du décret travailleur

Energie nucléaire. Quelques éléments de physique

Les rayons X. Olivier Ernst

- I - Fonctionnement d'un détecteur γ de scintillation

Chap 2 : Noyaux, masse, énergie.

L eau dans le corps. Fig. 6 L eau dans le corps. Cerveau 85 % Dents 10 % Cœur 77 % Poumons 80 % Foie 73 % Reins 80 % Peau 71 % Muscles 73 %

La radioprotection des travailleurs

',5(&7,9((85$720'8&216(,/ GXPDL

a. Fusion et énergie de liaison des noyaux b. La barrière Coulombienne c. Effet tunnel & pic de Gamov

Lycée français La Pérouse TS. L énergie nucléaire CH P6. Exos BAC

DM 10 : La fusion nucléaire, l énergie de l avenir? CORRECTION

Les bases physiques de l'imagerie radiologique

20 ans après l accident nucléaire de Tchernobyl: Les conséquences en Suisse

Le savoir-faire du Centre d Études Nucléaires de Bordeaux-Gradignan au service d une mission spatiale internationale

RAPPORT DE STAGE Par Sébastien BERCHET

Jauges nucléaires et sécurité au travail

La dosimétrie physique, mesurer pour optimiser

LE COSMODETECTEUR : UN EXEMPLE DE CHAÎNE DE MESURE

Stage : "Développer les compétences de la 5ème à la Terminale"

A. Énergie nucléaire 1. Fission nucléaire 2. Fusion nucléaire 3. La centrale nucléaire

Rapport d information sur la sûreté nucléaire et la radioprotection du site AREVA la Hague. Édition 2013

«Actualités réglementaires en radioprotection»

MEMOIRE DE PROJET DE FIN D ETUDE

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la scintigraphie osseuse et le TEP-SCAN

Université Libanaise Faculté des Sciences II Département de physique. Mémoire de Maîtrise Option : Physique

Chapitre 6 : les groupements d'étoiles et l'espace interstellaire

La physique nucléaire

Intérêt de la dosimétrie numérique en radioprotection : moyen de substitution ou de consolidation des mesures?

Structure quantique cohérente et incohérente de l eau liquide

Radioactivité et chimie nucléaire

L ÉNERGIE C EST QUOI?

I - Quelques propriétés des étoiles à neutrons

CANCERS ET RAYONNEMENTS IONISANTS Fortes doses: seconds cancers après radiothérapie

Partie Observer : Ondes et matière CHAP 04-ACT/DOC Analyse spectrale : Spectroscopies IR et RMN

Bases physiques de l imagerie en

Energie Nucléaire. Principes, Applications & Enjeux. 6 ème /2015

Groupe professionnel énergie de Centrale Nantes Intergroupe des centraliens de l énergie

Stabilité et Réactivité Nucléaire

Simulation d'un examen anthropomorphique en imagerie TEMP à l iode 131 par simulation Monte Carlo GATE

SAVOIR-FAIRE ET RADIOPROTECTION

Comprendre l Univers grâce aux messages de la lumière

BAC BLANC SCIENCES PHYSIQUES. Durée : 3 heures 30

Activité 38 : Découvrir comment certains déchets issus de fonctionnement des organes sont éliminés de l organisme

DIFFRACTion des ondes

L INSTITUT DE RADIOPROTECTION ET DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE (IRSN)

Ligne Dentaire. Système Dentaire Panoramique et 3D

EXERCICE 2 : SUIVI CINETIQUE D UNE TRANSFORMATION PAR SPECTROPHOTOMETRIE (6 points)

Application à l astrophysique ACTIVITE

ANALYSE SPECTRALE. monochromateur

Rayonnements dans l univers

Comment réaliser physiquement un ordinateur quantique. Yves LEROYER

Les Environnements Radiatifs

INTRODUCTION A LA FUSION THERMONUCLEAIRE

SUIVI CINETIQUE PAR SPECTROPHOTOMETRIE (CORRECTION)

UNIVERSITE BLAISE PASCAL D.E.A. DE PHYSIQUE

THEME 2. LE SPORT CHAP 1. MESURER LA MATIERE: LA MOLE

La physique quantique couvre plus de 60 ordres de grandeur!

Transcription:

n A1. Nature des rayonnements α β γ ev 10 6 Naturels Artificiels p β + X UV 10 3 Accélérateurs IR µ-onde RF 1 10-3 10-6 US onde radio Corpuscules Photon

Origine des rayonnements alpha, beta, gamma Vallée de stabilité Nombre de neutrons U Z trop élevé : émission α Excès de neutrons : émission β C O Ne Excès de protons : émission β +, CE Nombre de protons CE = capture électronique

Nombre de neutrons Désintégration α α α Po Pb Rn Ra Mo β α : 2 protons et 2 neutrons β : 1 électron β + : 1 positon Ne C O β + F Nombre de protons

Les rayonnements alpha et beta Les rayonnements α et β sont issus des désintégrations nucléaires de noyaux instables. Ces désintégrations sont presque toujours suivies, après un temps très variable, d une désexcitation. Le noyau fils Y se désexcite en émettant un photon, appelé photon γ. Le noyau fils Y peut être lui-même instable et se désintégrer à son tour (filiation radioactive).

A2. Interaction des rayonnements ionisants avec la matière Principalement, le rayonnement interagit en cèdant son énergie à la matière qu il rencontre. Nous allons donc insister sur les principales interactions : Rayonnement matériel, cas du β Avec le noyau Avec le cortège électronique Rayonnement lumineux Effet photoélectrique Effet Compton Les explications seront très schématiques.

alpha vs matière Ionisation

Interaction du rayonnement alpha avec la matière La particule α est massive et fortement chargée (2+), elle va très fortement interagir avec les couches électroniques de la matière qu elle traverse. En cédant peu à peu son énergie cinétique, elle est ralentie. A chaque fois, l énergie cédée va permettre une ionisation. Le noyau étant entouré par les couches électroniques, la probabilité d interaction α-noyau est très faible.

beta vs matière Ionisation

Excitation

Désexcitation Fluorescence X

β X de freinage

Interaction du rayonnement beta avec la matière 3 cas de figures possibles : Perte de l énergie cinétique de l électron incident sans interaction notable (chaleur), Interaction avec le noyau et rayonnement X de freinage. Interaction avec les électrons des atomes (Compton et ionisation), raies caractéristiques. Intensité relative 0 50 100 150 Energie (kev)

Cas particulier du β + : l annihilation β +

Photon vs matière Cas le + probable photon-atome : rien!

Effet Compton Diffusion Compton Le photon est dévié, cédant de l énergie à l électron.

Exemple de la diffusion Compton (d après projet MARTIR)

Effet photoélectrique Ionisation Toute l énergie du photon devient énergie cinétique de l électron.

La probabilité de l interaction varie avec l énergie du photon. Probabilité (%) Détecteurs Imagerie médicale Accélérateurs Médicaux Photoélectrique Diffusion Compton Production de paire 1 10 100 1 000 10 000 100 000 Energie du photon (kev)

Exemple d utilisation de la diffusion Compton et de l effet photoélectrique

Le capteur plan Contacts Principaux et Electronique de Lecture Lignes de Contact sur 3 Cotés Matrice en Silicium Amorphe Substrat de Verre Scintillateur (Iodure de Césium)

En résumé, le photon et la matière Interaction avec le noyau de l atome traversé : Pas d effet notable en radiologie, Réaction (X,n) en radiothérapie 25 MeV. Interaction avec l électron : En fonction de l énergie cédée par le photon. L effet de production de paire est un cas particulier négligeable dans le domaine médical. Il correspond à la conversion de l énergie en matière (E=mc²), ici la création d un électron et d un positon. Il faut que E>1022 kev. L effet Compton est le plus prépondérant dans le milieu médical.

Pénétration dans la matière Transfert d énergie linéique Libre parcours moyen α : β : photon : proton :

En résumé : Quelque soit le rayonnement, l interaction dépend de l énergie cédée à l électron du cortège Si l énergie est insuffisante, désexcitation par émission d un photon X / UV / visible. Si l énergie est suffisante, ionisation de l atome. D où la définition du rayonnement ionisant. Pour l eau >13,6 ev.

A3. Comparaison des activités et expositions naturelles et artificielles Irradiation naturelle (2,4 msv/an) Irradiation artificielle (1,3 msv/an) cosmique 11 % 0,5 % rejets atmosphériques radon 37 % 0,5 % tube cathodique tellurique alimentation 13 % 7 % 31 % imagerie médicale

A4. Exposition : grandeurs et unités

énergie transmise Grandeurs dosimétriques source activité A t becquerel ( Bq ) ou ma s -1 air fluence Φ particules / m 2 tissu (ou organe) T effet biologique (organe) organisme effet biologique (individu) dose absorbée D T dose équivalente H T dose efficace E D T = de /dm H T = D T w R E = Σ (H T w T ) E = Σ (D T w R w T ) w R : facteur de pondération radiologique, tient compte de la nature du rayonnement w T : facteur de pondération tissulaire, tient compte de la radiosensibilité propre de chaque tissu ou organe J. kg -1 gray ( Gy ) J. kg -1 sievert ( Sv ) Grandeurs mesurables. Grandeurs rationnelles. Grandeurs réglementaires.

Facteur de pondération pour les rayonnements A dose absorbée égale, la probabilité d apparition d effets aléatoires varie : selon la distribution des ionisations dans le tissu, Donc de la nature et de l énergie du rayonnement, par exemple son transfert linéique d énergie (TLE). Pour intégrer ce paramètre, on va pondérer la dose absorbée par un facteur lié à la nature du rayonnement aussi bien pour un champ de rayonnement externe que pour un radionucléide incorporé. C est le facteur de pondération pour les rayonnements, w R.

Facteur de pondération selon le rayonnement CIPR 60 Type et domaine d énergie Photons, toutes énergies 1 Électrons, toutes énergies 1 Neutrons, énergie < 10 kev 5 10 kev à 100 kev 10 > 100 kev à 2 MeV 20 2 MeV à 20 MeV 10 > 20 MeV 5 Protons, énergie > 2 MeV 5 Alpha, toutes énergies 20 w R

Facteur de pondération tissulaire Σ = 1 0,01 Peau 0,01 Cerveau 0,01 Glandes salivaires 0,01 Surfaces osseuses 0,04 Thyroïde 0,12 Poumon 0,12 Seins 0,04 Oesophage 0,12 Estomac 0,04 Foie 0,12 Côlon 0,04 Vessie 0,08 Gonades 0,12 Moelle osseuse rouge 0,12 moy tissu restant (muscle, cœur, rein, surrénales, vés. biliaire, pancréas, grêle, thymus, rate, utérus/prostate muq buccale, gg lymph.)

Facteur de pondération tissulaire A nombre d ionisations égal, avec le même rayonnement, les tissus n ont pas la même radiosensibilité. On a donc besoin d une nouvelle grandeur, dérivée de la dose équivalente, pour quantifier les effets stochastiques à l échelle de l individu, ensemble de tissus différents. Le facteur par lequel la dose équivalente est pondérée est appelé : facteur de pondération pour les tissus, w T. Ce facteur représente la contribution d un tissu au détriment total encouru par l individu. Cette contribution est la probabilité relative des effets pour chaque tissu, si tout le corps est exposé de manière homogène.

Dose efficace Dose fictive, qui serait administrée de manière homogène au corps entier. Elle mesure la probabilité d effets stochastiques, (les effets déterministes sont mesurés en Gy) Une dose efficace correspond toujours à une estimation corps-entier : des doses efficaces égales indique la même probabilité d effets stochastiques. Exemple : le facteur de pondération tissulaire des poumons est estimé à 0,12. Une exposition uniquement des poumons de 100 msv équivaut à la même probabilité d apparition de détriments qu une exposition du corps entier de : 12 msv (= 100 x 0,12)

Il y a dose et dose. Exemple. Activité : Fluence au côlon : Dose absorbée à l abdomen : Dose équivalente à l abdomen Contribution de l abdomen à la dose efficace: Dose efficace : 9 6 / surface 5 (au +) 5 * 1 = 5 5 * 0,12 = 0,6 5 * 0,12 + 1 * 0,05 = 0, 65 unités arbitraires

Les unités en résumé : Le terme de dose peut exprimer 3 concepts : l énergie déposée dans le milieu (dose absorbée), la façon dont le tissu est irradié (dose équivalente), le risque à long terme pour l individu (dose efficace). On ne sait mesurer que la dose absorbée. Les doses en sievert (= équivalente ou efficace) sont estimées en choisissant des facteurs de pondération grossiers et en faisant des calculs. Les limitations réglementaires de l exposition sont données en terme de dose efficace. Les expositions du patient à l issue d un examen est donnée en dose absorbée.

Facteur de conversion PDL -> dose efficace Dose efficace/pdl msv/(mgy.cm) <1an 1 an 5 ans 10 ans adulte Tête 0.011 0.0067 0.004 0.0032 0.0021 Tête+Cou 0.013 0.0085 0.0057 0.0042 0.0031 Cou 0.041 0.029 0.026 0.012 0.012 Thorax 0.094 0.062 0.043 0.029 0.014 Abdo & Pelvis 0.118 0.072 0.048 0.032 0.015 Tronc 0.106 0.067 0.046 0.032 0.015 Jambes 0.008 Unité de Radiophysique N Hidajat et Radioprotection et al, Berlin, BJR vol 72

Du mgy vers le msv Valeurs des NRD en TDM adulte Type d examen CTDIvol (mgy) PDL (mgy.cm) Dose efficace E (msv) Tête 58 18 1050 3 cm 25 Thorax 20 500 7 cm Abdo 25 650 10 25 cm Pelvis 25 cm 450 7 18

CONCLUSION La radioprotection utilise de nombreux termes très précis. Pour les mesures et les calculs, elle repose beaucoup sur la physique des rayonnements. Les modèles de rayonnement, les unités utilisées ne sont donc que des outils, manipulés avec plus ou moins de bonheur. Ils ne doivent pas escamoter le bon sens et la connaissance du terrain, mais venir en complément. balduyck.s@chu-toulouse.fr