Collection Les dossiers de l enseignement supérieur 2009-2010 Les écoles de commerce dévoilées Guide pratique à l usage de ceux qui visent les meilleures écoles après les classes préparatoires : les statistiques des concours, les astuces à connaître et la stratégie gagnante pour réussir les entretiens. Sommaire du dossier P. Le décryptage... 2 - La mauvaise image des écoles de commerce La stratégie gagnante du candidat à l oral... 8 - La bonne attitude lors d un entretien - Répondre aux dix questions les plus horribles L Histoire... 13 - Les écoles de commerce : histoire d un modèle - La naissance douloureuse de HEC et de l ESCP Points de vue... 17 - Le candidat idéal vu par les dirigeants de Audencia, HEC, Essec, GEM, Escem, Rouen BS - Entretien : Pascal Morand, directeur de l ESCP - Entretien : Thierry Grange, directeur de GEM - Entretien : Alain Ged, directeur de l IAE d Aix Analyse... 25 - Un candidat doit-il se fier aux infos sur internet? - Les écoles se lancent dans la recherche - Les trucs des écoles pour attirer les étudiants - Les plans stratégiques des écoles de commerce À l international... 32 - Les mini-campus des écoles à l étranger Databank... 34 - La sélectivité école par école - Vos chances de réussite à l écrit et à l oral Ce dossier dévoile la face cachée des business schools françaises. Ces écoles qui n étaient pas toujours très bien considérées jusque dans les années 70 et qui ont, depuis, évolué à grande vitesse tant au niveau des moyens pédagogiques et matériels mis en oeuvre, que de leur déploiement international et des débouchés offerts. Elles sont aujourd hui fortement sélectives. Malgré la crise, elles restents engagées dans une course à la croissance de leurs effectifs. Elles cherchent aussi à diversifier le profil de leurs recrues à l international, mais aussi en France, avec des profils littéraires. Savoir décrypter l évolution de leur identité et de leur stratégie est indispensable pour qui espère entrer dans les plus prisées. Une enquête inédite auprès des directeurs et responsables des admissions des plus grandes écoles. Et en exclusivité : les statistiques des concours des 30 plus grandes écoles de commerce. Editions de L Observatoire : la référence de l enseignement supérieur
Les écoles de commerce dévoilées Editions de L Observatoire Directeur de l ouvrage : Pierre Pillet Responsable d édition : David Allais
Le décryptage La mauvaise image des écoles de commerce Boîtes à fric, étudiants «épiciers», temples du libéralisme pour fils à papa L image des écoles de commerce souffre de la caricature. Le seul intitulé «commerce» induit en erreur, alors que seules un petit nombre forment des vendeurs. Au gré des époques, elles ont d ailleurs choisi de se renommer écoles d administration des entreprises, écoles de gestion ou désormais écoles de management, quand elles ne s américanisent pas en business schools. Mais quel que soit le terme employé et les efforts faits, leur image reste floue et plutôt défavorable dans l opinion. Qu enseigne-t-on dans les grandes écoles de commerce? Uniquement la comptabilité et la vente? Un peu de marketing peut-être Vous n y êtes pas : on y reçoit une formation en finance et marketing certes, mais aussi en langues et sciences humaines, on y valorise l expérience associative comme nulle part ailleurs, et de plus en plus la recherche. «Il y a 30 ou 35 ans, dans les écoles de province notamment, il y avait peu de professeurs et peu d étudiants. Les écoles de commerce, ce n était pas grandchose», relate Thierry Grange, le directeur de Grenoble Ecole de Management. «Elles ont fait un formidable bond en avant, se sont structurées pour un enseignement de qualité, les programmes ont été améliorés dans leur pédagogie, elles ont développé leurs activités internationales, ont investi dans les professeurs et des locaux spacieux, dans le e-learning», constate-t-il. Aujourd hui, les écoles de commerce ont gagné une reconnaissance des entreprises les plus prestigieuses, qui se battent pour recruter leurs diplômés à un très haut niveau. Mais qu en est-il de leur image auprès des lycéens, des enseignants du secondaire et de l université, des syndicats étudiants? Ont-ils pris conscience des changements opérés par les plus grandes écoles? Réticence vis-à-vis de l économie de marché «La plupart du temps, les étudiants ont une image assez caricaturale des écoles de commerce, où l on ferait uniquement du business. Mais leur image reste de façon générale favorable, car les étudiants estiment qu elles forment mieux que l université», d après une conseillère du centre d information et d orientation (CIO) de la Sorbonne. Pour Sylvain David, le président de l Apses, l association des professeurs de sciences économiques et sociales du secondaire, c est en Terminale que les élèves, aux idées bien arrêtées sur la sélection et les débouchés de «cadre commercial», découvrent véritablement les écoles de commerce, quand le prof fait venir des anciens élèves dans la classe. Mais les lycéens qui viseraient les plus grandes redoutent d avoir à se confronter à la prépa «du fait du niveau de travail exigé», une inquiétude qui est curieusement 2 peu partagée par les élèves de milieux aisés, rapporte-t-il. Des élèves mieux informés par leurs parents? Cette image de formation chère, réservée à ceux qui veulent devenir des cadres aux dents longues nuit à l attractivité des établissements. Pour Pascal Morand, le directeur de l ESCP, le problème est typiquement français car «il y a dans ce pays une réticence par rapport à l économie de marché, idée à laquelle nous sommes assimilés». Pour pouvoir attirer les meilleurs candidats de tous horizons, il souhaite «montrer ce que sont vraiment les choses : dire aux étudiants que nous menons à une pluralité de métiers, de la finance à l humanitaire, en passant par les agences de design». Quant au prix de la formation, Thierry Grange de Grenoble Ecole de Management en convient, il est «élevé» (entre 22.000 et 24.000 euros pour trois années de formation en moyenne et jusqu à 34.000 euros pour faire HEC à Paris), mais «si nous faisons payer ce prix-là, c est parce que nous ne sommes pas subventionnés par l Education nationale», tient-il à préciser. Il fait en outre valoir
Le décryptage que l école qu il dirige, l une des plus cotées, met en œuvre «une série de solutions d exonération, de bourses, de prêts d honneur» pour que «jamais le financement ne soit un problème» pour les étudiants. Toutefois, cette question du financement se pose bien avant l école de commerce : «nos adhérents profs de prépa voudraient davantage de soutien public et la création d écoles de commerce publiques», selon Jean-Hervé Cohen, le responsable des CPGE au Syndicat national de l enseignement supérieur (SNES-FSU). Car s il «existe des bourses dans ces écoles, elles arrivent trop tard. Et les classes moyennes ne les touchent pas». Il raconte : «J ai été prof en lycée en Seine-Saint- Denis et une classe prépa éco et commerciale y avait été ouverte. Elle a duré trois ans et a dû fermer faute d élèves. Ils n obtenaient pas de garanties sur le financement de leurs études». De l avis de tous, il convient de distinguer entre les plus grandes écoles et «les officines qui abusent les étudiants, en proposant des formations de mauvaise qualité, sans lien avec la recherche», comme les qualifie Thierry Lecras, du bureau national de l Unef. «Il y a école de commerce et école de commerce», renchérit Thierry Pénard, professeur d économie à l université Rennes I : «les grandes écoles (HEC, Essec, ESCP et 2-3 en province, d après lui) ont de bons étudiants et des enseignants chercheurs de haut niveau. Les autres sont fréquentées par des étudiants pas trop mauvais, mais elles ne font pas de recherche». Il est vrai que la dénomination «école de commerce» est commune à 220 établissements en France, dont seulement 45 délivrent des diplômes avec le grade officiel de master et 37 appartiennent à la Conférence des grandes écoles. Le terme n est pas protégé (contrairement à celui d «université» ou d «école d ingénieurs»), si bien que «tout le monde peut créer une école de commerce dans sa rue», résume le directeur de Grenoble Ecole de Management. Au CIO de la Sorbonne, on met d ailleurs en garde les étudiants contre «les débouchés de certaines écoles spécialisées, qui sont limités». Selon Jean-Hervé Cohen du SNES-FSU, «les profs de prépas commerciales ont plutôt une bonne image des écoles de commerce, et leur but est que les étudiants les intègrent, quand elles sont reconnues par l Etat, qu elles travaillent avec les chambres de commerce, qu elles sont membres de la Conférence des grandes écoles». En somme, quand «il y a des garanties sur leurs formations». D ailleurs Sylvain David, le professeur de sciences économiques, n informe-t-il pas «un élève qui a 17 de moyenne» sur les prépas et les écoles de commerce, «une voie d excellence», selon lui? «J ai l impression que les élèves y sont mieux accompagnés, mieux suivis qu à l université». Thierry Pénard conclut: «les étudiants peuvent trouver à l université des filières professionnalisées, des masters qui coûtent beaucoup moins cher que les écoles de commerce, ainsi que des débouchés intéressants» mais, estime-t-il «les étudiants en écoles de commerce ne sont pas dupes : ils recherchent un label par le diplôme, des réseaux et un cadre d études agréable». Ce qui n est pas la moindre des choses. Des Sup de Co aux Business Schools Tout est parti d un constat dans les années 90 : Sup de Co ou ESC étaient des termes incompréhensibles en anglais («Sup de Co» sonne comme «Soupe de Cow»). Les écoles se sont donc progressivement rebaptisées école de management ou EM, sur le modèle de l EM Lyon (ex-esc Lyon) pionnière en la matière. L ESC Grenoble est ainsi devenue Grenoble EM, l ESC Bordeaux, Bordeaux EM et l IECS Strasbourg, EM Strasbourg. De son côté, l ESC Reims a préféré Reims Management School tandis que l ESC Rouen a choisi Rouen Business School. L idée pour ces écoles : bâtir un nouveau sigle avec les termes «management» ou «business», dans l espoir que cela les aide à se bâtir une notoriété mondiale. Plus originale, l ESC Nantes a choisi en 2000 de se faire appeler Audencia. Dans le même esprit, l ESC Marseille a choisi Euromed Marseille: un choix moins judicieux puisqu il existe un nombre impressionnant d «Euromed» dans tous les domaines (à peu près tous les projets culturels d alliance entre les pays des deux rives de la Méditerranée). 3
Ce qu il se dit Le lycée et la classe préparatoire Tous les lycées délivrent le même diplôme : le Bac. Et pourtant certains sont plus réputés que d autres. De même, toutes les classes préparatoires mènent aux mêmes concours, mais Louis-le-Grand, Henri IV ou encore le lycée Fermat à Toulouse inspirent une confiance spontanée aux membres des jurys. Entre deux candidats de niveau égal, celui qui proviendra d une prépa ou d une université réputée partira avec une longueur d avance. Ne le répétez pas, c est politiquement incorrect. On ne vous le dira jamais : De l importance des détails dans le dossier Profession du père, profession de la mère, adresse permanente autant de questions qui peuvent vous paraître totalement anodines quand vous remplissez votre dossier d inscription. Et pourtant, la réponse à ces questions peut influencer d une manière ou d une autre le jury. Si vos parents font partie des classes moyennes aisées, préférez les titres ronflants que les sociétés attribuent à leurs cadres. Par exemple, si votre père est commercial, ne mettez pas vendeur, inscrivez : «Directeur grands comptes» ou «Responsable des ventes internationales». Si votre mère tient une boulangerie, préférez «chef d entreprise» à «boulangère». Il ne s agit pas de mentir mais de présenter les choses au mieux. Si à l inverse vous êtes boursier, habitez un quartier peu réputé, n hésitez pas à le revendiquer ouvertement. Toutes les écoles de commerce cherchent à recruter des profils différents pour faire preuve d ouverture sociale. C est une tendance assez récente, mais que l on devine pérenne. Les écoles les plus réputées recrutent aussi en dehors des classes préparatoires Le concours d admission directe de HEC et ESCP est ouvert aux titulaires d une licence (ou équivalent). Au menu : synthèse de dossier, épreuve de langue puis option au choix : mathématiques, droit, économie, lettres et sciences de la vie + oraux : entretien de motivation et épreuves de langue. De son côté, l Essec recrute «sur titre» à partir du niveau master : dossier scolaire + tests psychotechniques + entretien de motivation. Enfin, l EM Lyon recrute «sur titre» à partir du niveau licence : dossier scolaire + dissertation de culture générale + tests psychotechniques TAGE MAGE + entretien + épreuve orale d anglais. Les admis sont majoritairement diplômés des Instituts d Etudes Politiques, mais aussi de droit, de Dauphine ou d écoles d ingénieurs de bon niveau. Environ 12% des candidats sont admis au concours commun HEC- ESCP (ils ont alors le choix entre les deux établissements). Les taux d admission à HEC fluctuent ainsi entre 6 et 7% (selon que certains admis aux 2 écoles choisissent ou non l ESCP). Le niveau de sélectivité est donc plus élevé qu au sortir des classes préparatoires (environ 9% d admis à HEC et 18% à l ESCP). Rouen est devenue une «Business School» car «Ecole de Management» était déjà pris Le 5 juin 2009 l ESC Rouen est devenue Rouen Business School. Pour l établissement qui a, un temps, pensé à se renommer «Manageum», il est finalement apparu important de conserver le nom de Rouen dans la marque «pour capitaliser sur l ancrage territorial». Le nouveau logo, qui représente des voiles, symbolise cet attachement à la Normandie, mais témoigne également de la volonté de l école d être un acteur qui compte au-delà de nos frontières. L idéal pour l établissement aurait peut-être été de se renommer EM (pour Ecole de Management) Normandie, mais la marque avait déjà été déposée par les écoles de commerce du Havre et de Caen. 4
Ce qu il se dit Il y a 220 écoles de commerce en France, dont 120 reconnues par l Etat et 45 seulement qui sont autorisées à délivrer un diplôme conférant le grade de master (Bac+5). Parmi ces 45, 37 appartiennent à la Conférence des grandes écoles. Et parmi ces 37, 3 écoles parisiennes font la course en tête. On y retrouve la plus ancienne d entre elles, l ESCP, la plus cotée, HEC, et la plus iconoclaste, l Essec. International et ambitions Tous les directeurs d écoles vous le jureront la main sur le cœur : ils n ont pas d a priori sur le profil des candidats qu ils souhaitent recruter. Et pourtant : si vous ne faites pas preuve d appétit pour une carrière internationale ou si vous avez des ambitions professionnelles trop modestes, vous partez avec un handicap. C est quoi une «grande école de commerce»? L agence publique CampusFrance a été mise en place par le ministère des Affaires étrangères, en lien avec le ministère de l Education nationale, afin «de renforcer l attractivité de la France dans le domaine de l enseignement supérieur». Elle a entrepris de lister les caractéristiques partagées par les grandes écoles de commerce françaises : une sélectivité élevée (admission sur concours, plus rarement sur titres) une petite taille, un taux d encadrement élevé, une forte identité une admission à bac + 2 minimum pour la plupart, ce qui en fait pour l essentiel de leurs programmes des «graduate schools» un projet de formation de diplômés opérationnels en entreprise, mais possédant un potentiel d évolution vers des fonctions de managers et d entrepreneurs une priorité donnée au management général et stratégique (les fondamentaux) complété par des spécialisations une grande proximité avec les entreprises, dans la pédagogie, à travers les stages obligatoires en entreprises et dans le placement des diplômés une activité associative intense, avec une implication massive des étudiants dans la vie et l animation de leur école un lien actif avec les anciens diplômés à travers les associations d anciens la recherche de conformité avec les critères les plus exigeants, notamment à travers l adhésion à la Conférence des grandes écoles et les accréditations internationales : AACSB, Equis et AMBA une légitimité académique dans le champ du management (recherche, colloques internationaux, programmes doctoraux) une grande ouverture internationale, avec l obligation quasi systématique d effectuer une partie du parcours hors de son pays d origine, et une présence des diplômés dans le monde entier un placement des diplômés qui se situe dans le haut des débuts de carrière des jeunes diplômés, en termes de salaire et de postes. La crise menace «Les perspectives d embauche des jeunes diplômés vont beaucoup dépendre des entreprises qu ils vont démarcher. Certaines (cabinets de conseil en stratégie, banques d investissement...), qui avaient autrefois le vent en poupe ne recrutent plus, alors que d autres, qui avaient du mal à recruter, vont voir affluer les candidatures. Aujourd hui par exemple, le rythme d embauche n a pas faibli dans les cabinets d audit. Il ne faut pas oublier non plus que nos jeunes diplômés n ont pas tous le même profil. Alors, bien sûr, avec 2500 traders sur le carreau à Londres, ceux qui ont fait de la finance de marché vont avoir du mal. Dans la finance d entreprise, en revanche, les embauches devraient continuer: dans les circonstances actuelles, les entreprises auront besoin de spécialistes pour négocier avec les banques». (Thierry Grange, directeur de Grenoble Ecole de Management) 5
Ce qu il se dit Les HEC matheux peuvent faire l ENSAE en parallèle HEC et l École nationale de la statistique et de l administration économique (ENSAE) ont mis en place depuis la rentrée 2007 un parcours commun, à l issue duquel les étudiants obtiennent le diplôme de chacune des deux écoles. Les HEC sont sélectionnés dès leur admission dans l école de Jouy-en-Josas parmi ceux qui ont eu une formation en mathématiques plus poussée (préparation économique et commerciale option scientifique ou classe préparatoire B/L). La première année du programme correspond à celle de l ENSAE, y compris le stage de découverte du milieu professionnel. Pendant la deuxième année du parcours, les élèves partagent leur temps entre l ENSAE et HEC. Enfin, la dernière année se déroule à HEC. Le double diplôme HEC-Sciences Po Lancé à la rentrée 2008, ce programme de double diplôme va certainement devenir l un des plus recherchés de France. Au menu : deux années d études, une année de césure et un mémoire de recherche pour une «approche complémentaire du monde contemporain». Au final : deux diplômes de niveau BAC+5 en six ans pour les 30 étudiants de niveau Bac+3 qui sont sélectionnés chaque année au sein de chaque établissement Qui a eu l initiative de cet accord? Les premières étapes de ce rapprochement sont le fait d Hervé Crès, ancien directeur délégué de HEC (devenu directeur adjoint de Sciences Po depuis), et de Laurent Bigorgne, l ancien directeur des études de l IEP de Paris. Après avoir initialement envisagé une coopération dans le champ de la formation continue, ils ont finalement décidé de concrétiser leur projet au niveau de la formation initiale. Selon Hervé Crès, «ce type de projet était en gestation à HEC depuis quelques années. Sciences Po s est rapidement imposé comme le meilleur partenaire.» Quel est l objectif de ce double diplôme? L idée est de former les étudiants au management public aussi bien qu au management privé, expliquent ses promoteurs. Et accessoirement de faire gagner du temps à des étudiants qui cumulaient souvent HEC puis Sciences Po ou l inverse. Plus largement, l alliance de ces deux établissements prestigieux va leur permettre d asseoir un peu plus leur suprématie. Et aussi d attirer davantage d étudiants étrangers de qualité. Comment ce programme sera-t-il organisé? La première année d études se déroulera intégralement à HEC, un tiers des cours étant assuré par les professeurs de Sciences Po. Après une année de césure, les étudiants suivront ensuite leur dernière année à l IEP où un tiers des cours sera prodigué par des enseignants de HEC. HEC MIT, le double diplôme à 40.000 euros l année En décembre 2008, HEC a officialisé en grande pompe la signature d un «double diplôme» avec la MIT Sloan School of Management de Boston. Ce «double diplôme» sera ouvert aux étudiants du MBA ou de la grande école de HEC, a fait savoir l établissement. Dans les faits, les étudiants de HEC pourront, après une sélection interne à HEC puis propre au MIT, réaliser à partir de 2009 une année d étude complémentaire au MIT et décrocher un Master of science in management studies (MSMS), un diplôme créé pour l occasion. Dans le communiqué diffusé par HEC, il n est pas fait mention des 40.000 euros de frais de scolarité que les étudiants français devront débourser pour avoir le droit d étudier au MIT. Cet accord semble moins avantageux pour HEC que pour le MIT. L école de Jouy-en-Josas semble miser avant tout sur l image de ce nouveau partenariat avec le MIT pour sa communication. 6
Ce qu il se dit sur internet Le choix d une école de commerce, fonction de la notoriété Les sondages par internet sont loin d être scientifiquement fiables...il n empêche. D après 1050 votes sur le forum prepa-hec.org, le principal critère de sélection d une école de commerce pour un étudiant est sa notoriété, qui peut se mesurer dans les classements (47% des voix). Vient ensuite le contenu de la formation (durée, stages, international) avec 27% des suffrages, suivi des labels et accréditations de l établissement (10%), désormais monnaie courante. Dans un mouchoir de poche, comptent aussi le montant des frais de scolarité (6%), la situation géographique de l école (5%) ainsi que son statut et ses infrastructures (1%). Piégés en écoles de commerce «Les grandes écoles de commerce communiquent sur tout sauf le contenu de leurs études. L aspirant aux classes préparatoires n a ainsi aucune idée du contenu de ses études ultérieures. Il sait seulement qu à leur issue il touchera un bon salaire, qu il sera peut-être employé avant même d être diplômé, qu il portera un costume, qu il boira beaucoup d alcool (que personne ne s offusque de ce constat - ceux qui ont fréquenté les écoles de commerce savent de quoi nous parlons) et qu il voyagera». (Lu sur le forum Observatoire Boivigny / forum.boivigny.com) «Au cours de leurs études, des élèves prennent conscience du gap qui existe entre le programme de prépa et le programme d école ( ) Il y a finalement un nombre considérable d élèves qui, un an avant d entrer dans le fameux monde professionnel, n ont aucune idée du métier qu ils vont faire. Ils se retrouvent piégés dans la prison dorée des écoles de commerce. Tout cela n est-il pas malsain?» (Lu sur le forum Observatoire Boivigny / forum.boivigny.com) Duels d écoles à la loupe «En 2009, sur 300 candidats admis à la fois à HEC et à l Essec, 294 ont choisi d intégrer HEC, 5 l Essec, 1 a démissionné. En 2008, les trois quarts des admis à HEC étaient également admis à l Essec, et 89% à l ESCP. En 2008, 320 admissibles à l EM Lyon ne se sont pas présentés à l oral, et 60% des admissibles présents ont été admis. Selon les années, 30 à 50 candidats admis à l ESC Grenoble se désistent pour l ESC Rouen». (Lu sur le site bloom6.free.fr/) Un entretien à l Edhec Nice «J ai passé l entretien tôt le matin ce qui a eu le don de me décourager pour le reste de la journée! L entretien avait un très fort coefficient. Mon jury était composé de deux professionnels de la Banque Populaire Côte d Azur et d un prof de l école. À l Edhec, l entretien s appuie sur un questionnaire un peu tordu notamment en raison de la fameuse question 9 : quel évènement auriez-vous aimé vivre? Les réponses étant toujours un peu les mêmes (la chute du mur de Berlin, les premiers pas sur la lune ), j ai essayé de me démarquer et après une longue réflexion, j ai écrit : L invention de l eau chaude. Je n aurais pas dû en fait. Car d une part, cela m a valu quelques moqueries de la part du staff «admissibles» (j avoue, c était justifié) et d autre part, mon jury m a clairement dit, après m avoir demandé si c était de la provocation, que j aurais mieux fait d écrire autre chose. Tant pis. Globalement, c est un entretien que je n ai pas pas très bien senti» (Lu sur le site prepa-hec.org) 7
Stratégie du candidat La bonne attitude lors d un entretien de motivation Pour réussir un entretien de personnalité et de motivation, il faut avant tout adopter une ligne de conduite cohérente qui résistera à 45 minutes de questions par école. Un entraînement est indispensable, même s il vous faudra feindre la spontanéité. À votre actif : deux ans de prépa, une licence ou un master à l université, quelques mois de stage ou un premier emploi. Face à vous : un jury de professeurs, d anciens élèves et de professionnels du recrutement chargés de vous pousser dans vos retranchements pour cerner votre vraie personnalité. Le cadre : une salle de cours dans l école que vous visez. Vous faites face au jury. Il va vous cuisiner pendant 20 à 60 minutes. La situation est déstabilisante : parler de soi n est pas quelque chose que l on fait naturellement. D autant que vous n êtes pas sur le divan d un psy, il vous faut vous vendre. Il y a de fortes chances pour que le jury essaye de vous déstabiliser pour voir si vous tenez la route, avec des questions tordues («pourquoi vous et pas un autre?»), des requêtes gênantes («faites-nous une blague!») ou encore des remarques blessantes («est-ce que cela vous arrive d être dynamique?»). Ce sont les mêmes questions que les professionnels des RH n hésiteront pas à vous poser, sous une autre forme, lorsque vous postulerez pour votre premier ou deuxième job. Autant vous y préparer. La méthode est simple, il ne s agit pas d apprendre des réponses par cœur, mais d adopter une rhétorique qui peut s adapter à toutes les situations. Les candidats les plus à l aise en entretien sont d ailleurs ceux qui n ont pas préparé, mais qui, de par leur personnalité, répondent très naturellement aux questions qui leur sont posées. Ces candidats sont minoritaires. Si vous n en faites pas partie, mieux vaut vous entraîner en amont à adopter la bonne «Interview attitude». Le jury se lasse rapidement La première chose à comprendre, c est le contexte. Imaginez que vous soyez enseignant, ancien élève ou cadre en entreprise et que l on vous ait proposé d être membre d un jury d admission. Vous avez dit oui, non pas pour ce que cela va vous rapporter (rien a priori), mais parce que vous trouvez l exercice intéressant et que vous êtes attaché à votre ancienne école. Et puis, cela vous fait plaisir de vous retrouver en situation d entretien, mais du bon côté de la barrière cette fois. Pourtant, une fois les 5 premiers candidats reçus, vous vous rendez compte à quel point cela peut être fatigant et pénible d écouter attentivement quelqu un raconter sa vie pendant une demi-heure. Tous les candidats se ressemblent, ont des réponses stéréotypées 8 apprises dans les mêmes classes préparatoires, et n ont pas une grande expérience de la vie. Vous devez en recevoir 20 comme ça aujourd hui. Vous décrochez rapidement après les premières phrases. Vous entendez le début de la réponse à votre question, vous parvenez encore à vous concentrer sur les gestes, le visage du candidat, son costume, son apparence, mais n écoutez plus grand-chose de ce qu il a à dire. Au bout du compte, vous notez avant tout une impression : c est-à-dire les deux premières phrases du candidat, sa conclusion, et l impression qui s en dégage : a-t-il l air sûr de lui? Vif? S exprime-t-il avec aisance et en bon français? Heureusement, vous avez un truc pour pimenter l entretien : les questions pièges. Vous ne vous lassez pas de poser ces questions troublantes et cela vous amuse toujours d écouter la réponse. Le candidat va-t-il s en sortir? Cette fois vous l écoutez attentivement Le développement durable ou le marketing du luxe Du côté du candidat, la pression monte. Il n est pas question de botter en touche mais vous n avez aucune idée de ce
Stratégie du candidat que le jury veut entendre. Dans la prépa, on vous a appris à vous présenter en trois minutes, à disserter sur l économie mondiale, à expliquer votre passion pour le marketing ou la finance. On vous a même fourni clé en main trois qualités (honnêteté, rigueur, curiosité), trois défauts (trop perfectionniste, un peu timide parfois et impatient) et un projet professionnel à la mode (travailler dans le développement durable / dans le marketing du luxe) à faire valoir. Par contre, même la meilleure des prépas ne peut anticiper toutes les questions d un jury. Rappelez-vous : le jury note l impression que vous dégagez, pas nécessairement la justesse de vos réponses. Ce n est pas l oral de l ENA, c est un entretien de motivation et de personnalité. La seule chose que vous ayez à connaître, c est vous. Il faut donc s entraîner à parler de soi : prenez une demi-journée pour structurer votre discours et affiner votre présentation. Puis, demandez à votre famille et à vos amis de jouer successivement le rôle de membre du jury, puis de candidat. Plus vous serez entraîné, meilleur vous serez. Il vous faut vous bâtir une ligne de conduite simple. Et la plus simple en la matière, c est de choisir la franchise et de l assumer. Inutile de s inventer une vie, une personnalité et des ambitions. Soyez sincère, et l image que vous donnerez de vous sera bien meilleure. Cette sincérité doit quand même s accompagner d une posture opportune : sourire (et costume propre et bien mis), politesse (attendez que le jury vous propose de vous asseoir pour le faire, remerciez les de vous avoir reçu à la fin de l entretien), dynamisme (vous ne parlez pas dans votre barbe, vous n hésitez pas à rebondir sur un sujet pour en aborder un autre, vous posez des questions au jury) et bonne gestion des silences (vous réfléchissez avant de parler, mais bannissez les «ummmmm» et les «eeeeuuuhhh»). Les dix questions les plus horribles en entretien Tout entretien de personnalité comprend au minimum une question piège, qui peut vous faire déraper. Pour ne jamais être pris en défaut, il vous faut tout à la fois comprendre ce que recherche le jury, être préparé à ce type de question et conserver votre sang froid. Dans les entretiens de personnalité ou de motivation, il y a les questions classiques («parlez-nous de votre parcours scolaire», «qu avez-vous appris au cours de ce séjour au Canada?», «quelles sont vos lectures favorites?», «quel est votre niveau en anglais?» ) et les questions pièges. Les premières sont destinées à mesurer votre aptitude au leadership (capacité à analyser une situation et à prendre des décisions, sens de l écoute et goût du travail en équipe), votre ouverture internationale (capacité à travailler avec d autres cultures, à comprendre l environnement économique et social), votre capacité d action (pragmatisme, organisation) et vos motivations (maturité du projet professionnel, aptitude à prendre des responsabilités). Il vous faudra donc faire comprendre au jury que : vous êtes capable de mener une équipe 9 vous savez écouter ce que l on vous dit vous n hésiteriez pas à partir travailler à l étranger vous êtes curieux des autres et des innovations vous avez le sens des réalités et des responsabilités vous avez réfléchi sérieusement à votre avenir professionnel Les questions pièges sont avant tout destinées à vérifier que vous ne répétez pas un discours pré-
Stratégie du candidat paré à l avance, que vous avez le sens de la repartie, que vous êtes quelqu un d équilibré. Elles sont en principe conçues pour mesurer votre habileté à communiquer (qualité de l expression, aptitude à convaincre, logique du raisonnement). Ces questions sont par nature surprenantes. En voici quelques exemples : savezvous dire «non»? Avez-vous de l ambition professionnelle? Pourquoi vous et pas un autre? Comment les autres vous perçoivent-ils? Savez-vous être autoritaire? Que pouvez-vous apporter à notre école? Pensez-vous que vous avez le potentiel d un top manager? Avez-vous une question à nous poser? Quelle est la taille de la tour Eiffel en centimètres? Léonard de Vinci était-il marié? Surprenez-nous! Pour y répondre : restez sûr de vous, ne montrez aucun agacement, agressivité ou lassitude. Il n y a pas de raison de paniquer, le jury n a pas plus de bonnes réponses que vous. Ce n est pas un grand oral de culture générale, il vous faut simplement répondre avec bon sens. Sur le modèle de ces dix réponses que nous vous proposons en exemple : Question : Comment vous voyez-vous dans 10 ans? Réponse : Je sais ce que je veux faire l an prochain : étudier dans votre école. Je sais qu à l issue de cette formation, la plupart des diplômés vont travailler en fi- nance, en audit-conseil, en marketing ou en ressources humaines. Je m intéresse pour ma part au marketing. Mais je ne veux pas préjuger aujourd hui de la spécialisation que je choisirai en dernière année. Je compte bien me faire une idée plus précise de ma vocation professionnelle au cours de mes trois années d études sur le campus. Il y a, si j ai bien compris, de multiples occasions pour échanger avec des professionnels de tous les secteurs, ainsi que de nombreux stages prévus au cours de la scolarité. Donc, pour répondre à votre question, je dirais que dans 10 ans, j espère bien être parvenu à atteindre un poste de manager avec des responsabilités et une équipe à encadrer dans le domaine professionnel que j aurai choisi d ici la fin de mes études. Explication : Rares sont les candidats à avoir une idée de ce qu ils feront 10 ans après. Autant ne pas inventer. Par contre, vous devez rassurer le jury en lui démontrant que vous savez quels types de métiers on exerce à l issue d une école de commerce. Q : Et si vous êtes pris à Harvard, vous venez quand même chez nous? R : Je vais être très franc avec vous. Il y a une hiérarchie des classements qui est connue de tous. Votre école fait partie des meilleures et c est pour ça que 10 je me présente devant vous aujourd hui. Je me présente aussi à d autres écoles d un niveau similaire. Quand je saurai dans quelles écoles je suis accepté, je me déciderai en fonction des classements et de mon impression personnelle. E : Il faut éviter de vexer le jury tout en répondant honnêtement à cette question. Q : Faites-nous une blague R : Ecoutez, j adore raconter des blagues en tout genre, notamment quand je suis dans une soirée avec des amis. Mais le contexte d un entretien s y prête un peu moins bien. J aurais peur qu elle tombe à plat. Je préférerais vous parler de mes projets professionnels, de mes résultats scolaires ou des cours que j aimerais suivre dans votre école. E : À moins que vous ne soyez le roi de la blague, autant vous sortir tout de suite de ce traquenard en suggérant au jury d autres pistes pour prolonger l entretien. Il y a peu de chances pour qu il insiste. Q : Pour qui avez-vous voté aux dernières élections? R : Tout d abord, je tiens à préciser que j ai voté aux européennes. Si je le précise c est qu il y a eu un fort taux d abstention, mais j ai considéré qu il était
Stratégie du candidat R : il est vrai que dans certains pays, ce sont des pratiques courantes. Comment doit réagir une entreprise qui voit filer un marché à la concurrence, parce qu elle n a pas voulu verser une commission à la bonne personne? C est certainement une pratique condamnable moralement, mais aussi risquée écode mon devoir civique de faire l effort de me rendre aux urnes. J étais conscient de l enjeu lié à l élection des parlementaires européens. Pour ce qui est du nom inscrit sur le bulletin de vote que j ai inséré dans l urne, ma foi, je préfère le garder pour moi si vous n y voyez pas d inconvénient. Non pas que mon vote soit honteux, mais il est anonyme et je préfère qu il le reste. E : Il faut rester ferme. Le jury n a pas à connaître vos opinions politiques. Q : Avez-vous une passion dans la vie? R : Passion, c est un mot très fort. Disons que j ai plusieurs centres d intérêt. Le théâtre, que je pratique depuis le lycée, l escrime, et la lecture de romans contemporains. Malheureusement, j ai dû mettre ces activités entre parenthèses pendant ma seconde année de classe préparatoire, par manque de temps. J espère pouvoir me remettre au théâtre et à l escrime assez rapidement. Estce que ce sont des activités que l on peut pratiquer dans votre école? E : le terme passion n est pas toujours approprié dans le contexte. À vous de le relever. N hésitez pas non plus à terminer vos réponses par des questions au jury. Cela vous permet de démontrer votre curiosité, et parfois de vous sortir de mauvais pas. Q : Vous avez eu ce stage par piston? R : Je voulais absolument faire un stage dans cette banque pour pouvoir confirmer mon projet professionnel. Pour l obtenir, j ai fait jouer mes réseaux : j en ai parlé autour de moi, à ma famille, à mes amis, mais aussi à mes professeurs. Un ami de mes parents a bien voulu faire passer mon CV au recruteur. Ce qui m a aidé. Mais je suis ensuite passé par le processus normal de recrutement : 3 entretiens et une mise en situation professionnelle. E : n ayez pas honte de ce piston. Vous avez fait jouer vos réseaux, et c est ce que votre future école de commerce vous invitera à faire quotidiennement lorsque vous aurez adhéré à son réseau d anciens. Q : Imaginez que vous êtes directeur des ventes d une entreprise et que, pour gagner un marché, il vous faut absolument passer par un intermédiaire qui demande un bakchich. Que faites-vous? 11 nomiquement. On l a vu dans la vente des frégates à Taiwan par Thales, il n est pas rare que la justice rattrape les entreprises corruptrices. Et que dire de l image pour le consommateur final, si jamais il apprend ces pratiques? J avoue que j ai du mal à me déterminer par rapport à votre question. Perdre un marché, cela peut avoir des conséquences graves pour une entreprise, mais la corruption ne fait pas partie de mes valeurs! E : Evitez de prendre une position trop tranchée. Il faut peser le pour et le contre, ne verser ni dans le cynisme, ni dans l angélisme. Faites comprendre que vous ne vous laisserez pas avoir comme un bleu, mais que vous avez des valeurs morales. Q : Que pensez-vous de la conjoncture économique au Chili? R : il ne me semble pas avoir lu grand-chose dans les journaux sur ce sujet récemment. Et, à vrai dire, je ne suis pas très familier de l économie chilienne. Je peux en revanche vous parler de l économie brésilienne ou de la conjoncture en Espagne, que je connais beaucoup mieux. E : Conservez votre assurance. Vous ne connaissez pas un sujet pointu et personne ne peut vous en vouloir. Prenez l initiative de proposer un thème proche de discussion.
Stratégie du candidat Q : Racontez-nous quelque chose que vous avez raté? R : L année dernière, j ai passé un entretien chez Procter & Gamble, mais je n ai pas réussi à décrocher le stage. Je m en voulais d avoir raté parce qu il me semblait que c était vraiment l expérience idéale pour quelqu un qui veut travailler dans le marketing plus tard. Au cours de l entretien, la DRH m a fait comprendre que je n étais pas suffisamment avancé dans mes études pour profiter au maximum d un stage chez eux. Je suis persuadé aujourd hui qu elle avait raison. Quand on postule pour un stage de plusieurs semaines chez Procter, ce n est pas pour faire de l observa- tion. Or, pour fournir un vrai travail marketing, il faut déjà y être formé. J ai donc la ferme intention de repostuler dès que j aurai suivi les cours de marketing de votre école. E : la question n est pas absurde, même si sa formulation pourrait le laisser croire. Inutile de blaguer («j ai raté le bus ce matin»), d être insolent («qu est-ce que c est que cette question?») ou de botter en touche («non, vraiment, je ne vois pas»). Proposez au contraire un échec et son analyse positive. Vous avez raté quelque chose et l admettez. Mais cela vous a permis d en tirer des enseignements. Loin d être découragé, vous allez persévérer. Q : Qu avez-vous pensé de l entretien qui s achève? R : Le plus grand bien. J espère être parvenu à vous faire comprendre mes motivations pour l entrepreneuriat. Votre école m intéresse au plus haut point, en raison notamment de sa chaire spécialisée dans ce domaine et de son partenariat avec l université de Wharton aux Etats- Unis. Je vous remercie en tout cas de m avoir reçu et de bien avoir voulu écouter ce que j avais à dire. E : Le jury vous invite à conclure l entretien. Pensez à le remercier et à lui rappeler votre motivation. En Bref : Les écoles soignent les boursiers Le nombre d inscriptions au concours de la banque commune d épreuves a cru fortement entre 2007 et 2008. Merci qui? Aux boursiers qui ont afflué, bénéficiant pour la première fois l an passé, dans le cadre d une politique d ouverture sociale des écoles, de la gratuité des épreuves. L ESC Brest a profité à plein de cet effet, avec +149% d inscriptions. L ISC Paris (+85,6%), l EM Normandie (+79,1%), l Inseec (+60,1%) et l ESC Chambéry (+57,1%) ont enregistré des progressions remarquées. Le concours commun ESC Rennes-ESC Dijon-ESC Clermont a permis à ces écoles de voir les candidatures croître de 60 à plus de 80%. De son côté, HEC Paris a annoncé qu à partir de la rentrée 2009, les élèves bénéficiant d une bourse d Etat, quel qu en soit le montant, ne paieront plus de frais de scolarité (8.300 euros en première année et 12.300 euros les deux années suivantes). Une mesure qui devrait bénéficier à 70 élèves dans un premier temps. Ce geste ne doit pas masquer l incroyable augmentation du coût de la scolarité sur dix ans : les frais ont presque doublé au cours de cette période. 12
L Histoire Ecoles de commerce : histoire d un modèle français De la formation des négociants dès le début du XIXème siècle à celle des managers et cadres d aujourd hui, récit de l évolution des écoles de commerce en France, de leur rôle et de leur image. Cas unique, trois modèles de formation co-existent dans l Hexagone: les grandes écoles, l université et les MBA. «Le commerce sera une science qu il faudra connaître et la fortune qui fut trop longtemps le prix de l intrigue deviendra la récompense du travail. C est alors qu on s apercevra du besoin d être instruit et combien s est réduit le nombre de bons négociants, les institutions qui peuvent les former deviendront plus nécessaires»: c est pour répondre à cette demande qu il avait anticipée que Vital Roux crée le 1er octobre 1819 la première école de commerce, l Ecole spéciale de commerce et d industrie, future École supérieure de commerce de Paris (ESCP). En pleine révolution industrielle, le négociant et publiciste imagine un programme d enseignement à la fois théorique (écriture, langues, arithmétique, comptabilité) et pratique. C est en plaçant les élèves dans des situations concrètes, en leur apprenant à gérer une maison de commerce, que l école forme les futurs négociants, banquiers, directeurs et employés d établissements industriels et commerciaux. Les écoles n ont pas de professeurs - ce sera le cas jusqu aux années 1960 - ce sont des praticiens qui concoivent les cours et les dispensent. Comme à l étranger, l enseignement de la gestion est ainsi lancé par le monde des affaires. Dans leurs statuts et leur orientation, les écoles ont d ailleurs dès le XIXe siècle des ambitions internationales, ou plutôt patriotiques, puisqu elles se doivent d être un instrument de développement économique du pays contre ses adversaires, d abord l Angleterre puis l Allemagne. Le recrutement dans ces établissements est moins exigeant que pour l université: le baccalauréat n est pas nécessaire pour suivre un enseignement du type secondaire technique. Il s adresse aux fils de commerçants n ayant pas assez de talent pour accéder aux grands corps de l État ou aux écoles d ingénieurs. Compétition naissante entre écoles En 1868, l ESCP est rachetée par la Chambre de Commerce et d Industrie de Paris. Dans l idée d exporter les produits français, celle-ci veut former des négociants aussi performants que les ingénieurs et les industriels qui conçoivent ces produits. A partir de 1870, les chambres de commerce veulent soutenir les entreprises régionales et elles lancent une première vague d écoles supérieures au Havre et à Rouen, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, ainsi que l Ecole des hautes études commerciales à Paris, HEC. En 1890, ces sept écoles sont reconnues par l Etat. Le mode de 13 recrutement change et devient sélectif avec un concours d entrée. De 1892 à 1926 déferle la seconde vague de création des écoles supérieures de commerce, avec celles de Lille, Montpellier, Dijon, Nantes, Nancy, Toulouse, Clermont, Reims, Strasbourg, l EDHEC, l ESSCA et l ESSEC. C est à cette époque qu HEC se distingue des autres, suscitant une émulation entre les établissements. Les écoles de province se calquent sur HEC, qui elle-même s inspire du modèle des prestigieuses écoles d ingénieurs. Il faut être titulaire du bac pour accéder à HEC et à partir de 1895, l école crée des classes préparatoires, financées par la Chambre de Commerce de Paris, puis par l Etat après la Seconde Guerre mondiale. L influence de la bourgeoisie via les CCI se fait sentir, puisque les frais de scolarité élevés réservent l accès aux écoles de commerce aux classes les plus aisées. De l enseignement technique à l enseignement supérieur Après la Libération, en 1947, un cadre institutionnel commun est décrété pour toutes les écoles supérieures de commerce (ESC) reconnues par l Etat. Elles ont pour mission de «former les chefs des diverses entreprises commercia-
L Histoire les ou financières et les cadres supérieurs de ces entreprises ou des services administratifs et commerciaux d entreprises industrielles». Les ESC proposent un concours d admission au niveau du bac, ont un programme d enseignement commun et délivrent un diplôme visé par le ministère de l Education nationale à l issue d un examen national de sortie. Des sections préparatoires sont peu à peu créées dans les écoles et dans quelques lycées. Les années cinquante et soixante voient aussi l augmentation de l offre de formation. Les écoles n ont plus le monopole des cursus commerciaux, elles sont concurrencées par les IAE (instituts d administration des entreprises) des universités et les MBA, les masters of business administration américains. À l université jusqu alors, la gestion était une simple option de la filière sciences économiques. Les IAE ne copient pas le modèle professionnalisant des MBA mais développent des cursus complets sous l influence de professeurs ayant une vision classique de l enseignement. C est par la fondation de l INSEAD en 1957 que prend pied en France le modèle extérieur des MBA. L Institut européen d administration des affaires, voulu comme un «Harvard européen» à l origine, est devenu l un des meilleurs programmes de ce type au monde, avec ses campus de Fontainebleau et Singapour. Sous l influence de ces masters internationaux, l enseignement est revu dans les écoles de commerce françaises. Aux cours très pratiques délivrés presque exclusivement par des professionnels, viennent se greffer des cours de droit, d économie, de politique générale, de stratégie, et les stages sont renforcés. L apparition des MBA, loin de faire de l ombre aux écoles de commerce, renforce en fait leur prestige puisqu elles allient alors modèles français et américain. En 1966, les ESC deviennent des ESCAE (écoles supérieures de com- merce et d administration des entreprises, en référence aux IAE) et passent de la tutelle de la Direction de l enseignement technique du ministère à celle de l enseignement supérieur. Mais l ESCP fait sécession et quitte le réseau des ESCAE. Au cours des années soixante-dix, leur cadre commun s efface peu à peu et en 1991, ces écoles redeviennent des ESC, autonomes. Elles peuvent alors délivrer leur propre diplôme et adoptent définitivement la forme qu on leur connaît aujourd hui : trois ans d études avec un recrutement à bac+2. Pour aller plus loin : -Séminaire GRESUP «Pratique et théorie dans l enseignement de la gestion, une perspective historique» par Jean-Pierre NIOCHE, professeur à HEC - «Quelle identité pour les grandes écoles de commerce», par Patrice de Fournas, Ecole Polytechnique, 2007, consultable sur www.imprimerie.polytechnique. fr/theses/files/fournas.pdf En Bref : Ecole de commerce, de gestion ou de management? On n enseigne plus guère le commerce dans les écoles de commerce... mais plutôt la gestion et le management (connaissances permettant d organiser et de diriger une entreprise), quand ce ne sont pas les sciences humaines, les langues ou le développement durable. Selon ce sur quoi l établissement veut mettre l accent, il choisit une appellation ou une autre. «Ecole de management», également usité dans le monde anglo-saxon, peut faire plus moderne, c est d ailleurs l appellation générique choisie par la Conférence des grandes écoles. «Ecole de commerce» reste en France le terme légal - mais non protégé - d après un arrêté du 7 juillet 1994 relatif à la terminologie économique et financière: «école où sont enseignées les théories et les techniques du commerce et de la gestion», précise le texte ministériel. 14
L Histoire La naissance douloureuse de HEC et de l ESCP Patrick Fridenson, historien des entreprises à l EHESS, et Lucie Paquy, docteur en histoire de l université Lumière - Lyon II, se sont intéressés, deux années durant, à l histoire du dispositif de formation de la Chambre de commerce et d industrie de Paris (CCIP) (1). Celui-ci comprend ou comprenait, outre HEC et l ESCP, HECJF (pour les femmes), l EAP, le CPA, Négocia et Advancia. Il est assez rare que des historiens étudient l enseignement supérieur de la gestion en France, d autant que les écoles ont une tendance assez naturelle à réécrire leur propre histoire. Le démarrage des écoles de commerce parisiennes a été laborieux, écrivez-vous. P.F : C est en 1803, dès ses débuts, que la chambre de commerce de Paris y pense. Mais c est finalement en 1819 qu est créée la première d entre elles, par deux clients d un négociant lyonnais du nom de Vital Roux. C est donc à l initiative de commerçants, pour qui la France doit disposer d «un gymnase du commerce» pour former les commis des maisons de négoce, qu est née l ESCP. Vital Roux est un peu le père spirituel de la première des écoles parisiennes et voulait axer l enseignement sur la pratique et la simulation de cette pratique. L école était payante et réservée aux fils de négociants, étrangers et français : en clair, c était une école pour fils à papa. Elle connaîtra ensuite de grandes difficultés qui lui vaudront d être rachetée en 1868, quasi exsangue, par la chambre de commerce. Les débuts de HEC sont, eux aussi, chaotiques : la chambre avait de grandes ambitions lorsqu elle lance, en 1881, cette école boulevard Malesherbes à Paris. Mais très rapidement les flux d étudiants se révèlent insuffisants : il lui faut donc recruter en province et aussi parmi les bacheliers littéraires, ce qui était exclu à l origine du projet. Il lui faut aussi renforcer son enseignement en droit pour attirer les élèves qui veulent passer les concours administratifs. HEC à ses débuts est une sorte de superlycée. Quelle était l ambition de ces écoles? Au début du XIXe siècle, il y avait peu d étudiants. Le top pour eux, c était d être acceptés dans une école d ingénieurs de l Etat. Tandis que dans les universités seules les filières médecinepharmacie et dans une moindre mesure droit étaient fréquentées avec assiduité et valorisées. La chambre a alors, logiquement, le modèle des écoles d ingénieurs en ligne de mire. Et l idée d un enseignement très pratique, imaginé par Vital Roux, s étiole très rapidement au profit de cours nettement plus théoriques : en droit, en langues, et même en sciences naturelles à l ESCP. En 1934, lorsqu est créé par une loi le titre d ingénieur, les écoles de commerce ont essayé d entrer dans ce système protégé. Elles en ont été refoulées vigoureusement. Les écoles de la chambre ne parviennent pas à conquérir pour leurs diplômés un statut professionnel aussi clair que celui des ingénieurs Cette situation perdure aujourd hui en partie : n importe qui peut créer une école de commerce et l appellation n est toujours pas protégée de la même manière ; cependant la création en 2001 par le ministère de l Education Nationale de la commission d évaluation des formations et des diplômes de gestion, présidée depuis l origine par Jean-Pierre Helfer, a constitué un progrès notable. A partir de quelle époque devient-il prestigieux d étudier dans les écoles de commerce les plus réputées? Dans les années 1940, il y avait eu quelques évolutions : HEC avait mis en place une troisième année d études, et l ESCP avait créé une section d exportation de commerce colonial et international. Puis, au sortir de l aprèsguerre, l Etat avait pris en main l implantation des classes préparatoires et imposé le passage 15
L Histoire de la scolarité de 2 à 3 ans pour l ensemble des ESC françaises, ce qui avait contribué à clarifier et rationaliser le système. Mais ce n est véritablement qu en 1957, quand la chambre prend la décision de réformer HEC pour la faire passer de l enseignement commercial à l enseignement supérieur de gestion, qu un vrai tournant est amorcé pour l ensemble des écoles. On constate à partir de ce moment-là une vraie élévation du niveau des études, il n est plus question d entrer à HEC avec le bac. De 1957 à 1969, l école fait son aggiornamento : les conférences de méthode sont mises en place, on réduit la part des cours en amphi, il y a davantage de groupes d études et les stages en entreprises deviennent obligatoires. Le poids de l enseignement de la technologie et du droit s amenuise et l enseignement par cas fait son apparition. C est à cette époque que HEC a failli se transformer en business school sur le modèle américain? En 1967, l idée était révolutionnaire, il s agissait de faire de HEC un site de formation au MBA avec un centre de recherche et de préparation au doctorat, comme les business schools des universités américaines. Le modèle de la grande école à la française aurait été abandonné car il valait mieux former des jeunes cadres déjà expérimentés. Il s agissait d un projet ambitieux : faire de HEC l «ENA des entrepreneurs». Le directeur général de la chambre de commerce, une partie des professeurs et des anciens élèves ont fini par refuser et en 1968 ont tué dans l œuf l initiative. C est la chambre qui tenait et tient toujours les cordons de la bourse, or à l époque sa direction trouvait le projet trop américain et en outre ne voyait pas son intérêt à financer des thèses. À la place, HEC a développé la formation continue et a créé l ISA, devenu très récemment le MBA de HEC. Du coup l Insead de Fontainebleau, à la création de laquelle avait d ailleurs participé la chambre, est longtemps resté seul à dispenser en France ce type de formation. Aujourd hui des universités françaises aussi disposent de MBA et de centres de recherche en gestion. Quel a été le rôle des anciens élèves dans l évolution de leurs écoles respectives? Dans les universités américaines qui ont des business schools, les anciens ont un rôle moteur : ils versent beaucoup d argent, particulièrement sous forme de legs. Ils sont présents dans les organes de gouvernance des universités et influencent la stratégie et le développement de leur ancienne école. En France, les anciens ont également joué un rôle moteur, à plusieurs reprises, dans l évolution 16 de la scolarité de leur école : à HEC dans les années 1950, à l ESCP dans les années 1970, ils n hésitent pas à se mobiliser pour apporter des idées pour la modernisation de la pédagogie. En revanche, comme ils sont très attachés à l identité de leur école, ils ont à plusieurs reprises fait échouer les fusions entre établissements envisagées par la Chambre : HEC et ESCP en 1968, ESCP et HECJF en 1973. C est pourquoi ces écoles de commerce sont aujourd hui relativement petites par rapport à des structures comparables au plan international. Notons que la CCIP est tout de même parvenue à fusionner en 1999, pour des raisons budgétaires, ESCP et EAP ainsi que HEC et le CPA. Elle a aussi fait disparaître totalement HECJF en 1975, sans que ses anciennes élèves ne puissent rien y faire. Plus généralement, on peut dire que les anciens élèves des écoles de commerce de la CCIP ont du patriotisme, mais mettent peu la main à la poche. Ils se mobilisent essentiellement pour protéger l acquis, mais sont quand même capables de jouer un rôle moteur lorsqu ils sentent leur école en danger. (1) «Du haut enseignement commercial à l enseignement supérieur de gestion (XIXe-XXe siècles)», in Paul Lenormand (dir.), La Chambre de commerce et d industrie de Paris 1803-2003, t. II : Etudes Thématiques, Genève, Droz, 2008.
Points de vue Le candidat idéal vu par les directeurs des plus grandes écoles Le candidat idéal a de solides connaissances et une grande capacité de travail, c est entendu. C est d ailleurs pour cette raison que les meilleures écoles recrutent encore une majorité de leurs élèves au sortir des classes préparatoires. Mais entre deux candidats de prépa d un niveau académique équivalent, lequel vont-elles choisir? Qui est votre candidat idéal? Si on leur pose ouvertement la question, les directeurs des grandes écoles répondent tous : «un étudiant surprenant, doté d un bon potentiel, à l écoute de son environnement, capable d apprendre encore et de s ouvrir sur l international et l entreprise». Cela tombe bien, votre prépa vous a enseigné pendant deux ans à devenir ce spécimen tant recherché. Ne croyez pas pour autant que le tour est joué, car les jurys des concours sont formés pour démêler le vrai du faux, distinguer entre les réelles aspirations des candidats et le discours convenu. En outre, et c est là que se loge la vraie difficulté de l exercice, malgré leur ressemblance, toutes les écoles n attendent pas la même chose de vous, ni le même discours. AUDENCIA NANTES. Jean Charroin, directeur du programme grande école : «nous ne demandons jamais aux candidats où ils sont admissibles» Sur quels critères recrutez-vous? Plus qu une culture générale, nous cherchons des candidats qui savent s adapter à des environnements très évolutifs. Autre critère de choix: le sens des responsabilités et de l engagement. Cela peut apparaître comme un poncif, mais ces qualités évoquent pourtant l entrepreneuriat sous toutes ses formes. Comment vous positionnez-vous vis-à-vis des autres écoles? Nous cherchons à attirer des candidats qui correspondent à notre projet pédagogique, en leur proposant un cadre agréable et un environnement stimulant. Mais, nous ne surestimons pas notre capacité à sélectionner les étudiants. Ces derniers aussi opèrent des choix, c est pour ça qu il y a des désistements dans toutes les écoles. Cela dit, nous ne demandons jamais aux candidats où ils sont admissibles lors des entretiens, sous peine d entrer dans des jeux d acteurs un peu malsains où la franchise ne serait plus de mise. Certaines particularités de vos candidats peuvent-ils les aider à être admis chez vous? Des qualités comme l expérience de l international, la connaissance de l entreprise ou encore un projet professionnel déjà élaboré sont évidemment des éléments intéressants. Mais ce que nous cherchons avant tout, c est que le candidat puisse démontrer qu il a réfléchi à son avenir. S il a déjà avancé dans la définition de son projet professionnel ce sera un point positif pour lui, à condition que son projet soit cohérent. Mais c est juste un plus pour certains candidats. Pour les autres, nous savons très bien qu en sortant de prépa ils n ont pas une idée précise de ce qu ils vont faire les 20 prochaines années. ESCEM. Jacques Chaniol, directeur du programme ESC Tours Poitiers : «le défaut rédhibitoire c est de n avoir aucun projet professionnel ou centre d intérêt» Quel type de candidat recrutez-vous le plus? Si nous continuons à accueillir une large majorité d élèves issus des classes préparatoires, l ESC Tours-Poitiers n apprécie rien tant que la diversité des profils au sein de ses classes. Des candidats issus de filières économiques et commerciales, scientifiques, technologiques mais aussi littéraires. L an passé cette dernière représentait 10 % des admis en première année. 17
Points de vue Quelle importance accordez-vous à la personnalité de l étudiant? Outre les notes de l écrit, la personnalité joue un grand rôle dans l admission du candidat. À ce niveau, nous ne cherchons pas forcément de projet professionnel défini car il est difficile à 20 ans de savoir ce que l on veut faire de sa vie. Mais, nous voulons percevoir un intérêt pour un domaine professionnel ou un autre chez l étudiant, même si ce n est qu une ébauche de réflexion. Nous rejetons par contre tout projet artificiel qui aurait été construit deux jours avant l entretien juste pour impressionner le jury. Le principal handicap au concours serait plutôt de manquer de personnalité? Nous n avons aucune idée préconçue quant au candidat parfait. Mais nous savons apprécier ceux qui ont un certain relief, quelle que soit leur spécificité. L an dernier, nous avons beaucoup apprécié la prestation d un candidat qui n avait jamais quitté son village, mais qui s était engagé à fond dans la vie politique locale tout en consacrant beaucoup de temps aux activités d un club de 3e âge. Qu un autre candidat souhaite intégrer la fonction publique ou entrer plus tard à l Ena, n aura rien d handicapant non plus. En réalité, le défaut rédhibitoire, c est de ne pas avoir de projet professionnel, de n avoir aucun centre d intérêt notable ni aucune ouverture, qu elle soit sportive, culturelle ou autre. HEC PARIS. Bernard Ramanantsoa, directeur général : «nous n aimons pas les candidats incapables de s adapter à leur interlocuteur ou trop agressifs». Comment choisissez-vous les admis à HEC? Nous jugeons avant tout les candidats sur les résultats obtenus au concours. Cela nous permet d évaluer leurs connaissances, leur raisonnement et leur maîtrise des langues. Les notes demeurent le vrai critère de choix, et le seul totalement objectif. Quelles sont les qualités et défauts des candidats à l oral? Pour sélectionner ses 380 élèves, HEC accorde beaucoup d importance à ses épreuves orales. Nous évaluons les capacités d écoute et de réaction des candidats face aux questions du jury, ainsi que l aptitude à argumenter et à convaincre lors de l épreuve spécifique du «face à face» où des étudiants vont échanger, débattre et observer. Ce volet est très complémentaire du test écrit. Globalement, les situations rédhibitoires mais jamais éliminatoires sont le candidat incapable de s adapter à son interlocuteur et le candidat agressif. Quant au discours que peut tenir un élève de 20 ans sur son avenir, je m en méfie. Il n y a pas à mon sens une once de spontanéité dans ce qu expliquera un étudiant préparé pendant deux ans à ce genre d exercice. Vos concours pour l admission en M1 obéissent-ils aux mêmes règles? Dans le cadre du Concours d admission directe, du concours international et des doubles diplômes, le cadre sera légèrement différent. Les élèves ont, en effet, déjà un vécu et des études réussies. Nous allons donc tester leurs connaissances générales mais aussi vérifier qu ils maîtrisent bien leur spécialité. Une épreuve particulière au concours d admission directe en Master 1 permet un échange sur le parcours de l élève. GRENOBLE ECOLE DE MANAGEMENT. Jean-François Fiorina, directeur du programme ESC : «Le candidat doit nous démontrer que notre école l intéresse vraiment». Quelle est la spécificité de vos oraux? Outre l explication d un sujet tiré au sort, nous avons une épreuve qui oblige le candidat à interroger un membre du jury sur un sujet libre. Pour l oral de motivation, nous ne cherchons pas de profil type, juste de la sincérité. Les postulants doivent nous montrer qu ils sont bien dans leur peau, par leurs expériences, ou leur savoir-être. Nous cherchons la lueur dans leurs yeux montrant que nous sommes faits pour travailler ensemble. L oral compte presque pour moitié dans la note finale. 18
Points de vue Y a-t-il des lacunes rédhibitoires? Aucune lacune n est éliminatoire du moment qu elle est explicable. On me demande souvent s il faut un projet professionnel ou une expérience internationale avant de se présenter à un concours, je n ai aucune réponse à ce genre de question! Tout dépend de l attitude du candidat, de son ouverture, de la certitude que nous aurons qu il ne récite pas un discours et que notre école l intéresse vraiment. C est ensuite au sein de l établissement, pendant trois ans, qu il pourra se construire l expérience et la connaissance qui lui manquent. N importe quel type de candidat qui a le niveau peut donc être admis? Absolument. Il y a deux ans une candidate avec qui nous n avons fait que parler de cuisine et restauration au cours de l entretien a été reçue. Elle nous a parlé de sa passion, nous a expliqué ses recettes, nous a raconté où elle faisait son marché. Voilà le type même du bon entretien, où nous n avons pourtant parlé ni du projet professionnel, ni du projet académique, ni de ses expériences! À l inverse, l étudiant qui arrive sans dire bonjour pour réciter un discours identique à celui tenu la veille à Nantes et le lendemain à Lyon nous intéressera beaucoup moins. Voici trois ans, un candidat nous a expliqué vouloir travailler dans les fusions et acquisitions. Problème, il ne connaissait ni Arcelor ni Mittal, alors qu à l époque, c était en plein dans l actualité. Il n a pas tenu très longtemps. ESSEC MBA. Marie-Noëlle Koebel, directrice des études et admissions : «nous poussons les candidats dans leurs derniers retranchements». Quelles qualités appréciez-vous chez les candidats au concours? Nous recherchons avant tout de très solides connaissances académiques, une méthode de travail et des capacités d analyse et de synthèse. Autant de points vérifiés à l écrit. À l oral, le registre sera différent : nous allons tenter de révéler la personnalité du candidat. Ceux qui nous intéressent sont les étudiants curieux, ouverts sur le monde, capables de douter, d écouter les autres, de maintenir ou de nuancer leurs positions, de réfléchir. Bref, un potentiel intellectuel dont ils pourront tirer profit pendant leur scolarité et bien sûr tout au long de leur parcours professionnel. Quelqu un expliquant d emblée qu il ne souhaite pas partir à l international plus tard aura-t-il ses chances? S il sait argumenter cette décision et si le projet qu il envisage lui permet un parcours strictement français, cela ne posera pas de problème. Mais ce cas de figure est relativement rare. Ne pas avoir de projet professionnel n est pas non plus handicapant. C est même plutôt normal en sortant de prépa! Le grand danger est plutôt d imaginer qu il faut à tout prix savoir précisément ce que l on veut faire de sa vie pour entrer à l Essec. Le candidat qui voudrait s inventer un projet professionnel qui ne repose sur rien de concret fait une erreur. Recevez-vous des candidats muets ou paralysés par le trac? Bien sûr, mais nous évitons au maximum ces cas de figure en faisant tout notre possible pour mettre l étudiant en condition favorable. Nous savons bien que ce genre d épreuve engendre un stress énorme. Les candidats savent qu ils jouent gros. Nous les poussons dans leurs derniers retranchements, mais sans les mettre mal à l aise. Nous voulons évaluer leur personnalité. Ce qui implique une discussion parfois animée, mais nous laissons toujours le temps au candidat d expliquer sa position ou son opinion. ROUEN BUSINESS SCHOOL. Catherine Plichon, directrice du programme grande école : «un entretien qui se passe bien est un entretien où l on ne voit pas le temps passer». Comment se déroule l oral de motivation à Rouen Business School? Nos jurys sont composés d un enseignant de l école et d un représentant du monde de l entreprise, souvent 19
Points de vue un ancien diplômé qui travaille dans les ressources humaines. Ils n ont pas connaissance des notes de l écrit. Avant de se présenter, les candidats sont invités à remplir une fiche qui comporte une dizaine de questions assez classiques («de quelle vie et de quelle carrière professionnelle rêvez-vous?» ou «quelles sont vos principales attentes vis-à-vis de Rouen Business School?»). Certains oublient de la remplir ou rédigent les réponses sur un coin de table juste avant l entretien : ils se tirent une balle dans le pied! Quel type de profils cherchez-vous à recruter? Nous cherchons des candidats qui ont des choses à raconter et qui savent en parler. Nous sommes notamment sensibles à ce qu ils ont à dire de leurs expériences, loisirs et projets d avenir. Cela nous permet de voir s ils savent prendre du recul et analyser ce qu ils ont fait. Au cours de l entretien, nous testons aussi leur capacité d élocution : savent-ils s exprimer, convaincre, mais aussi accepter la critique et se remettre en question? En général, un entretien qui se passe bien est un entretien où l on ne voit pas le temps passer. Comment se déroule le processus d affectation final entre les écoles? Pour les 37 écoles appartenant à la Conférence des Grandes Ecoles, tout est géré par le SIGEM (Système d Intégration des Grandes Ecoles de Management). C est donc ce système informatique qui mouline les données pour affecter les admis en fonction des choix des candidats, de leur rang et du nombre de places dans chaque école. Dans tous les cas, l admission finale résulte d un calcul avec les notes des écrits et de l oral : on ne consulte pas les dossiers à ce stade de la sélection. ESCP EUROPE. Claudine Bertin, directeur adjoint du programme grande école : «le candidat malin ne doit pas nous annoncer d emblée qu il ne veut pas travailler à l étranger». A quoi servent les épreuves orales du concours de l ESCP? L oral ne sert pas à tester les connaissances, mais à cerner les personnalités, les potentiels, la capacité à communiquer et à analyser. Bref, les qualités qui permettront ensuite de profiter de notre formation. C est à nous de déceler ces éléments chez des jeunes d à peine 20 ans. C est un exercice très délicat. Il faut savoir faire réagir les candidats, les amener à s exprimer sans les perturber. Et ce, tout en contournant le biais de l appartenance à un milieu social qui aura par exemple permis à certains de séjourner à l étranger, tandis que d autres n auront pas quitté leur pays. Un élève ayant une idée précise de ce qu il souhaite faire plus tard sera-t-il avantagé? Nous sommes intéressés par tous les profils, littéraires ou scientifiques, candidats avec ou sans projet professionnel. Mais l étudiant qui prétend avoir un projet professionnel précis devra nous prouver sa connaissance du sujet et expliquer les raisons de ses motivations. S il s avère que ce sont des raisons inventées pour le seul jour de l examen, l oral tournera clairement à son désavantage. De manière plus générale, une connaissance approfondie de l entreprise n est pas nécessaire pour intégrer l ESCP. L expérience internationale est-elle indispensable pour intégrer l ESCP? Elle peut être intéressante, à condition que l élève en ait tiré parti. J ai vu beaucoup de candidats qui avaient tout vu et rien appris. Ils n ont pas développé de curiosité, ne se sont jamais interrogés, et ont vécu l international comme un parcours obligé. Alors que d autres, à l expérience plus limitée, en auront bien davantage profité. Globalement, avoir vécu ou séjourné à l étranger n est pas une condition sine qua non pour entrer chez nous. De même, un candidat peut très bien nous dire qu il ne travaillera pas à l étranger en sortant de l ESCP, on ne va pas l éliminer uniquement pour ça. Tout dépend de son projet personnel et de son ouverture d esprit au sens large. Cela dit, les candidats ont généralement été suffisamment entraînés dans les classes préparatoires pour savoir qu il ne faut pas nous annoncer d emblée qu ils ne veulent surtout pas travailler à l étranger. Ce ne serait pas très malin! 20
Points de vue Pascal Morand, directeur général de l ESCP : «une école pour l Europe» L ambition de Pascal Morand, directeur général de ESCP Europe depuis trois ans, est que l école de l avenue de la République à Paris incarne «les valeurs humanistes européennes». Ce docteur en sciences économiques de 54 ans n en est pas à son premier défi, lui à qui Christine Lagarde, alors ministre du Commerce extérieur, avait confié en 2007 la présidence d un groupe de travail sur la mondialisation. Ancien directeur général de l Institut Français de la Mode, Pascal Morand connaît les arcanes de l ESCP pour y avoir été professeur associé en économie pendant 15 ans. La particularité de cette école? Elle propose aux étudiants en master de choisir un campus européen différent à chaque semestre et de se construire un parcours académique personnalisé en fonction des options proposées sur les différents lieux d étude (Paris, Londres, Berlin, Turin, Madrid). Avec la création des pôles de recherche et d enseignement supérieur (PRES) et la récente Opération campus notamment, on a vu se constituer des alliances gigantesques entre universités et parfois grandes écoles. Pouvezvous rester à l écart de ce mouvement de concentration? Nous n envisageons pas de rester à l écart du mouvement actuel. Mais, pour le moment, ce n est pas en France que l ESCP est la plus avancée en termes de liens avec les universités, mais en Espagne où l université Carlos III de Madrid valide notre master en management comme l un de ses masters, ce qui en fait un diplôme espagnol officiel, et en Italie, où l université de Turin est un des membres fondateurs de notre campus transalpin. Enfin, en Allemagne, nous avons nous-même un statut universitaire, qui nous a été accordé par le Land de Berlin, ce qui nous permet de délivrer notamment un doctorat de recherche. Pensez-vous qu à terme les classes préparatoires vont disparaître? Je pense que non, elles ne devraient pas disparaître. Mais cela va dépendre de la mobilisation des uns et des autres. La question est souvent de savoir si les classes préparatoires, plutôt que d être le sommet de l enseignement secondaire, ne devraient pas rentrer dans l enseignement supérieur. Mais est-ce vraiment le fond du problème? Il est plutôt que, dans les faits, il y a à l université de très bons professeurs et étudiants, mais un sous-encadrement. J applaudis les évolutions induites par le plan licence, et les initiatives de tutorat. Je pense même qu il faut accentuer le caractère pluri-disciplinaire des licences, il faut des bi-licences, des tri-licences. Vous avez une recherche et des enseignements en management, que proposez-vous en économie? Cette école a une tradition en la matière. (L économiste classique) Jean-Baptiste Say y a enseigné dans ses premières années d existence et l on a un département de Sciences juridiques, économiques et sociales qui regroupe à Paris des professeurs tels que Jean-Marc Daniel, Didier Marteau, Emmanuel Combe, Jean- 21 Louis Muchielli Nous avons la volonté d être identifié comme une école d économie également, et ce qui nous intéresse particulièrement, c est la forte complémentarité entre la recherche en management et en économie. Nous voulons mettre l expertise micro-économique de la maison au service de l économie politique contemporaine, c est un souci quotidien. Une école comme la nôtre doit s engager dans le débat public et la réflexion économique D ores et déjà nous avons travaillé pour Bercy sur cinq sujets dans le cadre de la présidence française de l Union européenne, et notamment sur l innovation et la constitution d un Observatoire de la mondialisation. Qu est-ce que cela signifie d être une école de management pour l Europe? L idée est de faire le lien entre humanisme et approche du management : proposer un modèle d enseignement qui respecte la créativité, l histoire, la culture et la diversité des valeurs humanistes européennes. En mai 2008, nous avons adopté une charte sur
Points de vue nos valeurs. Cela se traduit dans nos programmes et séminaires. Pour commencer, nous avons modifié notre structure de gouvernance, avec la création d un conseil européen fédéral qui définit les plan stratégiques de l ESCP. Il rassemble cinq représentants de la Chambre de commerce et d industrie de Paris, cinq représentants des différents campus européens de l école, un représentant du Sénat de Berlin et un représentant de notre nouveau conseil d orientation. C est une vraie réforme car cela va permettre de renforcer la stratégie et la cohérence de l ensemble. Par ailleurs, depuis la rentrée 2008 tous les étudiants peuvent choisir leur lieu d étude, sur chacun de nos campus - Londres, Paris, Berlin, Turin, Madrid - à chaque semestre du master. Il y a donc davantage de flexibilité dans leurs parcours. A quoi ressemble le candidat idéal pour ESCP Europe? Il est pluriel. On a eu des réflexions en interne sur les candidats post-bachelors (à partir de bac+3) et nous sommes véritablement attachés à ce qu ils viennent de tous les environnements et horizons possibles. Nous voulons détecter les talents, les gens curieux, intelligents, qui ont des capacités de synthèse et d innovation. Nous sommes ouverts aux candidats littéraires, c est d ailleurs notre souhait d en recruter davantage, tout comme, par exemple, des étudiants ingénieurs de Centrale et Supélec avec qui nous avons un partenariat (pour une entrée en master, Ndlr). Y a-t-il chez certains candidats une réticence à postuler à une école de commerce, étant donné l image qui leur est associée? Nous ne nous posons pas la question au Royaume-Uni ou dans les autres pays européens, et en France ce problème tend à reculer. Mais c est vrai qu il y a dans ce pays une réticence par rapport à l économie de marché, idée à laquelle nous sommes assimilés. Ce que l on peut faire, c est montrer ce que sont vraiment les choses : dire aux étudiants que nous menons à une pluralité de métiers, de la finance à l humanitaire en passant par les agences de design. Nous avons une culture urbaine, au coeur des tendances, et une culture européenne. Notre engagement européen est une vraie aventure. De Sup de co Paris à ESCP Europe, une histoire de marque Pour ses 190 ans, l ESCP-EAP European School of Management a décidé de s alléger de quelques lettres. Elle s est ainsi renommée ESCP Europe. Pour en arriver là, la direction de celle que l on appelle encore «Sup de Co Paris» a pris le temps de la réflexion. L enjeu était de taille, car la dernière fois que l établissement avait tenté de changer de nom, à l occasion de sa fusion avec l EAP en 1999, cela avait provoqué une bronca parmi les anciens élèves. Devant la colère des diplômés, la Chambre de commerce et d Industrie de Paris, son propriétaire, avait renoncé à l affubler de la marque IMEP, une invention du cabinet de conseil en marques Nomen, pour simplement la renommer ESCP-EAP. Problème : le compromis de l époque posait une sérieuse difficulté de prononciation (E-S-C-P-E-A-P). Or l école, qui se veut européenne avec ses campus en Angleterre, Allemagne, Italie et Espagne, doit nécessairement pouvoir communiquer en plusieurs langues, ou au moins en anglais. Après avoir tenté plusieurs années d expliquer que sa marque était I-S-Ci-Pi «dash» I-ê-Pi, elle s est finalement décidée, l été dernier, à sonder ses anciens élèves, des étudiants et des entreprises dans l idée de faire simplement «évoluer» son nom. Une approche probablement plus raisonnable que la création d une énième marque pour un établissement déjà répertorié en tant que «ESCP», «ESCP-EAP», «Sup de Co», «Sup de Co Paris», «École Supérieure de Commerce de Paris», «ESC Paris», «École Européenne des Affaires», «Europäische Wirtschaftshochschule». En choisissant «ESCP Europe», l établissement revient quasiment à sa marque d origine (à l image du pétrolier TotalFinaElf qui a fini par redevenir Total). 22
Points de vue Thierry Grange, directeur de Grenoble Ecole de Management : «nos élèves peuvent aussi décrocher un diplôme d ingénieur» Pionnière en matière de double diplôme, l école de management de Grenoble est la première à permettre à quelques-uns de ses étudiants, de formation essentiellement économique donc, d obtenir un diplôme d ingénieur. L EM Grenoble a également monté un double diplôme avec une école de design et elle facilite la vie de ses étudiants issus de filières littéraires qui veulent compléter leur licence de lettres. Comment vous est venue l idée de monter un double diplôme avec une école d ingénieurs? À l école de management de Grenoble, on s intéressait aux liens entre management et technologie. Cela créait une proximité de fait avec les écoles d ingénieurs. Donc, on s est dit : pourquoi ne pas aller plus loin dans des domaines où nous sommes cousins, comme les systèmes d information? Nous avons bénéficié d un terreau favorable: l école d ingénieurs Télécom Bretagne avait une antenne à Grenoble et nous avions noué des liens particuliers. En général, les partenariats entre les écoles d ingénieurs et les écoles de management ne permettent qu aux étudiants des premières d avoir un double diplôme Pour moi, le principe du double diplôme, c est la réciprocité. Cela passe donc par la reconnaissance mutuelle des parcours chez nous, comme chez le partenaire. Les étudiants intéressés par le double diplôme avec Télécom Bretagne choisissent dès le départ un parcours spécifique mis au point avec le partenaire. C est d ailleurs le même principe pour les doubles diplômes avec l étranger : il y a un accord pédagogique entre les deux institutions qui permet aux étudiants d obtenir un MBA, par exemple, en étant dispensé de certains cours dans l institution partenaire. La commission des titres d ingénieur (CTI) n a reconnu le double diplôme avec Télécom Bretagne que très récemment et a limité le nombre d étudiants à 5 par an. Le montage du projet date de 2000, la commission ne réexamine pas les diplômes tous les ans, donc il a été reconnu en 2009, mais dans les faits il existe depuis 2003. La limitation du nombre d étudiants n est pas un problème, les doubles diplômes sont des parcours très spécifiques qui concernent quoi qu il en soit peu d étudiants. En France, vous avez également un partenariat avec l université Stendhal-Grenoble 3 et un autre avec Strate Collège Designers, qui permettent d obtenir deux diplômes. L accord avec l université Stendhal n est pas un double diplôme à proprement parler, il s agit d offrir la possibilité à nos étudiants issus de filières littéraires de compléter leur licence. Les étudiants sélectionnés suivent des cours en Lettres modernes à l université. Avec Strate Collège, en revanche, c est un vrai double diplôme qui permet d allier connaissances commerciale, technologique et esthétique. Combien de temps faut-il pour monter un double diplôme? Cela prend du temps, je dirais entre deux et trois ans. Selon nous il y a plusieurs types de difficultés pour monter ce genre de cursus. D abord, celui de la notoriété ; plus on est connu, plus c est facile. Ensuite, il y a le frein des cultures, ce sont des montages que l on ne réalise qu avec des gens issus de cultures différentes de la nôtre. Et puis, il y a le frein de l innovation : quand on est les premiers à monter un cursus original, c est toujours plus compliqué. Il peut, par ailleurs, y avoir des difficultés financières, par exemple entre une institution payante et une institution gratuite, comme nous avec Télécom Bretagne. Mais chacun s arrange : il n y a pas de surcoût pour les étudiants. Il n y en a pas non plus avec nos partenaires à l étranger, comme aux Etats-Unis, car nos échanges sont basés sur la réciprocité, non seulement pédagogique, mais aussi financière et en terme d effectifs. 23
Points de vue L IAE d Aix-en-Provence sur les terres des grandes écoles de commerce Depuis une quinzaine d années, l Institut d Administration des Entreprises (IAE) d Aix-en-Provence concurrence les écoles de commerce et il se place aujourd hui dans la compétition internationale. Alain Ged, directeur de l établissement, lève le voile sur sa stratégie: se démarquer de l université, élargir le réseau d anciens, ou encore ouvrir un master à Paris. Pourquoi un candidat attiré par le management devrait-il s intéresser à l IAE? Depuis environ une quinzaine d années nous tentons d être en avance sur le système universitaire. Ainsi, nous avons développé une politique internationale forte. Nous comptons aujourd hui plus de 50 nationalités sur le campus, soit plus que la plupart des ESC. Nous avons aussi fait le choix de dispenser tous les enseignements soit entièrement en anglais, soit à la fois en français et en anglais, et de favoriser les séjours à l étranger. De plus, nous sommes le seul établissement universitaire accrédité EQUIS et AMBA. Nous favorisons le travail de groupe ainsi que la pratique. C est pour cela qu en plus des 40 enseignants permanents et des 30 professeurs étrangers invités tous les ans, nous faisons intervenir 150 professionnels. Nous avons en outre développé l apprentissage, qu ont adopté 40% de nos étudiants, ce qui fait de nous l un des établissements universitaires les plus importants dans ce domaine. Pensez-vous que l IAE d Aix concurrence les ESC? Au niveau international, il existe des agences d accréditation des écoles, ainsi qu une au niveau européen. Une seule école universitaire se trouve parmi les 100 premières et c est l IAE. Nous sommes donc au même niveau que les ESC. Nous avons obtenu l accréditation Equis en 1999, elle a depuis été renouvelée deux fois. Ayant la volonté d être toujours plus performant, nous essayons de placer l IAE d Aix au niveau mondial, et c est pour cela que nous désirons faire partie de classements internationaux. C est ainsi que The Economist et le Financial Times (FT) ont estimé que notre Euro MBA faisait partie des premiers mondiaux (1). A l avenir, je souhaite que nos masters figurent aussi dans le classement du FT. D autres indices nous prouvent que nous concurrençons bel et bien les ESC. Par exemple, lors des sessions de recrutements, nous remarquons sur les dossiers des candidats que leurs voeux sont en général des ESC et l IAE. Autre preuve: les partenariats signés avec l ESSEC et l Insead dans le domaine de la recherche, où nous sommes très performants. Votre politique de recrutement joue-t-elle un rôle dans vos performances? 24 Nous essayons effectivement de nous démarquer des écoles de commerce dans notre politique de recrutement. Contrairement à elles, nous essayons d être beaucoup moins monolithique en privilégiant un recrutement transversal. Chez nous, les étudiants sont présélectionnés sur dossier, puis ils passent des tests, et enfin des entretiens. Mais les tests ont moins d importance que pour une ESC. Ce que nous recherchons avant tout, ce sont des profils intéressants. Etes-vous aussi concurrentiel en matière d insertion? Actuellement, nous avons un taux d insertion de 93% en moins de trois mois, avec un salaire moyen de 35 000 par an. Ceux qui ont opté pour l apprentissage atteignent un taux d embauche de 98%. Depuis plusieurs années, le taux de placement ne cesse de grimper, pour être aujourd hui à peu près équivalent à celui des ESC - hormis les parisiennes. Mais nous mettons toutes les chances de notre côté pour que cette progression ne s arrête pas en si bon chemin. Aujourd hui notre réseau d anciens élèves est puissant. Afin de l étendre encore, nous nous sommes alliés à l ENSAM, dont certains étudiants font leur troisième année chez nous. Ce choix n est pas anodin puisque cette école
Points de vue bénéficie de la plus grande association d anciens de France. Vous concurrencez les ESC de province, mais selon vous les parisiennes sont encore un rang au-dessus. Pensez-vous pouvoir les égaler dans le futur? On pourrait comparer le classement des écoles accréditées aux divisions de football. Actuellement, nous ne sommes pas encore dans la première, contrairement aux plus grandes ESC parisiennes. Notre problème, en plus d être situé en province, c est bien entendu notre budget, mais aussi notre mode de fonctionnement. Je trouve vraiment regrettable qu en France nous ayons un double système dans l enseignement supérieur, avec d un côté les universités et de l autre les grandes écoles. Les facultés n ont absolument aucune vision concurrentielle, que ce soit au niveau national ou international. Ce qui bien entendu nous bloque un peu dans notre évolution. Or aujourd hui notre ambition n est pas seulement nationale, elle est mondiale. Nous sommes actuellement concurrentiel dans le recrutement et dans le placement, et nous cherchons à être dans un univers différent de celui de l université afin de pouvoir évoluer toujours plus. Notre prochain projet est d ailleurs d ouvrir un nouveau master à Paris, pour commencer à être sur un pied d égalité avec les ESC de la capitale. (1) L Euro*MBA est un programme en deux ans qui combine cours à distance et semaines résidentielles. Il est géré par un consortium européen, qui outre l IAE d Aix, implique notamment l Universiteit Maastricht Business School (Pays-Bas), Audencia Nantes EM (France), EADA Escuela de Alta Direccion y Administracion (Espagne) et HHL Leipzig Graduate School of Management (Allemagne). Ce MBA a été classé cinquième dans le monde dans sa catégorie par The Economist. Le Financial Times a également donné ce programme en exemple (parmi 40 autres) comme étant l un des «top distance learning and online MBA» en 2008. Analyse et stratégie Un candidat doit-il se fier aux infos sur internet? Les sites internet des écoles de commerce, les forums de discussion ou encore les guides et classements d établissements sont autant de sources d information, même imparfaites, pour les éventuels candidats aux formations initiales. Les écoles exploitent toutes les ressources de la toile, qui demande relativement peu d investissements financiers, pour prêcher la bonne parole. Gare au manque d objectivité! La première vitrine des écoles de commerce est leur propre site internet. Très soignés dans leur graphisme et leur présentation des multiples parcours offerts, ceuxci donnent une image brillante et lisse des établissements, qui surenchérissent en la matière. De quoi attirer des candidats qui s imaginent volontiers dans la peau des étudiants épanouis, fonceurs ou encore cosmopolites dont les photos s étalent, parfois accompagnées d une musique au 25 diapason. La communication des écoles va cependant au-delà. Passage quasi obligé, elles présentent leur campus, par des visites virtuelles ou des diaporamas, comme Euromed Marseille. Toutes se doivent aussi de jouer la carte maîtresse de l ouverture hors des frontières. Dès certaines pages d accueil, l anglais se mêle au français, et l international irrigue l ensemble des pages. Le site de l ESCP est même proposé en cinq langues, en correspondance avec ses cinq campus européens. En outre, figurent depuis quelques années sur les sites des logos aussi discrets qu efficaces: ceux des organismes de certification comme AACSB et Equis, lorsque les écoles ont décroché leurs labels. Autre autout que choisissent de mettre en avant certains établissements: l ancienneté et l expérience, comme la Reims Management School avec son message «1928-2008, 80 ans d excellence», ins-
Analyse et stratégie crit en bonne place. L INSEEC expose quant à elle ses anciens, qui défilent par une animation flash en première page et vantent les mérites de l école. Une initiative sort du lot et met finement en valeur l établissement concerné: celle du directeur d INT Management, Denis Lapert, qui anime un blog depuis décembre 2005, où il fait partager ses points de vue, au-delà des questions de business schools. Enfin, l ISC Paris a recours à un gadget qui semble fonctionner: il propose de cliquer sur le module «imagine ton parcours», où est soumis un questionnaire interactif pour les élèves de classes préparatoires et ceux visant une admission parallèle. Après une série de questions, sont expliquées en vidéo les possibilités de formations qui s offrent à eux. On peut remarquer que lorsque les écoles sont directement mises en «concurrence» sur un site, comme sur celui du concours Passerelle (passerelle-esc.com), alors elles se surpassent, notamment en vidéos sur l ESC TV associée. Des thèmes tels l égalité des chances et les activités des associations étudiantes y sont abordés. Forums impossibles à contenir Toutefois, ces sites, élaborés par les écoles et qui peuvent être qualifiés de promotionnels, ne permettent pas de juger objectivement de la qualité de leurs cursus. Les étudiants en sont conscients, et se tournent aussi vers les sites spécialisés - guides des écoles ou des métiers, sites consacrés aux palmarès, médias...- et surtout vers les forums de discussion, que les business schools peuvent difficilement maîtriser. C est là que se joue leur réputation. Avec souvent pour point de départ la question d un lycéen qui cherche à s orienter dans la jungle des formations. Etudiants, parents, professeurs et autres anonymes se lancent volontiers dans des joutes verbales qui peuvent «tuer» d un mot un établissement. Ils s appuient tantôt sur des éléments concrets comme leur expérience ou les classements, tantôt sur des rumeurs, ce qui ne fait guère avancer les débats. On se croirait au café du commerce: «La meilleure école, c est HEC comme son nom l indique : «Haute école du commerce», assure Calgan sur www.infos-du-net.com, alors que les initiales de HEC signifient «Hautes Etudes Commerciales». Sur le site questions/réponses de Yahoo, Christian s en remet plutôt à la vie réelle : «A part les parisiennes et EM Lyon, toutes les autres se valent ; ne vous fiez surtout pas aux classements faits par des revues ; ils ne correspondent à rien de sérieux si ce n est qu ils font vendre! Fiez-vous plutôt aux étudiants déjà dans l école et faites-vous expliquer ce qui va et ce qui ne va pas. Vous déciderez ensuite.» Et pour cela, faute de sites ou blogs d anciens à la hauteur actuellement, il faudra faire jouer ses relations... ou camper devant l école visée. Les discussions sont loin d être cantonnées aux forums d étudiants: sur Doctissimo.fr, Soso21 parle argent. «La plupart des sociétés ont 26 des grilles de salaires en fonction de l école de commerce dont vient le salarié. Dans la mienne, HEC est le plus payé. Viennent ensuite ensemble ESSEC et ESCP. Puis l EM Lyon, l EDHEC Lille et Nice, l ESC Reims, etc... Et enfin, un dernier groupe, avec toutes les autres», rapporte-t-elle. Là encore plus qu ailleurs, les généralités fleurissent, avec par exemple Shadow69, selon qui «il faut arrêter de croire que c est mieux à Paris... Il y a aussi beaucoup d écoles où on «achète» un diplôme qui ne vaut pas grand-chose. Les écoles de commerce c est aussi un vrai commerce». Sites communautaires peu investis ou ignorés Dérapages et attaques personnelles sont devenus monnaie courante sur internet. A tel point que sur certains forums, les discussions sur les classements des écoles de commerce sont désormais closes. «À la demande de nombreuses écoles de commerce, par voie de lettres recommandées, mises en demeure, assignations au tribunal, nous sommes aujourd hui contraints de supprimer l intégralité des sujets mettant en cause certaines ecoles. Il semble que le dénigrement anonyme via les forums fasse désormais partie de la guerre commerciale de ces grandes écoles», annonce l administrateur de www.forum.rue-montgallet. com, prévenant que les messages ayant trait à ce sujet seront systématiquement effacés. Il est un domaine sur internet que les business schools sont en train
Analyse et stratégie d investir: celui des sites communautaires, de youtube à facebook. L exemple venant souvent de l étranger, c est la London Business School qui leur a montré la voie dès 2008. En France, l ESC Lille a été une des pionnières, elle compte aujourd hui plus de 1000 fans. Elle a été suivie par nombre d écoles qui se sont approprié l outil pour, notamment, cibler les candidats potentiels. La «page» de l Essec compte plus de 2000 fans, celle de l ESCP plus de 1300 et l EMLYON, 700. Sur ces pages (à ne pas confondre avec les «groupes» facebook d étudiants ou d anciens élèves qui pullulent par ailleurs), les services de communication des écoles s emploient à répondre aux questions des internautes et à animer leur page avec des informations sur les programmes académiques ou les activités du campus. Mais facebook pourrait rapidement passer de mode et déjà, les écoles les plus actives se mettent à twitter, le nouveau réseau qui fait le buzz sur internet. Les sites de professionnels en réseau, à l instar de viadeo et linkedin, paraissent plus appropriés pour les écoles du fait de leur image de sérieux. Mais les étudiants potentiels risquent eux de ne pas y être inscrits. Sur youtube ou dailymotion, sites de partage de vidéos, le Analyse et stratégie meilleur côtoie le pire des écoles de commerce. Les tournages de soirées arrosées, de rencontres sportives et d élection de miss ESC ou encore les parodies de vie des étudiants sont même plus nombreux que les cours filmés et les clips léchés mis en ligne par les écoles elles-mêmes. Ces vidéos maison peuvent pourtant être vues plusieurs milliers de fois en quelques semaines, assurant une audience à peu de frais. On peut même parfois soupçonner que les étudiants soient mis directement à contribution pour présenter en vidéo et si possible de façon originale leur cher établissement. Les écoles de management se lancent dans la recherche À corps perdu, telle est bien la manière dont les grandes écoles de management françaises se sont investies dans la recherche ces dernières années. Confrontés à la concurrence internationale, les établissements tricolores autrefois à vocation strictement professionnelle travaillent à rattraper l Histoire. Quel est aujourd hui le salaire d un enseignant-chercheur de grande école de commerce? Impossible à dire du côté de HEC, trop variable sans doute selon les CV. «Entre 55 000 et 75 000 euros par an pour qui aura montré ses capacités professionnelles», selon Thierry Grange, directeur général de Grenoble Ecole de Management. «Au moins 60 000 à 70 000 euros dès qu il s agit de chercheurs de niveau international, plus de 150 000 euros pour un prof expérimenté, sans compter les primes de publication», d après Noël Amenc, patron de la recherche à l Edhec. Ces quelques chiffres en disent long sur l effort déployé par les grandes écoles françaises pour attirer les meilleurs au plan international. Historiquement focalisés sur l employabilité de leurs diplômés et leur relation à l entreprise, ces établissements, il est vrai, ne se sont intéressés à la recherche que fort tard. «Aujourd hui, à l heure de l économie de la connaissance, c est devenu un bon moyen de gagner en réputation, et ainsi d attirer de la 27 matière grise, les meilleurs chercheurs, les meilleurs étudiants, les meilleurs enseignants», confirme Hélène Paillarès, chargée de mission au sein du service de recherche de l ESC Toulouse. Même écho du côté de HEC Paris puisque selon Marc Vanhuele, à la tête des activités de recherche, «une grande business school ne doit pas se contenter d enseigner les idées des autres. La manière qu aura un enseignantchercheur de transmettre son savoir et sa démarche d analyse est également très appréciable».
Analyse et stratégie HEC : dans le top 10 européen en moyens L école de Jouy-en-Josas s est dotée d équipes réputées dans la recherche sur le comportement des consommateurs, les marques et le business to business. Elle dispose d un budget de plus de 8,5 millions d euros par an, soit «un investissement en hausse importante ces dernières années». La fondation HEC verse environ un million par an, contre 300 000 euros auparavant, la chambre de commerce et d industrie de Paris 400 000 à 500 000 euros de plus chaque année. «De quoi figurer dans le top 10 européen en termes de moyens Reste à traduire cela en résultats, cela prend toujours du temps», souligne Marc Vanhuele. Autre établissement ambitieux: l Edhec, dont le budget de recherche, de 7,5 millions d euros actuellement, est en rapide croissance depuis 2005 et devrait dépasser d ici peu les 10 millions. Selon Noël Amenc, «les financements externes et autres contrats représentent aujourd hui la moitié de notre budget, soit 4 millions». «Il s agit de faire de cette activité un vrai centre de profit. Ce n est pas pour rien que nous figurons aujourd hui en tête des établissements d Europe continentale cités dans le Financial Times pour leur recherche», vante-t-il. Après avoir lancé un PhD en finance objectif: une quinzaine de doctorants par an à terme, l Edhec prépare le lancement de plusieurs autres formations analogues, chacune fondée sur les pôles de recherche de l établissement (analyse financière et comptabilité, marketing, économie et droit). L établissement basé à Lille et à Nice a fait de la recherche l un de ses axes forts de communication, s offrant de pleines pages dans les quotidiens pour y présenter sa «research for business» c est-àdire une recherche qui «n a de sens que si elle (sert) les entreprises et l économie», selon l Edhec. «Une totale légitimité en matière de recherche» Moins riche que l Edhec et HEC, l ESC Toulouse n en néglige pas pour autant ce domaine. La recherche maison s organise aujourd hui autour d une soixantaine d enseignants et de six laboratoires spécialisés dans les sciences de la gestion et notamment le management de l aéronautique et du spatial. Le groupe ESC Toulouse a par ailleurs signé en juin 2006 une convention portant sur la création avec l IAE de Toulouse d une école doctorale commune et d un Institut de recherche. Autre institution déployant d importants efforts: Grenoble Ecole de Management, qui dépense pour cela 3 millions d euros chaque année, salaires compris. Son doctorate of business administration (DBA) maison est l une des seules formations de ce genre proposée par une école française, avec 170 étudiants répartis sur l Europe, les Etats-Unis et la Chine. Récemment accrédité AMBA, le cursus proposé depuis quinze ans est accessible en formation continue et devrait compter 300 étudiants d ici 2010. Enfin, un PhD orienté sur des thématiques de recherche plus fondamentale comme le marketing et la notion de capital client, est en cours de lancement. Il formera à terme une douzaine de diplômés par an. Reste pour ses promoteurs à espérer que ce diplôme soit accepté par l Université française. «De fait, souligne Thierry Grange, directeur général du groupe, la France ne reconnaît aucun diplôme étranger. Qu un PhD ait été délivré par Grenoble ou Harvard, il ne sera pas validé par l Université, alors que son titulaire sera admis sans problème à HEC ou à l Insead. Aujourd hui, les meilleures grandes écoles françaises de management ont pourtant acquis une totale légitimité en matière de recherche. Le processus de Bologne devrait, je l espère, apporter quelques améliorations à cette situation». La petite phrase : «Il y a dix ans, les meilleurs docteurs cherchaient des postes à l université, et quand ils n en obtenaient pas, postulaient dans les écoles de commerce. Cela change car les salaires dans les écoles de commerce sont supérieurs et, si le statut de fonctionnaire n y est pas possible, la sécurité de l emploi s accroît avec des CDI.» (Thierry Pénard, professeur d économie à l université Rennes I). 28
Analyse et stratégie Les petits trucs des écoles pour attirer les étudiants Alors que la presse et ses classements influencent très largement les orientations des étudiants de prépa, les grandes écoles de management peinent à s en défaire et à se distinguer les unes des autres. Pour attirer à soi les meilleurs préparationnaires, pas de secret. Quand on ne fait pas partie du top-5, il faut présenter quelques spécificités sur lesquelles bien communiquer. Illustration avec l ESC Dijon et l Escem. Toutes les écoles de management s interrogent: comment remplir les salles de cours d élèves brillants et motivés? Un challenge parfois difficile à relever pour les destinations ne bénéficiant pas de la notoriété des «Parisiennes» ou des grandes régionales comme l EM Lyon et l Edhec. Dès lors, il devient indispensable de savoir mettre en avant ses qualités et ses ambitions, une stratégie payante. La démonstration est ainsi en cours à l ESC Dijon depuis l arrivée à sa tête de Stephan Bourcieu en 2006. Cette année-là, l institution n avait accueilli que 145 élèves de prépa pour 150 places. Un affront depuis lavé grâce à la montée en flèche des inscriptions, de 1500 candidats en 2005 à 4400 au printemps 2009, grâce notamment à un dispositif d inscription commun avec l ESC Rennes et l ESC Clermont. «Une stratégie de développement judicieusement affichée nous a permis de mieux figurer dans les classements et donc d attirer plus de candidats», explique Stéphan Bourcieu, évoquant parmi ses objectifs «un positionnement à terme parmi les quinze premières écoles de management françaises et l acquisition d une vraie dimension européenne.» Le classement n explique pourtant pas tout. Ainsi l ESC Dijon estelle notamment connue pour son savoir-faire dans le management des entreprises culturelles mais aussi l audit et l expertise comptable cinq équivalences au DSCG (Diplôme Supérieur de Comptabilité et Gestion). De quoi régulièrement attirer des étudiants pourtant admis dans des institutions plus prestigieuses. Soit pour 2009 deux élèves de Grenoble Ecole de management, un admis à l Edhec et un admis à ICN, selon les statistiques du Sigem. 29 Confirmation de Jacques Chaniol, directeur de l ESC Tours-Poitiers, programme master de l Escem: «certaines spécialités peuvent s avérer très différenciantes. Ainsi en est-il de notre parcours en développement durable ou encore du campus presque entièrement anglophone de Poitiers». Mariette et Charles ont ainsi choisi d étudier à l Escem pour son campus poitevin: «un site anglophone idéal pour travailler plus tard à l international», selon la première. Idem pour Charles, entré via le concours Passerelle 2, après avoir obtenu le bachelor de Bordeaux EM : «Admis dans d autres écoles, j ai opté pour le parcours le plus international, accrédité Equis et AACSB». Ajoutez à cette recette l intégration de l établissement au sein de la banque d épreuves Ecricome ainsi qu une arrivée en force dans le dernier classement du Financial Times parmi les 40 meilleurs masters européens en management, et vous obtiendrez un bond considérable de 3600 à près de 5874 candidats en deux ans (1). Du côté de Dijon, Stephan Bourcieu estime que «la perception que les élèves ont de notre ambition est essentielle». La capitale bourguignonne soigne particulièrement l accueil des admissibles lors des oraux. Des «teams» d étudiants sont chargées de les accompagner car l impression laissée par cette journée peut s avérer décisive. Ainsi Julien avoue s être laissé séduire ce jour-là «par une école à taille humaine, plutôt simple dans sa manière d être, quelque chose qui me correspondait bien». Au moment du choix, l affectif peut lui aussi s avérer déterminant. NB : (1) ESC Tours-Poitiers (Escem), 5874 candidats au concours en 2009 (Ecricome) pour 3635 en 2007 (BCE). En 2009, selon les données Sigem, l Escem comptait 3789 admissibles pour 2237 admis et 275 affectés. Rang du dernier affecté : 1856. ESC Dijon, 4400 candidats au concours en 2009 (BCE) pour 2267 en 2007. 3639 admissibles cette année pour 1943 admis et 165 affectés. Rang du dernier affecté : 1280.
Analyse et stratégie Ecoles de commerce : toutes le même plan stratégique! Tous les 3 à 5 ans, les écoles invitent le public à découvrir leurs plans de développement de long terme. Elles n ont aucune obligation de le faire, mais ont des projets ambitieux et tiennent à le faire savoir. On note beaucoup de similitudes entre ces plans, tant dans les axes de développement choisis que dans les objectifs affichés. Classement : tout le monde dans le top-25! Enhardies par les rankings plutôt flatteurs du Financial Times, les écoles françaises n hésitent plus à viser une place de choix sur les plus hautes marches du podium européen. À BEM (ex-sup de co Bordeaux), on veut ainsi figurer «parmi les vingt meilleures européennes» d ici à 2010. A Rouen, l ESC se laisse jusqu à 2012 pour figurer parmi «les 25 premières institutions européennes». De son côté, l EM Lyon veut s installer «de manière pérenne dans le Top 10 des Business Schools européennes à l horizon 2012». En Bourgogne, l ESC Dijon souhaite «être durablement reconnu dans le paysage européen comme un acteur académique majeur du management entrepreneurial» d ici à 2012 (et accessoirement faire partie des dix premières écoles françaises). Au Ceram, enfin, on veut «intégrer le Top 25 des grands rankings internationaux de Business Schools». Bref, la compétition va être rude. Effectifs : big is beautiful Il n est plus question pour les écoles de pratiquer un malthusianisme d un autre temps. Elles veulent maintenant grossir, en attirant davantage d étudiants étrangers, en multipliant les programmes à tous les niveaux et en élargissant leur recrutement à des profils plus diversifiés. L école BEM vise 3000 étudiants d ici à 2010, contre 2200 en 2007 (+36%). Le groupe ESC Rouen compte sur 3800 élèves en 2012, contre 2600 en 2007 (+46%). Enfin, le Ceram entend tout simplement doubler sa capacité d accueil d ici à 2012. L école de Sophia-Antipolis atteindrait alors 4000 étudiants. International : c est une évidence Il n est plus une école qui ne se dise internationale. De HEC à l Ecole de Gestion et de Commerce de La Roche sur Yon (Vendée), on propose une formation ouverte sur le monde, et en anglais de préférence. A Lyon, l école de management a carrément ouvert un campus délocalisé en Chine et ambitionne d y faire étudier la totalité de ses étudiants pendant au moins un semestre! A l ESC Rennes, on souhaite rendre obligatoire le passage des élèves par «trois zones géographiques différentes» au cours de leurs études. Les accréditations : trois fois oui Equis, AACSB, AMBA : les écoles n aspirent plus à obtenir l une de ces accréditations, mais deux, voire les trois! Pour faire partie des écoles qui comptent, il faut maintenant la triple couronne, pensent les directeurs. Et quand elles l auront toutes? Développement durable : plus vert, tu meurs C est le nouveau thème à la mode dans les écoles de management. Si l on ne peut que se réjouir que nos futurs managers soient sensibilisés aux enjeux pour l environnement, force est de constater que les débouchés professionnels sont plutôt limités en ce domaine. Pourtant, les écoles tiennent absolument à donner des cours de «développement durable» à leurs étudiants. A Bordeaux, l école de management BEM en a fait l un de ses axes forts : chaire, cours spécifiques dès la première année d étude, séminaires, cas pédagogiques A Dijon, on fait davantage dans le social. Depuis 2006, l école a une chaire «Responsabilité Sociétale des Entreprises». À l avenir, l ESC bourguignonne veut intégrer la «responsabilité sociale dans la stratégie de l école, 30
Analyse et stratégie dans (son) identité et (sa) notoriété ( ) et la décliner dans l ensemble de (ses) comportements quotidiens»! Autre tendance populaire dans les business schools : adhérer au «Global compact» de l ONU (droits de l Homme, environnement, normes de travail, lutte contre la corruption). C est ce qu ont fait l Escem, l Essec, l Insead, l Inseec, l Edhec, l EM Lyon, l ESC Rouen et dix autres écoles de commerce françaises. La recherche : rattrapage général S il y a un domaine où les docteurs sont sollicités en ce moment, c est bien dans les disciplines du management. Les écoles de commerce sont toutes à la recherche de nouveaux professeurs aptes à mener des recherches, capables si possible de se distinguer par leurs travaux et surtout de les rédiger en anglais. Il y a dix ans à peine, les écoles de commerce ne juraient que par les intervenants professionnels. Que s est-il passé? Entre-temps elles ont réalisé que la production scientifique était l un des principaux critères de classement à l international. Comme ces établissements n ont pas les deux pieds dans le même sabot, ils ont réagi très vite. Et sont en train d investir massivement pour rattraper leur retard. A l ESC Dijon, on définit désormais la recherche comme «une activité essentielle». L école veut renforcer ses coopérations avec l université de Bourgogne et se «donner une visibilité académique par l organisation de conférences académiques internationales». Pédagogie : où est passé le menu? On a supprimé le menu, les cours sont maintenant proposés à la carte : cursus en anglais, cours à la demande, développement personnel.la tendance est à la flexibilité. À Bordeaux, l école de management propose aux étudiants de planifier leurs examens et de ne les présenter que lorsqu ils se sentent prêts. Les écoles du consortium Ecricome (BEM, Euromed, ICN, ESC Reims, ESC Rouen et Escem) ont pris une initiative originale: chaque école du groupement accueillera des étudiants des autres établissements partenaires dans ses majeures de spécialisation. De quoi démultiplier les parcours possibles pour les élèves. Peut-être effrayés par leur propre audace, les établissements en question ont toutefois décidé de limiter l initiative à deux étudiants par école. Programmes : l avenir est au bachelor C est très facile à comprendre : la réforme LMD (qui permet une sortie aux niveaux Bac+3, Bac+5 et Bac +8) menace l avenir des classes préparatoires (Bac+2). Pour le moment, les écoles n envisagent pas sérieusement la disparition des prépas. Mais elles accentuent tout de même leur recrutement d étudiants au niveau master et proposent de plus en plus souvent des programmes au niveau Licence. Dans cette logique, l EM Lyon «envisage de développer une école à recrutement post bac», même si elle n en est qu au «stade de la réflexion». L ESC Dijon a fait savoir, quant à elle, qu elle souhaitait «être présente de façon significative au niveau L, en déployant un ou plusieurs programmes undergraduate répondant aux attentes du territoire». L ESC Rennes a également annoncé qu elle allait lancer un programme post bac dont les effectifs devraient atteindre 360 étudiants en 2011. Enfin, l ESCP entend lancer des programmes Bachelors (3 années d études après le Bac) sur ses campus de Turin, Madrid et Berlin. Le programme ne s intitulera pas Licence car les écoles de commerce ne sont pas habilitées à employer ce terme. Les business schools n ont pas non plus le droit de délivrer le titre de docteur (qui est un monopole de l université en France). Comme il est essentiel pour elles d être présentes à ce niveau de formation, elles cherchent tous les moyens possibles pour contourner cette contrainte. Soit en passant un accord avec une université française ou étrangère, soit en appelant le programme PhD ou DBA. Pour mutualiser les coûts, certaines se regroupent pour monter leur programme, c est ainsi le cas des écoles du consortium Ecricome qui ont lancé un PhD en commun : le «doctorat Ecricome» (www.phd-ecricome.com). 31
À l international Les mini campus des écoles françaises à l étranger Changer d échelle, c est le pari que se sont lancé quelques écoles de commerce qui organisent des formations en dehors de nos frontières. Elles louent des locaux à l autre bout du monde pour y accueillir des étudiants de toutes nationalités ou ont même, pour certaines, bâti des mini-campus à l étranger avec un corps professoral permanent dédié. Leur but est par là de renforcer leur notoriété en internationalisant leur image, de pouvoir proposer des formations continues off shore aux cadres, et de faciliter le départ de leurs étudiants à l étranger plus facilement que dans le cadre d échanges avec des universités partenaires. Enfin, et ce n est pas la moindre des motivations, ces implantations permettent aux établissements hexagonaux d attirer plus facilement des candidats étrangers. Si toutes les écoles ont un volet international fourni, faits de partenariats, de participation à des réseaux, d échanges, certaines ont pris une longueur d avance. Passage en revue d établissements qui se distinguent. La souplesse des hubs de Grenoble Ecole de Management Créée en 1984, Grenoble Ecole de Management (GEM) fait partie des plus jeunes ESC mais s est montrée offensive à l international. Les entreprises grenobloises avec lesquelles l école travaille recherchent en effet des managers qui puissent dialoguer directement avec leurs ingénieurs. C est ainsi que depuis 15 ans l école s exporte au gré des besoins de ces entreprises. Pour cela, elle a créé des «hubs» c est-à-dire des partenariats avec des structures locales. Il ne s agit donc pas de campus en dur : les locaux sont simplement loués. Depuis 2002, GEM a développé sa politique multi-sites et en compte actuellement dix à l étranger : aux Etats-Unis (pour son Doctorate of business administration, DBA), en Russie (MBA), en Moldavie (MBA), en Géorgie (MBA), à Londres (MBA, Master in international business ou MIB, MSc in Finance, MSc in Marketing), au Maroc (Business Manager, MSc Management des Activités de Service, MS Achat, MS Management de projet décisionnel), en Chine (DBA), en Iran (MSc in Construction), en Suisse (DBA) et à Singapour (MIB). L Essec a misé sur l Asie L Asian Center de l Essec a ouvert fin 2005 à Singapour, «carrefour économique, commercial, financier et désormais éducatif», à la fois proche de la Chine, du Japon et de l Inde, fait valoir la business school. Singapour occupe aussi la quatrième place en business international devant Hong Kong. L Essec Asian Center s est installé dans les bâtiments de la bibliothèque nationale, où sur 1 200 m² sont accueillis chaque année quelque 380 étudiants, dont 240 cadres en formation continue. Les étudiants de l Essec MBA en France (programme grande école après prépa) peuvent y passer six mois, ceux de certains mastères spécialisés quatre mois. En formation permanente, les publics des Executive MBA et des programmes de management général y suivent quelques modules («field trip»). 32 Certains programmes de l Essec sont délivrés entièrement à Singapour, comme un mastère spécialisé en stratégie et management du business international, et un programme court pour les cadres sur la gestion des marques de luxe. Tous les cours sont en anglais. L ESC Toulouse compte trois campus L ESC Toulouse dispose de trois campus : à Toulouse, à Barcelone et à Casablanca. Le site espagnol a été ouvert en 1996 pour dédoubler le cursus bachelor et master. Environ 350 étudiants y sont actuellement inscrits. De nouveaux travaux d agrandissement sont prévus afin de permettre d ici 2010 l accueil de 500 étudiants. Le directeur du campus catalan, Olivier Benielli, explique que son école se démarque des structures locales car «elle est professionnalisante dès la première année». Les étudiants ont su reconnaître cette différence puisqu ils viennent des quatre coins du monde (un tiers sont de nationalité étrangère, dont 60% en bachelor).
À l international «Une fois diplômés, ils s insèrent facilement sur le marché du travail local. Quand les Espagnols mettent 6 à 12 mois pour trouver un emploi, les étudiants de notre campus barcelonais n en mettent que 3» précise-t-il. Les enseignements sont dispensés en castillan et en anglais, ce qui fait figure d exception dans cette région. Depuis la rentrée 2008 l établissement délivre à Casablanca le même programme grande école qu à Toulouse et Barcelone. Quelques formations initiales et continues y étaient auparavant offertes par l ESC depuis plusieurs années, en partenariat avec la Chambre française de commerce et d industrie du Maroc. Mais l école a franchi un nouveau pas il y a un an. Pour Joël Echevarria, directeur du développement marketing et des partenariats du groupe ESC Toulouse, «le but est de devenir leader de la formation en management dans les régions hispanophones, le Maghreb et l Afrique subsaharienne. Ces dernières auront de forts besoins en cadres dans les 15 années à venir». L ESCP : un tour d Europe en trois ans Née de la fusion entre Sup de Co Paris (dite ESCP) et l école européenne des affaires (dite EAP), l ESCP Europe est aujourd hui l établissement français le mieux doté en matière de campus à l étranger puisqu il en possède pas moins de quatre en propre - en dehors du bâtiment historique à Paris - à Londres, Turin, Berlin et Madrid. L établissement propose un modèle pédagogique original axé sur le mélange des nationalités et les études sur différents campus européens. Un modèle éprouvé depuis 35 ans déjà. Depuis la rentrée 2008, l ESCP a décidé de flexibiliser au maximum son offre de formation et de permettre aux étudiants d étudier où ils veulent, au moment où ils le souhaitent ou presque. Ainsi tous les étudiants peuvent choisir d effectuer leur première année de formation au choix à Paris, à Londres ou à Turin. L année suivante ils auront, chaque semestre, le choix d étudier à Paris, Londres, Madrid ou dans une université partenaire de l ESCP ailleurs dans le monde. Enfin, en troisième et dernière année (niveau Bac+5) les étudiants pourront à nouveau changer de campus et aller à Berlin, Londres, Turin ou Paris pour se spécialiser dans l une des 20 options proposées par l établissement. L ESCP recréé ainsi une sorte «d Erasmus Mundus» privé, mais accessible à 100% des étudiants de son cursus grande école. Près de la moitié des étudiants de cette école sont étrangers. L EM Lyon : le rattrapage international Jusqu en 2007, la «quatrième parisienne» lorgnait sur le modèle de sa concurrente ESCP Europe, sans pouvoir rivaliser en terme de promesse d expérience internationale. Elle avait bien monté en 2006 un triple diplôme «European Master in Management» (frais de scolarité : 10.000 par an) avec Aston Business School en Grande-Bretagne et LMU en Allemagne, qui n a, pour sa première promotion, attiré qu une vingtaine d étudiants. Mais, depuis deux ans, les choses se sont accélérées pour EM Lyon. Elle a tout d abord annoncé le lancement d un campus à Shanghai, en partenariat avec East China Normal University sous la marque EML Shanghai. Puis, dans la foulée, l école lyonnaise a annoncé l ouverture d un autre campus EML Geneva - dans le centre-ville genevois, au-dessus de la gare. Trois programmes de masters spécialisés y sont proposés en finance, gestion de fortune, luxe et management des organisations internationales. Parmi les projets d EM Lyon désormais, figure celui de faire en sorte que tous ses élèves suivent une partie de leur scolarité sur un des trois sites étrangers de l établissement : celui de Shanghai, celui de Genève et celui qu elle devrait ouvrir prochainement aux Emirats arabes unis, à Dubaï. Cet objectif devrait être atteint d ici à 2012. À terme, l école pourrait aussi ouvrir un quatrième campus en Afrique du nord. 33
Databank La sélectivité 2009 école par école Tout élève qui a effectué deux années de classe préparatoire économique et commerciale est pratiquement sûr d intégrer l une des quarante grandes écoles de management. Reste à savoir laquelle. En 2009, ils étaient 9417 candidats des classes préparatoires en compétition pour les 7295 places qui leur étaient réservées. Les taux de sélectivité (rang du dernier intégré sur le nombre de candidats) ont très légèrement augmenté pour les meilleures écoles. Ainsi seuls 9,1% des candidats à HEC y ont été admis, contre 9,4% en 2008, 14,6% des candidats à l Essec (contre 14,9% en 2008) pourront franchir les portes de l école de Cergy-Pontoise à la rentrée tandis que 17,7% des élèves de prépa qui se sont présentés à l ESCP (17,8% un an plus tôt) pourront étudier sur les campus de cet établissement à Paris, Berlin, Turin, Madrid ou Londres. À l EMLYON, le taux de sélectivité du concours 2009 s est élevé à 14,7% (15,3% en 2008), tandis qu il était de 18,8% à l Edhec (17,4% un an plus tôt). Ecole Nbre Candidats Var. nbre candidats /2008 % d'admissibles Taux d'admission Taux de sélectivité effectif Audencia Nantes 6 807 6,9% 33,4% 24,6% 21,1% BEM 6 581 9,1% 61,7% 41,8% 19,8% CERAM 4 622 30,3% 58% 39,7% 25,6% EM Normandie 1 260 129,9% 85,6% 33,4% 32,7% EM Strasbourg 4 400 139,5% 78,8% 45,9% 21,2% EDHEC 6 643 2,1% 34,3% 25,5% 18,8% EMLYON 6 338 4,4% 29,1% 20,4% 14,7% ENAss 120 14,3% 70,8% 23,3% 22,5% ESC Amiens 1 495 59,6% 87,0% 42,5% 33,8% ESC Bretagne-Brest 1 147 97,1% 82,4% 23,3% 21,8% ESC Chambéry 1 383 23,3% 91% 37,7% 37,7% ESC Clermont 4 400 20,5% 85,8% 37,3% 30,3% ESC Dijon 4 400 20,5% 82,7% 44,2% 29,1% ESC Grenoble (GEM) 6 700 17,3% 42,8% 30,8% 24,4% ESC La Rochelle 1 559 18,5% 86,5% 43% 34,4% ESC Lille 5 551 21% 52,6% 33,5% 33,5% ESC Montpellier 2 841 10,3% 85,1% 66,1% 38,2% ESC Pau 1 760 27,4% 86,3% 36,5% 35,5% ESC Rennes 4 400 20,5% 80% 49,4% 24,4% Rouen Business School 6 890 7,2% 46,1% 28,8% 17,6% ESC Saint-Etienne 1 372 22,8% 87,5% 30,4% 30,1% ESC Toulouse 6 640-0,03% 46,9% 33,7% 29,4% ESCEM 5 874 11,8% 64,5% 38,1% 31,6% ESC Troyes 1 406 18,8% 87,3% 39% 37,9% ESCP Europe 5 235 4% 25,8% 19,1% 17,7% ESSEC 4 721 6,8% 17,8% 15,9% 14,6% Euromed Management 6 563 12,1% 60,3% 39,7% 20,8% HEC 4 193 4,1% 16,7% 9,1% 9,1% ICN Business School 5 525 13,7% 59,9% 26,9% 22,6% INSEEC 1 963 21,1% 84,6% 56,6% 36,3% ISC Paris 2 647 40,1% 85,7% 57,5% 55% Reims MS 6 951 7,3% 48% 31,4% 21,2% Telecom EM 2 029-1,1% 59,9% 38,5% 27,6% Var. du nbre de candidats : Nombre de candidats en 2009 / nombre de candidats en 2008 % d'admissibles : Nombre de candidats autorisés à se présenter à l'oral / nombre de candidats Taux d'admission : Nbre d'admis (liste principale + liste complémentaire) / nombre de candidats Taux de sélectivité : Rang du dernier intégré de la liste complémentaire / nombre de candidats NB : Une fois leurs résultats connus, les candidats aux écoles de commerce par la voie des classes préparatoires indiquent quelles écoles ils souhaiteraient intégrer. Un dispositif commun à une quarantaine d écoles le SIGEM confronte ces vœux avant d affecter les étudiants à leur future école, par ordre de mérite. Les taux de réussite présentés dans le tableau ci-dessus ne sont toutefois pas exactement comparables dans la mesure où tous les établissements n attirent pas le même nombre de candidats, ni d ailleurs le même type de candidats. 34
Databank La sélectivité 2009 à l écrit et à l oral Un candidat qui a réussi les épreuves écrites d une école a de bonnes chances d intégrer cet établissement. Il y a proportionnellement moins de candidats éliminés à l oral. Neuf écoles peuvent se targuer d attirer plus de 6000 candidats à leur concours, il s agit de Reims Management School (6951 candidats au concours 2009), Rouen Business school (6890), Audencia (6807), l ESC Grenoble (6700), l Edhec (6643), l ESC Toulouse (6640), BEM (6581), Euromed Marseille (6563) et EMLYON (6338). Pour autant, elles restent moins sélectives que HEC (4193 candidats en 2009) ou l Essec (4721) car elles admettent un nombre plus élevé de candidats. Pour toutes les écoles de commerce, l essentiel de la sélection se fait sur la base des épreuves écrites. Six d entre elles autorisent moins de 40% des candidats à se présenter aux épreuves orales. Il s agit de HEC (16,7% des candidats en 2009), l Essec (17,8%), l ESCP (25,8%), EMLYON (29,1%), Audencia (33,4%), l EDHEC (34,3%). À l inverse, une majorité d écoles déclarent admissibles plus de la moitié de leurs candidats. Certaines admettent même plus de 80% de leurs candidats à l oral : à l ESC Chambéry (91% d admissibles) ou à l ESC Amiens (87%). Une fois admissible à une école, un candidat des classes préparatoires a de bonnes chances d y être admis, même dans les très bonnes écoles. Ainsi 82% des admissibles à l Essec y sont admis après les épreuves orales. C est également le cas pour 63% des admissibles à Audencia ou 68% des admissibles à l ESCP. Certaines écoles ouvrent mêmes leurs portes à près de 100% de leurs admissibles, mais ce sont ces derniers qui refusent finalement d intégrer l établissement, elles ne font donc pas le plein. En 2009, ce fut notamment le cas pour l ESC Bretagne (21 prépas intégrés pour 70 places proposées) et l ESC Chambéry (59 intégrés pour 70 places). Ecole Nombre de candidats Nombre d'admissibles % d'admissibles % d'admissibles qui intègrent Audencia Nantes 6 807 2 271 33,4% 63% BEM 6 581 4 063 61,7% 32% CERAM 4 622 2 679 58% 44% EM Normandie 1 260 1 079 85,6% 38% EM Strasbourg 4 400 3 465 78,8% 27% EDHEC 6 643 2 277 34,3% 55% EMLYON 6 338 1 846 29,1% 50% ENAss 120 85 70,8% 32% ESC Amiens 1 495 1 300 87,0% 39% ESC Bretagne-Brest 1 147 945 82,4% 26% ESC Chambéry 1 383 1 258 91% 41% ESC Clermont 4 400 3 777 85,8% 35% ESC Dijon 4 400 3 639 82,7% 35% ESC Grenoble (GEM) 6 700 2 870 42,8% 57% ESC La Rochelle 1 559 1 349 86,5% 40% ESC Lille 5 551 2 920 52,6% 64% ESC Montpellier 2 841 2 417 85,1% 45% ESC Pau 1 760 1 519 86,3% 41% ESC Rennes 4 400 3 522 80% 31% Rouen Business School 6 890 3 176 46,1% 38% ESC Saint-Etienne 1 372 1 200 87,5% 34% ESC Toulouse 6 640 3 114 46,9% 63% ESCEM 5 874 3 789 64,5% 49% ESC Troyes 1 406 1 227 87,3% 43% ESCP Europe 5 235 1 353 25,8% 68% ESSEC 4 721 840 17,8% 82% Euromed Management 6 563 3 955 60,3% 34% HEC 4 193 702 16,7% 54% ICN Business School 5 525 3 310 59,9% 38% INSEEC 1 963 1 661 84,6% 43% ISC Paris 2 647 2 269 85,7% 64% Reims MS 6 951 3 339 48% 44% Telecom EM 2 029 1 215 59,9% 46% 35
Les écoles de commerce dévoilées - Octobre 2009 - ouvrage collectif sous la direction de Pierre Pillet Editions de L Observatoire Observatoire Boivigny 1, rue des Carmes 75005 Paris Toute reproduction, même partielle et quel qu en soit le support, est interdite sans autorisation préalable de l éditeur. Version électronique / Une édition papier est également disponible Dépôt Légal : octobre 2009 - ISBN 978-2-918782-00-1 36