1 par Jean-Marie Élie Setbon
L'amour se partage. Et il ne se partage pas tout seul! Il se donne entre deux partenaires. Les deux premiers partenaires sont, au cœur de la Sainte Trinité, le Père et le Fils. De cette relation "jaillit" une troisième personne : l'esprit saint. Et voici la première famille composée de trois personnes! Puisque nous sommes créés à l image de Dieu, nous allons nous aussi refléter la famille divine qui constitue alors le repère ; tout va tourner autour de la famille, au sens large : l humanité, l Église, la famille domestique. Nous tous qui avons reçu le baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu. Et comme le dit saint Jean, «nous le sommes vraiment» (1 Jn 3, 1). Par conséquent, quand nous disons le «Notre Père», nous nous adressons véritablement à notre père. Ce ne sont pas que des mots! En sommes-nous conscients? Le vivons-nous vraiment? De même, réalisons-nous que chaque chrétien est réellement notre frère, que chaque chrétienne est concrètement notre sœur? Je vous invite à lire ou à relire ce passage de l évangile de saint Matthieu dans lequel une personne interpelle Jésus (Dieu incarné!) à propos de la famille : Comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu un lui dit : «Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler.» Jésus lui répondit : «Qui est ma mère, et qui sont mes frères?» Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : «Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère» (Mt 12, 48-50). On aurait pu s attendre à ce que Jésus réponde qu il existe des choses plus importantes que la famille comme les malades, la loi, etc. Mais non : il répond dans l ordre de la famille. Jésus manifeste ainsi la primauté de la famille! Et il nous révèle que notre véritable famille, c est celui qui fait la volonté de Dieu. Par cette réponse, Jésus dénigre-t-il notre famille de chair? Non, mais il nous indique ce qu elle doit être : une famille à la ressemblance du Dieu trinitaire, une famille toujours plus divinisée! 2
Ainsi, l'amour qui s'échange entre les parents et les enfants doit être à l'image de celui du Père, c'est-à-dire libre. C est l'amour divin, qui nous vient de la relation entre les trois personnes de la Sainte Trinité, qui doit alimenter et animer notre amour naturel. Le Fils a toujours fait la Volonté du Père. De même, l enfant doit obéir à son père et à sa mère, dans la mesure bien sûr où ceux-ci sont ordonnés à Dieu. Ainsi, dans l'épître aux Éphésiens, saint Paul déclare : «Enfants, obéissez à vos parents, selon le Seigneur» (Eph 6, 1) «Et vous, pères, n'irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.» (Eph 6, 4) En se contemplant, le Père engendre le Fils. De même, en contemplant Jésus à travers sa Personne, sa Parole, ses actes, notre humanité s enracine au sein de la Sainte Trinité dès ici bas. Nous pouvons, par la grâce du Seigneur, construire cette véritable famille chrétienne, avec des vocations d hommes, de femmes, de pères, de mères, de prêtres, de religieux et de laïcs. À la lumière de tout ceci, nous comprenons que la cellule familiale, que ce soit au sens le plus large (l Église) ou le plus restreint (la famille domestique), fait partie de la pensée de Dieu : elle s'inscrit dans le projet divin. De la même manière, chaque membre de cette famille fait partie du projet de Dieu. Ainsi, tout baptisé peut et doit se dire : «Moi (prénom), j'ai été élu en Christ dès la fondation du monde (cf Eph 1, 4)! Dieu m'a choisi et pose sur moi son regard, en Luimême.» Si cela implique que nous recevons des grâces, cela signifie aussi que nous avons chacun une responsabilité vis-à-vis de ce regard d amour qui est posé sur nous, et donc une responsabilité vis-à-vis de l autre : époux, épouse, enfants. Dieu nous fait confiance, malgré notre faiblesse et nos limites, malgré la petitesse de notre humanité! 3
C est justement parce qu'elle fait partie du projet de Dieu que, depuis toujours, la famille, divine et humaine, est attaquée par le démon. Comment? À travers des idées qui soi-disant devraient servir les intérêts de la famille mais qui, au bout du compte, la détruisent de l intérieur comme un cancer! Tout être qui a été créé par Dieu ne désire qu'une seule chose (consciemment ou non) : c est de rejoindre sa source, vivre au sein de cette famille trinitaire, vivre d amour, déjà sur la terre! Le serpent, le «rusé», le sait très bien. La guerre est ainsi déclarée contre la famille... Comment va-t-il s'y prendre? En s'attaquant à l'incarnation de Dieu, c'est-à-dire à sa présence, dans nos familles... Souvenons-nous de la proposition que fait le serpent à Ève dans la Genèse : «vous serez comme des dieux» (Gn 3, 5)... Le démon, pour dominer le monde, va tenter d'y prendre la place de Dieu. Il va tout faire pour pénétrer au sein même de notre humanité. Ainsi, dans cette lutte, l'homme devient le champ de bataille. Le combat du chrétien ne se situe donc pas entre le bien et le mal d un point de vue moral, mais entre deux présences dans sa vie : celle de Dieu ou celle du démon. Ce dernier va s acharner en particulier contre l'incarnation divine parce que c'est par elle que Dieu reprend ce qui lui appartient : l homme et la femme. Par conséquent, il faut qu'au sein de nos familles, notre vie au quotidien soit unie à notre spiritualité, que notre humanité soit comme imprégnée de la présence de Dieu. J'aime prendre l'image d'un poivron que l'on fait cuire dans l'huile : en se dilatant sous l'effet de la chaleur, il accueille cette huile et s'en imprègne totalement, tout en restant lui-même. Nous aussi, dans chacun des actes qui constituent notre quotidien, laissons-nous imprégner par Dieu, par cette huile qui est celle de notre baptême... C'est ainsi que nous pourrons permettre à nos familles de vivre de et pour ce magnifique projet d'amour que Dieu a conçu pour elles et, à travers elles, pour chacun d'entre nous! Ce n est pas par hasard si Dieu s est incarné au sein d une famille, au sein d un peuple, d une société, d une culture. Nous sommes dans une continuité! Voyons comment, dans l Ancien Testament, la famille est présente au cœur des desseins de Dieu pour notre humanité et comment Dieu prend position au sein de la famille... 4
Dans la Genèse, le premier commandement donné par Dieu est le suivant : «Pour vous, soyez féconds, multipliez, pullulez sur la terre et la dominez» (Gn 9, 7). Dieu s implique dans la construction de la famille! Le démon, pour faire échouer le projet de Dieu, va alors s attaquer à celle qui est la source de la fécondité : la femme. Il sait que la désobéissance d'ève aura pour effet de réduire à néant le projet de Dieu sur la famille. En effet, Dieu avait donné à l'homme ce commandement : «Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort» (Gn 2, 16-17). Hugo van der Goes, vers 1480. D'un bout à l'autre de l Ancien Testament, de Caïn à Abraham, Satan s acharne à détruire la cellule familiale : Caïn tue Abel, puis voici qu'arrivent l'idolâtrie et les débauches en tout genre... C'est alors que Dieu décide de purifier l humanité, de tout recommencer. Là encore, il le fait à travers une famille : Noé et les siens. Et voici un nouveau monde... Jusqu au jour où Dieu va choisir un homme marié, Abraham, ayant pour femme Sarah, à qui Il donnera le fils de la promesse. Et nous voyons Dieu persévérer, inlassablement, dans son projet de créer une cellule familiale jusqu à l Incarnation de Dieu sur la terre au sein d une famille. 5
À la lumière de tout ceci, nous pouvons nous interroger, faire le point : où en sommes-nous vis-à-vis de ce projet divin sur notre famille? Comment vivons-nous l'incarnation de Dieu, sa présence dans notre vie quotidienne? Nous, parents, nous devons prendre conscience de la nécessité de cette fluidité de la présence de Dieu au sein de notre famille. Demandons la grâce de pouvoir vivre cela. Prions aussi pour que l Esprit saint nous éclaire pour la mise en action, en comportements. Ne comptons pas simplement sur l'école catholique, le prêtre, le scoutisme ou l'aumônerie pour transmettre Dieu à nos enfants. Prenons conscience de l'importance de cette transmission à la maison... Prions en famille aussi naturellement que nous mangeons ou que nous dormons. La prière en famille ne devrait pas constituer un temps «à part», mais bien un temps «au dedans», comme toutes les autres activités de la famille. Parlons de la Parole de Dieu avec nos enfants, aisément, à table ou à n'importe quel moment de la journée. Faisons exister Dieu, faisons-le vivre dans les événements de la famille, grands ou petits, dans ce qui fait notre quotidien. Tout est occasion de dire Dieu, de vivre Dieu : une maîtresse trop sévère, une déception avec un camarade... Comment aurait fait Jésus dans une telle situation? Que dit la Parole de Dieu, que dit l Église sur cela? Que disent-elles sur les lois de notre société, dans tous les domaines? Oui, ramenons notre quotidien à la Parole. Montrons l'exemple à nos enfants! L'éducation passe davantage par le témoignage et par le comportement que par le discours et les leçons de morale. Néanmoins, ne nous culpabilisons pas de nos erreurs et de nos faiblesses! Il est au contraire important que les enfants s'aperçoivent que leurs parents ne sont pas parfaits. Le démon, lui, aime la perfection. Chaque pièce de la maison peut être marquée par une représentation qui nous invite à la prière, qui nous rappelle que Dieu est partout, pas seulement dans un coin! Demandons la guérison de cette tendance qui consiste à séparer le temps pour Dieu du reste du temps. Tout est à Dieu, pour sa gloire! Et en premier lieu, la famille, comme nous l'avons vu... 6. delakippaalacroix.fr Tous droits réservés.