CONFERENCE DE LA CITE DES SCIENCES Mercredi 24 janvier 2007 OKSANA MONT, professeur à l International Institute for industrial environmental economics, Université de Lund, Suède «Planète cherche éco-construction. Ici et là, des solutions durables au quotidien» Il faut que les hommes politiques agissent mais il faut aussi que chacun d entre nous fasse quelque chose même si ça représente une petite part. Puisque nous sommes des milliards de consommateurs, on peut faire une différence. Quel est en fait le problème? La planète est écrasée car nous consommons plus de ressources qu elle n en produit et qui lui sont soutenables ; de plus nous polluons en consommant ces ressources, bien plus qu autrefois et sa capacité d assimilation des déchets ne peut plus se faire car il y en a trop. Combien de planètes nous faudrait-il alors pour traiter ces déchets et les assimiler? Le ministre de l environnement norvégien, il y a 13 ans, disait que si 7 milliards d êtres humains consommaient l équivalent de ce que nous consommons en Europe, il faudrait plus d une planète jusqu en 2002 ; si nous continuons notre croissance il faudrait 2 planètes jusqu en 2050 et 4 d ici 2100. Où va-t-on trouver ces planètes? Espérons que des Aliens veuillent bien nous accueillir ou que l on trouvera d autres mondes habitables! Alors que peut-on faire avec la planète dont on dispose? Historiquement, il faut déjà savoir et comprendre où se situent les sociétés de production et comment elles polluent. Des efforts sont faits pour réduire les pollutions avec de nouvelles technologies moins polluantes. Mais le problème demeure, pourquoi? La consommation ne cesse d augmenter depuis dix siècles. Il faut faire attention lorsque l on parle de «la classe des consommateurs» de ne pas seulement l appliquer aux pays occidentaux car il y a des Chinois ; même si seulement 25% de leurs habitants sont de gros consommateurs, n oublions pas que leur population est très nombreuse. Et de plus en plus de gens souhaitent consommer C est tout un mode de penser, une philosophie de vie qu il faut changer : beaucoup pensent qu ils achètent pour vivre ; «je fais des courses donc je suis», les gens se définissent comme individu par ce procédé car ils peuvent montrer autour d eux ce qu ils possèdent. Il y a 30 ans le psychologue et philosophe Eric Fromm a dit : «si je suis ce que j ai et si je perd ce que j ai alors qui suis-je?». Il y a aussi les nouvelles cathédrales de la consommation : les gens ne vont plus à l église mais au supermarché tous les samedis avec leurs enfants ; aux USA, c est le loisir. Chaque produit a son sac à dos d énergies dépensées pour sa production et il augmente de taille pour chaque nouveau produit. Par ailleurs, on peut observer un autre problème : l impact de l utilisation. C est l idée du cycle de vie de chaque objet (extraction, production, rejet des voiture et de l électricité surtout) : 80% de l impact sur l environnement vient de ce processus en amont.
Voyons quelle est la fonction d une voiture : sa mobilité surtout. Si la quantité de fioul qu on prend est de 100%, la source de dépense utilisée juste pour ce déplacement n est en fait que de 2% et le reste est pour couvrir la production du produit. Voyons la nourriture aux USA : le soda et le Mac-donald s ont doublé de taille ainsi que les produits dans les supermarchés. Il y a aussi plus de produits dans les supermarchés au nom du choix du consommateur. Qu est ce qui est mieux? Consommer des produits peu polluant ou consommer moins. Le temps qu on passe avec un produit est de moins de 15mn, chiffre à la baisse, en sachant que l emballage est considéré comme un produit. Plus de produits donc plus de déchets. On s imagine que plus il y a de croissance, plus les gens sont contents or une étude menée sur 110 pays montre que Cuba et le Nicaragua sont les plus heureux (satisfaction de vie) alors qu ils ont un faible PIB ; en Chine aussi jusqu en 1990, puis on a cherché à augmenter le PIB au détriment du bonheur ; tandis qu aux USA, les gens sont coincés dans cycle travail/ argent/ dépenses (cf. Juliette Schor). En fait 80%de la population utilise 20%ressources et inversement. Que pourrait-on faire? En sachant que toutes les personnes ne peuvent pas faire le même effort dans tout. On peut acheter des produits plus efficaces et se demander si on a fait une économie de geste. On peut aussi calculer notre empreinte écologique, notre emprise sur le sol (myfootprint.org) afin de remettre en question notre consommation par rapport à notre besoin de base. Il y a 20 ans, en Suède, pour que les femmes puissent aller travailler, il y avait des machines communes dans les immeubles ; avec en plus les normes environnementales actuelles, ce phénomène s accentue aujourd hui et tout le monde y gagne. Avec un gardien qui gère aussi les emprunts des outils de bricolage mécanique, on peut de cette manière se permettre d acheter en commun un outil plus cher mais de bonne qualité. Autre possibilité : les éco-villages où les gens préoccupés par environnement fabriquent leur propre village à basse consommation et produisent leur propre alimentation. Je pense aussi à la consommation lente : le «slowliving»ou «slowfood» pour profiter de la vie et de ce que l on consomme. Il y a aussi les programmes d échanges locaux, commerciaux comme la mutualisation, les échanges de maisons, de compétences, d heure de travail ; pour recréer le sentiment de collectivités. On peut aussi choisir des produits respectueux de l environnement (voir écolabels, étiquettes bio) ; acheter des services verts comme des vacances vertes (transport et alimentation proche) ; prendre en compte aussi les problèmes sociaux (café équitable, petits producteurs) ; choisir de consommer des produits locaux (marché bio, marché paysan, AMAP bio, exploitation maraîchère bio qui offrent aussi des réponses aux questions du consommateur qui veut savoir ce qu il mange) ; ou encore choisir des produits dématérialisés (scotch sans support) ou des recharges ; marcher à pied où vélo ; voyager moins ; travailler sur son lieu de travail Quelles alternatives? On peut mettre des amendes pour les voyages inutiles, faire des publicités qui font réagir. Au japon, l origine et les conditions de production sont lisibles sur les étiquettes des produits avec un numéro de téléphone.
Des ONG travaillent contre le consumérisme en organisant la journée internationale de ne rien acheter ou en installant des distributeurs revalorisant de produits que les gens sont venus déposer car ils n en avait plus besoin, afin qu une autre personne les récupère. Chaque jour nous pouvons faire des petits pas en organisant sa journée type qui pourrait être par exemple: préparer son déjeuner avec des produits bio, se désinscrire des listes pour ne plus recevoir de courrier inutile, prendre le café au boulot dans une vraie tasse, imprimer le papier recto-verso, utiliser du papier et des enveloppes réutilisables, acheter les fournitures en vrac et sans sachet. Questions des auditeurs Question n 1 : Je suis contre cette approche empirique qui n apportera pas de solutions, qui apporte trop de pression sur les droits de l homme. Chaque acteur a son effectivité même si ses gestes sont moins importants que ceux que pourraient faire les entreprises (elles ont une pression depuis les années 70 et les produits sont maintenant plus efficients). Le consommateur fait la différence par ses achats mais bien sûr il n est pas le seul. Question n 2 : En tant que consommateur, on subi (on subi l éducation, on a une pression permanente dans le travail et dans la vie). Que pensez-vous du problème de croissance démographique et que proposez-vous aux gens modestes car les produits de bonne qualité sont chers ; je trouve aussi que le partage est une atteinte à la liberté mais c est vrai que si l avenir de la planète en jeux, on fera des efforts mais la sensibilisation se fera alors au prix d efforts importants. Dans les pays pauvres, en Afrique par exemple, ils ne produisent pas certains produits ; alors est-ce qu il vaut mieux leur donner ces produits ou leur apprendre à les fabriquer? Car si l on croit bien faire en envoyant les équipements de production pour qu ils puissent fabriquer mais en n éduquant pas ces populations pour qu ils s en servent correctement, c est inutile ; il faut revoir cette politique. En plus, ces gens veulent le même niveau de vie que nous, c est normal, mais comment nous adapter à cette demande? Ces problèmes sont de notre responsabilité ; nous avons profité de ces pays et on ne peut pas ne pas s en préoccuper. Alors oui, il y a atteinte à liberté mais il faut apprendre à apprécier et à partager d autres valeurs ; on peut prendre mais il faut aussi donner. Question n 3 : On est pas si en retard en France par rapport aux pays scandinaves ; d où vient le chiffre de 80% de produits qui ont une durée de vie inférieure à15mn, comment est-il déduit? Comment sait-on quelle emprunte écologique a un yaourt et quelle est la clé pour pouvoir reconnaître les bons produits et choisir un produit qui pollue moins ou changer notre mode de vie? Comme on est dans système où on recherche la croissance à forte valeur ajouté, je ne vois pas comment faire pour réduire notre consommation? Il n y a pas d étude pour calculer ces chiffres en général mais pour un produit en particulier. Les labels utilisent les données en provenance de ces évaluations de ces valeurs; il faut donc se fier aux labels. Bien sûr, il y aura toujours une emprunte
différente selon les produits selon l énergie qui est dépensée en amont ; le cycle de vie est différent pour chacun. Si on prend l exemple des frigos, ils sont plus gros qu avant et donc consomment plus d énergie alors qu ils sont considérés comme étant le même modèle que l ancien et vendus au même titre, d où l intérêt de se fier aux labels (classe A, B ) qui eux, prennent en compte ce changement de consommation. Il faudrait que soient listés sur Internet les critères avec lesquels sont évalués ces labels afin que tous sachent. Depuis 20-25 ans on parle d un impôt écologique sur les ressources mais en fait l impôt est sur travail car on croyait que les ressources étaient infinies donc on taxait l optimisation de la main oeuvre ; maintenant on sait que les ressources sont limitées alors il faut réduire impôts sur la main d oeuvre (en Suisse ou au Danemark, les charges sociales sont réduites petit à petit de 4% ; en Norvège même le prix une coupe de cheveux est réduit) pour en mettre sur les ressources. Les gouvernements sont conscients de ça mais il n y a pas d impérativité pour améliore l efficacité dans utilisation des ressources. Question n 4 : Je me présente comme le conso modèle car depuis les années 70 je ne possède presque rien (ni frigo, ni télé, ni voiture ) mais ça m oblige à vivre en ville car la voiture est indispensable à la campagne. Sauf que si tout monde faisait comme moi, on retournerait à l âge des cavernes! La consommation a fait travailler des milliers de gens? Qui a dit que les bénéfices d une société devaient être liés à des produits matériels? Prenons l exemple du business des dirigeables dans les années 20 : quand il y a eu la catastrophe, ils ont choisi d arrêté d en construire alors que les gens auraient pu être considérés comme de la valeur ajoutée. Actuellement, on vit dans une économie de services mais pas de production ; 75% des gens dans ce monde industriel travaillent dans les services: les vendeurs automobiles, par exemple, gagnent leur vie sur le service après vente mais pas sur la vente. Question n 5 : Les pays en voie de développement ne sont pas du tout en voie de développement et les pays pauvres sont riches, intrinsèquement, mais en proie à la corruption et aux guerres. Ce que vous proposez, vivre en autarcie, est une utopie ; 6 milliards d individus ne peuvent pas vivre en autarcie!? Je ne dis pas qu il faut se séparer de tout mais on peut chacun faire quelque chose. Les PVD et PP sont perdus? C est une façon de voire ça. Qui a l argent pour la guerre et pour les industries nouvelles qui s installent? Nous sommes riches en argent et pauvre en temps alors que dans les pays en voie de développement c est l inverse ; ils peuvent être plus heureux car les valeurs de solidarité ne sont pas matérialistes, le lien social est fort, la notion de partage est bien présente sans que ce soit une entrave à la liberté : en Turquie, toute une famille n a qu une seule voiture et malgré ça, ils ne font pas d efforts et ne se privent pas forcément. Question n 6 : Pour vous, une baisse de la consommation et une meilleure consommation est préférable mais une décroissance est-elle indispensable?
Une remise en question du besoin ne veut pas dire consommer moins ; si on a une machine à laver pour tous, ce serait l idéal. Il faut augmenter la croissance économique, bien sûr, mais la vraie question c est de savoir d où vient l argent ; ce que je remets en question, c est ce cycle. Il faut aussi améliorer les consciences : en Norvège, on a beaucoup de pubs écolo pour une meilleure consommation ; on pratique beaucoup le «e-learning», les cours à distance.