Commentaire des fresques



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Transcription:

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Commentaire des fresques 1) St Philibert évangélise Ratiate rasée par les Normands Gunterius construit Ste Croix 2) Harscoët de Rais fonde l abbaye de la Chaume, 1055 3) Robert d Arbrissel prêche la 1 ère croisade, 1095 Harscoët de Rais 4) St Honoré, arrivée des reliques vers l an mil 5) Dame Beatrix donne le vieux marché (Cohue) an mil 6) Les Chabot construisent le château 1000 7) Gilles de Rais, grand criminel, - René de la Suze, André de Lohéac 8) Gilles de Rais (1404 1440) maréchal de France, écuyer de Jeanne d Arc 9) Arrêté par ordre de Jehan de Malestroit 10) Louis XI, triomphe manqué 1473 11) Baron Chauvigny 12) Anne de Bretagne sire de Rieux prise de Machecoul 1490 13) D Avaugour et Maréchal de Belle-Isle défendent Machecoul contre Henri de Navarre 1588-14) Henri de Navarre pille et brûle les abbayes de Loyau et de l Isle Chauvet 1588 15) Antoinette d Orléans construit le couvent des capucins, sépulture de son mari le maréchal de Belle Isle, tué au Mont St Michel - 1600 16) Pierre de Gondy et sa fille Marie : il construit le couvent des Calvairiennes 1678 17) Maître Real et le chevalier de la Grandière construisent l Auditoire au nom du marquis de Brie-Serrant 1780 18) Marquis de Brie- Serrant, La Rabine, 1782 19) La Roche St André prend Machecoul avec 6000 paysans 11 mars 1793 20) Souchu, Charrette de la Contrie, La Roche St André occupent Machecoul du 11 mars au 22 avril 1793 21) Général Beysser Carpentier M. de Charrette : 1 er janvier 1794 Machecoul reste aux républicains après avoir changé 4 fois de mains 22) Turreau colonnes infernales : 12 janvier 18 mai 1794 23) Général Travot Charrette de la Contrie : capture de Charrette 25 mars 1796 24) Marquis de Brie-Serrant- J.B. Fayolle Achat de l Auditoire pour en faire la mairie 29 août 1804 25) L. de la Rochejaquelein et la duchesse de Berry Chouannerie 1832 26) Abbé Bouron Abbé Lavigne construisent l église : 1863 1880 27) M. de la Biliais construit les Halles 1892 2

St Philibert évangélise Ratiate rasée par les Normands Gunterius construit Ste Croix - 950 On ne retrouve pas de traces de cet épisode tel qu il est titré. Que désigne, ici, le terme «Ratiate»? l ancien nom de Rezé, ou celui des habitants du pays de Retz au Moyen Age, ou le nom donné à l ensemble du territoire? Ci-après, un bref résumé de ce que l on connaît à propos de St Philibert et des invasions normandes. * Philibert est né, dans le Gers, vers 616. Après avoir reçu une solide éducation à la cour de Dagobert, il devient moine, puis abbé de Rebais, près de Meaux. Il étudie la règle de St Benoît, puis fonde l abbaye de Jumièges sur l estuaire de la Seine. Il est obligé de s exiler à Poitiers. L évêque lui confie la charge de fonder un monastère dans l île d Her(Noirmoutier). * L abbaye est prospère grâce aux marais salants, et compte plusieurs centaines de moines, dont certains s établissent autour du golfe de Machecoul pour fonder des prieurés paroissiaux, notamment à Ste Croix, avec la construction d une chapelle St Jean ( fin VII s) et d une chapelle dédiée à la Vierge dans les Chaumes. * St Philibert meurt en 684 ou 685. Son corps est déposé dans la crypte de l église abbatiale de Noirmoutier. Les invasions normandes, devenant régulières à partir de 815, obligent les moines à se replier en été dans leur propriété de Déas où ils commencent la construction d une abbatiale, peu à peu agrandie et aménagée pour recevoir le sarcophage de St Philibert(836). * La translation du saint se fait par Beauvoir-sur-mer, Bois de Céné, La Garnache, Paulx, jusqu à Déas (St Philbert de Grand Lieu). Les invasions des Normands à Nantes (843), Noirmoutier (846) poussent les moines à s enfuir à Déas, puis à Cunault et Tournus. Déas est ravagé en 847. La nef de l abbatiale est incendiée. * Quant à la construction de Ste Croix par Gunterius, je n ai pas trouvé de document évoquant ce fait. S agit-il d un personnage converti (un prince normand) par les moines philibertins, qui aurait changé ainsi de nom et pris un nom «latinisé»? Possible, mais peu probable. * Dans les documents, on évoque l érection en 840 d une forteresse en bois, bâtie sur une motte féodale, par Bego, comte de Poitou. Il s agit de créer une défense face aux invasions normandes. Les Normands détruisent ce dispositif défensif, ainsi que les chapelles qui l entourent. * Mais, cela ne correspond pas à la date de construction de Ste Croix évoquée sur la fresque (950).Mais celle-ci est-elle exacte? Rien n est moins sûr. Par contre, dès cette époque le «vicariat de Rais» passe du comté du Poitou au comté de Nantes et au duché de Bretagne. 3

Harscoët de Rais fonde l abbaye de la Chaume - 1055 Episode connu : lire les articles écrits par l ASAC * L acte de fondation date du 6 juillet 1055 : il émane de Harscoët de Rais et de son épouse Ulgarde. Ils concèdent à l abbaye St Sauveur de Redon un lieu, près de l oppidum de Ste Croix, pour y fonder un prieuré. Il donne donc, aux bénédictins de St Sauveur, les deux chapelles restaurées, le cimetière, des terres (environ 1/3 de la chaume), une vigne, un pré, un moulin. * La création officielle de l abbaye Notre Dame de la Chaume intervient plus tard : en 1100, on évoque «abbas Santae Mariae de Machicol» puis, au cours du XII s, apparaît l expression «abbas de Culmo» ou de «Calmaria». * Les armes de l abbaye, inspirées de celles du seigneur de Ste Croix, sont «d azur à une croix d or». Robert d Arbrissel prêche la 1 ère croisade 1095 - Harscoët de Rais Si la 1 ère croisade a bien été déclenchée suite à l appel du pape Urbain II en 1095 et s est terminée par la prise de Jérusalem en 1099, les autres mentions de la fresque posent problème. * Harscoët de Rais, représenté en croisé, ne peut pas y avoir participé. Il est mort vers 1070. Il peut s agir de son fils Gestin II, mais il est mort vers 1093. Le seigneur le plus vraisemblable serait alors son petit-fils, Garsire 1 er de Rais qui a vécu jusqu à la moitié du XII s. Mais le nom des Rais n apparaît pas dans les ouvrages consacrés aux croisades, notamment «Les salles des croisades» au musée de Versailles, livre écrit en 1866 par le comte de Delley de Blancmesnil. Peut-on présumer que le nom a été oublié? * La présence de Robert d Arbrissel estelle plausible? On sait qu il a fondé l ordre de Fontevrault, près d Angers, au début du XII s. Il établit des monastères doubles, regroupant d un côté les hommes, et de l autre les femmes. Les sires de Rais donnent une maison aux fontevristes vers le milieu du XII s, au Val-de-Morière (Touvois) à l époque où l ordre prend de l expansion. Mais Robert d Arbrissel est-il présent au pays de Rais aux moments de la 1 ère croisade? 4

* Quel rapport entre les deux hommes? Quelle signification? Il faut peut être y voir un lien avec les origines du nom de Ste Croix porté par les premiers sires de Rais et le blason «d or à la croix de sable» qui s y rattache. On avance parfois le culte de la «relique de la vraie croix» qu un membre de la famille aurait rapporté des lieux saints, lors d un de ces pèlerinages qui précèdent les croisades. Saint Honoré : arrivée des reliques vers l an mil St Honoré, patron des boulangers, fêté le 16 mai a bénéficié d un culte très important, rappelé sur la partie droite de la fresque par les fidèles et les bannières. * Ce culte repose sur une tradition orale : on raconte que des marins avaient à bord de leur navire des reliques de St Honoré. Une tempête étant survenue, ils auraient fait vœu, s ils échappaient au naufrage, d offrir ces reliques à la première paroisse dédiée à la Ste Trinité qu ils trouveraient sur leur route après avoir atterri. L embarcation ayant échoué dans la baie de Machecoul, les marins auraient porté les précieux restes du saint à l église de la Trinité. Quelle est la part de la légende et de la vraisemblance dans cette tradition? * La date inscrite an mil est erronée : la paroisse de la Trinité préexiste au culte de St Honoré. On pense que l église est construite au début du XIII s. Le culte existe à l époque de Gilles de Rais, car celuici met en gage «un chef d argent de St Honoré» en 1436 pour ses dépenses des fêtes d Orléans. * Mais de quel St Honoré s agit-il? L évêque d Amiens au VI s qui donne lieu à un culte développé en France dès le XI s, surtout lors des grandes famines? Oui, a priori, sauf que le corps de St Honoré n a jamais quitté Port, où il est mort, puis Amiens où ses restes sont transférés. * Mais Machecoul a, sous l ancien Régime, le corps d un saint qu elle appelle St Honoré. D où peut-il venir? L abbé Corblet d Amiens cite plusieurs origines étrangères (Italie, Angleterre) et françaises : Toulouse, Arles, Berry, Poitou Celui du Poitou pourrait bien être la personne honorée à Machecoul * Depuis 1846, la paroisse de la Trinité dispose d un reliquaire «renfermant un beau morceau des ossements de St Honoré, évêque d Amiens», fêté le 16 mai à Machecoul, avec croix et bannières, et rassemblant une foule importante. 5

Dame Béatrix donne le vieux marché (Cohue) an mil Nous disposons de renseignements sur la Cohue, mais la date est encore approximative, et l identité de Dame Béatrix donne, parfois, lieu à quelques confusions d ordre dynastique. * On ne connaît pas la date de création de la Cohue. Est-ce qu elle date de l époque de la vie de Béatrix ou lui est-elle antérieure? Ce qui est certain, c est la mention de la Cohue dans une charte testamentaire de Béatrix, datée de 1235. * Mais de quelle Béatrix parle-t-on? De Béatrix mariée à Garsire 1 er de Rais, petit-fils d Harscoët Ier de Rais? Si la réponse est positive, cela veut dire qu elle vit dans la première moitié du XII s. Dans ce cas, comment aurait-elle pu rédiger la charte un siècle plus tard? * Il s agit de Béatrix, dame de Machecoul, d une branche cadette de la maison de Rais. Son grand-père Raoul, frère cadet de Garsire 1 er de Rais, fonde la maison de Machecoul. Son père s appelle Bernard de Machecoul. * En 1210, Béatrix et son mari, Guillaume de Mauléon, ont fondé l abbaye de Fontenelles, à St André d Ornay. En 1235, Béatrix fait une «donation en pure et perpétuelle aumône» à cette abbaye : «le marché et le minage de Machecoul, l emplacement où ils se trouvent et sur lequel est construit la maison nommée «La Cohue», avec tous les produits qu elle en retirerait ; le droit de prendre, dans la forêt de Machecoul, tout le bois nécessaire pour réparer et agrandir la dite Cohue» * Cette donation aux religieux contredit l action représentée sur la fresque ( donation aux habitants de Machecoul) *Description de la Cohue (d après un document datant de 1680) : «édifice en chappe, à couverture de tuiles, érigé sur piliers ou poteaux de chêne ( ) ; consistant la dite halle en 5 rangs, dont celui du milieu, le grand rang, où se mettent les boulangers dans un bout, les marchands drapiers et de toile dans l autre. Au-dessus de l espace occupé par les boulangers, est l auditoire de la ville où se réunissent les échevins. Dans les autres rangs, se plaçaient, à des bancs désignés les bouchers, merciers, marchands de blé, potiers, quincailliers à ferrons, marchands de poisson, de volailles et autres, les tanneurs, les corroyeurs» 6

Les Chabot construisent le château 1000 Là encore, la date est très approximative. D autre part, de quel château est-il question? C est au cours du second tiers du XI s, que le château apparaît. Mais il est situé à l extrémité ouest de l agglomération de Machecoul sur le point fortifié de Ste Croix. C est le château d Harscoët avec un donjon en bois. * La construction d un château à proximité du Pas- Arnoul est un élément important dans le développement de Machecoul vers l est. On peut le situer vers la fin du XI s, avec l apparition du toponyme de Machecoul, ou au début du XII s, avec la création de la paroisse de la Trinité. Les seigneurs appartiennent toujours à la 1 ère maison de Rais ou à celle de Machecoul. Ce second château, construit en pierre, au bord du Falleron, est un vrai château féodal. * Les Chabot prennent le relais dynastique par le mariage d Aliette de Rais avec Girard Chabot 1 er. Celuici devient baron de Rais à partir de 1254. La maison de Chabot est originaire du Poitou. Elle porte pour armes : d or à trois chabots de gueule, 2 et 1.Elle règne sur la baronnie de Rais jusqu en 1406. * Il est souvent écrit que les Chabot ont construit le 3 ème château de Machecoul ( celui, dont nous voyons encore les vestiges) vers la fin du XIII siècle. Mais, aucun document ne vient apporter une preuve à ces affirmations. Il appartient à l époque ogivale. Gilles de Rais, grand criminel - René de la Suze - André de Lohéac On ne peut retracer ici toute la vie de Gilles de Rais : après un petit exposé «dynastique», on se limitera au commentaire des trois scènes représentées par la fresque * La baronnie de Rais passe dans la maison de Laval en 1406 à la suite de la mort de Jeanne la sage, sœur de Girard Chabot V. Le mariage, en 1404, de Guy de Laval et de Marie de Craon ( petite-fille de Catherine de Machecoul) met fin aux querelles de succession entre les Laval et les Machecoul. Guy et Marie ont deux enfants : Gilles de Rais et René de la Suze. * La scène représente Gilles de Rais recevant deux clés de la part de René de la Suze ( son frère) et d André de Laval (un cousin), sire de Lohéac. La fresque les représente un genoux à terre, humiliés par Gilles qui foule aux pieds leurs armes, notamment celles des Laval, «de gueules au léopard d or». 7

* Cette description correspond à la reprise en 1437, par Gilles de Rais, de la forteresse de Machecoul dont René et André se seraient emparés, à mains armées. * Les raisons de l action de René de la Suze et d André de Lohéac : la famille des Rais-Laval s inquiète des «folles dépenses» de Gilles qui dilapide ses revenus et qui puise dans son capital foncier. Ils interviennent auprès du roi Charles VII qui édite, en 1435, des «lettres d interdit royal». Mais Jean V, duc de Bretagne, est intéressé par les achats de Champtocé ou de Machecoul. Refusant d écouter le frère et le cousin, il engage, en 1437, des pourparlers avec Gilles. * Pour éviter que Gilles ne vende Machecoul, René et André se préparent à attaquer le château et à le garder ainsi dans l héritage. Mais Gilles les devance dans cette entreprise. Cette représentation est donc une belle «mise en scène» d un événement qui ne s est pas déroulé ainsi! André de Laval - Lohéac épouse, en 1451, Marie, fille de Gilles de Rais. Gilles de Rais 1404 1440 -- maréchal de France écuyer de Jeanne d Arc L épisode le plus célèbre de la vie de Gilles de Rais, «fidèle compagnon de Jeanne d Arc» est décrit dans le bulletin n 1 de «Machecoul Histoire» (2003). On ne rappellera ici que les points forts de cette aventure. * Gilles de Rais et Jeanne d Arc ne se sont connus que pendant un court moment de leur existence : ~ 6 mois, entre mars et septembre 1429. * Gilles de Rais n a jamais été l écuyer de Jeanne. Il l a accompagnée lors de la délivrance d Orléans, puis lors de la «marche de l armée royale» pour le sacre de Charles VII à Reims, puis de Reims à Paris. Mais Gilles de Rais ne reçoit aucun ordre de Jeanne. * D autre part, Gilles est un chef de guerre à part entière : il est nommé maréchal de France le 16 juillet 1429 à 25 ans! Mais il est un chef avec de petites responsabilités, entrant souvent dans la clientèle des «favoris» du roi, dont son cousin La Trémoille espère se servir pour surveiller Jeanne d Arc. Certes, le titre de maréchal de France est prestigieux, mais Gilles de Rais ne joue plus de grand rôle militaire après l échec contre Paris, le 8 septembre 1429. 8

Gilles de Rais, arrêté par ordre de Jehan de Malestroit Cet épisode se situe le 15 septembre 1440 : il fait suite à une toute une série de faits qu il est impossible de relater dans le détail. En voici un résumé succinct. * Le 15 mai 1440, Gilles de Rais entre dans l église de St Etienne de Mer Morte, brandissant une grande épée, en pleine messe de la Pentecôte. Il prend à partie Jean le Ferron, clerc tonsuré. Il a, ainsi, porté atteinte aux immunités ecclésiastiques. * Jehan de Malestroit, évêque de Nantes, engage des poursuites contre lui, à ce titre. Mais il en profite aussi pour mener des enquêtes «conduites pour recueillir les plaintes, vérifier les rumeurs et se forger une certitude sur les crimes reprochés au baron de Rais». Le 13 septembre, Gilles est cité à comparaître devant le tribunal ecclésiastique. * Mais cette affaire revêt aussi une dimension politique : elle est du ressort du duc et du Parlement de Bretagne. L arrestation de Gilles de Rais se fait à Machecoul, le 15 septembre : elle est effectuée par les hommes du duc de Bretagne, conduits par le capitaine d armes Jean Labbé, en présence du notaire Robin Guillaumet, parlant au nom de l évêque de Nantes. Par contre, les procès et l exécution de Gilles de Rais se déroulent quelques semaines plus tard à Nantes. Louis XI, triomphe manqué 1473 Episode à replacer dans le contexte géopolitique de la fin du XV siècle, à savoir le conflit entre le pouvoir royal et les grands féodaux, notamment le duc de Bretagne. *Les ducs de Bretagne ont toujours oscillé entre une politique francophile ou anglophile qui puisse maintenir leur indépendance. Après le retour à l alliance française sous Charles VII (cf. guerre de Cent Ans), les événements évoluent différemment avec Louis XI (1461 1483). Ce roi entre dans des combats avec une grande partie de ses vassaux, rebelles ou jugés tels, parmi lesquels figurent le duc de Bourgogne et celui de Bretagne. La «guerre civile» commence en 1465 et s éternise jusqu en 1482, entrecoupée de trêves, de négociations et de traités de paix provisoires. 9

* Louis XI soutient systématiquement tous les opposants au duc de Bretagne, François II. Tout devient prétexte à conflit, notamment l administration des «marches communes».de son côté, François II renouvelle une trêve avec l Angleterre et confirme son alliance avec la Bourgogne. Louis XI attaque à plusieurs reprises la Bretagne. * En 1473, il y entre à la tête de 50 000 hommes de troupe. Il remporte des succès militaires : il prend Champtocé, Ancenis, Machecoul, et pousse jusqu aux portes de Nantes. Mais, comme à l ordinaire, il procède ainsi afin de négocier en position de force. Il doit, aussi, tenir compte des menaces du moment, notamment une possible intervention du roi d Angleterre, Edouard IV, pour secourir le duc François II. Le roi de France conclut une trêve d une année avec le duc de Bretagne, ce qui lui permet de se retourner contre Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Mais la trêve signée avec François II est bien un «triomphe manqué» pour Louis XI malgré sa victoire de Machecoul. Baron Chauvigny Scène non datée, difficile à interpréter. * La scène représente le baron de Rais, Chauvigny (sans indication de prénom), qui remet la clé de la ville de Machecoul à la suite du siège du château. S agit-il de celui de 1473? Non. En 1473, René de Laval ( ou de la Suze) est baron de Rais depuis 1457. Il meurt en 1474. * Il faut donc relier cet événement à la séquence suivante, à savoir la prise de Machecoul en 1490. Mais qui est baron de Rais à ce moment là? Est-ce François de Chauvigny qui succède à son beau-père en 1474, tout en continuant d habiter sur ses terres du Berry? C est possible, mais il meurt le 25 mai 1490, laissant sa place à son fils André de Chauvigny. Anne de Bretagne sire J. de Rieux prise de Machecoul 1490 Scène à replacer encore dans son contexte géopolitique : la lutte entre le pouvoir royal et le pouvoir ducal. L indépendance bretonne touche à sa fin, malgré la mort de Louis XI et la régence de Charles VIII (13 ans en 1483). Les armées royales entrent en Bretagne. En 1488, elles battent les armées bretonnes, dont Jean de Rieux, seigneur d Ancenis, est l un des chefs. Le traité du Verger contient des clauses dures : les remparts de Châteaubriant et d Ancenis, villes frontières, sont démantelés. La Bretagne garde encore son indépendance. Mais François II meurt en 1488, laissant une jeune héritière de 12 ans, Anne de Bretagne. * En 1489, la guerre reprend entre les Bretons du «parti français» et les Bretons «indépendantistes». En 1491, le château de Nantes est livré à Charles VIII par Alain d Albret. La duchesse reconnaît sa défaite et épouse le roi Charles VIII à Langeais. Elle a 14 ans. Quelle est la signification des scènes représentées? 10

* Si la date de 1490 est exacte, Anne de Bretagne a 13 ans ; si la scène est antérieure, Anne est encore plus jeune Est-ce vraisemblable? Quant à l événement lui-même, il retrace l issue d une bataille entre des assiégeants bretons dirigés par J. de Rieux et des assiégés commandés par le baron de Rais, André de Chauvigny, allié du roi de France. *Il est possible que cette scène corresponde à un document d Anne de Bretagne dans lequel «elle approuve la conduite du sire de Rieux, maréchal de Bretagne, tant pour le siège de Machecoul que pour les autres faits de guerre qu il dirigea». D Avaugour et le maréchal de Belle Isle défendent Machecoul contre Henri de Navarre 1588 Scène à replacer dans le contexte des guerres de religion et de l arrivée de la famille de Gondi dans la baronnie de Rais à partir de 1565. * Les armes des Gondi sont «d or à deux masses d armes de sable, posées en sautoir, liées de gueules». Albert de Gondi est au service de Catherine de Médicis et de ses fils Charles IX, puis Henri III. Celui-ci le récompense en 1581 en érigeant la baronnie de Rais en duché de Retz. En 1572, il achète la charge de gouverneur de Belle-Isle. Le roi ratifie cet achat, à condition qu il fortifie sa défense. Il accorde le titre de marquis de Belle Isle à son fils aîné, Charles de Gondi. * Qui porte le titre de maréchal de Belle Isle? Il ne s'agit pas d'albert, maréchal de France, qui met ses troupes et ses forteresses au service de la Ligue, catholique, mais qui voyage ou qui guerroie en d'autres terres du royaume. C'est son fils aîné, Charles, qui défend les intérêts catholiques et royaux en pays de Retz. * En 1588, Charles de Gondi a 19 ans. Pour défendre Machecoul, il dispose d'une faible garnison, 56 hommes d'armes. Même si les murailles du château sont épaisses, il demande à la ville de Nantes, tenue par le duc de Mercœur, chef de la ligue de Bretagne, des secours d'armes et de munitions de guerre et il envisage de renforcer les défenses de la ville «entourée d'ennemis». * Qui sont ces assaillants? Ce sont les Huguenots, protestants calvinistes, dirigés par Henri de Navarre, futur Henri IV. Celui-ci guerroie à Clisson, défendu par le seigneur d'avaugour, se dirige vers Nantes, campe à Vertou. En août 1588, il assiège la ville et le château de Machecoul. Il envoie quelques coups de canon ( couleuvrine). Mais ne se voyant pas en force de s'en rendre maître, il lève le siège, non sans avoir eu des pertes. Les corps de ses soldats tués auraient été enterrés au bois des Huguenots. 11

Henri de Navarre pille et brûle les abbayes de Loyau et l'isle Chauvet -1588 Suite de la scène précédente : si quelques familles de la petite noblesse, dont celle des Lalande - Machecoul, sont calvinistes, la grande majorité du pays. de Retz reste catholique. * A défaut de Machecoul, Henri s'empare de la vicomté de Loyau, en Fresnay, et brûle l'abbaye de l'île Chauvet. Avant d'attaquer l'île de Bouin, il envoie une compagnie à Prigny et une autre au Collet. Ses bateaux bloquent la baie de Bourgneuf. Il s'empare facilement de Bouin. Henri se montre magnanime et traite bien ses habitants. En octobre, il cerne Beauvoir sur mer, dont le siège dure 17 jours, et dont il vient à bout après avoir reçu un renfort d'artillerie. II envisage d'envahir Noirmoutier, mais le projet est reporté, car des troupes de la ligue menacent ses positions au Collet et à Prigny. Antoinette d Orléans construit le couvent des capucins, sépulture de son mari, le maréchal de Belle Isle tué au Mont St Michel 1600 Scène, datée de manière approximative, évoquant un épisode tragique des guerres de religion en France qui s est déroulé en 1596. * Qui est Antoinette d Orléans Longueville? Valois par son père, Bourbon par sa mère, elle descend en droite ligne de Saint Louis. Née en 1572, elle épouse Charles de Gondy le 1 er mars 1588. Ils résident au château de Machecoul à partir de 1589. * Quelle place pour le marquis ( «maréchal» ) de Belle Isle dans la vie d Antoinette? Bien faible, semble t- il, car Charles est souvent absent de Machecoul. C est un homme de guerre ambitieux. * Il trouve la mort à l âge de 27 ans! dans des conditions troubles. Le duc de Mercœur lui confie en 1595 le gouvernement de Fougères, avec la promesse d obtenir le Mont St Michel, gouverné alors par le marquis de Quéroland ( Kermartin) un ligueur soupçonné d infidélité par Mercœur. Le 22 mai 1596, il veut entrer au Mont St Michel par surprise mais il est tué dans une échauffourée dont les circonstances sont mystérieuses. * Digne dans le mariage, Antoinette l est tout autant dans le veuvage. Elle fait rapatrier le corps de son époux et lui organise des obsèques dignes de son rang. Les cérémonies ont lieu à Nantes, mais le corps du marquis est enseveli à Machecoul, en l église de la Trinité dans le caveau des Gondy. Mais cette sépulture est provisoire. Elle décide de fonder un monastère dans lequel on prierait plus spécialement pour le repos de l âme de son époux. Ce vœu est à l origine de la construction du couvent des capucins où reposera le corps de Charles. 12

* Que devient Antoinette d Orléans? Veuve à 24 ans, avec deux fils, dont l aîné Henri n a que 6 ans! Elle passe trois années à défendre les intérêts de ses fils, tout en laissant leur éducation à des gouvernantes et précepteurs. Puis, en 1599, elle décide de «refaire sa vie» en entrant au couvent des Feuillantines à Toulouse. Elle devient sœur Antoinette de Ste Scholastique. Après un passage par Fontevrault, elle fonde à Poitiers, en 1617, un nouvel ordre religieux : la congrégation des bénédictines de Notre Dame du Calvaire. Elle meurt en 1618. Pierre de Gondy et sa fille Marie construit le couvent des Calvairiennes 1678 Scène célèbre dont la date indiquée dans le titre est postérieure aux événements relatés. Pour plus de précisions, lire les ouvrages de Joseph Péroys et d Emile Boutin. * Henri de Gondy, duc de Retz, n a pas de fils pour assurer la succession. Sa fille aînée épouse son cousin, Pierre de Gondy. Le duché et le nom des Gondy restent associés. Pierre et Catherine n ont pas, eux non plus, d héritiers mâles : deux filles naissent de leur union, dont Marie- Catherine-Antoinette en 1648. * Après quelques passages à la cour, laissant entrevoir une vie mondaine, elle décide, en 1665, de devenir religieuse calvairienne. Pierre de Gondy tente, pendant un an, de convaincre sa fille d abandonner son projet, puis finit par ne plus s y opposer. Marie-Catherine devient sœur Antoinette de Ste Scholastique, le nom utilisé par sa grand-mère. * Le duc est chagriné par le départ de sa fille. Il manifeste son désir de fonder à Machecoul un monastère de Calvairiennes afin de se rapprocher de son enfant. Après un avis favorable de Louis XIV en 1671, l acte définitif consacrant l établissement des Calvairiennes à Machecoul est passé le 26 avril 1673. Sœur Antoinette dirige le monastère à partir de 1674 à l âge de 26 ans. * Pierre de Gondy meurt en 1676. La duchesse Catherine meurt en 1679. Si leurs corps reposent dans l église de la Trinité, leurs cœurs sont enfermés dans un cœur de bronze qui est déposé à l intérieur d une urne et placé en évidence dans la chapelle du Calvaire. Quant à leur fille, elle reste prieure jusqu en 1677, puis elle part à Paris. * Les deux filles de Pierre de Gondy décèdent en 1716. Paule-Françoise, sœur de Marie- Catherine, duchesse de Lesdiguières, est la dernière duchesse de Retz portant le nom de Gondy. 13

Maître Real et le chevalier de la Grandière construisent l Auditoire au nom du marquis de Brie Serrant -- 1780 Titre informatif et descriptif inexact dû à une confusion dans l étude d un document historique. Quelle confusion? Une erreur sur la date de la construction et sur le maître d ouvrage. * En octobre 1780, le chevalier de la Grandière prenant possession du duché de Retz, au nom du marquis de Brie-Serrant qui vient de l acquérir, se transporte à l Auditoire situé dans la ville de Machecoul. Il est accompagné de M. Réal des Perrières, procureur fiscal du duché. Il précise que l Auditoire a été construit en 1755. Il s agit en fait du corps principal du bâtiment. La construction des ailes est postérieure. * Le chevalier fait remarquer aux notaires «qu au frontispice de celui-ci est un écusson aux armes de Neufville - Villeroy «d azur aux chevrons d or, accompagnés de trois croisettes de même». Il fait donc allusion à la «maison» qui gouverne le duché de Retz depuis 1716. Cette famille a donc fait construire l Auditoire (1755) et l a vendu en 1780 au marquis de Brie-Serrant, en même temps que les autres biens qui dépendent du duché. * Dans cet Auditoire, s exerce la justice seigneuriale pour les juridictions et chatellenies de Machecoul, des Huguetières au Baillage de Machecoul, de St Philbert, de Château Briord, du Coutumier et de la Benate. Marquis de Brie Serrant La rabine -- 1782 Episode célèbre pour un lieu encore champêtre. La promenade de la Rabine provient d une décision du marquis de Brie-Serrant prise en mai 1782. Extraits de l acte de donation de la Rabine : «Nous Clément Alexandre, marquis de Brie-Serrant, baron de Retz, voulant donner aux habitants de notre ville de Machecoul un témoignage de notre satisfaction et de reconnaissance du zèle qu ils ont apporté pour arrêter les progrès de l incendie survenu dans du 2 au 3 mai dans notre château(1) de Machecoul, avons fait don aux habitants de la dite ville des parties de terrain situé proche de notre château, connu sous le nom de Haute et Basse Rabine, consistant dans environ trois journaux de terre(2), à la charge : 1 - que cette Haute et Basse Rabine seront réunies pour former une promenade publique, qui sera appelée le Mail, sans pouvoir n être jamais convertie à un autre usage. 2 - de ne point bâtir, ni faire paccager.» (1): il s agit du «petit château», lieu de résidence des seigneurs de Rais, situé à proximité du château féodal. (2) 3 journaux représentent environ un hectare et demi 14

La Roche saint André prend Machecoul avec 6000 paysans 11 mars 1793 Cinq scènes sont consacrées à la Révolution et aux guerres de Vendée. La 1 ère se situe au début du soulèvement contre-révolutionnaire à Machecoul. On en fera une brève description après avoir situé le contexte historique. * Si les premières réformes de 1789 sont bien accueillies à Machecoul, la constitution civile du clergé (1790) et l abolition de la royauté(1792) sont rejetées majoritairement dans les campagnes. L exécution de Louis XVI et la levée en masse de 300000 hommes, au début de l année 1793, achèvent de discréditer la république. * Le district de Machecoul doit fournir 310 hommes, soit par engagements volontaires, soit par réquisition. Des jeunes gens refusent de participer au tirage au sort à La Chevrolière, à Paulx, St Etienne de Mer Morte, St Même, St Philbert *Le 10 mars une centaine de gardes nationaux viennent de Nantes pour aider les agents du recensement. Le 11 mars, 6000 hommes, armés de fusils ou de faux, s emparent de Machecoul. Sont-ils commandés par le marquis de St André qui possède le château de la Noë Briord (Fresnay)? Possible, mais pas certain. Des patriotes sont arrêtés et massacrés, dont Gaschignard, directeur du collège, et Letort, curé constitutionnel. C est le début des «massacres» de Machecoul. Souchu, Charette de la Contrie, La Roche St André occupent Machecoul du 11 mars au 22 avril 1793 * Les «massacres» se déroulent du 11 mars au 22 avril 1793. Ils commencent par une vague d exécutions «spontanées». Puis, René Souchu, ancien receveur de gabelle, se fait porter à la présidence d un comité royaliste. Il institue un tribunal pour juger tous les «républicains notoires» du Pays de Retz. Des «exécutions officielles» sont alors organisées. Le nombre de victimes est difficile à évaluer. Pour l historien Jean- Clément Martin, au moins 160 personnes. Pour les républicains de l époque, plus de 500. Pour l abbé Chevalier, curé de St Lumine de Coutais plus de 300. *Les insurgés veulent des chefs militaires. Ils vont chercher d abord, La Roche Saint André, puis Charette de la Contrie qui se trouve dans son manoir de Fonteclose, situé entre La Garnache et Machecoul. Ils se battent pour contrôler le Pays de Retz. Pornic est située en zone républicaine. Le 23 mars, La Roche à la tête de 3000 hommes s empare de Pornic. Mais la ville est reprise par les républicains. La Roche St André doit s enfuir à Bouin pour éviter des représailles de la part de Souchu. Charette s installe à Pornic le 27 mars. 15

Beysser, Carpentier, M. de Charette 1 er janvier 1794 : Machecoul reste aux républicains après avoir changé 4 fois de mains Cette scène montre les batailles entre les généraux républicains Beysser et Carpentier, d une part, et Charette d autre part, pour le contrôle de Machecoul et de la région. * Le général Beysser part de Nantes avec 3000 hommes, deux cents cavaliers et huit canons pour reprendre Machecoul. Charette, craignant d être encerclé, évacue Pornic, et revient à Machecoul. Il dispose sa troupe autour de la ville et se prépare à soutenir le feu. Mais les paysans prennent peur face à l armée républicaine. Charette doit évacuer Machecoul. Le 22 avril, Beysser prend la ville. Souchu, malgré une volte-face «républicaine», est arrêté et décapité. * Machecoul va changer de mains à plusieurs reprises : Charette la reprend le 11 juin ; les républicains se rendent maîtres de Machecoul le 14 septembre. L armée de Charette s y établit à nouveau à la fin d octobre. Le général Haxo, parti de Nantes, le 9 novembre, occupe Machecoul. Mais le 7 décembre les républicains doivent l évacuer. Charette revient encore, mais ne peut se maintenir. Le 2 janvier 1794, il se retire dans les bois de Legé. Machecoul devient «définitivement» républicaine. Elle est alors une ville de garnison abritant jusqu à 2000 soldats. Turreau colonnes infernales - 12 janvier 18 mai 1794 Cette scène évoque une des pages les plus tragiques des guerres de Vendée. En décembre 1793, l armée catholique et royale subit une très grave défaite à Savenay. La guerre ne subsiste plus que sous forme de guerilla. * La république veut en finir avec les insurgés vendéens. Douze armées reçoivent l ordre de parcourir la Vendée «historique» en tous sens et de livrer aux flammes les villages, métairies, bois et genêts, et d exterminer les rebelles et les suspects. On leur a donné le surnom de «colonnes infernales». * A leur tête, des généraux républicains qui appliquent de manière inégale les consignes de la Convention. Parmi les plus zélés, figure le général Turreau, commandant de l armée depuis décembre 1793. Il lance ses opérations en janvier 1794. Dans une lettre, datée du 24 janvier, il écrit : «J ai commencé l exécution de mon plan, et si mes intentions sont bien secondées, il n existera plus en Vendée, sous quinze jours, ni maisons, ni vivres, ni armes, ni habitants que ceux qui, cachés dans le fond des forêts, auraient 16

échappé aux plus scrupuleuses perquisitions». Les massacres des Lucs sur Boulogne en février 1794, avec plus de 500 victimes, constitue un des exemples les plus dramatiques de cette volonté d extermination. * Quelques villes seulement, échappent à l action exterminatrice, dont Cholet, Montaigu, Fontenay-le-Comte Machecoul est épargnée, mais pas les communes environnantes du lac de Grand Lieu, dont St Lumine de Coutais. Général Travot Charette de la Contrie Capture de Charette de la Contrie 25 mars 1796 Episode dont le lien avec Machecoul est très indirect. Il marque la fin des guerres de Vendée. * En janvier 1794, Charette de la Contrie, se retrouve traqué dans le marais de Bouin ayant perdu des hommes, ses bases et ses alliés. La répression de Turreau et de Carrier lui procure, à nouveau, des soldats qui préfèrent mourir en combattant plutôt que dans des massacres. Il regroupe plusieurs milliers de combattants pendant l été 1794 et bénéficie de l appui des ruraux. Il profite des erreurs de certains généraux républicains. Haxo, son plus difficile adversaire, meurt au combat en mars. * A partir de l été 1794, il dispose d une armée mobile et efficace. Il peut compter sur des alliés comme Stofflet et Sapinaud. Les républicains tiennent les villes et les camps, mais la campagne leur échappe à nouveau. Charette attaque avec succès le camp républicain de Fréligné, et reconstitue un «petit royaume», à partir de Legé et de Belleville. * Des problèmes de ravitaillement, la rudesse de l hiver 1794-95, amènent le gouvernement républicain à négocier avec les révoltés. Cela aboutit à la signature d un traité de paix au château de la Jaunaye, en St Sébastien-sur- Loire, le 16 février 1795 entre les républicains et Charette. * Mais ce traité est plus un calcul politique qu une étape véritable vers la paix. Stofflet ne la reconnaît pas et continue à se battre seul. La guerre ouverte entre Charette et la république recommence en juin 1795 suite au débarquement de Quiberon. L échec royaliste donne au général Hoche la possibilité de se retourner contre les Vendéens. * Hoche pratique une politique de paix auprès des paysans qui se soumettent, et accorde la liberté religieuse. Cette politique porte ses fruits. Charette est peu à peu abandonné par les ruraux et une partie de ses officiers qui sont lassés de la guerre. Hoche envoie des colonnes mobiles pour traquer les généraux. Stofflet est arrêté et fusillé en février 1796. Un mois plus tard, Charette est blessé et arrêté à la Chabotterie par les troupes du général Travot. Il est fusillé à Nantes, place des agriculteurs ( place Viarme). La guerre de Vendée est finie. 17

M. de Brie-Serrant J.B. Fayolle --- 29 août 1804 Achat de l Auditoire pour en faire la mairie. La paix civile est revenue. Napoléon Bonaparte est 1 er consul depuis novembre 1799. Il faut reconstruire et réorganiser Machecoul. * L Auditoire de justice seigneuriale a été transformé pendant la révolution en tribunal du district de Machecoul le 22 décembre 1790. * Le 2 fructidor an XII ou 29 août 1804, l Auditoire est acquis au nom de Jean-Baptiste Fayolle, officier retraité, à la suite de poursuites en expropriation forcée pratiquée contre le marquis de Brie-Serrant, dernier seigneur du château de Machecoul. * Jean-Baptiste Fayolle agit au nom de la ville de Machecoul. Le prix de cet achat, incluant le «petit pré», s élève à 1000 francs (il s agit du franc germinal créé en mars 1803 par Napoléon ) Le montant est couvert par une souscription publique, due à l initiative de M. Drommery, notable habitant. * La même année, pour les mêmes raisons, le château de Machecoul est mis vente, à la bougie. l Auditoire en 1804. * Vers 1838, sous l administration de M. Fouré, maire, des annexes de côté sont faites au corps principal de l Auditoire. Les signes symboliques de la justice sont sculptés en relief au fronton de l édifice. Ils ne devraient donc pas se trouver sur la représentation de Si l Auditoire devient progressivement la mairie au cours du XIX siècle, il remplit encore des fonctions judiciaires. 18

L. De Larochejaquelein et la duchesse de Berry Chouannerie juin 1832 Episode très controversé d une aventure «rocambolesque» qu il est nécessaire de replacer dans son contexte politique. * Marie-Caroline de Naples devient duchesse de Berry par son mariage avec Charles-Ferdinand, fils de Charles X. En 1820, elle met au monde un fils, six mois après l assassinat de son mari. Il s agit d Henri, le comte de Chambord, futur héritier du trône de France. * La duchesse de Berry, impressionnée par les guerres de Vendée de 1793, entreprend, en 1828, un voyagepèlerinage dans la «Vendée historique», où elle reçoit un accueil enthousiaste. * En 1830, Charles X est contraint d abdiquer et s exile en Ecosse. La duchesse de Berry essaie, sans succès, de soulever les souverains voisins contre le nouveau roi des Français. Louis-Philippe est considéré comme un usurpateur par les monarchistes légitimistes. * Elle tente alors de soulever les régions fidèles aux Bourbons. Après un échec en Provence, elle tente sa chance en Vendée où elle arrive le 17 mai 1832. L insurrection est déclenchée les 5 et 6 juin 1832 en Vendée et en Loire Inférieure. Les communes du canton de Machecoul y prennent une part active. Au château de la Caraterie à Paulx, 300 hommes sont rassemblés sous le commandement de Louis de Cornulier. Ils ne peuvent résister longtemps face aux troupes de Louis-Philippe. C est l échec du soulèvement. La duchesse de Berry, traquée, se cache à Nantes où elle est arrêtée en novembre 1832. L aventure est terminée. La scène soulève quelques points d interrogation * La présence de la duchesse de Berry à Machecoul et dans le pays de Retz? * Présence affirmée par plusieurs historiens, mais contestée par d autres qui évoquent des sosies pour leurrer la police lancée à sa recherche. Dans son ouvrage, «Ces Dames de Retz», Emile Boutin cite différentes localités par où elle passe : St Philbert de Grand Lieu, La Chevrolière, St Colombin, Legé, St Etienne de Corcoué, mais estime qu elle n est pas allée à l ouest du lac de Grand Lieu. * La présence de L. de la Rochejaquelein? * Dans les soutiens apportés à la duchesse de Berry, un nom revient souvent, celui du baron de Charette. Louis de la Rochejaquelein est cité dans les combats de la chouannerie de 1815, pendant la période des «Cent Jours». Il meurt le 4 juin dans un engagement contre les troupes impériales dirigées par les généraux Lamarque et Travot. 19

Abbé Bouron Abbé Lavigne construisent l église 1863 1880 Un des chantiers du XIX siècle * Vers 1850,l église de la Trinité devient trop petite pour accueillir les paroissiens. L abbé Bouron, arrivé à Machecoul depuis la fin de l année 1846, la juge «peu salubre et peu digne d une contrée si chrétienne». * Un projet d agrandissement de la vieille église, par une seconde nef, est jugé trop onéreux. La décision de construire une nouvelle église est prise. Des fonds sont recherchés pour financer les travaux. En 1861, un premier plan est proposé par l architecte M. Dessouchay : un vaste édifice inspiré du XIII s, comportant deux clochers. Le coût est estimé à 132 000 francs. L administration impériale émet beaucoup de réserves : elle trouve le coût sous-évalué et ne souhaite qu un clocher. * Après deux années de négociations, l intervention du maire, Paul François, permet d obtenir l autorisation officielle. Les travaux commencent en 1863.La 1 ère tranche comporte le chœur et le transept. La 2 ème tranche comportant la grande nef est presque achevée en 1873. L abbé Bouron, épuisé par la conduite des travaux et la recherche de financements, meurt en 1875. * Son successeur, l abbé Lavigne, a pour mission de construire les deux clochers de 60 mètres de haut. Ils sont dessinés par M. Fraboulet, architecte. Pour leur construction, on emprunte 50 000 francs. En 1881, l église est enfin achevée et les nouvelles orgues installées. *En 1883, la vieille église encore debout est démolie et les matériaux récupérés sont vendus pour financer une partie des nouveaux clochers. On récupère deux des anciennes cloches, et on y ajoute deux autres sonneries, dont le gros bourdon de 2,4 tonnes qui sonne pour la première fois lors de la St Honoré 1885. 20

M. de la Biliais construit les halles 1892 Une construction très controversée comme celle de la Tour Eiffel? On insistera plus sur les conditions de sa construction que sur sa description qui, pour l essentiel, est toujours d actualité. * Qui est M. de la Biliais? Henri le Loup de la Biliais, né en 1836, devient maire de Machecoul en mai 1871. Il succède à Paul François. En fonction jusqu en 1907, il achève la réalisation de la gare de Machecoul (1876). Il fonde la société de courses de chevaux en 1884.Il est aussi député de Loire-Inférieure. * La construction des nouvelles halles est la concrétisation d une volonté de la municipalité. Dans la séance du conseil municipal du 6 mars 1892, M. de la Biliais justifie sa réalisation : «Malgré l importance de l œuvre, vous n avez pas hésité à reconstruire les halles, estimant que si les vieilles pouvaient avoir quelque mérite aux yeux des archéologues, elles ne répondaient plus aux besoins de l heure présente. C était là un travail considérable qui a coûté environ 60 000 francs. Nous n avons pas à regretter une dépense qui a eu pour résultat l accroissement du commerce à Machecoul, dont les marchés et foires, jouissent d un juste renom» * Les nouvelles halles sont construites sur l emplacement des anciennes. Celles-ci sontelles trop vétustes? La fresque représente un ivrogne à terre auprès de la Cohue écroulée. Il se serait appuyé, un soir de beuverie, sur l un de ses piliers, faisant effondrer l ensemble de l édifice. Cette anecdote est-elle conforme à la réalité? On peut en douter quand on lit, dans certaines critiques, le regret des anciennes halles : «Certes, elle était de style bizarre, la vieille Cohue. Sous son immense carapace ondulée de tuiles brunies par l âge avec ses pieds lourds et épais, et ses membrures en pur cœur de chêne, elle n en a pas moins vécu près de huit siècles». Le remplacement des vieilles halles n est donc pas seulement accidentel. * Les nouvelles halles ont l apparence géométrique d un parallélogramme bardé de fer «de la tête au pied comme un guerrier antique», selon l expression du frère Traseas. On y retrouve l influence de l architecte Baltard, célèbre pour la construction des halles centrales de Paris. On utilise le fer de manière fonctionnelle, le bâtiment ayant une destination utilitaire. On allège au maximum les supports et on laisse l armature apparente. * Ces halles sont critiquées par certains : «si la tournure des halles est svelte et légère, elle est sans grâce, en dépit des minces supports de fonte s effilant en colonnades». Cette querelle des «anciens» et des «modernes» n est pas réservée à l échelon machecoulais. Elle existe à Paris lors des grandes expositions universelles de 1889 et de 1900, avec la construction du grand et du petit Palais et surtout de la tour Eiffel. On est à l époque du fer, et les nouvelles halles de Machecoul représentent la modernité de cette époque. 21

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