SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE, CONGRES, ARCHEOLOGIQUE DE FRANCE 147 SESSION 1989 QUERCY SOCIÉTÉ FRANÇAISE D'ARCHÉOLOGIE MUSÉE DES MONUMENTS FRANÇAIS PARIS 1993 - ------------- - --
LACAPELLE-MARI V AL par Bruno TOLLON De la seconde moitié du XIIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle Lacapelle-Marival relève de la puissante famille des Cardaillac. En 1270, est venu se fixer là Géraud de Cardaillac, membre d'une des branches de cette maison qui va bientôt dominer toutes celles du Quercy (1). Il est sans doute le constructeur du puissant donjon (2). Les travaux qui ont transformé le château initial se déroulent après la guerre de Cent ans et aux deux siècles qui suivent. Un état des lieux dressé en 1541 fait allusion à un autre document : l'inventaire après le décès de Gilibert de Cardaillac (1536) qui évoque la construction d'un grand corps de bâtiment entre deux tours rondes et tourné vers le sud (3). Celui qu'on y voit aujourd'hui remonte à Henri-Victor de Cardaillac le puissant marquis du XVIIe siècle (fig. 1). Le donjon du XIIIe siècle, servant de corps de logis, est une solide construction carrée de 18 m de côté, ses murs de plus de 3 m d'épaisseur s'élèvent à 30 m de hauteur. Il comprend quatre pièces par étage et ses trois niveaux sont conservés. Son couronnement fut remanié au xve siècle quand il reçut un étage de chemin de ronde sur mâchicoulis avec grandes consoles de pierre. Les angles sont protégés par quatre échauguettes. Vers la même époque des fenêtres à croisée ont été percées dans les murailles (fig. 2). Le donjon se dressait autrefois dans une cour protégée par des courtines que venaient flanquer des tours cylindriques. Deux d'entre elles subsistent encore au sud et la troisième a été englobée dans un bâtiment moderne. On voit encore le soubassement de la quatrième au nord-ouest et une cinquième tour, située au nord, a été démolie au siècle dernier. Au sud du donjon se dresse un bâtiment moins élevé. Son couronnement à mâchicoulis, identique au précédent, prouve qu'il serait donc contemporain à la fois de la construction des tours et du remaniement de la partie supérieure du donjon. Le grand corps de logis qui réunit les deux tours de l'enceinte primitive avec ses 35 m de façade appartient au XVII" siècle (fig. 2 et 3, plan fig. 4). En réalité, sa réalisation s'est accomplie en plusieurs étapes. L'état des lieux publié par Marcel Durliat prouve qu'il était en construction dès 1536 mais qu'au-delà du premier étage les travaux avaient été interrompus, ce qui explique l'état d'abandon observé dans cette partie du château par les experts de 1541. Le corps de logis principal revient donc au marquis Henri-Victor de Cardaillac et appartient bien au XVIIe siècle, comme l'essentiel des décorations intérieures. Celles-ci, souvent de découverte récente, font l'objet de dégagement et de mise en valeur sous le contrôle du Service des Monuments historiques (4). Dans l'état actuel des vestiges, il faut signaler au deuxième étage du donjon, la présence de décors géométriques en pli de serviette. On peut voir également des tracés de coupes de pierre et des motifs en quadrilobes (pièce du sud-est). L'une des pièces qui font suite au nord a conservé une grande inscription peinte en noire. Tout ceci reste à étudier, ce sera possible après dégagement complet. Le décor le plus complet appartient au XVIIe siècle et se trouve au premier étage du donjon : cette chambre dite «de la marquise" a conservé sa poutraison et sa cheminée de bois à la française avec ses montants à pilastres, ses deux corniches et pour motif principal un grand médaillon peint. On y voit la marquise Madeleine de Boucher qui a donné son nom à la pièce (vers 1650). Une pièce contiguë conserve ses poutres peintes. Cartouches avec paysages pittoresques, motifs de bouquets de fleurs alternent avec les initiales E et H, qui peuvent correspondre à Henri de Cardaillac, ou L. H. complété par une couronne de marquis (fig. 5). On voit aussi de petites figures allégoriques. -- -~)
334 BRUNO TOLLON FIG. 1 - LACAPELLE-MARIVAL, LE DONJON ET L'AILE DU XVII' SIÈCLE Cl. E. et P. Bergès. FIG. 2. VUE GÉNÉRALE DU CHÂTEAU PRISE DU NORD-OUEST (Service départemental de l'architecture, Cahors)
----~--- - - LACAPELLE-MARIV AL 335 -Pi'.. lilli -0"; rii.[1 1 - ~ FIG. 3. - VUE DU DONJON ET DE L'AILE DU XVll' SIÈCLE CONSTRUITE SUR DES ASSISES DES XV, ET XVI' SIÈCLES (Service départemental de l'architecture, Cahors) FIG. 4. - PLAN DU C HÂTEAU AU PREMIER ÉTAGE (Service départem ental de l'architecture, Cahors) - - -- - ~ ~
336 BRUNO TOLLON FIG. 5. Cl. E. et P. Bergès. DÉTAIL DU DÉCOR DE LA CHAMBRE VOISINE DE CELLE DITE DE.. LA MARQUISE ", PREMIER ÉTAGE DU DONJON Les médaillons entre les poutres représentent les propriétés des Cardaillac, XVII' siècle. Cl. E. et P. Bergès. FIG. 6. - DÉCOR EN CAMAÏEU AVEC PAYSAGE ET FIGURES VÊTUES A L'ANTIQUE DERRIÈRE LE LAMBRIS DE HAUTEUR DU XVII' SIÈCLE, PREMIER ÉTAGE
LACAPELLE-MARIV AL 337 A l'étage de l'aile du XVI!" siècle, le démontage de lambris de hauteur placés là au XVIIIe siècle, a permis de mettre àjour un important ensemble exécuté au pinceau noir sur l'enduit blanc du mur. On y voit de grandes figures vêtues en centurions romains, des trophées et des perspectives géométriques_ On y reconnaît un Pégase conduit par un personnage_ Chaque scène est limitée par un pilastre dessiné de la même façon (fig_ 6)_ Les guerriers antiques plus grands que nature et traités en grisailles étonnent par le trait décidé qui les caractérisent et attendent encore une étude approfondie! (1) Commune de Lacapelle-Marival, arrondissement de Figeac, propriété communale, classé Monument historique. (2) Georges Cadiergues, Histoire de la seigneurie de Lacapelle-Marival, Cahors (1906) ; à propos du château lui-même, Francis Salet, Lacapelle Marival, dans Congrès archéologique de France, 1937, p. 319-320; Jean Depeyre, Le château de Lacapelle-Marival, dans Bulletin de la Société des Etudes du Lot, LXXXI, 1960, p. 210-216, et Paul Roudié, Lacapelle-Marival, dans Dictionnaire des châteaux de France, Guyenne, Gascogne, Béarn, Pays-Basque (dir. Jacques Gardelles), Paris, 1981, p. 187. (3) Documents publiés par Marcel Durliat, dans Figeac et le Quercy. Actes du XXIII- Congrès d'études régionales, organisé à Figeac, les 2-4 juin 1967 (Fédération des Sociétés académiques et savantes, Languedoc, Pyrénées, Gascogne), 1967, p. 44-48. (4) Une association, récemment constituée, a pris en main les actions «tendant à la réhabilitation, à la promotion et à l'animation du château.. selon les termes mêmes de ses statuts (1990). Un programme de restauration a été établi par l'architecte en chef des Monuments historiques et les opérations de sauvetage du décor intérieur se font sous le contrôle de l'inspecteur des Monuments historiques de la région Midi-Pyrénées. 22