Portrait de Marie-Laure Guillard on aimait le Québec pour les mêmes raisons...le ciel bleu, le bon climat, les sports d'hiver, l'esprit positif des Québécois... J'ai alors fait une pause professionnelle pendant 10 ans, le temps de voir un peu grandir nos trois enfants, et nous en avons profité pour partir vivre deux ans à Londres. Et retour au Québec...pourtant, les amis qui me connaissent bien savent que ma passion a toujours été l'espagnol et l'amérique du Sud, la chaleur, le soleil...alors, tout comme eux, je n'aurais jamais cru que je pourrais faire ma vie ici! De quelle région de France es-tu? Nous finissons les portraits de l'année 2011-2012 avec Marie-Laure, agent immobilier à Montréal, secteur Centre--Ouest, plus précisément centre ville et ses quartiers avoisinants. Elle nous dévoile son parcours personnel et professionnel... Cela fait plus de 20 ans que tu vis à Montréal. Comment es-tu arrivée au Québec? Seule et célibataire! Il y a...25 ans...la Chambre de Commerce Française m'a offert de participer à un échange France-Québec pour une durée de 2 ans. J'étais en charge de l'accueil des sociétés françaises et de l'organisation des événements. La CCFC était installée dans le Vieux-Mtl.très visionnaire pour l époque ce quartier était sans vie, des entrepôts désaffectés, mais quelques grands bureaux. Puis j'ai eu l'opportunité de travailler pour la BNP, avec un poste similaire. C'est à cette période que j'ai rencontré Xavier, mon mari, un Français déjà installé à Montréal. Et on est restés...on avait les mêmes points de vue sur la France et l'expatriation, On me croit de Bretagne, où je séjourne souvent, mais je viens du Havre en Normandie...et j ai épousé quelqu un du Sud!! Du Limousin! Comment est née l'idée de travailler dans l'immobilier? En rentrant de Londres, j'ai voulu monter une société de relocation. J'avais rencontré des personnes exerçant cette profession lors de notre séjour, et j'avais été attirée par cette approche de l accueil et de l entraide. J'ai préparé mon dossier. Et puis finalement, après réflexion, je me suis dit que ce n'était pas pour moi. Il faut une très grande patience pour aider les gens dans une situation de gros changement et angoissés par ce qui les attend. Je me suis donc tournée vers d'autres pistes, et me suis surtout beaucoup investie dans le bénévolat pendant plusieurs années. C'est seulement quelques années plus tard, à la suite de rencontres avec des amies qui travaillaient dans le domaine de l'immobilier, que j'ai décidé de suivre la formation obligatoire pour devenir agent. Je trouvais ça beaucoup plus concret, même s'il m'a fallu quelques mois pour oser me lancer dans l'aventure! Montréal Accueil, Mars 2012 Page 1
Que doit-on faire pour devenir agent immobilier à Montréal? Il faut retourner à l'école! La loi nous oblige à suivre une formation spécifique de 6 mois, à temps plein, essentiellement tournée vers le droit, les maths et la construction......et après tes études? Je me suis installée comme agent sous la bannière de Sutton. Ici pour devenir agent immobilier individuel, il faut acquérir un diplôme supplémentaire: certains agents sont dans de toutes petites sociétés, mais il leur a fallu passer le diplôme de courtier agréé. C'est autre chose... Moi, je voulais avoir une "marque" derrière moi, je trouvais que c'était important pour paraître plus crédible. La marque nous offre un "back-up", l'assurance d'un bureau, le conseil. Vis-à-vis des clients qui ne me connaissent pas, c'est un élément qui peut les rassurer. J'aurais moi-même du mal à négocier avec un agent individuel si je ne le connaissais pas. Je travaille pour cette agence, mais je suis tout de même "indépendante", travailleur autonome, dans le sens où l'agence ne me fournit pas les clients, je ne suis pas une employée. Sutton m'appuie de son nom, me donne les panneaux, mais pas les clients! Je leur paie des frais mensuels fixes et des frais à chaque transaction, et tous les autres frais sont à ma charge dont la publicité. À cela il faut ajouter que nous devons être membres de différents organismes, comme la Chambre immobilière du Grand Montréal - la CIGM -, l'association des agents immobiliers OACIQ -,, et bien d'autres encore...c'est la partie cachée du travail! Il y a environ un an et demi, je me suis mise en équipe avec Carmen Berlie, que je connaissais déjà très bien. Quelles qualités doit-on avoir, et quelle est la recette de la réussite? Disponibilité-patience-grande réactivité-honnêtetéfiabilité-intégrité! D'autant plus qu'avec les nouvelles technologies, tout va beaucoup plus vite. C'est donc ça qui fait la force d'un agent. Il faut aussi un énorme carnet d'adresses, un bon réseau. Il faut relancer en permanence, oser se lancer, se questionner, chercher, interroger, pousser les portes...ce n'est pas toujours agréable, il faut souvent faire fi de sa réserve naturelle...mais c'est indispensable. Travailles-tu plus particulièrement pour les Français qui s'installent à Montréal? 60% de la clientèle que j'installe est française! Je me suis spécialisée sur le Centre Ville et la "couronne". Je préfère essentiellement travailler là où j'ai habité ou travaillé tout au long de mes 25 ans de vie montréalaise: le Plateau, le Vieux Montréal, le Centre Ville, NdG, Westmount, Côte des Neiges, et je rajoute Ville Mont-Royal et Montréal ouest, non pas West-Island mais ce joli quartier méconnu à l ouest de NDG. J'ai noté que très souvent mes clients achètent un bien que j'aime...nous avons les mêmes goûts, comme si nous avions une connexion. Je suis chanceuse, mes clients sont toujours des personnes agréables et courtoises! Montréal Accueil, Mars 2012 Page 2
Comment trouves-tu tes clients? 25 ans sur Montréal comme célibataire, mère, épouse et employée...j'ai un bon carnet d'adresses! Ensuite, je m'appuie sur la publicité, je suis en relation avec la Chambre de Commerce Française, membre de Montréal Accueil, bénévole au sein d'associations diverses...je ne manque aucune occasion de réseauter. Cette partie de mon travail cadre avec ma personnalité! Entre nous, ce que je préfère néanmoins est la cérémonie du mardi matin... Au début, c'est difficile pour la famille: organiser les fins de semaine ou les soirées relève de la jonglerie! Il faut aussi apprendre à s'adapter à la variabilité de la charge de travail: on passe des périodes très pleines, 7j/7, allant du mois de février à juin, et de septembre à décembre, à des périodes franchement plus creuses, et ça peut être angoissant au début. J'ai trouvé mon équilibre grâce à l'équipe que je forme avec Carmen. On connaît nos clients respectifs, on peut se partager le travail, se remplacer, prendre des vacances, se dépanner, se relayer... Dis m'en plus... Tous les mardis matin les nouvelles propriétés mises sur le marché sont ouvertes pendant une heure aux agents, c'est un côté très amusant, la partie plaisante du travail. On visite de belles, ou moins belles, maisons (ou appartements). L'agent du vendeur organise la visite. Ça se fait partout sur Montréal, mais le plus fréquemment sur Westmount, NdG, Côte des Neiges et Outremont. Avec la liste des propriétés à vendre à l'avance, je peux regarder s'il y en a qui correspondent à mes clients, cela facilite le choix des propriétés à visiter avec les Acheteurs cela me guide aussi pour mettre un prix pour une nouvelle propriété à venir. Une autre particularité nord-américaine réside dans les visites libres du dimanche: organisées par l'agent du vendeur, le principe est d'ouvrir une propriété durant deux heures au public. Le vendeur a ainsi la réaction du public et l acheteur se fait ainsi son idée du marché, en discute aussi avec son agent L acheteur se sent plus libre et les horaires de week-end sont plus souples pour tous. Le travail d'un agent est très chronophage. Il n'y a donc pas que des avantages... C'est toujours "la veille pour le lendemain". On peut difficilement planifier le travail à l'avance. Le rôle d'un agent est ici beaucoup plus personnalisé qu'en France. Le client choisit toujours un seul agent, celui-ci ayant accès à toutes les propriétés de Montréal. Ça permet une bonne connaissance et compréhension mutuelles: les goûts, les besoins sont bien mieux cernés, et l'envie de satisfaire bien plus grande! Avec l'expérience, on les aide dans leurs choix, dans leur installation, on les guide en mettant les avantages et les défauts en avant... maintenant, mes clients, je les dorlote avant et après! Quel vide lorsqu ils ont enfin acheté ou vendu et que nous ne nous voyons plus si régulièrement je m'attache souvent... Montréal Accueil, Mars 2012 Page 3
Quel est l'état du marché immobilier montréalais actuellement? Depuis environ 2 ans, les prix restent très élevés pour Montréal, et les offres sont rares. Montréal était probablement la grande ville nord-américaine la moins chère pour l immobilier. Certes les prix n ont pas grimpé comme à Vancouver ou NY, mais ils sont plus en relation avec la taille de la ville. Pour l économie c est mieux, pour l individu moins. D ailleurs voilà une fausse idée: beaucoup de Français croient en arrivant qu ils pourront facilement se loger dans le centre ou proche des lycées français C est à croire que les nouveaux tarifs de l immobilier montréalais ne sont pas encore arrivés au sein des départements de ressources humaines des grandes entreprises ni dans les bureaux d ambassades et de la délégation du Québec! Les Montréalais qui déménageaient avant juste par goût, ou pour avoir mieux, ne le font plus aujourd'hui...ils attendent. cette frénésie pour le déménagement a tendance à diminuer malgré les taux hypothécaires toujours très bas. Où peut-on trouver des informations pratiques sur ton activité? J'ai un site web (http://mlguillard.ca), un site qui bouge en permanence car la vie immobilière sur Montréal est trépidante! Du reste, les propriétés vendues ne peuvent pas rester affichées sur un site plus d'un mois après l'acte notarié. D ici 2 semaines, mon site web aura suivi une petite cure de jeunesse Ton endroit préféré à Montréal? Deux magasins fétiches? Alors... Je dirais... Espace Pépin, un magasin de vêtements qui se trouve au croisement des rues St Paul et St Pierre! Et le grand classique Roots il faut fouiner et chercher les articles soldés!. En bonus, le Maîstre sur Monkland, un restaurant avec un super rapport qualité prix et très tranquille. Pour les poissons.delmos dans le Vieux-Mtl et Cocagne sur St Denis. Les restaurants indiens sont bons et pas trop chers Trop difficile de restreindre à deux choix! Vous avez beaucoup voyagé au Canada, qu'estce qu'il faut absolument avoir vu avant de quitter le pays selon toi? L'Ouest canadien sans hésiter! Pour Montréal, je conseillerais d'aller au moins une fois à Hudson, de déjeuner au Pub de Willow Inn et de revenir en traversant le fameux pont de glace d'oka. L été c est aussi très joli mais l aventure n est pas là Il faut aussi aller skier à Jay Peak dans le Vermont... Bref, mon meilleur conseil serait de ne pas rentrer systématiquement tous les étés dans son pays d'origine afin de découvrir les beaux espaces nordaméricains... aller en voiture à New-York c est top.si vous y aller un long week-end, passez la douane à 8h, pas après sauf si vous êtes très patients! J'adore le Vieux Montréal: je l'ai vu évoluer d'un quartier quasi mort à un quartier extraordinairement dynamique. Aussi la rue St Denis. Montréal Accueil, Mars 2012 Page 4
Aurais-tu une petite histoire de ton parcours à raconter? Deux ans après mon arrivée, j'ai voulu prolonger mon séjour et travailler pour la BNP. Je n'avais pas fait très attention à mes papiers...et j'ai été sortie manu militari en 24 heures du territoire! Incroyable! J'avais changé d'emploi juste à un moment où je n'avais pas le droit de le faire, à 15 jours près! J'en ai tiré une bonne leçon, et je conseille d'être vigilant, de ne pas remettre les choses pour le dernier moment, de surveiller ses papiers... On ne rigole pas ici! Je pense d'ailleurs que c'est toujours bon de demander sa résidence permanente dès qu'on arrive, car on ne sait jamais ce qui nous attend, et on élargit sa marge de manœuvre. Il y en a qui ont beaucoup regretté de ne pas l'avoir fait... Et le plus important, être bien entouré... J'ai la chance d'avoir un mari adorable Xavier et 3 grands enfants tout aussi supers: Charles et Olivier (22 et 20 ans) à HEC Montréal et Mathilde au Cégep...merci à eux de me soutenir dans mes choix. Merci Marie-Laure, et bonne année! Interview réalisée par Lada Billard Tu es antenne de quartier pour Montréal Accueil, et nous recevons toujours avec grand plaisir tes bons conseils et tes bons tuyaux. Depuis quand fais-tu partie de l'association? C'est la deuxième fois que je suis membre... La première fois, c'était avant Londres. La deuxième date d'il y a 6 ans, lorsque deux amies m'ont motivée. Aujourd'hui je suis antenne et j'adore le faire! J'adore partager mes connaissances, partager tout court! Quels seraient tes 3 conseils envers quelqu'un qui arrive à Montréal pour que son intégration se passe au mieux? Je lui conseillerais d'investir son temps dans une activité bénévole québécoise, de ne pas s'installer ici en plein hiver (je me souviendrai toute ma vie d'avoir débarqué ici toute seule en janvier! sans commentaire...), et de ne pas croire que Montréal est une ville pas chère, surtout quand on veut continuer à vivre "à la française!". Montréal Accueil, Mars 2012 Page 5