IAI07.296.1 Les tarodières irriguées de Uakatr. Nom : Wahéo Prénom : Jacob Date de naissance : Âge : Lieu de naissance : Lieu d enregistrement : Uakatr Date d enregistrement : avril 2007 Langue : iaai Genre : Récit (Môôju) Enquêteur : Emmanuel Tjibaou Transcription : Emmanuel Tjibaou, Albert Kapoa Référence audio : Autorisation de consultation : 3 Résumé : Ce texte décrit le procédé par lequel est réalisée la tarodière irriguée sur l île d Ouvéa. Cette description a fait l objet d un film de 48 mn réalisé par E.Tjibaou en collaboration avec le Conseil Coutumier Iaai. Tarodières irriguées de Uakatr. Les tarodières irriguées de la tribu de Uakatr font partie d une des particularités locales de l ile d Ouvéa. En effet, la culture du taro par irrigation implique une alimentation de la surface à cultiver en eau. Or, sur les iles Loyauté, l eau n est présente que sous la forme de nappes phréatiques dont la lentille affleure la surface. Dans la tribu de Uakatr où l enquête a été réalisée nous avons pu constater la pertinence des effets de la nappes et des marées sur la culture du taro. Comme sur la Grande-Terre, la représentation symbolique du taro reste forte dans les coutumes et dans l alimentation courante. Cet aliment féminin opposé à l igname masculine est reconnu comme bénéfique pour le groupe (aliment porteur de cohésion sociale voir le récit de J.Waheo). Il est prisé pour sa chair et est reconnu dans toute l ile d Ouvéa pour son goût dans les bougna. La période de culture du taro d eau. La culture du taro d eau sur Ouvéa n est pas liée à celle de l igname comme sur la Grande-Terre. Du fait de la permanence de la lentille d eau au dessus de la nappe phréatique, l irrigation de l espace cultivé se fait de tout temps et cela même durant la période chaude.
Les variations quant à l amplitude des marées influent sur la période de plantation. Ainsi lorsqu il y a de grandes marées hautes, l eau salée pousse la lentille d eau douce à la surface du sol permettant la plantation des taros sur le sol humide. S il n y a pas de saison à Ouvéa pour planter le taro, il faut toutefois veiller à bien organiser la production locale afin d alimenter les périodes où la demande en produit vivrier est plus importante (cérémonies coutumières). Cette organisation des moyens de production du taro était aussi importante auparavant du fait des longues périodes de disettes. Vue de la lentille d eau affleurant en surface du champ de taro. Sur la photo présentée ci-dessus, nous pouvons voir le niveau d irrigation dont bénéficie la tarodière lors du mois d avril 2007. Au moment de l enquête, les travaux consacrés au champs de taros étaient uniquement de l entretien autour des buttes. Le niveau de l eau et les fortes pluies avaient entraîné l éclosion de chenilles sur les plants de taro d où un entretien plus fréquent du champ à cette période. Les plantes autour de la tarodière. La culture du taro n est pas séparée des autres cultures horticoles de subsistance. Ainsi autour de la tarodière on retrouve des plantations de bananiers, des choux kanak, et des cocotiers pour l ombrage. On retrouve cette association cocotier-taro dans les récits traditionnels (J.Wahéo). Ces cultures ne sont pas plantées dans le champ de taro mais sur ses côtés. /
L espace cultivé : la tarodière. Les limites. L espace cultivé propre à la culture du taro est appelé hnyei könying. La zone définie pour la culture est octroyée par le propriétaire terrien au cultivateur. Le propriétaire terrien de la zone ou affleure la lentille d eau, fixe les limites de l espace cultivé avec une pierre appelée hueto ame nyigötr. Pierre marquant la limite de la parcelle à cultiver. La zone cultivée peut être élargie ou rétrécie par le propriétaire terrien selon les nécessités : - les cultivateurs prévoient une cérémonie coutumière et ont besoin de plus d espace en préparation des festivité. - La zone octroyé par le propriétaire terrien n a pas été mise en valeur. Ce dernier réattribue l espace cultivé. - Le cultivateur déplace la marque fixée par le propriétaire terrien sans son accord. - Le propriétaire terrien peut parceller son espace afin de permettre à plusieurs familles de cultiver en fonction de leurs besoins. Dans tous les cas, la décision du propriétaire terrien se matérialise au sol par le marquage avec la pierre hueto ame nyigötr. La butte artificielle wabiny. L aménagement de l espace nécessaire à la tarodière implique également la mise en place d une butte artificielle appelée wabiny devant le champs. Cet espace est constitué d un remblai de terre surélevé d un mètre et demi maximum sur lequel sont plantés des cocotiers. La fonction de cet espace est de permettre l ombrage sur une partie de la plantation durant une partie de la journée pour éviter les rigueurs du soleil. Il est également d usage que lorsque le soleil est trop haut dans le champs, les cultivateurs se retrouve à l ombre de cette butte surélevée pour bénéficier de l air frais. /
Vue du wabiny. La préparation du terrain. L espace à cultivé est défriché jusqu aux limites. Les souches sont enlevées et brûlées. On définit la zone pour la culture du taro, le terrain s il n a pas été cultivé depuis longtemps est rendu meuble par retournement à l aide de pioche. Le labour réduit les grosses mottes de terre afin que le tubercule une fois planté croisse librement. Le travail de labour facilite également l irrigation de la zone à cultiver. Contrairement aux usages sur les tarodières de la Grande-Terre, il n y a ni canalisation, ni rigole d amenée d eau, ni de mur de soutènement du fait de l irrigation par le sous-sol. La préparation du plant de taro. Le plant est préparé de manière à laisser que quelques feuilles sur les tiges et la racine du tubercule est nettoyée. La partie basse de la racine peut être coupée. Ne sera conservée que la partie haute comprenant le haut du tubercule et la tige. La plantation taa 1. Jeune plant de taro. 1 Khonâm : on emploie aussi ce terme chez les anciens pour désigner la plantation du taro. Ce terme signifie planter avec précaution.
Une fois le terrain préparé pour la culture, on sélectionne les plants à cultiver. Les plants sont choisis en fonction de leurs particularités (goût, cuisson facile, croissance rapide, ) et en fonction de leurs usages (cérémonies coutumières). On plante les taros en ligne de manière à laisser un espace de 20 à 30 cm entre chaque plant. La plantation se fait à l aide d un pieu en bois ou d une barre à mine qui permet de creuser un trou d une dizaine de centimètre de profondeur dans lequel sera placé le plant de taro. La terre relevée lors du travail dans le champ sera butée autour des plants pour aider les racines à sortir et les préserver de la chaleur. Le travail du taro était autrefois dévolu aux femmes, il est aujourd hui réalisé de manière uniforme par les deux sexes. Buttage du plant de taro. Sur la figure ci-dessus, on aperçoit le travail de buttage d un jeune plant de taro. Les mauvaises herbes autour du plants sont arrachées puis le plant est protégé du soleil par paillage avec des feuilles de cocotier. Le paillage. Une fois que les taros sont en terre, il faut prendre garde à ne pas assécher la terre. L irrigation de la tarodière par la nappe phréatique nécessite toutefois que l on préserve la fraîcheur de la terre par paillage. Cela est particulièrement nécessaire en période de forte chaleur (milieu de journée, été) où le soleil est au plus fort mais également du fait de l impact de l air salin (assèchement) sur certaines plantes. La technique de paillage est réalisée à l aide de feuille de cocotier séchées disposées sur toute la surface à cultiver tout en prenant soin de laisser sortir la tige du taro croissant. La zone protégée conserve ainsi sa fraîcheur et évite une évaporation trop rapide de l eau présente sous la nappe. Paillage en feuille de cocotier du champ de taro
Les différentes variétés de taro. Sur Ouvéa comme sur la Grande-Terre, il existe différentes variétés de taros. Nous avons relevé au cours de notre enquête quelques-unes des plus connues que nous avons classé selon deux critères : celles à usage cérémoniel (présentation et consommation) et celles à usage de consommation. Variétés consommées et présentées dans les coutumes : - Bahlitr - Hwei - Makue : taro bourbon - Wallis. Variétés consommées mais non présentées dans les coutumes : - Selefen : taro montagne, jaune à l intérieur, il pousse dans les infractuosités rocheuses. Il monte haut. C est une alimentation de disette. Sa préparation est relativement longue puisqu il faut le préparer (gratter avant la cuisson). - Batan hoto : littéralement doigt/poule, terme générique - Itra - Okû hwogé : petit taro Il existe d autres variétés qui n ont pas été relevées dans cette enquête.