Période : L époque Contemporaine



Documents pareils
LES GRANDS PEINTRES. 16 e Siècle. 17 e Siècle. 18 e Siècle. 19 e Siècle. Peintre Nationalité Mouvement Œuvres 15 e Siècle

La Joconde. ( , 0,77x 0,53 m) de Léonard de Vinci TEMPS MODERNES

La belle époque est une construction plus mémorielle qu historique. Elle correspond aux années précédant la première guerre mondiale.

VIVRE LA COULEUR DOSSIER PÉDAGOGIQUE. Musée des beaux-arts de Brest

El Tres de Mayo, GOYA

Fiche de préparation. Intitulé de séquence : le portrait

Méthodologie du dossier. Epreuve d histoire de l art

DIRECTION DE LA COMMUNICATION ET DES PARTENARIATS DOSSIER DE PRESSE E-GUIDEZ VOUS! LA NOUVELLE APPLICATION DU CENTRE POMPIDOU

LIVRET DE VISITE. Autoportraits du musée d. musée des beaux-arts. place Stanislas

Liens entre la peinture et la poésie

Théâtre - Production théâtrale Description de cours

Atelier photo * au lycée Léonard de Vinci

HISTOIRE / FRANCAIS CYCLE 3 TITRE : L UNION FAIT LA FORCE (1915), LA FRANCE ET SES ALLIÉS

Le Petit Musée fiche enseignant

devenez mécène Soutenez la Fondation pour le rayonnement du Musée de Montmartre DE MONTMARTRE JARDINS RENOIR fondation pour le rayonnement du

Thématique : Arts, ruptures et continuités

Ni tout noir, ni tout blanc Consignes Thème I - Observer

Livret du jeune spectateur

Janvier Semestre 3 Session 1 - Licence 2 - Art de l époque contemporaine R.G. Peinture d histoire

«La Fuite en Egypte» Nicolas POUSSIN «Les Saints préservant le monde de la colère du Christ» Pierre Paul RUBENS

FICHES DE REVISIONS LITTERATURE

Ruiz Blasco, Pablo. Ruiz Picasso, Pablo Sans objet. Né le 25 octobre 1881 à Malaga Mort le 8 avril 1973 à Mougins

L'ENTREPRISE À L'ŒUVRE

CLASSE : : : ; : : : : LA LIBERTE GUIDANT LE PEUPLE EUGENE DELACROIX

La liberté guidant le peuple,

huile sur bois 67 x 49 cm Origine : Renaissance

Pourquoi? Caroline Baillat CPC EPS Céret / Elisabeth Maroselli CPC EPS P3 Page 1

Cours 16: La révolution industrielle du 19 ème siècle. Foura mohamed

Borduas en rupture avec son temps

été 1914 dans la guerre 15/02-21/09/2014 exposition au Musée Lorrain livret jeune public 8/12 ans

Le jugement de Pâris et la pomme Par A. Labarrière 2 2

Cette toile d Eugène Delacroix évoque la Révolution de Juillet.

Sabine Collé-Balp formateur arts plastiques IUFM Célestin Freinet La Seyne sur mer Académie de NICE

DNB 2011 HISTOIRE DES ARTS. Listes des objets d étude :

1750 : INAUGURATION DU MUSÉE DU LUXEMBOURG, PREMIER MUSÉE OUVERT AU PUBLIC

La franc-maçonnerie. Troisième tirage 2011

Des espaces prestigieux pour des instants magiques

N 39 Du 3 déc au 7 déc 2012

VOCABULAIRE DES ARTS PLASTIQUES

PEUT- ON SE PASSER DE LA NOTION DE FINALITÉ?

du 24 janvier au 1er février 2015

Privatisation de nos salons. CHRISTIE S Paris 9 avenue matignon, Paris 8e

Périodisation ou chronologie du développement de la littérature française. Tendances générales - époques. I. LE MOYEN AGE

Ressources pour le lycée général et technologique

Introduction au cycle de conférences sur l'impressionnisme

MAISON NATALE DE VICTOR HUGO

ANNE VICTOR Studio All Rights Reserved

La liberté guidant le peuple sur les barricades

Serrurier-Bovy Masterworks, d une collection

Académie de Créteil. Projet présenté autour de l album «Trois souris peintres» d Ellen Stoll Walsh

FONDS CHARLES COURNAULT ( )

Le printemps des poètes

EXPERTS NATIONAUX. Tél Département des antiquités grecques, étrusques et romaines : M. Alain PASQUIER

Anne Cauquelin, L'invention du paysage.

NON MAIS T AS VU MA TÊTE!

«Quand le territoire devient source d inspiration et souffle d expression créative : Présentation du Festival Art-Pierre-Terre»

Le Comité Départemental 13 de la FNCTA organise le

Eugène Delacroix, Les deux Foscari, huile sur toile, 1855, 93x132 cm, musée Condé, Chantilly.

Repères historiques MUSIQUE ET VARIATION. Objectifs. Léonard de Vinci W.A.Mozart G.Bizet

Nouvel An musical à Varsovie. Les points forts

Pony Production. mise en scène : Stéphanie Marino. Texte et Interprètation : Nicolas Devort. création graphique : Olivier Dentier - od-phi.

entreprises, une aventure exceptionnelle vous attend à dijon musée rêvé, musée en chantier

Technique de la peinture

ANALYSE D UNE OEUVRE DE ROBERT COMBAS. Bony - Richard - Gwladys - SImon - Megane Kouamela Rapenne Le Roy Bareyt Tandin

Reproductions d'œuvres d'art

Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da Vinci )

ATELIERS D ARTS à Paris

C était la guerre des tranchées

SOMMAIRE. Des dallages de caractère pour des piscines très exclusives RUSTIQUE BULLÉE 04 ABBAYE 12 PIERRE DU LOT 10 COLLÉGIALE 16

- VOUS N ÊTES PAS UN PEU BEAUCOUP MAQUILLÉ? - NON

SAINT-PETERSBOURG EN PETIT GROUPE MEILLEUR TARIF GARANTI 2015/2016

«Longtemps, j ai pris ma plume pour une épée : à présent, je connais notre impuissance.»

Le Bon Accueil Lieu d art contemporain - Sound Art INTERFÉRENCES ATELIERS / EXPOSITION / CONCERT

Valise musée Lagoutte

En UEL uniquement. Jour/ horaire. Programme. Découverte du langage musical autour du piano. Musique à l école. Création sonore et radiophonique

Au Musée Faure BIENVENUE. Le sais-tu. Je suis le pêcheur Napolitain, nous allons découvrir ensemble les collections du musée au travers de jeux.

Réunion de présentation. Avril 2015

1 planche Cour du Roi, pour poser les cartes Audience. 5 pions Château, pour indiquer votre emplacement autour de la Cour

Le Centre Georges Pompidou, Paris.

Le château de Versailles Architecture et décors extérieurs

GRAVER LA PAIX Projet de création artistique collective dans le cadre des Rencontres de Genève Histoire et Cité Construire la Paix (

DOSSIER DE PRESSE. PENTA Editions Des livres qui résonnent

Couleurs du Moyen Âge

DOSSIER PEDAGOGIQUE Déroulement d une visite QUELQUES MOTS SUR PAUL KLEE

Jean RAOUX ( )

Mémoire: David et Delacroix: Une comparaison du néoclassicisme et du romantisme

DOCUMENT L HISTOIRE DE L ÉDUCATION EN FRANCE

NOM : Prénom : Date de naissance : Ecole : CM2 Palier 2

LIVRET DU CANDIDAT LES DEUX OPTIONS FACULTATIVES DANSE AU BACCALAURÉAT

Étienne-Martin. 25 juin 16 septembre

Camus l a joliment formulé : le seul. introduction

Jeu pour l oral «Les vies antérieures» Devinez les vies antérieures de vos amis!

Autoportraits photographiques. Il s agit de se photographier soi-même (ce n est pas un portrait pris par un autre)

VENTE DE PRESTIGE D ART DECO. 28 mai 2013

L Homme à la Caméra, un film d avant-garde. Chaise Wassily, aussi connue comme chaise modèle B3, dessinée au Bauhaus par Marcel Breuer en

Vous propose ses visites guidées animées par des artistes. adaptées en team-building

Branche Support audio, audiovisuel et musiques

Il n'y a rien de plus beau qu'une clef

Transcription:

Période : L époque Contemporaine L'époque contemporaine Le XIXème Le XXème Naturalisme Ingres (1780-1867) Fauvisme Matisse, André Derain Kis Van Dongen Surréalisme Réalisme Cubisme René Magritte Gustav Courbet Pablo Picasso Max Ernst (1819-1877), Millet, Georges Braque Salvador Dali Honoré Daumier Juan Gris Paul Delvaux Romantisme Abstraction Francis Picabia Delacroix Piet Mondrian Constructivisme ( 1789-1863) Frank Kupka (1918-1920) Camille Corot Kasimir Malevitch Tatline (1796-1875) Robert Delaunay Pevsner Gabo Impressionnisme Theo Van Doesburg Franz Kline El Lissitzky Edouard Manet, Serge Poliakof Abstraction lyrique Claude Monet, Pierre Soulages -1947 Camille Pissarro, Auguste Renoir Tâchisme Dadaïsme Art Informel (1951) Symbolisme Marcel Duchamp Expressionnisme abstrait (fin 2e guerre aux USA) Puvis de Chavanne Francis Picabia Jackson Pollock, Wols Gustave Moreau Jean Arp Georges Mathieu, Gustav Klimt Expressionnisme Bryen, Atlan, Hartung, Riopelle, Wols Fernand Khnopff Van Gogh POP ART Paul Gauguin (1848-1903) (1853-1890) Andy Wharol James Ensor Robert Rauschenberg Pointillisme Edvard Munch Jasper Johns Seurat (1859-1891) Emil Nolde Richard Hamilton John Constable (1776-1837) Georges Rouault Roy Lichtenstein William Turner Chaïm Soutine David Hockney (1775-1851) Oskar Kokoschka Action Painting Otto Dix (1891-1969) Sommaire Période : L époque Contemporaine... 1 1. Repères historiques... 2 1.1. Trois grandes tendances ont marqué ce siècle... 2 1.2. Trois grandes tendances ont marqué ce siècle... 2 2. Histoire de l art... 2 2.1. Les pionniers... 2 2.2. Entre-deux-guerres... 4 2.3. Après guerre... 6 3. Les mouvements artistiques... 8 3.1. Le Naturalisme... 8 3.3. Le romantisme en peinture... 10 3.4. Le réalisme... 11 3.5. Le romantisme en peinture... 11 3.6. L Impressionnisme... 15 3.7. Le Symbolisme... 16 3.8. Le pointillisme... 17 3.9. Le Fauvisme :... 18 3.10. Cubisme... 21 3.11. Art abstrait... 23 3.12. Le mouvement Dada... 25 3.13. L Expressionnisme... 25 3.14. Surréalisme... 29 Conclusion :... 34 ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 1 sur 34

Période : l époque contemporaine 1. Repères historiques Pour l'europe, les historiens font généralement commencer le XIXe siècle en 1815 (fin de l'empire Napoléonien et Congrès de Vienne) et le font terminer en 1914 (début de la Première Guerre mondiale). 1.1. Trois grandes tendances ont marqué ce siècle L'industrialisation La démocratisation Le nationalisme Ce siècle a connu une explosion démographique, on parle de révolution démographique. 1.2. Trois grandes tendances ont marqué ce siècle On peut dire que le XIXe siècle est le siècle de l'europe. Après la Révolution française (1792-1799) et les guerres de l'épopée napoléonienne (1799-1815), l'europe connut de nombreuses autres guerres qui dessinèrent sa nouvelle carte géopolitique. Parmi les phénomènes les plus importants de ce siècle figurent : l'effondrement des vieux Empires espagnol et portugais (principalement en Amérique ; l'empire portugais reste intact dans le reste du monde), la formation du second Empire colonial français et du premier Empire allemand et surtout l'expansion de l'empire britannique ; la construction de l'unité italienne et la libération des provinces balkaniques ; l'émergence de consciences nationales et de sentiments patriotiques très puissants. C'est aussi pour l'europe, le siècle de la deuxième révolution industrielle, qui va bouleverser le paysage européen et apporter d'immenses richesses, mais aussi casser les anciennes structures sociales. Enfin, pour l'europe, c'est le siècle où ses élites intellectuelles vont la transformer, en un immense chaudron, dans lequel vont bouillonner toutes les idées et tous les arts. Ses savants, ses artistes, ses intellectuels, vont porter la recherche technologique, la recherche scientifique, la recherche artistique, la recherche des idées 2. Histoire de l art Au début du XXe siècle, Henri Matisse et d autres jeunes artistes ont révolutionné le monde artistique parisien avec une peinture «sauvage», multicolore et expressive que les critiques ont appelé le fauvisme. Pablo Picasso a réalisé sa première peinture cubiste en se fondant sur une idée de Cézanne selon laquelle toute représentation de la nature peut être réduite à trois solides : un cube, une sphère et un Cône. 2.1. Les pionniers Le début du XXe siècle est marqué par le développement du fauvisme avec des artistes tels que Henri Matisse, Georges Braque, André Derain, Raoul Dufy et Maurice de Vlaminck qui ont profondément bousculé le milieu artistique de l époque. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 2 sur 34

Avec Les Demoiselles d'avignon en 1907, Pablo Picasso crée un style de peinture nouveau et radical en représentant crûment et de façon primaire une scène de bordel avec cinq prostituées, des masques tribaux africains et contenant ses propres inventions cubistes. Le cubisme analytique, qui a été conjointement développé par Pablo Picasso et Georges Braque entre 1908 à 1912, est la première manifestation claire du cubisme. Lui a succédé le cubisme synthétique avec Braque, Picasso, Fernand Léger, Juan Gris, Albert Gleizes, Marcel Duchamp et d innombrables autres artistes dans les années 1920. Le cubisme synthétique se caractérise par l introduction dans la peinture de différentes textures, de surfaces, d éléments de collage, de papier collé et d une grande variété de thèmes fusionnés. Guitare, livre et journal de Juan Gris (1919) Des années 1910 jusqu à la Première Guerre mondiale, après l apogée du cubisme, plusieurs mouvements ont émergé à Paris. En juillet 1911, Giorgio De Chirico est venu à Paris où il a joint son frère Andrea (poète et peintre connus sous le nom d Alberto Savinio) qui lui a permis de rencontrer Pierre Laprade, un membre du jury au salon d'automne où il a exposé trois de ses œuvres : Énigme d'un soir d'automne (1910), Énigme de l'oracle (1910) et un autoportrait. En 1913, il expose son travail au salon des Indépendants où il est remarqué par Pablo Picasso et Guillaume Apollinaire. Ses peintures mystérieuses sont considérées comme le début du Surréalisme. Moscou I de Wassily Kandinsky (1916) Au cours des deux premières décennies du XXe siècle, hormis le cubisme, plusieurs mouvements importants ont émergé : le futurisme (Giacomo Balla) l art abstrait (Wassily Kandinsky, Le Cavalier bleu) le Bauhaus (Kandinsky, Paul Klee) l orphisme (Robert Delaunay, František Kupka) le synchromisme (Morgan Russel) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 3 sur 34

le De Stijl (Piet Mondrian) le suprématisme (Kasimir Malevitch) le constructivisme (Vladimir Tatline) le dadaïsme (Marcel Duchamp, Francis Picabia, Jean Arp) le surréalisme (Giorgio de Chirico, André Breton, Joan Miró, René Magritte, Salvador Dalí, Max Ernst) La peinture moderne a influencé tous les arts visuels, de l architecture et le design moderne au film d avant-garde, en passant par le théâtre et la danse moderne. Elle est également devenue un laboratoire expérimental pour les formes d expressions visuelles tels que la photographie, le calligramme, la mode ou la publicité. La peinture expressionniste de Van Gogh a influencé la peinture du XXe siècle, comme cela apparaît dans la peinture fauve de Die Brücke (un groupe mené par la peintre allemand Ernst Ludwig Kirchner) ou chez d Edvard Munch, Egon Schiele, Marc Chagall, Amedeo Modigliani, Chaim Soutine Wassily Kandinsky, un peintre russe, imprimeur et théoricien de l art, l un des plus célèbres artistes du XXe siècle, est généralement désigné comme le premier peintre important de l art abstrait moderne. En tant que moderniste, à la recherche de nouveaux modes d expression visuelle et spirituelle, il a théorisé la peinture comme l ont fait les occultistes et les théosophistes. Kandinsky a développé plusieurs de ses théories sur l art abstrait dans son livre Concernant «la spiritualité dans l art» Robert Delaunay était un artiste français associé à l orphisme dont les contributions à l art abstrait se traduisent par une utilisation audacieuse de la couleur et une volonté d expérimenter la profondeur et la tonalité. En 1911, à l invitation de Kandinsky, Delaunay et son épouse l artiste Sonia Delaunay, a rejoint Le Cavalier bleu (Der Blaue Reiter), un groupe d artistes abstraits de Munich. Parmi les autres pionniers de la peinture abstraite il faut citer le peintre tchèque, František Kupka et le mouvement synchromisme, proche de l orphisme, fondé en 1912 par les artistes américains Stanton MacDonald-Wright et Morgan Russell. 2.2. Entre-deux-guerres En vacance de Kasimir Malevitch (1927) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 4 sur 34

Portrait de Friederike Maria Beer de Gustav Klimt (1916) La peinture de Piet Mondrian était intimement liée à ses études spirituelles et philosophiques. En 1908, il s est intéressé au mouvement théosophique lancé par Helena Petrovna Blavatsky à la fin du XIXe siècle. Elle considérait qu il était possible d atteindre une connaissance de la nature plus profonde que celle obtenue par des moyens empiriques. Une grande partie du travail de Mondrian a été inspiré par la recherche de cette connaissance spirituelle. Le peintre russe Kasimir Malevitch est un autre pionnier de l art abstrait qui, après la révolution russe de 1917 et après l oppression du régime staliniste en 1924, est retourné à une peinture figurative. On peut également citer le peintre suisse Paul Klee dont le travail sur la couleur a fait de lui un pionnier de la peinture abstraite du Bauhaus. Dans les États-Unis de l entre-deux-guerres les peintres ont eu tendance à se rendre en Europe pour y acquérir une certaine reconnaissance comme ce fut le cas de Marsden Hartley, Patrick Henry Bruce et Stuart Davis qui se sont faits une réputation en dehors de leur pays. L expressionnisme et le symbolisme sont des mouvements qui englobent plusieurs styles de peinture du XXe siècle et qui ont dominé une grande partie de l art avant-gardiste en Europe occidentale, orientale et nordique. L expressionnisme de l entre-deux-guerres s est principalement répandu en France, en Allemagne, en Norvège, en Russie, en Belgique et en Autriche. Les artistes expressionniste sont liés à la fois au surréalisme et au symbolisme. Le fauvisme, le Die Brücke et Der Blaue Reiter sont trois des groupes les plus connus de peintres expressionnistes et symbolistes. Parmi Les artistes les plus influents de ce mouvement on distingue Marc Chagall, Gustav Klimt, Egon Schiele, Edvard Munch, Emil Nolde, Chaim Soutine, Georges Gimel, James Ensor, Oskar Kokoschka, Ernst Ludwig Kirchner, Max Beckmann, Franz Marc, Otto Dix, Käthe Kollwitz, Georges Rouault, Amedeo Modigliani... Dans les années 1930 et la Grande Dépression, le surréalisme, le cubisme tardif, le bauhaus, le De Stijl, le dadaïsme et les peintres coloristes comme Henri Matisse ou Pierre Bonnard sont caractéristiques de la scène artistique européenne alors qu en Amérique le mouvement du réalisme social dominait le monde de l art. Des artistes ont émergé de cette nouvelle scène artistique comme Ben Shahn, Thomas Hart Benton, Grant Wood, George Tooker, John Steuart Curry, Reginald Marsh et bien d autres. En Amérique latine le mouvement du muralisme avec Diego Rivera, David Alfaro Siqueiros, José Clemente Orozco, Pedro Nel Gómez et les peintures de Frida Kahlo sont une renaissance de l art dans cette région, avec l utilisation de la couleur et l expression de messages politiques. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs des artistes surréalistes ont été influencés par la politique radicale de gauche, parmi lesquels Pablo Picasso avec son célèbre tableau Guernica. Cette oeuvre dénonce les horreurs du bombardement de Guernica le 26 avril 1937, pendant la guerre civile espagnole, par la légion Condor de la Luftwaffe allemand. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 5 sur 34

2.3. Après guerre La seconde moitié du XXe siècle a été pour le monde artistique, et la peinture en particulier, une période de multiplication des courants artistiques, avec la naissance d une grande variété de mouvements en peinture. Peinture Pop Art Aucassiu et Nicolette de Charles Demuth (1921), oeuvre précisionniste Né dans les années 1950 en Angleterre, le Pop Art va surtout se développer en Amérique avec des artistes comme Jasper Johns, Larry Rivers ou Robert Rauschenberg dans les années 1960 même si, dès les années 1920-1930, les peintures de Gerald Murphy, Stuart Davis et Charles Demuth fondateur du mouvement précisionniste, marquaient déjà l avènement du pop Art. Il faut souligner qu au début des années 1950, la plupart des artistes qui s inscrivirent ensuite dans la mouvance du Pop Art, faisaient une peinture qualifiée d expressionnisme abstrait. Il faudra véritablement attendre le début des années 60 pour que le mouvement Pop Art prenne son essor. Parmi les artistes les plus réputés de ce mouvement pictural, il faut citer Andy Warhol, Claes Oldenburg, Wayne Thiebaud, James Rosenquist, Jim Dine, Tom Wesselmann et Roy Lichtenstein entre autres. Ce qui caractérise le Pop Art, c est sa volonté de fusionner la culture populaire de masse avec l art le plus raffiné, avec une dose d humour, d ironie et un langage figuré parfaitement reconnaissable. Lawrence Alloway, l inventeur du terme «Pop Art» désignait ainsi les peintures qui célébraient le consumérisme d après-guerre, c est-à-dire un mouvement qui rejetait l expressionnisme abstrait centré sur l herméneutique et la psychologique, en faveur d un art célébrant la culture, la publicité, et l iconographie de l ère de la consommation de masse. Nouvelle peinture abstraite Le mouvement colorfield Painting, qui s inscrit dans la continuité du suprématisme et de l abstraction lyrique, est apparu aux États-Unis dans les années 1950. Il marquait clairement une nouvelle orientation de la peinture américaine, loin de l expressionnisme abstrait, en cherchant à débarrasser l art d une rhétorique jugée superflue. Ainsi, des artistes comme Clyfford Still, Mark Rothko, Hans Hofmann, Morris Louis, Jules Olitski ou Kenneth Noland dépeignaient peu la nature, leur peinture reposant surtout sur une utilisation psychologique de la couleur. En général, ces artistes ont éliminé les formes reconnaissables. L un des tendances du mouvement colorfield painting est l utilisation de toile non rectangulaires, ce que l on appelle le shaped canvas. Ce fut le cas de peintre tels que Frank Stella, Kenneth Noland, Ellsworth Kelly, Barnett Newman, Ronald Davis, Neil Williams, Robert Mangold, Charles Hinman, Richard Tuttle ou David Novros au début des années 60. Cette tendance marquait une réaction contre le mysticisme et l hyper-subjectivité de l expressionnisme abstrait et contre l idée bien ancrée que l utilisation d une toile rectangulaire classique serait le signe d une peinture dite «sérieuse». ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 6 sur 34

Les années 1960 ont vu naître un autre mouvement, l abstraction lyrique, terme European qui a été reutilisé par Larry Aldrich en 1969. L abstraction lyrique, comme le mouvement Fluxus, cherche à repousser les frontières de la peinture abstraite et du minimalisme en se concentrant sur le processus de création, les nouveaux matériaux et les nouvelles formes d expression. Cette forme de peinture intègre souvent des matériaux industriels, des matières premières et des objets variés avec des références au dadaïsme et au surréalisme. Il existe des similitudes entre d une part l abstraction lyrique et, d autre part, le colorfield Painting et l expressionnisme abstrait particulièrement dans l utilisation très libre des couleurs,textures et surfaces. Cependant les deux styles sont nettement différents. Dans la peinture expressionniste abstraite ou l Action painting des années 1940-1950, l accent est mis sur la composition et le sens du drame, au sens théâtral du terme. En revanche, dans l abstraction lyrique il y a un sens de la composition très aléatoire et discret ainsi qu une priorité faite au processus de création, à la répétition et à la sensibilité. Pendant les années 1960 et 1970, de nombreux artistes influent ont adopté ces styles de peinture, notamment Robert Motherwell, Philip Guston, Cy Twombly, Josef Albers, Agnès Martin, Helen Frankenthaler, Gene Davis, Joan Mitchell ou bien encore des peintres plus jeunes comme Robert Mangold, Ronnie Landfield ou Susan Crile. Au cours des années 1960-1970, il y a eu une réaction contre la peinture abstraite. Des critiques n ont pas hésité à parler de «la mort de la peinture» en évoquant par exemple le travail d un peintre comme Ad Reinhardt. Les artistes ont alors peu à peu pratiqué une nouvelle manière de faire de l art et de nouveaux mouvements en peinture mouvements sont apparus comme le postminimalisme, le land Art, l Art vidéo, l installation, l arte Povera, l art performance, l art corporel, le fluxus, l art postal, le situationnisme ou l art conceptuel. Néo-expressionnisme, Figuration Libre Mesure du temps de Gianfredo Camesi Vers la fin des années 70 et du début des années 80, plusieurs mouvements sont apparus presque simultanément en Italie, Allemagne, France et Grande-Bretagne. Ces mouvements très similaires ont pris différents noms : Néo-expressionnisme ou Nouveaux Fauves en Allemagne, Trans-avant-garde en Italie, Bad Painting aux États-Unis et Figuration libre en France. Ce style de peinture se caractérise par des grands formats, une grande liberté dans l expression, la figuration, la référence au mythe et à l imagination. Les critiques d art se sont divisés sur ces mouvements, certains les considérant comme étant dictés par un souci commercial des grandes galeries d art. Ce style de peinture continue à être populaire au XXIe siècle. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 7 sur 34

Peinture contemporaine du XXIe siècle L Homme nu de Banksy Saint-Paul-de-Vence Lucas Suppin Au début du XXIe siècle, la peinture et l art contemporain ont continué à se développer à travers différents mouvements qui se caractérisent par les idées de pluralisme et de mondialisation. La «crise» de la peinture dans les années 1980 tend aujourd hui à se résoudre grâce au pluralisme. Il n existe aucun consensus sur un style représentatif de la peinture contemporaine. Des œuvres d art magnifiques et importantes continuent à émerger dans une grande variété de style tels que l abstraction géométrique, l hyperréalisme, le photoréalisme, l expressionnisme, le minimalisme, l abstraction lyrique, le pop Art, l Op art, l expressionnisme abstrait, le colorfield Painting, le Néo-expressionnisme, le collage, la peinture numérique, la peinture postmoderne, le shaped canvas, la peinture murale, le Global Style, le Realism Global ou encore le mélange de tous comme le grand maître du XXIe Vermeulen. 3. Les mouvements artistiques 3.1. Le Naturalisme En peinture, le naturalisme est un mouvement qui accorde notamment une importance primordiale au paysage. Au théâtre, le jeu naturaliste cherche à reproduire la nature humaine au plus près, par opposition au jeu expressionniste qui cherche à la styliser. En philosophie, le naturalisme est la thèse selon laquelle rien n existe en dehors de la Nature. Dans sa forme contemporaine, le naturalisme accorde une place essentielle aux sciences expérimentales dans la résolution des problèmes philosophiques. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 8 sur 34

En musique, le naturalisme regroupe différents compositeurs proposant des œuvres nouvelles ou renouvelées. Ce qui permet la formation de groupes de différents genres ou de style assez original. Alfred Bruneau est un compositeur que l'on peut apparenter à ce courant musical. Valentin de Boulogne, Les quatre âges de la vie, National Gallery, Londres. La peinture de genre a eu beaucoup d'importance pour les artistes français du début du XVIIe siècle. Le «naturalisme» (selon une expression du XVIIe siècle) prend sa source chez le Caravage et une certaine extension avec le peintre hollandais Pieter Van Laer (1592-1642) dit Bamboccio. Celui-ci donna naissance au style de peinture appelé bambochade. Ce genre de peinture était à l'époque considéré comme secondaire et convenait plus à des commandes d'amateur qu'aux commandes officielles. Le style même de Caravage et l'étude directe de modèle étaient assez critiqués à l'époque. Malgré cela Valentin de Boulogne (1591-1625) réussit une carrière à Rome dans un style résolument caravagesque (il reçut par exemple une commande pour la basilique St Pierre à Rome en 1630 : Le Martyre des St Processe et Marticien) ; il sut surtout donner à son style naturaliste toutes les subtilités de l'expression cohérente (nécessaire à la peinture d'histoire). Le succès du naturalisme en France fut favorisé par un retour de la religion et d'une certaine spiritualité. Le baroque italien fut considéré en France comme le «style jésuite» (mouvement pas très apprécié en France), au contraire le naturalisme par sa simplicité entretenait un rapport étroit avec le jansénisme (mouvement religieux de grande aura en France). Georges de La Tour, Le nouveau-né, vers 1648, Musée des Beaux-Arts de Rennes. Les Frères Le Nain arrivent de Laon à Paris vers la fin des années 1620, ils commencèrent à peindre des sujets religieux (v. Bacchus et Arianne v. 1630) mais s'orientent assez vite vers la peinture de genre (ce changement est sans doute dû à la concurrence). On peut observer cette transition dans : Venus dans la forge de Vulcain de 1641. Les deux chefs-d'œuvre des "Le Nain" sont : La Famille de paysans (v. 1647) et Le Repas des paysans, ils sont ici au sommet de leur art en soulignant la dignité et la simplicité des paysans avec un certain caractère religieux. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 9 sur 34

Enfin, celui qui a donné sa marque au naturalisme français est Georges de La Tour (1593-1652). Il donna à son œuvre une sensibilité très particulière, on parle «d'abstraction soustractive» pour qualifier l'aspect rigoureux et simple de ses compositions qui ont toujours comme préoccupation principale l'expression d'un sujet religieux. Son œuvre est divisé en deux périodes : les tableaux diurnes et les tableaux nocturnes ; ses plus grands chefs-d'œuvre appartenant à la seconde, par exemple : Le Nouveau-né, v.1648 3.2. Le réalisme Le réalisme est un mouvement artistique du XIXe siècle qui se déroule environ de 1830 à 1870. Il fait la transition entre le romantisme et l'impressionnisme. Il étudie la réalité dans son authenticité. La révolution de Juillet contre la Seconde Restauration a des répercussions dans le domaine artistique : les conventions néoclassiques alors en vigueur sont rejetées et le réalisme s'affirme. Là où le néoclassicisme se référait à la pensée antique d'un idéal parfait, équilibré, mesuré, le réalisme veut montrer ce qu'il perçoit de manière objective. On peut rapprocher cette pensée des avancées techniques qui avaient alors lieu lors de la Révolution industrielle. Appliquant une méthode dérivée de la méthode scientifique, l'artiste s'attache alors à représenter ce qu'il voit et non plus des sujets académiques. Les paysans ou les gens du peuple deviennent des sujets de tableaux. Il y a trois peintres fondamentaux : Camille Corot, Gustave Courbet et Jean-François Millet, dont Champfleury défendra l'esthétique. Jean-Baptiste Corot, né en 1796, fils de commerçant que rien ne prédestinait à la peinture, il fut inspiré par Nicolas Poussin et cherchera constamment son inspiration dans la nature, non pas la nature consolatrice du romantisme, car la sentimentalité laisse les réalistes indiffèrents, mais dans la nature telle qu'elle est. Gustave Courbet, né en 1819 à Ornans, il va à l'académie de Besançon. On lui reprochait à l'époque de peindre comme un paysan «Courbet peint comme un paysan laboure», disaient les critiques de l époque [réf. nécessaire]. Courbet adhère aux idées de Proudhon et participe à la Commune de Paris après l'écrasement de laquelle il est contraint de s'exiler en Suisse. Courbet est un des artistes les plus représentatifs du réalisme. Jean-François Millet, né en 1814, fils de fermier, part à Cherbourg à l'âge de 18 ans pour apprendre la peinture. En 1837 il rentre aux Beaux-arts. Ne gagnant pas le prix de Rome, il quitte l'école et s'installe à Barbizon jusqu'à sa mort. Millet est le peintre de la vie paysanne. 3.3. Le romantisme en peinture Le romantisme français est l'expression en France du mouvement littéraire et artistique appelé romantisme. L'art romantique, comme la littérature, prenait avant tout le contre-pied de l'art classique. Il était une réaction contre la formule d'art antérieure, et cette réaction était la conséquence logique de cet individualisme qui, brisant les moules étroits des anciennes doctrines, avait créé la pensée moderne. En art comme en littérature, il fallait bien reconnaître que les anciennes règles ne reposaient sur aucun fondement solide, et que le seul agent vital c'était la liberté. Et le romantisme artistique, comme le romantisme littéraire, proclamait que «tout ce qui a vie a droit».pour la première fois, la vie naturelle grisait et enfiévrait l'art ; pour la première fois, l'art quittait la serre chaude de l'atelier pour vivre de l'atmosphère commune et respirer l'air du temps. En quête de rajeunissement, il s'adressait à tout ce qui pouvait lui infuser une sève nouvelle : à l'histoire, fraîchement exhumée ; à la nouvelle littérature, parée de son éclat étrange ; aux mondes fabuleux, réels ou imaginaires ; aux rêves de l'orient, aux fictions germaniques. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 10 sur 34

La prose harmonieuse de Chateaubriand, ses visions exotiques, son Amérique, sa Germanie, ses bardes celtiques, ses cathédrales, son «christianisme de cloches», réveillent chez les artistes une âme qu'ils ne connaissaient pas, et qu'ils vont s'appliquer à traduire. Atala, René, le Génie du Christianisme, les Martyrs, est pour Girodet et ses émules une mine inépuisable de thèmes artistiques. 3.4. Le réalisme Le réalisme est un mouvement artistique du XIXe siècle qui se déroule environ de 1830 à 1870. Il fait la transition entre le romantisme et l'impressionnisme. Il étudie la réalité dans son authenticité. La révolution de Juillet contre la Seconde Restauration a des répercussions dans le domaine artistique : les conventions néoclassiques alors en vigueur sont rejetées et le réalisme s'affirme. Là où le néoclassicisme se référait à la pensée antique d'un idéal parfait, équilibré, mesuré, le réalisme veut montrer ce qu'il perçoit de manière objective. On peut rapprocher cette pensée des avancées techniques qui avaient alors lieu lors de la Révolution industrielle. Appliquant une méthode dérivée de la méthode scientifique, l'artiste s'attache alors à représenter ce qu'il voit et non plus des sujets académiques. Les paysans ou les gens du peuple deviennent des sujets de tableaux. Il y a trois peintres fondamentaux : Camille Corot, Gustave Courbet et Jean-François Millet, dont Champfleury défendra l'esthétique. Jean-Baptiste Corot, né en 1796, fils de commerçant que rien ne prédestinait à la peinture, il fut inspiré par Nicolas Poussin et cherchera constamment son inspiration dans la nature, non pas la nature consolatrice du romantisme, car la sentimentalité laisse les réalistes indiffèrents, mais dans la nature telle qu'elle est. Gustave Courbet, né en 1819 à Ornans, il va à l'académie de Besançon. On lui reprochait à l'époque de peindre comme un paysan «Courbet peint comme un paysan laboure», disaient les critiques de l époque [réf. nécessaire]. Courbet adhère aux idées de Proudhon et participe à la Commune de Paris après l'écrasement de laquelle il est contraint de s'exiler en Suisse. Courbet est un des artistes les plus représentatifs du réalisme. Jean-François Millet, né en 1814, fils de fermier, part à Cherbourg à l'âge de 18 ans pour apprendre la peinture. En 1837 il rentre aux Beaux-arts. Ne gagnant pas le prix de Rome, il quitte l'école et s'installe à Barbizon jusqu'à sa mort. Millet est le peintre de la vie paysanne. 3.5. Le romantisme en peinture Le romantisme français est l'expression en France du mouvement littéraire et artistique appelé romantisme. L'art romantique, comme la littérature, prenait avant tout le contre-pied de l'art classique. Il était une réaction contre la formule d'art antérieure, et cette réaction était la conséquence logique de cet individualisme qui, brisant les moules étroits des anciennes doctrines, avait créé la pensée moderne. En art comme en littérature, il fallait bien reconnaître que les anciennes règles ne reposaient sur aucun fondement solide, et que le seul agent vital c'était la liberté. Et le romantisme artistique, comme le romantisme littéraire, proclamait que «tout ce qui a vie a droit».pour la première fois, la vie naturelle grisait et enfiévrait l'art ; pour la première fois, l'art quittait la serre chaude de l'atelier pour vivre de l'atmosphère commune et respirer l'air du temps. En quête de rajeunissement, il s'adressait à tout ce qui pouvait lui infuser une sève nouvelle : à l'histoire, fraîchement exhumée ; à la nouvelle littérature, parée de son éclat étrange ; aux mondes fabuleux, réels ou imaginaires ; aux rêves de l'orient, aux fictions germaniques. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 11 sur 34

La prose harmonieuse de Chateaubriand, ses visions exotiques, son Amérique, sa Germanie, ses bardes celtiques, ses cathédrales, son «christianisme de cloches», réveillent chez les artistes une âme qu'ils ne connaissaient pas, et qu'ils vont s'appliquer à traduire. Atala, René, le Génie du Christianisme, les Martyrs, est pour Girodet et ses émules une mine inépuisable de thèmes artistiques. Delacroix : Femmes d'alger dans leur appartement (1834). Cette peinture orientaliste, réalisée au retour d'un voyage au Maghreb, s'oppose à l'orient idéal des Odalisques d'ingres. (musée du Louvre) De son côté, Mme de Staël découvre l'enthousiasme, l'installe en roi dans le domaine de l'esprit, et fait de l'exaltation le synonyme de l'inspiration. D'autre part, poussant à bout l'idée du Génie du Christianisme, elle invite nos artistes à se détourner de l'antiquité pour chercher des sujets qui appartiennent à notre propre histoire ou à notre propre religion ; elle les jette dans la vie, les pousse vers l'allemagne et l'italie. Géricault : Le Derby D'Epsom. Géricault aima toujours peindre les chevaux, comme son maître Carle Vernet. Le galop de ceux du Derby d'epsom n'est peut-être pas tout à fait conforme à la réalité que la cinématographie nous permet d'analyser, mais il est d'un mouvement superbe. (musée du Louvre) Littérature et art ne font qu'un à cette époque, tant la cohésion est grande alors entre les diverses formes de la pensée, ce qui ne s'est pas vu chez nous depuis le Moyen Âge. Victor Hugo, venu plus tard et lançant son manifeste lorsque Géricault et Delacroix ont déjà gagné la bataille décisive, assure les positions de l'art romantique en renforçant d'une autorité de doctrine les effets que les peintres avaient trouvés d'instinct, et scelle l'accord définitif de la littérature et de l'art sur le principe essentiel que tout ce qui est dans la nature est dans l'art.à ces influences françaises s'ajoutent des influences étrangères. Faust, à peine traduit par Albert Stapfer, trouve en Delacroix un illustrateur magistral. Le même Delacroix puise à pleines mains dans Shakespeare, en compagnie de Chasseriau et de bien d'autres. Quant à Hoffmann, dont les Contes fantastiques ont halluciné toute une génération, son humour passe dans les frontispices grouillants de Nanteuil et dans les compositions de Gigoux et des Johannot.Le malheur de l'art romantique fut qu'il tomba vite de l'inspiration à la routine. Dès 1827, Jal, dans son compte rendu du Salon, pousse le cri d'alarme ; plus d'études, le peinture est lâchée, la composition molle, la science nulle ; «la couleur n'est pas plus, chez la majorité des novateurs, un sentiment intime, que le dessin ne l'était chez les élèves de l'école du style.» ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 12 sur 34

Delacroix : Prise de Constantinople par les Croisés. Tableau bien romantique par son inspiration moyenâgeuse, sa composition tourmentée, ses couleurs heurtées, son faste tragique. (Musée du Louvre) Les artistes n'ont fait que changer de conventions ; ils en ont adoptés seulement des plus faciles. C'est alors que le relâchement des études suscite au romantisme l'utile adversaire qui va montrer la nécessité d'un solide enseignement. Ingres (1781-1867) se désignait pour ce rôle avec l' Apothéose d'homère. «Cette œuvre rétablissait ouvertement dès 1827 tout ce que la nouvelle école affectait de mépriser. Ce n'était plus, il est vrai, la peinture davidienne en style de bas-relief, le faux grec, l'emphase académique ; c'était l'école romaine réintégrée comme exemple, Raphaël désigné comme le maître à suivre, les lois de la composition remises en vigueur, le dessin prôné comme l'âme de la peinture, la couleur traitée comme un accessoire, l'élévation du style et la pensée assignées comme le but suprême de l'art» (Rocheblave). Ingres : L'Apothéose d'homère. Par ce tableau, Ingres donnait une utile leçon aux peintres de la jeune école. Il tâchait de les ramener au culte du dessin et tentait de modérer une fougue parfois excessive par un retour vers la sérénité et l'idéalisme de l'art grec. (musée du Louvre) Delacroix est à lui seul le romantisme fait art. Du bout de son pinceau, il remue l'humanité jusqu'aux entrailles. Il a vraiment, seul en son temps, le don de magie, d'évocation à la Shakespeare, soit qu'il crée ces formes douloureuses, terribles, comme sa Médée, qui arrachaient à Victor Hugo ce cri : «Soyez fières, vous êtes irrésistiblement laides!» soit qu'il écrive la légende des siècles à sa façon en des pages telles que la Bataille de Taillebourg» (Rocheblave). ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 13 sur 34

La sculpture romantique Barye : Thésée et le Minotaure. Barye donne à ses figures humaines inspirées des modèles grecs, tel ce groupe en bronze de Thésée et le Minotaure, une énergie et un mouvement propres à la vision romantique. (Musée du Louvre) Tandis qu'en peinture la dispute s'élevait entre le dessin et la couleur, en sculpture la question se posait entre l'antique et le moderne. Nos sculpteurs aussi cherchaient un rajeunissement. Jean-Pierre Cortot : le Coureur de Marathon. Le modèle en plâtre de ce coureur de Marathon fut présenté au Salon de 1822. (Musée du Louvre). Mais le romantisme en sculpture n'apparut qu'assez tard, vers 1830, et dura peu. Jusque-là les artistes, n'osant pas rompre avec le canon traditionnel, tentaient seulement d'accentuer le mouvement des lignes ou de leur donner plus de souplesse : le quadrige du Carrousel de Bossio, le Spartacus de Foyatier, le Coureur de Marathon de Cortot ne manifestent encore qu'un timide acheminement vers la liberté. Les sculpteurs vraiment romantiques se trahissent à leurs sujets : la littérature moderne, le Moyen Âge et la Bible les fournissent presque tous. Jehan Duseigneur expose en 1831 un Roland furieux nu et épileptique, et en 1833 un Quasimodo et Esméralda ; Étex donne en 1833 un Caïn hirsute, et une Françoise de Rimini ; Préault, le type du sculpteur romantique, au ciseau truculent, a des trouvailles funèbres, comme son célèbre Masque du silence, ou des effets shakespeariens comme l' Ophélie noyée du musée de Marseille ; Drouet sculpte en 1836 un Chactas curieux par la recherche des particularités ethniques ; la même année, Rude fait éclater sur l'arc de Triomphe sa Marseillaise hurlant l'hymne de la liberté, sculpture frémissante de vie, une des plus grandes pages sculpturales du siècle ; en même temps, Barye crée une sculpture animale telle que n'en possède aucune nation. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 14 sur 34

Mais le sculpteur romantique, c'est David d'angers (1788-1856) l'artiste exalté par Vigny, célébré par Hugo, et si étroitement uni au Cénacle qu'il a laissé en marbre l'effigie de tous ses membres. Romantique, il l'était de cœur et de tête, lui qui, dès le salon de 1824, livrait à côté de Delacroix le combat romantique avec sa Mort de Bonchamp, classique encore par le nu, mais romantique par l'accent et le geste ; lui qui dressait en marbre ou coulait en bronze Victor Hugo, Balzac, Gœthe, Géricault, Lamartine et Gautier. L'architecture romantique L'architecture ne pouvait échapper entièrement aux influences qui avaient transformé la peinture et la sculpture. Dans ce domaine, plus rigide, et se prêtant moins à des transformations immédiates, le romantisme eut surtout pour effet de montrer la sécheresse et la stérilité de l'architecture académique, et d'amener la résurrection de l'architecture française du Moyen Âge, de l'art dit «gothique», qui est l'art le plus logique et le plus homogène que le monde ait connu depuis l'époque de Périclès. Ce qui n'était dans Notre-Dame de Paris qu'instinct poétique et admiration romanesque, se transforma en science, en doctrine féconde. Faisant de Notre-Dame un chantier où il reprenait pièce par pièce tous les rouages d'une cathédrale, Viollet-le-Duc démontrait que l'œuvre d'architecture est un organisme complet, qui doit s'adapter aux temps, aux lieux, aux mœurs, aux besoins, retrouvait les méthodes de nos vieux bâtisseurs, qui étaient la logique et la perfection mêmes, et inauguraient ce vaste mouvement de restauration qui permit à nos grandes cathédrales et à nos vieux châteaux de reprendre toute leur imposante beauté. 3.6. L Impressionnisme Impression, soleil levant de Claude Monet qui a donné son nom à l'impressionnisme L'impressionnisme est un mouvement pictural français, né de l'association de quelques artistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Fortement critiqué à ses débuts, ce mouvement se manifesta notamment de 1874 à 1886 par huit expositions publiques à Paris, et marqua la rupture de l'art moderne avec l'académisme. L'impressionnisme est notamment caractérisé par une tendance à noter les impressions fugitives, la mobilité des phénomènes, plutôt que l'aspect stable et conceptuel des choses, et à les reporter directement sur la toile. L'impressionnisme eut une grande influence sur l'art de cette époque, la peinture bien sûr, mais aussi la littérature et la musique Renoir, La Grenouillère, Metropolitan Museum of Art, New York ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 15 sur 34

Les peintres impressionnistes, qui se veulent aussi réalistes, choisissent leurs sujets dans les paysages ou dans la vie contemporaine, dans un quotidien librement interprété selon la vision personnelle de chacun d'eux. Travaillant «sur le motif», comme souvent les peintres de l'école de Barbizon, comme certains paysagistes anglais, comme Boudin ou Jongkind, ils poussent très loin l'étude du plein air, font de la lumière l'élément essentiel et mouvant de leur peinture, écartant les teintes sombres pour utiliser des couleurs pures que fait papilloter une touche très divisée. Peintres d'une nature changeante, d'une vie heureuse saisie dans la particularité de l'instant, ils sont indifférents à la recherche, chère aux classiques, d'un bel idéal et d'une essence éternelle des choses. Parmi les principaux représentants du courant impressionniste il faut citer Monet, Pissarro et Sisley, qu'accompagnent d'autres artistes dont les personnalités respectives évolueront de façon nettement distincte : Auguste Renoir, Paul Cézanne, Edgar Degas, Berthe Morisot, Armand Guillaumin, Édouard Manet, Cassatt, Caillebotte, etc. ainsi que Frédéric Bazille qui mourut avant la reconnaissance du public. Alors que Camille Corot prétendait rester étranger au mouvement, il est souvent considéré comme le premier impressionniste : «Il y a un seul maître, Corot. Nous ne sommes rien en comparaison, rien» Claude Monet, 1897. «Il est toujours le plus grand, il a tout anticipé» Edgar Degas, 1883. L'impressionnisme est un point de départ pour Georges Seurat et Paul Signac, maîtres du pointillisme, pour Paul Gauguin, Henri de Toulouse-Lautrec, Vincent Van Gogh ainsi que pour de nombreux «postimpressionnistes», en France et à l'étranger comme Jean Peské. Le terme d'impressionnisme est aussi employé, par extension, dans le domaine de la littérature, pour caractériser par exemple les romans du chantre de Monet, Octave Mirbeau, qui sont marqués au coin de la subjectivité. Il gagne même la critique musicale (1887), qualifiant les œuvres de Claude Debussy et, plus généralement, celles de tous les compositeurs préoccupés par la perception subjective des couleurs sonores et des rythmes : Ravel, Dukas, Satie, Roussel, etc. Les musiciens impressionnistes mirent à l'honneur la liberté de la forme, de la phrase et du langage harmonique. Edouard Manet, Olympia (1863), Musée d'orsay, Paris L'impressionnisme se singularise par le fait que l'on peut parler de l'œuvre sans avoir besoin de références extérieures, à la différence de l'art antique qui est basé sur la mythologie, et de l'art roman sur l'histoire sainte. Citons en exemple le tableau Olympia de Manet qui explore un thème traditionnel mais de manière choquante pour cette période : Vénus est représentée en demimondaine de l'époque et le peintre travaille uniquement la peinture (Couleurs). Cette vision non réaliste fera sa naissance avec l'art moderne. 3.7. Le Symbolisme Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique apparu en France et en Belgique vers 1870, en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien. Ce mouvement s'est exporté jusqu'en Russie, en particulier grâce à Valéry Brioussov, poète et fondateur du symbolisme russe. Voir aussi les Préraphaëlites en Angleterre. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 16 sur 34

Le mot est proposé par Jean Moréas, qui utilise ici l'étymologie du mot symbole («jeter ensemble») pour désigner l'analogie que cette poésie souhaite établir entre l'idée abstraite et l'image chargée de l'exprimer. Pour les Symbolistes, le monde ne saurait se limiter à une apparence concrète réductible à la connaissance rationnelle. Il est un mystère à déchiffrer dans les correspondances qui frappent d'inanité le cloisonnement des sens : sons, couleurs, visions participent d'une même intuition qui fait du Poète une sorte de mage. Le symbolisme oscille ainsi entre des formes capables à la fois d'évoquer une réalité supérieure et d'inviter le lecteur à un véritable déchiffrement : d'abord voué à créer des impressions - notamment par l'harmonie musicale - un souci de rigueur l'infléchira bientôt vers la recherche d'un langage inédit. L'influence de Stéphane Mallarmé est ici considérable, ce qui entraîne la poésie vers l'hermétisme. Pierre Cécile Puvis de Chavannes, né à Lyon le 14 décembre 1824 et mort à Paris le 24 octobre 1898, est un peintre français, considéré comme une figure majeure du mouvement symboliste. Gustav Klimt Né le 14 juillet 1862 à Baumgarten près de Vienne, mort le 6 février 1918 à Vienne, XIXe-XXe siècles, est un peintre symboliste autrichien, et l'un des membres les plus en vue du mouvement Art nouveau de Vienne. Peintre de compositions à personnages, sujets allégoriques, figures, nus, portraits, paysages, dessinateur, décorateur, peintres de cartons de tapisseries, cartons de mosaïques, céramiste, lithographe. 3.8. Le pointillisme Georges Seurat - La Parade (1889) - détail montrant la technique du pointillisme Georges Seurat, Une baignade à Asnières (1884) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 17 sur 34

La calanque, peint en 1906 par Paul Signac Le pointillisme (ou néo-impressionnisme ou divisionnisme) est une technique de peinture issue du mouvement impressionniste qui consiste à peindre par juxtaposition de petites touches de peinture de couleurs primaires (rouge, bleu et jaune) et de couleurs complémentaires (orange, violet et vert). On perçoit néanmoins des couleurs secondaires, par le mélange optique des six différents tons seulement. Cette technique est née en France notamment sous l'impulsion de Georges Seurat (1859-1891) puis de Paul Signac (1863-1935), à la fin du XIXe siècle. La technique : A la fin du XIXe siècle, le groupe des impressionnistes voit ses œuvres régulièrement refusés au Salon. À partir de 1874, ils organisent leurs propres expositions. Le jeune artiste Georges Seurat admire leur technique picturale qui consiste à traduire l'espace et la lumière par la juxtaposition de «petites touches»seurat a lu les études sur la lumière des physiciens James Clerk Maxwell, Eugène Chevreul, Ogden Rood, Hermann Ludwig von Helmholtz et de son ami Charles Henry (directeur du laboratoire de physiologie des sensations à l'école pratique des hautes études, commentateur de Léonard de Vinci et de Léon Battista Alberti)Ainsi, en 1890, après une longue et complexe élaboration, Seurat écrit en tête d'un mémorandum «La pureté de l'élément spectral étant la clef de voûte de ma technique...». Il a enfin théorisé sa technique qui consiste donc à juxtaposer des petits points de peinture en utilisant des couleurs pures ou complémentaires, après avoir fait une étude de la composition à réaliser. En 1883, il commence l'étude pour sa première grande composition (201 300 cm) qui s'intitule Une baignade à Asnières. Pour cette étude, il réalise une série de "croquetons" et de dessins (réalisé sur les rives de le Seine). Dans un second temps, dans son atelier, il «décompose» les couleurs de son modèle pour peindre avec ses petits points de couleurs primaires et complémentaires. En 1884, il l'expose à la buvette du Salon des artistes indépendants : le tableau déconcerte mais il retient l'attention de certains jeunes artistes. Durant l'été de cette même année, il entreprend la réalisation d'une de ses peintures les plus connues : Un dimanche après-midi à l'île de la Grande Jatte. Pour ce tableau, il réalisa 38 croquis à l'huile et 23 dessins préparatoires. Il exposa cette toile en mai 1886, lors de la huitième et dernière exposition impressionniste de peinture. 3.9. Le Fauvisme : Le fauvisme est un courant de peinture du début du XXe siècle. Tiré d'une expression du journaliste Louis Vauxcelles, il débuta historiquement à l'automne 1905, lors d'un salon qui créa un scandale, pour s'achever moins de dix ans plus tard, au début des années 1910. En fait, dès 1908, il est déjà à son crépuscule. Son influence marqua néanmoins tout l'art du XXe siècle, notamment par la libération de la couleur. Le précurseur du fauvisme était Henri Matisse, mais d'autres grands artistes, comme André Derain, Maurice de Vlaminck ou encore Georges Braque en ont fait partie. Le fauvisme est caractérisé par l'audace et la nouveauté de ses recherches chromatiques. Les peintres avaient recours à de larges aplats de couleurs violentes, pures et vives, et revendiquaient un art fondé sur l'instinct. Ils séparaient la couleur de sa référence à l'objet afin d'accentuer l'expression et réagissaient de manière provocatrice contre les sensations visuelles et la douceur de l'impressionnisme. Matisse a dit : «Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l'herbe; quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire le ciel.» ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 18 sur 34

Ses influences : Les impressionnistes constituent la première source d inflence. Leurs touches particulières, qui juxtaposent des couleurs pures au lieu de les mélanger, laissant à l'œil du spectateur le soin d'effectuer un travail de recomposition, sont reprises par Matisse, qui fut élève de Paul Signac à l'été 1904, et qui les transmet à son tour à Derain. Luxe, calme et volupté (1904) en est un exemple emblématique. Manguin lui-même est à la fois proche de Matisse et de Signac ou Cross, peintres divisionnistes s'il en est, tandis que Camoin fait directement référence à Manet par la concision de son dessin. Les couleurs cristallines impressionnistes sont également reprises, notamment par Manguin, dont la palette est dominée par des tons jaunes et orangés lumineux. Raoul Dufy, quant à lui, reprend fréquemment le thème de la Rue Montorgueil de Monet, dans ses 14 juillet au Havre ou rue pavoisée. Le déploiement des drapeaux en travers de la rue est prétexte au déploiement de la couleur, ce que Monet avait déjà remarqué, et que Marquet avait utilisé la même année (14 juillet au Havre). Néanmoins, la composition, avec les lignes des drapeaux qui s'entrecroisent, est très novatrice. C'est, de ce fait, une revanche forte des couleurs, des lumières et du plein air qui va éclater et qui va entrainer dans la peinture des bouleversements dont il est alors difficile de prévoir les conséquences. C'est donc au Salon d'automne, alors qu'une salle avait été réservée aux œuvres du nouveau groupe d'artistes, que les mots de : «scandale, fumisterie, démence, ignorance» avaient accueilli les tentatives tumultueuses de ces jeunes gens. Le critique Louis Vauxcelles, parlant de la petite tête d'un enfant d'inspiration florentine, œuvre du sculpteur Marque, la désigna comme : «Donatello au milieu des fauves». Cette expression fit fortune et fut utilisée pour définir ce mouvement de Fauvisme. Dufy, Marquet, Mérodack-Jeanneau ou Girieud utilisent plutôt la technique de Gauguin, avec de grands aplats. Matisse et Derain n'hésitent pas non plus à s'en servir, et oscillent parfois entre les influences pointillistes et de Gauguin. Dans Japonaise au bord de l'eau Matisse montre cette hésitation, en utilisant des touches assez longues quoique distantes l'une de l'autre, et même, à certains moments, des aplats. De même, Derain compose parfois ses toiles avec de larges rubans de couleurs (Le faubourg de Collioure, 1905), alors que, dans des œuvres contemporaines (Bateaux dans le port de Collioure, Effets de soleil sur l'eau), il n'utilise que de petites touches juxtaposées. Le style de Gauguin se retrouve dans un autre élément : l'utilisation du cerne autour des personnages. Celui-ci est particulièrement visible dans la danse d'andré Derain (1906) Il est également important de souligner l'influence que Louis Valtat (1869-1952) eut auprès de Matisse et des futurs fauves, Rouault, Marquet, Camoin, Manguin, Puy et quelques autres qui suivaient en 1896 l'enseignement de Gustave Moreau à l'école des Beaux Arts de Paris. Valtat présenta d'ailleurs, aux côtés de Kandinsky et Jawlensky, cinq peintures dans la salle XV du Salon d'automne de 1905 ; mais dès le Salon des Indépendants de 1896, il exposa des peintures réalisées à Arcachon durant l'hiver 1895-1896, ainsi que quatre-vingts aquarelles, des dessins et des bois gravés qui comprenaient déjà des caractéristiques du fauvisme : des couleurs pures, des formes simplifiées, des perspectives abolies et des ombres supprimées. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 19 sur 34

Matisse serait, dans son enthousiasme prononcé pour la couleur et pour la matière, à l'origine de ce mouvement. Il s'attache à lui seul à développer en profondeur certaines données du Fauvisme, notamment lorsque ses compagnons de la première heure abandonnent la nouvelle esthétique pour retourner à des conceptions plus traditionnelles. L'influence de Matisse, autant en France qu'à l'étranger, sur sa génération autant que sur les suivantes, est due à l'universalité d'un art prestigieux qui déborda largement les données propres du Fauvisme plutôt qu'à sa position de chef d'école. C'est sous la conduite de Matisse et aussi sou l'influence de Van Gogh que les futurs fauves (Vlaminck, Derain, Manguin...) expriment dans leurs envois au Salon d'automne un farouche et virulent enthousiasme pour les joies dynamiques des tons les plus crus. Tout de même conscients de cette fragilité de la couleur, ils réagissent contre un Impressionnisme auquel ils reprochent comme Cézanne, Renoir ou Gauguin son manque de structure, son refus de la notion de permanence. D'autre part les fauves se proposent d'imaginer une réalité plus authentique que celle des apparences, construite solidement par les tons purs. Cette imagination de la réalité a comme source selon Matisse : des chocs émotifs, survenus comme des coups de foudre ou autres images dans le cerveau du Poète. La nouvelle esthétique s'appuie sur des thèmes précis comme l'opposition aux nuances de la palette impressionniste, le goût du monumental, le refus de l'évocation réaliste de la nature et les recherches de transpositions de la couleur. On trouve des visions féériques et multicolores de ciels verts, de fleurs rouges vermillon, d'arbres couleur citron, de visages vert émeraude et ceci, dans l'intention de substituer aux harmonies mesurées mais conventionnelles de l'écriture traditionnelles, des polyphonies colorées par l'emploi de la couleur telle que sortie des tubes que Derain comparera à des cartouches de dynamite. Van Gogh - Le Café de nuit, place Lamartine, Arles (1889, janvier) - Ses recherches sur les couleurs complémentaires se retrouvent chez les peintres fauves, tels Vlaminck Cézanne aussi est une source d'inspiration importante. Dans La Gitane de 1905, peinte à Saint- Tropez, Matisse reprend ainsi la géométrisation du corps des personnages caractéristique du solitaire d'aix. Derain quant à lui s'en inspire dans La danse, pour mener sa réflexion sur la place de la figure humaine dans un paysage, autant que dans Les baigneuses de 1907, pour styliser ses figures. De même, la composition du Port de Collioure, très réfléchie, fait beaucoup penser à Cézanne. Chez Vlaminck, c'est plutôt l'héritage de Van Gogh que l'on retrouve, comme le montre Partie de campagne réalisée en 1907. Bien qu'hostile aux institutions muséales, il avait découvert cet artiste lors d'une exposition en 1901 chez Bernheim-Jeune, ce qui avait définitivement orienté sa carrière vers la peinture. C'est d'ailleurs à cette même exposition que Derain le présenta à Matisse. "Je ne vais jamais au musée, j'en hais l'odeur, la monotonie. Je déteste le mot " classique". La science me fait mal aux dents. " (M. Vlaminck) Cette phrase est révélatrice de l'état d'esprit de l'artiste. Il a d'ailleurs toujours refusé de passer pour tel et décida de se former lui même. Il aime les séduisantes imageries pour leur évocation haute en couleurs, leurs oppositions décidées, pour ce lyrisme léger. Son sentiment de la nature s'affirme aussi comme condition populaire. Sa nature est romancée. Derain le qualifiait comme étant «le plus peintre d'entre nous». Bien plus que le roman, que la musique, la peinture correspondait chez lui au besoin d'une matière plus concrète capable d'exprimer toute la sensualité d'un empirisme naturel. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 20 sur 34

André Derain effectue sa première contribution au mouvement par une adhésion au principe de l'organisation d'un espace réalisé en fonction de la surface de la toile. Il manifeste à ses débuts un certain esprit d'indécision originaire de son instinct de peintre et d'une culture très étendue ainsi que d'un conflit entre les deux notions. Cette condition là s'aggravera du fait que Matisse et Vlaminck présentent, l'un avec sa prudence, l'autre avec son instinct non contrôlé, deux tendances dont il percevait les effets successifs contraignants. Les amis de Derain connaitront en lui un maître du pinceau, une touche puissante, une aisance sereine et avec une sureté des nuances et aux accents purs et décidés déjà à une virtuosité surprenante, portant la marque d'un tempérament sensuel. Enfin, une dernière influence : celle des «arts premiers», océanien et africain. Ces arts exotiques, très décriés au XIXe siècle pour leur «laideur» et remis à l'honneur par Gauguin, sont collectionnés par les artistes qui les découvrent lors des expositions universelles. De nombreuses œuvres présentent des personnages aux visages stylisés en forme de masque, comme c'est le cas par exemple pour La Gitane de Matisse. Les Fauves s'avisent d'ordre, de mesure dans un domaine où ils redoutent les pires excès, les pires erreurs. Ils usèrent d'un moyen étonnamment brillant : charger la couleur d'organiser sa propre discipline. Le sujet n'est considéré que sous l'angle de sa seule fonction plastique et désormais, le degré d'intensité du ton, la mesure des surfaces peintes, la répartition des blancs, la distribution des cernes expressifs, le développement des arabesques inspirées favorisent la cohésion et l'équilibre souhaités. L'éternel problème de la profondeur et de l'illusion de l'espace est résolu par la puissance et le choix de la place des tons. La lumière n'est plus source d'éclairage, mais d'intensité et tout accident est rejeté au bénéfice de l'essentiel. La simplification est la garantie de la multiplicité des tons. Une toute nouvelle grammaire est imaginée, codifiée selon des logiques personnelles et sans doute l'intention suprême de l'artiste reste de retrouver la sensation première du choc éprouvé et les fauves entendaient laisser l'instinct s'organiser de façon à ne pas trahir la liberté qu'il avait prise vis à vis de l'objet de son émotion. Les fauves ne veulent plus compromettre leurs chances d'être compris. Ce mouvement ne durera cependant que le temps de voir surgir quelques œuvres magnifiques de lyrisme et de couleurs. La dispersion rapide des fauves atteste que la tentative ne fut pas menée au bout de ses conséquences. Il existe une marge qui reste considérable entre ce que les fauves voulaient être et ce qu'ils sont devenus. Matisse commença à sentir les limites du mouvement et il n'osa pas les franchir, de peur de rompre avec une réalité traditionnelle de la nature dont il ne pouvait se passer. Finalement, le fauvisme s'affirme plus comme une technique qu'une esthétique. 3.10. Cubisme Juan Gris, 1919, 92 65 cm, Bâle, Galerie Beyeler. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 21 sur 34

Le cubisme est un mouvement artistique qui s'est développé de 1907 à 1914 à l'initiative des peintres Georges Braque et Pablo Picasso. Après la Première Guerre mondiale, le mouvement s'essouffle, avant de s'éteindre vers les années 1920. Le cubisme prend sa source dans une lettre de Cézanne à Émile Bernard, du 15 avril 1904, de laquelle sera tirée une phrase souvent répétée pour justifier les théories cubistes : «Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d'un objet, d'un plan, se dirige vers un point central.» Cependant la suite de cette phrase est souvent occultée : «Les lignes parallèles à l'horizon donnent l'étendue, soit une section de la nature ou, si vous aimez mieux, du spectacle que le Pater Omnipotens Aeterne Deus étale devant nos yeux. Les lignes perpendiculaires à cet horizon donnent la profondeur. Or, la nature, pour nous hommes, est plus en profondeur qu'en surface, d'où la nécessité d'introduire dans nos vibrations de lumière, représentées par les rouges et les jaunes, une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l'air.». Le Cubisme veut aussi se justifier et se rattacher à Cézanne par la recherche d'une solidité et d'une densité en réaction aux recherches des effets lumineux et atmosphériques des Impressionnistes qui, du moins dans un certain nombre de paysages, tendent à noyer et éthérer les volumes dans des papillotements de couleurs. Mais là encore, c'est sans doute aller au-delà de ce que prônait Cézanne. C'est donc vraisemblablement sur un malentendu qu'à partir de 1907 et les Demoiselles d'avignon ou Bordel d'avignon (considérées généralement comme le premier tableau cubiste) Picasso et Braque appliqueront leurs théories, non seulement aux paysages mais aussi aux natures mortes et à la figure humaine. À partir de 1910, avec ce que l'on nommera le «cubisme analytique», ces deux peintres vont affirmer une rupture avec la vision classique déjà entamée depuis quatre ans. Ils abandonnent l'unicité de point de vue du motif pour en introduire de multiples sous des angles divers, juxtaposés ou enchevêtrés dans une même œuvre. Ils s'affranchissent de la perspective pour donner une importance prépondérante aux plans dans l'éclatement des volumes. Le Précubisme, ou phase cézanienne (1907-1910) : La démarche du précubisme s'attache à la représentation en volume de l'objet, à la manière de Cézanne ou des masques africains ; la perspective traditionnelle est souvent malmenée. La phase cézanienne concerne essentiellement Pablo Picasso (Réservoir à Horta 1909) et Georges Braque. André Derain et Fernand Léger mènent alors des recherches parallèles. Le Cubisme analytique (1910-1912) : Lors de cette deuxième phase, l'objet est déconstruit et toutes ses facettes sont représentées en fragments, sans aucun égard pour la perspective. Cette période de recherche se caractérise par un chromatisme très peu saturé (gris, brun, vert, bleu terne). En revanche, la lumière occupe une place très importante et elle se répartit de manière différente sur chaque fragment. Le cubisme analytique concerne essentiellement Pablo Picasso, (Le joueur de guitare 1910) et Braque, qui coopèrent et rivalisent d'inventivité pour toujours pousser plus loin la démarche. Leurs toiles tendent à la stylisation abstraite. Le Cubisme synthétique (1912-1914) : Cette période est caractérisée par le retour de la couleur et par l'utilisation de la technique du collage (papiers, objets). Le peintre sélectionne les facettes les plus pertinentes de l'objet déconstruit (contrairement à la deuxième phase, où il n'y a pas de sélection). Des éléments de la réalité sont réintroduits, notamment par le collage de papiers ou donnant des indications de matière à l'objet représenté (faux bois ou toile cirée). Cf. Pablo Picasso, Guitare et bouteille de Bass, 1913. Braque et surtout Juan Gris donneront à ce style une rigueur et une sérénité classique. Le Cubisme orphique (1914-1921) : Le nom est donné par Guillaume Apollinaire à propos des deux principaux représentants de cette forme de cubisme : Robert Delaunay et sa femme Sonia Delaunay. La couleur se détache de toute forme et permet la création, dans leurs œuvres, de cercles concentriques colorés, donnant rythme et vitesse au tableau. Son influence : Il a ouvert la voie de l'abstraction (suprématisme, expressionnisme abstrait, Bauhaus) et de l'art conceptuel, bien que le cubisme n'ait pas produit d'œuvres totalement dénuées de lien avec la réalité. D'une façon plus générale, tous les artistes importants qui réussiront à trouver un style personnel après la Première Guerre mondiale, seront passés à un moment ou à un autre, par une phase cubiste (Piet Mondrian, Kurt Schwitters, les artistes russes et italiens, Salvador Dali...) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 22 sur 34

3.11. Art abstrait Kazimir Malevich, Carré noir sur fond blanc, 1915 Theo van Doesburg, Contre-Composition V, 1924 L'art abstrait est le nom donné à l'une des principales tendances qui se sont affirmées dans la peinture et la sculpture du XXe siècle. Selon Michel Ragon l'abstrait ne se définit que par son histoire. S'il est habituel de faire de Kandinsky le père de la peinture abstraite (1910), on peut citer d'autres précurseurs, d'origine russe, inconnus en France : le lithuanien Tchurlianis qui a initié le mouvement abstrait vers 1906-19073, Nathalie Gontcharova dont Guillaume Apollinaire montrait en 1914 les œuvres peintes de 1909 à 1911, en les qualifiant de rayonnisme. Origines de l'abstraction : En 1908, Wilhelm Worringer avait fait paraître à Munich un ouvrage Abstraction et Einfühlung où il exprimait l'inverse de ce qu'est la notion d'einfühlung : un état d'âme dominé par l'angoisse, qui se traduit, dans le domaine de l'art, par une tendance à l'abstraction. L'évolution de la peinture allemande a certes préparé l'apparition de l'art abstrait. Mais ce sont les fauves qui ont donné le ton, avec le triomphe de la couleur pure, et qui ont laissé entrevoir comment les objets perdent leur apparence réelle, ce qui allait conduire ensuite au cubisme. C'est ainsi que l'indépendance de la forme a rejoint celle de la couleur dès 1910. Dans les arts plastiques, l'art abstrait est un «langage visuel» né au XXe siècle. Il n'essaie pas de représenter «les apparences visibles du monde extérieur», mais tente de donner une contraction du réel ou encore d'en souligner les «déchirures». L'art abstrait peut se passer de modèle et s'affranchit de la fidélité à la réalité visuelle et ainsi des créations plastiques mimétiques. Il ne représente pas des sujets ou des objets du monde naturel, réel ou imaginaire, mais seulement des formes et des couleurs pour elles-mêmes. Le peintre Vassily Kandinsky est considéré comme le fondateur de l'art abstrait. Il a peint sa première aquarelle abstraite Sans titre en 1910 (en réalité elle est antidatée). Selon le philosophe Michel Henry ; «Kandinsky appelle abstrait le contenu que la peinture doit exprimer, soit cette vie invisible que nous sommes.» ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 23 sur 34

Au début du XXe siècle, ce terme incluait aussi le cubisme ou le futurisme, genres dans lesquels il y a bien volonté de représenter le monde réel, sans l'imiter ou le copier, mais plutôt en en montrant les qualités intrinsèques. On représente ce qu'on sait d'un objet plutôt que ce qu'on en voit. L'art abstrait utilise un langage formel, pictural et linéaire pour créer une composition indépendante du rapport aux références visuelles existantes dans le monde sensible. L'art occidental a été, de la Renaissance jusqu'au milieu du XIXe siècle, sous-tendu par la logique de la perspective et une tentative de reproduire l'illusion de la réalité visible. La découverte et l'accès grandissant aux arts et cultures extérieurs à l'europe ont insufflé d'autres modèles de description et permis une expérience visuelle de l'artiste libérée des contraintes de la représentativité. Certains, suivant une mouvance impressionniste, se sont essayés à la déformation de caractères d'imprimerie moderne, voire de symboles Sanskrits. À la fin du XIXe siècle, de nombreux artistes ont ainsi estimé nécessaire de créer une nouvelle forme d'art assimilant les changements technologiques, scientifiques et philosophiques de leur temps. Les sources dont les artistes tirent leur arguments théoriques sont diverses et reflètent les préoccupations sociales et intellectuelles dans tous les domaines de la culture occidentale de cette l'époque. L'Abstraction indique un point de départ, une nouvelle représentation de la réalité et de l'imagerie dans l'art. Depuis le réalisme du début du XIXe siècle et l'apparition du daguerréotype, une représentation exacte du réel est réalisée. L'écart entre art et réalité, thème classique de la représentativité artistique, a traversé le miroir de l'exactitude visuelle. L'Abstraction s'inscrit dans cette continuité, cette constante recherche d'une représentation juste du réel. Elle se veut une réponse à ces nouvelles formes récemment apparues, considérées malgré leur exactitude technique comme partiales, incomplètes. L'idée de sublimation de la réalité disparaît au profit d'une abstraction extérieure à sa représentation tangible, l'art ne vise plus la vraisemblance la plus grande, le réalisme le plus exact, car il peut être supplanté, résumé, au moins théoriquement par les nouvelles formes de représentation automatisée, puisqu'une représentation parfaite est susceptible d'être extrêmement difficile à atteindre. Le travail artistique prend des libertés, en modifiant par exemple la couleur et la forme d'une manière qui soit visible et contenue dans une essence concise qui peut être appelée «abstraite». La résultante ne comporte plus les traces de l'abstraction, les références et le reconnaissable disparaissent au profit des effets visibles, des formes géométriques, des lignes épurées ou foisonnantes, des couleurs uniques ou mêlées. Ainsi, l'abstraction géométrique ne conserve aucune des références naturelles et réalistes des entités présentées. Art figuratif et Abstraction totale sont presque incompatibles, à ceci près que la représentation figurative (ou art réaliste) contient souvent une abstraction partielle. L'abstraction géométrique et l'abstraction lyrique sont le plus souvent totalement abstraites. Parmi les très nombreux mouvements artistiques pré-abstraction, ceux qui incarnent une part substantielle et notable d'abstraction sont le fauvisme, pour son usage des couleurs, clairement et délibérément altérées par rapport à la réalité, et le cubisme, qui modifie de façon flagrante les formes de la vie réelle. Enfin le futurisme, dans sa volonté de dé-figurer le réel par le dynamisme et le cinétisme, parvient à un art abstrait, notamment avec Giacomo Balla Malevitch prétendait avoir peint son premier carré noir dès 1913. Il serait compréhensible d'interpréter ce rejet radical de la représentation comme la fin de la peinture, et pourtant, pour l'artiste, c'était un nouveau début. De fait, son art était un art radical dans une époque de changement radical en Russie, et de nombreux autres peintres se tournèrent vers l'abstraction à cette époque. La révolution de 1917 eut des conséquences dramatiques sur presque tous les aspects de la société russe, y compris les attitudes envers la culture. L'art, tel qu'il était compris dans les sociétés capitalistes occidentales, fut remis en question et les artistes, traditionnellement considérés comme des génies différents du reste de la société, se représentaient maintenant comme des «travailleurs». L'art ne pouvait plus être un bien de luxe destiné aux riches, mais devait être utile, jouer un rôle intégré dans la construction de la nouvelle Russie soviétique. Le Russe Alexandre Rodtchenko aurait sans doute été malheureux de voir son tableau «nonobjectif» qualifié d'«œuvre d'art». Ce travail ne fut pas conçu comme un objet de contemplation esthétique mais comme une exploration de la ligne et de l'espace qui pourrait avoir d'autres applications, par exemple en design ou architecture ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 24 sur 34

3.12. Le mouvement Dada Dada, dit aussi dadaïsme, est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, entre 1916 et 1925, se caractérisa par une remise en cause, à la manière de la table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. Malgré la Première Guerre mondiale, Dada connut une rapide propagation internationale. Ce mouvement a mis en avant l'esprit d'enfance, le jeu avec les convenances et les conventions, le rejet de la raison et de la logique, l'extravagance, la dérision et l'humour. Ses artistes se voulaient irrespectueux, extravagants, affichant un mépris total envers les «vieilleries» du passé comme celles du présent qui perduraient. Ils recherchaient la plus grande liberté de créativité, pour laquelle ils utilisèrent tous les matériaux et formes disponibles. Ils recherchaient également cette liberté dans le langage, qu'ils aimaient lyrique et hétéroclite. Dada est né le 5 février 1916 à Zurich (Suisse) par la grâce des poètes Hugo Ball, Richard Huelsenbeck, Tristan Tzara et des peintres Jean Arp, Marcel Janco, Sophie Taeuber-Arp. Ils investissent une grande taverne, celle de la Spiegelgasse 1 dans le quartier du Niederdorf, la transforment en café littéraire et artistique et la rebaptisent «Cabaret Voltaire». La version la plus courante quant à l'origine du mot est celle du hasard ludique : un dictionnaire ouvert au hasard et un coupe-papier qui tombe sur le mot «dada». En réaction à l'absurdité et à la tragédie de la Première Guerre mondiale, ils baptisent le mouvement qu'ils viennent de créer en ce nom et aussi en opposition avec tous les mouvements se finissant en -isme. Dada n'est «ni un dogme, ni une école, mais plutôt une constellation d'individus et de facettes libres», précisait à l'époque Tristan Tzara. Hétéroclite et spontané, Dada s'est aussi imposé comme un mouvement sans véritable chef de file. Tous les dadaïstes étaient présidents. Développement de Dada : Un peu avant la fin de la guerre, des mouvements Dadas sont créés dans les grandes villes allemandes Berlin, Hanovre et Cologne. Les différents «Manifestes» parviennent à Paris, malgré la censure et le «bourrage de crâne» contre tout «germanisme» Succédant à des révoltes individuelles et solitaires contre la civilisation occidentale Arthur Rimbaud a «assis la beauté sur ses genoux et l'a trouvée amère», cristallisée par l'épreuve du conflit de 1914-1918, la contestation culturelle de Dada se manifeste par la truculence provocatrice et la dérision, souvent au cours de manifestations publiques. Hannah Höch qui dessinait des patrons de couturier pour une revue, les utilisait en découpage sauvage pour en faire des collages politiques. Pour la première fois, les femmes sont acceptées comme artistes à part entière, camarades de jeu et complices des manifestations, «traitées comme des collègues» et non plus seulement comme des amantes, des «amatrices douées» ou des «objets de sublimation dans l'art». La fin de Dada : En France, à partir de 1920, Dada s'essouffle, André Breton trouve que «Dada tourne en rond». Louis Aragon, dans son Projet d'histoire littéraire contemporaine, fait mourir dada dès 1921-1922. Il dit aussi que les «Vingt-cinq poèmes» de Tristan Tzara «l'avaient saoûlé toute sa vie». En novembre 1921, la revue belge Ça Ira!, dans un numéro dirigé par Clément Pansaers proclame que Dada est mort. 3.13. L Expressionnisme Franz Marc : Die großen blauen Pferde (1911) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 25 sur 34

L'expressionnisme est un mouvement artistique apparu au début du XXe siècle, en Europe du Nord, particulièrement en Allemagne. L'expressionnisme a touché de multiples domaines artistiques : la peinture, l'architecture, la littérature, le théâtre, le cinéma, la musique, etc. Survivant jusqu'à l'avènement du régime nazi, l'expressionnisme est condamné par celui-ci qui le considère comme «dégénéré». L'expressionnisme est la projection d'une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle. Les représentations sont souvent fondées sur des visions angoissantes, déformant et stylisant la réalité pour atteindre la plus grande intensité expressive. Celles-ci sont le reflet de la vision pessimiste que les expressionnistes ont de leur époque, hantée par la menace de la Première Guerre mondiale. Les œuvres expressionnistes mettent souvent en scène des symboles, influencées par la psychanalyse naissante et les recherches du symbolisme. Au début du XXe siècle, ce mouvement profondément ancré dans l'europe du Nord (en particulier l'allemagne) est une réaction à l'impressionnisme français. Alors que l'impressionnisme est encore à décrire la réalité physique, l'expressionnisme allemand lui ne s'attache plus à cette réalité et la soumet aux états d'âme de l'artiste. L'expressionnisme rompt aussi avec l'impressionnisme à travers une forme très agressive : des couleurs violentes, des lignes acérées. Il s'inscrit alors dans la continuité du fauvisme qui commence à s'épuiser et dont les principaux représentants s'éloignent plus ou moins brutalement : Matisse, Marquet, Van Dongen, Braque, Derain, Friesz et Vlaminck. Pour autant l'expressionnisme n'est pas vraiment un mouvement ou une école mais davantage une réaction contre l'académisme et la société. Les artistes expressionnistes resteront souvent isolés. Le Cri du peintre Edvard Munch est l'un des plus représentatifs et célèbres tableaux expressionnistes. La Vue de Tolède sous l'orage du Greco, 1595/1610, possède une ressemblance frappante avec les œuvres des expressionnistes du XXe siècle. On peut rattacher les peintres des XVe et XVIe siècles Matthias Grünewald et le Greco à la tendance expressionniste, mais en pratique le terme s'applique essentiellement aux œuvres du XXe siècle. Les premiers éléments annonciateurs de l'expressionnisme apparaissent à la fin du XIXe siècle, en particulier dans la toile d'edvard Munch, Le Cri ainsi que dans l'évolution des travaux de Van Gogh. Le critique d art Wilhelm Worringer, en 1908, est le premier à parler d «expressionnisme». L'expressionnisme éclot par ailleurs alors que la technique photographique se perfectionne et que le rapport de l'art à la réalité s'en trouve profondément modifié. L'art pictural perd sa fonction de moyen privilégié de reproduction de la réalité objective ce qui renforce sa composante subjective et lui permet progressivement de s'affranchir des normes. Van Gogh,Otto Dix, Wassily Kandinsky, Franz Marc, Edvard Munch, Emil Nolde, Chaïm Soutine et Ernst Ludwig Kirchner en son les principaux représentants. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 26 sur 34

Van Gogh : La Nuit étoilée, Saint-Rémy (1889) Plusieurs groupes artistiques peuvent être rattachés à l'expressionnisme, tels que l'association des Artistes munichois (NKVM) et la Nouvelle Sécession de Berlin dont sont issus par rupture, respectivement Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu) et Die Brücke (Le Pont). En 1918, le Groupe de Novembre en cristallise la portée politique. Après 1933, le mouvement, dans sa dimension formelle, a influencé nombre d'autres artistes, comme par exemple les expressionnistes abstraits aux États- Unis. Die Brücke est fondé en 1905 par Ernst Ludwig Kirchner, Fritz Bleyl, Erich Heckel et Karl Schmidt- Rottluff à Dresde. Max Pechstein et Emil Nolde en 1906, Otto Müller en 1910, et Cuno Amiet les rejoignent. Le fauviste Van Dongen se joignit aussi à eux et fut l intermédiaire avec ses compagnons français. L intention du groupe était d attirer tout élément révolutionnaire qui voudrait s unir à eux, c est ainsi qu ils l exprimèrent dans une lettre adressée à Nolde. Leur plus grand intérêt était de détruire les vieilles conventions, à l identique de ce qui se passait en France. Selon Kirchner, ils ne pouvaient s imposer de règles et l inspiration devait couler libre et donner expression immédiate aux pressions émotionnelles de l artiste ; ils se préoccupent moins des aspects formels, position qui les séparait du fauvisme de Matisse et Braque. Pour les Allemands, le contenu est plus important que la forme. La charge de critique sociale qu ils imprimèrent à l œuvre leur valut la critique des conservateurs qui les accusaient d être un danger pour la jeunesse allemande. Kirchner fut considéré comme le plus authentique représentant de Die Brücke. Il fut un artiste hypersensible qui peignait les rues et la vie urbaine de Berlin de manière nouvelle et originale. Ses formes décharnées et pointues, aux couleurs acides, sont caractéristiques, dans des œuvres comme L École de Danse de 1914. Emil Nolde, même s il quitta le groupe à la fin de l année 1907, a aussi été considéré comme un des plus importants représentants du groupe. Influencé par le belge Ensor et par Van Gogh, il se sentit fortement attiré par le primitivisme noir et par le mythe du sauvage. Sa recherche du paradis se centra plus sur la concrétion du primordial que sur les attitudes escapistes, façonnant son sentiment tragique de la nature et son inspiration de caractère psychologique et instinctif, éléments qui ont fait de lui le peintre expressionniste par excellence. Vers 1909, et après une grave maladie, il commença à peindre des tableaux à thème religieux, dans lesquels il exprima son inspiration mystique. Edvard Munch bien qu il ne soit pas lié avec Die Brücke est considéré comme le père de l expressionnisme. Il était norvégien et, jusqu en 1885, s'intéressa à impressionnisme et au symbolisme. À partir de 1892, son style est pleinement formé, courbes sinueuses, coloris arbitraires, obsession pour l infirmité et la mort, êtres inquiétants qui fuient d une masse de couleur, comme on l observe dans son tableau le plus célèbre, Le Cri. Son séjour en Allemagne jusqu en 1908 explique son influence au sein de Die Brücke. En 1913, se produisit la dissolution du groupe, conséquence des différences évidentes entre les composants du groupe et l établissement d un marché qui pour eux compliquait les exigences d un front commun. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 27 sur 34

En 1912, un autre groupe d'artistes dont Wassily Kandinsky, Franz Marc, August Macke, Alexeï Jawlensky, Gabriele Münter et Marianne von Werefkin se rassemblent à Murnau, à côté de Munich sous la dénomination de Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu). À la différence de Die Brücke, les artistes de Der Blaue Reiter ressentaient le besoin de créer un langage plus contrôlé pour promouvoir leurs messages. Ils publièrent des livres et organisèrent des expositions. Ils développèrent un art spirituel dans lequel ils réduisirent le naturalisme au point d'arriver à l'abstraction. Ils partagèrent certaines idées avec les expressionnistes de Die Brücke mais ils possédaient une purification plus importante des instincts et ils voulaient également capter l'essence spirituelle de la réalité. Sur ce point, leurs idées étaient plus recherchées et spéculatives. Les plus grands représentants étaient Kandinsky et Franz Marc, accompagnés de Macke, Jawlensky et Klee. Kandinsky, originaire de Moscou, arriva à Munich en 1896. En 1909, il est nommé président de la Nouvelle Association d'artistes de Munich et organisa les expositions de 1909 et 1910 pour présenter le travail des fauvistes et des premiers cubistes. Dans le catalogue réalisé lors de la seconde exposition, il commença à introduire sa théorie de l'art qui s'acheva, deux ans plus tard, lors de la publication de son livre Du Spirituel dans l'art. En 1912, après avoir donné sa démission de l'association, il fonda avec Franz Marc Der Blaue Reiter. Ce nom dérive de l'amour de Kandinsky pour les cavaliers et de celui de Franz Marc pour les chevaux. Le groupe se dispersa avec la guerre à laquelle Macke et Marc moururent. Les deux premières expositions de Der Blaue Reiter montraient des œuvres graphiques et des dessins. La "Fugue", de Kandinsky (1914), peut être considérée comme de tendance expressionniste abstraite. En 1913, ils seront invités à participer à une exposition internationale à Berlin nommée Le Salon d'automne Berlinois. Sa poétique se définissait comme un expressionnisme lyrique dans lequel l'échappatoire tendait non pas vers le monde sauvage mais vers la spiritualité de la nature et du monde intérieur. Pour Kandinsky, la peinture devait s'étendre de la pesante réalité matérielle jusqu'à l'abstraction de la vision pure, avec la couleur comme moyen, d'où le développement d'une théorie complexe de la couleur. Dans La Peinture comme art pur, livre de 1913, il soutient que la peinture est déjà une réalité séparée, un monde en soi, une nouvelle forme d'être, qui agit sur le spectateur à travers la vue et qui provoque en lui de profondes expériences spirituelles. Auparavant, en 1910, Kandinsky avait réalisé les premières aquarelles abstraites. Pour Klee, l'artiste devait se mêler aux forces de la nature et agir comme milieu afin que ses créations soient acceptées de la même manière que l'on accepte les phénomènes naturels. À la différence de Kandinsky, Klee était convaincu que l'art pouvait capter le sens créatif de la nature et c'est pour cela qu'il rejetait l'abstraction absolue. Concrètement, Klee se laissa influencer au début, comme Macke, par le simultanéisme des Delaunay. En même temps, il fut le premier artiste à pénétrer dans les domaines de l'inconscient alors que Freud et Jung commençaient à les étudier. Après la dissolution du groupe en 1919, Walter Gropius fonde le Bauhaus à Weimar, école de dessin et d'architecture, dont les professeurs étaient les plus grands maîtres de l'expressionnisme constructif, et qui réunit des hommes comme Feininger, Klee ou Kandinsky. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 28 sur 34

En Allemagne, après la Première Guerre mondiale, le réalisme expressionniste apparut, mouvement dans lequel les artistes se séparèrent de l'abstraction, réfléchissant sur l'art figuratif et rejetant toute activité qui ne s'occupait pas des problèmes de l'urgente réalité de l'après-guerre. Ce mouvement regroupa Otto Dix, George Grosz, Max Beckmann et le sculpteur Barlach. 3.14. Surréalisme Le surréalisme est un mouvement artistique qu'andré Breton définit dans le premier Manifeste du Surréalisme comme «automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale». Dans l'esprit de Breton, l'analogie entre le rêveur et le poète, présente chez Baudelaire, est dépassée. Il considère le surréalisme comme une recherche de l'union du réel et l'imaginaire : «Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue.» Le surréalisme explore de nouvelles techniques de création qui laissent le champ libre à l'inconscient et force la désinhibition des conditionnements : écriture automatique, récits dictés pendant le sommeil forcé, cadavres exquis, sollicitation du hasard objectif. Par l'écriture automatique, les surréalistes ont voulu donner une voix aux désirs profonds, refoulés par celle de la société, cette «violente et traîtresse maîtresse d'école», selon le mot de Michel de Montaigne. L'objet surréaliste ainsi obtenu a d'abord pour effet de déconcerter l'esprit, donc de «le mettre en son tort». Peut se produire alors la résurgence des forces profondes, l'esprit «revit avec exaltation la meilleure part de son enfance». On saisit de tout son être la liaison qui unit les objets les plus opposés, l'image surréaliste authentiquement est un symbole. Approfondissant la pensée de Baudelaire, André Breton compare, dans Arcane 17, la démarche du surréalisme et celle de l'ésotérisme : elle offre «l'immense intérêt de maintenir à l'état dynamique le système de comparaison, ce champ illimité, dont dispose l'homme, qui lui livre les rapports susceptibles de relier les objets en apparence les plus éloignés et lui découvre partiellement le symbolisme universel.» Le peintre Max Ernst, de son côté, découvre pour son art une méthode analogue à l'écriture automatique, méthode que déjà Léonard de Vinci avait esquissée. Frappé par un plancher d'auberge dont les lavages avaient accentué les rainures, il pose sur elles au hasard une feuille et frotte à la mine de plomb. «En regardant attentivement les dessins ainsi obtenus, les parties sombres et les autres plus claires, je fus surpris de l'intensification subite de mes facultés visionnaires et de la succession hallucinante d'images contradictoires.» 3.13 Constructivisme russe Le constructivisme est un courant artistique né au début du XXe siècle en Russie, en «parallèle» à un autre mouvement : le suprématisme, et dont le manifeste fut écrit en 1920 par les frères Pevsner et Gabo. Leur première exposition aura lieu à la galerie Van Diemen à Berlin en 1922, sous le nom de "Première Exposition d'art Russe". Cette date renvoie aussi début de la révolution russe. Ce mouvement proclame une construction géométrique de l'espace, utilisant surtout des éléments tels que le cercle, le rectangle et la ligne droite. Ce mode de pensée s'adapte donc aussi bien à la sculpture qu'au design voire à l'architecture. L'œuvre architecturale de Josef Chochol en est d'ailleurs une représentation caractéristique. Ce projet se développe surtout sur les bases du cubisme et du futurisme. La caractéristique de ce mouvement résulte en le fait qu'il n'a jamais existé de programme esthétique clairement défini ce qui permet donc encore de pouvoir allouer ce terme à certaines œuvres plus modernes. De plus, ce mouvement engendre une disponibilité et une activité créatrice de la part des écrivains, architectes, peintres uniques dans l'histoire. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 29 sur 34

Le fondateur et membre le plus célèbre de ce mouvement fut Vladimir Tatline. En firent également partie les frères Naum Gabo et Antoine Pevsner, Vladimir Choukhov, Alexandre Rodtchenko et Lazar Lissitzky. D'après les artistes, membres de ce mouvement, le but est d'exclure le réel de l'œuvre en créant une tension au sein de l'œuvre. On peut qualifier le premier constructiviste comme étant Malevitch. À la suite d'une révolution, il va réussir à allier l'art et la politique, provoquant ainsi un art propre à la Russie, qui lui ressemble. Dès 1914, Tatlin propose une toile, sorte de «reliefs picturaux», issu de son analyse après une visite des ateliers de Picasso dont l'objectif est d'élargir les limites spatiales de la sculpture. En effet, ces œuvres qui servaient de modèles pour la réalisation de ces peintures cubistes, prennent chez Tatlin, une valeur autonome. La deuxième série de «reliefs picturaux» peinte par Tatlin propose enfin des formes totalement abstraites. Chaque élément, chaque forme possède donc dès lors une dynamique qui lui est propre. Mais, bien qu'appartenant à un mouvement semblable, Tatlin s'oppose a Malevitch ( celui ci ayant le soutien de Kandinsky, Pevsner et Gabno). En Effet, ces derniers assurent que l'art est libre et indépendant et qu'il a un rôle à jouer dans la société. Pour Tatlin et ceux qui l'entourent, l'art est au service du peuple et doit donc être le messager du pouvoir communiste. Ce mouvement a notamment inspiré les théories architecturales enseignées à l'école du Bauhaus en Allemagne (1919-1933). Il donna lieu également à l'art cinétique. L'œuvre emblématique du constructivisme est le projet pour un Monument à la Troisième Internationale, de Vladimir Tatline. 3.14 Abstraction lyrique L'abstraction lyrique se réfère à deux mouvements liés mais distincts de la peinture moderne d'après-guerre : L'abstraction lyrique européenne ainsi baptisée par le critique Jean José Marchand et le peintre Georges Mathieu en 1947, dont le courant initial et principal, le tachisme, a été défini à partir de 1951 par les critiques Pierre Guéguen, Charles Estienne et Michel Tapié, lequel inclura ces deux notions dans l'art informel en 1952. L'abstraction lyrique américaine, un mouvement décrit en 1969 par Larry Aldrich, fondateur de l'aldrich Contemporary Art Museum à Ridgefield Connecticut L'abstraction lyrique est un mouvement artistique rattaché à l'art informel qui se développe à Paris après la Seconde Guerre mondiale. L expression «abstraction lyrique» est employée pour la première fois par Jean José Marchand et le peintre Georges Mathieu lors de l'exposition «L'imaginaire» organisée en 1947. Après la Seconde Guerre mondiale, la France cherche à reconstruire son identité dévastée par l'occupation allemande et la collaboration. Certains critiques d'art s'emparent d'un nouveau courant abstrait pour tenter de redorer le blason artistique de Paris, qui avait occupé le rang de capitale des arts jusqu'à la guerre. À la sortie de cette dernière, on pouvait en effet assister à une compétition entre Paris et la nouvelle école de peinture américaine basée à New York (Jackson Pollock, Willem de Kooning ). Église Saint-Séverin à Paris, vitrail de Bazaine (détail) ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 30 sur 34

Ce courant s'oppose non seulement aux mouvements cubiste et surréaliste qui le précèdent mais encore à l'abstraction géométrique (ou «abstraction froide»). Les artistes de ce courant sont en quelque sorte les premiers à appliquer les leçons de Kandinsky (considéré comme un des pères de l'abstraction). Une critique de l'époque tendait à montrer que l'abstraction géométrique n'avait pas grand chose d'abstrait en ce sens qu'elle exposait des figures géométriques connues et reconnues, un carré, une ligne L'abstraction lyrique était donc vécue comme cette ouverture à l'expression personnelle de l'artiste. 3.15 Pop art Le pop art est un mouvement artistique qui trouve son origine en Grande-Bretagne au milieu des années 1950, sous l'impulsion de Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi. Un peu plus tard, au tout début des années 1960, c'est au tour du pop art américain d'émerger. Avec Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg ou encore Jasper Johns, c'est surtout la branche américaine qui va populariser ce courant artistique devenu majeur, en questionnant la consommation de masse de façon agressive. Il s'agit principalement de présenter l'art comme un simple produit à consommer : éphémère, jetable, bon marché... Le terme «pop art» (abréviation de «popular art» en anglais, ou «art populaire» en français), sous l'impulsion de John McHale, a été prononcé pour la première fois en 1955 par Lawrence Alloway, un critique d'art anglais qui faisait partie de l'independent Group, groupe d'intellectuels travaillant sur le rôle de la technologie dans la société. Mais ce qui caractérise profondément ce mouvement, c'est le rôle de la société de consommation et des déformations qu'elle engendre dans notre comportement au quotidien. C'est à partir de ce principe que les artistes américains vont mettre en évidence l'influence que peut avoir la publicité, les magazines, les bandes dessinées et la télévision sur nos décisions de consommateurs. Par la suite, ce mouvement va s'étendre et toucher d'autres domaines comme la mode, l'architecture, le dessin, etc. L'accueil est très bon dès les débuts du mouvement, car le pop art est a priori simple et accessible. Les procédés utilisés par les artistes étaient souvent des nouveaux produits qui sortaient tout juste de cette société de consommation : acrylique, sérigraphie, etc. Les couleurs sont souvent vives et décalées par rapport à la réalité. Andy Warhol (1928-1987) est considéré comme l'un des pères du pop art. L'utilisation d'objet de la vie courante comme une bouteille en verre ou une canette de soupe a fait qu Andy Warhol était un avant-gardiste. Au-delà de la peinture, le pop art a usé des techniques picturales qui n'étaient auparavant pas considérées comme proprement artistiques, mais industrielles. Ce mouvement a perturbé le monde artistique d'autres manières, par exemple à travers la remise en cause du principe d'unicité d'une œuvre d'art. Andy Warhol reproduisait les siennes par centaines, parfois même par milliers, ce qui heurtait les idées classiques attribuant à une œuvre sa valeur car elle est unique. Détail de la sculpture «LOVE» de Robert Indiana au LOVE Park de Philadelphie. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 31 sur 34

Le pop art utilise des symboles populaires, qui marquent l'inconscient dès l'enfance dans un but de désacralisation de l'œuvre d'art qui auparavant était réservée à une élite et qui ne couvrait que des sujets dit «importants». De Mickey Mouse à Marilyn Monroe, en passant par Mick Jagger, l'admiration quasi-généralisée de certaines idoles y est exaltée de manière neutre ou non, selon l'artiste. La culture publicitaire de la société de consommation est une autre source d'inspiration (cf. Jasper Johns). En France, le courant du Nouveau réalisme tire quelque peu sa substance de l'émergence du pop art. En Grande-Bretagne, l'independent Group se réunissait à l'institute of Contemporary Arts depuis 1952. Ce groupe réunit les grandes figures de la création du Pop art, parmi lesquelles Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi. Dès 1947, Paolozzi crée des collages utilisant des images de magazines américains mais il déclara plus tard que cela fut plus influencé par le mouvement surréaliste que par la culture populaire. Hamilton commença à étudier les travaux de Marcel Duchamp et développa une série de projets mélangeant art et publicité. La conférence de Reyner Banham à l'independent Group posa les bases du Pop art en y incluant les objets de la vie quotidienne aux États-Unis et les magazines populaires. Alloway parla de sa théorie sur un continuum entre le «high art» admis par les établissements culturels traditionnels et le «low art» du pop art. En 1956, les membres de l'independent Group participèrent à l'exposition This is Tomorrow au Whitechapel Gallery pour laquelle Hamilton créa le collage Just What Is It that Makes Today's Homes So Different, So Appealing?. Son travail est considéré comme le manifeste du pop art en Grande- Bretagne. Après This is tomorrow, Hamilton continua à développer les caractéristiques du pop art en exposant peintures et collages ayant pour sujets les voitures américaines, les biens de consommations et des pin-ups en tant qu'éléments d'une étude anthropologique ayant introduit le fétichisme qui deviendra un élément majeur du pop art. Hamilton est devenu un conférencier du Royal College of Art où il rencontra David Hockney ainsi que d'autres jeunes artistes qui développèrent le pop art en Grande-Bretagne. En 1961, Hockney, avec Peter Blake et R. B. Kitaj annoncèrent dans une exposition commune l'arrivée du pop art britannique. Voiture cimentée, une œuvre de Wolf Vostell (Malpartida de Cáceres, Espagne, 1960). En Espagne, le pop art est associé au grand «new figurative». Eduardo Arroyo peut être admis comme artiste du pop art par son intérêt pour l'environnement ainsi que sa capacité à retranscrire «l'éventualité interconceptuelle de la notion absolue de la vie quotidienne». Arroyo sera proche du courant français de la Nouvelle figuration. En France le Pop Art a été un mouvement beaucoup plus politisé, les Nouveaux Réalistes avec Yves Klein, Arman, César et la Nouvelle Figuration avec Monory, Klasen. Ces dernières années émerge un Nouveau Pop Art. ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 32 sur 34

Au Japon, le pop art est identifiable par ses sujets et son style réguliers. Beaucoup d'artistes japonais se sont inspirés des mangas et parfois de Ukiyo-e ou d'art traditionnel. L'artiste du pop art japonais le plus reconnu est actuellement Takashi Murakami du groupe d'artistes Kaikai Kiki, renommés pour leur production massive, le Superflat, un style surréaliste, post-moderne dont l'inspiration principale vient des mangas et de la culture urbaine japonaise. Ce style vise principalement la jeunesse et a un grand impact culturel. Plusieurs artistes, comme Yoshitomo Nara, sont reconnus pour leurs graffitis, d'autres, comme Takashi Murakami sont connus pour leurs figurines en plastiques. Un grand nombre d'artistes du pop art japonais utilise des images surréalistes ou obscènes voire choquantes dans leurs œuvres. Ces éléments attirent les adolescents et les adultes (bien que censé être moralement choquant, ou provoquant, ceci n'est pas considéré comme offensant au Japon.) Une métaphore habituelle dans le pop art japonais est l'innocence et la vulnérabilité des enfants et de la jeunesse. Des artistes comme Aya Takano ou Yoshitomo Nara utilisent les enfants comme sujets dans la quasi-intégralité de leurs œuvres. Alors que Yoshitomo Nara montre des scènes de colère ou de rébellions par des enfants, Aya Takano montre l'innocence des enfants en peignant des filles nues. 3.16 Action Painting Jean Raine, membre du groupe CoBrA, en action de peindre La Broyeuse de Tête à manivelle en 1972. L'Action Painting traduit littéralement «peinture d action» ou «peinture gestuelle», désigne aussi bien une technique qu'un mouvement pictural. C'est un art abstrait apparu au début des années cinquante à New-York. Ce terme a été proposé en 1952 par le critique américain, Harold Rosenberg, pour caractériser l'importance de la gestualité dans le travail de certains artistes expressionnistes abstraits. L'autre tendance de cette école de New-York est composée d'artistes regroupés sous le courant Color Field (Clyfford Still, Mark Rothko, Barnett Newman). Cette attitude artistique privilégie l'acte physique de peindre, toutes suggestions figuratives sont alors écartées ; les artistes réalisent ces œuvres abstraites en peignant, égouttant ou projetant de la couleur sur la toile. La structure du tableau résulte de l'intuition de l'artiste mais aussi des divers comportements de la couleur (coulures...). L'énergie vitale et la psyché qui animent le corps du peintre constituent le moteur, la ressource et le sens du travail. Peindre apparait alors comme un moment d'existence irréfléchi et pulsionnel. L'œuvre est un témoignage du corps vivant, en action et en mouvement dans l'instant. Jackson Pollock (1912-1956) est certainement la figure principale de ce mouvement artistique. Il utilise une forme de l'action Painting, la technique du «dripping», technique dans laquelle la couleur est projetée (par un bâton trempé dans la couleur) de manière contrôlée sur une toile posée à même le sol. Willem De Kooning (1904-1997) peintre par excellence de l'expressionnisme abstrait, fera comme Pollock son petit bout de chemin dans l'action Painting. Franz Kline (1910-1962) Sam Francis Roberto Matta ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 33 sur 34

Conclusion : La période considérée marque sans nul doute une rupture fondamentale dans l'histoire, c'est la fin du Moyen Age, le début d'une nouvelle ère faite de progrès, de découvertes, de changements à la fois dans les sociétés et dans les mentalités, une Renaissance, comme les contemporains ont pu le ressentir. Car, Renaissance est bien un terme contemporain et pas une appellation historique récente. Nous voyons la fin d'un monde, celui de l'ancien Régime, s'ébauche tout au long de cette longue période, qui s'étend du 15ème siècle au 19ème siècle la société telle que nous la connaissons ISFEC Jacques Sevin 2010 / 2011 Céline Laignel Page 34 sur 34