P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 Page 80 Les Champs-Elysées, c est magique! QUI DE NOS JOURS NE CONNAÎT PAS CELLE QUE L ON APPELLE «LA PLUS BELLE AVENUE DU MONDE?». ET MALGRÉ UNE CERTAINE DÉSERTIFICATION DES PARISIENS, LA QUASI-ABSENCE DE RÉSIDENTS, LA DISPARITION DES PETITS COMMERCES, ET PEU À PEU DES CINÉMAS, LA BELLE EXERCE ENCORE DE NOS JOURS, ET PLUS ENCORE CHEZ LES ÉTRANGERS, UNE SORTE DE FASCINATION ET RAYONNE DANS LE MONDE ENTIER. DEUXIÈME LIEU À PARIS LE PLUS FRÉQUENTÉ APRÈS LA TOUR EIFFEL, LES CHAMPS, C EST MAGIQUE! AVEC LA RÉNOVATION ET L EMBELLISSEMENT DE L AVENUE INTERVENUS EN 1994, C EST LE LIEU OÙ IL FAUT ÊTRE. D AILLEURS, ILS SONT NOMBREUX AUJOURD HUI À SE PRESSER POUR VENIR Y APPOSER LEUR ENSEIGNE MALGRÉ L ENVOLÉE SPECTACULAIRE DES LOYERS. Par Pascale F. Stora «A midi ou a minuit, on trouve tout ce que vous voulez, aux Champs Elysées», chantait Jo Dassin dans les années 1960. «Mais c est quoi les Champs?», demandait Jean Seberg à Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle... C est aujourd hui une vitrine ouverte sur le monde où se côtoient celles des magasins de luxe et des lieux légendaires comme le Fouquet s ou le Lido du Virgin Megastore, des cafés et restaurants ainsi que des showrooms automobiles What else? Les Champs, c est beaucoup plus que cela! Pour certains, cette avenue représente le défilé du 14 juillet. Depuis plus de 150 ans, l avenue des Champs-Elysées est le témoin privilégié et le lieu de toutes les commémorations, riches en événements festifs et nationaux, comme le bicentenaire de la Révolution française Pour des millions de Français, elle reste associée à la victoire des Bleus en 1998. Mais depuis plusieurs années, l avenue est aussi un lieu de pèlerinage à Pâques. Etrange cocktail hétéroclite, baroque, les Champs-Elysées n ont pas fini de nous surprendre. Et en cette période de fête, l avenue s est parée jusqu au 10 janvier 2011, de sa plus jolie parure lumineuse, le long des 415 platanes qui bordent l avenue. Plusieurs événements sont venus d ailleurs animer les Champs-Elysées qui ont accueilli aussi leur première exposition de statues de glace, où seize sculpteurs du monde entier ont présenté près de 50 sculptures. UN TRACÉ FABULEUX DU LOUVRE À LA DÉFENSE La mythologie situait les Champs-Elysées, paradis antique de l harmonie éternelle, au centre de la terre ; Paris leur assigne la plus majestueuse avenue de la capitale. Mélange d histoire, de patrimoine et d espaces verts, les Champs-Elysées s étirent sur presque 2 kilomètres de la place de la Concorde à la place de l Etoile. Son tracé rectiligne s inscrit dans une longue perspective qui s étend du Louvre à l arche de la Défense. Cette avenue a survécu à beaucoup d événements tragiques, a été témoin aussi des guerres, de l Occupation allemande qui battait son pavé, de la fureur des éléments, inondation et incendie Parfois même moribonde, elle renaît à chaque fois, tel le Phénix, car elle exprime la vie à l image de la grande roue qui tourne, et que l on aperçoit au loin place de la Concorde. C est aussi cela, les Champs-Elysées! DES TERRAINS MARÉCAGEUX AUX LUXUEUX HÔTELS A l origine, les Champs-Elysées ne sont que des terrains marécageux et inhabités. Malgré des travaux d embellissement sous le règne de Louis XVI, l avenue est souvent décrite comme zone «torride et glaciale». Elle disloquait les roues des carrosses, éreintait les chevaux et anéantissait l infortuné piéton. Les Champs-Elysées ont eu longtemps
P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 Page 81 Dossier 103 Emspirit mauvaise réputation. Leur popularité ne décolle que sous la Révolution française. Ils prennent d ailleurs leur appellation définitive d «avenue des Champs-Elysées» en 1789. Le Directoire fait élargir l axe central, comble aussi caves et souterrains qui abritaient souvent des repaires de bandits, et des cafés élégants commencent à voir le jour. Le quartier devient un lieu de promenade très prisé, surtout le dimanche, mais peu sûr. La mairie en fait l acquisition en 1828. Elle l aménage avec la création des premiers trottoirs, des fontaines, sous la houlette de l architecte Jacques Hittorff, à qui l on doit aussi le dessin des réverbères toujours en place. Il apporte également sa contribution au réaménagement des jardins des Champs-Elysees. L arc de Triomphe est inauguré en 1836 et vient fermer l avenue. Il fait son entrée dans l Histoire lorsque Napoléon 1 er décide de l élever place de l Etoile pour magnifier la Grande Armée pour sa victoire à Austerlitz. A partir du Second Empire et de la Belle Epoque, le public vient de plus en plus nombreux dans les jardins. Et dans la partie haute, de luxueux hôtels particuliers se construisent, dont il ne subsiste aujourd hui qu un seul d entre eux : l hôtel La Païva, au numéro 25. Pendant plus d un siècle, toute la vie parisienne va se trouver concentrée entre la Concorde et le rond-point, qui fut un espace privilégié des cafésconcerts. Les attractions, les lieux de détente et de plaisir sont partout : panorama, cirque d été, théâtre Guignol, restaurant, mais aussi chevaux de bois, manège Les dimanches et jours fériés, camelots et saltimbanques y montent leurs tréteaux. C est aussi l avènement de Mistinguett et Paris était une fête. LE COMITÉ CHAMPS-ELYSÉES Au milieu du XIX e siècle, les riverains des Champs-Elysées ont décidé de prendre en main leur destinée. Dès 1860, ils constituent un comité informel mais très actif. Mais il faut attendre 1916 pour les retrouver réunis au sein d une association loi de 1901. Depuis son origine, et bien qu il ait changé d appellation plusieurs fois, le comité a été de toutes les batailles pour faire évoluer l avenue et maintenir le prestige de «la plus belle avenue du monde». Présidé depuis 2007 par Jean- Noël Reinhardt, successeur de Roland Pozzo di Borgo, le comité Champs-Elysées représente aujourd hui 160 enseignes. JEAN-NOËL REINHARDT Né en 1951, Jean-Noël Reinhardt est originaire de Strasbourg, une ville frontalière et une région qui lui correspond. Ancien journaliste sportif, il aime mener de front plusieurs activités dans un mélange d exigence et d épicurisme. Agréable et sympathique, d une intelligence pratique et concrète, il est observateur et réaliste. Doté d un physique imposant qu il ne cherche pas à mettre en valeur, il n a pas vocation de playboy, d ailleurs il ne se complique pas la vie. Amoureux de la mer, épris de liberté et d indépendance d esprit, d authenticité, avec une attirance innée pour la beauté et «la belle manière», Jean-Noël Reinhardt est doté d un grand sens des responsabilités. Il est père de trois filles LE SPORT A BEAUCOUP COMPTÉ POUR VOUS? Jean-Noël Reinhardt : Oui. Comme tout le monde, lorsque j étais jeune, j ai fait du sport. NON PAS COMME TOUT LE MONDE, PUISQUE VOUS AVEZ ÉTÉ CHAMPION Effectivement, j étais dans l équipe de France de natation de nage papillon, un peu par le hasard des circonstances. J ai commencé à m entraîner et à battre des records. Puis à partir de là, on est porté par un processus qui nous échappe un peu. QUE VOUS RESTE-T-IL DE CES EXPÉRIENCES? Très tôt j ai appris que l on pouvait obtenir des résultats si on s y préparait bien. J ai appris à gérer mes objectifs à distance, et à ne rien reprocher aux autres en cas d échec. Et finalement que j étais en charge de moimême. Mais ce n est pas à 20 ans que j ai compris cela, seulement quelques années après, avec le recul nécessaire. VOUS AVEZ ÉTÉ JOURNALISTE C est une aventure passionnante, j ai voyagé dans le monde entier, mais en permanence nous sommes le spectateur du fonctionnement du monde, et j avais envie d agir. ET VOUS AVEZ QUITTÉ L ALSACE Oui, par obligations professionnelles qui m ont conduit dans la région de Grenoble. Mais je reste attaché à mes racines, Strasbourg est une ville merveilleuse. C est une ville frontalière où l apport de ses deux cultures ouvre l esprit et donne un peu moins de certitudes. Ma mère me disait
P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 Page 82 toujours : «Je suis française, mes parents lorsqu ils sont nés étaient allemands, je suis donc rhénane!» Et pour moi c est toujours aussi important. LORSQUE VOUS ÉTIEZ CHEZ ADIDAS, VOUS AVIEZ UN MENTOR Non ce n était pas mon mentor, Horst Dassler était un patron excep - tionnel. Autant le journalisme a été un frein dans mes envies d agir, autant Adidas m a offert des possibilités. Cela a été très formateur, j y suis resté dix ans. Cet homme très puissant, qui ne fréquentait que des gens importants, était d une humilité rare. En 1995, j ai rejoint Virgin, je n y suis plus, mais cela a été une expérience forte dans ma vie professionnelle. LES CHAMPS-ELYSÉES REPRÉSENTENT QUOI POUR VOUS? C est Paris dans toute sa splendeur. D ailleurs, Roland Pozzo di Borgo, mon prédécesseur, avait compris la dimension historique et commerciale exceptionnelle de ce lieu magique qui relie la Concorde à l arc de Triomphe. Il a fait beaucoup pour les Champs-Elysées, et j ai été son vice-président pendant une dizaine d années. QUEL EST LE BUT DU COMITÉ? Représenter ses adhérents et aussi contribuer à ce que les Champs- Elysées restent un lieu populaire. Il ne faut pas oublier que les gens autrefois aimaient à se retrouver pour s amuser et danser. Il s agit aussi de perpétuer cette démarche en termes de beauté, de majesté, et de promouvoir son image prestigieuse. Nous sommes l interlocuteur de la Ville de Paris pour définir les manifestations et animations. ET POUR VOUS? L image de Paris et des Champs-Elysées vient d être diffusée dans le monde entier lors de l inauguration des illuminations de l avenue pour les fêtes. Et je trouve que notre rôle se situe finalement bien au-delà d une association de quartier. Par là, on rend service à la ville, et même au pays. C est une petite contribution, mais cela me séduit, peut être pas autant que le regard d une femme, mais cela me plaît bien. ////////////////////////////////////////////////////////////////////////////// EN REMONTANT LES CHAMPS Ce sont des visionnaires comme Louis Renault, installé en 1910, Louis Vuitton, initialement au 70 de l avenue en 1914, Marcel Dassault, qui a investi le rond-point en 1952, et Marcel Bleustein-Blanchet en 1957, qui ont contribué, chacun dans leur spécialité, à la renommée des Champs-Elysées. Certaines enseignes ont fêté allègrement en 2010 leurs 100 ans d existence sur l avenue, d autres existent même depuis plus longtemps ou ont disparu. Nous vous présentons quelques-uns de ces lieux mythiques qui font partie intégrante de l histoire et du patrimoine des Champs-Elysées. «Lorsque je ferme les yeux, raconte Edouard Lefebvre, délégué général du Comité des Champs-Elysées, ce qui me vient à l esprit c est mon premier CD acheté chez Virgin, ma première sortie cinéma avec ma marraine, ma première boîte de nuit, j avais 14 ans.» Et après réflexion, il ajoute : «Mon lieu emblématique reste l UGC Normandie.» RENAULT Depuis que l automobile existe, les Champs-Elysées ont toujours été sa voie royale. «Changeons la vie, changeons d automobile», clame Renault en 2010. Ou «Bien dans sa vie, bien dans son époque» Autant de slogans publicitaires qui ont marqué les périodes et les esprits. La publicité, «la réclame» disait Marcel Bleustein-Blanchet, est inséparable de Renault qui avait confié la totalité de ses budgets à Publicis, raconte Marc Grimaldi, un être dynamique et chaleureux, directeur de L Atelier Renault depuis sept ans, et dans la maison depuis vingt-cinq ans. Et en 1963, une collaboration de plus d un demi-siècle naît du slogan «C est Renault qu il vous faut!» Pionnier et visionnaire, Renault s installe sur l avenue en 1910. C est le premier constructeur automobile à s implanter sur l avenue des Champs- Elysées. Il devient rapidement un lieu stratégique et le premier magasin d exposition. Très vite, les constructeurs vont rivaliser de savoir-faire et d imagination pour présenter leurs plus beaux modèles. Situé au numéro 53, il devient le premier constructeur français d automobiles et ne se prive pas de l annoncer dans ses vitrines. En 1962, il devient un lieu à vivre avec le Pub Renault. A l origine, comme le souligne Marc Grimaldi, «l idée de Bleustein et de Renault, c était de proposer une restauration aux personnes qui venaient acheter une voiture. Ce fut un raz-de-marée et un événement considérable». Un lieu d exposition de voitures, mais aussi un endroit mythique très à la mode où la foule se presse pour déjeuner, dîner ou prendre un verre au bar, ou dans ces fameuses reproductions de voitures de collection capitonnées, sans oublier la carte des glaces qui fait fureur. La fréquentation annuelle était de 800 000 personnes par an, avec 1 200 voitures vendues en une année. Plus de trente ans après, L Atelier Renault voit le jour avec le slogan «Renault créateur d automobiles» et la création d un site d images, dont la finalité est de créer une relation chaleureuse entre les visiteurs et la marque. Et c est plus de 2 millions de visiteurs annuels en moyenne, trois fois plus que dans le pub. La fréquentation bat des records, dépassant régulièrement 20 000 visiteurs en une seule journée! «Et Lorsque je sors de mon quotidien, précise Marc Grimaldi, malgré mon attirance pour l Asie,
P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 les Champs-Elysées sont l un des deux visages absolus de Paris, avec la tour Eiffel, dont je ne saurais me passer.» Renault : www.renault.com LA GRANDE ÉPOQUE DU CLARIDGE Bien qu il ne reste plus grand-chose de la vie resplendissante de ce palace, transformé en appartements en 1970, un certain souvenir perdure au sein du groupe Frasers, qui a repris les lieux en 2006, et dont la fréquentation s élève à 80 %. Une façade classée de 32 mètres témoigne encore de cette grande époque. Le Claridge occupait une large place sur le trottoir de l avenue au numéro 74, à côté il y avait l immeuble Vuitton au numéro 72, et celui de Guerlain au numéro 68. Il s ouvre au moment où débutent les Années folles. Il faut s imaginer, précise un spécialiste, ce qu était le quartier de l Etoile les jours d arrivée de ces bateaux en provenance de New York. «Une foule indescriptible s agitait sur toute l avenue des Champs-Elysées où se mêlaient aussi porteurs et grooms des palaces avoisinants. La clientèle du Claridge était la plus cosmopolite, avec de riches Américains, lords anglais, Indiens, émirs arabes Et dans le salon à l heure du thé, les gens dansaient le charleston.» Il a dû fermer à plusieurs moments de son histoire, mais pendant plus d un siècle et demi, le Claridge s, avec le «s» de son écriture à la mode anglaise, accueillit les personnalités les plus célèbres du monde entier : de Georges Simenon, Clark Gable, Jean Gabin, Marlene Dietrich, Marcel Cerdan, Piaf à Mistinguett. Colette, dont la vie fut très tumultueuse, a occupé longtemps deux petites chambres sous les toits, qu elle avait fait tapisser de son fameux papier à fleurs et perroquets qu elle faisait venir d Angleterre. Des trois palaces qui existaient sur l avenue, il n en reste plus qu un seul en piste dans les années 1950. La guerre avait fait découvrir le jazz, et dès 1945 le thé dansant a repris les après-midi, et il n était pas rare de croiser Mme Edwige Feuillère au restaurant ou Marie Bell Comme l écrit Léon-Paul Fargue : «A New York, il y a au Waldorf Astoria un téléphoniste préposé spécialement aux habitudes, qui est la mémoire de ses clients : rappelant à l un l heure de son bain, ou l avertissant qu il pouvait ouvrir le journal qui ne comportait ce jour rien qui puisse le choquer» Et Fargue d ajouter : «Rien ne montre mieux que la vie d hôtel est la seule qui se prête aux fantaisies.» Le Claridge : paris-claridge.frasershospitality.com Page 83 LE FOUQUET S La grande aventure du cinéma passe par les Champs-Elysées, où l on retiendra des salles mythiques comme celle du Normandy avec ses 2 000 places, qui était en rivalité avec le Gaumont Palace de la place Clichy et ses 2 500 places. Francisé en Normandie, le grand cinéma a été démoli en 1967. Mais beaucoup de cinémas, de cafés et restaurants ont disparu aussi. Le George V, Le Madrigal et Le Fouquet s ont su résister aux tempêtes, et comme pour le Maxim s, un des haut lieux de mémoire, dont les murs vibrent encore de la présence illustre de ses hôtes, le Fouquet s demeure et reste le rendez vous du Tout-Cinéma. En 1930, c est le lieu de prédilection des acteurs de l époque, où Jean Gabin et Michèle Morgan se rencontrent, puis suivra la Nouvelle Vague avec Godard et Truffaut C est en 1899 que Louis Fouquet s installe au numéro 99 de l avenue, rachetant un estaminet de cochers situé à l angle de l avenue George-V. Il va alors créer un restaurant Le Fouquet s. A sa mort, le restaurant est repris par Léopold Mourier, qui deviendra le lieu de rendez-vous des propriétaires d écuries de chevaux, de machines à moteur Avant la Première Guerre mondiale, le Fouquet s est fréquenté par des personnages célèbres qui organisent de grandes fêtes. Pendant la guerre, le bar du Fouquet s devient le bar de L Escadrille, point de ralliement des ailes françaises. En 1976, l établissement est repris par Maurice Casanova et sa femme Nano, qui, avec leurs amis José Artur, Jacques Chancel et Georges Cravenne, décident d en faire un haut lieu du Tout-Paris. Ce qui donnera naissance entre autre à la soirée des Molières, des César et autres prix littéraires et culinaires. «Je travaille au Fouquet s depuis plus de vingt ans, raconte Stéphane Lemarié. Je suis rentré ici comme limonadier, j avais 19 ans. Non, moi ce ne sont pas les vedettes, mais ce lieu est magique, pas une seule fois je suis venu travailler ici à reculons.» Racheté en 1998 par le groupe Lucien Barrière, Le Fouquet s fait peau neuve après des travaux de rénovation. Il célèbre sa réouverture et son 100e anniversaire en 1999. Il tournera encore une nouvelle page de son histoire en 2006, avec la création de l Hôtel Fouquet s-barrière attenant au restaurant. Un palace
P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 Page 84 Fred Dupertuys Fred Dupertuys contemporain de 81 chambres et suites, dont certaines ont une vue sur les Champs-Elysées. Mais on ne raconte pas le Fouquet s, on le vit. Et comme le souligne l inimitable José Artur, qui a animé son Pop-Club sur France Inter, entre 22 heures et 23 h 30, depuis le Fouquet s où il avait pratiquement élu domicile pendant quarante ans : «Vous qui aimez la vie, vous êtes ici chez vous!» Le Fouquet s : www.fouquets-barriere.com LE LIDO On ne présente plus le Lido, qui a conquis ses lettres de noblesse dans le monde entier. Il évoque la féerie en strass et en paillettes, la beauté, le rêve Les Champs-Elysées et puis Paris! Mais il fut préalablement un lieu thermal, en 1928, avec ses canaux et gondoles, comme à Venise. D ailleurs, il était surnommé «la plage de Paris». Il devient l établissement que l on connaît en 1946, situé au numéro 78 de l avenue. Il déménage sur le même trottoir pour le numéro 116 bis en 1977, où il trouve toute la place dont il a besoin. Le Lido, c est au total 400 personnes, dont 80 artistes, sur une surface de 5 000 m 2. Avec ses deux spectacles par soirée, ses 1 600 à 2 000 clients par jour, ses 330 000 bouteilles de champagne par an, soit 900 par jour, c est le premier établissement à consommer du champagne. Les Bluebell mesurent en moyenne 1,80 mètre, auquel il faut ajouter 9 centimètres de talon et 50 centimètres minimum pour les chapeaux. Mais le plus important dans le costume, c est le string, précise la grande dame du music-hall, Mine Luc Pâris Barral Vergez, qui crée depuis trente ans les costumes de grandes dames, dont Joséphine Baker et Barbara C est lui qui supporte tout le poids du costume, des broderies et des plumes, pour un poids qui peut atteindre jusqu à 20 kilos! «A chaque costume, son string, taillé au millimètre près.» La revue Bonheur, mise en scène par Pierre Rambert, tient l affiche du Lido depuis 2003. Mais elle a un prix : 9 millions d euros, dont 3 millions pour les costumes. Champagne! Le Lido de Paris : www. lido.fr LE CINÉMA LE BALZAC : «LES CHAMPS-ELYSÉES, C EST MON VILLAGE» S il n en reste qu un, je serai celui-là! Telle pourrait être la devise de Jean- Jacques Schpoliansky, qui dirige le cinéma Balzac depuis trente-sept ans. Le cinéma, c est une affaire de famille depuis 1935. A chaque période de sa vie, Le Balzac a toujours eu une identité qui l a amené à évoluer constamment. Un peu timide, sympathique, bourré d idées, Jean-Jacques Schpoliansky est un amoureux du cinéma, de la musique et de gastro - nomie, qui sont ses trois points d ancrage depuis vingt-cinq ans. Mais c est aussi un chercheur infatigable, un découvreur de talents, quelqu un qui veut être utile et multiplie les initiatives pour préserver la culture et l équilibre du fonctionnement des Champs-Elysées, face aux deux grands géants UGC et Gaumont, et aux pressions immobilières. «Il y a eu jusqu à 65 salles de cinéma, aujourd hui il n en reste plus que 32. Mais je n ai pas le temps de m apitoyer, ou même de m enthousiasmer, je suis dans le mouvement. Ce qui m intéresse c est d apporter ma contribution avec le public pour que les Champs-Elysées conservent leur rang et soient toujours la plus belle avenue du monde. Mon ami Jean-Michel Ribes, au théâtre du Rond-Point, a coutume de dire : Avec Le Balzac, moi en bas, lui en haut, nous tenons les Champs- Elysées en tenaille!» Et il n en finit pas de résister, Jean-Jacques Schpoliansky, avec une détermination sans faille, et par la qualité de son répertoire, de son dynamisme et de son travail, il a su imposer sa griffe au Balzac, classé cinéma d art et d essai. «Lorsque j entends dire aujourd hui que les Champs-Elysées n ont plus d âme, cela me fait sourire, car c est faux. Il ne faut pas se fier à cette vitrine attrape-touristes, et être plus perspicace pour la trouver, car elle existe. Nous préparons un grand moment cinématographique, en février 2012 : une semaine de cinéma pour montrer que le cinéma c est encore mieux aux Champs-Elysées.» Jean-Jacques Schpoliansky reçoit dans un petit bureau rempli à ras bord de toutes sortes de souvenirs, livres, dossiers et projets. Ici, c est son fief, sa maison, son univers. S il est vrai que Le Balzac a une vie, Le Balzac c est sa vie! Le Balzac : www.lebalzac.fr
P102-107-Champs elysee 2.qxd:P102-107-Champs-Elysees 24/12/10 15:05 Page 85 Architectes : Michele Saee et Bruno Pingeot. Photo : P. Kozlowski. Frédéric Reglain LE DRUGSTORE PUBLICIS «J ai réalisé mon rêve d enfant, je suis arrivé aux Champs- Elysées et même au sommet des Champs-Elysées, à l Etoile!», écrit Marcel Bleustein-Blanchet. «Tu vas vendre du vent», lui disait son père. Mais il a fait bien mieux, puisqu il a ramené dans ses bagages de New York, un concept inédit en France avec un premier drugstore! Et c est tout en haut des Champs-Elysées qu il fut ouvert au public en 1962 : «Un endroit le plus luxueux possible, où l on puisse trouver le plus grand nombre d objets possible, aux plus bas prix possibles», ainsi s exprimait Marcel Bleustein-Blanchet. Et c est dans cet esprit qu est né le Drugstore. Du jamais vu, un lieu enchanteur, où en dehors des horaires traditionnels, et jusqu à 2 heures du matin, on puisse trouver l utile et le futile, sans oublier l essentiel, une pharmacie, des journaux et des cigarettes Mais aussi la «banana split» sur la carte des glaces! Comme le précise Claude Marcus, l un des neveux de Marcel Bleustein-Blanchet, ancien directeur de Publicis pendant vingt ans : «Les détracteurs de Marcel ont beaucoup contesté le nom de drugstore. Comment cela, quelle idée sacrilège, un drugstore en face du Soldat inconnu, vous n y pensez pas! Mais ce fut un succès énorme» Ce précurseur et homme de génie fonde Publicis en 1926, rue du Faubourg-Montmartre, avant d investir le numéro 75 de l avenue des Champs-Elysées. Ce local devenu trop petit, il finit par installer ses bureaux aux Champs- Elysées, au numéro 133, où se trouvait l ancien hôtel Astoria, où il bénéficie d une terrasse magnifique qui surplombe la capitale. «Je suis monté sur la terrasse et j ai regardé Paris. J ai compris que depuis quarante ans je n avais rien fait d autre que désirer être là à regarder les rues, les gens, le ciel et d avancer mètre par mètre dans cet endroit miraculeux pour m y accomplir.» Le «drug», comme on l appelait dans les années 1960, était aussi le lieu de ralliement, surtout le dimanche après-midi, des premières bandes de jeunes garcons, cheveux longs et pattes d eph, avec les mocassins de chez Weston ou chez Carvil, qui couraient les boums et dont l objectif était de réaliser le maximum d entrées dans une soirée. Jacques Dutronc l a mis en chanson dans Les Playboys : «J ai pas peur des petits minets qui mangent leur ronron au Drugstore» Et après l incendie qui a dévasté ce lieu mythique en 1972, un autre drugstore a vu le jour, au-delà des vicissitudes et du temps qui passe. Drugstore Publicis : www.publicisdrugstore.com Il est un endroit plein de charme et de poésie qu il convient de ne pas oublier : le théâtre de Guignol, le plus ancien à Paris. Situé dans les jardins des Champs- Elysées, c est un établissement modeste et une institution d une très longue tradition. Intemporel, égal à lui-même, à la fois léger et profond, cela fait deux siècles que Guignol, par la magie des masques et de ses reparties, comme s il éternuait les bons mots, fait rire petits et grands et séduit un large public. Fort de son franc-parler, frondeur et coquin, affublé de ses compères, ainsi que de son légendaire bâton, il égratigne par la force de sa langue universelle, et ses yeux brillent de malice. Il a plus d un tour dans son sac, notre Guignol, avec ses mimes et facéties drolatiques issues de la commedia dell arte. Il a gardé le rire en héritage et en bandoulière. C est ainsi qu il renoue aussi avec les traditions du Second Empire et de la Belle Epoque du bas des Champs-Elysées. Et bien qu il ait pris ses quartiers d hiver, longue vie à Guignol! Longue vie aux Champs-Elysées! Le Théâtre de Guignol : www.theatreguignol.fr Robert Doisneau