1 HISTOIRE DE ROYAN ET DE LA PRESQU'ILE D'ARVERT Par GUY BINOT. 1994 TABLE DES MATIÈRES Chapitre I Les origines, du mythe a la réalité 4 La presqu'île d'arvert dans la nuit des temps 4. Les trois siècles de Pax Romana 6. "Roianum", villa gallo-romaine 8. Les invasions barbares 10. L'empire Wisigoth 11. Francs et sarrasins 12. Les Vikings répandent la terreur 13. Les princes de Didonne fondent le château fort et le prieuré de "Rugianum" 14. La société féodale dans la presqu'ile d'arvert 17. Le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle 19. L'atlas d'el-edrisi 20. Chapitre II La chatellenie des Plantagenêts 21 Aliénor d'aquitaine 21. La "blanche parure" des églises romanes de la presqu'ile d'arvert 23. Les Montendre 26. Les Tonnay 27. Le roi Henry III Plantagenêt à Royan 29. "La comune de Roan" 31. Les Matha à Royan et les Preissac à Didonne 32. CHAPITRE III LA GUERRE DE CENT ANS 35 Foulques de Matha sire de Royan contre le Soudan De La Trau (1337-1355) 35. Le Prince Noir Edward de Woodstock en Aquitaine (1355-1372) 38. Le phare de Cordouan du Prince Noir 40. Les coutumes de Royan au temps du Prince Noir 41. Les trèves de Guienne (1372-1398) 42. Accord entre dame Louyse de Mastatz et Regnault VI sire de Pons (1398-1416) 44. Les Pons s'approprient Royan et Mornac (1416-1439) 46. "Pilleries et roberies" de Jacques de Pons. (1440-1453) 48. CHAPITRE IV LA SEIGNEURIE DES COETIVY 52 Le domaine royal retrouve la paix 52. Marie de Valois et Olivier de Coëtivy 53. La querelle des Coëtivy et des Pons sous Louis XI 54. Charles de Coëtivy 56. La triste histoire de Louise de Coëtivy dame de Royan 58. La "tres dangereuse ryviere de gironde" aux XV et XVI siècles 60. Portulans, grand routier et cosmographie 63. CHAPITRE V LA REFORME ET LES GUERRES DE RELIGION 64 Les luthériens d'arvert (1546) 64. La révolte des Pitaux (1546-1554) 65. Le port de Royan (1551) 67. L'implantation calviniste (1555-1562) 68. Les cinq premières guerres de Religion (1562-1576) 70. Les trois dernières guerres de Religion au temps de la Ligue (1576-1598) 72. Le phare de Cordouan de Louis de Foix (1582-1611) 76. "Place de seurete" huguenote sous Henri IV (1598-1610) 77. Pierre du Gua de Mons en Nouvelle-France (1603-1612) 79. CHAPITRE VI PLACE HUGUENOTE SOUS LOUIS XIII 82
2 Le gouverneur Candelay sous Louis XIII 82. La place de Royan à l'époque de Louis XIII (1622) 83. La rébellion de l'assemblée de La Rochelle (1620-1622) 85. Le grand siège de Royan par Louis XIII (1622) 88. Capitulation des Royannais et grâce royale 92. L'énigme du sac de 1623 par d'epernon 95. Dernières rébellions huguenotes et rasement de la vieille ville (1624-1631) 97. Les Croquants (1631-1643) 99. CHAPITRE VII BOURG PERSÉCUTÉ DU GRAND SIÈCLE 101 Troubles et Fronde (1643-1653) 101. Les premières décennies du règne personnel de Louis le Grand (1653-1681) 103. Les sinistres dragonnades du roi-soleil (1685) 106. L exode huguenot 108. La presqu'île d'arvert au temps de l'intendant Michel Bégon (1698) 111. Claude Masse géographe du roi (1695-1718) 114. Louis XIV érige Royan en duché (1707-1715) 116. CHAPITRE VIII LE SIECLE DES LUMIERES 118 Le duché de Royan sous Louis XV (1715-1733) 118. Le marquisat de Royan revient aux Montmorencty-Luxembourg (1737-1769) 121. L'activité maritime au siècle des Lumières 124. Le maréchal Jean-Charles de Senectère devient marquis de Royan. (1756-1771) 128. Le comte Henri-Charles de Senectère (1771-1785) 131. La maréchale d'armentières (1785-1789) 132. La tour de Cordouan de Teulère 135. CHAPITRE IX CHEF-LIEU DE CANTON DE LA REVOLUTION ET DE L'EMPIRE 137 1789 L'AN 1 DE LA LIBERTE 137. VALLET DE SALIGNAC PREMIER MAIRE REVOLUTIONNAIRE (1790) 139. LE MAIRE PROTESTANT DAULNIS DE PUIRAVEAUX ET L'AFFAIRE DU RIS DE VEAU (1790-1791) 141. ARRIVEE DU JACOBIN DANIEL RENAUD A LA MAIRIE (1791-1792) 144. LA REPUBLIQUE EST PROCLAMEE (1792-1793) 146. LE COMITE DE SURVEILLANCE REVOLUTIONNAIRE SOUS LA TERREUR. (1793-1794) 149. LA REVOLUTION S'EMBOURGEOISE SOUS THERMIDOR ET LE DIRECTOIRE (1794-1799) 152. BONAPARTE ET LE RETOUR A L'ORDRE (1799-1804) 155. L'EMPIRE NAPOLEONIEN (1804-1814) 157. LES SOUBRESAUTS DE L'AGONIE NAPOLEONIENNE (1814-1815) 161. CHAPITRE X LA NAISSANCE D'UNE VILLE DE BAINS DE MER 163 RAYMOND DE LABARTHE MAIRE DE LA RESTAURATION (1815-1818) 163. LE BATEAU A VAPEUR "LA GARONNE" (1818) 166. LES PREMIERS BAIGNEURS (1818-1820) 168. SUCCES DU SERVICE REGULIER PAR VAPEUR ET PREMIERES AMELIORATIONS (1820-1830) 169. LE RETOUR DU DRAPEAU TRICOLORE (1830-1844) 173. PETITE VILLE COQUETTE MAIS UN PEU TRISTE SOUS LOUIS-PHILIPPE 174. CHAPITRE XI L'ETABLISSEMENT DU CASINO DE FONCILLON 177 LES DEBUTS DE L'ETABLISSEMENT DE FONCILLON (1844-1853) 177. UN CAPITALISTE, AIDÉ D'UN ANE TETU, CRÉE L'ARISTOCRATIQUE PONTAILLAC (1850-1875) 180. LE COMTE ALFRED DE LA GRANDIÈRE (1853-1863) 182. MICHELET VILLEGIATURE A SAINT-GEORGES DE DIDONNE (1859) 187. ARDOUIN ET LA FIN DU SECOND EMPIRE (1863-1870) 188. LA CLASSE MÉDICALE RÉGENTE LA BALNÉATION ROYANNAISE 190. FREDERIC GARNIER ET LES DEBUTS DE LA III REPUBLIQUE (1870-1875) 193. LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FER DE LA SEUDRE (1875-1880) 195. VICTOR BILLAUD ET LA GAZETTE DES BAINS DE MER DE ROYAN SUR L'OCEAN (1876-1880) 196. LE MASSACRE DES ROCHERS DE FONCILLON (1881-1884) 198. CHAPITRE XII LA STATION ARISTOCRATIQUE DE LA BELLE EPOQUE 201 L'AGE D'OR DU GRAND CASINO DE FONCILLON (1885-1895) 201. LE CASINO MUNICIPAL (1895-1899) 205. FREDERIC GARNIER ET LE ROYAN DE LA BELLE EPOQUE (1900-1905) 207. EXCURSIONS SUR LA COTE 210. EXCURSIONS DANS LA
3 FORET DE LA COUBRE 211. EXCURSIONS SUR LA SEUDRE ET DANS LA CAMPAGNE 213. LA FIN DE LA BELLE EPOQUE (1905-1914) 215. CHAPITRE XIII LA PERLE DE L'OCÉAN D'UNE GUERRE À L'AUTRE 217 LA GRANDE GUERRE DE 1914-1918 217. LES ANNÉES FOLLES (1919-1929) 219. LE DÉBUT DE LA CRISE DES ANNÉES TRENTE (1930-1935) 222. METADIER AMELIORE LA STATION AU MILIEU DES BRUITS DE BOTTES DE L'AVANT-GUERRE (1935-1939) 223. LA DRÔLE DE GUERRE (1939-1940) 226. L'EXODE DE MAI ET JUIN 1940 227. CHAPITRE XIV L'OCCUPATION ALLEMANDE ET LA DESTRUCTION DE ROYAN 229 L'INVASION DU 23 JUIN 1940 ET LES PREMIERS JOURS DE L'OCCUPATION 229. LES PREMIERES ANNEES PALES ET MAIGRES DE L'OCCUPATION (1940-1942) 230. LE MUR DE L'ATLANTIQUE (1942-1943) 234. "FESTUNG GIRONDE NORD" (19/1/1944-12/9/1944) 236. LA POCHE DE L'ATLANTIQUE (12/9/1944-18/10/1944) 238. LE GENERAL DE LARMINAT PREPARE "INDEPENDANCE" 241. L'EPOUVANTABLE ET INUTILE BOMBARDEMENT DU 5 JANVIER 1945 244. L'OPERATION "VENERABLE" ET LA LIBERATION 250. CHAPITRE XV LA VILLE RENAIT DE SES CENDRES 254 LA "VILLE CREVÉE" DE 1945 254. LES SEQUELLES DE LA GUERRE 255. LES PLANS D'URBANISME (1945-1947) 258. LA LONGUE PATIENCE DES SINISTRÉS (1947-1950) 260. LA DÉCENNIE DU MIRACLE DE LA RECONSTRUCTION (1951-1960) 262. L'ACHÈVEMENT DES TRAVAUX PRÉVUS AU PLAN D'URBANISME (1960-1965) 266. LES DERNIÈRES ANNÉES DU XX SIÈCLE 267. REFERENCES 271 BIBLIOGRAHIE 309 ANNEXES 313
4 CHAPITRE I LES ORIGINES, DU MYTHE A LA RÉALITÉ. LA PRESQU'ILE D'ARVERT DANS LA NUIT DES TEMPS. Les premiers hommes qui se fixent, plusieurs centaines de siècles avant notre ère, sur les terres jusqu'alors inhabitées de la presqu'île d'arvert sont des chasseurs nomades de la préhistoire venus à pied de lointaines régions et n'osant s'aventurer sur la mer. Ils sont séduits par ce plat pays au climat agréable dont la lumière subtile fait chanter les couleurs de la nature et chatoyer les eaux de la puissante Gironde et du fougueux Océan. Leur activité principale est la chasse avec des armes de silex taillé qui ont été retrouvées à Foncillon et au Pigeonnier(1). Ils améliorent l'ordinaire en cueillant des fruits, en pêchant et en ramassant des mollusques. Fort peu nombreux, n'ayant ni vêtements ni biens matériels, ce sont de parfaits naturistes qui s'intègrent parfaitement au milieu ambiant. Une dense forêt primitive recouvre alors la majorité des terres émergées, elle est composée principalement de chênes verts, auxquels s'ajoutent des pins maritimes dans les zones sablonneuses(2). Ces chasseurs primitifs sont éliminés vers 5000 avant notre ère par des envahisseurs qui introduisent la révolution néolithique avec l'agriculture mais aussi le feu, la propriété privée et la guerre(3). Venus de la Méditerranée orientale en passant par Gibraltar, nos anses offrent une excellente protection pour leurs pirogues. D'autres vagues d'immigrants déferlent, ceux de la civilisation des Matignons, puis de Peu-Richard, la grande civilisation préhistorique saintongeaise, vers 2800 avant notre ère. L'utilisation du feu permet de cuisiner mais aussi de créer des poteries décorées qui caractérisent chaque civilisation, par exemple celle de Peu- Richard a des décors oculés qui lui donnent une vague allure anthropomorphe. Après avoir défriché la forêt, par le feu et par la hache de pierre polie, ces agriculteurs cultivent l'orge, l'avoine et le seigle. Comme ils peuvent conserver leurs récoltes toute l'année dans les greniers, ils connaissent une sécurité économique inconnue avant et la population augmente. Leurs habitations sont des cabanes ovales, dont les fondations ont été découvertes, faisant 5 mètres dans leur plus grande largeur avec un foyer au centre. Par contre rien n'a été retrouvé des cabanes elles-mêmes en matériaux périssables, les murs sont faits de branchages ou de peaux et les toits en chaume ont une ouverture pour la fumée. Les villages, composés de 500 habitants au maximum, vivent en autarcie, et en cas de danger se replient sur des fortifications dont les traces subsistent à Barzan, Semussac, l'eguille et Cozes(4). Ces fortifications de plus de 150 mètres de diamètre, protégées par des fossés de cinq mètres de large et deux de profondeur avec des portes fortifiées en pinces de crabes. A Barzan, on a retrouvé leurs squelettes de petits méditerranéens graciles et, à Semussac, des ossements humains dispersés dans les fossés préhistoriques indiquent que cette société hiérarchisée a déjà inventé la guerre(5). C'est sans doute à cette période troublée qu'ont été creusés les souterrains-refuges qui permettent de se protéger ou de s'enfuir en cas de danger, ces "trous à lapins" signalés à Saint-Palais, à Vaux et à Royan(6). Beaucoup de ces villages fortifiés néolithiques ont été découverts grâce aux recherches
5 d'archéologie aérienne de Jacques Dassié qui a survolé et photographié des centaines de sites. Des différences de couleurs, sous certaines conditions, permettent de découvrir au milieu de la végétation des champs les traces des anciennes constructions humaines. Malheureusement cette méthode n'est pas valable au-dessus des zones urbanisées de Royan ou au-dessus des régions boisées. Les dolmens signalés à Arvert, Meschers, Barzan et aux Combots, ont disparu car les autorités religieuses les ont fait détruire lors de l'instauration du christianisme, puis à nouveau sous Charlemagne. La légende voulant que ces dolmens recouvrent des veaux d'or, les habitants les ont souvent brisés pour chercher cet or, ce qui a valu à celui de Chaillevette le délicieux surnom de Crève-Sot car, bien entendu, les malheureux habitants se sont fatigués pour rien(7). C'est sans doute l'un de ces dolmens qui est signalé "vers Royan" au XVII siècle et décrit comme un "vieil mozolée dans un bois que les païsans du païs disent ignorament avoir esté basti par les fées"(8). De nouveaux envahisseurs, les Ligures, vers 1800 avant notre ère, créent au port de Meschers un centre important de fonte et de moulage du bronze(9). Puis les Gaulois, peuple celte de l'âge du fer arrivent de Germanie vers 800 avant notre ère. Ils sont grands, 1,80 mètre d'après une tombe découverte près de Meschers(10). Une de leurs tribus, celle des Santons, se fixe entre Gironde et Charente et donne son nom à notre province, l'archéologie aérienne met en évidence leurs champs d'enclos rituels de cercles funéraires et des fossés à Breuillet, Médis, Saint-Sulpice et Belmont(11). Des ateliers d'extraction du sel par évaporation de saumure dans de minces récipients d'argile soumis à l'action du feu ont été découverts à Chaillevette et à Saint-Augustin(12). Tout confirme l'intense peuplement de la presqu'île d'arvert par les Gaulois qui cultivent le blé et, avec une laine grossière, fabriquent des pélerines aux capuchons pointus, les cuculles, sans doute teintes en bleu indigo par une plante locale, le pastel. Julien-Labruyère cite Royan, avec Meschers, Le Fâ et Barzan parmi les ports girondins celtes(13). S'il y a eu un petit port pour quelques barques à Royan, où l'on a retrouvé des outils et des armes gauloises, nous en ignorons tout même le nom, mais cela aurait fait plaisir à notre historien local Paul Dyvorne qui, ne voulant pas faire mentir la célèbre formule "Nos ancêtres les Gaulois", voyait en eux les fondateurs mythiques de notre cité(14). Selon la plus récente étude sur notre littoral par Guy Estève, à l'époque gauloise au début de notre ère, le niveau de la mer est proche du niveau actuel et la presqu'île d'arvert beaucoup plus découpée avec de nombreuses îles et presqu'îles(15). Les promontoires rocheux du plateau calcaire s'avancent de plusieurs centaines de mètres au large, les rochers isolés comme la Roche aux Mouettes de Vallières et la Roche au Moine de Saint-Palais en restent les témoins, mais ces promontoires commencent à reculer sous l'effet de l'érosion des vagues, de l'infiltration des eaux de pluies et de l'action des mollusques lithophages qui rongent les rochers. Les plages de sable du littoral n'existent pas encore et les futurs marais sont de larges golfes marins que les alluvions vont assécher au cours des siècles, enfin la Seudre est un bras de mer large de 6 kilomètres. Georges Musset estime pourtant que c'est un lac d'eau douce qui a recouvert jadis le centre de la presqu'île d'arvert(16). Cette argumentation ne tient pas car on a retrouvé des bancs de coquillage, plantes marines, ancres et débris de bâtiments dans l'intérieur des marais près d'etaules et des Mathes(17). Quant aux ateliers gaulois d'extraction du sel de Chaillevette et de Saint-Augustin ils sont
6 forcément situés en bord de mer. Arvert, appelée "île d'arvert" au moment des guerres de Religion, a longtemps été un cas litigieux. Il s'agit d'une île pour Auguste Pawlowski(18) mais aucune analyse géologique ne confirme cette thèse. C'est pourtant aussi l'opinion de l'abbé Lacurie puisque, selon la tradition populaire, les habitants de la région vont "en Arvert", comme ils disent "en Oleron"(19). La réponse est fournie par le sous-préfet Le Terme pour lequel Arvert est tout simplement une île à cause du chenal de la Maire à Chaillevette, il ajoute d'ailleurs que, si le canal prévu entre la Seudre et la Gironde s'effectuait, on aurait "une nouvelle île fort importante de toute la portion située à l'ouest de cette jonction"(20). Par contre, on ne peut rien savoir de précis sur les îles d'armotte et d'antros signalées au large de la Gironde. Armotte, dont personne ne connaît l'emplacement aurait été séparée du continent par un pertuis face à Arvert, mais pour Guy Estève, s'il existe bien un très important dépôt de sables dunaires le long de l'océan, rien ne prouve qu'il ait été entièrement séparé du plateau calcaire(21). Quant à Antros, qui va diminuer peu à peu pour devenir l'îlot de Cordouan, elle est décrite par le Romain Pomponius Mela comme une grande île flottante au milieu de la Gironde paraissant suspendue au-dessus des eaux. L'abbé Lacurie explique cet effet d'optique par le fait qu'à basse mer elle se confond avec les rochers environnants alors qu'à marée haute elle se distingue nettement au milieu des flots et semble alors "comme élevée au-dessus des rivages et des hauteurs qui, peu auparavant, la dérobaient à la vue"(22). LES TROIS SIÈCLES DE PAX ROMANA. La richesse du pays des Santons attire une autre tribu gauloise, celle des Helvètes, qui décide de quitter les Alpes pour venir s'y installer. Mais César qui est déjà à Lyon décide, lui, de s'y opposer et c'est la guerre des Gaules. Le sort des Santons est facilement réglé par deux campagnes d'un de ses lieutenants, Publius Crassus, en 56 avant notre ère, d'ailleurs les Santons ne considèrent pas tellement les Romains en ennemis puisqu'ils les aident en leur fournissant des bateaux. Quatre ans plus tard ils soutiennent cependant Vercingétorix mais, la conquête terminée, acceptent docilement la domination romaine, d'autant plus que la pax romana, paix tout à fait exceptionnelle de trois siècles, permet à la Saintonge de connaître un extraordinaire développement économique. Paul Dyvorne raconte sur cette période la belle légende d'anchoine selon laquelle les Phéniciens avaient fondé un port dans l'île d'armotte au large d'arvert, appelé successivement Sanchionate, Anchionate ou Anchoine. A l'arrivée des Romains, les Gaulois d'anchoine pour avoir la protection des dieux contre les envahisseurs, font appel à Myrghèle la sorcière, la fada des Santons, prêtresse associée aux druides(23). Elle déclare que le dieu Teutatès exige un sacrifice humain, celui d'une vierge nommée Sylvane, dont elle est très jalouse, Sylvane doit en effet épouser un jeune homme dont Myrghèle est, elle-même, amoureuse. En pleine nuit, au moment où l'ignoble sorcière va immoler la pure jeune fille sur un dolmen de pierre, dans une clairière entourée de hauts chênes, un effroyable raz de marée dévaste l'île d'armotte qui disparaît à jamais. Julien-Labruyère considère qu'il peut y avoir un fond de vérité dans cette légende qui serait due à la terreur ancestrale du peuple
7 d'arvert au Moyen Age, et non à l'arrivée des Romains, face à l'avancée des sables. La mort de Sylvane symboliserait la mort de la forêt, et le raz de marée représenterait la disparition de la terre arable par l'avancée du désert qui sera la conséquence du défrichement forestier moyenâgeux trop intense(24). Laissons la légende et revenons à la réalité. La presqu'île d'arvert n'a rien à voir ni avec les Phéniciens bien que les premiers agriculteurs soient venus, longtemps avant leur époque, de la même région méditerranéenne, ni avec les Troyens, dont l'origine a été évoquée à cause de la similitude des noms de Saintes et du fleuve Xanthe, de Didonne et de Didon, de Royan et de Troianus, troyen!(25) Les Romains développent la culture du blé, grâce à un défrichement sans précédent de la forêt, et introduisent des arbres fruitiers comme le cerisier, le poirier, le prunier et le noyer(26). Dans un pays de buveurs de bière, ils plantent les premières vignes grâce au cépage basilica venu d'epire. Le vignoble prospère si bien que les producteurs italiens s'émeuvent et l'empereur Domitien en limite la production, sans réussir à arrêter son essor car le vin local, résiné pour en améliorer le goût et la conservation, profite des tonneaux des charpentiers gaulois qui conviennent bien mieux pour transporter et conserver le vin que les amphores méditerranéennes(27). Les Romains sont les créateurs des salines en Seudre(28). Ils développent aussi les premières claires où l'huître plate, présente à l'état sauvage sur nos rochers depuis les temps les plus reculés, est cultivée et verdie(29). Cette richesse économique provoque un nouvel accroissement de la population avec des centres urbains florissants comme Mediolanum Santonum, Saintes, première capitale de la province d'aquitaine, qui sera remplacée par Bordeaux en l'an 70 de notre ère. Saintes est le centre d'un remarquable réseau routier décrit par l'abbé Lacurie. La route principale va de Mediolanum, Saintes, à Burdigala, Bordeaux, par le gué de Thaims sur la Seudre, Cozes, Théon, Arces, puis Novioregum, Tamnum et Blavia [Blaye]. Une autre route joint Novioregum à Portus Santonum, rejoignant la première route à Arces, puis allant vers Semussac, Médis et la Seudre. D'autres routes encore joignent Médis à Breuillet et à la forêt d'arvert, et Médis à Suzac(30). Aucune de ces routes ne passe à Royan. Les principaux sites romains sont Portus Santonum, le port des Santons, et Promontorium Santonum, le promontoire des Santons, cités par Ptolémée; Lamnum est signalé sur la table de Peutinger, copie d'un itinéraire antique; Tamnum et Novioregum sont eux mentionnés sur l'itinéraire d'antonin. La localisation de ces sites a fait couler beaucoup d'encre. La difficile localisation du Promontorium Santonum amène certains à situer le Portus Santonum près des Mathes ou près de Saujon, mais il semble plus logique de l'assimiler à la simple rade abritée du Pertuis d'antioche(31). De très nombreux auteurs ont estimé que Royan et Novioregum, dont les noms ont une vague ressemblance, ne font qu'un. En réalité Royan n'est sûrement pas Novioregum, d'ailleurs on n'a jamais retrouvé ni en ville, ni près d'elle, la moindre trace d'un port, de fortifications romaines ou d'une route importante. Il semble aujourd'hui certain que Novioregum est au Fâ sur la Gironde près de Talmont qui, malgré une vague ressemblance de nom, n'est ni Lamnum, ni Tamnum, situés plus au sud vers Blaye. Un article de la Gazette des Bains de Mer a même précisé que Novioregum était situé boulevard Botton, en oubliant totalement que l'emplacement de ce boulevard n'avait été conquis sur la mer qu'au milieu du XIX siècle(32). Le Fâ est un port, dont l'emplacement est maintenant un marais, ce qui laisse
8 mal deviner son importance à l'époque romaine quand il importe l'étain de Cornouailles et le cuivre d'espagne, et exporte les produits saintongeais comme le blé, l'absinthe, une liqueur composée de santonique et de fenouil appréciée jusqu'en Grèce, les matériaux de construction, les huîtres enlevées de leurs coquilles et marinées. Au-dessus du port se dresse le temple, fanum qui a donné son nom au site, dédié à la déesse-mère et dont il reste la massive plate-forme qui servira de base à un moulin, mais qui est alors surmontée d'un gracieux édifice circulaire à colonnes, lequel a disparu. Enfin il y a des thermes avec des bains chauds et des bains de vapeur dans un lieu richement décoré de mosaïques. Face à la mer s'éleve un théâtre avec ses gradins. Plusieurs entrepôts et un grand nombre de maisons s'éparpillent entre ces monuments publics(33). Des exploitations agricoles sont créées au début de notre ère pour accroître la production de l'empire. La fertile Saintonge est ainsi parsemée de villas, grands domaines agricoles appartenant à une classe de riches propriétaires, romains ou gaulois romanisés. Royan est l'une d'elles ainsi que des nombreux autres domaines dont les noms finissent en "ac", venant de "acus", c'est le cas de Mornac, peut-être la villa de Morinus(34). C'est aussi le cas de Pontaillac, autre villa appartenant à un nommé Pontilius, dont la métairie située alors au bord de la mer est l'héritière(35). On trouve aussi Suzac avec ses vestiges de douze colonnes d'une villa appelée Geriot selon Claude Masse(36). D'autres vestiges gallo-romains ont été trouvés à Vallières où la falaise s'étant écroulée en 1840 on a mis à jour des briques, des dalles de marbre et des fragments de mosaïques, les restes d'un temple à Vaux, une mosaïque à motifs géométriques dans la villa de Paterre près de Chaillevette, réinstallée dans l'ancien musée de Royan et détruite lors du bombardement de 1945, enfin des monnaies romaines au camp de Châtelard(37). "ROIANUM", VILLA GALLO-ROMAINE. Nous savons grâce à la toponymie, science qui permet de trouver l'origine d'un lieu par son nom, que "Royan" date de la période gallo-romaine, il est formé du nom du propriétaire suivi du suffixe latin "anum", forme plus savante, plus romanisée, que "acus" qui sert pourtant aussi à désigner un domaine. Il n'est guère facile de deviner le nom de famille originel qui s'est perdu. Le dictionnaire des noms de lieux choisit Roianum, comme il est le plus proche du nom actuel, c'est celui que je vais arbitrairement employer, et dans ce cas il s'agit donc de la villa d'un romain, ou d'un gaulois romanisé, nommé Roius, ou mieux Caius Julius Roius(38). C'est sous cette forme qu'il figure encore dans certaines chartes moyenâgeuses(39). La création de cette grande exploitation agricole, avec son petit port de pêche et de cabotage, n'exclut nullement qu'elle soit fondée près de l'emplacement d'un ancien petit port de pêche gaulois, ce qui est fort possible à cause de la pérennité des sites. La villa est soit habitée par son propriétaire, soit la maison de campagne d'un riche bourgeois d'une ville de la contrée, et dans ce cas dirigée par un régisseur. Une villa est toujours construite près d'une voie romaine, or une telle voie passe à Médis. Sa superficie moyenne est de cent hectares, un kilomètre carré, dont la plus grande partie reste en forêt, les cultures n'en représentent que le tiers environ, et on y éléve aussi du bétail(40). Le propriétaire, romain ou gaulois romanisé,
9 est un homme riche qui a tous les pouvoirs dans son domaine lequel compte une cinquantaine d'habitants avec les esclaves qui assurent surtout le service de la villa et des colons gaulois, libres mais entièrement dépendants de lui, auxquels est confiée la majorité des travaux agricoles(41). Roianum, comme toute villa, est un grand édifice rectangulaire au toit de tuiles rouges. La façade, ornée de simples colonnes rondes et orientée au sud, donne sur un grand jardin orné de fontaines à mosaïques et de statues des dieux. Ce jardin est suivi d'une cour purement agricole. Les piéces de réception sont richement décorées de peintures et de mosaïques, ainsi que les thermes où les Romaines prennent leurs bains, sans doute dans le plus simple appareil car le nudisme est tout naturel avant les interdits de la morale chrétienne. Ce riche intérieur romain contraste avec le sobre extérieur gaulois des bâtiments de la ferme, aux murs massifs et aux petites ouvertures. Roianum est une villa du même genre que le Pagus Noverus du célèbre poéte régional Ausone. Certains auteurs ont situé par erreur la villa d'ausone à Royan, mais elle était séparée de Bordeaux par trois fleuves, ce qui ne peut convenir au site royannais(42). Un historien, peu aimable, n'hésite pas à expliquer que "la description enchanterese d'ausone" ne peut concerner "une côte sablonneuse, battue des vents en hiver, en été brûlée du soleil"(43). Il est intéressant de rechercher l'emplacement de Roianum. Je pense que la villa est construite en un lieu proche du château de Mons actuel, au milieu de la pente du plateau de Saint-Pierre qui est alors un rivage marin et la mer pénètre encore profondément dans un golfe que Pawlowski appelle(44) le "golfe de Belmont", lequel comprend aussi bien les futurs marais de Belmont et de Pousseau que celui du vallon de Font de Cherves, l'actuel boulevard Aristide-Briand, qui est à l'époque antique une anse très abritée, un petit hâvre d'échouage naturel convenant parfaitement pour quelques barques à fond plat. Ces barques sont en chêne avec la proue et la poupe relevées pour mieux supporter la fureur des flots et les voiles, afin de résister aux vents du large, sont en cuir "faites avec des peaux tannées et assouplies" comme le précise César(45). Ce port pratique le cabotage et la pêche, une activité secondaire pour les paysans qui n'y consacrent que quelques semaines par an à la belle saison. Le poisson, trop périssable, doit être consommé sur place, même s'il s'agit de baleines, fréquentes alors, puisque sous Tibère 300 d'entre elles s'échouent sur la côte d'arvert(46). Le plateau de Saint-Pierre est proche de la source de Font de Cherves, et une source abondante est la première nécessité pour une telle implantation agricole. Font de Cherves, en patois saintongeais, veut dire la fontaine de la chènevière où se cultive le chanvre, et le ruisseau auquel elle donne naissance rejoint très vite la mer au port, où est le marché actuel. Enfin, c'est près de là que l'église paroissiale Saint-Pierre de Royan a été érigée, or un tel édifice religieux a sûrement été bâti sur l'emplacement de la première chapelle construite vers le IV siècle par l'occupant de la villa quand le christianisme s'implanta, et naturellement il aura mis sa chapelle dans son terrain sur un emplacement sacré, dolmen, autel druidique ou temple romain, car les hommes ont toujours prié aux mêmes endroits depuis les temps les plus reculés(47). Les autorités ecclésiastiques apportèrent leur soutien à cette tradition, espérant ainsi neutraliser les vieilles superstitions toujours chères aux coeurs des paysans. Le coteau de Font de Cherves semble donc bien convenir à la villa Roianum d'autant plus
10 que s'il n'en reste aucun vestige, c'est près de là qu'ont été découverts vers 1846 des bains romains que malheureusement le propriétaire fit combler afin de se soustraire à la visite des curieux(48). C'est sur ce coteau qu'en 1894 on a découvert deux cippes, des stèles funéraires, dont une seule subsiste après le bombardement de 1945, avec une magnifique ascia, une herminette, sculptée sur sa face(49). C'est aussi près de Saint-Pierre qu'en 1903 un sieur Elie Léger a trouvé des pierres, des charbons de bois, des tuiles, des carreaux rouges et des pièces de monnaie de l'empire romain(50). Enfin, dans son étude sur le château de Mons, Frédéric Chasseboeuf mentionne l'existence d'anciens murs de fondation d'environ 90 cm d'épaisseur qui furent malheureusement détruits(51). Ce site est protégé des vents dominants par la forêt qui s'étend alors sur Foncillon, comme sur toutes les autres falaises environnantes. En outre le site de Mons est très beau. Voici comment Paul Dyvorne estime que le noble personnage venu s'y fixer a été conquis par les charmes d'un lieu d'où la vue s'étend jusqu'à Meschers: "Devant le magnifique panorama qui s'offrait à sa vue il s'est dit qu'on ne pouvait que vivre heureux sous un tel ciel, devant une mer tranquille et berceuse, dont les flots baisaient avec indolence les sables abrités par des chênes séculaires dont le chant montait jusqu'au plateau"(52). LES INVASIONS BARBARES Après trois siècles de Pax Romana des troubles graves sont signalés lors du premier raid des Francs en 256 suivi des ravages des bagaudes, bandes de paysans désespérés, pourtant ce raid franc est maintenant très contesté car il ne semble pas avoir touché la Saintonge(53). Même si l'économie se développe grâce à la culture de la vigne quand l'empereur Probus en 276 abolit le décret en restreignant le développement en Gaule, la paix romaine est remplacée par une période d'insécurité qui ouvre la voie à sept siècles d'apocalypse barbare quand les redoutables pirates saxons rôdent au large et attaquent les côtes de la Gironde. La villa Roianum a bien des chances d'être alors pillée et pour se protéger elle doit se transformer en une véritable forteresse, d'ailleurs un historien du XVIII siècle déclare que Royan fut à l'origine "une tour bastye par les Romains sur le bord de la mer contre les pirates"(54). Dès la fin de l'été 408, les grandes invasions germaniques déferlent sur la Gaule. La Saintonge, entre les montagnes du Massif Central et la mer, est un lieu de passage obligé pour les Barbares, les Vandales qui ne sont peut-être pas passés le long de la côte, les Alains, les Suéves et les Wisigoths, qui tour à tour dévastent la contrée. Ces invasions sont celles de peuples en marche, de guerriers vêtus de peaux de bêtes, souvent à cheval, et accompagnés de tout leur cheptel et de chariots où sont entassés femmes, enfants et vieillards. Les Barbares mettent à sac l'aquitaine et ne s'arrêtent que lorsqu'il n'y a plus de richesses à emporter, il est certain qu'ils ont pillé et détruit Roianum. Les Saintongeais s'enfuient à chaque passage des pillards pour se réfugier dans la forêt ou les trous à lapins, dont l'un relie Mons aux rochers de Foncillon(55). Pour juger de l'importance des destructions causées par les barbares germaniques, écoutons ce qu'en dit un écrivain local, Prosper d'aquitaine: "Si l'océan s'était répandu tout entier sur les champs de la Gaule, ses vastes
11 flots y eussent fait moins de ravages. Ni les châteaux de pierre, ni les forteresses accrochées au sommet des monts, pas plus que les villes situées au bord des fleuves n'ont pu arrêter la férocité barbare et la fureur de leurs armes. Nous avons tous enduré les derniers des malheurs. Chargé de lourds fardeaux, l'aquitain marchait, couvert de poussière, au milieu des chariots et des armes barbares"(56). L'EMPIRE WISIGOTH. En 414 les Wisigoths, excellents cavaliers, envahissent l'aquitaine qui est, d'après la Chronique bourdeloise du XVI siècle, "du tout ruinée" car "ils nespargnèrent ne le feu, ny le sang des habitans, ny autre chose quelconque sans y poser leurs sacrilèges mains", sacrilèges car ces barbares sont chrétiens mais de rite arien(57). L'empereur romain leur cède quelques années plus tard l'aquitaine seconde, afin de lutter contre les Vandales et les Alains que les Wisigoths expulsent effectivement de la Gaule. Maîtres du pays mais peu nombreux, ils conservent l'administration romaine, ne payent pas d'impôts et se font octroyer les deux tiers des principales terres. Ils agissent loyalement comme soldats de l'empire, leur roi Théodoric I est d'ailleurs tué en luttant contre les Huns d'attila. Le royaume wisigoth devient pourtant indépendant à partir de 462, quand un certain Namatius, responsable de la défense du pays, réussit à tenir en échec les pirates saxons qui continuent de rôder le long de nos côtes(58). Les Wisigoths s'assimilent vite la civilisation gallo-romaine et leur occupation d'une centaine d'années apporte à nos populations une paix appréciée. La villa Roianum a survécu a toutes ces destructions, mais a perdu son antique splendeur, elle doit maintenant ressembler à une simple ferme fortifiée au toit de chaume, et son port cesse toute activité car le commerce a disparu. Roianum retrouve une tranquillité relative en restant sans doute aux mains d'un aristocrate avec une population réduite composée de colons gallo-romains qui cultivent leurs propres parcelles, car l'approvisionnement en esclaves s'est totalement tari avec la disparition de l'empire romain. Les Wisigoths persécutent l'église catholique et dévastent les édifices religieux, c'est ainsi que M.D. Massiou, dans son histoire de la Saintonge, a raconté l'histoire de la chapelle catholique de "Reuntio villa", transformée d'après Grégoire de Tours en église arienne(59). Massiou identifie cette "Reuntio villa" avec celle de Royan, mais il s'agit d'une erreur, car la chapelle en question est en réalité à Rions, près de Bordeaux(60). D'après l'histoire de Royan rédigée par Léon de Beaumont, évêque de Saintes au XVIII siècle, notre port était fortifié dès l'an 419(61). Je pense qu'il a fait la même erreur en confondant Rions avec Royan, où il y a peut-être une tour de guet, mais qui reste dans un total anonymat durant l'empire wisigoth. Au milieu de tous ces troubles, l'église reste la véritable héritière de l'empire romain et le seul soutien des populations. Les Aquitains, aidés par leurs évêques opposés au culte arien, se tournent vers de nouveaux conquérants, germaniques mais catholiques, les Francs qui font un raid sur la Saintonge à la fin du V siècle. En 507, leur roi Clovis bat le roi wisigoth Alaric II à Vouillé et fonde le royaume franc.
12 FRANCS ET SARRASINS. Cette nouvelle conquête par des Germains, très barbares bien que catholiques, se fait durement sentir et, assez vite, les Francs sont regardés comme des oppresseurs, d'autant plus que l'aquitaine est ravagé par de terribles guerres civiles entre les Mérovingiens et connaît des famines. La coutume de Royan apparaît à l'époque mérovingienne, c'est une taxe perçue, au nom du roi, sur le vin transporté par les bateaux en Gironde(62). En plus de la pêche, toujours très saisonnière, le port devient donc un centre collecteur de taxes. Les Francs installés localement finissent par s'assimiler puis, comme le dit d'une manière si vivante la Chronique bourdeloise: "En 727, les Gascons et autres peuples de la Guyene ne pouvant plus longtemps souffrir la pusillanimité et fainéantize des Roys de France, eslizent Eudes pour Duc de Guyene, que Charles Martel prince des François range à son devoir, dequoi Eudes mal content appelle a soy et introduit en la Guyenne des Sarrazins d'espaigne"(63). Eudes et ses alliés sarrasins sont écrasés par d'autres sarrasins, ceux d'abd-er-rahman, lors de leur fameux raid vers le nord en 732, raid durant lequel ils pillent, incendient, et tuent les infidèles, ce qui amène une conversion rapide à l'islam de ceux qui veulent survivre. Au printemps, c'est au tour de Roianum et l'église Saint-Pierre a peut-être été transformée en mosquée. Mais les Sarrazins sont battus peu après par Charles Martel à Poitiers, lequel rechristianise aussi brutalement, et en profite pour attaquer ses alliés aquitains. Si la plupart des Sarrasins repartent en Espagne, quelques uns semblent rester dans notre contrée jusqu'à Charlemagne(64). D'après la légende, une petite colonie de Maures serait restée à Mornac dont une partie du village porte le nom de "quartier arabe"(65). Cela peut expliquer en partie les noms orientaux conservés dans la région, comme Cordouan et la Palmyre, par contre la tour d'angle Sarasin et la place centrale "appelée sarasine", du Royan moyenâgeux construit bien plus tard, doivent plutôt être des souvenirs des Croisades. Il faut neuf ans de luttes violentes au fils de Charles Martel, Pépin, pour se rendre maître de l'aquitaine en 768. Son petit-fils, l'empereur Charlemagne, très populaire en Saintonge, vient d'après la chronique de l'évêque Turpin, histoire ou légende du XIII siècle, en Arvert pour écraser les derniers Sarrasins d'aigolant restés sur place(66). Après avoir "occis tous ceux qui ne voulurent pas être Chrétiens", il apporte aux autres la paix et l'ordre de son administration en nommant un comte qui double l'évêque pour tous les problèmes civils et militaires, ainsi le territoire du comte de Saintes recouvre exactement celui de l'évêque. Charlemagne est signalé aussi à Suzac, où il fonde une chapelle dédiée à Saint-Romain, et à Mornac en 769(67). D'après ces chroniques de Turpin, à Saujon donné au "compte d'en Goulesme", puis en Arvert où "sen vinc Karles a Auseune et prit la, si la dona a Guarin et tote la terre d'arvert"(68). Ce Guarin semble le premier seigneur d'auseune en Arvert, qui n'est autre qu'anchoine, sorti ainsi de la légende pour entrer dans l'histoire. En 810 Charlemagne ordonne de construire des tours-forteresses à l'embouchure des rivières(69). La défense de la province est confiée à son représentant local, le comte de Saintes, et les habitants sont astreints à faire le guet sur les tours qui défendent la côte. Les paroisses se forment à cette époque et la dîme, impôt obligatoire pour la religion catholique,
13 est créée(70). L'église Saint-Pierre, dont le patronyme indique l'ancienneté, restera jusqu'au XIX siècle l'église paroissiale. Cette église, remplaçant la première petite chapelle édifiée au début du christianisme, est en bois et n'a ni cloche ni clocher. Pour annoncer les offices le prêtre hurle pour faire venir ses fidèles comme le ferait un muezzin, ou frappe une planche sonore ou encore sonne le cor(71). Les autorités ecclésiastiques décident de placer le cimetière près de l'église pour qu'il soit surveillé par les prêtres, afin d'éviter les danses magiques qui y sont faites pour le repos des morts, et d'extirper les pratiques païennes toujours si populaires dans nos campagnes, puisque païen et paysan ont la même étymologie. Le fils de Charlemagne, l'empereur Louis, donne en 814 la villa de "Miscariam [Meschers] avec ses maisons, ses édifices publics, ses terres, ses vignes, ses prés, ses forêts, ses pâturages, ses étangs, ses cours d'eau" au monastère de Saint-Seurin de Bordeaux(72). Villa est employé ici avec son nouveau sens de village dans lequel les paysans se regroupent autour de la maison du seigneur et de l'église. LES VIKINGS RÉPANDENT LA TERREUR. La première attaque massive des pirates Vikings, ou Normands, en Gironde a lieu au printemps de 844 sous la direction du fameux guerrier Ragnar Lodbrok, mais il est certain que des raids isolés ont commencé plus tôt car les restes d'un navire viking au Caillaud près de Talmont ont été datés de 830(73). L'arrivée sur nos grèves des premiers navires vikings, avec leurs voiles carrées et leurs proues ornées d'un dragon, tourne au cauchemar car leurs féroces équipages de guerriers massacrent la population, violent les femmes, pillent, saccagent, incendient et dévastent tout, particulièrement les villas, les églises et les monastères. Comme l'empereur achète leur départ à prix d'or, ils prennent goût à cette vie de rapines et reviennent plus nombreux dès le printemps suivant. Les moines enfouissent leurs trésors. D'après une chronique ceux de "Saincte Marie d'arvert", qui est "closa daigua" [entourée par les eaux], ont réussi à cacher le corps de Saint-Symphorien, ceux de Vaux, de "Saincte Sore" [Saint-Sordelin], de Mornac, de Cordouan, les trésors de leurs églises respectives, et ceux de "Talemont" le bras de Sainte-Radegonde, sous l'endroit où se tient le prêtre quand il chante la messe(74). Le mauvais temps se met aussi de la partie, lors du terrible hiver de 846, très long puisqu'il dure jusqu'en mai, 300 loups mangeurs d'hommes terrorisent les Saintongeais(75). Les Vikings reviennent presque chaque année au début de la belle saison mais ils restent tout l'hiver à la fin de 848, et une bande s'établit même à l'embouchure de la Gironde en 863. Pendant ces longues décennies ils mettent la Saintonge dans un bien triste état malgré l'action des comtes qui tentent de leur résister. Les régions côtières sont désertées tout comme les villes et les villages, il ne reste plus pierre sur pierre des grands domaines et des édifices religieux, quant aux survivants ils se cachent dans les forêts loin des côtes. Les Vikings subissent pourtant une défaite en 865 après de violents combats et on a retrouvé près de Vaux, à Saint-Sordelin, des tombes contenant des squelettes de guerriers normands(76). Un mémoire signale de nombreux "normands occis dans lez mons Darvert par le roi de Borgognie"(77). D'après un texte du XI siècle, lors d'un combat singulier Guillaume comte
14 d'angoulême, homme d'une force peu commune, coupe en deux Storm le roi des Normands, malgré sa cuirasse, par un seul coup de son épée nommée Cort forgée par l'artisan Galand ou Weland. Cela lui vaut de se faire décerner pour lui et ses descendants le surnom de Taillefer(78). C'est semble-t-il lors d'un combat contre le comte d'angoulême que Landri le comte de Saintes est tué en 866 et personne ne reprend ce titre après lui. Même l'autorité religieuse subit une éclipse puisqu'à la même époque l'évêque Freculphus disparaît, laissant l'évêché sans titulaire jusqu'à la fin du X siècle(79). Cela a de graves conséquences pour la Saintonge qui devient une terre passant de main en main par suite du manque d'une dynastie princière pour affirmer son identité régionale(80). Les attaques normandes s'espacent mais l'abbaye de Vaux est détruite par un de leurs raids en 881, d'après l'abbé Tonnellier(81). L'Aquitaine est encore ravagée en 889 et les derniers raids ont lieu au début du X siècle, siècle qualifié par Charles Higounet de "page blanche de l'histoire" saintongeaise(82). Leurs ravages ont été plus meurtriers et plus dévastateurs que les grandes invasions du V siècle, pourtant ils ont laissé des mots dans notre langue comme cingler, crique, quille, tillac, tribord et varech, et il est possible qu'ils aient introduit les premiers moulins-pivots sur nos côtes(83). Partout la forêt a remplacé les domaines cultivés qui, comme Royan, sont maintenant en friche. Nos populations restent longtemps terrorisées par ces sept siècles barbares qui ont fait régresser la région dans une complète anarchie où seule règne la loi du plus fort. Si le blond Guillaume, surnommé Tête d'etoupe, est le premier comte de Poitou à prendre le titre de duc d'aquitaine, il est trop éloigné et n'a aucun pouvoir dans la presqu'île d'arvert qui est presqu'indépendante(84). Constamment pillée et détruite, mais toujours reconstruite, Royan a survécu. Il faut dire que la reconstruction à l'époque est rapide, les maisons sont de pauvres cabanes de branchages fixées à quelques poteaux, entourées de pierres et couvertes de chaume ou de roseaux, comme à l'époque néolithique, si ce n'est qu'elles sont maintenant rectangulaires. Le logis du seigneur n'est qu'une maison un peu plus grande que les autres. LES PRINCES DE DIDONNE FONDENT LE CHATEAU FORT ET LE PRIEURÉ DE "RUGIANUM". L'an mil, avec ses frayeurs de fin du monde, marque en fait la fin des âges obscurs et le début d'une véritable renaissance avec la féodalité dominée par les nobles illettrés qui sont de redoutables brutes, de fringants cavaliers fortement armés sur leurs lourds étalons. Ils vivent exclusivement par, et pour, la guerre qui représente, d'après une statistique de François Julien-Labruyère, un peu plus de 10 % de cette période(85). Heureusement ces guerres tiennent plus d'un jeu brutal que d'une guerre d'extermination car les nobles n'ont aucun intérêt à anéantir la vie économique qui fait leur richesse et comme elles sont peu meurtrières, on note un fort accroissement de la population. Le représentant du pouvoir central, le comte de Saintes, a disparu et le comte d'anjou qui tente de le remplacer est en conflit violent avec le duc d'aquitaine, aussi le pouvoir réel est monopolisé par des familles nobles, des lignages, de propriétaires terriens locaux qui sont de véritables roitelets dont le pouvoir se transmet par voie héréditaire et qui doivent sans doute ces honneurs à leurs
15 courageux ancêtres qui ont délivré la Saintonge de la sanguinaire domination des Vikings(86). Les seigneurs de Didonne sont qualifiés de "principe", princes, ou "dominus", maîtres, et ils ont un pouvoir absolu sur tout le littoral girondin de Meschers à la Coubre et construisent un château fort avant 1050 à Didonne. Les deux familles de Talmont et de Mornac, qui se construisent également des châteaux forts à la même époque, se partagent le reste de la région. Tous ces châteaux sont construits sans aucune permission ni des puissants comtes du Poitou, ni du roi. Le premier membre sûrement connu du lignage des Didonne est Pierre qui se qualifie de "dei clementia dominus", seigneur par la grâce de Dieu. Marié à Hierusolina [Jerusalem], qui vît entre 1047 et 1067, il est le père d'hélie, dont nous allons longuement reparler, époux d'avitia [Avise ou Anicie], qui meurt vers 1098(87). Hélie a trois fils, l'aîné Gautier dit Gifard senior lui succède comme chef de famille, Gifard jeune meurt sans postérité, et le troisième, Hélie, semble fonder la branche cadette des Rioux dont nous retrouverons encore la descendance au XVIII siècle(88). Proche d'un ancien port situé sur un golfe qui s'est transformé peu à peu en marais, le château fort de Didonne n'est pas sur le rivage(89). Peu à peu les Didonne affirment leur pouvoir sur nos côtes en dédoublant leur châtellenie avec l'implantation dans la seconde moitié du XI siècle d'un second château à Royan, sans doute confié à un fils de la famille, afin de sauvegarder les droits formant la coutume de Royan qui est maintenant entre leurs mains (90). En effet, ils ont usurpé cette ancienne taxe royale pour couvrir les frais nécessités par la garde de l'embouchure de la Gironde(91). Ce château protège les vaisseaux et les équipages armés chargés de faire payer la coutume aux navires récalcitrants qui oublient volontiers d'acquitter cette taxe en passant au large. Il protège également les fonds importants perçus grâce à cette coutume, ainsi que les pêcheurs, qui ramènent souvent des baleines au port(92). Les habitants sont tenus de faire le guet pour surveiller la Gironde où rôdent de nombreux pirates(93). Les Didonne implantent aussi au bord de la mer un prieuré, dédié à Saint-Georges, autour duquel leurs tenanciers se regroupent bien qu'il soit situé à plusieurs centaines de mètres du château fort de Didonne(94). Cette époque est une période mystique et seuls les prêtres et les moines ont un réel contre-pouvoir face aux nobles. Au milieu d'un monde frénétique toujours en guerre, les moines noirs bénédictins représentent une force disciplinée, hiérarchisée, obéissante et calme, mais animée par un immense orgueil de caste pour leur ordre. Les abbayes et les prieurés sont des centres très influents à la fois religieux, éducatifs et surtout agricoles car ils possèdent également des terres, offertes par les seigneurs pour le repos de leur âme. C'est le cas à Vaux où l'abbaye est fondée en 1075 par Hélie de Didonne et les princes de Mortagne, dont l'un déclare qu'il veut "faire partie de ceux à qui le Seigneur a dit: Quiconque abandonnera sa maison ou ses champs, et tous les autres biens temporels en mon nom, recevra le centuple et possédera en plus la vie éternelle"(95). L'abbaye est exemptée de toutes charges et coutumes et dédiée à Saint-Etienne; Hélie lui donne tous les biens et tous les hommes qui lui appartiennent dans la ville et le territoire de Vaux, ne s'y réservant rien "excepté qu'en cas que quelque ennemi entrât sur ses terres pour les ravager, les bourgeois sujets de cette abbaye seroient tenus comme les autres de venir lui aider à deffaire et chasser cet ennemi".
16 C'est le cas aussi à Royan où le chevalier et le moine se trouvent associés dans le plus ancien document connu, véritable bulletin de naissance de notre ville qui la fait entrer dans l'histoire. Il s'agit d'une charte manuscrite retranscrite dans le cartulaire du XII siècle de l'abbaye de la Grande-Sauve ou Sauve-Majeure, Silva Major, de l'ordre de Saint-Benoit, abbaye créée près de Bordeaux en 1079 par frère dom Gérard qui deviendra plus tard saint Gérard(96). Selon cette charte, faite en présence de l'abbé Gérard, Hélie de Didonne, sa femme et ses enfants, fondent en 1092 un prieuré à Royan(97). Il est placé sous l'invocation de Saint-Nicolas, pieux évêque de Myre en Asie Mineure, dont la fête est célébrée le 6 décembre, et qui est réputé pour avoir aidé des prisonniers, multiplié la nourriture, et surtout sauvé des navires de la tempête, ce qui en fait le patron des marins. Le prieuré est tout à la fois un centre de prières et d'études, un gîte pour les voyageurs, et une entreprise agricole de défrichement. Les Didonne offrent, pour le salut de leurs âmes, les terres proches du château "où les moines de la Sauve bâtissent le prieuré Saint-Nicolas" et d'autres terres, des jardins, des vignes, un four banal, une maison, une ferme "auprès de la forêt appelée Castellars" avec les personnes qui y sont attachées, le fermier Julien et sa famille, puis une partie de cette même forêt avec "ses habitants", des terres arables et des vignes à Vallières et à Saint- Palais "au-dessus de la mer", puis les dîmes des moulins de Meschers, sans doute des moulins-pivots suspendus sur un axe vertical hérités des Vikings, une saline à "Briandel" et une terre dans l'île d'oléron. Ils concèdent aussi aux navires du prieuré l'exemption des droits du port de Royan. Ce don en "possession perpétuelle" est signé "in epso Rugiano castello" en présence de nombreux témoins dont l'épouse d'hélie de Didonne, Anicie, ses trois fils, Gautier, Gifard et Hélie, le prieur Herloy, un des premiers compagnons de dom Gérard mis à la tête du prieuré de Royan, ses moines, et Etienne, abbé et ermite de l'île de Cordouan(98). Ce document montre la pérennité des implantations humaines car on retrouvera des siècles plus tard les vignes de Vallières, les moulins de Meschers et les salines de Mornac. Il signale surtout que Royan a un château fort, castello ou castellum. La forme "Rugiano", venue du nom Rugianum, indique que la prononciation courante se rapproche de Rodjan'. Un château fort est alors un minuscule donjon en bois, recouvert de peaux de bêtes fraîchement écorchées pour limiter les risques d'incendie en cas d'attaque, construit sur une motte, une colline naturelle dont les flancs ont été avivés à mains d'homme. Ce donjon est réservé au seigneur, à sa famille et à ses hommes d'armes, son mobilier est des plus rudimentaire, un coffre pour les bijoux et les parchemins, une grande table, des bancs et un très grand lit, car l'usage veut que les invités dorment avec leurs hôtes. Tout autour s'étend une enceinte fortifiée, la basse-cour, protégée par des fossés et des palissades de bois, qui permet de regrouper les habitants de la paroisse en cas de danger. Ce château fort est situé sur la pointe rocheuse à l'est de Foncillon, au-dessus du nouveau port, à plus d'un kilomètre de l'église Saint-Pierre et donc de l'ancienne villa Roianum. Pourquoi Royan n'a-t-il pas été reconstruit au XI siècle sur l'emplacement de l'ancienne villa détruite par les Vikings? Pour une raison bien simple, pendant les siècles barbares où l'histoire humaine semble suspendue, la nature a continué son oeuvre et la mer s'est retirée du golfe de Belmont(99). Il est devenu le marais de Pousseau, qui est encore recouvert par la mer lors des grandes malines et dans lequel sont créées des salines(100). L'ancienne anse de Font de Cherves, au pied du coteau de Saint-Pierre est maintenant totalement asséchée,
17 aussi un nouveau port naturel a dû être trouvé et a provoqué le déplacement géographique de Royan. Sous l'autorité du prieur, le prieuré de Royan compte au moins trois moines vêtus de cuculles, de tuniques et de scapulaires, le tout de couleur noire(101). D'après d'autres chartes du cartulaire de la Grande-Sauve, les mêmes donateurs offrent aussi au prieuré de Royan toutes leurs terres et vignes que "l'on peut voir du côté de Vallières", un château fort près de Castellars, et les terres, aujourd'hui inconnues, de "Doria et Tosca". Ces donations provoquent des difficultés avec l'abbaye clunisienne de Vaux, suite à cette contestation, l'abbé de Maillezais, dont cette abbaye dépend, qui avait mis ces terres en gage doit les restituer à leurs légitimes propriétaires, les moines royannais(102). Un certain Guillaume Hélie, déclaré fils d'hélie mais dont la parenté n'est pas établie, fait à son tour un don au prieuré Saint-Nicolas dans des termes qui en disent long sur les moeurs du temps: "Moi, Guillaume Hélie, désirant beaucoup atteindre Dieu et n'ayant aucune qualité nécessaire pour mon salut, j'ai besoin de l'assistance de ses fidéles serviteurs. Parce que je recherche la rémission de mes péchés, je décide moi-même de concéder à Dieu et à ses serviteurs" des salines "libres de toutes fièvres" situées entre "Bruam" et Mornac. Enfin, Adélard de Mornac et son frère Gombault donnent l'ancienne église Sainte Marie de l'île en Arvert et la moitié de sa dîme au père Adémar qui en prend possession pour les moines bénédictins royannais(103). LA SOCIÉTÉ FÉODALE DANS LA PRESQU'ILE D'ARVERT. Tout comme à Royan, les alluvions ont modifié la géographie de la presqu'île d'arvert laquelle se rapproche de sa forme actuelle, si ce n'est le golfe du Barbareu, encore navigable, mais qui s'assèche peu à peu et communique avec la mer par la passe de Bréjat(104). La grande masse de la population est composée de paysans, de serfs, aux conditions de vie misérables, liés à la terre qu'ils ne peuvent absolument pas quitter. Cependant l'insécurité des époques passées permet à un véritable consensus social de s'établir; les paysans acceptent leurs dures conditions de vie, en échange de la sécurité donnée par le seigneur et par son château en cas de troubles et de guerres. Sans bureaucratie centralisée, le système féodal est un ordre social des plus curieux basé sur des liens personnels d'allégeance partant du bas vers le sommet et garantis par serments, et si stable qu'il va durer des siècles. Les nobles sont maîtres des terres et des gens. Ils possèdent tout le pouvoir, sont riches et le montrent en se réservant l'emploi exclusif des tissus de luxe et des bijoux en or et en argent. Ils ne paient pas d'impôts car ils versent l'impôt du sang pour défendre la société. C'est aussi le cas des religieux qui prient pour la communauté, et souvent les abbés et prieurs sont des fils cadets des lignages nobles. Les paysans doivent des corvées en nature et des redevances, comme la censive et l'agrière, sur les récoltes. C'est ainsi que les tenanciers d'arvert doivent porter leur raisin directement au pressoir du seigneur, ceux de Meschers doivent fournir la onzième partie de leur pêche au vivier du sire de Didonne et ceux de Vaux doivent apporter leur moisson sur l'aire de l'abbé et la vendange à ses cuves(105). La banalité est due par les paysans pour faire moudre leur grain et cuire leur pain, car le four, le moulin à eau ou à vent, coûtent cher et
18 seuls les nobles et les moines peuvent faire de tels investissements, et bien entendu ils veulent en retirer un bénéfice. C'est le cas des marais salants où l'on produit du sel négligé depuis les Celtes. Bernard Palissy dira que pour édifier ces marais "il a fallu plus de despence [travail] qu'il ne faudroit pour faire une seconde ville de Paris"(106). Ces prises des marais des rives de la Seudre sont faites sur les fonds argileux de vases gris-verdâtres des anciens golfes. Le sel de surface est un sel rose et fin, celui du fond plus important est gris mais devient neigeux sous le soleil. Conservé en tas, ou pilots, protégé par des joncs et de la paille, il est exporté pendant l'hiver à dos d'âne, le moyen de transport terrestre le plus usité, ou par des bateaux à fond plat, les allèges. Le sel de Saintonge est très apprécié pour sa qualité et, sur la rive gauche de la Seudre, le meilleur est le blanc de Liman récolté entre Mornac et l'eguille(107). Dans le territoire de l'abbaye de Vaux, les colons sont attachés aux terres concédées par l'abbé, totalement indépendant de la double châtellenie de Didonne, qui a droit de viguerie, de justice, et dispose d'un cachot. Les habitants et les prieurés versent des redevances à l'abbaye, ces redevances sont dues deux fois par an aux fêtes de la Saint-Etienne, celle d'été le 2 août et celle d'hiver le 26 décembre(108). Le règlement de l'archiprêtré d'arvert stipule que chaque mas dépendant de l'abbaye doit fournir, une fois par an, un homme pour bêcher les vignes, et un autre pour couper des bûches en forêt, ces hommes doivent être avertis deux jours avant, ils sont nourris et ne peuvent être employés à d'autres tâches. En plus, chaque mas doit fournir un roncin, une jument, un âne ou un mulet et son conducteur pendant une journée pour apporter les bûches à l'abbaye(109). L'abbé a aussi chaque année, dès le lendemain de Pâques, le monopole du commerce du vin pour deux mois et, si le vin se détériore, il est transformé en vinaigre(110). Dans leurs domaines agricoles, qui font de quatre à cinquante hectares, les moines font défricher de nouvelles terres en brûlant la forêt, c'est l'essartage(111). Ils cultivent principalement du blé, car la base de l'alimentation est faite de pain, de bouillies, de galettes et de soupes à la farine. Ils cultivent aussi des fèves et la vigne qui est alors rampante. Ils ont de nombreux vergers avec des pommiers et quelques noyers. Le défrichement est déjà trop intense et les sables commencent à envahir des terres au nord de La Tremblade(112). Cet humble village de sauniers a été créé par les seigneurs de Mornac qui ont fait défricher d'autorité par une vingtaine de serfs un simple bois de tremble qui a laissé son nom au site(113). Châtelains et abbés possèdent tous un vivier, ou gardour, aménagé sur des côtes basses gagnées sur la mer et entretenu par les corvées, celui du seigneur de Royan est situé en bordure du marais de Pousseau et du bois de la Garenne(114). Ceux de l'abbé de Vaux sont dans les marais au pied de son abbaye, de plus il a un droit de pêche dans l'étang de Saint-Augustin(115). Le commerce est très limité car chaque seigneurie vit en autarcie, les rares échanges sont ceux des marchés comme celui qui se tient près de Saint-Etienne d'arvert(116). La surface des champs est calculée avec de curieuses mesures. Le mas, d'une vingtaine d'hectares, est la superficie qui peut être labourée avec deux bœufs, il vaut donc deux bœufs. Le mas est divisé en deux borderies, chacune vaut donc un bœuf ou plutôt "la moitié d'une paire de bœufs", soit une dizaine d'hectares, puis le quartier vaut un demi-bœuf et le retail un quart de bœuf. Le paysan peut être un riche laboureur à bœufs qui utilise une charrue à
19 roues, ou un pauvre laboureur à bras qui reste fidèle à la légère araire et est parfois aidé d'un âne ou d'une vache étique(117). Les paysans élèvent de nombreuses petites poules noires, car une partie des redevances de l'abbaye de Vaux est composée d'œufs, des canards, des moutons et des vaches qui vaquent dans les jachères. Malgré ces quelques vaches, la Saintonge n'est pas un pays de beurre, la cuisine se fait au saindoux et à l'huile de noix. D'ailleurs l'élevage, en dehors de celui des porcs, est secondaire, mais il faut des bœufs pour les labours, des ânes pour le transport, et quelques chevaux et vaches, lesquelles doivent être envoyées, contre redevance, au seul taureau seigneurial. La forêt de Salis, ou Satis, encore importante en Arvert, est indispensable comme réserve de bois et lieu de récolte du miel, la seule substance sucrante, et de la résine. Par droit de panage, l'élevage des porcs, noirs à moitié sauvages et mâtinés de sangliers, y est autorisé, c'est ainsi que l'abbesse de Saintes peut envoyer mille porcs pour une glandée d'un jour en forêt de Salis, ils sont simplement lâchés pour manger des glands sous la surveillance de porchers, souvent de jeunes garçons. L'abbesse peut également retirer "autant de glands que deux hommes pourront en porter", et peut maintenir toute l'année dans cette forêt "un oiseleur, le plus habile homme de cette même terre qu'elle pourra trouver pour lui prendre des oiseaux". Le bois est indispensable pour cuire les aliments, construire et chauffer les maisons, mal fermées et sans vitres, et pour s'éclairer avec des torches résineuses. Cette intense consommation est réglementée, c'est l'affouage accordé par le seigneur pour le "bois mort et mort bois". Le "bois mort" a le sens actuel de bois que l'on ramasse, le "mort bois" est l'ensemble des espèces mineures et peu utilisables qui tapissent le sol de la forêt, même si elles sont vertes et sur pied. Le seigneur se réserve le droit de chasse "avec chiens, furets et rets [filets] et de toute autre manière", sur certaines parties interdites qui sont les garennes comme celle de Royan, les Epeaux et les défens comme le bois de Deffens cédé à l'abbaye de Vaux et qui prendra le nom charmant de bois des Fées. Si la forêt reste un lieu de refuge en cas de danger, c'est aussi un repaire pour les loups, les monstres, les brigands de grand chemin et les sorciers. Une curieuse tradition, bien proche de la sorcellerie, est la mascarade d'inversion du 1 janvier, dite fête de l'âne car on amène un âne devant l'autel pour un simulacre de messe, où chacun se déguise à l'inverse de ce qu'il est, hommes en femmes, enfants en vieillards, et plus étonnant encore curés en diables. LE PELERINAGE DE SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE Royan n'est nullement coupé du monde car de nombreux pèlerins se rendant à Saint- Jacques de Compostelle y transitent. Ce vagabondage sacré se développe au XI siècle par des chemins terrestres qui sont autant d'itinéraires commerciaux car les pèlerins attirent les marchands(118). Royan n'est pas sur l'itinéraire le plus important, le quatrième, qui va de Paris à Compostelle par Poitiers, Saint-Jean d'angély, Saintes, Blaye et Bordeaux, mais il n'en est guère éloigné(119). Il existe également un itinéraire secondaire appelé la voie littorale qui suit les Landes en partant de Soulac lieu de pèlerinage célèbre(120). En principe les pèlerins
20 rejoignent cette route littorale depuis Saintes en s'embarquant à Talmont, c'est également le cas des pèlerins anglais ou bretons qui arrivent de La Rochelle en passant par Saujon. Mais avant le milieu du XII siècle, quand La Rochelle n'existe pas encore et avant la construction de l'église Sainte-Radegonde de Talmont par la puissante abbaye de Saint-Jean d'angely, un certains nombre de pèlerins et de marchands passent par Royan(121) qui est le chemin le plus direct et un gîte d'étape comme tout prieuré de la Sauve(122). Plus tard Royan reste une route secondaire pour pèlerins pauvres moins onéreuse que Talmont, car la mode se paye comme pour les touristes actuels(123). Certains pèlerins marins préfèrent aussi rejoindre le port de Royan, pour remercier par un ex-voto Saint-Nicolas le patron des marins d'être sortis sains et saufs d'une dangereuse traversée puisque le prieuré est placé sous son vocable(124). Depuis Royan les pèlerins traversent ensuite la Gironde pour rejoindre le chemin terrestre à partir de Soulac. La Sauve, grand centre bordelais de ce pèlerinage, doit encourager ce chemin car elle tient solidement les rives de la Gironde avec deux prieurés, tous deux dédiés à Saint-Nicolas, l'un au nord à Royan et l'autre au sud à Soulac, sans parler de l'ermitage de Cordouan dédié à la Vierge(125). Les coquilles Saint-Jacques portées sur les manteaux des pèlerins décorent aussi les églises qui jalonnent les chemins de Compostelle, or une coquille figure sur la base d'une colonne de Saint-Pierre de Royan, et dans les deux églises de Breuillet et de Saint- Sulpice(126). Le guide du pèlerin du XII siècle signale que depuis la Saintonge "où le parler est rude", on rejoint le Bordelais en traversant un "bras de mer", ce bras de mer risque fort d'être la Gironde(127). L'ATLAS D'EL-EDRISI. C'est d'être sur le chemin de Compostelle qui a permis à Royan de figurer sur le magnifique atlas mondial d'el-edrisi qui utilise pour la France les itinéraires de Saint-Jacques. Selon Amédée Jaubert qui traduit cet atlas au XIX siècle, il est l'œuvre du géographe marocain Mohammed El-Edrisi qui joint les connaissances des arabes de Cordoue à celles des européens de la cour du roi Roger de Sicile pour lequel il travaille(128). Rédigé en arabe, terminé en 1154, il a nécessité une vingtaine d'années de travail; quinze ans de compilations sur les voyages, puis des études de longitudes et de latitudes, la fabrication d'une planisphère en argent, et enfin seulement la réalisation du livre. On peut donc penser que les informations utilisées datent des années 1130. Sous le chapitre intitulé "V climat, I section" qui concerne le sud-ouest de la France, figure Radjala ville "peu considérable qui dépend du Poitou, située sur les bords de la mer". Cette mer est "l'océan ténébreux où il n'existe absolument aucun lieu habité, et au-delà duquel on ignore ce qui existe" bien qu'à son extrémité "l'obscurité remplace le jour". Radjala à 50 milles de Saint-Jean d'angély, à une journée de Blaye, et à une journée maritime du "fleuve d'orléans" est, selon Jaubert, La Rochelle. Il reprend en cela la version latine de l'œuvre d'el-edrisi, publiée en 1619 par Gabriele Sionita, qui cite "Roscella"(129). Une autre étude de Charles Pellat partage la même opinion et signale qu'el-edrissi utilise des toponymes usuels(130). Cette localisation semble pourtant inexacte, La Rochelle ne commence sa fulgurante carrière pour remplacer Châtelaillon qu'après le démembrement de
21 cette dernière en 1131 et, à l'époque où les renseignements compilés, elle n'est qu'un "simple bourg ou village, habité de pauvres pêcheurs, gens de labeur et commun peuple"(131). Enfin et surtout, "Radjala", correspond beaucoup plus à Royan, alors appelé à peu près Rodjan' dans sa forme populaire et Rugianum dans sa forme érudite de la Gallia Christiana, qu'à La Rochelle, car il est écrit avec R-DJI-L, ou R-G-L d'après une traduction allemande(132). Le son "a" final, qu'el-edresi ajoute à de nombreux noms de lieux, est une pratique que nous retrouverons plusieurs siècles plus tard sur certains portulans qui mentionnent Roina, Roina et Ronna pour Royan. La mention "dépend du Poitou" peut surprendre mais, comme nous le verrons, le roi d'angleterre Henri.III annonce son arrivée en 1242 à Royan en Poitou et les maisons du Temple utilisent Poitou pour Aquitaine jusqu'en 1173(133). El-Edrissi a pour la France des descriptions vagues et imprécises, et des distances fort éloignées de la réalité, son "mille" fait environ 1,11 kilomètre puisque la circonférence de la terre est donnée pour 36.000 milles. Il situe Bordeaux à 12 milles de la mer, alors que ce port est à 64 kilomètres d'arcachon et à près de 100 kilomètres de l'embouchure de la Gironde. Radjala est signalé à une "journée maritime" de la Loire, ce qui est fort possible; à 50 milles de Saint-Jean d'angely pour une distance réelle de 72 kilomètres; enfin à une "journée" de Blaye, soit de 25 à 30 milles, alors que la distance réelle est de 82 kilomètres. Mais si cette dernière distance est fausse pour Royan, elle l'est encore plus pour La Rochelle située à 153 kilomètres de Blaye(134). Même si cet atlas n'est guère précis pour la France, c'est cependant un travail exceptionnel pour le XII siècle et une magnifique œuvre d'art. CHAPITRE II LA CHATELLENIE DES PLANTAGENETS. ALIENOR D'AQUITAINE. Lors d'un pèlerinage à Compostelle Guillaume X, comte de Poitiers et duc d'aquitaine, meurt subitement à 38 ans. Le duché d'aquitaine passe aux mains d'aliénor, sa fille unique âgée de quinze ans, dont les problèmes matrimoniaux vont marquer notre contrée pour des siècles. En effet la jeune et jolie Aliénor épouse Louis héritier du trône de France, âgé de seize ans, lui apportant en dot son duché avec la Saintonge. Les Didonne ont perdu leur hautaine indépendance et font maintenant partie de la mouvance des ducs d'aquitaine auxquels ils rendent l'hommage féodal, l'un d'eux figure dans la suite d'aliénor(1). Peu après Louis devient roi sous le nom de Louis VII le Jeune, mais le mariage, sans héritier mâle, ne tient pas et quinze ans plus tard il est annulé par l'eglise pour consanguinité. Aliénor, beauté épanouie de trente ans, s'empresse alors d'épouser le jeune Henri Plantagenêt comte d'anjou, qui n'a pas vingt ans, auquel elle apporte l'aquitaine, mais en oubliant de demander la permission de son suzerain le roi de France, lequel apprécie d'autant moins ce remariage qu'aliénor donne un fils à Henri. Quand le roi d'angleterre meurt sans héritier mâle, son petit-fils par sa mère, Henri Plantagenêt, revendique la couronne. Après avoir pris possession du duché de Normandie il est sacré roi d'angleterre, le 19 décembre 1154, sous le nom de Henri II. Il doit gérer un incroyable empire bicéphale morcelé en une
22 mosaïque de territoires avec des coutumes et des langues différentes. Empire ingouvernable et qui sera mal gouverné. Vassal du roi de France pour ses possessions sur le continent, Henri n'en est pas moins aussi puissant que son suzerain, et des guerres interminables vont opposer Capétiens et Plantagenêts. Il ne faut nullement voir une invasion anglaise dans ce passage sous la tutelle des Plantagenêts, c'est tout le contraire, ce sont les Anglais qui se retrouvent avec un roi angevin exclusivement francophone et dont les armoiries qui portent trois lions d'or, souvent décrits comme des léopards, sur fond de gueules sont issues de la Normandie. D'ailleurs, à cette époque, les questions de nationalité sont inexistantes, la seule chose qui compte est le lien féodal qui unit les hommes entre eux par des serments. Sous la sage direction d'aliénor l'aquitaine connaît une période de paix et de prospérité pendant laquelle un fructueux trafic maritime est inauguré vers les îles britanniques avec le sel saintongeais, indispensable pour conserver les poissons et les viandes, puis pour le vin qui envahit les tavernes londoniennes et y fait une rude concurrence à la bière anglaise(2). Le vin, peu alcoolisé et qui ne se conserve pas, est une boisson usuelle à une époque où l'eau est souvent polluée et où le poisson salé, utilisé pendant les longues périodes de jeûne, donne très envie de boire, et les paysans, même les femmes, et les moines en boivent facilement deux litres par jour. Ce trafic profite à Bordeaux qui voudrait bien dominer tout l'estuaire de la Gironde, mais aussi à la Saintonge qui connaît une forte expansion économique, un véritable âge d'or qui explique la floraison d'églises romanes couvrant notre région(3). Cet âge d'or est dû à la paix, une statistique de Julien-Labruyère indique que le pourcentage des années de guerre n'est qu'à 4 %, les plus belliqueux des seigneurs allant se défouler aux Croisades(4). Cela n'empêche pas certains historiens d'appeler cette période la première guerre de Cent Ans. Royan port de cabotage situé près des salines et des vignobles va en profiter largement pour se développer et s'enrichir, en outre sa coutume devient florissante. Les embarcations, héritières des navires normands, sont longues et basses avec des rames et des voiles carrées, leur faible tirant d'eau leur permet d'aborder facilement sur les plages(5). C'est sans doute, au terme du XII siècle, que la double ceinture de remparts, flanquée de tours, enclôt toute les maisons de la ville fortifiée autour du château fort, qui doit être reconstruit en pierre et de forme circulaire. Les maisons ont maintenant une charpente apparente, le colombage, et des murs de torchis, remplis d'argile et de paille. Le toit est recouvert d'essendres, petites tuiles en bois, et les ouvertures sont rares et fermées par une toile de canevas(6). Trompée ouvertement par son royal époux, Aliénor repart dans ses possessions poitevines. Avec son fils Richard, nommé duc d'aquitaine, elle soulève ses provinces contre son mari en 1173 mais est battue et passe seize ans en prison en Angleterre. A la mort d'henri II, elle retourne en Aquitaine alors en pleine prospérité et son fils Richard, devenu roi sous le surnom de Cœur de Lion à cause de ses prouesses à la croisade, continue son œuvre. Richard, élevé en France, est connu sous le nom de Richard le Poitevin car c'est un roi d'angleterre qui ne parle pas un mot d'anglais(7). La coutume du droit d'épave permet à un seigneur de conserver tous les navires échoués sur sa côte, et les naufragés sont officiellement protégés et secourus en particulier par des ermites qui sonnent la cloche ou allument des feux en cas de danger, comme c'est
23 certainement le cas à l'ermitage de Cordouan(8). Mais certains seigneurs poussent ce privilège un peu loin, ils tuent les marins échoués qui tentent de protéger leurs biens, et vont jusqu'à provoquer les naufrages en allumant des feux dans des endroits dangereux, durant les nuits de tempêtes, pour tromper les marins cherchant un refuge. C'est le cas du seigneur de Beauregard, véritable brigand, qui a un donjon en Arvert et provoque des naufrages au Groin des Bassées, un promontoire entouré de basses eaux dangereuses situé au nord de La Coubre, nom conservé dans une partie de la forêt appelée Roître des Bassets(9). Les Rôles d'oléron interdisent ces pratiques sous peine de châtiments cruels. "Ces manières de gens doivent être plongés en la mer tant qu'ils soient demi-morts, et puis les tirer, les lapider et assommer comme on ferait un chien ou loup". Si le seigneur est coupable "il doit être pris et lié à une esteppe au milieu de sa maison, et on mettra le feu ès quatre cornières de sa maison, et faire tout brûler et les pierres des murailles jetées à terre et là faire un marché pour vendre des pourceaux à tout jamais perpétuellement"(10). Ces Rôles ou Jugements d'oléron, attribués peut-être à tort à Aliénor, codifient la vie des gens de mer et des habitants des rivages puisqu'ils accordent aux riverains d'emporter le goémon qu'ils trouvent(11). Après la mort accidentelle de Richard, la couronne passe à son frère Jean Sans Terre, un parfait incapable, et la reine Aliénor meurt le 1 avril 1204. Peu après la disparition de cette femme lettrée, éprise de chevalerie courtoise, aussi fine politique que grande amoureuse, l'empire anglo-angevin s'effondre car le roi de France Louis VIII le Lion s'empare d'une grande partie du Sud-Ouest, dont la Saintonge. Les Plantagenêts conservent uniquement l'aquitaine mais reprennent rapidement la Saintonge qui devient une dangereuse marche frontière entre l'empire anglo-gascon des Plantagenêts et le royaume des Capétiens. LA "BLANCHE PARURE" DES EGLISES ROMANES DE LA PRESQU'ILE D'ARVERT. En quelques décennies, le sol de la presqu'île d'arvert se couvre d'une blanche parure de petites églises romanes, "trapues comme des châsses byzantines" selon Paul Morand(12), et qui sont autant de livres de prières où s'instruit le peuple illettré. Toutes ont un plan en croix très simple, une façade le plus souvent tripartite, une nef unique et un clocher carré central. La façade, directement inspirée des arcs de triomphe romains, possède un seul portail en arc sans tympan accompagné de deux petites portes murées. Cette façade est surmontée d'une arcature de petites colonnades, puis d'un pignon triangulaire qui cache la toiture couvertes en tuiles rondes. Royan possède deux églises, Saint-Pierre et Saint-Nicolas. Le cartulaire de l'abbaye de Vaux mentionne, vers l'an 1100, aux côtés d'hélie de Didonne, un Robertus qui est "Roianensis sacerdos", prêtre de Royan(13). Il doit officier à Saint-Pierre, église plus ancienne que Saint-Nicolas, puisqu'elle est l'église de la paroisse et devient prieuré avant 1227 quand un Hélie est "prieur de Saint-Pierre de Royan". Ce prieuré dépend de Saint- Vivien de Saintes selon la bulle du pape Boniface VIII en 1303(14). Reconstruite en pierre au XII siècle, il en reste quelques fragments réemployés dont une base de colonne ornée d'une coquille Saint-Jacques, elle reçoit son clocher carré au XIII siècle. La crypte, redécouverte en 1947, est un ossuaire carré avec une belle voûte retombant sur quatre colonnettes ornées de chapiteaux archaïques, vaguement inspirés de l'art ionique(15). L'église est orientée au sud-
24 est, direction du soleil au moment de la fête de Saint-Pierre le 29 juin et son cimetière attenant est situé devant le porche actuel(16). Brûlée durant les guerres de religion, complètement remaniée entre 1737 et 1745, rénovée après les bombardements de 1945, c'est le plus ancien monument de Royan. Le prieuré Saint-Nicolas de Royan dépend de la Grande Sauve à laquelle il doit un cens annuel de 10 sols pour le cierge de Saint Gérard. Guillaume de Tonnay et sa femme Almodis de Didonne font des libéralités au prieuré afin d'y célébrer chaque année la fête, alors toute nouvelle, de la Conception immaculée de la Très-Sainte Vierge, avec grand concours de prêtres et de luminaires; ils donnent aussi pour le bien-être des moines deux morceaux de chaque baleine reçue au port de Royan. Le seigneur de Mornac fait don d'un pêcheur chargé de l'entretien de la table des religieux. L'importance du prieuré est confirmée par une bulle du pape en 1237 autorisant la célébration des offices divins dans l'église Saint-Nicolas, à voix basse et sans sonner les cloches, alors que le pays est sous le coup d'un interdit général, c'est-à-dire qu'aucun office ne peut en principe y être célébré(17). Ce prieuré a complètement disparu, on l'a situé vers Vaux, au Chay ou aux Epérailles, sans doute parce que la charte de 1092 signale que les terres offertes sont près du castellum, donc près de la ville fortifiée en dehors des murailles, mais le terme castellum veut aussi dire château fort au XI siècle. En réalité le prieuré est à l'intérieur des remparts de la ville fortifiée puisqu'un prieur en 1589 mentionne "un four estant en la ville dudit Royan tenant d'une part a la rue rendant de l'église ou chapelle Saint-Nicolas a la porte de ladite ville" ainsi qu'une terre qui porte le nom de "bois de Saint-Nicolas"(18). Cirot de la Ville dans son histoire de la Sauve signale les jardins donnés par Hélie de Didonne "près du château même" et le prieuré construit "dans l'île de Royan", ce qui n'est pas clair mais doit vouloir dire dans l'enceinte fortifiée protégée par des fossés(19). C'est pourquoi aucun prieuré n'est mentionné près de Royan sur les cartes si détaillées de Claude Masse, ce qui aurait été le cas s'il avait été hors des murs. L'église du prieuré, petite sans doute puisqu'elle est qualifiée de chapelle, se trouve en fait vers Foncillon. La Gazette des Bains de Mer signale que lors de la construction du môle en 1899 on a trouvé sur la falaise des ossements humains, et qu'il en était de même quinze ans plus tôt, l'article conclut que le cimetière de la citadelle était situé sur la falaise de Foncillon, or ce cimetière ne pouvait être que celui de Saint-Nicolas car chaque église avait son cimetière attenant(20). En outre, après la destruction de Royan au XVII siècle, le fameux puits permettant de s'enfuir de la ville par la mer, s'écroule et se transforme peu à peu en un ravin, qui prend le nom de "creux Saint-Nicolas", comme l'attestent les plans du XIX siècle, on peut en déduire que ce puits aussi fait partie du prieuré et permet la fuite des moines, or une carte du XVIII siècle mentionne bien à cet endroit "port ou secour"(21). Quant aux champs ou aux sentiers appelés Saint-Nicolas, il s'agit des terrains appartenant au prieuré qui est une entreprise agricole. Le centre monastique le plus important de la presqu'île d'arvert est l'abbatiale bénédictine Saint-Etienne de Vaux, dépendante de Maillezais. Cette abbaye, fondée en 1075 par les seigneurs de Mortagne, est édifiée sur un emplacement où se sont succédés les cultes druidiques, un temple gallo-romain détruit par les Barbares et une chapelle détruite par les Vikings(22). Le chanoine Tonnellier a découvert, par estampage sur l'astragale d'un chapiteau montrant deux guerriers, baptisé "Le sac de Vaux", une inscription latine gravée, et
25 maintenant devenue quasi-invisible, qui dit: "Les Vaux brûlés et rasés par les Barbares" avec la date de 881. Les sculpteurs romans ont donc voulu conserver le souvenir du dernier sacrilège des Vikings en rebâtissant l'abbaye(23). Elle est restaurée au XIV siècle puis, au moment des guerres de religion, les bâtiments conventuels incendiés disparurent, la nef fut abattue et ensuite remplacée par un cimetière, le clocher décapité, les bras du transept détruits mais l'abside semi-circulaire en cul-de-four a été conservée. A l'extérieur, le chevet d'un style roman très pur est pour Charles Connoué "une des plus belles pages d'architecture du XII siècle, avec ses trois aires limitées par des colonnes-contreforts à chapiteaux très travaillés"(24). Le territoire de l'abbaye couvre celui de la commune actuelle et a des revenus annuels de 3.000 florins quand le pape Alexandre III confirme ses privilèges en 1170. A partir de 1198 le bois du Défens lui est donné et peu après la carrière de Ratipeau, ou éboulis de Vaux, pour le four à chaux(25). L'abbaye est totalement indépendante de Didonne, l'abbé n'échappe en 1234 à une menace d'interdit par suite d'une "injure" faite par Hugues de Tonnay au prieuré de Saujon, qu'en prouvant que l'abbaye, le bourg et ses habitants ne dépendent pas de ce dernier(26). L'abbaye est dirigée par un abbé, elle compte dix moines dont trois officiers, le prieur claustral, le sacristain et l'infirmier(27). Elle possède de nombreux bénéfices en Arvert, dont les prieurés des Mathes, de l'ile du Paradis, de Buze et d'arces et perçoit en plus des revenus de ses domaines, les dîmes, justices et droits sur Arces, Saint-Saturnin, Saint-Palais, Saint-Augustin où le prieur instruit les fils des pauvres à côté de ceux du seigneur, Saint- Sulpice et les dépendances disparues de Saint-Cybord, Saint-Sulpice de Banelle et Saint- Sordolin sur le rivage(28). L'abbaye de Vaux a ses coutumes, quand l'évêque de Saintes, ou certains autres prélats, descendent à l'abbaye, chaque famille doit fournir une poule et quand l'abbé de Vaux visite Arces avec sa suite de six valets à pied et dix hommes à cheval les chevaux ont droit à un demi-boisseau d'avoine, sauf celui de l'abbé qui a un boisseau entier, l'abbé et sa suite doivent être bien logés et bien nourris, avec du pain en abondance, du vin de qualité, de la viande de porc et de boeuf, des poulets rôtis et lardés et d'un poisson arrosé d'une sauce choisie par l'abbé(29). Arvert est la résidence d'un archiprêtre, adjoint de l'évêque pour la région, dont la propre paroisse comprend les prieurés de Notre-Dame de la Garde, en forêt de Salis, et de la Petite Couronne qui assèchent pour la première fois un marais, celui de Dirée, afin de le transformer en terres cultivables(30). Cette paroisse comprend aussi le prieuré Sainte-Marie de l'ile d'arvert, construit au Paradis sur un vaste tumulus, il est donné au prieuré de Royan en 1190 par Adélard de Mornac, ce qui provoque un conflit avec l'abbé de la Sauve(31). Il devient indépendant en 1203 et peu après Guillaume de Tonnay autorise sa femme Almodis à donner un maine, une terre et des bois, à Notre-Dame d'arvert pour y célèbrer le culte de l'immaculée Conception de la Vierge, culte encore peu répandu et qui fera d'arvert un centre important de pélérinage(32). En présence du prieur de Royan en 1235 "Robert de Sabloyre seigneur de Mornac et de Mastac", donne en bail au prieur de l'isle des marais et un moulin qui lui reviendra s'il est abandonné plus de dix ans(33). A Mornac l'église Saint-Pierre, d'origine mérovingienne, sera fortement remaniée en 1706, dotée d'une étonnante flèche, baptisée la seringue, en 1851 et incendiée par la foudre en août 1943. Elle conserve une porte du XI siècle ornée de motifs géométriques, un chevet
26 ciselé qui rappelle l'art de l'ancienne Arménie, une majestueuse coupole, de beaux chapiteaux et des traces d'une fresque sur le cul-de-four(34). Mornac possède alors un autre prieuré clunisien de la Grande Sauve dédié à Saint-Nicolas qui a disparu. Talmont dédiée à Sainte-Radegonde est située sur une route du pèlerinage de Saint- Jacques. Symboliquement juchée sur un rocher surplombant la mer, elle a une allure majestueuse et avec son cimetière marin c'est la plus pittoresque et la plus célèbre de nos églises romanes. D'origine carolingienne, rebâtie dans la seconde moitié du XII siècle après avoir été donnée aux moines de Saint-Jean d'angély, la nef sapée par la mer s'est écroulée au XV siècle et a été fermée, l'église est remaniée radicalement au XX siècle quand certaines sculptures sont refaites et l'architecture si modifiée par la construction d'une coupole neuve surmontée d'un clocher carré qu'il reste bien peu de choses de l'édifice original. Le portail nord présente deux tympans, fort rares en Saintonge, le plus curieux est celui de gauche avec ses deux dragons et son monstre en forme de crocodile. Dans sa crypte servant d'ossuaire, on a retiré plus de vingt mètres cubes d'ossements et de monnaies, dont certaines en or(35). D'autres édifices religieux méritent une mention. Saint-Vivien de Breuillet possède des chapiteaux avec des coquilles Saint-Jacques, ce prieuré clunisien a une magnifique façade en arc de triomphe romain et un contrefort du XV siècle portant l'écusson des Gua de la Rochebreuillet qui est d'argent à trois chevrons de gueules. Saint-Sulpice de Royan, également décorée de coquilles Saint-Jacques, a conservé un beau clocher carré. Médis a une intéressante façade avec ses trois portails et Meschers n'a conservé qu'un beau clocher. Le prieuré de Didonne, situé au bord de la mer et dédié à Saint-Georges, dépend de Saint- Eutrope de Saintes. Il a été entièrement reconstruit, sauf le porche et le campanile, le seul de la région qui ait survécu. Il faut aussi signaler le prieuré de Notre-Dame de Buze avec sa maladrerie, depuis disparue dans les sables, le Temple des Epeaux et l'hôpital du Breuil du Pas, enfin l'ermitage clunisien de Cordouan perdu sur son rocher et dont la chapelle dédiée à la Vierge sert probablement d'amer; ses ermites y possèdent une pêcherie et quand cela est nécessaire ils aident les navigateurs en sonnant la cloche et en allumant un feu(36). Il ne faut surtout pas oublier que toutes ces églises aux XI et XII siècles sont en calcaire très clair, d'où la mention de "blanche parure" qui leur est décernée. Quant aux intérieurs dépouillés et sobres que nous admirons de nos jours, ils offrent alors un plaisir sensuel, aiguisé par les chants et l'odeur de l'encens. Ils sont illuminés par les nombreuses chandelles et les lampadaires somptueux, où scintillent les châsses, renfermant les reliques, enrichies de métaux précieux et de pierreries. En plus une importante polychromie anime ces églises avec des couleurs douces où dominent le blanc, l'ocre, le vert, le rose et le bleu, car tout est peint, non seulement les fresques qui recouvrent l'ensemble des murs intérieurs, mais aussi les sculptures, même celles de l'extérieur. Cette riche décoration est destinée à mieux impressionner les fidèles dont les habitations sont d'une grande pauvreté(37). LES MONTENDRE La branche aînée des Didonne se retrouve en 1151 aux mains de Guillaume de Montendre, seigneur de Didonne et de Royan, sans que cette filiation soit clairement établie,
27 mais probablement du chef de sa femme Arsende qui possède cette terre, la transmission des fiefs étant faite aussi bien par les hommes que par les femmes. La double châtellenie a toujours un seul seigneur et maître, mais Guillaume est le premier à porter aussi le titre de Royan. De son mariage naissent trois fils, le puîné Richard se destine aux ordres, les autres Gifard II et Hélie lui succèdent l'un après l'autre. Gifard II rejoint la mouvance des ducs d'aquitaine, car il figure dans la suite d'aliénor, et cède des vignes de Vallières au prieuré Saint-Nicolas de Royan, et le Défens à l'abbaye de Vaux(38). Guillaume a des différends avec l'abbaye de Vaux à cause de l'obligation des sujets de l'abbaye de le suivre en armes dès qu'il les convoque quand ses ennemis entrent sur ses terres, mais finalement il préfère renoncer à ce droit(39). Il conseille même à un Ramnulfe Gombaud de renoncer en faveur de cette abbaye aux droits qu'il revendique sur une partie de la dîme de Saint-Augustin. Guillaume sert aussi de témoin au prieur de Saint-Nicolas de Royan lorsque ce dernier reçoit un moulin à bail du prieur de Saint-Nicolas de Mornac(40). Son second fils Hélie a de sérieux problèmes avec les religieux de la Grande-Sauve car il s'est approprié malhonnêtement certains domaines religieux en Arvert. L'archevêque de Bordeaux ordonne à l'archiprêtre de le menacer d'excommunion ; cette menace, très grave à l'époque, a un effet immédiat car le 21 décembre 1211 il "renonce à tout son droit prétendu". Hélie a deux fils qui sont sans doute sans postérité mâle, car la branche aînée des Didonne s'éteint avec eux et, sans que l'on sache bien comment. LES TONNAY Dès 1218 des donations sont faites au prieuré de Royan et à l'église d'arvert par Guillaume de Tonnay et Alenodis(41). A la même date Guilhem de Talinac et Almode donnent une rente sur le "péaige [péage] de Saint-Nycolas de Royan"(42). Les châtellenies de Didonne et Royan sont passées aux mains des Tonnay, ou Taunay, sans doute par le mariage d'aumode de Didonne avec Geoffroy III de Tonnay. Ce Guillaume, Guilhem ou Geoffroy doit être une seule et même personne, ces interprétations différentes d'un nom propre sont chose courante quand il s'agit de textes "escriptz en latin fort difficiles et malaisés à lire"(43). Leur fils Hugues de Tonnay seigneur de Didonne, de Royan, d'arvert, de Rioux, de Thézac, de Montendre, de Beurlay, de Richemont et de Chérac, rend hommage à Hugues de Lusignan, comte de la Marche, en 1227. Le document relatant cet hommage porte un sceau, qui bien qu'abîmé nous est parvenu, il porte d'un côté le gironné des Didonne et de l'autre, dans le champ, un lion passant sur un semis de fleurs de lys. Il est possible que l'écu gironné de 12 pièces d'argent et de gueules soit le blason des Taunay, et que le lion du contre-sceau, qui n'est pas inscrit dans un écu, soit l'insigne des Didonne(44). Le sceau sert à authentifier un texte quand le seigneur est encore souvent illettré comme Pierre de Didonne de la branche de Rioux et son fils qui doivent se contenter de faire de leurs "propres mains deux croix" sur une charte qui confirme la cession de la viguerie de Vaux faite par son père Guibert, repenti, après s'être fait excommunier par l'évêque de Saintes pour avoir "envahi par la force le cimetière de Vaux" et l'avoir "détruit par le feu"(45).
28 Hugues a des contestations avec le monastère templier de la commanderie des Epeaux au sujet de terrains du Temple sis à Royan devant le château(46). Ce monastère templier, situé à Meursac, possède une maison fortifiée et des terres à Baloire, aujourd'hui Béloire, près de Meschers. Les Templiers de Baloire ont accordé protection a certains sujets du seigneur de Didonne, contre son gré. Par un accord en 1232, Hugues leur permet de garder ceux qu'ils ont déjà avec eux, soit treize familles et huit personnes seules, et leur donne en plus la somme de 10 sols, mais obtient en contrepartie qu'ils ne protégeront plus aucun de ses hommes à l'avenir(47). Cet exode des tenanciers de Didonne est la preuve que les droits féodaux y sont trop lourds(48). Hugues concède encore au chevalier Geoffroy Vigier de Faye, son vassal, et à ses héritiers, la prévôté du port et du château de Royan, avec toutes ses appartenances. Le prévôt reçoit la onzième partie des revenus du port "tant en taxes qu'en amendes" en rémunération des services qu'il lui a rendu comme gouverneur du château de Royan(49). Hugues fait aux religieux de Vaux, en 1234 la concession d'un droit de bois de chauffage dans la forêt de Courlay à l'usage du prieuré de Saint-Augustin. Il recommande à son châtelain royannais Guillaume de Cornoam de cesser d'exploiter une pinède appartenant à leurs moines car les dunes commencent à avancer en Arvert à cause de ce déboisement, et il le charge aussi de veiller à la conservation de toutes les propriétés de l'abbaye de Vaux. A sa mort, vers 1240, son frère Geoffroy IV de Tonnay lui succède et dès l'année suivante il est accusé de piraterie. C'est pourtant lui qui reçoit le roi Henri III à Royan, ce qui ne l'empêche nullement, après la défaite du Plantagenêt, de rejoindre rapidement le roi de France(50). Le "vendredi avant le carême de l'an 1244", il reconnaît devoir à "noble homme Renaud, seigneur de Pons, et aux siens, sept vingt et huit [148] livres tournois d'arrérages, quarante livres de rente annuelle à percevoir sur le port de Royan par droit héréditaire, et "100 livres tournois que devait monseigneur Hugues de Tonnay, décédé, jadis notre frère, à ses bourgeois de Pons". Pour régler cette dette, "nous lui avons donné notre port de Royan qu'il tiendra de cette manière, c'est à savoir que le serviteur dudit Renaud de Pons recevra par les mains de notre serviteur, aussi longtemps, continuellement et sans aucune diminution, tout ce qui provient de la coutume dudit port, jusqu'à ce que dudit argent il soit intégralement payé"(51). En fait la dette augmente et est de 727 livres trois ans plus tard (52). Il s'agit dans ce document de la "petite coutume" sur diverses marchandises et non de la "grande" sur le vin qui est affermée par le roi-duc, à des marchands étrangers avec celle de Bordeaux(53) dès 1254 et que le sénéchal de Gascogne Jean de Grailly afferme à nouveau en 1266 de sa propre autorité(54). Geoffroy meurt en 1269 sans descendance mâle, par contre il a sept filles entre lesquelles le partage de l'héritage est des plus laborieux puisqu'il n'est réglé qu'en mars 1276(55). Les terres sont divisées et les ports de Tonnay et de Royan, dont les revenus annuels varient beaucoup, sont placés hors partage. L'aînée Jeanne conserve Tonnay. La seconde Aline et la quatrième Marie se partagent la double châtellenie de Didonne qui est divisée en deux. L'est avec Didonne, Meschers, Médis et Semussac, revient à Barthélémy de la Haye pour les enfants qu'il a eus d'aline alors décédée, lequel céde Didonne trois ans plus tard à un de ses féaux(56). Finalement cette seigneurie se retrouve à Bartolomé de la Brosse(57). L'ouest de la châtellenie avec "la ville de Royan et toute la terre de Henst ou Haimps [Arvert] le long de la mer et toute la paroisse de Saint-Pierre de Royan", celle de Saint-Sulpice, les baillies de
29 Châtelard et de Courlay et le Breuil-du-Pas, échoient à Marie mariée à Robert I de Matha dont la famille conservera Royan à ses aînés jusqu'au XV siècle(58). La recette de la coutume de Royan rapporte environ 200 livres par an. Cette recette est simplement versée par un receveur assermenté dans un grand coffre, une "arche", sorte de tirelire avec sept serrures différentes. Une clé est remise à chacun des sept héritiers et les sept clés sont naturellement nécessaires pour ouvrir l'arche et se partager l'argent de la recette. Quelques ajustements sont faits pour équilibrer l'héritage dans cette part commune, Barthélémy de la Haye aura 20 livres avant partage, Robert de Matha 10 livres et le seigneur de Montendre lui rendra 20 livres sur sa propre part(59). LE ROI HENRY III PLANTAGENET A ROYAN. Le Plantagenêt Jean Sans Terre épouse de force Isabelle Taillefer, héritière des Taillefer d'angoulême, jeune personne de quatorze ans promise au comte de la Marche, Hugues X de Lusignan, lequel n'apprécie pas du tout la plaisanterie. Il se tourne immédiatement vers le roi de France pour venger l'affront, puis change de camp et revient au parti anglais en échange du comté de Saintonge et de l'île d'oléron. A la mort de Jean Sans Terre en 1216, Isabelle rentre en Augoumois, et cette jeune veuve toujours attirante de trente quatre ans épouse son premier fiancé Hugues de Lusignan en 1220. Passant d'un camp à l'autre, les Lusignan font allégeance au roi-duc en 1221, puis changent quatre fois de camp avant de redevenir partisans du roi de France en 1227(60). Les Lusignan règnent en maîtres sur l'angoumois, l'aunis et la Saintonge. Ils reçoivent l'hommage de tous les seigneurs locaux, parmi lesquels figure Geoffroy de Tonnay, et rêvent de recréer à leur profit l'ancien duché d'aquitaine, aussi pour freiner leur puissance, le roi de France Louis IX décide de donner l'aquitaine en apanage à son frère. Mais Isabelle "Madame Reine de la Marche" est ambitieuse et hautaine, elle ne supporte pas d'être devenue une simple vassale du roi de France et elle couvre d'injures son faible époux "C'est grant couardise à vous de prester hommage à un comte de Poitiers. Ne savez vous pas que estes fait és sang de roys et que vous avez mené à nopces moy royne d'angleterre qui ne veuil mie genouiller devant sa Tolosine" qui est Jeanne, la femme d'alphonse comte de Poitiers. Hugues de Lusignan appelle aussitôt à son aide le fils de sa femme qui n'est autre que le roi Henri III Plantagenêt. La Saintonge soumise au comte de la Marche se déclare pour le roi d'angleterre et les nobles de la région suivent son parti d'autant plus facilement qu'ils craignent l'avidité des Capétiens. Ils déclarent d'ailleurs avec une rare franchise que "s'ils étaient subjugués par les Gaulois, ils seraient détruits. Maintenant la terre est leur, et ils font ce qu'ils veulent, parce que pour le roi d'angleterre, même à Bordeaux et à Bayonne, ils ne font pas un oeuf vaillant"!(61). Il faut reconnaître que les Plantagenêts ont toujours donné une plus grande liberté à leurs vassaux et accordé plus libéralement des franchises municipales aux villes que les Capétiens. Premier roi vraiment anglais, c'est-à-dire élevé en Angleterre bien que parlant toujours français, Henri III est ravi d'une cause de querelle avec le roi de France. Il laisse le gouvernement de son royaume à l'archevêque d'york et s'embarque, accompagné par la reine son épouse, le comte Richard son frère, sept autres comtes, trois cent chevaliers, un
30 millier d'arbalétriers, et trente tonnes d'argent prises sur les revenus de son domaine privé(62). Embarqué à Portsmouth le jeudi 15 mai 1242, il fait voile le lendemain, aborde le samedi à l'extrémité orientale de la Bretagne, y passe le dimanche pour y entendre la messe, reprend la mer le lundi et, selon une de ses lettres, après avoir rencontré "Dieu soit béni, une mer calme et tranquille" il aborde sain et sauf à "Ruanta [Royan] un port du Poitou", le mardi 20 mai(63). Emma Ferrand, dans son histoire de Royan, imagine l'inoubliable réception que notre petite ville peut faire au jeune roi d'angleterre, maisons et navires pavoisés, avec la foule qui se presse et pousse le cri de joie "Noël! Noël!". Sur la plage sa mère Isabelle, accompagnée de son mari Hugues de Lusignan et du seigneur de Royan Geoffroy de Tonnay, embrasse le roi et lui dit "Biau fils, vous êtes de bonne nature, qui venez secourir votre mère et vos frères que les fils de Blanche d'espaigne veulent trop mallement défouler et tenir sous les pieds"(64). Une splendide miniature très colorée immortalise l'arrivée du roi, malheureusement la vérité historique n'est nullement respectée car cette miniature a été faite deux siècles plus tard, le navire et les habits portés par les personnages sont donc ceux du XV siècle, quant aux quelques tours qui symbolisent Royan, rien ne prouve qu'elles aient le moindre rapport avec notre ville. Dans les navires de la flotte royale arrivés à Royan il y a du riz, de l'ail, des amandes, du pain des Flandres et du bois, Henri III décide d'envoyer toutes ces marchandises à Bordeaux en vue de l'hiver. Il convoque pour le 12 juin à Royan les maires de Bordeaux, Saint-Emilion, La Réole, Langon, Saint-Macaire et Bazas, et demande de ne plus envoyer de gens armés à Royan après la Pentecôte car il a assez de soldats et de cavaliers et n'a nulle envie d'avoir à accorder des remerciements éternels pour une aide devenue inutile(65). Renault sire de Pons offre de magnifiques réceptions au roi d'angleterre dans son manoir de Pons où le roi convoque ses troupes, ainsi il ordonne à Geoffroy de Tonnay de l'y rejoindre accompagné de dix hommes d'armes(66). Henri III déclare la guerre au roi de France le 30 mai et ordonne de faire prisonniers tous ceux qui soutiennent ce dernier afin d'en obtenir rançon. Il confirme alors à Mathilde de Senebrun une rente perpétuelle de 6O livres donnée en dot par son père sur la coutume de Royan, rente que son frère, Geoffroy de Taunay, va immédiatement contester(67). Mais les 22 et 24 juillet, aux peu sanglantes rencontres de Taillebourg et de Saintes, Henri III est battu par Louis IX et il s'enfuit vers Bordeaux, où il se console de sa défaite en fêtes et bombances, abandonnant la Saintonge à Louis IX, qui occupe Pons et les châteaux environnants dès la fin juillet(68). Pourtant le roi d'angleterre intervient en octobre de la même année aux Epeaux, octroyant aux Templiers la permission de transporter et vendre leurs vins sur toute l'étendue de ses terres jusqu'à l'assomption prochaine, puis il retire cette autorisation car les Templiers ne se limitent pas à vendre leur seule récolte(69). C'est également à lui que Gauvin de Taunay, frère de Geoffroy décédé, s'adresse l'année suivante pour lui demander à nouveau de laisser à Mathilde de Senebrun sa dot sur la coutume du port de Royan, coutume qu'henri III fait payer à Bordeaux, où elle est affermée 60 livres à Elie Muner(70). Hugues de Lusignan doit s'humilier devant son vainqueur et accepter le dur traité de Pons qui brise ses rêves en Aquitaine. Ce traité fixe les frontières de la Saintonge au sein du
31 domaine capétien, et les Pons, qui ont su se retourner vers le roi de France au bon moment, profitent des événements pour déboucher vers la mer, en obtenant la baronnie d'arvert, riche en salines. Par le traité de Paris en 1258, Louis IX reconnaît la Gascogne au roi d'angleterre, par contre le sort de la Saintonge au sud de la Charente est dissocié, ce qui confirme sa position de pays frontière, de glacis, pour près de deux siècles. Elle est donnée en apanage au frère du roi de France, Alphonse de Poitiers, mais il est convenu que si celui-ci meurt sans héritier direct elle reviendra au roi d'angleterre, sous réserve d'un hommage-lige au roi de France. C'est ce qui se passe en 1271. Le roi-duc rend l'hommage requis et nomme un sénéchal en Saintonge, mais la situation reste confuse car ses sujets conservent un droit d'appel à la cour de France(71). Selon Gaston Noblet, ce traité est si impopulaire que, lorsque Louis IX est canonisé par l'église sous le nom de Saint Louis, les hommes de notre contrée refusent, par ressentiment, de reconnaître et de fêter son anniversaire(72). En fait les nobles préfèrent souvent les Plantagenêts, le peuple est indifférent car le sentiment national est encore inexistant, aussi il ne doit s'agir que du ressentiment de quelques riches bourgeois gênés dans leur commerce avec la France. "LA COMUNE DE ROAN". Le Black Book of the Admiralty, publié par sir Travers Twiss en 1873, mentionne la charte créant l'etablissement de la commune de "Royan à l'embouchure de la Gironde". Cette charte tirée d'un manuscrit de 1343 de la bibliothèque d'oxford, est semblable à celle de Rouen qui a servi de modèle à toutes les chartes communales du royaume anglo-normand. Elle est rédigée en gascon, comprend 33 articles, et porte en titre: "Ceu est li establimens de la comune de Roan"(73). Cet Etablissement représente l'organisation la plus simple d'une ville ayant une commune, il régit le cadre administratif et judiciaire de la vie municipale, les habitants choisissent cent pairs qui élisent trois prudhommes entre lesquels le roi désigne son préféré comme maire. Les pairs choisissent entre eux les jurés, soit douze échevins et douze conseillers élus pour un an qui doivent prêter serment à la sainte église et au roi. Le maire et les douze échevins, assistés éventuellement par les conseillers, se réunissent deux fois par semaine pour administrer la ville et une assemblée générale des pairs a lieu chaque quinzaine, le samedi matin. En cas de mobilisation, le maire et les échevins organisent la garde de la ville. Aucun homme valide ne peut refuser le service militaire sous peine de voir sa maison rasée, ni refuser de donner son cheval pour ce service. Les jurés rendent la justice si le seigneur ou ses fils sont absents de Royan, ils doivent l'appliquer en conscience sans se laisser corrompre. Ils peuvent infliger l'ostracisme, le pilori, les fers, la prison, des amendes, faire raser une maison, ou encore faire pendre une femme calomnieuse sous les bras par une corde et la plonger trois fois dans l'eau, mais ils n'ont pas le droit de haute justice et ne peuvent donc pas condamner à la peine capitale. Arthur Giry dans son étude sur la commune de Rouen, déclare que sir Travers Twiss a purement et simplement confondu avec Rouen car "Royan qui n'était au moyen âge qu'une misérable bourgade de pêcheurs et dont le développement date d'hier, n'a bien entendu jamais été régie par les Etablissements"(74). Louis Audiat, dans le Bulletin des archives
32 historiques de Saintonge de 1887, n'admet pas la réalité de cette charte en se référant à cette étude. Denis d'aussy, dans ce même Bulletin, réfute cette argumentation car justement Royan, au Moyen-Age, n'était pas une pauvre bourgade de pêcheurs. Il explique que le manuscrit d'oxford est la copie d'un texte antérieur de 1240 à 1260. S'appuyant sur ces dates, et sur le fait qu'un tel texte gascon ne convient pas pour Rouen, et n'a d'ailleurs pas le même nombre d'articles, il en conclut que cette charte a vraiment existé, d'autant plus que certains de ses articles ne sont pas applicables à une ville directement soumise à l'autorité royale. Par exemple le texte de la charte de Bayonne dit que la justice communale est suspendue quand le roi, ou son fils, est en ville, le texte royannais dit à l'article VII, que la justice communale est suspendue "si li sires ou son filz n'est à Roan", le roi n'est pas mentionné, il s'agit donc du seigneur haut justicier; de même l'article XXX, concernant l'interdiction du maire de demander des faveurs, fait référence au roi sur le texte de Bayonne, et au "seignor dau pais" à Royan. Comme cette charte communale a un vrai cachet saintongeais avec des locutions perpétuées dans le patois contemporain comme "si ol est" et "si ol avint que", Denis d'aussy estime que cette charte est bien celle de Royan et a sans doute été octroyée en 1242 par le roi Henri III lors de sa visite à Royan(75). L'article II, mentionnant qu'aucun échevin ne peut aller en Angleterre sans l'accord du maire, prouve bien qu'elle a été octroyée par un Plantagenêt. Denis d'aussy se penche aussi sur l'orthographe de Royan, mais les noms varient alors fortement d'un texte à l'autre, d'ailleurs le manuscrit d'oxford porte en titre Roan puis, dès les premières lignes du texte, Roam(76). L'octroi de cette charte explique la brusque ingérence royale dans la coutume de notre port, quand Henri III accorde une rente de 40 livres à Mathilde de Senebrun(77). En effet si la commune a bien été octroyée, le paiement de la coutume passe du seigneur qui la percevait jusque-là, au roi d'angleterre tuteur de la commune. L'heure de gloire de Royan, avec la visite royale de 1242, se double donc de l'octroi d'une charte communale qui semble réelle mais éphémère. Comme bien d'autres, elle n'a pas survécu à la reconquête de la Saintonge par le roi de France, peu en faveur de telles libertés communales(78). LES MATHA A ROYAN ET LES PREISSAC A DIDONNE. Robert de Matha descend d'une branche cadette des Taillefer d'angoulême et ses armoiries portent un losangé d'or et d'azur, avec Royan il augmente son emprise sur la région car les Matha sont déjà maîtres par mariage dès la fin du XI siècle, de la châtellenie de Mornac(79). La situation de la Saintonge entre l'angleterre et la France n'est pas claire et le roi-duc Edouard I continue d'affirmer son implantation. En 1280 son vice-roi, le sénéchal de Gascogne Jean de Grailly, est le maître en Saintonge méridionale où il restaure les forteresses, mais cette région n'est officiellement rendue au roi-duc qu'en août 1286(80). En 1283 Edouard I ordonne d'acheter le manoir de Talmont, le fortifie et y fait construire une bastide avec des rues quadrillées(81). Lors d'un long séjour sur le continent le roi-duc fait une courte visite le 22 mars 1288 à Royan qui figure sur une liste de ses châteaux avec la mention "château fort ou manoir", un manoir étant une maison rurale peu fortifiée dans la
33 tradition des villas gallo-romaines, ce qui prouve le peu d'importance des fortifications royannaises (82). Edouard I légifère sur les naufrages et décréte que si un seul homme vivant en réchappe tous les biens trouvés seront rendus à leur légitime propriétaire et, plus curieux, que si une seule bête vivante survit il faudra lui remettre tout ce qui a pu être sauvé, mais après avoir attendu trois mois(83). Robert de Matha accorde en 1290 à Pierre de Senebrun, son receveur, une décharge des coutumes de Royan, ainsi que des droits des marchés et foires des châtellenies de Royan et de Mornac(84). Il confirme aussi aux roturiers de Mornac la coutume de tous poissons de mer, sauf esturgeons, baleines, marsouins et autres gros poissons, pour un cens annuel de 24 livres tournois, cens qui est doublé si le seigneur est fait chevalier, s'il marie sa fille aînée, s'il part pour la Terre sainte ou s'il doit payer une rançon pour racheter sa captivité(85). Mornac à l'époque compte 102 feux soit environ 400 habitants(86). La guerre éclate en 1294 entre la France et l'angleterre et l'aquitaine est occupée par les Français. Fin octobre les navires anglais font le blocus de Bordeaux avec une flotte importante en Gironde, flotte toujours présente en mars de l'année suivante(87). L'Aquitaine, rendue aux Anglais en 1303, connaît une période de paix relative qui lui vaut sa plus grande prospérité entre 1305 et 1309. Cela est valable aussi pour Royan dont la coutume rapporte à Edouard I de septembre 1305 à septembre 1306 la somme de "2.808 livres 5 sous 10 deniers oboles de mauvais petits tournois". Le roi-duc fait percevoir à Bordeaux la coutume de Rojam [Royan], par des marchands italiens. Son assiette est fixée au taux de deux deniers obole, soit deux deniers et demi, pour chaque tonneau de vin. Mais le seigneur de Royan n'est pas d'accord et la perçoit une seconde fois localement(88). Le roi de France fait arrêter tous les Templiers, trop riches, sous des prétextes divers, par exemple le commandeur des Epeaux est accusé d'avoir extorqué une somme de 500 livres. Cet ordre religieux est supprimé peu après et de nombreux Templiers sont exécutés pour avoir pratiqué des rites sacrilèges, et leurs biens sont confisqués, ceux des Templiers des Epeaux sont remis en 1312 à la maison de l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem au Breuil-du- Pas dans la châtellenie de Royan, et des procès sont faits contre certaines personnes peu scrupuleuses qui ont profité de ces années d'incertitude pour s'approprier frauduleusement nombre de ces biens(89). La prospérité économique est basée sur un commerce intense d'exportation du vin qui est transporté entre Bordeaux et l'angleterre par un nouveau type de navire, la nef, nau en gascon. Ce voilier ventru, rond et lourd, d'une vingtaine de mètres de long pour six à sept de large, a un château surélevé à chaque extrémité, un seul mât très gros surmonté d'une flamme, et porte une voilure carrée en chanvre, le tref. La nef, en général anglaise, a une capacité d'une centaine de tonneaux et elle prend souvent des suppléments de frêt à Royan, Meschers ou Talmont. Le cabotage avec Bordeaux, pour le sel, les huîtres et les moules, est fait par des pinasses d'une douzaine de tonneaux et des barques d'environ vingt tonneaux, souvent saintongeaises. Vu l'importance du trafic du vin, le tonneau de vin de Bordeaux de 800 à 900 litres et d'un poids d'environ une tonne métrique, sert d'étalon international pour la capacité de charge des navires. Ce tonneau sert à transporter bien d'autres choses que le vin, comme les poissons salés et le sel(90). Pour faciliter les transports maritimes les portulans apparaissent, ce sont des cartes marines sur parchemin où l'empirisme et
34 l'expérience sont pris en compte. Royan ne figure pas sur le plus ancien, la carte pisane de 1290, très imprécise pour la côte atlantique. Par contre celui de Petrus Vesconte en 1318 mentionne Roam, Roani ou Roane, l'imprécision de l'écriture de l'époque, où "ni", "ne", ou "m", sont tous représentés par trois jambages, ne permet pas de faire la différence, mais il s'agit bien de Royan. Beaucoup plus détaillée pour la côte atlantique, cette carte sera largement recopiée, mais souvent mal, durant plus de deux siècles. Les plaintes des marchands contre le seigneur de Royan, qui fait payer la coutume sur le vin une seconde fois localement, amènent les autorités bordelaises à demander au roi-duc que cette coutume ne soit désormais perçue qu'en un seul lieu. Le nouveau roi d'angleterre Edouard II confirme naturellement qu'elle sera perçue à son profit à Bordeaux, ce qui n'empêche nullement le seigneur de Royan de continuer à la collecter localement. Le sénéchal de Gascogne chargé de voir l'affaire ne se presse pas et, à l'avènement d'edouard III en 1327, la coutume qui ne rapporte plus que 160 livres est toujours contestée(91). Le seigneur de Didonne Pierre de la Brosse, le fils de Bartolomé, échange sa seigneurie pour celle de Buxeuil avec Arnaud Bernard de Preissac, Preyssac ou Preychac, soudan de la Trau ou Latran; ce titre, très rare, de "soudan [sultan]" a été rapporté des Croisades(92). Son fils, qui porte le même nom, est le neveu du pape Clément V qui dépose entre ses mains 74.000 florins d'or pour permettre au roi-duc Edouard II d'aller à la croisade(93). Le 12 mars 1315, foi et hommage-lige lui sont rendus par Hugues de Rioux, damoiseau et écuyer, pour la rente de trente livres qu'il touche sur l'arche de péage de Royan. Voici comment est fait cet hommage féodal: "le Chaperon ôté, le corselet quitté, les mains jointes et mises entre celles dudit seigneur, il dit qu'il devient son homme-lige et chevalier et promet et jure sur les Saints Evangiles, corporellement touchés de sa main droite, d'être bon, loyal, fidèle et obéissant vassal, de bien et loyalement conseiller son seigneur, garder son secret, l'avertir du dommage qu'on veut lui faire et l'aider à s'en préserver, lui être profitable, préserver sa vie et ses membres contre tous les hommes qui peuvent vivre et mourir, et garder et tenir à son loyal pouvoir les autres conditions qui résultent ou résulteront dudit hommage-lige". Une quittance de 1321 fait foi que les trente livres tournois sont toujours payés aux enfants de Rioux, sur "l'arqua de Royan" comme dit le texte gascon(94). En 1323, le duché d'aquitaine est saisi à nouveau par le roi de France et n'est rendu au roi d'angleterre que huit ans plus tard. Pendant ce temps, en juillet 1327, le roi de France Charles IV le Bel concède à leur demande et "par grâce spéciale", aux consuls et habitants de la ville de Royan un marché hebdomadaire le samedi, ainsi que deux foires annuelles, dont une les trois premiers jours d'août(95). Le roi s'assure ainsi qu'en "vertu d'un arrêt, qui que ce soit", et le seul opposant possible est naturellement le seigneur de Matha, "puisse porter préjudice ou mal" à la décision royale. Royan est donc un centre commercial important qui a retrouvé une certaine autonomie vis-à-vis de son seigneur. Les consuls sont des magistrats, généralement des bourgeois, élus pour un an par l'assemblée générale des habitants, pour défendre leurs intérêts face au seigneur, en faisant même, comme dans ce cas, directement appel au roi contre un de ses "arrêts". Chargés d'administrer la ville, de commander la milice et de rendre la justice, ils sont en nombre variable, tous égaux, et ne sont pas subordonnés à l'autorité d'un maire. Robert de Matha, sans doute petit-fils du
35 précédent, confirme aux habitants le droit "d'exploit dans la foret de Salitz" puis le droit d'usage de bois mort et le droit de "dépesser les pins à Saint-Palais"(96). Un curieux procès oppose le prieur de Cluny au sire de Didonne devant Guillaume Michel "clerc de la dyocèse de Xainctonge, de l'autorité de nostre seigneur le Roy de France, notaire public". Ce procès a lieu le 23 avril 1336 "environ mès jour [midi], près la croix de Saint- Georges de Didonne". Comparaissent en personne, d'une part "noble et puissant Soudan de Preyssac, seigneur de la Trau et de Didonne", assisté de "sage homme et discret mestre Johan de Champagne, sage en droit", d'autre part "religieux homme frère Guillaume de Morens, moine de Cluniec [Cluny], secrestain du prieuré Sainct-George-de-Didonne et procureur du religieux homme et puyssant Monseigneur Pierres, par la divine misération honnorable ministre du Moustier de Cluniec". Le moine de Cluny se plaint que le sire de Didonne tient ses assises trop près du prieuré. Le sire de Didonne le prend de haut et déclare qu'il les tiendra "plus près de l'églize si il li plezet". Mais le moine prouve qu'il parle au nom de l'abbé de Cluny, protégé du roi, aussitôt Johan de Champagne propose de régler l'affaire à l'amiable, ce qui est accepté(97). Le soudan de ce procès est Arnaud Bertrand, petit-fils de celui qui a acheté Didonne. CHAPITRE III LA GUERRE DE CENT ANS. FOULQUES DE MATHA SIRE DE ROYAN CONTRE LE SOUDAN DE LA TRAU. (1337-1355) A la mort du dernier fils de Philippe le Bel, il n'y a pas d'héritier mâle pour la couronne de France. Deux prétendants se mettent sur les rangs, Edouard III d'angleterre, fils d'une fille de Philippe le Bel, et Philippe de Valois qui lui est le neveu de Philippe le Bel. L'assemblée des pairs de France refuse les prétentions du roi d'angleterre, en déclarant que la coutume française n'accorde pas aux femmes le droit de transmettre la couronne, et c'est Philippe VI de Valois qui est couronné à Reims en 1328. Edouard se soumet de mauvaise grâce mais refuse l'allégeance qu'il lui doit pour ses possessions continentales. La tension monte, c'est la guerre en mai 1337 quand Philippe VI confisque et fait envahir l'aquitaine. Edouard réplique le 7 octobre en prenant officiellement le titre de roi de France et en ajoutant le semis de fleurs de lys aux trois léopards de son écu. La guerre de Cent Ans débute avec les "guerres de Saintonge" et Royan passe aux mains de Philippe VI, grâce aux victoires de son fils le prince Jean(1). Dès ce moment, une année sur quatre sera une année de guerre pendant plus d'un siècle, sans compter les rapines et brigandages de toutes sortes(2). On a du mal à réaliser l'horreur de ce chiffre. La guerre de Cent Ans qui va ruiner le pays frontière saintongeais, et Royan avec, est une guerre "guerroyante", avec très peu de batailles rangées. Elle est faite de places perdues et reprises, de surprises, de courses, d'embûches, de saillies, mais surtout de pillages, de rançons, de sièges et d'insultes. "Insulter" une ville fortifiée, c'est ravager la
36 campagne aux alentours des remparts, tuer les habitants, violer les femmes, incendier les villages, voler les animaux, couper les vignes et détruire jusqu'aux semences. Les fortifications de Royan étant insuffisantes, le 3 mai 1338, "Jehan, seigneur de Belleville, conseiller du Roy nostre sire et capitaine souverain pour ledit seigneur es parties de Xaintonge", capitaine du roi de France bien entendu, envoie à "nostre ami le sire de Didonne, capitayne de Royan ou à son lieutenant" un mandement pour faire réparer Royan qui a "besoing et nécessité de plusieurs reparacions et ouvrages nécessaires pour la deffence et seurté d'icelle". Les réparations sont faites avec "boys, tables, chaux, sable et pierre". Le seigneur de Matha a bien établi des levées, ou impôts, pour financer ce travail mais les commissaires chargés de les récolter sont négligents, aussi il leur est demandé de faire mieux sinon ils seront "arrestez ou chastel de Pons". Quant aux Royannais, il est dit à leur sujet: "contraingnez et perforcez les habitants dudit lieu et de ladite chastelenie à payer les dictes tailhées par la manière que vous verrez que sera à faire et nous donnons mandement par ces présentes à touz sergens et officiers du Roy nostre Sire qu'ils vous donnent confort et aide, si mestier en avez"(3). Les impôts rapportent pourtant gros aux intermédiaires chargés de les recouvrer, ainsi le prévôt Pinaut Sechaut de Saint-Palais tire l'essentiel de ses ressources de la tierce partie des terrages de la seigneurie de Royan(4). Quatre ans plus tard, les murs et les portes de Talmont sont réparées, et les "cordages pour les engins pour les fondes" de Royan sont rénovés, les fondes sont des frondes qui lancent des traits et des pierres(5). La grande coutume appartient au soudan de Preissac et l'arche où sont conservées les redevances est au château de Royan, donc à la merci d'une attaque par surprise des navires anglais qui sillonnent la Gironde. Aussi, le soudan fait déplacer l'arche à Mons. Le sénéchal de Saintonge, lui, la fait ramener à Royan. Le sire de Didonne fait tout de suite appel au roi de France Philippe, lequel mande au sénéchal le 14 janvier de l'an de grâce 1339 que son ami et féal soudan de Pressac s'est plaint que l'arche mise en lieu sûr à Mons, "pour raison de nostre présente guerre et ycelle durant, pour eschiver le péril qui en peust advenir pour ce que ledit Royan est près de la mer et de noz ennemis", a été ramenée à Royan "en nostre grand grief et dommage", sans demander l'avis du soudan et de ses parconniers, les parconniers sont les autres personnes qui partagent cette coutume. Le roi de France ordonne que "ladicte arche faites estre et remanoir ondit lieu de Mons, jusques à tant que ladicte guerre soit finie et tout ce que aurez fait au contraire, faites retourner au premier état"(6). Robert de Matha par un aveu du 3 juillet 1340 reconnaît tenir le château de Royan du soudan de Preissac "à foy et hommage litge et au devoir de cinquante soulz"(7). Foulques de Matha, fils aîné de Robert, emprunte en 1343 la somme de 103 livres à P. du Bruill clerc de Royan; Foulques doit être un de ceux qui partagent la coutume car il s'engage à lui remettre les revenus de la grande coutume de Royan pendant deux ans, et s'ils sont insuffisants, d'y ajouter les revenus de la petite coutume jusqu'au remboursement intégral de la somme prêtée(8). P. du Bruill ou de Breuilh est en fait Pierre du Breuil, homme fort riche, receveur de la coutume de Royan pour le soudan, premier seigneur de Breuillet et seigneur de Théon(9). Saint-Vivien de Saintes confirme les droits de justice des moines du prieuré Saint-Pierre de Royan sur leur territoire et leur cimetière qui porte le curieux nom d'alaosmada, et aussi les franchises des habitants de ces lieux et des foires qui s'y tiennent car ce territoire ne
37 dépend pas du fief de Didonne(10). Le corps expéditionnaire du roi d'angleterre sous les ordres du comte de Derby part de Bordeaux et remonte vers le nord. Il comprend les fameux archers armés d'un grand arc qui combattent à pied, se déplacent à cheval, et portent les cheveux ras; ils sont d'une terrible efficacité dans les combats et écrasent les Français à Crécy. Les chevaliers de la contrée se réfugient dans leurs châteaux forts et laissent le reste de la Saintonge tomber entre les mains des Anglais à l'automne 1346. Cette sauvage conquête donne lieu à un pillage généralisé des églises et monastères; les troupes de Derby rentrent à Bordeaux si riches et si chargés de bonnes choses qu'ils ne font "compte de draps fors d'or et d'argent et de pennes [plumes]"(11). Devant ce succès le sire de Didonne, largement soudoyé par les Anglais, change de camp, ce qui est assez courant à une époque où les seigneurs suivent plus leur intérêt qu'un sentiment national encore inexistant. Pour faire bonne mesure, il force tous ceux qui sont venus se réfugier dans son château, à faire aussi allégeance au roi d'angleterre(12). Le roi de France Philippe de Valois donne le 17 juillet 1347 la forfaiture des châtellenies du sire de Didonne, qui avec ses "homes et subgiez [sujets]" est rebelle, à Robert de Matha, "pour considération des bons et feauls services" du temps passé, pour lui et ses "hoirs [héritiers]"(13). Le lendemain, à son fils Foulques, qui continue de rendre des services "de jour en jour", il donne la forfaiture des châtellenies de Saujon et Royan, Foulques étant "sire de ladite chastellenie" de Royan qu'il lui reste à conquérir car elle est toujours en pays ennemi(14). Foulques III de Matha chevalier porte en effet le titre de sire de Royan du vivant de son père Robert(15). Connu aussi comme Foulques de Mastas, Foucault de Mathas ou Fulcoz de Mastaz, c'est un puissant seigneur puisqu'il a sous ses ordres 6 autres chevaliers et 33 écuyers et certainement un homme très brutal car le roi doit suspendre les poursuites engagées contre lui pour le meurtre d'un sergent du Châtelet et de deux religieuses dans l'île d'oleron(16). D'après la forfaiture du sire de Didonne, toute la population s'est rangée aux côtés des Anglais, mais dix ans plus tard Pierre de Cassenet obtient une rémission du roi de France car il "était réfugié dans le château du seigneur de Didonne qui avait dans la suite pris le parti des Anglais", mais bien sûr sans consulter ses sujets(17). La guerre est interrompue en 1348 par la sinistre épidémie de peste noire qui va durer quatre ans. Cette terrible maladie décime près de la moitié de la population, et la médecine étant incapable de soigner les malades, la population survivante certaine qu'il s'agit d'une punition divine est saisie de terreur. Il en résulte un retour au paganisme, aux superstitions, et la mise en œuvre des pratiques religieuses les plus extravagantes. Certains rendent même la peste noire responsable de la dépravation complète, de ce véritable attentat à la pudeur, que représente la nouvelle mode masculine du vêtement court qui laisse voir les jambes et les cuisses et deviner le sexe. A cause de la peste, une trêve de sept ans est signée avec les Anglais. Malgré cette trêve les coups de main reprennent en Saintonge dès octobre 1350 quand Foulques s'empare par ses propres moyens des châtellenies de Royan et de Didonne, dont il rase le donjon(18). Un don lui est alors fait par le roi, "en considération de ce qu'il a combattu contre le soudan de la Trau, lequel est ennemi du roy"(19). Royan étant aux mains des Français, le sénéchal anglais d'aquitaine donne mandement l'année suivante à ses sergents de contraindre les marchands de payer à Bordeaux la petite
38 coutume de Royan "due d'ancienneté", sous peine d'être arrêtés(20). Il semble que cette coutume était déjà collectée à Bordeaux en 1330, elle y aurait été transférée à cause du ressac et de la houle qui rendent l'arrêt en rade de Royan trop dangereux(21). Sans doute parce que la Sauve de Bordeaux est aussi en pays ennemi, le prieuré de l'isle en Arvert ne payait plus sa pension depuis longtemps, l'abbé de la Sauve n'accepte nullement cette situation et charge le prieur de Royan, Sicard Gallebrun, de saisir le prieuré récalcitrant d'arvert(22). LE PRINCE NOIR EDWARD DE WOODSTOCK EN AQUITAINE (1355-1372). Le puissant et beau prince de Galles, Edouard de Woodstock, héritier du trône d'angleterre se voit confier à vingt cinq ans la lieutenance royale en Aquitaine. Il est plus connu sous le nom de Prince Noir, nom utilisé de son vivant, non pas pour la couleur de son armure, mais à cause de la livrée en velours noir de ses serviteurs. Cette couleur noire est celle de l'écu ornementé de plumes d'autruche qu'il adopte pour ses armoiries de paix, celles de guerre étant bien entendu dérivées des armoiries anglaises. Il parle le français et rédigera même son testament dans notre langue(23). Il arrive d'angleterre, après une traversée d'une dizaine de jours, à la tête d'une flotte imposante de soixante-douze nefs en septembre 1355, peut-être en prenant un pilote royannais pour entrer en Gironde. Le bateau amiral est le Christofer, mais d'autres nefs ont des noms bien français, comme Faucon, Gracedieu, Dieulavance, Jeannette ou Sainte-Marie(24). Le prince est accompagné de ses fameux archers gallois, qui sans avoir d'uniformes, sont habillés en vert et blanc, avec une croix rouge, alors que les Valois ont eux la croix blanche. Le Prince Noir impressionne fortement les Aquitains par sa générosité et son faste. Dès son arrivée, il frappe monnaie, le léopard d'or avec un seul léopard, ou celui d'argent à son effigie. Malgré sa popularité, cette nomination n'est pas une heureuse décision politique car les fonctionnaires anglais du Prince Noir se conduisent comme s'ils étaient en territoire occupé, bien qu'ils parlent tous français et que le pays reste foncièrement gascon. Si les armées du roi de France comprennent des éléments écossais, celles du Prince Noir sont composées surtout de troupes continentales, parmi ses principaux lieutenants figurent le captal de Buch et le soudiche de l'estrade, qui n'est autre que le soudan de la Trau. A la bataille de Poitiers en 1356, contre les 30.000 soldats français, le Prince Noir aligne 6.725 hommes dont 870 chevaliers anglais, moins de 2.000 archers gallois et anglais, 2.000 chevaliers et archers gascons et un peu moins de 2.000 brigands et irréguliers. C'est d'ailleurs le soudan Arnaud Bertrand l'aîné, chef du corps des gascons, qui termine la bataille en faisant prisonnier le roi de France Jean II le Bon, gardé à Bordeaux comme un hôte d'honneur plus que comme un prisonnier, puis transféré en Angleterre au grand déplaisir des seigneurs gascons, en passant devant Royan à bord de la nef anglaise Sainte-Marie, le 11 avril 1357(25). Le roi en 1358 donne encore 500 livres tournois à Foucault de Matha en considération de ses services à la guerre, puis l'année suivante Foucault meurt après avoir fait son testament en présence du prieur de Saint-Pierre de Royan(26). Mais déjà les troupes anglaises ont repris la Saintonge et le soudan de Preyssac revendique aussitôt la coutume de Royan(27).
39 La Saintonge est alors cruellement exposée aux soudards, anglais et autres, des Grandes Compagnies de 1356 à 1360 et leurs pillages laissent une nouvelle fois les églises et les monastères dans un état déplorable. Le traité de Brétigny en mai 1360 cède l'aquitaine avec la Saintonge au roi-duc en toute propriété, sans aucun hommage féodal à rendre au roi de France, en échange le roi d'angleterre renonce à la couronne de France. C'est au traité de Brétigny que l'aquitaine est nommé Guyenne, simple déformation du même nom transformé en Quitaine, Quiaine puis Guienne ou Guyenne(28). Le roi Edouard III nomme le Prince Noir duc d'aquitaine le 19 juillet 1362, puis décide d'abandonner le français comme langue officielle en Angleterre, ce qui condamne à terme l'unité du double royaume anglo-gascon. Le Prince Noir compte parmi ses principaux lieutenants le soudan Arnaud Bertrand deuxième du nom, fils de celui qui s'est illustré à Poitiers. Il est surnommé le Bon Soudan, cet adjectif de bon, comme dans le cas du roi de France veut dire brave, car ce chevalier de l'ordre de la Jarretière est l'un des plus vaillants capitaines de son siècle(29). Il change de camp à Cocherel en 1364 et se bat avec du Guesclin. Cela lui vaut la reconnaissance éclatante du roi de France Charles V, et la fureur, tout aussi éclatante, du captal de Buch d'autant plus scandalisé par cette défection qu'il est lui-même fait prisonnier lors de cette bataille. Pourtant le Prince Noir ne lui tient pas rancune. Après une enquête en 1367 sur la coutume de Royan qui est toujours payée deux fois, localement et à Bordeaux, le prince convaincu du bien fondé de la réclamation du soudan lui abandonne cette coutume. Mais son administration ne cède pas si facilement et en 1369 le Prince Noir donne les revenus de la terre de Talmont au soudan, jusqu'à ce que la coutume lui soit réellement rendue(30). Les Anglais monopolisent les offices grâce à une véritable invasion de personnel insulaire et les hommes d'armes gallois et anglais sont mal supportés par la population, d'autant plus qu'ils ont toujours avec eux un pourcentage non négligeable de hors-la-loi(31). Si la noblesse locale reste un pilier du pouvoir anglo-gascon, elle accepte mal la pression fiscale qui s'accroît lourdement à cause de la guerre et de la vie fastueuse du Prince Noir, aussi quelques nobles rallient la couronne de France qui en profite pour assigner en justice le prince de Galles à cause des "intollerables daces [taxes]" mises sur le pays par les Anglais(32). Outré de cette violation flagrante du traité de Brétigny, le roi d'angleterre reprend son titre de roi de France en 1369. Dans un acte donné au chastel de Thalemon-sur-Gironde le 9 avril 1371 "regnant très excellent seigneur et prince Eddouart aisné filhs au noble Roy d'angleterre prince d'aquitaine et de Gualles", le "noble et puissant baron le soudan de la Trau" remarque que ses serfs l'ont aidé "a fère et construire nostre chastel de Didonne en plusieurs et maintes manières, comme ou bian de lurs corps, de lurs bestes chevalines et âsines et de lurs buefs et charrettes et autrement" et décide "les en quiptons et voulons et consentons, par nous, nos héritiers et successors que dès hors en avant ilh n'i soient en riens tenus se ceu n'estoit de lur cortoysie", mais les autres obligations "auxquelles ils nous sont tenus anciennement" ne sont pas annulées. Cette décision est généreuse si toutefois les corvées laissées à leur bonne volonté ne sont pas exigées de force(33). Cette même année, le soudan est autorisé à "fére fére un chastel ou forteresse à Meiser [Meschers]", pour protéger les habitants de cette parroisse qui est "arsse [brûlée] et destruite" par les ennemis du roi d'angleterre(34).
40 En 1371 quand le Prince Noir, très malade, quitte définitivement l'aquitaine, le lieutenant de du Guesclin en Saintonge, Renaud VI de Pons, soumet les villes fortifiées de Mornac et de Royan(35). Malgré des renforts de 600 hommes d'armes anglais envoyés à La Rochelle en juin 1372 sous la conduite du captal de Buch et du soudan de la Trau à nouveau réunis, du Guesclin entre en Poitou avec 3.OOO lances et écrase les troupes anglaises qui capitulent, le captal de Buch lui-même est à nouveau fait prisonnier(36). La Saintonge retourne au puissant roi de France Charles V que les seigneurs locaux rallient à Surgères le 18 septembre 1372(37). La châtellenie de Royan est alors rendue à Louise de Matha, fille de Foulques et épouse d'archambaud le Vieil comte de Périgord(38). LE PHARE DE CORDOUAN DU PRINCE NOIR. Cordouan, aussi appelé Coardem, Cordaen, Cordanne, Ricordanne, la torre de Cordam, ne doit pas forcèment son nom à la ville de Cordoue, il put s'agir aussi du nom de son entrepreneur. Une nouvelle étymologie, plus logique, propose "Cor d'asnes", le coeur du banc des Anes, ou mieux "Tor d'asnes", la tour qui signale ce banc, car sur les anciens manuscrits le T et le C se confondent facilement. Cela est en accord avec le nom anglais donné à Cordouan "Pelehede" ou "the Pole head", le mât, l'amer, qui signale "le bout de l'asne" qui est pour les Anglais "The Pole", "Poullis" ou "Pelis"(39). Certains font remonter une première tour hypothétique de Cordouan "bastie que sur pilotis et seulement de brique" à Jules César, d'autres au fils de Charlemagne, Louis le Débonnaire, mais le plus souvent on considère que le premier phare a été édifié sur le modèle de celui d'alexandrie par les Arabes de Cordoue, soit au moment de l'invasion sarrasine au VIII siècle, soit pour des raisons commerciales au XIII siècle(40). Etienne, abbé et ermite de Cordouan, est témoin lors de la fondation du prieuré Saint- Nicolas de Royan en 1092. Un ermitage bénédictin existe donc sur l'îlot de Cordouan, il sert sûrement d'amer et l'ermite prie pour les âmes des marins péris en mer et, en cas de danger, sonne la cloche et allume un feu, peut-être sur le toit de l'ermitage car rien ne prouve qu'il y a alors une tour. C'est bien un phare que le Prince Noir fait construire, vers 1360(41). Il s'agit d'une tour octogonale surmontée d'une plate-forme à 16 mètres au-dessus du sol où un ermite est chargé d'entretenir un feu de bois chaque nuit, avec une chapelle dédiée à la Vierge Marie et des habitations en pierre pour l'ermite(42). Le pape Grégoire XI, contemporain du Prince Noir, apprécie cette tour si utile pour "la chouse publicque et sécurité des marchans, pour monstrer et enseigner l'entrée de la rivière de Gironde" et il souligne le symbolisme de sa "flamme fulgineuse" qui monte vers le ciel "en oraisons envers Dieu pour le bien commun"(43). Cette citation attribuée au pape Grégoire IX avait pu faire croire à l'existence d'une tour dès le XIII siècle(44). Quelques dizaines d'années plus tard, une charte anglaise indique que tout est déjà endommagé et démoli par les tempêtes de vent et d'eau, elle signale aussi que Geoffroy de Lesparre, ermite de "Notre-Dame de Cordain" et ses prédécesseurs ermites, ont depuis une époque reculée, le droit de toucher sur tout navire chargé de vin pour Bordeaux, deux gros de sterling ou leur valeur en monnaie d'aquitaine, lesquels ne suffisent pas audit ermite qui reçoit
41 la permission de percevoir deux gros supplémentaires, pour éviter la perdition de l'édifice(45). LES COUTUMES DE ROYAN AU TEMPS DU PRINCE NOIR. La coutume de Royan au Moyen Age est tout simplement le tarif du péage levé sur chaque bateau passant devant Royan. Au début elle est payée au roi mérovingien, plus tard elle est usurpée par les seigneurs de Royan et son tarif a augmenté régulièrement avec le temps, passant du vin à beaucoup d'autres produits(46). Cette taxe est ensuite récupérée par la monarchie et ce lent processus de dépouillement fiscal de la féodalité fait qu'elle est perçue deux fois, par le seigneur et par le roi d'angleterre à Bordeaux(47). Ce double paiement est un abus dénoncé par les marchands. Selon l'excellente étude de Georges Musset sur la coutume de Royan, le Prince Noir, pour y mettre fin, ordonne une enquête en 1367 à Jean de La Forêt, notaire public de la principauté, qui se rend à Royan pour entendre les témoins puis conclut en faveur du seigneur royannais. Ces témoins indiquent que les deniers perçus au port par les officiers du seigneur sont versés par une fente dans une "arche", ou "huche" qui est "oudit chastel" de Royan. Ce gros coffre est fermé par les sept serrures prévues pour les héritiers de Geoffroy de Tonnay, deux fois l'an le partage se fait suivant le nombre de clés. Trois appartiennent maintenant au sire de Didonne, une au sire de Royan, une au sire de Montendre, une au châtelain de Blaye et une à un sieur Guillaume Chany(48). En fait, il y a deux coutumes bien différentes, la grande et la petite. L'antique coutume appelée localement la "grande coutume", reçoit à Bordeaux le nom de "petite coutume dite de Royan" parce qu'elle est de tarif moins élevé que la coutume bordelaise avec laquelle elle est perçue. Elle concerne, d'après le tarif de la "Costuma de Roian" conservé à Bordeaux, un quinzaine d'articles dont le froment, le "secgle", les métaux, les toiles et surtout le vin qui doit "deux deners obola", deux deniers une obole, deux deniers et demi(49). Francisque Michel dans son histoire du commerce à Bordeaux précise qu'il s'agit de "petits tournois noirs" et que la taxe est par barrique, ce qui est inexact(50). Le tonneau est divisé en deux pipes ou quatre barriques et "pipe seule ne paye rien"(51). La vraie "petite coutume de Royan" est parfois aussi perçue à Bordeaux, mais reste le plus souvent au seigneur local car la coutume de Bordeaux interdit formellement à tout Bordelais de percevoir, ou de faire percevoir, à son profit la coutume de Royan sous peine d'une amende de 5 livres et 10 sous(52). Cette petite coutume concerne des articles divers dont des peaux, des draps, mais où ne figurent ni le vin, ni les céréales comme l'indique le tarif de la "Costuma de Royan" conservé au British Museum(53). Ce tarif mentionne plusieurs coutumes, la première seule concerne Royan et comprend une trentaine d'articles(54). En fait elles finissent par se confondre dans un état des coutumes acquittées en Gironde "sur toutes denrées et marchandises passans tant par la terre que par la rivière de Seudre", dans ce dernier cas elles sont payées au Breuil du Pas, qui fait également partie de la châtellenie de Royan(55). Cet état de "la coustume du pourt de Royan", conservé dans les archives locales du duc de La Trémoille, maintenant aux Archives Nationales, mentionne plus de soixante-dix articles(56). Le tonneau de vin doit payer dans tous les cas, mais pour les Royannais les choses ne sont pas claires, la coutume dit "sy yl est de la terre et hon le tire dehors, doyt V
42 deniers" mais il est dit aussi "le muy de vin sy l'on le pourte vendre dehors, doyt un denier. Sy yl est home de la ville de Royan, ne doyt point de trecte de vin et sy ne les achaptent, ne devent rien", il semble donc qu'ils ne doivent pas payer si leur vin n'est pas chaptalisé. La taxe sur le blé est perçue au "septier mesure de Didonne", celle sur le sel au "muy à la mesure de Marempne". Le miel et le pastel, alors un produit gascon important à l'exportation, paient au tonneau. D'autres articles sont calculés au quintal ou à la pièce. Les peaux paient à l'unité, à la douzaine ou à la centaine de pièces, avec des nuances comme les "chas privés" qui paient le double des "chas sauvages". L'huile, les épices, le sucre, le chanvre, le parchemin et les toiles à faire les voiles de vaisseaux ne paient rien mais tous les animaux sont taxés. Le "sain de ballenne [graisse de baleine] ne doyt rien", mais "la ballenne, quand es prisse et amenée au pourt de Royan, doit totes foys qu'elle est vandue, V sols et la plus belle piesse du gras et la demye poytrine du meygre", alors que le "marsope [marsouin] ho le dauphin, quand yl est trouvé en Gironde à sec, doyt la moytié et la teste davantage", alors que "tout autre poysson doyt la moytié". Les voyageurs ne paient rien sauf "le juyff et la juyve devent chacun IIII deniers" avec cette clause étonnante que "sy la juyfve est prans [enceinte] doyt VIII deniers", elle doit donc payer une double taxe. La perception d'un droit de péage corporel sur les juifs est alors générale et ne sera annulée qu'en janvier 1784 par l'edit d'exemption de Louis XVI. La coutume mentionne aussi curieusement que "sy un villen [villain] fet bataille et son champion soyt vaincu, doyt au senheur [seigneur] LX sols ung denier"(57). Les exemptions accordées au prieuré de Saint-Nicolas, auxquelles un manuscrit du XIII siècle réfère comme le "péiage de Saint-Nycolas", forment un "corps de coutumes" (58). Il est impossible d'évaluer le coût réel de cette coutume, qui semble assez faible, car les équivalences monétaires de l'époque sont trop incertainesn (59). Une enquête postérieure signale que "dedans le balouard dudit Royan y avoit une maison pour le coustumier et receveur dudit lieu"(60). Paul Dyvorne pense que ce balouard, où est perçue la coutume, peut être une déformation de balenard, ce qui est fort possible car les anciens manuscrits ne font pas la différence entre un N et un U, et il se pose la question de savoir si balenard n'est pas l'endroit du port où sont déposées les baleines qui sont tarifées dans la coutume (61). Les navires qui passent en Gironde, doivent acquitter de nombreuses taxes, Meschers, Mortagne, Blaye et Bordeaux ont leurs coutumes ainsi que Cordouan dont le droit est de 2 gros sterling sur tout navire chargé de vin (62). Si les caboteurs saintongeais, avec leurs gabares de 3 à 30 tonneaux sont taxés, ce sont surtout les nefs anglaises qui paient ces coutumes car elles ont un quasi monopole pour le vin. A l'époque des vendanges ces nefs forment des flottes impressionnantes d'une cinquantaine de voiles qui barrent tout le fleuve. Elles n'ont qu'un mât durant tout le XIV siècle, mais un second mât est ajouté au XV tout en gardant les voiles carrées, et elles grandissent alors pour atteindre 200, 300 ou même 400 tonneaux (63). LES TRÈVES DE GUIENNE (1372-1398). Après quarante ans d'hostilités franco-anglaises, de pillages menés par les Anglais et
43 leurs bandes d'irréguliers, la Saintonge est libérée par la campagne décisive du connétable du Guesclin en 1372, lequel accorde le 26 décembre 1373 une lettre de sauvegarde aux habitants de la châtellenie de Didonne(64). Mais notre région est dévastée et exsangue. De nombreux établissements religieux sont détruits du "fait des guerres et des mortalités", mortalités dues aux retours répétés des épidémies de peste(65). L'abbé de Vaux cède la grange de la Lande à Saint-Sulpice car les revenus sont insignifiants et les édifices en ruines. A la commanderie des Epeaux, les charges dépassent les revenus, le four est vacant, les vignes sont à l'état de désert et les moulins détruits. A Didonne le receveur constate que les rentes ne peuvent pas être payées car il ne sait "où la terre est, ni qui la tient", les titres de propriété ayant disparu. Tous les habitants se sont réfugiés dans les villes closes ou dans les châteaux, les maisons isolées et les terres sont abandonnées. Les clochers fortifiés des églises servent de donjons et de refuges à la population(66). C'est le cas aux Epeaux, à Talmont et à Saint-Pierre de Royan, dont le clocher crénelé figure sur le plan de Bonneveau de 1622. L'insécurité est partout comme le prouve le jugement de Didonne du 11 juillet 1375 concernant dix habitants poursuivis en justice pour avoir de nuit "et en portacion d'armes, en nostre terre de Saint- Jorge et illeques [là] avoyent ronpu portes et pilhé". Ils sont pourtant acquittés, les plaignants et les témoins convoqués sont trop terrorisés pour venir témoigner(67). Les chroniques nous apprennent que tous les essaims d'abeilles de Didonne appartiennent, à titre d'épaves, au soudan qui fait condamner Guillaume Bodin par le tribunal de Meschers pour avoir pris un tel essaim, et que les sauniers de la Seudre s'insurgent contre la fiscalité du sel et obtiennent une atténuation de la gabelle avec le régime dit du quart du sel(68). En 1377 le soudan, trop dévoué au souverain anglais, est dépossédé de Didonne par le roi de France au profit de Jean de La Personne(69). Renaud de Pons est, lui, fait lieutenant en Saintonge de l'amiral de France Jean de Vienne qui commande sur mer, puis le 19 octobre 1384 il est nommé conservateur des trêves(70). Pour six mois, elles doivent faire "cesser toutes prises de personnes et fortelèces [forteresses] et autres lieux, toutes pilleries, rouberies [vols] et arsins [incendies], démolicions de fortereces, de maisons et de muralhes, abatamenz d'arbres pourtanz fruc [arbres fruitiers] et autres", parmi ces autres il faut citer la vigne, volontairement arrachée par les soudards. Les trêves sont renouvelées en 1388 quand, de concert avec le sénéchal du roi d'angleterre, Renaud doit réprimer les excès des seigneurs du parti anglais qui "ont pris et de jour en jour s'efforcent de prendre plusieurs forteresses es païs de nostre obéissance"(71). Une lettre de rémission est alors accordée à Almery de Chabanas, capitaine royannais d'une galiote montée de 35 matelots et armée pour résister et contester au passage des ennemis, mais qui est à présent "es prisons du chastel de Thalemont"(72). Appelées curieusement "abstinences de guerre" ces trêves de Guienne amènent près de vingt ans de paix, surtout à cause des difficultés que connaissent les deux royaumes(73). En Angleterre Henri IV de Lancastre prend brutalement le pouvoir et fait assassiner le faible Richard II fils du Prince Noir né à Bordeaux. En France une guerre civile découle de la folie du roi Charles VI. Un sentiment national commence à apparaître. Les troupes anglaises apparaissent comme des occupants étrangers et les Anglais, qui ne parlent plus du tout le français,
44 s'attirent le surnom de "Godons", venant du juron God Damn. Notons que c'est à cette époque que les armes de France sont modifiées en limitant à trois le nombre des fleurs de lys, simplification que le roi d'angleterre imite peu après. Le calme n'est pas vraiment rétabli car des bandes de détrousseurs de grand chemin, formés d'aventuriers de toutes nations, infestent les bois(74). D'ailleurs "Loysa de Mastaz, comptesse de Peregort, dona de Mastaz, Mornac, de Royan et de la terre d'arvert" ordonne, en novembre 1391, de faire lever la tailhée de 600 francs d'or imposée par Johan Viger, cappitaine de Mornac, sur ordre du soudan de la Trau, pour protéger les gens d'arvert. Il s'agit d'une lettre de pâti par laquelle le soudan de la Trau, qui n'a donc pas disparu de la région, s'engage, contre la somme indiquée, à ce que les habitants d'arvert ne subissent pas de "plus grant damage"(75). Ces pâtis sont des promesses de sauvegarde ou de protection, tout à fait comparables à celles de nos gangsters modernes. Le sire de Pons interdit au nom du roi en 1396 aux seigneurs français de batailler avec ceux du parti anglais durant les trêves(76). Au même moment, Louise de Matha fait donation de Royan et de Mornac à son fils Archambaud le Jeune. C'est alors qu'un navire anglais, ayant chargé du vin à Bordeaux, oublie de payer la coutume de Royan. Archambaud écrit au roi d'angleterre pour demander justice, lequel confisque le navire et le renvoie à Royan, Archambaud se paie en prenant un tonneau de vin, puis laisse le navire repartir et donne même des victuailles de "pain et chair" pour que son équipage puisse rallier un port anglais. Le roi d'angleterre apprécie le geste et offre au seigneur de Royan deux haquenées, deux juments, en cadeau(77). ACCORD ENTRE DAME LOUYSE DE MASTATZ ET REGNAULT VI SIRE DE PONS (1398-1416). Quand Archambaud le Jeune décide de livrer Périgueux aux Anglais, Charles VI se fâche, confisque ses biens, et fait prendre les châteaux de Royan et de Mornac par Boucicault, qui en donne le gouvernement au capitaine Jean Robigue(78). Aussitôt Renaud de Pons demande la garde de Royan et Mornac et l'obtient le 21 février 1398. Selon un document signé à Royan-sur-Gironde, "Louyse de Mastatz, comtesse de Perregort, dame de Mastatz, de Royan et de Mornac" déclare que le "seigneur de Pons a aujourd'hui à nostre grande prière et requeste et pour oubéir à la volonté du Roy, pris la guarde desditz chasteaux, lieux et terres de la main de messire Jehan de Bobigné [Jean Robigue]. Pons doit garder ces châteaux "soulz la main du Roy" et Louise de Matha promet d'être "bonne et loiable" envers le seigneur de Pons et ordonne "a touz noz hommes et subgiez de noz terres qu'ilz facent serement tiel qu'il appartient en tiel cas audit seigneur de Pons". Elle accepte de mettre six hommes à Royan et quatre à Mornac "ou plus s'il estoit necessaire, à noz propres guages, despens, mises et missions, eulx et leurs chevaultz", et met ses biens en garantie pour ces diverses obligations et pour assurer les réparations nécessaires "desdiz chasteaux et forteresses". Elle rappelle enfin que le seigneur de Pons sera tenu de rendre les châteaux sur mandement du roi "et de ce que nous volons croire ledit seigneur de Pons par sa simple parolle et foy sans nul autre serement"(79). Cette belle confiance ne sera pas tellement bien placée.
45 Le 17 janvier 1399 Louise de Matha céde "perpetuellment et a heritage" la terre d'arvert au "noble et puissant seigneur monseigneur Regnaud, seigneur de Pons, son tres chier et amé couzin"(80). En effet Renaud de Pons est devenu son cousin en épousant Marguerite, soeur d'archambaud de Périgord. Renaud demande à Louise de Matha en 1401 de faire les "reparacions utiles, necessaires et proufitables es chasteaux, villes et forteresses de Royan et de Mornac" et peu après il rend Arvert à sa cousine moyennant 9.790 livres tournois(81). Grâce aux trêves, l'abbaye de Vaux, abandonnée depuis cinquante ans, est réoccupée par l'abbé Guillaume avec six moines, mais ses revenus, jadis de 3.000 florins, ne sont plus que de 150 florins par an, alors qu'il en faudrait 30.000 rien que pour remettre les bâtiments en état(82). Pourtant ces trêves sont de moins en moins respectées, et les capitaines des forteresses doivent délivrer des sauf-conduits aux Anglais et à leurs partisans pour leur permettre d'aller où bon leur semble, alors que les trêves garantissent déjà, en principe tout au moins, cette liberté pour tous. La guerre reprend en 1405 quand un jeune corsaire castillan Pedro Nino entre en Gironde avec ses galères car les Anglais ne contrôlent pas l'estuaire, après avoir pris des renforts à Royan et à Talmont il fait un raid sur Bordeaux où, avant de se retirer, il incendie 150 maisons en dehors des remparts(83). L'année suivante, du 24 au 27 septembre, le port de Royan connaît une grande activité car le connétable de France s'y embarque pour Soulac avec 1.500 hommes d'armes et 500 arbalétriers afin d'attaquer la ville de Lesparre(84). Avec les Français en Saintonge et les Anglais au Médoc et à Bordeaux, la Gironde est devenue une dangereuse frontière où la course et la piraterie se déchaînent. Il y a une nette différence entre un corsaire et un pirate, même si le navire qui en est victime ne la voit pas tellement. Le corsaire est plus ou moins chargé d'attaquer l'ennemi au nom du roi, même si ce soutien royal est parfois donné dans des conditions discutables. Le pirate au contraire est un brigand des mers qui agit uniquement pour son propre compte, s'il est pris il est roué ou pendu comme tel, alors que le corsaire est rançonné comme tout chef militaire(85). Renaud de Pons est nommé gouverneur de Talmont-sur-Gironde, ce qui lui permet de repousser plusieurs attaques anglaises en 1410 et 1411(86). Les navires isolés courent de grands risques à cause des pirates de Talmont que Renaud de Pons ne semble guère contrôler, et sans doute aussi de Royan, seules les flottes du vin groupées et protégées par des nefs bien armées peuvent forcer les passes. Les caboteurs sont attaqués par les "pilhars ou larrons de mer" équipés de baleiniers ou d'anguilles rapides, sortes de petites galères à la voile carrée qui, pour se protéger, doivent se pourvoir de pièces d'artillerie et d'hommes armés. Des baleiniers assurent l'espionnage des flottes et la défense du fleuve, ils sont dirigés par un "cappitayne", titre réservé exclusivement à l'usage militaire et officiel pour un navire armé en course ou en guerre, alors qu'un navire civil est simplement commandé par un maître(87). A partir de 1410 la situation se détériore, lord Autington assiège et prend le castel du Roître des Bassets en Arvert ainsi que Saujon, dont il détruit l'église et toutes les maisons(88). Au moment où est employée, pour la première fois, l'expression "guerre de Cent Ans" par les contemporains excédés, le roi de France, devenu fou il est vrai, offre en 1415 le sud de la Saintonge au roi d'angleterre pour obtenir la paix, mais la négociation échoue, les hostilités reprennent et c'est la défaite française d'azincourt(89). L'année suivante d'autres
46 pilleries par les Anglais sont signalées, avec une attaque en Seudre et une autre sur Etaules, en venant de la mer par le Barbareu et le détroit de Bréjat(90). LES PONS S'APPROPRIENT ROYAN ET MORNAC (1416-1439). Louise de Matha est "passée de vie a trespassement" en 1413 et sa succession ne se fait pas sans difficultés(91). Sa niéce Marie prend les titres de dame de Matha, de Didonne et d'arvert, et une de ses filles, Brunissent de Périgord, en vertu de la coutume de Saintonge disant que "tous les hommes et femmes conjoints sont communs en biens meubles et acquetz à vie et à trespas", réclame la moitié "des ysles d'arvert" comme ayant appartenu à sa tante Marguerite épouse de Renaud de Pons, morte "sans hoirs [héritiers] procreez de sa chair"(92). Elle obtient du roi qu'il lui abandonne ses droits sur Royan et Mornac confisqués à Archambaud le Jeune, et accuse Renaud de Pons de garder indûment ces places que ce dernier revendique maintenant comme lui appartenant de droit naturel. Renaud, oublieux des promesses signées et en dépit de la cession des droits du roi fou, conserve tranquillement ces terres pour les transmettre à son fils Jacques né d'un autre lit. Il confisque aussi la coutume de Royan, qu'il fait percevoir sur place par Naudot Grant, l'ancien receveur de la dame de Matha entré à son service(93). Les navires qui ont déjà payé la coutume de Royan aux autorités anglaises de Bordeaux, n'apprécient pas de payer à nouveau. Le recouvrement local est difficile car les navires passent maintenant au large sans s'arrêter en rade, en effet ils chargent exclusivement au port de Bordeaux et ne s'arrêtent plus pour un complément de frêt à Royan, à cause de l'hostilité des autorités bordelaises qui monopolisent tout le frêt et ne veulent nullement aider un avant-port saintongeais, en territoire ennemi(94). Néanmoins les récalcitrants sont poursuivis par des navires armés royannais. Le dauphin Charles, le futur Charles VII, fait pour sa part défense à tous ses sujets, notamment aux habitants de Pons, Royan, Talmont et La Rochelle de traiter avec les Anglais(95). Pourtant, des pâtis sont signés, même par le sénéchal de Saintonge pour la région entre Pons et la mer, d'ailleurs les pays au sud de la Charente sont réputés "apatissés" aux Anglais(96). Ce mot a changé de sens, à l'origine un pays "apatis" était un pays ravagé, c'est maintenant un pays taxé. Ces pâtis et sauf-conduits(11), obtenus contre des sommes d'argent ou des vivres, font que "chacun et autres qui ont à besongner par pays alloient et venoient à leurs besoignes et affaires", mais ils sont rarement "tenu par touts ennemis", le plus souvent ils sont limités à ceux qui les ont signés, les autres places et garnisons ne les reconnaissent pas. Le danger est si grand que seuls les gens de basse condition, n'ayant rien à perdre, prennent le risque de voyager, les marchands qui peuvent être rançonnés se déplacent seulement de nuit par les bois, ainsi que les gens d'église qui dissimulent leur tonsure avec de la boue. Pourtant certains sauf-conduits sont vraiment respectés, par exemple ceux donnés pour le pélérinage de Saint-Eutrope à Saintes, mais il faut alors porter "à aller et venir chandelle, escharpe et bourdon [bâton de pélerin]" et au retour "l'enseigne saint Eutrope", ou encore ceux délivrés vers 1420 par le "capitaine du party anglois nommé Beauchamp" qui tient pendant quinze ou seize ans "ledit pays en bonne sureté", car il n'y a personne "de son party qui l'ousat enfraindre"(96). La monarchie française manque de sombrer avec la folie de Charles VI quand celui-ci, par
47 le traité de Troyes en 1420, désavoue son "soi-disant dauphin" pour offrir la régence et le trône de France à son gendre, qui n'est autre que le puissant roi d'angleterre Henri V. Les Capétiens sont sauvés, deux ans plus tard par deux disparitions opportunes, celle d'henri V qui laisse sur le trône d'angleterre son fils de neuf mois, suivie deux mois plus tard par celle du roi fou de France. Malgré de graves troubles causés par les Anglais dans les campagnes environnantes, Renaud de Pons conserve les châteaux de Royan et de Mornac jusqu'à sa mort en 1427, année marquée aussi par une effroyable tempête ou plutôt un tremblement de terre qui aurait créé le pertuis de Maumusson et englouti une partie de l'île de Cordouan sans toutefois détruire la tour du Prince Noir(97). L'année suivante Charles VII, le "roi de Bourges" car il n'a toujours pas été sacré à Reims, propose, encore une fois sans succès, de céder la Saintonge à Jacques Stuart roi d'ecosse pour prix de son alliance(98). Quelques années plus tard Charles VII cède Talmont à Rodrigue de Villandrando, redoutable chef d'ecorcheurs qui combat maintenant avec vaillance pour la défense du royaume de France. Les Ecorcheurs sont armés des pieds à la tête de cuir et de fer, souvent appelés "Anglais", ils sont simplement du parti anglais et viennent de partout, souvent même de France. Ils forment des bandes locales qui pillent, tuent, violent et dévastent tout(99). Ranulphe Peyron, chevalier et seigneur de Fouilloux et d'arvert, pour sa "maison ou son hébergement de Charasson [Charosson]", plus des viviers, le bois de Moulinvois, l'étang de Tantenet et un droit de prison sur ses sujets, doit à Madame de Matha un curieux devoir d'allégeance: "chaque fois et toutes les fois que l'épouse dudit seigneur aura accouché et fera ses relevailles des couches d'un enfant mâle dans l'intérieur de ladite châtellenie de Royan, je suis tenu conduire ladite dame à l'église le jour où elle se lèvera pour la purification et la soutenir sous l'aisselle droite et la ramener ainsi dans son logis; moyennant quoi, je dois manger avec elle au haut de sa table"(100). Dans la nuit du 14 au 15 mars 1434 la petite ville de Mornac tombe par surprise aux mains de 300 Anglais sous la direction du maire de Bordeaux. Les Français de La Rochelle envoient aussitôt cinq grands navires et 160 hommes armés, puis quatre grandes barques avec 300 soldats et un renfort de grands navires flamands et espagnols pour attaquer par la Seudre, ils sont soutenus du côté de la terre par le sire de Pons(101). Il s'agit maintenant du fils de Renaud, Jacques, qui a finalement acquis la seigneurie d'arvert. Encerclés par les Français, les Anglais se retrouvent à la fois assiégés et assiégeants car la tour de Mornac à l'intérieur de la ville, commandée par le capitaine Jehan Gast, ou Jean Dugat, se déclare pour le roi de France. Il résiste vaillamment aux Anglais avec le "foible secours de douze soldats, de sa femme et de ses enfants, il étoit sur le point de se rendre, manquant d'ailleurs de vivres. Les Rochellois lui en firent passer durant une action trés vive qui attira toute l'attention de l'ennemi", selon Arcère qui précise la méthode employée, "les Rochellois aviserent de traire au capitaine Jehan Gast un vireton, (trait d'arbalète de neuf à dix pouces de longueur, très fort et très gros) qui portât un cordeau long, et qu'avec ledit cordeau, il halleroit certain cordage à lui, au long duquel on lui guinderoit des vivres et que par un autre cordage qui se tenoit au premier, et qui alloit et venoit, on envoyoit audit capitaine chevraux, gorets vifs, pain et autres vituailles"(102). Le lendemain, écoeurés et découragés, les Anglais se rendent au sire de Pons et ils doivent payer à leur vainqueur 3.300 écus de rançon. La Saintonge jouit de quelque tranquillité, jusqu'en 1439 quand un nouvel envoyé du roi
48 d'angleterre, Huntington, débarque à Bordeaux et remonte vers le nord. Jacques de Pons est le seul à lui résister, mais il ne peut l'empêcher de reprendre des places françaises, dont sans doute Royan puisque Huntington pille Saintes et Sablonceaux et s'empare du Chay de Saujon(103). "PILLERIES ET ROBERIES" DE JACQUES DE PONS. (1440-1453) Cependant dès 1440 Jacques de Pons se joint au dauphin, le futur Louis XI, dans une révolte seigneuriale et provinciale, appelée Praguerie, qui bien entendu s'allie aux Anglais. Cette Praguerie se termine par une paix la même année, mais celle-ci n'est pas acceptée en Saintonge où le rebelle le plus important Jacques de Pons, descendu au rôle de chef d'ecorcheurs, sème la terreur pour occuper ses bandes d'aventuriers. La situation locale est dramatique car les "pilleries et roberies [vols] estoient si grandes que personne ne ousoit aler par pays ne habiter sur les champs, sinon que ce fust en bonnes villes", comme Royan, Mornac et Talmont "esquelles encores on n'estoit pas bien seur" et dont "on n'ousoit saillir [sortir], obstant ce que les Angloys couroient, tant de jour que de nuyt, jucques davant les portes desdictes villes, tellement qu'il convenoit tous les matins, à porte ouvrant, faire saillir gens a pié et a cheval pour aller faire la serche s'il y avoit point d'embusche sur les champs, affin que le pouvre peuple peust saillir en seurté pour labourer à l'entour desdictes villes, et n'ouvroit l'on que le guichet des portes des villes jusques a ce qu'il fut aute heure et que l'on eust sceu des nouvelles s'il y avoit riens par ceulx qui venoient de sur les villages"(104). Si les Royannais sont en sécurité à l'intérieur des remparts, l'inquiétude n'en est pas moins forte et, selon un témoin, les hommes doivent "de nuyt soy lever de son lit pour aller sur la muraille de ladite place pour le bruyt que souvent y sourvenoit"(105). Une véritable invasion de loups, allant jusqu'aux portes des villes, est même signalée en Saintonge, tandis que les soldats continuent leurs "grandes pilleries"(106). Le Grand Maître de l'ordre de l'hôpital de Rhodes nomme un étonnant commandeur pour sa maison ruinée du Breuil-du-Pas où personne ne veut venir; il s'agit de son propre valet et serviteur, Philippe de La Boissière, une "pouvre et simple personne", de surcroît illettré et pas même prêtre, qui reçoit les ordres pour venir prendre la direction de cette maison. Celle-ci est abandonnée, recouverte de bois et de forts buissons, et l'on y chasse le sanglier. La Boissière met onze jours à s'en approcher et ne peut y loger, aussi il se fixe finalement à Mornac où on lui confie la garde de la tour(107). Charles VII rattache Royan et Mornac au domaine privé de la couronne de France, par lettres patentes du 12 février 1441. Il donne Talmont et Didonne à l'amiral breton Prégent de Coëtivy et fait "mandement aux cappitaines et connestable de Royen de bailler la ville et chasteau"(108). Dans une campagne éclair en janvier 1442 le roi vient lui-même en Saintonge chasser les factieux. Il prend Royan et Mornac et Jacques de Pons doit s'incliner. Le roi le déclare, lui et ses alliés coupables de lèse-majesté, puis leur pardonne avec des lettres de rémission qui valent d'être citées: Ils "ont, dès longtemps a, contre plusieurs inhibicions et défenses à eulx faictes de par nous, assemblé gens d'armes et de trait et autres gens de guerre en grant nombre et se sont mis sur les champs de noz païs de Poictou et de Sanctonge et païs voisins, et ont prins et assailly forteresses et icelles pillées et robées, prins
49 et rançonné noz subgetz, leur bestail et autres biens, nonobstant qu'ilz vivoient sus nosdiz subgietz, ars et brulé, abatu et démoly maisons et ediffices, appatisé villes, forteresses et villaiges, pillé et desrobé églises, ravy et violé femmes, murtry et occis plusieurs personnes, gasté et dissipé blez et vins et autres vivres, guecté les chemins jour et nuyt et desrobé et destroussé les passans, et fait plusieurs autres grans maulx, oppressions et inconvenients à noz subgetz, en faisant guerre à nosdiz païs et subgetz et tous autres maulx que ennemis ont acoustumé de faire, par eux nosdiz païs sont moult dépopulez et de nos subgetz destruiz et grandement apouvriz". On peut difficilement en dire plus! Jacques de Pons est vraiment un triste sire, il arrête à sa propre table à Saintes, maistre Pierre du Moulin magistrat, et le met en prison "en basse fousse" à Royan, puis exige une rançon plus forte que tout ce qu'il posséde. Une autre fois une multitude de ses gens armés avec des "armes prohibées et deffendues" attaquent le tribunal royal de Saintes qui a osé convoquer un des chefs rebelles, ou bien encore, ils attaquent le receveur du roi car celui-ci veut défendre les intérêts de son maître. Les amis des Pons, comme les Rioux, qui ont été "des plus avans" dans la Praguerie, sont selon un témoin "meschentes gens et qui ont esté le temps passé comme les beste sauvages, et n'ont consciences nulles"(109). Cela n'empêche pas Rainguet dans sa Biographie saintongeaise d'estimer que Pons a été déclaré coupable de lèse-majesté uniquement par suite des intrigues de ses ennemis déclarés, les Coëtivy(110). Bien que la coutume de Royan soit déjà payée à Bordeaux, Jacques de Pons la fait percevoir une seconde fois par son receveur Bertrandon Grant, natif de Royan et fils de Naudot Grant(111). Jacques de Pons fait poursuivre et confisquer par ses anguilles [petites galères] les navires récalcitrants "de Bretaigne et d'angleterre". Une fois, ayant confisqué un navire anglais qui avait oublié de payer la coutume, les autorités anglaises de Bordeaux envoient un "Visadmiral" pour le faire céder, mais sans succès, il est vrai que ce titre pompeux d'amiral est simplement porté, à titre provisoire, par le maître de navire le plus expérimenté d'une flotte de commerce(112). Pour se libérer les marins doivent payer "sur leurs gaiges au soulz la livre". Jacques de Pons met un tel acharnement à poursuivre les navires que les marins royannais, envoyés sans arrêt en mer, refusent de continuer et exigent "qu"ilz seroyent payez, aultrement les pilleroyent". Le marinier royannais Thévenot Bouchart qui raconte l'histoire ajoute "Et semblablement en a vu jouyr et user", sans préciser s'il a obtenu un salaire ou le droit de piller(113). Le roi de France à peine parti, et bien que celui-ci ait mis des garnisons dans les châteaux, Pons attaque les garnisons royales et, à la tête de ses bandes et avec l'aide "d'aucuns souldoyers anglois", il prend Royan, Arvert et Marennes(114). C'est alors qu'arrive une triste aventure à La Boissière, garde de la tour de Mornac. En temps de guerre, pendant qu'il va voir sur la grosse tour quel gens "faisoient ung grand effroy sur la rivière qui passe par devant ladicte ville de Mornac", il tombe "au long de l'eschalle d'icelle tour", se blesse à la tête et en plusieurs endroits, et demeure toute la nuit, dans le froid, au pied de la tour. Après avoir été secouru, il est très gravement malade et bien que soigné par les barbiers, il devient si sourd "qu'il n'oyt et n'entend aucune chose et non pas les cloches quand elles sonnent". Etre complétement sourd et illettré, met Philippe de La Boissière dans une situation très difficile pour gérer les affaires de la commanderie du Breuil-
50 du-pas(115). La résistance française se raidit de plus en plus, car Jeanne d'arc a provoqué un sursaut national. Aux liens changeants de la féodalité où chacun sert tour à tour le roi d'angleterre ou de France, succède un véritable sentiment national, né des excès de cette interminable guerre et les troupes anglaises sont maintenant l'ennemi. L'occupant parle une langue que personne ne comprend et tous, ou presque, se liguent contre lui, c'est ainsi que selon l'évêque Thomas Bekynton ambassadeur du roi d'angleterre de passage à Royan le 14 juillet 1442, les habitants aidés des Talmonais mènent une attaque surprise contre Bordeaux avec six gabares montées de 130 hommes et s'emparent de deux navires, un grand et un petit. Puis en janvier 1443, lors de son retour en Angleterre, les gens de Royan molestent quelques marins anglais qui mettent pied à terre avec une petite embarcation(116). La situation reste dramatique en Saintonge, le plat pays est désert et inhabité, les villes sont surpeuplées et les civils aussi bien que les gens de guerre y vivent dans une grande promiscuité et une grande saleté. Tout change pour ces reclus avec les trêves de 1444. "Enfermés depuis longtemps et presque sans aucun soulagement derrière les murailles des villes, châteaux et places fortes, vivant dans la crainte et le danger et comme condamnés à la prison perpétuelle, ils se sentaient heureux à la pensée qu'ils allaient sortir d'une longue et affreuse incarcération, et que la liberté allait remplacer pour eux la plus dure des servitudes. On voyait sortir en foule des villes et des places fortes des bourgeois de l'un et de l'autre sexe, comme sauvés. Il leur était doux de voir les bois et les champs, tout arides et abandonnés qu'ils fussent presque partout, de reposer leurs yeux sur les prés verdoyants, les sources, les rivières et les ruisseaux, toutes choses dont beaucoup, qui n'étaient jamais sortis de l'enceinte des villes, ne connaissaient rien que par ouï dire". Aussitôt "ledit pays s'est commaincé à estre labouré"(118). Pour signer la paix Charles VII, encore une fois, envisage d'abandonner la Saintonge au roi d'angleterre. Une telle absence d'intérêt du roi de France pour notre province vient sûrement du fait que trop de nobles saintongeais se sont ralliés au trône anglais. Jacques de Pons, assiégé dans Royan, remet finalement la place au roi, mais il est arrêté et emprisonné à Paris. Il s'évade, se réfugie en Périgord, et obtient pourtant son pardon par lettres d'abolition d'avril 1446 où le roi rappelle ses "pilleries" et "roberies" dans les "isles et terres de Maranne, Hervert [Arvert], et lors du siège de Royan où "ses dictes gens firent morir plusieurs de nos gens d'armes et de trait et autres estans devant eulx audit siège". Malgré celà, le roi décide que "nous faisant ballier ladicte place de Royan, nous fusmes contenz de lui et lui donnasmes abolicion générale". Pons n'en conspire pas moins à nouveau, et comme cela menace de rendre la Saintonge aux Anglais, les hostilités reprennent de plus belle. A Didonne le soudan de La Trau céde tous ses biens à son fils, mais le 1 avril 1447 les "places et chastellanies de Talemont-sur-Gironde, Didonne, Meschiers, Royan, Mournac, Taunay- Charente et ailleurs" qui furent au "sourdic de la Trau" et à son descendant Guy La Personne mort "sans hoirs procréez de sa chair" [sans héritiers], sont baillées en récompense à l'amiral Prégent de Coëtivy. Jean Bureau, grand maître de l'artillerie et capitaine de Mornac et d'arvert, vient assiéger Jacques de Pons à Royan en 1450. Un mémoire signale que "Le landemain vindrent tous ensemble mettre ledit siège devant ceste place de Royan, auquel lieu ont tousjours esté
51 depuis pour ce que tous leurs bombardes et canons se rompirent, réservé l'oultrageux seulement". On voit que le rénovateur de l'artillerie royale ne manque pas de soucis, d'autant plus que "ceulx dedans se aident des Anglais, et sont des Anglais avecques eulx dedant et vont et viennent tous les jours a Madoc par mer quérir des vivres; et aussi que tous les brigans d'entour, Pons, Plassac, se assemblent tous les jours avecques les Anglaz pour détrousser les chevaulx qui sont demourez entre la Charente et la Gironde et desjà en ont destroussé bien cent soixante chevaulx en deux ou trois logis"(119). L'attaque ne pouvant être menée à bien sans bombardes ni canons, un répit est accordé à Jacques de Pons qui réussit à quitter Royan pour aller implorer la clémence du roi à Tours, lequel lui accorde encore des lettres de rémission, mais les places détenues doivent être remises. Pons reste accusé du crime de haute trahison et est banni du royaume, il se réfugie alors en Espagne(120). Pour Royan la guerre de Cent Ans est finie. Arvert est confisqué et donné à André de Villequier, époux d'antoinette de Maignelais, elle-même cousine d'agnès Sorel, qui après la mort de cette dernière l'a remplacée dans le lit de Charles VII. A la mort de l'amiral Prégent son frère, le jeune et fougueux Olivier de Coëtivy sénéchal de Guyenne, obtient la garde de Talmont, Meschers, Didonne, Royan et Mornac(121). Les Anglais menacent pourtant une dernière fois quand la flotte du vieux maréchal Talbot entre en Gironde le 21 octobre 1452, ses troupes reprennent la Guyenne et le sud de la Saintonge. Coëtivy fait prisonnier à Bordeaux est transféré en Angleterre d'où il ne rentrera que trois ans plus tard(122). La victoire de Castillon en juillet 1453 amène cette fois l'évacuation définitive de toute l'aquitaine par les Anglais. La monarchie capétienne, à peine plus de trente ans après avoir failli perdre tout son royaume, a réussi un magnifique redressement.
52 CHAPITRE IV LA SEIGNEURIE DES COETIVY. LE DOMAINE ROYAL RETROUVE LA PAIX. En l'absence d'olivier de Coëtivy prisonnier en Angleterre, le roi confie les châtellenies de Royan et de Mornac à sa maîtresse Antoinette de Maignelais dame de Villequier(1). Si les hostilités sur terre sont terminées, une interminable guerre larvée continue sur mer entre Français et Anglais jusqu'à la signature de la paix en 1475 et même au delà. Ce qui n'empêche nullement les Anglais d'envoyer chaque année des flottes pour le vin sous le couvert de sauf-conduits, mais leurs marchands et leurs marins sont surveillés et ne peuvent aller ni dans les auberges, ni chez des hôtes locaux. Pour plus de sécurité Charles VII réorganise son armée et crée les francs-archers, exemptés de la taille, ces auxiliaires de l'armée royale seront peu efficaces et disparaîtront assez rapidement. Les bourgeois et les marchands de chaque paroisse doivent financer un archer équipé par 50 feux et les sociétés de tir à l'arc, déjà existantes, sont officialises sous le nom de Compagnies de l'arc ou Chevaliers de l'oiseau. Ils s'exercent, selon Paul Dyvorne, sur des cibles de bois, représentant des oiseaux fixés au bout de perches fichées en terre, appelées papegauts, et leur terrain d'entraînement finit par être connu comme le "champ des Oiseaux", dont une rue perpétuera le souvenir sous le nom poétique de Chant des Oiseaux(2). Notre pays est en bien triste état. Lors de l'adjudication des fermes royaux(6), la coutume d'arvert est "néant affermée", et pour l'arche de Royan "on ne trouve qui la veuille affermer pour ce qu'elle est de nulle valeur à l'occasion de ce qu'on n'en usa de longtemps pour les guerres"(3). En dehors des places fortes, "tous les nobles lieux et gros villages ont esté et sont désers, en friche et en ruyne, et la ou souloient estre les beaulx manoirs, domaynes et heritages sont les grans buissons et aultre désers"(4). C'est pourquoi on dit localement que "les bois sont venus des Anglais". Mais le taux des années de guerre va retomber à 4 % pour un siècle durant lequel la diminution des terres cultivées et l'augmentation de la population provoquent une vertigineuse hausse des prix agricoles. Pour améliorer la situation des colons viennent remplacer la population décimée, afin de les attirer de longs contrats de fermage de 25 ans leur sont offerts. Ils défrichent la forêt et créent des domaines qui sont les "maine", "chez", "les" avec un nom de personne, ou encore ceux qui finissent en "-ière" ou "-erie". Ces nouveaux colons, dont beaucoup sont poitevins, font définitivement basculer la Saintonge de la langue d'oc à la langue d'oïl, qui s'impose peu à peu depuis le XII siècle, grâce au commerce toujours tourné vers le nord et aux populations poitevines déjà importées par les moines défricheurs du Moyen-Age. C'est avec la paix enfin retrouvée que Royan trop à l'étroit voit se créer, hors les murs le long de la Grande Conche, un faubourg, appelé à un brillant avenir, avec des maisons qui adoptent les tuiles-canal, ou tubles, tieubles ou teubles, ces tuiles rondes aux couleurs chaudes montées sur des toits en pente douce(5).
53 MARIE DE VALOIS ET OLIVIER DE COETIVY Charles VII a eu d'agnès Sorel dame de Beauté une fille, Marie de Valois bâtarde de France, élevée sous le simple nom de "Mademoiselle Marie" par l'amiral Prégent de Coëtivy(6). Elle fait un mariage d'amour en 1458, à l'âge de 22 ans, avec son ami d'enfance Olivier, frère de l'amiral, âgé de 36 ans. Le roi la légitime, lui accorde les lys de France sur ses armoiries avec une bande "ainsi qu'enfants naturels sont accoutumé à le faire", une dot de 12.000 écus d'or, des robes de noces en velours cramoisi, noir, bleu et violet, doublées de fourrures, et d'autres en damas gris, noir et violet, et surtout les terres de Royan et de Mornac, qui lui sont immédiatement rendues par la dame de Villequier. Les Coëtivy résident à Taillebourg mais viennent souvent dans notre ville, ainsi une lettre de Marie de Valois de juillet 1461 est "escript à Royan ce dimanche après souper"(7) et ils sont très unis, Marie écrit à son mari et signe "la plus que votre entièrement"(8). Selon Paul Dyvorne elle concède aux moines du prieuré de Saint-Nicolas, le fief des Epérailles, mais ne réussit pas à réaliser son rêve de fonder un hospice pour les pauvres(9). C'est sûrement sous la protection de la fille du roi que Royan voit son vieux château restauré. Comme sénéchal de Guyenne, Coëtivy faisait déjà percevoir directement la coutume de Royan à Bordeaux par son propre receveur Guillaume Guilhem, maintenant il la revendique comme lui appartenant en raison des prérogatives de Didonne "l'une des anciennes baronnies et seigneuries du pays et comté de Xainctonge", il déclare que l'intérêt des marchands est de payer la coutume de Royan car, en cas de naufrage, la cargaison leur est restituée, sinon leurs biens lui reviennent. Guillaume Guilhem suit Coëtivy à Royan comme receveur et homme de confiance(10). Olivier de Coëtivy seigneur de Taillebourg tient à hommage-lige du roi, pour "un fer de lance du priz de dix solz tornois", le "chastel et chastellenie de Didonne" avec "la baillie de Meschiers" et toutes ses dépendances soit les "ressors [ressources], deffens, garennes, bois, pescheries, eaux, rivages, naufrages et aventures, cens, rentes en blez, en deniers, en avoyne, en vin, en poulaille, tailles, corvées, fours, moulins, destroix [passages étroits], servitutes, foires, marchez, fouretz, landes, costumes [coutumes], péages, traverses et autres choses quelxconques, toute haulte, moienne et basse justice et juridicion". La seigneurie de Didonne va jusqu'au Chay de Saujon et englobe tout le territoire entre un chenau avant "Thalemont-sur-Gironde" et la moitié de la conche de Royan "près des justices [potences] de nostredicte chastellenie de Didone et de la justice dudit lieu de Royan", et Mons inclus, mais en fait il doit s'agir de Belmont. Coëtivy reçoit de nombreuses rentes de ses châtellenies, dont 50 du marché de Saujon, 22 livres 6 solz 8 deniers sur celui de Cozes, 5 tonneaux de froment du sire de Royan "à cause de son chastel et chastellenie de Mornac" et 24 livres des "pescheurs et mariniers de Mornac". Un procès oppose Coëtivy, gendre du roi, à mademoiselle de Villequier, la belle et galante "Anthoinecte de Maignelais" maîtresse du roi, au sujet des empiétements des Royannais sur sa seigneurie d'arvert qui comprend toute la presqu'île depuis "Chailleneude [Chaillevette]", la course de Brèze, la Laurède, l'étang de Barbareau, celui d'aiguedoulx, enfin la Gironde "où estoit anciennement le rivau de Breyaz [Bréjat]". Selon elle "environ Noël dernier, ung nommé Guillaume Guillem accompaigné d'un compaignon que l'on dit estre portier dudit lieu de
54 Royan, ayant avec lui une couleuvrine" a pris douze ou treize "retz ou filletz à prandre poisson appelés vernoux dans l'estang de Barbereau", puis en mai suivant, le même chevalier Guillem, avec quatorze cavaliers, a pris un "grans fillatz a pescher poisson appelé trainail" sur la côte à la course de Brèze vers Maumusson. Ces actions du "chevalier Guillem et autres ses gens et officiers" sont faites pour "estandre ladicte terre de Royan". Guillem est sommé de s'expliquer devant la "seneschaucée de Xainctonge"(11). Un autre procès oppose en 1461 frère Aimeri Bonneau, nouveau commandeur de la maison de l'hôpital au Breuil-du-Pas, à Jean de Beaumont seigneur de Rioux, de la branche cadette des Didonne, qui tient sa terre "hommagement du seigneur de Didonne". Le procès porte sur un emprunt fait un siècle auparavant couvert par une dette annuelle et perpétuelle de 20 livres de rente, dûe à la "saint Martin d'yver", un tiers en blé, un tiers en vin, un tiers en argent, mais rarement payée. Vers 1400 un seigneur de Rioux a bien cédé une paire de boeufs pour les arrérages mais, rien n'étant payé ensuite, son fils Itier n'évite la ruine en conservant son moulin de Vaux, sa seule ressource, que grâce à l'intervention de l'abbé de Vaux. Le commandeur, muni du "parchemin scellé" comme preuve de la dette explique, pour justifier son action en dépit de la prescription de 40 ans, que personne n'a pu voyager sur les routes durant la guerre pour aller en justice loin du Breuil-du-Pas, d'autant plus que le père de Jean de Beaumont était l'un des partisans de Jacques de Pons, dont le respect pour la justice était plus que douteux. Le seigneur de Rioux maintient tout au contraire que les guerres n'ont jamais empêché les affaires de se traiter avec les sauf-conduits et s'il perd son procès, il ne paie toujours pas, et l'affaire traînera en justice près d'un demi-siècle. Ce procès nous apprend que les terres, selon la coutume de Saintonge, sont démembrées à chaque succession entre les enfants, l'aîné hérite du titre et d'une simple part normale plus un "quint", un cinquième seulement(12). LA QUERELLE DES COETIVY ET DES PONS SOUS LOUIS XI. Le nouveau roi de France Louis XI fait garder la Gironde contre les navires anglais par une caraque et une nef montée de cent mariniers et compagnons de guerre. Les habitants de la région doivent faire un guet très strict et signaler l'approche de toute flotte ennemie en allumant de grands feux la nuit de proche en proche, ou en faisant des signaux de fumée le jour(13). Jacques de Pons rentre en France et réclame Royan et Mornac à Louis XI qui s'empresse de donner raison à son ancien allié contre les Coëtivy et charge Guillaume d'estuer de remettre le sire de Pons en possession de ses domaines. Les hommes de la petite troupe d'estuer arrivent à cheval le 15 novembre 1461 à Saint-Pierre. Le lendemain ils se présentent devant les portes closes de Royan et font appeler Guillaume Oudry, chevalier et procureur en charge de la place pour les Coëtivy. Oudry assisté de Henry Vallée, conseiller de Coëtivy, et de plusieurs "manans et habitans de ladicte ville de Royan", sort de la ville et reçoit l'ordre de remettre la place au roi, sous peine de "rebellion et désobeyssance". Comme Oudry refuse, il est "prins au corps" et fait prisonnier, tandis que Jehan Vidault, Jehan Grant, Jehan Jommart et plusieurs autres sont priés d'obtempérer "sous peine de confiscation de corps et de biens". Voulant parlementer entre eux, ils demandent à Guillaume d'estuer et à ses gens de se retirer
55 à Saint-Pierre, ce qu'ils font en emmenant Oudry. Avant l'heure des vêpres, les Royannais acceptent de rendre la ville où pénètrent Guillaume d'estuer et ses gens qui se logent "en l'ostel de Guillaume Guillem", lequel s'enferme au château et refuse de se rendre. Oudry, à sa demande, vient parlementer avec les gardes du château qui exigent un ordre formel de Coëtivy. Le lendemain, ayant reçu cet ordre, "ledit Guillem" fait obéissance et Jehan de Saint- Hermine, escuier" est chargé "de faire bonne seure et léale garde de ladite place de par le Roy". Mornac se rend ensuite sans problème, ainsi que l'isle d'arvert. Guillaume d'estuer va alors à Tours rendre compte de sa mission au roi qui ordonne que "les saisies et mainmises sur Pons, Royan, Mornac, Brouhe et les isles dessus dictes, feussent levées et oustées au prouffit de messire Jacques de Pons et de son fils aîné Guy", terres dont le sire de Pons est considéré "jouissant et possesseur"(14). Jacques de Pons, lavé du crime de félonie par le roi, reprend possession de Royan et perçoit la coutume par la force en tirant sur les contrevenants avec "troys ou quatre grosses pièces d'artillerie" installées à Royan, ou bien en allant les chercher "avecques des bateaulx". Souvent Pons ne se contente pas de percevoir la coutume, il confisque aussi les cargaisons et les navires(15). Coëtivy n'apprécie guère d'être dépouillé de Royan et de Mornac, pour le calmer Louis XI lui confie la châtellenie de Rochefort à titre d'indemnité provisoire durant le procès qui risque d'être long, afin qu'il "ait mieux de quoy vivre et entretenir honorablement l'estat de luy et de nostredicte soeur naturelle"(16). Le procès dure effectivement longtemps, certains jugements sont favorables aux Coëtivy qui se voient pourtant brutalement dépossédés par le roi en octobre 1465 de Taillebourg, et de Rochefort qui leur est rendu l'année suivante(17). Coëtivy conserve cependant Didonne "ruiné au temps du Prince de Galles" que le roi lui permet de rebâtir et de fortifier(18). L'année 1468 connaît des conditions atmosphériques sont telles que le vin gelé doit être coupé à la hache et vendu au poids(19). Deux ans plus tard, c'est la terrible peste qui sévit à nouveau en Saintonge. Jacques de Pons, dont le Grand Conseil a pourtant annulé toutes les prétentions, rend encore hommage lige pour Royan et Mornac en 1472 et en 1473 mais Olivier de Coëtivy s'y oppose(20). La situation est confuse, d'après des témoins Jacques de Pons reste à Royan jusqu'en 1472, mais Olivier de Coëtivy y revient puisqu'il poursuit luimême trois navires bretons qui passent sans payer et les ramène au port. Heureusement sa femme intervient en leur faveur car les équipages sont originaires du même pays que lui, aussi au lieu de confisquer les navires, il les laisse repartir après avoir pris seulement un ou deux tonneaux de vin pour les droits de coutume. Même si la coutume de Royan a déjà été payée à Bordeaux il la fait payer localement "ribon ribayne" une seconde fois(21). Jacques de Pons meurt en 1473 ainsi que Marie de Valois qui s'éteint à 37 ans en laissant un renom de sainte. La querelle n'en continue pas moins comme le prouve le défi, et quel défi, lancé le 3 mai 1474 à Olivier de Coëtivy "Monseigneur de Taillebourg" par Guy de Pons, le fils de Jacques. Il déclare entre autres: "Je croy que este bien recors, sy vous prétendiez avoir droit sur Royan et sur Mornac", puis il ajoute "Vous avez faucement et mauvaisement menty par votre gorge comme faux, mauvais et déléal chevallier que vous estes de l'avoir dit ne fait dire. Je vous dis et fait sçavoir que, avecques le bon plaisir et vouloir du Roy, qui pardevant luy, je vous en couperay la teste, à l'aide de Dieu et de Nostre-Dame, en quelque
56 lieu et place que vous voudrez vous trouver, je le vous en maintiendray"(22). Louis XI, qui avait toujours soutenu Jacques de Pons, change subitement de politique et "pour faire jouïr Olivier de Coëtivy" de ses droits nomme Anthoine de Maigny, ou Maigné, gouverneur pour garder la place et le chastel de Royan. Guillaume Guilhem toujours receveur de la coutume note que Maigny, qui reste trois ans en poste, ne fait "pas grant poursuyte de lever ladite coutume", parce qu'il n'y prend "rien à son proffit"(23). Louis XI, en visite à La Rochelle en 1472, "aboune" à nouveau les gens d'arvert qui sont sur la frontière des Anglais et ont dû monter la garde nuit et jour et ont eu des prisonniers(24). C'est sans doute à ce moment-là qu'il vient à Royan, car un témoin déclare connaître Charles de Coëtivy depuis que "le Roy fit son entrée en ceste ville"(25). Olivier de Coëtivy écrit le 23 février 1475 une lettre, portée depuis Taillebourg à cheval par le procureur de Royan, à son jeune fils Charles âgé de 13 ans, où il mentionne qu'il n'écrira plus "car je m'en ayde à dextre et à senestre de tenir la tasse et le verre, et ainsi ne me sçay ayder de la plume", il est donc incapable de tenir un objet d'une seule main(26). Ce même mois, le prieur de Saint-Pierre de Royan anoblit la seigneurie de Mons "avec ses trois journaux de terre autour". Elle appartient alors à Pierre Mercier et va être acquise peu après par la famille Gua(27). CHARLES DE COETIVY. Louis XI rend les châtellenies de Royan et de Mornac à Olivier, mais conserve les châteaux sous la garde de son gouverneur de Maigné. Olivier cède aussitôt les deux châtellenies à son jeune fils Charles tout en continuant à s'en occuper, en échange il restitue Rochefort au roi(28). Olivier est toujours en procès avec Antoine de Villequier, fils d'antoinette, au sujet de la délimitation des terres d'arvert et de Royan, et il fait citer 34 témoins, dont certains ont de 80 à 100 ans mais, quand l'espérance de vie à la naissance est de 35 ans, ces âges avancés ne doivent pas faire illusion car les hommes ont tendance à se vieillir pour paraître mieux conservés. L'enquête montre que le conflit provient du "rivau dudit lieu de Berjaz [Bréjat]" qui sert de limite entre les châtellenies et qui a pris un nouveau cours à cause des sables "environ demye lieue plus près dudit lieu de Royan". Les témoins du procès déclarent aussi que "les habitans de ladicte chastellanie devers la couste" ont la permission de ramasser le bois de chauffage et d'y faire paître leurs "bestes porcines et aumailles [bêtes à cornes]", un témoin dit y avoir "esté à prandre plusieurs bestes sauvages, tant noyres que fauves", dont "portoient le cartier de devant par droit de seignourie, aux officiers dudit lieu de Royan". Ces officiers sont toujours informés des naufrages qui ont été dans les derniers dix-huit ans "en si grant nombre qu'il ne sauroit déclairer". Les témoins précisent que Royan englobe les paroisses de Saint-Augustin, Saint-Palais et Vaux, et que "l'ance de Berjaz", avant d'être envahie par les sables, était "fort parfonde, large et spacieuse, en laquelle se retiroient les navires" de la Gironde "par malice de temps et de tormente"(29). L'avancée du désert se poursuit donc et les hameaux de Palatreu, Charadol et Sternusson au sud de Saint-Augustin ont déjà disparu sous les sables(30). Louis XI oblige Olivier de Coëtivy à donner sa fille aînée en mariage à Maigné et, à cette
57 occasion en janvier 1479, il donne enfin l'ordre à ce dernier de livrer les châteaux de Royan et de Mornac puis reconnaît publiquement tous ses torts envers les Coëtivy, en particulier pour Royan et Mornac auquel le sire de Pons "n'y avoit jamais eu droit"(31). Olivier, malade, fustige encore Antoine de Villequier qui chasse sur ses terres dans une lettre du 5 mai 1480 où il dit "Par Dieu, si je estoie sus pieds, je mettroie peine de me venger bien fort", mais il n'en a pas l'occasion car il meurt deux mois plus tard(32). Et c'est Guy de Pons qui reprend par la force la terre d'arvert à Antoine de Villequier et la conserve malgré un procès(33). Les chroniques signalent que les habitants de Saujon gagnent un procès contre Charles de Coëtivy pour le droit de guet et font apposer le jugement "au poteau de la Halle" de Saujon(34). Elles signalent aussi que Talmont a une viguerie et que son châtelain collecte de nombreuses taxes et coutumes en particulier sur le bois, la viande et le vin vendu à la taverne ou en gros, conserve le tiers des amendes, a droit à un crieur public et pour une exécution doit fournir un bourreau à ses frais(35). La longue inimitié entre les Pons et les Coëtivy se résout enfin, sans effusion de sang, quand François, fils de Guy de Pons, épouse Marguerite, soeur de Charles de Coëtivy, le 15 novembre 1483. Le contrat de ce mariage de raison confirme la cession à perpétuité par Charles VII des villes, châteaux, et châtellenies de Royan et de Mornac à Coëtivy et à Marie de Valois. Si le sire de Pons maintient pour sa part que "Loyse de Mastaz avoit papieça vendu, cédé et transporté les seigneuries de Royen et de Mornat à Regnaud de Pons pour 250 livres tournois d'annuelle et perpétuelle rente et 40 livres tournois sur le port et coustume de Royan, pour la garde desdites places, à garder et entretenir contre les Angloys, ennemy de France", finalement il se désiste de tous ses droits et est condamné à une amende de 1.050 livres parisis parce que son aïeul a dépossédé les Coëtivy de Royan et de Mornac. Amende facilement payée sur la confortable dot de la mariée qui se monte à 20.000 livres tournois. Charles de Coëtivy peut enfin jouïr en paix de ses deux châtellenies et en 1486, il obtient du roi Charles VIII l'érection de ses terres de Didonne, Mortagne, Rochefort, Mornac, les Gons, Royan, Faye, Cozes et Saujon en comté sous le titre de Taillebourg(36). Charles de Coëtivy fait enquêter sur la coutume de Royan, qu'il revendique comme son bien seigneurial et qu'il fait payer une seconde fois sur place, même si le maître de navire présente les "brevetz et quitances" du comptable bordelais. Il s'oppose en cela au procureur du roi pour lequel il s'agit d'une coutume royale, et au comptable de Bordeaux qui en réclame le paiement dans cette ville. Cette enquête porte aussi sur la sécurité de la ville, les témoins royannais précisent qu'ils connaissent les "venues, entrées et yssues et situacions du chasteau, ville et place de Royan", et l'un ajoute "tant par eaue que par terre". Cette place, jugée fort dangereuse "si brigans et mauvais garçons y estoyent", ne nécessite plus de faire le guet la nuit, car elle est tenue "en bonne seurté et garde" par Coëtivy qui y assure aussi, selon eux, une bonne justice(37). Quand les nobles sont à la guerre "hors du pays de Xainctonge", Charles est chargé "pour tenir en seurté ledit pays de Guyenne et obvyer aux descentes et entreprinses que les ennemys et adversaires de mon dit seigneur le Roy et du royaume se sont vantez et pourroient faire en icelluy par les rivières de Gironde, de Seuldre et de Charante" de mettre en "villes, chasteaulx et places de Royan sur Gironde, Mornac sur la Seuldre et Rocheffort sur Charante" et "pour la garde et seurté d'icelles, pour chacune place troys gentilzhommes, lesquelx seront tenuz y faire résidence, choisiz et esleuz des plus
58 seurs et feables"(38). Afin de conserver ses sujets de Didonne qui risquent de s'expatrier vers des terres moins imposées, Coëtivy est contraint de baisser le terrage de 1/8 à 1/9 et en outre il accorde, en forêt de Didonne, le droit de pacage pour le bétail; celui de paisson pour deux porcs à chaque laboureur possédant un boeuf, pour un seul porc à celui qui laboure à bras; le droit d'utiliser des "pins verds" pour la construction de charrettes et chariots, du "boulleau" pour les balais; le droit d'y ramasser des ajoncs et des brandes et l'usage de l'abreuvoir de Gourbault. Il abolit le droit de guet "à raison de cinq sous par feu et par an, réservé le cas où il y aurait lieu de construire une forteresse"(39). Les nouvelles terres cultivées sont pourtant si nombreuses que le prieur de "Sainct Nychollas lez Mornac" s'adresse à Coëtivy pour lui rappeler que ses prédécesseurs ont échangé leurs moulins avec le four à ban pour cuire le pain, avec le droit de prendre le bois de chauffage nécessaire, mais "despuys troys ou quatre ans en çà mondit seigneur, quequessoit ses officiers en ladicte chastellenie, ont arenté toutes lesdictes landes, tellement que à présent ledit prieuré est frustré de sondit chauffaige et ne scet où prendre boys pour chauffer ledit four". Le droit d'avoir des brandes pour chauffer son four lui est aussitôt rendu(40). Le 23 mai 1490 une nef de 200 tonneaux ou "horque d'allemaigne arrivant de la grant mere d'espaigne, hors de l'île de Cordouan, laquelle fut habandonnée, laissée à la mere toute entière", puis sauvée par les marchands et mariniers de la ville qui veulent la garder(41). Des Bretons tentent de la récupérer et pour la défendre "furent emploiez plusieurs pièces d'artillerie, arbalestes, brigandines et autres bastons estans en chasteau dudit Royan et a quoy fut emploié et perdu grand nombre de pouldre et de traicts"(42). Toutes ces armes appartiennent à Charles de Coëtivy qui, arguant de son droit d'épave, réclame le navire et fait jeter en prison les Royannais Jehannot Esmes et Micheau Mousnier qui ont sauvé l'épave. La nef lui est remise mais le Conseil d'etat est saisi et l'affaire se règle aux dépens du peu scrupuleux Charles en octobre 1498. Par contre celui-ci tient "quitte les Royannais de certaines taxes doublement levées" par lettres testamentaires du 30 décembre 1505, Guillaume Gua seigneur de la Touche en sera l'exécuteur. Ce testament signale que Charles de Coëtivy fournira, chaque jour, un garde à la porte de la ville "depuis qu'elle sera ouverte, jusqu'à ce qu'elle soit close" et les habitants devront fournir un second garde, tout défaillant devra payer 10 deniers. Pour le guet "au chasteau et sur la muraille, le capitaine ou le lieutenant du chasteau choisiront huict hommes chaque nuict et le feront savoir en faisant crier par trois fois à l'establye, si un homme est manquant, il sera remplacé par un autre, loué, et il en coutera au défaillant 10 deniers". Chaque habitant sera appelé à faire le guet tous les 40 à 45 jours, mais ceux du "Broil du Pas" et du marais de Mornac ne sont pas inclus dans ce compte(43). Nous pouvons en conclure qu'il y a alors environ 350 hommes en état de porter les armes dans la châtellenie de Royan. LA TRISTE HISTOIRE DE LOUISE DE COETIVY DAME DE ROYAN Charles de Coëtivy n'ayant pas de descendant mâle, c'est sa fille Louise qui hérite de la châtellenie. Le 7 février 1501, elle épouse Charles de La Trémoille, ou La Trémouille, prince
59 de Talmont en Poitou et de Mortagne. Royan passe ainsi dans l'illustre famille des La Trémoille. On a longtemps cru qu'un jeune noble figurant sur un émail du musée de Cluny, dit "émail de Saint-Pierre de Royan", était Charles de La Trémoille. En réalité il représente Louis XII et n'a pas été fait pour notre église Saint-Pierre, mais pour celle de Rogliano dans le royaume de Naples, comme l'a montré une excellente étude du chanoine Tonnellier(44). Ce même Louis XII, le Père du peuple, accorde 2.000 livres en 1507 pour reconstruire en quatre ans les murailles de Royan dans lequelles "la grande impétuosité et tormente de la mer" a fait une énorme brèche de 80 à 100 brasses. Le roi juge indispensable de faire cette réparation car la ville de Royan "belle place et forte" reçoit encore de nombreux "marins angloys ou autres estrangers" et l'état de ses murailles la laisse à la merci d'une attaque. Bien que Royan ait été "reprise d'entre les mains desdits angloys" depuis environ 55 ans, Louis XII craint encore que les Anglais en profitent pour réoccuper la chastellenie et le pays circonvoisin et menacer Bordeaux et la Guienne. Comme les Coëtivy ont toujours bien entretenu et réparé le château et que les habitants payent déjà au roi les tailles, subsides, coutumes et autres, et sont donc trop pauvres, le roi décide de faire ces réparations à ses frais(45). Charles de La Trémoille se bat si vaillamment aux côtés de François I à la célèbre bataille de Marignan le 14 septembre 1515, qu'il meurt après avoir reçu plus de soixante blessures. Sa jeune veuve devient folle de douleur, elle est déclarée "lors en démence" dès 1520, mais n'en conserve pas moins ses titres et reste dame de Royan jusqu'à sa mort en 1553 à l'âge de 72 ans(46). En fait, son fils François baron de Royan succède effectivement à son père en tant que curateur(47). Il épouse Anne de Laval qu'il décrit si joliment "J'ay bien regardé partout et la trouve taryblement de ma fanstesye"(48). François I confirme le 13 mars 1520 l'exemption de toutes tailles, aides et gabelles accordée aux habitants des îles de Marennes et d'arvert par Charles VIII en 1443, puis par Louis XI moyennant une contribution annuelle de 600 livres(49). Les dîmes, tailles, et droits coutumiers sont fort importants pour les autres habitants, aussi ceux des paroisses de Saint- Georges, Médis, Semussac et Meschers, écrivent en 1525 au roi François I pour lui demander de "les souillaiger de certaines petites sommes de deniers, qu'ilz puissent aisément porter leurs tailles, aydes et equivallens qui sont imposés sur eulx chascun an". Beaucoup ne peuvent payer et doivent quitter la châtellenie, qui a ainsi de moins en moins d'habitants, car en plus des taxes normales,ils doivent "faire le guet à la coste, eulz armer et tenir en aquippage de guerre a leurs propres deniers et despenses et laisser leurs propres affaires" à cause de la "facille descente que les ennemys peuvent faire sur les terres de ladite châtellenie", "ladicte coste et gueulle de Gironde en cest endroit demeure avceques peu de deffence et resistance ausdictz ennemys". En échange de quoi, ils sont prêts "jamès pryer Dieu pour Vostre sacrée majesté"(50). C'est peut-être en réponse à ces plaintes que François I crée des compagnies de gardes-côtes dont un capitaine réside à Royan. Un "inventoyre" [inventaire] détaillé du château de Royan daté du 3 avril 1522 nous est parvenu. Dans le corps principal du château se trouvent au rez-de-chaussée la grande "gallerye" avec des pièces d'artillerie, la chapelle avec un parement de serge mesuré avec l'aulne de Royan", donc avec une mesure de longueur propre à notre ville, et la "queusine"
60 [cuisine]. Au premier étage, il y a la salle haute dudit chasteau avec notamment un banc, un buffet, deux grands coffres, et "sept pièces de tapisserye faictes à bandes", puis trois chambres. Deux tours encadrent le corps principal, la tour Burgault, très certainement près de la mer puisqu'elle contient un important arsenal militaire, et la tour Gloriette, vers la ville, est l'ancien donjon puisque l'on y trouve la "basse fousse", le cachot. L'arsenal militaire assez complet confirme l'utilisation guerrière du château dont le mobilier civil est insignifiant(51). La "monstre [revue]" des forces de la paroisse de Saint-Augustin est encore faite "de par Madame" Louise de Coëtivy à Royan le 16 août 1536. "Loubet du Gué, escuyer, seigneur de Mons en sa chastellenye dudit Royan, pour conduyre la commune dicelle comme il appartiendra et voyr s'ilz sont embastonnez et armez jouste l'ordonnance à eulx faicte pour la conservation du pays et obvation de nos ennemys". Pour repousser une descente éventuelle des Espagnols ou des Anglais, la force de Saint-Augustin, à laquelle même les prêtres doivent se joindre, ne se compose que de 34 hommes, dont un seul Pierre Bonnault a une arme à feu, une "Acquebute", les autres ont en majorité des "arbalaistes garnies", mais aussi des "demye picques, javellines, dagues et espées"(52). A la mort de François de La Trémoille le roi charge sa veuve Anne de Laval d'administrer la personne et les biens de sa belle-mère(53). Ses revenus des terres en Saintonge sont de 3.000 livres pour Taillebourg, 1.800 pour Didonne, 1.200 pour Cozes, 1.000 pour Royan, 500 pour Mornac et 300 pour Saujon(54). Au moment où la mort est "preste à échoir de Louise de Coëtivy leur aïeule", le 23 avril 1551, les quatre fils de François se partagent son héritage. Le fils aîné Louis reçoit Didonne, Cozes et Meschers, le second François n'a rien en Saintonge, le troisième Georges devient baron de Royan et de Saujon, enfin le benjamin Claude reçoit Mornac(55). Quant à Louise de Coëtivy, elle repose enfin près de son mari bien-aimé dans le tombeau de famille orné d'un gisant où ils figurent côte à côte. LA "TRES DANGEREUSE RYVIERE DE GIRONDE" AUX XV ET XVI SIECLES. L'estuaire de la Garonne est de plus en plus appelé Gironde. Ces deux noms sont dérivés de l'ancien Garunna, Garonne en est la prononciation gasconne, et Gironde la prononciation saintongeaise en passant par la forme Garunda plus latinisée. On l'appelle aussi parfois rivière de Bordeaux ou mer Cordouane. L'estuaire de la Gironde est rendu dangereux par les bancs des Anes et, hors les Anes, c'est l'océan. Des noms d'animaux comme les ânes abondent dans la toponymie littorale. Pour entrer ou sortir il y a trois passes, celle des Anes au centre, celle de La Coubre au nord, et celle de Pas-de-Grave entre Cordouan et le Médoc. La "passe des Anes", au dessus de Cordouan, est la plus importante bien que très étroite, dangereuse de nuit ou par temps bouché; elle mène les navires, en évitant les bancs, droit sur la terre de Saintonge vers La Coubre et l'anse de Bregerac ou Bréjat, puis Terre Nègre, "the black shore [le rivage noir]" en anglais, et la rade de Royan(56). L'estuaire est très fréquenté, 587 navires passent devant Cordouan en 1509 d'après le document fiscal de la tour(57). La coutume de 6 sous par navire, affermée à 300 livres tournois par an, est destinée aux ermites pour les frais d'entretien du feu du fanal(58). D'après l'excellente étude de Jacques Bernard sur la navigation en Gironde entre 1400 et 1550, l'estuaire est très dangereux, le risque y est grand et les naufrages fréquents à cause de la
61 "grandissime furie" des vents en cas de mauvais temps. D'ailleurs les navires ne se détournent pas du large pour venir s'y réfugier et la descente et la remontée de l'estuaire sont si difficiles qu'il faut plus de temps, au moins deux jours, pour aller des Anes à Bordeaux que de Royan en Bretagne avec des navires qui filent cinq à six noeuds. Les navires de haute mer sont toujours des nefs, mais dès la fin de la guerre de Cent Ans elles ont trois mâts. Le commerce reste tourné vers l'europe du nord, les nefs sont bretonnes ou hollandaises, mais surtout anglaises, la nationalité s'affiche aux mâts avec des étendards ou des flammes. Dès 1466, la coutume de Royan signale un nouveau type de trois mâts plus moderne, breton à l'origine, la caravelle qui va s'imposer massivement dès la fin du siècle, elles vont de 15 tonneaux pour la Michelle, 20 pour l'andré, toutes deux de Talmont, jusqu'à 150 tonneaux. Le terme général de navire s'impose, celui de bateau est réservé aux petits navires inférieurs à 10 tonneaux ou aux embarcations de bord qui permettent d'aller à terre. La rade de Royan n'est qu'une "méchante rade" exposée au ressac, à de violents courants, et battue par les vents d'ouest. Afin de mieux tenir les nefs en rade, celles-ci utilisent cinq ancres au moins, et pourtant il y a parfois des collisions involontaires entre navires, comme cela arrive au Mary-Gabryell le 18 mars 1537. Dans l'attente de vents favorables, les navires doivent parfois y rester une semaine ou plus et la rade ressemble alors à une petite ville flottante avec plus de 50 nefs au mouillage. Ces navires à l'ancre connaissent, en plus du risque de la mer, celui des naufrageurs, des corsaires et des pirates dont ils deviennent une proie facile. Cela arrive au moins trois fois, le 25 janvier 1490, le 28 mai 1522 lorsque deux galions avec chacun 70 corsaires espagnols viennent y aborder un navire portugais, et à nouveau le 31 janvier 1545. Certains de ces abordages sont douteux, celui de 1522 semble avoir été fait d'un commun accord car pirates et victimes repartent ensemble "en chantant et en faisant bonne chière". Quant au port de Royan, ce n'est qu'un petit port d'échouage sans grande protection vis-à-vis de la houle. L'estuaire n'est pas un fleuve d'eau douce mais une dangereuse mer d'eau salée parsemée de cadavres de gabares "affondrées". Il est peuplé de bateliers, classe dynamique occupée au cabotage, et de pêcheurs côtiers. Ces riverains préférant la navigation côtière qui les laisse "proffiter pour leur vie et famille qu'ilz ont en leurs maysons". Le cabotage est la seule méthode économique de transport pour les lourdes charges et les longues distances car il faut trente ou quarante charrettes pour décharger une seule grande gabare. Les charrettes sont de lourds véhicules qui ne peuvent transporter plus de deux barriques, soit environ 500 kgs, à l'allure très lente des boeufs encore retardée par le mauvais état des routes. Elles amènent les marchandises jusqu'à la grève à basse mer où le navire échoué charge ou décharge "à la planche" qui relie le pont du bateau au sol(59). Le frêt vers la région bordelaise est exclusivement le sel exporté par les ports de la Seudre. La cargaison moyenne est inférieure à un cent, mesure de Seudre, soit un peu moins de trois de nos tonnes pour chaque pinasse ou gabare. Le froment de la riche campagne de Cozes est exporté par Talmont et Meschers, et celui de Médis par Royan qui exporte également un peu de vin et du poisson. Ces navires retournent à vide les trois quarts du temps, par manque de frêt de retour; sinon ils transportent le froment pour la région saunière de la Seudre qui en manque toujours, le vin, et quelques marchandises diverses en quantités négligeables, comme le miel et les draps. Il faut naturellement ajouter à ce cabotage le transport de personnes, mal connu
62 car il ne paie pas la coutume(60). Les pêcheurs vont en mer durant la belle saison et vendent leurs poissons dans l'arrière pays, le reste du temps ils sont paysans ou vignerons. On consomme alors de grandes quantités de poissons, à cause des longs carêmes de l'eglise et pour pallier au manque de viande. Ces poissons sont mangés frais sur place ce qui est le plus agréable, sinon salés, séchés ou fumés, comme le hareng qui reste le poisson le plus populaire. On pêche les maigres, fort semblables aux bars, les mules, l'anguille et la lamproie appréciées par nos gourmets locaux, mais surtout le poisson le plus noble, le créac ou esturgeon, surtout demandé pour figurer dans les festins d'apparat. La sardine fait son apparition au XVI siècle, appelée à l'origine "arrouy" ou "rouyau" d'après sa couleur rouge sanguine, la sardine finit par prendre le nom, très proche phonétiquement, de "royan" puisqu'elle est pêchée en abondance par nos marins(61). Cette soudaine apparition est mal expliquée mais la disparition des baleines dans l'estuaire, leurs principales ennemies, peut avoir favorisé leur prolifération. Les habitants ramassent aussi à la main sur les platins des huîtres et des moules. Le droit de pêche est une coutume appartenant au seigneur local, au port de Meschers celle des maigres "prises et abordées" est affermée 50 livres par an, celle des raies 112 sous deniers. Le seigneur dont le domaine s'étend jusqu'à la mer a droit au poisson d'épave comme les dauphins, les marsouins, et les baleines. C'est ainsi que le 10 octobre 1486 "ung grant poisson appelé Morhoux, prins à l'entrée des douhes de Royan par le capitaine et officiers dudit lieu" est envoyé Charles de Coëtivty "comme son droit d'aventure de coute [côte]". Il se réserve la tête de ce "poisson de forme de doulphin" puis envoie la moitié à la comtesse d'angoulême et distribue des morceaux "en plusieurs lieux"(62). La pêche côtière dans ces eaux dangereuses est une excellente école pour nos hardis marins, qui ne sont nullement des marins d'eau douce. Certains deviennent d'excellents pilotes lamaneurs qui aident les navires à entrer et sortir de l'estuaire. Cela leur donne une ouverture d'esprit internationale car ils doivent connaître des rudiments de langues étrangères. Leur activité est régulière à partir de 1540 et le tarif de 3 écus sol de Royan à Bordeaux, et 6 écus depuis l'extérieur de l'estuaire, leur permet de gagner largement leur vie. Certains préfèrent partir pêcher la morue sur les terre-neuvas de La Tremblade, des caravelles à trois-mâts, ou sur ceux de Royan comme le Marie de Royan, un trois mâts de 80 tonneaux. Certains autres tentent l'aventure sur des navires modernes comme le Sacre de la Rivière Seudre, appelé aussi le Sacre d'arvert, un galion de 100 tonneaux qui réalise la synthèse de la galère et du baleinier et qui, avec de l'artillerie et des compagnons armés part pour la "Guynée", les Antilles, le "Brésilh" ou "les isles du Peyrou". Les navires du cabotage des ports de Talmont, Meschers, Royan, et de la Seudre, sont des gabares, des barques et des pinasses d'environ 30 tonneaux, ceux pour la pêche sont des filadières, genre de gondoles de un à quelques tonneaux, allant principalement à l'aviron. Nous avons la description, d'une petite caravelle royannaise de 25 tonneaux, vendue le 20 juillet 1518, la Marie de Royan appartenant à Pierre Bonnault de Saint-Augustin, pour "huit vingtz dix [170] livres tournoises", qui est gréée de deux mâts, le grand mât avec le tref, et le mastereau ou "misanne davant", également avec une voile carrée, le "cours de tref". Ces navires de cabotage portent des noms de personnes ou bien des noms religieux, ils sont fabriqués localement sur des chantiers de plein air. La coque est noircie au goudron, la quille
63 travaillée à la hache et à l'herminette est en chêne, le mât unique conserve une voile carrée qui est en chanvre, utilisé aussi pour la "fillasserie", les filins, et pour les filets de pêche(63). Les navires de moins de 40 à 50 tonneaux ne sont pas pontés, aussi les marins craignent les naufrages et redoutent l'hiver avec son mauvais temps, mais aussi les tempêtes d'été parfois effroyables comme celles du 10 août 1518 ou du 22 août 1537 (64). Ces navires ont en général un homme par tonneau. Les barques de pêche, qui ne dépassent jamais 20 tonneaux, ont trois hommes d'équipage, un maître avec son sifflet d'argent, un matelot qui n'est pas tenu à une obéissance servile et un mousse d'une dizaine d'années souvent embarqué avec son père. A terre les marins portent des habits de couleur vive, le maître arbore un chapeau rouge, un tricorne, et l'équipage un bonnet rouge. S'ils ne sont pas riches, on dit "povres comme mariniers", ils viennent pourtant se défouler après un dangereux voyage en mer dans les tavernes royanaises qui sont, avec les dunes près de la ville, des lieux de débauche où les marins se sâoulent, se battent, jouent leurs salaires et surtout troussent les filles(65). PORTULANS, GRAND ROUTIER ET COSMOGRAPHIE La navigation au long cours, bien qu'aidée par des compas et des "orloges", des sabliers, se fait encore de cap en cap au plus près des côtes en se guidant sur des amers, ces constructions bien visibles qui servent de repères, et en vérifiant les fonds avec des sondes. Les marins disposent de portulans, ces cartes manuscrites, rares, rudimentaires, souvent fausses, où l'orthographe des noms est fantaisiste, ainsi Royan est écrit Roan, Rogan, Roina, Roain, Ronai, Roani, Ronna, Royano, Roin, Riaunt, Royen, Roam, Roane, Roanete, Roany, Ruan, Rian, Roin, Roma, Rouna, Roayant, Roaem, Roo Tanen ou Rotuna, en anglais "Ryon, Ryan ou Ryand rode [rade]"(66). Par exemple, le portulan d'andrea Bianco indique en 1436 deux Royan côte à côte, l'un écrit "Ronai" et l'autre "Rogan", et le portulan de Berlinghieri vers 1480 montre Blaya [Blaye], curieusement mentionné à la pointe d'une presqu'île, et Roan [Royan] avec Talamon [Talmont] situés entre la Dordogne et la Garonne. Aucun de ces portulans ne permet d'entrer en Gironde car les passes et les bancs ne sont pas indiqués, c'est encore le cas un siècle plus tard avec une carte comme celle de Guillaume Postel, pourtant plus précise(67). Pour le navire qui ne prend pas de pilote et dont le maître sait lire, ce qui n'est pas courant, les guides, comme le Grand Routier ou la Cosmographie, résument les connaissances nautiques et sont moins dangereux à utiliser. Le Grand Routier de Pierre Garcie dit Ferrande publié en 1483 est un ouvrage très technique. Pour entrer en Gironde il conseille aux marins d'éviter les "dangers des Asnes de Bordeaux", reconnus grâce aux sondages, mesurés en brasses tant de jour que de nuit, et le banc de sable de la Mauvaise. Les amers mentionnés sont la Tour de Cordanne [Cordouan], "le gros puits de sable en la pointe de l'ancre de Bregerac [anse de Bréjat]" soit les dunes de La Coubre, la pointe de Terre Nègre, Ryan ou Rian [Royan] "premier chasteau de la rivière devers le nort", puis la pointe de Meschers à deux lieues, devant laquelle "y cort si fort de jusent que c'est merveille et au travers d'icelle y a un danger qu'on appelle les Margarites", enfin Tallemond [Talmont], le second château, est deux lieues plus loin. Pour le marin qui
64 veut mouiller dans notre rade il conseille: "Si tu veux poser à Ryan, pose en amont du chasteau, tant qu'on voye l'eglise parrochiale devers le suest du chasteau & pousse assez près de terre. L'église parrochiale de Ryan est hors la ville", il s'agit donc bien de Saint- Pierre(68). La Cosmographie est publiée en 1545 par Jean Fonteneau(10), dit Alfonse de Saintonge, capitaine pilote de François I, grand navigateur au long cours venu souvent sur nos côtes, on lui attribue(11) l'invention de la voile du perroquet et il serait le Xénomanès du pays de Salmigondois de Rabelais. Jean Fonteneau fait la distinction entre la Garonne et la Gironde, de Blaye à l'embouchure qui a "bien trois lieues de large à son entrée", avec une petite île "tout environnée de rochiers" portant "une haulte tour", Cordouan, et des "bans de sable dangereux" appelés "les Asnes". La rivière a trois entrées, la meilleure est entre les Asnes et la tour de Cordouan, l'autre est entre les Asnes et la "terre ferme dite la Coubre" mais n'est "que pour petitz navires", la troisième est "devers le su [sud] de la tour qui est dicte le Pas de Grave et s'entre au long de la coste de la terre de Médoc"(69). Fonteneau a dessiné une carte manuscrite de la "tres dangereuse ryvière de gironde" ou "ryvière de bourdeaulx"(70). Cette carte indique bien les bancs de sable à l'embouchure avec les Anes séparés par "Laconde", sans doute le chenal où il faut sonder, puis "Lemavais" le banc de la Mauvaise, Ricordane [Cordouan], avec sa tour dominée par une lanterne, la pointe de Lacobre [La Coubre], puis Marane [Marennes] avec son clocher juste après la Seudre à peine indiquée, Roiant, des moulins, ceux de Meschers, enfin Talemot [Talmont], avec ses deux grosses tours. Entre Arvert et Oléron le pertuis de Maumusson est alors tantôt engorgé et tantôt assez ouvert, étroit et peu praticable(71). D'après certains témoignages c'était au XIII siècle un fossé qu'on pouvait sauter avec l'aide d'un bâton(72). Palissy signale encore que certaines personnes du pays prétendaient l'avoir traversé autrefois "en ayant mis seulement une teste de cheval ou de boeuf à un petit fossé, ou autrement petit bras de mer"(73). Par contre, c'est un pertuis considéré comme terrible par Rabelais(74). Royan par Fonteneau, la plus ancienne représentation que nous connaissions, montre une forteresse avec son donjon et ses murailles, telle que tous les marins ont pu l'apercevoir au sommet de la falaise de Foncillon depuis le XII jusqu'au milieu du XVI siècle. En effet, rien ne marque en Saintonge la fin officielle du Moyen Age un siècle plus tôt. CHAPITRE V LA RÉFORME ET LES GUERRES DE RELIGION. LES LUTHÉRIENS D'ARVERT (1546). La Renaissance à Royan, un peu tardive, est marquée par l'arrivée du protestantisme. Un moine allemand, Martin Luther, se révolte contre une église catholique décadente avec ses prêtres souvent ignares et ses prélats prévaricateurs, absentéistes et parfois même incroyants. Il jette les bases de la Réforme et quelques moines défroqués, influencés par sa doctrine, se réfugient en Saintonge pour prêcher en paix "aux Isles d'allevert loin des chemins
65 publics"(1). Pour Théodore de Bèze, le lieutenant de Calvin, la Saintonge est "pleine de toutes manières de délices", mais par contre "aux Isles vivent les plus desbauchés, les pyrates et escumeurs de mer" et les malfaiteurs dont le reste de la France ne veut plus. En particulier "l'isle d'arvert" est habitée par des "gens de marine c'est-à-dire presque sauvages et sans aucune humanité, mais au reste fort vaillans et hardis sur mer où ils font de grans voiages jusques aux plus lointains pays et au reste fort fidèles au Roy, aians toujours repoussé vaillament tous ennemis, sans aucune aide de gendarmerie, à raison de quoy les Roys de France les ont toujours affranchis de toutes tailles, subsides et gabelles"(2). D'après une description faite par Elie Vinet, Arvert est alors un désert de sable, un "fort bon païs et terre fertile, mais a cause qu'il n'est bordé de quelques bons rochers pour le défendre des vagues, la mer le mange petit a petit et avecque l'aide de son vent, le couvre tout de sable, de sorte que nos chevaus montoient sans grande peine jusque a la sime des plus haus chesnes. Ce sable marche avant et gagne païs. Nous arrivasmes a la sime d'ung mont qui, de loin, nous decouvroit comme quelque clocher, la ou nous trouvasmes une église ou pour mieux dire les murailles d'une église, dedans laquelle il nous fut aisé d'entrer par la ou avoit autrefois esté le toit", il doit s'agir de Notre-Dame de Buze(3). Frère Nicole Maurel, ancien moine de l'ordre des Célestins, Philibert Hamelin, ancien prêtre catholique, René Macé, ancien franciscain maître d'école à Gémozac, prêchent si bien qu'on ne parle plus que des luthériens d'arvert, on en parle trop et le pouvoir royal décide de sévir contre ces nouveaux hérétiques en réactivant la Sainte Inquisition(4). Collardeau procureur fiscal, "homme pervers et de mauvaise vie" selon Bernard Palissy, obtient de l'évêque de Saintes l'arrestation des prédicateurs. Ils sont tous emprisonnés à Saintes et "ces pauvres gens furent condamnés a estre desgraduez et vétus d'accoustrements verds afin que le peuple les estimast fols ou insensez et qui plus est, comme ils soutenoyent virilement la querelle de Dieu, ils furent bridez comme chevaux, auxquelles brides y avait en chacune une pomme de fer qui leur emplissoit tout le dedans de leurs bouches, chose fort hideuse à voir"(5). Sauf Hamelin qui renie sa foi pour échapper au supplice, le tribunal de l'inquisition de Bordeaux les condamne à mourir sur le bûcher. Frère Nicole Maurel supplicié à Saintes le 5 avril 1546 et René Macé à Libourne en août de la même année, sont les deux premiers martyrs protestants en Saintonge(6). LA REVOLTE DES PITAUX (1546-1554). La Saintonge est une région privilégiée payant le quart de sel, c'est-à-dire que ses marchands versent à l'etat, comme impôt sur le sel, le quart du prix de vente, ce qui est trois fois moins que la Grande Gabelle apparue au XIV siècle. François 1, notre "roé Grand-Nez", a besoin d'argent en 1541 et tente de tout unifier sur le tarif le plus élevé. Les sauniers de la Seudre se soulèvent, de nombreux mutins sont arrêtés mais le roi pardonne rapidement et annule son ordonnance, pour mieux la reprendre trois ans plus tard. La Grande Gabelle est mise en place progressivement avec l'ouverture de greniers à sel affermés à des sociétés où des gens riches se mêlent aux employés gabeleurs(7). Tous sont englobés dans une réprobation générale et les sauniers se révoltent car ils craignent d'être ruinés comme le dit le
66 poète Fiefmelin: L'on nous verra quitter nos maisons désolées Avec femme et enfans, et crier à la faim Ayant perdu l'oustil de notre gagne-pain(8) Des émeutes éclatent dès 1546, et deviennent la jacquerie des "Pitaux" en 1548. Les rebelles de Saintonge choisissent comme colonel Puymoreau, le seul noble "avec cette canaille", qui fin juillet fait sonner le tocsin en Arvert et à Royan pour assembler les habitants "les embastonner et mettre en armes et les amener là où il leur sera commandé sous peine d'être saccagés"(9). Les bandes en guenilles, pieds nus ou en sabots, mal armés, se groupent par paroisses sous la direction de leurs prêtres et attaquent les riches aux cris de "Mort aux gabeleurs" ou "Vive Guyenne", en arborant parfois la croix rouge d'angleterre dans leur haine du pouvoir royal(10). Partout la population pactise avec eux. Saintes tombe le 10 août, les gabeleurs y sont massacrés et le grenier à sel pillé et brûlé. Puis Pons, Cognac, et enfin Bordeaux se soulèvent. Le nouveau roi Henri II décide en août de mâter l'insurrection par la force mais propose d'abord une amnistie qui amène une détente, sauf en Arvert qui reste en rébellion jusqu'au début d'octobre avec des "violences, pilleries, ravissements, larcins"(11). Finalement le roi charge de la répression le connétable Anne de Montmorency avec ses gendarmes, des cavaliers lourdement armés, ses chevau-légers et ses lansquenets. Anne de Montmorency a une terrible réputation de cruauté car il émaille ses patenôtres, ses prières, avec des "Allez moy pendre un tel, attachez celuy-la à un arbre; faites passer celuy-ci par les picques ou par les harquebuses, taillez-moy en pièces tous ces manans, bruslez-moy ce village, sans se débaucher nullement de ses paters"(12). Quant aux lansquenets allemands aux uniformes flamboyants, un dicton populaire dit qu'ils ne peuvent entrer en enfer, tellement ils font peur au diable(13)! Dès l'arrivée des troupes le 8 octobre, toute résistance cesse sur la côte et en Arvert, et les villes implorent la clémence royale. Cette révolte des Pitaux marque un retour offensif des opérations militaires pour un siècle, avec un taux de belligérance atteignant 32 % d'années de guerre, soit plus que pendant la Guerre de Cent Ans(14). Malgré quelques exécutions, la répression n'est pas aussi dure que prévue car Anne de Montmorency ne met nullement en application sa menace de repeupler les régions rebelles avec de nouveaux habitants. La véritable punition est le logement des troupes chez les habitants à leurs frais. Le gros des lansquenets ne vient ni à Royan, ni en Arvert, mais la misère du peuple est terrible comme le prouve une déclaration sous serment faite quelques années plus tard par Jean Poussard seigneur de Château Bardon à Meschers. Selon ce témoin, les troupes royales en 1548 à Royan "pillèrent lesdits habitans, emportèrent tous leurs meubles jusqu'aux lits et leurs femmes furent violées", et il ajoute que cela s'est reproduit en 1550(15). En outre, Montmorency ordonne de faire rendre toutes les armes des pays révoltés "sinon Couteaus pour leur usage" et, malgré l'opposition du clergé, de "faire abattre, rompre et mettre en pièces toutes et chacunes des cloches grosses et petites qu'ils ont en leurs Eglises" et qui avaient sonné le tocsin en juillet, puis de "conserver et garder le métal et bronze qui sortira desdites Cloches"(16). Le capitaine du château de Royan, Loubest, ou Loubat, du Gua seigneur de Mons y reçoit du 13 au 20 novembre 1548 les cloches et les armes des paroisses environnantes, soit 64 cloches, dont 4 de Saint-Pierre et 2
67 petites de Royan même, sans doute celles du prieuré Saint-Nicolas. L'armement remis par les Pitaux est vraiment disparate, il comprend 2 petits canons, des fauconnaux, 26 arquebuses mais surtout des armes blanches soit 252 arbalètes, 233 javelines et bâtons ferrés, 213 épées, 110 dagues, 123 piques, 2 hallebardes et même 25 fourches et 12 broches(17). L'absence de cloches est une chose grave car elles signalent les heures de la journée, c'est pourquoi certaines églises comme Talmont s'équipent de cadrans solaires, en outre, selon l'évêque de Saintes qui s'en plaint l'année suivante, cela donne prétexte aux "luthériens dissimulés" d'éviter la messe(18). Le roi abolit finalement la gabelle "odieuse au peuple" et en 1554, la Saintonge rachète l'impôt sur le sel par un fort paiement comptant et devient "pays rédimé". Les salines prennent un tel essor que la production du sel est multipliée par quatre en quinze ans. La monarchie centralise alors son pouvoir financier en créant des généralités dirigées par des intendants et divisées en élections, Royan fait partie de la généralité de Limoges et de l'élection de Saintes. La taille devient royale, les seigneurs ne peuvent plus la percevoir, pas plus que les anciennes coutumes, comme celles de Royan, qui disparaissent(19). LE PORT DE ROYAN (1551). Les Royannais écrivent au roi Henri II pour demander la construction d'un port car il n'existe aucun autre port protégé le long de la Gironde et jusque là, le port de Royan semble n'avoir été qu'un abri dans les rochers, ce qui était suffisant car la pointe du Médoc, moins rongée par la mer, le protégeait des lames du large qui brisaient plus au nord vers Saint- Palais. Les "manents et habitans" de "Royan-sur-Gironde" se plaignent des impôts trop lourds qui provoquent le départ des plus riches Royannais. La châtellenie "située et assise sur la rivière de Gironde" d'une part et "sur la rivière de Seudre, bras de mer" d'autre part, est pillée et saccagée par les Espagnols, les Anglais et les Portugais en temps de guerre et par les "écumeurs, pirates et brigands de mer" en temps de paix. En outre, la mer a détruit les fortifications qui menacent de s'effondrer dans l'océan et le sable envahit les terres et les rend stériles. Les Royannais demandent au roi de les "abonner" comme les habitants d'arvert, soit de les exempter des "tailles, gens d'armes, emprunts" et leur faire payer 100 livres par an "pour tout devoir" en échange de quoi ils s'engagent à "entretenir icelle ville de frontière, de réparations, fortifications et munitions de guerre, de ponts et faire le havre et port". Henri II, par lettres patentes du 19 juin 1551, demande une enquête pour vérifier les faits, avec des témoins qui ne soient pas Royannais. Dans cette enquête, réalisée par le procureur royal les 27 et 28 août suivants, nous apprenons que Royan est un "lieu fort commode et des plus beaux qui se puisse trouver", mais que deux fois par jour la ville est "presque toute enfermée d'eau car la mer et la rivière flottent contre la ville et le château" ce qui permet aux ennemis de venir soudainement à Royan pour "piller et sacager". En effet, les Espagnols peuvent venir d'espagne en 24 heures par la Passe de Grave, entre Cordouan et le Médoc, les ennemis qui viennent du nord passent par la Passe des Asnes, enfin ceux qui vont en Seudre franchissent le dangereux Pas de Maumusson, ce qui oblige les habitants à faire "guet ordinaire jour et nuit "le long de la côte, à allumer des feux pour signaler les ennemis et
68 à être toujours en armes pour protéger "le service du roi" mais surtout pour "sauver leurs biens et leur vie". Ce document cite les conches suivantes: Faussillon à un jet d'arbalète de la ville, Pont-Robert [Le Chay?] à trois ou quatre portées d'arbalète, puis le Petit-Chay [Le Pigeonnier?], Pontaillac, Gilles, Saint-Sardouin, Cancelle, Nozan, Saint-Palais et la Grande Côte près de laquelle est la ville et le château d'anchoine, avec le port de la Lune et Notre- Dame de Buse abandonnée sous les sables. Construire ce port va coûter aux Royannais de 12.000 à 15.000 livres, somme "presque insupportable, d'autant qu'ils sont pauvres". Mais grâce à ce port les ennemis ne pourront plus "emmener aucuns navires au pied du chateau, comme ils ont fait autrefois" et les navires en perdition seront sauvés, alors que "l'hiver dernier s'est péri quatre" et "l'année dernière les vingt prises des ennemis et pirates" durent être abandonnées à cause des "tourmens de la mer"(20). Si les Royannais mentionnent le service du roi, c'est que depuis François I le guet dépend de l'amirauté royale laquelle organise des revues générales tous les deux ans(21). Le môle d'environ 60 toises est réalisé dans l'alignement des murailles et à l'abri d'une pointe de rochers qui forme une double défense contre la mer(22). Bien entendu il est situé hors des remparts et n'est donc relié à la ville fortifiée que par une porte étroite et surveillée. Ce nouveau port peut recevoir des bâtiments de 150 à 200 tonneaux, ce qui va attirer dans la ville de nombreux commerçants(23). L'IMPLANTATION CALVINISTE (1555-1562). Jean Calvin, depuis Genève, décide d'introduire définitivement le protestantisme en Saintonge. Il forme de nouveaux ministres, comme Philibert Hamelin, qui regrette amèrement d'avoir dû renier sa foi et étudie à Genève où il devient imprimeur de bibles en français. Il retourne prêcher à Saintes et malgré sa santé, étant "assez mal portatif", il colporte à pied ses petites bibles passant à Royan et à Mornac. En 1555 il s'installe comme pasteur en Arvert, à la demande des anciens convertis. Il y dresse, suivant l'expression consacrée, la première église calviniste, crée une annexe à La Tremblade, et étend son action, dès 1556, à Royan et à Mornac. Cette même année, Hamelin baptise à Arvert l'enfant de Jean du Vaux au son des cloches de l'église et refuse de payer la dîme, ce qui provoque la fureur de l'évêque de Saintes, Tristand de Bizet(24). Avec l'aide de ses hommes d'armes, l'évêque accourt et fait abjurer par la force tous les protestants qu'il rencontre, à l'exception d'un seul entêté qui ose refuser. Il fait aussi arrêter, et condamner à de fortes amendes pour laxisme, tous les officiers de la châtellenie d'arvert, puis il rebaptise l'enfant malgré l'hostilité de la mère. Mais celle-ci et son enfant meurent quelques jours après, ce qui fait une très mauvaise impression sur la population(25). Enfin l'évêque fait arrêter Hamelin qui est emmené à Saintes, puis à Bordeaux. Son avocat offre 300 livres à son geôlier pour le laisser fuir, mais Hamelin refuse de s'évader. Le 18 avril 1557, il est dégradé de son état de prêtre puis supplicié en place publique à Bordeaux, pendant que les trompettes sonnent, afin que personne ne puisse l'entendre prier, il est enfin "pendu comme un larron" et son cadavre est jeté sur un bûcher(26). L'évêque de Saintes, qui a refusé de dégrader lui-même Hamelin et a été obligé de payer 20 écus à son collègue de Grasse pour le faire à sa place, n'a guère fait preuve
69 d'une grande charité chrétienne dans toute cette affaire, pourtant en août 1558, il fait luimême l'objet d'une plainte du procureur pour "négligence envers les hérétiques" et est condamné à une forte amende(27). C'est le génial émailleur Bernard Palissy, venu souvent sur nos rivages relever les plans des salines, qui reprend le flambeau du protestantisme militant à Saintes. Pratique, il indique que le sel "entretient l'amitié entre le mâle et la femelle, à cause de la vigueur qu'il donne aux parties génitales" et donne la recette de la santonique: "ladite herbe a telle vertu que quand on la fait bouillir, et prenant en décoction on en destrempe de la farine pour en faire des bignets fricassez au sein de porc ou de beurre, et que l'on mange desdits bignets, ils chassent et mettent hors tous les vers qui sont dans le corps tant des hommes que des enfans"(28). Poète, il cherche l'inspiration pour ses plats rustiques sur nos grèves où il admire ces "forteresses merveilleusement excellentes comme les huitres, moules, sourdons, petoncles, availlons, palourdes, dailles, hourmaux, gambles et burgaux", et rêve d'une ville fortifiée imprenable, en spirale, avec une "rue toujours en vironnant"(29). Pourtant, ses célèbres plats émaillés n'ont pas la faveur de nos paysans qui trouvent un tel plat peu pratique pour manger des haricots, ils jugent en patois "soun assiette trop piate peur mangher les monghettes"(30). Genève envoie finalement, en 1559, un pasteur très dynamique en Arvert, Charles Léopard. Après la dure répression de l'évêque, il a peu de succès et est forcé de se replier sur Saujon où ses prédications ont lieu en pleine nature(31). Palissy décrit avec émerveillement ces "compagnons de mestier se promenant le dimanche par les prairies, boscages et autres lieux plaisans, chantans par troupes psaumes, cantiques et chansons spirituelles, lisans et s'instruisans les uns les autres et les filles assises par troupes es jardins". Mais pour échapper aux persécutions, il faut souvent prêcher "à plein minuit" et cela provoque la médisance des catholiques selon lesquels ils se réunissent pour "baiser le cul du diable"(32)! Ou, selon Théodore de Bèze, qu'ils "paillardoient ensemble à chandelles éteintes". Grâce à une amélioration temporaire de la situation, Léopard revient prêcher publiquement à Arvert en février 1560(33). Il dresse alors plusieurs églises à l'entour, dont celles de Royan et de Vaux, qui ont un registre commun pour les baptêmes protestants dès cette date(34). Les persécutions reprennent en 1562, Bernard Palissy est arrêté et envoyé à Bordeaux où il risque la peine capitale. Il a la chance d'être protégé par le redoutable Anne de Montmorency, grand pourfendeur d'hérétiques mais admirateur de son talent de céramiste, qui obtient de la toute puissante reine mère Catherine de Médicis sa nomination comme "Inventeur des rustiques figulines [poteries émaillées] du Roy et de la Royne sa mère", ce qui le fait immédiatement libérer(35). La forte implantation du protestantisme dans notre région est étonnante car les Saintongeais sont plutôt des gens "indifférents au sujet de la religion" et "pas églisiers"(36). Il est probable qu'après les troubles de la gabelle l'engagement en masse dans le protestantisme indique une opposition plus politique que religieuse car les calvinistes vivent au sein d'une véritable démocratie, refusant toute hiérarchie ecclésiastique et, quand ils savent lire, se réfèrent uniquement à l'autorité de la Bible. Les communautés sont gérées, à égalité, par le pasteur et par un conseil d'anciens élus par les fidèles. Ces fous de Dieu à la mine farouche, ardents dans leur foi et austères dans leurs mœurs, sont difficiles à fréquenter
70 car ils ne respectent pas les croyances catholiques, comme le montrent ces deux vers d'une chanson contre la messe: Plus faulce chose n'a eu sous la nue, Plus endurer ne veult telle ordure(37) En outre ils refusent les jeux, les chansons profanes, les bals, les processions, le carnaval, les beaux vêtements, les perruques ainsi que l'amour et le vin, bref tout ce qui fait la joie de vivre des catholiques. Ceux-ci ne voient dans les huguenots, "alliés" en suisse allemand, que des hérétiques, des parpaillots, mot patois pour papillon, de dangereux excités et de sinistres illuminés, alors que pour les calvinistes, les catholiques ne sont que des papistes, des retardés mentaux, acceptant un fatras de vieilles superstitions. Entre eux, la situation devient chaque jour plus explosive. LES CINQ PREMIERES GUERRES DE RELIGION (1562-1576). Le massacre d'une soixantaine de protestants à Wassy, en mars 1562, met le feu aux poudres. C'est le début des guerres de religion, soit 36 ans de guerres civiles avec coups de main, escarmouches, assassinats, mais très peu de batailles rangées, le tout entrecoupé de trêves éphémères. En juillet les protestants de Saintonge menés par Louis de Condé se saisissent "des villes et chasteaux, se remuant et prenant les armes partout". Ils pillent et brûlent toutes les églises, dont celles d'arvert, de Vaux et de Royan. Les statues des saints et de la vierge ainsi que les crucifix sont brisés(38). Claude de Sainctes décrit ce saccagement des églises; "Ils brisèrent les images, froissèrent à coups de marteau de fer des autels et des sépulchres, cassèrent les vitres, fendirent les chaires et tout ce qui estoit de bois en éclats et y mirent le feu"(39). Cette manière sauvage de lutter contre la superstition scandalise les catholiques qui se mobilisent contre ces profanations et la région de Royan est vite reconquise. Naturellement, à chaque fois, la population est obligée de suivre la religion de son vainqueur. Selon Théodore de Bèze, en septembre une troupe de Basques catholiques part de Talmont pour piller Cozes. Au retour, deux gentilhommes huguenots, les sieurs d'azais et de Combes, les attaquent près des Epaux, en tuent plus de 200, puis récupèrent le butin pour le rendre à ses légitimes propriétaires "le mieux qu'on peut". Puis de Bèze raconte qu'en Arvert le sire de Pons "lieutenant es Isles pour le Roy" fait dresser partout potences et gibets, mais ne peut venir à bout des huguenots. Pour en finir, Bèze selon lequel le sénéchal de Saintonge pour en finir envoie 700 hommes à pied en avant-garde dans la forêt, fait garder les côtes par ses galions et Marennes par le sire de Pons, puis quitte Saintes à 9 heures du soir le 1 février 1563 avec 100 cavaliers afin de surprendre les gens d'arvert le lendemain matin. Son avant-garde est aperçue par Jacques Vigier de Trellebois, issu de la plus ancienne noblesse de Saintonge. Avec ses 12 hommes il la charge avec tant de vigueur que les catholiques s'enfuient "pour le moins deux grandes lieues par les sables avec merveilleuse frayeur" puis ils justifient cette fuite en déclarant avoir rencontré plus de 2.000 huguenots(40)! Même si le fait d'armes est très fortement enjolivé, Arvert est sauvé par ce capitaine huguenot. Le sire de Pons peu apprécié dans cette affaire est Antoine de Pons, petit-fils de François
71 de Pons et de Marguerite de Coëtivy qui au contraire, d'après les catholiques, traite ses vassaux protestants "avec l'humanité d'un père et d'un brave capitaine"(41). L'Edit d'amboise, en mars 1563, amène quelques années d'un calme tout relatif durant lequel les protestants se flattent de ne pas gêner le culte catholique, mais en réalité celui-ci n'est plus célébré à Arvert, Vaux, Mornac, Médis, Meschers et Royan car les religieux, dont la sécurité n'est pas assurée, n'osent plus y résider(42). Trois ans plus tard Charles Léopard construit le premier temple protestant à Arvert et sans doute celui de Royan, mais Charles IX prohibe l'exercice du culte protestant à Didonne et Meschers, terres de Louis de La Trémoille(43). Il s'agit du frère aîné de Georges de La Trémoille dont Jean Clouet a fait un délicieux portrait de l'épouse, la jolie "Madame de Roïam". Enfin, le capitaine Dominique de Gourgues part pour la Floride avec trois vaisseaux pour venger des Français huguenots massacrés par les Espagnols, il doit rester huit jours en rade de Royan à cause des vents contraires. Le 2 août 1567 il fait sa "monstre [revue]", à Royan des "100 harquebouziés ayans tous harquebouzes de calibre et morrion [casque] en teste, dont plusieurs estoient gentilhommes et 80 mariniés qui au besoing sçavoient bien faire l'office des soldats; aussy y avoit-il des armes propres pour eulx, comme arbalestres, picques et toutes sortes de long bois"(44). Parmi les Royannais présents, il y a certainement un petit garçon, Pierre du Gua, fils du châtelain de Mons, qui ne va plus cesser de rêver à la grande aventure au-delà des mers. La seconde guerre menée par Condé en 1567 ne semble pas toucher Royan. La troisième reprend dès septembre 1568, un fort tremblement de terre le 26 octobre accompagné de tonnerre, de grêle et du passage d'unmétéore, est interprété comme le présage de grands maux, présage confirmé car cette guerre est la plus terrible(45). Les huguenots occupent Arvert, Saujon, Royan et La Tremblade, mais Condé est tué à Jarnac. En novembre 1569 durant une trève, Hardouin de La Rivière-Puytaillé-le-Jeune, hardi capitaine catholique de chevau-légers et lieutenant du duc d'anjou frère du roi, reprend Mornac et Royan sans coup férir ainsi que La Tremblade, mais échoue à la prise d'arvert où il est blessé d'une "arquebusade entrée par la joue près du nez et sortie près de l'oreille", ce qui met en fureur ses soldats qui massacrent aussitôt de 100 à 140 huguenots prisonniers. Quant à La Rivière-Puytaillé, il ne se remettra de ses blessures que pour être tué l'année suivante. Les huguenots réoccupent ensuite tout le littoral saintongeais sauf Royan et Brouage(46). Pour payer leurs armées, les protestants décident alors de s'approprier et de vendre les biens des religieux catholiques. Agrippa d'aubigné, le célèbre écrivain saintongeais qui s'était évadé de chez son précepteur en 1567, de nuit, pieds nus et en chemise, pour aller se battre à quinze ans avec les protestants, décrit dans ses Mémoires, une histoire édifiante sur cette guerre. Devenu officier, enseigne de la compagnie d'asnières, il passe "en grande crainte" devant Royan tenu par le baron de La Garde, général des galères qui patrouillent en Gironde. La Garde menaçant les huguenots par ses sorties, d'aubigné mène contre lui 30 arquebusiers à cheval avec lesquels "il escarmouche si audacieusement" qu'il donne le temps à tout son régiment de se retirer en sûreté. Deux heures plus tard, il est pris d'une forte fièvre et croyant mourir, cet adolescent fait "se dresser les cheveux à la tête des officiers et compagnons en leur confessant les excès et pilleries que j'avois commis avec les soldats que je commandois"(47).
72 Agrippa d'aubigné est un fanatique qui allume des brasiers au bas des escaliers des églises, puis jette de l'eau froide sur les pierres brûlantes afin de les faire éclater, procédé qu'il aurait utilisé pour mieux détruire Saint-Pierre de Royan(48). C'est en luttant contre lui qu'un capitaine espagnol se serait tué en tombant dans une crevasse de la falaise qui deviendra le "trou de l'espagnol". Pourtant c'est un homme respecté de ses ennemis, puisque Brantôme, prieur de ce même Saint-Pierre, le juge "bon pour la plume et pour le poil [bon écrivain et bon soldat], très sçavant et très éloquent et bien disant s'il en fut onc [jamais]"(49). Ce prieur est Pierre de Bourdeilles abbé de Brantôme, le célèbre écrivain auteur des Dames galantes et de la Vie des grands capitaines, ne voulant plus "estre d'église" il céde la jouissance de son prieuré royannais à son frère aîné pendant douze ans(50). A la fin de cette guerre des bandes armées ravagent la région, Brantôme décrit ces soudards des deux camps: "hommes de sac et de corde, meschants garnements eschappés à la justice et surtout marqués de la fleur de lys sur l'épaule, essorillés", donc des forçats marqués au fer dont les oreilles ont été coupées, ce qu'ils cachent "par de longs cheveux hérissés, barbes horribles pour se montrer effroyables à leurs ennemis"(51). L'armée royale, réputée française, comprend des gardes suisses, des reîtres et des lansquenets allemands, des piquiers espagnols et des fantassins italiens, grecs, wallons et albanais(52). Comme ils ne sont jamais payés régulièrement, ces soldats sortis des bas fonds européens, s'adonnent au pillage et à la "picorée" [rapine] et regardent plus à "desrober, laronner et à faire leur proffit qu'à gaigner de l'honneur"(53). Au moment où les huguenots s'apprêtent à reprendre Royan, cette guerre se termine enfin en août 1570 par l'edit de Saint-Germain qui accorde la liberté du culte à tous les protestants. Le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572 à Paris sur ordre du jeune roi Charles IX provoque un déferlement fanatique de haine et déclenche la quatrième guerre. Royan est occupé par le huguenot Campet en avril 1573, mais ne pouvant réunir une garnison suffisante, la ville est aussitôt reprise par les catholiques(54). L'Edit de Boulogne qui met fin à cette guerre n'est qu'une courte trêve. La cinquième guerre, dite du Mardy-Gras, reprend dès 1574. Les huguenots avec Plassac et Campet profitent des désordres du carnaval pour prendre Talmont "par des soldats desguisez en musniers" et Royan "par une haute et difficile escalade estant sans garde". Royan, Talmont, et Mornac tombée l'année suivante, ne retournent aux mains des catholiques que par la Paix de Beaulieu en 1576(55). LES TROIS DERNIERES GUERRES DE RELIGION AU TEMPS DE LA LIGUE (1576-1598). A partir de 1576 les guerres de Religion prennent une dimension plus politique avec la création de la Sainte Ligue, c'est pourquoi les trois dernières guerres sont parfois appelées les guerres de la Ligue. Les ligueurs, ultra catholiques, sont hostiles à la paix de Beaulieu, ainsi qu'à l'absolutisme royal, et ils reprennent les hostilités, c'est la sixième guerre de Religion. Le chef huguenot Henri de Condé, fils de Louis, réoccupe Royan et confirme Campet baron de Saugeon, ou Saujon, comme gouverneur de Royan et Mornac en janvier 1577. Selon Brantôme, "Campet Monsieur de Saugeon est un très brave et vaillant gentilhomme"(56). Il va tenter de rendre Royan imprenable en construisant de nouvelles
73 fortifications et des "magazins de vivres et munitions en abondance". Ses nombreux navires contrôlent la Gironde et font subir de grandes pertes et dommages aux navires catholiques à tel point que "le traffic de Bourdeaux estoit par ce moyen merveilleusement difficile et hasardeux". Selon La Popelinière Royan, qu'il écrit indifféremment à quelques lignes d'intervalles Royà ou Roian, est une "petite ville et chasteu fort ancien assis sur roc tout à l'entrée de la Rivière de Bourdeaux" qui peut soutenir facilement un siège car "outre l'assiette naturelle du lieu [situation]" la ville a été "bien fortifiée par l'artiffice et diligence de Saugeon gouverneur" depuis quatre ans, malheureusement il a "bien peu d'hommes". Il raconte la rencontre du capitaine Arnaud, avec une "infinité de canonades tirées de part et d'autre", qui perd une patache [petit navire de guerre] face à la flotte catholique de Talmont, puis l'attaque de Saujon le 1 de juillet 1577(57). Selon Agrippa d'aubigné, qui décrit longuement ces événements, Arnaud se réfugie devant Royan d'où il assiste aux escarmouches entre l'armée du duc de Mayenne et la garnison. Le duc souhaite prendre la place et "oster cette espine de son talon", mais les "fortifications nouvelles toujours plus furieuses" ne lui plaisent guère. Il part vers Brouage en semant la terreur en Arvert et Campet décide aussitôt, avec 200 arquebusiers et 30 hommes armés, d'attaquer la garnison catholique de la ville de Saujon dont il porte le titre. Il s'en approche de nuit au clair de lune, après avoir traversé les premières lignes, il surprend les deux chefs ennemis la Guishe et de Quelus et les fait prisonniers. Mais l'alerte a été donnée et en se retirant, accompagné de ses deux frères et de 50 hommes, il est attaqué au bois de Mornac par quatre compagnies basées à Ribérou. Campet se bat bravement, ne laissant derrière lui ni morts, ni blessés, il "ne démordit point ses prisonniers" et regagne Royan. Cette nuit coûte "aux Kath la mort de 80 hommes et à Saugeon onze". Campet est lui-même blessé, un de ses frères est parmi les morts et l'autre grièvement blessé reste estropié(58). Cette attaque au bois de Mornac a lieu, d'après l'abbé Travers, au "pont de la Maire ou Meyre", aussi appelé "pont de la garenne de Mornac" qui permet de traverser le canal de la Maire, chenal de desséchement ou course, destiné à drainer les eaux du marais de Saint- Augustin et de l'étang de Barbareu vers la Seudre, et selon un manuscrit ce canal "autrefois commencé" fait 18 pieds de large(59). La Paix de Bergerac qui termine cette guerre est aussi généreuse que peu appliquée, et elle donne Royan aux catholiques car cette place a été ôtée aux huguenots par la paix d'après d'aubigné. La septième guerre reprend en 1579, elle est faite d'escarmouches et d'actes de brigandage. Royan est placé sous l'autorité de Thimoléon d'espinay marquis de Saint-Luc, mignon du roi Henri III nommé gouverneur de Brouage à 24 ans. Il fait occuper notre ville par des troupes de Bretagne et d'anjou(60). En mai 1582, de "nombreuses levées de gens de mer" de la région embarquent à Royan, Talmont et Meschers pour aller se faire battre aux Açores par les Espagnols qui supplicient les vaincus comme des pirates(61). Tous ces marins en ont assez puisqu'il faut, selon La Popelinière, "presque [les] garder comme forsaires [prisonniers]" sinon ils se "desroboient à la première commodité et se retiroient en Olleron et Alvert [Arvert]"(62). Le Tiers Etat de Saintonge donne une idée de l'exaspération populaire quand il ne veut plus payer d'impôts alors que, depuis vingt ans, les habitants sont "rançonnés, violentés, pillés et saccagés par infinis gens de guerre qui n'espargnent aucune espèce de cruaulté et
74 tyrannie sur le povre peuple du plat pays"(63). C'est à ce moment que les habitants de Mornac, dont les fortifications ont été détruites, interviennent vigoureusement auprès de Madame de La Trémoille, qui leur a offert le bail des fossés remblayés du bourg pour leurs besoins, contre le procureur local qui veut refaire les douves car les habitants lassés de la guerre ne veulent plus que leur ville redevienne une place forte(64). Henri III, poussé par la Ligue, révoque en 1585 toutes les mesures en faveur des protestants qui doivent se convertir de force. La huitième guerre est leur réponse. Royan reste aux mains des ligueurs qui tiennent la Gironde et commencent "avec des pataches et gallions qu'ilz ont armes a y faire des courses", ils rançonnent officiellement les réformés mais s'en prennent aussi aux catholiques comme Louis de Foix, l'architecte de Cordouan, retenu prisonnier en avril 1585 au château de Royan en attendant le paiement de sa rançon(65). Le 18 septembre des compagnies des forces du prince de Condé s'emparent, après quelques jours de siège, de la "Tour de Mornak" et font prisonnier le capitaine de grande réputation Jean-Pierre "fort favori du sieur de Saint-Luc"(66). Puis, dans la nuit du 23 février 1586 Jean de Pons sire de Plassac, avec l'aide de Candelay, reprend Royan en escaladant, comme douze ans plus tôt, "la roche et la muraille ensemble du costé de la mer où l'on ne posoit point de sentinelle pour ce qu'il y avoit 60 pieds de hauteur". La place est pourvue d'une forte garnison huguenote et le gascon Candelay prend le poste de gouverneur qui lui est transmis par Campet son parent(67). Henri de Navarre ayant besoin d'argent crée en 1585 un droit très lourd de deux écus par tonneau de vin et 5 % sur les autres marchandises, qui est affermé a Jean Martin et levé à Royan dès que la ville est redevenue huguenote, aussi il prend le nom de subside, ou convoi, de Royan(68). Comme le maréchal de Biron menace d'assiéger Royan, Henri de Navarre y met 300 hommes en août 1586, et bien que Catherine de Médicis écrive "au roi mon fils" le 28 septembre pour que ce siège ait lieu, et redemande le mois suivant "si Royan ayst aysté asyégé", Henri III ne bouge pas(69). C'est Henri de Navarre qui y passe quelques heures, sans doute en route pour Arvert où le fougueux Béarnais, oubliant la guerre pour un moment, courtise assidûment Antoinette de Pons marquise de Guercheville, fille d'antoine de Pons et jeune veuve d'une vingtaine d'années, dont il est éperdument amoureux. La fière Antoinette se refuse à lui en déclarant "Je ne suis pas d'assez bonne maison pour être votre épouse, et j'ai le coeur trop haut pour n'être que votre maîtresse", mais doit abandonner Arvert pour La Roche-Guyon afin d'échapper aux "obsessions du prince"(70). Antoine de Pons, capitaine de 50 hommes d'armes, accorde aux gens de sa baronnie d'arvert, un "droit d'uzage du bois mort et du mort bois en forest de Salis et Bourfard" pour le chauffage des habitants "des bourgs Darverd, du Fouilloux, de La Tremblade, Davalon et des Mattes", moyennant 15 sols tournois de rente pour "chaque an et chaque feu"(71). Quant au prieur de Saint-Nicolas de Royan il vend un four et une pièce de sable, autrefois plantée en bois, maintenant déserte et toutefois appelée le bois de Saint-Nicolas(72). Les Bordelais estiment que "de toutes les daces [taxes] la plus pernicieuse étoit celle de Royan, très dommageable au public et aux étrangers trafiquans ez dites riviéres" et demandent son extinction, mais Henri de Navarre, devenu Henri IV, a toujours besoin d'argent pour la guerre aussi il réafferme en 1591 le subside de Royan, qui passe à 3 écus par tonneau, et à cause du difficile accès du port le fait percevoir à Bordeaux(73). En
75 remerciement de son zèle pour collecter la gabelle, Henri IV par lettres patentes du 20 septembre 1592, érige Royan en marquisat pour "Monsieur de Royan" Gilbert de La Trémoille, jusque là simple baron, titre porté par tout noble qui posséde au moins trois châtellenies(74). Les Bordelais redemandent que soient "estainct et abolys" les subsides de Royan levés par Candelay, lequel n'ayant pas été payé comme prévu sur ces subsides décide de rançonner les navires qui passent en Gironde car il se considère toujours fermier du convoi de Royan. Grâce à ses deux navires en rivière, l'amiral mouillé entre Talmont et Castillon et une patache avec des gens de guerre, il a "prins les premiers navires flamands et escossois qui sont entrés en ceste rivière et s'est servy des corps des navires, des vivres et equippages d'iceulx pour exiger sur les aultres ce que bon luy semblera"(75). Officiellement le subside est aboli moyennant finances dont 10.000 écus à Candelay pour les arrièrés "sy tant il se treuve luy estre deub [dûs]" et 3.000 par an pour l'entretien de la garnison de Royan "pour la conservation de ladite ville en l'obeissance de Sa Majesté"(76). Mais ces sommes n'étant pas payées, Henri IV crée un "subside d'extinction" provisoire qui devient permanent, d'ailleurs les huguenots ne veulent pas perdre un subside "si merveilleusement important à ceste provynce"(77). Bien que jouant les pirates, Candelay manifeste sa colère en 1596 à l'assemblée des Eglises réformées de Loudun car il ne peut plus garder la place "faute de moyens pour payer laditte garnison"(78). Le pasteur Deschaume dessert Royan et Vaux avec le "presche du matin donné un dimanche à Royan et le presche d'après disnée à Vaux, et le dimanche suivant commençant à Vaux et finissant à Royan", il se plaint lors du "Colloque des Isles" à Saujon cette même année que ses gages ne lui sont pas payés, aussi le colloque demande à Candelay "d'y employer son authorité contre les ingrats et de les contraindre au payment" sinon Deschaume pourra se pourvoir d'une autre église et "ladite église de Royan demeurera destituée suivant la discipline"(79). La garnison de Royan se compose de "cent hommes de guerre à pied françois"(80). Selon le manuscrit de l'assemblée de Chatellerault de 1596 à 1598, les dépenses pour cette garnison sont de 5.966 écus par an, 2.000 écus supplémentaires pour réparer les fortifications à cause "de la ruyne arrivée aux murailles " sont réglées en mars 1598(81). Le gouverneur réside dans le donjon et la garnison loge en ville "de laquelle les habitans qui en estoient ennuyez s'en retirèrent peu à peu transferans leurs demeures sur le bord de la mer ou de présent est le fauxbourg" selon l'historien Charles Bernard(82). Les principaux notables royannais sont Pierre Gombaud ou Gombauld "commis à la recepte" receveur responsable des finances, Candelay gouverneur, Françoys des Chaumes "ministre" pasteur qui a réussi à se faire payer ses gages de 100 écus pour huit mois, et Jehan Babin chargé de collecter le "subside de Royan sur les navires et marchandises sur la rivière de Gironde devant la ville de Royan au tablier de l'ancienne recepte restablie audit lieu"(83). Les huguenots se plaignent d'assignations éloignées et incommodes comme "la garnison de Royan", ce qui est peu flatteur mais prouve peut-être simplement qu'il est difficile de s'y rendre avec des routes impraticables pendant la mauvaise saison(84). Et les cartes de l'époque ne sont pas d'un grand secours, l'une d'elles confond la Gironde avec la Seudre et situe Royan au Médoc.
76 La paix est enfin rétablie par le célèbre Edit de Nantes en avril 1598. LE PHARE DE CORDOUAN DE LOUIS DE FOIX (1582-1611). Le seigneur de Royan tient du roi "toute l'isle et tout naufrage" à Cordouan(85). Pour diminuer ces naufrages, Henri III décide de construire un nouveau phare à Cordouan quand Biron, gouverneur de Guyenne, l'informe que la tour du Prince Noir "est tellement ruiné que aulcun hermite n'y oze n'y peut habiter et portant n'y a point de fanal, d'où s'en sont ensuyvis infinis naufrages au grand dommage du commerce et diminutions de vos deniers". La coutume de Cordouan est collectée à Bordeaux qui est donc chargée du financement du nouveau phare indispensable à son commerce. Le 6 Juillet 1582 Louis de Foix, "varlet de chambre et ingénieur ordinaire" du roi est nommé pour "rebastir, redresser et reediffier ladicte tour et la remectre en tel estat qu'elle puisse servir", ce travail doit être réalisé en deux ans suivant un modèle en pierre déposé à l'hôtel de Ville(86). C'est un célèbre ingénieur qui vient de participer à la réalisation de l'escurial en Espagne. Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, signe en 1584 un contrat de 38.000 écus pour ce phare nécessaire à la "seureté des navires et aultres vaisseaux de mer entrant dans la rivière de Gironde". Dès que Foix se met au travail pour construire son phare, près de celui du Prince Noir, les difficultés commencent. Il commence par protéger son chantier avec 400 toises de bâtardeaux, faits de gros chênes de 40 pieds de haut, ce qui l'oblige à dépeupler les forêts de Saintonge(87). Malgré cela selon René Faille, spécialiste de Cordouan, la mer envahit souvent son "fondé [fondations]" en pierres de taille de Royan de 2 pieds de long, 4 de haut et 4 de large. Foix se plaint amèrement des Royannais qui refusent de fournir les pierres de taille, et qui vont même, en 1586 "Candelle [Candelay] faisant la guerre", jusqu'à détruire les travaux commencés et à remporter une partie des matériaux qui doivent servir à renforcer les murailles de Royan à peu de frais et aux dépens de Henri III, peu apprécié des huguenots. Foix doit alors utiliser la pierre de l'île "noire et rouge, galeuze", les retards s'accumulent et les difficultés de trésorerie aussi(88). Lors des grandes tempêtes, la mer submerge toute l'île et, malgré cela, Foix y construit un village temporaire pour 90 ouvriers, sur les 200 qui y travaillent en tout, et près duquel il réside(89). Personne ne dit combien s'y sont noyés. Une commission est chargée en mai 1592 de "recevoir les travaux achevés de la tour" qui est loin d'être finie(90). D'après cette inspection, l'île de Cordouan, à plus d'une lieue du rivage selon la carte de Tassin, a "2 ou 3 lieues de tour et 6 pieds de plafond jusques au bon roc, y comprenant 2 de pierre crouste, 4 de argile de terre limoneuse puis bon roc dans lequel la tour a fondement de 2 piedz"(91). Mais tout s'arrête faute de fonds, pendant quatre ans pas "une seule pierre" n'est posée, les "pattaches, gallions et chaluppes" restent à Meschers sans rien faire et le fanal n'est pas entretenu(92). Les travaux reprennent en septembre 1595 quand 36.000 écus sont débloqués par les Bordelais qui se plaignent que "si ledit de Foix se fust contenté de son premier modèle, ladite besogne seroit desja parfaite"(93). En effet Louis de Foix, qui collecte lui-même d'autres fonds en Saintonge fait accepter par Henri IV un nouveau projet embelli et somptueusement décoré, afin d'en faire un symbole de la continuité et de la force de la monarchie qui éclaire et reste stable au milieu des tempêtes(94). Il recouvre les premiers travaux en pierres de l'île par
77 celles de Royan et de Taillebourg, ce qui permet à Teulère de mettre en doute l'originalité de son travail "un revêtement pour toute la partie du rez-de-chaussée" qu'il attribue, par erreur, à un premier phare de Gilbert Babin, commissaire de la tour en 1551(95). Les pierres viennent de la "conche La Roanne près Roian" ou "de la Roine", une conche de la Reine est mentionnée sur une carte de 1696 et il semble s'agir de Pontaillac, ou plutôt de Malakoff où existent d'anciennes carrières(96). Royan fournit aussi tout ce qui est nécessaire, des "barriques de terre rouge" pour le four à chaux, le "bled et l'avoine", la "chair et viande" de la boucherie royannaise "A l'hoste de la Croix-Blanche" et des tonneaux de vin détaxé, 60 en une seule fois. Le personnel comprend 18 tailleurs de pierre, quatre maçons, un charpentier, 16 manoeuvres basques, un maréchal, un serrurrier, un barbier "pour panser les blessés et mallades par accident", un boulanger, un cuisinier, un meunier, un tonnelier "pour les barriques d'eau douce", un maître des six bateaux de Foix, 26 mariniers, un garçon, deux palefreniers et sept chevaux, les ermites qui s'occupent du fanal et Saint-Aulady capitaine de la tour(97). Ce dernier se plaint d'ailleurs que la coutume de 6 sols par navire ne permet plus à sa garnison de subsister(98). Foix travaille 18 ans à son oeuvre et s'y ruine et, si son fils Pierre lui succède à sa mort en 1602, c'est son contremaître l'architecte Beuscher qui est nommé pour terminer enfin le phare en 1606 sur l'intervention du topographe royal Claude Chastillon qui a dressé un plan des travaux sur l'île. Le phare n'est officiellement réceptionné que le 28 avril 1611. Ce superbe édifice classique, souvent considéré comme trop luxueux, a des fondations massives en style toscan avec quatre guérites en pierre sur le parapet. Le premier étage dorique a un splendide portique orné de deux bustes en marbre blanc des rois Henri III et IV, et surmonté des statues de Mars et de la Paix. Le second étage corinthien est dominé par le dôme de la chapelle Notre-Dame avec huit grandes lucarnes, où Louis de Foix, si orgueilleux d'avoir construit ce "phare de gloire" au milieu des "flots du grandeux élément", place son propre buste audessous d'une plaque de marbre où il fait graver un étonnant sonnet pour la gloire du "gentil ingénieux de ce superbe ouvrage" qui brave "du mutin Neptun la tempeste et l'orage". On trouve enfin un pavillon circulaire décoré de pilastres composites et un escalier extérieur qui permet d'atteindre le fanal corinthien, où chaque nuit les ermites allument un grand feu de chêne, et dont l'obélisque sert de cheminée. Au sommet de l'édifice un vase à l'antique culmine à 150 pieds de haut(99). Les éloges pleuvent sur ce nouveau phare, par exemple pour Cosme Bechet c'est, tout simplement, la "huitième merveille du monde", et pour Savinien d'alquié "le Phare d'alexandrie n'est rien en comparaison"(100). "PLACE DE SEURETE" HUGUENOTE SOUS HENRI IV (1598-1610) L'Edit de Nantes prévoit la liberté des cultes, la réouverture des églises, le retour des religieux catholiques et l'imposition de la dîme. Il mentionne dans son article secret, et énigmatique, n 56 changé en 55, que le roi "ne veult qu'il soit faict aucune recherche de la perception des impositions qui ont esté levées à Royan en vertu du contract faict avec le sieur de Combley", nom modifié en "Candely"(101). Certains protestants saintongeais estiment que "si aulcuns recepvoient l'edict tel qu'il est, ils feroient préjudice à nos prétentions et
78 retarderoient le paiement de noz garnisons qui doibvent estre acquittées auparavant la publication de l'edixt"(102). Quant à Candelay, qui ne veut pas de catholiques chez lui, il "se souleva avec le sieur de la Trimoüille lors de l'edict"(103)). Des commissions royales mixtes, dirigées par un catholique et un protestant, sont prévues pour régler ces problèmes, celle des sieurs La Force et Refuge travaille en Saintonge. Le 3 septembre 1600 elle décréte: "Nous avons ordonné et ordonnons que la Relligion Catholique Apostolique et Romaine sera remise et restablie, tant pour la célébration de la messe, processions, convoys, qu'autres cérémonies accoustumées es ville de Royan, Soubize, Barbezieux, Saujon. Ensemble les ecclésiastiques et catholiques remis en la possession et jouissance de leurs biens, revenus, domaines, Eglises, Cymetières, leurs appartenances et deppendances. Enjoignons a tous ecclesiastiques de retourner chacun en l'exercice et possession de leurs charges, deputez et bénéfices". Quant aux protestants, ils doivent "ne plus enterrer ny faire enterrer leurs morts esdictes Eglises ou Chappelles prinses a l'occasion des troubles, ny es Cymetières des Catholiques"(104). Après avoir résisté plus de deux ans au retour des catholiques, Candelay et les Royannais doivent s'incliner devant la commission royale. Les paroisses protestantes sont groupées dans le "colloque des Isles", qui comprend Marennes, Arvert, Breuillet, Meschers, Mornac, La Tremblade, Royan et Saujon. Royan est l'une des 51 "places de seureté [sûreté]", accordées aux protestants par l'edit de Nantes(105). Nicolas Alain décrit la place en 1598. Son fort est "admirablement défendu par l'art et la nature", ses pêcheries fructueuses d'huitres, de sardines de Gironde "préférées à tous les poissons à l'exception des saumons", et de maigres "gros poissons avec sur la tête deux petites pierres qu'on suspend au cou en guise d'amulette contre la colique"! Aux environs, il signale Arvert où "les pins et les chênes verts sont prompts à s'enflammer", une paroisse ensevelie sous les sables, Saint-Jean-des-Sables, où "au sommet des arbres, on voit des lièvres, des sangliers, des daims et des cerfs". Il note les ruines d'un antique château enseveli dans l'oubli à Didonne, le château-fort de Talmont sur un rocher rongé par la mer, enfin Meschers avec les moulins à vent, où la criste-marine croit sur les rochers, cette criste excite l'appêtit, se mange cuite et peut être conservée dans le sel et le vinaigre. On y incise le pin dont le tronc laisse couler "comme des pleurs sa sève" que les habitants font cuire pour le calfatage des navires(106). La garnison de Royan, fixée à 50 hommes, est payée par le roi qui choisit le gouverneur chez les religionnaires et conserve Candelay. Le gouverneur et 26 hommes sont prévus sur un état public pour 137 écus 40 sols par mois et, afin de ne pas inquiéter les catholiques, 24 hommes figurent sur un état secret pour 109 écus 40 sols, mais Candelay ne reçoit rien à la fin de 1598 et s'en plaint amèrement(107). Par contre pour les deux premiers mois de 1599 un versement de 137 écus couvre les dépenses du gouverneur "d'un sergent et de 24 arquebusiers à pied"(108). Les états militaires de Saintonge mentionnent pour les six mois suivants, 604 écus pour "Jean de Candelay sieur de Favières et 13 hommes qu'il commande en qualité de sergent". A partir de 1601 le roi fait encore des économies car la solde ne concerne plus que le gouverneur et "9 hommes commandés par un sergent". Cela reste le cas jusqu'en 1620 et ils ne sont payés que six mois par an, ce qui semble la règle admise(109). La complexité de la situation est évidente car ces dépenses huguenotes figurent
79 sur l'état du très catholique gouverneur et lieutenant-général de Brouage, "Alvert" et Royan, Thimoléon d'espinay de Saint-Luc, fils de François, mignon d'henri III, qui lui a laissé cette charge et la baronie d'arvert qu'il venait d'acheter aux Pons(110). Les redevances féodales rentrent mal, Jaspard Nérault fermier de la baronnie de Didonne se fait bastonner par le sieur de Théon pour un terrage de quelques grains(111). Pourtant la situation dans les paroisses de Royan et de Didonne n'est pas mauvaise, car l'abonnement à la taille et au taillon est annulé en novembre 1605 "attendu que les habitans desdites paroisses sont des plus riches et aisez de la generallité de Lymoges"(112). Henri IV renouvelle en 1606 les places de sûreté pour cinq ans et Candelay, toujours mal payé, lui réclame 2.400 livres pour des dépenses faites en 1597 et 1598, Henri IV répond qu'il "fera le plus favorablement qu'il se pourra". Dans ce document, Candelay est "gouverneur de Rohan", et de "Rozan" sur les états de 1610(113). Candelay dans sa lettre du 21 avril 1610 au "député général des Eglises de France vers Sa Majesté" écrit "il y a longtemps que je crye, mais personne ne donne secours" aussi il demande une aide financière pour les réparations "à cause des ruynes que la mer y fait toutz les yvers" et pour la garde de la place, lieu "fort fréquenté, dangereux et extrémement envyé". Candelay ajoute que Royan est peu sûr "car il n'y a pas un habitant en la ville"(114). Cette étonnante information est confirmée par l'historien Charles Bernard signalant, comme nous l'avons vu, que, vers 1595, les habitants s'étaient réfugiés au faubourg à cause de la garnison, et aussi par une lettre de l'intendant de La Thuillerie qui mentionnera en 1631 que "les maisons de l'enclos de la ville sont abandonnées il y a plus de trente ans". Si cet exode est compréhensible lors des périodes troublées avec une soldatesque nombreuse comme pendant les guerres de Religion ou au cours du siège de 1622, il est pour le moins curieux que pas un seul habitant ne soit revenu dans une ville pacifiée et intacte, comme le montre la gravure de Chastillon en 1610, quand Henri IV a réduit la garnison à une dizaine d'hommes. Normalement quiconque doit évacuer son logis en période de troubles n'a qu'une hâte, le réintégrer dès le retour de la paix laquelle est bien réelle après l'edit, et si personne ne l'a fait c'est que cet exode a une autre cause, et cette cause risque fort d'être la peste, qui frappe durement la Saintonge en août 1604(115). Cela peut expliquer aussi pourquoi la garnison est réduite à un strict minimum. Ces épidémies de peste, souvent provoquées par des troupes composées de gens bien peu fréquentables, sont parfois endémiques et se raniment à chaque belle saison. La seule défense est la fuite, il faut quitter la ville et se réfugier à la campagne où l'air est plus sain, ce qui provoque le départ des familles riches d'abord et même de tous les habitants. Or les Royannais, riches ou pauvres, ont à leur disposition le proche faubourg balayé des vents du large, qui est un refuge tout trouvé. PIERRE DU GUA DE MONS EN NOUVELLE-FRANCE (1603-1612). La paix revenue permet à Henri IV de s'intéresser aux colonies. Un Royannais figure parmi les intrépides aventuriers qui partent vers le Canada, alors la Nouvelle France, c'est Pierre du Gua de Mons ou de Monts. Petit fils de Loubest du Gua, il naît vers 1560 au château de Mons, devient huguenot, se bat aux côtés de Henri de Navarre puis, en récompense, est pensionné en 1594 et gouverneur de la place de Pons, c'est un homme riche(116).
80 Chaque année des dizaines de bateaux basques, bretons, mais aussi trembladais et quelques royannais, vont déjà vers le Nouveau Monde pêcher la morue et ramènent des fourrures. Pierre du Gua vend son château de Mons en 1599 à son voisin François de Videgrain seigneur de Belmont juste avant de participer à un de ces voyages(117). Rentré en France, il obtient une commission de "Monseigneur l'admiral Charles de Montmorancy" le 31 octobre 1603 lui conférant le titre de "Vis-Admiral et Lieutenant général en toutes les Mers, Costes, Isles, Raddes et contrées maritimes qui se trouveront vers ladite province et région de Lacadie depuis les quarantiesmes degrez, jusques au quarantesixiesme, et si avant dans les terres qu'il pourra descouvrir et habiter". Le sieur de Monts doit peupler toutes ces contrées "pour le bien du service de sa Majesté et establissement de son authorité" et faire la traite "avec les Sauvages de la Pelleterye à luy permise par sa Majesté pour dix ans vers la Baye de sainct Cler & riviere de Canada, construire des forts & forteresses, aussi dresser des ports, havres" et diriger avec "mesme pouvoir puissance & authorité que nous serions si nous estions en personne". Huit jours plus tard le 8 novembre, c'est Henri IV, qui accorde à "nostre cher & bien aimé le sieur de Monts gentilhomme ordinaire de nostre chambre" une commission qui annule "des à present, tous autres pouvoirs et commissions, lettres et expeditions donnez et delivrez à quelque personne que ce soit" et lui octroie le titre de "Lieutenant général pour représenter nostre Personne, au pais, territoire, costes et confins de Lacadie". Véritable vice-roi, titre qu'il n'a cependant pu obtenir, Mons doit "descouvrir, conquerir, peupler et habiter" ces terres et, bien que protestant, convertir les "gens barbares, athees sans foy ne religion" au catholicisme. Il doit "establir, estendre & faire cognoistre nostre nom, puissance & authorité. Et à icelle assubjettir, submettre et faire obeir tous les peuples de ladite terre, et les circonvoisins". Pour cela il doit faire des alliances avec les "peuples et leurs Princes" et "faire bastir et construire un ou plusieurs forts, places, villes et toutes autres maisons, demeures et habitations, ports, havres, retraittes et logemens" utiles et nécessaires et "rechercher et recognoistre toutes sortes de mynes d'or & d'argent, cuivre & autres metaux & myneraux". Mons doit également "commettre, establir et constituer tous officiers, tant és affaires de la guerre, que de justice et pollice" et leur octroyer "tiltres" et honneurs, mais "sur tout peupler cultiver et faire habiter lesdites terres, le plus promptement" possible. Quelques jours plus tard, le roi fait défense à tous ses sujets, autres que le sieur de Mons et ses associés de "traffiquer de Pelleteryes et autres choses avec les Sauvages" sous peine de confiscation de leurs vaisseaux et de 30.000 livres d'amendes, par contre la "pesche des molues [morues] et autres poissons de mer" est libre(118). La concession de Lacadie, ou l'acadie, va du 40 degré, donc vers l'actuel Philadelphie au sud de New-York, jusqu'à la "baye sainct Cler" qui est à Terre-Neuve et la "rivière de Canada" ou le Saint-Laurent, soit non pas au 46, mais bien plus au nord que le 50. Mons doit créer sa colonie "sans rien tirer des coffres de Sa Majesté", condition indispensable à cause de Sully pour qui "la navigation du sieur de Monts est du tout contre notre avis" car "il n'y a aucune sorte de richesse à espérer de tous les pays du nouveau Monde au-dessus de 4O degrés", soit au nord de la Floride(119). Le 10 février 1604, Mons crée sa compagnie au capital de 90.000 livres avec comme partenaires des marchands de Rouen, Saint-Malo, Saint-Jean de Luz et les deux bourgeois
81 Macquin et Georges de La Rochelle. Ses deux navires quittent Le Hâvre le 7 mars, Mons voyage sur le Don de Dieu, de 150 tonneaux et long de 33m, qui est accompagné de la Bonne-Renommée, de 120 tonneaux et long de 30m, dirigé par du Pont-Gravé(120). Mons emmène avec lui Champlain le géographe du roi, Poutrincourt le colonisateur, un jeune abbé parisien Nicolas Aubry, un curé pour convertir les indigènes et un ministre pour les protestants de l'expédition, ces deux religieux n'arrêteront pas de se quereller, parfois même à coups de poings. Enfin des artisans, 120 colons dont des "vagabonds" et des soldats suisses, mais aucune femme, ce qui est étonnant quand on veut peupler un territoire immense habité par près de 20.000 indigènes Micmacs, Etchemins et Abénaquis(121). En cours de route, ils rencontrent des "bancs de glace", des icebergs, et subissent de terribles tempêtes, dont une qui "rompt la gallerye du navire", enfin le 6 mai 1604 ils "terrirent" en Acadie, région choisie par Mons pour son climat moins rude que celui du Saint-Laurent, la rivière Canada. Dès son arrivée, Mons fait saisir le vaisseau du capitaine Rossignol du Hâvre et quatre navires basques qui trafiquent sur les fourrures. Ces saisies provoquent en France les plaintes des concurrents qui ne veulent pas admettre qu'une telle entreprise privée ne peut être rentable sans un monopole commercial(122). Puis Mons égare l'abbé Nicolas Aubry qui se perd seul en forêt et est retrouvé, en piteux état mais vivant, après avoir vêcu de baies et de racines pendant dix-sept jours(123). Ensuite Mons explore le site de Port-Royal qu'il offre à Poutrincourt, puis il s'installe dans une île de la rivière Sainte-Croix, sur la côte du Maine actuel au sud du Nouveau-Brunswick, avec 79 personnes pour un hiver terrible durant lequel le cidre gèle dans les tonneaux. Le scorbut fait des ravages, Mons voit 36 de ses compagnons "mourir tous vifs", parmi eux le curé et le ministre protestant(124). Au printemps il cherche un endroit plus agréable et s'installe à Port-Royal, actuellement Annapolis-Royal en Nouvelle-Ecosse. En août 1605, il y construit son "Habitation", qui est le premier établissement européen permanent en Amérique au nord du Golfe du Mexique. Protégé par une palissade et quatre canons, il comprend un manoir, des maisons, un four, une forge et des magasins. Mons réussit à entretenir de très bonnes relations avec les "sauvages" qui l'entourent et qui souvent le prennent pour juge(125). Rentré en France à la fin de 1605, le roi confirme son privilège sur les fourrures et déclaré que "tout troubles et empeschemens" doivent cesser(126). Mons envoie une nouvelle expédition avec Poutrincourt, Champlain et l'historien boute-en-train Marc Lescarbot, qui quitte La Rochelle le 11 mai 1606 sur le Jonas de 150 tonneaux(127). Poutrincourt doit explorer la côte sud vers le 40 degré, mais il ne suit pas ses instructions et ne va pas assez loin. L'historien Hubert Deschamps peut donc dire, avec lyrisme, que si Mons avait été obéï, New-York se serait peut-être appelé Nouveau-Royan(128). Malheureusement devant l'hostilité des catholiques et des armateurs bretons et basques son monopole est révoqué le 7 juillet 1607 car Mons n'a pas, selon Champlain, "assez d'autorité pour se maintenir en cour". C'est une véritable catastrophe, d'autant plus que son entrepôt vient d'être pillé par les Hollandais(129). Il doit rapatrier ses colons mais, malgré de lourdes pertes, il ne se décourage pas et en janvier 1608 obtient une nouvelle commission pour un an. Mons espérant trouver un passage vers la Chine, envoie Champlain sur la rivière Canada où celuici fonde la ville de Québec. Un an plus tard, Henri IV décréte la liberté totale du trafic des
82 pelleteries, accordant une indemnité de 6.000 livres à Mons qui s'entête et commandite encore une expédition en 1610 "à ses dépens", mais la mort de Henri IV et l'hostilité des Jésuites, font perdre toutes ses chances à notre huguenot qui reste alors dans sa ville de Pons(130). Il cède Québec à la belle Antoinette de Pons, puis lui vend tous ses droits sur la côte acadienne à la fin de 1611. Il conserve cependant un intérêt financier dans le Nouveau Monde jusqu'en 1621, puis meurt dans l'oubli le 22 février 1628(131). De grands aventuriers comme Pierre du Gua de Mons ont permis à quelques colons trappeurs et coureurs des bois, parmi lesquels il y eut peut-être d'autres Royannais, d'être à l'origine du Canada. Il n'a pas droit à la renommée qu'il mérite sans doute parce qu'il n'a rien écrit. Pourtant Lescarbot lui a dédié ce beau sonnet: De Monts, tu es celui de qui le haut courage A tracé le chemin à un si grand ouvrage Et pour ce, de ton nom, malgré l'effort des ans La feuille verdoira d'un éternel printemps(132) Royan lui a consacré une plaque commémorative et un petit monument, et Annapolis- Royal au Canada un monument, avec son buste, dédié au pionnier de la civilisation en Amérique du Nord. CHAPITRE VI PLACE HUGUENOTE SOUS LOUIS XIII. LE GOUVERNEUR CANDELAY SOUS LOUIS XIII. Après l'assassinat du bon roi Henri IV, le jeune Louis XIII reconfirme les places de sûreté en précisant que les réparations seront faites "aux despens des habitants d'icelles", mais son entourage tente par tous les moyens de les reprendre en mains, notamment en les rachetant aux gouverneurs huguenots(1). C'est le cas à Royan où Candelay envisage de céder la place à "monsieur de Saint-Playe [Saint-Palais]" en février 1611(2). Les autorités protestantes accourent et obtiennent qu'il annule sa promesse et ne résigne son poste qu'en faveur d'un gouverneur choisi par les réformés, aussi bien que "vieux et valétudinaire [malade]" Candelay reste gouverneur avec une solde de 100 livres par mois. Il est assisté d'un sergent et de neuf hommes qui eux ont une solde de 12 livres, mais tous ces paiements ne sont faits que six mois par an(3). L'inquiétude des huguenots grandit quand le roi épouse la très catholique infante d'espagne, et quand les processions catholiques sont autorisées dans les places de sûreté, pourtant sans "un tel nombre qu'il puisse préjudicier à la seureté" et sans "pénitents masqués"(4). Candelay réimpose en 1615 "par force et violence" une contribution d'un écu par tonneau de vin et de 5 % sur les autres marchandises(5). Ces taxes, très mal supportées, provoquent un virulent pamphlet intitulé "Remontrances d'un Marchand bourdelois de la Religion prétendue réformée aux perturbateurs du repos public de la mesme Religion" où l'auteur déclare "j'ay esté tondu ras sur le peigne en Poictou, en Xaintonge, à Royan" par des protestants qu'il fustige comme des "voleurs plus cruels que les Arabes"(6).
83 D'après un chroniqueur un événement extraordinaire se produit à Talmont le mercredi 25 juin 1615 à deux heures de l'après-midi quand "un dragon de grandeur extraordinaire et un serpent" se battent "dans une nuée obscure", tombent ensuite sur la ville où ils rompent les "couvertures et fenestres" puis de "furieux météores" remontent en l'air avant de s'abîmer dans la mer qui "bouillonne"(7)! Le 20 février 1617 c'est "l'orage et tempeste du ciel" qui font bouillonner la mer, Cordouan subit des dêgats qui nécessitent 600 livres de réparations(8). Meschers défraye aussi la chronique car l'amélioration du commerce en Gironde y attire des corsaires huguenots qui, avec six vaisseaux de guerre armés, rançonnent les navires(9). La marine royale intervient en mai 1617 avec les huit vaisseaux du vice-amiral de Guyenne et se saisit, en Seudre où ils se sont réfugiés, des navires et des capitaines. Ces "grands pirates" Blanquet de Mornac en Seudre et Gaillard de Royan sont condamnés à "estre rompus vifs"(10). Affublés d'une couronne de papier où se lit "capitaines des pirates traistres et rebelles au Roy", ils sont "rouez" à Bordeaux le 20 juin suivant et leurs têtes sont exposées au port, tandis que 20 à 25 de leurs marins sont condamnés à être pendus ou envoyés aux galères à perpétuité(11). Blanquet et Gaillard meurent sans pousser "nul cry" aussi leur "fin admirable" provoque l'étonnement des uns, l'admiration des autres et "grande matière de joye au Seigneur", ce qui leur vaut d'être "canonisés et mis au rang des saints personnages de la R.P.R.", abréviation usuelle pour Religion Prétendue Réformée (12). Quelques mois plus tard, les comparses qui ont sauvé leurs têtes bénéficient d'une abolition de leurs crimes(13). Candelay tente à nouveau de vendre la place de Royan en 1619. Il négocie avec le sieur de Fournil, ce qui provoque les soupçons des "Eglizes de ceste province", puis avec MM. de Jarnac et de Lignebeuf. Ce dernier accepte que Candelay conserve sa résidence au château et ses appointements et offre 27.000 livres pour lui et 11.000 pour ses héritiers après son décès, soit 16.000 livres pour le gouvernement et 22.000 en remboursement des dépenses réalisées "tant en fortiffications qu'an magasin", mais le "peuple des Isles et voysinage de Royan, tout de la Religion" s'y oppose car Lignebeuf est trop familier avec le catholique Saint- Luc. Il est même question de "Monseigneur de la Trémoille" qui souhaite reprendre le "Gouvernement de sa maison"(14). Aucune de ces négociations n'aboutit, mais en septembre 1620 Louis XIII, qui veut veut mettre à Royan un gouverneur à ses ordres, obtient le départ du vieux Candelay, après 34 ans de bons et loyaux services comme gouverneur(15). Il lui fait verser en compensation 10.000 écus et "quelques deniers pour les munitions". LA PLACE DE ROYAN A L'EPOQUE DE LOUIS XIII (1622). De nombreux plans donnent une bonne idée du Royan de cette époque. La ville est une forteresse bâtie sur un éperon rocheux "près de l'endroit où la Gironde s'engolphe dans l'océan"(16). Elle est protégée par des remparts de 100 toises de long, environ 200m, sur 80 toises en sa plus grande largeur, eux-mêmes protégés par un fossé taillé dans le roc, de 40 pieds de large et profond de 20. La porte monumentale de la ville, proche de la Grande Conche, n'est ouverte que durant les heures de jour. La tour Fossillon, Fossillan ou Fosse aux Lyon, est près de Foncillon et la tour Sarazin entre les deux. Une muraille sur la haute falaise termine la protection de Royan face à l'océan. Dès le pont-levis de la porte de la ville franchi, la grande rue s'incurve parallèlement au
84 château, sur la gauche se trouve le corps de garde puis juste après, à gauche également, le pont-levis permet d'accéder au château autour duquel la ville est bâtie et dont l'enceinte fait 26 ou 27 toises de long sur 23 de large. Elle est entourée d'un fossé de 8 à 10 toises de large "profond et en partie revestu dans lequel il y a un petit havre pour plus de seureté des petits batiments". Le port, protégé par le môle, est fermé par un mur et les navires y pénétrent par une porte(17). Le château-fort où "il n'y a point de logements" mais qui pourtant sert de retraite au gouverneur, est situé "au milieu d'une grande place appelée Sarasine dans laquelle se void un puits taillé dans le roc", selon l'ingénieur de la marine Magin ce puits communique avec un souterrain et a été très fréquenté car il présente "quantités de marques"(18). Le château proprement dit, selon le plan de Masse, est un tout petit édifice au fronton crénelé d'environ 12 toises de long sur 5 de large flanqué de quatre tours dont deux grosses à l'avant, très abîmées en 1610 mais remises en état en 1622. Comme nous l'avons vu sur l'inventaire de 1522 ces grosses tours sont Burgault, près de la mer, et Gloriette, le donjon, légèrement séparé de l'ensemble d'après la gravure de Chastillon mais au contraire accolé selon le plan de Masse et la vue de Bonnevau. La grande rue est le seul chemin permettant aux charrettes de rejoindre le port en passant devant le four banal puis devant le prieuré Saint-Nicolas(19). De chaque côté s'entasse un fouillis de maisons moyenâgeuses à encorbellement, ce qui protége les gens de la pluie, avec leurs magasins et échoppes et, à l'arrière de très petits jardins ou des cours, où se situent les "commodités". Le plan de Chauvin indique seulement quelques maisons, celui de Masse est plus précis avec ses douze pâtés de maisons. Ces pâtés de maisons sont séparés par des ruelles sans doute sales, mal alignées, étroites, mais permettant le passage d'une brouette chargée d'une demi-barrique. La deuxième ruelle à droite conduit vers une petite porte donnant sur un sentier qui traverse le fossé. Une place centrale ombragée est certainement l'endroit où les Royannais se rencontrent pour bavarder, tout en jouissant d'une bonne vue sur ce qui se passe en mer, elle est située près du temple protestant, qui "sert de magazin" selon Chauvin, sans doute l'ancien prieuré de Saint-Nicolas, ou ce qu'il en reste, et près du fameux puits qui permet, grâce à un souterrain taillé dans le roc, de rejoindre des barques et de s'évader vers le large par un port secret de secours dans les rochers de Foncillon. D'autres souterrains truffent le sous-sol de la ville. Les Royannais qui témoignent lors de l'enquête de 1487, connaissent les "venues, entrées et yssues et situacions du chasteau, ville et place de Royan", et l'un ajoute "tant par eau que par terre"(20). Claude Masse mentionne plusieurs de ces "sorties creusées dans le roc", l'intendant Bégon cite des "voûtes souterraines faites sous les remparts de 7 à 8 pieds de large", et l'amiral Loizeau signale des passages souterrains entre les principaux ouvrages, dont l'un est supposé atteindre la colline de Mons(21). Les remparts moyenâgeux ne sont plus une protection suffisante face à l'artillerie du XVII siècle, aussi la place est-elle fortifiée par cinq ouvrages protégés par un fossé de 40 pieds, profond de 15, qui forment les "anciennes fortifications", bien visibles sur la vue de 1610, elles ont été créées par Campet en 1577 et améliorées par Candelay. C'est ce dernier qui commence les "nouvelles fortifications", terminées en 1622 par Saint-Seurin. Elles comprennent le bastion du faubourg et celui de Soubise, d'après le nom du chef calviniste, un fossé de 30 pieds de large et 12 de profondeur, deux demi-lunes et encore un autre fossé. Le
85 faubourg, non fortifié, où réside maintenant toute la population, s'est développé hors les murs depuis la fin de la guerre de Cent Ans. Relié à la ville par une route sinueuse, il débute en bas des fortifications après un calvaire, longe la grande Conche et se termine au pont du riveau de Font-de Cherve, ensuite ce sont des dunes de sable puis le bois de la Garenne. Le bourg de Saint-Pierre, avec le château de Mons et sa vieille église au clocher crénelé, est tout à fait séparé de Royan. Les opinions sur la place diffèrent, pour Richelieu elle est "importante", selon d'epernon elle est "si bien fortifiée qu'au jugement de tous ceux qui la reconnurent, c'étoit une des meilleures places pour la grandeur qui fût en France. La commodité de la mer et le voisinage de La Rochelle, rendoient la retraite si facile et si assurée qu'on pouvoit s'y défendre jusqu'aux plus grandes extrémités"(22). L'un juge que la "position de la ville étoit extrêmement favorable aux Rochellois dont les pirates infestoient cette riviére et ruinoient ainsi le commerce de Bordeaux"; pour un autre elle est "très importante et en effect presque inaccessible à cause des fossé à fond de cuve, des contre-escarpes, ramparts et bastions, ladite ville d'autre part estant très bien munie de vivres et d'engins nécessaires au fait de la guerre, comme poudres, boulets et canons", ou bien "petite en son enceinte, mais forte d'assiette et de main"(23). Quant aux rebelles, ils estiment que si le roi l'attaque, il en aura bien pour "huict mois tant ils l'avoient bien minez et fortifiez"(24). Cet optimisme n'est pas partagé par tout le monde. Claude Masse notera certains ouvrages "en partie que de terre" ou "mal flanquez" et "mal disposez faisant plusieurs angles morts", Scipion Dupleix parle de "l'imperfection des fortifications" et l'avocat Godefroy, écrivant durant le siège,_ n'a guère d'illusions car la place est sans vivres "avec une incommodité d'eau" et des fortifications "pas encore parachevées"(25). Les différents plans et l'excellente étude de l'amiral Loizeau, permettent de définir l'emplacement de la vieille ville fortifiée, dont il ne reste aucune trace. Elle était minuscule et tenait entièrement entre la façade de Foncillon, l'allée de l'espagnol, le haut de la rampe du port et le point de départ de la vieille jetée. Le château-fort était situé en partie sur les quais et dans l'actuel port de plaisance, le port du XVII siècle était situé dans l'angle sud-ouest de ce même port. Sa population peut se calculer en se basant sur 500 habitants par hectare, mais en enlevant 20 % pour les chemins, les rues et les places(26). D'après les plans, la surface est de 2,5 hectares environ, soit une surface utile de 2 hectares. Cela donne environ un millier de Royannais, peut-être un peu plus car, avant d'être désertée, la place était selon Claude Masse "bien marchande", "petite mais trez bien peuplée"(27). Comme il est logique dans une place huguenote, les habitants sont, d'après Richelieu, "quasi tous" de la Religion Prétendue Réformée et, selon l'historien catholique de Frauville, "ils ont exercé force cruauté tant sur les concitoyens que sur leur voysinage mesmes pour monstrer qu'ils estoient des plus rafinez parpaillaux", et "rafinez parpaillaux" n'est nullement un compliment car cela veut dire, pour lui, que les Royannais sont parmi les huguenots les plus sectaires(28). LA REBELLION DE L'ASSEMBLEE DE LA ROCHELLE (1620-1622). Le nouveau gouverneur est La Chesnaye, protestant mais très "fidelle" selon Richelieu, que Luynes, connétable et favori, tient pour un de "ses confidents", mais qui est pour Agrippa
86 d'aubigné "du nombre de ceux desquels on retardoit le changement de religion pour s'en servir à choses pareilles et à supplanter les places de seurté"(29). Son frère, La Chesnaye l'aîné, qui commande la place en second, est apprécié des protestants. D'après le colloque des Isles, le pasteur à Rohan [Royan] s'appelle Deschaunes et il doit toujours d'agir du même Deschaume(30). Une Assemblée des églises réformées se réunit à La Rochelle, en décembre 1620, malgré l'interdiction du roi. Selon ses actes du 6 mai 1621 "entre La Chesnaye et les habitans, il y a bonne correspondance pour la conservation de ladite place"(31). Quand le 10 mai, l'assemblée veut créer une fédération républicaine, sur le modèle des Provinces-Unies de Hollande, et décréte les "Loix fondamentales de la République des Eglises Réformées de France" c'est, pour le Mercure Français, la création d'un véritable "contre-estat" indépendant qui décide d'encaisser l'argent des impôts et des taxes, de mettre les places de sûreté sur pied de guerre et de former des cercles, nom donné aux régions militaires. Royan fait partie du 3 cercle où les opérations sont confiées à Benjamin de Rohan prince de Soubise, le jeune frère du chef des huguenots Henri duc de Rohan. Louis XIII riposte en déclarant "relaps et criminels de lèze-majesté" tous ceux qui obéiront à l'assemblée et offre sa protection à ceux qui "se contiendront en nostre obeyssance"(32). Les catholiques considèrent que Royan est une "ville d'ostage" aux mains de sujets rebelles(33). Le 22 mai La Chesnaye et les habitants assurent La Rochelle que les instructions "a eux ordonnez" seront bien exécutées(34). Mais Louis XIII vient en personne reconquérir la Saintonge, et la "bonne fortune du Roi passe comme un foudre à qui rien ne fait résistance", Soubise lui-même, à la fin juin, se "venant jeter a genoux aux pieds de Sa Majesté luy demanda pardon" à Saint-Jean d'angély(35). "Sans attendre siège ne canon", le "sieur de Candelan [La Chesnaye] fait comme tout le monde et se soumet au roi le 17 juillet 1621(36). Pour certains Soubise est perfide, traître et poltron, pour d'autres c'est un homme d'action énergique qui s'est donné pour principe de rendre guerre pour guerre et parjure pour parjure, aussi il tient peu compte de ses serments et triomphe aisément de ses scrupules devant les innombrables infractions commise par le pouvoir royal à l'égard des traités consentis aux réformés et, pour Richelieu c'est un "misérable dont le malheur, l'esprit et le courage sont également décriés, n'ayant autre art pour couvrir ses hontes passées que de s'en préparer de nouvelles"(37). Il est exact qu'il oublie vite son serment et reprend la lutte armée en Saintonge, afin de ramener "a la défense de leurs libertez quelques unes des villes que leurs gouverneurs avoient vendues"(38). Voici comment un pamphlet catholique décrit son action: "Ce chef sans conduitte, parjurant sa foy et violant le service que de nouveau il avoit juré à Sa Majesté, fit lever de toutes sortes de trouppes, extraictes de la lye du peuple, et ayant assemblé quelques quatre à cinq mille hommes de pied et cinq à six cens chevaux [cavaliers], employer les premiers effects de sa rage à s'emparer de quelques places sans résistance, endommager le pays, violler femmes et filles, piller et saccager le pauvre peuple"(39). C'est pour dédommager les catholiques pillés que le duc d'epernon, gouverneur de Saintonge, fait confisquer les biens des rebelles de Didonne au profit de Claude de Théon qui habite Château-Bardon à Meschers. Venu d'oleron en passant par les marais salants près de Mornac, Soubise assiége Royan avec 400 hommes à pied dans la "nuict du Jeudy venant au Vendredy 3 de Dècembre 1621"
87 où, malgré une grande haine contre lui, La Chesnaye reste fidèle au roi(40). A la faveur de la nuit, les assaillants se glissent dans un premier fossé, puis parviennent à celui qui est contre la muraille après avoir rompu une barrière à coups de hache non sans perdre quelques attaquants car les assiégés alarmés tirent des "mousquetades". Grâce à des échelles de toutes tailles qui avaient été amenées sur les informations fournies par un ancien soldat de la garnison, une vingtaine d'attaquants parviennent, malgré quelques pertes, à "une petite porte murée, fort aisée à ouvrir pour estre mal bastie et sans terrasse" formant un trou sous la muraille d'un corps de garde où ils sont relativement à l'abri. A l'aide d'un pétard, ils font une petite brèche dans la muraille par laquelle ils tirent quelques mousquetades tuant un assiégé et un Suisse. Une autre attaque sur "Fossillon" du côté de la mer échoue. Le feu est ensuite mis à la porte de la ville avec du bois trouvé dans le fossé, mais sans succès car "le remède ordinaire ne feust pas oublié par ceux du dedans", il s'agit sûrement de jeter de l'eau sur la porte. Les assiégés inquiets, croyant à une attaque de grande envergure, se rendent et le vieux La Chesnaye l'aîné offre sa capitulation qu'il "baille de la muraille en hors par une corde". Il demande un passeport pour son jeune frère et la place de gouverneur pour lui, ce qui est accepté(41). La version officielle du Mercure Français est: "Les perfides habitans de Royan ayant appelé Monsieur de Soubize firent, par feinte, poser des eschelles aux murailles luy facilitant l'entrée puis allant au Chasteau lui ouvrirent aussitost les portes, avec ceste honteuse composition que le frère du Capitaine qui estoit lieutenant en ceste place y demeureroit Gouverneur". Il ironise sur Royan qui n'a pas su résister à Soubise malgré "tous ses bastions", alors que Mornac avec une "seule tour quarrée sans flancs et sans fossés", s'est si bravement défendu que son gouverneur La Douerière "assailly par eau et par terre" fait même une sortie et oblige les assaillants à se retirer. Commme les armées ne peuvent se déplacer avec les canons avant que les "chemins fussent essuyez des nèges [neiges] et des eaux", la guerre ne pourra reprendre qu'au printemps(42). Le roi va donc maintenant devoir "debeller" la ville rebelle, suivant une curieuse formule d'époque(43). Mais, comme le temps "trop avancé ne lui permettoit pas d'assiéger pour lors" le roi n'apprécie pas du tout la perte de Royan et fait arrêter par le Grand Prêvot le jeune La Chesnaye quand celui-ci vient se justifier, mais le fait libérer très vite(44). Le 25 décembre 1621, La Chesnaye l'aîné obtient comme promis le poste de gouverneur, mais Soubise n'a guère confiance. Il n'a pas tort. Deux jours plus tard, 500 à 600 soldats de la garnison catholique de Blaye arrivent par la Gironde et débarquent dans la garenne de Royan, s'attendant "a entrer la nuict dans le chasteau et dans la ville par quelque occasion qu'on leur debvoit offrir dudit chasteau" où réside La Chesnaye l'aîné. Mais les huguenots du faubourg veillent et alertent Soubise qui accourt d'arvert avec 50 à 60 cavaliers et deux compagnies de gens de pied et le 28 décembre s'empare de la place, ayant profité des ponts restés ouverts de la ville et du château à cause du "peuple sortant d'un presche fait extraordinairement". Les soldats de Blaye restent bloqués dans la garenne et La Chesnaye l'ainé, assiégé dans le château, après une "mal séante plainte" doit accepter le rachat de Royan pour 12.000 écus(45). Dès le 5 janvier 1622 Soubise nomme à sa place La Mothe-Fouqué baron de Saint-Seurin, qui vient avec son frère pour le seconder, des navires et 210 hommes de renfort comprenant
88 "mesme des soldats de Royan"(46). Fin janvier avec "2 piéces de canon, 3.000 hommes de pied et 200 à 300 chevaux [cavaliers]" Soubise prend Saujon, puis le 10 février s'empare de Mornac après avoir fait sauter la "grosse tour de dix-huit pieds d'espaix [six mètres de côté]" grâce à une mine(47). Les forces royannaises tiennent la rivière, pillent et ravagent les côtes jusqu'à Bordeaux dont elles ruinent le commerce. Du côté de la terre "ils exercent toutes sortes d'hostilités en la Saintonge". D'Epernon contre-attaque avec plus de 6.000 hommes après avoir quitté ses quartiers d'hiver de La Jarrie, d'où il est chassé par la peste et la faim. Secondé par son deuxième fils le duc de la Valette, lieutenant-général de l'armée de Saintonge, et par La Rochefoucauld il reprend Mornac et Saujon le 28 février puis passe en Arvert(48). Soubise y perd plus de 300 des siens tandis que le duc d'epernon fait brûler les temples protestants de Saujon, Gémozac et Mornac et ses gens emportent tout ce qu'ils peuvent trouver "avec grande insolence en violant les femmes de la Religion". Meschers, dont les habitants calvinistes ont massacré les soldats de Talmont, est pillée et les coupables sont égorgés par les gens d'armes et les chevau-légers de La Rochefoucault qui logent leurs chevaux dans le temple après l'avoir brûlé, et violentent toutes les femmes "quoique la plupart fussent fort âgées"(49)! Jean de Fabas, ou Favas, chargé des opérations militaires protestantes au-delà de la Gironde, décide de bloquer l'estuaire en faisant construire "en suitte de la rebellion a Royan" un fort dans l'île d'argenton près de Blaye et un autre à Soulac, afin d'affamer et de ruiner Bordeaux et d'éviter que des vaisseaux puissent passer sans payer, à la faveur de la nuit ou des "brouées [brouillards]", les "gros imposts" de Royan sur le transit en Gironde, 3,5 % sur les gens de Bordeaux ou de "contraire party", qui financent l'amélioration des fortifications de Royan. Après avoir pris Soulac, Fabas appelle Saint-Seurin qui traverse la Gironde fin mars avec 150 hommes des "plus lestes" et deux canons. Le 2 avril avec 700 hommes Fabas et Saint-Seurin, aidés par Paul de Lescun, échouent devant Saint-Vivien. Avec les survivants, Saint-Seurin regagne alors Royan, quant à Paul de Lescun, il est blessé et fait prisonnier à Cozes par un officier du duc d'epernon, puis emmené à Bordeaux afin d'y être jugé du crime de lèse-majesté pour avoir signé des "commissions pour lever gens de guerre contre le service et l'authorité du Roy" quand il présidait l'assemblée de La Rochelle en décembre 1621(50). LE GRAND SIEGE DE ROYAN PAR LOUIS XIII (1622). Le roi envoie le duc d'epernon avec son armée privée, soit 4.000 hommes dont 120 gardes à cheval portant sa livrée ducale, investir Royan où il espère obtenir facilement la reddition de la place grâce à ses relations avec Saint-Seurin qu'il a "en grande estime et grande affection"(51). Le "bloquement" est chose faite le 25 avril quand les assiégés sont "contraints de se resserrer dedans leur ville" par d'epernon qui loge à Saint-Pierre avec son infanterie, sa cavalerie étant à "Medy, Vos [Vaux] et Saint-Sulpice"(52). Louis XIII fait négocier de son côté avec Rohan et Soubise un arrêt des hostilités. Pour sa part, Soubise se voit offrir 50.000 livres comptant, une pension, la charge de colonel-général des troupes françaises en Hollande, mais par contre il n'obtient pas de conserver Royan que le roi veut se voir restituer. Ces négociations n'aboutissent pas(53).
89 Un matelot est envoyé par Soubise pour exhorter Royan à se défendre, mais "estant arrivé à portes closes, cria ces nouvelles et la déroutte de Rié sur les murailles, avec un ton effrayant, qui fit que les capitaines, assemblez avec le gouverneur, depeschèrent à La Rochelle pour demander remède à leurs necessitez, et en Médoc, à Favas, pour lui faire quitter une église et emmener la garnison à leur secours". Favas revient alors à Royan(54). Soubise à Rié en Vendée le 16 avril a perdu 2500 tués et 1300 prisonniers, parmi les pertes, se trouvent 150 hommes de Royan ou de sa garnison. A ces nouvelles, la ville est "remplie d'effroy et Saint-Seurin mesme" car son propre frère, commandant en second à Royan, son beau-frère le comte de Marennes et un cousin sont parmi les prisonniers capturés "avec grand nombre d'ornemens d'eglise que ces misérables sacrilèges avoient pris"(55). Heureusement pour eux, ils sont nobles, quant à la piétaille qui se rend à la miséricorde du roi, elle est envoyée directement aux galères, c'est donc le cas des soldats royannais prisonniers. Saint-Seurin, bien que huguenot convaincu, n'a guère le choix car le roi lui fait savoir que le sort de ses parents dépend de sa reddition, pour sauver sa famille, il tient des conseils de guerre "avec tous gens de guerre que habitans et même deux théologiens"(56). Puis il propose la neutralité que le duc d'epernon refuse, puis la reddition qui comprend 13 propositions. La mention "accordé" dans la marge figure en face des demandes concernant le pardon pour les gens de guerre et les ministres protestants "qui sont maintenant en ladite place", et pour le sieur Trelleboys ancien "commandant dans un vaisseau"; le libre exercice de la religion réformée; la liberté pour les assiégés de se retirer "en leurs maisons" sans aucune poursuite judiciaire. En face de la demande de pardon pour les prisonniers de l'armée de Soubise pris avant le siège, figure la mention "néant" ce qui veut dire que le roi n'est pas d'accord; pour le pardon concernant la famille de Saint-Seurin, il est mentionné "Monsieur d'espernon fera entendre la volonté du Roy". Saint-Seurin demande aussi quinze jours pour évacuer les gens de guerre, délai ramené à deux jours d'un commun accord. Enfin, comme les affaires sont les affaires, Saint-Seurin en profite pour demander au roi d'être déchargé de sa dette de 12.000 écus envers la Chesnaye l'aîné. Afin que Saint-Seurin n'ait pas l'air de se rendre trop facilement, l'accord prévoit d'envoyer au gouverneur un hérault d'armes pour le sommer de se rendre "ou à deffault ung trompette du Roy"(57). Malgré le manque de munitions et de médicaments, les ministres protestants "se roidissans à la resistence contre le Roy" s'opposent à cette reddition ainsi que Moulines Saint-Ravy, chef d'une compagnie dans la ville, et Poyanne commandant la flotte, et pour les catholiques "corrompüe par ses mauvaises moeurs, abandonné à toutes sortes de vices"(58). Saint-Seurin tient cependant le château avec des troupes sûres et, par là, il est le maître de la ville, car une "porte de derrière", un des souterrains, lui permet de faire entrer les troupes royales. Il sort donc sans crainte avec huit ou dix de ses amis pour capituler le 29 avril. Il confère avec d'epernon dans un lieu découvert à Saint-Pierre et une foule s'assemble autour d'eux pour assister au spectacle de la reddition quand une canonnade fait se jeter à plat ventre une partie de la suite du duc d'epernon. L'historien Le Vassor qui relate l'événement ironise sur la maladresse des "canoniers de Royan" qui tirent "18 volées de canon" sans blesser personne(59). C'est alors que selon un texte royaliste "ces misérables obstinez à leur ruyne se saisirent de Royan et y assassinèrent celui qui y commandoit"(60). En effet, pendant
90 l'absence de Saint-Seurin, l'arnaudière son adjoint sort imprudemment sur le pont-levis du château où il a la tête fracassée d'un coup de pistolet par Saint-Ravy, lequel aidé de Poyanne, assassine ou arrête d'autres partisans du gouverneur, s'empare du château puis de la ville aux cris de "Vive Soubize"(61). Saint-Seurin ne peut y rentrer et, en plus du corps de l'arnaudière, il reçoit "de dessus les murailles forces injures" de la part des habitants rangés sur les remparts(62). Le roi, informé de l'échec des négociations dès son réveil le lendemain matin, décide aussitôt de prendre Royan par la force. Moulines Saint-Ravy, avant de quitter la ville à cause d'une grave maladie, arrête les partisans de Saint-Seurin, dont le Pouzan cousin du baron, et récuse Favas qui avait "incliné quelques uns à capituler", ce dernier "se retire aux vaisseaux" après avoir dû céder le commandement de la place à La Noue arrivé de La Rochelle avec cent hommes de renfort et qui ne le "peut pas souffrir"(63). Les assiégés passent alors à l'offensive et le duc d'epernon riposte en s'emparant le 30 avril du faubourg pourtant "fort bien retranchez et barricadez", sans rencontrer grande résistance et "sans perte d'hommes"(64). Comme d'epernon refuse de continuer le siège car il n'admet pas qu'un prince du sang soit prévu pour le superviser en Saintonge, le roi, fort mécontent, décide de venir en personne réduire cette "ville mutine"(65). Entouré des 450 cavaliers de sa garde en casaques écarlates avec parements d'argent, le roi et les principaux chefs de son armée attaquent Royan avec neuf régiments soit "10.000 hommes de pied", dont de nombreux pionniers pour les travaux de terrassement nécessaires pour l'approche et l'attaque des fortifications, "1.000 chevaux", des cavaliers, et 15 canons qui tirent de redoutables boulets de fonte de 33 livres, ce qui fait dire très justement que "tout dépend du canon"(66). Le roi fait débuter les opérations le 4 mai. Royan est attaqué de deux côtés à la fois, vers Foncillon et vers le faubourg près de la Grande Conche, vers "Focillon" et "Sanisson" selon d'aubigné(67). Près de la Grande Conche, les régiments de Champagne, d'estissac et de Bury, cantonnés après le riveau et sous les ordres du maréchal de Vitry, attaquent le bastion du faubourg, dont ils peuvent s'approcher par "des mazures que les ennemis n'avoient point desmoly et venir jusqu'à cinquante pas d'un demi-bastion qui aboutissoit sur le port"(68). Ils sont soutenus par une couleuvrine et cinq canons mis en place par Pompeio Targone, ingénieur du pape, qui fait le pari de mettre une batterie sur une maison et, pour cela, la fait brûler pour la transformer en plateforme(69). La seconde attaque, vers Foncillon, est menée par les gardes françaises et suisses et les régiments de Navarre et Castel-Bayard, sous les ordres du vieux maréchal de Praslin et de Bassompierre qui parle longuement de ce siège dans ses Mémoires qu'il rédigea dans la prison de la Bastille. Un autre ingénieur italien, Josepho Gamorini, s'occupe des travaux d'approche et de la mise en batterie de sept à huit canons. A l'arrière, un cantonnement de réserve est occupé par les régiments de Saint-Luc, Menillet et Saint-Vivien(70). Le jeudi 5 mai, le roi monte à cheval à Saujon à neuf heures du matin et arrive à douze heures et demie à Châtelard "petits hameau de douze ou quinze maisons chétives de paysans, son logis n'avoit qu'une petite salle basse et au-dessus une chambre de laquelle on eust pu voir les tuiles, n'estoit que contre l'on avoit mis une pièce de tapisserie; il y avoit auprès, et sur une écurie un méchant petit bouge en appentil qu'on tapissa et le fit-on servir au roy de cabinet". L'attaque contre les bastions s'intensifie et l'artillerie pilonne la place et le
91 château. La garnison se défend courageusement, tentant même sans succès une sortie vers le faubourg. En soirée le roi, après avoir réuni son Conseil, inspecte le campement du régiment des Suisses. Le vendredi 6 mai, selon le journal de son médecin, le jeune roi de vingt ans joue les baigneurs. Après la réunion de son Conseil il se promène "a pied et a cheval jusques a ung endroict où venoit la marée, se y joue attendant la vague, se y mouille jusques aux cuisses, attrapé par la vague". Après avoir changé de chausses et être "essuié", il décide de venir inspecter le secteur de Foncillon, le lendemain à quatre heures du matin(71). Comme c'est sa première montée au front, il demande conseil à Bassompierre pour ne "pas faillir". Pendant ce temps, une partie du bastion de Soubise à Foncillon est prise par les mousquetaires, grâce au courage du sergent des gardes La Fontaine avec quatorze de ses hommes(72). Lors de cette inspection du samedi 7 mai, faite avec le duc d'epernon, la France manque de perdre son roi car "un coup de piéce" de canon royannais passe à deux pieds au-dessus de sa tête et tombe à six pas de lui(73). L'historien Scipion Dupleix relatant cet événement écrit: "Je frémis d'horreur en l'escrivant", Bassompierre s'écrie: "Mon Dieu, Sire, cette balle a failly à vous tuer", mais le roi "ne s'estonna ni ne baissa la teste" et dit en souriant à ses courtisans qui s'étaient prudemment écartés: "avez-vous peur? il faut recharger le canon avant qu'il tire une seconde fois"(74)! Voyant une troupe chamarrée autour du roi, les seize vaisseaux rochelais en rade s'approchent à cinquante pas de la côte et tirent, sans aucun résultat, 200 coups de canon(75). Le dimanche 8 mai le canonnage de la place s'intensifie tandis que le roi va à la messe, réunit son Conseil, se proméne et "tire de la harquebuse". Le lundi 9 mai, l'attaque du bastion du faubourg par les troupes du maréchal de Vitry se passe plutôt mal. Le roi, après avoir réuni son Conseil et être "amusé diversement", assiste à cette attaque "qui fust fort rude et dura plus de deux heures"(76). Voici comment l'historiographe du roi Charles Bernard raconte cet épisode: "La chaleur avec laquelle cet endroit fut attaqué apporta un grand dommage, force noblesse volontaire, dont quelques uns estoient armez & d'autres sans armes s'y portèrent avec trop d'ardeur, les chefs faisoient leur devoir pour les retenir & leur empescher de se précipiter dans le danger: mais les commandemens n'y estans point oüys, chacun s'avançoit sans ordre, et aucuns mesme jusques sur le pan d'un bastion où il y avoit une mine qu'on fit ioüer, et dont plus de soixante hommes des nostres furent enlevez, les uns tombèrent sous la terre ensevelys tous vifs, les autres iettez de costé, eurent les bras ou les jambes brisés; d'autres s'estans avancez dans un terre-plain par de-là cet esperon furent blessez de la mousqueterie de la place. Misérable spectacle! & qui enseignoit combien l'ordre et la discipline sont nécessaires à la guerre. Ce qu'un sergent & quatorze pauvres soldats venoient de faire en l'attaque des gardes, estans conduits par un bon ordre, un grand nombre de Noblesse de bonne maison, nés pour les grandes choses, possible pour estre chefs & conducteurs d'armées ne le purent faire n'y gardant pas l'ordre qui s'y devoit observer"(77). Les assaillants y perdent 40 gentilhommes, dont un baron de Matha, et Jean-Louis chevalier de La Valette, fils naturel du duc d'epernon, est "ensevely jusques à la moitié du corps"(78). Cela ne l'empêche pas de participer à la bataille acharnée "à coups de grenade et de pierres" et de prendre le bastion du Faubourg le même soir.
92 Poussé par ses jeunes officiers, Praslin veut faire donner l'assaut contre le bastion de Soubise et prend très mal que Bassompierre s'y oppose. Il le lui dit vertement: "Vous vous plaisez à contrarier les propositions des autres pour montrer votre bel esprit". Bassompierre rendu prudent par l'explosion de la mine, décide l'envoi de sapeurs pour vérifier d'abord ce bastion, bien lui en prend car une autre mine y est effectivement désamorcée. Quand Praslin réalise que la mine contient 600 livres de poudre, il trouve que la prudence proverbiale de Bassompierre a du bon et admet "Mon fils, vous avez eu bon nez et m'avez empêché de subir un affront". Le bastion de Soubise tombe le mardi 10 mai, il ne reste plus alors pour protéger Royan que les anciennes murailles médiévales qui n'ont pas la possibilité de résister longtemps à la puissante artillerie royale. Les assiégés tentent pourtant une manoeuvre de dernière heure en construisant une barricade "en plein fossez"(79). Bassompierre la fait reconnaître par un jeune "coquin qui avec d'autres goujats faisoient les missions hasardeuses", il s'agit des valets d'armée qui s'acquittent alors des missions suicides. Celui-ci survit, bien que son habit ait été percé par les balles, et fournit à Bassompierre les informations nécessaires pour l'assaut final(80). Ce même jour, une compagnie de cent hommes de Normandie vient renforcer la garnison, par contre les Rochelais voulant introniser un nouveau gouverneur, du Verget-Malaguet, ne peuvent y pénétrer car la mer est démontée "à cause de la grande tourmente", ce qui n'empêche nullement le roi d'aller à la chasse durant l'après-midi(81). La Noue, et tout le Conseil de ses capitaines, "sans la commodité des rafraichissemens [sans espoir de renforts]", décide alors de traiter avec le roi(82). CAPITULATION DES ROYANNAIS ET GRACE ROYALE. Le mercredi 11 mai, la barricade est conquise de haute lutte par les gardes "trouvans une descente entre les roches sur le bord de mer"(83). Le roi est présent, il examine la fameuse mine et entre dans le fossé. C'est alors, vers les huit heures du matin, que Louis XIII "ouït une chamade", signal donné par un tambour pour annoncer le désir de capituler de "ceux du dedans ayant perdu tous leurs dehors"(84). Le roi dit au tambour qu'il refuse la capitulation de ses sujets, mais usant de sa "bonté accoustumée", "et quoy que leur révolte & leur opiniatreté meritast un rude chatiment néantmoins sa Majesté, qui à l'exemple du Roy des Roys ne veut point la mort du pêcheur mais qu'il se convertisse et qu'il vive, leur accorde la grâce par eux demandée"(85). Les sept termes de la reddition sont remis à onze heures à deux capitaines de la place, une trêve d'une heure est accordée à "ceux de la ville pour se venir mettre à ses pieds"(86). Effectivement, le roi revient au camp à midi pour faire accomplir la composition avant de réunir son Conseil et d'aller se promener. Louis XIII accorde la vie et la liberté à ses sujets "de quelque qualité et conditions quilz sont estans a present dans Royan", ils peuvent se retirer où ils voudront, sauf à l'île d'argenton et au Médoc, et emporter "ce quilz pourront charger de leurs armes et bagages exceptés les canons, munitions de guerre et vivres". Les Royannais doivent rendre à Saint-Seurin et à ceux qui sont sortis avec lui tout ce qui leur appartient, maisons, navires ou valeurs d'iceulx", remettre en liberté "le sieur de Pousac [sans doute Pouzan cousin de Saint-Seurin] et autres prisonniers pris dans Royan en quelque lieu quilz
93 aient été conduits et pour la sureté d'icelle donneront des hostages". Louis XIII promet la liberté de confession "suivant les édits", permet à "tous ceux qui se voudront retourner chez eulx d'y venir" après avoir fait la déclaration necessaire dont il "leur sera donné passeport" et en promettant bien sûr "de ne plus porter les armes contre le Roy". Enfin la place doit être remise à 5 heures du soir "entre les mains de ceux quil plaira au Roy ordonnez" et pour cela aussi ils doivent donner des otages(87). La place est remise "humblement entre ses mains" à l'heure dite, le nouveau gouverneur Isaac de Raynié sieur de Drouet, capitaine blésois des gardes ayant 35 ans de services, occupe la place avec 300 soldats(88). Entre 800 et 900 hommes de guerre protestants, en majorité des mercenaires hollandais, quittent la place où il ne reste que 15 livres de poudre, ces vieux routiers déclarent "qu'ils n'avoient point veu attaquer de places en Hollande comme on avoit attaqué ce bastion" de Soubise(89). Bassompierre offre le soir même dans le fossé un joyeux repas à ses amis et se vante de sauver Royan du pillage, avec mille peines, car ses soldats sont "en curée"(90). Le départ des assiégés, prévu sous 24 heures, est impossible pendant plusieurs jours à cause de la forte tempête et ils craignent d'être pendus, mais le roi proroge le délai et fournit même la nourriture nécessaire. Si ses courtisans encensent Louis XIII pour sa bravoure, l'archevêque de Tours l'admoneste, en paraphrasant les capitaines du roi David, pour s'être trop exposé aux dangers: "Doresnavant vous ne viendrez plus à la guerre avec nous, de peur qu'en vostre mort ne soit esteinte la lumière d'israël"(91). Le roi reste à Châtelard jusqu'au 16 mai, passant son temps à la messe, au Conseil, avec ses oiseaux ou à "jouer aux carthes". Le dimanche 15, pour la Pentecôte, il assiste à la messe "à la salle" à Châtelard car il n'y a pas une seule église ou le service royal puisse être célébré, puis il utilise ses dons, communs à tous les rois de France, de guérisseur des écrouelles, son médecin note "à neuf heures trois quarts, va à un pré où il touche six cents quarante malades". L'après-midi à une heure, il monte à cheval et "va à Royan" jusqu'à cinq heures et demie du soir(92). C'est peut-être à ce moment qu'il fait son entrée solennelle dans Royan, mais un autre document donne la date du 12 mai(93). Royan a sûrement souffert des 1.500 à 1.600 coups de canon reçus pendant le siège mais, grâce à la clémence royale, les Royannais s'en tirent à moindre mal même "ceux qui s'étoient retirés dans le Fort" peuvent rentrer chez eux(94). Les environs souffrent aussi. Après le siège, le régiment de Bury traverse Saint-Georges, longe un petit lac d'eau douce "où il y a fors poisson, la mer n'i vint jamais" et va loger à Meschers où les habitants sont "tous huguenotz comme sont tous les méchants bourgz le long de la coste". Leur aumônier militaire veut y célébrer la fête de la Pentecôte, mais comme "il n'y a prestre ny catholique" et que l'église est "toute descouverte", sans toiture, l'aumônier signale "ay faict neteyer et ay faict le service, eau béniste, pain béni, procession et grand messe"(95). Les pertes durant ce siège ont été de "six vingt" ou 120 "tuez et blessez des gens du Roy et des ennemis plus de 60", mais ceux du roi sont "de meilleures gens et bien plus qualifiez". Deux chirurgiens huguenots Pierre Coureau et Jehan Masson ont "pensé et médicamenté les soldats blessez durant le siège", certains blessés guérissent miraculeusement, par contre le sieur du Refuge, royaliste, est blessé à Royan et sa "playe ayant esté empoisonnée par un chirurgien Religionnaire qui le pensoit mourut peu après de sa blessure"(96). On frémit au sort de ce
94 chirurgien de Saintes qui n'a pas su sauver son patient. Après le siège, la propagande se donne libre cours. La lettre de Saintes voit les Royannais "fremissans de froide crainte à l'aspect des armes du Roy se remettre humblement à Sa Majesté qui porte le foudre en main", les triomphes de Louis le Juste simplifient le siège en disant que dès l'arrivée du roi, Fabas "sortit de la Place et vint implorer la clémence du Prince". Quant au Mercure Français, il résume l'action du roi à la César par un "J'ay esté, j'ay veu, j'ay vaincu, j'ay pardonné"(97)! Les protestants ne sont pas en reste, Hippolyte d'aussy cite la résistance du maire Gombaud qui ne céde qu'à la toute dernière extrémité, quand la garnison ne compte plus que 30 hommes et selon Etienne de Jouy, la "garnison se défendit 21 jours contre 18.000 assaillants sous les ordres de Combo et n'avait plus que six hommes quand elle défila devant son vainqueur"(98). Les archives de La Rochelle signalent bien en 1622 un Georges Gombaut, marchand et bourgeois, contrôleur de la recette de Royan(99). Il n'est donc pas le maire mais sûrement un membre influent du conseil des anciens qui, dans ces heures difficiles, a pû être chargé de conduire les quelques notables qui viennent se jeter aux pieds du roi. Pendant ce temps, Paul de Lescun a été condamné à Bordeaux à avoir la tête et les quatre membres tranchés, après avoir été déclaré "ignoble", roturier, "luy et sa postérité", avoir dû faire amende honorable en chemise et pieds nus, et subi la question. La cour décide que "la teste dudit Lescun sera portée en la ville de Royan pour estre mise en haut d'une porte ou tour d'icelle et du costé de ladite ville de La Rochelle" pour un exemple à tous les rebelles. Il est exécuté le 18 mai à Bordeaux et, peu après, la ville de Royan doit avoir droit à cette bien macabre décoration(100). Certains huguenots renient leur parole sans tarder, c'est le cas de Poyanne qui prend le fort d'argenton et en est délogé fin mai par les galères du roi, et "avec le secours des garnisons de Royan et de Blaye"(101). Fabas aussi renie sa parole car il s'empare de la tour de Cordouan, mais Drouet lui coupe le ravitaillement qu'il reçoit de Saint-Palais. Réduit à ne manger que des coquillages, il finit par se rendre et peut regagner La Rochelle où ses échecs successifs lui valent d'être insulté, déchu de toutes ses charges et déclaré "déserteur des églises" par les pasteurs réunis en assemblée générale(02). Quant à Soubise, il est déclaré criminel de lèse-majesté le 15 juillet 1622, et jugé indigne de toutes grâces et de tous honneurs, charges et offices quelconques. Il n'en est pas moins grâcié en octobre de la même année quand il retrouve sa pension et la charge de colonel-général de Hollande, et voit sa terre de Soubise élevée en duché-pairie, contre la promesse qu'il rendra au roi "a l'advenir les services aquoy sa naissance l'oblige"(103). Un couvent des Récollets est fondé au faubourg de Royan en août 1622, le long du ruisseau de Font-de-Cherves, ces moines franciscains, vêtus de bure et nu-pieds, mendiants, ardents à convertir par leurs prêches et par le spectacle de leur indigence et de leurs mortifications mais, selon Fénelon, méprisés et haïs par les huguenots dont ils sont "les délateurs et les parties [adversaires] en toutes occasions"(104).
95 L'ENIGME DU SAC DE 1623 PAR D'EPERNON. La garnison réduite à 140 hommes coûte 20.590 livres pour huit mois de 1623, et cette solde incomplète est sûrement améliorée par des vols et des rapines sur le dos des habitants. Le gouverneur Drouet reçoit 100 livres par mois. Curieusement le sergent-major, Estienne Bernardin, a la même solde que lui, alors que le lieutenant, son troisième fils Valentin de Raynié, n'en touche que la moitié. Il y a aussi un chapelain, un chirurgien, deux canonniers et un charron d'artillerie qui tous ont une solde de 30 livres par mois(105). Des montres, des revues, ont lieu "en la basse cour dudit chasteau" ou "en la grande place de ladite ville"(106). Les lettres des protestants de Meschers aux La Trémoille montrent l'étendue des haines religieuses. Ils s'y plaignent de Joachime du Breuil dame de Théon qui habite Château- Bardon et a perdu un de ses fils au siège de Montpellier(107). Ils déclarent qu'en deux ans elle a fait condamner 150 "de ses pauvres subjectz" à être "rouhés" ou pendus et qu'elle a fait mourir de faim "500 à 600 âmes des deux paroisses de Meschers et Saint-Georges" car les malheurs de la guerre les ont portés "aux armées de la Religion". Suite à la décision du duc d'epernon donnant à Claude de Théon les biens des rebelles, la dame de Théon les a rançonnés, a pris leurs biens et leur bétail, fait brûler une partie de leurs vaisseaux et démolir leurs maisons en emportant "les matériaux jusqu'au coin des portes qui étoient dans les pierres", ce qui les força à "s'absenter" et à "se loger en des grottes et cavernes"(108). Un émissaire des La Trémoille semble enfin ramener le calme, d'autant plus qu'il s'agit de la branche aînée alors protestante. A Royan les choses ne vont guère mieux. Suite à la grâce royale les habitants croient pouvoir réintégrer leur temple "construit dans les fauxbourgs et bourg de Saint-Pierre". Mais "le sieur de Dros [Drouet] gouverneur" ne le permet pas "attendu que le temple est occupé et sert à la garnison", et il n'accorde aucun permis pour en bâtir un autre(109). Dans cette ambiance, on peut penser combien les relations entre population huguenote et garnison royale sont mauvaises d'autant plus que Drouet est chargé de démanteler les fortifications royannaises, comme celles de toutes les places protestantes, en conservant "les anciennes murailles, tours, portaux, fossez et contre-escarpes", et que les habitants de la Religion Prétendue Réformée ne peuvent "se restablir ne rebastir en les villes bruslées par la guerre situées sur les riviéres", même si Royan n'a pas été brûlée les habitants ne réintègrent pas la vieille ville(110). Ayant pris la clémence du roi pour de la faiblesse, selon Claude Masse, les Royannais empoisonnent une grande partie de la garnison et, durant une nuit, exterminent le reste. Louis XIII, outré de cette cruelle perfidie, décide de punir les Royannais car un trône légitime doit aussi savoir semer la terreur. Voici comment Claude Masse décrit ce soulèvement, "Royan ne demeura pas longtemps dans son obéissance" et le duc d'epernon est chargé de "rassiéger" la place en 1623. Durant ce second siège: "le général s'y signala, le maréchal de Praslin, Bassompierre et plusieurs autres s'acquittèrent de leur devoir, les habitants furent tous passez au fil de l'épée, sans qu'on n'espargnat les vieillards ou les femmes ny les enfans, les rues estoient remplies de corps morts et le sang y couloit de toutes parts"(111). Rien ne prouve dans ce texte que le duc d'epernon dirige personnellement ce second siège dont l'importance a certainement été exagérée. Ainsi, Masse déclare que la ville a été rasée "rez
96 pied, rez terre [au ras du sol]", or nous verrons qu'elle ne sera rasée qu'en 1631. Il déclare aussi que toute la garnison a été massacrée, cependant le gouverneur Drouet a survécu, peut-être simplement parce qu'il était absent, étant souvent parti à la guerre. En fait, il a dû s'agir d'une simple promenade militaire pour les forces du duc d'epernon face aux Royannais sans troupes mercenaires et sans fortifications. La référence au "général", assez important pour être cité en premier, ne peut s'appliquer au puissant duc, mais peut-être à son fils le duc de la Valette lieutenant-général de l'armée. Le sac de la ville en 1623 a été repris par de nombreux historiens, certains ont même mentionné les forces du duc d'epernon, 8.000 hommes pour Gautier, deux régiments pour Dyvorne, quant à Malte-Brun il précise que le duc d'epernon répandit une telle terreur, que le reste de la population abandonna le pays(112). Certains autres n'y croient pas, comme Louis Audiat ou comme R. Duras qui pense que ce massacre a été confondu avec celui de Meschers au début de 1622(113). Je n'ai pas de réponse définitive à cette énigme, mais il me semble que ce siège a bien eu lieu. Le témoignage capital, ignoré par Audiat et Duras, est celui de Claude Masse, géographe des plus sérieux qui travailla localement à partir de 1695 et n'aurait pas inventé ce sinistre fait d'armes, d'autant plus qu'il a certainement eu l'occasion de contacter des témoins oculaires de ce drame. Il est cependant étonnant qu'aucun contemporain ne le mentionne, pas même d'aubigné dans ses notes publiées longtemps après sa mort. Il peut y avoir plusieurs raisons à cela, soit les documents concernés ont été égarés ou détruits, soit personne n'en parle car il s'agit simplement pour les troupes royales d'une sinistre routine quotidienne qui ne vaut pas la peine d'être mentionnée quand on dit de la guerre: Qu'il n'est plus pire tourment Le feu la flame et l'outrage Le sang, l'horreur et la rage Si voyent communément(114) Il suffit de laisser libre cours à ces soudards pour qu'ils brûlent, pillent, violent et massacrent. Seule la présence du roi avait évité le pillage de Royan, aussi le duc d'epernon et ses troupes ont pu saisir la première occasion pour se venger des Royannais et se livrer enfin au massacre dont ils avaient été frustrés en mai 1622. Le roi ayant décidé qu'aucun texte concernant les affaires d'etat ne serait imprimé sans son accord, il peut avoir refusé toute publicité aux manants royannais à cause de ce manquement à la parole donnée, par ailleurs pardonnée deux fois de suite à un noble comme Soubise. La question de l'année 1623 est plus délicate à cause de la paix de Montpellier entre les protestants et la cour et de la dissolution de l'assemblée de La Rochelle le 11 novembre 1622. On comprend mal que les Royannais aient été assez stupides pour repartir seuls en guerre contre la puissante monarchie française alors que le pays "jouy d'un profond repos", au moins officiellement, car on apprend aussi que "la plus part des prétendus Reformez ne se sont que bellement hastez à faire ce qui estoit de leur devoir pour mériter cette paix et contenter Sa Majesté"(115). Il est vrai que la révolte des Royannais a pu avoir lieu à l'automne 1622, donc avant la paix, quand Drouet était au siège de Montpellier et Epernon à La Rochelle où il reste jusqu'en décembre. Ce dernier aurait attaqué la ville "l'année suivante" selon Gautier donc en 1623, peut-être en janvier lors de son passage à Saintes, sur le chemin
97 de Bordeaux(116). La date peut aussi être erronée, il s'agit peut-être de la fin de 1624 quand Soubise, chargé "de soulever les peuples" locaux, "écume les costes de Xainctonge et fait toutes sortes de pirateries, actions illicites, meurtres et autres excez", ce qui provoque "quelque bruit de remuëment et de trouble d'aucuns de R.P.R." Soubise est d'ailleurs signalé "descendu" à La Tremblade en mars 1625(117). Cette opinion est confortée par deux cartes, une de Claude Masse lui-même qui signale "Ancienne ville de Royan razée an 1624", et une autre manuscrite de la bibliothèque de l'arsenal de la fin du XVII siècle qui mentionne Royan: "ville ruinée en 1624"(118). La seule chose certaine en 1623 est un édit royal qui, en dépit des promesses de mai 1622, supprime l'exercice du culte protestant à Royan, obligeant les huguenots royannais à aller prier au temple de Vaux(119). Les triomphes de Louis le Juste fournissent une gravure symbolique du roi châtiant des rebelles et ces quelques vers, où Royan n'est pas cité, correspondent pourtant bien à sa situation: Et que les foibles mains qu'ils joignoient aujourd'huy, Reprennent laschement les armes contre luy; Que l'on a rallumé leur funeste courage, Qu'ils ont séché leurs pleurs par le feu de la rage, Qu'ils ont dans le sommeil nos Soldats massacrez, Et rebasty leurs murs de nos débris sacrez; et dont l'auteur n'est autre que Pierre de Corneille(120). DERNIERES REBELLIONS HUGUENOTES ET RASEMENT DE LA VIEILLE VILLE (1624-1631). Le site ne reste pas longtemps désert. Si personne ne revient dans l'ancienne ville, les survivants, à peine sortis des forêts et des souterrains, reconstruisent leurs maisons au faubourg, maisons simples en torchis et en bois de colombage, les pierres servent uniquement pour étayer un angle ou supporter une porte ou une fenêtre. Dès le début de 1624, les pirates protestants écument nos côtes, mais le 23 juin ce sont les galéres royales que les Royannais voient passer "en grande pompe et magnificence". Elles partent en Méditerranée et restent en rade deux semaines, par suite des vents contraires(121). Parmi la chiourme qui vient en ville chercher de l'eau et des vivres, certains Royannais ont sans doute un parent ou un ami huguenot. Fin 1624 Soubise reprend les armes et les troupes royales en Saintonge font l'objet de plaintes pour leurs "picorées"(122). Soubise croise en Gironde le 11 juin 1625 avec 74 voiliers et Drouet informe Bordeaux qu'il fera allumer des feux le long de la côte dès qu'il apercevra des vaisseaux ennemis afin de donner l'alerte au Médoc(123). Un agent de Richelieu signale en juillet que Soubise a "des intelligences dans Royand" et souhaite reprendre la place, mais il ne peut le faire et en septembre 1625 il est en pleine déroute(124). Royan reçoit l'année suivante un nouveau pasteur, Jacques Fontaine, tandis que Drouet obtient le commandement de la baronnie de Didonne(125). Soubise reprend encore les hostilités en 1627 quand il menace nos côtes avec l'aide des
98 Anglais. Le 29 juillet Louis XIII ordonne à Drouet de mettre 300 hommes de plus en renfort dans Royan et le 2 octobre douze canons y sont envoyés "sans affutz" pour être mis dans les "trous" faits par Pompeio Targone. C'est sans doute à cette date que le roi donne l'ordre de faire les réparations nécessaires pour mettre la place "en bonne deffence". Le 19 octobre le cardinal de Richelieu fait réquisitionner à Royan "une demye douzaine de vieilles flustes [bâtiments de transport] d'holande et autres corps de vieux vaisseaux presqu'inutiles à la navigation" et les fait "maçonner à chaux et à ciment ou à Royan ou à Brouage" pour les envoyer à La Rochelle où ces vieilles carcasses vont être immergées, afin de renforcer la digue qu'il fait construire(126). Royan participe donc indirectement au siège de La Rochelle où le gouverneur Drouet a rejoint l'armée du roi. Le 2 juin 1629, Louis XIII ordonne d'envoyer à Royan les bateaux nécessaires pour embarquer 2.000 hommes chargés de démolir les fortifications de Montauban. Pour ce transport 4.000 pains et dix barriques de vin sont fournis(127). François Marin, seigneur de Saint-Palais, afferme les "rentes, terres, vignes, deux moulins à vent, bois pour recueillir rézine" de la forêt d'arvert à Jehan Michel pour 2.000 livres en novembre 1630(128). Les chandelles en suif sont un luxe, aussi cette résine est-elle utilisée avec du chanvre afin de faire des chandelles populaires de "rouzine" qui éclairent les maisons sans trop les enfumer. Elles sont accrochées dans l'âtre sur une "yoube de fer" supportée par une sorte de perchoir à perroquet. Richelieu s'implante en Saintonge dès 1627. Il prend du marquis de Saint-Luc la capitainerie de Brouage au nom de la reine mère Marie de Médicis, qui lui sert aussi de prêtenom pour acheter 150.000 livres la baronnie d'arvert au même Saint-Luc(129). Puis le cardinal est nommé par le roi, le 9 octobre 1629, "Lieutenant-Général de Brouage, Olleron, Marennes, Mornac, Royan et autres pays adjacents". Le gouvernement de Brouage est alors rattaché, sur le plan militaire, à la province d'aunis et Royan avec la presqu'île d'arvert sont maintenant séparés de la Saintonge sur certaines cartes. Le Royan de cette époque a été dessiné par Tassin qui signale "un fort bon hâvre" mais place curieusement notre ville en Guyenne et pas en Poitou-Saintonge. Un autre plan, anonyme, montre le couvent des Récollets à l'extrémité du faubourg et des fossés en partie comblés. Les nouvelles fortifications de Talmont sont également comblées en septembre 1628(130). Le cardinal hésite entre renforcer la place de Royan et la raser. Il demande l'opinion de La Thuillerie, intendant de Saintonge, qui répond sans ambages le 3 juillet 1631 qu'il ne "faut rien espargner à la bien raser car tant qu'il restera quelque habitation au lieu où est la ville, cela donnera toujours envie aux brouillons de la refortifier ou aux estrangers d'y descendre". Il conseille de laisser les propriétaires des maisons "de l'enclos de la ville", à l'abandon depuis trente ans, "emporter les matériaulx de celles qu'ils justifient leur appartenir" et de retirer "le canon" dès qu'il saura la "volonté de Monseigneur"(131). La volonté de Richelieu est donnée par une commission adressée par le roi au conseiller d'etat Jean Martin de Laubardemont, une des créatures du cardinal, spécialiste des rasements, et un individu que la fibre morale ne gêne pas puisqu'il est connu pour avoir déclaré publiquement: "Donnez-moi une ligne de l'écriture d'un homme et je me charge de le faire pendre"! D'après cette commission, non datée mais sûrement de juillet 1631, Laubardemont est "commis pour vaquer au razement et démolition entière des fortifications,
99 tours et murailles, château et maisons qui sont dans l'enceinte de la ville de Royan, comblement des fossés" en "réservant seulement les fauxbourgs qui sont en bas". Comme cela a été suggéré, les propriétaires peuvent "prendre leurs démolitions et matériaux et se rebastir ailleurs" ou d'en disposer "ainsy que bon leur semblera". La garnison doit être licenciée "affin de nous soulager de la dépence" et tout doit être fait dans "le plus bref temps" et "au rabais" [au moindre coût]. Les frais seront couverts par des impôts et taxes sur les sujets "contribuables de nostre pais d'aulnis" et "lieux circonvoisins", et les Royannais n'en sont sûrement pas exemptés(132). Laubardemont, exécute toujours ponctuellement les ordres reçus. C'est sans doute vers la fin de l'été 1631 que les habitants, réfugiés au faubourg, ont la tristesse de voir quelques centaines d'hommes raser la vieille ville fortifiée, depuis si longtemps fièrement juchée sur sa falaise. Laubardemont fait bonne mesure et détruit le môle du port, ce qui va ruiner nos marins, tout en conservant debout la moitié des deux vieilles tours pour servir d'amers aux navires entrant en Gironde, comme le montre un croquis fait sur place par le Hollandais van der Herm. LES CROQUANTS (1631-1643). Une page de notre histoire est définitivement tournée et les documents concernant Royan, vont toujours opposer, à partir de maintenant, sa gloire passée à sa modestie présente de bourg oublié et anonyme en Saintonge. Les Royannais utilisent "les débris de l'ancienne ville" pour améliorer les maisons du faubourg qui va devenir, pour toujours, le centre de Royan et pour renforcer le môle du port afin de protéger les navires contre l'assaut des vagues. Ce môle de 40 toises, sur l'emplacement de l'ancienne jetée, est fait, par eux-mêmes, d'une palissade à double rang en bois dont l'intérieur est lesté de pierres(133). Le puissant cardinal de Richelieu reste neuf jours à Saujon en décembre 1632, pour se reposer des difficultés d'un voyage rendu pénible par une douloureuse maladie. Il en profite pour améliorer son implantation en Saintonge. Il oblige, par décision royale, les Campet de Saujon à lui céder leur seigneurie le 20 août 1633, mais le paiement de 150.000 livres n'est réalisé qu'en 1638 au moment où Richelieu achète la seigneurie de Cozes pour 120.800 livres et se fait construire un château carré à Saujon(134). Si le cardinal s'intéresse tant à la région c'est parce qu'il est résolu à faire un canal de la Gironde à la Seudre entre Meschers et Saujon, le tout "à ses dépens, espérant que le revenu qu'il en tireroit le rembourseroit bientost de ses avances"(135). Ce projet est abandonné à sa mort, sans cela il aurait sans doute réussi à acquérir aussi le marquisat de Royan car il envisageait de fermer la grande conche par une double digue, l'une partant de Royan, l'autre de Vallières, ne laissant entre elles qu'un espace suffisant au passage des barques, créant ainsi un grand port "à l'abri de toutes sortes de vents"(136). La Saintonge connaît une agitation constante sous Richelieu. En 1635, une nouvelle jacquerie éclate. Il ne s'agit nullement d'une crise politique mais d'un grondement de colère contre l'augmentation de la taille levée par Richelieu, officiellement pour payer l'effort de guerre, mais attribuée surtout à son désir personnel de gloire et de richesses. Le cardinal est un "mangeur de taille" sourd aux plaintes des contribuables car, selon lui, "le peuple est un
100 mulet qui se gâte par les bons traitements et qu'il faut saigner à blanc pour l'empêcher de ruer"(137). La méthode n'est pas si bonne puisqu'en juillet, aux cris de "Vive le roi sans gabelle", les Croquants ameutés par le tocsin attaquent les gabeleurs sur les deux rives de la Gironde. Ces émeutes spontanées sont aussi de bonnes occasions pour se sâouler et s'amuser; les victimes sont les employés subalternes des impôts et les inconnus soupçonnés d'être des agents du fisc, en particulier les Parisiens, "nom tellement en haine et horreur que seulement se dire tel est assez pour se faire assommer". La perception des impôts n'est, d'après un sergent de Saint-Palais, que "concussions et voleries"; un autre sergent royal déclare franchement "si je demeurois en Alvert [Arvert], je voudrois que mon cheval fut ferré d'argent". Mais c'est un travail dangereux, Clément Gouraud, collecteur des tailles dans les châtellenies de Didonne, Mornac, Talmont et Royan, déclare le 18 juillet 1635 qu'il est impossible de "recouvrir les deniers du Roy, ny constituer de prisonniers tant les peuples sont mutinés et provocqués à sédition". Il tente bien d'éviter les Croquants mais est capturé à Chénac, où il manque d'être tué. Il est sauvé par l'intervention du curé et de deux ou trois de ses amis et se retire à Talmont, à deux lieues de là, où une foule hostile ameutée par le curé de Barzan lui enlève son cheval, ses bottes et ses habits, ne lui laissant que sa chemise, puis entreprend de l'assommer et de le jeter à la mer pour le noyer. Son beau-frère, le curé de Talmont, ne lui sauve la vie qu'avec beaucoup de difficultés(138). Le roi n'ordonne pas d'expédition punitive et se contente de rattacher l'élection de Saintes à la généralité de Bordeaux, mais les impôts ne rentrent plus. Devant cette débâcle fiscale, le sénéchal tente d'intervenir, mais échoue, en avril 1636 face aux paysans saintongeais armés. Pourtant ceux-ci, inquiets, envoient une délégation au roi afin de lui faire part de leurs malheurs et obtiennent la promesse d'une attention bienveillante et l'abolition du crime de révolte. Le 17 juillet 1636 les représentants des Croquants décident de capituler et après une réunion des syndics des châtellenies à Saintes, l'ordre est rétabli, en septembre pour les moissons et les vendanges, quand les paroisses désignent elles-mêmes les collecteurs d'impôts et dressent les rôles nécessaires(139). L'hostilité perdure entre protestants et catholiques comme le prouve le récit d'un voyageur catholique, l'abbé Léon Godefroy. Venu de Blaye en bateau en un jour et demi, il arrive le 13 août 1638 à Royan qu'il décrit ainsi: "Jadis ville de guerre fortifiée, maintenant cette ancienne ville n'est plus et ne reste plus d'icelle que des masures et ruines de ses murs et édifices et ce pour luy servir de confusion en advertissant ceux qui la voyent en ce misérable estat que c'est la juste vengeance de son Roy qui de la sorte a puni sa rebellion. Les habitans qui sont tous huguenots et qui en dérision de nous s'appellent Catholiques de Royan, ont été contraints de se bastir ailleurs, mais en un endroit moins fort que celuy auquel auparavant ilz demeuroient n'estant pas mesme enfermez de murailles. Les Récolletz y ont un petit et pauvre couvent dont ilz tiennent tousjours l'église fermée, ou bien gardée par quelqu'un de leurs religieux, crainte que les habitans n'y vinssent commectre quelque scandale. Et à demy quart de lieue loing est une parroisse pour peu de pauvres catholiques quy parmi ceste peste se sont Dieu mercy fort bien conservez. Le port dans un recoing a de la ressemblance d'un fer à cheval, luy donc qui debvroit estre fréquenté des meilleurs vaisseaux et plus grands navires ne l'est qu'à peine de petites chalouppes et médiocres batteaux destinez pour la pesche qui est très bonne, surtout celle des sardines, ceux du lieu les préfèrent aux soles qu'ilz ont aussi en
101 abondance". Godefroy mentionne encore les vieilles masures de Royan, le voyage à Cordouan qui prend trois heures et coûte 10 sols, le pays plat d'alentour avec quantité de petits bois et beaucoup de vignes alors chargées de raisin, la plupart blanc, et enfin les salines de la Seudre(140). Cette hostilité envers le culte réformé amène son interdiction dans "l'île d'arvert" en 1640 par le parlement de Bordeaux(141). CHAPITRE VII BOURG PERSÉCUTÉ DU GRAND SIÈCLE. TROUBLES ET FRONDE (1643-1653). Lorsque les Royannais veulent rebâtir un temple au faubourg, Philippe de La Trémoille obtient le 14 avril 1644 un arrêt du Conseil d'etat interdisant l'exercice de la religion réformée à Royan ville et faubourg, sous peine de 10.000 livres d'amende(1). Les protestants royannais doivent donc continuer, comme ils le font depuis 1623, d'aller prier au temple de Vaux desservi par le pasteur Jacques Fontaine père. "Dans la nuit du samedy venant au dimanche" 29 janvier 1645, c'est la nature qui se dêchaine avec une "horrible et espouvantable tempeste que de memoyre d'homme il ne s'en est oüy parler d'une semblable. La mer a esté tellement agitée et esmeue que ses flotz ont emporté des bourgs entiers et quantités de maisons à Arvert et Tallemont. Trente-six navires furent rompus et fracassés sur toute la coste"(2). La tour de Cordouan "abandonnée sans aucun entreténement n'y réparation" menace ruine, avec de grandes brêches, son fanal fendu d'un coup de tonnerre, son escalier rompu aussi les gardes "ne peuvent plus s'y hazarder"(3). Par suite de difficultés financières Mons et Belmont sont saisis par arrêt du Parlement de Bordeaux le 30 août 1646. Si les Videgrain réussissent à conserver Belmont, le château de Mons est adjugé à Jean Morineau et va rester dans cette famille pour un siècle(4). Une grave révolte, la Fronde, débute en juillet 1650 quand Louis II le Grand Condé gouverneur de Guyenne, entre en rébellion contre le jeune Louis XIV et soulève l'aquitaine dans l'espoir de recréer à son profit le célèbre duché. Tout se calme en octobre car la population veut faire ses vendanges en paix, mais Condé s'allie alors à l'espagne et l'été suivant 30 vaisseaux espagnols, sous les ordres de Vatteville, entrent en Gironde et ravagent les côtes(5). Un rapport du 3 août 1651 signale que la marine espagnole a intercepté, douze jours plus tôt, un navire garde-côtes à Royan et, le 30 juillet, trois de nos barques rentrant de la pêche chargées de sardines, ce que les Royannais ne peuvent apprécier(6). En septembre Condé occupe Bordeaux et son infanterie est à Royan(7). Le comte du Daugnon se joint alors à la Fronde, il est le gouverneur de Brouage, dont il a pris possession de sa propre autorité à la mort de l'ancien gouverneur, c'est un homme dur, hautain, déloyal, qui impose brutalement la population et la terrorise, il ne sort jamais sans ses gardes et ses chiens, n'hésite pas à incendier et à piller les villages et est maître des côtes de Saintonge. En novembre, Condé assigne Talmont aux Espagnols, qui l'occupent avec plus d'un millier d'hommes, mais il est
102 battu le 18 novembre à Cognac par les troupes royales commandées par d'harcourt et les troupes de sa garnison royannaise s'embarquent alors pour Bordeaux. Les troupes royales, qui ont l'ordre de vivre sur le pays, occupent Royan du 9 au 14 janvier 1652(8). La Fronde a une réputation de frivolité mais, en Saintonge, ce n'est pas une opérette mais un drame sanglant. Les ravages des troupes font plus de mal que la foudre, la peste et la famine réunies. Leur passage laisse une vision d'apocalypse avec des villages pillés, razziés, incendiés et vidés de toute vie. Les habitants sont massacrés avec sadisme, les femmes violées et éventrées. Toutes les troupes pillent, celles de Condé, celles d'espagne, et celles du roi qui ne valent guère mieux, même si le maréchal de La Ferté-Senneterre estime préférable que "les paysans soient mordus des chiens de France qu'étranglés de la chienne d'espagne"(9). Les Espagnols, dont la flotte continue de stationner en Gironde, abandonnent Talmont à la suite d'un siège de plusieurs semaines. Cette occupation, tout à fait exemplaire jusque là, car ce sont les seules troupes qui paient pour les denrées dont elles ont besoin finit mal. En partant le 26 avril, ils brûlent la tour Blanche et rasent les fortifications, Talmont ne s'en remettra plus(10). Toute la Saintonge est alors aux mains des troupes royales d'harcourt, c'est le cas d'arvert en juin mais le 21 juillet du Daugnon en chasse une compagnie de cavalerie royale, puis y recrute des troupes et des marins(11). Trois semaines plus tard, la flotte espagnole subit une défaite au large et quelques navires se réfugient en Gironde, dont les rives sont réarmées pour leur résister. Le 28 août quatre navires de la flotte de Condé venus de Bordeaux tentent de saisir des navires marchands dans notre port, mais les Royannais "jaloux de protéger la liberté et la sécurité de leur commerce intervinrent et obligèrent les vaisseaux bordelais à se retirer après un long combat dans lequel les assaillants perdirent une cinquantaine des leurs". En septembre les gens de Condé reprennent la rive nord de l'embouchure de la Gironde, réoccupée et repillée en octobre par les troupes royales, puis reprise en décembre par du Daugnon. Mais ce dernier est déjà en pourparlers avec Mazarin qui le fait changer de camp, au printemps de 1653, grâce à un bâton de maréchal et 500.000 livres. L'Anglais Cromwell, en pourparlers avec les Bordelais, étudie une descente en Gironde avec Royan comme port de sûreté, mais il ne donne pas suite à cette idée(12). La flotte espagnole revient en Gironde le 24 juillet, 300 officiers réformés auraient dû la rejoindre à Royan, mais ce n'est pas le cas et la flotte reste sur la rade. Le 24 août elle fait des sommations, sans succès, pour se faire "aporter des rafraichissemens [de l'eau douce]", puis échoue lors d'une attaque à laquelle participent plusieurs chaloupes et sept frégates, dont deux sont démâtées par une batterie de deux canons de la milice royannaise. Le 28 septembre, elle perd devant Royan deux grands vaisseaux, une flûte, plus deux flûtes "coulées à fond" et laisse 1.800 prisonniers. En octobre "3.000 hommes des milices et 200 chevaux [cavaliers]" des troupes royales renforcent la côte de Royan à Talmont, qu'elles doivent encore piller suivant leur sinistre habitude. Enfin le 3 novembre 1653 le duc de Vendôme commandant la flotte française, informe Mazarin, depuis Royan, que la flotte espagnole a quitté définitivement la Gironde(13). La Fronde est terminée et cela marque l'arrêt de ces siècles de guerres qui ont ravagé notre contrée depuis des siècles. Mazarin, afin d'éviter le retour de telles révoltes, suit l'exemple de Richelieu et prend personnellement en main le gouvernement de Brouage, mais les habitants, accablés par les impôts et les gens de guerre, sont "forcés de déserter leurs
103 foyers et d'aller ailleurs"(14). LES PREMIERES DÉCENNIES DU REGNE PERSONNEL DE LOUIS LE GRAND (1653-1681). Le port de Brouage devenu inutilisable, Louis XIV établit les magasins de la marine à La Tremblade en 1660. Cette année-là sept vaisseaux désarment au Mus de Loup, trois le font en 1661, un seul en 1662 et trois en 1663, puis La Tremblade est abandonnée au profit de Rochefort car la Seudre n'est pas assez profonde pour les vaisseaux de haut bord et les passes pour y parvenir sont dangereuses. De plus le pays est trop marécageux pour y construire de grands magasins(15). Une vue de Royan, très fantaisiste et copiée de Tassin, montre des maisons sur l'emplacement de l'ancienne ville où rien n'a été rebâti. Un voyageur Du Verdier décrit la ville en 1662 "battue des flots de la mer des deux costez" dont le port "est deffendu d'un chasteau". Il est venu de La Rochelle à Mornac d'où, pour 12 ou 13 sols, il loue des chevaux pour atteindre Royan "par un chemin court et assuré", car il n'est "pas trop bon ny seur [sûr] ou aisé de continuer par mer et de tournoyer par ce coin de la Mer de Xaintonge y ayant doncques du péril"(16). Les routes sont sûrement moins dangereuses que la mer, néanmoins des pluies abondantes les transforment en bourbiers et tout le monde doit être armé, même les paysans ont des bâtons ferrés, car les mauvaises rencontres ne sont pas inconnues, et les loups non plus; d'ailleurs un dicton saintongeais déclare: "Homme sans bâton, homme sans raison". Dès la mort de Mazarin, Louis XIV décide d'exécuter l'edit de Nantes à la rigueur. Le 29 février 1664 le commissaire catholique Colbert de Terron renouvelle l'interdiction "aux habitans de la R.P.R." de Royan de célébrer leur culte et d'enseigner aux jeunes gens, de plus les morts doivent être enterrés à la pointe du jour ou à l'entrée de la nuit et pas plus de dix personnes ne peuvent y assister, enfin ils doivent restituer au prieur le cimetière "usurpé" sur ses terres(17). Il ordonne aussi de démolir le temple de Vaux bâti sur les terres de l'abbé, mais le pasteur Jacques Fontaine père continue de célébrer sur les ruines, ce qui provoque la colère du gouverneur(18). D'après les mémoires de son fils, il s'agit de la destruction du temple de Royan mais le fils, un tout jeune enfant à l'époque des faits, doit confondre car aucun temple n'est signalé reconstruit à Royan après 1623 alors que celui de Vaux est bien, signalé démoli(19). Quelques années plus tard, le même Jacques Fontaine se voit interdire le port de la robe pastorale, toujours têtu il refuse, et obtient du gouverneur de la conserver(20). Puis les temples de Meschers, Cozes et Saujon, construits après l'edit, sont détruits à leur tour(21). Les Royannais doivent rejoindre la milice du "Colonnel Louis Des Marin de Saint-Palais, à pène d'estre mis hors de paix comme gens inutilles". D'ailleurs tous les habitants des côtes sont tenus de s'armer pendant les guerres et de s'enrôler dans les gardes-côtes pour faire le guet(22). Louis XIV ordonne en septembre 1665 de renforcer la défense de Saint-Georges et de Meschers à Annibal de Breuil sieur de Théon, lequel enjoint aux habitants de Saint- Georges "de s'armer et venir au port pour résister aux Anglais et aux Hollandais"(23). Deux nouvelles activités sont créées à Royan, un bureau des fermes, des impôts en
104 précisant que les marchands du pays abonné ne paieront aucun droit sur le vin, et le transport des mâts de navires. Ces mâts proviennent des monts pyrénéens par voie fluviale jusqu'à Royan. Là "au bas de la masure du chasteau, on void un reservoir dans lequel sont ordinairement plusieurs mats liés ensemble en forme de bois flotté, attendant que le temps soit propice pour les passer au pertuis de Maumusson" dont le mugissement s'entend de "fort éloingné", afin de joindre les chantiers de Rochefort. Avant ces mâts étaient achetés aux Hollandais et coûtaient 40 livres, alors que maintenant ils ne coûtent que "100 solz"(24). Il est question de supprimer le phare de Cordouan abîmé par la tempête de 1645 mais, à cause des marchands qui demandent au roi de le "faire racommoder", "Louis le Grand le fit redifier presque entierement en 1665"(25). La nouvelle tour a un lanternon à huit ouvertures en lieu et place du fanal et son obélisque, trois des quatre échauguettes ont disparu ainsi que les statues de Mars et de la Paix, enfin une croix s'éléve au-dessus de l'escalier d'entrée(26). Le 27 septembre 1669, dans un carrosse attelé de six chevaux gris, l'architecte Claude Perrault et ses amis passent à Royan "petit village sur le bord de la Garonne, assez proche de son embouchure qui a un chasteau basti sur un rocher qui est tout à fait ruiné et dont il n'y a de reste que les moitiez de deux tours fort hautes et les moitiez qui sont abbatues sont celles qui estoient du costé de la mer. On y voit une pièce de canon fort rouillée et on y pêche la santé". Ils repartent le lendemain "traversans le port en carrosse sur un sable qui est aussy noir et aussy menu que de la cendre. Mouillé, il est si ferme qu'on y voit à peine la trace des roues du carrosse et des piedz des chevaux. On enfonce à sec jusqu'à la cheville comme dans de la boue et la mer laisse des traces ondulées en forme de point de Hongrie ou de chevrons brisés. Perrault décrit les "marais sallans" avec les "quarreaux d'environ 100 piez [pieds] de surface" et les tas de sel, certains "ronds apelez pilots", d'autres "en long appellés vaches"(27). Royan est selon Armand Maichin: "Anciennement une ville forte et considérable, il ne reste que le faux-bourg qui est grand et bien basty dans un pays aggreable proche le rivage de la mer et abondant en toutes sortes de fruits et commodités nécessaires à la vie"(28). Un géographe, Guillaume de l'isle, fait en 1674 un relevé détaillé de nos côtes mentionnant la chapelle de Buze vers la Coubre et, pour la première fois, le village et la conche du "Chée [Chay]". Le mémoire d'un autre géographe de la Fabvolière, certifié juste par les pilotes de "Royan sur Geronde du gouvernement de Brouage", signale des dunes de sable difficiles à "perser à pied" sur la côte de "Meudeloup en Seudre" à "terrenègre sur Gironde", de grands bancs sableux appelés "les Matillons" qui "sortent et se coudent" à la Coubre et une "espesse de rade" dans la conche de Saint-Georges. Il revient sur le chenal tant de fois projeté entre Gironde et Seudre et note un marais, derrière les dunes de sable apportées par la rivière dans la conche de Royan et Bellemont, où l'eau croupissante est celle des "aigouts des hautes terres voisines et des eaux vives" qui forment le chenal de Royan. Et comme "il s'en faut de beaucoup que la plus haute mer ne monte jusqu'au lit ordinaire de ces maréquages et au niveau de ses fonds bas", une "taillade navigable" partant de la conche de Royan jusqu'au canal du Limant sur la Seudre serait de "trop grand coût et entretien", aussi il conseille de partir de la côte plus basse de Meschers(29). D'après les chroniques, Saint-Pierre a un maître chirurgien, Jacques Connil, qui comparaît devant le juge seneschal pour obtenir sa maîtrise et jurande d'apothicaire afin "de pourvoir
105 ledit Connil de l'arcq de farmatie [art de pharmacie] avec pouvoir de secourir par toutes sortes de remèdes et médicquamants farmansautiques tous les mallades et autres qui l'an requerront d'exercer publicquement ledit arcq, exécuter les ordonnances des médecins et faire toutes autres fonctions apartenant audit arcq"(30). Enfin, à la suite de trois meurtres en Arvert, un curieux jugement condamne les assassins en fuite à être pendus en effigie et un bourreau accroche trois mannequins à "trois diverses fourches patibulaires" devant une centaine de personnes(31). Le 1 septembre 1678, le roi "voulant gratiffier et favorablement traiter les habitans de sa ville de Royan, leur a accordé et fait don d'une pinasse espagnolle cy-devant armée de deux pièces de canon et de 45 hommes d'équipage, qui a esté par eux prise dans la rivière de Bordeaux", ce qui prouve que nos braves marins sont aussi des corsaires(32). Un arrêt royal vexatoire pour les protestants est notifié le 11 mars 1679 aux anciens des Isles de Saintonge par Joseph André, archer de la marine, qui les informe de l'interdiction d'avoir des bancs personnalisés dans les temples. Dix jours plus tard, il inspecte celui de Vaux, qui a donc été reconstruit, et s'apercevant que les bancs des anciens n'ont pas été enlevés, il fait démonter les planchers en forme de balustrades qui renforcent ces bancs avant de se retirer à Royan. Le coût de l'opération est de 23 livres, un huissier aidé de quelques personnes se présente à Vaux le 15 juillet à quatre heures de l'après-midi pour en exiger le paiement à l'un des anciens du temple, Daniel Morin notaire royal qui refuse tout net. L'huissier fait aussitôt saisir "un lit, avecq son traversin de plume le couty demy neuf, une couverte grize", puis "huit platz et dix assiettes letout d'estain". Mais Morin, aidé de son gendre Bouy et de nombreux voisins, hommes et femmes, s'y oppose en disant "Il faut eschiner ces bougres quy nous mettent au dezespoir". Morin et Bouy ont un fusil et un pistolet mais se contentent de saisir Estienne Fritard, prévôt de Royan, par la barbe et par les cheveux, l'accusant d'avoir amené ces gens à Vaux, le traitant de coquin, et menaçant de le "frotter". L'huissier et ses aides doivent intervenir pour le secourir et demandent justice à l'intendant, dont nous ignorons la décision(33). Selon Colbert, les Hollandais qui dominent totalement le commerce maritime en Gironde, viennent tous les ans, d'octobre à décembre, avec des "milliers de bateaux" enlever le vin dont "ils consomment le tiers environ, les deux autres sont consommés, accommodés et frelatés" puis revendus en Allemagne et dans les pays du nord(34). La qualité des vins blancs commence à baisser et l'eau-de-vie, le futur cognac, apparaît. Il est le résultat de la distillation du vin aigre grâce à l'alambic, appareil arabe importé par les Hollandais au début du siècle. C'est aussi Colbert qui réglemente la profession de pilote lamaneur ou locman. Les pilotes font entrer et sortir les navires en Gironde et doivent "tenir leurs chaloupes garnies d'ancres et avirons et être en état d'aller au secours des vaisseaux au premier ordre ou signal, à peine de 10 livres d'amende et de plus grandes peines s'il y échoit"(35). Ces chaloupes, ainsi que tous les autres navires utilisés dans la presqu'île d'arvert, sont décrits dans un ouvrage fort intéressant de Jouve intitulé "Desseins des différentes manières de vaisseaux".
106 LES SINISTRES DRAGONNADES DU ROI-SOLEIL (1685). Louis XIV décide en 1681 d'unifier la religion dans son royaume en extirpant le protestantisme. Il interdit aux huguenots d'être avocats, juges, libraires, médecins, infirmiers, sage-femmes, apothicaires, notaires, instituteurs et officiers. L'intendant Bazin de Besons de Bordeaux leur interdit aussi d'être pilotes en Gironde, mais les catholiques ne connaissent pas les passes, aussi deux bateaux hollandais s'échouent. Le consul de Hollande intervient et l'intendant demande que les pilotes travaillent par deux, un catholique et un protestant. Les protestants refusent de partager le profit alors qu'ils font tout le travail et le roi finit par annuler cette décision(36). Dans la presqu'île d'arvert les protestants représentent la presque totalité de la population, d'après un état de l'intendant Demuin, la châtellenie d'arvert compte 1.817 feux protestants sur un total de 2.021 soit 89,9%, dans celle de Mornac 545 pour 612 soit 89% et dans celle de Royan 994 feux sur 1.142 soit 87%(37). Le culte réformé est de plus en plus persécuté, les temples sont détruits à Saujon, Mornac et Arvert où le curé s'empare des matériaux et des tombes pour agrandir son église, et si celui de La Tremblade n'est pas "jetté bas", il est donné aux six familles catholiques et son cimetière est remplacé par une place d'armes "pour fouler les morts aux pieds des chevaux"(38). Enfin celui de Vaux est abattu en janvier 1682 et son pasteur Pierre Fontaine arrêté. Son frère Jacques Fontaine réunit secrètement un millier de protestants dans les bois de Châtelard pour les pâques de 1684. Le vice-sénéchal assisté de douze archers arrête dix-huit hommes dont Jacques Fontaine. Ils sont emmenés, "liés comme brebis qu'on méne à la tuerie", emprisonnés à Saintes pour deux mois, puis condamnés au banissement, deux d'entre eux hors du royaume pour cinq ans et les autres hors de la province pour un ou deux ans, et tous solidairement à une amende de 1.000 écus. De leur prison à La Réole ils demandent grâce au secrétaire d'etat "nos familles étant exposez à la mendicité"; leurs peines sont considérablement diminuées et ils se retrouvent en famille à Noël(39). Cela n'empêche pas le roi d'autoriser les Royannais d'armer "en course une corvette à leurs dépens" pour chasser les corsaires hollandais et espagnols, et de percevoir trois livres sur chaque navire qu'ils escortent en Gironde afin de couvrir leurs frais(40). Devant le succès des dragonnades pour convertir les huguenots, le ministre de la guerre Louvois décide de les utiliser en Saintonge. Apprenant que les marins de Royan veulent se saisir de quelques vaisseaux pour s'enfuir, il ordonne, le 7 septembre 1685, aux dragons de cavalerie du marquis de Boufflers de marcher sans perdre de temps vers Royan. Deux bataillons du régiment d'artois s'avancent peu après depuis Mortagne le long des côtes(41). A l'annonce de l'approche des dragons, le jeune Jacques Fontaine pas encore pasteur mais déjà très écouté, veut, d'après ses mémoires, entraîner les protestants à la résistance armée mais il n'est nullement suivi. Un certain nombre de marins s'enfuient avec leurs familles et des hésitants les accompagnent sur le bord de mer. Le curé de Royan, François de Ceretany prieur de Saint-Pierre, "homme sensible et respectable" et angoissé devant les méthodes brutales des dragons, dissuade beaucoup de personnes de s'embarquer en disant que le roi aime trop ses marins pour leur envoyer des dragons, et qu'il accepte d'être brûlé vif dans sa cure s'il se trompe. Pour sa part le pasteur décide de s'exiler et vient lui faire ses adieux. Le curé lui demande de rester en faisant un "semblant de conversion" et le pasteur de son côté
107 lui conseille de ne pas s'exposer à la vindicte publique en disant aux gens de rester car un Royannais s'est déjà juré de le faire rôtir vivant s'il a menti. Le curé Ceretany pâlit à ces mots et montre une lettre de l'intendant de Rochefort confirmant que les dragons ne viendront pas, mais un doute le saisit et il retourne sur la côte avec un discours beaucoup plus prudent, aussi les trois jours suivants on s'embarque en foule. Le lendemain, lors de l'arrivée des dragons, les Royannais font preuve d'une insigne lâcheté, "ils se précipitent les uns sur les autres, à qui entrera le premier dans l'église catholique pour y faire abjuration", alors que les pauvres gens de la campagne montrent plus de dignité et de constance dans leur foi(42). C'est le 17 septembre que les dragons entrent dans Royan et ils convertissent "presque tous les matelots et les habitans du lieu", certains font immédiatement du zèle, comme le maître de navire du Rivau, aussitôt chargé d'empêcher "qu'aucun des matelots nouveaux convertis ne sorte du Royaume car ces conversions sont suspectes et méritent qu'on y veille". Le succès est le même à Saint-Palais, où ceux qui ne veulent pas abjurer s'enfuient dans les bois(43). Le résultat des dragonnades est tel que, dès le lendemain, l'intendant Arnou conseille aux protestants de La Tremblade de suivre le bon exemple de Royan, et quelques jours plus tard Saint-Sulpice enregistre 400 conversions, pourtant les dragons hésitent à s'aventurer en Arvert où le terrain est difficile(44). Ils y arrivent cependant le 8 octobre, et voici comment se passe une conversion "On me mena à l'église où le vicaire me fit mettre seulement la main sur le saint évangile; puis mit mon nom Taret-Chailleau, et rien d'autre; voilà toutes les cérémonies qu'on fit"(45). Les Trembladais n'ont pas suivi les sages conseils de conversion prodigués car le 15 octobre "monsieur Arenou [Arnou] intandan est veneu à tramblade avect un régimand dinfantrie pour contraindre et maltraiter le peuple pour leffaire abegurer"(46). La panique des habitants face aux dragons est bien naturelle. Ces sadiques convertisseurs, toujours accompagnés de vrais missionnaires capucins casqués et bottés, offrent d'après un prêtre catholique le choix entre "crever ou aller à la messe", ils "entrent dans les maisons des Réformés, l'épée dans une main, le pistolet dans l'autre, l'écume à la bouche et le blasphème sur la langue. J'en vois les uns pendus par les pieds, d'autres qu'on brûle presque jusqu'à leur faire rendre l'âme, j'en vois qu'on assomme et qu'on accable de coups, qu'on étrangle", et naturellement les femmes sont violées(47). "Puisque la meilleure partie de nos sujets de la dite R.P.R. ont embrassé la Catholique", Louis XIV médiocrement religieux et peu dévot, mais qui ne tolère aucune opposition et considère les protestants comme des obstinés qui se plaisent à braver sa volonté, décide de se faire le champion de la chrétienté unie et signe l'edit de Fontainebleau qui révoque l'edit de Nantes le 18 octobre 1685. Madame de Sévigné résume l'opinion générale très favorable en déclarant que "Rien n'est si beau que tout ce que contient" ce nouvel Edit, et le curé de Saint-Georges inscrit sur son registre d'état-civil une "Prière pour le Roy" qui glorifie son action pour "destruire une secte rebelle"(48). Cette révocation interdit toute assemblée de huguenots et donne aux pasteurs quinze jours pour quitter la France avec femmes et enfants de moins de sept ans. Dès cet âge les enfants sont déclarés responsables et libres de changer de religion contre l'avis de leurs parents, aussi comme tous les autres protestants ils ne peuvent s'exiler, sous peine des galères pour les hommes et de prison pour les femmes. Les derniers temples sont rasés et l'état civil, en particulier le mariage, ne dépend plus que de
108 l'église catholique et tout nouveau né ne peut être que catholique. Dans ce drame, la grande chance des protestants est que le roi leur laisse la possibilité de se convertir, cela leur évite un génocide par l'application d'une solution finale que ses soudards n'auraient eu aucun scrupule à exécuter. Certains protestants d'arvert, mal convertis, signent à l'église en ajoutant "Pour obéir à l'ordre du Roy", et s'ils sont tous devenus catholiques, le recensement de l'archiprêtré d'arvert en 1685 fait bien la différence entre les 2.403 "anciens catholiques" et les 16.789 "nouveaux convertis issus de la Religion Prétendue Réformée" dont seulement 10.965 communient(49). Certains matelots en mer "déserteurs et fugitifs" ne sont pas décomptés et si Saint-Augustin compte le plus de nouveaux convertis, soit 267 pour 8 anciens catholiques, Talmont, à l'inverse, a 740 anciens catholiques pour seulement 8 nouveaux. Sur les 1.407 habitants de Royan, 1.260 sont des nouveaux convertis, soit près de 90 %, sans compter 23 personnes "à convertir et fugitifs". Ce recensement indique 495 familles à Royan, et non feux comme d'habitude sans doute pour camoufler que la paroisse n'est plus à "plein feux" par suite de l'émigration. En effet on trouve seulement 2,84 Royannais par famille et non plus les 4 personnes de moyenne par feu, moyenne qui reste pourtant celle de l'ensemble des familles du diocèse. Pour s'assurer de ces nouveaux catholiques l'église envoie en février 1686 six missionnaires, dont le célèbre abbé Fénelon, prêcher six semaines à La Tremblade, dur et inflexible, Fénelon, orateur onctueux, veut laisser aux protestants "quelque douceur de vivre"(50). Bien qu'aidé par le pasteur qui a abjuré et sert d'avocat du diable, Fénelon est vite découragé et est quand même remplacé par deux compagnies de dragons(51). L'année suivante un de ses adjoints l'abbé de Cordemoy va finir de ruiner le pays en une dizaine d'années avec ses "lettres du petit cachet" et, comme les huguenots "en ce pays les plus riches" achétent les juges des seigneurs, il demande un juge royal et envisage froidement de repeupler les Isles de Saintonge avec des familles catholiques(52). L'EXODE HUGUENOT La réponse des protestants qui refusent ces conversions forcées est l'exode par mer. Mais ces voyages sont risqués, un capitaine affrêté par Fontaine prend les réfugiés en Seudre puis les tue pour leur voler leur argent, en outre ils sont réservés aux gens aisés car ils coûtent chers, Jacques Fontaine doit payer dix pistoles en or par personne(53). L'émigration par la Gironde est connue comme la "voye de Thomas", selon le nom du maître de navire royannais catholique Jean Thomas, idéaliste indigné par le sort fait aux protestants et âme de la résistance. En février 1686, plus de 150 habitants de Jarnac et de Cozes doivent partir sur son vaisseau de 200 tonneaux et embarquer de nuit à partir du bois de Suzac sur des chaloupes mais, dénoncés, ils regagnent leurs demeures sans encombre. Par contre en juin, Thomas réussit à emmener 112 personnes à Londres(54). On peut espérer qu'il ne s'agit pas du capitaine royannais Thomas qui est accusé par l'amirauté d'avoir arboré abusivement le drapeau français afin de s'emparer de nègres de Guinée pour les vendre comme esclaves à Saint-Domingue(55). L'exode devient massif en 1687. Le 22 février au soir trois barques partent de Mornac, de
109 Chaillevette et de La Tremblade, le 23 au soir c'est deux ou trois barques de plus et le 24 au soir trois barques emmènent ce qui reste de gens de Mornac. Une de ces barques, attaquée par une chaloupe armée en Seudre, s'échappe après avoir blessé quelques soldats, mais une autre, trop chargée, est arraisonnée et les 26 femmes et 25 hommes à bord, des jeunes matelots pour la plupart, sont arrêtés. Les autorités sont consternées par ces désertions, le tocsin sonne et la nuit suivante les habitants de La Tremblade doivent patrouiller en armes toute la nuit. Le 25 février, d'après le capitaine nouveau converti du Rivau, dix barques emmènent en plein jour 500 protestants de Royan "avec quelques uns de leurs voisins vieux catholiques" et bien qu'elles s'échouent à marée basse, elles réussissent à s'échapper. Le 27, en présence de l'intendant de Rochefort et du commissaire de la marine, 200 personnes quittent encore Royan "quelquechose qu'ils ayent pu dire pour les intimider et pour les retenir". Pour y mettre un terme, le même soir trois compagnies de soldats sont envoyées à Royan "sans faire aucun bruit ny battre la caisse". L'intendant Bazin de Besons explique que ces départs, fortement encouragés par les femmes, sont provoqués par "dix-huit mois de suite des troupes logées chez eux", aussi souhaite-t-il que "ces gens" soient traités avec douceur car l'émigration a coûté beaucoup de misère et les plus pauvres qui n'ont pu se payer le voyage à l'étranger, sont fort misèrables et devront être soulagés de leurs tailles "en prenant les biens de ceux qui sont sortis". Il estime cette dernière désertion à 600 personnes et regrette l'exil de tant de "bons matelots" car une "partie des familles de Mornac et de Royan est en pays étranger". Certains émigrés vont en Angleterre ou en Hollande, d'autres en Amérique, à Boston et à Salem, où avec un capital de 500 à 600 écus "ils s'y établissent fort heureusement. C'est pourquoy tous ceux qui sont du costé de Royan et La Tremblade prennent ce parti"(56). Rien qu'à New-York on trouve les familles Bouyer, Vinaux, Bubois et Decoux d'arvert, Bodin de Médis, Lamoureux, Many, Lieure et Fumé de Meschers, Lavigne et Quantin de Royan, Lambert et Jolin de Saint-Palais, Badeau et Coudret de Saint-Georges, Melet, Roux, Arnaud, Loumeau, Equier, Boutineau et Rolland de La Tremblade(57). Les biens des exilés sont naturellement confisqués, cela arrive à 40 familles de Royan, en majorité marchands ou mariniers, 22 de Saint-Georges, 34 de Meschers et 41 de Mornac, et à La Tremblade le sieur Dufaur de Chastellars fait saisir tous les biens des exilés qui sont vendus aux enchères à très bas prix(58). Le Roi-Soleil va encore plus loin dans la répression. Il décréte qu'un procès sera fait aux cadavres des gens ayant refusé les derniers sacrements catholiques au moment de leur mort et que ces cadavres seront ensuite jetés à la voirie. Cela arrive à celui de Pierre Jouffrier, greffier de Mornac, enterré dans le cimetière catholique après avoir refusé l'assistance du curé, les juges ordonnent la confiscation de ses biens et condamnent le cadavre convaincu du crime de "lèze majesté divine" à être "déterré et traîné sur une claye, la face contre terre et exposé à la voirie de Mornac, pour y demeurer jusqu'à consommation complète", sentence appliquée le 15 juillet 1687(59). Le côté carnaval macabre de ces effarantes sentences les fait abandonner rapidement. La vie est dure pour tous à Royan où le blé est si cher en 1694 qu'il faut y amener cinquante sacs à prix coûtant car les "matelots y souffrent beaucoup"(60). Quant aux fonds récoltés des exilés protestants, ils servent en réalité à réparer l'église de Meschers et à
110 construire le couvent des sœurs de la Charité de Saint-Vincent de Paul, ou sœurs grises, à Royan où le roi installe trois sœurs en 1695, sur un terrain cédé par le prieur et qui avait servi antérieurement de cimetière aux protestants. Quatre sont également à La Tremblade et le roi fait verser à chacune une pension de 50 écus pour qu'elles soignent les pauvres malades et instruisent les nouvelles converties afin d'en faire, par la force, de bonnes catholiques(61). Le roi offre aussi 50 % des biens des protestants aux dénonciateurs éventuels, ce qui vaut au notaire Cosme Béchet d'arvert d'être dénoncé par le sieur du Fouilloux et fait perdre sa maison familiale à Fontaine lequel, trop confiant, envoie un papier timbré à son cousin Robin pour régler ses affaires, mais ce dernier en profite pour le voler(62). C'est un Trembladais, Foran, chef d'escadre qui est chargé de pourchasser en mer les protestants qui fuient les persécutions. Ceux qui sont pris en essayant d'émigrer finissent aux galères, comme le vieux baron de Montbeton, arrêté en vue de Royan, qui se retrouve à 77 ans sur la galère Grande Réale avant d'être gracié et arrêté de nouveau, ou comme Jean Billaud de La Tremblade qui meurt sur cette même Grande Réale. C'est aussi le cas d'elie Bédard de Royan, devenu sujet danois et trafiquant sous ce pavillon, il est pris par un corsaire puis condamné à être enchaîné sur la galère Superbe où il meurt en 1697. Par contre, Ellie de la Roche condamné aux galères pose un problème car il est manchot, et de ce fait il est purement et simplement grâcié (63). Les femmes sont mises au couvent, comme Marie Pommier de Breuillet condamnée à être "rasée et recluse pour le reste de ses jours", ou comme les filles du marchand Neau de La Tremblade enfermées au couvent à Saintes, bien que catholiques, sur lettre de cachet obtenue par l'abbé de Cordemoy; Neau est notifié par les tribunaux qu'il ne les reverra que s'il se fait catholique(64). Malgré les ordres des évêques, les curés sont pour la plupart chicaneurs et peu charitables, ainsi quand Louis XIV donne des fonds pour restaurer Notre Dame de l'ile en Arvert, le clergé préfère abandonner ce "lieu malsain et peuplé d'hérétiques" pour construire une nouvelle église à Etaules(65). Le curé de Saint-Augustin envoie ses poules vaquer dans les jardins de ses paroissiens, tous religionnaires, sous prétexte qu'ils ne paient pas la dîme(66). Quant à celui d'arvert, de La Fargue, il fait creuser des fossés dans l'ancien cimetière protestant en décembre 1700 et les travailleurs exposent les ossements en dérision. Mal leur en prend car le 31 décembre à midi, une centaine de femmes en colère, armées de pelles, de broches et de fourches de fer s'opposent à eux, comblent les fossés et insultent le curé, elles reviennent à nouveau le 3 janvier. Pour rétablir l'ordre, le prévôt fait venir 250 hommes de troupe le 17 janvier mais les femmes ne peuvent être arrêtées car "elles se sont toutes absentées". Les troupes restent quinze jours et cela coûte 20.000 livres aux habitants d'arvert, ce qui ruine les familles les plus pauvres et les contraint à abandonner leurs maisons(67). Des troupes logées à Saujon, Royan et Saint-Sulpice, coûtent 40 sous par jour et par homme aux habitants qui se plaignent de ces "logements abusifs"(68). Malgré toutes les pressions, on estime que seulement 5 à 10 % des protestants se rallient véritablement au catholicisme, les autres assistent à des assemblées clandestines comme celles faites autour de Mornac par Pierre Bignon, appelé Pierre de Bienloin, qui est arrêté près de Saujon et exécuté à Rochefort le 22 juin 1705(69). Durement touchée par l'exode huguenot, la région a perdu selon Bégon plus du tiers de sa population, c'est sans doute le cas à Royan où nous n'avons pas de données exactes. A La
111 Tremblade, en trois ans, 620 habitants sur 1.500 ont émigré soit 41 %, or perdre 40 % de sa population est d'autant plus grave que les émigrants sont les habitants les plus actifs, les plus décidés et les plus jeunes. D'ailleurs le roi n'apprécie pas ces départs et deux intendants de Rochefort, Demuin et Arnoul, sont licenciés pour n'avoir pas su éviter cette émigration(70). LA PRESQU'ILE D'ARVERT AU TEMPS DE L'INTENDANT MICHEL BEGON (1698). L'intendant de la marine à Rochefort Michel Bégon propose la création d'une nouvelle entité administrative, la généralité de La Rochelle qui regroupe l'aunis et la Saintonge et dont il devient le premier intendant en 1694. Le géographe du roi Nolin dresse la carte de la généralité qui est divisée en élections, les châtellenies de Royan, Didonne, Mornac et Saujon font partie de l'élection de Saintes ainsi que le phare de Cordouan, alors qu'arvert dépend de celle de Marennes qui englobe aussi la partie des châtellenies de Royan et Mornac qui jouxte la Seudre, ainsi que l'enclave de Talmont(71). Bégon rédige un fameux mémoire en 1698 sur la généralité de La Rochelle dans lequel il décrit Royan comme "anciennement une ville considérable", dont il ne reste que le faubourg dans un "fort beau pays sur le bord de mer et le terroir est très abondant". On trouve sur la côte des "quartz enfumés", connus sous le nom de diamants d'alençon, mais plus durs et plus beaux que ceux d'alençon. Bégon reconnaît avec une étonnante franchise qu'en Saintonge "la plus grande partie des habitants font profession de la R.P.R.", et que ceux qui ont abjuré de force ne sont pas "opiniâtres à faire leur devoir de catholiques", malgré "des missions, des vicaires, des maîtres et des maîtresses d'écoles, des couvents pour retirer les jeunes filles, des pensions aux ministres et aux officiers qui ont fait leur devoir de catholiques, des prisons pour les opiniastres et les scandaleux, des grâces à ceux dont le bon exemple peut produire le bon effet". Comme beaucoup de huguenots quittent le royaume à cause des "difficultés insurmontables auprès des curés lorsqu'ils se veulent marier", les bourgs sont "pleins de pauvres filles qui vieillissent sans se trouver de party" et "ce pays se détruit insensiblement par la diminution de plus d'un tiers de ses habitants" à cause de la guerre, de la misère et de la pauvreté des paysans, des évasions des Religionnaires, de l'impossibilité où ils sont de se marier et du libertinage de ceux qui vivent dans le célibat". Pour couronner le tout, la justice seigneuriale est mal administrée, avec des corvées contraires aux coutumes et des "juges qui pillent le pauvre peuple", au point que "Sa Majesté devroit apporter quelque tempéramment qui mit ses sujets en estat de jouir tranquillement de leurs biens". Bégon décrit aussi la pêche "de sardines auxquelles on donne le nom de royans", qui se pratique en juin et juillet et la Seudre, où les chenaux s'envasent, et dont les huîtres vertes sont les meilleures du monde(72). A l'époque, les sardines sont vendues sur tous les marchés du sud-ouest après avoir été lavées, saupoudrées de sel, égouttées, salées une seconde fois, lavées à nouveau, puis pressées et égouttées dans des barriques ou futailles contenant de 3 à 10.000 sardines, ainsi salées elles peuvent se conserver de sept à huit mois(73). Quant à la culture des huîtres en Seudre, c'est une richesse qui se développe en remplacement des salines qui se réduisent chaque jour, à cause des tarifs douaniers élevés imposés par la politique protectionniste de Colbert qui fait fuir les marchands anglais et hollandais, et aussi à cause de l'émigration
112 intense de la main d'œuvre protestante. Pêchées sur nos rochers depuis la plus haute antiquité, ce n'est qu'au XVII siècle que la culture des huîtres en claires se généralise pour les faire verdir. Ces huitres sont le plus souvent envoyées à l'intérieur du pays dans la saumure ou séchées. Elles sont consommées avec des sauces ou en fritures et même crues à la table du roi Louis XIV, qui suspecte leur teinte verte et craint d'être empoisonné par les protestants, il ordonne à l'intendant Arnou de vérifier "des lieux où on les prend, de la manière dont on les engraisse, et s'il ne s'y peut faire aucun mélange préjudiciable à la santé"(74). Ces huîtres vertes, de production restreinte, sont alors un mets fort cher réservé aux tables des seuls gens riches. On peut être étonné de voir des huîtres fraîches transportées si loin avec des moyens de transport si lents, en réalité les ostréiculteurs ont, depuis l'époque des Romains, connu et utilisé la technique du "trompage". Ils habituent les huîtres, en les mettant à sec à certains moments, à conserver leur eau en tenant leurs valves hermétiquement closes, elles sont livrées très serrées les unes contre les autres, bien à plat, pour éviter toute ouverture inopportune des valves. Le trompage autorise une conservation hors de l'eau de plusieurs semaines avec les températures froides de l'hiver(75). D'autres documents complètent le mémoire de Bégon. Un aveu et dénombrement de Louis de La Trémoille mentionne que le marquisat de Royan comprend les paroisses de Royan, Saint-Palais, Vaux, Saint-Augustin, Saint-Sulpice, et l'îlot de Cordouan qui "est des appartenances d'ancienneté de mondit marquisat" lequel comprend plusieurs maisons nobles "appartenans à mes vassaux" comme "Bellemont, Mons, Poussaud, Lalande, Taupignac, Le Breuil-Dupas, Chauzat, Breuillet, Chassaigne, Mailefray, Chastenay, Courlay, Le Vignaud, La Monge et autres fiefs"(76). Nous avons une gravure de Royan en 1694, mais bien peu conforme à la réalité et toujours copiée de Tassin. Un sieur Dubois en 1695 décrit Royan "village situé en Saintonge" où le voisinage de la mer procure "bien des douceurs". Les habitants sont "pour la plupart matelots et presque tous nouveaux convertis". Des pierres arrangées au port montrent qu'ils avaient "dessein dy faire une digue ou jettée". La ville a plusieurs sources, une à 300 toises au nord-ouest dont l'eau, très bonne, forme un petit ruisseau qui passe dans une prairie puis dans le jardin des Récollets, se perd dans la conche et assèche en période séche; celle du Vivier à 1.000 toises au nord-est et celle de Pieu à Pontaillac. Il y a aussi quelques puits comme celui du milieu du bourg "où les galères ont fait de l'eau pendant partie de cette campagne". La paroisse compte 400 feux, moitié à Saint-Pierre et à Royan, et moitié dans les hameaux environnants. La population de 1.590 personnes est composée de 7 ecclésiastiques, 326 hommes, 308 femmes, 98 veuves, 340 garçons, 401 filles, 30 valets, 40 servantes et 40 mendiants. Il est pour le moins étonnant de voir valets, servantes et mendiants comptés en dehors des hommes et des femmes. Le pays, "assé bossillé" avec des petites hauteurs possède un seul moulin à eau, à Ribérou, et produit du blé, du vin, du bois, des légumes, du chanvre et très peu de foin, mais les marais, considérables, ne produisent que des joncs(77). On peut ajouter que le varech, aussi appelé sart ou goëmon, récolté par les habitants de Meschers sert d'engrais dans les champs qui sont mesurés avec "l'harpan [arpent] de Royan", le même que celui d'arvert, de 85 pas au carré, soit, un pas valant "trois piedz et demy", près d'un hectare. Dubois ne mentionne pas les deux plantes venues récemment d'amérique, le "blé d"espagne", le maïs, qui prend pourtant une certaine importance au sud de Royan, et surtout
113 le haricot qui va remplacer la vieille fève et deviendra le symbole du Charentais mangeur de mogettes, les célèbres "monjhettes" en patois(78). Le notaire protestant Cosme Bechet, natif d'arvert, est l'auteur de "L'Usance de Saintonge", livre sur la coutume de droit non écrit. Il y explique la différence entre un "chatellain qui détient la justice haute, moyenne et basse avec des fourches patibulaires à quatre piliers, et pouvoir de bâtir un château ou une forteresse" et un "baron qui doit posséder au moins trois châtellenies et peut clore une ville et la murer, avec tours et pont-levis, sans autre permission du roi". Les fourches patibulaires sont des gibets à plusieurs piliers, que les seigneurs hauts justiciers qui peuvent prononcer des condamnations à mort, ont le droit d'élever sur leurs terres. Un gibet à quatre piliers est plus grand qu'un à deux ou à trois piliers, et permet donc d'y mettre plus de pendus! Dans son livre Bechet décrit "l'isle d'arvert qui n'est cependant qu'une Péninsule ou Presqu'ile ayant pour bornes, du côté du midi, la rivière de Garonne qu'on appelle mer car elle est fort large, a son flux et reflux et son eau est salée; du côté du septentrion, la rivière ou bras de mer de Seudre dont les deux bords sont couverts des meilleures salines de l'europe, et le détroit de Maumusson dont l'impétuosité provoque tous les ans quantités de dèbris et de naufrages. La violence des vagues jette le sablon de la mer à la côte, il s'en éléve de grandes montagnes qui ont, à succession des temps, couverts des bourgs et villages et Notre-Dame de Buze. Ainsi, sans miracle, les montagnes d'arvert changent de place"(79). Aussi est-il interdit de couper le bois vert dans les forêts car ces arbres préservent le pays de "l'inondation des sables de la mer"(80). D'ailleurs Arvert produit, selon le géographe Willem Blaeu, un "grand nombre de pins et d'autres arbres toujours verdoyans: et d'autant que cette matiere grasse et huyleuse encore que verde conçoit facilement le feu; on a surnommé cette place Ard-verd", nom qui en dialecte celte signifie bois vert selon Gaston Noblet, mais cette interprétation est aussi fantaisiste que douteuse(81). Le port de Royan compte 60 maîtres de barques et son armement est de 2.398 tonneaux(82). Il est encombré car Pierre Saulieu assigne, devant le lieutenant général, le procureur fiscal qui lui a refusé une place convenable pour sa barque la Jeanne et, selon le maréchal de Tourville, les navires y sont sans défense car "ils avoient un canon mais qu'on leur avoit osté", aussi il souhaite faire construire par les Royannais deux "barques longues", pour lutter contre les corsaires en Gironde(83). Il ordonne à Pierre Arnaud "bourgeois, marchand, mettre [maître] et pilote de navire" royannais de réaliser en 1694 une carte marine de la Gironde. Cette carte, où figurent les deux tours servant d'amers à "Royant", mentionne qu'à "Bon Anse" on pêche "le fran Royant", la sardine. Bien que "vérifiée par les pilotes lamaneurs", un hydrographe bordelais la juge fausse et capable de "donner lieu à des naufrages", aussi l'intendant Bégon en 1700 interdit de la graver et fait retirer l'original afin d'éviter toute copie(84). Il est curieux que les pilotes de Royan aient pu accepter une carte fausse, aussi on peut penser que les passes se sont modifiées pendant ces six ans. Une pyramide en bois de chêne est bâtie dans les dunes de la Coubre en 1699 pour servir de balise à la passe du Matelier, par contre, 40 capitaines se plaignent qu'il n'y a eu "point de feu à la tour" de Cordouan du 5 au 12 avril 1706 ce qui a failli les faire tous périr, et la navigation sur "le bras de mer appelé la Rivière de Seudre" devient difficile à cause du délestage abusif des navires(85).
114 Les naufrageurs restent actfs, le garde-côte Gombault est chargé "d'empêcher le crime, abus et dessein malicieux des particuliers mal intentionnés qui, la nuit quand il fait mauvais temps, allument des feux sur la côte pour tromper les vaisseaux, lesquels voyant des feux sur la côte et les prenant pour ceux de Cordouan se peuvent perdre et naufrager". Récupérer ce qui est sauvé d'un naufrage n'est déjà pas facile, après celui de la Providence à Royan, le capitaine doit demander une visite domiciliaire en ville pour tenter de retrouver ce qui lui a été volé, et quand le Samuel de Londres s'échoue à Meschers les sieurs de Théon de Chateaubardon, aidés de toute la population, s'emparent de tous ses biens(86). Selon un pouillé du diocèse de Saintes, l'archiprêtré d'arvert dirige 15 paroisses, l'abbaye de Vaux a dix moines et sa dîme rapporte 4.000 livres de rente, le prieuré Saint-Nicolas de Mornac est "ruyné et presque tout par terre", celui de Saint-Pierre de Royan fournit 2.500 livres de revenus et celui de Saint-Nicolas seulement 700 livres et est "presque ruiné, les biens en dépendant estoient possédés par les gens de la religion, le revenu est très peu de chose", en fait le prieuré n'existe plus et le revenu doit provenir des droits coutumiers de certains biens qui en dépendent(87). Un autre pouillé nous apprend que l'abonné aux tailles de Marennes comprend seulement les cures de Dirée, Arvert, Etaules, La Tremblade, Chaillevette, et des Mathes, mais la paroisse de Talmont sur Gironde "frontière d'ennemi" est aussi abonnée(88). Les Trembladais sont furieux de l'établissement d'un bureau des fermes dans leur ville qui risque la ruine à cause de "visites jusques dans les maisons avec violence, ce qui empêche tout le commerce que les femmes des matelots ont coutume de faire comme d'eau-de-vie, d'ail, légumes et autres petits rafraichissemens"(89). Il est vrai que ces femmes de matelots ne sont guère faciles, comme nous allons le voir avec Claude Masse, et c'est ce qui leur a valu le surnom de "gueules de La Tremblade"(90). CLAUDE MASSE GÉOGRAPHE DU ROI (1695-1718). Le géographe Claude Masse fait entre 1695 et 1718 des cartes très détaillées de la région, accompagnées de mémoires précis(91). Ces cartes, destinées à permettre aux troupes royales d'écraser toute révolte populaire sans avoir recours à des guides locaux peu sûrs, sont de véritables œuvres d'art. Selon ces mémoires Royan est un "bourg assez renommé quoiqu'à présent peu considérable, lieu fameux pour les voyageurs qui vont et viennent par eau de Bordeaux aux costes de Saintonge". Les voyageurs venant de La Rochelle prennent la route qui va "de La Tremblade à Alvert, d'alvert au Breuil, et du Breuil à Royan". Cette route permet d'éviter les grands dangers de l'entrée de la Gironde et de Maumusson, mais "les chariots ont bien de la peine de s'en tirer les trois quarts de l'année" à cause de la boue en cas de pluie; par contre cette route est très poussiéreuse en période sèche. La route par Saujon est si mauvaise que seuls les gens à pied ou à cheval peuvent l'emprunter. La rade de Royan est bonne et le port assez passable. Au moins un petit bâtiment fait chaque semaine le voyage de Bordeaux avec des passagers, trajet fait "quelquefois dans une marée". Le port, où il ne mentionne nulle jetée, abrite de grosses barques de trente tonneaux, peu de trois-mâts et bon nombre de petits bâtiments qui reposent à marée basse sur le sable ferme. Le commerce du sel est le
115 plus important, l'eau-de-vie vient en second, puis "quelque peu de vin", du blé, des brebis, des noix, des châtaignes, des prunes, du bois à brûler et des pierres de taille. La "ville ruinée" est un terrain labouré où se distinguent encore les fortifications et où un seul bâtiment, le corps de garde, a été construit en 1672. La paroisse compte 500 feux et le faubourg 250, soit environ 1.000 habitants. Le faubourg "bâti des débris de l'ancienne ville" a une seule rue de 300 toises de long avec le couvent des Récollets et plusieurs "cabarets [auberges]", il "frotte la mer" le long de la conche de sable de 1.200 toises où coulent les deux ruisseaux des marais de Royan et de "Bellemont". L'évolution du comblement des marais a donc maintenant atteint un stade où ils sont séparés de la mer par des dunes et de belles conches sablonneuses qui s'échelonnent tout au long de la côte. Saint-Pierre est un "joly bourg" sur la hauteur, à 700 toises, avec son prieuré qui sert d'église paroissiale. Les habitants "de la Religion [protestante] et matelotz" parlent, comme tous les Saintongeais, un patois assez grossier compris par les étrangers à la région. Ils sont laborieux et "ny ivrognes, ny blasphémateurs, ny joueurs". Claude Masse décrit "l'isle d'alvert [Arvert]" séparée de la terre ferme par le "chenal de la mer" de 1.000 toises de long, 18 à 20 pieds de large et 9 à 12 de profondeur, que la route de La Tremblade franchit par un pont de pierre appelé "pont de la mer". La terre est noire et selon Masse il est possible que "ces campagnes eussent été autrefois des grands bois et que l'on y eut mis le feu". On y trouve des terres labourables donnant du blé, des vignobles, quelques prairies, des bois taillis et cinq ou six grands marais pleins de roseaux inondés une grande partie de l'année qui "étoient autrefois mer" d'après les gens du pays et ne nourrissent "que lapins et quelques bestiaux". La "Rivière de la Seudre, un des plus beaux fleuves pour sa petitesse" a un lit resserré "tant de vases que de sable" et sur sa rive se trouve un "labyrinthe inconcevable de marais salants sur 500 à 600 toises de large". Le terrible pertuis de Maumusson cause la perte de nombreux navires avec ses bancs mouvants et, quand la mer est démontée, on l'entend de loin. La côte océane n'est qu'un "affreux désert" de dunes de 6.000 toises de long et 2.000 de large, elle "se mange par la mer et les sables avancent insensiblement dans les terres". Les vents ont découvert en 1693 "Notre-Dame des Butes [Buse] et il y aurait des bourgs ensevelis sous les sables, comme la ville d'ensoigne ou de Putensoigne vers Terre-Nègre". La tradition assure que devant cette côte se trouvait l'île d'armotte aujourd'hui détruite. C'est dans le désert de l'anse de La Coubre que les autorités concentrent près de 10.000 hommes des milices locales en 1706 pour prévenir une attaque éventuelle. Les "pinadas [pinèdes] de la forest d'alvert et de Royan" donnent un "gros revenu pour le bois des travaux du Roi". La Tremblade, simple hameau de sauniers jusqu'en 1661, reçoit en 1688, 500 veuves de marins tués durant les guerres venues s'y installer. La paroisse de 1.600 feux s'est séparée d'arvert en 1696 mais le nombre des catholiques est si faible que le vicaire est obligé d'avoir "un sacristain uguenot pour se servir la messe". Le temple, le seul resté en entier de la région, a été rendu aux catholiques qui y ont ajouté un autel et un clocher. Le port, d'où l'on s'embarque pour traverser la Seudre est assez bon, mais cette traversée est difficile quand la mer est agitée. Le curieux pour Claude Masse "c'est qu'il n'y a que des femmes, filles ou petits garçons qui conduisent ces chaloupes. A la vérité, elles nagent [naviguent] aussy bien que les meilleurs matelots et si elles sont du genre féminin de nature, elles sont du plus
116 rustique et brutal naturel des matelots qui voguent sur la mer et des plus téméraires, et qui est amateur d'injures n'a qu'à chagriner ces matelotes", cela a dû être son cas car il ajoute que "les femmes de La Tremblade sont des plus méchantes"! Selon Masse Arvert a deux logis nobles, au Fouilloux et à Treillebois, 23 moulins à vent, un à eau, de riches bourgeois mais surtout des filles à marier car "il n'y a pas de bourg en France où il y ait plus de riches filles, les garçons n'y sont pas communs étant pour la plupart passez aux pays étrangers où ils sont mariniers". Les habitants de Chaillevette sont fort aisés, son eau-de-vie est réputée et son château de Beauregard a un donjon et six bonnes tours. Les habitants de "L'île des Mattes [Les Mathes]" sont aisés mais l'air y est mauvais à cause de l'eau croupie des marais et l'église Notre-Dame de l'isle est dans une île à 290 toises de la terre ferme. Saint-Augustin possède des vestiges de grosses tours et de gros murs dont les pierres ont été réutilisées par les habitants, en 1694 il n'y a dans cette paroisse que le curé et le juge qui soient "anciens catholiques et aussy disoit un proverbe qu'il n'y avait ny croix, ni cloche". A Mornac, les habitants sont presque tous "de la Religion" et l'église ruinée sert de grange. Les habitants de Saint-Palais "mauvais hameau" sont pilotes en Gironde, tous riches et huguenots, et son église sert de balise. Pour Masse, le phare de Cordouan est un superbe édifice bâti sur une île séparée du Médoc par un trajet d'une demie lieue, "Isle que l'on appeloit anciennement d'antrosse" et qui était autrefois habitée. Saint-Georges, "assez marchand avant que l'on ostat la liberté aux huguenots", posséde une conche et un port "naturellement fermé de tous costés par des rochers escarpés est le meilleur de la coste à sa petitesse près", la paroisse comprend Didonne et son ancien château, Vallières et ses rochers escarpés, Semussac et ses quatre moulins, "la maison de Bellemont, pas saine à cause des marais" et Suzac où "le vulgaire tient qu'il y avait autrefois une ville appelée Gériot". Talmont est une "petite villette autrefois bien close". Quant à "Meché [Meschers]" avec ses six moulins à vent bâtis sur des habitations qui étaient autrefois des carrières, c'est dans son marais que devait se terminer le fameux canal prévu par le cardinal de Richelieu pour joindre Ribérou sur la Seudre à la Gironde. Etudié tour à tour par d'argencourt, Clerville, Arnoult, Vauban et Ferry, il ne sera jamais réalisé(92). LOUIS XIV ÉRIGE ROYAN EN DUCHE (1707-1715) Mademoiselle de Royan Marie-Anne de la Trémoille, fille unique du troisième marquis de Royan François II, "une des plus riches héritières du royaume", envisage d'épouser le fameux duc de Saint-Simon mais se marie le 6 mars 1696 avec Paul-Sigismond de Montmorency- Luxembourg duc de Chastillon(93). Elle cède son titre de Royan à un cousin, aveugle de naissance, Antoine-François de La Trémoille dit le duc de Noirmoutier, pour lequel Louis XIV érige Royan en duché par lettres patentes d'avril 1707 la terre de Royan "ancien patrimoine de sa maison décoré depuis grand nombre d'années du titre de marquisat est capable par la grande étendue, par la qualité aussy bien que par le nombre des vassaux qui en relèvent et par les droits considérables qui en dépendent de soutenir le titre et dignité de Duché", avec baillage ducal, pour lui et ses descendants mâles à perpétuité, mais en cas d'extinction des mâles le fief redeviendra marquisat(94).
117 Louis XIV ayant besoin d'argent fait enregistrer, moyennant finances, les armoiries, alors choisies librement par tous ceux qui le désirent. D'Hozier est chargé de ce travail et son armorial de La Rochelle mentionne les blasons de la petite noblesse et des bons bourgeois locaux qui aspirent à la notoriété(95). Un commis est nommé à Royan par les marchands de Bordeaux pour surveiller les allées et venues en rivière et travailler au sauvetage des effets naufragés, deux ans plus tard, en 1708, il en est retiré car le commerce est presqu'interrompu par l'insécurité qui règne à cause des corsaires et pirates hollandais et anglais qui croisent en Gironde(96). C'est également en 1708 que les troupes françaises relèvent les fortifications de Talmont, mais elles "ne font que du mauvais travail"(97). Après plusieurs années de mauvais temps, l'hiver de 1708 à 1709 est terrible. Il commence dès le 28 octobre avec des tempêtes de neige, auxquelles s'ajoute du 6 janvier à la fin du mois un froid sibérien qui tue de nombreuses personnes, on roule des barriques sur la Seudre gelée, la Gironde charrie des glaces, enfin le dernier jour de février un verglas intense recouvre la région. Le froid s'arrête en mars pour être remplacé par la pluie qui n'arrange rien, puis une violente tempête dans la nuit du 8 au 9 juillet couronne le tout. Les oiseaux meurent par milliers, les arbres, les vignes, même les semis sont brûlés par le froid. La disette provoque des émeutes et fait de nombreuses victimes mais le pire est évité grâce au tout nouveau maïs(98). Le mauvais temps crée aussi une pénurie de sel qui entraîne une hausse des prix et une crise entre les propriétaires et les marchands, crise qui se cristallise contre le plus riche d'entre eux, Pierre Vallet, qui possède déjà une fortune de 1.500.000 francs. Il spécule sur la pénurie en utilisant sa propre récolte et en important du sel, ce que ses concurrents ne peuvent faire car il monopolise les gabares et interdit le déchargement des autres bateaux. Ce monopole lui laisse un juteux bénéfice, il double souvent sa mise, mais provoque des haines terribles qui ne l'empêchent nullement de devenir le maître du commerce du sel(99). Les habitants de Royan et de Saint-Palais sont soupçonnés, en mai 1710, d'entretenir des rapports avec des corsaires anglais. Une cinquantaine d'hommes de la marine de Rochefort sont envoyés en renfort sur la côte, alors que toute l'affaire se réduit à une habitante qui a donné la chemise de son mari, prisonnier en Angleterre, aux deux "Grenezais", Anglais de Guernesey, prisonniers à Royan(100). Un corsaire enlève même trois navires de Saint-Palais, un autre, espagnol, attaque les Hollandais puis se fait payer pour les protéger. Pour garder l'embouchure l'intendant Bégon fait armer l'aurore puis la frégate Nymphe. La Nymphe croise au large en prenant langue tous les huit jours à Royan où des droits sont levés pour son armement sur les navires passant en Gironde. Elle est commandée par le capitaine Brach et les matelots se plaignent de ses mauvais traitements, au total son équipage est composé de 27 officiers mariniers, 67 matelots, 8 officiers soldats, 42 soldats 6 valets et 9 mousses. Elle libère les passes, s'empare d'un corsaire de Guernesey le 25 juin 1712, puis est désarmée en fin d'année(101). Contre cette insécurité, une capitainerie de 80 miliciens gardes-côtes commandée par un major-général est créée à Royan, elle couvre toute la presqu'île d'arvert, la côte jusqu'à Talmont et Barzan et la région de Saujon et Cozes(102). Ce sont de bons emplois lucratifs pour les officiers, mais c'est une servitude supplémentaire pour les habitants déjà chargés du
118 guet et pressurés par le juge de La Millière, représentant du duc à Royan, qui est démis de ses fonctions en 1714 "parce qu'il ruinoit ses tenanciers", ou par le garde-forestier Boursier qui rançonne pour sa part les manants d'arvert qui veulent transporter le bois mort et mort bois auxquels ils ont théoriquement droit(103). Une plainte est déposée contre les pilotes de Saint-Palais pour négligence et paresse, car ils ne sortent pas par gros temps lorsque les navires ont le plus besoin d'eux(104). Soupçonnés de favoriser l'évasion des réformés, ils sont mis en concurrence avec ceux de Pauillac "tous anciens catholiques", et malgré le manque d'équipages, le roi ne veut recevoir comme maîtres et pilotes que ceux apportant la preuve qu'ils font leur devoir religieux, en effet les nouveaux convertis donnent un mauvais exemple car ils ne pratiquent pas la religion catholique(105). Les maîtres et maîtresses d'école de La Tremblade, Arvert, Chaillevette, Mornac, Breuillet, Saint-Augustin, Vaux et Saujon, qui enseignent aux nouveaux convertis, ne sont plus payés car les finances royales ont de sérieuses difficultés(106). La mort du vieux roi en 1715 n'est sûrement guère pleurée dans les chaumières de Royan et de la presqu'île d'arvert. CHAPITRE VIII LE SIÈCLE DES LUMIÈRES. LE DUCHÉ DE ROYAN SOUS LOUIS XV (1715-1733) L'arrivée du nouveau roi Louis XV, encore un enfant, fait espérer le retour à la paix religieuse avec l'arrêt des persécutions contre les protestants. L'amélioration sera lente mais réelle, pourtant en 1717, pour être reçu pilote Pierre Durand a encore besoin d'un certificat du curé de Médis attestant qu'il connaît les mystères de la religion catholique. A Royan, les querelles se règlent parfois brutalement, c'est ainsi que la marchande Marie Favier, en conflit avec une autre Royannaise, est attaquée par une multitude d'enfants qui lui donnent des coups de bâton et lui jettent des pierres tout le long de la conche, elle ne doit son salut qu'à l'intervention d'autres femmes(1). La justice est dure, le maître de barque royannais Hélie Renaud est condamné pour "réparation d'injures" en 1719 à 200 livres d'amende et au carcan(2). D'après l'abbé de Longuerue, Royan est connue pour la pêche des sardines, il cite aussi curieusement "un port assez célèbre nommé le Seudre" environné de bourgades dont les habitants sont bons hommes de mer et vont tous les ans à la pêche à la "mouruë"(3). Pour François-Savinien d'alquié Royan est une ville "ruinée par MM. de la Religion" dont il ne reste qu'un faubourg et un petit port commode où les gens "du commun" sont des "ventres rouges, c'est-à-dire fainéans mais assez spirituels et courageux"(4). Royan a trois soeurs de la Charité et le couvent des Récollets compte en 1723 six prêtres, deux frères, un valet pour le jardin et un petit garçon pour servir la messe, ses finances sont en difficulté à cause de la "queste très modique par le peu de catholiques qu'il y a" et de l'obligation de "recevoir toutes sortes de passants estant sur un port de mer accablé d'estrangers"(5). Un corsaire biscayen, espagnol, mouille en 1718 devant Royan et empêche les navires
119 marchands anglais chargés de vin de quitter la Gironde où les naufrages sont nombreux, 198 ont lieu sur la côte royannaise entre 1691 et 1726(6). La portée du phare de Cordouan a été réduite de 2 lieues car il a perdu 22 pieds quand la lanterne calcinée par le feu à l'huile doit être démolie en 1717(7). Provisoirement on réinstalle un feu de bois car les archives signalent que Cordouan consomme en hiver 31 bûches "moitié gros bois racine de pin qui se tire de la forêt d'arvert et moitié bois de chesne" par nuit. Il devrait être allumé une heure après le coucher du soleil jusqu'à une heure avant son lever, sinon les gardiens ont une amende de 15 livres levée en faveur des pauvres de l'hôpital de Royan(8). En réalité le feu ne dure pas plus de deux ou trois heures, aussi deux navires sont perdus en janvier, d'autres en décembre de 1718, puis trois sont perdus et plusieurs endommagés en décembre de l'année suivante(9). En 1721 Cordouan est détaché de la généralité de La Rochelle pour être rattaché à Bordeaux et les pilotes de Royan et de Saint-Palais écrivent à Louis XV, le 20 août 1724, demandant de surélever cette tour(10). Le roi accepte et charge l'ingénieur de Bitry de remplacer, en 1727, les murs calcinés par une lanterne en fer qui a "des fenestres garnies de tous costez de bons barreaux de fer faits avec telle industrie qu'il y a des resnures pour placer du gros verre fort épais afin que le vent n'éteigne le feu"(11). Celui-ci est fourni par un réchaud brûlant 225 livres de charbon de terre par nuit et qui dure la nuit entière. En outre le dôme couvert de plomb est blanchi avec trois couches de blanc de céruse afin d'être plus visible et la tour reçoit les bustes de Louis XIV et de Louis XV, œuvres du sculpteur parisien Lemoine(12). Cordouan est habité par quatre gardiens et un aumônier irlandais qui est congédié et remplacé par un Récollet de Royan payé 200 livres par an(13). En 1726 les pilotes interrogés par l'ingénieur du roi assurent que Royan est le seul endroit en Gironde pour établir "un port asseuré contre le gros temps, et plus commode pour l'entrée et sortie de la rivière"(14). Bitry étudie ce port qui ferait de Royan une ville considérable. Il envisage de modifier une ancienne jetée déjà commencée d'environ 30 toises, pour l'amener à 70 toises. Cela mettrait le tiers de la conche de Royan à l'abri et, selon les marins, aménerait en moins d'un an trois à quatre pieds de vase molle qui servirait "de lit aux batimens"(15). Malheureusement ce projet n'est pas réalisé. Il est aussi question de faire du clocher de Royan "en partie ruiné" un amer pour les marins, mais ce projet non plus n'est pas réalisé, tous les fonds disponibles ayant été dépensés par une prime de 2.000 livres accordée à Bitry pour Cordouan(16). Des plaintes sont portées en 1728 contre les bateliers et matelots de Royan qui, sur le trajet de Bordeaux, "ont la liberté d'exiger tout ce qu'ils jugent à propos" et profitent de l'aubaine, d'ailleurs le cabotage entre Royan et Bordeaux est assez important pour que cette dernière ville ait un "quai de Royan"(17). Les temps sont durs, les marins de Mornac veulent améliorer leur pêche en utilisant des filets défendus, mais ils sont finalement détruits(18). Les pilotes de Saint-Palais, les plus anciens à l'embouchure de la Gironde, tentent vainement de faire interdire leurs collègues de Saint-Georges afin d'avoir l'exclusivité; ces pilotes de Saint- Georges n'ont été créés qu'en 1727, peut-être pour remplacer ceux de Royan dont le port se détériore chaque jour davantage et dont il n'est plus question pour des décennies(19). Suivant un état de l'amirauté de Brouage, 28 "barques et vaisseaux" sont basés à Royan siège d'une capitainerie garde-côtes, 45 à La Tremblade, 12 à Chaillevette, 9 à Mornac et 3 à Avallon. Plusieurs de ces vaisseaux font la traite des nègres, ce commerce triangulaire peu
120 moral, mais très rentable, des navires négriers faisant le transport des pacotilles et de l'alcool de France vers la Guinée, puis d'esclaves noirs vers Saint-Domingue, enfin de sucre vers la France. L'amirauté de Brouage précise que, sur les navires négriers, il faut un engagé pour vingt nègres et que ces engagés partent pour trois ans et doivent avoir plus de 18 ans, et qu'en Amérique trois négrillons valent deux nègres et deux négresses valent un nègre(20). Certains de nos marins sont eux-mêmes en esclavage chez les Barbaresques, un missionnaire rachète des esclaves en 1727 au sultan du Maroc qui a besoin d'argent, dont Jacques Guellon, 45 ans de Meschers esclave depuis onze ans, et Pierre Gayon, 42 ans de La Tremblade, esclave depuis neuf ans(21). "Les bandits qui courrent sur la coste qu'on appelle les Vagans", les naufrageurs, ont attaqué à la hache la récente pyramide de bois de la Coubre, mais elle est rapidement réparée(22). Aussi appelés "roussiniers", ces naufrageurs sont de fieffés brigands qui continuent une horrible tradition vieille de plusieurs siècles, en allumant durant les nuits de tempête des feux trompeurs afin d'amener le navire en perdition à s'échouer. Certains de ces feux sont mis sur un âne qui marche le long des dunes pour donner l'illusion d'un autre navire voguant sur la mer, on appelle cela "faire tanguer l'âne". Une fois échoué, le navire est férocement pillé, bien que les épaves appartiennent en principe au roi depuis 1654, les naufragés ainsi que les témoins gênants, comme les gardes-côtes, sont massacrés sans aucune pitié par les brigands qui habitent le désert de la côte, mais aussi par les habitants de Chaillevette où se trouve le donjon du sieur de Beauregard de sinistre mémoire, ou par ceux des Mathes que les Royannais ont baptisé "Gabons", du vieux verbe français "gaber" qui signifie tromper, ou encore tout simplement "Pirates"(23). Ces brigands sont pendus quand ils sont pris, mais d'autres les remplacent aussitôt. L'intendant s'inquiète du libertinage en Arvert car les nouveaux convertis "s'adouent", c'est-à-dire qu'ils vivent ensemble sans se marier à l'église, et leurs enfants sont "nés dans le vice, bastards et comme tels privés des successions, ce qui cause un grand désordre"(24). Les maîtres d'école sont chargés de dresser la liste des enfants qui ne vont ni à l'école, ni à l'église; ils sont 24 en Arvert et 39 à La Tremblade, où en outre 37 ne vont qu'à l'école et seulement 14 fréquentent l'église, et il est question d'envoyer en justice les parents des enfants qui ne suivent pas l'instruction catholique; ces écoles de la Contre-Réforme, instruments d'oppression et de propagande du pouvoir catholique payées par un supplément de taille, sont rejetées par les protestants. Les maîtres d'école, les régents, sont imposés par les autorités et sont souvent des miséreux, bossus, boiteux ou difformes, inaptes aux travaux ordinaires(25). Des "prédicants" protestants, parfois illettrés, tiennent, au péril de leur vie, des assemblées secrètes dans les bois et les dunes, comme Guillot qui prêche aux environs de Royan, d'arvert et de Mornac(26). Pour empêcher tout exode, l'intendant envoie La Rigaudière à La Tremblade et du Rivau à Royan en décembre 1726, chacun accompagné d'un sergent et de cinq à six soldats. Les instructions demandent une grande modération, les suspects trouvés sans permission sur les bateaux doivent être retirés sans violence. En avril 1727 l'intendant décide que la présence de Rivau et de ses soldats n'est plus nécessaire à Royan, par contre La Rigaudière reste à La Tremblade jusqu'en septembre. En octobre du Rivau envoie une troupe d'une centaine d'hommes contre une assemblée secrète à Didonne, troupe si bruyante
121 qu'il ne trouve rien, il veut quand même arrêter ceux qui ont assisté à ces prêches, mais l'intendant refuse ce zèle intempestif car il craint que cette violence aux approches de la récolte des grains ne fasse encore partir à l'étranger des "matelots nécessaires à l'état"(27). Le duché s'éteint quand le duc de Royan meurt en 1733. LE MARQUISAT DE ROYAN REVIENT AUX MONTMORENCTY-LUXEMBOURG (1737-1769). Le titre de marquis retourne au fils de Marie-Anne de La Trémoille, Charles-Paul Sigismond de Montmorency-Luxembourg duc de Boutteville, titre également porté de son vivant par son fils Charles-Anne Sigismond duc d'olonne et par son petit-fils Anne-Charles Sigismond qui est connu dès sa naissance en 1737 comme le marquis de Royan. Aucun ne réside en Saintonge. Le duc de Boutteville connait de graves difficultés financières et son fils, le duc d'olonne, joueur et débauché, achéve la ruine de sa famille au point de tenter de se procurer de l'argent par des méthodes qui "eussent envoyé un moindre seigneur ramer sur les galères de Sa Majesté"(29). Si les Montmorency-Luxembourg dissipent leur fortune, d'autres nobles sont ruinés par les censives réglées en liquide qui ne représentent plus qu'une misère à cause de l'inflation et sont de véritables "rentes fossiles"; c'est ainsi que le seigneur de La Roche touche seulement 0,1 % du produit de la récolte. Quelques nobles tentent de remédier à cet état de choses en faisant des dénombrements de seigneurie plus rigoureux comme Michel-César Boscal de Réal à Mornac, seigneurie achetée par cette famille en 1659(30). Les redevances de l'abbaye de Vaux ne permettent à l'abbé "que de quoi avoir du luminaire dans l'église" dont seul le tiers subsiste et sert d'église paroissiale(31). Saint-Pierre de Médis ne vaut pas mieux, il ne reste que les murs, la porte d'entrée est pourrie, le sol n'est pas pavé, trois vitraux sur quatre sont cassés et les livres saints sont déchirés, pourtant la dîme de Médis est affermée à un Royannais Paul Robin(32). Quant à Saint-Nicolas de Royan, il reçoit en 1735 un curieux prieur Pierre Lavaud qui, trois ans plus tard, abandonne la religion catholique et doit être remplacé pour "apostazie"(33). Une effroyable tempête, cette même année, détruit complètement la jetée et laisse les bateaux royannais à la merci des vagues, c'est sans doute cette tempête qui renverse les deux vieilles tours conservées comme amers. Le port n'offre plus aucun "azile" à ses 40 bâtiments de 30 à 70 tonneaux qui sont peu à peu détruits, le dernier l'est en 1744, ou bien les navires se réfugient en Seudre avec ceux des pilotes. Il ne reste plus à Royan que quelques petites chaloupes qu'il faut fixer solidement par quatre amarres(34). Le 5 juillet 1736, la famille Morineau, ruinée, vend pour 50.000 livres le château et la seigneurie de Mons à Pierre Vallet de Salignac, fils cadet du riche négociant en sel de Marennes Pierre Vallet, et à sa belle-mère Marianne de Saint-Légier qui lui fournit 30.000 livres, dues sur la dot de sa fille décédée prématurément. C'est elle qui assure le financement et le contrôle des travaux de reconstruction du château de Mons qui durent de 1737 à 1745. Ce nouveau château utilisé comme maison de campagne, avec sa magnifique vue sur la baie, est construit par Pierre Caumont, il se compose d'un corps de logis couvert de tuiles et flanqué de deux pavillons avec combles couverts d'ardoises, et a conservé jusqu'à nos jours
122 son aspect aristocratique d'origine(35). Alors qu'un propriétaire de 100 livres de marais salants est déjà un gros propriétaire, Pierre Vallet et ses fils sont propriétaires de 300 livres et en ont 700 de plus en ferme, cela leur donne de 5 à 6.000 muids de sel, un vingtième de la production totale annuelle, qu'ils peuvent conserver des années afin de mieux spéculer. Les sauniers se plaignent d'être "de misérables mercenaires rançonnés par ces pestes publiques", les Vallet, qui se contentent de répondre que s'ils ne sont pas contents "ils peuvent laisser les marais". Après la mort de Pierre Vallet en mai 1740, les affaires sont reprises par ses fils, l'aîné Nicolas Vallet de la Touche seigneur de Marennes, et le cadet "Pierre Vallet de Sallignac, écuyer, conseiller du roi, contrôleur ordinaire des guerres", puis "président en l'élection de Marennes", charge qu'il transmettra à son propre fils(36). Selon Dyvorne, une terrible épidémie de picote, ou variole, frappe durement Royan et provoque, durant les cinq premiers mois de 1741, la mort de 52 enfants de moins de huit ans, au moment où un voyageur, Louis de Chancel de Lagrange, signale que les pauvres royannais vivent seulement de moules, d'huîtres, de crabes et autres coquillages. Il mentionne des montagnes de sable près du bourg d'arvert "aussi farci de religionnaires que La Tremblade" qui, comme Royan, comprend "des plus opiniastres calvinistes, aussi quelques compagnies franches de la marine y sont toujours en quartier"(37). Le bourg est si loin de la civilisation qu'il sert de lieu de relégation durant plusieurs mois à une Bordelaise interdite de séjour pour des jeux de hasard(38). Charles-Paul-Sigismond de Montmorency-Luxembourg, marquis de Royan, confie pour neuf ans en 1744 la ferme de sa seigneurie à David de Longueville, capitaine des dragons, bourgeois demeurant au faubourg, à raison de 2.400 livres par an payables moitié à la Saint- Jean, moitié à Noël. Longueville percevra tous les "fruits, profits, revenus et émolumens, cens, dhomaines, rentes de grains, vignes, coutumes de sel, droits de pêche, corvées, amendes, four banaux, bois, bails de coutume, feux et fouages, droits de noffrages et bris de mer et rentes sur les bancs et estales des marchans sous la halle que ledit seigneur duc fait bastir actuellement audit Royan"(39). Ces halles, un simple toit reposant sur des piliers en pierre comme celles qui existent encore à Mornac, vont être pour un siècle le centre de la vie locale. Le marquis de Royan vend la même année au capitaine des dragons Christophe Barthomé seigneur de Thopignac [Taupignac], à "redevance d'une épée évaluée trois livres tournois" avec "droits de chasse, de moyenne et basse justice", le terrain "inculte et couvert de sable appelé vulgairement Ansoine" et situé entre le "rocher du Fourneau" à l'orient, les "forest et sables d'arvert" à l'occident, la mer "au midy" et la "forest de Royan" au septentrion(40). Le duc de Richelieu afferme, à son tour, sa seigneurie d'arvert à un bourgeois parisien, ce qui lèse les habitants dans leurs droits anciens de ramassage du bois. Ils font opposition, ce qui "indispose le Duc", mais après transaction ils retrouvent leurs droits de bois en forêt d'arvert et de "brandes, agions et genêts dans le Buisson de Bourrefart", moyennant l'ancienne redevance de 15 sols par an et par feu, payable moitié à la Saint-Jean Baptiste et moitié à Noël. Selon cette transaction, chaque année la partie de la forêt âgée de 40 ans subit une coupe; les habitants ont le droit de ramasser les racines, les copeaux et les branches et le terrain dépouillé est ensuite semé en graines de pin, ce qui n'empêche pas la
123 désertification de la presqu'île de s'accentuer, les hameaux de Maine-Gaudin et Hamel- Gueriot près de Saint-Palais disparaissent à leur tour(41). Les corsaires de Guernesey infestent nos côtes. Le patron d'une barque saisie par les corsaires accuse les habitants de Saint-Palais de les favoriser; pourtant la côte girondine est fortement gardée par les milices gardes-côtes avec un bataillon de grenadiers, des canonniers et des dragons à Royan, un bataillon de grenadiers et un escadron de dragons à Arvert, et d'autres troupes à Saint-Sulpice, Saujon et Cozes(42). En outre des fortifications sont construites en 1747 à Royan sur l'emplacement de l'ancienne ville fortifiée et à GuéLamy, ou Guette l'amy, au Chay qui doit sans doute son nom aux femmes qui viennent y guetter le retour d'un marin parti en mer(43). Pierre Vallet de Salignac, remarié à Marie-Jeanne Volland, soeur de l'amie de Diderot et fille du directeur général des gabelles, assure, avec son frère Nicolas, la provision des gabelles par des marchés passés à bas prix pour six ans avec les fermiers généraux qui en 1751, après trente ans de coopération, se déclarent entièrement satisfaits de ces accords, alors que leurs ennemis font libelle sur libelle les accusant de ruiner la Saintonge et la marine française(44). Quand Pierre Vallet de Salignac fournit un dénombrement de sa seigneurie de Mons à son seigneur le curé prieur de Saint-Pierre de Royan en janvier 1752, un litige s'éléve sur la superficie de la seigneurie de Mons et une transaction est signée en mars quand le prieur accorde la noblesse sur la surface demandée. En échange Pierre Vallet de Salignac fait construire "une porte dans le mur de l'église qui ouvre du costé de loriant" dudit prieuré(45). Des prédicantes calvinistes tiennent des assemblées secrètes aux environs de Royan et l'intendant les fait arrêter et enfermer "comme insensées à l'hôpital de La Rochelle". Cela n'empêche pas 4.000 protestants d'écouter un prêche du sieur Dubesse, habillé d'une espèce de soutane noire avec un rabat et un bonnet carré, à Coulonge au soir du 11 juillet 1750, et sans aucune arrestation(46). Un nouveau pasteur, Louis Gibert, relance le protestantisme saintongeais à partir de 1752. Intolérant, il refuse tout mariage par les prêtres et toute participation à la vie catholique et sa prédication n'est pas tempérée par la charité car il menace ses ouailles d'être "damnés à tous les diables" s'ils ne lui obéissent pas. Bien que pendu en effigie, il tient de grandes "réunions du désert" à Paterre et dans la forêt de la Coubre(47). Le curé de Royan note sur ses registres, le 15 décembre 1753, "Monsieur l'intendant ayant envoyé plusieurs brigades de la maréchaussée pour obliger les protestants, réfractaires aux ordres du Roi, de porter leurs enfants à l'eglise Paroissiale pour y être baptisés, la maréchaussée nous a fait porter cinq enfants que nous avons baptisés sous condition, ayant lieu de soupçonner qu'ils avoient déjà été baptisés par le prétendu pasteur qui court le pays". D'après Paul Dyvorne, trois ont déjà été baptisés par Gibert, en octobre, dans une maison d'oraison de la rue des Loges, appartenant à Daniel Renaud, capitaine de navire et il ajoute que, cette même année a vu, pour les deux religions 80 naissances, 35 mariages et 50 décès(48). Une réunion du désert à Plordonnier le 22 juin 1755 finit tragiquement, un mousquetaire tue trois religionnaires et de leur côté les protestants tuent un archer et en blessent huit. Malgré les arrestations Gibert n'en continue pas moins ses activités et construit des granges ou maisons d'oraison avec des bancs et une chaire; la première est à Breuillet, brûlée à peine
124 construite, puis d'autres suivent à Avallon, Royan et Chaillevette(49). En signe de reconnaissance, les protestants utilisent alors des méreaux, ou jetons donnés en échange des contributions, ceux de La Tremblade et de Royan portent d'un côté un berger qui sonne de la trompe, de l'autre une bible surmontée d'un soleil avec le verset 32 du chapitre XII de l'évangile de Saint-Luc, "Ne crains point petit troupeau" qui est mentionné par erreur comme le verset 82(50). Les autorités ordonnent la destruction des temples de Mornac, Paterre et Avallon, mais celui d'avallon n'est pas détruit car il a survécu jusqu'à nos jours. Les cavaliers de la maréchaussée de Saujon font de nombreuses recherches de suspects protestants dans la région de Mornac et lors d'une de ces opérations un soldat transperce de sa lance, sans s'en apercevoir, une bible qui est ensuite conservée comme relique. Les dragons sont aussi envoyés chez les réformés de Royan(51). Face à ces difficultés Louis Gibert, découragé, finit par émigrer. Le Conseil d'etat interdit au port de "Royan sur l'océan" de commercer avec les états de Barbarie et du Maroc, et ordonne aux officiers de la baronnie d'arvert de ne plus s'immiscer dans les procédures d'échouement, de bris et de naufrages. Il interdit aussi au duc de Boutteville de percevoir, comme il en avait l'habitude, un plat de poisson frais et treize sardines, pendant la saison, sur chaque pêcheur qui rentre au port de Royan(52). L'ACTIVITÉ MARITIME AU SIÈCLE DES LUMIÈRES. Les navires de Royan, en dehors du transport des passagers avec Bordeaux, font du cabotage de sel en amont et de grain en aval et la "pesche du poisson frais et des moules" avec des petites embarcations non pontées, les plus petites filadières de 10 tonneaux servies par deux hommes et un garçon vont chercher le grain dans les canaux des marais(53). Louis Papy rappelle que les Saintongeais n'ont jamais été de grands marins au long cours car ils gardent leur vocation paysanne et retournent à la terre sur leurs vieux jours(54). Par contre, en Gironde, ce sont d'étonnants marins côtiers imbattables dans leur spécialité, et à Chaillevette et à La Tremblade on construit des navires de 400 à 500 tonneaux utilisés pour la pêche à la morue à Terre-Neuve, pour la traite des esclaves de la côte de Guinée et le commerce de Saint-Domingue, navires armés à La Rochelle, seule place de commerce ayant ce privilège. Le port de la Jument à Arvert, situé sur un chenal, expédie chaque année, avant 1756, plusieurs navires de 150 tonneaux pour le grand banc de Terre- Neuve(55). La pêche est l'activité principale des marins, surtout celle de la sardine. Pour le dictionnaire d'expilly Royan est un "petit port très commode pour les barques qui entrent dans la rivière, ou qui en sortent. Les pêcheurs y apportent une grande quantité de sardines qui sont, à juste titre, fort estimées pour leur grosseur et leur bonté"(56). Pour celui de Bruzen de la Martinière Royan a "un acul qui sert de port pour les barques, les seuls bâtiments qui peuvent approcher à cause des sables", elle est "célèbre pour ses sardines qui sont en plus grande abondance et plus grasses depuis la fin de mars jusqu'à la fin juin"(57). Le "Traité général des Pesches et histoire des Poissons qu'elles fournissent" de Duhamel du Monceau décrit cette pêche réalisée avec de plus en plus de difficultés, car leurs bancs
125 sont devenus rares en Gironde. Cette pêche a lieu de juin à septembre avec de petits bateaux et des manets, filets utilisés verticalement, longs de 45 brasses et hauts de 8 pieds, dont les mailles centrales sont plus petites que celles des bords. Il décrit la pêche pratiquée à Royan en des termes étonnants: "Ce qu'il y a de remarquable c'est qu'auparavant de commencer cette pêche, les Pêcheurs vont avec leurs chaloupes au large et mettent souvent l'oreille sur le bord pour écouter s'ils n'entendent point le chant des Maigres, gros poisson qui fait dans l'eau un bruit, qu'on dit sortir de leur anus, et qui imite celui des tourterelles. Les Pêcheurs prétendent que ces poissons annoncent l'arrivée des sardines en rivière: probablement les Maigres les chassent pour s'en nourrir et les Sardines fuyent devant l'ennemi qui les poursuit; dans cette circonstance, les Pêcheurs comptent faire une bonne pêche de Sardines". Les Royannais pêchent aussi les raies, les plies, les rougets, les grondins, les petites soles, les congres, l'esturgeon à Talmont, mais s'il y a quantité de marsouins en mer "on n'y en prend point" et sur le bord de la mer "les petoncles, sourdeaux, palourdes, dailles, jambles, moules ou moucles, petites huîtres" pêchées sur le bord de mer qui sont portées "dans les fosses qu'on nomme claires pour qu'elles engraissent et qu'elles reviennent vertes et pour être bonnes, on les y laisse jusqu'à trois ans", et surtout on pêche en abondance les "salicots ou chevrettes [crevettes roses]" grâce à des "caudrettes ou chaudrettes" que les locaux appellent "trouillottes ou trubles [trulles]". Duhamel du Monceau signale que les pêcheurs, plus souvent des pêcheuses, de Saint-Palais ont construit de singuliers échafaudages pour les pêcher à marée haute. Ces échafaudages assez précaires et dangereux, ancêtres de nos carrelets, sont construits avec des petits sapins et forment des cages éloignées de la côte d'environ dix brasses à la pleine mer d'où les pêcheuses descendent des trulles pour attraper les crevettes(58). On pêche aussi la sèche en Seudre dont on fait de la colle, les anguilles et les pibales dans les rivaux des marais, et dans le marais de Chenaumoine, des cistudes, petites tortues d'eau douce noirâtres avec des taches ou des stries jaunes, des pieds palmés, une queue qui leur font donner le nom de "rats d'eau" et qui font les délices des tables des grands seigneurs. Pour les attraper rien de plus simple: "Prenez sel amoniac, une once; oignon, le poids d'un écu; graisse de veau, le poids de six écus; faites pillules en forme de féves et les baillez aux tortues, et d'elles-mêmes viendront à l'odeur et se prendront"(59). Si les riverains sont autorisés par le roi à cueillir, ramasser et arracher le varech de nos côtes, l'activité côtière principale concerne les huîtres en Seudre. Selon la tradition, c'est Blanche de La Chapelaine qui, vers 1730, commence à envoyer des écaillères, en costume local, vendre et ouvrir des huîtres vertes aux portes des hôtelleries dans les villes proches de la région, faisant ainsi une grande publicité à l'huître plate de Marennes, la seule à posséder cette belle couleur verte. Les écaillères de la Seudre se partagent la France, celles de Marennes vont au nord et celles d'arvert au sud. Blanche est la descendante d'un compagnon d'agrippa d'aubigné, Charles de La Chapeleine blessé à la prise d'arvert en 1570, puis anobli par Henri IV, qui installe ses claires en empiétant sur la rive gauche de la Seudre, laquelle compte, entre Mus-de-Loup et L'Eguille, plus de 7.000 claires(60). Les anciennes, qui ont remplacé les marais salants, ont conservé la même forme régulière rectangulaire, mais les nouvelles, gagnées sur la Seudre, ressemblent à des alvéoles.
126 D'après une carte de 1719, le canal de la Casse, près de La Tremblade, est "en danger de se perdre à cause que plusieurs sauniers y ont fait des clairs ou réservoirs pour faire des huitres vertes"(61). Les marins déposent alors plainte pour gêne à la navigation à la suite de laquelle une étude en 1739 du ministre de la marine Maurepas conclut que les claires déversent dans la Seudre "quantités de boues et de vases, de pierres de délestage et des immondices qui contribuent à la perte et au comblement de la Seudre" dont le lit en vingt ans a été comblé de six pieds. Sur ordre du roi, l'amirauté de Marennes fait apposer sur les "posteaux publicq et pilliers des halles" d'arvert, La Tremblade et Mornac une interdiction de construire de nouvelles claires avec ordre de combler toutes les nouvelles claires. Cet ordre n'est guère obéi puisqu'un arrêt du Conseil d'etat ordonne à nouveau en 1762, heureusement sans plus de succès, la démolition de "toutes les claires et réservoirs construits sur les bords de la rivière de Seudre"(62). L'autre activité importante en Gironde est le pilotage. Les pilotes utilisent des petites chaloupes qui ne sont pas pontées mais les autorités maritimes demandent qu'elles soient remplacées par des chaloupes pontées afin de tenir la lame durant l'hiver et le mauvais temps. Depuis les temps immémoriaux, les pilotes de Blaye et de Pauillac peuvent aller jusqu'à Bordeaux alors que ceux de Saintonge ne le peuvent pas, mais tous sont en libre concurrence pour l'embouchure du fleuve. Les pilotes de Saint-Palais et de Saint-Georges présentent une requête à l'amirauté de Marennes pour que seuls les brevetés de cette amirauté puissent piloter dans les ports, rades et pertuis qui en dépendent à l'embouchure. L'amirauté de Marennes soutient, bien entendu, les Saintongeais et cette décision est ratifiée par le parlement de Bordeaux puis, devant l'hostilité des pilotes de Bordeaux et du Médoc, le parlement se déjuge et retire cette exclusivité. L'hostilité demeure et les amabilités pleuvent. Les Saintongeais traitent les pilotes de Blaye et de Pauillac de "bateliers d'eau douce", ceuxci ripostent en déclarant que les pilotes saintongeais "ne sont marins ni d'eau douce, ni d'eau salée car leur principale occupation est le labourage des terres"! La querelle continue, les pilotes de Saintonge sont accusés de paresse "parce que protestants". Un capitaine, venant d'amérique, se plaint d'être resté trois jours à l'entrée de la rivière pavillon en berne et d'avoir tiré onze coups de canon avant d'obtenir enfin un pilote de Saint-Palais(63). L'ordonnance royale du 24 octobre 1743 est octroyée à cause des pilotes qui négligent leurs devoirs et sont responsables de nombreux naufrages. Ces plaintes concernent le plus souvent "ceux des paroisses de Saint-Palais et de Saint-Georges de Didonne" du ressort de l'amirauté de Marennes. Ce règlement, plus complet que celui de 1681, fixe le nombre des pilotes, 90 en tout, 16 pour chaque port de Bordeaux, Blaye, Pauillac, Saint-Georges et Saint- Palais. Il n'est fait aucune mention du port de Royan, sans doute abandonné depuis que son port s'est détérioré au début du siècle. Les pilotes bordelais continuent "comme par le passé, à piloter les navires de Bordeaux jusqu'à Blaye et ceux des quatre autres paroisses les conduiront dans toute l'étendue de la Rivière de Gironde, soit pour l'entrée, soit pour la sortie". Pour être pilote il faut avoir au moins 25 ans, justifier de deux campagnes de trois mois chacune sur les vaisseaux du roi, avoir navigué pendant deux ans sur les bâtiments marchands et passé un examen devant deux anciens lamaneurs d'une paroisse différente et en présence des officiers de l'amirauté. Dans chaque port, les pilotes font partie d'une
127 communauté, sous la direction d'un syndic "nommé par les pilotes lamaneurs, approuvé par par les officiers de l'amirauté du siège". Chaque communauté doit fournir une chaloupe pouvant contenir dix hommes au moins, et la "tenir en tout tems à flot garnie d'ancres et d'avirons", à peine de 60 livres d'amende. Les pilotes ne doivent pas s'écarter du lieu de leur demeure sans cause grave reconnue par l'amirauté et ne peuvent faire bourse commune, de plus ils sont tenus de prendre le premier navire qui se présente et doivent constamment vérifier les fonds. Si aucun pilote ne se présente quand un navire le demande, les pilotes du port concerné doivent payer solidairement 50 livres d'amende. Si un lamaneur échoue un navire il doit être arrêté par le maître du vaisseau échoué et est condamné à un mois de prison au moins même "si ce n'est pas son fait"; s'il l'échoue par ignorance, il est "condamné au fouet et privé à jamais de pilotage"; s'il le fait "malicieusement", il est puni "du dernier supplice et son corps attaché à un mât planté près du lieu du naufrage. En cas de naufrage, les pilotes des deux communautés les plus proches doivent envoyer une chaloupe de dix hommes au moins, sous peine de 200 livres d'amende, ils peuvent réquisitionner les navires et les gens de mer nécessaires, et doivent informer les milices gardes côtes et "s'oposer autant qu'il leur sera possible de le faire au pillage des Effets et Marchandises". Enfin ce réglement habilite les officiers de l'amirauté de Bordeaux à recevoir toutes les plaintes "même contre ceux de Saint-Palais et de Saint-Georges de Didonne même si le délit est commis dans l'amirauté de Marennes". Le ministre de la Marine Machault, très dur, exige que l'amirauté de Bordeaux punisse avec rigueur les pilotes en faute, comme Gaudit de Saint-Georges, responsable de la perte d'une frégate, qui est destitué et fouetté sur ses épaules nues, quatre fois à des endroits différents de Bordeaux, de six coups de verge(64). Pour demander un pilote un navire met son pavillon en berne ou tire des coups de canon. Les pilotes sont en mer de dix à quinze jours d'affilée et touchent 12 livres par jour, leurs enfants ont priorité pour remplacer ceux qui sont trop âgés ou infirmes. Plusieurs mémoires confirment que les pilotes du bas de la rivière "sont dans l'usage de laisser passer les dangers, les trois quarts du tems, aux Bâtimens avant d'aller à bord, même de les quitter dans leurs sorties sans les avoir mis totalement dehors" et ne vont pas "au devant des vaisseaux, car la pesche et la culture de leurs terres leur fait négliger le service public et ils n'interviennent que pour exiger impunément leurs droits" et pour mieux les surveiller il est proposé de baser les pilotes de Saint-Palais à Royan, où il convient de "recharger de pierres une ancienne jettée au lieu appelé le Pot au Beurre", les pilotes de Saint-Palais(65). L'emplacement du port de Saint-Palais n'est pas évident. Situé au milieu des rochers d'après deux plans d'époque et un texte précisant qu'il abrite trois chaloupes dans une rade "étroite, peu profonde, hérissée de rochers", on peut le localiser dans l'anfractuosité des rochers du petit pont de la corniche des Pierrières, au pied du bureau des fermes, qui portait encore au début du XX siècle le nom de "banche des pilotes"(66). Il n'est pas impossible que ce port dans les rochers soit une sorte d'avant-port, d'autres chaloupes utilisant la grève comme un port d'échouage, d'où la tradition le situant dans le marais du Rha, au centre de la ville actuelle, qui communiquait alors avec la mer. Magin, ingénieur ordinaire de la marine, étudie en 1756 un môle avec le rétablissement d'une digue où était l'ancienne "dans le temps que Royan étoit considérable" pour remplacer
128 celle faite par les particuliers et qui est "actuellement détruite"(67). Mais rien n'est fait et ce sont les marins royannais qui réédifient, aux alentours de 1760, "par zèle à leurs frais" un petit môle en "moëllons encaissés entre des pieux et piquets posés dans des trous pratiqués dans le rocher à coups de pic et fixés avec des pierres faisant coin"(68). Ce môle a sans doute été construit sur l'ancienne digue car les ingénieurs Kearney et Touffaire examinent en 1768 une jetée de 80 toises "établie depuis près d'un siècle" et qui "n'a jamais été achevée", tandis que de son côté le cartographe Lafitte mentionne une digue de 60 toises seulement, faite "de deux files de pilots de pins jointes par des traversins, l'entredeux est rempli de pierres et cailloux"(69). Dix ans plus tard Touffaire constate que les chaloupes de pilotage du port ne sont protégées que par "une mauvaise palissade de bois debout que le premier vent un peu fou renversera" et envisage d'y faire un nouveau port après le corps de garde à la "pointe Saint-Nicolas", mais ce projet n'est pas retenu, pourtant Royan avec sa petite digue devient siège d'amirauté et les seize pilotes de Saint-Palais y sont effectivement transférés en 1772(70). Un autre ingénieur Payen de Noyan, dans un long mémoire, trouve toujours inique cette situation qui empêche nos pilotes de travailler sur l'ensemble de la Gironde et d'autant plus injuste que les seize pilotes de Royan sont "d'une intrépidité digne des plus grands éloges et ne connoissent aucun obstacle à leur zèle" et font un travail très dangereux car en 18 ans ils ont perdu 38 chaloupes et 80 hommes et après un naufrage, seule la charité fait vivre les veuves et les orphelins. Heureusement que conscients de l'importance du pilotage les commerçants bordelais leur viennent en aide(71). LE MARÉCHAL JEAN-CHARLES DE SENECTÈRE DEVIENT MARQUIS DE ROYAN. (1756-1771) Le maréchal Jean-Charles marquis de Senectère, dont le nom s'écrit aussi Saint-Nectaire, Senneterre, Sennetère ou encore Sennectère, est né en 1685 à Semussac. Homme de guerre, il revient en Saintonge comme gouverneur en 1755 et se préoccupe en priorité des problèmes militaires dès le début de la Guerre de Sept Ans contre les Anglais. Des batteries existent déjà tout le long de la côte à "Gardour, Bonne Ance, Terre Nègre, Platin, Pierrière, Saint-Pallais, Nauffant [Nauzan], Pointillac [Pontaillac], Roussas [le Pigeonnier], Nigonnier [le Chay]", Royan qui est une forteresse avec une redoute "en barbette" de quatre canons de 24 en bord de mer, une de deux canons de 18, un corps de garde et seize affûts, "Vallier, Saint-Georges, Susac, Meché et Talmon" et les archives militaires mentionnent plusieurs fois un "régiment de Royan". Senectère fait construire en 1757 une batterie "en barbette" de huit canons à Guette-Lamy au Chay, et écrit de Royan le 8 août sur le délabrement de cette capitainerie où les six compagnies de milices garde-côtes composées d'une "assez belle jeunesse en fort bon état de servir" doivent faire des exercices le dimanche, mais elles ne défilent "point de pas cadencé" car les "tambours battent mal". Ces milices ont des officiers mariés qui sont remplacés par des célibataires, certains d'entre eux et leurs soldats sont des "Religionnaires qui ne veulent pas désobéir au Roi". Senectère "n'appréhende pas une révolte" mais pour être sûr de leur "contenance vis-a-vis de l'ennemy", les 12.000 Anglais qui semblent menacer nos côtes. Il veut que les garde-côtes protestants
129 soient "meslés avec des troupes réglées" et leur fait distribuer les "fusils, bayonnettes et gibernes qui estoient encore dans le magazin de Royan" et fait remplacer trois canons de 24 mis au rebut dans les batteries de la place, bien que sur ordre de la Cour, il ait fait occuper leurs temples par ses troupes, ce qui a "bien provoqué chez eux quelques sensations"(72). Senectère, fait maréchal de France, a déjà racheté à la branche aînée des La Trémoille la baronnie de Didonne en 1713 pour la somme de 110.000 livres, et il a fait de l'ancien logis familial de La Touche où il est né, devenu le château de Didonne, sa résidence secondaire. Grâce à la vente de ses "domaines, habitations, meubles, nègres, bestiaux et ustenciles" d'un marquisat en Guadeloupe, il reconstruit le château entre 1754 et 1756 pour 25.000 livres. Senectère achéte aussi la baronnie d'arvert pour 450.000 livres et celle de Saujon pour 150.000 livres en 1758 d'emmanuel-armand Duplessis-Richelieu duc d'aiguillon(73). L'acte de vente stipule que la seigneurie d'arvert comprend six paroisses, Arvert, La Tremblade, Etaules, Les Mathes, Dirée et Chaillevette et que les habitants sont obligés de faire cuire leur pain au four banal en versant 1/16 de la pâte et ce four est sous le même toit que la halle d'arvert où se rend la justice(74). Les habitants conservent le droit de bois mort dans l'étendue de la baronnie pour "15 sous par feu" et l'année suivante des foires et marchés sont créés à Arvert et La Tremblade(75). Monsieur de la Villéon, commandant à Royan, mentionne dans une lettre que les protestants d'arvert ont enfoncé la porte d'une "espéce de temple" en tenant des propos insolents le 15 janvier 1758 et qu'il prévoit une expédition punitive pour le 30. Le 2 février Monsieur de Surgères, adjoint de Senectère, lui répond qu'il "faut punir les protestants qui ont ouvert de force ce prétendu temple qui servoit de magazin pour le bois destiné aux troupes, les punir de quelques jours de prison en leur faisant payer le bois qu'ils sont cause qu'on a volé", mais il ajoute "il ne seroit pas prudent de les arrêter tous à la fois, il faut au contraire les punir l'un après l'autre et en différents tems, fermer les yeux quand il faut et agir avec fermeté quand cela devient nécessaire"(76). Pourtant Senectère, influencé par les idées de l'encyclopédie, est de plus en plus enclin à calmer le jeu avec les protestants. Selon l'histoire de Jean Jarousseau, racontée et romancée par son petit-fils Eugène Pelletan, quand il est nommé "pasteur du désert" en 1761 à Saint- Georges et doit prêcher "au milieu des landes et des loups" ou sur des barques en mer, le maréchal le fait appeler et lui dit: "Je devais te connaître, il me plaît maintenant de t'ignorer. Ne fais pas de scandale et si jamais je dois te rechercher, j'aurai toujours soin de ne pas te trouver, mais il faut m'aider de ton côté. Fais-toi une retraite dans ta maison. Toutes les fois que je donnerai l'ordre de t'arrêter, je ferai battre le tambour à l'entrée du village". Ainsi est fait, Jarousseau aménage une cache secrète dans sa maison de Saint-Georges et prêche en plein air sans être inquiété. Senectère tient sa promesse et quand Labole, moine récollet fanatique, dénonce Jarousseau, le vieux maréchal, qui n'est nullement aveugle comme l'écrit Pelletan qui le confond avec son fils, répond "Je n'ai rien vu"(77). Les libelles, plaintes, réclamations, procès, finissent par avoir raison du monopole des Vallet. Ils sont exclus du commerce du sel en 1762, après une faillite qui ruine des marchands et des maîtres de navires, et à sa mort, avant 1765, Pierre Vallet de Salignac est couvert de dettes. Mais son fils Nicolas-Thérèse Vallet de Salignac, qui hérite de la seigneurie de Mons, garde la plus grande partie de son immense fortune et ses nombreux marais salants(78).
130 La paix revenue, en 1763, voit l'arrêt total de la pêche à Terre-Neuve et la ruine de la presqu'île d'arvert car durant les hostilités tous nos navires terre-neuviens ont été pris par les Anglais et beaucoup de marins pêcheurs trembladais ont péri de misère en Angleterre(79). Avec la paix, La Tremblade, Arvert et Chaillevette ne peuvent reprendre la construction des navires de 150 à 400 tonneaux pour la pêche à la morue. Dans un mémoire, le cartographe Lafitte explique qu'étant au sud de la Gironde, et en l'absence de tout bateau au Médoc, pour traverser le fleuve il faut allumer un grand feu et attendre. C'est ce qu'il fait et le lendemain un bateau de Saint-Georges vient le chercher et lui fait traverser l'estuaire pour 6 sous, alors que le voyage par mer pour Bordeaux coûte 25 sous et dure de deux à quatre marées soit deux jours. Il va ensuite à Royan dresser un plan de fortifications qui ne seront jamais construites; il y mentionne l'existence d'une digue de 60 toises, faite "de deux files de pins jointes par des traversins, l'entredeux est rempli de pierres et cailloux"(80). L'ingénieur Kearney fait une nouvelle carte de la Gironde qualifiée de chef d'oeuvre dont "l'auteur s'est exposé à mille dangers pour la produire"(81). Le clocher de Saint-Palais est décapité par la foudre le 23 novembre 1768; pour servir de balise aux marins le Conseil d'etat décide de rehausser ce clocher, ainsi que celui de Royan, et de construire sur la côte des tours en bois, dont deux à Bonne Anse, de 80 pieds surmontées d'un mât de 25 pieds portant un pavillon rouge, enfin d'acheter un bouquet de bois de chênes verts qui sert d'amer à Saint-Palais et de construire deux tours en pierre de 80 pieds, l'une à la pointe de Tamarin à Saint-Palais [Terre-Nègre], l'autre au Chay pour remplacer les deux tours du vieux château qui se sont effondrées(82). Selon le dictionnaire d'expilly la paroisse de Royan compte 600 feux, ou environ 2.400 habitants, le pays est fertile et des plus agréable et on trouve sur la côte des pierreries plus dures et plus belles que celles d'alençon"; la paroisse d'ardvert [Arvert] compte 650 feux, posséde une forêt de pins "toujours verd" qui prend feu facilement, et des "marais salans" où "la bonne eau y est peu commune et l'air mal sain". Il signale que la région de Royan est, sans doute par Senectère, détachée du gouvernement du Brouageais et de la province de l'aunis et rattachée militairement au gouvernement de Saintonge et Angoumois, sauf trois paroisses, Arvert, Chaillevette et La Tremblade qui restent dans le Brouageais(83). Anne-Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg obtient par lettres patentes en 1767 la permission du roi de vendre son marquisat de Royan pour payer le retrait du duchépairie de Piney-Luxembourg et c'est le maréchal de Senectère qui achète à 83 ans le marquisat de Royan en 1769 pour la somme de 183.400 livres(84). La prise de "possession et saisine réelle et actuelle" du marquisat, terre et seigneurie de Royan est faite par Jean Moreau l'aîné, fondé de pouvoir du maréchal, à Royan le 9 novembre 1769 entre neuf heures du matin et midi. Comme il n'y a aucun château ou maison seigneuriale, l'annonce est faite par Moreau à "haute et intelligible voix" devant le peuple attiré par le marché sur la "place et canton [carrefour] public dudit bourg es environ du poteau [poteau de justice ou carcan]". Moreau se fait donner la clef et pénètre dans l'auditoire "où s'expédie la haute justice dudit Marquisat", puis passe sous la halle ouverte dont il touche "les piliers ou poteaux qui sont en pierre en signe de ladite possession", il se fait ensuite donner la clef et pénètre dans les fours banaux, et termine en faisant signer les témoins dans la "chambre d'audience dudit auditoire" en présence d'un grand nombre de personnes(85).
131 Le maréchal de Senectère tolére la construction d'un temple à Saint-Georges sur un de ses terrains en mai 1770, pourtant les maisons d'oraison de Mèdis, Didonne et Meschers ont été démolies en 1768 toujours "sur ordre de la Cour"(86). Aussi quand le maréchal tombe malade, le synode protestant de Saintonge fait dire la prière suivante: "Seigneur, bènis ce respectable vieillard que l'amour de la paix et de l'ordre, ainsi que l'esprit de tolérance, rendent si cher à tous ceux qui vivent sous son gouvernement, soutiens sa santé et fais le parvenir jusqu'aux limites les plus reculées de la vie humaine"; ce magnifique hommage rendu à un grand libéral ne l'empêche pas de mourir le 23 février 1771 à Didonne et son éloge funèbre par un abbé catholique, où il est fait référence à la "douceur de son gouvernement", est tout aussi chaleureux(87). LE COMTE HENRI-CHARLES DE SENECTÈRE (1771-1785) Le fils du maréchal, Henri-Charles comte de Senectère marquis de Royan et de Pisany, baron de Didonne, Arvert et Saujon, aveugle par suite de la petite vérole, vît à Paris en grand seigneur et dilapide la fortune familiale. Il marie son unique héritière, sa fille Marie-Charlotte de vingt et un ans, en 1771, au maréchal Louis de Conflans marquis d'armentières âgé de cinquante-neuf ans qui lui donne un fils, mais la laisse veuve trois ans plus tard. A Royan les autorités locales décident, en juillet 1773, de murer la maison qui sert de temple protestant improvisé. Mais comme il n'y a "pas de maréchaussée", les autorités proposent "de la faire démolir et vendre le terrain, plus celui servant de cimetière, pour faire une rente applicable aux pauvres de la ville de Royan"(88). L'ingénieur Touffaire fait une inspection l'année suivante pour en assurer la défense, et comme les chaloupes de pilotage du port ne sont protégées que par "une mauvaise palissade de bois debout que le premier vent un peu fou renversera", il envisage d'y faire un nouveau port après le corps de garde à la "pointe Saint-Nicolas", mais ce projet n'est pas retenu(89). Le sieur Ozanne dessine en 1776 une vue très réaliste de Royan au moment où Nicolas- Thérèse Vallet de Salignac vient résider au château de Mons, conçu à l'origine comme maison de campagne. Il rend le 19 juillet 1776 un aveu et dénombrement pour son fief appelé "Le fief de Messire Guillaume de Didonne" sis en la paroisse de Saint-Pierre de Royan relevant du château de Rioux à hommage-lige et au devoir de 10 sols tournois, vassalité héritée directement du temps des premiers Didonne(90). Ce dénombrement doit être fait dans le cadre de l'enquête demandée par Antoine Joseph Cambres, le prieur-curé de Saint-Pierre, pour mettre à jour les redevances dues à sa "terre et seigneurie du prieuré de Saint-Pierre de Royan". D'après cette enquête il existe devant l'église un "puits du seigneur", au nord la garenne du prieuré et à l'est une croix hosanière et l'ancienne "chapelle des Cossons"(91). Dyvorne rappelle, avec raison, que cette seigneurie a une juridiction distincte de celle du marquisat de Royan et qu'il s'y trouve, entre le château de Mons et le cimetière attenant à l'église, des fourches patibulaires, des gibets et un carcan(92). La guerre de l'indépendance américaine a des répercussions en Gironde quand des vaisseaux anglais prennent en 1777 cinq navires des "colonies unies de l'amérique septentrionale", à cette occasion la flotte anglaise en profite pour visiter les navires français. Cela explique le montant des assurances qui atteignent 50 à 70 % de la valeur des
132 marchandises et l'étude de la défense des côtes contre les corsaires(93). Les protestants ont de plus en plus de temples, celui de Breuillet mesure 40 pieds par 35 et celui de Royan, en plein faubourg, est consacré par le pasteur Jarousseau le 26 juin 1784. Il s'agit en fait d'un transfert avec celui de Maine-Geoffroy dont les habitants sont furieux car ils doivent maintenant se rendre jusqu'à Royan qui, d'après eux, n'a construit ce temple que par "orgueil et mondanité"(94). C'est Jarousseau qui, d'après Pelletan, aurait introduit en Saintonge la culture de la pomme de terre qui n'a pas alors une grande importance car elle sert surtout d'aliment pour les cochons. Les Senectère se voient interdire par les autorités de percevoir un droit d'ancrage en Seudre qu'ils réclament comme barons d'arvert et, si le revenu des fermes est important, 8.000 livres pour "Darvert", 4.225 pour Didonne, 3.750 pour Saujon et 2.750 pour Royan, le comte ne laisse que des dettes à sa mort en 1785(95). LA MARÉCHALE D'ARMENTIÈRES (1785-1789). Sa fille, la jeune veuve Marie-Charlotte de Conflans maréchale d'armentières, hérite d'une situation financière plus que difficile mais reçoit, au nom de son fils mineur Charles-Louis- Gabriel marquis de Conflans né en 1772, la substitution des terres de Saintonge faite par son grand-père, avec le marquisat de Royan, substitution contestée car en principe elle joue uniquement en faveur des mâles. La maréchale d'armentières habite Paris et ses créanciers obtiennent un arrêt du Conseil d'etat qui l'oblige à faire gérer ses biens par le procureur Antoine Lhuillier, bourgeois de Paris, qui supervise toutes les affaires de Didonne, Saujon, Arvert et Royan depuis le château de Didonne où il mène joyeuse vie car il l'a "transformé en cabaret" et y est "yvre" chaque jour avec du vin blanc de graves ou du bordeaux rouge. Cela ne l'empêche pas de se plaindre que la maréchale ne s'occupe pas sérieusement de ses affaires(96). Selon Dyvorne, le marquisat de Royan a des armoiries propres "deux aigles supportant une couronne et ayant leur appui sur un banc de sable", en réalité Royan n'a jamais eu d'armoiries distinctes de celles du marquis en exercice. Les armoiries décrites sont celles des d'aulnis, soit "d'azur à deux aigles de profil d'or, affrontés et essorées, posées sur un rocher de gueules et supportant de leur bec un casque grillé d'or, doublé de sable"(97). L'organisation administrative n'est pas simple. Royan dépend de l'élection de Saintes et Arvert de celle de Marennes et, sur le plan militaire, si Royan, avec Vaux, Breuillet et Chaillevette, a réintégré le gouvernement de la Saintonge et de l'angoumois, Arvert, Etaules, les Mathes, Mornac et La Tremblade restent liés à l'aunis dans le Brouageais(98). L'administration dépend de l'intendant de La Rochelle qui a des sub-délégués dans les élections. Le syndic est l'échelon administratif de la paroisse, il intervient dans le recouvrement des impôts et ce poste, exempté de taille et de corvées, est monopolisé par les bourgeois à cause de son bon statut social. Depuis le XV siècle, le syndic est, en principe, élu à la fin de chaque année par tous les habitants mâles et catholiques, convoqués au son des cloches un dimanche à la sortie de la messe et le vote est secret, au moins pour ceux qui savent écrire. A la fin de l'ancien Régime, Augraud est le syndic de Royan(99). Les impôts sont compliqués. En ce qui concerne l'impôt sur le sel, la Saintonge avec
133 Royan n'a pas à payer la grande gabelle de 60 livres par muid, elle est rédimée et n'acquitte que 6 à 8 livres, mais la presqu'île d'arvert avec Brouage est province franche et sa taxe n'est que de 1 à 2 livres par muid ce qui, bien entendu, favorise une contrebande constante(100). Le recouvrement des autres impôts, dont les nobles sont exemptés, souvent affermé, est arbitraire et favorise les plus quelques bourgeois les plus riches. La taille varie entre pays abonnés comme Arvert, ou non comme Royan. L'impôt religieux, la dîme, profite surtout aux riches abbés et aux évêques, aussi le clergé royannais, composé du curé de Saint-Pierre, de trois moines Récollets et de deux sœurs-grises, vit pauvrement. Enfin certains vieux privilèges féodaux subsistent, comme le droit exclusif du château du noble haut justicier à un pigeonnier indépendant, ou fuie, qui est un impôt supplémentaire car tous ces pigeons se nourrissent naturellement sur les récoltes des paysans. La paroisse de Royan compte 600 feux, soit près de 2.400 habitants dont environ la moitié réside au faubourg et le reste à la campagne. Les paysans cultivent le blé et la vigne qui leur donnent une relative aisance, et si les travaux des champs sont exténuants, la moisson et les vendanges, donnent lieu à de grandes fêtes. Les paysans ne voyagent jamais hors de leur village, sauf pour aller aux foires les plus proches, seuls lieux où ils rencontrent des marchands, et l'hiver ils restent chez eux à entretenir leur matériel. En Seudre, ostréiculteurs et sauniers sont simplement des paysans de la mer, et les sauniers vivent presque comme des esclaves(101). Il y a également des marais salants le long de la Gironde, la carte de Cassini en mentionne à Meschers et dans le marais de Pousseau. Royan compte de nombreux marins, ils ont une vie moins étriquée, une plus grande ouverture d'esprit et sont généralement pauvres. Seuls les pilotes gagnent bien leur vie, mais leur travail est très dangereux, en 18 ans ils ont perdu 38 chaloupes et 80 hommes. Après un naufrage il ne reste que la charité pour faire vivre les veuves et les orphelins, mais conscients de l'importance du pilotage pour sauver leurs navires, les commerçants bordelais leur viennent en aide(102). Les maisons ordinaires en pierre sont crépies et blanchies à la chaux, avec un toit de tuiles rondes, ont une porte basse et une petite fenêtre équipée de vitres. L'unique pièce, très sombre, enfumée, mal chauffée, au sol en terre battue, est meublée d'une simple table avec des bancs et quelques plats de terre, les plus riches ont un buffet surmonté d'un vaisselier où trônent des poteries vernissées d'un vert cru. Le lit, où l'on s'enferme pour dormir, a des rideaux de serge verte et un large ciel, il est réservé aux parents et aux jeunes enfants. Les jeunes garçons et filles, frères, soeurs, cousins et cousines, dorment ensemble par terre sur des paillasses bourrées de paille, ils utilisent la chaleur humaine pour se tenir chaud et défendent leur vertu comme ils peuvent car ils sont "séparés à peine par l'innocence" comme le dit avec humour Julien-Labruyère(103). Les hommes du peuple portent une culotte et une lévite, en drap d'un bleu imposé par ordonnance royale, la seule fantaisie est le gilet, souvent rouge, qui leur vaut leur surnom de Ventres-Rouges. Les femmes portent un justaucorps, une chemise, avec, se promener tête nue étant un signe de dévergondage, l'indispensable bonnet, mais pas en dentelle réservée uniquement à la noblesse. En 1785, certains maîtres d'écoles sont subventionnés, comme Jean Simon à La Tremblade, Jean Barbier à Arvert et Jean-Nicolas Bouteille à Royan où il y a des sœurs grises et un maître indépendant Barat. Ce dernier fait une publicité dans le Journal de
134 Saintonge du 10 avril 1787 pour son école avec pension et demi-pension où l'on enseigne la lecture, l'écriture, l'arithmétique et le latin(104). Prevost de la Croix, commissaire général des ports à Bordeaux, voit avec peine la perte du port de Royan depuis que la palissade en "bouts de bois" a été détruite par une tempête en 1784. En l'absence de toute protection, les pilotes ont du à nouveau se réfugier en Seudre car le port est directement exposé au ressac du large suite au recul de la pointe de Grave qui perd une centaine de toises en quatre fortes marées durant le seul hiver de 1788. Il mentionne aussi que les maisons situées au fond du port se sont ensablées de quatre pieds depuis 60 ans, à cause de ce ressac(105). Compère L'Aubier, marchand de l'île d'oléron et vice-consul d'espagne pour les côtes d'oléron et d'arvert, demande aussi un port car beaucoup de personnes périssent à Royan à cause des roches escarpées qu'il faut grimper au débarquement ou descendre à l'embarquement, il ajoute que la mer "a détruit plusieurs des maisons qui bordent la côte et forcé les habitans de déloger"(106). C'est pourquoi l'ingénieur Teulère est chargé de faire les plans d'un môle qui, d'après lui, "n'est pas parfait, mais il est bon, il me fera honneur"; ce môle de 60 toises en pierres de taille, prévu sur l'emplacement de la jetée du XVI siècle, doit coûter 190.858 livres et être construit en quatre ans "malheureusement la pénurie des finances n'a pas permis de solliciter les ordres de Sa Majesté pour son exécution"(107). L'hiver, très pénible, débute fin novembre 1788 par un froid très vif de l'ordre de -20. D'après une lettre de Prevost de la Croix, il y a un 1/2 pouce de glace sur le réverbère de Cordouan, ce qui détruit l'effet de la lumière, et les gardiens lancent un signal de détresse car ils manquent d'eau potable. Une chaloupe part de Royan avec plusieurs barriques le 31 décembre par beau temps, mais au retour à 4 heures du soir des vents d'une violence extraordinaire se lèvent, cassent le mât de misaine et emportent la voile. En s'approchant de la conche de Royan la chaloupe est entourée de "plateaux de glace monstrueux", elle manque de chavirer et ne rejoint le port qu'à minuit grâce à l'aide de courageux sauveteurs, aussi Prevost de la Croix demande que cette chaloupe soit réparée aux frais du roi(108). Le froid dure jusqu'à la mi-janvier et la Gironde charrie des glaces qui sont une menace pour les navires tandis que les huîtres gêlent en Seudre(109). Les pauvres de Royan souffrent de cette situation, et ne sont secourus que par la charité publique(110). La paix religieuse revient à la fin de l'ancien Régime quand l'edit de Tolérance de 1787 rend une existence légale aux protestants. Mais c'est seulement en février 1789 que le parlement de Bordeaux se décide à l'enregistrer, et les couples affluent pour régulariser leur situation. Ils peuvent le faire chez le curé comme à La Tremblade, ou chez le juge comme à Chaillevette. En Arvert, 774 couples légalisent aussitôt leur situation(111). Les idées nouvelles du siècle des Lumières sont véhiculées en particulier par la francmaçonnerie et plusieurs notables protestants en font partie, comme Daniel Renaud que nous retrouverons durant la Révolution, et ils appartiennent certainement à une loge située à Royan(112). Ces idées créent une telle effervescence qu'afin de calmer les esprits, La Tour du Pin, commandant de la province, autorise une assemblée des trois ordres de la Saintonge à Saintes. Les élections du tiers état ont lieu par châtellenie, rebaptisée district. L'élection a lieu le 29 janvier 1789 "en la maison du sieur Augraud, syndic du bourg et de la paroisse de Royan" et les deux élus de notre district sont Stanislas Lamarque avocat de Saint-Augustin,
135 et Paul Renaud ancien capitaine de navire royannais. Pour Talmont, l'élection a lieu "à la manière accoutumée, au devant de la principalle porte de l'église, comme chef-lieu de la châtellenie". L'assemblée se réunit le 5 février au Palais Royal de Saintes. Elle refuse d'être incorporée à la Guyenne, invite l'aunis et le Bas-Augoumois à la rejoindre, et demande la conversion de la province en pays d'etat afin de ne plus avoir d'intendant et de sub-délégués. Le clergé et la noblesse acceptent que le tiers état ait autant de représentants qu'eux et renoncent à leurs privilèges devant l'impôt. Par contre, la demande du tiers état du vote par tête est refusée, et après deux jours de négociations, la décision de s'en remettre au roi est saluée par ces mots mémorables "Quel beau jour ô nos Concitoyens! ne l'oublions jamais: nous voilà donc amis et frères"! Les trois ordres se retirent avec des embrassades et des larmes, aux cris de "Vive le Roi, Vive la Patrie". Son sub-délégué à Saintes ayant été maltraité par l'assemblée, l'intendant de La Rochelle, furieux, estime que cette assemblée a mis "la plus grande chaleur dans les esprits" et il la déclare tout simplement illégale(113). LA TOUR DE CORDOUAN DE TEULÈRE. Cordouan est à la fois un phare et une place forte équipée d'une batterie de canons "à fleur d'eau". Le feu fonctionne au charbon importé d'angleterre avec tant de difficultés que les autorités proposent de le remplacer par des fanaux à réverbères mis au point par Pierre Tourtille-Sangrain "entrepreneur d'illumination". Il s'agit de lampes à huile avec un réverbère, ou miroir sphérique, pour chaque lampe. L'huile achetée localement est pour moitié de blanc de baleine ou spermaceti, pour un quart d'huile d'olive et pour un quart d'huile de colza ou rabette. La lanterne de fer est supprimée et remplacée par une cage polygonale de 16 côtés en verre, avec un lustre à 5 rangs équipés de 16 lampes à huile, soit 80 réverbères de cuivre argenté de 8 pouces en carré(114). Une taxe de 4 sols par tonneau est perçue sur tous les navires qui transitent en Gironde pour ces travaux effectués sous la direction de l'ingénieur de la marine Teulère de Bordeaux. L'avantage est grand sur le plan transport, au lieu d'utiliser annuellement 14 tonneaux de charbon qui nécessitent de 18 à 20 voyages d'une gabare depuis Royan où le charbon est entreposé, on peut transporter l'huile nécessaire pour un an avec 2 voyages d'une seule gabare. Cela allége aussi le travail des gardiens du phare qui doivent transporter "l'aliment du feu" à bras "à une hauteur de 130 pieds par un escalier étroit et conséquemment dangereux". La nouvelle lanterne est allumée le 12 novembre 1782, dès le mois suivant, les pilotes et gens de mer de Royan se plaignent de la pâleur du nouveau feu qui ne leur permet pas de travailler "compte tenu des risques qu'ils courent et de la sévérité des punitions auxquelles les expose la perte des bâtiments qui sont à leur charge". Tourtille-Sangrain crie aussitôt à la cabale de gens locaux mal intentionnés et cite Correnson, commissaire de la marine à Royan, qui trouve ce nouveau feu très avantageux et espère que l'expérience va détruire la prévention existante(115). Teulère doit vérifier le bien-fondé des plaintes des pilotes et trouver un moyen de les faire cesser. Il remplace les réverbères par de nouveaux de 22 pouces, mais après observations faites en présence des capitaines royannais Renaud et Babinot, ce n'est guère mieux. Entre
136 1783 et 1785 plus de 400 réclamations sont enregistrées à Bordeaux contre ce feu à réverbère dont les glaces se ternissent facilement à cause de la fumée à l'intérieur et de la brume et de la pluie à l'extérieur, même les consuls étrangers se plaignent que ce nouveau feu s'éteint trop souvent et ne donne aucune lumière par temps de brouillard(116). La tour de Cordouan étant en mauvais état, Teulère est chargé en 1786 de l'exhausser de 30 pieds et de perfectionner les réverbères. Après de savants calculs, il propose un exhaussement de 60 pieds au coût de 227.973 livres. Le chevalier de Borda, responsable des constructions de la Marine, accepte ces 60 pieds mais trouve le projet trop dispendieux et demande à Jallier d'en réaliser un plus simple. Même si le projet de Teulère n'est pas accepté, son zèle, son talent et son travail immense sont appréciés, et il est chargé du devis de 95.638 livres qui est adopté en août 1787, puis d'exécuter ce travail qui ne défigure pas trop l'œuvre de Louis de Foix dont les premiers étages sont conservés alors que le haut est un cône tronqué de forme ronde et lisse pour donner peu de prise au vent et sans ornements inutiles. Les travaux qui doivent durer deux ans commencent le 29 avril 1788 sous la supervision de Teulère qui se plaint d'avoir à payer de sa poche ses deux ou trois dessinateurs et son "écrivain"(117). Pour remplacer une balise dans la forêt de la Coubre "en charpente de bon bois chesne bien sollidement établie et assez aparente", mais pourtant renversée par le vent, Borda fait construire une tour en pierre pour 34.050 livres(118). Teulère la fait peindre en noir car elle se voyait mal au milieu des dunes de sable, il dresse aussi des balises de Terre-Nègre et de Bonne-Anse, cette dernière porte curieusement un croissant au sommet(119). Il se fixe à Royan en février 1789 et, pour être tranquille, il s'installe "chez les bons pères", les Récollets, qui le font dîner à 11 heures et souper à 6 heures du soir et "par trois fois, une dame de ce pays m'a fait prier d'aller manger sa soupe, afin de me consulter sur sa vieille mazure", sans doute Belmont(120). Les travaux interrompus en hiver reprennent à Cordouan en mars 1789 et à la fin de l'été le gros oeuvre est terminé. Malgré de nombreuses réclamations pour un retour au feu de charbon, dont celles des pilotes pour qui "plus y ventoit et mieux nous le voyions", les réverbères sont conservés(121). Teulères est très fier de l'exhaussement de la tour, qui lui vaut une pension royale de 2.000 livres, et s'il estime qu'avec cette œuvre "Louis XVI a surpassé tous ses prédécesseurs", il juge que Cordouan ne donnera jamais entière satisfaction car un feu fixe ne peut "porter la lumière que sur un point de l'horizon", aussi il invente, et fait accepter, un système tournant de réflecteurs paraboliques mis en mouvement par une horloge(122). Un forgeron royannais est chargé de fabriquer une nouvelle lanterne, mais l'horloge n'est pas prête(123). D'où un retard d'un an pendant lequel c'est notre vieille monarchie qui sombre.
137 CHAPITRE IX CHEF-LIEU DE CANTON DE LA RÉVOLUTION ET DE L'EMPIRE. 1789 L'AN 1 DE LA LIBERTÈ. Les Etats généraux sont convoqués par le roi pour remédier à la situation financière catastrophique. L'assemblée préliminaire de la sénéchaussée de Saintonge se réunit à Saintes du 12 au 28 mars 1789. Le tiers état compte 655 élus locaux pour 45.715 feux, dont 18 pour le "district", la châtellenie, de Royan, 10 pour Mornac et 27 pour Arvert. Seul le quart d'entre eux va à Saintes participer à la rédaction du cahier de doléances de la province. Il s'agit de Paul et Daniel Renaud capitaines de navires de Royan, Lamarque avocat de Saint- Augustin et Guérin capitaine de navire de Saint-Sulpice pour le district de Royan; de Barbottin notaire royal de Dercie, Bonnami-Latouche bourgeois de Breuillet, Roulleau marchand de Mornac pour le district de Mornac; Louis Héraud seigneur du Maine de Vault et Bernard notaire royal d'arvert, Etienne Hereaud bourgeois, Rivière négociant, Rousseau notaire royal de La Tremblade, Charreau négociant de Chaillevette et Chevallier de l'etang de Notre-Dame de l'isle pour le district d'arvert(1). On peut remarquer que ce sont tous des nobliaux et des bourgeois. Quant aux cahiers de doléances du tiers état, prenons l'exemple de celui du district de Royan qui adopte le "Cayer des doleances de St Augustin sur mer". Il s'agit d'une longue litanie contre les impôts, trop lourds, mal répartis, et surtout contre ceux qui les collectent qui "sengraisse a notre prejudice" soit "tant de fermiers generaux tant dadministrateurs leurs adjoints et agens tant de directeurs provinciaux avec le nombre infini de leurs cooperateurs", cette "milice innombrable entretenue pour nous faire journellement une guerre intestine" dont il faut anéantir "le faste revoltant de leur opulence" en créant une administration provinciale. Le district ajoute, à la demande de la ville de Royan, une plainte contre les "contributions considerables" alors que "les frequents nauffrages qui viennent darriver et qui arrivent tous les jours ont enlevé et enlévent tous les jours pour ne laisser que des familles des veuves et des enfens sans pain situation desastreuses qui se tourne a la charge du reste des habitants obligés de les secourir et de remplir toutes les subventions", ainsi que des plaintes contre les droits féodaux et contre les biens inutiles des religieux(2). Le cahier régional du tiers état demande une réduction des taxes, des lois et des impôts clairement définis, l'égalité de tous devant la loi, l'abolition irrévocable des avantages pécuniaires des deux premiers ordres, la séparation des sexes dans les prisons, le vote par tête, la vente des biens des religieux, l'abolition des droits féodaux et l'extinction des corvées seigneuriales et des droits de guet et de garde "restes de la servitude". Tout cela reflète surtout les préoccupations de riches bourgeois. Le second ordre, la noblesse, donne à ses députés des mandats impératifs qui devront être modifiés en pouvoirs illimités "pour accélérer le grand ouvrage de la régénération de l'état". La noblesse souhaite retrouver ses privilèges anciens sans craindre l'arbitraire royal et voir ses droits à la propriété garantis, y compris la chasse, la pêche et les corvées inhérentes aux fiefs. Le roi ne doit pas créer de nouveaux nobles et ceux qui sont pauvres doivent
138 pouvoir s'adonner au commerce. La noblesse demande la suppression des privilèges exclusifs pour l'industrie, les "nouvelles découvertes, quand elles sont importantes, ne devant avoir qu'une récompense momentanée". Elle accepte l'égalité devant l'impôt en précisant "qu'après ce sacrifice, il ne restera que quelques prérogatives d'opinion, témoignages honorables, mais stériles du courage et de la vertu de ses ancêtres"(3). L'un des nobles, Jean-Timothée du Repaire, ancien chef des canonniers garde-côtes de Royan, écrit le 13 avril, avec une belle lucidité que "la corruption des mœurs et le luxe de la cour, son despotisme, sont la première cause de nos malheurs, la philosophie des gens mal intentionnés est la seconde et les prétentions extravagantes du haut tiers état forment la troisième. Le bouleversement des lois et du gouvernement ne nous laisse envisager qu'un avenir de troubles et de désastres. La tyrannie et l'orgueil des grands et des nobles ont révolté justement la classe inférieure de la nation"(4). Parmi le premier ordre, le clergé, le "corps des curés" écrit au roi. Les curés se plaignent d'être une classe infortunée, souvent dans l'indigence, et veulent participer aux états généraux, sans pour cela secouer "le joug salutaire de la subordination de nos prélats, qui sont les chefs, les princes, les guides". Cette missive éloquente est signée, entre autres, par Delon prieur de Royan, Ranson archiprêtre d'arvert et Faye curé de l'eguille(5). Le cahier de doléances du clergé accepte des impôts pour combler le déficit "connu et prouvé", mais sans blesser les intérêts de la religion. Le clergé demande l'augmentation de la portion congrue [pension annuelle] des prêtres, des retraites décentes, la suppression des lettres de cachet et l'amélioration des prisons "où les bonnes moeurs exigent que les sexes y soient séparés". Il veut proscrire les ouvrages blasphémateurs contre la religion et la liberté de la presse doit être "plutôt restreinte qu'étendue", manifeste son hostilité à l'édit de Tolérance de 1787, trop libéral pour les protestants ce qui va "ouvrir la porte à toutes les sectes", et se plaint de la décadence des mœurs due "aux vices de notre éducation"(6). Les huit députés choisis pour aller à Versailles ne sont pas de nos districts. Après la réunion des Etats Généraux à Versailles le 4 mai 1789, les choses vont très vite. Les Etats Généraux deviennent l'assemblée nationale, ce qui marque la fin de la monarchie absolue, puis l'assemblée se déclare Assemblée constituante et enfin le 14 juillet les émeutiers prennent la Bastille et se transforment en garde nationale. A cette même date historique, nous avons un inventaire du château de Didonne car, après quatre ans de procès rien n'est réglé pour la maréchale d'armentières et ses créanciers décident de faire vendre tous ses biens(7). Inutile de dire que ce n'est guère une bonne période pour la vente d'un château. La prise de la Bastille a un énorme retentissement et dès le lendemain le premier émigré quitte la France, il s'agit d'anne-charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg, l'ancien marquis de Royan, fondateur du Grand-Orient et président de la Chambre de la Noblesse aux Etats- Généraux(8). La chute de la bastille est connue à Royan une dizaine de jours plus tard et Teulère discute des événements avec Gibouin, le commissaire de la marine, plusieurs bourgeois et trois ou quatre Anglais. Il salue l'an 1 de la Liberté en écrivant: "Réjouissons-nous d'être hommes et Français avec le titre unique de citoyen, sans plus cette humiliante distinction d'ordres", ajoute avec franchise "Je ne m'attendais pas à cette heureuse révolution" et distribue à Cordouan une cocarde blanche, bleue et rouge à "chacun de ses gens"(9). C'est
139 Gibouin qui devient colonel de la garde nationale de Royan, milice de 400 volontaires avec 100 fusils seulement(10). Le pouvoir se dissout partout et cette disparition crée une grande peur avec une jacquerie près de Saintes qui n'atteint pas la région de Royan. A Saint- Georges, le père Chappe brûle sur la conche les droits et titres des Saint Légier à Lussinet dans un pot de goudron, autour d'un feu de joie, action mémorable qui lui vaudra d'être choisi comme maire(11). Dès la nuit du 4 août, l'édifice social est mis à bas par l'abolition des privilèges et la possibilité du rachat des droits seigneuriaux, mais il s'agit d'un leurre car seuls les riches bourgeois peuvent racheter ces droits. Par contre, si rien ne change pour la plupart des paysans, la liberté de la chasse est, lors de l'ouverture du 15 août, la cause d'un véritable carnage du gibier, y compris de nombreux pigeons appartenant aux seigneurs, et la fin des lois somptuaires permet aux paysannes d'utiliser enfin la dentelle, ce qui va provoquer l'éclosion des magnifiques coiffes saintongeaises(12). La déclaration des droits de l'homme et des citoyens du 26 août selon laquelle "nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses", a une immense répercussion parmi les protestants, ce qui explique leur ferveur révolutionnaire. Par contre, les catholiques n'apprécient guère la confiscation des biens du clergé devenus biens nationaux. Une vingtaine de Royannais, dont le curé Delon, le syndic Augraud, le juge Champy, le fiscal Robin, et les nouveaux élus du district, écrivent à "Nos seigneurs des Etats Généraux à la Cour" que la ville est encore dans la paix et la concorde, mais que le pauvre peuple est en colère et menace de tuer les préposés des aides qui veulent imposer "41 sols par barrique" pour un vin qui n'est "presque que de l'eau", et ils estiment qu'il "n'y a pas d'esclavage plus dur" que d'être forcé de souffrir des gens entrant dans les maisons pour y chercher "jusque dans la paille et sous les fagots quelques barriques d'eau passée sur le marc qu'ils supposent y être cachées". Ils demandent que les "chaînes soient déliées pour n'être plus retenus en d'avilissantes servitudes" et suggèrent que l'impôt sur le vin soit payé par les possesseurs de vignes, les aubergistes et les cabaretiers, dont ceux qui "logeroient et donneroient à manger" paieront le double de ceux "qui ne vendroient leur vin qu'à pot et pinte". Le tout est signé par "Vos très humbles et obéissants serviteurs"(13). VALLET DE SALIGNAC PREMIER MAIRE REVOLUTIONNAIRE (1790). L'Assemblée décide l'élection d'une municipalité dans chaque commune. Les communes correspondent aux anciennes paroisses, elles sont groupées en cantons, districts et départements. Les électeurs sont les citoyens actifs, de sexe masculin, payant un impôt au moins égal à trois jours de salaire d'un ouvrier, ce qui exclut les femmes et les citoyens passifs, les pauvres, par contre les protestants sont électeurs et éligibles. Par décision du 22 février 1790, la Saintonge, l'aunis et le Bas-Angoumois forment le département de la Charente-Inférieure, qui a failli se nommer "Saintonge-et-Aunis", ordre alphabétique peu apprécié des représentants de La Rochelle. Une violente polémique s'élève aussitôt pour le choix du chef-lieu, entre Saint-Jean d'angély "résidence ancienne du sénéchal", La Rochelle "seule ville maritime" et Saintes "point central et ville très ancienne, dans un pays aussi agréable et sous un ciel aussi pur que l'air de La Rochelle est insalubre", qui est choisie après l'abandon de l'idée saugrenue d'un chef-lieu tournant.
140 Royan est élevé à la dignité de chef-lieu de canton avec les sept communes de Royan, Breuillet, l'eguille, Mornac, Saint-Palais, Saint-Sulpice et Vaux. Le canton de Royan ajoute à l'ancienne châtellenie, Breuillet et Mornac, empruntés à celle de Mornac, et l'eguille à celle de Mornac. Par contre Royan cède le Pas du Breuil au canton de Saujon qui comprend aussi Saint-Georges et Médis. Semussac, Meschers, Arces et Talmont font partie du canton de Cozes. Les cantons de Royan et de La Tremblade font partie du district de Marennes, ceux de Saujon et de Cozes de celui de Saintes. Le premier tracé officiel des cantons, tracé à grands coups de crayons, ne tient pas compte de la Seudre, mais cette frontière naturelle s'impose(14). Le canton de La Tremblade comprend les communes de La Tremblade, Arvert, Les Mathes, Etaules, Chaillevette et Saint-Augustin sur Mer. Les maires de Chaillevette, de "Notre-Dame de l'isle dont le bourg est Etaules", des Mathes et d'arvert, écrivent aussitôt à l'assemblée au nom de leurs 8.000 habitants. Ils préconisent Arvert, dont la population compte 3.000 âmes, comme chef-lieu, alors que La Tremblade n'en a que 2.000. En outre Arvert est le centre géographique et l'ancienne capitale de la presqu'île délimitée par "la rivière de Seuldre, la mer occéane, le Détroit de monmussonet [Maumusson] le canal de la maire, sur lequel est un pont qui sert à faciliter la communication des pays voisins" et dont le quart est inhabité à cause des dunes de sable. Enfin, comme un juge de paix est prévu au chef-lieu de canton, ils rappellent que le parquet, le carcan et les prisons sont au bourg d'arvert où se sont toujours faites les exécutions capitales(15). Le représentant de La Tremblade intervient de son côté pour faire annuler l'adjectif provisoire joint au titre de canton accordé à sa ville et le Directoire du département confirme La Tremblade, où résident le tiers des habitants et qui a toutes les commodités nécessaires, comme chef-lieu de canton(16). Les Royannais terminent "l'élection des membres qui doivent composer le Corps Municipal" le 4 février 1790 "dans l'église des R.P. recolets faute d'hotel de ville". Le registre est signé du premier maire révolutionnaire "de Sallignac", le seigneur de Mons, Nicolas- Thérèse Vallet de Salignac, complètement oublié car cela n'a pas dû plaire à Paul Dyvorne qui le passe totalement sous silence. Sont élus aussi cinq officiers municipaux, douze notables, un secrétaire-greffier et un procureur chargé de défendre les intêrêts du roi et des citoyens. Le 24 mai 1790 se réunit à Royan, en présence de Champy "juge du dit Royant" et sous la présidence de Gibouin "Colonel de la garde Nationalle", l'assemblée primaire du canton qui doit choisir des grands électeurs pour l'assemblée du département. Daulnis de Puyraveaux et Reneaud de Vaux sont élus et tous les notables du canton signent ce document, soit: Faye curé et maire de l'eguille; Augreaux maire de Saint-Palais; Rouleau maire de Mornac; Dupuy procureur de Mornac; Vouillat scrutateur; Lompré curé de Breuillet scrutateur; Ardoin officier municipal de Mornac; Gireaud procureur de Breuillet; Guillory maire de Breuillet; Tessier, Graveaux, Fournier, Guindet, François Corbeaux officiers municipaux de Saint-Sulpice; Graveaux procureur de Saint-Sulpice; Reneaud maire de "Veaux"; Texier officier municipal de "Veaux"; Cornillier procureur de Saint-Palais; Corranson maire de Saint- Sulpice; Garnier scrutateur; Delon prêtre de Royan; De Salignac maire de Royan; Daoust officier municipal de Royan: Sicard, Pierre Texier officiers municipaux de Breuillet; Maillou, Belamy officiers municipaux de Royan; D. Reneaud premier officier municipal de Royan; Bednarski procureur de Royan; Gibouin "présidant de l'assemblée primère" et Daulnis
141 Depuyraveaux secrétaire. Le compte-rendu signale 572 votants présents sur 968 citoyens actifs, soit moins de 14 % des 6.500 habitants du canton(17). La suppression des ordres religieux provoque le départ des trois frères récollets dont le couvent est mis à la disposition de la commune, ainsi que l'hôpital des deux soeurs de la Charité qui restent à Royan, où elles ne peuvent plus enseigner mais continuent de soigner les malades(18). Les gardes nationales de Royan "libres sous un Roi citoyen" se fédérent avec celles du Poitou et des Charentes "pour ôter jusqu'à l'idée d'un retour au despotisme et à la féodalité"(19). En juin, la noblesse est abolie, les titres et les armoiries doivent disparaître, le maire est donc obligé de détruire les armoiries sur son château ainsi que le carcan planté au coin de l'ancien cimetière de Saint-Pierre "pour effacer la marque d'un droit de féodalité qu'avaient les curés de la paroisse sur le fief"(20). Le 10 août quand les habitants de Talmont veulent faire valoir leurs droits sur les marais, une bagarre s'ensuit entre le cordonnier Maillet et le régisseur du seigneur féodal qui le fait mordre par son chien, et si le Garde des Sceaux exige que les droits de la propriété soient préservés, le régisseur n'en est pas moins arrêté(21). Dès cette époque, les paysans cessent de payer les droits seigneuriaux, l'abbaye de Vaux a 75 % d'impayés et les tenanciers de Mornac convoqués au tribunal de Marennes pour impayés ne s'y présentent même pas(22). Cordouan reçoit enfin son nouveau feu qui tourne une fois par minute. Il se met en route le 29 août et le procès-verbal des essais à Royan note que ces nouveaux réverbères sont meilleurs mais qu'ils n'ont "point rempli notre attente" et restent inférieurs au feu à charbon(23). La vie démocratique doit s'apprendre. Lors de l'élection du juge de paix le 13 octobre 1790, les citoyens du canton réunis au couvent des Récollets, peu nombreux à cause de la pluie, décident de ne pas perdre trop d'un temps si précieux pour les travaux de la campagne. Ils refusent les règles du vote et procèdent à la nomination par acclamation d'un citoyen de Breuillet comme président. A midi, "la boite renfermant le scrutin" est cachetée, déposée sur l'autel et la porte de l'église est fermée à clef. Si les Royannais, habitants tout près, ne se sont pas dérangés le matin ils s'opposent à ce scrutin en début d'après-midi, le président dissout alors l'assemblée(24). Finalement Vallet de Salignac est le premier juge de paix élu de Royan et pour occuper ce poste il abandonne la mairie(25). LE MAIRE PROTESTANT DAULNIS DE PUIRAVEAUX ET L'AFFAIRE DU RIS DE VEAU (1790-1791). Le nobliau et protestant François d'aulnis, ou Daulnis, de Puiraveaux, est élu maire à la fin novembre 1790(26). Il, voit sa municipalité très vite secouée par une affaire à la clochemerle concernant un vol de ris de veau. Tout commence le samedi 4 décembre 1790 quand le perruquier François Barraud va chez le boucher Elie Serisier. Après son passage, le boucher s'aperçoit qu'il lui manque un ris de veau et il envoie Bouquet, son garçon de courses, le réclamer. Barraud déclare ne rien savoir sur ce ris de veau, mais le garçon le ramène à son patron en affirmant l'avoir retrouvé par terre derrière la porte de la cuisine de Barraud, d'où scandale d'autant plus que plusieurs témoignages semblent confirmer ce menu larcin.
142 Comme Barraud est l'un des notables élus, la municipalité s'émeut et lui demande de venir s'en expliquer. Devant son refus de comparaître, le procureur Renaud le déclare "incapable d'être admis parmi les notables d'une commune qui doit se faire gloire d'agir en tout temps et en toutes occasions avec des sentimens de justice et d'équité, car toute autre façon de se comporter les rendroit vils et méprisables". La municipalité unanime décide de ne plus l'inviter aux réunions et, comme certains placards sur les piliers des halles flétrissent sa réputation, Barraud, dès janvier 1791, s'adresse aux tribunaux de Marennes qui lui donnent raison car la municipalité n'a pas le droit de s'ériger en tribunal(27). Les scellés sont mis sur le couvent des Récollets, où il y a sept tableaux "usés de peu de valeur", le 23 décembre 1790 en présence de Père Hipolite, gardien, et Père Florent, "définiteur de la cy-devant province de Guyenne"(28). Tous les prêtres doivent prêter un serment civique, si ceux de l'eguille, La Tremblade, Chaillevette, Les Mathes, Arvert, Etaules, Breuillet et Mornac obéïssent à la loi, ceux de Saint-Sulpice, Saint-Georges et l'abbé de Vaux refusent ainsi que le curé de Talmont et l'évêque de Saintes(29). Le prieur de Saint-Pierre Jean-Tiburce Delon curé de Royan, fait un serment ambigu le 6 février 1791, se réservant de rester aussi fidèle à Jésus-Christ et à son église, ce qui est refusé. Comme il persiste, il est interdit de prêche(30). Les propriétés du clergé, en dehors des églises paroissiales, sont mises en vente. Cela concerne 81 hectares du canton de Royan, soit 1,01 % de la superficie totale de 7.440 hectares, dont l'abbaye de Vaux, les prieurés de Royan et de Mornac et le couvent des Récollets(31). Pour le clergé un tel achat est sacrilège et les acheteurs sont des "profiteurs inspirés par la haine politique et religieuse"(32). Ces ventes en assignats sont grandement facilitées par la baisse de leur valeur. Le lot le plus important du district, le couvent des Récollets avec ses 33 hectares de terrain, est vendu 8.300 livres le 25 février à Jean Boisseau, armateur et capitaine au long cours, riche bourgeois de Royan, sans doute protestant, qui a fait fortune grâce au commerce des esclaves africains. Deux jours après, la démolition commence et la cloche est démontée, mais cette vente se heurte au décret du 20 mars qui l'avait mis à la disposition de la Marine pour en faire un hôpital. Boisseau réagit en expliquant que les travaux sont trop avancés et que l'emplacement ne convient pas pour un hôpital car son terrain est "le plus mal sain, humide, aquatique" où "le malade ni respirerait qu'un air impur et infect", ce qui en dit long sur les conditions sanitaires du bas de la ville, aussi il propose le local des sœurs grises, ce qui est accepté par l'assemblée qui annule son décret(33). L'Assemblée décide aussi que les évêques seront élus. Celui de Saintes, Pierre-Louis de La Rochefoucauld publie un violent pamphlet contre une telle élection par des citoyens, même protestants et juifs "nos frères errants". Il refuse de démissionner et déclare qu'un évêque élu sera "un intrus, un faux berger chargé de tous les anathèmes de l'église" et demande à ses ouailles de ne pas participer "à un tel crime"(34). Peine perdue, Robinet, curé de Saint-Savinien, est élu évêque constitutionnel par l'assemblée départementale de la Charente-Inférieure. En mai, plusieurs Royannais, dont Daniel Renaud, créent la Société des Amis de la Constitution, émanation du Club des Jacobins de Paris; La Tremblade en crée une également avec 52 membres. Le 27 juin 1791 la municipalité, ayant appris la fuite du roi à Varennes et
143 son arrestation, fait battre le tambour et assembler la garde nationale qui patrouille la nuit et met six sentinelles au quai, au pont des Loges, à Mons et aux halles(35). Face à cette inquiétude Saintes précise que les armes de la garde nationale ne doivent être confiées qu'à des mains sûres, afin de servir à "contenir dans les bornes du respect dû à la loi, la tourbe effrénée des mal intentionnés qui ne cessent de fomenter les troubles dans l'intérieur et d'ourdir des trames odieuses contre notre liberté"(36). De nombreuses rumeurs circulent et la municipalité prend un arrêt insolite "interdisant aux particuliers de l'un et l'autre sexe de tenir des propos calomniateurs et dangereux", à cette annonce une dame Barrot manque de se faire arrêter pour avoir déclaré en public que "les officiers municipaux sont de foutus sots"(37). Pendant ce temps l'affaire du ris de veau continue d'empoisonner la vie de la municipalité qui reçoit l'ordre du département, le 28 mai, d'annuler sa décision contre Barraud. Forte de son bon droit moral, elle refuse d'obtempérer, aussi le directoire du district de Marennes rappelle en juillet "les officiers municipaux de Royan aux vrais principes et à l'obéissance envers l'autorité légitime". Si la fête patriotique du 14 juillet est célébrée avec un éclat particulier et se termine par un grand dîner sous les tentes d'un autel de la patrie, l'ambiance se détériore. Le jésuite Vertujol venu de Marennes se réfugie à Mons chez le juge de paix Vallet de Salignac pour trois jours, la municipalité de Marennes, en accord avec Royan, "délègue le citoyen Daniel Renaud pour surveiller le suspect"(38). Le baron de Mornac, Pierre Boscal de Réals, quitte la France avec sa femme et son fils et le marquis Charles-Louis Gabriel de Conflans enseigne des Gardes françaises émigre quand son unité est licenciée. Un rapport fait durant l'hiver 1790 signale que la rue du Hâ a "six pouces de boues, des tas de pierres et de graviers; des tas d'immondices; un mât de chaloupe de 23 pieds; une ancre posée sur cinq pierre et un creux de chaux de 20 pieds de long", d'autres rues ont des parcs à cochons, des casses à fumier et les habitants ne se gênent pas "pour griller les gorets devant leur porte en pleine ville ou de vider des vases par la fenêtre", il s'agit bien entendu de vases de nuit; quant à la place de l'aire, elle sert de "grillerie à porcs pour plusieurs bouchers". Aussi, comme beaucoup d'étrangers traversent la ville, un arrêté municipal d'août 1791 recommande aux habitants "en vue de faire honneur à nos visiteurs", de nettoyer le devant des maisons, d'enlever le terreau, d'arroser matin et soir et défend formellement de jeter des détritus dans les rues "même l'eau qui a servi à faire cuire la santé". La municipalité a bien du mal à se faire obéir, les laitiers vendent du lait avec une fausse mesure, une roquille; les bouchers vendent de la vache pour du boeuf et sont obligés de laisser l'animal attaché à un pilier des halles avant de le tuer pour éviter toute supercherie; le pain, base de la nourriture, n'a pas le poids réglementaire et les aubergistes utilisent des "rabatteurs" pour attirer le client, ce qui est interdit, ils vont même plus loin en faisant "des promesses que la pudeur ne permet pas de citer". Certaines auberges sont en fait des cabarets borgnes où l'on joue, l'on boit plus que de raison et où les servantes "extraordinairement vicieuses" sont des "marchandes d'amour et des filles de joie"(39). Même la tour du Chay pose problème car son escalier intérieur en pierre de la côte se décompose et se transforme en un simple plan incliné très fatigant, de plus cette tour affaisse le terrain d'un voisin qui veut des indemnités d'autant plus qu'elle occasionne des tourbillons de vent d'ouest qui abîment la toiture de sa maison(40).
144 Le prieur Delon doit céder son église le 21 septembre 1791 à un prêtre assermenté, Pierre-Jean Faye, ardent révolutionnaire, curé et maire de l'eguille où il est "l'ami et le père des pauvres". Taillet, vicaire-général de Saintes ami de Delon et de Salignac, décrit Faye, qu'il nomme Fage, comme un individu qui à l'eguille "a soulevé le peuple contre son seigneur, lequel étoit en même temps son bienfaiteur et son créancier, l'a forcé à s'enfuir et, après son départ a vidé et spolié son château et qui, fier de cet exploit, a été s'emparer à main armée de la cure de Royan et y a épanché tout son fiel contre les nobles et les prêtres, surtout contre l'estimable pasteur [Delon] qu'il avoit dépouillé et dont la présence et les vertus le fatiguoient"(41). Ce changement ne se passe pas au mieux car la population catholique est profondément divisée, Delon, très opposé au nouveau venu, trouve refuge chez Vallet de Salignac, et est "coudoyé rudement" par le tonnelier Mesnier(42). Le curé Faye incite ses nouveaux paroissiens à payer rapidement l'impôt car il est maintenant "bien réparti et bien utilisé suivant la volonté des représentants du peuple"(43). Malgré un ordre comminatoire en septembre, la municipalité refuse toujours de réintégrer Barraud. La conclusion de l'affaire du ris de veau tombe le 21 octobre 1791 quand la municipalité de Royan se fait elle-même suspendre par le directoire du département pour avoir suspendu illégalement de ses fonctions un des représentants de la commune "sans qualité pour le juger", le tout aggravé par "un faux point d'honneur qui lui sert de motif et d'excuse pour perpétuer sa désobéissance" inadmissible pour des hommes publics qui doivent donner l'exemple(44). La municipalité, vexée, s'acharne, en appelle à l'assemblée nationale, puis le 4 décembre le "maire de Royant" écrit au ministre de l'intérieur, une lettre à l'orthographe fantaisiste, où il maintient son accusation et demande, au nom des 2.100 habitants, de se faire réintégrer "en l'esprit de la paroisse ou nous avons été placardé humilié et fletry"(45). Si finalement un an après le début de cette ridicule affaire, la sentence administrative est levée et les poursuites judiciaires abandonnées, Daulnis de Puiraveaux, qui admet mal les nouvelles règles démocratiques, quitte la mairie après avoir brisé une grève des boulangers qui refusent une nouvelle taxe sur le pain, en faisant réaliser une fournée sauvage dans l'ancien four banal qui prouve que, malgré cette taxe, ils ne perdent pas d'argent(46). ARRIVÉE DU JACOBIN DANIEL RENAUD A LA MAIRIE (1791-1792). Après deux nobles, Daniel Renaud le nouveau maire élu en janvier 1792 est bourgeois, protestant, franc-maçon, il signe avec les trois points, et jacobin militant. Comme la guerre avec l'autriche menace, Faye et Bellamy écrivent au roi au nom des "fidelles citoyens de la commune de Royan" pour le féliciter de "venger la nation outragée" et affirmer qu'il n'a "rien à redouter des suites de cette guerre". Le roi se déclare touché de ces sentiments(47). Quant aux citoyens royannais de la Société des Amis de la Constitution, ils prêtent un serment solennel à la loi, à la constitution et à la liberté, déclarant leur "aversion contre les émigrants, les prêtres réfractaires et les ennemis de la révolution"(48). Daniel Renaud, ancien capitaine de navire, tente de relancer le "quay ou jettée" de Teulère et demande 200.000 livres à l'assemblée car "cette opération occuperait quantité d'ouvriers qui sont dans ce Bourg en très grand nombre et, dans ce moment, sans occupation".
145 Malheureusement Brémontier, ingénieur de Bordeaux, estime que le port de Royan, qu'il ne connaît pas, ne peut revenir à son ancienne splendeur car la pointe de Grave "que la mer va peut-être engloutir dans un petit nombre d'années" ne le protège plus et que sa pointe rocheuse [Foncillon], considérablement diminuée, n'est plus en mesure d'abriter le môle envisagé, aussi "les navires ne seraient pas en sécurité dans un port où la vague venant du large n'est interrompue ou brisée qu'une fois". Brémontier ne met pas en cause les calculs savants de Teulère "d'ailleurs très bien faits", mais réfute ses "théories encore incertaines des vagues", trouve son môle d'une épaisseur insuffisante, d'une direction incorrecte et difficile à construire, bref son projet est "trop dispendieux juste pour les pilotes" et il conseille d'améliorer le port de Saint-Georges. Inutile de dire que les Royannais sont consternés. Teulère répond à Brémontier, en regrettant d'avoir à contredire un artiste qu'il respecte infiniment, mais ses "raisons sont fondées sur plus de seize années d'observations et d'expériences, soumises au calcul". Un autre mémoire rappelle qu'il "n'y a aucun peyrat, ni quay, pour faciliter l'embarquement ou le débarquement des passagers, qui sont communément au nombre de 300 à 400 par semaine et courrent risque de se casser bras et jambes et d'être retardés aux auberges dont le séjour est fort cher". Quant aux navires en perdition, trop souvent ils "tirent du canon très infructueusement" pour se procurer du secours quand les chaloupes des pilotes sont échouées à marée basse. La municipalité relance les autorités sans résultat. Le maire Renaud écrit au ministre de l'intérieur pour se plaindre que ses lettres concernant le quai du port, les inscriptions à mettre sur les édifices du culte, et la "Brigade de Gens d'arme", sont restées sans réponses. Il estime que la municipalité est "véritablement humiliée du silence" car si ses "demandes sont indiscrettes, un mot de réponse devroit nous le faire conoitre"(49)! Si Renaud parle des édifices du culte, c'est qu'il est question de les appeler "temples de la vérité". Le prieur Delon intervient encore contre la procession du dimanche des Rameaux conduite par le curé Faye, aussi la municipalité prie Vallet de Salignac "d'inviter le curé Delon à plus de réserve et à quitter la paroisse"(50). Les aspirants pilotes veulent exercer leur métier sans payer de redevance à l'ancien corps privilégié des pilotes lamaneurs, ainsi le fils du pilote Roy fait entrer un navire alors qu'il n'a pas de patente ce qui provoque une effervescence inquiétante et la municipalité craint qu'avec les anciens pilotes "ils en viennent aux coups". L'affaire est présentée au procureur de Marennes qui refuse de statuer, mais la loi ramène l'ordre en imposant que les aspirants aient au moins 30 ans et six mois de navigation et passent un examen avant d'être pilotes et fixe le nombre de ceux-ci à 40 pour Royan et Saint-Georges(51). Les forêts de notre région ne sont pas encore très sûres, car le directoire du département offre des primes pour tuer les loups, la tête présentée comme preuve est payée 15 livres pour une louve, 12 pour un loup et 3 seulement pour un louveteau, une prime supplémentaire est offerte pour un loup enragé(52). La Révolution bascule dans la violence avec l'insurrection des Tuileries et l'arrestation du roi le 10 août 1792. La lutte contre les ennemis de l'intérieur s'intensifie, l'évêque de Saintes est arrêté à Paris et les prêtres réfractaires ont quinze jours pour quitter la France. Les assermentés ont aussi des ennuis, Rousseau de Gestier curé de Vaux, Pain vicaire de Mornac, et même Faye qui conseille pourtant aux autres de payer leurs impôts, sont
146 dénoncés pour "modicité de leur don patriotique"(53). Par un étonnant retour des choses, le Récollet Labole de Saint-Georges se réfugie chez le pasteur Jarousseau qui lui prête une chaloupe pour partir en Espagne. De nombreux prêtres, dont Delon de Royan, Segond de Saint-Georges, Taillet vicaire-général de Saintes s'embarquent à Royan pour l'espagne sur la chaloupe du pilote royannais Mollard qui les transfère ensuite sur un bateau au large. Cet exode a lieu le 2 septembre et, d'après ses ennemis, Faye "lorsqu'une multitude de prêtres étoit réunie à Royan pour s'embarquer fit courir le bruit qu'ils venoient pour l'égorger, demanda des gardes de sûreté, fit sonner le tocsin au milieu de la nuit et excita un mouvement fâcheux qui pouvoit aller loin". Ce même jour, à la prison des Carmes à Paris, l'ancien évêque de Saintes Pierre-Louis de La Rochefoucauld est brutalement lynché par la foule avec tous les autres prisonniers(54). La Société des Amis de la Constitution se transforme en Société des Amis de la Liberté et de l'egalité, présidée par Thomas négociant, et intervient, aux côtés de la municipalité, pour gérer la ville. La Société de Royan félicite l'assemblée nationale pour le travail fait depuis le 10 août et rappelle qu'elle a secondé de son mieux les "efforts pour repousser du territoire français les hordes étrangères", équipé et armé quatre volontaires qui sont au camp de Soissons et quatre autres qui sont dans l'armée du Midi, donné 734 livres pour les frais de la guerre et assure qu'elle "consacrera la dernière obole et la dernière goutte de son sang pour le maintien de la liberté et de l'égalité". Cette lettre est signée par Thomas, ainsi que par le curé Faye et Cassant comme membres du "comité de correspondance", en réalité comité de surveillance(55). Bednarski est élu juge de paix en remplacement de Vallet de Salignac, qui ayant pris de gros risques pour aider les prêtres réfractaires, préfère se retirer de la vie publique et marie sa fille unique Angélique-Alexandrine-Elisabeth-Thérèse à Raymond Labarthe, le chevalier Raymond de Labarthe selon Robert Colle, qui oublie vite sa particule et dont nous aurons l'occasion de reparler (56). LA RÉPUBLIQUE EST PROCLAMÉE (1792-1793). La Convention proclame la République le 21 septembre 1792 et la Marseillaise est chantée à Royan pour la première fois le 4 novembre par le secrétaire de la mairie Boullet sur la place du Canton, lors d'une fête patriotique pour célébrer la victoire de Valmy, "autour de l'arbre de la liberté, aux cris de: Vive le Liberté! Vive la République!"(57). La vente des biens des émigrés ne se passe pas sans difficultés, quand le mobilier de la famille Boscal de Réals de Mornac est vendu à la criée, une plainte est déposée par Roulleau, maire de Mornac, suite à une lettre anonyme qui déclare que certains officiels, dont Bednarski "vice-procureur syndic" ont bénéficié de la vente, mais ils sont tous acquittés(58). La Révolution prend un tour de plus en plus sanglant avec la mort du roi le 21 janvier 1793 et l'entrée en guerre de l'espagne et de l'angleterre. Aussitôt les "citoyens libres" de la Société de la Liberté et de l'egalité de La Tremblade écrivent aux législateurs: "Sous le règne du despotisme la guerre était une calamité publique, sous le règne de la liberté elle est un besoin. Nous sommes presque tous marins, dîtes un mot et nous sommes sur les flots. Nous porterons la liberté aux extrémités du monde"(59). La Société de Royan certifie les dons faits
147 par les communes de Royan, Vaux, Saint-Palais et Mornac pour "les frères d'armes qui sont aux frontières", puis la Convention propose un hôpital pour les marins à Royan et décrète la levée en masse, très impopulaire, pour laquelle le district de Marennes doit lever 362 hommes pour l'armée des Côtes(60). En mars Jean-Thimothée du Repaire est arrêté à Chénac comme suspect car son fils a émigré; bien que septuagénaire et infirme ce noble, si lucide au début de la Révolution, est transféré au tribunal révolutionnaire de Rochefort sous l'accusation d'avoir préparé un débarquement à Saint-Palais. Une autre suspecte arrêtée à Saint-Georges, Marthe de Saint-Légier, est aussi transférée à Rochefort(61). La nervosité de nos sans-culottes est justifiée par des descentes de corsaires ennemis vers Bonne Anse, avec razzia de bestiaux dans les marais, à tel point que les habitants des Mathes doivent faire le guet sur la côte à tour de rôle(62). Le drapeau tricolore du 3 bataillon des volontaires de la Charente-Inférieure, est béni par le curé Faye sur un autel de la patrie dressé sur la Grande Conche le 1 avril, en présence de presque toute la population venue acclamer la première apparition du drapeau de la liberté. Quelques jours après, les sans-culottes interceptent une lettre du meunier Moufflet à la dame de Belmont qui lui a confié ses affaires depuis son départ par prudence vers un autre manoir. Ils jugent que cette lettre contient des "termes de mépris pour les défenseurs de la République" et l'arrestation de Moufflet est décidée. Une patrouille part l'arrêter à Belmont, elle fouille sans succès le château et la ferme, puis le moulin étant fermé à clef, la patrouille enfonce la porte à coups de crosses et retrouve Moufflet caché derrière une meule de foin, et camouflé en "pierrot" car il s'est roulé dans la farine pour mieux se dissimuler. S'il est aussitôt arrêté avec quelques bourrades l'affaire n'a pas de suite, après avoir fourni quelques explications et exprimé ses regrets, Moufflet est vite relâché(63). Les corsaires anglais bloquent la Gironde et capturent des navires dès le début avril. Aussi Faye et Thomas du "comité de correspondance de la Société des Amis de la Liberté et de l'egalité séante à Royan" écrivent au ministre de la Marine pour lui signaler le dénuement où se trouvent nos côtes face aux corsaires anglais et espagnols, ils lui demandent "quelques batiments armés de guerre" et de "mettre les batteries en état", alors qu'elles ont été visitées par des ingénieurs depuis plus d'un mois mais que "tout reste dans un état de torpeur effrayant" et terminent avec lyrisme par "Notre dévouement à la chose publique vous déterminera sans doute à faire cesser nos justes allarmes". Le maire Renaud relance le même ministre, avec une orthographe aussi fantaisiste que son prédecesseur: "Nous réclamons depuis quelques tem des Moyen deffence pour l'entrée de notre Rivière, ditte la Gironde, des Corsaires Grenezay [de Guernesey] sont venus presque dans les passes prendre des bâtiments chargés de bled. Ils ont même pris une chaloupe de Pilotte qu'ils ont gardé 26 heures et de laquelle ils se sont servis pour amariner les prises qu'ils ont fait", il demande une "Fregatte en attendant que nos Batteries soient reédiffiées, pour empecher les rapines des Corsaires" et assure que nos marins "ont tous paru bien disposés pour le Mintient des Loix Républicaines et nous ferons notre Posible pour que ceux qui restent soient contans dans les mêmes sentimens". Gibouin mentionne aussi que l'entrée de la rivière est dénuée de toute défense et en mai les autorités maritimes de Bordeaux ordonnent la mise en défense des ports de la côte et envoient la frégate Andromaque qui, deux mois plus tard, arraisonne un corsaire anglais. Malgré de nouvelles réclamations des marins, le ministre de la Marine
148 décide de conserver définitivement les reverbères à Cordouan car revenir au charbon coûterait trop cher(64). Les 31 mai, 1 et 2 juin 1793, les Montagnards triomphent à Paris et éliminent les Girondins. Fin juin, la commission populaire de Salut Public du département de la Gironde à Bordeaux s'élève contre la Convention "maintenant vendue à la faction dominante et aux calomniateurs des vrais amis de la liberté". Cet appel à la rébellion est envoyé à toutes les municipalités des départements voisins et bien que le club de Royan n'adhère pas aux thèses bordelaises, cela crée des troubles. Alexandre Courault, élève de 23 ans des constructions navales occupé aux travaux de fortification de Royan, est accusé d'avoir provoqué une insurrection contre les journées de mai et juin et l'adjudant-général Augé, commandant des troupes à Royan le fait arrêter. Courault refuse de prendre un défenseur et déclare "la Convention n'avait pas le droit de porter atteinte à la liberté de quelques uns de ses membres". Accusé de fédéralisme, il est transféré au tribunal révolutionnaire de Rochefort. Fin juillet, la commune de Royan soutient la Convention et prend nettement position, à cause de l'influence importante des protestants en son sein, "pour la défense de la République contre les rebelles de la Vendée", aussi elle offre 49 chemises, 2 paires de bas et un pantalon. L'Eguille offre 10 chemises et 2 paires de bas et Saint-Augustin 8 chemises, une paire de bas et une veste"(65). Le passage réitéré de marins et de volontaires, auxquels "l'humanité de nos concitoyens ne peut refuser leur nourriture", provoque une extrême disette dans la commune et les "funestes ravages" de la famine ne sont évités que par le don de 40 tonneaux de froment des greniers publics de Marans, mais les Royannais se plaignent que Talmont exporte des grains à des agents de Pitt et Cobourg qui cherchent à nous affamer en période de disette affreuse(66). La "Société populaire de Royant" adhère "à l'unanimité à l'acte Constitutionnel", la Constitution de l'an I, très démocratique mais jamais appliquée et ce n'est que le 30 août, donc avec un prudent recul, qu'elle accorde son soutien aux Montagnards(67). La Convention ayant ordonné la destruction des titres féodaux et "la suppression de toutes les effigies qui attestent la royauté", Gibouin efface à Cordouan "toutes les inscriptions et légendes de ce genre" et amène les bustes royaux à Royan pour les envoyer au muséum de Bordeaux (68). Puis elle envoie Ysabeau et Tallien comme représentants en mission pour mettre un terme à la rébellion bordelaise. Ysabeau annonce fin août de La Réole: "Notre plan est d'enlever à la faction tous les moyens qu'elle aurait de s'étendre. En conséquence, nous avons un agent fidelle qui se charge de s'emparer de la citadelle de Blaie et de Royan". Puis le 1 septembre "Notre agent s'est assuré en même temps de la poudrière de Lormont, du Fort Médoc et de celui de Royan. Nous avons reçu les nouvelles les plus satisfaisantes sur le succès de cette mission, qui se terminera sans brûler une amorce"(69). Le Comité de Salut Public envoie le général Brune superviser les mesures militaires et encourager la levée en masse. Il visite Royan, s'assure de son état de défense en concertation avec les représentants du peuple, nomme le capitaine d'artillerie Louis- Emmanuel Bazignan "commandant temporaire en chef" de la batterie de Guette l'ami et fait construire à Royan un corps de garde, une poudrière et des magasins. La batterie de Guette l'ami est remise en état et reçoit 40 canonniers et 25 fusiliers placés sous les ordres du citoyen Alexandre Pittsan commandant de la garde nationale de Royan. Si nécessaire, 200
149 hommes se porteront à la batterie, confiée au garde d'artillerie François Bellamy(70). LE COMITÉ DE SURVEILLANCE RÉVOLUTIONNAIRE SOUS LA TERREUR. (1793-1794) En septembre 1793 commence une période brutale, la Terreur, une révolution culturelle en rupture complète avec le passé, symbolisée par le calendrier révolutionnaire qui commence curieusement par l'an II. Une vigoureuse déchristianisation a lieu sous l'impulsion de Lequinio, conventionnel en mission à Rochefort. Certains prêtres renoncent formellement à leurs vœux pour "se livrer désormais à éclairer les hommes sur leurs vrais intérêts", comme les curés de Breuillet, des Mathes, de Puyravaud, d'arvert et l'évêque constitutionnel de Saintes. Faye, "cidevant curé", devient secrétaire-greffier de la mairie et directeur de l'hôpital de Royan, il est chargé d'épurer la société populaire et se marie avec la fille du chirurgien Dubois. Doussin, curé de La Tremblade, se marie également et "infecte du poison contagieux de l'erreur" les religieuses de sa ville et Mazauric, pasteur à Royan, devient le "ci-devant ministre du culte". Les villes ayant un saint dans leur nom, ou des "momeries presbytérales" selon Lequinio, prennent une appellation révolutionnaire. Saintes devient Xantes; La Tremblade, Réunionsur-Seudre, car des révolutionnaires ne tremblent devant personne; Saint-Augustin, La Forêtsur-Mer; Saint-Palais, Les Chaumières-sur-Mer; Saint-Georges de Didonne, Cana et Saint- Sulpice, Les Montagnards(71). Nos sans-culottes ne sont nullement des brutes sanguinaires mais ils créent, sur les conseils d'ysabeau et de Tallien, un comité de surveillance révolutionnaire qui soutient l'action du Comité de Salut Public parisien. Ce comité local, présidé par le maire Daniel Renaud, comprend douze membres. Il accorde un certificat de civisme le "5 jour du 1 mois de l'an II de la République" à Michel Garnier, certificat qui porte un tampon de cire rouge marqué "comité de surveillance de Royan"(72). La chasse aux suspects s'intensifie. A Issy, près de Paris, les sans-culottes du Bonnet Rouge arrêtent comme suspectes, le 3 brumaire an II, Marie-Charlotte de Senectère maréchale d'armentières et sa belle-sœur chez qui elle réside, la princesse de Chimay. Elles sont incarcérées à la maison d'arrêt des Oiseaux, rue de Sèvres à Paris, petite prison qui contient environ 150 détenus traités assez décemment par leurs geôliers, moyennant finance. Certains prisonniers peuvent garder leurs meubles, parfois leurs domestiques et avoir la liberté de se promener dans un jardin. Comme les sansculottes ne veulent pas perdre cette source de profit, cette prison est considérée comme une assurance contre la guillotine(73). A Rochefort, le tribunal révolutionnaire ne chôme pas, s'il acquitte Dugua, le ministre protestant d'arvert, le jeune Alexandre Courauld, arrêté à Royan comme Girondin, est condamné à mort et exécuté, comme Jean-Thimothée du Repaire qui monte sur l'échafaud malgré ses 70 ans. La baronne de Saint Légier sauve sa tête et est condamnée à "l'internement à Brouage jusqu'à la paix" tandis que Boisnard, jeune Royannais de 26 ans, est déporté à la Guyane(74). Le "Cinquieme Jour de la Premiere Decade du Second Mois l'an 2 de la Republique une et indivisible", Renaud et Faye "commissaires au sequestre des biens des Emigrés & Deportes" se transportent chez le citoyen Vallet à Mons car ils ont appris qu'il conservait les meubles du "nomé Delon Cy-devant Prieur de Royan Pretre Deporte". Ils font l'inventaire sans difficulté puis séquestrent les biens du curé Delon, qui comprennent une vache avec son
150 veau, entre les mains du sieur Vallet. Tous ces biens sont ensuite vendus pour 465 livres(75). Le gouvernement met auprès des administrations locales des agents nationaux qui ont une puissance redoutable. Correnson est nommé le 11 nivôse an II agent national à Royan et est chargé de se faire remettre "les différentes pièces d'argenterie que les municipalités du canton de Royan doivent avoir recueillies des différentes églises"(76). Le Comité de Salut Public parisien écrit au Comité de Surveillance de Royan "Que vos inquiétudes cessent, les mesures sont prises, le Représentant Lequinio se rendra aux observations que le Comité lui a faites dans sa sagesse. Continuez de surveiller et nous serons bientôt délivrés de tous nos ennemis"; ce texte fait sûrement référence aux outrances de Lequinio, qui vient de parler à Saintes "des ridicules superstitions de la religion, de la fourberie des prêtres et conseillé aux citoyens de réunir, chaque décadi, la société populaire pour un banquet fraternel dans le temple si longtemps dédié au mensonge"(77). Un tel discours ne peut plaire aux sans-culottes protestants, d'autant plus que l'église de Saint- Pierre étant en mauvais état, c'est le temple qui a droit aux réjouissances laïques du décadi. L'abbé Travers cite l'étonnant exemple de cette déchristianisation aux Mathes où le maire Charron et les officiers municipaux "ont réunis tous les citoyens pour un banquet fraternel dans la ci-devant église qui sera désormais dénommée Temple de la Raison et destinée à nous recevoir en société populaire pour lire les nouvelles et les lois, en conformité avec l'arrêté Lequinio. Ce banquet, servi sans luxe, se termine par des acclamations Vive la République, Vive la Montagne, des danses de la Carmagnole et la promesse de s'y retrouver chaque décadi". Selon un procès-verbal, l'église est convertie en mairie, mais "considérant que tous les objets de bois servant au ci-devant culte catholique comme tabernacles, confessionaus et statue, sont de nature impropre à aucune utilité quelconque et que le district ne s'en pressant point de nous en débarasser, avons cru ne pouvoir mieux les employer qu'en les livrant aux flammes après une juste appréciation que nous avons estimé être de l'ordre de trois assignats et de dix sols pour le feu. Attendu que les mêmes statues qui portaient les noms de Saint-Symphorien, Saint-Paul, Saint-Pierre, etc... n'étaient pas propres à passer au creuset national, nous avons cru devoir les convertir en cendres pour les envoyer à la manufacture d'angely-boutonne [Saint-Jean d'angely], et ouï notre agent national avons arrêté que dans le jour, il sera fait un feu dans la ci-devant église pour tout à la fois convertir les saints en cendres et purifier par leur flamme les impuretés qui y ont été commises et en rendre l'air salubre". Ce morceau d'anthologie est "fait en la nouvelle chambre commune autour du feu des ci-devant saints de bois de peuplier"(78). La société populaire de Royan remercie la Convention pour son courage et sa fermeté, confirme "sa haine irréconciliable contre les tyrans" et fait mention de son don patriotique pour l'effort de guerre de "135 chemises, 45 draps de lit, 38 serviettes, 24 bonnets de laine et de coton, 8 nappes, 8 paires de bas, un paquet de vieux linge et charpie, 884 livres 10 sols en assignats". La société populaire fait partir pour Rochefort "un cavalier jacobin qu'elle a équipé à ses frais et le citoyen Brune, ci-devant général de l'armée révolutionnaire à Bordeaux, fait remplacer le commandant du fort de Royan qui, par son âge a droit aux récompenses accordées aux anciens militaires, et l'instituteur du fort, pour raison de son peu d'assiduité"(79). Le gendre de Vallet de Salignac, Raymond Labarthe, resté à Mons, dénonce Faye qui s'est permis de vendre le pressoir de vendange du prieuré, un bien séquestré, et a
151 abusé des billets de confiance établis par la société populaire pour faciliter la circulation des assignats. Faye répond en rappelant que les réparations faites au prieuré dépassaient la valeur du pressoir et que les fonds dans les coffres de la société populaire ne montraient aucun déficit, aussi avec le soutien du maire il conserve sa place de secrétaire-greffier de la mairie(80). Duvernay adjudant-général pour la défense des côtes inspecte avec Ysabeau la batterie [Guette l'ami] à Royan, rebaptisée Fort Républicain. Il note sans complaisance que cette batterie "demi-elliptique est trop retressie" pour plus de six canons, aucun affût ne résiste à plus de trois décharges, les obus n'atteignent que le tiers de la rivière et donc ne se croisent pas avec les tirs de la pointe de Graves, le magasin à poudre est humide, les canonniers du pays sensés faire le service des pièces sont hors d'état de tirer un coup de canon, le corps de garde est mal exécuté, le four à rougir les boulets n'est pas achevé, enfin cette batterie est surchargée d'officiers et de commandants en tous genres, et le commandant en second Desplats n'a ni l'intelligence, ni la santé, pour ce poste(81). La société populaire de Royan vote un témoignage de reconnaissance à Ysabeau qui cesse ses fonctions et estime, avec pas mal d'optimisme, avoir "assuré la défense de ce point important de la République" pour le mettre a l'abri de toute invasion étrangère, mais qu'il reste "beaucoup à faire" et qu'il y règne une disette de subsistance(82). A Royan, ainsi qu'à La Tremblade, un citoyen Dézérit récolte le salpêtre, et un sieur Pelloton afferme la "maison curiale de Royan, le jardin y attenant et l'église" pour 400 assignats par an, voit peu après la maison et l'église réquisitionnés pour servir de caserne aux troupes, ce qui ne gênera nullement l'administration pour lui réclamer son fermage cinq ans plus tard(83). Le 9 prairial an II, près de Brest, le Vengeur refuse de se rendre à la marine anglaise et coule pavillon haut. Cet acte de courage enflamme l'imagination populaire, particulièrement à Royan car sur les 723 hommes d'équipage, dont les deux tiers périrent dans les flots en chantant, figurent des Trembladais et 16 Royannais (84). Quand la Convention bannit "de toutes les contrées de France ces jargons qui sont les lambeaux de la féodalité et de l'esclavage", c'est peu apprécié dans nos campagnes où le patois saintongeais se parle couramment mais cela n'empêche pas la société populaire de Royan de confirmer son attachement inviolable à la révolution. Quant à la maréchale d'armentières, elle reste tranquillement à la prison des Oiseaux, et le rapport du "comité de surveillance d'issy l'union", reconnaît que la suspecte est inoffensive: "Nous ne conoissons ni sont caractaire, ni sont opinion parcequelle sest remfermée chez elle a toutes les époques"(85). Malheureusement Fouquier-Tinville, le terrible accusateur du tribunal révolutionnaire, recherche la princesse de Chimay et apprend au hasard d'une conversation où elle est détenue. Aussitôt l'engrenage infernal se met en marche. Le 7 thermidor le cas de la princesse de Chimay est porté devant le tribunal avec vingt-neuf autres personnes, dont "Marie-Charlotte Senectère veuve Darmentières" qui a, selon l'acte d'accusation de Fouquier-Tinville, "fait émigrer son fils et n'est restée dans l'intérieur de la République que pour travailler avec la cy-devant princesse de Chimay et la cour perfide du traître Capet au renversement de la liberté et au rétablissement de l'ancien régime". Ce même jour dans l'après-midi, l'huissier du tribunal vient à la maison des Oiseaux chercher onze prévenus dont "Darmentière et Chimay", Marie-Charlotte de Senectère répond "Me
152 voilà" à l'appel de son nom depuis sa fenêtre avec la sérénité qui ne l'a jamais quittée et les onze, comptés et recomptés, sont emmenés dans une charette à quatre roues jusqu'à la Conciergerie. Les trente prévenus passent devant le tribunal révolutionnaire dès le lendemain matin 8 thermidor an II. Après une délibération du jury de neuf minutes et demie, ces ennemis du peuple sont tous condamnés à la seule peine que connaît le tribunal révolutionnaire, la mort. Le jugement est exécuté l'après-midi même. Les trente condamnés vont en charette de la Conciergerie à la "barrière de Vincennes" [place de la Nation] où, après avoir traversé en charette le sinistre faubourg Saint-Antoine sous les quolibets des "furies des guillotines", la dernière dame de Royan meurt sur l'échafaud à l'âge de 44 ans(86). Le lendemain Robespierre est arrêté et la Terreur est terminée! LA RÉVOLUTION S'EMBOURGEOISE SOUS THERMIDOR ET LE DIRECTOIRE (1794-1799). Thermidor marque la fin de la Terreur mais la Révolution continue en s'embourgeoisant. Daniel Renaud conserve la mairie et Faye reste directeur de l'hôpital, mais les comités de surveillance sont supprimés et la justice s'humanise. Roussel, un matelot malade de l'aimable-thérèse au Verdon, voulant coucher au sec dans l'entrepont, se dispute avec son capitaine et profère alors des "juremens horribles contre la République et contre ces coquins de patriotes qui ont fait mourir son roi et son curé", il aggrave son cas en criant "Vive le roi". Peu avant c'était la guillotine, mais amené à la maison d'arrêt de Royan, il déclare "si j'ai crié vive le roi, c'est en bêtisant" et Bednarski émet l'avis qu'il s'agit d'un simple blasphème politique proféré dans l'exaspération. Un peu plus tard, le même Bednarski demande aux représentants du peuple si les prévenus de Royan doivent être envoyés au tribunal révolutionnaire ou simplement remis en liberté(87). Par contre, Sureau et Goyer d'arvert sont arrêtés pour "rassemblement fanatique devant la maison qui servait aux ci-devants protestants à Avallon" et pour "entretien d'idées fanatiques et superstitieuses", soit simplement pour soutien au protestantisme(88). Les sociétés populaires sont mises en veilleuse, pourtant celle de La Tremblade souhaite la destruction de tous les moulins à eau sur les canaux et demande une nouvelle fois un canal entre la Gironde et la Seudre quand Gibouin signale le danger de l'embarquement à Royan où 300 ouvriers passent chaque décade au risque "de se casser bras et jambes ou d'être engloutis par les flots" comme avec "la gabarre du citoyen Aimé de La Grange qui coula avec sept charpentiers". Il mentionne le 7 pluviôse an III l'interruption depuis dix jours des communications maritimes avec Bordeaux à cause des glaces, et les voies terrestres ne valent guère mieux avec la neige. La rivière charrie des "bancs énormes de glaces" et un convoi perd neuf bateaux en Gironde. Sur treize pilotes partis aider ce convoi, huit seulement peuvent monter à bord et réussissent à échouer des bâtiments aux Moinards et "dans les vazes du port de Royan". Pour remettre à flot la Caroline, sur laquelle un marin est mort de froid et deux autres ont eu les pieds gelés, il faut retirer la moitié du chargement. Gibouin qui fait "manipuler pour eux beaucoup de pain" en profite pour confirmer l'urgence d'une jetée à Royan. Bien qu'approuvée en l'an IV, rien n'est fait(89). Pendant ce temps la guerre continue. Des émigrés venus d'angleterre débarquent en
153 Bretagne à Quiberon et sont battus par Hoche, huit jours plus tard. Malgré les promesses faites, les prisonniers sont fusillés, parmi eux l'ancien abbé de Vaux Guérin de la Madeleine et Froger de l'eguille Localement la défense des côtes est assurée par la batterie de Guette l'amy "qu'on nomme le Fort Républicain", armée de "8 pièces de 36 livres", et qui posséde un fourneau à reverbère et des mortiers "car les boulets rouges et les bombes sont ce qu'il y a de plus redoutable". Le fourneau sert à rougir les boulets qui sont alors très utiles pour incendier les navires construits en bois. Le fort doit avertir, par des signaux, de tout ce qui se passe en mer. De nouvelles batteries sont proposées pour éloigner les corsaires à Suzac, à Terre Nègre et à la pointe du Requin pour protéger "la bonne ance". La côte entre Gironde et Seudre n'est pas défendue car toute progression d'un ennemi équipé d'artillerie y est jugée très difficile à cause des "dunes ou monticosités de sables mouvants"(90). Couvidou de Saint-Palais, père d'émigré, ose réclamer l'aide des autorités qui "par des mesures de sûreté" ont "puni des vieillards et leurs familles de 22 mois de détention et sequestré meubles et immeubles. Les immeubles sont mal gérés, livrés au pillage et dilapidés, un cours d'eau a été intercepté par les sables de la mer". Il est "sans asile, errans ça et la et sans moyens pour subsister" alors qu'un sac de blé, que l'on se "procure difficilement ainsi que tout ce qui est nécessaire à la vie", coûte 1.800 livres et son prix augmente chaque jour(91). La Convention proclame le 1 vendémiaire an IV la constitution dite de l'an III qui stipule les droits de l'homme suivants: liberté, égalité, sûreté et propriété, crée le Directoire, supprime les districts et annule les municipalités, trop révolutionnaires à son goût, dans toutes les communes de moins de 5.000 habitants, elles sont remplacées par un agent municipal élu assisté d'un adjoint. Ces agents, coiffés par un président, forment l'administration municipale du canton, surveillée par un commissaire nommé par le département. Daniel Renaud se retire, Michel Garnier est l'agent municipal de la commune de Royan et Correnson, maire des Montagnards [Saint-Sulpice], devient président de l'administration municipale du canton de Royan qui comprend à nouveau huit communes avec Saint-Augustin. Le commissaire du directoire exécutif du canton est Elie Thomas(92). Quelques mois plus tard, les Royannais célèbrent avec éclat les victoires de Bonaparte en Italie dans l'enceinte du fort de Guette l'ami, où blessés et morts tombés au service de la République sont honorés, le tout se termine par un banquet et des danses, par contre l'hôpital est supprimé et les halles, ainsi que celles de Mornac, dépérissent journellement(93). Teulère, nommé à Rochefort, se préoccupe toujours de la jetée car le ressac entre en ligne droite dans la rade de Royan dont le "roché est rongé et refouillé par la mer, l'embarquement et le débarquement deviennent impossibles dans le mauvais temps, comme la pointe de Grave se ronge, les maisons situées sur le bord de la mer seront plus frappées et il ne seroit pas étonnant qu'il s'en écroulât quelques unes l'hiver prochain". D'ailleurs, une grande marée de l'été fait un "ravage aux maisons". Les habitants profitent du passage de Teulère le 2 vendémiaire an V pour démarrer les travaux, et se cotisent pour un emprunt "libre et volontaire de 1.200 livres". Teulère fait immédiatement "planter des piquets et tracer la rampe", les Royannais sont ravis "Voilà enfin cette entreprise entamée". L'hiver suivant, les coups de mer font des avaries considérables à 2O chaloupes; en obligent 12 autres à se réfugier en Seudre; détruisent tous les perrons des maisons et mettent les fondements de ces
154 maisons à découvert. Pourtant seule une petite rampe de 2O toises de long est réalisée. Teulère défend son projet et les travaux recommencent le 4 brumaire an VI car la veille "une grosse mer a fait des avaries à la petite embarcadère". Mais Brémontier trouve la dépense trop considérable pour "un abri à quelques barques de pilotes" et demande une autre étude à un nouvel ingénieur. Pendant ce temps, Teulère termine la carte de la Gironde qu'il reléve depuis plus de vingt ans. Il la fait approuver par tous nos pilotes lamaneurs, avant de la faire graver et publier aux frais du gouvernement(94). Le général Avril expose la situation de Royan et de La Tremblade, petites villes où l'on s'occupe plus du commerce et de la culture des terres que d'affaires politiques, pays "fanatisé [religieux]" où cependant le peuple laborieux pense plutôt à améliorer sa propriété qu'à écouter les prêtres. Ce peuple, bon et simple, n'est pas le meilleur de la République, mais il n'est pas royaliste(95). Justement une réaction royaliste ayant été déjouée à Paris, des Royannais réunis en cercle constitutionnel croient bien faire en adressant leurs félicitations au Conseil des 500, mais celui-ci estimant qu'il "importe de maintenir les réunions de citoyens s'occupant de questions politiques, dans les droits que leur assure la constitution, autant il est nécessaire qu'elles se renferment dans les mêmes droits et, comme la pétition qui vient d'être lue leur est présentée en nom collectif, il demande qu'elle soit écartée de l'ordre du jour, ce qui est adopté"(96). La situation des prêtres réfractaires reste dangereuse, le curé de Saint-Georges, Segons, rentré d'espagne, est arrêté et va mourir dans les prisons de Rochefort(97). Une vivante, mais combien partiale, description de la vie royannaise est donnée par Faye dans sa lettre du 28 fructidor an V au "citoyen ministre de l'intérieur" où il déplore "l'esprit contre-révolutionnaire qui a dirigé depuis dix-huit mois l'administration municipale, les formes républicaines éludées et le titre honorable de citoyen avili, les fêtes nationales célébrées d'une manière dérisoire renvoyées au dimanche et la plupart du temps oubliées, nulle surveillance des étrangers qui se rendent à Bordeaux, repère de chouans et d'émigrés, tolérance criminelle des prêtres réfractaires et protection du citoyen Correnson aux ci-devant religieuses réintégrées dans leur maison, déclarée hospice civil, où était établi un hôpital de la marine. La réintégration des religieuses est une opération ténébreuse du parti royaliste, le jour où elles rentrèrent dans leur maison, les enfants et les domestiques de toutes les familles connues pour leur haine invétérée de la révolution les aidèrent, il y eut une procession scandaleuse pour trois jours, chaque journée étant terminée par un bal chez les bonnes nonnes". Il fustige ensuite l'administration locale car "la classe riche a été tellemen épargnée par l'emprunt forcé; le citoyen Thomas, commissaire du directoire exécutif, riche propriétaire marchand de drap, commissionnaire directeur de la poste, s'est taxé à 100 francs et les pauvres artisans au double" et elle s'est "empressée de s'entourer de tous les personnages puants d'aristocratie, son premier secrétaire fut le citoyen Barat, à peine sorti d'arrestation, puis Dumoulin, également arrêté par le comité de surveillance. Les meneurs à Royan sont Vallet dit Salignac oncle d'émigré, Couvidou de Saint-Palais père d'émigré, La Barthe gendre de Salignac, Gentil de Paroy [gendre du seigneur de Bellemont] neveu et frère d'émigré, Correnson réquisitionnaire fugitif président de l'administration, Cotard avocat du roi, Canson receveur, Garnier capitaine de navire actuel agent de la commune de Royan, Barat secrétaire général, Faudin père et fils pilotes lamaneurs, Béraud père perruquier et Boulan vitrier". Faye
155 demande de taire son nom car "j'avoirais de la peine à échapper à la vengeance de ces messieurs qui m'ont souvent fait l'honneur de m'inscrire sur leurs listes de prescription". Le ministre déclare que "ces contre-révolutionnaires doivent être remplacés", ce qui ne tarde guère. En effet, le 3 pluviôse an VI, le directoire du département suspend puis destitue Michel Garnier agent municipal de Royan pour "conduite anti-civique" et Cotard agent de Breuillet, pour "attachement à l'ancien régime et protection aux fanatiques", tous deux mentionnés comme contre-révolutionnaires par Faye. Le directoire destitue également Cerclé agent de Saint-Augustin pour "ignorance, nullité et faiblesse de caractère", Coutant agent de Médis et Yfave adjoint de Saint-Georges, pour "négligence, pusillanimité et défaut d'attachement aux principes républicains". L'administration royannaise prend fait et cause pour Michel Garnier victime d'une "accusation vague et insignifiante dont l'auteur n'ose se faire connaître", elle "reconnaît à Garnier présent qu'il fût un magistrat intègre, n'a pas favorisé le royalisme et le fanatisme, a maintenu la police la plus sévére dans la commune à la tête de laquelle sa confiance l'avait placé et donne, à l'unanimité, témoignage le plus éclatant à son civisme". Renaud, l'ancien maire, s'oppose à cette destitution et les officiers et sous-officiers de la 12 division maritime apportent leur soutien à "Garnier, commissaire des guerres", qui exhibe son certificat de civisme de l'an II et reste finalement en poste. Par contre Elie Thomas, commissaire du directoire exécutif de Royan, est révoqué car il est "directeur de la poste aux lettres" et les deux emplois sont incompatibles. Il est remplacé par l'auteur de la lettre "Faye l'aîné, ancien directeur de l'hôpital de Royan". C'est Labarthe qui mène la contre-attaque contre Faye pour lequel il a "le plus souverain mépris" avec une pétition signée par 50 habitants, Faye se défend, il critique Labarthe "intrigant coryphée des Royalistes de ce canton" qui a "donné un bal quand on apprit les malheurs de Rastat", et reproche à Daniel et Paul Renaud, propriétaires du temple, de faire preuve d'un "fanatisme outré" en s'opposant à ce que l'on y célébre les réunions du décadi. Le juge de paix Bednarski intervient contre Labarthe qu'il estime dangereux, et en faveur de Faye qui "touche à la fin de son X lustre [50 ans] et est père de famille après s'être dépouillé des scrupules attachés à la profession lévitique"(98). Métayer, ancien curé de Saint-Augustin et agent municipal des Mathes, qui a "donné constamment des preuves de sa haine pour le Gouvernement Républicain en fanatisant les esprits et en déclamant contre les lois qui ont sauvé la République et notamment contre celle du 19 fructidor" qui a institué le service militaire obligatoire, est suspendu par le Directoire le 28 messidor an VI, puis arrêté et déporté au bagne de l'île de Ré d'où il sera libéré l'année suivante "les accusations ayant été démenties depuis et reconnues calomnieuses"(99). Pour leur part, les protestants de La Tremblade manifestent leur opposition au calendrier républicain et aux réunions du décadi, alors qu'ils veulent célébrer les offices le dimanche. Ils obtiennent satisfaction, à condition d'éviter tout rassemblement sur la voie publique et, à Royan, le temple n'est plus utilisé pour les cérémonies décadaires(100). BONAPARTE ET LE RETOUR A L'ORDRE. (1799-1804) Napoléon Bonaparte met d'accord les révolutionnaires excités et les royalistes revanchards en s'octroyant le pouvoir le 18 brumaire an VIII. Les Royannais applaudissent à
156 ce coup de force et une grande fête populaire est organisée en son honneur aux cris de "Vive Bonaparte! Vive la Paix! Vive la République!". Labarthe fait un discours glorifiant ce grand général, ce jeune héros, qui vient de rétablir en quinze jours la paix avec l'angleterre et la Russie, où il déclare: "Depuis dix ans, une multiplicité de fêtes nous ont réunis, presque toutes désastreuses par leurs motifs, ou parce qu'elles ne nous annonçaient que les avantages d'une faction remportés sur une autre, et trop souvent un malheur de plus pour la patrie. Ces prétendues fêtes ne l'étaient que pour les intrigants, ou pour de vils instruments d'une stupide et atroce tyrannie"(101). Labarthe dénonce à nouveau Faye et demande s'il est "digne de représenter auprès de nous le héros auquel la France doit l'espoir le mieux fondé de son bonheur à venir". Faye se contente de déclarer que Labarthe a fait signer "des gens simples et crédules, ses valets, ses colons, son perruquier et son boucher". François Daulnis, maintenant lieutenant du port, dénonce aussi Faye au citoyen Lucien Bonaparte ministre de l'intérieur pour avoir délivré un passeport à un maître d'équipage royannais déserteur et corsaire; fait libérer un prisonnier de la maison d'arrêt; abusé de ses pouvoirs de "comisaire du gouvernement a la Deministration munisipalle" en ordonnant au détachement du fort "de ce randre aux differante entrés de notre ville pour y enpaicher la rivage de toutes espesse de provision comme eufs, beure, poulais dehort le jour du marché que les paisant de la campagne ne conaise presque plus par la variété des quantiéme des mois, cequi rant tout icy dun prix exorbitant et cequi fait crier encore les malheureux marinsqui désande de la rade pour yvenir chercher des rafréchisement". Il ajoute que Faye "ce fait une gloire davoir abandonné son brevière et fait fainte de chérir la république et comme vous voyés en est lenemy juré, il resemble aux fauxcon qui endort sa proie pour mieux la déchiré"(102). Malgré son orthographe fantaisiste, la lettre atteint son but et Faye doit quitter Royan pour devenir commis de la marine à Rochefort(103). La Constitution de l'an VIII recrée des municipalités mais avec des maires nommés par le pouvoir, Daniel Renaud reprend la mairie et Saint-Augustin est définitivement rattaché au canton de La Tremblade. Les notables n'ont pas été chassés par la Révolution puisque parmi les personnes les plus imposées du département figurent Labarthe, ainsi que Vallet-Salignac et Legentil-Leparois, qui ont perdu leurs particules, mais ni leurs fortunes, ni leurs propriétés de Mons et Belmont. Louis Gabriel Conflans, dont le domaine et le château de Didonne ont été vendus comme biens nationaux à un négociant bordelais, rentre à Paris et, sans doute dans l'espoir de récupérer une partie de son héritage, fait modifier par un jugement le registre du tribunal révolutionnaire. Il fait remplacer "veuve Darmentière" par "veuve de Louis de Conflans car Darmentière est une qualification féodale réprouvée par la loi" et modifier assez curieusement l'âge de sa mère le jour de sa mort en remplaçant 44 ans par 43 ans, 8 mois et 12 jours(104). Le Premier Consul ramène la paix religieuse en signant le Concordat sans que l'eglise conteste la vente des biens nationaux. L'église et le temple sont réouverts à la satisfaction générale, le curé Guérin, et le pasteur Dubaptiste, sont nommés et payés par l'etat, quant à Delon, rentré en France, il est nommé à Arvert(105). Le vieux corps de garde de la pointe de Foncillon "depuis longtemps abandonné ainsi que les anciennes redoutes ou batteries auprès desquelles il est situé" est mis à la disposition des douanes(106). Le maire Daniel Renaud
157 veut améliorer le temple, qui n'a d'accès sur la Grande Rue que par la très étroite ruelle de Guitton où le menuisier Avrilleau a mis un porche avec une porte que le conseil municipal fait démolir pour la plus grande satisfaction des protestants, mais Avrilleau porte plainte et un procès interminable débute(107). Une pétition des pilotes demande au ministre de "venir au secours de ce port oblique" car l'hiver a une violence dont on a peine à se former l'idée, Teulère propose de couler trois vieux bâtiments pour en faire une digue mais Leclerc, nouvel ingénieur départemental, revoit le projet du port. Le gouvernement promet un effort mais au contraire le Conseil d'etat exige des économies et bloque le projet, on parle d'une jetée provisoire et pour Leclerc "il vaut mieux laisser les choses en l'état", en tout cas il n'est plus question de "perfection du côté des terres" il faudra "gravir la falaise le moins difficilement qu'il sera possible". Les tempêtes se succèdent et le bilan est lourd, six naufragés le 4 brumaire an XII car aucune barque de pilote n'est à flot; le 7 nivôse l'équipage de l'aimable Jeanne Françoise périt à la Grande Côte et Gibouin ne peut sauver de l'épave que 23 pièces d'eau-de-vie et 210 barriques de vin. Les pilotes et maîtres de bateaux, soutenus par le maire et le préfet, "osent encore parler de la réparation de leur port" au citoyen ministre d'un "gouvernement qui consacre toutes ses veillées au bonheur général", mais ils trouvent la situation désespérante car ils n'ont vu "ni l'argent, ni l'ingénieur Leclerc, et le port, ouvert de tous côtés aux fureurs de la mer, n'est plus qu'une plage hérissée de rochers sans sable ni vases", alors qu'une jetée éviterait malheurs et naufrages(108). L'EMPIRE NAPOLÉONIEN (1804-1814). Bonaparte se proclame Napoléon I empereur des Français après un plébiscite triomphal où notre département lui donne 23.244 oui contre 25 non. La mer met les roches du port à nu, ce qui provoque des avaries aux embarcations "malgré la quille garnie d'une assez forte bande de fer. Brémontier s'oppose au projet Leclerc mais demande une décision urgente car les pilotes "dans la persuasion qu'on les avait totalement abandonnés s'étaient assemblés pour faire remettre à chacun la somme de contribution à laquelle ils s'étaient soumis pour accélérer cette entreprise". L'Etat affecte alors 30.000 francs et le contrat est adjugé le 26 fructidor an XII, mais rien ne se passe. Onze navires périssent dans une tempête le 16 frimaire an XIII; par contre le Freundschaft, bateau prussien en perdition vers Vaux est aperçu par des Royannais qui mettent à force de bras une chaloupe à la mer avec cinq pilotes et, malgré le mauvais temps, le navire est sauvé avec son capitaine et ses cinq hommes d'équipage. Dès que les travaux du port démarrent, le préfet les fait arrêter pour inutilité "d'un projet qui n'atteint en aucune manière son objet"(109). Le domaine d'ansoine, Anchoine ou Anxoine, racheté par Madame Pelletreau en 1787, est cédé au pasteur Dugas le 23 vendémiaire an XIII, mais cette fois sous le nom de "Combot"(110). Le nouveau port démarre finalement quand le projet Brémontier est adopté le 10 vendémiaire an XIV pour 46.000 francs. Les travaux débutent en 1806, au moment de l'abandon du calendrier révolutionnaire, et ils durent jusqu'en 1810. Les Royannais acceptent mal cet "enfant d'une parcimonieuse et décevante théorie", cette jetée de 110 mètres de long
158 et 5 de large faite au rabais contre leur avis et "de très mauvaise qualité". Les critiques pleuvent car les lames déferlent sur ce môle mal orienté et haut de 18 pieds seulement, ce qui oblige à fixer les navires par quatre amarres. En outre le port reste à sec "de la mi-jusant à la mi-flot" ce qui ne permet pas aux pilotes de sortir d'urgence, ni au transfert des passagers d'avoir lieu sans danger. Quant au transport des marchandises, il continue de se faire avec des charrettes venues de la plage accoster les navires échoués à marée basse, car aucune route ne relie les rampes de la jetée à la ville et les falaises sont inabordables(111). D'après la police secrète le 26 août 1806 les forts tirent par erreur sur trois frégates françaises, heureusement sans succès "la poudre étant mauvaise", mais la prépondérance de la marine anglaise est écrasante et une de nos frégates est enlevée à l'abordage(112). Le 2 septembre 1807, un grave incendie détruit le moulin Parcot, qui ne s'appellera plus que le Moulin Brûlé, aussitôt des consignes sévères sont données aux Royannais pour ramoner leurs cheminées et éloigner les meules de pailles à plus de 150 toises des maisons. Au début de l'année suivante, Daniel Renaud démissionne à cause du procès Avrilleau, il est remplacé par Guillaume Alusse qui obtient le 1 mai 1808 la création d'un octroi qui va enfin donner des finances sûres à Royan. Il ne reste pas longtemps en place, dès le mois d'août Achille Pelletan est nommé maire(113). Un nouveau rapport de laa police secrète signale l'arrivée, en dépit de la guerre, de six navires anglais qui débarquent à Royan le 4 novembre des troupes, sans doute des prisonniers français blessés, de l'armée du Portugal(114). A cause des rues étroites un seul bouvier est autorisé à stationner devant un magasin et, comme l'église de Saint-Pierre menace ruine, le curé est invité à officier dans la chapelle des soeurs. Les rues doivent être "ferrées", pavées, mais ce n'est pas possible à cause d'un déficit de 643 francs provoqué par Napoléon qui, ayant besoin de troupes fraîches, rappelle brusquement 339 militaires blessés soignés à Royan, certainement ceux revenus du Portugal, pour lesquels Alusse, redevenu maire, doit réquisitionner aux frais de la ville 116 bouviers avec leurs charrettes à bœufs pour les transporter jusqu'à Saujon(115). De vieux souvenirs ressurgissent lors de la tempête du 19 décembre 1809 qui provoque le naufrage de l'eugénie sur la côte d'arvert; trois matelots sont sauvés sur les 60 membres d'équipage, mais les marchandises jetées sur le rivage sont pillées par la population. La presse locale réclame un châtiment exemplaire pour ces pillards d'épaves qui recommencent à chaque fois. Une nouvelle et violente tempête les 6 et 7 mars 1810 fait "de grandes dégradations à la jetée, vu la mauvaise qualité de la pierre gelée pendant l'hyver dernier", mais la réparation coûte moins de 56 francs(116). A cause de l'importance militaire de La Rochelle Napoléon y transfère le chef-lieu du département afin que toute l'autorité soit regroupée. La côte d'arvert de la Grande Côte à Maumusson est selon Brémontier une "immense surface qui pourrait être comparée à celle d'une mer en fureur dont les flots élevés se seraient subitement fixés dans le fort d'une tempête, n'offre aux yeux qu'une blancheur qui les blesse, une perspective monotone, un terrain monstrueux et nu, enfin un désert effrayant" où l'on mentionne même des caravanes enfouies dans ses fondrières. Il envisage de fixer les dunes par des plantations et un décret impérial est pris en ce sens, mais rien n'est fait(117). Un officier de Napoléon souffre durement de l'ardeur du soleil dans son fortin de Bonne-Anse et a très peur de tomber à l'arrière des dunes, sur la pente abrupte, "car si l'on n'était pas
159 prompt à se relever, le sable vous aurait promptement couvert". Il est exact que de nombreux naufragés, arrivés vivants à la côte, meurent d'épuisement et de froid après avoir erré des heures dans cette immensité désolée. Parfois l'on retrouve leurs corps enterrés volontairement à demi dans le sable, dans un suprême effort pour lutter contre le froid, d'autres ne sont jamais retrouvés, ensevelis en quelques heures par le vent ou en quelques minutes par l'éboulement de la crête à pic d'une dune; au sommet, la trace de leurs pas, vite effacée, s'arrête net car ils ont roulé de toute la hauteur et sont morts étouffés sous le sable. L'abbé Paul Travers rappelle que ce Sahara en miniature, où la boussole est indispensable pour se diriger, est fréquenté uniquement par des gardes-côtes et des douaniers. Les paysans sont terrifiés par l'avancée inexorable des sables, avancée parfois rapide puisque Victor Billaud signale qu'une dune s'est déplacée, grain par grain, d'un mètre en quatre heures sous l'effet du vent(118). Le culte impérial en est arrivé à un point tel qu'un mémoire sur le canal de Meschers à la Seudre est dédicacé au "Héros immortel qui règne sur nos destinées" et au "plus Grand- Homme de ce siècle"(119). Pour commémorer le mariage de Napoléon avec Marie-Louise, deux platanes, classés depuis monuments historiques, sont plantés en décembre 1810 aux Mathes pour marquer l'entrée de la forêt d'arvert, puis le pasteur Dubaptiste se signale par un discours dithyrambique le 9 juin 1811 pour la naissance du roi de Rome, fêtée par décision préfectorale, avec collation, bal champêtre, illumination et feu de joie. Le curé Guérin se signale à l'attention de ses concitoyens en inventant un sucre de raisin car le sucre, ainsi que le pain, manque à cause du blocus anglais(120). Deux frégates anglaises, la Diana sous les ordres du capitaine William Ferris et la Semiramis, entrent en Gironde le 24 août 1811. Ferris, bien peu fair-play, fait hisser le drapeau français et obtient deux pilotes qu'il capture. Les capitaines des deux navires de guerre français qui protègent un convoi, se laissent abuser et le dimanche 25, la Diana s'approche du Teazer, un ancien navire britannique, dont le capitaine Papineau des Marais n'a pas le temps de réagir et son navire est pris sans avoir tiré un seul coup de canon. Le capitaine Michel Dubourg commandant du Pluvier va en canot vers la Diana pour s'informer et est fait prisonnier. Son second réalise trop tard la supercherie, il échoue son navire de 16 canons dans la conche de Royan où la Semiramis l'attaque avec ses 42 canons puis l'incendie et le fait sauter. Le fort tire, sans succès, sur les Anglais puis une pièce de campagne est conduite depuis le fort jusqu'à la plage, d'où elle endommage plusieurs péniches du Semiramis. Malgré un noyé et trois blessés le succès anglais est total, ils ont détruit le Pluvier, pris le Teazer et sept navires marchands qu'ils emmènent avec eux le 27 en quittant la Gironde(121). Napoléon, furieux, ordonne une enquête sur les canons royannais qui semblent avoir eu un problème de bourre, et déclare qu'il n'y a pas, en France, un point plus intéressant que l'embouchure de la Gironde. Un mois plus tard, il tempête: "Ce qu'on dit que nos canons ne tirent pas est une ineptie. Mais le canon, comme toutes les armes, est une arme qu'il faut qu'on connaisse pour s'en servir. Quant à la médiocrité de la poudre, je ne nie pas que la poudre soit mauvaise, mais tout le mal vient de l'affreuse méthode de confier la garde de nos côtes à des paysans. Je suis décidé à les renvoyer et à créer trois nouveaux régiments d'artillerie qui y suppléeront", ce qui est bien injuste pour nos garde-côtes. A la fin de l'année,
160 il exige un rapport sur Royan, dont "on doit avoir des plans", et veut renforcer la côte car "cette Gironde nous a coûté assez d'affronts pour que nous ne nous mettions pas à l'abri d'en recevoir de nouveaux"(122). Si Napoléon n'est pas content, Dubourg commandant du Pluvier non plus, car il est emmené prisonnier en Angleterre où certains prisonniers, considérant qu'il a déserté, le traitent avec mèpris. Relâché au début de 1815 il passe en conseil de guerre à Rochefort avec Papineau des Marais, et tous deux sont acquittés car "tout le monde s'était mépris", mais il leur est conseillé néanmoins d'être moins confiants à l'avenir(123). Localement les choses vont vite, l'etat achète 286 acres pour étendre la "batterie du Ché" et 99 acres à Meschers pour un autre fort. Les travaux à Royan commencent aussitôt, 60.000 francs sont débloqués et en août 1812 l'enveloppe de terre est fort avancée et on va y construire une tour, seule la difficulté de se procurer des ouvriers retarde le travail. Quant aux 24 bouches à feu du fort, elles sont maintenant servies par une compagnie d'artilleurs(124). Le maire Alusse, "honnête homme, fort attaché aux devoirs de sa place" d'après le préfet, fait un recensement qui donne 2.132 habitants et 542 maisons pour la commune(125). Il crée la première compagnie de pompiers de 50 habitants ou leurs domestiques, plus 15 de Saint- Pierre. Aidés de 6 maçons avec des échelles et 6 charpentiers avec des haches, ils doivent se rendre sur les lieux de l'incendie avec "un seau chacun". Alusse oblige les habitants à se munir d'une lanterne la nuit et les propriétaires de chiens doivent tenir ceux-ci enfermés "parce qu'ils aboyaient dans les rues et mordaient les passants", il fait aussi fermer tous les établissements de boisson à 10 heures du soir, met bon ordre aux "excès atroces" qui ont lieu à Noël après la messe de minuit, réglemente l'accès du cimetière protestant où certains habitants font sécher leur lessive et où les bouchers mènent paître leurs moutons et interdit de rouir le chanvre dans le ruisseau du Font-de-Cherve pour que les lavandières puissent avoir un beau linge propre(126). Après tous les appels possibles, la ville perd son procès contre Avrilleau, et est condamnée à payer 9.000 francs en 5 ans au moyen d'une imposition extraordinaire, mais la municipalité ne s'en tire pas mal, l'etat ayant oublié d'autoriser la ville à voter ces impôts exceptionnels(127). Comme la marine anglaise bloque la Gironde et Maumusson en 1813, les transports entre Bordeaux et Rochefort se font uniquement par "des charettes à bœufs de petite dimension" entre Mornac et Royan, ce qui revient très cher. L'équipage du Régulus est "employé à Royan au sauvetage de beaucoup d'objets des corvettes qui y ont été détruites par l'ennemi" quand de nombreuses denrées sont sur le port. En octobre le préfet, afin d'éviter que le foin et l'avoine pour l'armée d'espagne ne soient perdues, fait effectuer des transports par des bouviers requis aux frais des municipalités. Le chef de la garde nationale de Royan Pharamond-Antoine Saint-Légier de Saint-Georges "qui a repoussé trois fois les Anglais dans leurs tentatives sur la rive droite de la Gironde en leur faisant quelques prisonniers" est nommé colonel du régiment de Rochefort dont deux compagnies sont détachées à Royan et à Terre-Nègre(128). Bien que le département soit ruiné par l'excès des réquisitions et par le blocus anglais, 45.000 francs sont débloqués pour construire une caserne voûtée de 60 hommes et un petit corps de garde au fort(129). L'ordre impérial a fait disparaître les loups des forêts, mais ils sont remplacés par des déserteurs qui s'y réfugient et n'hésitent pas à attaquer les diligences sur les routes
161 départementales de Royan à Rochefort et de Royan à Pons, sans relais de poste et si dégradées qu'elles sont impraticables plusieurs mois de l'année. On raconte en particulier des histoires, toutes plus terrifiantes les unes que les autres, sur des attaques de brigands au pont de la Mer, totalement isolé au milieu des bois(130). LES SOUBRESAUTS DE L'AGONIE NAPOLÉONIENNE (1814-1815). La prise de Bordeaux le 12 mars 1814 par les troupes anglaises de Wellington remontant d'espagne, sonne comme un coup de tonnerre dans la région. Le fort de la pointe de Grave ayant été détruit par nos soins, les troupes françaises tentent de tenir ceux d'arvert, La Coubre, Terre-Nègre, Royan, Suzac et Meschers, mais les munitions manquent et le moral baisse. L'escadre de Gironde avec le vaisseau de ligne Régulus de 82 canons et cinq bricks de 16 canons sous les ordres du capitaine de vaisseau Regnault est en soutien. Le 27 mars, l'escadre anglaise de l'amiral Penrose entre en Gironde avec neuf vaisseaux dont un de 74 canons et deux frégates et attaque l'escadre française qui se réfugie sous la protection des canons de Suzac. Le fort de Royan avec ses 18 canons, ses 6 mortiers et sa garnison de 60 hommes, est immédiatement renforcé par 200 dragons avec 20 bouches à feu. Une quinzaine de bâtiments de Blaye sont détruits par les Anglais le 2 avril. Regnault à Meschers estime alors que toute résistance est inutile et, ayant l'ordre de se saborder si nécessaire, il met le feu au Régulus et à trois bricks, le Malais, le Sans-Souci et le Javan, le 7 avril à une heure du matin, ils sautent et coulent quelques heures plus tard, les équipages débarqués partent vers Rochefort et la désertion "effrayante" est encouragée par les habitants qui ont "le plus mauvais esprit"(131). La veille Napoléon a abdiqué, l'armistice a été signé et la monarchie restaurée, mais localement personne n'en sait rien. Le fort de Royan est évacué par les militaires français dans la nuit et les habitants s'y précipitent en foule pour piller dès le matin du 8 avril. En l'absence provisoire du maire, le deuxième adjoint Bahu chargé de la police, tente de s'opposer à la dévastation de la batterie et craint que les Anglais n'apprécient pas et se vengent sur les Royannais(132). Cette même matinée, deux frégates anglaises abordent à Saint-Palais, détruisent le fort de Terre-Nègre et réembarquent après avoir exigé du maire, Elie Seguin, des vivres pour les équipages(133). Le capitaine anglais Harris de la frégate la Belle-Poule, un ancien navire français capturé, débarque à Royan à quatre heures du soir avec 600 matelots et soldats, il est reçu par Bahu, ceint de son écharpe, et se fait donner 2.000 rations de pain et du bois; d'après le major français Forle de Saujon, Harris loge en ville "chez la femme d'un officier de marine démissionnaire qui s'est mariée en Angleterre" et ses hommes logent au fort "qu'ils ont détruit et où ils brûlent tout". Le lendemain une troupe anglaise de 700 à 800 hommes va à Meschers puis renverse de fond en comble la batterie de 12 pièces de Suzac, une autre de 200 hommes va vers la Coubre. Tous les forts de la rive droite entre Talmont et l'océan sont alors détruits. L'occupation anglaise de Royan ne dure que dix jours et les troupes françaises trouvent inadmissible que, pendant leur absence, les habitants sous les yeux des autorités municipales aient "pillé le fort en enlevant le fer, la poudre et le bois que même depuis la rentrée des mêmes troupes le commerce a continué malgré les vives représentations du
162 major Tarbé", le nouveau commandant(134). Le maire ne "croit pas devoir conserver pour les Ennemis ce que l'autorité militaire a détruit ou a voulu détruire et aime encore mieux que les Français profitent de ces débris que les Anglais" et il fait arrêter Bahu dont il n'a guère apprécié l'attitude trop favorable aux Anglais. D'ailleurs, sans moyens de répression, s'il avait été possible d'éviter le désordre, il aurait employé toute son autorité "à empêcher l'introduction d'une grande quantité de poudre à canon dans la ville" pour se prémunir contre des accidents comme "un événement de Meschers". Certains Royannais arborent la cocarde blanche et la commune est "agitée par des partis opposés". Ne voulant pas servir les Bourbon, Alusse démissionne et est remplacé par Achille Pelletan qui libère Bahu suite à une pétition(135). La nouvelle municipalité, unanime, adhère avec enthousiasme au rétablissement de Louis XVIII et charge trois de ses membres d'aller rendre hommage au duc d'angoulême, frère du roi, à Bordeaux. Labarthe, leur porte-parole oublieux de son discours du 18 brumaire, explique au duc la situation de Royan: "Ces sentiments [royalistes], si naturels à de bons Français, étaient un crime aux yeux des satellites du tyran qui formaient notre garnison, aux yeux des officiers qui la commandaient. Ils ont voulu nous en punir par la dévastation et la mort. Ce n'est qu'à la divine providence que nous devons de n'avoir pas été ensevelis sous les ruines de nos maisons. Si quelques-unes des mèches destinées à mettre le feu à trente barils de poudre, à un même mombre de caisses d'artifices, à autant de boulets creux, enfin à une quantité considérable de poudre placée sous un rocher, ne s'étaient éteintes, le chef-lieu d'une commune intéressante eût été entièrement bouleversé et n'eût plus offert qu'un monceau de ruines, sous lesquelles nos cadavres épars auraient attesté de quoi étaient capables les satellites du bourreau de la France, du nouvel Attila"(136)! Ensuite Royan retrouve sa vie paisible, malgré une grande tempête en décembre qui nécessite une réparation de 17.500 francs au nouveau môle et quand Napoléon revient au pouvoir en mars 1815, le conseil municipal lui prête un nouveau serment et la guerre reprend. Le maire d'arvert, Guichard, est "fier d'offrir ses deux enfants mâles au service de l'empereur car tous deux brûlent de servir sous les aigles du grand Napoléon"(137). Mais le 18 juin c'est Waterloo et le rêve impérial agonise sur les côtes charentaises puisque Napoléon vient se réfugier à l'île d'aix. Bien que Royan ait hissé le drapeau blanc, les Anglais occupent le fort les 13 et 14 juillet et "malgré les observations du commandant de la place" ils renversent les canons, emportent "douze gros rouleaux d'affûts de côtes", incendient les affûts et jettent les poudres à la mer. En réponse aux observations, polies, des autorités françaises, le contreamiral Henry Wotham fait répondre que les frégates anglaises en rivière ont voulu s'assurer que leur retraite ne serait pas inquiétée, car les autres forts de la Gironde n'avaient pas hissé le drapeau blanc. La batterie de Suzac reconstruite pendant les Cent Jours est aussi démantelée(138). Napoléon envisage l'exil aux Etats-Unis en partant de Royan où un navire doit le prendre à son bord. Le général Lallemand vient vérifier la sécurité de l'itinéraire prévu mais il est reconnu aux portes de Royan, on lui tire dessus et il n'évite d'être tué que grâce à la rapidité de son cheval. Bien qu'une cinquantaine de voiliers forcent le blocus anglais en Gironde le 10 juillet, Napoléon abandonne ce projet royannais que son frère Joseph l'ancien roi d'espagne décide d'emprunter(139). Joseph se réfugie aux Mathes avec deux de ses fidèles dans la
163 demeure des Pelletreau "Les Charmettes" et quand le 15 juillet l'empereur se rend aux Anglais et embarque sur le Bellerophon pour Sainte-Hélène, Joseph décide de s'exiler. Les Pelletreau trouvent un bateau à Bordeaux qui, sans savoir de qui il s'agit, accepte de l'emmener incognito sous le nom de Bouchard. Un négociant royannais Dumoulin vient le prévenir dès que "Le Commerce", un brick américain de 200 tonneaux, est en rade. Par une nuit splendide le soir du 24 juillet Joseph, bien que recherché, se rend à pied avec ses deux compagnons et le fils Pelletreau jusqu'au port de Royan éclairé par la pleine lune. Joseph réussit quand même à embarquer à la barbe des royalistes et des douaniers, selon Pelletan sur le bateau du capitaine Samuel qui le conduit jusqu'au brick américain au Verdon (140). Le brick est arraisonné par les croiseurs anglais et fouillé, mais le roi Joseph n'est pas reconnu et le 28 août suivant il arrive sans encombre à New-York. CHAPITRE X LA NAISSANCE D'UNE VILLE DE BAINS DE MER. RAYMOND DE LABARTHE MAIRE DE LA RESTAURATION (1815-1818). La Restauration ne ramène pas l'ancien Régime, à son retour Charles-Louis Gabriel marquis de Conflans, toujours marquis de Royan et baron de Didonne, Arvert et Saujon, récupère seulement les biens qui n'ont pas été vendus comme bien nationaux, peu de chose en vérité, dont la forêt d'arvert et les halles de Royan. Quant à l'autorité administrative, elle reste aux mains des maires et des préfets. Pelletan remet sa démission en septembre 1815 aux autorités qui nomment Raymond Labarthe maire après bien des hésitations car il est susceptible, prompt à s'échauffer et a eu de nombreuses querelles avec certains habitants, mais il est un "ami du roi et, dans ce canton, ils sont en très petit nombre"(1). Redouté de la presque totalité des Royannais qui aspirent à retrouver le calme, sa nomination jette la consternation car "tous ses administrés sont ennemis du roi", et pour Labarthe, farouche partisan de la monarchie de droit divin, c'est le temps de la revanche et il signe désormais "de Labarthe". Orgueilleux et prodigue, souvent méprisant envers ses concitoyens qu'il toise de haut et traite comme des manants, il vît si magnifiquement dans son château de Mons qu'il finira par se ruiner. Dans son appel à la population du 21 janvier 1816, jour anniversaire de la mort de Louis XVI, il se référe à Napoléon, sans le nommer, comme au "tigre courroucé, à jamais enchaîné, qui a failli engloutir la nation" et décrète un jour de deuil durant lequel tous les travaux sont suspendus et les "billards, cafés, hôtels et cabarets" fermés pendant qu'un détachement de la garde nationale accompagne les autorités à l'église avec deux tambours, mais sans drapeau, puisque c'est seulement en 1819 que Royan s'endette de 99 francs pour acheter un drapeau blanc et un buste de Louis XVIII. En août 1818, quelques Royannais osent porter devant le préfet lors d'une cérémonie officielle un œillet rouge à la boutonnière, Labarthe rappelle que ce signe de ralliement est proscrit, comme la cocarde tricolore et la violette, et en décrète l'interdiction sous peine d'être traduit "sur le champ devant les tribunaux"(2). Royan a peu changé depuis 1789, à part son port et le fort, et il est toujours signalé
164 comme ne s'étant "point relevé de ses désastres anciens"(3). Situé à neuf jours de coche de Paris c'est, selon Eugène Pelletan qui écrit son histoire d'une manière très romancée dans "La naissance d'une ville", un petit bourg oublié, un "rocher perdu à l'extrême limite du possible" et "la dernière halte du soleil couchant au sud-ouest du royaume"(4). La commune royannaise compte 2.132 habitants dont 1.784, près de 84 %, sont protestants, et 300 maisons, bien modestes et placées sans ordre et sans élégance(5). Elle s'étire le long de la Grande Conche en tournant le dos à la mer et la place du Canton avec les halles en est le centre. La Grande Conche est une zone de dunes inhabitées où se cultivent toutes sortes de légumes et de grains, la ville part des loges, où sont construites les grandes chaloupes des pilotes, près du pont étroit du même nom, jusqu'à la falaise de Nord-Rocher et à la place de l'aire au-dessus du port(6). Ce nom indique une aire de battage du blé devenue un lieu de promenade dominicale où les ménagères font sécher leur linge sur des piquets et d'où partent, juste devant l'auberge des dames Boutinet, les petites diligences qui relient Royan à Saintes et à Rochefort. Les rues sont sales, tortueuses, sans éclairage et sans pavés, où les quelques pierres planes inégalement réparties sont plutôt des obstacles qui ne permettent pas d'éviter les cloaques qui se forment avec la pluie. L'activité économique se concentre au port qui abrite 40 barques de 20 à 30 tonneaux employés au cabotage des voyageurs et des marchandises avec Bordeaux, 14 barques de pêcheurs pour les sardines, les fameux royans, et enfin les 24 chaloupes des pilotes(7). La jetée n'est qu'une simple protection contre les lames, et non un quai d'embarquement car une barrière est placée à son entrée pour empêcher chevaux et charrettes d'y pénétrer, en outre elle se détériore lors des tempêtes de novembre 1815 et, malgré les réparations, une nouvelle tempête en mars 1817 provoque d'autres dégâts (8). L'état sanitaire des indigènes laisse à désirer, la moitié des appelés sous les drapeaux sont exemptés pour déficience physique, de nombreuses claudications, et taille insuffisante qui est, selon les statistiques de la Charente-Inférieure de Gautier, de 1m64 en moyenne pour les hommes. Ceux des marais sont forts, trapus, lourds, peu civilisés, enclins au maraudage et répugnent à s'évader du lieu qui les a vus naître. Ceux de la côte sont robustes agiles, actifs, sans préjugés, plus ouverts au monde et abandonnent volontiers leurs foyers pour la navigation ou le métier des armes. De nombreux cas de longévité sont signalés dans la commune, mais beaucoup de vieillards, les reins brisés par la faucille, marchent pliés en deux en s'appuyant sur un bâton avec une allure de quadrupèdes. La mortalité infantile reste effrayante car 16 % des enfants meurent avant un an(9). La paix religieuse règne car la Restauration conserve la liberté des cultes, mais la ville reste divisée en deux communautés qui ne se fréquentent pas. Les protestants sont actifs et industrieux et les trois quarts des catholiques, selon Gautier, ont des convictions religieuses toutes machinales et instinctives. Ils croient en Dieu, mais craignent beaucoup le diable, les jeteurs de sorts, les fées, les enchanteurs, les jours fastes et néfastes, les gens transformés en loups-garous à la pleine lune, la chasse-galerie très bruyante avec ses chevaux ailés montés par des démons et ses chiens courants, annonciatrice de catastrophes qui serait apparue avant juillet 1789 et avant la Terreur(10). Les hommes craignent surtout de se faire "nouer l'aiguillette", ce sort qui rend impuissant et "disjoint d'amitié les maris et les femmes"(11).
165 Pelletan décrit certains notables dont les deux plus hauts en couleurs sont Bellamy et Météreau. Le mulâtre haïtien Bellamy, qui n'est mentionné nulle part dans les archives, est le maître d'école cité avec émotion malgré sa "férule intolérante", qui apprend à lire et à écrire à toute la ville et même à parler français aux gosses qui ne parlent que le patois à la maison. Quant au marchand ambulant Météreau, il vient régulièrement à Royan, habillé en général prussien et assisté d'une belle gitane appelée la Reine de Saba, pour vendre son "hysope céleste", remède miracle importé du Liban qui guérit tous les maux. Météreau est aussi dentiste, il a la main si légère qu'il peut arracher une dent à la pointe de son épée, en enlevant parfois une partie de la mâchoire de son patient, mais sans que celui-ci "poussat un soupir"(12)! D'ailleurs le paysan se méfie souvent du médecin, "i f'ra reun", aussi il se soigne seul avec l'aïl, reméde universel, ou il consulte une vieille femme qui connaît toutes les plantes, ou bien le rebouteux(13). Les habitants, facilement chicaneurs et avares, ont un goût frugal, on cite le cas d'une servante qui mange une seule sardine de "Rouéyan", Royan en patois, dans sa journée mais il est vrai qu'elle est "grosse comme un mulet", et encore, seul un gourmand mange une sardine entière, le repas est souvent fait d'un œuf ou d'une simple queue de sardine(14). La base de la nourriture reste le pain, de méteil pour les plus pauvres, et la soupe de légumes. L'ordinaire est amélioré avec du cochon, la seule viande, des volailles, quelques sardines, morues et harengs séchés et salés. Le cochon, ou goret, est tué par le sinistre, et important, gorailleur, qui en égorge à longueur de journée à la plus grande joie des ménagères qui en profitent pour se réunir avec le voisinage, lors du fameux "repas de goraille", si gai, où se consomment les jambons, andouillettes, grattons, confits et grillons, le tout très bien arrosé de vin du pays. Les Royannais s'habillent avec un pantalon et une redingote pour le bourgeois, remplacée par une veste pour le paysan et un chandail pour le marin. Ils portent les cheveux longs sous un bonnet ou, pour les jours de fêtes, un chapeau à larges rebords(15). Seul, selon Pelletan, le mulâtre Bellamy arbore un habit à la française avec des boutons à fleurs de lys, un jabot, des manchettes, une veste en piqué, des culottes, des bas chinés, des souliers couverts de boucles d'étain et un tricorne décoré d'une cocarde blanche au-dessus d'une aristocratique queue de cheval(16). Les femmes conservent l'habit régional avec la coiffe, soit la grande de Marennes, le "ballon", porté en Arvert et à Royan et qui s'est développé depuis 1789 en une "pyramide renversée et démesurée de linon", une "fantastique cathédrale de mousseline de trois pieds de haut"; soit la petite coiffe préférée des plus âgées qui englobe juste la tête(17). La "quichenotte" ou "kissnot" reste la coiffure des champs, pendant la Guerre de Cent Ans elle aurait permis aux jeunes filles d'échapper aux Anglais trop entreprenants, d'où "kiss me not", ne m'embrassez pas. Julien-Labruyère, moins poétique, rappelle que cette coiffure des glaneuses tire simplement son nom du "quichon" le tas de foin(18). A la mauvaise saison le vieux capuchon de Saintonge reprend ses droits et, si quelques aristocrates portent des souliers, le reste de la population est en sabots ou pieds nus. Les indigènes vivent calmement, la loi est représentée par un garde-champêtre et un agent de police. Les hommes fréquentent les "bouchons", simples cabarets signalés par un chou entouré de lierre et de feuillage, où ils boivent en jouant aux cartes et aux quilles. En soirée les habitants font des veillées qui se terminent tôt, vers les neuf heures. Ils y jouent aux
166 cartes, à la luette, ou racontent des histoires en buvant de la piquette, dans des verres chez les bourgeois et dans des moques de terre vernissée chez les gens du peuple. Les danses, très populaires et pratiquées à toutes occasions, sont le bal saintongeais lourd et pesant, la courante moins rapide, la ronde et la contredanse plus à la mode. Les autres réjouissances sont l'infioratura et la Saint-Louis. L'infioratura dure tous les soirs du mois de mai quand les jeunes dansent des rondes sous des coupoles de fleurs, accrochées au milieu de la Grande- Rue et illuminées de chandelles de résine. Pour la Saint-Louis, fête de la monarchie le 25 août, les Royannais s'assemblent sur la Grande Conche autour d'un énorme tas de fagots empilés sous un mât de navire, surmonté d'un tonneau de goudron. Le feu est mis en grande pompe aux fagots, à la tombée de la nuit, par le maire entouré d'une vingtaine de douaniers en uniformes, le tout au son du tambour et au cri de "Vive le roi", cri repris par la population avec plus ou moins d'enthousiasme(19). S'il mène au désastre ses affaires personnelles, Labarthe gère très bien Royan, assisté il est vrai par le conseil municipal, qui ne se réunit que sur ordre du sous-préfet lequel doit entériner toutes les décisions, et par les dix contribuables les plus imposés pour les grandes décisions. Labarthe s'inquiète du mauvais état des finances de la ville à cause du procès Avrilleau. En septembre 1816, il cite dans une déchirante supplique au roi "les malheureuses victimes d'abus de pouvoir commis sous un gouvernement tyrannique qui nous a coûté tant de larmes et de sang" et précise que "la commune de Royan a été une des premières à reconnaître le roi légitime" et que "ses administrés respectueux et soumis implorent leur souverain qu'ils adorent". Avrilleau pendant ce temps écrit au ministre pour l'apitoyer sur "son sort malheureux de père d'une famille nombreuse". Le roi refuse de revenir sur la chose jugée, mais si Avrilleau obtient 1.200 francs de dommages et intérêts pour ce long retard que le préfet impute "aux circonstances malheureuses dans lesquelles la France s'est trouvée", les remboursements ne débutent que deux ans plus tard et sont étalés sur six ans(20). Malgré ces problèmes financiers, la municipalité améliore Foncillon, alors désert, où elle plante en quinconces des tamaris achetés aux pépinières royales de Rochefort(21). LE BATEAU A VAPEUR "LA GARONNE" (1818). C'est le dynamique consul américain à Bordeaux, Edward Church ami de Fulton, qui fait construire par Chaigneau et Bichon le premier bateau à vapeur construit en France. Baptisé "La Garonne" ce petit bateau de 82 tonneaux est mis à l'eau le 2 août 1818 à Lormont en Gironde. Il est en bois et fait 24,76 mètres de long, son tirant d'eau est de 1,7 mètre en charge et son équipage est de 13 hommes. Ses roues à aubes latérales, avec pales articulées, sont actionnées par un moteur anglais Watt et Boulton de 30 chevaux qui brûle 30 bûches de pin à l'heure et donne à La Garonne une excellente manœuvrabilité pour une vitesse de 16 kilomètres-heure (22). Destinée au transport des voyageurs en rivière, elle conserve un peu de voilure et est fort bien aménagée avec deux salles, celle de première classe décorée avec goût capable de contenir 70 personnes, celle de seconde plus économique à l'avant, des cabinets de toilette pour dames et un restaurant dirigé par un cuisinier-traiteur. Le musée de l'aquitaine à Bordeaux conserve un plan à la plume rehaussé de lavis en couleurs de ce navire historique qui d'après le rapport du 24 août 1818 signé par
167 l'ingénieur Teulère, maintenant en retraite, joint Bordeaux à Blaye, Pauillac et Royan(23). Le récit donné par Eugène Pelletan d'un navire anglais, le "James Watt", arrivant du large est purement fantaisiste car les vapeurs ne se risquent pas encore en haute mer et La Garonne, venue de Bordeaux, est bien le premier vapeur vu par les Royannais. Mais Pelletan fait une étonnante description, inventée mais avec quel brio, de l'arrivée du premier vapeur: "Toute la population de Royan, rangée sur la falaise, comtemplait une chose étrange, une merveille, une prophétie, une révélation visible, une date de l'humanité, la gloire d'une génération, une victoire enfin que la Providence du progrès donne à peine un jour sur vingt siècles en spectacle à l'humanité. Le navire du diable filait déjà devant la côte de Royan, avec une grâce incomparable et une incompréhensible vitesse. Il rasa le pied de la falaise en agitant à ses côtés deux puissantes nageoires, qui fouettaient la mer avec fureur et la rejetaient au loin gémissante et brisée en poussière d'écume. De temps à autre un soupir profond, accompagné d'un bruit de marteaux sortait des flancs mystérieux du navire. On entendait un bruit de pelles de fer qui grinçaient contre la tôle, comme si d'invisibles cyclopes eussent remué les brasiers d'un cratère. Tout à coup, le volcan flottant se tut et glissa en silence. Les deux nageoires s'arrêtèrent, et après un moment de suspension, tournèrent en sens contraire. Le navire recula et demeura immobile comme au mouillage. Une longue haleine blanche jaillit du tuyau avec un bruit strident qui glaça d'épouvante les spectateurs. Une flamme brilla à l'embrasure d'un sabord, et un coup de canon, répercuté d'écho en écho par les rochers, alla porter le long des côtes la plus grande nouvelle du dix-neuvième siècle"(24). L'émoi de nos marins est criant de vérité. Voir un bateau, sans voilure, rasé comme un ponton, qui a tout l'air de brûler et continue pourtant sa route à vive allure contre vents et marées, voilà pour nos hardis marins de quoi se demander s'ils ne rêvent pas et, spécialistes de la voile, ils craignent aussitôt de se voir ruiner par cette nouvelle invention. Par contre, le public est enthousiaste et le service, même s'il n'est pas régulier, connaît un succès financier prodigieux bien que le prix des billets soit le double de celui des bateaux à voile, car le voyage en voilier est dangereux et interminable, il dépend des vents et des marées et n'est pas à l'abri d'une tempête, aussi soudaine que brutale qui, sans parler du mal de mer, met les voyageurs en danger(25). Le 30 avril 1824, lors du naufrage de la Suzanne à la Grande Conche, l'équipage sur le pont peut être sauvé, mais les quatre passagers dans la cale, périssent noyés, malgré les efforts de la population dirigée par Achille Pelletan, le père de l'écrivain, qui à cette occasion reçoit la médaille d'or du sauvetage(26). Lyrique, Eugène Pelletan a bien raison d'estimer que ce "Léviathan mugissant" jette sur la côte une ville nouvelle à la place de l'ancien Royan. Le bateau à vapeur va "immédiatement transfigurer ce village, ce petit port de mer microscopique oublié sur la carte de géographie" en une ville nouvelle et moderne(27). D'ailleurs son livre est moins une véritable histoire de Royan, qu'un hymne au progrès technique, symbolisé par ce bateau à vapeur, et au progrès social qui en découle logiquement pour notre ville prise comme exemple. Une chose est certaine, l'arrivée du premier vapeur est un événement capital qui, selon la formule curieuse de Charles Dartigue, marque "l'hégire de Royan"(28).
168 LES PREMIERS BAIGNEURS (1818-1820) Depuis la Révolution, des voyageurs transitent par Royan pour se reposer au calme ou profiter des beautés de la nature grâce à des excursions dans les environs, aussi sauvages que déserts. Dès les voyages de La Garonne en 1818 les archives municipales signalent des étrangers venus aux eaux à Royan durant la belle saison faire une cure de bains de mer(29). De tout _temps on a du prendre des bains de mer par plaisir, même le jeune Louis XIII aimait folâtrer dans les vagues, et depuis le XIV siècle, les vertus thérapeutiques de l'eau salée sont reconnues, en particulier pour les malades de la rage qui étaient plongés dans l'eau de mer, moins pour ses valeurs curatives que pour l'hydrophobie, avec la surprise et la terreur de ceux qui sont brusquement précipités entièrement nus dans la mer. Cette nouvelle mode des bains de mer est importée d'angleterre en dépit d'une curieuse crainte locale qui déconseille de se baigner du 24 juillet au 26 août sous peine d'attraper la "canicule", sorte de jaunisse, qui peut mener aux portes de la mort, heureusement les étrangers n'en font qu'à leur tête(30). Si on appelle "Baigneurs ceux qui se baignent", se baigner à l'époque, c'est bien rarement nager, on se contente en général de barboter, assis ou allongé au bord de la mer dans la frange pétillante de l'écume. La majorité des baigneurs portent des tenues peu élégantes. Les femmes ont une longue tunique avec des manches jusqu'aux poignets et, dessous, un large pantalon jusqu'aux chevilles, le tout en laine de couleur sombre pour ne rien laisser voir en transparence; pour les hommes, c'est souvent un simple caleçon. Tous se couvrent la tête avec un chapeau de paille, parfois un bonnet pour les femmes, et la plupart se protègent les pieds avec des sandales. Pour aller jusqu'à la plage, certains baigneurs se drapent dans un grand peignoir blanc qui sert, après le bain, à se sécher et à se tenir chaud(31). Les bains sont à la fois un passe-temps pour désœuvrés, une activité physique très saine, et une thérapeutique pour les "personnes d'une constitution piniteuse, dont la fibre est molle, inerte et imbibée d'une sirosité surabondante"(32). Il faut attendre la publication de larges extraits de l'ouvrage anglais du docteur Buchan pour que l'usage des bains de mer se généralise. La majorité des baigneurs viennent de Bordeaux, le voyage par terre, avec le mauvais état des routes, est une aventure des plus risquée à cause des ornières et des voleurs de grand chemin, mais le voyage par mer, même en vapeur, ne l'est pas moins avec un port à sec, sauf à marée haute, qui oblige les navires à rester au large. Les voyageurs sont alors transbordés dans des petits canots secoués par les lames et leur contact avec la terre ferme se fait sur des rochers glissants(33). Labarthe est un esprit moderne qui utilise au mieux le succès des bains de mer et devant l'afflux, très limité, d'une centaine de baigneurs pour tout l'été, il fait publier au son du tambour et afficher dans les lieux publics l'arrêté historique du 20 juillet 1819 qui interdit aux hommes de se baigner nus devant les dames, ce qui est une insulte à la décence publique. Il réserve exclusivement aux dames la Conche de Foncillon, tandis que les hommes qui veulent continuer à se baigner dans le plus simple appareil doivent aller, pour éviter tout libertinage, dans la Grande Conche "à la distance d'un demi-quart de lieue [500 mètres] des premières maisons de Royan, dans l'est, ou dans la conche du Chay, près le fort". L'arrêté du maire ne fait pas l'unanimité, les hommes se plaignent de ne plus pouvoir aller
169 au Chay ou à Pontaillac par la côte et d'être ainsi privés d'une très agréable promenade. Le maire persiste et demande aux habitants de ne pas emmener "leurs cochons, chevaux et autres bestiaux à la mer pour les laver, au moment où on prend des bains, ce qui non seulement peut causer des accidents, mais aussi nuire à la bonté des bains", dans la partie de la Grande Conche riveraine des maisons qui a toujours été un dépotoir où tout le monde jette ses bourriers, fumiers, fagots, cendres, râpes, et autres détritus. Labarthe, sensible à l'hygiène puisqu'il reçoit des mains du sous-préfet Le Terme la médaille d'or pour "être un propagateur zélé de la vaccine", s'inquiète des trop nombreux décès dus aux maladies contagieuses, dont il rend responsable l'insalubrité des rues. En conséquence, il interdit aux habitants d'amonceler des immondices sur la voie publique, de permettre aux enfants d'y faire "ce qui est contraire à la décence et à la santé" et de laisser les cochons s'y promener librement(34). Les étrangers aiment aller à Pontaillac, où quelques intrépides se jettent courageusement dans les fortes vagues. La conche, selon Clouzot, est dominée par des dunes de sable dénudées et un riveau se jette en son milieu, les seuls bâtiments près de ce désert sont une ferme sur la colline de Vaux et la métairie près de laquelle s'étendent les restes d'une belle forêt qui va jusqu'au Chay, où habitent des milliers de petites chauves-souris (35). Les baigneurs vont aussi jusqu'à Saint-Georges de Didonne que Pelletan décrit comme un poétique village jeté en désordre sur la dune, enveloppé de tous côtés par les bois, avec ses humbles maisons basses écrasées sous leurs toits de tuile, badigeonnées au lait de chaux et décorées d'une treille de muscat plantée sur quatre béquilles(36). Par manque d'auberges, certains étrangers logent chez l'habitant dans des chambres garnies, en particulier chez les riches pilotes qui se réfugient dans leur cave et louent au prix fort les pièces les plus coquettes et les plus confortables de leurs maisons car les baigneurs, tous très aisés, dépensent largement pour se loger et se nourrir. D'autres se fixent à Royan, comme Thomas Wildman, Anglais millionnaire venu de Bordeaux passer une semaine, qui achète une maison sur la falaise, l'aménage confortablement, fait fleurir le premier magnolia dans son jardin, et reste vingt ans à contempler la beauté du panorama en sirotant de l'eaude-vie avec sa femme(37). SUCCÈS DU SERVICE REGULIER PAR VAPEUR ET PREMIÈRES AMÉLIORATIONS (1820-1830). Le premier service régulier Bordeaux-Royan tous les quinze jours par le nouveau vapeur, La Gironde, marque une étape importante dans l'histoire royannaise. Pour l'inauguration, le samedi 29 juillet 1820 est un jour de fête, un feu de joie est allumé sur la Grande Conche le soir, et toute la jeunesse danse pour célébrer ce joyeux événement(38). La Gironde est un nouveau navire de Church, également sorti des chantiers Chaigneau et Bichon, un peu plus grand que La Garonne il jauge 130 tonneaux et fait 33 mètres de long, très confortable il peut transporter une centaine de passagers et est équipé d'un pont-promenade, d'où les voyageurs peuvent admirer les rives du fleuve. Ce service connait un tel succès que dès 1821 un second vapeur l'hirondelle de 55 tonneaux est armé par Church(39). Ces deux vapeurs transportent leurs passagers en quelques heures et en sécurité, tant
170 que les chaudières n'éclatent pas ce qui arrive parfois et est fort dangereux avec une salle des machines placée juste à côté des passagers qui ne sont protégés que par une mince cloison de bois. Malgré tout, la bourgeoisie bordelaise profite largement des vapeurs de la "Société du Bas de la Rivière" pour venir de plus en plus nombreuse à Royan où pour prévenir les accidents à l'arrivée sur les rochers glissants avec des canots trop petits, la municipalité réglemente cette activité. Les canots, numérotés et réservés à ce service, font six mètres de long et deux de large, en outre le débarquement et l'embarquement se fait uniquement à la Plataine d'où un vague escalier creusé dans le roc permet de rejoindre la ville. La rétribution est d'abord laissée à la générosité des voyageurs, puis un tarif officiel est imposé(40). La réputation des bains de Royan grandit et, comme le dit Etienne de Jouy, ses bains de mer sont peut-être efficaces pour la santé mais sûrement un remède infaillible contre l'ennui (41). Sur les 2.300 habitants de la commune, 1.400 sont dans l'agglomération royannaise, 200 à Saint-Pierre et 760 dans la campagne environnante(42). Les améliorations sont difficiles car la tutelle administrative est pesante, par exemple, la municipalité décide le 2 juin 1820 d'améliorer la place du Canton, en couvrant le ruisseau de Cherves, afin de remplacer le pont existant et d'établir un lavoir et un marché sur la partie couverte. N'ayant pas les fonds nécessaires elle veut créer un droit de plaçage pour les commerçants du marché, en dehors des halles qui appartiennent toujours au marquis de Conflans. Le droit envisagé de cinq centimes par panier et de dix centimes par chargement "de cheval, d'âne ou de mulet" doit rapporter 87,50 francs par an, ce qui permet de régler en quinze ans les 1.213 francs demandés par l'entrepreneur. Le sous-préfet Le Terme de Marennes, avec plus d'un an de retard, soutient la municipalité "grevée de dettes" et estime ces travaux utiles à la salubrité et à l'embellissement de la ville. Le préfet transmet l'affaire au ministère de l'intérieur, avec avis favorable et pourtant le ministre s'y oppose en décembre 1821 car il n'a pas le budget de la ville et préfère une imposition de centimes additionnels, il rappelle aussi que tout bail de plus de neuf ans doit être approuvé par le roi et que des droits par "paniers et charges" ne sont plus admissibles car il faut traiter par mètre carré de marché. En août 1822, la municipalité accepte cinq centimes par mètre carré et une nouvelle étude amène les droits de plaçage à 172 francs par an, ce qui permet de proposer un bail de neuf ans à l'entrepreneur. C'est seulement en octobre que le sous-préfet transmet son avis favorable au préfet puis au ministre, lequel approuve les travaux en mai 1823, mais oublie de mentionner les droits de plaçage et le bail avec l'entrepreneur. La municipalité ne peut commencer les travaux, après un nouvel échange de correspondance, que le 8 juillet 1823, soit trois ans après sa décision initiale(43). Il faut ajouter que la municipalité n'est pas riche. Selon le budget de 1822 l'octroi est la principale source de revenus, 3.150 francs sur 4.139, le reste vient des patentes et des centimes additionnels. Les dépenses se montent à 4.004 francs dont 400 francs pour le salaire du garde-champêtre, 200 pour le curé, 150 pour le pasteur, 50 pour l'agent de police, 180 pour les fêtes royales, 100 pour le loyer de la maison commune à Mons, 47 pour celui de la justice de paix, 40 pour la maison d'arrêt, 36 francs pour les prix scolaires et 25 pour le pain des prisonniers, puis des dépenses extraordinaires de 1.651 francs pour la reconstruction du presbytère et un étonnant 1,25 franc pour une histoire d'henri IV(44).
171 La municipalité achète en juillet 1824 au marquis de Conflans, pour 3.000 francs, la prison et les halles, ce qui fait disparaître à jamais la dernière trace de féodalité. Puis elle installe la première pompe au Puits-Doux sur la Grande-Rue et intervient encore contre les nudistes qui sont incorrigibles car "des hommes se sont permis de se baigner nus dans la conche de Foncillon, et même au moment où des personnes du sexe se baignaient aussi". Le département ayant décidé de faire paver la Grande-Rue, elle propose des impôts pour faire les trottoirs. car tout le monde se plaint depuis longtemps des "trous, boues et cloaques" de ces rues dont la vue seule est inacceptable(45). Le pavage est réalisé, en particulier pour la route qui relie la ville à la jetée, et interdiction est faite aux charrettes transportant des huîtres de circuler sur ces "routes nouvellement pavées"(46). Pour améliorer la vie des baigneurs, la maison Balguerie de Bordeaux implante en 1825 les premières cabines de bain, soit douze "chariots à bains" roulants à la Grande Conche et douze cabanes fixes sur pilotis à Foncillon. Mais cette implantation faite avec le seul accord tacite de la municipalité est jugée "sauvage et répréhensible", aussi la maison Balguerie a ensuite beaucoup de difficultés pour obtenir l'indispensable autorisation préfectorale(47). Si personne n'habite à Pontaillac, de plus en plus de baigneurs s'y rendent depuis Royan, à pied ou à âne, en passant par les champs vers le Chay où vivent de nombreuses vipères, ou par l'agréable chemin de la falaise qui prend le nom de "fief des brandes" en approchant de Pontaillac. Le consistoire protestant, sans doute très étonné, se fait rappeler à l'ordre par un arrêté du maire selon lequel les temps ont changé et "que si, sous le rapport de la salubrité, les enterrements dans les églises sont depuis longtemps interdits, le même motif s'oppose à ce que des cadavres soient enterrés dans les maisons ou lieux les avoisinants; que la décence publique, le respect pour les morts et la religion s'opposent également à ce que des chrétiens soient déposés, après leur décès, et comme de vils animaux, dans des lieux que rien ne fait respecter, et en quelque sorte jetés à la voirie, qu'il est également contre la décence, contre l'attachement que l'on conserve à la mémoire de parents qui nous sont chers, de vendre en quelque sorte leurs dépouilles mortelles en vendant le champ, le jardin, la maison, où elles auront été déposées; arrête: interdiction est faite aux protestants d'inhumer leurs morts en dehors du cimetière protestant"(48). Le marquis de Conflans construit une chapelle blanche avec un gracieux clocheton à côté de l'hôpital des sœurs(49). Puis, afin de transformer ses marais en Arvert en terres cultivables, il protège le marais de Bréjat par une digue en fascinage fixée par des pieux. Le canal en bois qui permet à l'eau douce des marais de s'écouler sous cette digue est fermé par une vanne, un clapet, qui donne son nom à cette partie de la côte. Les Ponts et Chaussées sur les conseils de l'ingénieur Brémontier commencent à reboiser en 1824 les dunes de Bonne-Anse afin de lutter contre les empiétements de la mer et fixer les dunes qui ont fait perdre au village de Maine-Gaudin plus de trente maisons depuis le début du siècle, certaines ayant été recouvertes par le sable en quelques heures(50). Ce travail de titan doit transformer cette zone désertique et aride en une belle forêt. Pour cela, une dune littorale artificielle est créée et fixée par des branchages et du gourbet, ou ojat, le roseau des sables. Cette dune protège des ateliers avec des semis stabilisés par des centaines de fagots recouverts de sable. A l'arrière les dunes sont plantées principalement de gourbet et de soude dont les
172 racines assurent assez de solidité au sol pour permettre la plantation du pin maritime sauveur, qui doit cependant résister aux vents, parfois furieux, des tempêtes. Le sous-préfet Le Terme travaille pour sa part à l'assainissement des marais avec son célèbre règlement de 1826 qui vise à mettre fin à l'insalubrité des marais où les fièvres, épidémies, épizooties sont devenues endémiques. Ces marais sont encore principalement des marais salants ou des marais doux en cours d'assèchement, mais "l'élève des huîtres" par les "huîtriers" se développe dans les 5.000 claires qui bordent la Seudre et où verdissent 22 millions d'huîtres. Cet élevage est si important qu'à l'eguille les "débris provenant du nettoiement des huîtres" ont fini par former une chaussée de quatre à cinq mètres de hauteur qui obstrue le port et s'avance même de plus de vingt mètres dans la Seudre, obligeant les marins à aller au port de Ribérou près de Saujon(51). Malgré l'hostilité de Saujon, les Eguillais construisent un nouveau port et, dans la foulée, établissent un bac sur la Seudre(52). Labarthe est en désaccord sur l'octroi avec les pouvoirs publics qui veulent y inclure Saint- Pierre où il réside et qui en a toujours été exclu. Mais son conseil le désavoue, ulcéré et blessé dans son orgueil, il démissionne en janvier 1826. Le conseil municipal se loue des relations qu'il a eues avec ce "magistrat éclairé" et ajoute perfidement que ce vote a été fait à la demande expresse de Labarthe qui refuse de recevoir son successeur. Ces mesquineries n'enlèvent rien au mérite de celui qui a fait passer sa commune de 2.132 habitants en 1815 à 2.521 en 1826 soit une augmentation de près de 20 % en onze ans et a transformé un bourg sans prétention en une coquette petite ville(53). Il faut dire que grâce aux bains de mer "de proche en proche, la fortune a gagné tous les rangs et tous les métiers", et que les Royannais ont utilisé les loyers pour rebâtir leurs maisons avec de belles pierres et mettre de vraies vitres aux fenêtres. Par contre Labarthe s'est ruiné, à sa mort il faut emprunter un drap pour l'ensevelir et toutes ses propriétés sont vendues aux enchères(54). Le château de Mons est racheté par le parisien Bourgeot qui le transforme en un lieu de plaisir tapageur, un caféconcert, qui fait rapidement faillite(55). La carte de la Gironde de Teulère, jugée excellente en son temps, est violemment récusée par l'ingénieur maritime Beautemps-Beaupré qui demande aux marins de ne plus l'utiliser car elle est très dangereuse et a provoqué un grand nombre de malheurs. Un exemple, la Mauvaise présentée comme un plateau rocheux fixe est en réalité un banc de sable qui se déplace constamment au cours de l'année, pourtant Beautemps-Beaupré reconnaît que les moyens anciens ne permettaient pas de bien reconnaître le fond de la mer et que des passes se déplacent, comme celle du Matelier près de la Coubre qui n'est plus praticable(56). Pierre-Thimotée Cherpantier, successeur de Labarthe, continue sa politique. Il fait combler le creux Saint-Nicolas, tailler un nouvel escalier à la Plataine, autorise l'implantation des premières baraques foraines au-dessus du port et encourage la construction des premiers chalets, ces belles maisons avec des jardins fleuris(57). Même les étrangers participent à l'amélioration de la ville. Les "dames bordelaises qui viennent chaque année prendre les bains de mer à Royan, les autres dames baigneuses de la Charente-Inférieure, de la Charente, de la Haute-Vienne, les dames anglaises" écrivent en 1828 au ministre de l'intérieur que "la ville de Royan devient tous les ans plus célèbre, pour l'efficacité de ses bains de mer, la pureté de l'air, la beauté des sites, l'aménité et la bienveillance de ses
173 habitants rendent le séjour charmant à ceux qui y viennent recevoir la santé" mais n'a point d'horloge et le moindre nuage les prive du cadran solaire, d'où une pénible incertitude pour "l'heure des bains, des repas, des toilettes, des promenades et des réunions". Elles demandent donc que la vieille horloge de Cordouan, entreposée inutilement à Bordeaux, soit offerte à Royan. Le ministre remercie, avec humour, ces "personnes graves et réfléchies" de lui avoir transmis cet "avis salutaire que les fonctionnaires publics, chargés du maintien de l'ordre, avaient fort imprudemment négligé de lui fournir", les informe que le préfet de la Gironde doit les satisfaire et termine galamment en leur souhaitant "du beau temps, du plaisir et de la santé". Mais la force d'inertie de l'administration est plus forte qu'un ministre et Royan n'obtient pas son horloge(58). LE RETOUR DU DRAPEAU TRICOLORE (1830-1844). La révolution de juillet 1830, avec son drapeau tricolore et sa garde nationale, inquiète les royalistes de droit divin, au point que le marquis de Conflans émigre une seconde fois et mourra sans jamais revenir en France. D'exil il vendra quelques années plus tard la forêt d'arvert à Bellot et Lecoq(59). Bien que Cherpantier fasse hisser le drapeau tricolore et soit "doux, conciliant, honnête homme et assez bon administrateur", il est remplacé car il est "en opposition avec le système constitutionnel et manifeste des répugnances pour les heureux événements de juillet et favorise un ordre religieux opposé à l'ordre actuel"(60). Son successeur Raymond Chouchet- Desplaces dont l'appel à la population se termine par "Liberté! Ordre public!" a des "opinions contraires", il est nommé par le pouvoir mais les 21 conseillers municipaux sont élus au suffrage censitaire(61). Dirigée par le capitaine Babinot, la garde nationale de Royan est pleine de bonne volonté, elle a quatre compagnies, 16 officiers, 316 soldats dont 136 seulement sont armés et un seul possède un uniforme; pour l'ensemble du canton elle comprend 932 hommes dont beaucoup ne sont "ni armés, ni habillés". Le retour au drapeau tricolore fait rentrer au pays les émigrés bonapartistes comme le personnage central du livre de Pelletan, Samuel Membrard, vieux corsaire et grand amateur de fleurs exotiques, capitaine de la goëlette La Cossarde qui bourlingua sur les mers du Sud. Son histoire d'amour très romantique avec sa voisine, Marguerite Broutet, finit comme il se doit par la mort tragique des deux amants. La situation sociale est difficile avec de nombreux pauvres pour lesquels le budget de 1832 prévoit 600 francs. L'Etat aide à paver la rue "dite Basse derrière les Loges", la rue des Sœurs et la petite rue, tous travaux soulagent la "classe malheureuse des ouvriers nécessiteux" durant l'hiver. Le budget déjà réduit par la suppression de l'octroi trop difficile à percevoir, doit faire face à de fortes dépenses à cause de la garde nationale, soit 1.820 francs pour le corps de garde, les drapeaux, les tambours, les clairons, l'entretien des armes, l'habillement des quatre tambours et fifres et l'achat de gibernes et de sabres. C'est beaucoup pour une ville dont le fort est laissé à l'abandon. L'année suivante la garde nationale de Royan s'accroit de 63 sapeurs-pompiers, nettement plus utiles(62). Chouchet-Desplaces crée un service d'inspection des bains, confié au docteur Pouget de Bordeaux, et la collecte des "bourriers", des ordures. Il oblige les habitants à nettoyer les trottoirs et les rigoles, pour que
174 les voisins ne se gênent pas entre eux, ce travail doit être fait en commun et avec ensemble au son d'une petite cloche. Il fait placer des bancs sur les promenades et numéroter les maisons "en noir sur fond jaune à la peinture à l'huile sur des plaques de zinc"(63). Ce numérotage est si difficile, d'après Pelletan, que la municipalité, qui ne sait par quel bout commencer dans une ville en pleine expansion, doit faire appel à un "homme de génie venu de Paris" pour bien le réaliser(64). Le maire crée aussi six foires dans l'année, les quatrièmes jeudis de janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre, et elles connaissent très vite un grand succès(65). Le port qui s'envase est curé, la jetée pavée, ses talus renforcés, il est doté d'un fanal audessus de la Plataine et les chantiers de construction navale y sont transférés. L'escalier de la Plataine est encore amélioré et le trou de l'espagnol en partie comblé, ce trou est une énorme crevasse qui doit son nom à un capitaine des guerres de Religion, et n'est franchi que par un sentier serpentant sur le haut de la falaise au prix de prodiges d'habileté de la part des baigneuses et des jeunes enfants qui se rendent à Foncillon. Cette plage est réservée aux dames, où selon Emma Ferrand: "le sable est si fin, si élastique, si moelleux qu'il invite les pieds les plus délicats à le fouler à plaisir; des cabanes sont là disposées pour que ces dames puissent prendre et quitter leur costume. Des femmes "aquatiques" pour ainsi dire, car leur vie se passe autant dans l'eau que sur la terre, vous servent d'appui pour entrer dans la mer"(66). La location devenant trop onéreuse, Royan achète grâce à un legs de l'ancien maire Correnson, le couvent des Récollets en 1837 pour en faire une mairie et transforme son jardin en promenade plantée de 46 ormeaux. Chouchet-Desplaces fait venir à Royan des gendarmes et décide en 1839 la première réclame balnéaire pour 60,90 francs. Juste avant sa mort, aidé de Lessore premier ingénieur des Ponts et Chaussées basé à Royan, il fait embellir les promenades du Haut-Royan(67). Bonpieyre, devenu maire à 71 ans, démissionne quatre ans plus tard en 1845, après avoir fait construire par Lessore le "quai ouest" entre la ville et le port pour dégager la grande rue "écrasée par les voitures", il passe le long de la Grande Conche sur des remblais retirés du curage du port, et fait disparaître la pointe rocheuse de Nord-Rocher remplacée par la rampe qui portera son nom(68). A La Tremblade, qui se dote d'un nouveau temple, l'ancien chenal étranglé et sinueux, manque de profondeur non par suite de son envasement mais, d'après Le Terme, à cause de l'extraordinaire et surprenant exhaussement peut-être dû à l'infiltration des eaux dans la roche tendre qui en forme le fond(69). Il est remplacé par un canal direct de grande section entre le port et la Seudre, avec un bac-rateau pour son curage. Et à Saint-Georges on construit une jetée de 80 mètres isolée de la côte par un pertuis de 5 mètres, ordinairement fermé, mais qui permet de vider le sable du port(70). PETITE VILLE COQUETTE MAIS UN PEU TRISTE SOUS LOUIS-PHILIPPE. Deux baigneuses, Emma Ferrand de Beaujouan et son amie Chabouillé Saint-Phal, trouvent le séjour dans Royan peu enviable, avec son port vaseux et triste, sa plage dénudée et plate, ses maisons basses, mal éclairées par d'étroites fenêtres. Elles émigrent à Bernezac, près de la conche de Nauzan, où elles font construire le premier chalet, appelé
175 Zingao du nom de leur chat, et y restent 35 ans(71). Emma Ferrand est pourtant l'auteur du charmant "Royan moderne et ancien". Elle décrit livre charmant sur la petite ville "qui se mire dans la mer" et est "bâtie en amphithéâtre, presque toutes les constructions sont neuves et rivalisent d'élégance, dans la rue principale les boutiques sont grandes, belles et bien décorées, les logemens sont extrêmement propres et pour la plupart très confortables. Le matin les habitantes des campagnes apportent du lait, du beurre, des légumes; les femmes de Mornac les excellents coquillages de la Seudre; le poisson arrive de toutes parts; la viande y est bonne, surtout le mouton. Les nombreux moulins à vent, animant le paysage par leur activité, disent assez qu'on ne peut manquer de pain. Les vignes couvrent les campagnes et annoncent que le vin doit y être abondant". Les bains sont la grande distraction de Royan, Pour Emma Ferrand certains baigneurs "ne voient que les bains, ne parlent que des bains, ne pensent qu'aux bains". D'autres pourtant préfèrent aller dans des cabinets de lecture, dégustent des bonbons et des gâteaux chez Couchar le confiseur, mais surtout aller sur la jetée voir les fiers vapeurs, le gracieux Trim ou le majestueux Duc d'orléans, auxquels "les dames aux toilettes diverses" qui se promènent sur le pont "donnent l'aspect d'une flottante corbeille de fleurs". Dès que le vapeur a jeté l'ancre c'est la cohue, "les chaloupes se remplissent, elles arrivent à terre, on se précipite les uns sur les autres, on se pousse, on s'embrasse, on se heurte, on s'appelle, on crie, on se fâche, on rit, les bagages roulent, c'est une agitation, un brouhaha général"(72). Le départ du steamboat, ou pyroscaphe, est décrit, sans complaisance, par deux Anglais ou réputés tels, qui estiment que rien n'est fait pour la commodité des voyageurs. La foule se presse et se heurte sur une étroite chaussée où l'on trouve des désœuvrés, des curieux, des personnes de tout sexe, tout âge et tous costumes, foule où se mêlent militaires, filles de joie, "fashionables", joyeuses grisettes, élégantes, prêtres et baladins, le tout dans une rayonnante gaieté, en dehors des traiteurs et aubergistes qui voient partir leur pactole. A l'extrémité de la chaussée, sept à huit canots se disputent les voyageurs qui doivent franchir une rampe de rochers scabreux, glissants, couverts d'algues et de vase. C'est le moment périlleux et il y a peu de départs qui n'amènent quelque chute, suivie des gros et impitoyables rires de la multitude. Les femmes surtout redoutent ce terrible passage, elles ne repoussent point la main rude et calleuse des matelots, souvent même "elles abandonnent à ces bras nerveux tout le poids de leur personne et de leur frayeur"(73). Pour les excursions, il faut prendre des voitures locales solides et peu confortables comme l'indique le nom patois "tape-thiu [tape-cul]", ou des chevaux habitués aux rochers et aux dunes, des ânes ou même aller à pied, mais, selon Emma Ferrand, il faut laisser au repos les brillants équipages et les élégants coursiers et dans tous les cas être accompagné d'un guide expérimenté, surtout en forêt. Les routes sont mauvaises et mal entretenues, car "les paysans sont si peu amis du progrès qu'ils semblent fâchés de ne pas s'embourber et de ne pas verser où versaient leurs pères"(74). La ferme au-dessus de Pontaillac reçoit les étrangers et un poète Jude Patissié, venu rejoindre sa femme "aux eaux de Royan", écrit ses odes dans les grottes de Pontaillac, "plage rocheuse et déserte", où il entend le "mugissement sourd et terrible des ondes de l'océan dans ces grottes retentissantes, quand les bords de la vague écumeuse se brisent contre les parois"(75). Les étrangers vont ensuite à la conche des Dames ou des Deux-Amies à Nauzan
176 et arrivent à Saint-Palais où l'ancien village a été "entièrement envahi par les sables" d'où seul émerge le clocher de l'église servant d'amer au pied duquel "on enterre les naufragés", ce qui n'empêche pas les "amateurs de sites imposants et des orgies émouvantes de la mer" de se baigner dans ce village auquel un bureau des douanes, l'ancien bureau des fermes, construit sur la falaise des Pierrières va donner son nom. Les baigneurs terminent aux rochers de la Grande Côte, alors appelée Terre-Nègre, avec ses vieux canons, son "désert plein de vide et d'abandon, où l'homme ne se manifeste que par des signes de détresse et de mort", ses dunes silencieuses, sauvages, torrides et ses sables mouvants(76). Certains préfèrent les Combots, en pleine forêt, pour déguster une omelette au jambon. Ce voyage est difficile pour les dames mais elles peuvent coucher chez la famille du gardien du phare de Terre-Nègre, si elles ont une permission du génie. Dans l'autre direction, vers le sud, pour atteindre Saint-Georges de Didonne, il faut passer par la côte car les chevaux et les ânes sont trop persécutés sur le sentier sablonneux en forêt, durant les grandes chaleurs de l'été, par des mouches agressives, les "tions [taons]"(77). Lecoutre de Beauvais aime aussi cette petite ville, phénix sorti de ses cendres par les bains de mer, pleine de charme et de vie avec ses coquettes maisons en hémicycle, ses promenades à l'ombre des tamaris et des ormeaux, ses hôtels confortables, le "sybarisme" de ses tranquilles logements et l'air embaumé de sa nature(78). Par contre pour un autre Bordelais, Saint-Rieul Dupouy farouche partisan d'arcachon la station rivale, Royan malgré un "cachet prétentieux" n'est qu'un "grand village brûlé avec dix ou douze arbres rabougris, une rue mal pavée et des maisons blanchies au lait de chaux" où les estivants s'entassent pêle-mêle à 4 ou 5 par chambre, "femmes, hommes, enfants, domestiques, faisant ménage ensemble, et quel ménage!". Elle reste "la petite ville incarnée avec tous ses inconvénients et tous ses ridicules" où l'ennui est "solennel, insurmontable, général, intense" et qui "fait sur le moral des étrangers l'effet de l'eau de mer sur la peau, il vous rétrécit et vous resserre"(79). L'habitude de se baigner nu perdure. La municipalité de l'eguille interdit aux habitants, sur instructions du préfet, de se baigner sans habits dans leur propre port et, à Saint-Georges, un arrêté stipule que "les hommes qui voudront se mettre à l'eau déshabillés entièrement pourront aller dans la partie de la baie comprise entre l'embouchure dudit canal [riveau] et les rochers de Suzac. Ils ne devront, dans aucun cas, se montrer ainsi déshabillés devant les personnes du sexe féminin qui pourront circuler dans la conche"(80). Ce qui vaut à deux baigneuses, s'approchant d'un endroit de la plage où deux hommes se baignent dans le plus simple appareil, d'être apostrophées en ces termes par un garde-champêtre qui veut oublier son patois et parler un trop bon français: "Allez-vous en, Mesdames, il y a là-bas deux Romains-michels qui se baignent en tenue incandescente!" (81). Le chemin de fer qui relie dès 1841 Arcachon à Bordeaux en trois heures, mais en vous brisant les reins, accentue encore la concurrence d'arcachon, même si Lecoutre de Beauvais trouve "Royan sûre de l'emporter de mille pour cent". Le maire tente de réagir en mettant une salle de la mairie à la disposition des baigneurs qui peuvent s'y réunir en cas de mauvais temps et y danser en soirée, initiative qui connaît un vif succès, mais le nombre des baigneurs stagne autour d'un millier par saison pendant toute la Monarchie de Juillet(82).
177 CHAPITRE XI L'ÉTABLISSEMENT DU CASINO DE FONCILLON. LES DÉBUTS DE L'ÉTABLISSEMENT DE FONCILLON (1844-1853). Afin d'attirer les baigneurs, les Royannais forment en 1843 une société civile par actions, qui n'est pas régulièrement constituée, afin de créer un casino. Elle joue un rôle primordial en regroupant de nombreux propriétaires et commerçants locaux, et accueille des capitaux bordelais et charentais qui servent à acheter la maison de l'anglais millionnaire Thomas Wildman en février 1843 pour 26.000 francs afin d'en faire, avec l'aide de Lessore puis de Botton, un casino avec un établissement de bains chauds d'eau de mer. Quelques champs et vignobles attenants sont ensuite achetés pour créer un parc(1). Dès 1844 ouvre l'élégant pavillon de l'etablissement des Néothermes avec un joli salon d'attente, une charmante terrasse, et des cabinets commodes et parfaitement tenus où se prennent les bains chauds et les douches. Le casino, situé juste derrière les hôtels aristocratiques de Bordeaux et d'orléans, sur la rue du Fort, ouvre ses portes en 1845; de style classique il possède un perron, un péristyle de huit colonnes et un fronton triangulaire(2). L'Etablissement qui regroupe le casino, les bains d'eau chaude et d'eau de mer, ainsi que les jardins est, selon Lecoutre de Beauvais, un cercle élégant qui possède des salons de danse, de musique, de lecture, de jeu, de billard, et un restaurant qui sert de refuge "aux gens qui savent se présenter, causer, dîner" or il ne connaît "pas dix personnes qui sussent dîner". De la hauteur des salons du restaurant "on domine, par la seule puissance de leur position, cette foule étrangère au bon goût qui regarde sans comprendre et se hasarde rarement à venir prendre place à côté des dîneurs"! Le soir, les pères jouent aux cartes, au "wisk" en particulier, tandis qu'au bal, les femmes habillées avec luxe, dansent "la valse, la terrifiante polka et l'insolent quadrille" au son d'un orchestre de six musiciens sous la direction du chef saintais Henri Wons. La vie des privilégiés de la "chevalerie du farniente" qui fréquentent le casino débute à six heures du matin par des bains chauds; à sept heures les mamans conduisent les enfants au gymnase; à huit heures, lecture des journaux dans les salons réservés aux hommes et "bain des sylphides de Foncillon, toujours soigneuses de revêtir un élégant négligé, pour ne pas faire peur"; à dix heures, c'est le déjeuner à la table d'hôte des hôtels, dont "l'oubli est presqu'un suicide" et à midi, café; à quinze heures bain, musique ou, en moins sérieux, "visite chez les femmes distinguées, intelligentes, et spirituelles qui campent à Royan"; puis dix-sept heures dîner et ensuite bal(3). Presque tous les baigneurs se lèvent et se couchent avec le soleil car la ville n'a aucun éclairage et sortir la nuit est des plus dangereux à cause du mauvais état de la voirie, sauf pour ceux qui disposent d'un domestique avec une lanterne. Le casino a aussi un très bon restaurant sous une tente, offrant des vins exquis et un excellent café, où "l'on jouit du doux parfum des mets et de la douce odeur des fleurs" tout en caressant "de l'œil la bienfaisante côte du Médoc". Le public peut se promener dès 1846 dans un parc magnifique, dessiné par l'ingénieur Botton, alliant les allées droites avec un capricieux jardin anglais, où l'on trouve un pavillon ingénieux sur une butte qui tourne afin que
178 l'on soit toujours abrité du vent, un hémicycle de verdure en gradins offrant un splendide panorama sur la mer, des balançoires, et on y pratique la gymnastique et le tir au pistolet(4). Le parc est relié à une terrasse, dominant l'embouchure de la Gironde, par un pont "de bois à rampe de fer" qui enjambe une petite route sablonneuse allant de Royan à Pontaillac par la falaise et relie l'hydrothérapie aux rochers "où une pompe actionnée par une haridelle aveugle monte l'eau de la mer à un réservoir situé sur le toit de l'immeuble"(5). Ce premier casino devient le centre de la vie des baigneurs. Modeste, mais élégant, il est interdit aux domestiques et attire une nouvelle clientèle d'aristocrates et de riches bourgeois qui va grandement contribuer au succès des bains de Royan(6). Pourtant Saint-Rieul Dupouy reste toujours vindicatif contre ce "trou sans originalité et sans physionomie"; il admet que Royan est tout entier dans le magnifique Etablissement dont le jardin est admirablement dessiné, mais trouve que "tout y est confondu, c'est un pêle-mêle, un pandoemonium, une olla-pobrida [mets espagnol fait d'un mélange de produits divers] de ton, de manières, de rang, de fortunes, de conditions sociales, de bourgeoisie et d'aristocratie, de beauté et de laideur, et tout cela saute au même quadrille dans une atmosphère de 40 degrés au-dessus de zéro". Saint-Rieul Dupouy se moque des toilettes "tudesques et labyrinthiformes" des femmes locales, comme celle de cette jeune Saintongeaise dont la robe est "décolletée, ornée d'une écharpe en peluche de soie bordée de chenilles à double grains d'épinards et surmontée d'un chapeau de velours gros-vert sur lequel flottait un panache", alors que les Bordelaises, peu nombreuses, se font remarquer par leur goût exquis et la distinction de leurs manières. Quant à la nourriture, les dîners sont mal servis, il n'y a que du poisson, le vin est médiocre, le beurre rance et les fruits mauvais. Au sujet des bains, il signale que quelques curieux organisent en 1849 un service de longue-vue au-dessus de "Fonsillon" pour mieux admirer l'anatomie des baigneuses. Les femmes laides obtiennent du maire, au nom de la morale, l'interdiction de ces télescopes au grand dam d'une minorité de jolies femmes qui viennent justement aux Eaux pour "échapper un moment au joug conjugal". Et pourtant les femmes sont horribles sous ces affreux costumes de bains. Ces "vénus grelottantes et vertes, la peau crispée par le froid, en sortant des flots en blouses et en pantalons de serge, la tête couverte de ces ignobles et vastes chapeaux de paille, ressemblent à des araignées gigantesques, à tout ce qu'il y a enfin de plus affreux dans le monde animal". Une élégante à Foncillon a bien essayé de réagir contre l'uniformité et la laideur de ce costume, en venant vêtue d'un peignoir de moire avec des flots de nœuds roses aux épaules et coiffée d'un délicieux bonnet en point de Bruxelles, mais les vagues "toujours furieuses" de la mer ont rapidement fait justice de ces beaux atours(7). Les indigènes et les riches baigneurs se côtoient sans toujours se comprendre. Si les Royannais, tout en prenant leur argent, s'adressent aux baigneurs avec un "mon bourgeois" déférent, certains baigneurs sont d'un incroyable snobisme comme Lecoutre de Beauvais ou d'une condescendance hautaine comme Emma Ferrand qui parle de ces "pauvres Royanais" et des "malheureuses malades" de l'hôpital des sœurs, auxquelles il faut faire la charité. Elle considère que cette charité est nécessaire car "le riche est pour le pauvre la Providence incarnée, le riche charitable est la manifestation de la Providence, dont il fait pardonner le plus grand des mystères, l'inégalité des conditions". Elle ajoute même avec une belle franchise: "Elus de ce monde, le meilleur moyen de soutenir vos prérogatives, c'est la charité.
179 Donnez!", et rappelle que l'une des plus fidèles baigneuses est la comtesse Dûchatel, connue comme "la mère des pauvres"(8). Cherpantier redevenu maire en 1845 à l'âge de 60 ans réalise en quelques années, avec l'aide de Botton qui remplace Lessore aux Ponts et Chaussées, une oeuvre impressionnante et fait éclore un nouveau Royan autour de l'etablissement du casino, centre de la vie balnéaire, qui met Foncillon en valeur(9). Un ambitieux plan d'amélioration prévoit d'aligner les maisons, de revoir la route le long de la mer et de créer des rampes reliant le port à la ville. On apprend par ces études que la rue Traversière fait 3,60 mètres de large, la pittoresque ruelle de Cordouan, en face de laquelle partent les barques pour le phare, 2,10 mètres seulement et le pont des Loges pourtant encombré de charrettes ne fait que 4,50 mètres de large. Ce plan est approuvé par le roi le 21 août 1847 et le jeune ingénieur Botton démarre les travaux tambour battant, d'autant plus qu'il est lui-même à la rue, avec ses sept employés et ses tables à dessin, car les Royannais "entraînés dans la voie de la spéculation par la vogue des bains de mer, hachent aujourd'hui de cloisons le moindre espace qu'ils possèdent, multipliant les cabinets destinés aux baigneurs et se refusant, à moins de prix exhorbitants, à toute location en dehors de la saison des bains". Botton se prévoit naturellement des bureaux fort bien placés le long du port (10). Le port, qui reste un port d'échouage où "les barques se réfugient et se reposent, enfoncées dans la vase, quand la mer descend, jusqu'à ce qu'elles soient soulevées par la mer montante", reçoit de nouveaux quais(11). Il abrite 104 navires faisant 2.380 tonneaux, dont 20 bateaux pilotes, des bateaux de pêche, des caboteurs et les vapeurs qui assurent le transport des 5.5OO à 6.000 voyageurs entre Bordeaux et Royan chaque été. Le port exporte chaque année 50 millions d'huîtres dans 38.000 mannequins, ces grands paniers circulaires, et près de 15 tonnes de marchandises diverses, tandis que 550 navires importent une quantité considérable de matériaux de construction. En ville, en moins de trois ans, le front de mer du centre à Foncillon, est entièrement rénové avec un boulevard planté d'ormeaux, le futur cours Botton, de nouvelles rampes sont créées, le Haut-Royan aménagé avec des maisons alignées et une place de la Marine; à l'autre extrémité, en bas de la ville, l'étroit pont des Loges est remplacé par un vaste terre-plein qui devient le champ de foire et se garnit l'été de théâtres forains, ménageries, loteries et chevaux de bois(12). Le temple protestant est reconstruit en temple grec et les halles "hideuses" sont rasées et remplacées par un marché couvert à côté de la mairie avec des bancs mobiles, ce qui permet de le transformer en vaste salle des fêtes. Il ouvre sur le marché en plein vent qui se tient à l'arrière sous les ormeaux centenaires du jardin de la mairie, l'ancien couvent des Récollets. A la place des halles, est édifiée la place du Centre, triangulaire et plantée d'ormeaux, malgré l'opposition initiale des marchands "à cause de l'incommodité des chenilles"(13). Sa fontaine, d'où l'eau jaillit d'une gueule de lion, est surmontée d'une colonne "qui se demande ce qu'elle fait là(14). Malgré son succès, le casino connaît de graves difficultés financières avec une dette de 40.000 francs, aussi en décembre 1847 la Société Civile des Bains de Mer est officiellement créée avec le comte Alfred de la Grandière comme président. Elle reprend l'ancienne société et 103 actionnaires se partagent 261 actions de 250 francs. Le casino est immédiatement agrandi et redécoré, grâce à ce nouvel apport financier, au dynamisme du président et aux sacrifices des artisans de Royan qui acceptent d'être payés un sixième en argent comptant,
180 un sixième en actions et le reste par une créance payable dix ans plus tard(15). En février 1848, Cherpantier proclame la Seconde République et plante un arbre de la Liberté sur la place du Centre, un frêne "jeune et vigoureux". Le conseil municipal est élu au suffrage universel, sur 848 inscrits Botton arrive en tête mais Cherpantier conserve la mairie jusqu'à sa mort deux ans plus tard. Il tombe alors dans un oubli bien immérité car il a obligé Royan, qui tournait le dos à la mer, à faire volte-face pour, selon l'excellente formule de Pelletan, "regarder dans le sens de la poésie". Son successeur Bec est un jeune notaire qui organise avec l'aide des baigneurs les premières régates pour le 15 août 1850 puis proclame solennellement l'empire place du Canton le 5 décembre 1852. L'histoire ne dit pas si l'arbre de la liberté a été enlevé, par contre le compte-rendu officiel parle d'une assistance nombreuse qui crie unanimement "Vive l'empereur" et le soir la mairie est illuminée "avec des lanternes vénitiennes et des verres de couleurs", ceci n'a rien d'étonnant car les Saintongeais sont alors très bonapartistes. Après avoir acheté une pompe à incendie pour sa compagnie de pompiers et créé une fanfare, Bec meurt subitement le 9 août 1853 à 34 ans(16). Royan compte alors 3.000 habitants et, grâce au succès du casino, continue son incroyable ascension avec chaque saison près de 7.000 baigneurs(17). Le canal entre Seudre et Gironde reste à l'ordre du jour à cause du danger présenté par les sables du Mus de Loup qui risquent de barrer l'embouchure de la Seudre. Le Conseil Général fait métrer des parcours entre Ribérou et Royan, et entre Ribérou et Meschers, mais le projet est définitivement abandonné car trop coûteux face aux nouvelles possibilités de la route et du chemin de fer(18). UN CAPITALISTE, AIDÉ D'UN ȂNE TÊTU, CRÉE L'ARISTOCRATIQUE PONTAILLAC (1850-1875) Au début du mois d'août 1850, Jean Lacaze riche bourgeois bordelais en vacances à Royan veut aller avec sa famille à Saint-Georges à dos d'âne, mais il tombe sur un bourricot têtu, baptisé par une publication de l'office du Tourisme royannais "l'âne génial", car il décide obstinément d'aller dans l'autre sens et emmène Lacaze, qui n'en peut mais, jusqu'aux dunes désertes de Pontaillac(19). Son fils Athanase qui l'accompagne raconte dans ses "Notes intimes sur Pontaillac", comment Lacaze est émerveillé par cette magnifique conche ceinturée par des falaises rocheuses couronnées de chênes verts. Mais ce n'est pas en poète qu'il évalue le site, c'est en capitaliste et, après avoir fait creuser un puits et vérifié que l'eau est potable, il envisage immédiatement d'acheter les dunes pour y construire une nouvelle station balnéaire. Il fait donc demander à la préfecture la concession des "Tannes de Pontaillac" et bien que cette idée soit considérée comme excentrique par les Royannais, l'adjudication est faite au début de 1852 pour 8.025 francs à huit Royannais, car on a oublié de prévenir Jean Lacaze. Celui-ci n'apprécie pas du tout, il rachète peu à peu les dunes aux autres propriétaires et finit par se faire adjuger, sans concurrence, l'ensemble des 24 hectares de dunes le 25 septembre 1855 pour 32.000 francs. Dès mars 1856, Lacaze pose la première pierre de sa "villa", premier chalet à porter ce nom, une construction prétentieuse flanquée de quatre tours, située sur la falaise à l'arrivée de la route de Royan, le futur Hôtel du Golf(20). Au même moment, Botton
181 construit au-dessus de Pontaillac un phare à éclipse sur une tour en bois d'un travail remarquable, baptisé Malakoff en hommage à notre victoire en Crimée. Un autre phare semblable est construit à la Coubre(21). D'autres étrangers, Bordelais pour la plupart, font élever des maisons face à la conche, avec des murs mitoyens et sans jardins comme en pleine ville, ce qui semble une idée saugrenue sur des dunes qui ne coûtent pas cher, puis elles envahissent les bois et la falaise. Pelletan écrit avec condescendance "Lacaze acheta les dunes de Pontaillac et pour donner l'exemple il y éleva une maison, on sourit au premier abord de cette excentricité" et ajoute "quand un Bordelais retiré des affaires éprouve le besoin d'une villa de mauvais goût, c'est là qu'il va la bâtir" et, ne croyant pas comme tous les Royannais, à cette nouvelle concurrente, il déclare bien peu aimablement qu'envoyer un baigneur à Pontaillac "ce n'est pas le loger, c'est le déporter"(22). D'ailleurs les mauvaises relations sont évidentes avec les édiles royannais qui ne font "rien, rien, rien" pour en faciliter l'accès aux baigneurs(23). Très vite Pontaillac devient à la mode et un entrepreneur du Chay y implante une douzaine de cabines posées sur le sable avec une vaste cuve de bois où l'eau des bains de pieds est chauffée au soleil. Un pont pittoresque est construit sur le riveau qui s'écoule dans la conche ainsi qu'une route le long de la plage avec un mur de soutien(24). La route avec Royan est le sinueux boulevard de Cordouan, pourtant quand la municipalité étudie une voie directe vers Vaux, le tracé passe en dehors de Pontaillac et il faut une intervention du préfet pour créer l'avenue de Pontaillac(25). Dès 1858 les baigneurs utilisent sur cette nouvelle route, non empierrée, une cinquantaine de breaks garnis de rideaux blancs et bleus, ou blancs et rouges, qui transportent dix personnes en dix minutes pour 25 centimes la place. Ces breaks font la fortune de leur propriétaire royannais Bénoni de Soria et ont un tel succès qu'un sens unique est mis en place à Pontaillac pour éviter les accidents(26). Après le bain, les baigneurs reviennent souvent à pied jusqu'à Royan par un petit chemin bordé de bruyères et d'ajoncs qui est entrecoupé de "banches" ou coupures très profondes dont quelques unes sont effrayantes; ce chemin suit la crête des rochers avec ses vues splendides baptisé "l'océanorama de Royan"(27). Pontaillac a pourtant ses problèmes. Le retour par la route directe couverte de poussière n'est pas conseillé, les accotements étant envahis par d'énormes chardons qui en défendent l'accès aux piétons. De plus, les loueurs de cabanes se disputent les clients à la descente des breaks, et les hommes se baignent dans une nudité presque complète "qui oblige la femme honnête à rougir avant d'avoir eu le temps de détourner les yeux"(28). En outre, la plage est sans moyens de sauvetage bien que de trop nombreux baigneurs soient entraînés par les vagues très fortes et un escalier de pierre dans le mur de soutien entre le haut de la falaise et la plage est fort dangereux avec 34 marches presque verticales. Les cabines de bains sont très disparates. Pour y mettre de l'ordre, Athanase Lacaze en obtient l'adjudication en juin 1860 pour la somme de 3.350 francs, puis échappe de justesse au coup de fusil d'un cabanier du Chay évincé dans l'affaire(29). Cette première adjudication de fermage des plages en France concerne aussi la Grande Conche adjugée 2.750 francs, Foncillon 125 francs et le Chay 45 francs seulement. L'Etat s'y intéresse de très près quand les gens lésés introduisent une action devant les tribunaux de Marennes car, depuis Louis XIV, les rivages de la mer sont du domaine public et ne peuvent être concédés(30).
182 Les Montagnes Russes de Pontaillac sont édifiées en 1862, par les frères Crémier. Il s'agit d'un complexe de loisirs de 10.000 mètres carrés, avec un kiosque, une entrée bordée d'oriflammes, un gymnase, des escarpolettes, des jeux de toutes sortes, des tirs "au Cosaque et au Russe", un bassin avec des joutes nautiques, un mât de cocagne au-dessus de l'eau et surtout les fameuses montagnes russes(31). Longues de 300 mètres, elles s'étendent sur trois dunes plantées de pins à l'arrière de la conche, et utilisent des petits charriots à quatre roues, circulant sur des rails en bois à même le sable, lancés de la plus haute dune à une assez belle allure, ils remontent la dune suivante mais parfois ils ne réussissent pas et s'arrêtent dès le bas de la première dune(32). Pontaillac, le "plus beau joyau de Royan" selon un guide, passe en moins de vingt ans, du désert au rendez-vous mondain mélange de nature brute et de civilisation aristocratique naissante(33). Les baigneurs y viennent si nombreux qu'un journaliste les comparent à "la caravane des pèlerins arabes se rendant à La Mecque" et décrit les baigneuses qui portent des toilettes tapageuses jusqu'aux cabines de bains où il assiste à "la transformation de ces intéressantes chrysalides qui quittent bravement le cothurne à la pointe d'aiguille pour affronter nu-pieds, sans sourciller, ce sable qui quoique uni doit encore paraître rude à ces petits pieds mignons"(34). Pontaillac a des rues éclairées au gaz, une fontaine, la Font-Pude, et même une église avant Royan, pourtant le curé de Royan s'est opposé à la construction d'une église sur le territoire de la commune avant celle de la ville, aussi le comte de Verthamon construit sa petite chapelle sur la partie de falaise située à Vaux(35). Un entrepreneur obtient le droit de faire un dépôt d'huitres dans un trou des rochers de la falaise, sous la villa de Jean Lacaze, les huitres s'y conservent au frais dans l'eau de mer pour être servies directement sur la plage(36). En fait Pontaillac "fille un peu rebelle faisant partie contre son gré de la même commune" souhaite s'ériger à la fois en commune et en paroisse indépendante, mais ne peut devenir rien d'autre qu'un nouveau quartier de Royan(37). Tout cela n'améliore pas les relations avec les édiles royannais, Pelletan écrit "Ce point de la côte est le plus nu, le plus âpre, le plus tondu par le vent, le plus dévoré par le soleil, n'importe la vogue l'a pris en amitié". On ne saurait être plus désagréable, d'autant plus que cette description peu flatteuse de la falaise concerne Terre Nègre dans la première édition de son livre en 1861, et est froidement appliquée à Pontaillac dans la seconde édition, quinze ans plus tard(38). Signes évident du succès, Pontaillac se choisit des armoiries avec un château, un navire et trois pins et une légende racontée, ou plutôt inventée, par Pierre Jônain selon laquelle un châtelain du Moyen-Age a deux fils pervers qui chassent leur père. L'un des fils meurt, l'autre dissipe l'héritage et, à son retour, retrouve son vieux père qui a survécu dans un hameau champêtre, la métairie, mais le manoir emporté par une terrible tempête a disparu à jamais(39). LE COMTE ALFRED DE LA GRANDIERE (1853-1863). Pour remplacer Bec, l'empire nomme le comte Alfred de La Grandière dont, selon Paul Dyvorne, le "nom est un de ceux qui doivent rester immortels dans les annales de la ville, car avant lui, rien ou presque n'était commencé, et il donne réellement le premier coup de pioche
183 dans le vieux Royan qui change brusquement d'aspect". C'est parfaitement injuste puisque Cherpantier a déjà réalisé une oeuvre très importante. Mais s'il ne fait pas de grands travaux, La Grandière, riche et grand seigneur, met en valeur la petite ville, améliore les rues, en crée de nouvelles, aligne les maisons, ouvre les deux premières écoles primaires et un pensionnat pour jeunes filles dans le château de Mons racheté par les religieuses de Notre-Dame de Sion, installe les douze premiers réverbères ce qui rend la vie nocturne plus sûre et plus agréable, rétablit l'octroi et, en tant que président de la Société Civile des Bains de Mer, soutient activement le casino(40). L'Empire par une loi du 10 août 1853 fait du fort du Chay un "poste militaire II série", avec trois zones définies avec toute la précision militaire à 250, 487 et 584 mètres. Dans la première toute construction est interdite, dans la seconde, en cas de guerre, les constructions peuvent être détruites sans indemnité, dans la troisième, les constructions sont autorisées sans caves et sans puits. Cela arrête net tout développement au-delà de Foncillon, et repousse les nouvelles constructions vers la périphérie et vers la Grande Conche où les dunes deviennent des terrains à bâtir. Les propriétaires, croyant coloniser un désert, y construisent leurs maisons en toute bonne foi, mais doivent ensuite racheter leurs propres terrains à l'etat. Une nouvelle route le long de la Grande Conche est baptisée sans cérémonie "rue des lapins" à cause de la proximité de la garenne(41). L'Empire crée aussi le terre-plein, ou place d'armes, qui est un grand quadrilatère orné de quatre mamelons surélevé de trois mètres par rapport au boulevard, situé à côté des rochers couverts de tamaris de Foncillon. Ce quartier situé sur le plateau du "Haut-Royan, aimé des voyageurs" auquel on donne le nom de jetée, devient à la mode. Après un premier chalet face à la mer par une famille espagnole, les maisons y sont de plus en plus nombreuses et le maire lui-même y construit une splendide demeure(42). La plage, réservée aux dames, est peu à peu abandonnée car elle ne peut être atteinte que par la coulée, une coupure difficile d'accès. En outre elle est malpropre, les dames y sont soumises au cynisme des attitudes obscènes de certains hommes, et les chantiers navals qui y sont transférés sont "peu propres à flatter la vue et l'odorat"(43). L'établissement de bains tenu par une dame Thourangeau a 15 cabines, un petit salon, une passerelle sur le sable et de grosses cordes où les baigneuses peuvent s'agripper et sont aidées par des baigneuses professionnelles, ou maîtresses-baigneuses, qui l'hiver sont employées dans la fabrication de ces fleurs en coquillages, de si mauvais goût, vendues comme souvenirs. Les marins reconvertis en maîtres-baigneurs, avec un costume bleu foncé et un chapeau en cuir, aident le baigneur à entrer dans l'eau en le plongeant simplement dans la mer la tête la première, comme au Chay, un ancien maître-baigneur de Pontaillac surnommé Mylord installe l'établissement "A la Renaissance", et où "il n'y a guère que des hommes qui se baignent, les vagues y sont souvent très fortes et d'habiles nageurs peuvent seuls les défier", attire une clientèle anglaise logée à la jolie ferme du Chay d'où un splendide bois de chênes descend jusqu'au fort, bois dont le sol est jonché de violettes au printemps, ce qui lui vaut le nom de bois des violettes(44). Hippolyte d'aussy signale que, pendant l'été, plusieurs "centaines d'oisifs" prennent des bains de mer à Royan en vue de donner à leurs nerfs plus d'élasticité et font des promenades dans les bois de pins des environs lesquels "s'élèvent au milieu des plaines de sable, et
184 servent de retraite à de jolis écureuils, qui y sautent de branche en branche". Il ajoute que "ces malades de bon ton" y répandent beaucoup d'argent et que les relations avec Bordeaux sont si fréquentes et si importantes que Royan semble "une portion du faubourg du chef-lieu de la Gironde, transporté sur cette côte, en attendant sa réunion à la métropole"(45). D'ailleurs, sans être touchée directement par la civilisation industrielle, Royan est une de ces villes qui a inventé le remède estival à une grande ville industrielle comme Bordeaux. Selon l'un de ces oisifs, Eugène Dudognon, Royan est "un petit paradis terrestre" dont les habitants, à l'accent délicieux, accueillent les baigneurs avec beaucoup de grâce(46). Le casino restauré, avec son grand salon rectangulaire décoré de peintures à l'italienne et de glaces, et éclairé le soir par mille bougies, n'ouvre pas avant la mi-juillet. C'est "le lieu de rendez-vous de la société d'élite qui fréquente nos bains de mer" et le centre de la vie pour "toute la population fashionable, exotique et indigène". Son chef d'orchestre, Massip, avec lequel "tout tourbillonne", est très célèbre à Royan(47). Chaque saison 14.000 baigneurs y viennent, certains se logent dans les hôtels, celui de Bordeaux, refait à neuf en 1858, est le plus raffiné, "l'eldorado des nababs baigneurs" avec 120 lits de maîtres. L'hôtel d'orléans, à côté, est le mieux bâti, et les plus modestes sont dans la petite rue des Bains, d'autres baigneurs préfèrent les maisons meublées or "presque toute la ville est à louer"(48). Le recensement de 1856 donne pour la commune 986 habitations et 3.568 habitants, dont 132 propriétaires de chiens qui doivent acquitter une nouvelle taxe(49). Royan se doit d'avoir un journal, c'est chose faite le 26 juillet 1857 avec "La Vigie de Royan", hebdomadaire estival de quatre pages de petit format, qui coûte 25 centimes. Son fondateur Granet, publiciste légitimiste et frondeur veut défendre Royan contre les "attaques pseudonymes des stations rivales jalouses"(50). La Vigie signale sûrement, le 10 septembre, la visite du prince Napoléon, cousin de l'empereur, dont le bateau La Princesse-Mathilde s'arrête à Royan au retour d'une excursion à Cordouan. Aucune visite de la ville n'est prévue, mais le maire en grand uniforme accueille le prince qui, conquis par l'enthousiasme des habitants, descend à terre et fait une brève excursion à Pontaillac(51). Un an plus tard la Vigie cesse de paraître et Granet publie un petit pamphlet pour expliquer l'utilité de son journal car "beaucoup des étrangers s'accordent à répéter qu'ils ne savaient pas ce que c'était que Royan avant d'y avoir mis les pieds, n'en ayant jamais entendu parler" malgré les affiches du casino "qu'on ne voit et qu'on ne lit qu'à Royan" et il juge nécessaire de répondre à la formule injuste "A Royan, on écorche les étrangers". Selon lui, même si les prix sont élevés pendant la saison, les pauvres Royannais ne gagnent pas leur vie, ainsi les actionnaires du casino n'ont rien touché depuis sa fondation. Quant aux malheureux propriétaires, logeurs en garni, "ils se ruinent bel et bien, il ne leur reste rien, rien, rien", car pour une maison bourgeoise, il faut au moins un terrain de 8 mètres de façade, sur 25 à 40 de long qui revient à 8.000 francs, auxquels s'ajoutent 15.000 pour la construction et 7.000 pour les meubles. D'où un coût total de 30.000 francs pour un loyer en garni durant trois mois de 1.500 francs. Avec 400 francs de contributions et 300 de réparations, la rentrée nette est de 800 francs par an, soit un rendement inférieur à 3 %(52). Ce beau raisonnement n'empêche pourtant aucun propriétaire royannais de s'enrichir. Bien qu'avec 50 abonnés seulement La Vigie reparaît en 1859, mais avec un concurrent proche des autorités locales le "Journal de Royan". Les deux entrent en lutte, s'attaquent en justice et disparaissent
185 ensemble l'année suivante(53). Si le maire de Royan est nommé par les autorités, le conseil municipal reste élu en 1860 sur une seule liste par 345 votants sur 1.006 inscrits. La justice n'est pas tendre pour les infractions à la circulation, c'est ainsi que l'huissier royannais Trusseau se voit condamné par le tribunal de Saujon à 6 francs d'amende et 24 heures de prison "pour avoir, sans récidive, manqué d'allumer la lanterne de son cabriolet"(54). Pour l'inauguration le 22 juillet 1860 de la nouvelle station des bains de La Tremblade, créée par Edouard Perraudeau de Beaufief propriétaire des dunes qu'il vend en parcelles à bas prix, des vers sont composés par G. d'hoste: Venez baigneurs, venez visiter notre plage La brise du matin murmure doucement La mer est sans écueil, le ciel est sans orage Accourrez, il fait chaud, la fraîcheur vous attend(55) Y accourrir n'est pas si facile que cela car pour atteindre la plage à Ronce, à cinq kilomètres de la ville, il faut suivre un "chemin jalonné de signes de ralliement de petits papiers attachés aux branches d'arbres", heureusement que peu après Bargeau, maire de La Tremblade, fait construire un chemin de grande vicinalité pour rejoindre la plage(56). Cette station comprend des cabines de bains, des rues, une place publique, un grand chalet pour recevoir les baigneurs et même les ruines d'une muraille de 34 mètres de long et d'un mètre d'épaisseur qui sont, selon Auguste Pawlowski, celles de l'ancien prieuré de Disail(57). Royan est durement critiquée par le docteur Brochard qui veut lancer ces bains de La Tremblade. Selon lui, l'eau des plages royannaises n'est pas salée car elles sont sur la Gironde et non sur l'océan, de plus il y manque l'air salé, l'odeur des pins et les agréments de la campagne pour les promenades, enfin le "port dans lequel on se baigne reçoit les égouts de la ville". Il admet pourtant que Royan est un séjour charmant, avec ses distractions et un casino où l'on s'amuse beaucoup, mais il s'indigne des bals d'enfants, agréables au coup d'œil, mais où ces petits êtres pâles, étiolés, emprisonnés dans des vêtements peu confortables sont au milieu d'un air vicié. Pour faire bonne mesure, il ajoute qu'il y a trop de monde à Royan et que la vie y est chère et difficile, tandis que la plage de La Tremblade est un petit paradis terrestre, sain et tranquille(58). Ces critiques ne sont pas totalement injustifiées. Royan connaît de vrais problèmes avec les "trains de plaisir" à prix réduits qui sont, malgré ce nom, organisés par la Compagnie des bateaux à vapeur du Bas de la Rivière. Ils amènent par bateaux une foule importante du samedi au lundi, ce qui attire les mendiants et transforme notre ville en cour des miracles, surtout le 15 août lors du feu d'artifice sur le port(59). D'ailleurs le prêtre Laborde dans son petit livre sur Royan-les-Bains fustige, en vers, le "vice impur" de ces "bas fonds": Dieu! Quel nuage impur vient souiller mon tableau! L'air en est empesté...l'on sent, quand on respire, Son esprit éperdu, que le coeur se déchire. Le malheureux atteint de ce mortel poison, De ses sens enivrés voit s'enfuir la raison. Il court vers ce repaire, où la vertu se brise; Où le vice impudent en femme se déguise...
186 puis il ajoute quelques vers plus loin: Leurs traits sont d'une vierge, et leur voix de sirène Dans l'abîme mortel vous pousse ou vous entraîne et conclut "N'accusez pas Royan" car heureusement ces "êtres souillés, dégoûtantes Harpies" ne sont "pas du pays"(60). En outre au moindre coup de vent, la ville entière est enveloppée d'un nuage de poussière et la chaleur est parfois telle qu'on attrape une sorte de "rage" qui heureusement se soigne grâce à un missionnaire revenu du Tonkin dont le remède des plus simple est de faire prendre au malade une "concoction de trois poignées de pommes épineuses". L'eau des puits est insipide et saumâtre, la seule bonne est celle du "Fond de Chèvre" qui ne vient pas en ville, quant à la fontaine de la place du Centre, elle ne mérite pas son nom car c'est un espèce de puisard avec de l'eau de mauvaise qualité. Une autre source, peu importante, est même sulfureuse dans les rochers de Foncillon(61). L'ostréiculture commence à apporter la richesse en Seudre devenue officiellement par décret depuis 1852 un bras de mer, sur lequel on ne peut naviguer que si l'on est inscrit maritime. En Arvert on en profite pour construire deux temples, un à Médis et un hexagonal à Saint-Sulpice, une église à l'eguille et celle de Mornac reçoit un nouveau clocher avec une curieuse flèche pointue en bois couverte d'ardoise vite baptisée la "seringue" par les habitants(62). C'est à Mornac que Courbet et ses amis font un dîner sur les parcs de la Seudre où ils engloutissent des douzaines d'huîtres si fortement arrosées de vin blanc de Médis que, la nuit venant et souhaitant rejoindre Saujon en canot pour y prendre la diligence du matin, ils rament trois bonnes heures avant que Courbet soit assez sobre pour s'apercevoir que le canot n'a pas été détaché du rivage(63). Heureusement Courbet nous a laissé d'autres souvenirs de son séjour en Saintonge avec une marine au bord de la mer à Royan et la roche isolée de Vallières. Brochard se plaint que l'huître verte soit appelée exclusivement de Marennes à cause des ventes, peu importantes, faites vers Paris où elle a reçu son nom de baptême, alors que La Tremblade exporte vers le sud en transportant ses huîtres sur de lourdes charrettes jusqu'à Royan, puis de là par bateau sur Bordeaux. En soutien de sa thèse il donne quelques chiffres, Marennes a exporté 600.000 huîtres en 1862 et La Tremblade 23.410.000, donnant du travail à 1.774 personnes sur les 265 hectares de parcs du canton(64). Pourtant les huîtres disparaissent des parcs naturels, pour y remédier on crée des parcs artificiels avec des pierres, aussitôt les parqueurs poussent des cris de détresse et prévoient, bien à tort, la ruine de leur industrie. Quant à leurs femmes, trop peu nombreuses comme écaillères, elles emmènent du pays leurs servantes avec un salaire de misère, 15 à 25 francs pour six mois, et nourries "avec du pain très dur auquel on ajoutait une petite portion de viande tous les quinze jours et le tiers d'un verre de vin". Pour conserver ces pauvres filles "illettrées et infidèles" qui ont vite la tête tournée par la ville, il faut multiplier leur salaire par dix et améliorer fortement la nourriture(65). La Tremblade possède aussi plusieurs vinaigreries car les vins de la presqu'île d'arvert donnent un excellent vinaigre, alors que ceux récoltés audelà de Royan conviennent mieux pour l'eau-de-vie. Notre ville n'a toujours pas d'église malgré un legs d'une maison et de ses dépendances, sise près de la place du Centre, faite par la veuve Dumoulin en 1856. La guerre fait rage entre
187 les habitants du haut Royan qui veulent l'église dans un site de leur quartier, le plus riche et le plus fréquenté pendant la saison, et ceux du bas qui sont jaloux des premiers. Lassé de cette situation, La Grandière abandonne la mairie en 1863(66). MICHELET VILLÉGIATURE A SAINT-GEORGES DE DIDONNE (1859) Le plus célèbre des baigneurs qui villégiaturent à Saint-Georges est Jules Michelet qui y écrit "La Mer" en 1859. Pour lui Saint-Georges, à quelques heures de voyage à peine" de Royan, est un lieu civilisé, aimable, charmant qui repose de la mer véhémente, un joli village calme avec des maisons de pêcheurs bonnes et solides, mais basses et humides, et toujours ouvertes car la serrure n'y a pas encore été inventée. Il conseille le choix d'une maison pour les vacances, la sienne est sur la plage avec vue sur la mer et sur la terre, il convient d'éviter le voisinage des marais et de préférer une maison de pêcheur avec une cheminée pour faire du feu et un puits pour l'eau pure. Il part en guerre contre ces absurdes chalets construits pour les "pauvres malades", en planches, où rien ne joint, ou contre ces villas prétentieuses, luxueuses en apparence, mais misérables en réalité, car rien n'est prévu pour le confort dans ces imitations d'églises gothiques qui ne sont que des joujoux ridicules. Il aime les dunes à la senteur des pins et des immortelles au goût miellé, la lande avec son parfum sauvage, sa douceur sévère, les senteurs d'amertume vivifiante de ses bruyères, le thym, le serpolet, la marjolaine, la sauge, la menthe poivrée, et surtout le petit œillet sauvage au parfum épicé de l'orient. Il apprécie aussi les oiseaux qui "chantent mieux qu'ailleurs", comme cette alouette qui le charme sur le promontoire de Vallières aux vignes renommées. Michelet décrit longuement cette mer le long de la Gironde "au moment où l'océan s'humanise", dont le souffle purifie. Il apprécie la vie sérieuse, la solitude de la plage illimitée, le sable fin des plages, la majesté de la mer, sa sauvage et vraie grandeur et n'aime guère les viveurs, habitués du casino de Royan, qui la vulgarisent avec leurs gants jaunes et leurs bottes vernies. Cette mer, attirante avec les ébats des marsouins et même ses "gracieuses" méduses, est mise en valeur par les "nuages irisés, verts clairs, roses et violets". Les marins, surtout les pilotes, sont aussi intrépides en mer que modestes sur terre. Cette mer est terrible la nuit, car c'est une mer ténébreuse, où Cordouan, "ce martyr des mers" perdu sur son écueil battu par les lames, est la seule lumière. Parfois la mer en fureur est laide et affreuse, comme lors de cette terrible tempête du 24 au 31 octobre 1859, quand Michelet compare le vent furieux de l'ouragan à une horrible populace de dogues aux gueules écumantes, aboyants, acharnés et fous, et, habitant sur la plage, il estime "avoir la chance bizarre de faire naufrage sur terre"(67)! Pour Laborde, lors d'une telle tempête: On croirait que la Mer apporte sur son flanc Des guerriers ombragés de leur panache blanc(68). Pelletan mentionne également ces belles médoquines noires comme l'enfer, fréquentes les soirs d'été avec leurs nuages de la couleur foncée d'un brasier à moitié éteint. Le vent violent répand alors un voile funèbre sur nos côtes que la foudre déchire et la terre est noyée en un clin d'œil; comme leur nom l'indique ces tempêtes viennent du Médoc au sud-ouest et elles sont baptisées royannaises si elles arrivent de l'ouest(69). Un curieux poisson qu'on
188 pêche à Cordouan peut donner l'alerte sur ces soudaines tempêtes car il grogne à leur approche, il s'agit du chaboisseau, appelé aussi godon ou cadane, un petit poisson avec trois épines et qui fait une vingtaine de centimètres(70). ARDOUIN ET LA FIN DU SECOND EMPIRE (1863-1870). Bascle, premier adjoint, remplace provisoirement le maire et impose à son conseil l'installation de 67 becs à huile de pétrole, dont 26 candélabres sur les boulevards, car "le changement proposé, bien que dispendieux, ne saurait être repoussé par une asemblée qui comprend que pour une ville de bains placée au premier rang des thermes maritimes, il ne faut jamais, si cela est possible toutefois, séparer l'utile de l'agréable". Dès août 1864, Ardouin fait fonction de maire mais n'est nommé officiellement que l'année suivante. Un contrat d'éclairage au gaz dote Royan d'un affreux gazomètre et des courses de chevaux sont organisées sur la plage avec les baigneurs, tandis que le théâtre débute au casino et que de nombreuses filles de joie exercent, autour des baraques foraines, leur "honteux commerce au grand scandale et au préjudice de tous". Ardouin propose des armoiries parlantes que la chancellerie refuse, mais que Royan adopte. L'écu porte trois sardines, les royans, le phare de Cordouan, une harpe emblème du casino, et un navire pour le port(71). Comme le dira un critique, ces armoiries sont un véritable étalage de bazar, auquel il ne manque que le gazomètre(72). Un incendie, le soir de Noël, ravage le café des Bains, l'ancienne maison Avrilleau payée par les indemnités du fameux procès, ensevelissant son propriétaire sous les décombres(73). Le port est modernisé, dévasé, et le fanal est remplacé par un phare situé sur un musoir brise-lames de 35 mètres prolongeant la jetée, les remblais sont déversés dans le Grande Conche pour permettre la construction de l'église sur la plage, mais les habitants du haut Royan s'y opposent et ce projet est finalement rejeté car "le recueillement du prêtre, l'attention religieuse des fidèles" seront troublés par "les mugissements de la tempête" en hiver et par "les joyeux ébats des baigneurs" en été. Un plan de 1866 mentionne ces remblais, dont Royan demande la concession gratuite pour créer une promenade, qui va devenir le square Botton, dans cette "partie abandonnée par les baigneurs attendu qu'elle est devenue malsaine et vaseuse par suite de l'écoulement des eaux provenant de plusieurs aqueducs qui y débouchent". D'autres remblais doivent couvrir toute la plage jusqu'au champ de foire, avec l'indication "emplacement probable d'une gare de chemin de fer", projet lié à celui d'un port en eau profonde à Foncillon demandé par une pétition après les naufrages du 30 juin 1865 qui ont coûté la vie à 19 marins, et provoqué la perte des quatre chaloupes pilotes Panthère, Confiance, Deux Amis et Marguerite et d'une goélette de 45 tonneaux(74). Un abonnement pour la saison au casino coûte 35 francs par personne et 60 francs pour un couple. Vallein se plaint que la salle de jeu est pleine d'hommes de 18 à 80 ans alors que personne ne danse sur l'excellent orchestre de Marx qui joue vainement ses quadrilles, valses, polkas, scotischs ou mazurkas devant des dames qui se regardent entre elles. Par contre, il note la "furie de la danse" des femmes de La Tremblade et d'etaules, écaillères et marchandes d'huîtres pour la plupart, qui sont belles et aiment ce plaisir à la folie(75). Pourtant Brochard part en guerre contre la danse, peu salubre à cause de l'air vicié des
189 salons, mais s'il critique les bals du casino de Royan, c'est pour mieux soutenir la Ronce, la toute récente plage de La Tremblade équipée de 40 cabanes(76). Les militaires améliorent le fort du Chay, dont les talus sont agrandis et qui est équipé d'une caserne voûtée et crénelée de trois étages et de nouvelles pièces de canons, mais ils encouragent le tourisme puisque, d'après un guide de 1869, ce "fort tout récemment reconstruit, mérite la visite de messieurs les étrangers, il faut demander une permission au gardien"(77). Quant au fort de Terre-Nègre, il est rendu aux civils et les baigneurs peuvent maintenant y déjeuner(78). Chassés par les vents d'ouest et de sud-ouest les sables menacent de fermer l'embouchure de la Seudre, ce qui anéantirait les salines et les parcs à huîtres qui font la richesse du pays. Devant l'urgence de cette situation, les travaux de reboisement de la Coubre sont confiés Vasselot de Régné, inspecteur de l'administration des Eaux et Forêts de Marennes, qui transfère ses bureaux à Royan. Pour reboiser les dunes de la Coubre à la Pointe Espagnole, il construit une route empierrée de 8 km au Clapet, crée douze maisons forestières et trace 60 km de chemins de sable. Les charrois sont faits par des charrettes à très larges roues, chaque charrette menée par 4 ou 5 conducteurs est tirée par 12 à 18 bœufs dont les pattes enfoncent moins que les chevaux ou les mulets dans ce désert sablonneux. Ces attelages loués aux fermiers ne sont pas toujours disponibles, aussi Vasselot de Régné achète, dès 1867, 48 bœufs et construit pour eux et deux chevaux et six mulets, une étable de 50m par 13m à la Bouverie, qui leur doit son nom. Afin de nourrir ces bœufs, Vasselot de Régné fait creuser un canal de 5 kilomètres pour écouler sur Bonne Anse les eaux du marais du Barrachois afin d'y cultiver 40 hectares de lèdes. Puis une voie étroite de chemin de fer à traction animale est aménagée sur 28 km de la Combe-à-Massé, carrière calcaire près de la Grande-Côte, jusqu'au Galon d'or le long du pertuis de Maumusson où une exploitation forestière exporte des poteaux de mines par une petite jetée locale(79). Lorsqu'en 1877 Vasselot de Régné quitte Royan, où il est conseiller municipal, pour diriger les Eaux et Forêts du Cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, il a ensemencé 4.000 hectares du magnifique massif forestier de la Coubre(80). Le navire Le Morlaisien rejette par-dessus bord, en Gironde, en mai 1868 sa cargaison d'huîtres portugaises avariées. Certaines survivent et en quelques années bouleversent l'écologie de nos grèves où l'huître plate, la marennes ou "Ostrea edulis", est remplacée par la portugaise, la gryphée ou "Crassostrea angulata", plus résistante. Originaire en réalité des mers orientales et ramenée en Europe sur la coque des navires portugais au XVI siècle. Aussitôt une violente polémique s'instaure contre cette étrangère qui menace les huîtres françaises et il est question de l'expulser de nos fonds. Bien que le docteur Leroux fasse une brochure sur le goût détestable de l'huître du Portugal, "ce mollusque au goût fade et à la saveur âcre et cuivreuse" dont les consommateurs risquent vite de se lasser, il n'en est rien, et cette huître du pauvre, plus prolifique et plus robuste, est vite adoptée par les ostréiculteurs de la Seudre(81). A Royan, le receveur de l'enregistrement Mathéron gagne le surnom du "joyeux Mathéron" quand il se montre en chemise de nuit au haut de l'escalier conduisant à sa chambre, et présente la partie la plus charnue de son individu aux contribuables trop matinaux, tout en promettant de recommencer si on le dérange à nouveau avant midi. Son geste connaît une
190 telle publicité, méritée, qu'il finit par avoir peur de perdre sa place et demande audience à l'empereur de passage à Bordeaux. Napoléon III accepte volontiers de le recevoir mais, informé de l'affaire, il prend soin de préciser "l'après-midi seulement"(82). A la fin de l'empire, la cour de Cassation annule la concession des plages, il faudra une nouvelle loi quelques années plus tard pour légaliser la situation. Le journal Le Bordelais signale qu'à partir du 15 juin 1869 le gaz éclaire les rues, alors que jusque là "les établissements publics, seuls, jouissaient des lumineuses faveurs de l'hydrogène carburé" et il mentionne que peu de villes "offrent une situation plus heureuse, des sites plus séduisants, une température plus modérée, un air plus pur" que Royan où les maisons blanches et coquettes dessinent un amphithéâtre, et où l'on peut consommer au Café des Bains, situé on ne peut mieux, "un fin bock, un café parfumé ou tout au moins l'absinthe qui prélude au dîner ou le bitter régénérateur"(83). Malgré cela, le nombre des baigneurs stagne à près de 18.000 par saison(84). LA CLASSE MÉDICALE RÉGENTE LA BALNÉATION ROYANNAISE. Les baigneurs en fait se baignent rarement, ils vont surtout à la plage équipés de leurs plus beaux atours pour bavarder, assis confortablement sur des chaises et des fauteuils, abrités du soleil par des canotiers pour les hommes et des ombrelles pour les femmes. Pour ceux qui prennent des bains de mer, quelques uns le font par plaisir, mais pour la plupart c'est une thérapeutique sur laquelle la classe médicale prend la haute main car les médecins estiment, comme le docteur Brochard de La Tremblade, que les bains sont "un agent thérapeutique beaucoup trop énergique pour qu'on laisse le malade seul libre d'en régler l'emploi. Il ne faut pas croire que l'on puisse se plonger dans la mer toujours avec avantage ou même impunément pour le plus petit dérangement de sa santé. Ce serait une erreur qui pourrait avoir les conséquences les plus funestes". Si les bains conviennent pour les enfants étiolés ou scrofuleux, ce fléau des classes pauvres, par contre, ils sont dangereux pour les personnes âgées et les enfants de moins de trois ans qui doivent se contenter de jouer sur le sable. Les bains de sable sont d'ailleurs salutaires pour les entorses, luxations et fractures(85). Selon le docteur Gigot-Suard, inspecteur des bains de Royan, la Grande Conche est la panacée universelle, elle bénéficie de l'eau douce de la Gironde dont le degré de salure est moitié moindre de celui de l'océan, ce qui est un avantage, car "un excès de sel amène une stimulation trop active de la peau avec des picotements incommodes", en plus les lames y sont de petites ondulations médicinales modérées, alors que Pontaillac, avec ses véritables vagues, ne convient qu'aux personnes en bonne santé. Gigot-Suard ne lésine pas sur l'utilité thérapeutique de notre "balnéation" puisqu'il estime la Grande Conche bénéfique pour la faiblesse générale, les scrofules, l'anémie des jeunes femmes, les problèmes de la matrice provoquées par les corsets, en faisant attention aux lames fortes qui "risquent de comprimer l'utérus", la leucorrhée, les fausses couches, les accidents de l'âge critique, les menstruations douloureuses, l'engorgement du foie et de la rate, les maladies du tube digestif, la stérilité et l'impuissance des femmes, les hémorragies et les menstruations abondantes, mais alors les bains ne doivent pas dépasser deux à trois minutes et ne pas avoir lieu à Pontaillac où il y
191 aurait des risques d'accident, et il faut y ajouter des bains de siège à l'hydrothérapie. Les bains conviennent aussi pour les hommes adultes dont "la virilité est épuisée ou anéantie" mais avec des douches en plus, pour la phtisie pulmonaire avec inhalation d'air marin, pour les maladies de la peau avec des pulvérisations d'eau de mer, enfin pour les maladies nerveuses féminines, à condition que le bain ne dépasse pas une minute, enfin pour la danse de Saint-Guy, à condition de faire des "immersions avec saisissement subit" plusieurs fois par jour. Le vrai malade ne peut fréquenter que les salles de l'hydrothérapie, où l'administration des bains a installé des bains froids et chauds, des douches et des salles de respiration d'eau de mer pulvérisée. Quant à ceux qui pratiquent les bains de mer "par hygiène et par distraction et non pour raison de santé", le docteur Gigot-Suard leur conseille de s'acclimater en restant deux jours sans bain à l'arrivée, puis en débutant par des "percussions modérées", avant d'affronter les fortes secousses de la lame(86). Pour Michelet, les bains de mer sont une médecine pour "travailleurs fatigués, jeunes femmes épuisées, enfants punis des vices de vos pères" et qui se pratiquent sur les conseils des médecins lesquels choisissent le climat où le malade, qui doit avoir "foi en la mer", peut "émigrer". Il plaint la femme nerveuse, seule au bain de mer "face aux rivales et à la foule critique, humiliée par de sots rieurs, lorgnette en mains", ces rieurs attristent d'ailleurs la mer de leur gaieté et de leurs ridicules car ils viennent "faire la guerre aux pauvres malades" et rendent vulgaire la majesté de la mer, sa sauvage et vraie grandeur. Il convient de prendre des bains tièdes avant le premier bain de mer et, comme un court séjour à la mer sans préparation est propre à ébranler les santés les plus robustes, Michelet conseille de s'acclimater et de respirer en juin, de réserver juillet et août aux bains, et septembre pour se délasser des grandes chaleurs et consolider les résultats des bains pendant que les grands vents frais permettent de s'aguerrir contre le froid de l'hiver(87). Tout le monde donne des conseils, parfois contradictoires, sur la manière de prendre son bain. Brochard conseille d'attendre jusqu'à cinq heures après un bon repas, de se promener sur la plage avant le bain qui doit être pris de préférence l'après-midi, à la pleine mer car l'eau est alors plus propre et plus chaude, sinon à la marée montante qui vous ramène vers le rivage, alors que la marée descendante vous entraîne au large. Surtout pas à marée basse quand le bain est triste, puisqu'il faut traverser toute la plage, mouillé ou dans une espèce de voiture ou de cabane humide. Lui aussi souhaite que l'on entre hardiment dans la mer où il ne faut pas rester trop longtemps, entre une et trois minutes pour les enfants. Puis Brochard conseille de s'essuyer très légèrement, avec du linge non chauffé, pour laisser adhérer à la peau les principes salins, de se laver les pieds à l'eau très chaude, et ne jamais se mettre immédiatement au lit(88). Pour Gigot-Suard, il faut se baigner à la pleine mer, entrer en courant et en faisant jaillir l'eau car l'immersion graduelle ou par surprise est à proscrire. Il ne faut surtout pas plonger la tête dans l'eau car cette déplorable méthode risque de provoquer une congestion cérébrale, et ne pas se baigner en sueur, après une marche forcée ou un repos absolu. Durant le bain, il faut garder le corps constamment dans l'eau, ne pas rester sans bouger, nager si possible, et s'arrêter au premier frisson car attendre le second est dangereux. Après le bain, Gigot-Suard pense que ne pas s'essuyer est une grave erreur et qu'il faut utiliser des linges secs, non
192 chauffés, dans sa cabane. Si les dames ont les cheveux mouillés, elles doivent les sécher pour éviter les névralgies. Ensuite il faut prendre des bains de pieds d'eau de mer légèrement chaude, indispensables pour la propreté et l'hygiène, boire une tasse de thé et surtout ne pas manger pendant une demi-heure ou une heure après le bain(89). Lecoutre de Beauvais estime que le bain doit être pris entre midi et six heures, ni à jeun, ni à moins de 3 ou 4 heures après les repas, et à la mer descendante quand l'eau est plus propre et plus purifiée. Il conseille une immersion brusque en affrontant la lame en oblique et pour s'essuyer d'utiliser un "coton ou chamois usé et chauffé", mais sans jamais s'essuyer à fond pour "conserver les molécules actifs" du bain(90). Ernst préconise de ne jamais se baigner "à la descendante qui risque de vous entraîner", et juge qu'un bain de vingt minutes est un excès, deux bains par jour de quinze minutes c'est plus qu'un excès, un danger. Les dames doivent avoir un serre-tête de toile cirée sous un chapeau de paille afin de ne pas se mouiller les cheveux et, après le bain, il faut se laver les pieds "pour rappeler le sang aux pieds et éviter la congestion", puis se réchauffer, se promener en plein air en prenant un peu d'exercice avec un chapeau de paille bien attaché contre les coups de soleil(91). Le docteur Drouineau estime que toute "immersion totale et prolongée est néfaste" et conseille de se laver les pieds, à froid, pour simplement enlever le sable, de fuir au plus vite les cabines qui sont de véritables étuves et surtout d'éviter le soleil à l'influence parfois pernicieuse, surtout que bronzer est alors d'une grande vulgarité(92). Pour sa part le docteur Labat demande de choisir la marée montante, de ne prendre qu'un seul bain par jour de durée limitée, cinq à dix minutes de préférence, et il signale en outre que les vieux syphilitiques de Bordeaux sont envoyés aux bains de Royan, et qu'un jeune médecin ose faire baigner les femmes pendant leurs règles(93). D'autres conseils sont fournis par un guide des baigneurs très technique précise qu'il faut d'ailleurs couper la lame car elle "rencontre le corps du baigneur et se brise préalablement sur lui, avec une violence proportionnelle à son volume et à la résistance qu'elle éprouve"(94). Charles Dolivet précise qu'après le bain, il faut s'essuyer avec un linge de coton, de lin, ou de chanvre, non chauffé et en outre à demi usé, et ne jamais se baigner avec des cosmétiques gras ou huileux qui sont un obstacle à l'évaporation de l'humidité et à l'absorption des éléments salins, sous peine de "névralgies dentaires ou faciales, de rougeurs d'yeux et de paupières"(95). Le conseil le plus alléchant est celui de Michelet qui aime se faire frictionner "avec une très chaude laine, par une personne dévouée qui vous soutient", et boire ensuite "le léger cordial d'une boisson chaude où l'on met quelques gouttes d'élixir puissant"(96). Le costume de bain au début du Second Empire est décent "en étoffe de laine pure ou laine et coton; les habits de bain en toile de coton, chanvre, lin ou fil sont prohibés" par la police des bains, car ils sont transparents une fois mouillés(97). Les hommes utilisent un simple caleçon de couleur en tricot de laine, et s'enveloppent souvent d'un long peignoir blanc et les femmes portent un vêtement qui couvre le corps aussi complétement que le costume de ville, soit un pantalon et une blouse montante avec ceinture, le tout en laine, avec des chaussons feutrés bien attachés; les dessins de Daumier montrent, mieux que toute explication, l'inélégance de ces tenues(98). Selon le baigneur Eugène Dudognon, il y a sur la plage une vingtaine de baraques sur quatre roues de 4 à 5 pieds carrés, sortes de boudoirs mouvants, dans lesquelles les femmes de chambre introduisent de jolies personnes en robes
193 de soie qui en sortent de grandes femmes maigres, sans poitrine ni jambes, habillées d'un pantalon de laine à mi-jambe et d'une blouse qui tombe plate sur la poitrine comme une feuille de fer blanc, aussi sur cent baigneuses, il y a seulement une douzaine de jolies femmes. Cela ne l'empêche pas d'estimer "difficile de peindre la béatitude dans laquelle on se trouve en sortant de l'eau, le sang circule mieux, les nerfs sont plus souples, les idées sont riantes, vraiment on est tout autre"(99). Mais le Second Empire donne ses lettres de noblesse aux bains de mer et force les créateurs de mode à s'intéresser à ce marché en pleine expansion. C'est seulement vers 1860 que la mode s'acquitte enfin, avec succès, de relever le "décri auquel les grâces des baigneuses étaient exposées par suite de l'affreux costume de bain"(100). Les femmes se mettent à porter un pantalon court et une petite blouse serrée à la taille, en étoffe de laine légère, de couleur foncée, se boutonnant par devant, avec des chaussures excessivement légères et un chapeau de paille. Les baigneurs des deux sexes peuvent se baigner à Pontaillac, où il faut faire attention à la fureur des lames, et la plage de Foncillon reste réservée aux dames, alors que la Grande Conche, cette "vaste baignoire aux eaux tranquilles", est "abandonnée par indivis à tous les baigneurs, hommes et chevaux" comme le précise peu aimablement le Guide Joanne(101). Les hommes sont encore autorisés à se baigner "sans être tenus de se vêtir d'une manière quelconque" sur la Grande Conche "du 3 poteau jusqu'au sud" c'est-à-dire vers Vallières, et au Chay qui leur est réservé. Toutes les plages de Royan, Saint-Palais, Saint-Georges et La Tremblade, ont des maîtres-baigneurs ou des maîtresses-baigneuses et sont équipées de cabanes, dont la location, à la Grande Conche et à Pontaillac, revient à 75 centimes avec un costume, deux serviettes et un bain de pieds froid ou chaud(102). Selon Laborde, ces petites cabanes où: Hommes, femmes, enfants, déposent le fardeau De leurs habits coquets pour prendre ceux de l'eau, "rassurent la pudeur" mais "si l'on vous fournit tout, on vous fait payer tout"(103). L'hydrothérapie charge 1fr,10 pour les bains chauds et les pulvérisations, 1fr pour les douches, les lotions, et pour les "frictions excitantes", dont la nature n'est pas précisée. Les baigneurs peuvent aussi trouver des bains chauds dans un petit établissement de la Grande- Rue et dans trois autres rue des Bains et boulevard Botton, où pour 25 centimes, on a droit à un costume, une serviette, une cabine et un bain de pieds dans un grand baquet de bois cerclé de fer contenant de l'eau attiédie au soleil(104). Le meilleur résumé de la situation est fait par le publiciste Granet: "si vous êtes malade, les bains de mer vous guériront, si vous êtes fatigué le séjour de Royan vous délassera et vous distraira"(105). FRÉDÉRIC GARNIER ET LES DÉBUTS DE LA III RÉPUBLIQUE (1870-1875). La guerre de 1870 éclate en juillet, Ardouin abandonne la mairie le mois suivant et est remplacé, pour quinze jours, par le docteur Guillon. Le lendemain de la chute de l'empire, le 14 septembre 1870, le conseil municipal adhère avec enthousiasme à la République qui nomme par décret une commission administrative de trois membres dont Frédéric
194 Garnier(106). Durant le terrible hiver de guerre de 1870-1871 la situation est telle que les loups reviennent en Saintonge et nos marins vont jusqu'à tuer des pigeons voyageurs pour se nourrir(107). Les canons du fort ne gênent nullement la corvette allemande Augusta pour arraisonner le 4 janvier 1871 deux grands voiliers sous les yeux des gardiens du sémaphore de la Coubre. A bord de l'un de ces voiliers se trouve le pilote royannais Paul Guillard qui est fait prisonnier sous la menace d'un revolver et emmené jusqu'à Vigo d'où il ne sera libéré qu'après l'armistice. Avant de quitter les passes de la Gironde, l'augusta brûle le transport Max chargé de munitions(108). La paix est signée en mai et Frédéric Garnier est élu maire en juin. Il va être un très grand maire pendant trente quatre ans, transformant complètement la ville, tout en lui évitant de tomber dans le bonapartisme attardé des campagnes charentaises. Pourtant un préfet conservateur le note en 1874, "Homme sans valeur et sans opinion, républicain pour arriver, il ne peut inspirer aucune confiance ni aux conservateurs, ni au gouvernement, mais il faut le garder car le destituer serait l'aider et lui redonner un regain de popularité"! Un autre préfet, huit ans plus tard, l'estimera, avec plus de bon sens, "entreprenant avec un esprit des plus vif et des plus actif"(109). A son arrivée, la commune de Royan compte 4.685 habitants et reçoit toujours ses 18.000 baigneurs par saison(110). Madame Lehucher-Chevallier fait une excellente description de cette "petite ville si délicieusement intime" dans sa brochure "Où sont les neiges d'antan". Elle note parmi les corps de métiers, les marins qui se réunissent sous le péristyle du café des Bains, les fonctionnaires, les commerçants dont un glacier qui ramasse la glace l'hiver dans les marais, la conserve dans une sorte de glacière creusée dans les rochers de Pontaillac, puis la revend les jours de grande chaleur, et surtout de nombreux commerçants ambulants, le plus souvent des femmes, qui offrent leurs marchandises aux baigneurs en maisons meublées. Il s'agit en particulier de pâtisseries, de caillebottes, de fromages, de marrons, de fruits et bien entendu de crevettes et de poisson frais, surtout les royans et les soles. Les industriels sont représentés par quatre constructeurs de navires, ayant chacun une vingtaine d'employés, deux tanneurs, deux tisserands dont l'un fait des "tapis dits saintongeais", et surtout des entrepreneurs de travaux publics. Les baigneurs atteignent Royan avec le bateau à aubes le Girondin de la Compagnie Gironde et Garonne, qui remplace celle du Bas de la Rivière, et qui, trois fois par semaine, s'amarre au quai ou devant la Plataine, selon que la marée est haute ou basse. Ce bateau transporte aussi les huîtres amenées au quai dès quatre heures du matin par de lourdes charrettes à chevaux. Les baigneurs utilisent aussi la diligence de Rochefort, lourde patache traînée par deux solides bergerons et menée par un postillon qui fait claquer son fouet et donne les nouvelles en passant à tous ceux qui sont concernés. Cette diligence dont les écuries sont dans la rue de l'espagnol, part trois fois par semaine de la façade du Port et met quatre heures pour atteindre Rochefort, d'où Paris peut être rejoint par le train. Le 1 octobre Royan abandonne "sa robe d'apparat" et reprend sa vie intime de petite ville de province où seul le centre garde un peu de vie car le soir les réverbères sont allumés à cinq heures et éteints à dix(111). Dans cette petite ville, entre catholiques et protestants, on se salue, on se parle, mais on ne se fréquente guère et la vie n'est pas exempte de mesquineries comme l'indique le surnom
195 donné à une Royannaise qui veut ennuyer sa cousine, qui est aussi sa voisine, et le fait de telle manière que toute la ville l'appelle Pisse-en-Puits. Autre exemple amusant de verdeur saintongeaise, ce malicieux sobriquet de "suffisants" donné aux Royannais nouveaux riches qui veulent "chanfroéser" c'est-à-dire abandonner le patois et "parler pointut". D'ailleurs le patois reste vivant et conserve d'anciennes formules qui permettent aux baigneurs d'entendre parler des "archers" pour les gendarmes, de la "milice" pour l'armée ou des "galères" pour les travaux forcés(112). Lors des premières années de la municipalité Garnier, les jeux sont introduits au casino, deux phares sont construits pour remplacer les amers, l'un au Chay, l'autre à Saint-Pierre curieusement zébré de bandes blanches et rouges, un marché à la criée est ouvert sur le port fréquenté par de nombreux pêcheurs bretons, et le "sexe fort et barbu" est autorisé à se joindre au "beau sexe" sur la plage de Foncillon(113). Sur la route de Pontaillac, en contrebas de la pointe des Brandes, on trouve quelques piscines d'eau de mer en plein air taillées dans le roc. Ces piscines sont établies en 1872 "à ses risques et périls et en renonçant à toute propriété personnelle" par le docteur Guillon de Cozes, maire éphémère de Royan, afin de soigner les scrofules. Elles sont ovoïdes et font de sept à huit mètres de long avec un escalier à une extrémité et de l'autre un orifice vers la mer qui peut être obstrué. Tout autour des gradins permettent à une vingtaine de baigneurs de s'asseoir les jambes dans l'eau tandis que les embruns leur fouettent le corps(114). Garnier réussit enfin à mettre un point final aux querelles intestines et commence la construction d'une église néo-gothique, sur les plans de l'architecte Labbé de Bordeaux. Cette église marque la victoire des partisans du bas Royan sur ceux du haut, car Notre-Dame de Royan se construit en plein centre sur le terrain Dumoulin, près de la place du Canton(115). Un terrible accident mortel endeuille la saison le 9 août 1874, quand le "gymnasiarque" Edouard-Alexandre Braquet se produit lors d'une fête aérienne sous une montgolfière. Celleci est brusquement soulevée par un coup de vent et le malheureux trapéziste, terrorisé, manque ses agrès et, mal soutenu par un mince cordon de sûreté, s'écrase au sol sous les yeux horrifiés des badauds(116). LA COMPAGNIE DES CHEMINS DE FER DE LA SEUDRE (1875-1880) Garnier réussit à mener à bien le projet du chemin de fer réclamé depuis 1861 "avec la plus énergique insistance" car "le pays est privé de communications satisfaisantes, les routes y étant de tous côtés interceptées par des rivières sans ponts". Il s'agit de remplacer par la voie ferrée les neuf voitures publiques qui partent de Royan pour Rochefort et Saintes chaque jour et transportent 100 voyageurs, en plus du vin et de l'eau-de-vie(117). On abandonne l'idée d'une voie étroite, économique mais qui exige un transbordement, et celle de la locomotive routière sur l'accotement des routes(118). La décision de créer un chemin de fer d'intérêt local de Pons à Royan et La Tremblade est votée et la concession est donnée en juillet 1874 à la Compagnie des chemins de fer de la Seudre, fondée par le baron Eschasseriaux, au capital social de 2.190.000 francs réparti en 4.380 actions(119). Les quatre locomotives 030, spécialement construites pour cette ligne, baptisées Royan, La Tremblade, Saujon et La Seudre, sont légéres, moins de 27 tonnes, et
196 peu puissantes. leur vitesse maximum est de 55 kilomètres à l'heure. Les sept wagons de voyageurs, tous de 3 classe, ont quatre compartiments avec une galerie extérieure couverte(120). Quant à la ligne, qui se raccorde avec celle de Bordeaux à Pons, elle serpente par Cozes, Saujon et Médis avant d'atteindre Royan. Avec tous les notables dont les ingénieurs Richard et Desgranges responsables du projet, la foule se presse à l'arrivée solennelle du premier train en gare de Royan le 29 août 1875, événement historique qui donne lieu à de grandes réjouissances avec fanfares, drapeaux, et feu d'artifice(121). Le témoin d'un des premiers voyages de Royan à Gémozac décrit ses impressions de ces 36 kilomètres réalisés à l'aller en 1 heure 23 minutes et au retour en 1 heure 39, soit à une vitesse moyenne inférieure à 24 kilomètres à l'heure. Il se plaint de cette "haute vitesse" qui, en plus de la poussière de charbon, provoque une cuisson aux yeux, inconvénient peu compensé par l'illusion curieuse de voir tout en diminutif, les maisons ressemblent à des souricières ou à des cages d'oiseaux, il trouve cependant très avantageux de pouvoir circuler aussi vite(122). Malgré les inconvénients de la vitesse, le succès est immédiat et le chemin de fer, symbole de la civilisation technique provoque l'épanouissement de la petite ville comme par un nouveau coup de baguette magique avec une incroyable progression. En effet, on passe de 17.000 baigneurs par saison de 1875 à 1877, à 22.720 en 1878, 27.010 en 1879, 40.023 en 1880 et enfin à 71.614 en 1881 dont de nombreux Parisiens(123). La ligne de La Tremblade, qui bifurque de celle de Royan à Saujon, est inaugurée avec éclat le 24 juin 1876(124). Elle connaît aussitôt un grand succès pour l'expédition rapide des huîtres, du vin, de l'eau-de-vie, du poisson, du sel, et les taxes de La Tremblade qui rapportaient 1.725 francs en 1875 atteignent 477.706 francs en 1878 pour cent millions d'huîtres exportées chaque saison(125). Si le chemin de fer, en désenclavant Royan et la presqu'île d'arvert, est un immense bienfait pour la région, il n'en est pas de même pour les capitalistes locaux dont l'enrichissement prévu est remplacé par des pertes catastrophiques qui s'accumulent à un point tel que l'etat doit racheter la ligne. Le capital versé par les actionnaires crédules est entièrement perdu quand la compagnie du chemin de fer de La Seudre est dissoute en janvier 1881(126). VICTOR BILLAUD ET LA GAZETTE DES BAINS DE MER DE ROYAN SUR L'OCEAN (1876-1880) Frédéric Garnier réussit à convaincre Victor Billaud, imprimeur et publiciste de Saint-Jean d'angély, de s'installer à Royan, d'y transférer l'académie des Muses santones, d'y fonder une imprimerie et surtout de créer un journal, Le Phare Littéraire, le 28 janvier 1877 qui va devenir en juin 1878 "La Gazette des Bains de Mer de Royan sur l'océan". Rapidement laissé en charge de toute la publicité, Billaud fait connaître la ville avec ses six autres hebdomadaires charentais, son quotidien d'été "Royan", de nombreuses affiches et une participation active aux expositions où il célèbre: "la joie de vivre sous un ciel clément, sur des plages sans danger, où la chanson des flots se mêle à la chanson des bois, à l'orée d'une terre et d'une mer de cocagne aux inépuisables ressources, sur un littoral pittoresque
197 favorisé d'intéressantes excursions, dans une station enchanteresse où des plaisirs constants, des distractions innombrables, des fêtes sans cesse renouvelées, sont à la portée de chacun; et aussi notre situation merveilleuse au centre de la zone tempérée par excellence, tout ce qui contribue à la salubrité ou à l'attrait du climat, la nature du sol, l'action de l'air, le régime des vents, la rareté relative des jours de pluie, les émanations balsamiques et d'iode charriées par la brise, une lumière riche de fluidités qui tonifient l'épiderme et enrichissent le sang, et tous les autres éléments générateurs de santé qui ont fait dire à notre immortel Michelet, en raison de leur influence heureuse sur la durée de la vie: A Royan on ne meurt pas"(127). On se demande qui résisterait à un tel enthousiasme qui va jusqu'à déclarer sans ambages que les malheureux qui justement meurent à Royan par noyade sont victimes de leur propre imprudence(128). La Gazette hebdomadaire jouit immédiatement d'un grand succès, tiré à 1.200 exemplaires, il est illustré avec talent par le dessinateur saintongeais Pierre-Bartélémy Gautier, et des écrivains connus comme Emile Zola, Abel Hermant et Arsène Housaye y participent(129). Un étonnant article paru en juillet 1878 déclare, sans fausse modestie, "Savez-vous que le seul fait d'être Royannais constitue une fortune des mille et une nuits? Le Royannais a la jouissance de trésors incalculables. Il n'a qu'à faire deux pas pour parcourir le monde. Les hautes falaises de Vallières et de Suzac sont des blocs de la Bretagne au bord de la Gironde, les chênes verts de Suzac lui rappellent la Provence et la Grande Côte, si sauvage, si hostile, est un Sénégal français supérieur à son cousin d'afrique, car il lui manque deux sortes d'indigènes: le nègre de Guinée qui est anthropophage et le crocodile qui l'est aussi"(130)! L'Administration envisage de supprimer la ligne du tram créée par Vasselot de Régné dans la forêt de la Coubre et dont elle n'a plus l'utilité. Mais dès 1874, ce tramway tiré par un cheval transporte, en saison et à la demande, des baigneurs qui peuvent ainsi visiter facilement ce magnifique massif forestier depuis la Combe-à-Massé jusqu'au Galon d'or. Il est vite populaire bien que ce char de bois massif à ciel ouvert ait l'agréable suspension d'une pièce d'artillerie(131). La petite ville fait de vaillants efforts pour ses baigneurs, elle offre un spectacle féérique la nuit avec une voûte de lanternes vénitiennes à l'occasion d'un festival de fanfares de 1.100 exécutants qui attire 15.000 personnes. Elle envisage aussi une ascension libre du ballon Ville de Royan, mais l'usine à gaz qui doit le gonfler manque de puissance et après trois jours d'efforts le ballon, presque vide, ne peut s'élever qu'à 4 ou 5 mètres du sol avant que le vent ne l'envoie finir son ascension contre les peupliers voisins. Pourtant le mauvais temps, les préoccupations politiques, la cherté des prix au marché et les mesures "fixales et vexatoires" prises par le casino, font que la saison 1877 est mauvaise(132). Par contre l'année suivante, les 30 et 31 juillet pour la consécration de l'église Notre- Dame, un "chef d'œuvre de goût" néo-gothique et la première église dans la ville depuis les Guerres de Religion, les autorités catholiques ne lésinent pas puisque le curé de Royan l'abbé Mazure se retrouve entouré de cinq évêques, d'un archevêque, du cardinal doyen d'âge du Sacré Collège, d'un vice-président du Conseil des Ministres et des édiles royannais. Plus de 10.000 personnes assistent aux fêtes grandioses avec fanfare, embrasement de la Grande Conche, retraite aux flambeaux et feu d'artifice(133). Cependant la cohabitation reste
198 conflictuelle entre protestants et catholiques comme le prouve une brochure de l'abbé Mazure sur sa nouvelle église, où il déclare à l'adresse des enfants de la paroisse: "Il est tout à fait inutile de vous dire en quoi les protestants diffèrent des catholiques. Ils diffèrent en tout. Plaignez ceux que vous connaissez"(134). Si la ville est en fête, la campagne saintongeaise subit une terrible crise avec le phylloxéra qui atteint Royan et la presqu'île d'arvert en 1878. C'est un énorme choc psychologique car cette catastrophe ruine les viticulteurs charentais jusque là en pleine prospérité. En trente ans, 80 % des vignes disparaissent, et des vins réputés, comme le vin blanc pétillant de Médis, avec elles; même le prix de l'hectare de vigne s'effondre. Qualifié de "phyllosélérat" par Barthélémy Gautier, ce puceron américain arrivé au moment de la mort en exil de Napoléon III est curieusement attribué à la République car l'empereur "Poléyon", toujours populaire, n'aurait jamais permis une telle misère(135). Les navires, déjà concurrencés par les chemins de fer, ont aussi d'autres problèmes. Un tragique accident se produit le 5 septembre 1879 sur le steamer La France qui vient de quitter Royan pour Bordeaux avec plus de cent personnes à bord. A moitié route la chaudière, entartrée, explose faisant un mort et une trentaine de blessés dont certains gravement brûlés, deux jeunes écallières de La Tremblade manquent même de perdre la vue. Les passagers sont rapatriés sur Royan par un autre navire de la compagnie Gironde et Garonne qui tente d'améliorer son image de marque en rappelant que depuis plus de 40 ans elle a transporté 25 millions de passagers. L'année suivante cette compagnie inaugure ses "trains de plaisir" avec des steamers de grande puissance pouvant transporter 500 personnes de Bordeaux à Royan pour 2 francs l'aller-retour en seconde classe(136). LE MASSACRE DES ROCHERS DE FONCILLON (1881-1884). Le Phare Littéraire de Victor Billaud fait campagne dès sa création en 1877 pour un port en eau profonde et, sous le sigle "Société pour favoriser le développement de Royan", Frédéric Garnier fait signer en 1878 de nombreuses pétitions par les Royannais et par les habitants des communes environnantes. L'administration décide de réaliser ce port, sur les plans de l'ingénieur Lasne, en fermant Foncillon, encore écrit sur certains documents Fond- Cillon ou Fossillon, par deux môles. Malgré les objections du capitaine au long cours Delhomme et des résidents du haut Royan qui veulent sauver le site, le projet de 3 millions de francs est approuvé par le conseil municipal, dont les membres sont en majorité du bas Royan, qui vote en outre 100.000 francs de crédits(137). Le premier coup de pioche est donné le 8 décembre 1881 à 3 heures, 27 minutes et 3 secondes du soir. Cette étonnante précision, notée par la Gazette des Bains de Mer, montre toute l'importance donnée à cet événement(138). Aussitôt, la mine s'attaque aux rochers de Foncillon, derniers vestiges de ce qui fut le château de Royan, selon Madame Lehucher- Chevallier qui raconte ce "coup terrible en plein cœur" des Royannais: "De nombreuses équipes de terrassiers arrivèrent, beaucoup de ces hommes étaient piémontais, grands, bruns, vêtus de vestes courtes, de larges pantalons de velours marron, d'une haute ceinture de flanelle rouge, d'un grand chapeau de feutre rappelant le sombrero espagnol. Tout en travaillant ils chantaient, beaucoup avaient de belles voix. Il fallut commencer le travail par le
199 découronnement de la falaise; en peu de jours, les hauts tamaris centenaires, merveilleuse parure de ce promontoire où chaque printemps leurs branches mauves se balançaient, furent anéantis, sciés, ligotés pour être jetés au feu! Avec quel regret les vîmes-nous disparaître! Puis les pioches, les pelles entrèrent en action, par tombereaux le sable et la terre furent enlevés. Il fallut employer la dynamite pour faire tomber la falaise du corps de garde, à l'extrême pointe de Foncillon. Chaque soir, à cinq heures, on allait voir sauter la mine. Quel spectacle!... des blocs entiers se détachaient et roulaient sur la plage, où d'autres coups de mine les réduisaient en miettes. Au bout de quelques semaines, le coin le plus pittoresque n'existait plus et offrait l'aspect d'un cataclysme, d'un tremblement de terre"(139). Le projet est alors modifié pour en faire un port militaire, ce qui provoque de vives inquiétudes, certains Royannais voyant déjà la ville, en cas de conflit, détruite par le bombardement des bateaux de guerre ennemis. Durant les travaux l'hydrothérapie est démolie et le célèbre petit pont du casino enlevé. La Société des Bains de Mer décide alors de construire un théâtre en bord de mer et d'acheter la maison de La Grandière sur la façade du port, rebaptisée boulevard Thiers, pour sa nouvelle hydrothérapie. L'ancienne, transférée pierre par pierre au Pigeonnier, devient la villa Robinson, et comme l'établissement de bains s'appelle "Au grand Robinson", cela prouve le calme désertique du lieu(140). Garnier écrit au ministre des Travaux Publics, car il craint la ruine de Royan à cause de la perte de la plage de Foncillon. Il en profite pour demander à l'etat de céder à la ville les dunes de la Grande Conche, où l'on pourra construire de nouveaux chalets, ce qui ne peut plus se faire à Foncillon à cause de "ce vaste chantier", et il se plaint amèrement de la voie ferrée, prévue en bord de mer, qui détruirait les promenades(141). Parmi les faits divers on note, en mars 1882, une apparition du diable à Saint-Sulpice, sous forme d'une boule de feu où "certains ont vu les cornes et la queue". En plus sérieux, la population royannaise fait des obsèques solennelles, le dimanche 20 avril, à l'ingénieur Botton, et en juillet, le gouvernement réduit les servitudes du fort, à une zone unique de 200 mètres, annulant toutes les autres restrictions, ce qui va relancer les constructions au Chay. Mais la saison n'est pas bonne car les baigneurs boudent, ils sont 57.774 seulement contre 71.614 l'année précédente, à cause des travaux qui défigurent le quartier de Foncillon et souillent sa plage où il est impossible de se baigner car il y a des pierres partout. En septembre la nouvelle hydrothérapie est inaugurée et la municipalité décide de rebaptiser Gambetta la Grande-Rue et de faire de la route prévue de Royan à Saint-Georges, devant les dunes, un magnifique boulevard de 22 mètres de large(142). Malheureusement ce boulevard, construit trop près de la laisse des hautes mers, va peu à peu au fil des ans faire disparaître la plage au milieu de la Grande Conche. Un dramatique coup de théâtre éclate quand, après avoir réalisé cet "irréparable outrage" contre les rochers de Foncillon, l'administration réalise subitement qu'il n'y a pas assez de tirant d'eau, et encore moins d'argent et suspend définitivement les travaux du port le 3 mai 1883(143). Garnier fonce à Paris voir le ministre pour que le préjudice causé à notre ville soit réparé et qu'une jetée soit construite. Les Ponts et Chaussées acceptent de construire un quai, le mur de soutènement de la façade, des escaliers et un pont pour relier le boulevard Thiers aux quais du port, mais pas la jetée(144). Pourtant la réputation de Royan grandit, un article élogieux du Gaulois décrit ses maisons blanches avec son cordon de verdure, "sans
200 contredit le plus charmant coin de terre qu'il soit possible de rencontrer sur les bords de l'océan; proprette, élégante, aristocratique, cette perle n'est encore appréciée que des vrais dilettantes en villégiature". Durant la saison c'est "une cité cosmopolite où toutes les aristocraties se sont données rendez-vous, où la politique a ses joûteurs, la finance ses hauts barons, le commerce et l'industrie leurs noms les plus répandus, les lettres et les arts leurs célébrités, le monde ses plus jolies femmes"(145). Les Royannais assistent impuissants à un nouvel accident aérien le 17 août 1883 dans l'après-midi quand un coup de vent enlève par accident une superbe montgolfière, la Vidouvillaise, avec son propriétaire Gratien suspendu par une corde sous la nacelle où se trouve son épouse. Après avoir traversé tout Royan à deux cent mètres d'altitude, la montgolfière se pose à Belmont, trois kilomètres plus loin, dans des broussailles. Le malheureux Gratien est traîné sur le sol pendant plus de cent mètres, bien que gravement blessé il se rétablit assez rapidement de sa tragique aventure(146). La plage de Foncillon est remise en état au printemps suivant grâce aux 30.000 francs versés par le ministère des Travaux Publics, mais ce rendez-vous élégant des baigneurs a perdu beaucoup de son charme passé(147). Même si la station regorge de monde en août en dépit de la chaleur "sénégalienne", les baigneurs boudent et ne sont que 60.000 au moment où la mode s'impose sur nos plages avec des costumes de bain composés d'un pantalon collant très court au-dessus du genou, sans manches, en laine bien entendu, et avec des bonnets de toile cirée, tandis que foisonnent des costumes fantaisies de style grec, espagnol ou Louis XV(148). L'appellation "perle de l'océan" apparait dans le Journal de Royan quand en juin 1884 il signale que "la coquette perle de l'océan s'attiffe", en fait le peintre Corot aurait le premier parlé de la "perle des mers"(149).
201 CHAPITRE XII LA STATION ARISTOCRATIQUE DE LA BELLE ÉPOQUE. L'ȂGE D'OR DU GRAND CASINO DE FONCILLON (1885-1895) Ce n'est pas un théâtre qui est construit sur la façade de Foncillon mais un splendide casino, l'ancien au fond du parc est conservé comme salle de danse et de lecture. Ce casino est dessiné par l'architecte Alfred Duprat et jamais Royan n'a connu un bâtiment d'une si grande allure. De style renaissance, il surplombe l'avenue de Pontaillac de ses 45 mètres de façade et de ses deux campaniles de vingt mètres de haut. La décoration sculptée est inspirée de la mer: coquillages, chevaux marins, filets et tridents. Le péristyle occupe le rezde-chaussée et un double escalier monumental mène au cercle et aux salons du premier étage, dont la terrasse constitue un agréable belvédère sur la mer. Le théâtre possède une vaste scène et une salle de 600 places richement décorée(1). L'inauguration a lieu le jeudi 16 juillet 1885 avec un drame de Frédéric Soulié, la "Closerie des Genêts", ensuite le casino reçoit les meilleures troupes de Paris. Une clientèle aussi choisie que distinguée anime ses soirées de jeu au cercle, et assiste aux magnifiques représentations théâtrales et lyriques. Chaque après-midi durant la saison, son orchestre de cinquante musiciens, dirigé par Charles Constantin, donne des concerts de musique classique et légère et, le soir, de grands bals très élégants ont lieu au milieu de la verdure, éclairée à profusion(2). Cette verdure est celle du parc qui, selon Billaud, "semble détaché de la forêt de Fontainebleau, et dont les grands arbres, gonflés de sève, s'épanouissent vigoureusement dans cet air salubre qui vous emplit la poitrine. Et des allées sinueuses courent dans tous les sens à travers un fouillis de végétation, conduisant ici à des labyrinthes ombreux d'où se dégagent mille parfums, là au vaste kiosque des concerts, où l'art a su pénétrer en laissant la Nature chez elle. Et pas un détour où n'apparaisse une robe qui vous grise, pas un bosquet qui ne soit fleuri d'un chapeau à la dernière mode, ombrageant les longs cils d'une Parisienne de race ou d'une Bordelaise enjouée"(3). En échange de 520 hectares de la forêt d'arvert, achetée à Bellot et Lecocq, qui l'avaient eux-mêmes obtenue du marquis de Conflans, la municipalité obtient le 21 juillet la concession des 39 hectares de dunes de la Grande Conche, après avoir vainement sollicité l'etat pendant près de vingt ans. Heureusement, pendant ce temps, les dunes ont été ensemencées et se sont transformées en une forêt de pins. Ces dunes sont aussitôt cédées à la Société du Parc de Royan, dirigée par A. Lemoine, un homme très actif qui trace des avenues, entretenues et éclairées par la ville, et vend des terrains, espérant créer une ville d'hiver car Royan est de plus en plus peuplé. Un recensement donne 6.702 habitants, 1.622 au centre, 1.498 dans le quartier de la gare, 1.005 à Foncillon, 684 dans le quartier des Tannes, vers la Font-de- Cherves ou les cartes d'époque mentionnent "La Tannerie", 489 à Saint-Pierre, 331 au Chay et 1.073 épars dans le reste de la commune et en 1885 on atteint le chiffre record de 73.715 baigneurs. Chaque année 80 maisons neuves sortent de terre, ainsi au parc, 30 villas sont prévues, dont "Saint-Antoine de Padoue" pour le maître des lieux, et le "Paradou" pour l'éditeur Charpentier où il reçoit de nombreux artistes, dont Emile Zola(4). Un an après, la métamorphose a eu lieu avec un établissement de bains, le Grand Hôtel du Parc en façade,
202 un bureau télégraphique, et le premier tramway royannais à cheval qui manque de se faire interdire l'année suivante car il est conduit par des "enfants insouciants de moins de seize ans"(5). Un jardin public dessiné par Georges Aumont, créateur du parc Monceau à Paris, comprend un café, un gymnase, un kiosque de concerts, un petit théâtre et un guignol. A côté du parc, s'étend l'oasis, avec ses grands chênes et ses merveilleux ombrages dont le site bucolique est rempli d'oiseaux, surtout des rossignols et des fauvettes à tête noire, et de lapins qui font leur toilette la nuit sous les réverbères(6). La ville, où se déroulent les premières courses de vélocipèdes, est envahie par les bicycles, tricycles et bicyclettes qui sillonnent les rues en tous sens, montées par des femmes habillées "toutes en hommes", femmes de plus en plus modernes, puisqu'une baigneuse provoque un joli scandale en 1887 en s'exhibant sur la Grande Conche avec un maillot de bain moulant d'une seule pièce(7). Billaud lance son excellent Guide du Touriste annuel et sa Gazette jusque là apolitique prend, pour la première fois, une position partisane avec des dessins de Gautier hostiles au boulangisme, en soutien à Garnier qui se fait élire comme député contre le candidat boulangiste. Zola est un hôte régulier de Royan, en 1888 il loue la villa "Les Œillets" proche du Paradou, où il tombe follement amoureux de Jeanne Rozerot, la lingère de sa femme, dont il fait sa maîtresse régulière(8). Royan célèbre le centenaire de la révolution le 5 mai 1889 avec une grande fête au champ de foire, où un arbre de la Liberté, un ormeau, est planté aux sons des deux musiques municipales, l'harmonie et l'orphéon(9). Cette saison est triomphale au parc pendant trois mois, avec des revues de l'exposition universelle de Paris dont un village annamite, des fontaines lumineuses, la Loïe Fuller et les pousse-pousses japonais. De nombreuses villas s'y construisent, de tous styles, sans aucune règle d'alignement et sans trottoirs(10). L'idée d'un petit tramway à Royan est envisagée depuis longtemps, mais comme d'habitude une opposition violente se fait jour quand le projet d'utilité publique est présenté. Des tracts anonymes prédisent la ruine de la station si un tramway à vapeur parcourt les rues animées durant l'été à cause du risque d'accident, pourtant, le conseil donne un avis favorable. Frédéric Garnier est séduit, à l'exposition universelle de Paris, par le tramway Decauville, minuscule chemin de fer à voie étroite de O,6O mètre tiré par des locomotives miniatures Mallet au sifflet strident qui tirent des wagons aux rideaux rouges et gris autour du Champ de Mars(11). Garnier s'entend avec Paul Decauville pour l'utiliser à Royan, ce qui provoque l'opposition violente des cochers de fiacres désespérés de perdre leur clientèle. Le petit tramway est installé en quelques semaines par la Société Decauville malgré l'action de ces cochers qui arrachent de nuit les rails posés le jour. Ces pénibles incidents n'empêchent nullement la moderne "machine démocratique" de gagner contre les "fiacres aristocratiques". La première ligne est inaugurée sous la pluie par le ministre des Travaux Publics le 27 juillet 1890. Elle relie le Grand Hôtel du Parc au port, et la semaine suivante atteint le Chay, puis le 10 août la falaise de Pontaillac(12). Ce "frétillant Decauville" avec ses deux wagons, un de 1 et un de 2 classe, transporte 116 voyageurs chaque quinze minutes, déraille souvent mais à vitesse très réduite, et doit être poussé dans les côtes encore plus souvent, pourtant c'est un prodigieux succès qui provoque l'enthousiasme des baigneurs. Quand il interrompt son service, le 30 septembre,
203 174.250 voyageurs l'ont emprunté. L'année suivante, ses huit locomotives neuves tirent trois wagons les jours d'affluence, uniquement de 2 classe maintenant, et il transporte deux fois plus de passagers, atteint Saint-Georges d'un côté, la plage de Pontaillac de l'autre, et fait de Royan la vraie capitale de la côte(13). Le nombre des baigneurs ne fait qu'augmenter 80.059 en 1890, 93.202 en 1891 ce qui est trop pour la station puisque le dimanche 23 août, 2.OOO personnes dorment à la belle étoile(14). Pontaillac devient un véritable Eldorado, pourtant Athanase Lacaze se plaint des notabilités royannaises qui ne voient toujours pas d'un bon œil cette rivale, et ne font rien pour l'aider. Ainsi Garnier met seize ans pour faire empierrer l'avenue de Pontaillac, fait fermer le Kursaal, cercle de jeu fondé dans la villa de Jean Lacaze deux ans après son ouverture pour non paiement de ses cotisations, puis les montagnes russes pour vétusté vingt ans après leur création. Cependant suite à des discussions, sans grande amitié, entre le maire de Royan et Athanase Lacaze la paix est signée le 7 mai 1891 avec des conventions uniques dans les annales municipales. Lacaze cède Pontaillac "avec toutes ses rues" à Royan qui s'engage à faire un grand nombre d'améliorations pour la voirie et la propreté. Pontaillac devient un quartier privilégié, le quartier chic de Royan, dès que la coopération remplace l'ancienne hostilité(15). A l'autre extrémité de la ville, au parc, il est question de construire un énorme casino, baptisé Ostrada en hommage à l'aide de camp du tsar qui villégiature en ville, mais ce projet est vite abandonné et le propriétaire-créateur de l'oasis, Sabathiée, fait de la publicité pour vendre dans cette ville-jardin ses "lots variés et séduisants de toutes dimensions" dont les prix varient de 3 à 16 francs le mètre carré(16). Les baigneurs sont, selon Vattier d'ambroyse, des citadins faisant partie d'une France marginale, fortunée et disponible pour les loisirs, les "heureux", les riches, qui coudoient les "pauvres", les marins, et les aident dans l'adversité, comblant ainsi l'apparente distance entre bienfaiteurs et obligés(17). Leur nombre est de plus en plus grand, 100.000 environ en 1892 quand de grandes fêtes marquent du 3 au 5 septembre l'inauguration par le ministre de l'instruction Publique de la première statue érigée à Royan, en l'honneur de Pelletan, auquel Victor Billaud dédie quelques vers: La ville du ciel bleu de la mer enchantée Fête dans sa splendeur celui qui l'a chantée Lorsqu'elle s'envolait vers son but triomphant Cette statue due à P. Augé est située près des jardins fleuris, des nombreuses boutiques et du kiosque à musique du square Botton(18). Pour l'hiver 1892, la Société Decauville accepte de faire circuler ses tramways en service réduit, ce qui est très utile pour les Royannais(19). Par contre, l'année 1893 est à marquer d'une pierre noire. Le soir du 21 février, lors d'une effroyable tempête, cinq chaloupes royannaises périssent corps et biens avec dix-neuf marins à bord. C'est la consternation dans la ville car ce drame laisse douze veuves, trente orphelins et sept vieillards sans ressources. L'entraide publique joue à plein et la souscription lancée par la Gazette des Bains de Mer rapporte plus de 45.000 francs pour les familles nécessiteuses. La saison voit une chute importante des arrivées avec 81.980 estivants, pourtant Royan est devenu le rendez-vous de la haute société parisienne, avec ses cocottes, ses demi-mondaines, et un si grand nombre de souteneurs que la police se demande début août si elle doit les arrêter ou non(20).
204 Un drame terrible survient le 10 août. Un incendie débute en début d'après-midi, rue des Tilleuls près de la caserne où le dépôt du bazar Borlu et plusieurs maisons sont la proie des flammes. Le vent entraîne des étincelles vers le Champ de Foire, à 300 mètres de là, et provoque un second incendie, beaucoup plus grave, aux toiles des baraques des saltimbanques. Les tirs, les théâtres, les jeux, les chevaux de bois, toutes les boutiques foraines sont la proie des flammes et s'il n'y a pas de victimes, de nombreux animaux sont brûlés vifs sous les yeux horrifiés de la population et des baigneurs, comme les deux crocodiles de la Grotte zoologique, et tous les fauves de la ménagerie Pezon soit douze lions, deux tigres, deux ours blancs, trois ours noirs, deux panthères, et aussi un zèbre, trois perroquets, quinze singes, dont un grand orang-outang le dernier des animaux à mourir. Malgré les efforts des sauveteurs, cet épouvantable incendie n'est circonscrit que le soir. L'incendiaire inconsciente, Renée Landrault, en est quitte pour une simple fessée car la gendarmerie déclare que cette enfant de cinq ans a causé ce sinistre "en allumant, par gaminerie, un tas de bourriers près d'un immeuble en bois". Mais les dégâts se montent à 600.000 francs, 158 forains sanglotent désespérément car ils n'ont plus un sou vaillant et le Champ de Foire, dont le site a déjà été prévu pour un casino municipal, n'est plus qu'un désert calciné(21). Nouvelle inquiétude pour la ville, la Société Decauville est mise en liquidation, cependant le tramway est sauvé par la création, avec des capitaux locaux et le soutien de la municipalité, de la Société Générale des Tramways de Royan dont Jules Lehucher, ingénieur chez Decauville, prend la direction(22). Le succès du chemin de fer est tel que l'etat prévoit une ligne directe plus courte par Saintes puis la liaison directe Paris-Royan, demandée par une pétition portant 3.000 signatures, est réalisée en 1894 par des trains qui fonctionnent 95 jours par an et mettent Royan à 11h30 de Paris au lieu de 13h30(23). Selon Madame Lehucher-Chevallier, qui a bien raison, l'ère du Grand Casino de Foncillon est la période grandiose de Royan, l'âge d'or de la station qui de bordelaise et régionale, devient parisienne et cosmopolite. Un Guide-Album du Touriste la décrit comme une des "premières villes de France" au point de vue balnéaire, la "capitale mondaine de l'atlantique", et vante les "délices captivantes de cette Capoue moderne"(24). Malheureusement, une véritable guerre au couteau oppose deux clans, celui de Garnier avec Billaud et sa Gazette, et celui du casino de Foncillon qui a annulé ses subventions aux régates et aux courses de chevaux et est accusé de ne rien faire pour la ville alors qu'il "draîne l'or des étrangers pour édifier de grosses fortunes personnelles sans le moindre souci des intérêts généraux". Les actionnaires se sont en effet accordés 450 francs de dividende par action de 250 francs, un beau rendement financier. Garnier propose aussitôt un casino municipal "républicain" pour contrer celui de Foncillon "réactionnaire". Le Journal de Royan et le Conservateur s'y opposent, font un procès qu'ils perdront, et qui ne ralentit pas le financement du nouveau casino dont le capital social de 1.200.000 francs est souscrit par 594 actionnaires et il va être construit en cinq mois(25).
205 LE CASINO MUNICIPAL. (1895-1899) Le casino municipal est construit sur l'ancien champ de foire, qui est transféré sur les Combes de Mons où l'été vont se retrouver théâtres, cirques et manèges. L'architecte Redon crée un casino somptueux et gai à la fois, de style baroque italianisant très orné, encore plus imposant que celui de Foncillon, et pour l'album illustré des Villes d'eaux et de Bains de mer, cet édifice Louis XVI dont l'imposante façade fait 80 mètres est admirable, radieux comme un palais des mille et une nuits(26). Pour Billaud c'est un palais de féérie, un Versailles de rêve, où "la fantaisie est unie à un si profond respect de l'harmonieuse beauté des lignes". Son grand pavillon central, couronné d'un dôme, est le pavillon de la musique qui permet d'entendre l'orchestre de la terrasse bordant la plage. Il est flanqué de deux corps de bâtiments, l'aile ouest où est installé le cercle décoré en rouge, l'aile est où sont installés le restaurant et la salle de lecture décorés en jaune safran, ainsi que le salon de lecture. A l'arrière du pavillon de la musique, la monumentale nef centrale ornée de nombreuses sculptures sert de salle des fêtes, et est d'un ton sobre de vieil ivoire. Au fond, deux magnifiques escaliers de marbre jaune conduisent aux galeries supérieures du théâtre, l'entrée principale est au centre "sur un dallage en marbre de diverses couleurs qui s'allie aux tons polychromes du portique, violet et jaune fleuri, rehaussés d'or. Ce brillant morceau, d'ordre ionique, est complété par un cartouche au chiffre du Casino Municipal, avec un masque et deux amours tenant des flambeaux". Le théâtre est le couronnement de l'édifice, confortable, de couleur jaune et vert-paon, il possède une très grande scène et une importante machinerie. Une splendide terrasse à l'avant, de plus de deux cent mètres, sert de salle des fêtes en plein air, avec un Guignol, un kiosque à musique, des plates-bandes à la française et une balustrade de pierre. Malheureusement, toute verdure a disparu, et la place reste poussiéreuse pour de nombreuses années(27). Une brillante inauguration a lieu le 1 août 1895, bien qu'il soit à peine achevé, avec une opérette de Louis Varney, les Mousquetaires au Couvent. Il va de triomphe en triomphe et Sarah Bernhardt y joue la Dame aux Camélias en septembre. Selon la Gazette, il donne un renouveau de gloire à Royan où le nombre des baigneurs, en dehors de ceux qui viennent en voitures, atteint le chiffre record de 106.770. Le côté mondain du nouveau casino, se double d'un côté populaire car il se veut ouvert aux pauvres comme aux riches et prévoit des aides sociales importantes sous forme de subventions et de fêtes de charité. Par contre, il coûte plus cher que prévu et le capital doit être porté à 1.800.000 francs par l'émission de 1.200 actions supplémentaires de 500 francs(28). Malgré le succès du casino municipal à la Grande Conche, Pontaillac reste la plage la plus à la mode où les baigneurs viennent chaque jour, vers 3 ou 4 heures de l'après-midi, pour retourner le soir à Royan et un guide explique que Pontaillac n'a aucun magasin d'approvisionnement, aussi des omnibus spéciaux transportent le matin les domestiques qui peuvent préparer à temps le casse-croûte de leurs maîtres(29). A la rentrée, une première institution privée d'enseignement secondaire est ouverte par Fohrwerk, rue du Marché, avec 13 élèves(30). Pour la saison de 1896, le casino municipal est terminé et l'éclairage électrique, une très grande nouveauté, fait son apparition sur les boulevards. Deux grandes tentes allongées le long de la mer devant le casino abritent le restaurant, la meilleure table de Royan et, le soir, le
206 casino est illuminé par la "blancheur laiteuse des globes électriques qui se mêlent aux papillons d'or des rampes de gaz"(31). Cette nouvelle robe de feu nocturne est féérique; mirant ses foyers électriques à la crête des flots, elle fait l'admiration de tous. Le casino municipal est à la pointe du progrès, il reçoit Cléo de Mérode et Sarah Bernhardt et présente deux autres nouveautés: l'inauguration lors d'une grande fête le 13 août du "seul vrai cinématographe des frères Lumière", et un ballon captif, à l'instar des expositions parisiennes. Ce ballon installé dans ses jardins a peu de succès car les vents sont trop violents, l'ingénieur Douillet réussit seulement à lui faire exécuter de rares ascensions, semées d'incidents sérieux ou comiques, jusqu'au dimanche 13 septembre, quand une rafale l'étend à terre et le déchire lamentablement, mais sans faire aucun blessé(32). Cette ville cosmopolite du plaisir ne fait naturellement pas l'unanimité. Certains estiment que Royan a perdu son charme avec l'argent, l'électricité, le tramway et les casinos. Pour le moraliste Gabriel Aubray, Royan est mélancolique car il sent venir la décadence, la statue de Pelletan n'est qu'un triste bronze, les troupes sont composées de médiocres comédiens, enfin l'horreur c'est le jeu, ce désir malsain avec les trois tables des casinos qui marchent jour et nuit. Il est vrai qu'avec l'argent prolifère toute une faune peu recommandable, voleurs à la tire, souteneurs, aigrefins, cocottes, attirés par le luxe et le plaisir. C'est la décentralisation du vice sur nos côtes, mais supprimer ce luxe tapageur et ces plaisirs douteux, ce serait risquer la ruine de la station(33). La municipalité recherche de l'eau potable depuis quelques années et l'ingénieur Louis Lair en trouve à Pompierre. Aussitôt les travaux commencent car c'est un besoin urgent pour Royan qui a besoin d'eau courante pour ses 8.258 habitants et ses milliers de baigneurs. En outre les Royannais sont assez vexés par Francisque Sarcey qui ose se plaindre, dans sa chronique parisienne du Temps, de ne pouvoir se laver correctement à Royan, et estime que les 1.400 actionnaires du casino municipal auraient mieux fait de faire venir l'eau, avant de construire un second casino. Bien que cette remarque semble pleine de bon sens, Billaud, outré, rétorque dans la Gazette, que Royan n'a jamais manqué d'eau pour se laver, mais uniquement pour arroser ses jardins. Quoi qu'il en soit, l'eau courante arrive enfin à Royan au début de juillet 1898(34). Durant l'hiver, une violente tempête arrache la balustrade du casino et emporte les établissements de bains du Chay et du Pigeonnier, puis un coup de vent brutal au printemps renverse le petit tram en marche au-dessus du Chay(35). Les travaux de la jetée, promise depuis l'arrêt des travaux de Foncillon, commencent en juin 1896 sur les plans de l'ingénieur Caboche et se terminent le 30 juillet 1899. Ce que nos valeureux pilotes n'ont pas réussi à imposer en plus d'un siècle, l'a été, en quelques années, pour l'agrément des baigneurs afin qu'ils puissent débarquer et embarquer sans danger, même à marée basse. Cette nouvelle jetée dépasse 200 mètres, elle se compose d'un pont métallique de 126 mètres sur piles et d'un môle de 85 mètres, et devient immédiatement le lieu de promenade préféré des baigneurs, elle est noire de monde lors de l'arrivée ou du départ d'un vapeur, ou au moment des régates(36). Chaque voyageur doit payer un supplément sur le bateau, 0fr,60 pour un voyage aller et retour afin de couvrir les frais de la construction de cette jetée alors qu'un voyage en bateau de Bordeaux coûte 9 francs en première et 6 en seconde. Chaigneau crie aussitôt à la concurrence déloyale car les chemins de fer n'ont pas à payer cette nouvelle taxe, de plus ils sont aidés par l'etat et acquittent un
207 impôt de 3 % contre 12 % pour les compagnies maritimes. Il est exact que les chemins de fer se taillent maintenant la part du lion dans le trafic des voyageurs, ils établissent même des trains de plaisir rapides l'été pour Royan en venant au Verdon, d'où le transfert est fait par bateau, pour 3,75 francs en troisième(37). Le port conserve une grande importance avec 52 navires à voile, 23 pour le pilotage, 28 pour la petite pêche, un au cabotage, plus un vapeur remorqueur de 7 tonneaux et une baleinière de sauvetage de 300 chevaux; en outre, la pêche est pratiquée pendant la saison par de nombreux pêcheurs bretons(38). Royan est le siège d'un quartier maritime qui s'étend du Clapet jusqu'à Saint-Thomas de Cosnac avec 180 bateaux, 16 réservoirs à poissons, et 778 inscrits maritimes dont 30 capitaines au long cours, 15 maîtres de cabotage et 60 pilotes et aspirants(39). Royan continue de s'améliorer, le tramway est prolongé jusqu'à la Grande Côte où est ouvert l'hôtel Bellevue, le trajet en train Paris-Royan est ramené à 9 heures, puis à 8 heures, et même le fort est modernisé avec de nouveaux canons servis par un bataillon d'artillerie de forteresse. Malheureusement la rivalité continue entre les deux casinos car "à Royan, tous n'obeïssent qu'au parti pris". Pour tenter de résoudre le problème, le nouveau casino municipal est autorisé à emprunter pour racheter l'ancien casino vaincu pour 701.000 francs mais, sous la direction de la nouvelle Société Anonyme des Casinos de Royan, les deux casinos continuent leurs activités(40). FRÉDÉRIC GARNIER ET LE ROYAN DE LA BELLE ÉPOQUE (1900-1905) A la Belle Epoque, en 1900, le nombre des baigneurs se stabilise juste au-dessus de 100.000 par saison, ce qui permet à Victor Billaud d'écrire que "le nombre des baigneurs s'est élevé pour les deux dernières saisons à plus de 200.000". Cette formule ambigüe veut sans doute prouver le succès du casino municipal qui n'atteint pas les résultats escomptés. Ce n'est sûrement pas une erreur car la Gazette arrête soudain de publier le nombre des baigneurs chaque saison, petite mesquinerie d'un grand publiciste qui veut trop en faire(41). Les améliorations continuent, le Garden-Tennis ouvre ses dix courts avec le siècle et, suite à l'incendie des cabines de bains de Pontaillac, la nouvelle Restauration, due à l'architecte Alexandre, est inaugurée le 4 août 1902, en présence d'une affluence considérable et de l'harmonie de Royan. Quelques jours plus tard, la maire prend le premier arrêté contre la vitesse des automobiles qui, à cause de plusieurs accidents, est dorénavant limitée à 10 kilomètres à l'heure dans le périmètre de l'octroi, et doit même être réduite à celle d'un homme au pas dans les passages étroits ou encombrés. Royan se dote de la caserne Champlain, où résident 60 hommes du 57 régiment d'infanterie(42). Dans un tout autre ordre d'idée, d'une loge maçonnique très active, place du Centre, le Triple Accord, où se donnent de nombreuses conférences(43). La première course landaise de taureaux a lieu dans les nouvelles arènes de 3.000 places de Vallières et, juste à côté, un fronton de pelote basque est inauguré(44). La "reine des plages", suivant l'expression du France-Album dédié à Royan, a une belle façade littorale d'environ six kilomètres(45). Partout des arbres, des massifs semés de fleurs, des places ombragées et 40 voies sont plantées d'arbres. Royan compte très exactement
208 5.314 arbres, dont 2.326 ormeaux, puis des platanes, des peupliers, des acacias et des tilleuls. De splendides villas s'égrènent au milieu des bois depuis les rochers de Vallières, peints par Odilon Redon, jusqu'à Pontaillac(46). L'architecture "en caleçon de bain", suivant l'excellente formule de Jacques Convert, avec ses belles villas bourgeoises en bord de mer est à nulle autre pareille et elle comporte toujours un belvédère pour permettre d'admirer la beauté du panorama marin. L'imagination des architectes s'y donne libre cours, le résultat sur le plan du style est souvent extravagant, parfois grotesque, mais toujours attachant. Il s'agit de grands chalets en pierres apparentes avec des escaliers monumentaux, des toits en ardoise, des tourelles, et des jardins pleins de fleurs(47). Elles se différencient aussi des vulgaires maisons par leurs noms plus ou moins curieux, où l'imagination se donne libre cours. Le centre, du casino municipal jusqu'à Foncillon, attire la grande foule qui se prélasse au square Botton au milieu des jardins fleuris dus au conseiller municipal Pineau, et de l'hémicycle de charmantes petites boutiques. Selon Clouzot, tous les baigneurs se rencontrent sur le remblai du boulevard Lessore, pont d'avignon royannais et isthme étroit, près du café des Bains et de son orchestre fréquenté par les élégants habitués du casino(48). Les deux casinos donnent des concerts symphoniques, pour le reste, Foncillon se spécialise dans le grand opéra, l'opéra comique, la comédie genre Comédie Française, le vaudeville et la musique de chambre, et le casino municipal dans l'opérette, le grand drame, la comédie genre Palais Royal et le ballet à grand spectacle. Ensemble, les deux casinos de Royan offrent pendant la saison de 1903, 30 opéras ou opérettes, 60 comédies, 9 concerts classiques, 9 de musique de chambre sans parler des bals d'enfants et des kermesses et 10 grands bals où les hommes portent l'habit à la française avec la queue de pie, accompagné du haut de forme et de la canne, ou le smoking moins officiel avec un chapeau melon. Les femmes sont corsetées dans leur robe du soir et portent des gants blancs ainsi qu'un immense chapeau faisant parfois un mètre de diamètre. La foule se presse aux casinos, aux fêtes de nuit sur l'océan lors de la venue de l'escadre, bals, concerts, courses de vélo, expositions canines, régates où se mesurent les yachts et les chaloupes de pêche et de pilotage, tir aux pigeons, fêtes athlétiques, courses de chevaux sur l'hippodrome situé sur la Grande Conche en face du casino municipal, concours hippique, tennis, courses d'automobiles, batailles de fleurs, baraques du champ de foire ou du boulevard Thiers. Les baigneurs vont à la plage pour jouer au lawn-tennis, au croquet, au gymkhana où certains font courir les animaux les plus divers, lapins, coqs, dindons, oies, chèvres, moutons, on a même vu un chacal et un blaireau, ou bien pour construire des forteresses de sable très populaires même chez les adultes, et aussi, mais plus rarement, pour prendre un bain. Les baigneuses s'habillent avec autant d'élégance aux bains de mer qu'en ville, elles se protègent du soleil par de grands chapeaux et des ombrelles multicolores et se lancent à l'eau, en costumes de bains, très à la mode, composés d'une longue blouse de flanelle sombre serrée à la taille par une ceinture, d'un pantalon trois-quarts avec, bien entendu, l'indispensable corset. Elles portent aussi, le plus souvent, un foulard noué sur la tête, des bas bleus ou noirs et des chaussures fixées à la cheville par un lacet blanc. Les hommes, eux, portent les fameux maillots rayés(49). Ces "plages d'or" royannaises, suivant le titre du livre de Clouzot, doivent cette magnifique
209 couleur dorée de leur sable à une petite algue microscopique, une diatomée, qui absorbe le gaz carbonique pour le transformer en sucre et dégage de l'oxygène qui se fixe sur les particules de fer contenues dans le sable sous la forme d'un oxyde de couleur dorée. Cette transformation est réalisée uniquement au soleil. Quand les bactéries ne peuvent se développer faute de lumière le sable est souvent vaseux et noir, comme ce sable noir décrit par Perrault en 1669 sur lequel roulait son carrosse à marée basse(50). Un guide explique, avec beaucoup de poésie, que le nom de conche a été donné à nos plages car "elles ressemblent à d'immenses coquilles posées sur le bord de l'océan, entre des promontoires de rochers qui en font valoir la courbe molle"(51). Et on peut lire dans le "Panorama des rives de la Gironde" que "la nature a fait pour Royan tout ce que l'on pouvait lui demander. Elle lui a donné un site ravissant, des conches admirables, des falaises merveilleuses, de la verdure, des eaux, des bois giboyeux, une mer habile à satisfaire tous les goûts et tous les âges"(52). Il y a quand même quelques ombres au tableau, Royan en août devient trop "agglomérée", trop compacte, trop citadine avec cette énorme cohue, ses artères sont d'une blancheur et d'une pulvérulence désagréable, ses auberges trop pleines et la vie y est trop chère; le dimanche, pendant la saison, Royan est une folle guinguette. et les Royannais préfèrent rester chez eux et éviter aussi bien la ville intenable avec des milliers d'équipages sur les boulevards, que ses plages encombrées par une foule de baigneurs. Même les sentiers sous bois, pleins de senteurs, sont transformés en grandes avenues vulgaires et encombrées(53). Les somptueuses fêtes estivales amènent la disparition progressive, regrettée par certains, des fêtes traditionnelles comme l'infioratura de mai et la frairie de Vaux en octobre, où l'on mangeait des anguilles, des rillons, des huîtres avec des saucisses, arrosées de vin blanc nouveau. Dès les premiers jours d'octobre, Royan retrouve sa vie provinciale et retombe dans le calme et l'indolence quand la tempête ne fait pas rage. Les quartiers du Parc et de Pontaillac restent vides car ils n'ont pas vraiment réussi à être des villes d'hiver. Pourtant le nombre des étrangers qui se fixent à Royan augmente tous les jours, parmi eux les israélites, dont le plus connu est Bénoni de Soria, prennent une certaine importance mais ils n'ont aucun lieu de culte et pour les enterrements le pasteur remplace quelquefois le rabbin qui doit venir spécialement de Bordeaux(54). Frédéric Garnier démarre d'autres projets qu'il ne verra pas aboutir; la création d'une maison de santé suite à un legs de la famille Amiot, famille à laquelle la ville reconnaissante fera élever un tombeau au cimetière; le transfert pour la rentrée 1905 de l'institut collégial de l'avenue de Pontaillac, au Parc dans un cadre magnifique au milieu des bois, où "les senteurs des pins, l'iode et l'ozone qu'apportent les brises du large", sont un bienfait qui va faire la joie de plusieurs générations d'éléves(55). Enfin, pour faciliter le voyage de Paris, il demande une liaison ferroviaire directe Saujon-Saintes, le tracé de cette nouvelle liaison donne lieu à une solide empoignade entre Garnier qui propose de passer par Chermignac, Rétaud et Meursac et le comte Lemercier, député de Saintes et administrateur de la compagnie d'etat, qui obtient de passer par des territoires qu'il représente, soit Varzay-Pisani et Saint-Romain-de- Benet(56). Même s'il a été considérablement aidé par le chemin de fer et par l'inlassable publicité de Victor Billaud, Garnier a réussi remarquablement puisque sa ville est passée de 4.000
210 habitants et 18.000 baigneurs par saison lors de son arrivée à la mairie à 8.862 habitants, dont 7.164 dans l'agglomération qui comprend 2.912 maisons, et plus de 120.000 baigneurs à sa mort le 6 août 1905, aussi est-il pleuré par toute la population qui lui fait des obsèques grandioses(57). EXCURSIONS SUR LA CÔTE La presqu'île d'arvert est, selon France-Album, une "suite ininterrompue de sites enchanteurs, parmi les plus beaux de monde"(58). Ces sites sont visités en voitures, à bicyclettes, ces fées aux rayons d'acier, avec le petit tram, où en bateau pour Cordouan. Souvent appelée la côte d'argent, titre qui ne sera jamais officialisé mais donnera son nom à une avenue de la falaise de Pontaillac, la côte qui va de Talmont à Terre-Nègre, est la partie la plus visitée, de plus on y pêche avec des trulles, des carrelets, des embrasseaux et des sennes, ou avec le trident d'une fouenne. Talmont est une triste petite nécropole presque déserte de 179 habitants enserrée par les eaux, ses murs croulent sous des tas de ronces, mais elle a conservé sa célèbre basilique sur la falaise rongée par la mer. A Meschers, village de 900 habitants, les baigneurs se régalent, selon Noblet, des délicieuses sauces du seul hôtel, celui de la Croix-Blanche, et trouvent de tout "Au Pauvre Diable" chez Bouron, toujours gai et content de son sort, qui est "coiffeur, rempailleur de chaises, horloger, réparateur de bicyclettes, voire même d'automobiles, correspondant et marchand de journaux, de mercerie, chaussures de bains de mer, papeterie, coutellerie, articles de ménage, cartes postales illustrées, parfumerie, etc"(59). Le port de pêche est situé au fond d'un chenal où une baleine, poursuivie par un espadon, est venue se faire massacrer par les pêcheurs et dont le promontoire rocheux, jadis hérissé de moulins et d'un fort napoléonien, est truffé de curieux trous creusés par les eaux de ruissellement puis améliorés par l'homme. Certaines de ces grottes, suspendues sur l'abîme 25 mètres au-dessus de la mer, sont encore habitées, comme celle où travaille le peintre paysagiste Athanase Bourgeois ou celle de la Femme Neuve. Celle de Cadet, près de la conche des Nonnes, servait de refuge, selon la légende, à un sorcier naufrageur au Moyen-Age qui attirait les navires sur les écueils grâce à une barque dirigée par un bouc noir. Meschers possède cinq plages sans danger séparées par de hautes falaises couronnées de pins, de chênes verts et d'ormeaux, celle des Nonnes seule a un établissement de bains et celle des Vergnes a la réputation que quiconque mange de ses moules ne peut plus s'éloigner du pays(60). A Suzac, dont les canons du fort sont braqués sur l'océan, et où l'anglais Hockhart a retrouvé les colonnes cannelées d'une antique villa gallo-romaine quand il a fait construire sa villa, les falaises ombragées d'yeuses et de chênes-lièges ont d'un aspect très méridional(61). L'immense plage de Saint-Georges de près de trois kilomètres, toujours recherchée par les amateurs de solitude et de silence, est bordée par une belle forêt avec un curieux phare, baptisé par les baigneurs le phare des Lapins. Au village de Didonne, un pan de muraille d'un mètre et demi d'épaisseur, avec de larges et profonds fossés, sont les seuls vestiges du vieux château fort des seigneurs du même nom. Comme le petit tram y a son terminus, de nombreuses villas et chalets ont été construits près du bourg qui a plus que doublé depuis
211 l'époque de Michelet et compte maintenant 1.398 habitants. Son port, refuge des pilotes, est équipé d'un phare récent et Noblet précise que la vie y est encore très abordable, avec ses trois hôtels où "on peut être nourri et logé à raison de six francs par jour", malgré la proximité de Royan. La pointe de Vallières, bizarre et tarabiscoté, rappelle les côtes bretonnes ses petits ilots escarpés et inaccessibles à marée haute et ses rochers troués et fouillés en tous sens par la lame. A l'ouest de Royan, après Pontaillac, le tramway délaisse les petites conches désertiques de Gilet, Saint-Sordelin et du Conseil, pour atteindre celle de Nauzan près du village de Vaux, situé à un kilomètre de la mer, avec sa vieille église et ses 531 habitants, où l'on peut loger chez l'habitant à des prix modestes(62). Le Bureau de Saint-Palais est la plus coquette station de la banlieue de Royan. Le guide Joanne de 1895, signale qu'elle se compose, en tout et pour tout, d'une "vingtaine de chalets bordant une rue unique", alors que, dix ans plus tard, Noblet indique que le Bureau avec ses 797 habitants compte une centaine de chalets dont les prix sont modérés, d'ailleurs selon Clouzot d'une année à l'autre l'endroit est méconnaissable et ses chalets multicolores la font ressembler à "un village suisse de touristes"(63). Le Bureau devient Bureau-les-Bains et compte 203 chalets et deux établissements de bains pour 600 baigneurs en 1911 quand il se dote d'une salle des fêtes, d'une nouvelle église, du petit pont de la Corniche des Pierrières et d'un Syndicat d'intérêt local qui prend le nom de Saint-Palais-sur-Mer(64). Le tramway, après avoir traversé une superbe forêt, longe les rochers du puits de Lauture où, selon l'amusante expression du guide Joanne, "quand la mer clapote avec un peu d'entrain sur la falaise, elle lance sa lame par ce trou en fusée d'écume", clapotis qui peut devenir un fracas infernal en cas de tempête. La ligne du tramway se termine à Terre-Nègre, où le coquet casino Bellevue, chalet alpin tout de bois verni égaré au-dessus des dunes de la Grande Côte, a remplacé l'ancien fort. De là, les marcheurs intrépides peuvent rejoindre Ronce-les-Bains par la plage, mais précise ce même guide Joanne, "en suivant la laisse de basse mer, dont il faut avoir soin de ne pas s'écarter, pour ne pas s'enliser dans les sables mouvants"(65). EXCURSIONS DANS LA FORÊT DE LA COUBRE. Dyvorne mentionne également avoir entendu parler des sables mouvants de Bonne Anse et il insiste avec justesse sur "un quelque chose de troublant qui impressionne l'âme" dans le massif forestier plein de solitude de la Coubre qui débute après la Grande-Côte et qu'il baptise "la forêt mystérieuse". Cette forêt domaniale où la plainte de la mer s'entend au travers des arbres, et où on trouve peu ou pas d'oiseaux, sauf les oiseaux migrateurs, et peu d'animaux à l'exception des lapins, couvre 6.000 hectares et a coûté cinq millions à l'administration. La principale essence est le pin maritime, mais on y trouve aussi des acacias, peupliers, chênes, et bouleaux(66). Au début du XIX siècle, presque personne n'osait s'aventurer dans sa tragique étendue, d'autant plus qu'il y avait encore de nombreux loups dans la presqu'île d'arvert, les derniers sont signalés dans la région vers 1880. On peut maintenant la visiter grâce au tramway forestier qui utilise de nouveaux wagonnets confortables de dix places. On peut ainsi, abrité
212 du soleil et de la pluie, découvrir le massif forestier au pas lent du cheval sous des tunnels de verdure, ce qui laisse tout le temps d'admirer le paysage jusqu'au Galon d'or. Le cheval trop lent cède la place en 1905 à des automotrices à essence, car les locomotives à vapeur sont écartées à cause du risque d'incendie(67). La ligne du tramway démarre directement de la Grande Côte, à la demande du restaurateur local, traverse la forêt de Saint-Augustin ou de la Palmyre dont le phare allumé de 1870 à 1895, maintenant éteint, sert d'amer(68). Cette partie de la forêt a de beaux pins et des bruyères vivaces dans les combes, nom donné aux petites vallées séparant les monticules sablonneux. Le logis des Combots, sur l'emplacement d'une ancienne ferme appartenant aux moines de Vaux, en est le centre. On y trouve le canton de la chapelle, la chapelle disparue de Notre-Dame de Buse, la dune du puits de la cure, la combe du champ de foire, les dunes de la brebis et le chemin des vaches, tout indique l'existence d'un ancien village disparu, Anchoine comme nous l'avons vu. Jadis il y avait là trois dolmen que des chaufourniers ont détruit vers 1847 pour alimenter leurs fours à chaux, et trois tumulus recouverts par les sables qui portaient les noms de Madame, Mademoiselle et Monsieur, ce dernier renfermant un veau d'or selon la légende. La ligne atteint le marais de Bréjat, face au Clapet de Bonne-Anse, qui donne une grandiose impression de désert avec ses dunes noires. La mer y poursuit ses attaques contre les terres, pendant l'hiver 1876 la digue qui protège le marais est menacée durant un mois entier, et de nouveau le 28 octobre 1882, quand une grande tempête la fait sauter en moins d'une heure, mais la mer ne profite pas de sa victoire(69). Un quasi-cyclone le 25 avril 1890 arrache encore de nombreux arbres, puis le marais est vraiment envahi au printemps de 1897 et le travail est à recommencer(70). Le tramway passe ensuite la Brisquette, avec son amer sur la dune du Désert et ses pins tout en hauteur avec des lichens blancs qui lui donnent un aspect désolé et triste, et comme les pins sont gemmés par de rares résiniers aux vêtements poisseux et que chaque pin portant un godet où coule la résine est un pin condamné à mort, cette pinède fait penser à un cimetière; le Barrachois qui lui fait suite est une vallée luxuriante sur une lède, combe marécageuse entre les dunes souvent cultivée bien qu'inondée en hiver, mais elle dégage des germes pestilentiels de fièvres qui déciment la population de la contrée(71). Près de là se trouvent le phare de la Coubre, le sémaphore et les restes d'une batterie napoléonienne ensablée. La mer s'acharne contre cette côte qui a reculé de plus d'un kilomètre en un demi-siècle, mais où une pointe apparaît vers Bonne Anse. Le premier phare en charpente est abattu en 1895 et remplacé la même année par un phare en pierre, construit par l'ingénieur Caboche, qui est vite menacé. Prévoyant sa chute à plus ou moins longue échéance, un nouveau phare est construit en 1905 par l'ingénieur Alexandre plus en arrière; ce nouveau phare en ciment, avec ses 300 marches et ses 58 mètres de haut, est visible à 80 kilomètres en mer grâce à son feu électrique puissant et moderne. Les dunes qui protègent l'ancien phare sont rongées par la mer et pendant un certain temps, il tient en équilibre audessus de la plage sur des pilotis, comme on peut le voir sur l'étonnante photo du lundi 20 mai 1907, ce qui n'empêche nullement des touristes inconscients d'en faire encore la visite dans l'après-midi. La nuit suivante, une dernière attaque de la mer met à bas la tour de maçonnerie de 60 mètres de haut qui s'abîme dans les flots(72).
213 Le tramway atteint ensuite la pittoresque station forestière de la Bouverie, aux bâtiments couverts en gourbet, qui n'abritent plus de bœufs, où les baigneurs peuvent déjeuner à la cantine s'il ont passé commande à l'avance, mais qui est la proie des flammes en 1888. Sur la côte courent les dunes parsemées d'immortelles, d'œillets des pins et de chardons bleus, comme celles du Requin et du Volcan, lequel doit son nom aux projections de sable entraînées par le vent au-dessus de sa crête qui lui donnent l'air de fumer. Des refuges avec des gardes forestiers y sont établis pour venir en aide aux naufragés éventuels. Le Gardour garde son caractère sauvage, avec ses superstitions qui datent du temps du Moyen-Age, comme celle de Paunas, un habitant ayant soi-disant vendu son âme au diable, et dont un creux garde le souvenir. Il conserve des canons d'une batterie napoléonienne et est dominé par une grande dune de 70 mètres de haut avec un amer, point culminant du plat pays d'arvert, d'où l'on jouit d'un panorama magnifique au-dessus des pins maritimes, petits et rabougris, qui vivent dans le sable et donnent une impression désolée à cette zone qui s'étend jusqu'aux épais fourrés du Bouffard, impression aggravée par le sinistre grondement de Maumusson dès la pointe d'arvert(73). Cette pointe appelée aussi pointe Espagnole, ou mieux selon l'abbé Travers pointe de l'espagnole, doit son nom au naufrage de la goélette espagnole Antonio Carmen le 20 décembre 1823. La jeune épouse rochelaise de l'armateur est en voyage de noces, seule rescapée et rendue folle de douleur, elle reste sur cette côte dans une cabane pour le restant de ses jours, refusant de quitter les lieux, jusqu'à ce qu'elle disparaisse à son tour dans les flots(74). Le redoutable pertuis de Maumusson "tire" les navires à la marée montante vers les bancs d'arvert où, par "temps forcé", les naufrages sont nombreux car la mer qui "brise avec parfois dix lames successives, met les navires en travers et les roule"(75). Victor Hugo décrit dans ses "Lettres de voyage" le naufrage du navire pris dans ce tourbillon qui fait un bruit effrayant mais marque à peine la surface plane et unie de la mer: "Il s'arrête court, puis il s'enfonce lentement, s'enfonce toujours et décroît de hauteur peu à peu. Bientôt on ne voit plus les sabords, puis le pont plonge sous la vague, puis les vergues et les huniers, on ne distingue plus que la pointe du mât, puis une petite ride se fait dans la mer, tout a disparu. Rien ne peut arrêter dans son mouvement lent et terrible la redoutable spirale qui a saisi le navire"(76). EXCURSIONS SUR LA SEUDRE ET DANS LA CAMPAGNE. Le tramway termine son parcours à la calme plage du Galon d'or entourée de ses pins maritimes, puis atteint enfin en 1913 Ronce-les-Bains la plage de La Tremblade qui est avec ses 3.600 habitants la vraie capitale de l'ostréiculture et s'offre une nouvelle église pour remplacer l'ancien temple confisqué en 1681, mais l'abbé Barbotin ne peut la consacrer qu'en 1894 après 25 ans de difficultés financières et, quelques années plus tard, l'emplacement de l'ancienne église est transformé en place publique(77). Les parcs s'étendent sur la rive gauche de la Seudre, ruisseau sans prétention avant le port très actif de Ribérou, dans la banlieue de Saujon, à partir duquel elle se transforme en un bras de mer de plus de vingt kilomètres que l'on peut traverser dès 1910 par le nouveau pont tournant de l'eguille sur la route de Rochefort, ou par un bac à rames puis à chaîne à l'embouchure depuis la Grève près de La Tremblade. Une dizaine de chenaux, entre l'eguille
214 à La Tremblade, drainent l'eau des marais vers la Seudre, comme celui de Chaillevette par où s'écoulent "toutes les eaux des dunes de La Coubre et de La Palmyre", et les sept ports de Ribérou, l'eguille, Mornac, Chaillevette, Chatressac, l'aiguillate et La Tremblade s'échelonnent sur la rive gauche(78). Les 1.500 hectares de marais salants encore en activité produisent du sel blanc et du sel gris, mais uniquement pour la consommation locale, ils sont de plus en plus remplacés par des claires. Les huîtres grandissent en mer, dans les viviers à l'embouchure de la Seudre où elles demeurent blanches, puis sont transférées dans des claires pour s' y affiner et verdir grâce à l'argile vert de ces claires qui contient une diatomée, petite algue bienfaisante. Ce qui n'empêche nullement un Guide d'écrire que la cause de leur viridité "est due à une maladie de foie qu'engendre le séjour de la baie de Seudre", avant d'ajouter un sinistre "Avis aux amateurs" aussitôt tempéré il est vrai par la mention que l'huître, appréciée de Brillat-Savarin, est le plus digestible des aliments(79). Quelques huîtres portugaises sont maintenant élevées dans les claires, elles se revendent quatre fois moins cher que la Marennes car, d'après Victor Billaud, elles ne peuvent se laver du péché originel de ne pas être des plates. Les écaillères dont celles d'etaules, ces belles filles pleines de joie de vivre, brunes fraîches et roses, aux narines gourmandes et aux yeux prometteurs, qui enthousiasment Billaud. Elles travaillent l'été en pantalons masculins sur les parcs, mais portent le dimanche des robes à la dernière mode rapportées de Bordeaux ou de Paris où elles vont l'hiver, en costume local, vendre leurs huîtres, ce qui fait dire qu'elles sont "outrageusement féminines et ridiculement citadines"(80). Les baigneurs vont parfois pêcher dans les marais ou chasser les lapins des dunes, les rares lièvres, les nombreux perdreaux, et le gibier de passage, cailles, tourterelles, grives, palombes et bécasses. Ils résident alors à Saint-Augustin-sur-Mer, "petit trou pas cher" selon Noblet, au milieu d'une nature calme et sauvage à trois kilomètres seulement de la mer que l'on peut atteindre par une charmante promenade en forêt, et aux Mathes, avec sa plage imposante du Clapet à 4 kilomètres du bourg, où on peut loger dans un petit hôtel car il n'y a pas de chambre chez les habitants dont les ressources sont si faibles que, pour rénover l'église et construire un clocher, les travaux durent de 1853 à 1911(81). Ces hameaux ont encore quelques vieilles maisons basses saintongeaises, badigeonnées de blanc sous leurs toits de tuiles rondes rouges, malheureusement remplacées dès le début du XX siècle par la triste tuile mécanique plate, et des petits cimetières protestants épars dans les champs ou attenants aux habitations, avec leurs cyprès et leurs haies vives. On y parle encore le patois qui connaît un vif renouveau avec les saynètes patoisantes des bardes saintongeais dont le chef-d œuvre est la fameuse comédie la Mérine à Nastasie du docteur Athanase Jean en 1902. Les baigneurs ne s'attardent guère dans les champs malgré ses fleurs sauvages car nos paysans, afin de lutter contre l'épuisement du sol, utilisent des engrais naturels peu attirants, il s'agit des pots de fiente, les excréments domestiques, Vallières utilise du goémon ramassé à marée basse, et Royan des crevettes, riches en phosphore, qui dégagent une odeur nauséabonde et donnent naissance à des feux follets. Tout le monde peut déguster du vin et de l'eau-de-vie directement chez les vignerons qui, malgré l'effondrement dramatique du vignoble, reprennent un peu d'activité après 1894 et, lors de la fixation des régions du cognac, Royan et la presqu'île d'arvert sont délimitées
215 comme des "bois ordinaires". La vigne rampante du pinot cède la place à un plant américain guidé par des piquets et des fils de fer, ce qui donne au vignoble un aspect bien aligné totalement inconnu jusque là et l'automatisme apparaît à Didonne sur les vignobles du domaine de la Grandière quand les grappes de raisin arrivent directement au chai grâce à des chariots sur rail. Les baigneurs commencent aussi à apprécier le pineau, un vin alcoolisé liquoreux consommé chez les petits producteurs viticoles et né, d'après Dyvorne, d'une erreur de manipulation quand du moût de raisin a été mis dans un fût présumé vide mais qui contenait en fait un reste d'eau-de-vie(82). LA FIN DE LA BELLE ÉPOQUE (1905-1914). Garnier est remplacé par son premier adjoint, Albert Barthe, rigide protestant qui dirigeait déjà les affaires municipales quand Frédéric Garnier était à Paris au Sénat. Barthe est persuadé que Royan reste susceptible d'un développement indéfini, tout comme son prédécesseur auquel il fait rendre hommage en donnant son nom au magnifique boulevard, le long de la Grande Conche, et en passant commande d'un monument impérissable à sa gloire dont l'inauguration a lieu le dimanche 29 septembre 1907. Ce monument érigé face à la mer à Foncillon est en granit rose avec un socle de granit gris et des figures en bronze. Œuvre de Pierre Granet, il représente le buste de Garnier auquel une femme personnifiant la ville offre une palme tandis qu'un triton et une naïade sortent des flots pour symboliser la mer et entourent le piédestal dans les vagues. Il ne suscite pourtant pas que de l'admiration, certains trouvent qu'il pêche contre les règles de l'art d'une part, le buste de Garnier étant trop petit, et surtout contre la décence, à cause d'un bronze dénudé de femme(83). Pour cette inauguration, Victor Billaud lyrique rappelle que maintenant ce "grand honnête homme a le regard fixé du haut du boulevard Thiers sur la cité radieuse qu'il affectionna et dont il fut la Providence" et, n'oubliant pas qu'il est le fondateur des Muses santones, il lui dédie une ode, assez longue dont les premiers vers: Frère, nous saluons ton image bénie Nous saluons ce jour tout vibrant d'harmonie Où la postérité te sacre de son sceau Où tout Royan tressaille à ton apothéose Ton Royan qui naquit des flots sous le ciel rose Ton Royan somptueux, que tu pris au berceau donnent une idée de l'étonnant culte de la personnalité rendu à Frédéric Garnier(84). La séparation de l'église et de l'etat donne lieu aux difficiles inventaires des biens religieux. Si le 21 février 1906 celui du temple protestant de Saint-Sulpice est réalisé sans encombre par le percepteur de Royan, l'église est fermée et le curé s'oppose à tout inventaire, soutenu par une centaine de personnes menées par le comte de Réals qui menace de lui casser la figure, prudent le percepteur se retire sous une bordée d'injures. Trois jours plus tard, l'inventaire de l'église de Breuillet n'est réalisé par le commissaire de police de Royan et le sous-préfet qu'avec l'aide des gendarmes, et encore face à la protestation du curé, et aux cris de "Vive la Liberté" et le chant de cantiques religieux par un groupe de 50 opposants menés par la famille de Verthamon, alors que le reste de la
216 population regarde calmement les événements(85). Celui de l'eguille donne également lieu à des protestations du curé au milieu du chant des cantiques. A Royan, les choses sont plus calmes, le curé Dionnet réagit seulement au sujet de son presbytère et l'évacue au moment de l'inventaire. Le pensionnat catholique de jeunes filles de Mons ferme ses portes après 50 ans d'activité car la congrégation de Sion est dissoute et le château mis sous séquestre(86). Lors des élections municipales de 1908 la liste républicaine de Barthe est battue et Auguste Rateau est nommé maire, à la grande fureur de Victor Billaud qui ne l'apprécie guère. Malgré tout, la ville s'améliore, bien qu'ayant déjà un club de gymnastique, l'atlantique, elle se dote d'un autre club sportif, le Royan-Sporting Club et la saison 1907 a atteint des records avec 135.000 baigneurs dont 98.290 arrivés par chemin de fer, 35.000 environ par bateaux, et le reste en automobiles. Lors de la saison suivante en août, il y a tant de monde que de nombreux baigneurs doivent coucher à la belle étoile. Il est vrai qu'un ancien paquebot britannique de 54 mètres de long, rebaptisé Ville de Royan, est mis en service par la compagnie Bordeaux-Océan, transporte 1.200 passagers et relie la capitale girondine à Royan en trois heures(87). Chaque dimanche, les bateaux déversent des centaines de personnes qui arrivent à onze heures, encombrent les boulevards, les plages, les bois et les tramways et repartent à quatre heures du soir. Toujours curieusement baptisés "trains de plaisir", ils créent, avec les voitures automobiles, un certain nomadisme des baigneurs parmi lesquels on remarque Jean Jaurès qui fait une conférence au groupe d'études sociales de Royan. Le grand casino de Foncillon est finalement acculé à la fermeture avant la saison de 1909 à cause de la baisse de profits, provoquée par la loi sur les jeux, et non à cause d'une baisse de fréquentation; la société des casinos souhaite transformer l'ancien casino en un grand hôtel moderne, mais cela ne se fera jamais. La saison est endeuillée par le très grave accident de chemin de fer de Saujon le 14 août 1910 qui fait 39 morts, cependant en septembre la semaine de l'aviation connaît un grand succès avec l'aviateur Louis Gibert, le premier homme-oiseau qui survole Royan(87). Titulaire du brevet de pilote n 92 à l'aéro-club de France, il arrive de Bordeaux, 156 km d'un seul coup d'aile, avant de poser son monoplan Blériot sur les conches, Pontaillac et la Grande Conche, d'où il décolle pour réaliser le premier pélérinage aérien au-dessus du petit oratoire du Platin, qui devient Notre-Dame du Platin patronne de aviateurs, et pour faire des vols de démonstration très appréciés du public, devant ce succès, la ville recommence en 1911 avec l'aviateur Brindejonc des Moulinais qui évolue aussi sur un monoplan Blériot(88). Cette même année, le tout nouveau syndicat d'initiative est fier d'organiser le 31 août des fêtes à l'église et au casino pour l'anniversaire de Redon le centenaire royannais(89). De violents remous secouent la municipalité, en procès avec la société des eaux, et elle est balayée par les électeurs, la liste républicaine reprend le pouvoir et Charles Torchut devient maire en 1912. La saison marche bien grâce à la nouvelle liaison ferroviaire directe par Saujon et Saintes et les profits des jeux remontent avec le seul casino municipal, mais lors de la semaine de l'aviation, fin septembre, le biplan de Dely tombe à la mer, l'aviateur est sauvé mais son biplan est repêché fort endommagé, et le lendemain c'est le train d'atterrissage du monoplan de Seguin qui se brise en atterrissant sur la plage. En septembre de l'année suivante, Brindejonc des Moulinais revient avec son Blériot survoler sans
217 encombres les conches et les cuirassés de l'escadre. A la veille de la première Guerre Mondiale Royan reçoit plus de 150.000 baigneurs par an(90). Royan connaît la croissance la plus spectaculaire du département, dont elle est maintenant la quatrième ville, avec 9.330 habitants, une population multipliée par quatre depuis un siècle(91). L'enthousiasme suscité par son succès se lit dans les termes utilisés par la Gazette: station sans rivale, paradis du tourisme, station unique au monde, cité radieuse, reine des stations mondaines de l'atlantique, sans parler de perle ou reine de l'océan, ou dans les vers: "Toujours plus haut!" Telle est ta sublime devise Tu grandiras sans cesse en face de la mer! du poème Apothéose écrit en 1912 par Paul Dyvorne(92). CHAPITRE XIII LA PERLE DE L'OCÉAN D'UNE GUERRE A L'AUTRE. LA GRANDE GUERRE DE 1914-1918. La saison 1914 s'annonce brillante, mais la foule habituelle arrive à peine à Royan quand la guerre éclate en août. Les réservistes regagnent leurs corps avec beaucoup d'entrain et les épouses montrent le plus grand courage et prennent leur place au travail. Au début des hostilités afin de réorganiser la défense des côtes, le capitaine de frégate Larauza est nommé Commandant d'armes de la Place de Royan et Commandant du Front de Mer de la Gironde, poste qu'il conserve durant toute la guerre(1). Un grand nombre de Parisiens viennent attendre à l'abri la fin des combats, et dès septembre des Français et des Belges des territoires envahis se réfugient aussi à Royan. Très vite de nombreux convois de blessés arrivent du front et les hôpitaux ne suffisent plus. Le grand casino de Foncillon et l'hydrothérapie ferment définitivement et sont transformés, ainsi que les écoles, en hôpitaux temporaires(2). C'est le cas du collège, au milieu des pins, qui est spécialisé pour les combattants musulmans. Un article de l'illustration en 1915 parle de ce "caravansérail où l'on sent l'âme de l'islam", la journaliste Myriam Harry décrit avec imagination la vue depuis la plage près du parc: "au loin Royan est blanche comme une ville sarrasine et la mer immobile dans sa conche resplendit comme un grand croissant de lune dont le phare de Cordouan serait l'étoile"(3)! Royan compte sept hôpitaux, la municipalité de Charles Torchut fait des obsèques solennelles aux blessés qui meurent dans ces hôpitaux et le curé-doyen Guilbaud et les Royannaises de l'union des Femmes de France visitent régulièrement les blessés et soutiennent leur moral. Elles aident les infirmières, qui ne sont pas assez nombreuses, et organisent des souscriptions pour les pauvres et des concerts pour les blessés(4). Malgré la guerre, une certaine activité balnéaire existe car les chemins de fer continuent d'émettre des billets de bains de mer, et même des billets d'hivernage. Le mauvais temps se met de la partie, puisque le 11 novembre 1916 une forte tempête décapite le clocher de l'église Notre-Dame. Pour lutter contre la vie chère à Royan, la municipalité décide que le
218 poisson sera obligatoirement vendu par les marins au marché à la criée. Le maire veut bien aider les indigents, mais il informe les propriétaires de chiens que s'ils conservent leurs amis à quatre pattes, ils ne pourront plus toucher aucun secours(5). La plus grande inquiétude règne à cause des U-Boots, les sous-marins allemands, signalés sur nos côtes dès septembre 1915 quand on éteint les phares. L'année suivante, un sous-marin arraisonne le cotre Marthe-Yvonne du pilote royannais Michaud et, si l'équipage est autorisé à regagner la terre sur leur canot, le voilier est envoyé par le fond. Pour gèner les sous-marins un câble d'acier est alors tendu en travers de la Gironde entre la Pointe de Grave et Pontaillac, et il ne peut être franchi que par une ouverture en chicane baptisée la "passe du barrage"(6). Bien qu'un navire de guerre, l'actif, veille sur le front de mer, un autre sous-marin attaque dans les passes le bateau de pêche rochelais Irma, il tire huit coups de canon de 120, blessant le patron et ses deux matelots et tuant le jeune mousse Le Moyec, puis il s'en va abandonnant l'épave. Le cotre Le René le retrouve et le ramène au port, en remorque, le 29 mars 1917(7). Le petit mousse est cité à l'ordre de la Nation pour avoir fait vaillamment son devoir, et toute la population royannaise, écœurée de cette attaque contre un bateau de pêche sans défense, lui fait des obsèques solennelles(8). L'abbé Paul Travers raconte qu'un vieux douanier, près de la plage du Clapet, faisant son inspection matinale, aperçoit dans la pénombre de l'aurore une demi-douzaine d'hommes déambulant sur la plage, derrière eux à quelques centaines de mètres la silhouette caractéristique d'un U-Boot, d'où ils étaient venus en canot. Stupéfait et peu combattif ce vieux douanier se contente de filer à toutes jambes alerter les autorités; mais quand celles-ci arrivent, le sous-marin est déjà reparti en plongée(9). Dans la forêt de la Coubre d'autres Allemands, prisonniers ceux-là, travaillent au tram forestier utilisé pour le sauvetage des cargaisons des navires naufragés et pour le transport des poteaux de mines(10). Comme les sous-marins croisent toujours au large, le fort a même l'occasion de tirer sur l'un d'eux, toute lumière est proscrite jusqu'à 4 kilomètres de la côte, et une défense anti sous-marine est assurée par des dirigeables, dont les hangars sont à Foncillon, et par des ballons captifs, puis ensuite par des hydravions, l'un d'entre eux se pose d'ailleurs près d'arvert en juillet 1918, en panne de moteur(11). Un grand événement local suit l'arrivée des Américains au Verdon en 1917 car leur gouvernement projette un grand port comme base pour le corps expéditionnaire en Europe, l'ingénieur du port de Chicago jette son dévolu sur Talmont, à la grande fierté de son maire Paul Métadier. Ils commencent les travaux à la fin de 1917 de ce qui doit s'appeler Port- Wilson, ils amènent près de la petite ville endormie de Talmont qui compte à peine plus de cent habitants 1.500 prisonniers allemands et 4.000 militaires américains, dont 1.500 noirs qui, ségrégation oblige, sont logés dans un camp différent et font sauter 100.000 mètres cubes de rochers au Caillaud et à Talmont qui perd son sphinx(12). Les Américains, dont la monnaie est rendue légale dans la région, relient Royan à Talmont par une voie ferrée pour amener du matériel lourd; ils renforcent aussi les moyens de lutte contre les sous-marins à Royan, mais les travaux à Talmont ne sont pas terminés quand, huit jours après l'armistice, tout s'arrête(13). Les restrictions de ravitaillement se font sentir en 1918 et comme l'agriculture manque de bras avec le départ des hommes au front, une conséquence inattendue de la guerre est un
219 début de mécanisation de nos campagnes. Cela amélioration sensiblement le statut des femmes, qui pendant toute la guerre font marcher la maison, les champs et les affaires et qui, une fois la paix revenue, n'ont nulle intention de retourner uniquement à leurs fourneaux. Un regain d'intérêt se manifeste pour le sel et, comme le pays manque d'engrais, pour la récolte du goémon. Autre conséquence inattendue, la Grande Guerre fait revenir dans la forêt de la Coubre des sangliers disparus depuis des siècles. Chassés des Ardennes par les combats, ils ont traversé toute la France en longeant la mer, pour rejoindre les fourrés du Bouffard, où ils vont faire la joie des chasseurs(14). Sans compter les blessés, 359 Royannais sont tombés au champ d'honneur durant la Grande Guerre, laissant de nombreuses veuves et encore plus d'orphelins(15). Les noms de ces soldats, "dont le sang a rougi l'épopée" comme le dit si bien Victor Billaud, sont gravés sur le monument aux Morts, qui pourtant ne fait pas l'unanimité car une campagne est menée pour en empêcher la réalisation dans une station balnéaire vouée aux plaisirs. D'autres, comme le curé-doyen Guilbaud, veulent le mettre à Foncillon à la place de l'indécent cénotaphe Garnier, mais finalement ce monument, œuvre du sculpteur Gaston Leroux, sera inauguré le 1 novembre 1921, à côté du casino place des Acacias, d'où l'on retire les urinoirs qui ne conviennent vraiment plus à la sérénité d'un tel lieu sacré(16). LES ANNÉES FOLLES (1919-1929) Dès la fin des hostilités, Royan reçoit 150.000 estivants par saison(17). Pour oublier les tourments de la guerre, toute la jeunesse s'amuse, danse bruyamment aux sons agressifs du jazz et du charleston, ce sont les "années folles". Le bain n'est plus, comme avant la guerre, une cure thérapeutique ou une simple excuse pour la vie mondaine. La plage est un lieu sportif, on ne barbote plus dans la mer en faisant quelques mouvements, on nage le crawl, on plonge, et cela va nuire à la réputation de Royan car la Gironde n'est pas un endroit idéal pour les nageurs avec ses courants violents et ses eaux boueuses, en effet au milieu des 150 à 200 mille mètres cubes d'eau qu'elle charrie à la seconde il y a de 75 à 100 tonnes d'alluvions(18). Les maillots de bains se simplifient, la couleur vive apparaît et le chapeau de paille est détrôné par le bonnet de caoutchouc, au moment où les élégantes sont séduites par le bronzage, jusques là considéré comme vulgaire. Paul Morand en 1920 cite Royan parmi les grandes stations balnéaires du monde avec une importante vie mondaine(19). La ville compte 25 hôtels dont cinq de première classe, le très baroque Royan-Palace Hôtel, le Grand-Hôtel et du Parc, le Family-Golf Hôtel, et à Pontaillac le Miramar et l'hôtel de l'europe. Les baigneurs fortunés participent aux festivités, jouent de plus en plus gros jeu au casino, où la comédie et le music-hall remplacent, peu à peu, l'opéra et les opérettes, sinon ils vont à la Restauration de Pontaillac, dans les trois cafés avec orchestre en bord de mer, le Régent, le Café des Bains et le Pavillon de Foncillon, ou bien ils jouent au golf à Taupignac, ou encore assistent au concours hippique et aux courses de chevaux sur la plage, sur "l'hippoplagéodrome"(20). Pourtant l'élégance se relâche parmi la foule des baigneurs, le Réveil de Royan s'insurge quand des femmes se permettent d'aller au bal du casino jambes nues, sans bas, et avec des décolletés impudents, tandis que
220 certains de leurs compagnons dansent le fox-trot en espadrilles avec des chemises de sport largement ouvertes(21). Le bas de Royan est définitivement devenu le centre incontesté d'une ville qui dépasse les 10.000 habitants en 1921, son port abrite des bateaux-pilotes à vapeur et même le puissant remorqueur de haute mer Cyclone, un géant de 40 mètres de long. Paul Gros, déjà propriétaire de Mons, rachète Belmont) et Pontaillac, comme le Parc, animés en saison, restent des zones dépeuplées, vides et lugubres en hiver. Après le Parc sur la route de Saint- Georges, la presse signale une véritable zone royannaise, le sinistre Pont-Rouge, lieu présumé d'une ancienne auberge où l'on aurait, selon elle, dévalisé et égorgé des voyageurs dans les temps passés(22). Dans la presqu'île d'arvert, une dune de sable s'allonge au sud de la pointe de la Coubre en protégeant Bonne Anse, les marais salants le long de la Seudre sont en voie de disparition totale, et les huîtres plates de Marennes, décimées par une terrible maladie, sont remplacées par les portugaises qui ont déjà colonisé tous les bancs rocheux de l'estuaire. La crise du phylloxéra a pour conséquence inattendue la reconversion des vignobles malades en fourrages pour bovins, principalement des vaches laitières et l'apparition du beurre industriel charentais, à l'imitation de celui de la Normandie. Mais une imitation de très grande qualité grâce à la réussite des laiteries-coopératives et de leurs méthodes modernes qui privilégient la propreté, si contraire aux vielles habitudes de nos paysans, et la rapidité du travail, le beurre est baratté chaque jour et non plus chaque semaine. Curieusement le mouvement coopératif n'atteint pas Royan dont le lait reste livré à la laiterie privée Loti, ni La Tremblade qui livre à celle d'arvert. Le beurre charentais est d'emblée un grand succès contre le beurre normand, au grand étonnement des Saintongeais, dont le beurre a toujours été médiocre et qui utilisaient traditionnellement du saindoux et de l'huile de noix. C'est pourquoi l'ancien domaine de la Grandière à Didonne, racheté par la puissante famille Firino-Martell durant la Grande Guerre, est transformé en pâturages où sont introduites les vaches hollandaises pies noires. La main-d œuvre spécialisée est assurée par des immigrés vendéens qui aménent un "esprit vendéen", autrement dit un cléricalisme forcené, dans ce vieux fief protestant(23). Louis Lehucher abandonne en 1923 la direction du tramway, après trente ans de bons et loyaux services, et est remplacé par Albert Nougarède qui prend la concession du tramway forestier. Aussitôt il fait réduire la voie de 1 mètre à 60 centimètres pour utiliser les wagons royannais, mais avec des automotrices à essence pour raison de sécurité, ce qui oblige à un transfert à la Grande Côte; cette ligne modifiée est inaugurée le 28 juin 1924 pour le centenaire de la création de la forêt de la Coubre(24). Après la mort subite de Charles Torchut Paul Métadier, millionnaire et homme d'affaires influent, devient maire et propose d'embellir la ville, de la faire connaître et de la gérer comme une grande maison de commerce. Métadier, ancien maire de Talmont, a tenté après la guerre de reprendre l'idée des Américains d'en faire l'avant-port de Bordeaux. Peine perdue, il s'est heurté au véto de la Chambre de Commerce de Bordeaux qui a exigé son avant-port dans son propre département au Verdon, ce qui sera un échec économique. En 1923, une baleine de 20 mètres de long, blessée, est ramenée mourante et déposée par les marins sur la Grande Conche, où ils ont l'idée de l'entourer d'une clôture de toile afin de faire payer deux francs pour le spectacle. La foule afflue jusqu'au moment où le maire doit
221 intervient devant les plaintes des riverains, à cause de l'odeur de plus en plus nauséabonde de la baleine. Tirée sans cérémonie par le bateau ravitailleur de phares, elle finit emportée vers une destination inconnue par les courants du large après avoir été la principale attraction de la saison pour les 200.000 estivants de la saison(25). Une violente tempête se déchaîne dans la nuit du 8 au 9 janvier 1924 quand le baromètre tombe à 736 millimètres. Elle dure de deux à six heures du matin et prend, vers les quatre heures, la forme très rare d'un véritable raz de marée quand la mer se soulève brusquement de cinq mètres environ. Cinq bateaux s'échouent sur la plage et des dégâts considérables sont constatés sur toute la côte, en particulier boulevard Frédéric Garnier, qui est raviné, et aux chantiers maritimes de Foncillon, de plus toutes les caves du bas Royan sont inondées. Mais heureusement il n'y a aucune victime à déplorer et si Saint-Palais est envahi par les eaux, la digue du Bréjat a résisté(26). Métadier fait disparaître les arbres de la Place du Centre et comme Foncillon, déjà déparée par les chantiers navals et par le terrain vague de l'ancien hangar à saucisses, est peu attirante à cause du délabrement fâcheux, chaque jour plus accusé, du grand casino sur la façade qui fait tache dans l'aspect général de la station, il veut faire racheter par la ville les deux casinos de Foncillon, mais la Société Anonyme des Casinos de Royan les vend à Elie Volterra pour en faire un hôtel de luxe dans un délai de quatre ans(27). Les passions se déchaînent, le Réveil de Royan attaque Métadier avec férocité, l'accuse de voir trop grand en période de crise et le traite d'autocrate et de dictateur soutenu par les francs-maçons, ce qui n'empêche pas Métadier d'être réélu maire en 1925(28). Les saisons restent excellentes, en 1926 Gaston Ravel tourne le film "le Roman d'un jeune homme pauvre" à Royan et Guitry vient en vacances avec Yvonne Printemps dans la villa "La Rose Rouge", boulevard Frédéric Garnier. Ils reviennent plusieurs fois à Royan où ils rencontrent leur ami le photographe Jacques-Henry Lartigue et résident toujours sur le boulevard Frédéric Garnier, mais alors à la villa "Aigue Marine"(29). L'église retrouve son clocher mais la querelle des casinos de Foncillon continue, lors de l'enquête d'utilité publique 10 Royannais sont pour leur rachat par la ville et 832, soutenus par Victor Billaud, sont contre. Cela ne gêne nullement Métadier pour qui "Royan, c'est moi", il passe en décembre 1927 un accord privé avec Volterra, qui n'a pu construire son palace hôtelier, rachète Foncillon pour un million de francs puis fait, ensuite seulement, entériner l'accord par son conseil municipal. Malgré une forte augmentation de 120 % des impôts locaux et un procès intenté à la ville par Louis Maillard le directeur du casino municipal, l'ancien petit casino de Foncillon est transformé(26) en hôtel de ville, et le grand en musée et en salle des fêtes. Cette solution à l'avantage de sauvegarder les magnifiques jardins de Foncillon et de permettre l'étude d'un nouveau marché au centre de la ville à la place de l'ancien hôtel de ville(30). Si les saisons restent bonnes, les estivants, dès 1927, dépensent moins et sont de plus en plus près de leurs sous, aussi les ressources du casino sont en baisse et il est difficile de louer les très belles villas. Malgré les violentes attaquent de la presse locale, Métadier est triomphalement réélu en 1929 contre la liste "des gens qui faisaient au Conseil les affaires du Casino", et il crée son propre journal, le Phare de Royan, dont l'en-tête montre une jolie vue aérienne de la ville(31). Le boulevard Clémenceau est ouvert de la gare à Saint-Pierre,
222 l'océanic construit à Vallières, et Volterra inaugure une boîte de nuit, la Réserve, dans une partie de l'ancien casino de Foncillon, par contre celui de la Grande Côte brûle à la fin août et le krach boursier d'octobre 1929 signifie la fin des années folles et le début de la crise économique(32). LE DÉBUT DE LA CRISE DES ANNÉES TRENTE (1930-1935) Le sympathique petit tramway connaît, en juillet 1930, son plus grave accident avec un déraillement aux Deffès qui fait, malgré sa vitesse très réduite, une quarantaine de blessés légers. Bien que la guerre entre le casino et la municipalité se termine d'un seul coup par la démission de Maillard de la direction du casino, Métadier doit céder la mairie à la fin de l'année à son adjoint Jules Lehucher, l'ancien directeur du tramway, par suite de dissentions au sein du conseil municipal sur une vague affaire de subventions des courses de chevaux et du tir au pigeon. Lehucher continue le développement de Royan, malgré la crise de plus en plus grave qui force les baigneurs à réduire leurs dépenses, on parle d'une clientèle "déclassée", aussi la municipalité pour attirer cette nouvelle clientèle familiale, envisage d'axer sa publicité sur le climat réconfortant de Royan et non plus sur ses distractions mondaines. Les baigneurs sont toujours aussi nombreux et pour la saison 1931, le casino, dont Emile Cousinet prend la direction, a de nouveaux jardins avec une fontaine lumineuse inspirée de l'exposition coloniale. A Pontaillac, la Restauration est remplacée par un nouvel établissement, le Sporting, dont la direction est confiée à Rosemberg directeur de l'athénée à Paris. A la Grande Conche deux établissements de bains art déco, le Lido et le Mirado, sont construits en ciment armé, ils ne font pas l'unanimité et un journaliste remarque qu'on ne doit pas être exigeant en matière d'esthétique quand on "a un gazomètre comme le nôtre"(33). Le Phare de Métadier, très critique, les compare à deux forteresses, il se plaint aussi de la laideur des façades sur le boulevard Aristide-Briand, tracé le long du nouveau marché sur l'emplacement de l'ancien couvent des Récollets, et de l'état déplorable de Foncillon où l'hydrothérapie est démolie et bien que les chantiers navals soient enlevés. Il ridiculise le maire Lehucher qui, au milieu de toutes ces difficultés, part en guerre contre les décolletés indécents(34). Le journal "Royan" signale pour sa part que Miss Europe rebaptise la Côte d'argent, sigle déjà utilisé par la région basquaise, en "Côte de Beauté", mais que la crise s'intensifie et, si Royan ne compte que 25 chômeurs, les hôtels, comme les villas, sont forcés de baisser leurs prix. Comme l'ancien fronton de pelote basque au Parc tombe en ruines, un nouveau le remplace, tandis que le marché reçoit une toiture un peu orientale. Le casino dirigé par Cousinet jouit d'une certaine prospérité au milieu du marasme général(35). La civilisation industrielle avec ses puissants moyens permet de modifier la nature et, de 1930 à 1932, d'énormes masses de sable sont draguées dans le Grand Banc de la Gironde afin d'ouvrir la Grande Passe de l'ouest qui se maintiendra de nombreuses années sans aucun entretien(36). Un voyageur inattendu arrive en juillet 1933, le chef soviétique Léon Trotsky le proscrit le plus célèbre du monde. Il a obtenu un visa à condition de garder un total anonymat, pourtant
223 dès son arrivée, à la villa "Les Embruns" à Saint-Palais, un incendie le force à se réfugier dans une voiture en jouant au touriste américain. Accompagné de sa femme, il reste à Saint- Palais deux mois, ne sortant jamais, protégé par deux bergers allemands et trois gardes du corps. André Malraux qui lui rend une courte et secrète visite de nuit est impressionné par la grande intelligence de cet homme à la chevelure blanche, "cet éblouissant fantôme à lunettes", qui se sert d'un revolver comme presse-papier sur son bureau(37). Le Phare, sans tenir le moindre compte de la crise, attaque la municipalité sortante sur l'état lamentable de la ville, sur l'état de ses finances malgré un doublement des impôts locaux en quatre ans et sur sa mauvaise gestion car la ville a été obligée de reprendre le Sporting, mal géré et tombé en faillite. Après une campagne électorale très dure durant laquelle le Phare traite Lehucher de "brave homme incompétent", Métadier reprend la mairie en 1935 et baisse immédiatement toutes les subventions. La situation hôtelière devient angoissante car les baigneurs mondains se font rares. Une clientèle plus nombreuse, et plus populaire, passe moins de temps, huit à quinze jours souvent, à Royan qui se transforme en une immense kermesse estivale(38). Rien que le seul réseau ferroviaire vend 8.316 billets du dimanche pour Royan, et des dizaines de milliers d'autres estivants viennent en autos ou par les cars, d'où des embouteillages monstres au centre de la ville. Ceci amène sur nos plages une affluence énorme du samedi au lundi, très appréciée des commerçants, des restaurants et de certains hôteliers, mais qui ne laisse rien aux loueurs en meublés, tandis que de nombreuses colonies de vacances, et des camps de scouts sont créés autour de Royan et dans la presqu'île d'arvert(39). MÉTADIER AMÉLIORE LA STATION AU MILIEU DES BRUITS DE BOTTES DE L'AVANT- GUERRE (1935-1939) Malgré tout, Métadier se lance dans une série ininterrompue d'améliorations, il inaugure un bac transporteur pour la pointe de Grave créé par le Conseil Général, le "Cordouan" de 650 tonneaux, 45 mètres de long et 12 de large, qui va permettre aux voitures d'aller du Médoc en Saintonge, sans faire le long détour par Bordeaux, puis une gare routière très moderne pour les cars sur l'emplacement du champ de foire. Il passe un accord avec Caudron pour une école de 600 élèves mécaniciens de l'air dans la caserne Champlain, ouvre l'aéroport de Médis, dote les promenades d'un éclairage moderne, crée un musée au casino de Foncillon, loue la maison Amiot, inutilisée depuis des années, aux mutuelles des P.T.T, lance l'idée d'une station climatique pour Français d'outremer, améliore le port où les baraques vétustes sont enlevées, élargit l'avenue de Pontaillac qui perd ses arbres, ce qui attriste de nombreux Royannais, et déclare la guerre aux moustiques, ce fléau royannais, mais là il échoue car la police ne peut intervenir dans les propriétés privées(40). Métadier préconise les couleurs de Royan, jaune orange ou ocre, comme le sable et les tuiles saintongeaises, et vert léger, comme les frondaisons, et égaye la ville avec des fanions vert et ocre, des bancs verts et un gravier ocre répandu à profusion sur le sol, pas toujours apprécié par les très nombreux baigneurs qui portent des chaussures blanches. Il invite les propriétaires à utiliser ces couleurs "pour éviter ces façades tristes et mornes, où les gris ternes le disputent aux jaunes délavés et aux beiges sales", les Royannais suivent et le nouvel hôtel Bellevue, qui remplace
224 l'hydrothérapie, les adopte(41). Pendant l'hiver, deux autobus Delahaye remplacent le petit tram qui est mal supporté à l'époque des frimas avec ses rideaux pour seule protection(42). Au moment où les zeppelins en route vers l'amérique survolent Royan, l'inquiétude grandit au moment du Front Populaire en 1936 quand le Parti Social Français et les Ligues dénoncent le péril rouge dans les réunions locales(43). L'arrivée des "congés payés" n'est pas du goût de tout le monde car ces nouveaux venus osent partager la vie d'une riche clientèle traditionnelle qui s'en effarouche et estime que ces estivants populaires salissent et envahissent son territoire. La saison de 1937 reste pourtant excellente avec 350.000 estivants, le 14 juillet la loterie nationale est tirée au palais de Foncillon, et la semaine suivante le tour de France s'arrête boulevard Frédéric Garnier, devant plus de spectateurs. On joue à cette occasion une marche de René Mercier, appelée Royana, à la gloire de ce "paradis" où l'on trouve santé et gaieté et dont le refrain commence par un enthousiaste "Royan, c'est le bijou de l'océan"(44). Bien que le tram atteigne alors son apogée avec le chiffre record de 75.000 voyageurs en trois jours fériés, l'un de ses actionnaires, Sapin, crée une ligne d'autocar pour le concurrencer, sans succès, avec le soutien de la préfecture mais cette modernisation n'est pas du goût des Royannais, et encore moins des estivants qui aiment tant leur petit tram; pourant il faut admettre que le chemin de fer est de moins en moins à la mode car la ligne Saujon-La Tremblade est fermée aux voyageurs(45). Quand les bruits de bottes résonnent en Europe en 1938, Royan connait, comme tout le monde, ses problèmes de frontières contestées, car le maire de Vaux empiète sur Pontaillac. Fort d'un arrêté préfectoral en sa faveur, il installe des forains sur la plage et prélève une partie des recettes du Sporting. Situation inadmissible pour la municipalité de Royan qui décide de la résoudre, sans employer tout de même la force brutale, en faisant appel au Conseil d'etat qui lui donne raison le 17 juin 1938, ce qui permet à la ville de reprendre pacifiquement son bien(46). Le Journal de Royan mentionne que certains Royannais s'inquiètent, non sans raison, du maintien du fort du Chay en état d'armement ce qui "menace la ville d'une destruction complète en cas d'hostilités", d autres s'amusent au procès des jeunes voleurs royannais du phoque du casino, tous relaxés le vol étant considéré comme une simple farce. Ce même journal s'étonne devant les drapeaux rouges qui décorent Foncillon, transformé en Palais des Congrès, pour la S.F.I.O. de Léon Blum en juin, puis réagit violemment à cette "rougeole", critique la "somptueuse Delage" de Léon Blum et estime que cela va "faire rouge sur fond de gueules"(47). Par contre, le Phare de Royan apprécie que ces révolutionnaires puissent ainsi venir, sans aucun risque, au milieu de notre paisible population et de ses habituels visiteurs. D'ailleurs la saison est un énorme succès avec l'aide des congés payés, le tour de France attire la foule et l'inauguration de la nouvelle poste, très moderne, est l'occasion d'une fête grandiose, au son de la Marseillaise et du God save the King(48). Cette place de la poste donne une magnifique entrée pour la ville surtout quand la carte monumentale est peinte sur l'arrière du casino. Paul Métadier, toujours dynamique, demande au cabinet d'urbanisme parisien Danger, une enquête pour l'aménagement et l'extension de la ville qui n'attire plus les foules "un peu interlopes et somptuaires". Selon ce rapport, très complet, la population augmente de 120
225 habitants par an, malgré une mortalité supérieure à la moyenne due au grand nombre de résidents âgés car le nombre des plus de 50 à 60 ans est égal à celui des jeunes. Le nombre des maisons augmente d'une centaine par an et les estivants sont estimés à 300.000 en 1935 et 350.000 en 1938. Ils logent dans les 2.400 chambres des 31 hôtels et des 24 pensions de famille. Le cabinet Danger estime que Royan, dont l'activité économique est basée sur la pêche et le tourisme, doit en grande partie son succès à l'importance de ses espaces verts, rares en bord de mer, et à son climat agréable et tempéré pourtant gêné par les marais de l'arrière pays qu'il faudrait assécher. Il propose un plan ambitieux d'extension urbaine de 120 hectares; l'amélioration des égouts, notoirement insuffisants lors des grandes tempêtes, comme celle de février 1937 qui fait une brèche dans le parapet de la Grande Conche et inonde le bas de la ville avec 1m à 1m60 d'eau dans les sous-sols; la création de réserves boisées, d'une piscine et d'espaces sportifs, mais tout cela est subordonné aux possibilités financières limitées de la municipalité(49). Métadier fait également faire des études océanographiques pour éviter la disparition du sable qui se retire de plus en plus du centre de la Grande Conche, ce qui est dû tout simplement à la construction du mur de soutènement du boulevard Frédéric Garnier trop près du niveau des pleines mers et sur lequel les vagues se brisent puis entrainent le sable ensuite en se retirant(50). Le maire de Royan est à l'origine du premier changement de nom d'un département depuis la Révolution, et le timbre de la ville est le premier a avoir porté ce nouveau nom. Depuis quinze ans déjà, Paul Métadier désire obtenir le changement du nom Charente- Inférieure, pour des raisons touristiques et économiques. Le Conseil d'etat en 1925 estime que les noms des départements ne doivent être modifiés que pour de graves motifs et la modification proposée ne se justifie pas car l'infériorité de la Charente n'a jamais nui au pays. Les autorités locales, bienveillantes en principe, ne font rien pour faire avancer l'affaire noyée dans l'inertie administrative. Exaspéré, Métadier tente alors un véritable coup de force administratif en publiant, le 4 février 1939, un article virulent dans le Phare où il propose pour en finir, à tous les maires du département de faire comme lui, c'est-à-dire de réformer le timbre de la commune en service et d'en faire un autre en remplaçant les mots Charente- Inférieure par Charente-Maritime. Une grande sympathie se manifeste dans la presse pour cette petite révolution et Métadier n'est pas révoqué, bien mieux, la Chambre des Députés vote sans débat le 24 juin la loi créant la Charente-Maritime, mais le Sénat n'a pas le temps d'en faire autant avant la guerre. Après ces démêlés administratifs, Métadier s'attaque au collège mixte du Parc, engorgé avec 357 éléves dont 60 filles, il propose son extension et la ville achète la villa des Palmiers, véritable petit château sur l'avenue de Pontaillac, pour en faire un collège de jeunes filles. Puis, à cause des menaces de guerre en juillet 1939, un grand drapeau tricolore est fixé à la pointe de Foncillon, éclairé la nuit par un puissant projecteur, au moment où le tour de France passe de nouveau à Royan. Couzinet, l'actif directeur du casino municipal, ouvre des studios de cinéma qui tournent quelques petits films commerciaux où de nombreux Royannais font de la figuration(51). L'avenue de Pontaillac, sans arbres, est vilipendée comme autostrade par le Journal de Royan, mais illuminée de tous ses nouveaux becs électriques le 14 juillet au soir, elle est alors qualifiée, par ce même journal de "Champs-Elysées de province"(52). Malgré ces améliorations, Jean Rataud dans son livre sur Royan n'hésite pas à dire que
226 "la ville proprement dite ne présente pas un grand intérêt. Ses rues, ses magasins, ses monuments restent dans une agréable médiocrité, il n'y a guère de belles perspectives, de jolies percées, en dehors ds boulevards qui suivent la côte. Même les noms des rues sont ceux de n'importe quelle sous-préfecture de France" et tous les styles s'y rencontrent, mais c'est le basque qui est en vogue(53). Les nouvelles villas, à cause de la crise, sont plus petites que les anciennes, moins prétentieuses, certaines sont en brique avec un crépi, et souvent construites sans l'aide d'un architecte. On assiste, à la veille de la guerre, à un renouveau du patois qui gagne ses lettres de noblesse avec les tournées d'evariste Poitevin, dit Goulebenéze, le barde saintongeais, qui connaissent un succès flatteur avec ses interprétations patoisantes de nombreuses chansons, saynètes et oeuvres diverses dont la maintenant classique Mérine à Nastasie(54). Métadier se flatte de ses quatre années de mairie durant lesquelles Royan a été embelli sans impôts nouveaux, car "nos dépenses n'ont pas participé au flot montant qui submerge le budget de l'etat et la plupart des budgets communaux". Il s'en prend d'ailleurs à l'etat, qui sans rien faire sinon se déclarer propriétaire, rafle plus des deux tiers des recettes de la station. En 1939, Royan compte 10.500 immeubles, dont 500 à Pontaillac, et sa population est de 12.192 habitants. Avec sa clientèle familiale elle passe l'été à 60.000 habitants, tandis que le nombre total des baigneurs atteint 500.000 pour les trois mois d'été(55). Le Phare signale que le 15 août, plus de 100.000 d'entre eux assistent au magnifique feu d'artifice sur la Grande Conche que Métadier offre chaque année, à ses frais, pour couronner la saison(56). LA DRÔLE DE GUERRE (1939-1940). Le 3 septembre 1939 à 17 heures le tocsin sonne le début de la seconde Guerre Mondiale. Royan reprend son visage de guerre avec le départ des hommes pour le front, des essais de sirènes chaque jeudi à midi et des mesures de défense passive anti-aérienne fort contraignantes. La population est impressionnée par la suppression de tout éclairage nocturne, les édifices publics camouflent leurs baies vitrées sous un badigeon bleu, les enseignes lumineuses disparaissent et les phares des voitures ne laissent plus passer qu'une mince fente de lumière qui permet, tout juste, de voir un peu devant soi la nuit. Enfin des papiers en croix sont collés sur les vitres pour les protéger en cas de bombardement(57). Pendant que les opérations militaires s'enlisent pour de longs mois dans le calme trompeur de la drôle de guerre, les réfugiés affluent dans le département, et ceux de Metz et de Bitche, évacués préventivement par les autorités, sont affectés à Royan. Cela provoque la fureur de Métadier qui, au nom de la défense de la qualité de la vie royannaise en oublie complètement son devoir de solidarité. Il n'admet pas les fantaisies de la préfecture qui prétend "parmi les évacués lorrains de langue allemande, nous réserver les éléments ingrats refoulés par La Rochelle et les installer dans des conditions désastreuses pour notre appareil hôtelier"(58). Comme ils parlent un dialecte germanique, ils sont souvent mal acceptés par la population au moment où la peur d'une cinquième colonne d'espions allemands se manifeste ouvertement. Dans sa lettre du 29 septembre au préfet Métadier exige une réponse "afin de montrer à ces gens-là que nous ne pouvons rien faire de plus que ce que nous faisons", la
227 réponse, brutale et logique, exige du maire de Royan "de mettre assez de bonne volonté à recevoir nos compatriotes". Sur les 13.235 affectés au département, Royan garde ses 2.898 réfugiés mosellans et les autres localités de la presqu'île d'arvert en reçoivent 1.548 en tout(59). A Royan, les hôtels et le casino municipal sont réquisitionnés puis Métadier quitte la mairie en octobre, officiellement "pour raisons de santé", et est remplacé d'office par Vaucheret pour "la durée des hostilités"(60). Un certain nombre d'écoles sont repliées du Nord et la ville, pour recevoir ces 4.300 élèves, crée 20 classes primaires supplémentaires, dans le château de Mons et divers hôtels(61). La majorité des 30.000 Parisiens venus se mettre d'eux-mêmes à l'abri en Charente-Maritime se réfugient à Royan et en Arvert, ainsi que de nombreux étrangers qui sont, en général, immédiatement refoulés(62). Parmi les réfugiés, le plus célèbre est Pablo Picasso, arrivé de Paris, où il craint d'être bombardé, dans sa grosse Hispano dès le 2 septembre, avec son secrétaire Jaime Sabartès, son amie Dora Maar et son lévrier afghan Kasbeck. Après avoir fait les démarches nécessaires il obtient la permission de rester à Royan, en principe interdite aux étrangers comme "ville-frontière" et loge à l'hôtel du Tigre. Il est venu à Royan pour rejoindre une autre amie Marie-Thérèse Walter et sa fille Maya, qui habitent la villa Gerbier des Joncs, aussi va-til partager son temps entre ses deux maîtresses. Selon l'historien d'art Pierre Cabanne, Picasso apprécie cette "ville-plage faite pour les vacances, l'insouciance, le bonheur", le "fabuleux décor de théâtre" de cette "ville anachronique" qui lui donne "la curieuse impression de vivre dans un autre monde. La Belle Epoque y avait laissé, face à la mer, des villas tarabiscotées à souhait, modern style, byzantines, médiévales, ou réunissant plusieurs styles à la fois. Le gothique et le normand qui était également un peu basque faisaient bon ménage à l'ombre des pins". Il apprécie aussi le café Régent et le marché qu'il nomme "l'exposition", par contre "la pinède avait l'air d'une ville morte, fleurie, pour ses propres obsèques, d'énormes massifs d'hortensias"(63). Dès les premiers jours de 1940, Picasso loue un large atelier à la villa Les Voiliers, l'ancien hôtel Palace ou Bristol, vendu en 1937(64). Picasso travaille beaucoup, comme à son habitude, il fait des croquis en tous genres sur ses carnets, peint des natures mortes comme les têtes de moutons écorchées qu'il achète pour nourrir Kasbek, ou les Soles, l'araignée de mer et les Anguilles de mer, inspirées par le marché, le Boueur qu'il voit de sa fenêtre en train de vider les ordures dans sa charrette et surtout l'atroce et monstrueuse Femme nue se coiffant, "l'une des toiles capitales de cette période" selon Cabanne qui y voit une baigneuse "au corps rebutant" assise au bord de la mer(65). Pendant l'hiver, les œuvres d'entraide aux soldats se développent et les femmes leur tricotent des vêtements chauds. La ville connait une grande animation à cause des nombreux hivernants, et les premières restrictions alimentaires font leur apparition avec trois jours sans viande par semaine, puis avec les premiers tickets d'alimentation en mars 1940(66). L'EXODE DE MAI ET JUIN 1940. Le 1O mai 1940, la drôle de guerre fait place à la Blitzkrieg. Comme le résume férocement Henri Amouroux, c'est après "neuf mois de belote, six semaines de course à pied"(67). Le front se disloque immédiatement et les populations civiles s'enfuient. Un exode hiérarchisé
228 commence, en mai ce sont les magnifiques voitures américaines des riches Belges, parmi lesquels de nombreux diamantaires, puis les voitures officielles du comité des Forges, du IV bureau militaire, du ministère des Travaux Publics, de la Préfecture de la Seine, des écoles d'aviation d'orly et de Villacoublay et des hôpitaux du Nord(68). Les civils français prennent la suite avec des voitures de plus en plus petites et vieilles bourrées de matelas, et dont certaines portent les traces des attaques aériennes, un appel est d'ailleurs fait auprès des Royannais en faveur des réfugiés mitraillés en route. Des milliers de réfugiés belges à Royan manifestent au Monument aux Morts en "cérémonie d'expiation" le 29 mai, après la capitulation du roi, ce déshonneur qui touche leur patrie(69). C'est aussitôt la débâcle, un raz-de-marée de fuyards charriés pêle-mêle par tous les moyens de transport possibles, voire à pied comme beaucoup de soldats en débandade, certains arrivent de la frontière de l'est ayant abandonné en route armes et bagages, et qui sont dans un état pitoyable, physiquement et moralement. Au milieu des civils de toute conditions, se trouvent des officiers de tous grades et de toutes armes ayant abandonné leurs unités pour fuir plus vite, et des médecins ayant abandonné leurs malades(70). Le logement et le ravitaillement de tous ces réfugiés, civils et militaires, est difficile, les localités croulent sous le poids de ces estivants inattendus comme le roi Zog I d'albanie réfugié à Talmont pour quelques jours et dont la suite fait sensation avec ses pistolets nickelés(71). Les services publics royannais fonctionnent normalement et le ravitaillement est assuré bien que très difficile, il n'y a aucune pénurie, mais des queues se forment devant les épiceries et les boulangeries et les prix montent, les pêches se vendent 15 à 16fr le kilo alors qu'elles retomberont un mois plus tard à un ou deux francs, les tomates partent à 7fr pour retomber à Ofr30, les pommes de terre coûtent 4fr le kilo et les laitues 2 à 3fr pièce, alors que les réfugiés touchent une allocation de 10 francs par jour et par personne(72). Le 16 juin, les groupes de chasse se replient au sud de la Loire, deux d'entre eux se retrouvent à Médis où ils sont gênés par le manque d'essence(73). Alors que le Journal de Royan écrit: "Patience et espoir! Tout n'est pas perdu", le maréchal Pétain prend la direction du gouvernement réfugié à Bordeaux et déclare à la radio le 17 juin à midi qu'il fait don de sa personne à la France et qu'il s'est adressé aux Allemands afin de cesser le combat, ce qui crée une grave crise morale mais correspond aux vœux des Français qui veulent le paix(74). Aussitôt cinq officiers de l'armée de l'air quittent Médis pour gagner l'angleterre étant les premiers à rejoindre le général de Gaulle, parti de Bordeaux quelques heures auparavant, avant même son appel historique que bien peu ont entendu dès sa première diffusion(75). Les villes de plus de 20.000 habitants sont déclarées villes ouvertes, c'est le cas de Royan qui, avec les réfugiés que le maire n'oublie pas de prendre en compte, dépasse 60.000 habitants dont 19.000 étrangers(76). Le 20 juin, nos chasseurs interviennent activement audessus de la Gironde où un important rassemblement de bateaux est bombardé par 8 Dorniers Do17, dont un est abattu vers Saint-Augustin, puis 12 bombardiers ennemis survolent Royan, l'un d'eux est abattu vers le Chay de Saujon(77). Le lendemain nos chasseurs interviennent encore en Gironde quand, vers midi, le bac transporte 27 parlementaires au Verdon, les derniers à embarquer sur le fameux Massilia qui appareille aussitôt(78). Le 22 juin l'armistice est signé avec les Allemands, mais les opérations militaires
229 continuent dans l'attente de la signature d'un armistice avec les Italiens et durant les pourparlers, Hitler annonce au gouvernement français que Bordeaux restera en dehors de la zone des hostilités. Nul ne sait précisément où sont les troupes allemandes et Royan, survolée à basse altitude par leurs bombardiers en maraude, connaît toujours un indescriptible encombrement routier car l'exode continue. CHAPITRE XIV L'OCCUPATION ALLEMANDE ET LA DESTRUCTION DE ROYAN. L'INVASION DU 23 JUIN 1940 ET LES PREMIERS JOURS DE L'OCCUPATION. Alors qu'il est encore question de combats sur la Loire, le bruit se répand brusquement que les Allemands arrivent au début de la matinée du dimanche 23 juin 1940, pendant qu'un de leurs bombardiers en maraude survole la ville à basse altitude. Les premiers éclaireurs habillés de noir des Panzerdivisions arrivent à la mairie en fin de matinée, mais ils en repartent peu après et le bruit court qu'ils ne vont pas occuper ce "cul de sac" sans intérêt militaire. Pourtant après avoir pris le camp d'aviation de Médis vers 17 heures, alors qu'une attaque aérienne est en cours sur la Gironde, une imposante colonne de plusieurs centaines d'hommes entre dans Royan(1). Il s'agit de la 2 division d'infanterie motorisée du 15 Panzerkorps du général Hoth, fer de lance de la 4 armée allemande(2). Les véhicules, survolés par un avion d'observation, sont couverts de poussière, certains arborent sur leur capot le drapeau à croix gammée, d'autres des mitrailleuses. Les troupes, en uniforme vert feldgrau, stoppent avenue de Pontaillac et boulevard Thiers, sans aucun incident avec les milliers de soldats français désarmés car Royan est ville ouverte. La caserne Champlain et de nombreux hôtels, dont le Golf à Pontaillac, sont réquisitionnés pour les loger, l'occupation commence, elle va durer cinq ans. Immédiatement les ouvrages fortifiés de la côte, comme le fort, sont renforcés par les occupants qui installent des batteries de campagne entre Suzac et la Coubre. Conformément aux accords, l'armée allemande n'était pas supposée foncer vers Bordeaux, cela explique peut-être pourquoi les archives militaires allemandes indiquent curieusement que la 2 division motorisée du XV corps blindé n'est pas encore signalée à Royan le 25 à 1h35 au moment de l'armistice, alors qu'elle y est entrée depuis deux jours(3). Pourtant, le lendemain 24 juin trois affiches sont placardées sur les murs de Royan. Un "Appel à la population royannaise" de Vaucheret déclarant "Dans les circonstances actuelles, j'invite la population de Royan, ville ouverte, à observer la correction la plus absolue dans l'intérêt général. Chacun doit rester à sa place et poursuivre ses occupations habituelles. Je demande à mes administrés d'accomplir leur devoir avec calme et dignité". Une affiche du préfet demande à la population discipline et obéissance. Enfin un "Avis du commandant des troupes allemandes de Royan" impose l'heure allemande, en avance d'une heure, oblige les militaires français à rester dans leurs cantonnements, sauf de 18 à 21 heures, ordonne un couvre-feu de 22 heures à 6 heures du matin, interdit tout éclairage nocturne et fixe le taux de change du reichmark à 20 francs. Cet avis précise que toute contravention à ces mesures
230 sera punie sévèrement par les autorités allemandes(4). Ce même jour, un avion de chasse de l'aéronavale piloté par le second-maître Pivet est abattu par la défense aérienne allemande et son pilote est tué en s'écrasant dans les fossés du fort; sa tombe, entourée de pierres par les occupants, sera longtemps fleurie par les Royannais jusqu'à ce que l'accès aux fossés du fort leur soit interdit(5). Le 25 juin au matin, le cargo L'Amiénois se saborde au large de Talmont et de son épave, qui va servir de cible aux artilleurs allemands. s'échappent de nombreux fûts de rhum et de porto dont quelques personnes profitent sans complexe(6). Malgré l'armistice en vigueur depuis minuit 35, les avisos La Boudeuse, La Gracieuse, La Luronne et le torpilleur Lansquenet forcent les passes et quelques obus sur Royan ne font guère de dégâts et, malgré les tirs ennemis, ils réussissent à sortir de la Gironde. Ensuite, le calme revient avec les baigneurs scandalisés, mais muets, devant le comportement inattendu de la soldatesque allemande euphorique qui se baigne nue sur les plages(7). Royan, comme toute la Charente-Inférieure, est en zone occupée. Les troupes françaises disparaissent peu à peu vers les camps de prisonniers en Allemagne. De leur côté les troupes allemandes défilent dans Royan pour fêter leur victoire et les Royannais les regardent avec étonnement, ce qui leur vaut ces remarques du Journal de Royan: "Soyez corrects. Français et Françaises ayez le sentiment de votre dignité. N'assistez pas en curieux au défilé des troupes sur votre sol. Abstenez vous de manifester. Soyez corrects, fermez vos fenêtres. La France est en deuil". Peu après, le même journal fait le point sur la situation: "L'occupation allemande n'a rien bouleversé de nos habitudes. Chacun va à son travail ou à sa flânerie en toute quiétude et circule librement en tous lieux. Les magasins sont ouverts, les soldats allemands achètent et payent, voire même en monnaie française. Les cinémas ont repris leur activité. Deux restrictions seulement, les lumières voilées et le couvre-feu à 23 heures. Ajoutons, et cela a son prix, que les troupes allemandes sont d'une correction parfaite en toute occasion. Un point c'est tout"(8). LES PREMIÈRES ANNÉES PȂLES ET MAIGRES DE L'OCCUPATION (1940-1942). La base de l'administration militaire allemande est la Kommandantur, une Feldkommandantur au chef-lieu de département à La Rochelle; une Kreiskommandantur dans les sous-préfectures, comme à Rochefort; enfin une Standortkommandantur dans les villes principale comme Royan où elle est située à Beau-Rivage sur la façade de Foncillon. Les occupants exercent la réalité du pouvoir en accord avec les services publics français et Rémy Houssin, qui parle allemand, est chargé des relations avec eux. La Dépêche signale que "tout se vend car les occupants achètent", ce qui leur est facile avec un mark scandaleusement surévalué, et accuse en juillet les "tristes commères de Royan" de provoquer "paniquite" et angoisse, d'où la prise d'assaut des boutiques, aussi elle lance un appel au calme et demande avec un optimisme qui ne va pas durer: "Manquez-vous de quelque chose?". Les occupants ordonnent aux personnes du sexe féminin qui fréquentent les soldats allemands de se présenter au dispensaire médical car la collaboration horizontale doit être hygiénique, et aux Royannais de rendre toutes les armes. Pour se faire bien voir, les Allemands donnent un concert public le 14 juillet et réduisent le couvre-feu(9).
231 Une Garde Civile est créée comme police supplétive et, en août 10.000 réfugiés quittent Royan par trains spéciaux quand certaines de leurs affiches sont lacérées et surchargées d'inscriptions(10). Le Golf-Hôtel de Pontaillac est le siège du commandement de la marine pour la Gascogne qui couvre les côtes de la Seudre à la Bidassoa et est dirigé par l'amiral von de la Ferrière, descendant d'émigrés huguenots. C'est là que, dans la nuit du 13 au 14 août à 2 heures du matin, une sentinelle allemande, Heinrich Conrad, est assassinée d'un coup de feu tiré par un inconnu. Aussitôt, dix otages pris parmi les membres du conseil municipal sont incarcérés à La Rochelle. Le coupable n'est pas retrouvé malgré une offre de 20.000 francs par le maire et 25.000 par la police. La Dépêche de Royan parle d'un "lâche attentat qui provoque l'indignation car chacun n'a pu que se louer de la parfaite correction des autorités et des soldats de l'armée occupante envers tous les civils". Le lendemain, dans un Royan vidé par l'inquiétude malgré un concert public allemand, des obsèques en grande pompe sont faites à la sentinelle. Pablo Picasso, déjà en butte à la méfiance des édiles xénophobes de la mairie, peint alors son plus célèbre tableau à Royan "Le café des Bains". Le soir, une balle est tirée dans l'appartement situé au-dessous du sien aux Voiliers. Après enquête, cette balle parait avoir été tirée par erreur d'un avion de chasse allemand, mais cette affaire attire l'attention de la police et des occupants sur la condition d'étranger de Picasso qui doit quitter Royan le 24 août. Quant à l'affaire du Golf, elle se calme sans que l'on sache pourquoi, mais il semble que la sentinelle se soit suicidée. Les otages sont simplement échangés contre un militant communiste, qui y laissera sa vie, puis la ville est frappée d'une amende de 3 millions et l'accès des plages est interdit "aux chiens, aux Juifs et aux Français"(11). Vaucheret prend sa retraite en septembre et est remplacé par Houssin, nommé président de la Délégation Spéciale, qui évoque les difficultés du ravitaillement et demande aux occupants que les otages soient rendus à leurs familles. Ils sont effectivement libérés et exemptés de l'impôt municipal levé pour couvrir l'amende allemande. Dans son appel aux Royannais, il déclare notamment: "Mes chers amis, devant les heures sombres et douloureuses du proche et angoissant avenir, j'accepte pour notre petite patrie la tâche amère que me trace le destin" et réclame "votre union fraternelle, votre calme et votre dignité"(12). Dès septembre les réfugiés ont quitté Royan qui retrouve ses 12.000 habitants au moment où, par suite des prélèvements de l'occupant, le ravitaillement devient très difficile. Des cartes de rationnement sont distribuées pour les produits de consommation courante, les tickets donnent droit à une maigre pitance et d'interminables queues s'allongent devant les magasins tandis que le marché noir s'organise, malgré les contrôles, et fait le bonheur des paysans qui ont ainsi, selon Julien-Labruyère, une "compensation par les prix" qui leur permettra d'acquérir des terres à la fin des hostilités(13). Par manque de carburant, les rares véhicules autorisés à circuler s'équipent au gazogène, tout le monde se retrouve à bicyclette ou à pied, et la pêche est très réduite car depuis quelques années les bateaux à vapeur ont entièrement remplacé les voiliers. L'hiver sans charbon est très dur, une entraide organisée par le Secours National distribue des vêtements aux plus nécessiteux et des cantines populaires sont ouvertes. Les autorités françaises recensent les Alsaciens-Lorrains et timbrent d'un tampon "juif" les cartes d'identité des israélites(14).
232 La résistance est peu développée, Madeleine Fouché, Louis Bouchet et le commandant Baillet font du renseignement, et quelques inscriptions "Vive l'angleterre" apparaissent à Noël tandis que le facteur Roger Bolleau réactive le parti communiste clandestin, alors peu hostile aux occupants(15). La Kreiskommandantur de Rochefort vient siéger régulièrement à Royan, avant de s'y transférer en 1941. La ville est fortement occupée par des milliers d'hommes appartenant à des troupes de seconde zone et par la marine, aussi Rémy Houssin se plaint d'un "contingent d'occupation hors de proportion avec ses moyens réels". Malgré la pénurie, il est conseillé aux commerçants d'afficher aussi le prix de leurs marchandises en allemand, et une fabrique de vêtements est créée avec un tissu "très appréciable" fait avec "des aiguilles de pins de la forêt de la Coubre" que les jeunes gens sont invités à ramasser en forêt(16). Houssin affirme que "nos magasins d'alimentation ont toujours été approvisionnés" d'ailleurs aucune réclamation ne figure sur le registre prévu à cet effet. Pourtant la pénurie augmente en janvier 41, le rationnement donne droit à 500 gr. de sucre, 250 de mélange vaguement caféïné, 500 gr. de pâtes et 100 de riz par mois; 360 gr. de viande par semaine ainsi que 100 de matières grasses et 50 de fromage; les adultes ont 100 gr. de pain gris par jour et les jeunes 400. Le conseil municipal de 20 membres est nommé par Vichy et le 16 février Houssin devient officiellement maire "en remplacement de Métadier" au moment où une grande tempête détruit le parapet de la Grande Conche et provoque, à cause des égouts déficients, de graves inondations(17). La population reste massivement pétainiste et la mystique du maréchal continue. La mairie donne le nom du "chef vénéré de l'etat, héros de Verdun et Sauveur de la patrie" à l'avenue de Pontaillac, alors que, curieusement, la rue de la République conserve le sien et son portrait est partout, il est vendu par les facteurs et la demande est telle que l'approvisionnement est épuisé. Le discours du maire lors de la séance inaugurale du nouveau conseil municipal fin avril souligne cet état d'esprit avec ses "vœux à Monsieur le Maréchal Pétain, Chef de l'etat Français, deux fois sauveur de notre patrie, qui à l'égal de nos plus purs héros, est entré vivant dans l'immortalité". Il ajoute qu'à Vichy où il fût reçu par Pétain, "à tous les échelons j'ai trouvé l'ordre, la méthode, le dévouement, la franchise et la raison", puis demande à tous d'être de "dignes serviteurs du Maréchal" et de redevenir de vrais Français "disciplinés, dignes, justes et bons"(18). Mais, dès le 3 mai, le maire donne sa démission car Royan se trouve privé de lait à cause de la coopérative d'arvert qui truste toute la production, un accord est finalement trouvé grâce à un syndicat laitier royannais séparé, et Houssin reste à son poste suite à une pétition de la population en sa faveur. C'est à ce moment que les personnes étrangères, apatrides et juives doivent se présenter tous les jours à la mairie et que le sous-préfet se plaint de recevoir trop de dénonciations, instruments de "vengeance personnelle" qui raniment des haines inadmissibles et font perdre du temps à l'administration(19). La collaboration se développe avec une conférence du colonel Rémond en juin. Le Journal de Royan décrit la conférence des "Amis du Maréchal" qui a lieu en juillet sous la présidence du maire et en présence de l'ancien vénérable de la loge maçonnique qui "n'a jamais applaudi", mais où "on aurait pu espérer un public plus dense"(20). Les partis collaborateurs ouvrent des permanences, c'est le cas du M.S.R. de Deloncle, du P.P.F. de Doriot et du
233 R.N.P. de Déat dont la permanence est l'ancienne loge place du Marché. Les films de propagande "Le juif Süss" et "Face au Bolchevisme" sont projetés au casino tandis que les journaux royannais, de plus en plus engagés, diffusent les discours d'hitler, et qu'un groupe Collaboration est créé fin décembre(21). Il est interdit d'écouter la radio anglaise et d'anciens francs-maçons comme William Bertrand conseiller général et Jean Hay conseiller d'arrondissement sont démissionnés d'office. Les occupants se plaignent de l'impolitesse des jeunes royannais au Journal de Royan qui les appelle à de meilleures manières, particulièrement envers les jeunes filles allemandes. En octobre 1941 notre département devient officiellement Charente-Maritime et une zone côtière qui passe à Saujon et Cozes est déclarée zone interdite pour les non-résidents(22). Henry Gayot nous apprend que le parti communiste clandestin, interdit depuis l'invasion de l'union Soviétique, colle quelques papillons sur les murs le 12 octobre 1941 et qu'un réseau anglais cherche à faire passer des renseignements par un sous-marin au large de Royan, mais leur courrier, Brunet de La Tremblade, est arrêté en novembre. Quelques mois plus tard, un autre sous-marin anglais chargé de prendre du courrier devant Royan voit sa mission annulée, car la défense allemande, alertée, est sur le qui-vive(23). Les avions anglais minent la Gironde et provoquent de nombreuses alertes aériennes offrant le spectacle, parfois magnifique la nuit, des tirs de la Flak côtière, et créent une grave menace pour les bateaux de pêche. Aussi l'attribution de poisson pour la zone de Royan, qui alimente 19.000 rationnaires, vient d'être ramenée brutalement de 30 à 6 tonnes par mois. Cela est rappelé par le maire, sur qui pleuvent toutes les critiques, lorsqu'il dresse un portrait sinistre et sans complaisance de la situation devant le sous-préfet tout étonné car depuis le début janvier chaque Royannais aurait dû recevoir 30 kgs de pommes de terre, mais n'en a reçu que 9730 kgs, et a moins de 3 kgs de bois de chauffage au moment où de nouvelles restrictions d'électricité n'arrangent rien et que la querelle avec les coopératives laitières prive toujours Royan de lait. Face à "la grande misère de notre ravitaillement", les boulangers demandent aux habitants de retirer chaque jour leur ration de pain pour éviter d'avoir avec leurs clients sans tickets, donc sans pain, à la fin du mois des discussions pénibles alors qu'ils n'y peuvent rien(24). Alors que 41, "année pâle, maigre qui agonise" selon le Journal de Royan, ne laisse aucun regret, le ravitaillement reste le principal souci des habitants qui touchent environ 200gr de viande par semaine, par contre les légumes sont en vente libre et parfois une pêche miraculeuse de mulets agrémente l'ordinaire. La préfecture se plaint à nouveau de l'augmentation des lettres anonymes et des dénonciations calomnieuses, le maire dénonce leurs auteurs par affiches et menace d'employer les moyens les plus rigoureux pour déceler et punir les dénonciateurs qui, d'après la Dépêche, "ont enfin compris"(25). En janvier 1942 les statues de Pelletan et de Garnier sont envoyées à la fonte en Allemagne afin de servir à leur effort de guerre, seul le monument aux Morts est épargné. Au même moment, la résistance s'intensifie, Roger Bolleau a réussi à former le groupe paramilitaire communiste des "F.T.P.F. Germain" avec 36 membres dans la presqu'île d'arvert, mais la répression se durcit, les professeurs du lycée de Royan Robert Dartagnan et Léonce Laval, dénoncés comme communistes, sont arrêtés le 5 mars 1942, Roger Bolleau le 7. Tous trois seront fusillés comme otages le 21 septembre suivant au Mont Valérien(26).
234 LE MUR DE L'ATLANTIQUE (1942-1943) Hitler crée le Mur de l'atlantique le 23 mars 1942. L'Organisation Todt est chargée de fortifier la côte, elle étend le tramway forestier de Ronce à La Tremblade afin de couvrir la presqu'île d'arvert de blockhaus en béton et travaille avec des entreprises locales. Elle emploie des ouvriers réfugiés espagnols, bien que communistes, et des prisonniers d'un camp de 300 "travailleurs surveillés", Français en majorité. Ce camp, installé dans la forêt de La Coubre, est dirigé par des militaires allemands, mais gardé par 44 gendarmes français(27). L'amiral Loizeau, vice-président du syndicat des propriétaires du Parc, écrit à l'amiral Darlan à Vichy pour faire aboutir les doléances oubliées des sinistrés de la tempête de 1941. Il fustige à la fois l'ancienne municipalité qui a dilapidé les millions des taxes de séjour sans créer le tout à l'égout et "l'édilité substituée à celle élue du régime déchu", cette "autocratie infaillible" choisie par le pouvoir contre laquelle les administrés n'ont aucun recours et qui applique bien mal l'esprit de responsabilité et d'efficacité de la Révolution nationale. Comme des chevaux de frise et des barbelés se multiplient sur le front de mer, Loizeau conseille à Darlan de protéger le parapet contre la mer par de gros blocs aux arêtes vives qui pourraient être très utiles contre un assaut des Britanniques, aussi il propose de faire payer cette "œuvre nécessaire puisqu'utile et efficace de la collaboration" sur l'indemnité versée chaque jour à "l'envahisseur germanique", dont il note que les achats avec un mark à 2O frs créent "un flux annuel plus avantageux que l'apport saisonnier des estivants"(28). Les opinions diverses s'expriment avec virulence. Le 26 mai des pavés sont envoyés dans les vitrines de la permanence du M.S.R. de Deloncle, peu après 24 tracts communistes sont apposés sur les murs et le 17 juin d'autres pavés sont lancés contre les vitrines de la L.V.F., la légion française contre le bolchevisme, tandis que 250 tracts communistes sont répandus dans les rues. Le 14 juillet une dame de 70 ans dépose une gerbe au Monument aux Morts de Saint-Georges, toute manifestation étant interdite elle est aussitôt arrêtée, puis relâchée à cause de son grand âge. Enfin le 4 août, cinq doriotistes du P.P.F. tentent d'enlever le buste de la République de la mairie de Médis d'où ils sont expulsés par le maire et ses adjoints. Le maire doit démissionner car il refuse d'enlever le crêpe du buste de Marianne et d'afficher un portrait du maréchal dans sa mairie(29). Houssin, en froid avec le sous-préfet, démissionne avec son conseil le 9 juillet. Le Journal de Royan estime que c'est parce qu'il veut conserver "un homme de Blum", et admet que ce n'est pas une sinécure d'être maire en 1942, mais le sous-préfet refuse sa démission et Houssin "conserve provisoirement un poste peu enviable". Malgré les interdictions, il y a encore des estivants qui "rusent pour essayer de passer inaperçus" selon la Dépêche, laquelle présente ses voeux au colonel von Weck, commandant de la Kreiskommandantur, qui part en retraite et "laisse le meilleur souvenir"(30). Les occupants remplacent les vieux canons de marine du Chay par des canons modernes et déciment, au second semestre, les résistants du groupe Fernand de Chaillevette et ceux des F.T.P.F. Germain en Arvert. En novembre 1942, Madeleine Fouché "Françoise" est chargée de mission par l'o.c.m. à Royan quand l'invasion de la zone sud marque un tournant dans la politique du gouvernement Pétain qui perd beaucoup de crédibilité et dont la politique
235 raciste se durcit(31). Les 336 israélites de la zone côtière sont expulsés, 165 seront ensuite déportés, beaucoup malheureusement vers Auschwitz, et 15 seulement en reviendront(32). Pour fournir de la main-d œuvre à l'allemagne, Vichy crée le S.T.O., service du travail obligatoire pour les hommes de plus de 21 ans, qui est très impopulaire; les nombreux réfractaires vont rejoindre les maquis, mais il n'y en a aucun en Charente-Maritime trop fortement occupée qui compte alors, selon des recensements faits après la guerre, 2.149 résistants soit 0,5 % de la population totale(33). La 708 division d'infanterie occupe l'embouchure de la Gironde à partir de janvier 1943, avec son quartier-général à Royan. Cette division comprend également le 623 bataillon russe de Cosaques du Don de l'armée Vlassov basé à la Coubre, ils sont encadrés par des officiers allemands et viennent souvent faire leur marché à Royan avec leurs petites charrettes à cheval. Les forces allemandes comprennent aussi l'intendance, le groupe d'artillerie lourde 1282 et le millier d'hommes du groupe d'artillerie de marine 284, ainsi que les nombreux marins des 14 bâtiments de la 8 Minensucher Flotille et des 29 bâtiments de la 2 Speerbrecher Flotille. La plus grande partie des 8.000 hommes de la 708, sans compter les cosaques, se trouve à Royan, qui compte près de 10.000 habitants(34). "L'assainissement des municipalités" selon le Journal de Royan du 7 février 1943 passe par "la purge de tous les éléments radicaux-socialistes non dévoués à l'esprit du Maréchal et de son gouvernement" et "toute la population attend que cela change". Peu après Houssin démissionne et le gouvernement nomme une délégation spéciale de cinq membres présidée par le colonel Rouquette, qui porte le titre de maire et assure le gouvernement de "son entier dévouement à l'œuvre de Révolution Nationale", et qui comprend Marcel Lanteirès adjoint et le capitaine Charles-Henri Demesmay, ou de Mesmay, responsable de la Garde Civique. En juin un recensement qui demande le choix d'un éventuel logement hors de Royan inquiète la population car une rumeur folle parle d'évacuation d'office, or les habitants ne veulent pas quitter leurs maisons au moment où de nombreuses villas vides sont cambriolées(35). Le 2 août vers 7 heures du matin la foudre s'abat sur la fameuse seringue, ridicule mais sympathique, du clocher de Mornac et malgré une intervention, plus que tardive, des pompiers de Royan l'église entière est incendiée(36). Les troupes allemandes continuent de donner des concerts publics au casino municipal et, quand la Garde Civique recommande à ses cadres de rejoindre la Milice, ceux de Royan refusent(37). La situation se tend entre collaborateurs et résistants après Stalingrad. Henry Gayot donne d'intéressants renseignements sur les collaborateurs royannais, en tout 4 à 5 % de la population, avec les Francistes de Sidos, les M.S.R. de Deloncle, les 50 membres du R.N.P. de Déat, les 150 membres du P.P.F. de Doriot et les 200 à 300 membres du groupe Collaboration. Selon les renseignements généraux, ils sont très impopulaires en Charente- Maritime, la population étant favorable à la victoire américaine, mais Henry Gayot n'a nullement ressenti cette impression lorsqu'il a voulu recruter pour la résistance en 1943. Au casino municipal, une conférence sur la collaboration par le professeur Grimm fait salle comble en février 1943, 600 personnes assistent à celle de Georges Claude le 14 mai, mais une autre réunion en décembre n'attirera plus que 40 personnes. Pour la Résistance, le commandant Thibaudeau "Marché" prend la direction militaire de l'o.c.m. à Royan transformé en A.S. armée secrète, le 27 juillet. Mais en août la Gestapo
236 intervient et il doit se cacher, ainsi que Madeleine Fouché, cependant peu après il prend la direction de la résistance au plan départemental tandis que Louis Bouchet supervise les cantons de Royan, La Tremblade, Marennes, Saujon et Cozes où il contrôle 1.200 hommes mobilisables. La répression allemande s'abat sur les F.T.P.F., le 12 octobre Jean Papeau est arrêté et déporté. Cela n'empêche pas le bateau drague du port d'être saboté le 26 novembre(38). La construction des fortifications s'intensifie. La villa Capucines boulevard de la Côte d'argent à Pontaillac et le casino de la Grande Côte sont rasés afin de construire des blockhaus et le maire Rouquette rappelle que la ville de Royan doit fournir chaque jour aux autorités d'occupation 35 hommes pour les corvées, mais certains ne se présentent pas alors que nul n'a le droit de s'y soustraire. Tous les Royannais de 16 à 60 ans sont requis à tour de rôle pour ce travail payé, mais forcé(39). Les plages minées reçoivent des barbelés, chevaux de frise, tétraèdres, hérissons tchèques, barrières anti-chars belges et, quand le maréchal Rommel vient inspecter les fortifications, il s'arrête une nuit à Saint-Sulpice(40). De nombreux champs de mine, signalés par des panneaux "Achtung Minen", parsèment la côte. La Dépêche de Royan, oubliant de préciser qu'il y a eu de graves accidents, publie le curieux communiqué suivant: "Les Autorités d'occupation ont été amenées à constater à nouveau que les civils n'avaient pas cru devoir tenir compte des écriteaux, visiblement placés, interdisant l'entrée des champs de mine. En conséquence le Maire rappelle qu'il est formellement interdit aux civils de pénétrer soit dans les champs de mine, soit dans les terrains militaires"(41). Pour la ménagère, c'est le temps des ersatz, l'orge et la chicorée pour le café, la résine pour du savon, l'herbe pour le tabac, et du marché noir, on se "débrouille" avec de petits jardins, en élevant des poules et surtout des lapins. Si la Dépêche note que le ravitaillement s'améliore en octobre avec la réapparition de certains fruits et légumes, elle reconnaît franchement que personne ne sait "à qui ou à quoi est due cette amélioration", mais le Journal de Royan conseille cependant aux enfants de ramasser "des marrons et des glands"(42). Un combat aérien se déroule au-dessus de Royan et de Saujon le 31 décembre 1943, une forteresse volante est abattue et trois aviateurs sont faits prisonniers. Un autre a lieu huit jours plus tard, trois aviateurs alliés sont recueillis par la résistance et envoyés vers les maquis de Blaye(43). "FESTUNG GIRONDE NORD" (19/1/1944-12/9/1944) Le 19 janvier 1944 Hitler crée les forteresses côtières sous le haut commandement du maréchal Rommel d'où, dès le 4 février, "Gironde Sud" au Verdon et "Gironde Nord" dirigée par le general Eisenstück, "Festungkommandant" de la forteresse royannaise, bientôt remplacé pour raisons de santé par le general Arndt(44). Si Médis a eu un maire antipétainiste, ce n'est pas le cas de son curé. Une cérémonie officielle a lieu le 27 février dans son église pour la mémoire du légionnaire de la L.V.F. Stogof mort sur le front de l'est qui avait manifesté le désir s'il était tué au combat de faire libérer un prisonnier natif de Médis comme lui, ce qui fut fait. Le curé salue les personnalités présentes, "messieurs de l'armée d'occupation", les "présidents et délégués des groupes politiques et
237 militaires" et, comme les volontaires de la L.V.F. portent l'uniforme allemand, il ajoute "mais toujours bien français", puis il qualifie le combat de Stogof en Russie de "croisade" et le maréchal Pétain de "plus grand et plus pur des Français"(45). La mairie met les tranchées des écoles à la disposition de la population et conseille à chacun "sur la demande des autorités d'occupation" de creuser une tranchée dans son jardin et offre une subvention de 50 frs par personne, 100 frs si elle est coffrée et 200 frs si elle est aussi couverte(46). Quant aux possesseurs de champs "permettant l'atterrissage de parachutistes", ils doivent y mettre à leurs frais tous les 25 à 30 mètres des asperges de Rommel, pieux de 2m à 2,5m de haut et de 20 à 25 cm. de diamètre(47). Un simple colonel, Hartwig Pohlmann, auteur d'une histoire de la forteresse, reprend le 1 juin 1944 les fonctions du général Arndt accidenté. Dès le débarquement du 6 juin de nombreuses alertes aériennes perturbent la vie quotidienne et, sur ordre des occupants, certains Royannais sont mis "dans l'obligation de quitter leur demeure familiale". Le colonel Rouquette se plaint amèrement au préfet de ces expulsions et meurt subitement peu après; il est remplacé par son adjoint, Marcel Lanteirès. La milice s'implante en Charente-Maritime; Royan compte sept miliciens, sous la direction de Rossignol, qui brûlent une ferme à Chénac en juillet puis forment, sous les ordres du lieutenant allemand Schade, un faux maquis qui arrête 18 résistants aux Mathes et à Arvert. Si Rossignol est issu de la Garde Civique supprimée en juillet, le capitaine de Mesmay rejoint les résistants de Paul Bouchet qui remplace son frère Louis arrêté en février, puis déporté, et qui mourra en déportation. Dès le début août, les miliciens royannais partent s'engager dans la division S.S. Charlemagne(48). Quand la guerre de mouvement recommence en France, les maquisards des Forces Françaises de l'intérieur, les F.F.I., se soulèvent un peu partout et libèrent début août le sud de la Loire que les Alliés négligent pour foncer vers l'allemagne. Le 12 août 25 Mosquitos et le 13 août 25 Beaufighters de la Royal Air Force attaquent et mitraillent en rase-mottes en quelques minutes la dizaine de vaisseaux de la flottille allemande qui est envoyée par le fond(49). Certains navires brûlent pendant des jours, de nombreux marins sont tués et les blessés sont soignés dans les hôpitaux royannais. Les troupes allemandes évacuent le sud-ouest, la 708 division avec ses cosaques part à pied pour la Normandie et Pohlman, selon ses mémoires, n'est guère satisfait du retrait trop rapide des troupes allemandes qui ont emmené, sans aucun préavis, leurs stocks d'essence, de munitions et de matériel de santé. Pour défendre sa forteresse il devra compter sur ses seules forces et, si les jeunes recrues de Silésie levées en mars 1944 sont ardentes au combat, les troupes depuis longtemps affectées à la défense locale sont peu combattives, pas heureuses du tout d'être abandonnées sur place, et, toujours selon Pohlman, en liaison trop étroite avec la population, d'où "des rumeurs, des désertions et du marché noir". Quand, le 17 août Hitler décide que les forteresses côtières seront "défendues jusqu'au dernier homme", Pohlmann doit interdire l'utilisation des ports de Bordeaux et du Verdon "si utiles aux Alliés pendant la dernière guerre" et utiliser la tactique de la terre brûlée devant ses lignes, mais il s'en déclare incapable par manque de moyens. Dès son arrivée Pohlman s'est plaint de ne pas être vraiment le patron car la marine dépend du capitaine de vaisseau Michahelles, See-Kommandant Gascogne, maintenant il obtient les pleins pouvoirs sur les troupes de toutes armes et est rattaché directement à l'amiral Krancke à Wiesbaden(50). Les Allemands
238 font sauter le pont de l'eguile sur la Seudre le 24 août quand une nouvelle attaque aérienne par 20 Beaufighters coule le dernier contre-torpilleur de la 8 flottille et il ne reste plus à Royan que les vedettes du port, mais deux appareils de la R.A.F. sont abattus(51). Bordeaux, évacué par les Allemands, est libéré fin août. L'un des chefs du maquis de Dordogne qui y participe, le colonel Henri Adeline, officier du génie, commandant un régiment en 1940, polytechnicien et élève de l'école de guerre, décide aussitôt de nettoyer la Charente- Maritime. Il obtient, au milieu d'une situation très confuse, que tous les maquis se placent sous son autorité, ce qui n'est pas une tâche facile. Sous son commandement, confirmé par le Gouvernement Provisoire, Jonzac est libéré le 2 septembre et ne peut être repris le lendemain par une colonne allemande venue de Royan. Dans ces combats les frères Mangot sont capturés puis fusillés sans jugement à Royan comme maquisards. Saintes est libre le 4 septembre, mais une colonne de 150 hommes est envoyée de Royan pour la reprendre. Elle comprend le lieutenant Georges Goertz, chef de la Gestapo royannaise, sa maîtresse française et quelques miliciens et doit rebrousser chemin après un violent accrochage, les F.F.I. perdent cinq hommes et les Allemands sept, parmi lesquels Goertz est abandonné sur le terrain, alors que sa compagne, les jambes broyées par une rafale, est ramenée à Royan(52). Adeline installe son PC à Cognac le 6 septembre et Mortagne est libéré le 7 après un combat avec des troupes venues de Royan et bombardé en représailles, trois jours plus tard, par des vedettes royannaises. Puis le 9 Talmont est libéré au moment où des pourparlers de capitulation ont lieu, entre des officiers de la forteresse et des officiers français et anglais sous la direction du major américain Gildee qui se présente comme "commandant supérieur de toutes les troupes assiégeantes", mais ces pourparlers s'arrêtent nets à cause d'une violente altercation et d'insultes proférées par les maquisards du "colonel Léon des Landes" harnaché de grenades et de deux revolvers(53). Adeline se demande alors si les Allemands, qui craignent d'être abattus sur place s'ils tombent aux mains des "terroristes", se seraient rendus à des forces régulières, question à laquelle personne ne peut répondre(54). Le 9 ou le 10 septembre au soir à Pontaillac, Pohlman est victime d'un attentat manqué à la mitraillette et note dans ses mémoires qu'il ne prend aucune mesure de représailles(55). Il est vrai que l'étau se referme alors sur la poche avec la chute de Marennes le 11, et surtout de Rochefort dans la nuit du 11 au 12 septembre, ce qui sépare entièrement les forteresses de Royan et de la Rochelle. LA POCHE DE L'ATLANTIQUE (12/9/1944-18/10/1944). Le 12 septembre Pohlman décréte l'état de siège et signale qu'il se battra jusqu'au dernier homme. Dans un "Appel à la population" le maire Lanteirès, "invite instamment toutes les personnes dont la présence n'est pas indispensable à quitter la ville immédiatement", car il craint une détérioration de la situation alimentaire(56). Les maquisards attaquent courageusement la poche dans la plus grande confusion, et lors d'un accrochage près de Saujon le major Reisinger, commandant l'artillerie de la forteresse, se fait prendre plus ou moins volontairement(57). Les F.F.I., mal entraînés et pauvrement armés avec leurs armes légères parachutées ou prises à l'ennemi, se heurtent aux
239 puissantes défenses allemandes. Pour réduire les pertes inutiles, Adeline décide de ne pas dépasser la Seudre, le sud de Saujon et Meschers, ce qui sera pour des mois les limites de la poche. Certains maquisards reprochent durement sa décision à Adeline, ni cavalier ni fonceur, et restent persuadés que Royan aurait pu alors être pris à l'esbroufe (58). Les Alliés se désintéressent des poches atlantiques pour porter tous leurs efforts sur l'allemagne car les troupes assiégées, contenues par les F.F.I., ne semblent pas présenter un danger sérieux, ils ne mettent aucun empressement à aider et à équiper ces troupes "choquantes et inquiétantes" de maquisards(59). Il est vrai que les F.F.I. sont peu disciplinés, leurs chefs ont plus à convaincre qu'à commander et, comme toujours en période trouble, il y a de véritables bandes, se livrant à des activités souvent fort répréhensibles, le grand mérite d'adeline est de rallier la majorité et de soumettre les éléments douteux pour les souder en une vraie force militaire(60). Adeline transfère son PC à Saintes d'où il supervise les 7.000 F.F.I. qui assurent le siège soit les groupements Z, RAC et Roland de l'armée Secrète gaulliste de Dordogne, et le groupement Bernard des F.T.P. communistes de Charente; aucune de ces forces ne vient de Charente-Maritime(61). Les tenues militaires sont rares, presque tous sont en civil, parfois en shorts et en espadrilles; certains n'ont aucun signe distinctif, d'autres portent des brassards blancs avec un V surmonté d'une croix de Lorraine, et les F.T.P. arborent des brassards rouges avec faucille et marteau, ce qui leur vaut d'être qualifiés par Pohlman "de terroristes communistes avec des emblèmes soviétiques". De son côté, celui-ci s'organise. La forteresse est reliée à l'allemagne par la radio EMO de Pontaillac, dont le nom de code est "Daü", et par un avion courrier une ou deux fois par semaine. Elle n'a ni bateaux, ni chars, ni aviation, mais les côtes sont bien défendues par 218 ouvrages bétonnés entre Ronce et Suzac, et le front de la Seudre est protégé par les marais(62). Selon les renseignements français, les Allemands ont une artillerie Son artillerie est forte de 96 canons, 39 canons de DCA et d'une soixantaine d'armes secrètes V4, sortes d'orgues de Staline, avec 4 ou 8 tubes envoyant des fusées de 80 kgs à 2.500 mètres, "une bonne connaissance du terrain et même certaines complaisances parmi une catégorie de la population" et la garnison est de 7.000 hommes dont 2.400 S.S., 500 Russes et 500 Polonais(63). Selon d'autres sources, elle compte de 8 à 10.000 hommes dont 2.000 S.S. 500 Polonais et 500 Autrichiens et possède un fossé anti-chars, selon d'autres encore Pohlman a des habitudes très marquées d'intempérance(64). En outre, les Allemands ont miné 1.229 hectares avec 180.000 mines anti-personnel et 35.000 mines antichars. Par contre, ils manquent d'essence et de munitions, c'est ainsi que la batterie Muschel de 240 à la Coubre qui peut porter à 25 kms n'a que 29 gargousses pour 600 obus, le reste du stock est tombé aux mains des Russes à Koenigsberg. En fait Pohlman n'a ni S.S. ni fossé anti-chars et dispose de 5.000 hommes, encadrés par 106 officiers, dont 3/5 de l'armée de terre et 2/5 de la marine et pour verrouiller son point faible entre Meschers et la Seudre, Pohlman fait construire sur les avant-postes entre Jaffe et Belmont des points d'appui enterrés pour les mitrailleuses, appelés Tobrouks, qui sont de simples tourelles cuirassées par suite du manque de ciment(65). Dans ses mémoires, Pohlman remarque que les relations avec les habitants sont correctes et sans problèmes particuliers. Il estime que la grande majorité est attentiste et
240 prête à se joindre au vainqueur, que la résistance royannaise, peu importante, se contente de transmettre des informations aux troupes françaises à l'extérieur de la poche alors que tous les partisans, les terroristes pour lui, qui assiègent la poche ne sont ni de Royan, ni des environs, et que les membres du groupe Collaboration sont en majorité des officiers et de grands bourgeois, d'honnêtes patriotes et pas hitlériens, mais admet qu'un "petit groupe" de Royannais travaille pour ses services secrets(66). Le Cri de Royan précisera plus tard qu'il y en avait 149(67). D'après la Gazette de Lausanne les Allemands disposent de quantités considérables de blé, de lait et de 15.000 têtes de bétail(68). En réalité selon Pohlman, il commence le siège avec 56 jours de vivres seulement, mais récupère l'argent français des troupes d'occupation de Bordeaux et comme "l'argent liquide a plus de poids que le patriotisme gratuit", il achète aux paysans bétail, saucisses, fromages, pommes de terre, légumes, vin et cognac. Il équipe aussi un hôpital militaire au Grand Logis près des Mathes avec du matériel récupéré à Saintes, et pour soutenir le moral des troupes crée un journal "Soldat am Atlantik- Frontzeitung der Girondefestungen" qui paraît plusieurs fois par semaine(69). Une nouvelle médiation avec le général anglais Torr n'aboutit pas devant l'hostilité des forces françaises qui, après leurs succès dans la région, ne veulent pas céder le beau rôle à un général anglais. Par contre les pourparlers du 15 septembre règlent l'épineux problème des combattants sans uniformes, les F.F.I. sont reconnus comme combattants réguliers à la condition de porter un brassard tricolore comme signe distinctif en attendant des uniformes, et les prisonniers ne risquent plus la peine de mort(70). Cela est obtenu par la lettre du général Druilhe de Bordeaux qui demande la reddition de Pohlman et le rend personnellement responsable de la sécurité des prisonniers français. Dans sa longue réponse Pohlman se demande qui est vraiment en charge des forces françaises et confirme qu'il n'a nulle intention de se rendre puisque, comme le dit le maréchal Foch, "une bataille n'est perdue que lorsque l'on en est soi-même convaincu", puis il place un étonnant couplet sur son désir d'éviter les bains de sang: "ce qui ne pourrait profiter qu'au bolchevisme asiatique et à la ploutocratie américaine, et pas à la communauté européenne, destinée à vivre et à travailler ensemble"(71)! Fin septembre le général Meyer commandant au Verdon, tombé malade, est remplacé provisoirement par Hans Michahelles nommé contre-amiral, lequel permute à Royan avec Pohlman car le haut-commandement allemand veut des marins à la tête des forteresses côtières. Pohlman se retrouve au Verdon, non sans protester vertement(72). Le 18 septembre, le général de Gaulle en visite à Saintes confirme Adeline à son poste et déchaîne un enthousiasme inouï parmi les maquisards et décide de réduire les poches par la force, en commençant par Royan, pour que "les combats de la côte atlantique finissent par une victoire française", mais donne l'ordre de surseoir à tout bombardement aérien "non justifié par quelque incartade de l'ennemi"(73). Les maquisards défilent avec des tenues volontairement déchirées et des chaussures trouées, certains même sans chemises, afin d'obtenir des uniformes neufs(74). De Gaulle veut que l'attaque soit faite uniquement par des fantassins français mais promet de l'artillerie, des chars et des avions, et les F.F.I. doivent contenir les Allemands, aussi dès le lendemain, la demi-brigade Armagnac, composée d'éléments du maquis du Gers et de l'école Navale, renforce les attaquants qui sont désormais 8.700(75).
241 Des pourparlers ont lieu, en présence de Demesmay l'adjoint au maire, pour évacuer les "bouches inutiles", soit les 8.000 civils, dont 4.000 à Royan et 4.000 en Arvert, qui restent encore dans la poche et gênent les militaires allemands et français. Un accord est signé le 8 octobre et une première suspension des combats permet aux Trembladais de quitter la poche les 11 et 12 octobre. Le 20 ce sont ceux d'arvert, d'etaules, de Chaillevette et des Mathes qui partent à leur tour(76). Pourtant, grâce aux cultures de la presqu'île d'arvert il n'y a pas de famine, bien au contraire quelques denrées réapparaissent, même si celles qui sont contingentées et le pain posent problème. Par contre, la vie est de plus en plus rudimentaire car la poche est privée de tout, il n'y a ni transport, ni gaz, les vieilles cuisinières au bois servent pour la cuisine et le chauffage, ni eau courante, l'eau est tirée des anciens puits, ni électricité, tout le monde se lève et se couche avec le soleil, et en l'absence de radio, de courrier et de journaux, seules les rumeurs circulent. Pourtant une poste clandestine fonctionne entre Médis occupé et Saujon libéré. Le maire de Médis reçoit du courrier de ses 43 habitants et de quelques résistants de Royan, il oblitère les timbres avec un tampon "no man's land" fourni par Adeline, puis porte le courrier dans une boîte clandestine au Bois Gauthier d'où il est emmené à Saujon par des patrouilles F.F.I. et ensuite acheminé à Saintes par la voie normale. Le siège génère une autre relation postale curieuse, celle des radio-cartes des Allemands qui, pour donner des nouvelles à leurs familles, sont autorisés à choisir un texte sur une liste limitée qui est transmis par radio de Royan à Wiesbaden d'où elles sont distribuées aux familles par carte-postale(77). LE GÉNÉRAL DE LARMINAT PRÉPARE "INDÉPENDANCE". Le 14 octobre 1944 de Gaulle nomme le général de corps d'armée Edgard de Larminat commandant le Détachement d'armée de l'atlantique pour libérer les poches côtières. Ce "général le moins conformiste dans le grade le plus élevé" est, d'après le général Catroux d'une instabilité relevant du neurologue, sujet à des crises physiologiques qui lui font "perdre son sang-froid, la lucidité de son raisonnement et le contrôle de ses actes" et font qu'il "n'est pas employable pour le moment et peut-être définitivement"(78). Cela n'empêche nullement de Gaulle de l'affecter à ce poste un peu marginal en fonction de son glorieux passé, car c'est un chef prestigieux qui s'est battu en Syrie et à El-Alamein qui est vite accepté par les F.F.I., il est assisté par le général Anselme et dépend, sur le plan opérationnel, du général américain Devers de la VI Armée. Le fringant général Corniglion-Molinier, juste promu à ce poste pour diriger les F.A.A., Forces Aériennes de l'atlantique, est détaché auprès de Larminat à Cognac, mais son supérieur hiérarchique est un Américain, le général Ralph Royce commandant la "1st Tactical Air Force (prov.)", prov. pour provisoire, juste créée et basée à Vittel(79). Larminat transforme les F.F.I. en Forces Françaises du Sud-Ouest F.F.S.O. dirigées par Adeline, qui conserve la responsabilité directe du secteur de Royan où les 2.000 hommes du groupement Z face à Meschers, les 1.000 de Bernard face à Médis, les 3.500 hommes de Rac à Saujon, les 1.600 hommes du groupement Armagnac face à Mornac et les 600 de Roland face à La Tremblade, deviennent les F.F.R.Y., les Forces Françaises de Royan(80). Dans l'exposé de la situation du secteur présenté par Adeline figure la demande, avant toute
242 attaque, de "bombardements massifs" par l'aviation alliée pour écraser les défenses ennemies, il n'envisage l'action des troupes F.F.I., mal encadrées et peu aguerries, que pour occuper le terrain après un bombardement aérien ou derrière des blindés(81). Les 5.000 Allemands encerclés se réorganisent en un "1 régiment de Royan" qui tient les avant-postes et un "Bataillon Tirpitz" avec les marins de la Kriegsmarine sur la Seudre et à la Coubre(82). Dans ses Chroniques irrévérencieuses, d'un humour cruel, Larminat admire la bravoure et la témérité de ses F.F.I. "la matière première la meilleure que j'aie eue entre les mains, à part les F.F.L.", mais déplore des éléments vicieux qui cherchent à profiter d'une période troublée. Il juge la situation devant Royan "molto complicato" et se plaint de n'avoir qu'un bataillon de zouaves tunisiens pour faire régner l'ordre parmi "la décharge des maquis de Dordogne" comme les F.T.P. de Bernard qui pillent la région de Semussac et de Meschers, et dont le chef reste prudemment à Angoulême. Larminat apprécie peu l'encadrement de son armée, boudé par le corps des officiers, et trouve ceux du maquis parfois excellents, mais trop souvent des "caïds en tous genres". Très grand seigneur, il s'impose à eux en les invitant à sa résidence de Cognac, dans la maison des Hennessy, où ils sont reçus à la porte par des spahis sabre au clair, désarmés, puis servis sur une table splendidement décorée par un maître d'hôtel en gants blancs aussi glacial que stylé. Après ce traitement beaucoup en repartent, selon lui, "complètement lessivés" en le prenant pour un "fortiche". Il brosse un portrait féroce d'adeline avec sa "grosse tête rougeaude à binocle qui s'était démesurément dilatée à la faveur des événements et avait, en toute modestie, fait broder son nom sur la manche de ses gardes du corps"(83). Adeline charge Demesmay de faire savoir aux habitants qu'ils doivent partir car Royan sera attaqué. Les habitants, qui ne peuvent être informés que de bouche à oreille, n'y croient pas et ne "veulent pas abandonner leurs demeures" par crainte du pillage. Pourtant des évacuations massives, très impopulaires, ont lieu les 11 et 25 octobre, 18 et 27 novembre et 4 décembre. Les expulsés d'office, avec une seule valise et tous leurs vêtements sur eux, embarquent tristement à la mairie sur des camions allemands jusqu'à Médis, où ils traversent à pied un no man's land pour rejoindre un train français qui les emmène vers Saujon puis vers leur lieu d'évacuation, où ils ne sont pas toujours accueillis avec la plus grande cordialité. C'est pire pour trois villages situés aux avant-postes dont les habitants sont expulsés sans préavis début novembre et, en l'absence de toute trêve, doivent rejoindre les lignes françaises près de Saujon au milieu de la mitraille, et pour La Tremblade où le 3 novembre le lieutenant Kartz, brutal commandant de la place, réunit les 500 Trembladais restants et après les avoir rassemblés sous le marché couvert oblige, sous la menace des fusils, 80 % d'entre eux à évacuer la ville(84). Au Verdon, le général Meyer et le colonel Pohlmann s'opposent aux projets du G.Q.G. de faire sauter inutilement le môle. Le môle saute quand même le 11 novembre et ils sont destitués puis renvoyés en Allemagne par avion. Pohlman passera en cour martiale mais sera acquitté et recevra le commandement d'une division dans les derniers jours de la guerre(85). En novembre Paul Bouchet et quatre autres résistants sont arrêtés et condamnés à mort, aussitôt Adeline aidé par Demesmay intervient, avec succès, auprès de Michahelles pour qu'ils ne soient pas exécutés, mais incarcérés à la villa Déli transformée en fortin. Le général
243 de Gaulle réussit à convaincre les Alliés d'attaquer rapidement Royan, l'opération "Indépendance" prévue pour le 25 novembre est retardée au 10 janvier. Les F.F.R.Y. renforcés par la brigade Bertrand et un bataillon du régiment Parisot, tous deux du maquis du Gers, et par un bataillon du régiment de Bigorre du maquis des Hautes-Pyrénées, atteignent 11.000 hommes, et les premiers blindés quittent l'est de la France pour Royan le 29 novembre(86). Larminat, le 17 novembre, mentionne la "position puissamment fortifiée et armée" du "réduit de Royan" et reprend la proposition d'adeline pour un bombardement avec des "moyens puissants, spectaculaires" pour "déterminer l'évacuation des derniers civils", seule référence à la population, et démoraliser l'ennemi avant l'attaque. Le général Corniglion-Molinier répercute cette demande d'un bombardement aérien puissant, également pour déterminer l'évacuation des derniers civils, sur son supérieur hiérarchique, le major général américain Ralph Royce, venu en inspection à Cognac le dimanche 10 décembre(87). L'opération Indépendance est annulée suite à la contre-offensive allemande des Ardennes et les blindés repartent aussitôt. Le front de l'ouest ou de l'atlantique connaît une guerre de positions où nos soldats en guenilles et en sabots s'ennuient et mènent une "bataille de canards" dans l'eau glacée des marais au milieu d'une effroyable pénurie. Les pieds gelés, la gale, les fièvres, les tumeurs et les maladies pulmonaires ne sont pas rares et les médicaments manquent ainsi que les vivres(88). Les hommes se qualifient eux-mêmes par dérision les "Forces Françaises Oubliées" car il ne se passe rien à part quelques coups de main de part et d'autre pour améliorer la nourriture, certains dramatiques comme l'attaque de 300 soldats allemands sur l'eguille pour piller les stocks alimentaires le 4 octobre, ou celui d'une patrouille française sur Médis pour ramener 120 quintaux de blé, d'autres vaudevillesques comme cet étonnant combat à coups de bâtons entre trois F.F.I. et trois Allemands pour une simple vache et son veau, que nos hommes réussissent à enlever de haute lutte(89). Les Allemands font aussi venir de Cadix le 31 décembre le navire espagnol Vulcano qui décharge à Royan une cargaison de farine, huile, boîtes de sardines, oranges, chocolat et nougat, et repart avec des pianos, de l'argenterie et des valeurs, pillés dans les villas françaises(90). A La Tremblade le lieutenant Kartz abat sans sommation Caillaud au Maine-Rolland, le jour de Noël 1944, puis Henri Gadras, quelques jours plus tard à la Briquetterie(91). Des bombardements américains ont lieu sur la Coubre, entre le 28 décembre et le 5 janvier, quand 10 Liberators y déversent 16 tonnes de bombes, sans que les forces françaises en soient informées, et le 1 janvier le Golf Hôtel est bombardé par les F.A.A.(92). Le lendemain une rencontre a lieu près de Meschers entre le commandant Meyer et le colonel Seim adjoint de Michahelles, afin de négocier la grâce des Royannais condamnés à mort. Seim accepte et propose d'étendre à Royan les accords de La Rochelle, négociés par Meyer lui-même, qui prévoient un statu quo jusqu'à la fin de la guerre, envisageant le libre passage en Gironde de navires ne transportant ni troupes, ni matériel militaire. Meyer transmet cette information capitale au général d'anselme, mais elle n'a pas de suite car on ne peut "frustrer d'un combat ardemment désiré, et d'une victoire certaine" les troupes qui piaffent, l'arme au pied, depuis des mois(93). Larminat qui juge les accords de La Rochelle inutiles, puérils, ni glorieux, ni efficaces, accuse Meyer de naïveté dans cette affaire car Michahelles, sans prendre le risque de se faire relever, ne peut permettre la réouverture du
244 port de Bordeaux qu'il est justement chargé d'interdire, il faut cependant remarquer que l'amiral allemand interdit tout transport militaire. Le gaulliste Larminat n'est pas tendre avec l'officier de l'armée d'armistice Meyer dont les seuls "services de guerre se ramenaient au sabordage de son bâtiment à Toulon", il n'hésite pas à écrire dans ses mémoires que le désir passionné de Meyer d'éviter la destruction de Royan était justifié par "les grands biens" qu'il y possédait, il était propriétaire du château de Mons, et par son désir d'apparaître "en sauveur des amis, voisins et électeurs"(94). Certains estiment alors que le commandant Meyer, d'origine alsacienne et qui négocie avec l'ennemi, n'est qu'un collaborateur et il reçoit des lettres d'insulte et des menaces de mort(95). L'ÉPOUVANTABLE ET INUTILE BOMBARDEMENT DU 5 JANVIER 1945. Il faut revenir sur l'inspection du major général américain Ralph Royce à Cognac le dimanche 10 décembre 1944 pour préparer l'intervention aérienne en vue de l'opération Indépendance. Cinq personnes participent à cette réunion, Larminat, Corniglion-Molinier, Ralph Royce et ses adjoints, les colonels Crumrine et de Chassey. Sur ce qui s'est vraiment passé à Cognac, il y a deux versions parfaitement incompatibles car aucun procès-verbal n'a été fait, pas plus qu'une confirmation écrite. Après coup, pour Larminat, ayant participé seulement durant dix minutes à cette réunion, les objectifs envisagés pour des escadrilles d'entraînement sont la pointe de Grave et la Coubre, "à aucun moment il n'a été question d'attaquer de nuit la ville de Royan ce qui ne pouvait être admis qu'après l'évacuation de la population et au surplus n'avait qu'un intérêt militaire très médiocre". Quant à Corniglion-Molinier, chargé de remettre aux Américains les plans nécessaires et dont le mémorandum demande un "premier bombardement puissant" sur "des objectifs prècis" pour accompagner l'attaque, il déclare aussi que Royan n'a pas été mentionné, mais admet bien avoir discuté l'évacuation de la population civile après le 15 décembre, or cela concerne forcément Royan et non la Coubre où il n'y a aucun civil(96). Au contraire pour Royce, estimant que les opinions de Larminat semblent "changer de temps en temps", il s'agit de bombarder "Royan area" et il attire l'attention, à deux reprises, sur les civils français inévitablement tués au cours de l'attaque; Larminat confirme avoir envisagé de telles pertes et lui donne son accord pour bombarder à sa guise après le 15 décembre(97). Les inquiétudes de Royce pour la population se dissipent lors d'une soirée très arrosée au camp de presse F.F.I. de Jarnac, une beuverie selon Robert Aron, où d'après des officiers français il reste uniquement dans la poche des Allemands et des civils qui ont refusé de partir, donc acquis à l'ennemi(98). Le commandant Meyer confirme l'opinion de certains officiers très "anti-boches" et tout aussi hostiles aux "Français restés avec leurs boches", d'ailleurs selon une lettre anonyme envoyée à L'Avenir de Royan en 1947: la ville "était exclusivement habitée par des collaborateurs notoires lors de l'indispensable bombardement"(99). Cette incompréhension s'explique. A Royan, certaines relations se sont créées au fil du temps entre les très nombreux occupants, dont certains sont là depuis des années, et la population, car la cohabitation se déroule sans histoire, le général royannais Charbonneau juge même, dans l'ensemble, "belle" l'attitude locale des troupes d'occupation(100). Cette situation, atypique, d'une ville trop fortement occupée est
245 incompréhensible pour les maquisards qui encerclent la poche et se battent durement depuis des mois contre un occupant anonyme et trop souvent sanguinaire. L'adjoint de Royce, le colonel Crumrine confirme les trois bombardements envisagés, avec remise des cartes correspondantes, sur la Coubre, la pointe de Grave et Royan. La carte des "Défenses de Royan", qui couvre la ville et ses environs immédiats de Suzac à Vaux, faite par l'état-major d'adeline le 11 novembre 1944, est conservée aux archives de la R.A.F. et porte deux mentions manuscrites en anglais, "Evacuation by December 15th" et "Pointe de la Coubre 13 miles from Royan" avec une flêche vers le nord. Selon le témoignage accablant du colonel de Chassey, de l'armée de l'air française mais faisant partie de l'état-major de Royce, Larminat a bien donné son accord pour un bombardement de Royan après le 15 décembre car il "considérait que la plus grande part de la population de la zone de Royan avait été évacuée, que des ordres avaient été donnés plus d'une fois aux habitants de ne pas rester là et qu'il n'y avait donc pas lieu d'arrêter les opérations pour une telle raison dans l'ensemble de la zone tenue par l'ennemi", étonnante remarque puisque les ordres d'évacuation à Royan ne peuvent émaner que des seules autorités allemandes(101). Quoi qu'il en soit, le sort de Royan est scellé lorsque Royce quitte Cognac. Dès le mercredi 13 décembre il demande au S.H.A.E.F. un bombardement massif de la ville quand les conditions atmosphériques gêneront les opérations sur l'allemagne et il remet la carte de "Royan area" car il a décidé de "ramollir" la poche par un bombardement intensif(102). Après l'abandon de l'opération Indépendance, personne à l'état-major français ne pense plus à ces bombardements si ce n'est pour rappeler les attaques prévues sur la Coubre et la réponse de Royce fait bien référence, dans ce cas, à des escadrilles à l'entrainement(103). Le S.H.A.E.F. qui insiste pour un bombardement dès que possible, profite du mauvais temps qui règne sur l'europe, pour ordonner aux groupes 1, 5 et 8 de Lancasters du Bomber Command de la R.A.F. d'attaquer "Royan port area" dans la nuit du 4 au 5 janvier 1945. L'ordre de mission n 1719 est de "détruire la ville fortement défendue par l'ennemi et occupée uniquement par des troupes allemandes" et s'il ne fait aucune mention de la population civile, il demande aux équipages, à cause de la proximité des forces militaires françaises, de ne lâcher leurs bombes que si l'objectif est correctement identifié. Le nom de la ville à bombarder n'est pas mentionné sur l'ordre de mission, l'objectif est simplement défini sur la carte GSGS.4250.6M/5 par un énigmatique "372753"; en fait il s'agit du quadrillage Lambert donnant un point sur une longitude de 37,2 et une latitude de 75,3, en plein centre de la ville juste au nord du cimetière protestant(104). Cet objectif a sans doute été choisi sur la carte de Royan n 4234 du War Office de 1943, il est situé à 800 mètres au nord du port, ou plus exactement de l'angle du Boulevard Thiers et de la Façade Foncillon(105). L'un des pilotes américain confirme: "On nous avait dit que des bases sous-marines et des emplacements d'artillerie, bien défendus, se trouvaient à Royan. Il fallait donc raser le port" et "il importait d'attaquer et de bien toucher une ville française renfermant un nombre indéterminé de nazis. Ainsi la guerre l'exige"(106). La R.A.F. contacte le 4 janvier à 15h40 la 1st Tactical Air Force de Royce en France pour savoir si les civils ont tous été évacués afin d'annuler l'attaque si le moindre doute subsiste, puis une seconde fois à 16h20. Le général Ned Schramm, adjoint de Royce pour les opérations, contacté directement à 17h00 doit faire une ultime vérification avec les Français et
246 répond que, sans contre-ordre de sa part, la R.A.F. pourra attaquer. Schramm ne rappelle pas et les bombardiers s'envolent peu après minuit(107). En fait, il n'a pas pu obtenir la liaison téléphonique avec Cognac car la ligne est en dérangement, Devers et Royce se contentent alors d'envoyer à 19h50 deux télégrammmes chiffrés à Larminat et à Corniglion- Molinier(108). Dans sa brochure "Royan n'est plus", le pasteur Besançon, chef des groupes de Résistance de la Seudre, décrit ce matin du 5 janvier 1945: "Il faisait grand vent et tous avaient fermé leurs volets pour dormir plus tranquilles. Scénario habituel de la nuit du jeudi au vendredi: avion, fusées. Tout le monde se disait "c'est l'avion postal allemand, pas la peine de se déranger". Le bruit devenant intenable, l'on ouvrit les volets et c'est un ciel d'incendie clair comme un midi de mai, qui s'offrit aux regards éberlués des gens qui au lieu de voir les fusées monter du sol les voyaient descendre des cieux. Alors l'on comprit que notre heure était venue et qu'il fallait fuir loin des maisons. En un tournemain chacun se vêtit de ce qui lui tomba sous la main, dévala les escaliers et choisit l'emplacement qui lui semblait le plus favorable. Déjà les chapelets de bombes tombaient". Il y a alors peu de victimes et, dès l'arrêt du bombardement, les survivants dégagent les personnes ensevelies, repèrent les morts, aident les blessés aux trois quarts nus, ensanglantés et recouverts de plâtre, à rejoindre dans la nuit, la neige et le froid vif, les postes de secours(109). Mais la ville a droit à une seconde attaque, plus meurtrière, un véritable enfer qui parachéve l'oeuvre de destruction, fauche les sauveteurs en plein travail et de nombreux habitants dont beaucoup meurent étouffés dans leurs tranchées, abris trop illusoires, car aucun civil n'est admis à se réfugier dans les blockhaus allemands(110). Selon le pasteur Besançon, nul ne peut oublier "ces sifflements rapides et ces espèces de chuintement des ailettes se vissant dans l'air, intraduisibles, même en onomatopées, et l'entrée de la bombe dans le sol, accompagnée d'une bréve secousse et d'un bruit analogue à l'échappement des grosses motos au repos. Et puis ce sont les déflagrations si fortes que le tympan ne vibre plus, que l'on entend pas, que l'on est secoué sur le sol comme salade au panier, aveuglé par la lumière et la fumée". Il conclut qu'à partir de 5h50 l'on peut dire que "Royan n'est plus", ni dans son corps ni dans son âme(111). D'après les archives de la R.A.F. l'attaque est tout a fait satisfaisante car la forteresse nazie a été "aplatie". Le groupe n 1 du Bomber Command écrit dans son journal que cette opération a dû être une coup dur pour ces "Huns" qui pensaient qu'ils n'avaient rien d'autre à faire qu'attendre tranquillement la fin de la guerre. Guidée par 7 mosquitos la première vague de 217 quadrimoteurs Lancasters attaque de 4h à 4h15, la seconde de 124 bombardiers de 5h28 à 5h43(112). La visibilité est bonne et les bombardiers, dont six sont perdus, lâchent depuis 2 à 3.000 mètres d'altitude 1.242 fusées rouges et vertes pour baliser l'objectif et déversent sur Royan 27,4 tonnes de bombes incendiaires et 1.576 tonnes de bombes explosives, dont 285 bombes de 2 tonnes(113). Ce bombardement a l'intensité des grands raids de terreur sur les villes allemandes, la technique employée du "rolling carpet bombing [tapis roulant de bombes]", inventée par Sir "Bomber" Harris le chef de l'aviation de bombardement britannique, écrase l'objectif sous ces bombes de 2 tonnes réglées pour exploser après avoir pénétré dans le sol, afin d'infliger un maximum de pertes humaines. Michahelles répond aux questions de ses subordonnés "Inutile de me demander des
247 ordres. Toutes nos lignes sont coupées. Les Français seront là dans quelques minutes. Si toutefois à 8 heures, ils ne sont pas arrivés, nous reprendrons le travail selon l'horaire habituel", et d'allemagne, son chef lui souhaite en cas d'attaque "un succès défensif et une lutte héroïque"(114). Pour leur part, le pasteur Besançon et ses hommes attendent une attaque qui ne vient pas et de rage jettent leurs armes et s'occupent des morts. Le commandement français serait bien en peine de réagir car il ignore tout de cette attaque. Les télégrammes annonçant le bombardement sont reçus à la liaison américaine de Cognac à 22h22, déchiffrés et traduits pendant la nuit, et remis seulement à 8h du matin le 5 janvier aux généraux français(115). L'alerte a cependant été donnée durant la nuit quand les bombardiers survolent l'aéroport de Cognac, qui craint un bombardement de la Luftwaffe demandé, d'après des informations secrètes, par Michahelles. Les Français arrêtent huit aviateurs alliés qui ont sauté en parachute à la suite d'une collision entre deux bombardiers et, les prenant d'abord pour des Allemands, manquent de les fusiller(116). Dans la ville anéantie, le silence est entrecoupé d'appels au secours et d'éclatements de bombes à retardement qui gênent les sauveteurs pendant 48 heures. Malgré le dévouement des responsables, les secours sont absolument insuffisants, d'autant plus que de la poste à Pontaillac il faut quatre heures de marche au milieu des ruines sur un sol glacé, couvert de neige, et parfois brûlant au contact des ruines fumantes. Lanteirès fait évacuer les blessés sur l'hôpital des Mathes, où les soins sont donnés par les personnels sanitaires français et allemands, et sur la maison close "Clair de Lune" au parc, où les filles du bordel allemand soignent les blessés avec le même sens du devoir et d'abnégation que les sœurs religieuses venues les aider après la destruction de leur hôpital, puis il ouvre une mairie provisoire aux Palmiers et ordonne d'évacuer la ville(117). Le vieux curé Bouin, enseveli sous son église pendant quatre jours, considéré comme mort, est sauvé par le curé de Saint-Pierre venu rechercher son corps pour lui procurer des funérailles décentes et qui, à son grand étonnement, le retrouve gravement blessé et presque mort de froid mais vivant ainsi que sa sœur. Ils sont emmenés dans des brouettes jusqu'à l'accueillante maison close "Clair de Lune"(118). On parle d'abord de milliers de morts, mais en fait 336 victimes sont enterrés au cimetière de Royan et une étude de Christian Genet arrive à 460 ou 500 tués, ce qui doit être très proche de la réalité et représente près du quart des 2.223 habitants restés à Royan, sans compter les 300 à 400 blessés(119). Les Allemands ont perdu 35 hommes et leurs fortifications sont intactes(120). Des pourparlers s'engagent le 8 janvier entre Allemands et F.F.I. et une trêve de dix jours permet l'arrivée d'une colonne sanitaire française et des marins-pompiers de La Rochelle, ainsi que l'évacuation des grands blessés et de certains survivants. Michahelles en profite pour dire au commandant Meyer que cet affreux massacre est une curieuse façon de faire la guerre, puisque sa forteresse est intacte et la ville ruinée(121). La première annonce officielle faite par la B.B.C. du 6 janvier à midi mentionne un bombardement "satisfaisant", fait à "la demande des F.F.I.", sur Royan dont les 6.000 Allemands étaient "les seuls habitants, car la population civile avait été évacuée depuis longtemps"(122). Les Alliés réalisent l'ampleur du désastre dès le lendemain sur les photos aériennes d'après lesquelles "l'agglomération royannaise est durement touchée. Toutes les
248 habitations paraissent détruites entre la plage, la gare et la lisière N-O de Royan(123). La population civile est sérieusement éprouvée et les objectifs militaires non touchés". Une vive polémique s'engage aussitôt entre les généraux français et américains, et un secret total s'abat sur cette affaire pour des décennies. Inutile d'insister sur la violente colère que suscite ce bombardement chez les Royannais dont beaucoup, réfugiés hors de la poche, n'apprennent la triste réalité que plusieurs semaines après et ils gardent à Larminat une solide et tenace rancune, sans aller aux extrémités des Bordelais qui l'accusent d'avoir fait bombarder Royan "afin de se faire conférer une nouvelle étoile"(124). Larminat conclut à "une tragique erreur sans bénéfice militaire qui a amené le commandement local, très attristé, à protester violemment", mais ajoute "toute guerre comporte de ces pénibles méprises", et il se refuse à expliquer cette "tragique méprise" entre Royan qui "ne comprenait aucun objectif militaire" et la Coubre "à 17 kilomètres d'une ville habitée"(125). Au général Juin qui estime qu'une "part des responsabilités incombe au commandement français", il répond que les seuls objectifs retenus étaient la pointe de Grave et la Coubre(126). Après qu'il se soit fait insulter pour avoir détruit Royan, alors qu'il préside un tribunal militaire, le ministère de la Guerre en 1949 confirme que "la responsabilité de la destruction de Royan ne peut en aucune manière être imputée au général de Larminat" qui avait donné des instructions pour faire bombarder les objectifs militaires de la pointe de la Coubre situés à 22 kilomètres de Royan, à l'exclusion de tous autres objectifs"(127). Au moment de sa mort en 1962, le Monde publie le témoignage, bien tardif, du colonel de Neveu, chef de la mission de liaison avec Royce, qui parle aussi "d'objectifs très éloignés de la ville de Royan"(128). Peu après l'attaque, les archives de la R.A.F. mentionnent que les généraux français ont trouvé ce bombardement si réussi qu il aimerait le voir se répéter, et que ce bombardement a été demandé par le général "Mollinière", Corniglion-Molinier, qui soutient aussi que jamais "la ville de Royan elle-même" n'a été retenue comme objectif(129). Adeline reconnaît avoir demandé un bombardement massif des "organisations ennemies" signalées sur des "calques très précis" mais jamais de la ville, aussi il suggère de demander aux Alliés les raisons de "cette catastrophe" qui "doit compter parmi les "regrettables erreurs qu'il est malheureusement bien difficile d'éviter au cours des opérations extrêmement complexes d'une guerre de coalition"(130). Le général de Gaulle écrit dans ses mémoires, sans la moindre référence aux morts du 5 janvier: "Il est vrai que les bombardiers américains étaient venus, de leur propre chef, jeter en une nuit force bombes sur le terrain. Mais cette opération hâtive, tout en démolissant les maisons de Royan, avait laissé presque intacts les ouvrages militaires"(131). La vérité doit être recherchée dans les trois dossiers secrets sur Royan, aujourd'hui publics, des archives américaine, française et anglaise. Pour clore l'investigation américaine, le général W.B. Smith écrit, au nom d'eisenhower, le 7 février au général Juin que le S.H.A.E.F. déplore "profondément" cet événement et a exigé une enquête car "il semblait incompréhensible qu'une ville française contenant une importante population soit bombardée à la demande d'un Commandant Français, d'autant plus que l'opération dont cette attaque devait faire partie avait déjà été annulée". Le problème réside
249 dans "la complète différence d'opinion entre le général de Larminat et son Etat-major d'une part, et le général Royce et son Etat-major de l'autre. Sans considérer où réside la faute, il demeure le fait brutal qu'une ville Française a été bombardée avec de lourdes pertes pour ses habitants et très peu d'effets sur l'ennemi. Les différences de langage et la piètre liaison de part et d'autre en sont la cause principale et les deux commandants auraient dû être plus prudents. Je ne crois franchement pas que d'autres faits puissent être établis par une nouvelle enquête et, en tous cas, le Général Royce a été relevé de ce théâtre et n'est plus disponible pour témoigner". Il ajoute qu'eisenhower, très touché, interdit toute nouvelle attaque contre une ville française sans son accord. Le Service Historique français de l'armée de l'air conclut à "une erreur d'interprétation" entre les commandements français et allié(132). Quant à l'état-major de la R.A.F., qui n'a d'autre responsabilité que d'avoir trop bien fait son travail, il craint d'être tenu pour responsable dans cette affaire "lamentable". Sir "Bomber" Harris estime qu'il aurait mieux valu garder les bombardiers au sol et surtout utiliser des bombes moins puissantes afin de réduire les pertes civiles. Pour la R.A.F. la responsabilité est partagée entre les Américains et les Français qui font "tout ce qu'ils peuvent pour refuser d'admettre leur erreur ou leur négligence" et, comme Larminat a le soutien des autorités françaises, la R.A.F. préfère classer dès avril cet "incident" qui passe "relativement inaperçu". Cette responsabilité partagée apparaît clairement à la lecture de ces documents. Il y a d'abord l'incroyable légèreté des responsables militaires, français et américains, qui ne mettent rien par écrit le 10 décembre à Cognac où pourtant il est impensable qu'un mois avant l'offensive générale Royan, centre du dispositif allemand, n'ait pas été mentionné. Le plan remis à Royce en est la preuve, ainsi que les discussions sur l'évacuation des civils qui ne peuvent concerner la Coubre. Les Français n'ont jamais attiré l'attention sur la population civile et sont bien irresponsables d'affirmer le 10 décembre, qu'après le 15 toute la population civile serait évacuée quand ils savent sans le moindre doute, grâce aux résistants, qu'il reste à Royan plus de 2.000 habitants et qu'aucune nouvelle évacuation n'est prévue. Royce et son état-major sont responsables, pour leur part, de ne pas s'être assurés de l'évacuation totale des civils, et la R.A.F. trouve inadmissible le feu vert donné par le général Schramm au Bomber Command, en l'absence de toute confirmation officielle des Français, même s'il se croit certain d'un accord de principe. Mais la principale cause du désastre est sans aucun doute dans l'imprécision des termes, "position de Royan" ou "réduit de Royan" pour les Français, "Royan area" pour les Américains, en résumé "Royan" tout simplement pour les uns et les autres, d'où la confusion, aggravée par la différence de langage, justement mentionnée par le général Corniglion- Molinier "entre l'agglomération de Royan et le ceinture fortifiée de la ville"(133). Le général de Larminat lui-même mélange les deux termes puisqu'il signale dans ses mémoires que, même si les télégrammes du 4 janvier étaient arrivés en temps utile, "le mot Royan aurait sans doute été considéré comme caractérisant la zone de l'objectif et non l'objectif lui-même"(134). Malheureusement rien n'a été fait pour lever cette ambiguité et rappeler la présence des civils. Le général Royce est relevé de son commandement le 29 janvier et muté aux Etats-Unis, mais ni Corniglion-Molinier, ni Larminat ne sont sanctionnés(135). Il est vrai que le général de
250 Gaulle peut difficilement écarter ce dernier, choisi pour donner une victoire à la France sur le sol national, au moment où l'assaut se prépare et quand il commence à mettre au pas ces troupes F.F.I. trop révolutionnaires au goût du ministère de la Guerre et du gouvernement(136). L'OPÉRATION "VÉNÉRABLE" ET LA LIBÉRATION. Les opérations de secours pour les Royannais neutralisent la plus grande partie de janvier. Le 6 février les Allemands expulsent les derniers habitants de La Tremblade puis pillent, et brûlent, plusieurs maisons au centre de la ville(137). La guerre de position reprend sous un froid sibérien avec ses coups de main, l'un des plus audacieux est celui du capitaine de frégate Fournier de la demi-brigade Armagnac, déposé la veille avec ses 30 hommes sur la Côte Sauvage, il prend le blockhaus Freiburg à Ronce le 16 février, le fait exploser puis revient sur la rive droite de la Seudre avec 8 prisonniers. Des frictions existent entre les F.F.R.Y. et la population près du front, indignée du bombardement gratuit de Royan, et accusée d'égoïsme car elle n'apprécie nullement d'être évacuée des avant-postes par crainte du pillage, qui d'ailleurs se produit et oblige Adeline à sévir en arrêtant plusieurs soldats et un officier(138). Pendant ce temps, pour sauver définitivement les résistants condamnés à mort, les discussions continuent entre Adeline et Michahelles, Demesmay sert d'intermédiaire et, pour Adeline, il fait "preuve d'une activité et d'un dévouement admirables". Bien que peu aidés par le gouvernement, les F.F.R.Y. se modernisent et deviennent les 50, 107 et 158 régiments d'infanterie, tandis que le groupe Z devient le 12 régiment d'artillerie. Le Bataillon de Marche n 2 composé de Noirs de l'oubangui, le n 5 formé aux Antilles, le 6 Bataillon nord-africain, des zouaves et des spahis marocains arrivent en renfort(139). Enfin la 2 D.B. ayant terminé le nettoyage de la poche de Colmar, est affectée au front de l'atlantique, non sans une violente colère du général Leclerc qui ne veut pas "terminer piteusement la guerre dans les parcs à huîtres". Il est furieux d'être bloqué pour "la petite opération" de Royan "trop tardive" au lieu de foncer envahir l'allemagne, "occasion qui ne s'était jamais présentée depuis l'empire" mais obligé, par des moyens "aux limites du chantage", de mettre ses chars aux ordres de Larminat dont l'objectif était "de réveiller à tout prix le Front de l'atlantique, d'obtenir un succès indispensable à des troupes passives depuis six mois". Aussi, il refuse de rencontrer Larminat "afin d'éviter des discussions peu compatibles avec les règles de la hiérarchie militaire"(140). Le général de Gaulle n'admet pas "que des unités allemandes puissent, jusqu'à la fin, rester intactes sur le sol français et nous narguer derrière leurs remparts", et il presse les opérations car "Depuis des mois, je le souhaitais. A présent, j'en avais hâte; les jours de guerre étant comptés"(141). Larminat, nommé pour mener à bien cette attaque, juge cette opération indispensable pour que "nos F.F.I. soldats sortis spontanément du terroir, démontrassent leur pugnacité, leur capacité à battre sur son terrain un ennemi puissamment armé et bien entraîné", c'est "une opération de prestige" pour ne pas permettre aux Allemands de rentrer invaincus chez eux. La décision est prise le 22 mars de relancer l'offensive pour le dimanche 15 avril 1945.
251 Larminat dispose d'une confortable supériorité car le commandement militaire allié, autant que de Gaulle, veut une victoire certaine et porte un grand intérêt à ce banc d'essai de la réduction d'une poche de résistance, au moment où les Allemands envisagent des réduits alpins. Larminat cite deux amusantes remarques sur les spécialistes qui paniquent au moment crucial. Le météorologue attitré donne, contrairement à son habitude, un bulletin horrifique avec "cyclones, anticyclones, épicyclones, supercyclones" qui se ruent sur Royan le jour prévu pour l'attaque, afin de se couvrir "pour le cas où..." et le 2 Bureau fait de même en augmentant subitement l'artillerie ennemie, pourtant fort bien connue, de 50 %(142). Larminat dispose de l'infanterie F.F.I. et coloniale, de 250 piéces d'artillerie F.F.I. et américaines, de 200 chars dont une partie de la Division Leclerc et de deux bataillons du Génie. La division de marche Gironde de 23.700 hommes, aux ordres du général d'anselme, chargée d'attaquer directement Royan, comprend le groupement Nord du colonel Granger et le groupement Sud du colonel Adeline. La brigade de marche Oléron de 6.700 hommes, aux ordres du général Marchand, est chargée de débarquer sur la rive gauche de la Seudre. La "French Naval Task Force", la F.N.T.F. de l'amiral Rue avec 25 bâtiments, dont le cuirassé Lorraine et le croiseur Duquesne, participe à l'attaque avec les 100 appareils des F.A.A. du général Corniglion-Molinier qui vont être puissamment aidés par les bombardiers de la 8 American Air Force du général Doyle comprenant 1.200 forteresses volantes et B26 Marauders montés par 8.000 hommes d'équipage, car on peut "taper sur la ville maintenant qu'elle est détruite" comme le reconnaît le commandant Meyer(143). Larminat dissout les F.F.O. et réorganise ses forces de 30.400 hommes, dont un tiers de musulmans; Michahelles "étonné des moyens mis en œuvre pour réduire la forteresse de Royan", parle de "30.000 marocains et troupes noires"(144). Dans son ordre du jour n 7 du vendredi 13 avril, Larminat déclare: Soldats F.F.I. "montrez à la France que vous savez vaincre dans une bataille en règle" pour rendre à la France l'utilisation du port de Bordeaux, faux argument puisque des mois de travaux seront nécessaires pour dégager les passes(145). Dans un geste chevaleresque Larminat, qui vient de dénoncer les accords passés avec l'amiral Schirlitz à La Rochelle afin de laisser ses forces libres de secourir celles de Royan, lui écrit: "J'attaque Royan"(146). L'offensive rebaptisée "Vénérable" débute le samedi 14 avril. A l'intérieur de la poche, les résistants font sauter les installations téléphoniques ennemies aussitôt après le déclenchement d'une courte préparation d'artillerie à 6h30. Le groupement Nord de la division Gironde fonce sur Médis, le groupement Sud sur Sémussac et Meschers et tous les avantpostes sont conquis comme prévu. La brigade Oléron se contente de faire des diversions sur la Seudre et 1.150 bombardiers américains attaquent le réduit de Royan qui reçoit 3.000 tonnes de bombes. L'attaque de rupture débute à 10h le dimanche 15 avril après une intense préparation d'artillerie et des bombardements aériens par 1.350 avions qui déversent près de 4.000 tonnes de bombes, Vaux est alors partiellement détruit, et 725.000 litres de napalm, nouveau liquide incendiaire que les forces américaines expérimentent massivement pour la première fois afin de neutraliser les fortifications qui ont résisté aux bombes ordinaires(147). Le résultat est décevant car les ouvrages fortifiés ne sont pas détruits, mais spectaculaire selon le général d'aviation Bouscat "C'était véritablement une vision dantesque. La terre, le sol même
252 flambaient. Tout grillait" et Royan n'est plus qu'un "infernal amas de pierres calcinées et de ferrailles tordues". Des témoins oculaires décrivent des ondulations concentriques dans les nuages dont Royan, disparu sous un épais nuage de fumée, est le centre. Pour France-Soir "jamais, sans doute, au cours de cette guerre, une telle densité de feu ne fut concentrée sur un objectif aussi exigu" et le général américain Devers écrit: "Quand les forces de terre déferlèrent sur les positions ennemies, la majorité des défenseurs était tellement écrasée moralement par le terrifiant choc aérien" que la "résistance a été négligeable", ce qui est loin d'être le cas(148). Après un pilonnage de 40 minutes par la flotte de haute mer et 210 pièces d'artillerie sur les défenses côtières de Saint-Sordelin et des Ajoncs, le groupement Nord de la division Gironde attaque à 13h30 sur l'axe Médis-Royan, mais les troupes sont arrêtées par les ouvrages fortifiés et les champs de mines de Belmont, qui ont survécu à ce déluge de feu et d'acier. Belmont n'est conquis par le 4 Zouaves qu'à 16h30 et aussitôt les chars de la Division Leclerc foncent sur Royan et la mer est atteinte par les zouaves à la tombée de la nuit, dans un nuage de fumée et de poussière irrespirable. Pendant ce temps, le groupement Sud attaque Didonne puis Suzac et Saint-Georges de Didonne, pour atteindre la mer à 22h. Le lundi 16 avril Larminat accélère l'offensive. Au lever du jour, après une intense préparation d'artillerie, la brigade Oléron franchit la Seudre. Le Mus du Loup est enlevé à 10h et à 15h nos troupes tiennent Chaillevette et Avalon, puis occupent La Tremblade. La division Gironde continue le nettoyage de Royan; les ouvrages fortifiés de la jetée, du Chay, de Pontaillac et du bois de Bellamy sont pris un à un par le 4 Zouaves. Les résistants condamnés à mort retenus à la villa Déli se libèrent eux-mêmes, désarment leurs gardiens puis les enferment à leur place. Tandis que 550 bombardiers pilonnent Jaffe et la Coubre, les ouvrages de Vaux puis de Jaffe sont enlevés à 10h30 par le 4 Zouaves. Ensuite Saint- Augustin est pris à midi, les Mathes à 13h puis Etaules, La Tremblade et Ronce où la division Gironde rejoint la brigade Oléron. Pendant ce temps Saint-Georges est nettoyé, ainsi que Vallières après une résistance acharnée. Le soir du 16 avril, il ne reste plus à réduire que le blockhaus de Michahelles à Pontaillac et l'ouest de la presqu'île d'arvert avec la Coubre. Le mardi 17 avril, le réduit de La Coubre est soumis à un violent bombardement mais la fumée et la chaleur intense de la forêt en flammes gênent l'attaque. La brigade Oléron nettoie le nord de la presqu'île d'arvert, tandis que le 4 Zouaves, toujours lui, attaque le blockhaus de Michahelles à Pontaillac à 11h15. Après une vive défense, l'amiral se rend à 12h40 avec son état-major de 12 officiers et 97 sous-officiers et hommes de troupe. Le général d'anselme arrête alors les opérations et fait ouvrir des pourparlers avec les défenseurs de la Coubre(149). Le mercredi 18 avril, les 800 défenseurs de la Coubre, en majorité des marins du Tirpitz Bataillon, se rendent à 7h avec les honneurs militaires que Larminat, toujours chevaleresque, leur accorde et ils défilent devant leurs vainqueurs sur la route du Clapet aux Mathes, en grand uniforme avec leurs armes mais sans munitions(150). Toute résistance a cessé, la bataille de Royan se termine par une victoire totale, quant à l'opération Vénérable elle continue jusqu'au 20 avril à la pointe de Grave. Pendant les combats, 153.550 coups de canon ont été tirés. L'aviation a déversé sur le réduit 10.000 tonnes de bombes et le napalm a totalement brûlé le centre de Royan. A cause d'une sévère
253 résistance allemande, cette bataille ne fut nullement une promenade militaire car les pertes françaises sont lourdes, 154 tués et 700 blessés, sans parler des quelques dizaines de victimes civiles. Quant à l'ennemi, il compte 479 tués et 4.600 prisonniers dont 220 blessés(151). Dans son ordre du jour de victoire n 8 Larminat déclare à ses troupes "Vous pouvez être fiers de votre œuvre. Vous avez bien mérité de la Patrie". Il remercie aussi, non sans humour, la division Leclerc de son concours apporté "avec une gentillesse et un esprit de coopération qui en doublent la valeur". Le général Leclerc, qui a refusé de le rencontrer pendant toutes les opérations, lui écrit que la gloire pouvait être obtenue en Allemagne mieux que sur le Front de l'atlantique et que "l'histoire décidera de ces objectifs contradictoires lequel primait l'autre", et l'histoire a jugé(152). Lors de la remise des décorations, par un temps splendide, durant la revue du dimanche 22 avril dans la plaine des Mathes, le général de Gaulle salue cette victoire française et déclare que le travail a été bien fait, ce qui est parfaitement vrai sur le plan militaire(153). Au milieu d'une débauche d'uniformes colorés des zouaves, des tirailleurs et d'autres troupes régulières, les régiments F.F.I. se remarquent par la note sévère de simples tenues kaki. D'après un témoin oculaire, les membres de la Résistance de Royan sont alignés sur la route, presque devant l'estrade du général, mais ils sont là en parents pauvres et personne ne s'occupe d'eux; ils paraissent malheureux, décontenancés, déçus sans doute(154). De nombreux combattants sont décorés, dont Larminat, Anselme, Rue, Corniglion-Molinier, Adeline et le 4 Zouaves, qui a pris la plus large part dans cette victoire et fait "plus de 2.000 prisonniers dont l'amiral commandant en chef et tout son état-major", compte 60 tués et 250 blessés, et reçoit une dixième palme à la Croix de Guerre de son drapeau(155). Après cette émouvante cérémonie clôturant une "brillante victoire qui a prouvé l'efficacité de l'armée nouvelle née de l'amalgame F.F.I. et F.F.L.", le général de Gaulle traverse rapidement Royan, chaos de désolation et de ruines désertes, et fait part de sa consternation et de sa tristesse devant de tels désastres(156). Pour les Royannais il n'y a "ni libérateur, ni libération" mais de nouveaux morts et de nouvelles ruines provoquées par une attaque "quelques jours avant la fin effective de la guerre" et la "Victoire de Royan", selon le docteur Domecq, ne peut exister que pour Larminat, accusé d'avoir déclenché une telle opération pour "ses seuls buts personnels d'orgueil et d'ambition", ce dont il était bien incapable à son poste, même s'il a voulu, avec le soutien total de ses troupes, avoir enfin sa part de la victoire de nos armes(157). Le commandant de Gigord dans la Revue Historique de l'armée, admet que ceux qui pensent, comme les Royannais, qu'il eut été logique d'attendre la capitulation imminente de l'allemagne afin d'éviter de nouvelles pertes de vies humaines et de nouvelles destructions matérielles ont une objection qui n'est pas sans valeur, mais qui fait abstraction de "facteurs essentiels d'ordre moral" nécessaires pour redonner confiance à un pays meurtri. Aussi, pour lui, "les morts de Royan ne sont pas morts en vain, leur sacrifice a permis à la France d'écrire une nouvelle page de gloire"(158). Ce besoin de prestige, face auquel Royan "est bien peu de chose", est la raison déterminante de l'attaque selon l'étude, très critique, de l'école royale militaire de Bruxelles(159). C'est aussi l'opinion d'henri Amouroux pour qui, avec les Russes près de Berlin et les Alliés en plein coeur de l'allemagne, cette attaque est devenue
254 "militairement sans objet"(160). CHAPITRE XV LA VILLE RENAÎT DE SES CENDRES. LA "VILLE CREVÉE" DE 1945. La perle de l'océan libérée n'est plus que le fantôme d'une ville, un immense tas de décombres bouleversés dans lesquels on ne peut "cueillir la moindre touffe d'herbe" car au centre il ne reste rien, pas même les rues, et elle n'a ni eau, ni gaz, ni électricité(1). Un correspondant de guerre à l'entrée de nos troupes a rencontré trois civils, trois vieillards, un autre durant quatre heures en a vu sept agitant des drapeaux français noyés de poussière, mais en fait elle est déserte, la plupart des 350 Royannais restants sont dans la zone neutralisée de l'hôpital des Mathes(2). Par contre la ville renferme de nombreux cadavres allemands que le docteur responsable de la santé des Royannais dit avoir eu toutes les peines du monde à faire enlever après la prise de la ville. "Pas de tombes pour la canaille" disaient certains(3). Les autorités pétainistes sont suspendues par le Gouvernement Provisoire qui omet, heureusement, d'annuler la loi de Vichy créant la Charente-Maritime et, comme il n'est pas possible de procéder à des élections avant la fin des hostilités, le pouvoir est partagé entre le docteur Yves Domecq président d'une nouvelle délégation spéciale, donc maire, et Paul Bouchet président du Comité Cantonal de Libération chargé de l'épuration(4). L'état de Royan est tel qu'il n y a aucun excès sur ce plan; d'après Henri Gayot, seuls trois collaborateurs sont exécutés, après un procès et un jugement en règle(5). D'ailleurs Le Cri de Royan se plaint que l'épuration n'a jamais été faite sérieusement, il est vrai que tous les Royannais déclarent maintenant avoir eu une conduite héroïque dans la résistance même si, comme le note avec humour L'Avenir de Royan, avant le débarquement ces "résistants étaient des pétainistes convaincus"(6). Adeline est nommé commandant de la Place de Royan qui reste en état de siège et va de Meschers à Saint-Palais où il établit son poste de commandement. Devant le danger, très réel, des mines et des bombes non éclatées, il interdit de laisser rentrer plus de 200 Royannais "à leurs risques et périls", d'ailleurs il est difficile d'en nourrir plus et surtout impossible d'en loger davantage. Larminat a donné des ordres formels interdisant tout pillage et toute exécution sommaire sous peine d'exécution immédiate. Le Commandant de la Place confirme ces instructions et fait apposer 90 affiches dans la zone libérée, dont 10 sur les murs encore debout de Royan, de plus 31 gendarmes en surveillent l'exécution(7). Rien n'y fait et le docteur Veyssières, président de la section de Royan des Déportés, stigmatise un "pillage éhonté, ignoble, systèmatique auquel se sont livrées certaines formations qui occupèrent nos ruines fumantes" en traitant Royan en "ville conquise", ce qui amène les sinistrés à être "dépouillés, vidés de leurs derniers biens par d'autres Français". Henri Simon, ancien déporté, mentionne le "pillage scandaleux de nos maisons" qui est pour Métadier "total et systématique"(8). Ces pillages qui s'étendent dans toute la presqu'île
255 d'arvert, de Meschers à Ronce-les-Bains, sont très mal supportés par les sinistrés de plus en plus furieux contre Larminat, d'autant plus que la police royannaise, basée à Saint-Palais, leur interdit l'accès des ruines. La revue La Plataine, politiquement très hostile aux "libérateurs", dénonce si véhémentement les F.F.I. avec ses dessins humoristiques qu'elle se fait interdire(9). Le général Marchand menace de sanctions graves les pilleurs qui déshonorent l'armée française en Arvert et, à Royan, Adeline envisage de mettre des barrages pour empêcher de sortir de la ville ceux qui "procèdent pour leur compte personnel à la récupération de matériel de toute catégorie pris à l'ennemi"(10). Rien n'y fait et bien entendu cette récupération des biens ennemis s'étend aux villas françaises, assimilées automatiquement à des biens de collaborateurs. Ces pillages, constatés par Henri Amouroux correspondant de guerre pour Sud-Ouest, s'arrêtent "à bout de souffle, quand il ne reste plus rien à piller" selon les sinistrés royannais(11). Ces derniers manifestent et portent plainte contre inconnu lors d'un meeting le 14 juillet 1945, à la suite duquel ces pillages sont assimilés aux dommages de guerre. Si Larminat refuse de jeter l'opprobre sur "tant de vaillants combattants parce que des isolés ont commis des actes malheureusement inévitables en temps de guerre", le docteur Veyssières estime que pas un seul chef n'a eu "assez d'énergie, de volonté, de sens du devoir, pour arrêter le pillage"(12). En fait le principal responsable est le commandant de la place, Adeline, chargé du maintien de l'ordre à Royan qui n'a pas su s'imposer à ses troupes victorieuses lesquelles, comme le reconnaît Larminat, comprennent des éléments très douteux. Dès la fin de la guerre, les troupes quittent la ville, par contre les prisonniers allemands restent pour le déblaiement; Pohlman estime que leur condition de vie est difficile car ils connaissent l'humiliation et la famine(13). Quelques rares habitants reviennent s'installer où ils peuvent, mais l'accès des zones côtières reste sévèrement contrôlé pour éviter les accidents. Un exposé, non signé, de la revue existentialiste "Les Temps Modernes" de septembre 1945, intitulé "Une ville crevée", donne une sinistre description de la cité martyre, cette "Ville creuse. Carrière abandonnée" où éclate de temps en temps une bombe à retardement et où "Il paraît qu'il y a la peste. Les "prisonniers allemands dépassent de toute la hauteur de leurs culottes sales le niveau général de la ville. Moins haute qu'un prisonnier nazi". Cet exposé décrit d'une manière aussi brutale que réaliste ses égouts éventrés, ses tombes à l'air dans le cimetière, ses morts sous des croix de bois au-milieu des ruines, sa ceinture de marais avec "des cadavres qui marinent dans les mines et les moustiques". Et la sottise de ses "ruines de maisons 1900 si bêtes" car "elles veulent jouer avec tous les styles. Le casino est fendu en deux comme une bonbonnière", la "bibliothèque gothique" de l'église, les "encorbellements chinois" du marché et "la nuit, c'est le pillage silencieux". Et ce "Royan à hauteur d'homme" "s'enfonce dans l'absurde "sous le vent des pins" face à la mer qui "devant est toujours la même idiote et radoteuse"(14). LES SÉQUELLES DE LA GUERRE. Le centre de la ville est rasé. Pour Ulysse Botton la ville est "détruite à 95 % par la folie des hommes", pour les Temps Modernes elle est "rayée de la géographie" et "sinistrée à 98
256 1/2 %", et selon une étude de la reconstruction la destruction est de 95 % avec 6.770 immeubles détruits sur 8.300(15). En réalité les chiffres officiels déclarent la ville "sinistrée à 80 %" avec 3.500 immeubles totalement détruits, 5.800 partiellement et seulement 200 intacts(16). Le gouvernement français décide que le déminage ne doit pas coûter des vies françaises et incombe à ceux qui ont posé les mines, il rappelle aussi que les prisonniers français en Allemagne étaient requis pour déblayer les villes bombardées, et estime que ce travail n'est pas dangereux puisque nous avons tous les plans. Comme la Convention de Genève interdit l'emploi des prisonniers de guerre dans ce cas, les Alliés tournent la difficulté, suite à la reddition de l'allemagne, en les transformant en travailleurs au titre des "réparations de main d'œuvre"(17). Ce travail urgent est donc réalisé par une centaine de pionniers allemands, requis d'office, sous la direction d'un de leurs officiers, Behrens, qui a conservé ses plans des zones minées(18). Pourtant le déminage reste dangereux par suite du manque de détecteurs de mines, et des conditions de travail très difficiles dans les dunes, sur les obstacles en mer et dans le marais de Pousseau dont le drainage a été détruit, et où les équipes travaillent avec de l'eau jusqu'à mi-corps. Le déminage commence par les objectifs prioritaires, routes et terres cultivables, ensuite seulement les plages(19). Le déminage de l'estuaire de la Gironde est fait rapidement pour permettre au trafic maritime de redémarrer et on mentionne comme un fait historique l'entrée dans l'estuaire du premier vaisseau, le Liberty-Ship Samuel de Champlain, qui rejoint Blaye le 18 juillet 1945(20). Les Royannais, exaspérés par les trois scandales du bombardement, de l'attaque tardive et du pillage, concentrent leurs reproches sur Larminat, bien qu'il ne soit jamais le seul à les mériter mais, comme il ne fait rien pour arranger les choses, il devient vite le bouc émissaire de "l'affaire de Royan"(21). La polémique prend de l'ampleur, la destruction de Royan n'est plus une erreur mais un "crime de guerre", on va jusqu'à accuser Larminat d'avoir "réalisé ce tour de force de se débarrasser de ses propres soldats trop gênants (F.T.P.F., F.F.I.) dans une longue guerre de siège"(22). Aussi, quand le général de Larminat inaugure le cimetière militaire de Rétaud le 20 avril 1947 à la mémoire des morts de l'opération Vénérable, le maire de Royan, les résistants et diverses personnalités civiles refusent d'y assister. Larminat, traité d'indésirable, ne peut commémorer la libération de Royan car il est prié de ne pas y remettre les pieds(23). La ville reçoit le 28 février 1949 une glorieuse citation à l'ordre de l'armée avec croix de guerre avec palme qui mentionne la destruction totale de la cité, son courage et son abnégation, mais sans aucune référence aux résistants locaux et aux victimes du bombardement qui n'ont pas droit à la mention "morts pour la France". Par contre, la citation accordée à Saint-Georges de Didonne mentionne sa population restée calme et digne et ses vingt enfants morts pour la France, et celle accordée à Vaux signale que la population a "participé ardemment aux combats pour la libération, donnant constamment l'exemple de son attachement à la cause de la liberté"(24). Dans ses Chroniques irrévérencieuses, Larminat règle de vieux comptes et n'est guère tendre envers ses critiques, comme l'amiral Meyer et Robert Aron, qui jugeaient "confortable d'attendre en paix que la guerre se décidât en d'autres lieux" et avaient une mentalité "d'objecteurs de conscience" propre "à détruire une Nation" en privilégiant le "décor" avant le
257 mal que l'on peut faire à l'ennemi. Vénérable était indispensable pour redonner à la France "sa réputation de virilité, de valeur militaire" terriblement atteinte en 1940 et lui permettre de reprendre son essor la "tête haute" en la lavant "de ses souillures et de ses hontes". Larminat explique la rancune tenace des Royannais envers lui, comme envers tous "ceux qui ont contribué à troubler leur tranquillité", par le fait que les gens de la région du sud-ouest avaient un "tonus moral médiocre" encore dégradé par l'occupation car ils n'avaient pas connu la guerre depuis des siècles, et vivaient dans un pays "de vie facile, de climat physique et moral un peu mou". Il ajoute que les "possédants du cru étaient fort scandalisés de devoir fournir le champ de bataille et beaucoup pensaient et pensent encore que ces Allemands, avec qui on vivait et l'on faisait des affaires depuis quatre ans sans trop de douleur quand on savait s'arranger, étaient au fond plus supportables que ces soldats improvisés et turbulents venant des maquis, qui avaient la prétention de régler par les armes ce qui pouvait, avec un peu de compréhension se traiter paisiblement". Selon Larminat "tout au fond d'eux-mêmes beaucoup d'hommes avisés eussent volontiers envisagé une sorte de zone neutralisée où Français et Allemands auraient attendu en bonne harmonie que les Seigneurs de la guerre règlent le conflit loin d'eux. Ils n'étaient pas du tout pour la guerre totale, à Bordeaux et alentour, oh! non, pas du tout", et il termine cette volée de bois vert par: "Ceux qui payèrent le vrai prix, avec leur sang étaient tous ardemment volontaires, et jamais il n'y eut récrimination de leur part. Alors que peuvent bien avoir à dire ceux qui n'ont souffert que dans leurs commodités et leurs biens périssables? Ils ne les emporteront pas avec eux"(25). Avec le recul du temps, l'histoire juge l'arrangement à l'amiable de La Rochelle plus glorieux que l'acharnement des militaires dans "l'ornière des héroïsmes inutiles", pour une "gloriole" qui a coûté cher", et finalement donne raison aux Royannais attachés viscéralement "à leurs biens matériels, fruits d'une existence de labeur et de privations" et qui auraient bien préféré, comme le dit l'avenir de Royan, attendre en faisant encore le dos rond quelques semaines(26). Mais il faut reconnaître que la vision grandiose du général de Gaulle, et cette page de gloire qu'il a délibérément choisi d'écrire avec Larminat, n'étaient pas superflues à l'époque pour redonner sa place à notre pays et Robert Aron, pourtant si critique, rappelle que le 10 mai lors de la reddition de Dunkerque les Alliés affichent un mépris total envers les F.F.I. et ne hissent même pas notre drapeau au beffroi de cette dernière ville française libérée(27). Si Larminat a souffert de la vindicte des Royannais, cela n'a eu, contrairement à ce qui a pu être écrit, aucune relation directe avec son suicide en juillet 1962(28). L'amiral Michahelles passe en jugement en janvier 1965 avec quelques uns de ses adjoints, devant le tribunal militaire de Bordeaux pour crimes de guerre, réquisitions abusives et pillages, et il est acquitté, faute de preuves; le lieutenant Kartz, condamné à mort pour avoir tué deux civils à Ronce-les-Bains durant le siège, sera curieusement gracié(29). Afin de ne pas oublier ceux qui ont souffert, Royan érige sur le Front de Mer en mai 1967 un monument, œuvre du sculpteur bordelais Jacob, à la mémoire des Martyrs de la Résistance et de la Déportation. Mais la guerre et ses séquelles avec ses "débats douloureux" doivent céder la place à l'avenir et il faut maintenant "tous ensemble travailler au relèvement de Royan" comme le déclare le docteur Domecq avec beaucoup de bon sens, et s'unir pour "reconstruire ce que la guerre a détruit et laver toutes les souillures de la haine" suivant le conseil du poète Robert Jean-Boulan(30).
258 LES PLANS D'URBANISME (1945-1947). Royan renoue avec la légalité en élisant un conseil municipal en septembre 1945. Les deux scrutins, qualifiés d'irréguliers et d'attentats à la démocratie, provoquent de vigoureuses réactions car les Royannais évacués s'estiment mis à l'écart par le pouvoir en place monopolisé par le Comité de Libération car 2.191 résidents peuvent voter contre seulement 93 par correspondance. Le Cri de Royan, interdit par les Allemands en 1941, reparaît et démarre immédiatement une violente campagne contre ces élections où les docteurs Domecq et Veyssière sont élus à une énorme majorité(31). Mais c'est un personnage peu connu, l'entrepreneur Charles Regazzoni, leur "pantin" pour La Plataine, qui est élu maire(32). Des associations de sinistrés se créent pour la reconstruction, localement le Comité des Sinistrés de Royan par Dasseux, à Bordeaux l'union Mutuelle des Sinistrés de Royan par Couzinet et à Paris l'association des Sinistrés de Royan par Penot(33). En vertu de la loi de 1919, la solidarité nationale joue en faveur des sinistrés qui remplissent les formulaires indispensables pour obtenir leurs dommages de guerre. Certaines personnes âgées en difficultés les vendent à bas prix mais contre argent comptant car, d'après le Cri de Royan, les ruines fumantes de la ville devenues des dommages de guerre valorisés par l'etat représentent des millions et attirent les gens intéressés par l'appât du gain(34). La reconstruction est confiée au Ministère de la Reconstruction et de l'urbanisme, le M.R.U., organisme centralisateur hérité de Vichy qui a un travail énorme sur les bras car il doit déblayer les ruines, établir les dommages de guerre, reloger la population, faire un plan d'urbanisme, choisir les architectes et enfin reconstruire dans les plus brefs délais alors que le pays est ruiné, ses chemins de fer détruits et qu'on manque de camions, de ciment, de tuiles, de briques et même de clous. Marvie, le premier délégué du M.R.U. travaille activement à déblayer les ruines avec 7.000 ouvriers et 800 prisonniers allemands, alors que Royan en demande 2.000(35). En septembre 1945 70.000 m3 ont été déblayés et évacués, 832 mises hors d'eau ont été réalisées sur 850 immeubles réparables à Royan où 125.000 tuiles, 105.000 briques, 46.000 parpaings, 5.000 mètres de madriers et 3.500 m2 de parquet ont été récupérés tandis que 6.503 m2 de bâtiments provisoires ont été construits. Tout cela avec l'aide du petit tram dont c'est la dernière activité avant d'être vendu à la ferraille. Royan est en avance sur toutes les autres villes sinistrées, pourtant Marvie est relevé de ses fonctions car on l'accuse d'avoir mal surveillé les travaux et permis à certaines des 26 entreprises qui y participent de faire des bénéfices illicites(36). Pour avoir rasé 1.200 immeubles qui pouvaient être réparés son travail devient un scandale, "la quatrième phase de la destruction de Royan"(37). Quant au déminage, il est totalement terminé dès novembre et a coûté la vie à 15 prisonniers de guerre et 17 autres, ainsi qu'un Français, ont été blessés(38). La reconstruction de Royan provoque une violente querelle des Anciens et des Modernes. La plupart des Royannais envisagent bien quelques aménagements, limités, mais veulent reconstruire purement et simplement l'ancienne ville où ils avaient été heureux afin d'effacer ainsi les meurtrissures de la guerre. Les urbanistes, eux, rêvent de faire table rase du passé pour créer une ville moderne en toute liberté(39). Afin de conserver leur riche patrimoine culturel, certaines villes sont reconstruites à l'identique, c'est le cas de Saint-Malo, Blois ou Gien. L'ancien Royan, malgré son charme
259 désuet, n'avait aucune valeur architecturale, le centre ville ayant poussé sans ordre au fur et à mesure de sa vogue grandissante, aussi le ministère prend vigoureusement parti pour les Modernes car le bombardement a "réalisé une colossale expropriation d'utilité publique" et l'étendue du désastre est telle que la ville, nivelée au ras du sol, offre une opportunité unique de créer une cité entièrement nouvelle(40). Le Bordelais Claude Ferret est nommé architecte en chef du M.R.U. pour la zone de Royan et est, selon une boutade du ministre Raoul Dautry, "condamné à la mort ou à la réussite"(41). Le premier plan d'urbanisme signé par Georges Vaucheret et Danger est présenté en janvier 1946, très grandiose, il bouleverse tout le centre, la gare est déplacée, le port est au Chay, le casino à l'emplacement de l'ancien café des Bains, une large voie relie le marché à la mer où un square abrite les bâtiments municipaux, le tout agrémenté de nombreux espaces verts(42). Malheureusement ce plan est fait sans aucune concertation avec les trois associations de sinistrés qui fusionnent en une seule appelée "Les Sinistrés de Royan" présidée par Léon Dasseux et trouvent le projet trop ambitieux(43). La mairie donne son accord pour le centre seulement, tandis que Claude Ferret défend son idée de port au Chay pour libérer entièrement la Grande Conche, mais en février 1946 le conseil municipal dit non, fait réparer immédiatement l'ancien port et ce projet, d'un coût supplémentaire de 300 à 400 millions, est définitivement abandonné. Du coup le casino qui devait être réédifié sur les rochers de la rampe Torchut où, selon le docteur Domecq, il serait venu "s'enchâsser dans le rocher de la Platène comme un relai brillant dans la chaîne d'or de nos plages", se retrouve square Botton(44). Pour des raisons financières la S.N.C.F. refuse de déplacer la gare et les travaux se ralentissent, on ne compte plus que 1.000 ouvriers et 2.000 prisonniers allemands, pourtant avec les plages déminées, les chevaux de frise enlevés et le port réparé, la saison repart timidement au Parc et à Pontaillac(45). Aiguillonné par les associations de sinistrés, le gouvernement fait voter la loi du 28 octobre 1946 qui prévoit la reconstruction intégrale des zones sinistrées avec un abattement pour vétusté limité à 20 % mais, à cause des difficultés financières, avec une clause de somptuarité qui fait subir à certains sinistrés de lourdes amputations en éliminant tout le luxe inutile et bourgeois du passé comme les clochetons, belvédères, balustrades ou sculptures(46). Un nouveau plan d'urbanisme, moins onéreux, est finalement adopté par le conseil municipal en octobre 1946. Le centre seul, totalement rasé, est modifié, la périphérie n'est pas changée car un remembrement y est inutile, les quelques villas réparables seront sauvées et les autres reconstruites sur les mêmes terrains, mais dans le style saintongeais. Le docteur Domecq approuve ce plan de qualité qui voit grand tout en restant réalisable, tandis que Paul Métadier, l'estime encore trop grandiose, trop long à réaliser, pensé pour le "Royan du 15 août" avec ses larges voies qui risquent d'en faire une ville morte en dehors de la saison. Les critiques pleuvent, certains vont même jusqu'à exiger de conserver les anciennes rues afin de sauver les trottoirs existants(47). Une réponse à ces critiques déclare qu'il faut reconstruire pour les futures générations et non pour faire "revivre un passé qui ne se caractérisait que par le manque le plus élémentaire d'hygiène et de confort" et que la caractéristique de Royan est d'être une plage de famille en opposition avec les plages mondaines, étonnante profession de foi quand on se souvient de l'aristocratique station de la Belle Epoque. Cette réponse défend les options techniques de l'urbaniste en ajoutant même
260 que le nouveau Royan fera la synthèse entre les partisans d'une ville aérée laissant entrer les vents de la mer, option adoptée dès l'origine par Pontaillac, et ceux qui préfèrent être abrités de ces vents, comme au Parc(48). Fin 1946, le centre entièrement déblayé devient un sinistre rectangle envahi par les herbes de 2.500 sur 400 mètres où tout est plat et lugubre sans aucun bâtiment ni aucun arbre. Il est difficile de croire qu'une ville ait pu exister dans un si petit espace. Comme les automobilistes s'y perdent, le maire fait placer un poteau indicateur à l'entrée de la ville avec la mention vengeresse "Royan ville anéantie par erreur"(49). Les Royannais trouvent le M.R.U. "démolisseur, incohérent, inopérant et paperassier" et trop lent, ils n'apprécient ni son goût du modernisme, ni son personnel non royannais, ni ses budgets insuffisants, ni surtout son énorme machine administrative(50). Un important meeting de sinistrés le 10 mars 1947 au château de Mons sous la présidence de Léon Dasseux se plaint de l'arrêt de la reconstruction "après un départ en flèche" et estime que les "hauts fonctionnaires non sinistrés de l'administration ne sont pas aptes à comprendre nos besoins". Il exige une priorité financière pour "Royan qui se meurt" et demande que "le plan d'urbanisme soit adapté à une conception plus normale de nos possibilités locales et de nos moyens de réalisation de façon à ne pas entraver la reconstruction" puis un cortège comprenant la majorité de la population traverse la ville pour aller à la mairie et au M.R.U. avec des pancartes qui proclament "Royan veut vivre" et "On ne vit pas de promesses"(51). Après le départ des derniers prisonniers allemands, l'enlèvement de tous les gravats aux abords de la Grande Conche, l'électrification du front de mer et l'édification de quelques boutiques en bois au square Botton, la saison 1947 est un succès grâce aux nouveaux villages de toiles dont les tentes sont louées à un prix très modique et le grand public d'avantguerre se retrouve au Tour de France du 14 juillet et au 15 août(52). LA LONGUE PATIENCE DES SINISTRÉS (1947-1950). L'enquête d'utilité publique sur la reconstruction est confiée à Albert Lheureux, maire de Vaux-sur-Mer, nommé commissaire enquêteur pour le plan d'aménagement de la Ville de Royan. Après avoir enregistré cinquante deux observations et noté quelques remarques, dont la demande d'un assouplissement des règles d'urbanisme pour les petits propriétaires, il informe le maire de Royan que le plan est valable dans ses grandes lignes(53). Il est aussitôt adopté par le M.R.U. le 13 août 1947, date symbolique du début de la renaissance royannaise(54). Il est finalement voté par le conseil municipal présidé par Regazzoni, réélu maire après les élections de fin 1947(55). Cela n'empêche nullement Sud-Ouest de faire un article vengeur contre les services du déblaiement du M.R.U. qui ont comblé les rivaux du marais de Pousseau, en oubliant qu'il pleut souvent à Royan, ce qui a provoqué l'inondation de toutes les maisons du bas de la ville et cela alors que depuis deux ans "Royan est accablé sous le poids de toutes les calamités, à côté desquelles les sept plaies d'egypte ne nous apparaîtrons bientôt plus que comme des petites choses anodines et sans importance", aussi Royan, grâce à la pagaïe des urbanistes, "en fait de modernisme se replonge dans la nuit des âges révolus et devient une cité lacustre" tandis que la reconstruction est repoussée aux calendes grecques(56).
261 Pourtant les choses avancent. Un difficile remembrement ramène, en accord avec l'association syndicale de Reconstruction qui regroupe tous les sinistrés, les 1.020 parcelles anciennes, certaines minuscules à cause des successions, à 689, dont deux seulement pour le front de mer. Cela fait place nette pour le plan définitif de Claude Ferret, assisté du Parisien Louis Simon et du Saintongeais André Morisseau. Ce plan tient compte des impératifs suivants: "Amélioration des accès du centre de la ville et de la Grande Conche par la création du boulevard Aristide Briand, des accès de la route venant de La Rochelle par la création du quartier de la Tache-Verte; Ensemble du Front de Mer revalorisant la plage de la Grande Conche par la création d'un ensemble architectural ceinturant cette plage sur 600 mètres, en partant de la poste pour aboutir à la place du nouveau casino, et passant par le débouché du boulevard Briand, place du centre administratif; Création du quartier de Foncillon; aménagement d'un petit port de yachting. Dans ce cadre, la ville peut recevoir 25 à 30.000 habitants en hiver et 150.000 en été. L'ancienne population était de 12.000 habitants l'hiver et de 80.000 l'été". Le Front de Mer envisagé pose problème avec ses 600 mètres car il est rompu en son centre par un portique, indispensable au croisement des deux axes selon Louis Simon pour équilibrer la place centrale, alors que le conseil municipal souhaite que rien ne gêne la vue sur la mer. L'idée de traiter le boulevard Botton en jardin ouvert sur la plage, avec des gradins pour les festivités et un sous-sol transformé en un immense garage, échoue devant l'hostilité des commerçants qui désirent conserver, pour encourager leur commerce, la rue avec sa circulation automobile(57). Ce plan transforme tout le centre et intègre les impératifs d'une station balnéaire moderne vouée à l'automobile, aussi un sixième de la surface de la ville est occupé par les grandes artères de circulation, rues et squares, avec de nombreuses places de stationnement, un sixième est réservé aux commerces de détail et les deux-tiers restants sont résidentiels(58). Le déblaiement est terminé en 1948. Pour la division de Royan avec la presqu'île d'arvert, il a porté sur 1.500.000 m3 dont 600.000 m3 pour le comblement des trous de bombes, et a concerné un total de 6.535 bâtiments détruits dont 4.965 maisons, 4.500 pour la seule ville de Royan. Cette statistique indique en outre un total de 7.220 bâtiments réparables dont 4.450 maisons, 2.450 étant à Royan(59). Une fête de la Renaissance le 10 juillet 1949, concrétise les espoirs des 10.000 habitants qui réoccupent, à la périphérie, les villas réparées ou reconstruites, mais dont un certain nombre vivent encore dans les caves ou dans des ruines, donc dans l'inconfort quotidien d'une vie précaire et qui se désespèrent car l'activité du M.R.U. se ralentit faute de crédits, alors que Vaux et le centre de La Tremblade sont reconstruits(60). Le bac reprend son service et Cordouan, qui a maintenant un feu tournant rouge, blanc et vert, est électrifié(61). Les pilotes, qui ont résidé au port de Royan depuis des siècles, le quittent définitivement suite au décret du 14 mars 1949 qui les regroupent sur la rive gauche de l'estuaire à Pauillac d'abord, puis au Verdon après sa reconstruction(62). Une excellente étude par Suzanne Chastaing critique justement ce projet qui ne tient pas compte de la topographie permettant une ville en amphithêatre, alors que les grands édifices
262 du Front de Mer en font une ville plate où toute perspective sur la mer est bloquée pour les immeubles à l'arrière(63). La nouvelle ville est présentée aux Royannais par un plan et une jolie maquette du Front de Mer avec son portique, le port et Foncillon. Avec maintenant 2.000 chambres d'hôtel disponibles, les villages de toiles ferment définitivement à la fin de la saison 1950 d'ailleurs très médiocre car l'automobile amène trop d'estivants nomades qui ne passent que quelques jours à l'hôtel ou au camping(64). La mairie s'installe définitivement aux Palmiers avenue de Pontaillac, renonçant ainsi à rejoindre, comme prévu, le centre névralgique de la grande place centrale qui risque d'être si vide qu'elle va ressembler, d'après Louis Simon, à un vaste champ de foire ou de manœuvre(65). LA DÉCENNIE DU MIRACLE DE LA RECONSTRUCTION (1951-1960). Les Royannais continuent de manifester contre les lenteurs de la Reconstruction quand le premier ensemble architectural sort enfin de terre en 1951 le long de la percée urbaine du boulevard Aristide Briand, conçue par Claude Ferret comme axe de la nouvelle ville entre le marché et la place centrale(66). Ce très bel ensemble rectiligne, inspiré du Cours Mirabeau à Aix-en-Provence, est confié à l'architecte Louis Simon. Sa construction se heurte à de grandes difficultés car le sol, formé d'alluvions marines puis fluviatiles du ruisseau du Font de Cherves, a une si faible résistance que le calcaire solide doit être recherché entre 7 et 9 mètres de profondeur(67). Son architecture classique, dernier bastion de l'art d'avant-guerre, marque un retour aux valeurs traditionnelles de nos provinces, courant né sous l'occupation et encouragé par Vichy et, une fois réalisé, il plait beaucoup avec l'ordre et la netteté de son style saintongeais calme et reposant et ses toits aplatis de tuiles rondes au milieu des pelouses et des arbres(68). On retrouve ce classicisme serein dans la petite chapelle du Parc Notre-Dame de l'assomption construite avec les dommages de guerre de l'ancien hôpital des sœurs de Saint- Vincent de Paul. Elle doit beaucoup au dynamisme du Père capucin Martin Laurent qui, avec sa barbe blanche et son calot militaire, suscite l'enthousiasme des paroissiens du Parc pour sa chapelle inaugurée à Pâques 1952. Très sobre, elle est ornée d'un tympan en grèscérame et de splendides vitraux abstraits aux vives couleurs(69). Royan qui compte 13.000 habitants, soit plus qu'avant-guerre, voit à l'occasion des élections municipales fuser les insultes contre Regazzoni, accusé d'incapacité, bien qu'ayant mené à bien le déminage et le déblaiement, obtenu l'accord sur le plan d'urbanisme et réalisé la moitié de la reconstruction. C'est le député gaulliste Max Brusset qui prend la mairie en mai 1953, aussitôt les réunions du conseil municipal deviennent houleuses à cause de ses tendances dictatoriales(70). Quand le poste d'architecte en chef est supprimé début 1954, Claude Ferret quitte Royan après avoir été chaudement remercié par le conseil municipal car la ville nouvelle est une "parfaite réussite architecturale". Sa reconstruction est réalisée à 50 %, et 30 % sont en cours, sur 4.163 logements sinistrés, 3.718 ou 89 % sont déjà reconstruits, mais il s'agit surtout de villas, de style saintongeais ou cubiste, dont les ouvertures sont peintes aux couleurs préconisées, rouge et vert, et peu ornées à cause des économies imposées par la clause de somptuarité. Par contre, le centre est loin d'être reconstruit et lors de l'émission du
263 timbre commémoratif Royan est représentée, cas unique, par sa seule maquette, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une magnifique saison(71). La pièce maîtresse de la reconstruction est l'impressionnant Front de Mer de Louis Simon. Terminé en 1955 après bien des vicissitudes, ce pesant ensemble repose sur 18 mètres de sable alluvionnaire et, sur un total de 1.800 millions, 250 sont engloutis inutilement dans des pieux en ciments qui doivent être abandonnés pour un immense radier(72). Du style international encouragé par le M.R.U. il mélange le classique et le moderne issu du Bauhaus et de Le Corbusier. Ce splendide bâtiment curviligne de 600 mètres souligne la courbe harmonieuse de la Grande Conche et sert d'image emblématique pour la cité à laquelle il "donne un visage". Ses deux blocs symétriques de trois étages en béton armé sont reliés par un portique de 90 mètres ouvrant sur la grande place centrale(73). Louis Simon défend avec opiniâtreté ce portique qui donne une unité esthétique au Front de Mer et facilite la circulation des piétons mais qui, pour d'autres, forme une barrière obstruant la vue sur la mer; il réussit à le faire adopter par la municipalité le 12 octobre 1953, surtout parce que l'etat en paye 80 %(74). Cet ensemble décoré de tôles d'aluminium laquées en rouge et de balustrades jaunes comprend 300 logements dans sa surface construite de 64.700 mètres carrés, et 3 cinémas, 7 hôtels et 100 magasins au rez-de-chaussée ou à l'entresol. L'arrière, côté ville, est formé de bâtiments en "U" qui servent de parcs à voitures(75). La poste reconstruite par André Ursault est une structure légère et transparente avec une salle ovoïde décorée d'une large composition murale et bordée d'une galerie serpentine(76). Elle est inaugurée par le ministre le 7 août 1955 au début d'une saison qui voit revenir une multitude de 150.000 personnes pour le 15 août, malgré un port qui reste dans un état lamentable(77). Inspiré des formes solides et austères des anciennes maisons d'oraison, le temple protestant, surmonté d'un campanile et d'une croix de 18 mètres de haut, est un chef d'œuvre de simplicité aussi moderne que dépouillé. L'étonnant marché couvert, d'un courant très futuriste, est réalisé en 1956 par Simon et Morisseau, ses formes ondulées pleines de dynamisme le font ressembler à un parapluie, un parachute ou plus logiquement à un coquillage(78). Pour couvrir sa surface circulaire de 50 mètres de diamètre, l'ingénieur René Sarger utilise les toutes dernières techniques pour créer, dit en termes savants assez ésotériques pour le profane, une "voûte sphérique ondulée à paraboloïdes sinusoïdaux", constituée d'un voile de béton presque blanc de 9 centimètres d'épaisseur moyenne, elle repose par 13 assises sur un sol dont les conditions géologiques sont abominables, car il s'agit en fait comme je l'ai dit du site du port gallo-romain(79). Les urbanistes se font rappeler à l'ordre par la Cour des Comptes car les bases techniques du plan de reconstruction ont été insuffisantes, aucune documentation n'a été réunie sur la structure géologique du terrain, aucun plan de sondage n'a été proposé avant les travaux. Les ensembles les plus lourds, construits sur les sols alluvionnaires les moins résistants, ont coûté fort cher et personne, malgré les difficultés financières du M.R.U., n'a songé à modifier leurs implantations, même de quelques mètres, pour éviter d'énormes dépenses. Suzanne Chastaing qui rapporte cette lamentable affaire dans son étude, décrit la station comme un vrai décor de cinéma, superbe, fort réussie, voire enthousiasmante, au goût du jour, variée, aérée, bien équipée commercialement, et dotée enfin d'excellents égouts. Mais elle critique
264 l'arrivée principale par la nationale 150 venant de Paris, sordide avec ses petites maisons provisoires et grises de la cité Faupigné, la "tache verte", simple terrain couvert de baraques, et surtout le manque total d'aménagements nécessaires à une station internationale de premier ordre car il n'y a ni golf, ni hippodrome, ni aérodrome et les soirées sont tristes avec un casino en planches, et des illuminations nocturnes ne comprenant qu'une dizaine d'enseignes lumineuses en tout et pour tout. Elle critique aussi à la population locale peu dynamique, avec 35 % de commerçants qui ouvrent tard, ferment tôt le soir, font la sieste et ne travaillent pas le week-end, 30 % de retraités, 20 % d'ouvriers du bâtiment qui ne resteront pas, 10 % de fonctionnaires et 5 % de professions libérales. Elle constate que tout est cher, et même très cher, chacun voulant s'engraisser sans effort pendant trois mois aux frais des touristes(80). Pourtant les fêtes de la mer fin juillet 1956 et les festivités du 15 août attirent encore 150.000 personnes mais, en dépit de toutes les prévisions avec 6.725 voitures comptabilisées en 24 heures sur la seule route de Saujon, la ville souffre de sérieux embouteillages. La reconstruction est terminée à 80 % quand la marine remet enfin à la municipalité le terrain du vieux fort du Chay(81). Une violente tempête détruit en février 1957 le mur de la Grande Conche boulevard Frédéric Garnier sur environ 200 mètres. Pour la saison, une plaque commémorative est apposée sur le château de Mons par l'ambassadeur du Canada pour rendre hommage à Pierre du Gua de Mons, le boulevard Colonel Baillet, rocade directe reliant la gare à Pontaillac par Saint-Pierre, est ouvert, et surtout le Palais des Congrès de Ferret à Foncillon est inauguré par une soirée de gala, à l'occasion des fêtes de la mer fin juillet qui attirent encore plus de 150.000 personnes(82). Cette œuvre légére, transparente et courbe, a des murs-rideaux et la paroi convexe externe de sa grande salle, qui peut recevoir 2.270 congressistes, s'implique subtilement dans le parallélépipède ouvert de sa large large façade de 60 mètres(83). L'œuvre architecturale la plus célèbre de la nouvelle cité est l'église futuriste Notre-Dame due à l'architecte Guillaume Gillet, avec l'aide des ingénieurs Bernard Laffaille, décédé avant de voir réalisée l'église qui est le couronnement de sa carrière, et René Sarger. Unique au monde, sa couverture en voile mince de béton de 8 centimètres d'épaisseur a une forme que les techniciens baptisent "selle de cheval tendue par deux arcs paraboliques affrontés", le tout dominé par un clocher qui s'élance à 60 mètres de haut(84). Gillet se plaint d'une créance de dommages de guerre de 102 millions, bien insuffisante, et de délais trop courts exigés par la municipalité qui l'obligent, selon ses propres termes, à un "tour d'acrobatie" pour réaliser cette œuvre audacieuse de béton qui domine par ses lignes verticales l'ensemble horizontal du Front de Mer(85). Cette église marque une révolution de l'architecture sacrée, la sortant enfin de son enlisement néo-gothique ou néo-classique, elle figure dans une exposition du célèbre Muséum of Modern Art de New-York auquel elle suggère l'envolée du gothique, pour le Jardin des Arts elle a "la silhouette arrogante de liberté d'un oiseau marin prêt à l'envol" et pour la Revue du Touring-Club c'est un "poème architectural en béton" qui a l'allure d'une "nef en partance"(86). Malgré son extrême modernisme, cette église inaugurée en présence du nonce apostolique le 10 juillet 1958 par monseigneur Bouin, le curé-doyen rescapé du bombardement, est vite acceptée, même par les partisans d'un traditionalisme étroit, et
265 baptisée la "cathédrale" de Royan(87). Une étude très poussée nous apprend que 615.000 personnes ont séjourné durant la saison dans le pays royannais, dont 265.000 à Royan même, un sixième a utilisé la voie ferrée et le reste l'automobile(88). Même s'il reste toujours en ville quelques ruines envahies par les ronces et servant de dépotoirs, la reconstruction est terminée à 90 % quand, après une dure bataille électorale, l'amiral Meyer, l'ancien négociateur de la guerre, est élu maire en mars 1959. Cette saison est marquée par le triomphe du meeting aérien le 9 août sur la grande plage qui attire plus de 230.000 estivants, par l'ouverture de la route touristique D.25 qui relie Royan à Ronce-les-Bains par la forêt de la Coubre et par la construction, près de l'église restaurée de Saint-Pierre, de l'élégante corolle insolite de béton du château d'eau(89). La construction du nouveau casino de Claude Ferret, retardée par les nombreux procès opposant la ville et la société des casinos, sert de véritable point d'orgue à la composition du Front de Mer avec sa légère rotonde de verre; L'Avenir de Royan, tout en reconnaissant qu'il reste encore beaucoup à faire, considère que son inauguration le 30 juillet 1960 marque le miracle de la résurrection quasi-totale de la station que les Royannais ont dû attendre pendant quinze dures et longues années(90). La nouvelle station est gratifiée de jugements flatteurs: station la plus moderne et la plus typique du XX siècle; ville "la plus 50 de France" grâce à son "unité de style" où "maisons, équipements divers, front de mer, tout respire au même rythme" et est le résultat d'un certain compromis entre les thèses les plus modernes et le conservatisme de certains Royannais(91). La majorité d'entre eux rend cependant hommage au résultat, puisque le Bulletin Municipal parle de ville d'avant-garde, de plage de l'an 2000, même Paul Métadier, si critique au début, estime que la nouvelle station est de premier ordre, et le Guide Bleu Hachette la qualifie tout simplement de "petite Brasilia"(92). Elle offre un plaisir pour les yeux et un enchantement pour l'esprit grâce à un urbanisme habile et généreux au service de l'homme qui a su respecter le milieu naturel, selon la revue Urbanisme, qui ne doute pas que "la réputation de Royan aille grandissant, car la valeur architecturale de cette cité moderne mérite attention"(93). Pour la revue anglaise She, l'architecture royannaise réalisée avec un enthousiasme typiquement français, beaucoup de bon sens et de bon goût, est un "world showpiece", une ville exposition, œuvre maîtresse du patrimoine mondial, qui suscite l'intérêt de tous les architectes(94). Jacques Convert décrit très bien dans "Les trésors de l'architecture moderne de Royan" nos réalisations architecturales où le meilleur répertoire du Bauhaus et de l'espace Cubiste de Le Corbusier s'exprime vigoureusement pour créer une œuvre originale d'une réalité esthétique de qualité(95). Convert estime aussi que Royan est l'âge d'or de l'urbanisme français avec une réussite à trois dimensions grâce aux édifices remarquables qui ponctuent les perspectives urbaines et est une saine thérapeutique envers tous les nostalgiques du XIX siècle qui opposent encore le moderne et le beau(96). Gilles Ragot parle du chef d'oeuvre architectural des années 50, d'un patrimoine unique qui a sû allier une modernité modérée et une certaine tradition classique, ainsi que liberté et fantaisie(97).
266 L'ACHÈVEMENT DES TRAVAUX PRÉVUS AU PLAN D'URBANISME (1960-1965). Pourtant il reste beaucoup à faire dans le cadre du plan d'urbanisme, entre autres le stade, le port et la Tache Verte, et l'euphorie n'est pas encore de mise car la ville connait de sérieux embouteillages, sa publicité est peu efficace, son hôtellerie languissante et, malgré le casino, elle est triste et vide après 20 heures aussi la jeunesse s'ennuie(98). La municipalité tente de réagir par une intense publicité, termine la grande rocade, crée les jardins du casino au bout du Front de Mer, et organise des fêtes de la mer où, dans une cavalcade, un char connaît un triomphe, c'est celui qui représente le petit tramway sacrifié sur l'autel du modernisme mais qui est resté un ami regretté des vieux Royannais(99). En outre, la ville est classée "climatique toute saison", 5.000 arbres y ont d'ailleurs été plantés depuis cinq ans, et les travaux d'enrochement de la Grande Conche sont entrepris sur 800 mètres environ avec des blocs spécialement choisis pour leur coloris et la finesse de leur texture afin de protéger le boulevard Frédéric Garnier des tempêtes(100). Son succès s'affirme peu à peu et la population sédentaire atteint 17.232 habitants, soit 40 % de plus qu'avant la seconde Guerre Mondiale, mais pour loger ces nouveaux venus une urbanisation anarchique fait tache d'huile autour du centre, principalement le long de la mer, avec malheureusement une qualité architecturale médiocre car ces logements ne sont plus soumis à des règles strictes. Aux Mathes, Léon Nicolle maire depuis 1923 rêve de créer une vraie station balnéaire à la Palmyre; après avoir obtenu dès 1953 l'ouverture d'une voie d'accès directe à la plage du Clapet, l'administration cède 279,60 ha de forêts domaniales le 1 février 1962 et Léon Nicolle peut enfin commencer à réaliser son rêve(101). Durant l'été 1962, c'est un "torrent humain" qui assiste aux fêtes, comme "Royan ma plage", et nos plages sont saturées. Paul Morand se plaint amèrement de cette saturation et de la fourmilière humaine qui envahit les plages "recouvertes d'un enduit de chair humaine", ces corps agglutinés aux peaux bistres, et ce raz de marée de nudistes en vacances, donnent l'impression d'un naufrage planétaire qui défigure en enfers balnéaires ses paradis d'autrefois, comme le Royan de la Belle Epoque qu'il regrette tant(102). Le 13 juin 1963 le président de la République Charles de Gaulle vient à Royan, qu'il trouve magnifique, et rappelle que lors de sa première visite en avril 1945 il avait été très ému au spectacle de la ville anéantie et espère que l'on ne reverra jamais de telles catastrophes, en partant, il va déguster une huître, une seule, à l'eguille durant une visite si brève que sa voiture démarre quand il est en train de la gober, ce qui lui vaut d'arroser son complet d'eau de mer(103). Malgré un temps maussade des multitudes sont présentes pour la saison, avec des bouchons sur toutes les routes, malgré la rocade et l'ouverture d'une gare routière pour les cars, ce "serpent marin lové cours de l'europe" créé par Simon(104). Une asphyxie hôtelière menace par suite de la disparition des grands hôtels de Paris, Miramar, du Golf, de la Plage et d'angleterre et l'oceanic, vendus en appartements. L'Avenir en déduit que, faute d'une clientèle riche, Royan au milieu d'une région sous développée, n'est qu'une "plage modeste". Elle tente pourtant de sortir de cette médiocrité avec une semaine d'art contemporain, un premier prix de "Fleurir la France", et le splendide coup médiatique du 9 juillet 1964 quand l'équipe royannaise, animée par Jean-Robert Colle, triomphe au jeu Interville de la
267 télévision(105). Puis la Tache Verte de 3 hectares est terminée au centre de la ville, la piscine d'eau de mer chauffée ouvre à Foncillon, l'éclairage nocturne s'améliore avec 1.800 points lumineux dont 600 allumés toute la nuit, le collège rénové devient lycée d'etat pour 1.200 élèves, Notre-Dame reçoit ses grandes orgues et la route de Rochefort franchit la Seudre par un nouveau pont routier en amont de l'eguille(106). Enfin, Royan se dote de nouvelles armoiries qui reprennent les écus de Coétivy et de La Tremoille coupé d'un écu d'azur au galion d'or sur mer d'argent avec une devise "Ne m'oubliez", une couronne navale, deux branches de pin au naturel comme soutiens, et la croix de guerre(107). Une violente campagne se déchaîne pour les élections municipales, Meyer est accusé d'incapacité, rendu responsable du port à l'abandon et du stade inachevé et rouillé. Brusset trop brutal est écarté et un autre gaulliste Jean-Noël de Lipowski, dont la liste entière est élue, devient maire en mars 1965(108). Il termine le quartier de Foncillon avec sa Tour, mais doit surtout modifier le port qui est très actif avec ses plaisanciers, ses touristes du bac de la Pointe de Grave et ses 37 bateaux de pêche dont les ventes de 175 tonnes de poisson, 56 de crevettes grises, 16 de roses & 12 de crabes chaque saison, représentent plus d'un million de francs. Le projet initial est modifié après étude du Laboratoire Central d'hydraulique de Maisons-Alfort qui construit un modèle réduit de 350 mètres carrés représentant au 1/100 la côte allant du Chay à Vallières avec toutes les conditions de houle, de vent, de sable et de boue d'une manière aussi proche des conditions naturelles que possible. Le port reste un port d'échouage sauf pour la nouvelle section prévue pour 200 yachts de plaisance hauturière. Protégée par une jetée de 30 mètres de large sur 250 de long, est en eau profonde grâce au dragage régulier d'un hectare à la cote - 2,50 m des cartes marines, elle se rapproche du centre de la ville et s'y intègre bien la nuit grâce à son éclairage important(109). Après 18 mois de travaux et 5 millions de francs de dépenses, les grandes fêtes pour l'inauguration du port, sous une pluie battante le 7 août 1965, marquent l'achèvement de tout le programme prévu au plan d'urbanisme(110). LES DERNIÈRES ANNÉES DU XX SIÈCLE. Par un curieux retournement de la situation du XI siècle, le canton de Royan englobe en janvier 1966 la commune de Saint-Georges de Didonne. L'Océan continue son travail séculaire d'érosion du rivage de la Grande Côte à Maumusson, et peu à peu les blockhaus allemands s'enfoncent dans la mer. Par contre la dune de sable, formée à la pointe de la Coubre depuis des dizaines d'années, s'étend et se referme sur Bonne Anse qui s'assèche de plus en plus. La Palmyre connaît un tel succès avec ses nombreux lotissements, ses floralies et son village moyenâgeux que la commune change son nom en Les Mathes-La Palmyre le 18 juillet 1966, Claude Caillé y ouvre un zoo, ou plutôt un espace zoologique nouveau style de 10 hectares splendidement situé en pleine pinède, avec de nombreux animaux dont un chimpanzé, Zazy, qui en s'échappant en forêt provoque quelque émoi avant d'être repris, non sans difficultés, par les C.R.S.(111). Pour la première fois de son histoire Arvert n'est plus une presqu'île avec l'inauguration le 8 juillet 1972 du viaduc de 957 mètres à l'embouchure de la Seudre par René Poher qui résiste bien au petit tremblement de terre qui secoue La Tremblade le 7 septembre suivant.
268 Pourtant la morosité règne sur les rives de la Seudre car l'huître portugaise, atteinte d'une très grave maladie depuis 1967, est en train de disparaître, heureusement une huître japonaise importée de l'océan Pacifique, la "Crassostrea gigas", permet de sauver l'ostréiculture. Pour l'étude des mollusques et de leurs maladies, un institut scientifique de recherches est ensuite créé au Mus de Loup, il deviendra l'ifremer, l'institut Français de Recherche pour l'exploitation de la Mer(112). Pour obtenir un développement harmonieux de la presqu'île d'arvert, 22 communes se regroupent au sein du SIVOM, le Syndicat Intercommunal à Vocation Multiple, afin de lutter plus efficacement contre toutes les pollutions et de sauvegarder nos sites. Il crée trois grandes stations d'épuration pour les eaux usées et deux usines de traitement pour les impressionnantes 26.000 tonnes annuelles d'ordures ménagères qui se montent au chiffre impressionnant de 26.000 tonnes par an, puis étudie des rocades afin d'éviter la paralysie automobile estivale(113). Royan, dont le canton a été scindé en deux le 13 juillet 1973, a une population qui n'augmente plus guère avec 18.062 habitants en 1975 et la clientèle riche n'y vient plus(114). Un grave incendie criminel éclate le 20 août 1976 dans la forêt de Saint-Augustin et ravage 1.070 hectares de forêt, il menace même le zoo mais s'arrête juste avant(115). Pour protéger les installations de La Palmyre menacées par la mer à Pâques 1977, on construit deux digues qui doivent se rejoindre au centre mais, faute de fonds, il reste une cinquantaine de mètres à réaliser où la mer s'engouffre, la municipalité des Mathes réalise alors qu'elle vient d'hériter, par le plus grand des hasards, d'un véritable port d'échouage qui, protégé par un épi, abrite 76 bateaux dès 1980(116). Bien que le festival d'art Contemporain de Royan ait présenté au fil des ans de nombreuses œuvres de musique moderne et de théâtre, il est annulé pour raisons administratives en 1977 quand, après douze ans, de Lipkowski battu doit céder la place à Guy Tétard, puis deux ans plus tard, après une "cabale", c'est Pierre Lis qui est "nommé accidentellement maire de Royan" d'après le journal L'Avenir proche de Lipkowski qui n'apprécie guère d'être ainsi écarté. Royan reçoit alors 150 à 250.000 estivants par saison dans un rush qui dure 40 jours, mais est en danger de léthargie car 33 % de sa population a plus de 65 ans, soit le double de la moyenne nationale. Lis fait racheter par la ville le garden- Tennis et réalise l'implantation du CAREL, institut de langues qui connaît un succès continu, qui quitte le Palais des Congrès où il est installé depuis 1966, pour de nouveaux locaux près du stade(117). Malgré une vive opposition des écologistes, le port est agrandi avec une séparation entre le port de plaisance en eau profonde dragué à -2m,50, qui accueille 620 yachts en 1983, et le port de pêche et de commerce, avec trois sabliers et sa flottille de chalutiers, protégé par un nouveau quai près duquel la criée, qui attire beaucoup d'estivants, s'installe dans un édifice dû à l'architecte Quentin(118). Jean-Noël de Lipkowski reprend la mairie au moment où pour la première fois depuis le début du XIX siècle, en dehors de la dernière guerre, la population royannaise est tombée à 17.540 habitants. Depuis la mise en service de l'autoroute A.10 en 1981, Royan est à 5 heures de Paris et les estivants sont de plus en plus nombreux, mais les plages sont engorgées sauf celles de la Grande Côte, du Clapet, et celle de la Côte Sauvage où la baignade est dangereuse à cause des baïnes, ces cuvettes parallèles à la côte où le sable et
269 l'eau forment de violents rouleaux qui piègent les baigneurs. Des plages et des campings naturistes existent en forêt de la Coubre et, même dans les zones plus habillées, les maillots, bikinis et topless, se réduisent de plus en plus. Pour les estivants, la ligne de chemin de fer Saujon-La Tremblade, est entièrement désaffectée depuis 1980, est réouverte à partir de 1984 avec un train touristique qui fonctionne uniquement durant la saison(119). Le métal et le béton armé de l'architecture moderne vieillissent mal au bord de la mer, d'autant plus que lors de la reconstruction le M.R.U. n'a pas pu fournir des matériaux d'excellente qualité par suite d'une demande globale nationale trop massive et des difficultés financières des sinistrés. Ainsi, l'église Notre-Dame se dégrade rapidement car la pluie pénètre abondamment dans l'église par la toiture, et même les parois de béton se révèlent perméables aussi les paroissiens doivent être protégés par un grillage des morceaux de béton qui s'en détachent. Mais sa qualité architecturale est telle que tout le monde se mobilise pour la sauver et elle est classée en 1987(120). Certains Royannais en profitent pour dénigrer ce modernisme cubiste et farfelu qu'ils acceptent mal, sans tenir compte du fait qu'un entretien, même minimal, n'est pas réalisé par manque de fonds. Le résultat est une "autodestruction lente et rampante" baptisée par Gilles Ragot "la quatrième destruction de Royan"(121). Le casino laissé à l'abandon est rasé en 1985, le Palais des Congrès et la poste subissent des modifications qui les défigurent. Quant au portique du Front de Mer, toujours attaqué comme une barrière de béton faisant une coupure trop brutale entre la plage et le cœur citadin de Royan, il est purement et simplement détruit en 1986. Quant aux reconstructions les plus anciennes du boulevard Aristide Briand, elles tombent peu à peu en décrépitude et sont délaissées par manque de chauffage et d'ascenseurs(122). L'afflux des touristes et l'expansion immobilière sauvage commencent à poser des problèmes écologiques de sauvegarde des sites, la forêt de la Coubre est si accessible par la route que la foule piétine les plantes qui fixent les dunes, lesquelles se remettent à envahir la forêt, ce qui nécessite des soins de tous les instants de l'office National des Forêts. Les 4x4 sont un danger pour les dunes côtières, aussi la "Loi littoral" y interdit toute circulation automobile(123). Jean-Noël de Lipkowski veut créer un complexe touristique avec un service de remise en forme et de revitalisation dans une haute tour de verre sur le terrain vague qui a remplacé le casino. Cela divise les Royannais, et provoque la fureur de Guillaume Gillet lequel estime que cela met en péril la valeur artistique de son église(124). Après une brutale campagne municipale, Lipkowski doit céder la mairie en mars 1989 à son adjoint Philippe Most qui, pour combler les déficits, augmente très fortement les impôts locaux. Il annule immédiatement la tour de verre, mais la thalassothérapie Nouveau-Cap ouvre quand même ses portes le 1 juillet 1991 près de l'hôtel Novotel sur l'emplacement du fort du Chay. Royan renoue ainsi avec la tradition de l'hydrothérapie née en 1844, au début du grand essor de l'ancienne station, et abandonnée en 1914. Quant au Front de Mer, on le rénove pour lui donner une allure moins monotone. Des travaux imposants sont entrepris pour agrandir le port de plaisance afin d'accueillir 1.000 yachts, et là encore la vieille passion procédurière des Royannais se donne libre cours et dresse une partie de la ville contre l'autre. Ce projet comprend une esplanade qui doit
270 prolonger la perspective du boulevard Aristide Briand vers la mer, et pour protéger la plage de Foncillon, une digue est construite le long de la jetée du bac. Afin d'éviter de continuer à casser ce "truc moderne, ferraille et béton, conçu par des architectes farfelus" selon une amusante formule du Monde, le cœur de Royan est déclaré zone de protection du patrimoine architectural et urbain en 1992(125). Le recensement de 1990 montre que depuis 1975 la population de notre petite région a augmenté de 8,5 %. Mais à l'intérieur de ce total il y a de fortes différences, la région ostréicole de la Seudre reste à peu près constante mais La Tremblade perd 10 % de sa population, Royan voit la sienne chuter à 16.528 habitants soit une perte de 8,5 % alors que l'expansion profite aux communes périphériques qui augmentent de 33 %, en particulier Breuillet gagne 57 % et Saint-Sulpice de Royan 86 %. Royan est saturée car les prix de l'immobilier sont tels que les nouveaux venus s'installent dans les communes avoisinantes(126). De plus le phénomène des résidences secondaires amène la prolifération de villas inoccupées pendant l'hiver, et souvent en semaine pendant la saison, d'où des voisins qui s'ignorent, ce qui provoque une grave perte de convivialité au sein de la population. Tout cela fait que Royan n'atteindra sans doute jamais les 25.000 à 30.000 habitants prévus lors de la reconstruction mais elle est devenue la capitale économique et administrative du Pays Royannais. Cette micro-région, "nébuleuse touristique et balnéaire" est fréquentée par 1.600.000 personnes durant la saison 1992(127). De son côté, le succès de la Palmyre se confirme. Son port accueille 350 bateaux et, si le village moyenâgeux a fermé ses portes, il est question d'y créer une cité lacustre, quant à son zoo, classé premier zoo privé de France, il s'étend maintenant sur 15 hectares avec la "réserve africaine" en pleine forêt, présente 1.300 animaux et reçoit plus de 500.000 visiteurs par an(128). Les projets en gestation, dont le principal est le pont sur la Gironde, doivent tenir compte d'un difficile équilibre entre les édiles locaux qui se battent, bien logiquement, pour le développement économique de la région et les diverses associations qui se battent, tout aussi logiquement, contre le béton envahissant et pour la sauvegarde des sites afin d'offrir aux habitants et aux estivants une région naturelle non défigurée où il continuera de faire bon vivre.
271 RÉFÉRENCES CHAPITRE I LES ORIGINES, DU MYTHE A LA REALITE. 1- J.-R. Colle-Royan, son passé, ses environs-quartier Latin,La Rochelle,1965-p.7 2- G. Estève-Les paysages littoraux de la Charente-Maritime continentale entre la Seudre et la Gironde-Société botanique du Centre-Ouest-t.17-1986,1 Part,t.I,p.90,109-t.19-1988,2 part,p.177 3- F. Julien-Labruyère-à la recherche de la saintonge maritime-rupella,la Rochelle,1980-p.77,82,85 4- Archéologia-mars/av.1970-p.86,87 5- J.-P. Mohen & D. Bergougnan-Le camp néolithique de Chez Reine à Semussac-Gallia Préhistoire-t.27-1984-p.7-11 6- J.-R. Colle-Comment vivaient nos ancêtres en Aunis et Saintonge-Rupelle,La Rochelle,1977-p.48-60 7- G. Musset-La Charente-Inférieure avant l'histoire et dans la légende-la Rochelle,1885-p.29,30,35,61,82,89 8- BN-Ms Fr.16653-1645-Remarques plus considérables des Provinces f 196 9- R. Etienne-Bordeaux antique-(t.i,histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1962-p.54 10- J.-R. Colle-"Une découverte archéologique importante près de Royan"-Buu.Off.Mun. n 10-Juil.1968-11- J. Dassié-Manuel d'archéologie aérienne-technip,paris,1973-p.243-250 12- C. Gabet-L'époque gallo-romaine-richesses de la France n 75-13- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.90-97,103,104 14- P. Dyvorne-Devant Cordouan, Royan et la presqu'île d'arvert-delmas,bordeaux,1934-p.79 15- Estève-op.cit.-t.17.1 part,p.69,70,74,84,112-t.19,2 part,p.173,255 16- G. Musset-Le lac d'eau douce d'arvert et de La Tremblade-Fouchet,La Rochelle,1888-p.6-8 17- Ch.-E. Le Terme-Réglement général et notice sur les marais de l'arrondissement de Marennes-1826-Réédition LOCAL,s.d.-p.134,135 18- A. Pawlowski-Les pays d'arvert et de Vaux-Bulletin de géographie historique et descriptive-1902-t.xvii,p.365,368 19- Abbé Lacurie-Notice sur le pays des Santons à l'époque de la domination romaine-bulletin Monumental n 10-1844-p.596 20- Le Terme-op.cit.-p.176,177 21- Estève-op.cit.-t.19,2 part,p.177-180 22- Lacurie-op.cit.-p.623 23- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.201-214 24- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.105-109 25- L. Audiat--Epigraphie santone-dumoulin,paris,1870 26- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.126 27- M. Clouet-Le vin des Santons-RS-1962-t.XLVII,6 livr. 28- Le Terme-op.cit.-p.178(citation Fiefmelin 1601) 29- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.143-145 30- Lacurie-op.cit.-p.605-622 31- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.322-326 32- Gazette(3/9/1899) 33- J.-R. Colle-Royan et la côte de Saintonge-Mélusine,La Rochelle,1955-p.23-28 34- E. Jeanneau-Mornac et les Mornaçons des origines à nos jours-synd.init. de Mornac,1985-p.6 35- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.130 36- RS-1891-t.XI,p.21 37- A. Pawlowski-Les transformations du littoral français Le pays de Didonne, le Talmondais et le Mortagnais girondin-imp.nat.paris,1907-p.7note9 & Bulletin monumental-1935-t.xciv,p.241-243 & BAHS-1906-t.XXVI,p.4 38- A. Dauzat & Ch. Rostaing-Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France-Guénégaud,Paris,1963 39- F. Michel-Rôles gascons-imp.nat,.paris,1885-t.i*,p.24,36 40- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.121-123 41- J.-N. Robert-La vie à la campagne dans l'antiquité romaine-les Belles Lettres,Paris,1985-p.182 42- G. Noblet-Histoire de Royan-Bellenand,Fontenay-aux-Roses,1905-p.84-88 43- L. Canet-L'Aunis et la Saintonge-Pijollet,La Rochelle,1933/1934-t.I,p.106
272 44- Pawlowski-Didonne..op.cit.-p.6 45- M. Clouet-A propos des cuirs des Santons-RS-1963-t.XLVII,7 livr. 46- Colle-Royan et la côte..op.cit.-p.41 47- C. Connoué-Les Eglises de Saintonge, Saintes et ses environs-delavaud,saintes,1952-p.8 48- E. Ferrand-Royan moderne et ancien-balarac,bordeaux,1846-p.63 49- BAHS-1894-t.XIV,p.183 50- Canet-op.cit.-t.I,p.119,120 51- F. Chasseboeuf-Le château de Mons à Royan-RS-1992-t.XVIII,p.55-52- P. Dyvorne-Trois manoirs saintongeais, Mons, Belmont, Orignac-Royan,1920-p.13,14 53- L. Maurin-Saintes antique-s.a.h.c.m.,saintes,1978-p.287,335 54- Pierre Boyer sieur du Parcq-Catalogue des huit cartes marines idrographiques et géographiques de la Mer océanne-xviii s.-bn cartes et plans.msgecc.2360.f 120 55- RS-1923-t.XL,p.352 56- M.D. Massiou-Histoire politique, civile et religieuse de la Saintonge et de l'aunis-pannier,paris,1838-t.1,p.273 57- G. de Lurbe-Chronique bourdeloise-millanges,bordeaux,1594-p.9 58- Canet-op.cit.-p.155,156 59- M.D. Massiou-op.cit.-t.1,p.280 60- M. Vieillard-Troiekouroff-Les monuments religieux en Gaule d'après les oeuvres de Grégoire de Tours- Champion,Paris,1976-p.241 61- Abbé P.T. Grasilier-Cartulaires inédits de la Saintonge-Clouzot,Niort,1871-p.VIII(L. de Beaumont: Histoire de Royan) 62- Bulletin du comité des travaux historiques et scientifiques, section des sciences économiques et sociales-1905- p.92 63- Lurbe-op.cit.-p.11 64- Les travaux publics de la France-t.V,p.28 65- SEFCO-t.XXI,1 livr.-1989-p.34 66- H. Treuille-Un pélérinage à travers la Saintonge au XIII s.-compostelle.cahiers d'etudes de Recherche et d'histoire Compostellanes Nlle série n 1-1988-p.73 67- M. Rouche-L'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes-Jean Touzot,Paris,1979-p.129 68- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.318 69- AHS-1903-t.XXXIII,p.XIX(810) 70- Julien-Labruyère-Paysans charentais-rupella,la Rochelle,1982-t.II,p.124 71- J.-M. Soyez-Quand les Anglais vendangeaient l'aquitaine-fayard,paris,1979-p.40 72- Noblet-op.cit.-p.183-187 73- R. Colle-Naufrages et naufrageurs à l'embouchure de la Gironde-SEFCO-t.XXII 1 livr-janv.févr.1990-74- F. W. Bourdillon-Tote l'histoire de France-Nutt,London,1897-p.81-85 75- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.37 76- Gazette(7/11/1909) 77- RS-1936-t.46,p.46 78- J. Duguet-Légende de Taillefer comte d'angoulême-sefco-t.xv 2 livr-m/a.1981-79- A. Michaud-Histoire de Saintes-Privat,Toulouse,1989-p.55 80- J. Glénisson-L'application de la "paix" de Paris (1258) en Saintonge de 1273 à 1293-Actes du III congrès national des SS Poitiers 1986-1988-p.192 81- Chanoine Tonnellier-L'Abbatiale Saint-Etienne de Vaux-Delavaud,Saintes,1979-p.16,17 82- C. Higounet-Bordeaux pendant le Haut Moyen Age-(t.II,Histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1963-p.42 83- J. Grelier-Notes et réflexions à propos des moulins à vent-l'ethnographie Nlle série n 55-1961 84- A. Debord-La société laïque dans les pays de la Charente du X au XII siècle-picard,paris,1984-p.65 85- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.9,10 86- Debord-op.cit.-p.65,192,206,529,530,531 87- J. Duguet-Les seigneurs de Didonne de 1047 à 1227-SGR-1969-2 série,t.ii,n 5-88- RS-1926-t.XLII,p.107,108,139-143[cette généalogie indique un Hélie vers 1030 père de Pierre] 89- F. Chasseboeuf-L'histoire du Château de Didonne-Bordessoulles,Saint-Jean d'angély,1990-p.10 90- Debord-op.cit.-p.132 91- Bulletin du comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences économiques et sociales-1905-
273 p.92 92- A. Dupré-Chartes du prieuré de Saint-Nicolas de Royan-Texier,La Rochelle,1891-extrait AHS.t.XIX-p.17 93- M. Mollat-La vie quotidienne des gens de mer en Atlantique IX -XVI siècle-sevpen,paris,1983-p.34,35,52 94- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.41 95- D. Lesueur-Abbatiale bénédictine de Saint-Etienne de Vaux-Synd.Init. de Vaux sur Mer,1992-p.16 96- Abbé Cirot de la Ville-Histoire de l'abbaye et congrégation de Notre Dame de la Grande Sauve, Ordre de Saint Benoît-Méquignon,Paris,1844-t.I,p.263,364,444 97- P.-D. Rainguet-Biographie saintongeaise-1852 Slatkine Reprints,Genève,1971-p.190,191 98- Dupré-op.cit.-p.1-19-voir texte en annexe. 99- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.233 100- Estève-op.cit.-t.17,1 part,p.106 101- Dupré-op.cit.-p.1 102- SGR-1969-2 série,t.ii,n 5-p.145 & Cirot de la Ville-op.cit.-t.II,p.5 103- Dupré-op.cit.-p.8,9 104- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.224-239 105- Lesueur-op.cit.-p.3 106- L. Papy-La côte atlantique de la Loire à la Gironde-Delmas,Bordeaux,1941-t.II,p.260-265 107- Mme H. Moquay-"Marais salants de Saintonge et particulièrement de l'île d'oléron"-sefco-1977-t.xi,1 livr.p.22-34-2 livr.p.134-145 108- Lesueur-op.cit.-chartes 55,73 109- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.27 110- Lesueur-op.cit.-charte 1 111- Colle-Comment vivaient..op.cit.-p.43 112- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.287 113- RS-1913-t.XXXIII,p.18(XI s) 114- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.483 115- Lesueur-op.cit.-charte 17 116- J. Duguet-Documents sur les foires et marchés dans le diocèse de Saintes-SEFCO-m.a.1990-t.XXII,p.127-134(13/10/1258) 117- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.25,41,96,219,223,405,421,441,443,467,468-t.II,p.268 118- Y. Bottineau-Les chemins de Saint-Jacques-Arthaud,Paris,1964-p.165,168 119- Abbé C. Daux-Pèlerinage et confrérie de Saint-Jacques de Compostelle-1981-p.133,285 120- V. Billaud-Royan et ses environs-billaud,royan,1914-p.231 121- J. Bernard-Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400-vers 1550)-SEVPEN,Paris,1968-t.I,p.152,153 122- Bulletin de l'association Saint-Jacques de Compostelle-n 25 1 tr.1968-p.32 123- M.-A. Hérubel-Les origines des ports de la Gironde et de la Garonne Maritime-Sté d'editions Géographiques, Maritimes et Coloniales,Paris,1934-p.92 124- J.-P. Morin & J. Cobreros-Le chemin initiatique de Saint-Jacques-Arista,Plazac-Roufignac,1990-p.40 125- Bulletin de l'exposition: Soulac et le Médoc dans le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle-1975-p.10 126- J.-R. Colle-L'art roman en Saintonge: l'architecture-bull.off.mun.royan-n 11 avr.1969-p.8 & F. Leriche-Andrieu- Itinéraires romans en saintonge-zodiaque,1976-p.77 127- J. Vielliard-Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle (Textes latins du XII s.)-mâcon,1938-p.1 128- P.A. Jaubert-Géographie d'abou Abd Allah Mohammad ibn Mohammad ibn Idris al-idrisi-paris,1840- t.i,p.xx,xxii-t.ii,p.227,237,238,440 129- G. Sionita-Géographia Nubiensis-Paris,1619-p.219 130- Ch. Pellat-La France dans la géographie d'al-idrisi-centro di studi magrebini-vol.x,1978-p.34,36 131- Canet-op.cit.-t.I,p.194 132- K. Miller-Mappae Arabicae.Arabische Welt und Landerkarten des 9-13 Jahrhunderts-Selbsverlag des Herausgebets,Stuutgart,1926 133- R. Favreau-La commanderie du Breuil-du-Pas et la guerre de Cent Ans dans la Saintonge méridionale- Université francophone d'eté,jonzac,1986-p.20 134- Jaubert-op.cit.-t.I,p.XX & t.ii,p.232-234
274 CHAPITRE II LA CHATELLENIE DES PLANTAGENETS. 1- SGR-2 série,t.ii,n 5-1969-p.148 2- R. Pernoud-Aliénor d'aquitaine-albin Michel,Paris,1965-p.114,139 3- Julien-Labruyère-saintonge..oc.-p.173-176 4- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.10 5- J.Bernard-op.cit.-t.I,p.310 6- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.233,234 7- Pernoud-op.cit.-p.205 8- J. Bernard-op.cit.-t.II,p.726 9- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.233-243 10- Canet-op.cit.-tI,p245 11- Mollat-vie quotidienne..op.cit.-p.92 12- P. Morand-Bains de mer Bains de rêve-clairefontaine,lausanne,1960-p.119 13- Grasilier-op.cit.-t.I,p.36,42 14- AHS-1882-t.X,p.346(16/7/1303) 15- Colle-Royan son passé..op.cit.-p.10-12 16- AN-F14.10164 carte n 3(1867) 17- Cirot de la Ville-op.cit.-t.I,p.529-t.II,p.185,186 18- AD17-E.423(1589) 19- Cirot de la Ville-op.cit.-t.I,p.364 20- Gazette(17/9/1899) 21- AN-F14.10059 carte n 9(1759) 22- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.211 23- Tonnellier-Vaux..op.cit.-p.15-17 24- Connoué-op.cit.-p.194,195 25- Lesueur-op.cit.- 26- SGR-janv.1989-t.IV,3 série,n 3-p.18(1234) 27- BN-Ms Fond fr.12052-1650-n 5 28- Grasilier-op.cit.-t.I,p.IV,X 29- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.44,441 30- RS-1943/1952-t.I n.s.,p.20 31- AD33-H.72 32- Dupré-op.cit.-p.11 33- AD33-H.254,H.267.fol.111.V 34- Leriche-Andrieu-op.cit.-p.77 35- A. Mingasson-Gillet & J. Tribondeau-Talmont jadis et aujourd'hui-rupella,la Rochelle,1991-p.33-78 36- Mollat-vie quotidienne..op.cit.-p.25,45,55 37- R. et M. Pernoud M-M.Davy-Sources et clefs de l'art roman-berg International,Paris,1973-p.92,95 38- Debord-op.cit.-p.511 39- RS-1926-t.XLII,p.107,108 40- J. Duguet-Les seigneurs de Didonne-SGR-1969-2 série,t.ii,n 5-1969-p.147 41- Dupré-op.cit.-p.10,11 42- AD33-H267.fol.109.V 43- SGR-1989-2 série,t.ii,n 5-op.cit.-p.149,150 44- H. Beauchet-Filleau & C. de Chergé-Dictionnaire Historique et généalogique des familles du Poitou- Oudin,Poitiers,1891-t.III 45- Lesueur-op.cit.-Charte 35(1213) 46- Favreau-op.cit.-p.18 47- Noblet-op.cit.-p.149-153 48- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.36 49- AHS-1884-t.XII,p.31 50- Duguet-seigneurs de Didonne..op.cit.-p.18 51- Noblet-op.cit.-p.91-95
275 52- SGR-1989-3 série,n 3-op.cit.-p.19 53- J.-P. Trabut-Cussac-"Les coutumes et droits de douane perçues à Bordeaux sur les vins et les marchandises par l'administration anglaise de 1252 à 1307"(1254-1255)-Annales du Midi-1950-t.LXII,p.135-150, 54- J.-P. Trabut-Cussac-L'administration anglaise en Gascogne sous Henri III et Edouard I de 1254 à 1307- Droz,Paris-Genève,1972-p.37,159 55- SGR-1989-3 série,n 3-op.cit.-p.21-23,27 56- G.P. Cuttino et J.P. Trabut-Cussac-Gascon Register A séries de 1318-1319-Oxford University,London,1975- t.ii,128,p.459(mention de Barteleme de Lille sans doute Bartolomé de la Brosse mentionné plus tard-25/8/1279) 57- AHS-1879-t.VI,p.46 58- Beauchet-Filleau et de Chergé-op.cit.-t.IV,p.669 & Abbé C. Fouché-Taillebourg et ses seigneurs-chef Boutonne,1911-p.207 59- SGR-1989-3 série,n 3-op.cit.-p.21,22 60- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.190,191 61- Canet-op.cit.-t.I,p.246,247,255,256 62- Le Nain de Tillemont-Vie de Saint Louis-Renouard,Paris,1849-t.II,p.437,438 63- Michel-rôles..op.cit.-t.I*,p.3.n 8 64- Ferrand-op.cit.-p.89 65- Michel-rôles..op.cit.-t.I*,p.8.n 36,24,160 66- SGR-janv.1989-t.IV,3 série,n 3-p.18 67- Michel-rôles..op.cit.-t.I*,p.8.n 37,135.n 1023,164.n 1216 68- Le Nain de Tillemont-op.cit.-t.II,p.454 69- A.-M. Legras-Les commanderies des Templiers et des Hospitaliers de Saint-Jean de Jerusalem en Saintonge et en Aunis-CNRS,Paris,1983-p.83,92 70- Michel-rôles..op.cit.-t.I,p.164.n 1217,274.n 2145,275.n 2148 71- Glénisson-"paix" de Paris..op.cit.-p.191-205 72- Noblet-op.cit.-p.90,91 73- Sir Travers Twiss-The Black Book of the Admiralty-London,1873-t.II,p.406-429 74- A. Giry-Les Etablissements de Rouen-Vieweg,Paris,1883/1885-t.II,p.X,XI 75- BAHS-1887-p.33-37,364-368 76- Bodleian Library Oxford-Ms Douce 227 f 135-154-voir texte en annexe. 77- G. Musset-La coutume de Royan au Moyen Age-Texier,La Rochelle,1905-p.2 78- Giry-op.cit.-t.I,p.47,95,96 79- J. Duguet-Un héritage de la famille de Matha: Mornac(1190)-SGR-1 tr.1982-t.iv,2 série n 7 80- Glénisson-"paix" de Paris..op.cit.-p.191-205 81- Mingasson-Gillet & Tribondeau-op.cit.-p.79,80(20/10/1483) 82- Michel-rôles..op.cit.-t.I*,p.565 & J. Gardelles-Les châteaux du Moyen-Age dans la France du Sud-Ouest. La Gascogne anglaise de 1216 à 1327-Sté Française d'archéologie,genève,1972-p.210 83- M. Gouron-L'amirauté de Guienne-Librairie du Recueil Sirey,Paris,1938-p.73 84- Musset-coutume..op.cit.-p.3(2/1290) 85- AHS-1874-t.I,p.110(16/5/1294) 86- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.215(1345) 87- Y. Renouard-Bordeaux sous les rois d'angleterre-(t.iii,histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1965-p.204,210,255,267 88- Trabut-Cussac-coutumes..op.cit.-p.138,143,145 89- Legras-op.cit.-p.83-92 90- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.43,203,225,266,267 91- F. Michel-Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux-1867-Burt Franklin,New York,1970-t.I,p.204,205 92- AHS-1879-t.VI,p.46-Les armoiries des Preissac sont: mi-partie d'argent au lion de gueules et trois fasces d'or et d'argent. 93- P. Marchegay-Notices et pièces historiques sur l'anjou, l'aunis et la Saintonge-Lachèze Belleuvre et Dolbeau,Angers,1872-p.81 94- Noblet-op.cit.-p.95-97,157,158 95- AN-JJ64 n 491(1327)-voir texte en annexe. 96- AHS-1888-t.XVI,p.234,236 97- Noblet-op.cit.-p.158-163
276 CHAPITRE III LA GUERRE DE CENT ANS. 1- Favreau-op.cit.-p.38 2- Julien-Labruyère-op.cit.-t.II,p.10,11 3- Noblet-op.cit.-p.97-99 4- Julien-Labruyère-op.cit.-t.I,p.40 5- AHS-1874-t.I,p.375 6- Noblet-op.cit.-p.99,100 7- Musset-coutume..op.cit.-p.5,82(3/7/1340) 8- P. Marchegay-Documents originaux-les Roches Baritaud,1877-p.69,70 9- A. Grasset-Breuillet à travers les âges-municipalité de Breuillet,1986-p.22,23 10- AN-JJ73n 4676,4685(2/1345) 11- R. Boutruche-La crise d'une société, seigneurs et paysans du Bordelais pendant la guerre de Cent Ans-Publ. Faculté des Lettres de l'université de Strasbourg n 110,Paris,1947-p.347 12- Favreau-op.cit.-p.40 13- AN-JJ68n 288/2(17/7/1347) 14- Ibid.n 289/2(18/7/1347voir texte en annexe) 15- Chevalier de Courcelles-Histoire généalogique et héraldique des Pairs de France, des grands dignitaires de la couronne, des principales familles nobles du royaume-paris,1825-t.v 16- H.P. et J. Beauchet-Filleau-Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou-Fontenay le Comte,1972-t.VI,p.669,670(1352) 17- AN-JJ85n 128(4/1357) 18- J.-R. Colle-Châteaux, manoirs et forteresses d'aunis et de Saintonge-Rupella,La Rochelle,1984-p.240 19- AN-JJ80n 70(1350) 20- Musset-coutume..op.cit.-p.3 21- Renouard-op.cit.-p.251,261,278 22- AD33-H.28 23- Canterbury papers n 8-1963-Edward the Black Prince-p.7,15 24- M. Dupuy-Le Prince Noir-Librairie académique Perrin,1970-p.121,125 25- Soyez-op.cit.-p.201,202 26- AN-JJ82n 654(5/3/1358) 27- Musset-coutume..op.cit.-p.6 28- BAHS-1907-t.XXVII,p.92 29- F.A. de la Chesnaye Desbois-Dictionnaire de la noblesse-berger-levrault,1980-p.330-351 30- Musset-coutume..op.cit.-p.6(1367) 31- BAHS-1890-t.X,p.329 32- Lurbe-op.cit.-p.28 33- Noblet-op.cit.-p.163-166 34- Marchegay-Documents 1877..op.cit.-p.42,43(8/5/1371) 35- Rainguet-op.cit.-p.462 36- BAHS-1890-t.X,p.329(1372) 37- Favreau-op.cit.-p.42(18/9/1372) 38- Beauchet-Filleau-op.cit.-t.VI,p.670 39- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.92,93,98,99 40- AH33-1893-t.XXVIII,p.234,235 & Billaud-Royan..op.cit.-p.209 41- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.49 42- R. Faille-Les trois plus anciens phares de France, Cordouan, les Baleines, Chassiron-Patrimoines & Médias,Ligugé,1993-p.19 43- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.93 44- Ch. de la Roncière-Histoire de la marine française-plon Nourrit,Paris,1914-t.II,p.529 45- Michel-commerce..op.cit.-t.I,p.210,211 46- Bulletin du comité des travaux historiques et scientifiques. Section des sciences économiques et sociales.ss- 1905-p.92 47- Trabut-Cussac-coutumes..op.cit.- p.143
277 48- Musset-coutume..op.cit.-p.3-6(2/1367) 49- H. Barckhausen-Livre des Coutumes des archives municipales de Bordeaux*-Bordeaux,1890-p.302 50- Michel-commerce..op.cit.-t.I,p.205 51- Musset-coutume..op.cit.-p.75 52- Barckhausen-op.cit.-p.302 53- BRM-Ms mss.add.10.146 f 93,94-voir texte en annexe. 54- Barckhausen-op.cit.-p.630,631(ms BRM)-Le 1 paragraphe seul concerne Royan-voir texte en annexe. 55- Musset-coutume..op.cit.-p.88,89 56- AN-1.AP.2067 57- G. Musset-Les ports francs, étude historique-leroux,paris,1904-p.77-81. 58- AD33-H67(1218) & Cirot de la Ville-op.cit.-t.II,p.185 59- J. Bernard-op.cit.-t.II,p.606 60 - Musset-coutume..op.cit.-p.76,87 61- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.102 62- Michel-commerce..op.cit.-t.I,p.206-211 & Barckhausen-op.cit.-p.642(monnaie bordelaise: denier esterlin = 10 denierz bourdelois et un gros sterling anglais vaut 12 deniers sterling) 63- J. Bernard-op.cit.-t.I,paragraphe navires & p.348-t.ii,p.675 64- AN-1.AP.2211/4(6/12/1375) 65- Favreau-op.cit.-p.25 66- Ibid.p.48,50 67- Noblet-op.cit.-p.167 68- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.443,444 & Mollat-vie quotidienne..op.cit.-p.131 69- Favreau-op.cit.-p.48 70- Canet-op.cit.-t.II,p.32-35(19/10/1384) 71- Favreau-op.cit.-p.44 72- BAHS-1892-t.XII,p.363(7/1388) 73- Soyez-op.cit.-p.205 74- D. d'aussy-la Saintonge pendant la guerre de Cent Ans-Texier,La Rochelle,1894-p.9 75- AHS-1878-t.V,p.27,28 76- Favreau-op.cit.-p.57 77- Musset-coutume..op.cit.-p.97,100,101 78- AHS-1902-t.XXXI,Renaud VI de Pons,p.67 79- Noblet-op.cit.-p.100-105 80- D. d'aussy-matha,mornac,royan et Arvert-Texier,La Rochelle,1888-(17/1/1399) 81- AHS-1902-t.XXXI,Renaud VI de Pons,p.141,151 82- Favreau-op.cit.-p.57,66 83- Gouron-op.cit.-p.103 84- AMB-Registre de la Jurade de 1406 à 1409-Bordeaux,1873-p.57-64 85- Mollat-vie quotidienne..op.cit.-p.167-177 86- AHS-1902-t.XXXI,p.51,182 & Favreau-op.cit.-p.52 87- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.36,163,248,-t.II,p.632,774 88- L. Massiou-Anchoine ville disparue sous les dunes de La Coubre-Texier,La Rochelle,1909-p.4 & Canet-op.cit.- t.ii,p.54(h. de Tilly: La Saintonge sous la domination anglaise) 89- Favreau-op.cit.-p.51 90- Soyez-op.cit.-p.229 & Estève-op.cit.-t.19,2 part,p.181 91- AHP-1896-t.XXVI,p.295 92- R. Boutruche-Bordeaux de 1453 à 1715 (t.iv,histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1966-p.142 & L. Meschinet de Richemond-Documents historiques inédits sur le département de la Charente-Inférieure-Picard,Paris,1874-p.105,106 93- Musset-coutume..op.cit.-p.96,97,100,102 94- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.43,124 95- H. Stein-Inventaire analytique des ordonnances enregistrées au Parlement de Paris jusqu'à la mort de Louis XII- Imp.Nat.,Paris,1908-n 394(13/4/1420) 96- Favreau-op.cit.-p.60,61,102,103 97- Hérubel-op.cit.-p.87 & Pawlowski-Arvert..op.cit.-p.37 & BMB-Coll. Delpit-Est.n 207-14(1790)
278 98- Favreau-op.cit.-p.51(1428),54(1432) 99- Soyez-op.cit.-p.231 100- Noblet-op.cit.-p.105-108(5/4/1431) 101- Favreau-op.cit.-p.54(Il date ce siège en 1434, Arcère en 1433 sans doute ancien style et les AHS-1886- t.xiv,p.299 en 1429) 102- M. Arcère-Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d'aunis-durand,paris,1756-t.i,p.273 103- Favreau-op.cit.-p.54,55 104- Ibid.-p.107,110 105- Musset-coutume..op.cit.-p.102 106- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.479 & AHS-1886-t.XIV,p.307 107- Favreau-op.cit.-p.32,65 108- AHS-1874-t.I,p.70-1879-t.VI,p.30,36-1884-t.XII,p.20 109- Favreau-op.cit.-p.64,111,114 110- Rainguet-op.cit.-p.465 111- Musset-coutume..op.cit.-p.96 112- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.260-t.II,p.645 113- Musset-coutume..op.cit.-p.101,103 114- BAHS-1894-t.XIV,p.391 & Canet-op.cit.-t.II,p.50 115- Favreau-op.cit.-p.73,83,92 116- Renouard-op.cit.-p.541,542 117- Favreau-op.cit.-p.58,59(citation Thomas Basin) 118- AHS-1893-t.XXI,p.250-252-1879-t.VI,p.46-1878-t.V,p.29,30 119- Rainguet-op.cit.-p.466 120- AHS-1879-t.VI,p.237-1891-t.XIX,p.344 121- Soyez-op.cit.-p.238 122- P. Marchegay-Lettres missives originales du chartier de Thouars-Les Roches Baritaud,1873-p.26 CHAPITRE IV LA SEIGNEURIE DES COETIVY. 1- Marchegay-Lettres missives..op.cit.-p.34,35 2- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.105-107 3- AHS-1881-t.VIII,p.411 4- Favreau-op.cit.-p.65 5- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.72,132,139,235-t.II,p.11,243 6- Fouché-op.cit.-p.206,207 7- P. Marchegay-Lettres de Marie de Valois-Les Roches Baritaud,1875-p.10,33 & Lettres missives..op.cit.-p.34,35 8- AN-1ap*566(1459) 9- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.103,104 10- Musset-coutume..op.cit.-p.86-90 11- Noblet-op.cit.-p.111-116,168-171 12- Favreau-op.cit.-p.33-36 13- Gouron-op.cit.-p.120 14- AHS-1874-t.I,p.70-1892-t.XXI,p.267-279-1899-t.XXVIII,p.274 15- Musset-coutume..op.cit.-p.107 16- Marchegay-Notices..op.cit.-p.303 17- P. Marchegay-La rançon d'olivier de Coëtivy-Daupeley,Nogent le Rotrou,1877-p.47 & Lettres Marie..op.cit.-p.36 & Notices..op.cit.-p.304(10/1465) 18- AN-JJ200.n 89(22/12/1467) 19- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.37 20- AHS-1874-t.I,p.70-1892-t.XXI,p.306,307-1902-t.XXXI,p.214 & Père Anselme-Histoire généalogique et chronologique de la Maison de France-Cie des Libraires,Paris,1726-1733-t.VII,p.845 21- Musset-coutume..op.cit.-p.11,99,110 22- AHS-1892-t.XXI,p.309 23- Musset-coutume..op.cit.-p.102-106,112
279 24- Canet-op.cit.-t.II,p.79(P. Champion: Louis XI et nos provinces) 25- Musset-coutume..op.cit.-p.108 26- Marchegay-Lettres missives..op.cit.-p.62,63(23/2/1475) 27- Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.47,48 28- Marchegay-rançon..op.cit.-p.47 & Lettres Marie..op.cit.-p.56 & AHS-1900-t.XXIX,p.22 29- Marchegay-Documents originaux 1877..op.cit.-p.12-15 30- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.287 31- J. Vaesen-Lettres de Louis XI roi de France-Paris,1900-t.VII,p.235,236 & Marchegay-Lettres Marie..op.cit.-p.52-56 32- Marchegay-Lettres missives..op.cit.-p.62,63 33- AHS-1891-t.XIX,p.344 34- P. Marchegay-Documents originaux-les Roches Baritaud,1878-p.103(8/1481) 35- Mingasson-Gillet & Tribondeau-op.cit.-p.84,85(31/9/1480) 36- AHS-1892-t.XXI,p.317-324-1900-t.XXIX,p.33 37- Musset-coutume..op.cit.-p.96-112(enquête 24/4/1487) 38- AHP-1872-t.I,p.314-316 39- Marchegay-Documents originaux 1878..op.cit.-p.105 40- Marchegay-Documents originaux 1877..op.cit.-p.15,16 41- AHS-1878-t.V,p.32 & Noblet-op.cit.-p.118 42- P. Marchegay-Documents inédits sur la Saintonge et l'aunis-les Roches Baritaud,1879-p.16-21 43- Noblet-op.cit.-p.117-124 44- RS-1924-t.LXI-p.153-158 & Chanoine Tonnelier-La véritable destination de l'email dit de Saint-Pierre de Royan- Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'ouest,76 année n 2-m/a.1965-p.105-118 45- AN-1/AP/2077-(27/12/1507-Une brasse = 1,62 mètre) 46- AHS-1880-t.VIII,p.230-1900-t.XXIX,p.24 & Fouché-op.cit.-p.239 47- Marchegay-Documents originaux 1877..op.cit.-p.51 48- Duc L. de La Trémoille-Inventaire de François de La Trémoille 1542-Nantes,1887-p.II 49- BAHS-1889-t.IX,p.45 50- Noblet-op.cit.-p.171,172 51- AHS-1890-t.XVIII,p.319-329(3/4/1522)-voir texte en annexe 52- Marchegay-Documents originaux 1877..op.cit.-p.51-53 53- P. Marchegay-Variétés historiques-servant,la Roche sur Yon,1884-p.229 54- La Trémoille-op.cit.-p.94 55- AHS-1900-t.XXIX,p.25 56- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.13,94,99,102 57- Boutruche-Bordeaux..op.cit.-p.114 58- AD33-C.4087 59- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.108,129,178,179,339,361-t.II,p.653,678 60- F. Julien-Labruyère-Le cabotage girondin du XV siècle-sgr-2 série.t.iv n 6-2 sem.1980-p.128-141 61- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.184,216 62- Noblet-op.cit.-p.188,116,117,188 63- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.90,258,339-t.II,p.594,805,852 64- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.38,39 65- J. Bernard-op.cit.-t.II,p.634,642,766 66- G. Passerat-Etude des cartes des côtes de Poitou et de Saintonge-Clouzot,Niort,1910-p.25 & J. Bernard-op.cit.- t.i,p.107,108,112 & J. Daniel-Royan Evolution du nom d'après les cartes anciennes-sgr-1968-t.ii,2 sér.n 4-p.119 67- BN-GEDD14 Andrea Bianco 1436-GeDD1990(5) Berlingheri1480-Res.GeD.7668 Guillaume Postel 1570. 68- Pierre Garcie dit Ferrande-Le Grand Routier-D. Ferrand,Rouen,1632-p.23,24-voir texte en annexe. 69- G. Musset-Jean Fonteneau dit Alfonse de Saintonge capitaine-pilote de François I -Imp.Nat.Paris,1896 & La cosmographie par Jean Fonteneau dit Alfonse de Saintonge-Paris,1904-p.4,19,146,148,149 70- BN-Fonds fr.n 676,Anc.reg.7125a,Baluze503,f 191,193 71- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.414 72- Le Terme-op.cit.-p.137 73- V. Vattier d'ambroyse-le littoral de la France La Gascogne-1887 réédité Champion Slatkine,Paris,1984-p.146
280 74- Le Terme-op.cit.-p.134 CHAPITRE V LA REFORME ET LES GUERRES DE RELIGION. 1- B. Palissy-Préceptes véritables-la Rochelle,1564-f O 2- T. de Bèze-Histoire ecclésiastique-rémy,anvers,1580-t.i,p.122 3- E. Vinet-Bref discours sur l'antiquité de Bordeaux-Marnef,Poitiers,1565-p.CIII 4- RS-1913-t.XXXIII,p.209 & J.-D. Sauvin-Philibert Hamelin martyr huguenot-genève,1957-p.10,40 5- Palissy-op.cit.-f O 6- A. Crottet-Histoire des églises réformées de Pons, Gémozac, Mortagne-Castillon,Bordeaux,1841-p.210 & Sauvinop.cit.-p.32 7- Mme H. Moquay-op.cit.-SEFCO-t.XI-3 livr.1977-p.205-216 8- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.291 9- S.C. Gigon-La révolte de la Gabelle en Guyenne-Champion,Paris,1906-p.40 10- P. Gascar-Les secrets de maître Bernard-Gallimard,Paris,1980-p.134 11- Gigon-op.cit.-p.83,113-117,121,130 12- Abbé de Brantôme-Vie des hommes illustres et garnds capitaines français-sambix,leyde,1666-t.vii,p.76 13- Gascar-op.cit.-p.135 14- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.11 15- C. Vigen-Enquête relative à la création d'un port à Royan en 1551-RS-1917-t.XXXVII,p.45 16- Maître Guillaume Paradin-La révolte de la Gabelle en Guienne l'an 1548-1558-Aldo Manuzio,Bordeaux,1981- p.68-70 17- AHS-1874-t.I,p.148-152-voir texte en annexe 18- Gigon-op.cit.-p.189 19- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.136 20- Vigen-op.cit.-p.40-47,104-111 21- Mollat-vie quotidienne..op.cit.-p.53,159 22- AN-F14.739(1792) 23- Ibid.Marine D2.57 24- Sauvin-op.cit.-p.31,32,37 25- Bèze-op.cit.-t.I,p.159 26- Palissy-op.cit.-p.OIII,OIIII 27- RS-1983-t.IX-p.27,28 28- Estève-op.cit.-t.21,3 part,citation p.261 & A. Lételié-Une plage sur l'océan Ronce-les-Bains-Aubouin,La Tremblade,1890-p.231 29- Palissy-op.cit.-f Q 30- R. Doussinet-Le parler savoureux de Saintonge-Rupella,La Rochelle,1958-p.20 31- E. Moutarde-Les Eglises réformées de Saujon et de la presqu'île d'arvert-fishbacker,paris,1892-p.4 32- Palissy-op.cit.-f P 33- Bèze-op.cit.-t.I,p.229,357 34- AN-TT264 35- Gascar-op.cit.-p.188 36- C. Masse-Mémoire-SHAT-Ms187,p.115 & M. Egger-Deux extrêmes, souvenirs de Saintonge et de Savoie- Hamelin,Montpellier,1884-p.6 37- SEFCO-janv.mars 1965-t.II,1 livr.p.8 38- AHS-1877-t.IV,p.295 39- C. de Sainctes-Note sur le saccagement des églises catholiques-ruelle,paris,1587-p.43 40- Béze-op.cit.-t.II,p.980,986-988 41- Rainguet-op.cit.-p.465,466 42- SHPF-1895-t.44,p.528 43- AN-TT232.12 & Duc L. de La Trémoille-Les La Trémoille pendant cinq siècles-grimaud,nantes,1890-t.iii,p.199 44- Société des bibliophiles de Guyenne-1868-t.I,p.30,31 45- G. Musset-Les tremblements de terre-texier,la Rochelle,1909-p.7(26/10/1568) 46- Colonel L. Babinet-Episodes de la troisième guerre civile en Poitou, Aunis et Saintonge-Blais et
281 Roy,Poitiers,1897-p.4,25,100,122 47- T.A. d'aubigné-mémoires-bernard,amsterdam,1731-p.27,28 48- G. Touroude-De l'oppression à la liberté-la Langrotte,1992-p.21 49- Abbé de Brantôme-Discours sur les colonels de l'infanterie-p.128 50- L. Lalanne-Oeuvres complétes de Pierre de Bourdeilles seigneur de Brantôme-S.H.F.,Paris,1881-t.X.p.131 51- Gascar-op.cit.-p.210(citation Brantôme) 52- P. Miquel-Les guerres de religion-fayard,paris,1980-p.271 53- Brantôme-colonels..op.cit.-p.102,103 54- M.D. Massiou-op.cit.-t.IV,p.271 55- T.A. d'aubigné-histoire universelle-amsterdam,1626-t.ii,p.683 56- Brantôme-Vie..op.cit.-t.IX,p.153 57- H. Lancelot Voisin sieur de La Popelinière-L'histoire de France-Abraham,La Rochelle,1581-t.II,livre 45,f 373,376 58- A. d'aubigné-histoire..op.cit.-t.ii,p.920 59- Abbé P. Travers-En pays d'arvert-st Palais sur Mer,1966-p.21 60- M.D. Massiou-op.cit.-t.V,p.46 61- RS-1913-t.XXXIII,p.306(5/1582) 62- La Popelinière-op.cit.-t.II,livre 45,f 377 63- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.12(1582) 64- E. Jeanneau-Mornac et les Mornaçons des origines à nos jours-synd.init. Mornac sur Seudre,1985-p.24,26 65- AH33-1873-t.XIV,p.283 66- S. Goulart-Les mémoires de la Ligue-s.l.,1602-t.II(18/9/1585) 67- A. d'aubigné-histoire..op.cit.-t.iii,p.17 68- F. Gébelin-Le gouvernement du maréchal de Matignon-RHB-1910-Tome II,p.349 69- J. Berger de Xivrey-Recueil des lettres missives de Henri IV-Paris,1843-t.II,p.238 & Comte Baguenault de Puchesse-Lettres de Catherine de Médicis-Paris,1905-p.53,54,59 70- Ferrand-op.cit.-p.121 & Rainguet-op.cit.-p.284 71- AN-DIII.43 72- AD17-E.423 73- A. Ducaunnès-Duval & P. Courteault-Arch. municipales de Bordeaux. Registres de la Jurade de 1520 à 1783- Gounouilhou,Bordeaux,1909-t.IV,p.429 & RHB-1910-t.II,p.350-352 74- AHS-1874-t.I,p.321,323 & AN-X1A.8641.f 220 75- AH33-1873-t.XIV,p.305 76- RHB-1911-t.III,p.26-29 & N. Valois-Inventaire des arrêts du Conseil d'etat-imp.nat.,paris,1886-t.i,n 112,144 77- AH33-1887-t.XXV,p.244-249 78- BARS-Ms 5411-p.297-317 79- AN.TT.264.XXX.n 1151-1153 & SHPF-Ms584.1.2 Colloque des Isles de Saujon-4/9/1596 80- AHP-1897-t.XXVII,p.533 81- SHPF-Ms753/4 de Châtellerault-1596-1598 82- Ch. Bernard-Histoire du Roy Louis XIII-Courbé,Paris,1646-p.289 83- SHPF-Ms753/4 Ms.de Châtellerault-1596-1598 84- E. Benoist-Histoire de l'edit de Nantes-Beman,Delft,1643-t.I,p.208 85- G. Labat-Documents sur la ville de Royan et la tour de Cordouan-Gounouilhou,Bordeaux,1888 & 1894-p.63 86- AH33-1873-t.XIV,p.125-1893-t.XXVIII,p.181,197 87- G. Labat-op.cit.-p.29,63 88- Faille-op.cit.-p.21,22 89- P. Roudié-Qui était Louis de Foix?-Société des Sciences Lettres et Arts de Bayonne-Actes du Congrès de Bayonne 28-29 octobre 1978-p.104 90- AD33-C.3886 91- E. Clouzot-Un voyage à l'île de Cordouan au XVI siècle-clouzot,niort,1905-p.10 92- AH33-1893-t.XXVIII,p.209-212,213 93- AD33-C.3803 94- Roudié-op.cit.-p.100 95- AH33-1883-t.XXIII,p.374(1791) 96- R. Duras-L'île et la tour de Cordouan-Ronce-les-Bains,1958-p.7 & BN-Cartes & Plans-Portefeuille 53,carte n 19
282 de 1696(Conche de la Reine située entre la conche du Chay et celles de Saint-Laurent [Saint-Sordelin?]. 97- AH33-1879-t.XIX,p.353-1893-t.XXVIII,p.217-224 98- AD33-C.3874bis 99- Faille-op.cit.-p.23-27,annexeJ 100- C. Bechet-L'Usance de Saintonge entre mer et Charente-Boé,Bordeaux,1701-p.17 & Fr. Savinien d'alquié-les délices de la France-Haak,Delft,1728-t.II,p.272 101- BM-Ms2595-p.57,99(30/4/1598) 102- G. Musset-Documents sur la Réforme-Pons,1886-p.21 103- C.Bernard-op.cit.-p.337 104- BM-Ms2595-p.252,254 105- S. Mours-Les Eglises Réformées en France-Libr. Protestante,Paris,1958-p.163 & Le Protestantisme en France au XVII siècle-libr. Protestante,Paris,1967-p.69 106- N. Alain-La Saintonge et ses familles illustres-1598-chollet,bordeaux,1889-p.21 107- L. Anquez-Histoire des assemblées politiques des Réformés de France-Durand,Paris,1859-p.162 108- AHP-1897-t.XXVII,p.533 109- J. Sottas-Etat militaire de l'angoumois, Saintonge et Brouage-Texier,La Rochelle,1914-p.15,58 110- RS-1913-t.XXXIII,p.158,243-1914-t.XXXIV,p.133 & AHS-1899-t.XXVIII,p.274 111- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.54 112- Valois-op.cit.-t.I.n 5635-t.II.n 9739 113- BM-Ms2596(3/8/1606-1610) 114- Marchegay-Documents originaux 1877..op.cit.-p.54(21/4/1610)-voir texte en annexe 115- AHS-1878-t.V,p.117 116- W.I. Morse-Pierre du Gua sieur de Monts-London,1939 117- Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.48 118- Commission du Roy et de Mgr l'admiral au sieur de Mons-(7/4/1605)-p.1-22-voir texte en annexe. 119- M. Lescarbot-Histoire de la Nouvelle-France-Perier,Paris,1618-LivreIV,p.417 & M. Trudel-Histoire de la Nouvelle-France-Fides,Montreal-Paris,1966-t.II,p.14,15 120- J. Liebel-Pierre Dugua sieur de Mons Fondateur de l'acadie et de Québec-AD17-Ms.MF.268-p.71-77-Liebel considère (RS.1974) que les armoiries indiquées par Morse "d'argent à 3 chevrons de gueules", qui curieusement sont aussi celles du cardinal de Richelieu, sont fausses. Liebel différencie les familles Gua et Dugua car le sieur de Monts signe Pierre Dugua, cet argument ne tient pas car il signe "Pierredugua" en un seul mot. Il semble qu'il y ait confusion entre les armoiries de Mons et celles de Châtelars-de gueules à la divise d'or accompagné en chef d'un croissant d'argent et en pointe d'une étoile de même- dont le titre est porté par la branche aînée de la famille comme l'indiquent Morse, et F. Chasseboeuf(RS,t.XVIII.p.70)-Les armoiries aux 3 chevrons estent au XVIII siècle celles des Gua de la Rochebreuillet (Th. de Brémond d'ars-rôles saintongais-niort,1869) 121- Trudel-op.cit.-t.II,p.11,22-25 122- Lescarbot-op.cit.-Livre IV,p.432-434(1604), 123- R. Rumilly-L'Acadie Française-Fides,Montréal,1981-p.22,24 124- Lescarbot-op.cit.-Livre IV,p.463 125- Rumilly-op.cit.-p.25 126- Commission au sieur de Mons-op.cit.-p.23-39 127- Lescarbot-op.cit.-Livre IV,p.508 128- H. Deschamps-Pierre de Mons, fondateur de l'acadie et du Canada-Revue d'histoire des Colonies,Paris,1951- p.49,60 129- S. Champlain-Les voyage de Samuel de Champlain en Nouvelle-France-Berjon,Paris,1613-p.288 130- Lescarbot-op.cit.-Livre V,p.614,617 131- AD17-MF.268-J. Liebel-op.cit.-p.286 132- Lescarbot-op.cit.-Livre IV,p.506 CHAPITRE VI PLACE HUGUENOTE SOUS LOUIS XIII. 1- BM-Ms2596(1611) 2- Benoist-op.cit.-t.II,p.102 3- Musset-Documents..op.cit.-p.54,56 & C.Bernard-op.cit.-p.337
283 4- BN-Ms2598-(11/1616) 5- AD33-C.3819 6- Remontrance d'un Marchand bourdelois de la Religion prétendue Réformée aux perturbateurs du repos public de la mesme Religion-s.l.,1615 7- AHS-1878-t.V,p.281 8- AH33-1893-t.XXVIII,p.232 9- B. Automne-Commentaires sur les coutumes générales de la ville de Bordeaux et du pays Bordelais- Labottière,Bordeaux,1728-p.538 10- AHS-1878-t.V,p.329 11- BAHS-1895-t.XV,p.54 12- Constance foy et résolution à la mort des capitaines Blanquet et Gaillard envoyée par M. Cameron Pasteur de l'eglise de Bordeaux à M. Palinier Ministre de l'eglise de Mornac-La Rochelle,21/6/1617 13- BN-Ms2598-(25/10/1617) 14- AN-1/AP/2068-(1619-"Monseigneur de La Trémoille" est Philippe de La Trémoille, second marquis de Royan et catholique) 15- C. Malingre-Histoire de la rebellion excitée en France par les rebelles de la religion prétendue réformée-petit- Pas,Paris,1622-1625-t.I,p.472,473 16- C. Bernard-op.cit.-p.337,338 17- SHAT-Masse Ms186,p.189,190-Ms503.f 66 18- BN-Cartes et plans GeD13847 & Malingre-op.cit.-t.II,p.283 & AD33-C.3716 19- AD17-E.423 20- Musset-coutume..op.cit.-p.96-112 21- SHAT-Masse Ms186,p.190 & AHS-1925-t.XLVII,p.158 & Amiral Loizeau-Le château de Royan-Cognac,1938- p.10,11 22- Arch.Aff.Etr.-Mémoires de Richelieu-n 134 & G. Girard-Vie du duc d'epernon-amsterdam,1756-p.376 23- Arcère-op.cit.-1756-t.II,p.179 & Le siège et bloquement de la ville de Royan par Monseigneur le duc d'epernon-j. Guerreau,Paris,1622-p.6 & Coulon-Les rivières de France-Clousier,Paris,1644-p.548 24- La prinse de la ville et chasteau de Royan-S. Millanges,Bordeaux,1622-p.9 25- SHAT-Masse Ms186,p.189,190 & Scipion Dupleix-Histoire de Louis le Juste-Paris,1654-t.I,p.208 & Lettre d'un avocat de La Rochelle escrite a un sien ami de la religion prétendue réformée, de present à Paris-s.l.,28/4/1622 26- C. Higounet-Histoire de l'aquitaine-privat,toulouse,1971-p.105 27- SHAT-Masse Ms186,p.188,189 28- Arch.Aff.Etr.-Mémoires de Richelieu-n 134 & De Frauville-Le fidelle historien des affaires de France- Dubray,Paris,1623-p.527 29- Arch.Aff.Etr.-Mémoires de Richelieu-1621-n 60 & Dupleix-op.cit.-t.I,p.207 & J. Plattard-Supplément à l'histoire universelle d'agrippa d'aubigné-champion,paris,1925-p.163 30- BM-Ms2598 31- AHP-1876-t.V,p.96 32- Mercure Français-1621-1622-t.VII,p.323,331,357,358 33- La justice des armées victorieuses du Roy contre les Rebelles de son Royaume-J. Pech,Béziers,1622-p.80,90 34- AHP-1876-t.V,p.108 35- P. Marchegay-La guerre en Poitou et pays voisins de 1621 à 1626-Gasté,La Roche sur Yon,1877-p.8 & C. Bernard-op.cit.-t.VI,p.246 36- La réduction de la ville et chasteau de Royan à l'obeyssance du Roy. Ensemble le Traité avec les rebelles qui étoient dedans-n. Alexandre,Paris,1622-p.5 & La description générale des villes et places réduites et reprises par le Roy sur ceux de la R.P.R. depuis le départ du Roy de sa ville Capitale de Paris, le vingtième du mois de Mars 1622 jusques à présent-j. Bouillerot,Paris,1623 37- Le bannissement de Monsieur de Soubize, hors de la ville de La Rochelle par les rebelles habitans mesmes de ladite ville-j. Guerreau,Paris,1622 & H. de la Garde-Le duc de Rohan et les protestants sous Louis XIII- Plon,Paris,1884-p.141 & Le grand siège de La Rochelle 1627-1628-exposition La Rochelle,juil.oct.1978(citaion Richelieu) 38- Benoist-op.cit.-t.II,p.388 39- L'Anti Manifeste Françoys au Roy-s.l.,1622-p.17 40- AHS-1880-t.VIII,p.201-1908-t.XXXVIII,p.195
284 41- BN-Ms fond fr.23339-f 76-79(2/12/1621) & Plattard-op.cit.-p.163-165 42- Mercure Français-1621-1622-t.VII,p.933,934-1622-t.VIII,P.413 43- La prise et reduction de dix huict places sur les rebelles de la religion prétendue réformée-j. Bouillerot,Paris,1622-p.3 44- Arch.Aff.Etr.-Mémoires de Richelieu-1621-n 134 45- AHP-1876-t.V,p.220,223 & BN-Ms.fond fr.23339-f 79,80(28/12/1621) & Plattard-op.cit.-p.166-167 46- C. Bernard-op.cit.-t.VII,p.338 47- AHS-1874-t.I,p.305 & Plattard-op.cit.-p.187 48- Marchegay-guerre..op.cit.-p.11-14 49- AHS-1874-t.I,p.306 & Colle-Châteaux..op.cit.-t.I,p.32-38 50- De Frauville-op.cit.-p.636 & Mercure Français-1622-t.VIII,p.415,424,426,591 & AHP-1876-t.V,p.225 51- Marquis de Dampierre-La Saintonge et les seigneurs de Plassac. Le duc d'epernon-picard,paris,1888-p.137,167 52- Le siège et bloquement..op.cit.-p.10 & C.Bernard-op.cit.-p.339 53- BM-Ms2598(1622-25/4/1622) 54- Plattard-op.cit.-p.199,200 55- La description generalle et tres particuliere des noms & qualitez de tous les Chefs, & nombre des gens de Guerre tant tuez que prisonnies en la deffaicte du sieur de Soubize-N. Rousset,Paris,1622-p.10 56- AHS-1879-t.VIII,p.352 57- BN-Recueil Morel de Thoiry-t.XXXII,n 165(5/5/1622) 58- Duplex-op.cit.-p.208,209 & C.Bernard-op.cit.-p.389 59- G. Girard-op.cit.-p.373 & M. Le Vassor-Histoire de Louis XIII roi de France et de Navarre-Amsterdam,1757- t.ii,p.465 60- L'Anti Manifeste..op.cit. 61- Dupleix-op.cit.-p.209 62- La prinse..op.cit. & Maréchal de Bassompierre-Mémoires-P. du Marteau,Cologne,1645-t.II,p.169 63- Plattard-op.cit.-p.200-202 & C. Bernard-op.cit.-p.340 64- G. Girard-op.cit.-p.378 & La prinse..op.cit. 65- La réduction..op.cit.-p.4 66- Le siège et bloquement..op.cit.-p.12 & Marchegay-guerre Poitou..op.cit.-p.14 67- Plattard-op.cit.-p.202 68- Baron de Chabans-Histoire de la guerre des Huguenots-Paris,1634-p.132 69- P.M. Bondois-Le maréchal de Bassompierre-A. Michel,Paris,1925-p.261 70- Bassompierre-op.cit.-t.II,p.171 & C.Bernard-op.cit.-p.341 71- M. Foisil-Journal de Jean Héroard. Médecin de Louis XIII-Fayard,Paris,1989-t.I,p.325-t.II,p.2824 f 44r,2825 f 46v 72- Bondois-op.cit.-p.261 & C. Bernard-op.cit.-p.341 73- Foisil-op.cit.-t.II,p.2826 f 47r 74- Dupleix-op.cit.-p.210 & Bassompierre-op.cit.-t.II,p.174 & Le Vassor-op.cit.-t.II,p.467 75- Bassompierre-op.cit.-t.II,p.175 76- Foisil-op.cit.-t.II,p.2826 f 47v -f 48r 77- C. Bernard-op.cit.-p.343 78- Dupleix-op.cit.-p.210 & G. Girard-op.cit.-p.379 79- Bondois-op.cit.-p.261,262 80- Bassompierre-op.cit.-t.II,p.184 81- C. Bernard-op.cit.-p.346 & AHP-1876-t.V,p.317,334 & Foisil-op.cit.-t.II,p.2826 f 48v 82- Plattard-op.cit.-p.202,203 83- Chabans-op.cit.-p.139 84- C. Bernard-op.cit.-t.VII,p.344 & Lettre du Roy à Monseigneur le comte de Saint-Pol sur la réduction de la ville de Royan en l'obeyssance de Sa Majesté-J. Oudot,Tours,1622-85- De Frauville-op.cit.-p.528 86- Bassompierre-op.cit.-t.II,p.185 87- BN-Recueil Morel de Thoiry-t.XXXII,n 166(11/5/1622) 88- La réduction de la ville et chasteau de Royan à l'obeyssance du Roy. Lettres de Xaintes du dernier avril 1622-P. Ramier,Paris,1622- & La prise de dix huict places..op.cit.
285 89- C. Bernard-op.cit.-t.VII,p.346 & Mercure Français-1622-t.VIII,p.582 90- Bondois-op.cit.-p.262 & Bassompierre-op.cit.-t.II,p.185 91- C. Bernard-op.cit.-t.VII,p.346 92- Foisil-op.cit.-t.II,p.2827 f 49v.50r &v 93- La prise de dix huict places..op.cit.-p.9 94- C. Bernard-op.cit.-t.VII,p.345,346 95- Revue du Lyonnais-5 série-t.xxxii,p.428 96- Histoire journalière de tout ce qui s'est fait et passé de plus remarquable en France depuis mars 1622-A. Sangrain,Paris,1622-p.5 & C. Bernard-op.cit.-p.346 & AHP-1876-t.V,p.348 & G. Girard-op.cit.-p.380 & Dupleix-op.cit.- p.210 97- Lettres de Xaintes..op.cit. & J. Valdor-Les triomphes de Louis le Juste-Estienne,Paris,1649-p.23,24 & Mercure Français-1622-t.VIII,p.876 98- H. d'aussy-chroniques saintongeaises et aunisiennes-pathouot,saintes,1857-p.186 & E. de Jouy-Vues des côtes de France dans l'océan et dans la Méditerranée-Panckoucke,Paris,1823-p.15 99- Meschinet de Richemond-Inventaires sommaires des Archives Départementales de la Charente-Inférieure antérieures à 1790: Ville de La Rochelle-s.l.,1892-p.10,E suppl.18(1622) 100- Mercure Français-1622-t.VIII,p.591 & BM-Ms2598 101- Dupleix-op.cit.-p.234 & Arcére-op.cit.-t.II,p.186 102- C. Bernard-op.cit.-t.IX,p.437 & L. Meschinet de Richemond-Diaire de Joseph Guillaudeau 1584-1643- AHS,Saintes,1908-p.204,205 103- BM-Ms2598(23,24/8/1622)-Ms2599(20,24,31/10/1622) 104- L. Audiat-Le diocèse de Saintes au XVIII siècle-ahs,saintes,1894-p.9,79 & RS-1970-t.XLVIII,5 livr,p.87 105- Sottas-op.cit.-p.25 106- BN-Ms16726-p.LXXIII,LXXIIII(1623) 107- J. Daniel-oo.cit,-p.59 108- Noblet-op.cit.-p.207-213 109- SHPF-Ms.826(16/4/1644) 110- Déclaration du Roy(21/11/1622) & BM-Ms2599(15/2/1623) 111- Masse-Mémoires-SHAT-Ms186,f 189,190-Ms187,F 53 112- A. Gautier-Statistiques du département de la Charente-Inférieure-Mareschal,La Rochelle,1839-t.I,p.331 & Dyvorne-Royan..op.cit.-p.127 & V.A. Malte-Brun-La Charente Inférieure-1882 rééd.ed. du Bastion,1987-p.44 113- L. Audiat-Le siège et le maire de Royan en 1622-BAHS-1887-t.VII,p.33-37 & Duras-Gombaud..op.cit. 114- Le Pacifique ou sommation à Messieurs les Ducs de Rohan et de Soubise de rentrer en l'obeyssance du Roy-du Carroy,Paris,1625-p.9 115- Mercure Français-1624-t.X,p.862 & Inventaire général contenant tout ce qui s'est passé de mémorable en France depuis le commencement de l'année 1623 jusques à Présent-P. Mansan,Paris,1623-p.5 116- M. Pinard-Chronologie historique-militaire contenant l'histoire de la création de toutes les charges des troupes de la maison du Roi-Claude Hérissant,Paris,1760-1778-t.VI,Maréchaux de camp & Marchegay-guerres Poitou..op.cit.- p.25 & Dampierre-op.cit.-p.170 117- Arcére-op.cit.-t.II,p.205 & Malingre-op.cit.-t.IV,p.575-t.V,p.1 & C. Loisel-Thresor de l'histoire generale de nostre temps-j. Bouillerot,Paris,1626-p.864 & Marchegay-guerres..op.cit.-p.31 118- BN-Carte Ge.AA.195(3)13 quarée,partie de Saintonge de Claude Masse 1706 & BARS-Ms n 6435-Doc.n 86 Carte generalle des côtes du Bas Poitou, Aunis, Saintonge, Guyenne, Médoc et Isles adjacentes"-légende 53(non datée, mais postérieure à 1689) 119- AN-TT.265n 107 f 207(par requeste présentée aux sieurs Amelot et du Chaslart comme exécuteurs des Editz en 1623) 120- Valdor-op.cit.-p.25,26 121- AHS-1908-t.XXXVIII,p.261 122- Malingre-op.cit.-t.V,p.65 123- Mercure Français-1625-t.XI,p.790 124- P. Grillon-Les papiers de Richelieu-A. Pedone,Paris,1981-t.I,p.194 125- BARS-Ms n 5420/2-1626-p.777 & AD33-1B21.f 260(9/5/1626) 126- Grillon-op.cit.-t.II,p.318,557,584 & AN-01.3/251 127- P. Courteault & A. Lerous-Archives municipales de Bordeaux.Registres de la Jurade-Bordeaux,1913-t.V,p.251
286 128- Lételié-op.cit.-p.213 129- J. Bergin-Pouvoir et fortune de Richelieu-Robert Laffont,Paris,1987-p.88,326 130- Grillon-op.cit.-t.III,p.477-t.IV,p.632-634 131- Arch.Aff.Etr.-n 1475/171(3/7/1631) 132- AN-01.3/294 133- SHAT-Ms.187.n 53 & AN-Marine D2.54(1789) 134- P. Bouchoule-Saujon, seigneurie-baronnie, et le cardinal de Richelieu-Luçon,1965-p.55-62 & Bergin-op.cit.- p.88,326 135- AN-H.1588/27(mémoire Bégon 1698) 136- SHAT-Art.8.PA(29/9/1695) 137- M. Boissonnade-L'administration royale et les soulévements populaires en Angoumois, en Saintonge et en Poitou pendant le ministère de Richelieu(1624-1642)-Poitiers,1903-p.4-6,37 138- Y.-M. Bercé-Histoire des Croquant-Droz,Paris-Genève,1974-p.181,340,367,371,627,727,729 139- Annales du Midi-1950-t.LXII,p.244(1635) 140- BAHS-1902-t.XXII,p.278,361 141- Canet-op.cit.-t.III,p.129(F. Puaux: Les protestants d'aunis et de Saintonge de 1628 à 1661) CHAPITRE VII BOURG PERSECUTE DU GRAND SIECLE 1- SHPF-1893-Bull.42,p.459(14/4/1644) 2- AHS-1883-t.XI,p.343(29/1/1645) 3- AH33-1893-t.XXVIII,p.234-236 4- Chassebeuf-Mons..op.cit.-p.48,49 5- Comte G.-J. de Cosnac-Souvenirs du règne de Louis XIV-Renouard,paris,1866-t.I,p.277,295,320-t.V,p.59 6- AHS-1907-t.XXXVII,p.295 7- BAHS-1905-t.XXV,p.351 8- AHS-1892-t.XX,p.115-1907-t.XXXVII,p.371,376 9- H. Méthivier-La Fronde-P.U.F.,Paris,1984-p.153,171,172 10- RS-1933-t.XLV,p.221 11- AHS-1907-t.XXXVII,p.441,453,460 12- De Cosnac-op.cit.-t.IV,p.380,400,401-t.V,p.331-t.VII,p.3,8,299,323-t.VIII,p.52,167 13- AHS-1915-t.XLVI,p.342,349,356 14- M.D. Massiou-op.cit.-t.3,période II,p.480 15- Noblet-op.cit.-p.263,264 16- G.S. du Verdier-Le voyage de France-Varennes,Paris,1662-p.175,176,189 17- AN-TT.264(XXX) 18- J. Fontaine-Mémoires d'une famille huguenote-sté des livres religieux,toulouse,1877-p.55-19- J. Le Févre-Nouveau recueil de tout ce qui s'est fait pour ou contre les protestants particulièrement en France- Paris,1690-p.689(vers 1657) 20- SHPF-Bull.50,p.518 21- AN-TT.264-TT.265-Marine B3.76n 477 22- G. Toudouze-La défense des côtes au XVII siècle-r. Chapelot,Paris,1900-p.165,174 23- AHS-1879-t.VI,p.398-400-1880-t.VIII,p.209-211 24- BN-Recueil Morel de Thoiry-t.350.ms.n 113(1668) 25- Ducaunnès-Duval & Courteault-op.cit.-t.IV,p.23 & BN-Est.VA33.H124341(Cordouan par N. De Fer) 26- Faille-op.cit.-p.30 27- AHS-1899-t.XXVIII,p.339,356-358 28- A. Maichin-Histoire de Saintonge, Poitou, Aunis et Angoumois-Boysset,St Jean d'angély,1671-p.166 29- AN-Marine 6jj72n 49(1674)-3jj165n 8(10/9/1677) 30- BAHS-1908-t.XXVIII,p.91 31- Lételié-op.cit.-p.229 32- Toudouze-op.cit.-p.163 33- AN-TT.274.n 602-604(3 & 7/1679) 34- J. Prasteau-Charentes et merveilles-france-empire,paris,1977-p.296
287 35- J. Tonnadre-Les pilotes lamaneurs de Guyenne et Saintonge au XVIII siècle-ss du centre ouest-xxv- XXVII congrès d'études régionales-16 & 17/6/1973-p.199 36- SHPF-1894-Bull.43,p.80 37- AN-TT.232/20-(1692) 38- RS-1936-t.XLVI,p.101 & E. Pelletan-Jarousseau, le pasteur du désert-baillière,paris,1877-p.255 39- SHPF-1893-Bull.42,p.461-464 40- AN-Marine B2.50n 323 41- RS-1916-t.XXXVI,p.300-302(9/1685) 42- Fontaine-op.cit.-p.143-153 43- AN-Marine B3.48(17/9/1685) 44- AHS-1884-t.XII,p.254(18/9/1685) & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.254,255 45- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.256 46- SHPF-Ms475.f 17(15/10/1685) 47- J. Duguet et J.-M. Deveau-L'Aunis et la Saintonge, histoire par les documents-c.r.d.p.,poitiers,1973-p.33 48- Touroude-op.cit.-p.40,51-voir texte prière en annexe- 49- SHPF-1893-Bull.42,p.414-415 & BN-Ms.Clairambault.474.f 73 50- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.257-260 51- Canet-op.cit.-t.III,p.150(L.-J. Nazelle: Au lendemain de la révocation) & L.J. Nazelle-Le protestantisme en Saintonge-Paris,1907-p.70 52- SHPF-Ms475.f 17(2/9/1687) & AN-G.7.338(1/1/1695) 53- Fontaine-op.cit.-p.160,179,180 54- SHPF-1893-Bull.42,p.469-472 55- SEFCO-janv.fév.1990-t.XXII 1 livr.-p.33 56- SHPF-1894-Bull.43,p.81-86,198 57- Canet-op.cit.-t.III,p.161-167(C.-W. Baird: la fuite de l'aunis et la Saintonge en Amérique) 58- AN-TT.265 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.167 59- Jeanneau-op.cit.-p.31,32 60- AN-Marine B2.100-G7.338 61- BAHS-1890-t.X,p.408 & P. Dyvorne-(Valery Dupon)-Au fil des années, Royan-Billaud,Royan,1912-p.196 62- SHPF-1874-Bull.23,p.462 & Fontaine-op.cit.-p.201 63- SHPF-1893-Bull.42,p.465,466-1894-Bull.43,p.71 & AN-MarineB3.97(9/10/1697) 64- SHPF-1924-Bull.74 & P. Courpron-Essai sur l'histoire du protestantisme en Aunis et Saintonge (1685-1787)- Coueslant,Cahors,1902-p.54 & AHS-1925-t.XLVII,p.221 65- Cirot de la Ville-op.cit.-t.II,p.383 66- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.257 67- C. Pascal-Sous la persécution en Saintonge-Fiscbacher,Paris,1902 & AN-TT.232.12 (19/1/1701) 68- AN-G7.339(1701) 69- Ouvrage collectif sous la direction de J.N. Luc-La Charente-Maritime-Bordessoules,St.Jean d'angély,1981-o. de Saint-Affrique: Les Temps Modernes-p.218 & Jeanneau-op.cit.-p.35 70- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.256,257 71- AN-NN.15.10 cartes n 6,18 72- AN-H1588/27(mémoire de Bégon 1698) 73- M. Mollat-Le rôle du sel dans l'histoire-puf,paris,1968-p.120-122 74- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.225-228 75- M. Grelon-Saintonge pays des huîtres vertes-rupella,la Rochelle,1978-p.32,185 76- AHS-1883-t.XI,p.146-148(4/7/1673) 77- SHAT-Art.8.PA(29/9/1695) 78- AHS-1880-t.VIII,p.428 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.154,199,453 79- Bechet-op.cit.-p.17 80- Le Terme-op.cit.-p.283(26/4/1707) 81- W. Blaeu-Le théâtre du Monde-2 part.-blaeu,amsterdam,1644-xaintonge & Noblet-op.cit.-p.260 82- Actes du XX Congrès d'études régionales à Bordeaux-Vignobles et vins d'aquitaine-17-19/11/1967-1970-p.125 83- Meschinet de Richemond-Inventaire..op.cit.-p.65 & AN-Marine B3.96(11/10/1696) 84- BN-Cartes & plans-port.57.div.1.n 7 & AN-Marine B2.148(1/9/1700)-Marine 3JJ170
288 85- J.-A. Brutails-Inventaire sommaire des archives départementales de la Gironde antérieures à 1790- Gounouilhou,Bordeaux,1893-C.4251,4268 & AN-G.231 86- Meschinet de Richemond-Inventaire..op.cit.-p.III,11,66 87- Dupré-op.cit.-p.18 & AHS-1905-t.XXXV,p.229-1914-t.XLV,p.227 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.128 88- Lételié-op.cit.-p.274 & A. Gouget et J.-A. Brutails-Inventaire sommaire des archives départementales de la Gironde antérieures à 1790-Gounouilhou,Bordeaux,1893-C.3830 89- AN-G7.338 90- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.489 91- SHAT-Ms.132 f 10-13-Ms.135 f 188-Ms.186 f 188-191,327,340-373-Ms.187 f 48-56,67,106,113-115-Ms.503 f 66-73-4 liasse.n 59 relatif à la carte 858 92- BN-Cartes Ge AA.195/3(1706) 93- Mercure galant-mai 1693,p.266-Mars 1696,p.227 & D. de Cosnac-op.cit.-p.245 94- Anselme-op.cit.-t.IV,p.176-t.V,p.790 & AN-M.769 95- D'Hozier-Armorial de La Rochelle-1709-(BNms.armorial général & blasons coloriés n 31) 96- Brutails-Inv..op.cit.-C.4251,4260 97- Chanoine Tonnelier-Talmont sur Gironde-Delavaud,Saintes,1976-p.9 98- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.317-t.II,p.40-43,62 99- M. Delafosse & C. Laveau-Le commerce du sel de Brouage aux XVII et XVIII siècles-cahiers des Annales n 17,1960-p.52-54,120,121 100- AN-Marine B3.190 f 195,206(1710) 101- Brutails-Inv..op.cit.-C.4260,4267,4432 102- Meschinet de Richemond-Inventaire..op.cit.-p.11,15,89 103- AN-G7.342(22/10/1714) & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.469,470 104- Tonnadre-op.cit.-p.203,204 105- Brutails-Inv..op.cit.-C.4394 & Meschinet de Richemond-Inventaire..op.cit.-p.73 106- AN-G7.342(1714) CHAPITRE VIII LE SIECLE DES LUMIERES. 1- Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.81,87 2- AD33-12BII.2(5/5/1719) 3- Abbé de Longuerue-Description historique et géographique de la France-s.l.,1719-1 partie,livre II,p.162 4- Savinien d'alquié-op.cit.-tome II,p.272,273-t.III,p.147 5- Audiat-diocèse Saintes..op.cit.-p.79,80 6- AN-Marine B1.28(15/11/1718) & Gouget & Brutails-Inv..op.cit.-C.3717n 198 7- Faille-op.cit.-p.54 8- AH33-1893-t.XXVIII,p.243(21/8/1716),248(13/1/1718),251(1720) 9- Brutails-Inv..op.cit.-C.4252,4261,4268 10- G. Labat-op.cit.-t.II,p.78 11- SHAT-Places abandonnées.art.8(1741) 12- Faille-op.cit.-p.32,55,57 13- G. Labat-op.cit.-t.II,p.86 14- J. Bernard-op.cit.-t.I,p.107 15- SHAT-Art.4S2$4carton2 16- AN-Marine B2.277 f 226(28/9/1727-5/10/1727)-Marine B3.326(8/5/1728-17/3/1728) 17- F.-G. Pariset-Bordeaux au XVIII siècle-(t.v,histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1968-p.534 18- Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.95 19- J. Messiaen-Pilotes maritimes-dunkerque,1984-p.385,414 & Brutails-Inv..op.cit.-C.427120 & Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.9,11,86,87 21- BAHS-1907-t.XXVII,p.80(1727) 22- Brutails-Inv..op.cit.-C.4261 23- Travers-op.cit.-p.41-44 & R. Colle-Naufrages et naufrageurs à l'embouchure de la Gironde-SEFCOt.XXII,1 livr.j.f.1990,p.30-5 livr.s.o.1990-p.406 24- Audiat-diocèse Saintes..op.cit.-p.358-364
289 25- BAHS-1890-t.X,p.401 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.225-229 27- Nazelle-op.cit.-p.99-102 28- AN-Marine B2.275 f 533,f 558,559,f 574,575-Marine B2.277 f 179,226-Marine B3.319 29- P. Filleul-Le duc de Montmorency-Luxembourg-Labergerie,Paris,1939-p.17-22 30- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.47-57 & BAHS-1891-t.XI,p.97 31- Piganiol de la Force-Nouvelle description de la France-T. Legras,Paris,1754-t.IX,p.347 & AD33-1B.25 f 135(18/12/1735 32- AHS-1876-t.III,p.197(18/7/1746) & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.125 33- AD33-1B.25 f 147(16/3/1735),f 201(16/5/1738) 34- AN-F14.739(28/4/1789)-Marine D2.54n 34(1789) 35- Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.49-53,57,60,61 36- Delafosse & Laveau-op.cit.-p.54,55,57 37- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.138 & RS-1914-t.XXXIV,p.200,206(1739) 38- X. Vedere-Arch. municipales de Bordeaux, registre de la Jurade de 1520 à 1783-Bordeaux,1947- t.viii,p.223(10/7/1751-1/3/1752) 39- AHS-1887-t.XV,p.323(19/8/1744) 40- D. Morin-Monographie de la commune de Saint-Palais sur Mer-SGR-1910-t.XXXII,p.215,216 41- AN-DIII.43(28/9/1751) & Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.287 42- Brutails-Inv..op.cit.-C.4254 & Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.17,22,23,26 43- SHAT-Art.4S2$4carton2-n 24(1747) 44- Delafosse & Laveau-op.cit.-p.54,55,58 45- Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.51,52 46- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.253(1741) & SHPF-Ms.826(11/7/1750) 47- Nazelle-op.cit.-p.117,142 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.258 48- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.137,138(1753) 49- Jeanneau-op.cit.-p.42,44 & Nazelle-op.cit.-p.129-132 50- SHPF-Bull.21,p.239 51- Jeanneau-op.cit.-p.38,40,44 & Moutarde-op.cit.-p.130 52- Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.25,98,102 53- AN-G5.145 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.80,328 54- Papy-op.cit.-t.II,p.484-486 55- B. Girard-L'Aunis et la Saintonge maritimes-niort,1901-p.270-274 & AN-Marine 3JJ.179(1794) 56- Abbé Expilly-Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France-Desaint et Saillant,Paris,1762 57- M. Bruzen de la Martinière-Le grand dictionnaire géographique, historique et critique-les Libraires Associés,Paris,1768-58- M. Duhamel du Monceau-Traité général des Pesches et Histoire des Poissons qu'elles fournissent-saillant et Nyon, Desaint,Paris,1769-1772-t.I,2 sect.ch.2,p.35 & planche IX-t.II,3 sect.p.79,439 59- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.480 & Musset-lac..op.cit.-p.6,7 60- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.215-231 & Grelon-op.cit.-p.34-39 61- AN-F.14.10285/1(1719) 62- J. Daniel-L'Eguille en Saintonge-St Jean d'angély,1993-p.396-404 63- Tonnadre-op.cit.-p.204-207 64- Gouron-op.cit.-p.228,442-444(1754-1757) 65- AN-Marine D2.38.n 356-D2.50-D2.54.n 29(18/10/1755).n 34(1789)-3JJ.171(1768/1771) & AD33-C.3716(1752) 66- AN-MarineD2.50 & Morin-op.cit.-p.214 67- AD33-C.3716(22/11/1756) 68- AN-F14.739(14/4/1778,28/4/1789,20 prairial anxii) 69- SHAT-Art.4S2$4carton3.n 3(22,24/9/1768)-Mr.1230(1768) 70- AN-G.240.n 112(16/1/1778)-Marine 3JJ.170(1772 de Kearney). D2.57.n 667 71- Brutails-Inv..op.cit.-C.4258(8/3-15/3/1787),C.4259(16/9/1788-5/2/1789 72- SHAT-A1.3450n 140,165-A1.3461n 107-A.3600-Art.4S2$4carton2n 24,28,37,39 73- Chasseboeuf-Didonne..op.cit.-p.8,18,20,23 74- AHS-1899-t.XXVIII, p.252
290 75- AD33-1B.50.f 27(4/1759) 76- SHAT-A.3549.n 3(2/2/1758),n 4 77- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.31,66-68,75 78- Delafosse & Laveau-op.cit.-p.53-58 & Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.51,69 79- AN-Marine.3JJ.179(15brumaire aniii) 80- SHAT-Art.4S2$4carton3.n 3(22,24/9/1768-n 5(25/9/1768) 81- AH33-1901-t.XXXVI,p.390,396 82- AN-Marine D2.50.n 152,202,230 & Gouget & Brutails-op.cit.-C.3686 83- Abbé Expilly-op.cit.-Ardvert ou Arvert-Aunis-Royan & Ph. Hercule-Paroisses et communes de France. Charente- Maritime-CNRS,Paris,1985-84- AN-O1.111.n 330(2/10/1767) & Chasseboeuf-Didonne..op.cit.-p.20 85- AD17-XLIV 78(9/11/1769) 86- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.76,80 & RS-1928-t.XLIII,p.35 & SHPF-Ms826 87- C. Dartigue-Royan et sa région-impr. Nouvelle,Roya,1936-p.55 & AM17-Ms360 88- Courpron-op.cit.-p.63 89- BAHS-1884-t.IV,p.368 & AN-G.240.n 112(16/1/1778)-Marine D2.57.n 667 90- RS-1992-t.XVIII-Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.53,69 91- R. Colle-Royan-SAEP,Colmar,1973-p.33-36(enquête 21/6/1772)-Ce prieuré de Saint-Pierre et Royan ne sont nullement la même chose 92- Dyvorne-manoirs..op.cit.-p.20-Au fil..op.cit.-p.34 93- Brutails-Inv..op.cit.-C.4254(28/8/1777)-C.4393(1778)-C.4397(1780) 94- F. Berton-Une église protestante rurale en France au cours des siècles, Breuillet-La Cause,Carrières-sous- Poissy,1933-p.42 & Dyvorne-Royan..op.cit.-p.151 & BHPF-Ms.56(29/5/1784) 95- AN-T.98.n 10(1784) & Meschinet de Richemond-Inv..op.cit.-p.113 96- AN-M.266.n 16,17,19,27,44,55-V7.488 97- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.34 & Grasset-op.cit.-p.37 98- AN-Cartes et plans 6JJ69, Atlas Nouveau de Mentelle en 1782, cartes n 47,48 ou n 40,41 de l'atlas 99- L. Audiat-Etats provinciaux de la Saintonge-Clouzot,Niort,1870-p.67 100- AN-F14.10379(carte n 7) 101- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.229,261,276,492-t.II,p.286 102- Brutails-op.cit.-C.4258,4259,4372 103- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.234,240,241-t.II,p.98-100 104- AHS-1896-t.XXV,p.62,147 105- AN-Marine 3JJ.100.n 39(13/6/1789) 106- AM17-Ms655-p.89,127 107- AH33-1883-t.XXIII,p.361,362 & AN-F14.739(28/4/1789-6/12/1791-24/5/1792) 108- AN-Marine 3JJ.100.n 33(10/1/1789) 109- Brutails-Inv..op.cit.-C.4361,4362 & Le Terme-op.cit.-p.290 110- L. Delayant-Histoire du département de la Charente-Inférieure-Petit,La Rochelle,1872-p.312 111- O. de Saint-Affrique-Les protestants d'aunis et de Saintonge et leur état civil-rs-1985-t.xi,p.63-70 & Julien- Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.259 112- Touroude-op.cit.-p.92 113- Audiat-Etats provinciaux..op.cit.-p.67,71,136 & AN-BII.77(5-7/2/1789) 114- Faille-op.cit.-p.16,67,68,72,73 115- AN-Marine 3JJ.99.n 4,5,6-3JJ.100.n 26-3JJ.174 116- Faille-op.cit.-p.73,76 & AH33-1883-t.XXIII,p.375-1901-t.XXXVI,p.388 117- AN-Marine 3JJ.100.n 26,27,29-3JJ.174(16/2/1788) & AH33-1901-t.XXXVI,p.402,411,418 118- Brutails-Inv..op.cit.-C.4393 & AN-Marine 3JJ.99.n 24 119- Brutails-Inv..op.cit.-C.4363n LIV 120- AH33-1883-t.XXIII,p.361,362 121- G. Labat-op.cit.-t.IV,p.44(8/3/1789) 122- AH33-1883-t.XXIII,p.375 & Ducourneau-Guienne historique et monumentale-paris,1845-t.i,1 partie-f. Jouannet: Notice biographique de Joseph Teulère,p.79,80 123- AN-Marine 3JJ.174(10/1788)
291 CHAPITRE IX CHEF-LIEU DE CANTON DE LA REVOLUTION ET DE L'EMPIRE. 1- AN-BII.77(12/3/1789)-BIII.139.n 217(12/3/1789) 2- AD17-C.260bis,pièce 36 3- AN-BII.77(22/3/1789)-BIII.139.n 361,n 414 4- RS-1911-t.XXXI,p.276 5- AN-BII.77(5/2/1789) 6- Pouvoirs donnés aux représentants du clergé de Saintonge à l'évêque de Saintes et au prieur curé de Champagnoles-Saintes,1789-p.7 7- AN-M.266.n 47(inventaire assez fastidieux où figure un mobilier souvent en mauvais état) 8- Filleul-op.cit.-p.13,130 9- AH33-1883-t.XXIII,p.365,368 10- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.49 11- E. Pelletan-La naissance d'une ville-pagnerre,paris,1861-réédition Cyril et Chloé,Royan,1983-p.374,375 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.59 12- J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro-Histoire et dictionnaire de la révolution française 1789/1799-R. Laffont,Paris,1987-p.641 13- AN-DVI.24(28/11/1789) 14- Ibid.DIVbis.V.n 177-NN*9,11(22/2/1790)-NN.81 15- Ibid.DIVbis.V.n 110(27/2/1790) 16- SEFCO-t.XXI,4 livr-j.a.1989-p.248(18/6/1790) & AN-DIV22.n 481(29/9/1790) 17- AN-F1BIIch.inf.14(4/2/1790)-F1CIIICh.Inf3(24/5/1790) 18- BAHS-1907-t.XXVII,p.378 & Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.11 19- Recueil de l'assemblée Constituante-Lundi 10/5/1790 20- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.34 21- AN-F7.3664 22- J. Perret-Histoire de la révolution Française en Poitou-Charentes-Projets Editions,Poitiers,1988-p.149,150 23- AN-Mar.DD2.743(29/8/1790)-Mar.3JJ.100.n 42(30,31/8/1790),n 43 24- Ibid.DIV-XXII.n 480(16/10/1790) 25- AHS-1902-t.XXXI,p.241,335 26- Touroude-op.cit.-p.118(d'après les registres d'état-civil de Saint-Sulpice) 27- AN-F1BIIch.inf.14(28/11/1790-3,27,30/12/1790-4/1/1791-30/10/1791)-Daulnis de Puiraveaux signe un registre le 28/11 sans la mention maire qui y figure le 4/12/1790 28- AD17-Q.193(23/12/1790) 29- BAHS-1907-t.XXVII,p.331 & AHS-1902-t.XXXI,p.224,276 30- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.37,38 31- BAHS-1906-t.XXVI,p.165 32- Abbé P. Lemonnier-La propriété foncière du clergé et la vente des biens eclésiastiques-revue des Questions Historiques,Paris,1906-p.4-16 33- AD17-Q.26(26/3/1791).Q.193(9/3/1791) & Recueil de l'assemblée nationale-n 694(4/7/1791) 34- Lettre de M. l'évêque de Saintes à MM. les électeurs du département de la Charente-Inférieure- Crapart,Paris,1791 35- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.45-49 & Lételié-op.cit.-p.95 36- AN-F9.468(30/7/1791) 37- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.63,64 38- AHS-1902-t.XXXI,p.241-1906-t.XXXVI,p.337,338 39- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.39,40,42-45 40- AN-Mar.DD2.743(4/3/1791),Mar.3JJ.100.n 46(21/8/1793) 41- AN-F1BIIch.inf.14(29vent.II-7prair.VII) & AHS-1902-t.XXXI,p.327 42- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.38 43- Daniel-op.cit.-p.194,195 44- AHS-1906-t.XXXVI,p.337-339 45- AN-F1BIIch.inf.14(15/10/1791-8/3/1792)) 46- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.146,147
292 47- AN-F1CIIIch.inf.2(5/2/1792) 48- Recueil de l'assemblée Législative-(18/3/1792) 49- AN-F14.739(22/3-20,28/4-1,24/5/1792) 50- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.38 51- Messiaen-op.cit.-p.20(loi 15/8/1792),427,428(3/4/1792) 52- AN-F1CIIIch.inf.8 53- AHS-1902-t.XXXI,p.240 & Daniel-op.cit.-p.195 54- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.236,237 & AHS-1902-t.XXXI,p.260,327 55- AN-DXL.V.n 16(16/9/1792) 56- Chasseboeuf-Mons..op.cit.-p.69 & Colle-Royan, son passé..op.cit.-p.32 57- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.50 58- AHS-1909-t.XXXIX,p.168,226,231 59- AN-DXL.19.n 16ch.inf(17/2/1793) 60- Recueil de la Convention(14/2/1793-19/3/1793) & Les cahiers d'histoire de La Rochelle et de la Révolution n 1-1989-p.13 61- RS-1911-t.XXXI,p.276(27/3/1793) 62- Duras-La Coubre III-(Avenir 1957) 63- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.51-manoirs..op.cit.-p.33-35 64- AN-Mar.BB1.5,BB2.8,BB3.42(22/4/1793),BB3.43(16/4/1793),3JJ.100.n 46(20,29/5/1793) 65- AN-DXLII.4(26/8/1793) & Recueil de la Convention(30/7/1793-1 niv.iii) & RS-1911-t.XXXI,p.22 66- AD17-L.1363(24/8/1793) & Mingasson-Gillet & Tribondeau-op.cit.-p.96(16/8/1793) 67- Recueil de la Convention(30/8/1793) 68- G. Labat-op.cit.-t.III,p.118 69- Actes du Comité de Salut Public-t.VI,p.124,395-t.VII,p.192 70- SHAT-Mr.1230-Art4S2$4carton4n 5/6(12/9/1793) 71- AHS-1902-t.XXXI,p.327,329,343 & AN-F1BIIch.inf.1,14 & Lételié-op.cit.-p.100 & Julien-Labruyère- Paysans..op.cit.-t.II,p.293 72- AN-DIII.356/357(12brumaire II,2/11/1793) 73- G. Perier de Féral-La maison d'arrêt des Oiseaux, d'après les souvenirs de captivité du Président de Dampierre d'hornoy-mémoires de la fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'ile-de-france,paris- Nogent le Rotrou,1955-p.124-151,268 74- RS-1911-t.XXXI,p.276-1912-t.XXXII,p.106-112 & Lételié-op.cit.-p.108 75- AD17-Q.196(5brum.II-26/10/1793-24pluv.II,12/2/1794) 76- Lételié-op.cit.-p.97,104 77- AN-DIII.45B(12pluv.II,31/1/1794) & RS-1914-t.XXXIV(1 niv.ii,21/12/1793) 78- Travers-op.cit.-p.97,98 79- Actes de la Convention(20pluv.II,8/2/1794-21germ.II,10/4/1794) 80- AN-F1BIIch.inf.14(vent.II,3/1794) 81- SHAT-Mr.1230(1 prair.ii,20/5/1794) 82- J. Guillaume-P.V. du Comité d'instruction publique de la Convention nationale-paris,1901-p.930,n 3860 & Actes du comité de Salut Public-t.XIII,p.763 83- Lételié-op.cit.-p.101 & AD17-Q.287(5prair.II,24/5/1794-15flor.VII,5/5/1799) 84- BAHS-1902-t.XXII,p.343 & Avenir-1/2/1949 85- AN-F7.4775/17(18prair.II,6/6/1794) 86- Perier de Féral-op.cit.-p.157,158,180,200,201,254,268 & AN-W433/972(8therm.II,2/7/1794) 87- AN-DIII.45B(22brum.III,12/11/1794-5niv.III,25/12/1794) 88- Lételié-op.cit.-p.104 89- AN-Mar.BB3.75(7pluv.III,27/1/1795),DD2.762(15niv.III,5/1/1795),3JJ95.n 27(23therm.III,11/8/1795) 90- SHAT-96A.n 308(1795)-Art4S2$4carton4.n 25(26fruct.II,12/9/1794) 91- AN-DIII.45B(18therm.III,6/8/1795) 92- AN-F1BIIch.inf.1(21pluv.VI,9/2/1798) 93- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.51-54 & AD17-Q.26(30fruct.IV,15/9/1796-1 mess.v,19/6/1797) 94- AN-Mar.DD2.762(26germ,30mess.IV,14/4,17/7/1796-2vend.V,23/9/1796-22therm.V,9/8/1797-4/18brum.VI,25/10,8/11/1797-7prair.VI,26/5/1798)-G.205.n 1(15prair.VI,3/6/1798)-
293 95- Ibid,F1CIIIch.inf.11(1 vend.vi,22/9/1797) 96- Conseil des 500-(23vend.VI,14/10/1797) 97- Abbé I. Manseau-Les prêtres et religieux déportés sur les côtes et dans les îles de la Charente-Inférieure- Desclée de Brouwer,Lille,1898-t.II,p.312 98- AN-F1BIIch.inf.1(28fruct.V,14/9/1797-3/21pluv,9vent.VI,22/1,9,27/2/1798)-F1BIIch.inf.14(prair.VII,5&6/1799) 99- A. Prince-Les Mathes, historique de son église-bull.mun.inf.les Mathes-La Palmyre-N 8-Déc.1991-p.11,12 & AN-F1BIIch.inf.13(28mess.VI,16/7/1798) 100- AN-F7.3664(7frim.VII,27/11/1798) & AD17-Q.26(26niv.VII,15/1/1799) 101- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.64-67 102- AN-F1BIIch.inf.2(8pluv.VIII,28/1/1800)-14(18,20niv,7pluv.VIII,8,10,27/1/1800) 103- BAHS-1906-t.XXVI,p.115 104- AN-F1CIIIch.inf.3(19vend.X,11/10/1801)-F1BIIch.inf.4(25prair.XI,15/6/1803)-W433.972(28therm.VIII,16/8/1800) 105- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.77 & SHPF-1893-Bull.42-p.367 & BASH-1907-t.XXVII,p.331 106- SHAT-Xe.397(29niv.IX,19/1/1801) 107- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.72 108- AN-Mar.DD2.762(22brum,17niv.X,13/11/1801,7/1/1802)-BB3.233(10niv.XII,31/12/1803)- F14.739(8prair,14fruct.XI,4vend.XII,29/5/,2,27/9/1803-4brum.XII,27/10/1803-30vent.XII,20/3/1804) 109- AN-F14.739(20prair,18,26therm.XII,8/6,5,13/8/1804. 27therm,12fruct.XIII,13,30/8/1805)- F14bis.7195.Doc9n 17(8/5/1841)-Mar.BB3.233(16frim.XIII,7/12/1804) 110- Morin-op.cit.-p.215-217 111- AN-F14.739(10vend.XIV,2/10/1805)-F14.7195(25/7/1816-5/11/1848) 112- Rapports de la police secrète du Premier Empire(26/8/1806) & L. de Brotonne-Dernières lettres inédites de Napoléon I -Paris,1903-t.II,n 1596 113- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.71,72,75,76 114- Rapports de la police secrète du Premier Empire(4/11/1808) 115- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.76,77 116- Duras-La Coubre VI-(Avenir 1957) & AN-F14.739(20/3/1810) 117- A. Lafond-Fixation des dunes-imp.nat.,paris,1900-p.5(therm.v),6,14(décret 14/12/1810) 118- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.263 & Travers-op.cit.-p.28,29 & Billaud-Royan..op.cit.-p.265 119- Noblet-op.cit.-p.214-217 120- A. Prince-Le marais de Bréjat: Le Clapet-La Palmyre-Bull.Mun.Inf.Les Mathes-La Palmyre n 11-juil.1993-p.16,17 & Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.77,80 121- W.M. Laird Clowes-The Royal Navy a History from the earliest times to the present-sampson Low,Marston and Co,London,1900-t.V,p.491 & SHAT-C.10.85,86-Mr.1230/20(25/8/1811) 122- Brotonne-op.cit.-t.II,n 1576,1578,1579,1583,1592,1596,1604,1639,1661 123- A. Vovard-Les marins de la Gironde sous la Révolution et le Premier Empire-Gounouilhou,Bordeaux,1913- p.142,143 124- SHAT-Xe397-Mr.1229(8/1812)-Art4S2$4carton5(1812) 125- AN-F1BIIIch.inf.3(26/10/1812) & E. Filleau de Saint-Hilaire-Statistiques de la Charente-Inférieure-s.l.,1814-p.306 126- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.72,74,81,83,193 127- AN-F3.IIch.inf.10 128- Ibid.-F5.IIch.inf.21(15/10/1813)-F9.468(22/4/1813)-Mar.BB3.367(16/7/1813) 129- SHAT-Art4S2$4carton5(1813) 130- Royan-les-Bains-1874-p.37 131- AN-Mar.BB4.380(3&4/1814) & Général W. Napier-Histoire de la guerre de la péninsule-treuttel et Würtz,Paris,1828-t.XIII,p.129-132 & SHAT-Mr.1232-C14.1(3&4/1814) 132- AN-F1BIIch.inf.14(6/5/1814) 133- OMT-Saint-Palais-sur-Mer-1984-p.6 134- Napier-op.cit.-t.XIII,p.132 & SHAT-C14.1(9,10,18/4/1814) 135- AN-F1BIIch.inf.14(19/4,6/5/1814,21/2/1815) 136- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.84-86 137- AN-F14.739(1815)-F9.469 138- SHAT-D3.2(16,18,19/7/1815)-Mr.1233/35,p.73 & Manuscrits des chefferies du Gènie-IV.Chefferie de Bordeaux.6(XII.7)-p.433-Rapport (disparu) du capitaine du Gènie Chayron au chef de bataillon Blazanet sur la prise
294 du fort de Royan les 13 et 14 juillet 1815. 139- G. Prouteau-La nuit de l'île d'aix-a. Michel,Paris,1985-p.315,316,324,325,345 140- La Côte de Beauté(15/1/1955) & Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.149,150 CHAPITRE X LA NAISSANCE D'UNE VILLE DE BAINS DE MER. 1- AN-F1BIIch.inf.14(10/9,9/10/1815) 2- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.87-91,184 3- N. Ponce-Vue des principaux ports et rades du royaume de France-Bance aîné,paris,1819-p.73 4- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.2,45-Ed.1876,p.7 5- Hercule-op.cit. & BHPF-Ms475.f 76(22/11/1819 recensement protestant 1.647 à Royan & 137 à Saint-Pierre) & Saint-Hilaire-op.cit.-p.306(1812) 6- AN-F14.7206(18,21/11/1841) 7- H. d'aussy-op.cit.-p.190 & AN-F14.7195(20/9/1846) 8- AN-F14.739(5,10/1/1816-11/3,16,21/5/1817) 9- Gautier-op.cit.-t.I,p.117,219,225 10- Ibid-t.I,p.231-235 11- Abbé J.-L.-M. Noguès-Les moeurs d'autrefois en Saintonge et en Aunis-1891-Laffitte Reprints,Marseille,1982-p.7 12- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.14,15,23-25 13- M. Leproux-Médecine, magie et sorcellerie-avenir(2/11/1956) 14- R. Soulard-Souvenirs de vacances d'in jhène pésan à Rouéyan-SEFCO-t.XVII,4 livr.-j.a.1983-p.95 15- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.30-32,34,98 16- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.24 17- M.-C. Monchaux-Coiffes d'aunis et de Saintonge-Mélusine,La Rochelle,1975-p.22 & Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.19,59 18- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.400,401 19- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.18-21,28-32 20- AN-F3IIch.inf.10(26/9/1812,8,12/9/1816,1823-23/7/1820) 21- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.210 22- Société Archéologique de Bordeaux-Exposition du Centenaire-1973-N 286, p.188 23- C. Chaigneau-Recherches sur les bateaux à vapeur bordelais (1818-1898)-J. Durand,Bordeaux,1899-p.13 24- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.38-42 25- Chaigneau-op.cit.-p.14,17,21 26- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.94,95 27- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.42,66 28- Dartigue-op.cit.-p.29 29- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.99 30- M. Leproux-Médecine, magie et sorcellerie-avenir(7/12/1956) 31- B.L.(Laborde)-Royan-les-Bains-Gounouilhou,Bordeaux,1858-p.14 & De Jouy-op.cit.-p.15 32- Prasteau-op.cit.-p.503 33- V. Billaud-Guide général de l'étranger à Royan et dans les environs-billaud,royan,1877-p.59 34- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.94,99-102,113-manoirs..op.cit.-p.22 35- H. Clouzot-Les plages d'or Royan et ses conches-1907-laffitte Reprints,Marseille,1979-p.124 36- Pelletan-Jarousseau..op.cit.-p.11,12 37- Société Civile des Bains de Mer de Royan-28/12/1847-p.2 & Pelletan-naissance..1861.op.cit.-p.45,46 38- C. Genet-La vie balnéaire en Aunis et Saintonge de 1815 à 1845-La Caillerie,Gémozac,1978-p.23,24(29/7/1820)- Il rectifie l'erreur de P. Dyvorne qui donne la date erronée du dimanche 5/4/1829 dans son livre Royan, p.165 39- AD33-6J79(4/1921 & 21/5/1821) & Société Archéologique de Bordeaux-Exposition du Centenaire-1973- n 287,p.190,191 40- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.110,111 41- De Jouy-op.cit.-p.15 42- SHAT-Mr.1232.n 46(rapport Félix de Fouchet) 43- AN-F3IIch.inf.10(1820/1823 44- Ibid.(budget 1822)
295 45- Ibid.(18/6/1824-8,9/8/1824)-F14.7195(26/8/1825) 46- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.105(1/1826) 47- AN-F14.7195(8/5/1826) 48- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.137,138 49- Ferrand-op.cit.-p.11,28 50- Bulletin monumental n 4-1838-p.329 51- Le Terme-op.cit.-p.154,287,288,294 52- Daniel-op.cit.-p.217-226 53- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.105,106,167-169 54- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.50,64 & La naissance d'une ville-germer Baillière,Paris,1876-p.27 55- Dyvorne-manoirs..op.cit.-p.23(1827) 56- AN-Mar3JJ.95.n 34(3/9/1825),3JJ.166.n 51(1826) 57- Ibid.F14.7195(17/3/1828)- 58- BAHS-1902-t.XXII,p.306 59- Lételié-op.cit.-p.211,212 60- AN-F1BIIch.inf.14(28/8,25/9/1830) 61- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.118-120 62- AN-F9.470(1830-1833) 63- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.111,112,123,124 64- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.51,52 65- AN-F3.IIch.inf.10(10/10/1835) 66- Ferrand-op.cit.-p.12-14 67- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.147-151,227,228 68- AN-F14.7195(23/3/1841)-F14.7206(29/4/1841) 69- Le Terme-op.cit.-p.153,295 70- AN-F14bis.7195(23/3,14/4/1841,5/1/1844,26/9/1846) 71- H. Clouzot-op.cit.-p.189-192 72- Ferrand-op.cit.-p.10-12,20-22,44 73- Excursion de deux Anglais de Royan à Nérac-F. Dupont,Périgueux,1833-p.8 74- Doussinet-op.cit.-p.100 & Ferrand-op.cit.-p.155-157,160 75- J. Patissié-Voyage en Aunis et Saintonge en 1841-Excerpa Maneant,La Rochelle,1979-p.12,51 76- Vigie(24/7/1859) 77- Ferrand-op.cit.-p.170,171,192,201,202 78- L. de B.(Lecoutre de Beauvais)-Royan et ses bains de mer-bordeaux,1850-p.52,73 79- J. Saint-Rieul Dupouy-L'été à Bordeaux-Féret fils,bordeaux,1850-p.213-217,221,229 80- Daniel-op.cit.-p.233(17/7/1838) & R. Duras-Baigneurs & baignades d'antan n I L'époque héroïque- Avenir(19/7/1958)- 81- Doussinet-op.cit.-p.139 82- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.127,207,212,223 CHAPITRE XI L'ETABLISSEMENT DU CASINO DE FONCILLON. 1- Société Civile..op.cit.-p.1,2 2- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.182(Pierre Jônain cite seulement les bains chauds 1/8/1844) & Ferrand-op.cit.- p.14,15,17(etablissement du Casino déjà ouvert, donc avant 1846) 3- L. de B.(Lecoutre de Beauvais)-op.cit.-p.52,67,75,107,116,117,121 4- Ferrand-op.cit.-p.17,18,34,35 5- E. Lehucher-Chevallier-Où sont les neiges d'antan?-niort,1947-p.8 6- Anonyme (P. Guérin)-Guide des baigneurs et des touristes à Royan-Le Monde Thermal,Paris,1862-p.33 7- Saint-Rieul Dupouy-op.cit.-p.216-222,229 8- Ferrand-op.cit.-p.21,30,50 9- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.228 10- AN-F14.7195(21/3/1846,9/1/1847,5/11/1848)-F14bis.7195(7/1/1849) 11- B.L.(Laborde)-op.cit.-p.25note2
296 12- AN-F14.7195(21/11/1856),F14bis.7206(1/3/1853) 13- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.151-153,229 14- Vigie(12/8/1860) 15- Société Civile..op.cit.-p.2,5,8,13,16 16- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.152,222,232-235 & Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.385 17- A. Veau-Notice sur le port de Royan-Imp.Nat.Paris,1884-p.17 18- Estève-op.cit.-t.III,p.305 19- G. Chamboulan-Quelques légendes et anecdotes de la côte de Beauté-OTR-s.d.-p.4 20- A. Lacaze-Notes intimes sur Pontaillac ancien-pontaillac,1893-p.7-26 21- B.L.(Laborde)-op.cit.-p.24 22- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.329-éd.1876.p.84 23- Vigie(24/7/1859) 24- H. Clouzot-op.cit.-p.164 25- Lacaze-op.cit.-p.68-73 26- Guide du Baigneur-Barre,Royan,1869-p.14,23 27- JR(27/8/1876) 28- Vigie(24/7,11/9/1859-5/8/1860) 29- Lacaze-op.cit.-p.90-93 30- P. Métadier-Royan, son passé, son avenir-imp.centrale,tours,1956-p.20-23 31- Lacaze-op.cit.-p.96,109 32- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.36 33- Guide du Baigneur-op.cit.-p.14,23 34- JR(3/9/1876) 35- Billaud-Guide..op.cit.-p.16 & Lacaze-op.cit.-p.37-47 36- AN-Mar.CC5.472 37- Cri(1/9/1951) & Lacaze-op.cit.-p.47,48 38- Pelletan-naissance 1861..op.cit.-p.351,352-Ed.1876-p.84 39- BAHS-1900-t.XX,p.402 & P. Jônain-Légende de Pontaillac-Paris,1864 40- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.169,171,234-237-manoirs..op.cit.-p.24(1850 Mons vendu soeurs de la Providence puis religieuses Notre-Dame de Sion pour pensionnat jeunes filles) 41- Vigie(17/7/1859) 42- Lehucher-Chevalier-op.cit.-p.7 & B.L.(Laborde)-op.cit.-p.19note1,43 43- Vigie(3/7/1859,16/9/1860) 44- R. Duras-Baigneurs et baignades d'antan III-Avenir(9/8/1958) 45- Hippolyte d'aussy-op.cit.-p.192,194 46- SGR-1980-t.IVn 5-Voyage d'un Périgourdin en Saintonge sous le Second Empire,p.7,8 47- C. Dolivet-Royan, La Rochelle, Fouras, itinéraire des baigneurs ou Guide d'un étranger dans la Charente- Inférieure-Fouen,La Rochelle,1860-p.86,87 48- Veau-op.cit.-p.17 & Dolivet-op.cit.-p.72 & Ernst-Itinéraires à Royan et Arcachon-Chaumas,Bordeaux,1856-p.82 49- Dolivet-op.cit.-p.74 & Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.186 50- Général J. Charbonneau-Royan et la côte de Beauté-Revue Economique Française,Paris,Fev.1958-t.LXXIn 1 51- Cri(14/1/1950) 52- P. Granet-Aux Royanais-Dupuy,Bordeaux,1858-p.8-30 53- H. Clouzot-op.cit.-p.128 54- Vigie(31/7/1859-26/8/1860) 55- G. d'hoste-notice sur La Tremblade et sur ses bains de mer-mercier et Devois,Rochefort,1862-p.26,37 56- V. Vallein-Voyage à Royan, La Tremblade, Marennes, Oléron, Brouage-Lacroix,Saintes,1863-p.13 57- Pawlowski-Pays d'arvert..op.cit.-p.45 58- Docteur A.T. Brochard-Les bains de mer de La Tremblade-Baillière,Paris,1862-p.16,17 59- Vigie(31/7,14,21/8/1859,12/8/1860) 60- B.L.(Laborde)-op.cit.-p.48-52 61- Vigie(24,31/7,12,28/8,4/9/1859) 62- Jeanneau-op.cit.-p.71,72 63- Billaud-Royan..op.cit.-p.326-328
297 64- Docteur A.T. Brochard-Des huîtres vertes de La Tremblade-Gazette des Eaux,Pons,1863-p.17-24 65- L'Echo de la Seudre-1846-n 3,4,8 66- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.154-159,237 & AN-F14.7206(18/4/1866) 67- Michelet-La mer-1861 réédition Age d'homme,paris,1980-p.36,55-65,108,119,198,201-205,211,217 68- B.L.(Laborde)-op.cit.-p.28 69- Pelletan-naissance..1861.op.cit.-p.171,172 & Dr H. Montarras-Quelques mots de météorologie paysanne d'autrefois ou les orages ne sont plus ce qu'ils étaient-sefco-sept.oct.1988-t.xx,11 livr.,p.731 70- Vigie(19/8/1860) 71- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.171,172,222,238-240 72- JR(23/1/1938) 73- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.10 74- AN-F14.7206(29/3/1866)-F14bis.7206(30/6/1865,25/9/1866,22/2/1870) 75- Guérin-op.cit.-p.25 & Vallein-op.cit.-p.2,9 76- Brochard-bains de mer..op.cit.-p.58 77- Vigie(19/8/1860) & Guide du baigneur de Royan-1869-p.61 78- Ernst-op.cit.-p.94 79- M. de Vasselot de Régné-Notice sur les dunes de la Coubre-Exposition universelle de 1878-Imp.Nat.,Paris,1878- p.18-46 80- Avenir(24/11,15/12/1956) 81- AM.17-Ms752f 421 82- Gazette(3/9/1893) 83- Le Bordelais-6/6,1/8/1869 & n spécial août 84- Dyvorne-Royan..op.cit.-Préface V. Billaud,p.28 85- Brochard-bains de mer..op.cit.-p.10,11,25,26,42,62,67,68 86- Docteur L. Gigot-Suard de Levroux-Guide médical du baigneur de Royan-Labé,Paris,1860-p.7,10,19-24,36 87- Michelet-op.cit.-p.193,195,201,211,212 88- Brochard-bains de mer..op.cit.-p.34-37,42-45,51 89- Gigot-Suard-op.cit.-p.77 90- L. de B.(Lecoutre de Beauvais)-op.cit.-p.134,136,143 91- Ernst-op.cit.-p.147 92- Journal(30/7&27/8//1876)-conseils dr Drouineau 93- Docteur A. Labat-Les plages de l'ouest de la France-Gauthier Villars,Paris,1880-p.14,15 94- Guide des baigneurs à Royan-1869-p.52 95- Dolivet-op.cit.-p.103,104 96- Michelet-op.cit.-p.212 97- Guérin-op.cit.-p.34 98- Ernst-op.cit.-p.149,150 99- SGR-1980-t.IVn 5-Voyage d'un Périgourdin en Saintonge sous le Second Empire,p.7,8 100- Dolivet-op.cit.-p.88 101- A. Labat-op.cit.-p.13 & A. Joanne-Guide Diamant Bordeaux Arcachon Royan-Hachette,Paris,1873-p.90 102- Guérin-op.cit.-p.20,32,34 103- B.L.(Laborde)-op.cit.-p.54note1,55 104- Guérin-op.cit.-p.31 & Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.18 105- Granet-op.cit.-p.31 106- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.241,242 107- Journal(30/7/1876-21/5/1882) 108- Gazette(29/9/1901) 109- AN-F1BIIch.inf.14(13/2/1874,1882) 110- Hercule-op.cit.- & Dyvorne-Royan..op.cit.-Préface V. Billaud-p.28 111- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.7,13-19,24-27 112- Doussinet-op.cit.-p.49,60,76,139 & SEFCO-t.XXII,5 livr.-sept.oct.1990-p.401 113- A. Joanne-Dictionnaire géographique de la France-Hachette,Paris,1872 & Journal(3/9/1876) 114- Dr H. Montarras-Un médecin du siècle dernier le docteur Auguste Guillon et ses piscines de Pontaillac-SEFCOt.XX,7 livr.-j.f.1988-p.807-812
298 115- Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.159 116- H. Clouzot-op.cit.-p.100 117- AN-F14.8896(21/8,2/9/1866),8896(21/8/1865),10384(1871),12715(7/10/1862) 118- L. Dagail-Mémoire sur un chemin de fer de Pons à Royan-Dunod,Paris,1870-p.4,69 119- R. Eschasseriaux-Origine des voies ferrées de la Charente-Inférieure-L. Clouzot,Niort,1900-p.67,68 120- L.M. Vilain-L'évolution du matériel moteur et roulant du réseau de l'ouest et des chemins de fer de l'etat-d. Vincent,Paris,1973-p.467,468,552,553 121- Eschasseriaux-op.cit.-p.66,70 122- Anonyme (P. Jônain)-Notice historique sur la commune de Gemozac par un indigène-lemarié,st Jean d'angély,1876-p.134-137(2/9/1875) 123- Gazette(22/5/1881-30/4/1882) 124- Eschasseriaux-op.cit.-p.70 125- Vattier d'ambroyse-op.cit.-p.176 & Billaud-Royan..op.cit.-p.306-313 126- Eschasseriaux-op.cit.-p.70,73 & Journal(23/5/1880-23/1/1881) 127- Dyvorne-Royan..op.cit.-Préface de V. Billaud-p.20,21,25-28 128- Billaud-Guide..op.cit.-p.49 129- BAHS-1884-t.IV,p.274-1892-t.XIII,p.230,421,433 130- Charbonneau-op.cit.- 131- R. Verger et J. Chapuis-Les tramways de Royan-Chemins de fer régionaux et urbains-revue bimestrielle de la Fédération des amis des chemins de fer secondaires n 139-1977/1-p.2,9,10 & H. Clouzot-op.cit.-p.208 132- Journal(2,9,16/7/1876)-(23/9/1877)-(28/7,4/8/1878)-(19/8/1883) 133- M. Carricart-L-Un centenaire: l'eglise Notre-Dame de Royan-SEFCO-1978-t.XII-4 livr. 134- Abbé Mazure-La nouvelle église de Royan-Billaud,Royan,1878-p.65 135- Julien-Labruyère-saintonge..op.cit.-p.276-278-Paysans..op.cit.-t.I,p.334-336,357-359-t.II,p.303 136- Journal(7,14/9/1879-13/6/1880) 137- AN-F14.7206(1878-1881) 138- Gazette(4/6/1882) 139- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.53 140- Gazette(26/2,30/4,18/6/1882) 141- AN-F14.7206(13/3/1882) 142- Gazette-1882-(5/3,30/4,7/5,23/7,11/1882-16/1,22/4/1883) 143- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.54 & Veau-op.cit.-p.18(3/5/1883) 144- Gazette(3/6,2/12/1883) 145- Journal-(29/4,5/8/1883) 146- Gazette(19/8/1883) 147- AN-F14.7206(24/3/1884) & Journal(23/3,24/8/1884) 148- Gazette-(4/5,3/8//1884-14/6/1885) 149- Journal(5/8/1883-8/6/1884) CHAPITRE XII LA STATION ARISTOCRATIQUE DE LA BELLE EPOQUE. 1- Billaud-Royan..op.cit.-p.120,122,124 2- Gazette(19/7/1885) 3- Billaud-Royan..op.cit.-p.126,128 4- Gazette(19/7,13/9/1885-18/7,15/8/1886-8/5/1887-11/4/1889) 5- Verger & Chapuis-op.cit.-p.5,6 6- Billaud-Royan..op.cit.-p.171-175 7- Gazette(11/9/1887-29/7/1888-7/10/1894) & R. Duras-Baigneurs et baignades d'antan n II Premiers bains premiers costumes-avenir(26/7/1958) 8- Royan Inf.n 21-J-P.A.: Villas de stars,p.13,14-n 22-courrier C. Becker,p.24 9- Dépêche(26/11/1939) 10- Lehucher-Chevallier-op.cit.-p.55 11- Eschasseriaux-op.cit.-p.177-178 & Verger & Chapuis-op.cit.-p.18,69 12- Gazette(8,15/6,3,31/8/1890)
299 13- Verger & Chapuis-op.cit.-p.22-26,70,76 & Eschasseriaux-op.cit.-p.179 14- Gazette(21/12/1890-30/8,11/10/1891) 15- Journal(19/8/1883) & Lacaze-op.cit.-p.123 & app.(convention 1891) 16- Gazette(5/7/1891) & Album illustré des villes d'eaux et de Bains de Mer-G. Lecouturier et L. Sauberbielle,Paris,1895-p.111 17- Vattier d'ambroyse-op.cit.-t.iv,p.228 18- Gazette(28/8,16/10/1892) & V. Billaud-Les bons génies de la Cité-Royan,s.d.- 19- Verger & Chapuis-op.cit.-p.27 20- Gazette(5/3,9/4,16/7/1893-11/11/1894) & AN-F90.2232(3,10/8/1893) 21- Gazette(13/8/1893) & H. Clouzot-op.cit.-p.97-100 & AN-F90.2232(10/8/1893) 22- Verger & Chapuis-op.cit.-p.31,36,60 & Gazette(17/1/1894) 23- AN-F14.12715 & Album-1895..op.cit.-p.16 24- Constant de Tours (C. Chmielenski)-Guide-Album du Touriste. Vingt jours sur les côtes de l'océan. De la Loire à la Gironde-Librairies Imprimeries Réunies,Paris,1894-p.97-104 25- Gazette(5/1,14/4,19/5,23/6,7/7/1895-23/2/1896) & Avenir(13/10/1956) 26- Album-1895..op.cit.-p.111 27- Billaud-Royan..op.cit.-p.131,149 28- Gazette(11/8,8,15,22/9,10/11/1895-23/2/1896) 29- Guide Joanne-De la Loire à la Gironde-Hachette,Paris,1895-p.127(Pontaillac) 30- Gazette(6/8/1899) 31- H. Clouzot-op.cit.-p.18 32- Gazette(7,14/6,9,16/8,20/9/1896) 33- BAHS-1896-t.XVI,p.428-1897-t.XVII,p.83-1900-t.XX,p.48 34- Gazette(19/4,23,30/8/1896-10,24/7/1898) 35- R. Duras-Baigneurs et baignades d'antan-avenir(26/7,9/8/1958) 36- Gazette(28/6/1896-30/7/1899) & Billaud-Royan..op.cit.-p.30 37- J.-A. Brutails-Guide illustré dans Bordeaux et les environs-bordeaux,1906-p.111 & Chaigneau-op.cit.-p.55 38- P. Joanne-Dictionnaire géographique-hachette,paris,1902 39- B. Girard-op.cit.-p.295 40- Gazette(4/7,8/8,5/9/1897-10/7,18/12/1898-15/1/1899) & Deux casinos de Royan-Tessier,Rochefort,s.d.- 41- Billaud-op.cit.-p.80 42- Gazette(3,24/8/1902-27/9/1903) 43- L. de P.-Royan et les plages environnantes-féret fils,bordeaux,1898 44- Royan(30/7,6/8/1903) & Gazette(7/8/1904) 45- A. Karl-France-Album n 54-Royan-Paris,mai 1899-(texte de J.Braun) 46- Gazette(19/8/1900) 47- J. Convert-L'architecture en caleçon de bain-décisions n 4-Revue du CAUE17-juil.1988-p.2,3 48- H. Clouzot-op.cit.-p.46,49 49- C. Genet-La vie mondaine aux bains de mer 1895-1914 La Rochelle et Royan à la Belle Epoque-La Caillerie,Gémozac,1979-p.15-37,45,49,55,57,62-67,95 50- J.R. Colle-Pourquoi le sable est-il doré au soleil?-bull.off.mun.royan-n 5 printemps 1963 51- Brutails-guide..op.cit.-p.92 52- H. de Fonrémis-Panorama des rives de la Gironde-s.d.-p.12 53- Guide Joanne-Guide des bains de mer de l'etat-hachette,paris,1899 & H. Clouzot-op.cit.-p.93,272 54- L. de P.-op.cit.- 55- Gazette(24/1/1904-9/4/1905) & Dartigue-op.cit.-p.38 56- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.II,p.82,87 57- Gazette(16/11/1902-13/8/1905-1/4/1906) 58- Karl-op.cit.-(texte de J. Braun) 59- Noblet-op.cit.-p.174-178,220 60- Billaud-Royan..op.cit.-p.372-390 61- Le Royannais-17/11/1867 62- Noblet-op.cit.-p.145-148,257 63- Guide Joanne-De la Loire..op.cit.-p.127 & Noblet-op.cit.-p.258 & H. Clouzot-op.cit.-p.195
300 64- OMT Saint-Palais-sur-Mer-1984-p.8-14 65- Guide Joanne-De la Loire..op.cit.-p.125,129 66- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.261,266,273,280 67- L. de P.-op.cit.- & Travers-op.cit.-1966-p.76 68- Guide Joanne-Royan et sa région-hachette,paris,1926-p.35 69- Billaud-Royan..op.cit.-p.244,268,269 70- Lételié-op.cit.-p.257 & H. Clouzot-op.cit.-p.209 71- Dyvorne-Royan..op.cit.-p.274,277,280 & Vattier d'ambroyse-op.cit.-p.179 72- L'Illustration(1/6/1907) 73- Billaud-Royan..op.cit.-p.280,284 & Dyvorne-Royan..op.cit.-p.288,290 74- Travers-op.cit.-p.37,38 75- A. Bouquet de la Grye-Pilotes des côtes ouest de la France-Lainé,Paris,1873-t.II,p.217,221 76- Constant de Tours-op.cit.-p.89(citation V. Hugo) 77- Chaigne-op.cit.-p.24,25 78- Bouquet de la Grye-op.cit.-t.II,p.228,229 79- Constant de Tours-op.cit.-p.88 80- Billaud-op.cit.-p.297,299,312,313 & Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.489 81- Noblet-op.cit.-p.258,259 & A. Prince-Les Mathes historique de son église-bull.mun.inf.les Mathes-La Palmyren 8 déc.1991 p.12-15,n 10 déc.1992 p.18,19 82- F. Julien-Labruyère-L'alambic des Charentes-Le Croît vif,bordeaux,1989-p.245-paysans..op.cit.- t.i,p.194,321,324,343,357 83- Réveil(27/3/1921) 84- Dyvorne-Royan..op.cit.-Préface V. Billaud,p.29 & Gazette(29/9,6/10/1907) 85- Duguet & Deveau-op.cit.-t.II,p.84 86- Gazette(3/6/1906-6/1/1907) & Dyvorne-manoirs..op.cit.-p.24 87- Gazette(27/10/1907-17/5,23/8,4/10,20/12/1908-2/5/1909-21/8/1910-28/5,13/8/1911) 88- C. Vignaud-Des événements du passé dans le ciel de Saintonge-SEFCO-janv.févr.1986-t.XIX,7 livr. & OMT Saint-Palais-sur-Mer-1984-p.25,26 & Gazette(24/9/1911) 89- Annales des fêtes et cérémonies civiles-royan,1911 90- Gazette(13/8/1911-26/5,2/6,29/9/1912-7/9,12/10,9/11/1913) 91- Hercule-op.cit. & Luc-op.cit.-p.370 92- Gazette(6,13,20/9/1908-18/4/1909-3/7/1910-16/7/1911) & Dyvorne-Au fil..op.cit.-p.258 CHAPITRE XIII LA PERLE DE L'OCEAN D'UNE GUERRE A L'AUTRE. 1- AN-Marine DD2.2097 2- P. Grenié-La Charente-Inférieure pendant la première guerre mondiale-rsa-1984-t.ix,p.123,124,126 3- L'Illustration(20/9/1915) 4- RS-1921-t.XXXIX,p.247 5- Radical(26/2,20/5,2/12/1916) 6- Messiaen-op.cit.-p.443 7- Grenié-op.cit.-p.126 & Réveil(1/2/1923) 8- Charbonneau-op.cit.- 9- Travers-op.cit.-p.45,46 10- Verger & Chapuis-op.cit.-p.39 11- Grenié-op.cit.-p.127,128,142 12- Métadier-Royan..op.cit.-p.122,131 12- Mingasson-Gillet & Tribondeau-op.cit.-p.103,106,107 13- Radical(10/11/1917-16/3/1918) & Grenié-op.cit.-p.141 14- Grenié-op.cit.-p.136 & Dyvorne-Royan..op.cit.-p.294,295 15- Billaud-bons génies..op.cit.- 16- Réveil(25/4/1920-27/3/1921) & Gazette(5/6,1/11/1921) 17- Radical(15/11/1919) 18- A. Pawlowski-Les villes disparues et la côte du pays de Médoc-Imp.Nat.,Paris,1903-p.7
301 19- Morand-op.cit.-p.7 20- Royan(11/9/1932) 21- Réveil(22/6/1922) 22- Journal(15/1/1939) 23- Julien-Labruyère-Paysans..op.cit.-t.I,p.421,425,436-t.II,p.182,184 24- Verger & Chapuis-op.cit.-p.44-46,60 25- Métadier-Royan..op.cit.-p.IX-XVII,38-41 & Réveil(5/7,18/10/1923) 26- R. Chotard-Le raz de marée du 9 janvier 1924 à Royan-Entre Arnoult & Gironde-1992-n 13,p.16-21 27- Gazette(25/5/1924) & Correspondance échangée entre Monsieur le maire de la ville de Royan et la Société des casinos-imp. du Progrès,Royan,s.d. 28- Réveil(10/4/1924-23,30/4/1925) 29- J.-H. Lartigue-Photo-poche,1983-n 50 & Royan Inf.n 21-J-P.A.:Villas de stars,p.14,15 30- Royan(23/1,17,24/7/1927-8/1/1928) 31- Phare(14/4,9/6/1929) 32- Avenir(22/3/1958) & Royan(1/9/1929) 33- Royan(6/10,17/11/1929-20/7,30/11/1930-11/10/1931) 34- Phare(25/4,26/9,3,10/10/1931-25/8/1934) 35- Royan(4/10/1931-3/1,3/7/1932-16/4/1933) 36- Estève-op.cit.-t.II,p.189 37- L. Comby-Léon Trotsky-Masson,Paris-New-York-Barcelonne,1976-p.137-140 38- Phare(2/6/1934-5/1,27/4,6,20/7/1935) 39- Papy-op.cit.-t.II,p.479-481 40- Métadier-Royan..op.cit.-p.56-70 41- Phare(23/11,14/12/1935) 42- Verger & Chapuis-op.cit.-p.40 43- Luc-Charente-Maritime..op.cit.-p.402 44- Phare(3,24/7,28/8,2/10/1937) 45- Verger & Chapuis-op.cit.-p.40,41,87 & Chaigne-op.cit.-p.12 46- Métadier-Royan..op.cit.-p.34,35 47- Journal(6/3,10/4,22/5,12/6/1938) 48- Phare(11/6,30/7/1938) 49- AN-900181/17.306(1938-1946-27/1/1947)-AFU.4203(Loizeau 20/5/1942)-AFU.4205(14/2/1945) 50- Métadier-Royan..op.cit.-p.37 & Estève-op.cit.-t.I,p.114,116 51- Phare(4/2,1,15/4,2/9/1939) 52- Journal(7/5,16/7/1939) 53- J. Rattaud-Royan et les côtes de Saintonge-Masson,Cognac,1936-p.10 54- Julien-Labruyère-L'alambic..op.cit.-p.245,246,360 55- Métadier-Royan..op.cit.-p.XVI,20-25,73 56- Phare(15,19/8/1939) 57- Dépêche(1,15/10/1939) 58- Métadier-Royan..op.cit.-p.XIII 59- P.E. Glath-Du pays de Bitche en Charente-Maritime-Imp. commerciale,niederbronn-les-bains,1954-p.30,39,46 60- Dépêche(22/10/1939) & Journal(22,29/10/1939) 61- AN-900181-17.306(1946) 62- Journal(17/9/1939) 63- P. Cabanne-Le siècle de Picasso-Gallimard,Paris,1992-t.3,p.74-77,81 64- A. Rolland-Picasso et Royan aux jours de la guerre et de l'occupation-impr. Nouvelle,Royan,1967-65- Cabanne-op.cit.-t.3,p.79,83,87,88,93 66- Dépêche(17/12/1939-25/2,10/3/1940) 67- Amouroux-Le peuple du désastre-r. Laffont,1977-p.243,387 68- AN-900181-17.306(rapport Ferret et Vaucheret 1946) 69- Journal(26/5,2/6/1940) 70- J. Vidalenc-L'exode de Mai-Juin 1940-P.U.F.,Paris,1957-p.261,363 & Amouroux-désastre..op.cit.-p.418 71- Mingasson-Gillet & Tribondeau-op.cit.-p.130
302 72- Dépêche(23/6/1940) & Amouroux-désastre..op.cit.-p.435 73- Docteur P. Rivière-Histoire de la guerre 1939-1945 en Charente-Maritime-1964-p.2 74- Journal(16/6/1940) & Amouroux-désastre..op.cit.-p.490 75- Sud-Ouest(15/6/1992) 76- AN-900181-17.306(rapport Ferret et Vaucheret 1946) 77- Rivière-op.cit.-p.3,4 78- C. Rimbaud-L'affaire du Massilia, été 1940-Le Seuil,Paris,1984-p.98-103 CHAPITRE XIV L'OCCUPATION ALLEMANDE ET LA DESTRUCTION DE ROYAN. 1- C. Genet et L. Moreau-Les deux Charentes sous l'occupation et la Résistance-La Caillerie,Gémozac,1985-p.44-48 2- Der Westfeldzug 1940-(ouvr.coll.)-1979-p.134(le XV corps motorisé de Hoth fait partie de la 4 armée de von Kluge et du groupe d'armée B de von Bock-mais selon E. Bauer-Histoire controversée de la deuxième guerre mondiale, année 1940-Erasme,Paris,1977-p.144,200,234, il s'agit de la 18 armée, en fait le XV PzK, très en avance, passe devant les troupes de la 18 armée selon la carte du Lageatlas du 25/6/1940) 3- BA-Carte 23/6/1940 en soirée du Lageatlas Westfeldzug 1940 situe la 2 division motorisée du XV corps blindé à Nantes et celle du 25/6/40 à 1h35 la mentionne devant Royan, ce qui est manifestement faux) 4- Cri(1/5/1947) 5- Rivière-o.c.-p.4,5 & Journal(14/7/1940) 6- Mingasson-Gillet & Tribondeau-o.c.-p.131,132 7- Rivière-o.c.-p.7,8 8- Journal(14,21/7/1940) 9- Dépêche(7/7,14/7,11/8/1940) 10- AN-900181-17306 & Journal(11/8/1940) 11- H. Gayot-Charente-Maritime 1940/1945, Occupation, Résistance, Libération-La Rochelle,1973-p.8 & Dépêche(18/8/1940) & Cabanne-o.c.-t.3,p.97,98 12- Journal(22/9,22/12/1940) 13- Julien-Labruyère-Paysans..o.c.-t.II,p.19 14- Journal(17/11,1,15/12/1940) 15- Gayot-o.c.-p.9,10 16- Dépêche(29/12/1940-11/5,22/6,13/7,14/9/1941) 17- Journal(22/12/1940-12,16/2/1941) 18- Ibid-(8/12/1940-23/2,20/4 19- Journal(11/5/1941) & Dépêche(18/5,1,8/6/1941) 20- Journal(27/7/1941) 21- Dépêche(8,15/6,28/9,5/10,21/12/1941) 22- Journal(11/5,12/10,16/11,7/12/1941) 23- Gayot-o.c.-p.14,16,18,20 24- Dépêche(9,22/11,14/12/1941) 25- Journal(11/1,1/2/1942) & Dépêche(1,8/2/1942) 26- Gayot-o.c.-p.23,60 27- Verger & Chapuis-o.c.-p.47 & AN-72AJ.109.An 12,p.36-28- AN-AFU.4203(Loizeau 20/5/1942) 29- Gayot-o.c.-p.18,19 30- Journal(12,19/7/1942) & Dépêche(19/7,6/9,11/10/1942) 31- Gayot-o.c.-p.11,12,25,155 32- Genet & Moreau-o.c.-p.123 33- Général H. de la Barre de Nanteuil-Historique des unités combattantes de la Résistance 1940-1944 en 4 région militaire-sha,vincennes,1974-p.54 34- BA-Findbuch-Auszug Führungs-Abteilung(Ia) der 708 Infanterie Div.-"Lage West" vom 21/9/44-Sammel Feldpostnummern 09186 Royan & De la Barre de Nanteuil-o.c.-p.67,77,79,90 35- Journal(10/1,7/2,14/3,13/6,4/7/1943) 36- Jeanneau-o.c.-p.90-94
303 37- Dépêche(4/4,16/5/1943) & AN-72AJ.109.AIII.20 38- Gayot-o.c.-p.25-44,51,61,64 39- Dépêche(5/9,31/10/1943-9/4/1944) 40- Genet & Moreau-o.c.-p.91,94 41- Journal(20/6/1943) & Dépêche(20/6/1943) 42- M. Prunier: L'ingéniosité des ménagères pendant la guerre 1940-1945-SEFCO-t.XIX,1 livr-j.f.1985-p.46,48 & Dépêche(17/10/1943) & Journal(19/9/1943) 43- Gayot-o.c.-p.68 44- J. Mordal-Les poches de l'atlantique-presses de la Cité,Paris,1965-p.13,120-125 45- Dépêche(27/2,5/3/1944) 46- Journal(30/4,7/5/1944) 47- Dépêche(4/5,18,25/6/1944) 48- AN-72AJ.109.AIII20 & Gayot-o.c.-p.48,92,93 49- PRO-Air staff operational summary.n 1361(13/8/1944),1362(14/8/1944) 50- Oberst a.d. Hartwig Pohlman-Die Festung Gironde Nord (Royan) 1944/45-Publié dans revue Feldgrau 1959 n 7- p.1,2,14,16,39,41,69-revue Feldgrau 1960 n 8-p.100-102 51- Gayot-o.c.-p.98 & PRO-Air staff operational summary.n 1372(24/8/1944) 52- C. Genet-La Libération des deux Charentes Soldats en sabots-la Caillerie,Gémozac,1985-p.130,134,137-141,151,183,201 53- SHM-TTF9(Pohlman 27/9/1944) & U. Botton-Royan ville martyre-l'avenir de Royan,Royan,1965-p.61 54- Général Adeline-La libération du Sud-Ouest.Bordeaux.Royan.La Rochelle-Baconnier,Alger,1948-p.46,47 55- SHM-TTF9(9ou10/9/1944) & Pohlman-Feldgrau n 7..o.c.-p.16-Feldgrau n 8-p.66 56- Journal(17/9/1944) 57- Genet-Libération..o.c.-p.187 58- A. Dutheillet de Lamothe (Capitaine Fred)-La Brigade RAC-Fabrègue,Limoges,1977-p.264,265 59- C. de Gaulle-Mémoires de guerre-plon,paris,1959-t.iii,le salut 1944-1946-p.43 60- Amiral H. Meyer-Au secours de La Rochelle-Rochefort et Royan-Cahiers de l'ouest,poitiers,1955-p.26 61- Adeline-o.c.-p.16,28,50,55 62- SHM-TTF8-TTF9(Pohlman 27/9/1944)-II.Doc5.LivreVI.FascII 63- SHAA-4D72.1789/EM/66/2 64- SHAT-10P375 & AN-72.AJ.109A.n 8 65- Pohlman-Feldgrau n 7..o.c.-p.14,45,68,70-Feldgrau n 8-p.101 66- Ibid.n 7.-p.15,16 67- Cri(1/5/1946) 68- AN-72.AJ.1888(Gazette de Lausanne 26/2/1945) 69- Pohlman-Feldgrau n 7.o.c.-p.44,70-Feldgrau n 8-p.102,103,105 70- Avenir(1/12/1947) & Adeline-o.c.-p.72,73 71- SHM-TTF9(Druilhe 5/9/1944-Pohlman 27/9/1944) 72- Pohlman-Feldgrau n 8..o.c.-p.67 73- De Gaulle-o.c.-p.25 & Meyer-o.c.-p.33 74- A. Dutheillet de Lamothe (Capitaine Fred)-Bataillon Violette-Fabrègue,St Yrieix,1975-p.5 75- Adeline-o.c.-p.56,78 76- Genet-Libération..o.c.-p.203 77- Les feuilles marcophiles n 263-oct.1990-J. Perruchon: Les poches de La Rochelle et de Royan,p.31-34 & N 276-1 tr.1994-j.p. Lebrun: Le courrier militaire allemand des poches de l'atlantique et de la Manche,p.25,26 78- Le Monde(9/6/1962) & H. Temerson-Biographie des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année 1962-Paris,1964-p.161(rapport Catroux n 22G du 13/9/1944) 79- SHAA-4D.79(17/11/1944)-4D.112(20/10/1944) 80- Adeline-o.c.-p.51 81- SHAT-10P428.n 433Q105(Adeline 20/10/1944) 82- SHM-TTF9 83- Edgard de Larminat-Chroniques irrévérencieuses-plon,paris,1962-p.237,245-249,262,269,274,279,280 84- Adeline-o.c.-p.78 & Chaigne-o.c.-p.27 d'après Histoire de la Presqu'île d'arvert de Valentin Guillon 85- Pohlman-Feldgrau 1960..o.c.-p.67
304 86- Adeline-o.c.-p.56,57,73 87- SHAA-4D.80.n 1019FFO/EM/3(Larminat 17/11/1944)-n 148/EM/3/FAA(Corniglion-Molinier 10/12/1944) 88- M. Leproux-Nous, les Terroristes-R. Solar,Monte-Carlo,1948-t.II,p.253-255 89- H. Amouroux-Les règlements de comptes-r. Laffont,1991-p.502 90- Gayot-o.c.-p.115 91- Chaigne-o.c.-p.28 d'après Histoire de la Presqu'ïle d'arvert de Valentin Guillon 92- Mordal-o.c.-p.199,200 & SHAA-4D.80(Royce 9/1/1945) 93- Meyer-o.c.-p.51,52 94- De Larminat-o.c.-p.290-295 95- J. du Moulin de Labarthète-Des marins dans la tourmente-nlles Editions Latines,Paris,1990-p.119 96- SHAA-IX.5.12.n 287/FFO/CAB(Larminat 13/1/1945),n 208/EM/3(Corniglion-Molinier 17/1/45)- 4D.80.n 637/FFO/EM/3(Larminat 25/2/1945) 97- PRO-AIR8/842(Royce 17/1/1945) 98- Mordal-o.c.-p.192-194 & Robert Aron-Histoire de la Libération de la France-Fayard,Paris,1959-p.701 99- Meyer-o.c.-p.43,44 & Avenir(15/8/1947) 100- Charbonneau-op.cit.-p.5 101- PRO-AIR8/842(Crumrine & de Chassey 17/1/1945)-MPII.48(Royan 11/11/1944) 102- Meyer-o.c.-p.59 103- SHAT-10P.374.n 02352(24/2/1945) 104- PRO-AIR8/842(DCAS 7/1/1945)-AIR25/16.Appendix682-AIR14/2680(4,5/1/1945) 105- Institut Géographique National,carte n 4224 Town of Royan. War Office 1943 106- Avenir(25/4/1947) 107- USNA-SH/AIR/S.35191/A.3(Schlatter DCAS 14/1/1945) 108- SHAA-4D.80.A7(9/1/1945)-n 208/EM/3(Corniglion-Molinier 1/1945) & SHAT-10P.374(4/1/1945) 109- Pasteur S.-H. Besançon-Royan n'est plus-5 janvier 1945-Chateauneuf-sur-Charente,s.d.-p.4,5 110- A. Rampel: Destruction d'une jolie ville-sefco-1975-t.ix-p.91 111- Avenir(25/1,1/2/1947) & Besançon-o.c.-p.5 112- PRO-AIR25/3(Group 1 5/1/1945)-AIR25/16(Group 1 1/1945)-AIR25/125(V Group News 4,5/1/2945)- AIR14/2680(4,5/1/1945)-ASO.n 1507(6/1/1945) 113- M. Middlebrook & C. Everitt-The Bomber Command War Diaries-Viking,1985-p.647 114- Aron-o.c.-p.701,702 & SHAA-4D.72(OKW 28/1/1945) 115- SHAT-10P.376(5/1/1945) 116- SHAA-4D.80.n 109/EM/3(Corniglion-Molinier 8/1/1945) 117- Genet-Libération..o.c.-p.256,258 118- Avenir(25/2/1961) 119- La Plataine-n 1-Janv.1946-p.7-n 2-Fév.1946-p.12,13 & Genet-Libération..o.c.-p.259 120- Pohlman-Feldgrau 1960..o.c.-p.68 121- Meyer-o.c.-p.53,54 122- AN-72AJ1888(Richard Dirbleby BBC 6/1/1945 12h45) 123- SHAA-4D.79.n 14(5/1/1945) 124- P. Bécamps-Libération de Bordeaux-Hachette,1974-p.110 125- Avenir(8/8/1964) & De Larminat-o.c.-p.297 126- SHAA-4D.80.n 462/DN/E/P/S(Juin 19/2/1945),n 637/FFO/EM/3(Larminat 25/2/1945) 127- Avenir(15/11/1949) 128- Le Monde(10/7/1962) 129- PRO-AIR8/842.n 4,n 6(9/1/1945) & SHAA-IX.5.12.n 208/EM/3(Corniglion-Molinier sans doute 17/1/45) 130- Adeline-o.c.-p.57) 131- De Gaulle-o.c.-p.192 132- SHAA-4D.80.H156(W.B.Smith 7/2/1945)-IX.5.12(De Saint-Péreuse 3/12/1949) 133- PRO-AIR8/842.n CAS.83(7/1/1945)-n 6A(9/1/1945)-n 8(14/1/1945)-n 13-n 14-n 15-n 17-n 20A(15/4/1945) 134- De Larminat-o.c.-p.296 135- SHAA-4D.80.H156(W.B.Smith 7/2/1945) & USNA-Center for Air Force History 136- Adeline-o.c.-p.70,125 137- Chaigne-o.c.-p.12,28
305 138- SHAT-10P.372(18/2/1945)-10P.428(2,19/2,17/3/1945) 139- Adeline-o.c.-p.58,69,73,85 140- C. Guillaumin-Les poches de l'atlantique-dossier 3 Les grandes énigmes de la Libération-F. Beauval,Boulogne,1969-p.136 & SHAT-11P.226(Leclerc 28/3,12,20,23/4/1945) 141- De Gaulle-o.c.-p.191,367 142- De Larminat-o.c.-p.298,299,309,311 143- Revue hist. de l'armée-n 1-2 an.janv.1946-cdt de Gigord: La libération du port de Bordeaux, p.99-101-n 2-2 an.avril1946-cdt Antzen-Berger: La part de l'aviation dans la libération des poches de l'atlantique, p.85-90 & Meyer-o.c.-p.58 144- SHAT-10P.394.n 123/FFO/EM4R & H. Amouroux-La page n'est pas encore tournée-r. Laffont,1993-p.378 & SHM-TTF8(23/1/1945) 145- SHAA-4D.80(13/4/1945) & SHAT-11P.226(Dio 3/1945)-10P.374(10/4/1945) 146- Meyer-o.c.-p.62,66 147- SHAA-IX.5.12-(QG 21/4/1945 attaques 14,15,16/4-journal marche FAA 14,15/4/1945) & AN-72.AJ.1888(Le Monde 17/4/1945) 148- Aviation Française-avril 1945-J-M.M. interview général Bouscat & Les Ailes-n 1038,1039,1041 des 8,15,29/12/1945 & France-Soir(16/4/1945) & SHAA-AD.79(Devers 19/4/1945) 149- Revue hist. de l'armée-n 1-o.c.-p.105-114 150- AN-72.AJ.1888(Herald Tribune 19/4/1945) 151- SHAT-11P.169(5/5/1945) & Adeline-o.c.-p.94 & Rodrigues-La Poche de Royan 1940-1945-Jonzac,1991- p.38(d'après le comité d'histoire) 152- SHAT-10P.372(14/8/1945)-11P.226.n 8,n 9,Leclerc 23/4/1945) 153- AN-72.AJ.1888(Le Monde 24/4/1945) 154- Leproux-o.c.-t.II,p.285-288 155- Amouroux-page tournée..o.c.-p.384,385 & La Chéchia-Les chacals du Vieux Rocher-Bull.n 70-janv.1993-p.13 156- Le Monde(24/4/1945) & Avenir(24/10/1964) 157- Cri(15/12/1949) & Avenir(11/7/1964) 158- Revue hist. de l'armée.n 1-o.c.-p.124 159- Les Temps Modernes n 3-1 déc.1945-exposés: une ville crevée, p.551.note1n 4 & E. Jancys-Les Poches de l'atlantique et de la Manche-1982-Ecole Royale militaire de Bruxelles-p.83 160- Amouroux-page tournée..o.c.-p.377,383 CHAPITRE XV LA VILLE RENAIT DE SES CENDRES. 1- Mordal-op.cit.-p.232,233 2- France-Soir(17/4/45) & Avenir(30/5/1964) & AN-72.AJ.1888(Le Monde 18/4,24/4/1945) 3- Les Temps Modernes n 3-1 déc.1945-une ville crevée,p.553note1 4- Genet-Libération..op.cit.-p.124,125 5- Gayot-op.cit.-p.196 6- Cri(1/5/1947) & Avenir(15/5/1946) 7- SHAT-10P372(16/4/1945,338EM/3 27/4/1945)-10P373(12/3/1945)-10P428(14/3,23/3/1945)-10P445(26/4/1945)- 10P446(EM.BEIn 875.20/3/1945)-11P172(4/1945)-11P176(n 5.OPE/DATL 11/4/1945) 8- Avenir(1/5/1947,1/8/1964) 9- La Plataine-n 1-janv.1946-p.9,11,12-n 3-m.a.1946-p.10 & Cri(1/7/1946) 10- SHAT-11P176(23/4/1945) 11- Amouroux-page tournée..op.cit.-p.382,386 & Assemblée générale du Comité des Sinistrés de Royan(3/3/1946) 12- Avenir(18/7,15/8,17/10/1964) 13- Pohlman-Feldgrau n 8.op.cit.-p.107 14- Les Temps Modernes n 3-1 /12/1945-p.548-553 15- Botton-op.cit.-p.78 & Les Temps Modernes n 3-1 /12/1945-p.552note1 & AMR(5/3/1948) 16- AN-900181.17.306(projet Ferret Vaucheret) 17- AN-72.AJ.1887(2/7/45)-307.AP.171(1&2)-307.AP.174(1)-(300 PG allemands au déminage en Charente-Maritime, on peut estimer à une centaine ceux de la zone de Royan) & Le Figaro(16/5/1945) 18- Pohlman-Feldgrau 1960..op.cit.-p.106,108
306 19- AN-307.AP.169(2).AP.171(1&2) 20- J. Lajugie-Bordeaux au XX siècle-(t.vii,histoire de Bordeaux)-Bordeaux,1972-p.476 21- P. Gamelin-Le Mur de l'atlantique-shm-ii.doc5,cahier n 5 p.12,13 22- J. Le Brethon-A propos d'un crime de guerre-ecrits de Paris-Sept.1979 & Les Temps Modernes n 3-op.cit.- p.551.note1n 2 23- Avenir(11/7,10/10/1964) 24- Gayot-op.cit.-p.168 25- De Larminat-op.cit.-p.298-300 26- F. Julien-Labruyère-La Rochelle poche de l'atlantique de C. Gachimard-SEFCO-t.XX,5 livr-sept.oct.1987 & Du Moulin de Labarthète-op.cit.-p.120 & Avenir(1/9/1947) 27- Aron-op.cit.-p.712,713 28- Riviére-op.cit.-p.24 & Middlebrook et Everitt-op.cit.-p.648 & Temerson-op.cit.-p.160 29- Botton-op.cit.-p.75-77 & Chaigne-op.cit.-p.28 d'après Histoire de la presqu'île d'arvert de Valentin Guillon 30- Avenir(24/10,14/11/1964-15/4,6,27/5/1967 31- Cri(23/9,25/11/1945) 32- La Plataine-n 3-m.a.1946-p.13,14 33- Assemblée générale du Comité des Sinistrés de Royan(3/3/1946) 34- Côte de Beauté(9/4/1955) 35- La Plataine-n 1-janv.1946-p.30-n 2-févr.1946-p.24 36- AN-307.AP.180(12/9/1945)-307.AP.174/2(7/2/1946) 37- Aspects de la France et du Monde(5/3/1948) 38- Le Monde(24/11/1945) 39- D. Voldman-Du pastiche à la modernité-monuments historiques n 140-A.s.1985-Béton beau masque-p.57-60 40- Métadier-Royan..op.cit.-p.94 41- J. Convert-Royan phare ou écueil?-caue17-voir.suppl.décisions n 9-oct.1989-p.1 42- AN-900181/17.306(15/2/1946) 43- Cri(1/1,1/2,1/3,1/5/1946) 44- AN-AFU.4203(21,22/2/1946) 45- La Plataine n 2-févr.1946-p.24 & Avenir(15/5/1946) 46- Urbanisme n 45/48-1956-p.166-168 & Convert-Phare ou écueil..op.cit.-p.1 47- Avenir(15/7,15/9,15/10,1/11/1946-15/5/1947) 48- AN-AFU.4205(14/2/1947) 49- Avenir(15/12/1946) 50- Cri(19/2/1947) 51- Sud-Ouest-Ed.Char-Mme(11/3/1947) 52- Avenir(1/4,1/6/1947) & Cri(15/4,1/8,15/9/1947) 53- AMR-(Lheureux 4/8/1947) 54- Convert-phare ou écueil..op.cit.- 55- Cri(1/9,1/11/1947) 56- Sud-Ouest-Ed.Ch.-Mme(17/11/1947) 57- C. Wiktor-Louis Simon architecte de la reconstruction de Royan-IFA-p.11-18 58- Pétrole et Progrès n 42-juill.1959-Royan l'équipement d'une station balnéaire 59- Avenir(15/9/1948-15/7/1949) 60- Cri(15/9/1948-1/1,1/8/1949) & Chaigne-op.cit.-p.12 61- Faille-op.cit.-Page 170(feu de couleur 1927),172 62- Messiaen-op.cit.-p.455,456 63- S. Chastaing-La reconstruction de Royan dans le cadre des perspectives du développement touristique de la côte-ms AD17-2J64-(1956)-p.24,25 64- Cri(4/2,29/4,9/9,30/9,2/12/1950) 65- G. Ragot-Royan 1950-Le moniteur architecture AMC n 14-sept.1990-p.52 66- Cri(17/3,26/5,4/8/1951) 67- AD17-2J64-Chastaing..op.cit.-p.24 68- A. Kopp, F. Boucher & D. Pauly-L'architecture de la reconstruction en France (1945-1953)-Ed. du Moniteur,Paris,1982-p.42-44
307 69- Bull.Off.Mun.Royan-n 6 aut.1963 & J.-P. Bonnes-Les Vitraux de l'eglise du Parc à Royan-Fontenay le Comte,1958-70- Cri(9/8/1952-8/5,29/8/1953-6/2/1954) 71- Avenir(23/1,6,13/2,13/3,15/5,3/7,11/9/1954-19/2/1955) 72- Chastaing-op.cit.-p.24 73- Ragot-Royan 1950..op.cit.-p.50-52 74- Wiktor..op.cit.-p.12-18 75- Techniques et Architecture-Juill.1952-Sept.1956 76- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.52 77- Avenir(6/8,20/8,3/9/1955) 78- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.54 79- Techniques et Architecture-Janv.1956-Sept.1957 & Convert-phare ou écueil..op.cit.-p.3,6 80- AD17-2J64-Chastaing..op.cit.-p.23-28,54 81- Avenir(2/6,7,29/7,25/8,1/9/1956) 82- Bull.Off.Mun.Royan-n 2-juin 1962-p.11 & Synd.Init. de Royan-Guide touristique-s.d.-p.17 & Avenir(3/8/1957) 83- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.52-54 84- Techniques et Architecture-Sept.1955 85- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.54 86- Museum of Modern Art Bulletin-New-York volume 26,n 2-1959 & B. Champigneulle-Révolution dans l'architecture Guillaume Gillet-Le Jardin des Arts n 43-mai 1958-p.466,467 & J. Legros-Royan une reconstruction à l'échelle humaine-revue du Touring-Club de France-n 756-déc.1964-p.929-933 87- Général J. Charbonneau-Notre-Dame de Royan-Saintes,s.d.- & 88- Pétrole et progrès n 42-juill.1959-p.6,7 89- Avenir(26/4,28/6/1958-28/3,15/8,24/10/1959) 90- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.53 & Avenir(30/7,6/8/1960) 91- R. Jean-Boulan-Royan capitale Côte de Beauté-Revue du Touring-Club de France-n 701-déc.1959-p.797-800 & Wiktor-..op.cit.-p.5,11,12 92- Bull.Off.Mun.Royan-n 3 automne 1962-n 8 hiver 1964 & Métadier-Royan..op.cit.-p.94 & Guide Bleu Poitou Vendée Charentes-Hachette,Paris,1980-p.466 93- Urbanisme n 45/48-1956-p.271-n 123/124-1971-p.12-14 94- She-Mai 1961-Down came the bombs-and up goes a seaside resort,p.28,29 95- J. Convert-Les trésors de l'architecture moderne de Royan-CAUE 17,La Rochelle,oct.1983-p.2 96- Convert-phare ou écueil..op.cit.-p.2 97- Le moniteur architecture AMC n 14-op.cit.-p.50,51,54 98- Avenir(5/11/1960-28/1/1961) 99- Verger & Chapuis-op.cit.-p.87 100- Bull.Off.Mun.Royan-n 1 mars 1962-n 2-juin 1962 101- A. Prince-Le Marais du Bréjat: Le Clapet-La Palmyre-Bull.Mun.Inf.Les Mathes-La Palmyre-n 11-juil.1993-p.20-22 102- Avenir(4/8/1962) & Morand-op.cit.-p.124,125 103- Avenir(15/6/1963) & Daniel-op.cit.-p.361 104- Convert-phare ou écueil..op.cit.-p.4 105- Avenir(28/12/1963-4,11/7/1964) 106- Bull.Off.Mun.Royan-n 7-printemps 1964-n 8-hiver 1964 & Daniel-op.cit.-p.357 107- Petit Plan Petit-Royan-p.60 108- Avenir(10/101964-27/3/1965) 109- Bull.Off.Mun.Royan-n 5-printemps 1963-n 7-printemps 1964 110- Avenir(26/6,31/7,7/8/1965) 111- A. Prince-Le Marais de Bréjat, Le Clapet-La Palmyre-Bull.Mun.Inf.Les Mathes-La Palmyre n 11-juil.1993-p.22,23 & Avenir(7/5/1966-10/8/1967) 112- Grelon-op.cit.-p.54-58 & Chaigne-op.cit.-p.14,54 113- R. Jono-Le SIVOM ce grand magicien si souvent méconnu-bull.mun.inf.-les Mathes-La Palmyre n 4-déc.1989- p.7,8 114- Avenir(3/1/1970) 115- Association pour une maison de la Culture Royan-Littoral et forêt de la Coubre-Exposition novembre 1975-1977-
308 p.144 116- Bull.Mun.Inf.Les Mathes-La Palmyre n 10-déc.1992-p.7-n 11-juil.1993,p.24,25 117- L'Avenir n 9(déc.1979) 118- Royan découverte-n 6 & n 7 119- Chaigne-op.cit.-p.14 120- J. Convert-Notre-Dame de Royan perdue ou retrouvée-caue17-décision n 1-oct.1987-p.3 121- Ragot-Royan 1950..op.cit.-p.54 122- Royan Informations n 25-mars 1993-p.18,19 123- Association Royan-Littoral et forêt de la Coubre-1977-p.87,101 124- Royan Assistance-Le mot du maire(sept.1987) 125- Le Monde 28/8/1993 cité par Royan-Informations oct.1993 126- J. Combes, J. Convert et J. Daury-Guide des villes: Royan et le Pays Royannais-Fontaine,Poitiers,1992-p.62-73 & Hercules-op.cit.-Voir étude en annexe 127- Bull.Off.Mun.Royan-n 8 hiver 1964 & Bull.Mun.Inf.Les Mathes-La Palmyre n 10-déc.1992-p.7-n 11-juil.1993,p3 128- The Lion n 425-mai 1992-p.33
309 BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPALES OEUVRES SUR ROYAN ET LA PRESQU'ILE D'ARVERT. Général Adeline-La libération du Sud-Ouest.Bordeaux.Royan.La Rochelle-Baconnier,Alger,1948 L. Audiat-Le siège et le maire de Royan en 1622-BAHS-1887-t.VII D. d'aussy-matha,mornac,royan et Arvert-Texier,La Rochelle,1888 C. Bechet-L'Usance de Saintonge entre mer et Charente-Boé,Bordeaux,1701 J. Bernard-Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400-vers 1550)-SEVPEN,Paris,1968 F. Berton-Une église protestante rurale en France au cours des siècles, Breuillet-La Cause,Carrières sous Poissy,1933 Pasteur S.-H. Besançon-Royan n'est plus-5 janvier 1945-Chateauneuf-sur-Charente,s.d. V. Billaud-Les bons génies de la Cité-Royan,s.d.- V. Billaud-Guide général de l'étranger à Royan et dans les environs-billaud,royan,1877 V. Billaud-Royan et ses environs-billaud,royan,1914 J.P. Bonnes-Les Vitraux de l'eglise du Parc à Royan-Fontenay le Comte,août 1958 U. Botton-Royan ville martyre-l'avenir de Royan,Royan,1965 P. Bouchoule-Saujon, seigneurie-baronnie, et le cardinal de Richelieu-Luçon,1965 Docteur A.T. Brochard-Des huîtres vertes de La Tremblade-Gazette des Eaux,Pons,1863 Docteur A.T. Brochard-Les bains de mer de La Tremblade-Baillière,Paris,1862 L. Brochon-Découvertes et recherches sur la presqu'ïle d'arvert-texier,poitiers,1954 M. Chaigne-La Tremblade Ronce-les-Bains Ostréiculture et tourisme-marennes,1992 C. Chaigneau-Recherches sur les bateaux à vapeur bordelais (1818-1898)-J. Durand,Bordeaux,1899 Général J. Charbonneau-Royan et la côte de Beauté-Revue Economique Française,Paris,Fev.1958 Général J. Charbonneau-Notre-Dame de Royan-Saintes,s.d. F. Chasseboeuf-Le château de Mons à Royan-RS-1992-t.XVIII F. Chasseboeuf-L'histoire du Château de Didonne-Bordessoulles,Saint-Jean d'angély,1990 S. Chastaing-La reconstruction de Royan dans le cadre des perspectives du développement touristique de la côte-ms AD17-2J64-(1956) E. Clouzot-Un voyage à l'île de Cordouan au XVI siècle-clouzot,niort,1905 H. Clouzot-Les plages d'or Royan et ses conches-1907-laffitte Reprints,Marseille,1979 J.-R. Colle-Châteaux, manoirs et forteresses d'aunis et de Saintonge-Rupella,La Rochelle,1984 J.-R. Colle-Comment vivaient nos ancêtres en Aunis et Saintonge-Rupella,La Rochelle,1977 J.-R. Colle-Royan-SAEP,Colmar,1973 J.-R. Colle-Royan et la côte de Saintonge-Mélusine,La Rochelle,1955 J.-R. Colle-Royan, son passé, ses environs-quartier Latin,La Rochelle,1965 J. Combes, J. Convert et J. Daury-Guide des villes: Royan et le Pays Royannais-Fontaine,Poitiers,1992 C. Connoué-Les Eglises de Saintonge, Saintes et ses environs-delavaud,saintes,1952 J. Convert-L'architecture en caleçon de bain-décisions n 4-Revue du CAUE17-juil.1988 J. Convert-Les trésors de l'architecture moderne de Royan-CAUE 17,La Rochelle,oct.1983 J. Convert-Notre-Dame de Royan perdue ou retrouvée-caue17-décision n 1-oct.1987 J. Convert-Royan phare ou écueil?-caue17-voir.suppl.décisions n 9-oct.1989 A. Crottet-Histoire des églises réformées de Pons, Gémozac, Mortagne-Castillon,Bordeaux,1841 L. Dagail-Mémoire sur un chemin de fer de Pons à Royan-Dunod,Paris,1870 J. Daniel-L'Eguille en Saintonge-St Jean d'angély,1993 J. Daniel-Royan Evolution du nom d'après les cartes anciennes-sgr-1968-t.ii,2 sér.n 4 C. Dartigue-Royan et sa région-imp. Nouvelle,Royan,1936 J. Dassié-Manuel d'archéologie aérienne-technip,paris,1973 A. Debord-La société laïque dans les pays de la Charente du X au XII siècle-picard,paris,1984 M. Delafosse & C. Laveau-Le commerce du sel de Brouage aux XVII et XVIII siècles-cahiers des Annales
310 n 17,1960 Y. Delmas-Royan-Royan,1991 C. Dolivet-Royan, La Rochelle, Fouras, itinéraire des baigneurs ou Guide d'un étranger dans la Charente-Inférieure- Fouen,La Rochelle,1860 J. Duguet-Les seigneurs de Didonne de 1047 à 1227-SGR-1969-2 série,t.ii,n 5-P. Dumousseau-A pas contés-le Croît vif,bordeaux,1993 A. Dupré-Chartes du prieuré de Saint-Nicolas de Royan-Texier,La Rochelle,1891-extrait AHS.t.XIX R. Duras-L'île et la tour de Cordouan-Ronce-les-Bains,1958 P. Dyvorne-(Valery Dupon)-Au fil des années, Royan-Billaud,Royan,1912 P. Dyvorne-Devant Cordouan, Royan et la presqu'île d'arvert-delmas,bordeaux,1934 P. Dyvorne-Trois manoirs saintongeais, Mons, Belmont, Orignac-Royan,1920 Ernst-Itinéraires à Royan et Arcachon-Chaumas,Bordeaux,1856 R. Eschasseriaux-Origine des voies ferrées de la Charente-Inférieure-L. Clouzot,Niort,1900 G. Estève-Les paysages littoraux de la Charente-Maritime continentale entre la Seudre et la Gironde-Société botanique du Centre-Ouest-t.17 ou t.i,1986-t.19 ou t.ii,1988-t.21 ou t.iii,1990 R. Faille-Les trois plus anciens phares de France, Cordouan, les Baleines, Chassiron-Patrimoines & Médias,Ligugé,1993 R. Favreau-La commanderie du Breuil-du-Pas et la guerre de Cent Ans dans la Saintonge méridionale-université francophone d'eté,jonzac,1986 E. Ferrand-Royan moderne et ancien-balarac,bordeaux,1846 J. Fontaine-Mémoires d'une famille huguenote-sté des livres religieux,toulouse,1877 P. Gamelin-Le Mur de l'atlantique, les Blockhaus de l'illusion-daniel et Cie,Paris,1974 H. Gayot-Charente-Maritime 1940/1945, Occupation, Résistance, Libération-La Rochelle,1973 C. Genet-La Libération des deux Charentes Soldats en sabots-la Caillerie,Gémozac,1985 C. Genet-La vie balnéaire en Aunis et Saintonge de 1815 à 1845-La Caillerie,Gémozac,1978 C. Genet-La vie mondaine aux bains de mer 1895-1914 La Rochelle et Royan à la Belle Epoque-La Caillerie,Gémozac,1979 C. Genet et L. Moreau-Les deux Charentes sous l'occupation et la Résistance-La Caillerie,Gémozac,1985 Docteur L. Gigot-Suard de Levroux-Guide médical du baigneur de Royan-Labé,Paris,1860 P. Granet-Aux Royanais-Dupuy,Bordeaux,1858 Abbé P.T. Grasilier-Cartulaires inédits de la Saintonge-Clouzot,Niort,1871 A. Grasset-Breuillet à travers les âges-municipalité de Breuillet,1986 M. Grelon-Saintonge pays des huîtres vertes-rupella,la Rochelle,1978 Anonyme (P. Guérin)-Guide des baigneurs et des touristes à Royan et aux environs-le Monde Thermal,Paris,1862 V. Guillon-Histoire de la Presqu'île d'arvert-la Tremblade,s.d. M.-A. Hérubel-Les origines des ports de la Gironde et de la Garonne Maritime-Sté d'editions Géographiques, Maritimes et Coloniales,Paris,1934 G. d'hoste-notice sur La Tremblade et sur ses bains de mer-mercier et Devois,Rochefort,1862 E. Jeanneau-Mornac et les Mornaçons des origines à nos jours-synd.init. Mornac sur Seudre,1985 P. Jônain-Légende de Pontaillac-Paris,1864 Anonyme (P. Jônain)-Notice historique sur la commune de Gémozac par un indigène-lemarié,st Jean d'angély,1876 F. Julien-Labruyère-à la recherche de la saintonge maritime-rupella,la Rochelle,1980 F. Julien-Labruyère-L'alambic des Charentes-Le Croît vif,bordeaux,1989 F. Julien-Labruyère-Le cabotage girondin du XV siècle-sgr-2 série.t.iv n 6-2 sem.1980 F. Julien-Labruyère-Paysans charentais-rupella,la Rochelle,1982 A. Karl-France-Album n 54-Royan-Paris,mai 1899 G. Labat-Documents sur la ville de Royan et la tour de Cordouan-Gounouilhou,Bordeaux,1888 & 1894 Docteur A. Labat-Les plages de l'ouest de la France-Gauthier Villars,Paris,1880 B.L.(Laborde)-Royan-les-Bains-Gounouilhou,Bordeaux,1858 A. Lacaze-Notes intimes sur Pontaillac ancien-pontaillac,1893 Abbé Lacurie-Notice sur le pays des Santons-Bulletin Monumental n 10-1844 A. Lafond-Fixation des dunes-imp.nat.,paris,1900 L. de B.(Lecoutre de Beauvais)-Royan et ses bains de mer-bordeaux,1850 E. Lehucher-Chevallier-Où sont les neiges d'antan?-niort,1947
311 D. Lesueur-Abbatiale bénédictine de Saint-Etienne de Vaux-Synd.Init. de Vaux sur Mer,1992 A. Lételié-Une plage sur l'océan Ronce-les-Bains-Aubouin,La Tremblade,1890 Ch.-E. Le Terme-Réglement général et notice sur les marais de l'arrondissement de Marennes-1826-Rééd. LOCAL,s.d. J. Liebel-Pierre Dugua sieur de Mons Fondateur de l'acadie et de Québec-AD17-Ms.MF.268 Amiral Loizeau-Le château de Royan-Cognac,1938 L. Massiou-Anchoine ville disparue sous les dunes de La Coubre-Texier,La Rochelle,1909 Abbé Mazure-La nouvelle église de Royan-Billaud,Royan,1878 P. Métadier-Royan, son passé, son avenir-imp.centrale,tours,1956 Amiral H. Meyer-Au secours de La Rochelle-Rochefort et Royan-Cahiers de l'ouest,poitiers,1955 A. Mingasson-Gillet & J. Tribondeau-Talmont jadis et aujourd'hui-rupella,la Rochelle,1991 D. Morin-Monographie de la commune de Saint-Palais sur Mer-SGR-1910-t.XXXII W.I. Morse-Pierre du Gua sieur de Monts-London,1939 E. Moutarde-Les Eglises réformées de Saujon et de la presqu'île d'arvert-fishbacker,paris,1892 G. Musset-La coutume de Royan au Moyen Age-Texier,La Rochelle,1905 G. Musset-Le lac d'eau douce d'arvert et de La Tremblade-Fouchet,La Rochelle,1888 G. Noblet-Histoire de Royan-Bellenand,Fontenay-aux-Roses,1905 L. de P.-Royan et les plages environnantes-féret fils,bordeaux,1898 A. Pawlowski-Les pays d'arvert et de Vaux-Bulletin de géographie historique et descriptive-1902-t.xvii A. Pawlowski-Les transformations du littoral français Le pays de Didonne, le Talmondais et le Mortagnais girondin- Imp.Nat.Paris,1907 E. Pelletan-Jarousseau, le pasteur du désert-baillière,paris,1877 E. Pelletan-La naissance d'une ville-pagnerre,paris,1861 Rééd. Cyril et Chloé,Royan,1983- E. Pelletan-La naissance d'une ville-germer Baillière,Paris,1876 Oberst H. Pohlman-Die Festung Gironde Nord (Royan) 1944/45-Revue Feldgrau 1959 n 7-1960 n 8 J. Rattaud-Royan et les côtes de Saintonge-Masson,Cognac,1936 G. Rodrigues-La poche de Royan 1940-1945-Royan,1991 G. Rodrigues-Le père du Canada Pierre du Gua-Le Poiré sur Vie,1994 A. Rolland-Picasso et Royan aux jours de la guerre et de l'occupation-imp. Nouvelle,Royan,1967 J. Saint-Rieul Dupouy-L'été à Bordeaux-Féret fils,bordeaux,1850 J.-D. Sauvin-Philibert Hamelin martyr huguenot-genève,1957 J. Tonnadre-Les pilotes lamaneurs de Guyenne et Saintonge au XVIII siècle-ss du centre ouest-xxv-xxvii congrès d'études régionales-16 & 17/6/1973 Chanoine Tonnellier-L'Abbatiale Saint-Etienne de Vaux-Delavaud,Saintes,1979 Chanoine Tonnellier-Talmont sur Gironde-Delavaud,Saintes,1976 G. Touroude-De l'oppression à la liberté-la Langrotte,1992 G. Touroude et Germaine Chamboulan-Royan-Solar,Paris,1973 Abbé P. Travers-En pays d'arvert-st Palais sur Mer,1966 V. Vallein-Voyage à Royan, La Tremblade, Marennes, Oléron, Brouage-Lacroix,Saintes,1863 M. de Vasselot de Régné-Notice sur les dunes de la Coubre-Exposition universelle de 1878-Imp.Nat.,Paris,1878 A. Veau-Notice sur le port de Royan-Imp.Nat.Paris,1884 R. Verger et J. Chapuis-Les tramways de Royan-Chemins de fer régionaux et urbains-revue bimestrielle de la Fédération des amis des chemins de fer secondaires n 139-1977/1 C. Vigen-Enquête relative à la création d'un port à Royan en 1551-RS-1917-t.XXXVII OUVRAGES ANONYMES Deux casinos de Royan-Tessier,Rochefort,s.d.- Excursion de deux Anglais de Royan à Nérac-F. Dupont,Périgueux,1833 Guide du Baigneur de Royan-Barre,Royan,1869 La réduction de la ville et chasteau de Royan à l'obeyssance du Roy. Ensemble le Traité avec les rebelles qui étoient dedans-n. Alexandre,Paris,1622 Lettre du Roy à Monseigneur le comte de Saint-Pol sur la réduction de la ville de Royan en l'obeyssance de Sa Majesté-J. Oudot,Tours,1622- La réduction de la ville et chasteau de Royan à l'obeyssance du Roy. Lettres de Xaintes du dernier avril 1622-P.
312 Ramier,Paris,1622 Le siège et bloquement de la ville de Royan par Monseigneur le duc d'epernon-j. Guerreau,Paris,1622 La prinse de la ville et chasteau de Royan-S. Millanges,Bordeaux,1622 ABRÉVIATIONS POUR LES ARCHIVES, BIBLIOTHÈQUES ET REVUES. Archives municipales de Royan AMR Archives départementales de la Charente-Maritime AD17 Archives historiques de la Charente-Maritime AH17 Archives historiques de Saintonge AHS Archives départementales de la Gironde AD33 Archives historiques du département de la Gironde AH33 Archives historiques du Poitou AHP Archives nationales AN Bibliothèque de l'arsenal BARS Bibliothèque Mazarine BM Bibliothèque municipale de Bordeaux BMB Bibliothèque Nationale BN British Museum BRM Bulletin de la société des archives historiques de Saintonge BAHS Bundesarchiv allemandes BA Public Record Office britannique PRO Revue de Saintonge RS Société de géographie de Rochefort-Roccafortis SGR Société de l'histoire du protestantisme français SHPF Société d'études folkloriques du Centre-Ouest SEFCO Sociétés Savantes SS United States National Archives USNA JOURNAUX L'Avenir de Royan Le Cri de Royan La Dépêche de Royan La Gazette des Bains de Mer de Royan Journal de Royan Le Phare de Royan Le Réveil de Royan Royan La Vigie de Royan Avenir Cri Dépêche Gazette Journal Phare Réveil Royan Vig
313 ANNEXES ANNEXE n 1-Manuscrit du XII siècle du Grand cartulaire de la Grande Sauve f 229 Bibliothèque municipale de Bordeaux-Archives historiques de Saintonge Tome XIX,1891: M.A. Dupré: Chartes du prieuré de Saint- Nicolas de Royan. 1092.p.28-30 en latin-traduction de Pierre Pontier. Au nom du Seigneur, moi Hélie de Didonne, avec mon épouse nommée Anicia et mes fils Gautier, Gifard et Hélie, pour le salut de nos âmes et celles de nos parents, nous donnons de notre plein gré une terre libre à l'église Sainte- Marie qui est située dans la Sauve-Majeure; nous donnons aussi près du château nommé Rugianum [Royan], un lieu où les moines édifierons leur église et des ateliers, un jardin et des vignes et un four, en plus de celui qui existe déjà dans le château et qui servira à tous les habitants du château, et une autre maison dans un autre lieu. Nous donnons aussi, près de la forêt appellée Castellars [Châtelars], un hôte nommé Julianum [Julien] avec ses descendants, leur petit manoir et les dépendances qu'ils gèrent. Nous cédons aussi une partie de cette forêt avec ses habitants que Gombault Adelard a donné lui-même à l'église de la Sauve-Majeure, ainsi que les vignes qu'il a de même données. De plus nous donnons près de Castellars, nos cultures et quelques terres arables que nous avons, et au port de Rugiano [Royan], comme c'est l'usage, les droits à perpétuité aux navires de cette église, afin que nul ne puisse y prétendre. En outre, nous accordons à cette église dix quartiers de terre pour planter de la vigne, au lieu nommé Valeria [Vallières] et aussi les vignes de sancto Palladio [Saint-Palais] au-dessus de la mer, ainsi qu'elles sont partagées, où mon épouse avait dans son domaine, un quart et demi de vigne qu'elle donne également à cette même église. Nous donnons aussi les dîmes de nos moulins qui sont situés près de Mescherium [Meschers], et près de Briandel [?], une saline et le tiers de la partie d'une autre, et dans l'île qui se nomme Olearon [Oleron] la terre dénommée Dadoiera [?] et la terre que mon épouse posséde dans son domaine et les vignes qu'elle donne, après sa mort, avec mon consentement à l'église sancti Nicholai [Saint-Nicolas] que les moines de la Silvae Majoris [Sauve-Majeure] ont commencé à édifier près du château de Rugianum [Royan]. Nous donnons et confirmons tout cela à l'église de la bienheureuse sainte Marie toujours vierge de la Sauve-Majeure au temps de saint Geraldi [Gérald], premier abbé de ce lieu, afin qu'il ait pour toujours un droit de possession. Cet acte est promulgué en 1092 de l'incarnation du Christ 20 épactes 4 concurrents dans le château de Royan en présence de Don Stephano [Etienne], abbé et ermite de l'île de Cordano [Cordouan] et Herlegion prieur de la Sauve- Majeure et des autres moines. Signé Hélie de Didonia [Didonne] Galtieri Gifardi son fils, Anicia sa femme, Hélie son autre fils. Sont témoins Guibert de Didonne, Robert de Pons son gendre qui approuve ce don et Haimo de Challones et Guillelmus Aldranni. ANNEXE n 2. Commune de Royan vers 1242."Ceu est li establimens de la comune de Roan"-Texte gascon de la Bodleian Library Oxford. Ms Douce 227 f 135-154. Traduction par l'auteur selon sir Travers Twiss et Arthur Giry. La numérotation des chapitres est celle ajoutée par sir Travers Twiss Ceci est l'etablissement de la commune de Royan [ROAN dans le texte] I- En assemblée pour choisir le maire de la ville de Royan [ROAM dans le texte] les cent qui sont établis pairs [on ne sait pas comment ils sont choisis] éliront trois des prudhommes de la ville et les présenteront au roi qui choisira parmi les trois celui qu'il veut comme maire. Les cent pairs mentionnés ci-dessus en éliront vingt-quatre qui seront renouvelés chaque année parmi lesquels douze échevins et douze conseillers. Ces vingt-quatre prêteront serment au début de l'année de garantir les droits de la sainte église et la fidélité au roi et de juger selon leur conscience. Et si le maire leur confie un secret ils le garderont et celui qui le révélerait sera révoqué de son office et mis en la merci [en jugement] du maire et des échevins et de la commune. Le maire et les douze échevins se réuniront deux fois par semaine pour les affaires de la ville et s'ils ont un doute sur quelque affaire ils feront appel à celui ou à ceux des 12 conseillers qui peuvent les conseiller. Et les 12 conseillers se réuniront avec le maire et les échevins un samedi chaque quinzaine avec l'ensemble des cent pairs. Et quiconque de ces échevins et conseillers et pairs ne se
314 présentera pas avant que la prime [prière de 6h du matin] soit chantée sans avoir prévenu les autres échevins et conseillers s'il est échevin il paiera une amende de 5 sols pour les affaires de la ville. S'il est conseiller qui ne réside pas dans la ville il paiera 3 sols. S'il est pair 2 sols s'il n'a pas prévenu d'avance le maire qu'il serait absent avec une excuse valable. Et celles des personnes ci-dessus qui partira en voyage sans la permission du maire de l'assemblée des autres paiera autant qu'il aurait eu à payer s'il n'était pas venu avant prime. Et si le maire à parfois besoin de l'un d'entre eux et que celui-ci ne répond pas à la convocation il paiera l'amende indiquée ci-dessus sauf s'il a une excuse valable. II- Si l'un des 12 échevins veut aller en Angleterre [preuve que cet Etablissement a été octroyé par un Plantagenêt] ou dans une autre contrée lointaine il doit obtenir congé du maire et des échevins lors de l'assemblée du samedi et ils éliront en commun quelqu'un pour le remplacer jusqu'à son retour. Si le maire et les échevins siègent dans l'échevinage [lieu de réunion et tribunal] et que l'un des jurés [échevins et conseillers] en insulte un autre en la présence du maire et des échevins, il est à la merci du maire et des échevins et sera puni selon la gravité des insultes et selon ses habitudes de récidive. III- Si le maire viole les Etablissements de la commune il sera puni par les échevins d'une peine double de celle qui aurait été infligée à un échevin qui les aurait violés sauf s'il s'excuse car il doit être un exemple de l'observation du droit et de l'équité et du maintien des Etablissements. IV- S'il arrive que quiconque reconnaisse quelque chose qui lui appartienne sur un voleur ou un faussaire arrêté et condamné à Royan [ROAN] et qu'il puisse prouver par le témoignage de ses voisins que cette chose lui appartient elle lui sera restituée et le voleur ou le faussaire sera mis au pilori s'il est passible de cette peine afin que chacun puisse le voir et le savoir et s'il doit être mis à merci il le sera. Et si son forfait doit lui fait perdre un membre ou plus [supplice] lui et ses biens seront remis à la justice royale pour y faire droit. V- Si l'un des jurés de la commune tue un autre juré et s'il s'enfuit ou est condamné sa maison sera rasée et lui et tous ses biens seront remis à la justice royale s'il peut être capturé. Si l'un des jurés en estropie un autre ou le blesse d'une autre manière et que cela est avéré il sera à la merci du maire et des échevins pour avoir estropié un autre juré ou l'avoir blessé ou lui avoir fait du tort. VI- Si quelqu'un trahit la ville et que 2 des 24 l'ont vu ou entendu, le traître sera convaincu sur le simple témoignage de ces deux jurés qui doivent être crus sur parole car ils ont prêté serment au début de l'année de dire la vérité sur ce qu'ils ont vu et entendu. Si deux des autres pairs l'ont vu ou entendu il sera convaincu par le serment de ces deux et ensuite sera à la merci du maire et des échevins et répondra de son forfait devant le maire et les échevins suivant son importance et suivant ses habitudes de récidive. Si quelqu'un en insulte un autre dans la cité ou dans la rue ou dans une maison ou dans une place quelconque il sera condamné sur le serment de deux des cent pairs ou par 2 jurés assermentés. Il devra payer une amende selon le jugement du maire et des échevins pour l'insulte commise et d'après les habitudes de récidive. Pour l'insulte envers un juré il sera mis à la merci du maire et des échevins et si celui qui a été insulté n'a pas la garantie des cent pairs ou des autres jurés la querelle sera réglée selon la loi de la cour. VII- Si quelqu'un qui n'est pas de la commune commet un forfait contre quelqu'un de la commune le maire lui ordonnera par son messager ou par toute autre personne de réparer son forfait et s'il ne fait pas il sera interdit aux jurés de la commune d'avoir des relations avec lui pour vendre acheter lui faire confiance ou parler avec lui ni dans leur maison ni à l'auberge et d'avoir quelque relation d'aucune autre manière avec lui. Si le seigneur [haut justicier qui peut condamner à mort] ou son fils est à Royan [ROAN] ou en assise et s'il ne veut pas réparer son forfait le maire doit le dénoncer à la justice royale et doit aider le juré à garantir ses droits et si l'un des jurés de la commune agit contrairement à cette interdiction il sera à la merci du maire et des échevins. VIII- Si quelqu'un a été mis au pilori pas pour un larcin mais pour infraction aux Etablissements de la commune et qu'on lui en fasse reproche et honte devant les jurés et les autres hommes il devra payer 20 sols dont celui qui lui en a fait le reproche recevra 5 sols et les 15 autres sols iront pour les besoins de la ville et si celui qui a reçu le reproche ne veut pas ou ne peut pas payer l'amende il sera mis au pilori. IX- Si une femme est condamnée comme querelleuse ou médisante elle sera liée avec une corde sous les aisselles et plongée par 3 fois dans l'eau et si quelqu'un le lui reproche il devra payer 10 sols et si une femme le lui reproche elle paiera 10 sols et sera plongée 3 fois dans l'eau et les 10 sols iront pour les besoins de la ville. X- Si un juré se plaint d'un forfait commis par un autre juré ou pour toute autre querelle et ne désire pas demander justice devant le maire et les échevins il sera arrêté et devra fournir des gages et des garanties et devra jurer qu'il ne se vengera pas lui-même du forfait commis par celui dont il s'était plaint et si ensuite pour ce forfait la victime commet un autre forfait contre celui qui avait commis le premier forfait elle sera jugée parjure et sera à la merci du maire et des échevins pour ce forfait.
315 XI- Si un juré de la commune est mis à la merci [dans ce cas une amende] pour un forfait et s'il sollicite un de ses riches voisins pour une diminution de sa merci et à moins qu'il ne le fasse sur ordre du roi sa merci sera doublée car il n'est pas bon d'encourir la malveillance de ses riches voisins. XII- Si quelqu'un déclare être juré de la commune et le maire et les échevins n'en sont pas sûrs il devra le prouver par le témoignage de 2 jurés. XIII- Si un clerc ou un chevalier est débiteur d'un juré et ce débiteur refuse la justice du maire et des échevins, il est interdit à tout juré d'avoir des relations avec lui comme boire, manger vendre acheter parler ou de quelqu'autre manière si le roi ou son fils est à Royan [ROAN] ou en assise et si un juré agit contrairement à cette interdiction il paiera la dette au créancier et sera mis à la merci du maire et des échevins et si après cela le débiteur ne veut pas faire droit au créancier par le maire et par les échevins le maire aidera le juré à obtenir réparation par d'autres juridictions. XIV- Si dans la commune il y a une poursuite pour dette ou contrat elle sera réglée par le recours et par la garantie de 2 des 24 jurés qui seront crus sur leur simple parole car ils ont prêté serment au début de l'année. S'ils ont achevé leur année et ne sont plus en activité et si une dispute a lieu au sujet d'une dette contractée ou d'un contrat passé devant eux ou de quoi que ce soit d'autre ce sera réglé par leur serment. XV- Si un des 24 jurés se porte garant il sera cru sur sa simple parole. XVI- Si deux ou trois des autres jurés se portent garants ce sera réglé par leur serment et si aucun des jurés ne se porte garant la querelle sera jugée d'après la coutume locale et si la querelle porte sur 10 sols ou moins elle sera réglée par la garantie de deux pairs non assermentés. XVII- Si quelqu'un revendique une terre en possession d'un autre il devra donner des gages et caution pour poursuivre sa plainte et si après l'étude de cette affaire le plaignant est reconnu avoir fait une fausse plainte il sera à la merci du maire et des échevins pour 59 sols pour avoir fait une fausse plainte devant eux. XVIII- Si quelqu'un porte plainte devant sa cour pour sa terre il l'aura et le maire et les échevins doivent régler sa plainte en 2 quinzaines à moins qu'elle n'ait été retirée [Twiss et Giry traduisent "desacusance" en gascon par excuse, mais il semble plus logique de parler de quelqu'un qui retire son accusation] et que cela soit connu du maire et des échevins. XIX- Si quelqu'un porte plainte devant sa cour pour dette il l'aura et sa plainte doit être réglée en 2 huitaines et si ce n'est pas fait le maire et les échevins le feront à moins que celui qui siège à la cour n'ait une excuse connue du maire et des échevins. XX- Si quelqu'un est débiteur d'un autre et qu'il ne veuille ou ne puisse acquitter sa dette, on remettra ses biens à son créancier s'ils sont suffisants pour que le créancier soit payé s'il n'y en a pas assez il sera banni de la cité jusqu'à ce qu'il ait donné satisfaction au maire aux échevins et au créancier. S'il est trouvé dans la cité avant qu'il leur ait donné satisfaction il sera mis en prison jusqu'à ce qu'il ait acquitté 100 sols ou par lui ou par un autre et qu'il ait juré qu'il ne retournera pas dans la cité avant d'avoir donné satisfaction au maire aux échevins et au créancier. XXI- Si un étranger intente un procès au maire et aux échevins pour une dette qu'un juré lui doit et si le juré a un seigneur et le seigeur veut le régler dans sa cour il l'aura et s'il ne régle pas la plainte en 3 jours le maire et les échevins le feront. XXII- Si la commune doit sortir du pays [sans doute en cas de levée en masse] par ordre du Roi ou de sa justice le maire et les échevins organiseront la garde de la cité et celui qui sera trouvé en la cité après l'heure du départ sera condamné par ceux qui ont été mis en garde de la cité et sera mis à la merci du maire et des échevins pour faire abattre sa maison ou payer 100 sols s'il les a et si après le départ de la commune squiconque s'en éloigne pour chercher abri ou pour toute autre raison sans avoir un congé du maire ou sans excuse personnelle il sera à la merci du maire et des échevins. XXIII- En outre chacun doit savoir qu'il est établi dans la commune que si quelqu'un dénigre la commune ou lui nuit de quelque manière si 2 échevins l'ont entendu par leur simple déclaration cela sera certain et prouvé et il sera mis à la merci du maire et des échevins et si 2 des jurés l'ont entendu cela sera prouvé par leur témoignage sous serment et il sera mis en ladite merci et si un seul a entendu ses médisances il pourra se disculper par son serment et par celui de 6 hommes. XXIV- Quiconque parmi les habitants de la ville refuse le serment de la commune si cela est prouvé il doit être arrêté enchaîné et mis dans la prison de la commune jusqu'à ce qu'il fasse amende honorable au maire et aux échevins pour ce mèpris de la commune. XXV- Le vicomte [représentant du roi] de la ville ou bien un bailli du roi [administrateur royal] ne peut mettre la main sur un juré de la commune pour son forfait sauf s'il est convaincu par la cour du maire de mort d'homme et si celui qui a donné la mort est pris et condamné dans la cour du maire pour mort d'homme et ses biens meubles sont dans la
316 main du Roi et s'il a maison ou verger c'est au maire et à la commune d'en faire justice les autres choses sont pour ses héritiers s'il en a. XXVI- Si un étranger à la commune commet un forfait contre quelqu'un de la commune et s'il peut être arrêté il doit être enchaîné et mis dans la prison de la commune jusqu'à ce qu'il ait fait amende honorable au maire et aux échevins et à celui auquel il a porté préjudice et s'il ne peut être pris le maire doit demander réparation au seigneur de celui qui a commis le préjudice. Si le maire ne peut obtenir dudit seigneur pour son juré ceux de la commune n'importe lequel peuvent le prendre et obtenir justice sans nouvelle poursuite. XXVII- Si un juré quelconque sort un couteau ou une épée ou une arme tranchante contre un juré de la commune il doit être arrêté et mis en prison jusqu'à ce qu'il ait fait amende honorable envers le maire et l'autre juré. XXVIII- S'il est nécessaire d'aller [en voyage] pour les besoins de la ville le maire et les échevins doivent y pourvoir quiconque refusera d'y aller quand il est requis est à la merci de maire et des échevins. XXIX- Personne ne peut refuser son cheval pour le service de la ville et si après trois requêtes du maire ou de son envoyé il refuse il doit être à la merci du maire. XXX- Le maire jurera au commencement de l'année de ne pas solliciter par lui-même ou par un autre le seigneur du pays les barons ou les baillis pour être maire une autre année s'il ne devait pas l'être avec l'assentiment de la ville. XXXI- En outre le maire les échevins et les pairs jurent de juger avec équité et que l'amour ou la haine ne les feront pas juger autrement. XXXII- En outre ils jureront qu'ils n'accepteront ni deniers ni cadeaux pour rendre la justice et jugeront avec équité selon leur conscience et selon les raions et les allégations des parties. XXXIII- Si l'on peut prouver que le maire ou un des échevins a reçu un présent pour une dispute dans laquelle une personne a été devant l'échevinage la maison de ce maire ou de cet échevin qui aura pris le présent sera abattue sans discussion et celui qui aura commis le forfait ou son héritier ne pourront jamais remplir la fonction de maire ou aucune autre fonction dans la commune. ANNEXE n 3-Consuls à Royan-Archives Nationales JJ.64 n 491-Etablissement par Charles IV le Bel des foires et d'un marché en faveur de la ville de Royan (Traduction M. Michel Le Moël Conservateur en Chef des Archives Nationales) Charles etc... Nous faisons savoir à tous présents tant présents qu'à venir que, comme les Consuls et les habitants de notre ville de Royan avaient demandé et reclamé qu'ils puissent tenir un marché chaque semaine le samedi et une foire par an le premier, le deuxième et troisième jour du mois d'aoüt, nous avions daigné leur concéder par grâce spéciale. Quant à nous, nous ne voulons pas que soit détruite leur supplication en vertu d'un arrêt, nous avons fait et mandé d'assurer que ni nous ni qui que ce soit d'autre puisse porter préjudice ou mal et que l'utilité aussi bien que le dommage s'ensuivraient de ce que nous leur avons concédé. Après donc avoir fait les enquêtes susdites et rapporté de nos gens de la Cour des Comptes et qu'elles eussent été vues et diligemment examiné par nosdits agents, portant attention aussi et considérant toutes les conséquences de nos décisions précédentes, nous avons concédé aux Consuls et habitants susdits qu'un marché et des foires puissent avoir lieu aux jours susdits dans ladite ville par la teneur des présentes de notre grâce spéciale, notre droit ainsi que tout autre étant sauvegardé de toute façon. Afin que cecei demeure ferme et stable dans le futur, nous avons fait apposer notre sceau aux présentes lettres. Donné à Paris, l'an du Seigneur 1327, au mois de juillet, mention Julien. ANNEXE n 4-Confiscation par Philippe VI de Valois des biens du sire de Didonne au profit de Robert et Foulques de Matha les 17 et 18 juillet 1347. JJ.68 n 2569 F 454v -n 288/2-17 juillet 1347 Philippe par la grace de Dieu...savoir faisons a touz presenz et a venir que comme le Sire de Didonne et plusieurs de ses homes et subgiez par leurs mauvaises volentés nous soient rebelles et comme traîtres et se soient tournés contre nous et fais noz ennemis et de partie du roy d'angleterre nostre ennemi, et ainsiut par leurs demerites et fourfaitures aient commis envers nous corps et biens, et les diz sire, ses hommes et subgiez eussent plusieurs biens, terres, rentes, heritages et meubles es terres, juridicions et justices es chastellenies de notre amé et feal chevalier Robert de Mastas nous pour consideration des bons et feauls services que le dit Robert nous a fait ou
317 temps passé avons donné et octroyé, donnons et octroyons a perpetuité de grace especial et de notre liberalité royal au dit Robert a ses hoirs[héritiers] et successeurs a touz jours touz les diz biens, terres, rentes, meubles et heritages et a chascun d'iceuls biens que les diz sire de Didonne, a ses diz hommes et subgiez et chascuns deuls estpoent et apppartenoient en quelque lieu qu'ils fussent et soient en toutes lesdites chastellenies juridicions dudit chevalier comment qu'il soient nommez, et le dit Robert pour li, pour ses hoirs et pour ceuls qui de li auront cause a perpetuité en avons fait et faisons vrais seigneurs, possesseurs et proprietaires et le dit sire de Didonne et ses diz hommes et subgiez en privons et forcloons perpetuelment. Et volons que dores en avant a touz jours le dit Robert, ses hoirs et successeurs en joissent et facent leur volenté comme de leur propre chose paisiblement. Et pour ce que ce soit ferme et estable perpetuelment nous avons fait sceller ces lettres de notre scel sauf en autres choses notre droit et en toutes le droit d'autrui. Donnees en noz tentes devant la Coupele le XVII jour de juillet l'an de grace mil CCC quarante sept. par le roy. Verrere JJ.68 n 2570 F 454v -n 289/2 f 289-18 juillet 1347 lu par Anne Burnel Archiviste paléographe des Archives nationales Philippe... Savoir faisons a touz presenz et a venir que comme le Sire de Didonne et plusieurs de ses homes et subgiez par leurs mauvaises volentés nous soient rebelles et comme traîtres et soient tournés contre nous et fais noz ennemis et de partie du roy d'angleterre nostre ennemi, et ainsiut par leurs demerites et fourfaitures aient commis envers nous corps et biens, et les diz sire, ses hommes et subgiez eussent plusieurs biens, terres, rentes, heritages et meubles en la chastellenie de Royan et ailleurs es terres, juridicions et justices de notre amé et feal chevalier Fouque de Mastas, sire de la dite chastellenie, et avec ce eust le dit sire de Didonne LX [60] livres de terre et rente en la terre du vicomté d'aunay en sa chastellenie de Saujon, et nous considerés les bons et feauls services que le dit Fouques nous a fait ou temps passé et fait de jour en jour, avons donné et octroyé, donnons et octroyons a perpetuité de grace especial et de notre liberalité royal au dit Fouques pour li, pour ses hoirs [héritiers] et successeurs a touz jours touz les diz biens, terres, rentes, meubles et heritages et a chascun d'iceuls biens que les diz sire de Didonne, ses hommes et subgiez et chascuns d'iceuls avoient et qui leur apppartenoient en quelque lieu qu'ils fussent et soient es dites chastellenies de Saujon, de Royan et ailleurs, en toutes les terres, juridicions et justices dudit Fouque de Mastas comment qu'il soient nommez, et le dit Fouques pour li, pour ses hoirs et pour ceuls qui de li auront cause [ses ayants-droit] a perpetuité en avons fait et faisons vrais seigneurs, possesseurs et proprietaires. Et le dit sire de Didonne et ses diz hommes et subgiez en privons et forcloons [chassons] perpetuelment. Et volons que dores en avant a touz jours le dit Fouque, ses hoirs et successeurs en joissent et facent leur volenté comme de leur propre chose paisiblement. Et pour ce que ce soit ferme et estable perpetuelment nous avons fait sceller ces lettres de notre scel sauf en autres choses notre droit et en toutes le droit d'autrui. Donnees en noz tentes devant la Coupele le XVIII jour de juillet l'an de grace mil CCC quarante sept. par le roy. Verrere [Verriere] ANNEXE n 5-Coutumes de Royan au Moyen-Age. A- La grande coutume de Royan-"C'est ceu que debent les merchandisses isi nomeas a la Costuma de Roian" Archives municipales de Bordeaux Cartulaire de Baurein f 72r fin XIV siècle-selon la lecture de Henri Barckhausen Livre des Coutumes de Bordeaux p.609. Fardeu de telas cordat deu [doit] VI deners [deniers] - Pessa de telat qui no es cordat, obola [obole] - Fardeu de drap qui no es cordat, XII deners - Pessa de drap qui no es cordat, I dener - Tonnet de froment deu VIIII deners - Tonnet de secgle, d'orge et de sibada deu IIII deners - Traca de qurs [cuirs] deu II deners - Fardeu de lanas (III quintaus [centaines] per fardeu) deu VIII deners - Dotzena de petz de moton deu I dener - Tonnet de bin [vin] deu II deners obola - Gema, rossina, los IIII quintaus deben obola - Quintau de sera deu I dener - Quintau de seu deu I dener - Quintau de fer, o d'asey et d'estanh deu I dener - Plom no paga res - Porc salat deu I dener. B- La petite coutume de Royan-"La costuma de Royan" Archives du British Museum Mss.add.10.146 f 93,94. fin XIV siècle. Selon la lecture de Henri Barckhausen Livre des coutumes de Bordeaux 1890, page 630. Trosset de draps de lin IIII d. - Trosset e lana III quintaus pesans VIII d. - Dotzena de Cordoan IIII d. - Dotz. de
318 batanas II d. - Doz. de boquinas en peu II d. - Traqua de curs de beus et de vaqua II d. - Essy es tanada III d. - Traqua de curs de serf III d. - Ttem petz danhetz [agneaux] II d. - Petz de conhils [lapins] II d. - Milley destanh X d. - Milley de coyre X d. - Mola de faura IIII d. - Bacon I d. - Lo tanat III d. - Lo cent de goma mealha [maille]. - Dotz. de petz de boups II d. - De petz de gatz Et si son sauvages II d. - Dotz. de... III d. - Pena bayra IIII d. - Petz de gris IIII d. - Petz de conhils II d. - Et de petz de ortons II d. - XXV petz de anhetz obradas II d. - Lo sister [septier] deu blat II d. - Deu ester [septier] de la Rossella carqua de pebre quatre d. - Pessa de seudat III d. - Palis XII d. - Livra de seda m [maille]; cent pesas de fer II d. - La carqua de la cera IIII d. - La carqua de la grana III d. - Ung sac de lin m. C- Etat des coutumes de Royan-"La coustume du pourt de Royan" Archives du Chartier de Thouars 1.ap.2067 copie faite en 1445 d'un document de 1392. Selon la lecture de Georges Musset dans "Les ports francs, étude historique" publié en 1904, pages 77 à 80, plus des recettes lues par Anne Burnel des Arvchives Nationales. Telle est la coustume du pourt de Royan et de ce qui passe pour devant. Et premièrement le septier de blé, mesure de Didonne, sy vient de hours [dehors], doyt quatre deniers. Le septier de La Rochelle doyt II deniers. Le quartière de Bourdeaulx doyt I denier. Le septier de Didone de forment, si hon le pourte hours de la terre, doyt VIII deniers. Sy il est autre blé, doyt IIII deniers. Le toneu de vin, sy vient devers Bordeaux, doit II deniers et malle [maille, très petite monnaie, tous les autres documents indiquent deux deniers une obole]. Et sy il est de la terre et hon le tire dehors, doyt V deniers. Le toneu de myel, sy yl est colé, doyt VI deniers, et sy yl est en bresche, doyt VIII deniers. Le quintal de cyre, sy yl est brisé, doyt I denier, et sy yl est en tourtelle doyt malle [maille]. Le quintal de louture [graisse], sy yl est tout par soy, doyt I denier. Sy yl est en tourtelle, chescune tourtelle doyt malle. Quintal de grene doyt I denier. Quintal de fer ho d'acier, staint, cuivre, ho de quel que métau que ce soyt doyt ung denier, exeté plomc qui ne doyt rien. Quintal de lin doyt ung denier. Quarteron de lene doyt ung denier. Troceu [trousseau] de lene doyt ung denier. Quintal de ballene doyt ung denier. Trois quintals de gemme [sorte de poix] devont maille. Le cheval, sy l'on le vuet vandre dedans an et jour, doyt III deniers. Sy l'on le tien an et jour, ne doyt rien. La jument doyt II deniers par mesme convenent. L'asne ho la mula doyt ung denier pour semblable convenent. Le beuff doyt ung denier, sy n'est au guanheur de la terre qui le treuve an et jour. Item la vache doyt ung denier. Le pourc vuiff doyt malle. L'outure avec son bacon devont malle. Dousene de courdoan doyt III deniers. Dousene de bequines [peaux de chèvres, de biques ou de jeunes agneaux] doyt II deniers. Dousene de moutons, sy sont adobés, doyt III deniers, et, si et en poel, doyt II deniers. Les pourpres [étoffes rouges] devont XII deniers. Toneu de pastel doyt XII deniers. Drap de soye doyt XII deniers. Livra de soye doyt malle. Le C de peux de chamoys chavreux ho avortons devent Ii deniers. Fourrure de vert de gris [fourrures, vair et petit-gris] doyt XII deniers. Fourrure de peux de lièvre doyt II deniers. Cent de peux de chas privés, sy sont adobés, devent quatre deniers. Sy sont crues, devent II deniers. Cent de peux de chas sauvages, sy sont adobés, devent II deniers, et, sy sont crues, devent I denier.
319 Cent de copches [cepches ou seiches] devent un denier. Esturgon sy yl est à vandre doyt IIII deniers, ho le vert vuiff. Quarteron de lene, sy yl est de la terre, doyt ung denier. La soye doyt le XVIIme escheveu. Bybon ne doyt rien. Le muy de sel doit II deniers et doyt estre estimé à la mesure de Marennes(1). Peulx de gennetes ne d'ermynes ne devent ryens. Dosene de champilx, sy est en poel, doyt I denier. Sy est en parchemin, ne doyt ryens. Dosene de moutons viff doyt I denier. Piesse de drap de linge doyt malle. Rys et peulx de meyganes [foies et peaux de maigres, le poisson?] ne devent ryens. Huylle ne doyt riens. Sain de ballenne [graisse de baleine] ne doyt riens. La ballenne, quant es prisse et amenée au pourt de Royan, doyt totes foys qu'elle es vandue, V sols et la plus belle piesse du gras et la demye poytrine du meygre. La marsope [marsouin] ho le dauphin, quand yl est trouvé en Gironde à sec, doyt la moytié et la teste davantage. De tout autre poysson qui est trouvé en Gironde, doyt la moytié. Sy le villen fet bataille et son champion soyt vaincu, doyt au senheur LX sols ung denier. Le muy de vin, sy l'on le pourte vendre dehors, doyt I denier. Sy yl es home de la ville de Royan, ne doyt point de trecte de vin de lurs meynes. Sy ne les achaptent, ne devent rien. Sy l'on pourte vers La Rochelle, meygres à vandre, doyt la plus belle somme, deux, et sy l'on les pourte pour terre, checune somme doyt ung denier. Nul homme de la ville de Royan ne doyt point de meygres qui qu'il prenet, sy n'est homme à vantes qui doyt de troys une demye, et non de mens ny de plus. Le juyff ho la juyve devent chacun IIII deniers. Et sy la juyve est prans [enceinte], doyt VIII deniers. Trosseu de drap de lene, sy yl estt lié en cordes, doyt XII deniers; sy yl est lié en rortes, doyt VI deniers, et sy yl est en guilbe, soyt estimé quant chevaus le pourtriont, et chacun cheval doyt XII deniers. Drap persoy doyt I denier. Troceu de drap de linge, sy yl est lié en cordes, doyt VI deniers; et sy yl est lié en rortes [liens d'osier], chescune piesse doyt malle. Toute chousse qui est arrivée depuis le Ryvalet en Jus, doyt ladite coustume. Meule de faure pour esmoudre doyt III deniers. Tous marcans de Royan, quant yl vont à la pesche, et yl peschent rayes, sy yl n'ont dosene et yl vandent, devent une au senheur, et sy ne vandent ne devent ryen. Sy ha home à vantes, ho deux ho troys, et l'un vent, devent tous au senheur. Sy aucun vayseu vient de la mer et toche de perche ho d'aviron à terre, doyt la coutume comme s'yl vandet. Sy l'on pesche pibocres, si l'on pourte vandre, doyt ou senheur de la dosene deux, la cuysine faite des companhons. Mes jans de Royan ne devent ryen à mes sergens pour a journés mes homes. (1)-Muy de sel de Marennes ou muid ras de Brouage est divisé en 24 boisseaux ou 100 setiers et fait 1t. Un cent vaut 28 muids. Enfin le muid de Seudre ou de Liman fait 2t.(SEFCO-t.XI-1977-3 livr.-mme H.Moquay: "Marais salants de Saintonge et particulièrement de l'île d'oléron"-p.205-216) Quelqu'un a ajouté au tarif de la coutume ces trois textes: Pour les yeux. Prenés du beure bien desalé avec de l'eau doulce et mellés avec ledit beure pierre de calamine bien pulverisee, ruties preparate [rues, plantes médicinales préparées], couperouse [couperose] blanche mortifiee en eau rose et le tout incorporés en senble et mis en une boyte et le garder de poudre et de ordure. Et est tres profitable pour les yeulx. En apres est mis l'eau pour outer toute chaleur des yeulx. Prenes fenoil [fenouil], rue, celidoine [chélidoine],
320 verue, orsiese [orseille?], roses. Regés de chacunes une certeine porcion et les concasés en eng mortier et les mectés trempés en vin blanc ung jour naturel [sans doute du lever au coucher du soleil] puis feites distillés en la chapelle comme eau rouse [rose]. Pour le chancre du membre segret [secret]. Pour faire une eau a guerir le chancre du membre segret, prenés du sucre et du vert de gris et feites bouillir en du plus fort vin aigre que vous pourés trouvés et si l'estoit trop violent amortiselle [amortissez le] en de l'eau rouse edong [et donc] petit malue [tourment] seule pas forte medecine. Il i a partout remede fors que jo [joie]. (Enfin en latin).que les âmes de tous les fidèles défunts reposent éternellement en paix. Amen. ANNEXE n 6-LE GRAND ROUTIER, PILLOTAGE ET ENCRAGE DE MER par Pierre GARCIE dit FERRANDE-1684 LA COGNOISSANCE DES ASNES DE BORDEAUX & LES DANGERS D'ICEUX, LESQUELS COGNOISTRAS PAR LA SONDE TANT DE JOUR QUE DE NUICT. (pages 23,24) Si tu viens de la mer en fore des partis d'espaigne, ou d'ailleurs, & tu atterres le travers des Asnes de bordeaux, en l'oest d'eux. S'il est nuict ne t'approche point plus pres de dix huit brasses, ou seze a tout le plus pres : car tu en seras assez pres, & tu ne seras qu'à demy lieue du fregant, & faces ores beau temps, autant qu'il est possible du vent de mer. Et sache que tu trouveras en la sonde, sable menu comme reloge [horloge ou sablier] blanc et rouge, & semé parmy de noir, & pareillement menu comme l'autre. Si tu veux aller quérir le bout de l'asne, & entrer dedans, va tout amont que porte la tour de Cordanne en l'est suest de toy, ou a tout le plus pres en suest quart d'est. Et quant tu seras hors du bout des Asnes, tu ne trouveras de basse mer au dehors du bout des Asnes devers le syroest & près de luy que quatre brasses ou quatre & demye. Et puis quand seras aussi avant comme le bout des Asnes du banc, que l'on appelle l'asne, qui est sable & est bien trois lieues hors du certain : adont tu trouveras six ou sept brasses, & par le dedans de luy huit & neuf, & tousjours en croissant jusques à quatorze brasses. Et pour scavoir quand tu seras au bout de l'asne, & quand seras en bon chenal, il faut que tu apportes le gros puys [puits, montagnes ou dunes] de sable qui soit en la pointe de l'ance de bregerac [anse du Bréjat], de ceux devers le suest de la grosse pointe, & qu'il te demeure en l'est nordest de toy, & adonc tu seras au bout de l'asne devers la mer, & seras en droit & en bon chenal. Et alors va en l'est nordest seurement, car c'est la droite routte. Et quand approcheras de terre certaine, pren plus de nordest, & range l'asne pour te garder de la mauvaise, qui est un banc de sable, qui est soubme [submergé] & demeure à sec de basse mer, & te demeurera devers le su, & parce ne t'opproche pluspres d'elle de six brasses, s'il t'est possible. Sache quand tu seras le travers d'elle, & aussi en terre comme elle en ceste routte, tu auras la tour de Cordanne au suest un quart de su de toy, & tu seras en mer d'elle, & près d'elle : & aussi elle est le travers de sa grosse pointe, & syroest. Et quand tu auras la tour en suest de toy, tu seras transversaine la mauvaise : & scache qu'il y a en chenal a droit d'elle vingt & cinq ou vingt quatre entre elle & les Asnes. Si tu viens poser en l'ancre de bregerat [anse du Bréjat], pose à huict brasses de pleine mer tu auras abry des vents de noroest, de nort & nordest, et nort te viendra dessus la grose pointe de sable, & la mer espessira de deux brasses et demye, & si tu veux aller amont va en l'estsuest. Dubout de l'asne devers mer à Ryan [Royan, l'édition de 1632 écrit Rian] y a une veuë [ouverture ou passage], dont y a quatre lieues au puis du sable & trois à Rian. Ryan est le Premier Chasteau a rivière devers le nort & de Ryan à Canac y a une veuë. De Ryan à Meschers y a deux lieues. De meschers à Tallemond y a deux lieues. Tallemond [Talmont] est le second chasteau, & de Tallemond à Conac y a trois grans lieues. Sçache qu'en amont de l'ance de Bregerac [anse du Bréjat] y a un Banc qui va le long de terre, au dehors de la terre bien loin, & va jusqu'au pres de la prochaine pointe que verras en amont de toy, qu'on appelle Terrenegre. Sette demeurera devers terre. Si tu veux poser à Ryan qui est le premier chasteau pose en amont du chasteau, tant qu'on voye l'eglise parrochiale devers le suest du chasteau & pousse assez pres de terre, car il n'y court pas tant, & tu auras abry de noroest de nort, de nordest, & d'est. Si tu veux aller amont la riviere va l'est suest car la riviere gist noroest & suest jusqu'à blayes. Et si tu veux traverser & aller au Verdon querir l'abry, tu pourras traverser des le travers de Ryan à meschers deux lieues, meschers est la seconde pointe en amont de Ryan, & y court si fort de jusent que c'est merveilles. Et parce, garde-toy
321 si tu devales de jusent de te mettre en terre d'elle, si tu ne portes bon vent pour te lever car elle est profonde & roide, & bien dangereuse, plus que pointe de toute la rivière : & parce garde-toy d'elle et t'en tien hors, ou ne devalle point de Tallemond s'il n'y a bon vent & aussi sache que le travers d'icelle pointe de Meschers y a un danger qu'on appelle Les Margarites, & sont le travers d'elle en chenal bien hors. Et pour te garder d'elle & aller en bon chenal qui est au nort d'elle, mets l'eglise parochiale de Ryan qui est hors la ville, mets icelle Eglise parmy la pointe, qui est en aval de la pointe de Merchers, qui est a la première pointe en amont Ryan, & tu ne les craindras rien, & un petit a ouvert d'elles, tu seras au nort d'elles : & ne t'approche point plus pres d'elles de six brasses, si tu ne vois ton bon. Garde-toy bien de la pointe de Meschers, car le jusent porte sus elle merveilleusement. De Meschers à Tallemond y a deux lieues. Tallemond est un chasteau haut qui est sus la riviere. Si tu veux poser a Tallemond, & que tu ayes grand navirer pose aval du chasteau : car il y a plus d'eau qu'en amont car il y a douze brasses de basse mer, & en amont ne demeurera point plus de trois brasses de basse mer. De Tallemond a Conac trois grandes lieues. De Conac à Blaye une veuë. Et la plus grosse terre & la plus haute en amont de Tallemond, & aussi est elle prochaine en aval de Conac, c'est la terre de Mortaigne & est une pointe ronde. Tu trouveras tout le long de la riviere de Tallemond en amont, trois brasses de basse mer si tu es en chenal, & dès Tallemond en aval est asses profond. L'ENTREE ET LE CHENAL DE LA COUDRE (page 27). Saches que si tu veux passer & aller dehors par la Coudre [Coubre], qui est un chenal, lequel est en terre des Asnes de bordeaux rengeant terre. Et si tu veux passer par iceluy chenal, donne ryn à la pointe qui est devers terre, qui fait l'entrée devers le suest de la Coubre & d'iceluy chenal : car il y a une petite pointe de sable le travers de la pointe qui va à la mer, laquelle est soubme : mais nonobstant range icelle pointe à honneur de toy jusques a trois brasses, ou deux brasses trois quars, & incontinent tu l'auras passé & trouveras trois brasses, & quatre brasses : & va tout le long de terre à ton honneur, car il est bien seur & sonde souvent car tu trouveras cinq brasses & quatre brasses & demye, & quand tu seras le travers des gros puys qui sont au bout devers bas à lessye, tu trouveras sept & huit brasses, & la posent les navires pour attendre leur merée pour entrer & passer devers la coubre, & d'iceluy chenal ou de ces gros puis va au nordest, quart de nort, & tu iras querir la pointe d'oleron qu'on appelle Chardonnières, assez pres, & ainsi seras tu passé assez pres d'un banc qui est au dehors de Maumusson que l'on appelle Gaste-saux, pour aller sus le suest, quart de su, & sache que tu iras assez pres de l'un & de l'autre : mais la routte est bonne et juste noroest & suest, quart de nort & de su, pour aller querir l'entrée de la coubre de la pointe de Chardonnières. ANNEXE n 7-Commission du seigneur de Mons-BM. 37260 18 pièce Commission du Roy et de Monseigneur l'admiral au sieur de Monts, pour habitation és terres de Lacadie Canada, et autres endroits en la nouuelle France. Ensemble les defenses premieres et secondes à tous autres, de trafiquer auec les Sauuages desdites terres. Auec uerification en la Cour de Parlement à Paris. Henry par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre. A nostre cher & bien amé le sieur de Monts, Gentilhomme ordinaire de nostre châbre, Salut. Comme nostre plus grand soing & trauail soit & ait touiours esté, depuis nostre aduenement à ceste Couronne, de la maintenir & conseruer en son antienne dignité, grandeur & splendeur, d'estendre & amplifier autant que legitimement se peut faire, les bornes & limites d'icelle. Nous estans de long temps a informez de la situation & condition du pais & territoire de Lacadie, Meuz sur toutes choses d'un zele singulier & d'une deuote & ferme resolution que nous auons prinse, auec l'aide & assistance de Dieu, Autheur, distributeur & protecteur de tous Royaumes & estats, de faire conuertir, amener & instruire les peuples qui habitent en ceste contree, de present gens barbares, athees sans foy ne religion, au Christianisme, & en la creance & profession de nostre foy & religion: & les retirer de l'ignorance et infidelité où ils sont. Ayans aussi dés long temps recogneu sur le rapport des Capitaines de nauires, Pilotes, Marchands & autres qui de longuemain ont hanté, fréquenté & trafiqué auec ce qui se trouue de peuples ésdits lieux combien peut estre fructueuse, commode & utile à nous, à nos Estats & subiects, la demeure, possession & habitation d'iceux pour le grand & apparent proffit qui se retirera par la grande frequentation & habitude, que lon aura auec les peuples qui s'y trouuent, & le trafic & commerce qui se pourra par ce moyen seurement traiter & negotier. Nous pour ces causes à plain confians de uostre grande prudence, & en la cognoissance & expérience, que uous auez de la qualité, condition & situation dudit pays de Lacadie: pour les diuerses nauigations, uoyages & frequentations que uous auez faits en ces terres, & autres proches & circonuoisines. Nous asseurant que ceste nostre resolution & intention, vous estant commise, uous la sçaurez attentifement,
322 diligemment & non moins courageusement, & ualeureusement executer & conduire à la perfection que nous desirons. Vous auons expressement Cômis & estably, & par ces presentes signees de nostre main Vous commettons ordonnons, faisons constituons & establissons notre Lieutenant général, pour representer nostre Personne, au pais, territoire, costes & confins de Lacadie. A commencer dés le quarantiesme degré, iusques au quarantesixiesme. Et en icelle estendue, ou partie d'icelle, tant & si auant que faire se pourra, establir, estendre & faire cognoistre nostre nom, puissance & authorité. Et à icelle assubiettir, submettre & faire obeir tous les peuples de ladite terre, & les circonuoisins. Et par le moyen d'icelles & toutes autres uoyes licites, les appeller, faire instruire, prouoquer & esmouuoir à la cognoissance de Dieu, & à la lumiere de la foy & religion Chrestienne, là y establir & en l'exercice & profession d'icelle, Maintenir, garder & obseruer lesdits peuples, & tous autres habituez esdits lieux, & en paix, repos & tranquilité, y commander tant par mer que par terre. Ordonner, decider, & faire executer tout ce que uous iugerez se debuoir & pouuoir faire, pour maintenir garder & conseruer lesdits lieux soubz nostre puissance & authorité, par les formes uoyes & moyens prescripts par nos ordonnances. Et pour y auoir esgard auec uous, cômettre, establir & constituer tous officiers, tant és affaires de la guerre, que de iustice et pollice pour la premiere fois, & de là en auant nous les nommer & presenter: pour en estre par nous disposé & donner les lettres, tiltres & prouisions tels qu'ils seront necessaires. Et selon les occurances des affaires, uous mesmes auec l'aduis de gens prudens & capables, prescrire soubz nostre bon plaisir, des loix statuts & ordonnances autant qu'il se pourra, conformes aux nostres, notamment és choses & matieres ausquelles n'est pourueu par icelles, traicter & côtracter à mesme effect, Paix alliance & confederation, bonne amitié corespondance & communiquation auec lesdits peuples & leurs Princes, ou autres ayans pouuoir & commandement sur eux. Entretenir, garder & soigneusement obseruer, les traittez & alliances, dont uous côuiendrez auec eux: pourueu qu'ils y satisfacent de leur part. Et à ce défaut, leur faire guerre ouuerte, pour les contraindre & amener à telle raison que uous iugerez necessaire, pour l'honneur, obeissance & seruice de Dieu, & l'establissement manutention & conseruation de nostredite authorité parmy eux: du moins pour hanter & frequenter par uous, & tous nos subiets auec eux, en toute asseurance, liberté, frequentatiô & communiquatiô, y negotier & trafiquer amiablement & paisiblement. Leur donner & octroyer graces & priuileges, charges & honneurs. Lequel entier pouuoir susdit Voulons aussi & ordonnons; Que uous auez sur tous nosdits subiets & autres qui se transporteront & uoudront s'habituer, trafiquer negotier & resider esdits lieux, retenir prendre reseruer, & uous approprier ce que uoudrez & uerrez uous estre plus commode & propre à uostre charge qualité & usage desdites terres, en departir telles parts & portions, leur donner & attribuer tels tiltres honneurs, droits pouuoirs & facultez que uous uerrez besoing estre, selon les qualitez, conditions & merites des personnes du pais ou autres. Sur tout peupler cultiuer & faire habituer lesdites terres, le plus promptement soigneusement & d'extrement, que le temps les lieux & comoditez le pourrôt permettre: en faire ou faire faire à ceste fin la dècouuerture & recognoissance en l'estendue des costes maritimes & autres contrees de la terre ferme, que uous ordonnerez & prescrirez en l'espace susdite du quarantiesme degré iusques au quarantesixiesme, ou autrement tant & si auant qu'il se pourra le long desdites costes, & de la terre ferme. Faire soigneusement rechercher & recognoistre toutes sortes de mynes d'or & d'argent, cuiure & autres metaux & myneraux, les faire fouiller, tirer purger & affiner, pour estre conuertis en usage, disposer suiuant que nous auons prescript par les Edicts & reglemens que nous auons faits en ce Royaume, du proffit & emolument d'icelles, par uous ou ceux que uous aurez establis à cest effect, nous reseruant seulement le dixiesme denier de ce qui paruiendra de celles d'or, dargent & cuiure, uous affectans ce que nous pourrions prendre ausdits autres metaux & mineraux, pour uous ayder & soulager aux grandes despences que la charge susdite uous pourra apporter. Voulant cependant; que pour uostre seureté & commodité, & de tous ceux de nos subiects, qui s'en iront, habitueront & traficquerôt esdites terres: comme generallement de tous autres qui s'y accommoderont soubz nostre puissance & authorité, Vous puissiez faire bastir & construire vn ou plusieurs forts, places, villes & toutes autres maisons, demeures & habitations, ports, haures, retraittes & logemens que uous cognoistrez propres utiles & necessaires à l'execution de ladite entreprise. Establir garnisons & gens de guerre à la garde d'iceux. Vous ayder & preualloir aux effects susdits des uagabons personnes oiseuses & sans adueu, tant és uilles qu'aux champs: & des condamnez à banissemens perpetuels ou à trois ans au moins hors nostre Royaume, pourueu que ce soit par aduis & consentement & de l'authorité de nos officiers. Outre ce que dessus, & qui uous est d'ailleurs prescript, mandé & ordonné, par les commissions & pouuoirs, que uous a donnez nostre trescher cousin le sieur d'ampuille Admiral de France, pource qui concerne le fait & la charge de l'admirauté, en l'exploict, expedition & execution des choses susdites, faire generallement pour la conqueste peuplement, habitation & conseruation de ladite terre de Lacadie, & des costes territoires circonuoisines & de leur appartenances & dependances sous nostre nom & authorité, Ce que nous mesme ferions & faire pourrions si present en personne y estions. Iaçoit que le cas requist commandement plus special, que nous ne le uous prescriuons par cesdites presentes au contenu desquelles, Mandons, ordonnons & tresexpressement enioignons à tous nos Iusticiers, Officiers & subiets, de se conformer; Et à uous obeir & entendre en
323 toutes & chacunes les choses susdites, leurs circonstances & dependances. Vous donner aussi en l'execution d'icelles tout ayde & confort, main-forte & assistance dont uous aurez besoing, & seront par uous requis, le tout à peine de rebellion & desobeissance. Etafin que persone ne pretende cause d'ignorance de ceste nostre intention, & se vueille immiscer en tout ou partie, de la charge dignité & authorité que nous uous donnons par ces presentes: Nous auons de nos certaine science plaine puissance & authorité Royale, reuoqué, supprimé & déclaré nuls & de nul effect, cy apres & des à present, tous autres pouuoirs & Commissions, Lettres & expeditions donnez & deliurez à quelque personne que ce soit, pour descouurir, conquerir, peupler & habiter en l'estendue susdite desdites terres situees depuis ledit quarantiesme degré, iusques au quarante sixiesme quelles qu'elles soyent. Et outre ce mandons & ordonnons à tous nosdits Officiers de quelque qualité & condition qu'ils soyent, que ces presentes ou vidimus deuement collationné d'icelles par l'vn de nos amez & feaux Conseillers Notaires & Secretaires, ou autre Notaire Royal, ils facent à uostre Requeste poursuite & diligence, ou de nos Procureurs, lire, publier & registrer és registres de leurs iuridictions, pouuoirs & destroits cessant en tant qu'à eux appartiendra, tous troubles & empeschemens à ce contraire. Car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau le huictiesme iour de Nouembre, l'an de grace mil six cens trois: Et de nostre regne le quinziesme. Signé, HENRY, Et plus bas, Par le Roy, Potier, Et scellé simple queue de cire iaulne. Commission de Monseigneur l'admiral, Charles de Montmorancy seigneur de Dâpuille & de Meru, Comte d'escondigny, Vicomte de Meleun, Baron de Chasteauneuf, Gônord, Mesles & Savoisi, Cheualier des ordres du Roy, Conseiller ès Conseil d'estat & priué de sa Maiesté, Capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances, Admiral de France & de Bretagne: A tous ceux qui ces presentes lettres verront, Salut. Le sieur de Monts nous a fait entendre; Que poulsé du singulier desir & deuotion qu'il a tousiours eue au seruice du Roy, & recherchant toutes occasions de pouuoir de nouueau rendre quelque fidelle preuue à sa Maiesté: Il auoit iugé ne luy en pouuoir donner un plus certain tesmoignage à present qu'il a pleu à Dieu, pouruoir son Royaume d'vne bonne & heureuse Paix, que de s'appliquer à la nauigation comme il a desia fait cy deuant, a descouurir quelques costes & terres loingtaines despourueues de peuples, ou habitees par gens encor Sauuages, Barbares, & desnuez de toute religion, loix & ciuilite, pour s'y loger & fortifier & tascher d'en amener les natiôs à quelque profession de la Foy Chrestienne, ciuilisation de leurs moeurs, reglement de leur uie, pratique & intelligence auec les François pour l'vsage de leur commerce: Et en fin à leur recognoissance & submission à l'authorité & domination de ceste Couronne de France; Et specialement pour la descouuerture & habitation des costes & côtrees de Lacadie, tant pour la temperature des lieux, bonté des terres, commodité de la situation de ladite prouince, communication & amitié ia encommencee auec aulcuns des peuples qui se trouuent en icelle. Que sur l'aduis & rapport nagueres fait par les Capitaines qui en sont derniers retournez de nôbre & quâtité de bônes mynes qui y sôt lesquelles estant ouuertes pourront apporter beaucoup de proffit & commodité. Surquoy considerant combien ce vertueux & louable desseing dudit sieur de Monts est digne & recommandable, & combien l'heureuse issue qui en peult proceder soubs la conduite d'vn personnage de telle ualeur & merite & poulsé d'vne si bonne affection pourra vng iour estre commode & vtile au bien du seruice de sa Maiesté, profit de ses subiets, & honneur de la France. Et outre ce ayant receu diuers aduis; Que aucuns estrâgers designent d'aller dresser des peuplemens & demeures uers lesdites contrees de Lacadie, si comme elles ont esté iusques icy, elles restent encore quelque temps desertes & abandônees. Pour ces causes & estant bien & deuement informez du uouloir & intention de sa Maieté, qui sur la remonstrance par nous à elle de ce faicte, a dôné vng tres prompt & fauorable consentement à l'effect de ceste entreprise: & concedé audit sieur de Monts, la descouuerte & peuplement de toutes lesdites costes & contrees maritimes de Lacadie, depuis le quarâtiesme degré, iusques au quarâtesixiesme, & de tout ce qu'il pourra auant dans les terres; & ce comme nostre Vis-Admiral & Lieutenant general tant en mer qu'en terre en tous lesdits pays. Nous en uertu de nostre pouuoir & authorité d'admiral, & tant suiuans les Edicts antiens & modernes de la marine, Et sur le reglement ce iourd'huy surce pris au Conseil d'estat de sadite Maiesté. Auons cômis, ordonné & deputé, cômettons, ordonnons & deputons par ces presentes iceluy sieur de Monts, pour nostre Vis-Admiral & Lieutenant general en toutes les Mers, Costes, Isles, Raddes & contrees maritimes qui se trouueront uers ladite prouince & region de Lacadie, depuis les quarantiesmes degrez, iusques au quarantesixiesme, & si auant dans les terres qu'il pourra descouurir & habiter: Auec pouuoir d'assembler par luy, tant ceste premiere année que les suiuantes, tels Capitaines & Pilotes, Mariniers & Artisans, & tel nombre de uaisseaux pourueuz, & telle quantité d'armes, agrets, viures & munitions quil iugera necessaire, pour les mener & conduire par toutes lesdites Costes, Mers, Isles, Raddes, & contrees, ainsi qu'il trouuera estre plus expedient, pour l'accomplissement de ladite entreprise. Et selon les occasions, distribuer, departir ou laisser les uaisseaux és endroits que besoin pourra requerir. Soit par la recognoissance des lieux découuerte des mynes, garde des places & aduenues, ou pour la traite auec les Sauuages, uers la baye sainct
324 Cler riuiere de Canada ou autres pays. Construire des forts & forteresses, ainsi & en tels endroits qu'il uerra estre plus commode. Comme aussi dresser des ports, haures & autres choses necessaires pour la seure retraitte des uaisseaux François contre tous desseings d'ennemis & incursion, de Pirates. Establir és places susdites tels Capitaines & Lieutenans que besoin sera: Ensemble des Capitaines & gardes des Costes Isles, Haures & aduenues: & pareillement commettre des officiers pour la distribution de la iustice & entretien de la Police, reiglemens & ordonnances. Et en somme gerer & negotier, & se comporter par iceluy sieur de Monts en la function de ladite charge de nostre Vis-Admiral & Lieutenant general, pour tout ce qu'il iugera estre de l'aduancement desdites reueues conquestes & peuplement: & pour le bien du seruice de sa Maiesté & establissement de son authorité uers lesdites Mers, Prouinces & regions: Auec mesme pouuoir puissance & authorité que nous serions si nous estions en personne, & comme si le tout estoit icy & par exprez & plus particulierement specifié & declaré. De ce faire luy auons donné & donnons par ces presentes toute charge, pouuoir, commission & mandement special. Et pource l'auons substitué et subrogé en nostre lieu & place, à la charge de faire aussi soigneusement obseruer par ceux qui seront soubs la charge & authorité de toute l'execution de ceste entreprise, les Edicts & ordonnances de la Marine. Et faire prendre nos congez particuliers par tous les capitaines de uaisseaux qu'il uoudra mener auec luy tant au dessein de la descouuerte de ladite coste & contrees de Lacadie, que de ceux qu'il voudra enuoyer pour la traite de la Pelleterye à luy permise par sa Maiesté pour dix ans uers la Baye de sainct Cler & riuiere de Canada. Et nous faire bon & fidelle rapport à toutes occasions, de tout ce qui aura esté fait & exploité au susdit dessein; pour en rendre par nous prompte raison à sadite Maiesté. Et y apporter par nous ce qui pourra estre requis ou d'ordre ou de remede. Si prions & requerons tous Princes & Potentats & seigneurs estrangers, leurs Lieutenans generaulx, Admiraulx, Gouuerneurs de leurs prouinces, chefs & conducteurs de leurs gens de guerre tant par mer que par terre, Capitaines de leurs uilles & forts maritimes, ports, costes, haures & destroits. Mandons & ordonnons à nos autres Vis-Admiraulx, Lieutenans generaulx & particuliers & autres officiers de nostre Admiraulté, Capitaines des costes & de la marine & autres estans sous nostre pouuoir & authorité chacun endroit soy, & si comme a luy appartiendra: donner audit sieur de Monts pour le plain & entier effect execution & accomplissement de ces presentes, tout support, secours assistance, retraite main-forte, faueur & ayde si besoin en a. Et en ce qu'ils en pourront par luy estre requis. En tesmoin de ce, Nous auons a cesdites presentes, signees de nostre main fait mettre le seel a nos armes. A Fontainebleau le dernier iour d'octobre, l'an de grace mil six cens trois, signé Charles de MONTMORANCY. Et sur ce reply. Par Monseigneur l'admiral, signé, Degennes Et scellé du seel des armes dudit Seigneur. Philippe Patisson,Paris,1605 ANNEXE n 8-Lettre de Candelay de 1610 dans P. Marchegay-Documents originaux-1877. A Monsieur Monsieur de Villernou, député général des Eglises de France vers Sa Majesté à Paris. Monsieur, entre les places dont vous avez le soing, il y en a fort peu ou point qui ayent tant de besoing d'estre adsistées que cellecy, soyt pour les réparations, à cause des ruynes que la mer y fait toutz les yvers, soyt pour la garde extraordinaire, car il n'y a pas ung habitant en la ville, (pour ce quy est, il n'en fault point dormir plus à seuretté, et le jour il n'y en a du tout point) et le nombre de soldatz que je y puys entretenyr, au peu de moyen qu'on me donne, est sy petit qu'il fault tousjours estre plus de la moytié en garde, d'autant que nous sommes en ung lieu fort fréquenté, dangereux et extrémement envyé. Il y a longtemps que je crye, mays personne ne donne secours: on ne m'a pas seullement daigné fere responce à mes lettres, sur ces deux points là, ains seullement sur celluy du payement de l'année 98, qui m'a esté du tout desnié. Ce porteur vous fera plus particulièrement entendre, Monsieur, le danger que nous prévoyons, s'yl n'y est remédié. Je vous supplye très humblement et au nom de Dieu, Monsieur, y apporter tout ce quy sera de vostre pouvoyr, et je vous en demeuray, oultre tout le général de ceste province, en mon particullier estroittement obligé à vivre et mourir, Monsieur, vostre très humble et très fidelle serviteur. CANDELEY A Royan, ce 21 avril 1610.
325 ANNEXE n 9-Jean Valdor-Les triomphes de Louis le Juste-1649-(BM.5952)-p.23,24-Vie triomphante par René Bary-p.23 -Poèmes de Pierre de Corneille A-Entrée dans les villes rebelles de Guyenne. Ce bruit inopiné porte l'effroy par tout, La GUYENNE l'entend de l'un à l'autre bout; Et bien que ce Grand Roy facilement pardonne, On voit frémir d'horreur, Lod, Gironde, & Garonne; Il fait d'autant de Chefs, autant de Conquerans, Il monte des Rochers & passe des Torrens. Comme dans les Vaisseaux poussez par la Tempeste, Où la mort en tous lieux à tous momens est preste, On voit diversement agir les Matelots; L'un s'efforce à combattre & les Vents & les Flots; L'autre en tremblant, du Ciel la faveur sollicite, Et de peur de perir, l'autre se precipite. De mesme en tant de Forts par sa Foudre estonnez, On voit diversement agir les Mutinez; L'un l'adore Vainqueur, l'autre l'ayme propice, L'un court à sa Bonté, l'autre suit sa Justice D'autres cherchent le Port sur le haut d'un Rocher; Mais de plus haut encor, le voyant approcher, A sa Valeur extrême ils cedent la Victoire; Et dans l'estonnement, les Mutins semblent croire Que l'on a fait monter avec l'art des Demons, Le Metal foudroyant sur la cime des Monts. Il ne demande point de funestes Victimes, Dans le debris des Murs, il fait marquer leurs crimes, Imitant par les faits qui le font adorer, La flamme qui noircit au lieu de devorer. *** B-La punition des rebelles. Enfin par sa douceur si long-temps exercée, Voyant de son Estat l'authorité blessée; Et que les foibles mains qu'ils joignoient aujourd'huy, Reprennent laschement les armes contre luy; Que l'on a rallumé leur funeste courage, Qu'ils ont seché leurs pleurs par le feu et la rage Qu'ils ont dans le sommeil nos Soldats massacrez, Et rebasty leurs Murs de nos débris sacrez; A la punition son humeur est contrainte. Mais pour leur imprimer le respect & la crainte, Qui sont les forts appuys des Estats esbranlez, Il vange en soupirant tant de droits violez; En lançant les Esclairs, ils retient les Tempestes Et fait perir un Chef pour sauver milles testes. Le Ciel considerant, que ces punitions Ne sont pas des tourments, mais des instructions, Que pour ces Criminels il a trop d'indulgence, Avec l'onde & la flamme il en prend la vangeance;
326 Sous la voûte d'un Temple on les voit escrasez, Brûlants pres des Autels qu'ils avoient embrazez. Tels qu'on laisse eschapper aux rigueurs Politiques, Surpris en un moment par des frayeurs Paniques, Croyants qu'avec le fer on les vient attaquer, Se jettent dans un fleuve au lieu de s'embarquer, Caumont, Clayrac, Tonnenx, Privas, Negrepelisse, Ressentent ces traits vifs de la haute Justice, Et peuvent reconnoistre apres un long effroy, Par le courroux du Ciel, la Justice du Roy. 1631 ANNEXE n 10-Rasement de la ville fortifiée de Royan-Archives Nationales 01.3.294 sans date vers juillet Louis A nostre aimé et féal conseiller en nostre Conseil d'etat et premier président en nostre cour des Aydes d'agen, le sieur de Laubardemont Salut. Nous avions avec un grand soin depuis quelques années mesme durant les mouvemens qui ont encouru en ce royaume de ce qui pourroit couvrir la sûreté et conservation de la ville et château de Royan sous notre obeissance pour empecher que nos sujets qui nous estoient lors rebelles ne se prevallussent de cette place ainsy qu'ils avoient faict autrefois pû troubler le repos public. Mais après que nous avons rétably touttes choses en bon estat quelles doivent estre pour le bien de notre service de sorte que nous n'aurons pas occasion de craindre de voir renaître les mouvements. Nous avons résolû pour bonnes consideration de faire raser et démolir entièrement touttes les fortifications tours et murailles qui sont et ont esté faictes en cette place ensemble le château et les maisons dans l'enceinte de ladite ville laissant et réservant seulement les fauxbourgs qui sont en bas. De faire retirer et licencier en ce faisant la garnison qui y est établie affin de nous soulager de la dépense que nous sommes obligés de faire pour l'entretainement de ladite garnison. Il estoit necessaire de commettre le soin de ladite demolition a quelque personne dont la fidelité et affection nous soit connüe. Nous avons estimé ne pouvoir faire meilleur ny plus digne choix que de vous. A cette cause nous vous avons commis et ordonné, commettons et ordonnons par ces présentes signées et pour vaquer au razement et demolition entiere des fortifications, tours et murailles château et maisons qui sont dans l'enceinte de la ville de Royan, comblement de fossés d'icelle a la reserve des fauxbourgs seulement permettant aux propriétaires des maisons qui auront esté démôlies de prendre leurs démolitions et materiaux et de se rebastir ailleurs ou en disposer ainsy que bon leur semblera. Voulons que vous faciez publier lesdites démolitions au rabais par le moyen qu'il soit accoustumé et les donniez a prix fait que moins disant et passer contrat a ceux qui feront la condition meilleure lesquels s'obligeront de rendre les ouvrages deument faits et parfaits dans le plus bref temps et la plus grande diligence que faire se pourra lequel contrat nous feront valider pour estre la somme a laquelle vous aurez convenu pour la demolition et lancer tant sur nos sujets contribuables de nostre pais d'aulnis que sur les lieux circonvoisins de ce faire vous donnons pouvoir commandement et mandation special par ces presentes Mandons a tous nos officiers qu'a vous ce faisant soit ôbey. ANNEXE n 11-Aveu et dénombrement rendus au roi par Louis de La Tremoille le 4 juillet 1673. (Archives de la Gironde Série C n 2245, publié dans les Archives historiques de Saintonge Tome XI, 1883, pages 146 à 148) C'est l'aveu et dénombrement que moy Louis de La Tremouille, seigneur marquis de Royan, come d'olonne, baron d'apremont, grand sénéchal de Poitou, mets et baille dudit marquisat de Royan, assis au duché de Guienne, dans l'enclave de la grande prévosté d'entre les deux mers, mouvant en plein fief, foy et hommage lige et franc gariment, tant pour moy que pour mes hommes, de sa majeté, mon soverain seigneur, à cause de sondit duché de Guienne et chastel de Saintes, lequel m'est escheu par la succession de feu Philippes de La Tremoille, seigneur marquis dudit Royan, mon père, et m'appartient entièrement sans que nul autre y ait aucune part ny portion, consistant en haute justice, moyenne et basse, maire, mixte et impère, place de ville et chasteau, enclos de plusieurs terres nobles, censives, agrières, dixmes, droits de chasse, de garennes, ressorts, deffenses, chemins, forests, palus, pescheries, rivières, rivages, coustumes, tailles, poullailles, biens, détroits, fours, moulins, flux et reflux, loires, machiz, péages, hommages, costes de mer, naufrages et tous autres droits, lesquels moy et plusieurs de mes prédécesseurs seigneurs dudit Royan avons jouy; l'estendue duquel marquisat commance et joint, premièrement du
327 costé du midy à la terre de Didonne, un ruisseau ou riveau entre deux enclavant la garenne dudit Royan, depuis la mer comme aussy enclavant le marais et palus qui est entre Boube et Bellemont, jusqu'à une borne auprès de Boube, rendant au village de Pommes-Aigres, et tout au travers des terres jusques à La Poussutte, en allant par la combe de Pommes-Aigres jusques à la borne de l'anglade, et de ladite Anglade s'en va le long de la rivière au grand pré de Poussaud, jusques au chemin qui conduit à Medis, la maison et village de Poussaud compris; et dudict Poussaud s'en va droit aux Trois-Pierres, costoyant la paroisse de Medis jusques aux planches de Laubat, et desdites planches s'en retournant le long du chemin de Papot jusques à l'hospital du Pas-du-Breuil, et s'en retournant du dit hospital au Pontillé, le long du canal de Riberoul jusques au Seudre, et s'en va par le milieu audit Seudre jusques au moulin de La Flotte, et de là s'en va au pérat de la Petite Aiguille et dudit pérat au travers des marais jusques au carrefour de Moux, et dudit carrefour s'en va au caillaud de Claime le Baut, et dudit caillaud s'en va au chemin de dessous La Lande qui conduit de Saint-Sulpice au Montil et à Saint-Vivien de Breuillet au pied de l'église, et de ladite esglize au carrefour du Rat, et dudit carrefour va tout droit le chemin qui va de La Lousine à Larnaude, et d'illec va au carrefour de Clides, et d'illec s'en va à la fon de Lechassier, et de ladite fon tout du long du prieur de Mornac jusques à la course de Bresc, et de ladite course au travers du pallus du marais à présent déchessé, suivant le canal qui fait séparation du marais de Royan d'avec celuy d'arverd, iceluy canal inclus jusques au riveau qui sépare les deux forests de Royan et d'arverd, et suivant icelluy riveau jusques au brejat, et dudit Brejat jusques à la mer, et en retournant en haut tout du lon de la mer jusques au susdit premier rouisseau ou riveau qui sépare Royan de Didone. Item, la grande coutume de touttes les choses qui passent par le couturneau de Royan qui doibvent payer coutume. Item, advoüe tenir du roy nostre sire toute l'isle de Cordan, avec tout naufrage et autres droits et debvoirs quelconques, venans et périssans en ladite isle, laquelle isle de Cordan est des appartenances d'ancienneté de mondit marquisat de Royan; dans lesquelles susdites confrontations sont plusieurs fiefs et maisons nobles appartenans à mes vassaux qui m'en font foy et hommage, comme Bellemont, Monts, Poussaud, Lalande, Taupignac, Le Breuil-Dupas, Chauzat, Breuillet, Chassaigne, Mailefray, Chastenay, Courlay, Le Vignaud, La Monge et autres fiefs qui sont dans les parroisses de mondit marquisat, comme dans Sainct-Pierre de Royan, dans la parroisse de Sainct-Sulpice, Sainct-Augustin, Sainct-Palais et vaux, dans l'estendue desquelles et dessusdites confrontations nul n'a la haute justice que moy. Lequel mien adveu et dénombrement je certifie véritable sans le plus ou le moins, promettant, s'il vient quelque autre chose à ma connaissance, d'en faire la déclaration au roy ou à ses officiers, protestant que les obmissions, si aucunes ont esté faites par mégarde ou par obly au présent dénombrement, ne pouvent me nuire ny préjudicier. En foy de quoy j'ay signé ledit présent adveu et desnombrement de mon sein ordinaire, et icelluy scellé seel de mes armes. Ce quatriesme jour de juillet mil six cent soixante-treize. Louis de La Tremoille ANNEXE n 12-Duhamel du Monceau-Traité général des pesches et histoire des poissons qu'elles fournissent-1772-tome I, 2 section, chapitre II,p.35. On fait au petit port de Saint-Palais qui est dans l'amirauté de Marennes un établissement singulier et qui mérite d'être décrit pour la pêche des Salicots ou Chevrettes. A portée de ce Port, il y a beaucoup de rochers qui ne découvrent pas assez de basse mer pour y faire la pêche des Chevrettes à pied, telle que nous l'avons décrite plus haut. Cependant il se retire beaucoup de belles Chevrettes entre ces roches. Pour les prendre, les Pêcheurs de ce petit lieu ont imaginé de faire un Echafaudage sur ces rochers (Fig.13 Pl.IX) d'où ils peuvent mettre à la mer des chaudrettes dans lesquelles ils prennent beaucoup de chevrettes. Pour faire cet échafaud, ils plantent sur les rochers quatre petits sapins qui ont seulement vingt-deux à vingt-quatre pieds de hauteur. Ces sapins piqués dans le fond d'environ deux pieds forment un quarré. Ils les rapprochent les uns des autres et les inclinent, afin que l'échafaudage ayant plus de pied, il en soit plus solide. Environ à cinq pieds du haut des perches, un peu au-dessus de l'eau, ils attachent des traverses qui communiquent d'un montant à un autre, pour former une espèce de plancher, qu'on couvre de clayonnages. Deux pieds et demi ou trois pieds au-dessus de ce plancher ils mettent encore des traverses qui s'étendent d'une perche à l'autre pour former comme un garde-fou ou un parapet qui empêche qu'on ne tombe à la mer. On établit de file, quatre, cinq ou six de ces cages: et comme elles sont éloignées de la côte d'environ dix brasses à la pleine mer; les Pêcheurs forment pour y arriver une espèce de pont, ou comme ils disent une galerie, qui est d'une construction bien simple: ils plantent depuis le rivage jusqu'à une des cages une file de sapins ou des perches qu'ils enfoncent le mieux qu'ils peuvent dans ce fond; ils y attachent deux rangs de traverses qui répondent du rivage jusqu'à une des cages, la file la plus basse leur sert de marche-pied; ils se tiennent avec les mains à celle
328 qui est plus élevée et ils parviennent ainsi de la côte aux cages. Pour éviter les frais, ils ne font qu'une communication; mais ils en pratiquent de moindres entre les cages et ils communiquent ainsi les unes aux autres. Ils descendent du haut de ces cages avec des cordes assez menues jusqu'au fond de la mer des espèces de caudrettes qu'ils nomment trouillottes, dont le filet a des mailles de quatre lignes en quarré. Communement ces trouillottes sont faites d'une croix de bois qui soutient le filet et qu'on charge de quelques pierres pour la faire caller. On met dans le filet des crabes déchirés par morceaux pour servir d'apât. Cette pêche ne se fait que de haute mer et seulement depuis le mois de Mars et d'avril jusqu'à la fin de Juillet. Il n'y a guere que les femmes et les filles qui s'en occupent. Chacune calle 4 ou 5 trouillottes et elles les relévent de temps en temps pour prendre les chevrettes qui ont été attirées par l'apât. Il faut du beau temps et du calme pour faire cette pêche avec succès. L'échafaudage étant fait assez à la légére, il est sujet à être endommagé ou détruit par les ouragans; et quoique les Pêcheuses ne se servent point de bateaux, elles sont quelquefois exposées à des accidents lorsqu'elles vont relever leurs trouillottes, soit qu'un coup de vent renverse la cage où elle sont, soit que les perches qui leur servent de marche-pied viennent à rompre et c'est beaucoup si cet établissement dure toute une saison sans avoir besoin de réparations considérables". ANNEXE n 13-Archives départementales de la Charente-Maritime C.260bis,pièce 36 Cayer des doleances de St Augustin sur mer (adopté comme cahier du district de Royan pour Royan, St Sulpioce et Communauté du Breuil du Pas, Vaux, St Palais, St Augustin sur mer) Nous habitants de la paroisse de sainct augustin sur mer assemblés en la maison au lieu accoutumé et pardevant Monsieur pierre guimberteau portulant au marquisat de Royan pour obeir aux ordres de Sa Majesté portés par ses lettres donnees a Versailles le 24 janvier 1789 pour la convocation et tenue des etats generaux du Royaume et satisfaire aux dispositions du Reglement y annexé aussi que lordonnancede Monsieur le lieutenant general de la senechaussee de Saintonge dont lecture vient de nous être faite, avons procédé a la redaction du cayer de nos doleances plaintes et remontrances de la maniere qui suit. 1 Nous avons a nous plaindre du peu de soins que mettent les elus pour regler justement la repartition de la taille sur la quelle nous navons jamais eprouvé aucun soulagement, quelques inconvenients qui soient arrivés aux fonds et aux productions de notre paroisse et cela par l'innexactitude quils mettent a en prendre connaissance ne sy transportant jamais, se contentant de mander quelques fois les collecteurs et le syndic a deux et trois lieues de leur demeure dans les paroisses étrangeres et de les appeler meme a saintes a sept lieues et a grands frais et quelque fois innutilement étant arrivé que le mandant ne sy trouvait pas ny aucun autre pour lui, dou resultent des inconvenients multipliés a la charge de la paroisse qui narriveraient jamais dans une administration provinciale ou tous les lieux concoureraient et apres laquelle ils soupirent. 2 Sur l'impartition du dixieme et des vingtiemes qui depuis leur etablissement se soutiennent au moins dans le meme etat des declarations quoique la paroisse ait souffert des pertes considerables dans ses proprietés depuis cette epoque par la mobilité et le cours des sables que jette la mer qui en ont couvert une etendue immense sur la longueur de pres de deux lieuës. On a bien vu sur les lieux des verifficateurs qui comme ailleurs ont cherché a prendre des connaissances sur les fonds et leurs changements de mains et qui en portaient la contribution non pas sur leur production apparente relativement a leur qualité, ou effective daprés la declaration sincere des proprietaires, mais sur le prix porté par les actes quils se faisaient rapporter et quils avaient eux meme pris la precaution dextraire des registres du controlle contre lequité recommendee par les loix et strictement observee partous les tribunaux, qui ne prennent jamais en consideration le prix dune vente ou dun achat, la premiere souvent faite dans le besoin beaucoup au dessous de la juste valeur, et lautre fondé sur la commodité et convenance où les sacrifices ne coutent rien, ce netait quan dernier cas quils statuaient sur le prix delacte, mais au premier loin de le suivre il se fixaient sur une evaluation arbitraire. Neanmoins setant appercus dapres toutes les nouvelles deliberations, et setre... eux memes des pertes visibles occasionnees par les sables que la masse de cette subvention ne pouvait plus etre que beaucoup au dessous de son etablissement, les choses sont restées dans leur premier etat et nous navons rien vu du resultat de leur visite, cest ainsi quune pareille administration ne tend qua vexer les contribuables et jamais a les soulager, et nous pouvons ajouter pour observation que la multitude de ces agens de la finance grassement salariés nest quun accroissement a nos charges, et que leur revocation par une administration differente se tournerait a lavantage de letat.
329 3 Notre paroisse souffre considerablement des droits qui se perçoivent sur les vins; ils en eloignent le commerce ils nuisent a l'agriculture et gênent notre liberté sur la manutention de cette denree. Le propriètaire qui ne vend sa récolte annees communes que de 20 à 30" le tonneau ne peut pas en payer au dessus de quarente quon exige pour le transport sur tous les ports de mer voisins, il faut necessairement que ce soit a la charge du marchand qui de son coté est oblige de le faire supporter a son commetant independemment des autres droits, ce qui degoute au point quon ne vient jamais la rechercher, sur tout dans le voisinage dun pays abonné ou le commercant outre quil y tourne a son profit cette surcharge, nest jamais dans le cas detre labonné par les satellites de cette administration avec qui il ne faut jamais faire un pa inconsidéré ny en avant ny en arriere, en vain se conduit on avec toute la bonne foi possible aton fait sa declaration? si lon roule(,) avant le tribut complétement payé on devient leur proie et lon ne peut se tirer de leur mains qua force dargent. Le commerce et lagriculture se tiennent par la main, desquelun se retire lautre tombe, ne trouvant plus de debouché pour nos vins nous ne pouvons plus sacriffier de gros frais pour nous en procurer au dela de notre consommation, et nos terrains la plupart sablonneux de qui on ne peut tirer aucune recolte, non seulement nous tombent en pure perte par linculture forcee, mais encore a charge par les vingtiémes quils ne supportent pas moins. Ces droits enfin genent notre liberté sur la manutention de cette denrée, si nous voulons la sortir dun chaix separé de notre maison pour nous la raprocher dans un autre qui y est annexé il faut en demender permission et payer ou nous devenons victimes de la ferme; si nous voulons la convertir en eau de vie il faut quil en coute gros et nous etablissons chez nous une patrouille de commis pour veiller si nous somes sinceres dans notre declaration, et si nous ne joignons point le vin dautrui au notre; voulons nous vendre au debit ce que nous avons recueuilli de plus que nous ne pouvons consommer, non seulement il faut payer encore et tenir notre porte ouverte aux commis, mais il faut sassujettir a boire du vin du debit ou si nous en buvons dautre payer pour celui là comme pour le premier parce que nous devenons suspecs davoir deux bariques ancours sous le pretexte injurieux que la consommation de lune repare le detail de lautre au prejudice de la ferme. de pareilles entraves ne smblent point faites pour etre mises en usge dans le royaume des francs, et en effet nos souverains nont jmais enviage ces droits que comme une aide un secours de leurs sujets; les fermiers seuls et leurs agents les traites en contrainte les plus dures et les plus analogues a la servitude. 4 La gabelle nest pas moins penicieuse a nos libertés et a nos droits quoique tous près des marais salans, il ne nous est pas permis de pouvoir profiter de la bienfaisance et de la generosit de nos amis ou de nos parents, dy aller chercher ou de nous en procurer du sil pour nos besoins a prix dargent meme, sans etre, faute de declaration et de tribut, envisagés et poursuivis comme faux saunier, il faut absolument le tirer des greniers qui le debitent dont les plus près sont a trois lieuës de nous; sommes nous nous memes proprietaires, nous ne pouvons personnellement jouir de nos recoltes, une personne de lassemblee ayant eu besoin de faire des salaisons pour la consommation de sa maison manda ses sauniers pour lui apporter deux sacs de sel, et ceux cy nayant oze sy exposer, elle eut recours a un agent des fermes de la premiere clsse, le saunier fut alors autorisé a repondre a la demende de son maitre, mais jusqua la concurrence du poids de vingt cinq livres seulement, on exige que tout soit vendu, la moindre exportation ulterieure faisant breche aux pretentions de la ferme nous navons donc dans la jouissance de nos marais quune faculté precaire au lieu du droit pur et libre de la propriété. Maisd ce nest pas le seul et le plus grand prejudice porté a cette production, ce sont les impots immenses jettés sur on exportation dans letranger, qui le dégoutant de venir la chercher et le faisant recourir a lindustrie et a dautres ressources pour sen procurer, nous laissent a la merci de la ferme qui fixant arbitrairement chaque annee le prix quelle en veut donner force nos besoins dans la privation de tout commerce parceque les nationaux meme nont pas toujours la faculté de venir chercher nos sels quoique les meilleurs pour la pêche du poisson. 5 L'impot sur le tabac devient pour nous voisins des ports de mer et la plupart mariniers de la plus grande gêne et de la charge la plus revoltante, on nous le fait achetter quatre francs la livre tandis quil serait facile de nous le procurer a vingt sols, on nous force de le prendre en poudre dans les bureaux de distribution sans en jamais trouver en feuilles pour le préparer nous memes avec plus de propreté et moins dinconvenients, si dans nos navigations nous ne prenons pour nos besoins dans les colonies nous ne pouvons pas nous en conserver le residu arrives a notre destination, il faut ou le livrer a la ferme ou nous exposer a ses rigueurs comme fraudeurs et contrebandiers. Se fait il sur notre côte quelque naufrage de navire chargé de cette production la ferme se l'approprie de suite ne lui fut il pas destiné, ses commis y veillent avec la plus exacte surveillance et en ramassent avec le plus grand soin les feuilles eparces qui quoique gatées par la mer nen sont pas moins livrées a lart des manufactures pour nous etre distribuées apres leur preparation. Sils suspectent que quelque parties ont été interceptées, ils font partout des recherches et nous nous sommes vus obligés douvrir nos maisons a une legion de ces satellites sans pouvoir les
330 visiter nous memes. est ce etre libre? peut on etre en sureté exposés aux perquisitions de gens que le besoin talonne et éguillonnés par le desir de selever a la faveur dun coup declat. 6 Les corvées nous vexaient a plus dun egard nous allions a trois ou quatre lieuës non pas pour y employer annuellement certain nombre fixe de journees comme autrefoi, mais pour y remplir une tache arbitraire qui avec toute lexactitude et toutes les precautions netait jamais acceptée mais toujours assujettie a une adjudication ajoutée aux charges de la paroisse et souvent sans rien ajouter a son operation. Ces peines et ces vacations nexistent plus en nature, elles ont changé dans une contribution pecuniaire mais plus inutilement encore puisque nous avons anous plaindre que depuis quon commence a la payer il nest rien fait pour notre paroisse ny rien augmenté sur les chemins royaux. 7 Enfin de toutes nos plaintes la plus digne dattention et qui nous interesse et nous affecte le plus cest celle qui porte sur les abus qui se commettent journellement au préjudice de notre tranquillité et de nos facultés dans les perceptions qui se font dans les bureaux du controlle, dabord par l'édit de creation nous ny voions quun etablissement avantageux une sage precaution pour obvier aux altérations des actes, mais aujourd'hui ce nest plus quune bursalité susceptible letude la plus constante et de la science la plus rafinée avons nous consenti quelque acte public nous ne pouvons jamais nous assurer avoir payé tous les droits qui en pouvaient resulter, quelque bonne volonté que nous ayons manifesté au bureau pour cela, en vain le buraliste meme sest il borné dans sa perceptiona ce que nous lui avons compté comme tout ce quil a cru dû, un ambulant passe qui en epilogeant les mots et les expressions de lacte, nous fait assigner pour payer un nouveau droit par doublement, le payons nous, un inspecteur le suit qui dans un plus serieux examen en decouvre un autre et exerce contre nous les memes rigueurs, nous pourvoyons nous et nous trouve ton fondé dans la relaxance et dans la restitution on nous berne dune apparence de justice, mais on ne prononce jamais, et nous en connaissons dans ce cas qui depuis quinze ans sont encore dans lattente dun jugement a leur avantage ou a leur prejudice. Avons nous fait un testament devenu caduc par la mort antérieure du donataire, il reste sans etre susceptible de controlle et neanmoins on en exige le droit de la part du testateur contre les propres termes de la loi, passons nous des partages de famille sous signature privée que cette meme loi ne declare susceptible de controlle que quand on en veut faire usage en justice, neanmoins si on vient a le decouvrir on nous menace on nous attaque meme pour les faire controller et lon est toujours sourd a nos raisons quelque solides et quelque justes que nous les presention. Enfin il nest pint de circonstances que les buralistes ne retournent a leur avantage, il nest point de moyens quils nemploient pour nous vexer, un volume suffirait a peine pour retracer toutes les reclamations rechercees quon nous fait et que nous voyons faire chaque jour auxquelles il est du plus grand interet de la societé de remedier. Ce nest que dune administration provinciale que nous pouvons attendre le remede a tant de maux aussi prejudiciables a letat qua nous memes, en abbonant la province pour faire parvenir directement au trésor ce qui la peut concerner en proportion de tout ce que le royaume y rend net, nous ne pouvons quy gagner dans la meme proportion tout ce dont sengraisse a notre prejudice et celui de nos compatriotes tant de fermiers generaux tant dadministrateurs leurs adjoints et agens tant de directeurs provinciaux avec le nombre infini de leurs cooperateurs, et tout ce qui peut prodeder de lextinction pour un emploi plus utile a letat, de la milice innombrable entretenue pour nous faire journellement une guerre intestine. Cette administration assoira les contributions sur cequelle sera a meme de juger le moins prejudiciable a son commerce a son agriculture et a son industrie, des precautions digerees et combinees sur lavis et le raport des membres réunis de ses differentes classes et communautes, les plus sages et le mieux instruits en feront avec la plus srupuleuse equité la repartition la plus convenable dont la sure economie plaira toujours autant aux contribuables quelle leur sera avantageuse, le malheueux y sera protegé avec pleine connaissance et tout letat degagé des sensues publiques sera bientot liberé de ses dettes par le profit qui en resultera et en deviendra dans peu infiniment plus florissant. Il serait un moyen sans doute de recouvrer des ressources plus promptes pour operer cette liberation sil ne repugnait pas au bon coeur de notre monarque comme il nous coute de le proposer, ce serait de reduire les facultés des administrateurs des fermiers generaux et de leurs correspondans a une proportion honête pour leur classe et pour leur naissance, en anentissant le faste revoltant de leur opulence il est rare que les fortunes immenses et rapides naient pas linjustice les surprises et les vexations pour baze et le restitution fondee sur les principes les plus purs de lequité est le traitement le plus doux que puisse essuyer le restituable dun autre coté les sentiments sont toujours les memes, on nest jamais plus sensible a la perte et a la chute quon na ete delicat sur les moyens de senrichir et de selever, au reste si cette reflexion pouvait etre tenue pour frivole et hazardee les motifs de patriotisme qui lont suggeree doivent etre son excuse. Fait a saint augustin sur mer ledit jour huit mars mil sept cent quatrevingt neuf.
331 Signatures des habitants Nous soussignés formant la reduction au quart de tous les deputés du district de Royan aux nombre de dixsept dapres lelection qui en a eté faite ce jourdhui douze mars 1789 ainsi quil resulte du procés verbal dicelle pour assister et les representer a lassemblée provinciale et proceder prealablement a la reduction en un seul de tous leurs cayers respectifs apres lecture et examen faits diceux avons jugé devoir defferer a tout ce qui est contenu dans le cayer cydessus de la paroisse de saint augustin sur mer comme formant des articles rapportés et epars dans les differentes doleances et representations des paroisses composant ledit district et neanmoins y avons ajouté ce qui suit. 1 que la ville de Royan particuliérement se plaint detre genee au point de ne pouvoir se procurer ny vin ny bois ny huile ny scavon ny epiceries ny aucune autre marchandise sans des contributions considerables ny faire exporter ses propres recoltes en vin sans etre ecrasée par le droit excessif de la traite de charante de tout quoi elle reclame labolition comme une justice que merite la triste situation ou elle se trouve par la perte considerable dune grande partie de ses habitants mariniers de proffession que le service de la dernière guerre et les frequents nauffrages qui viennent darriver et qui arrivent tous les jours ont enlevé et enlévent tous les jours pour ne laisser que des familles des veuves et des enfens sans pain situation desastreuses qui se tourne a la charge du reste des habitants obligés de les secourir et de remplir toutes les subventions. 2 que les differents abus de ladministration de la justice meritent la plus grande consideration surtout relativement a la police plusieurs seigneurs ayant des droits mélés et chacun de leur juge voulant lexercer ce qui occasionne souvent des contrastes par jalousie ce qui laisse regner un arbitraire prejudiciable a la surete et tranquillité publique. 3 on se plaint dun droit que soctroyent les seigneurs qui nest fondé que sur une jurisprudence abuzive ne trouvant aucun fondement ny dans les titres feodaux ny dans les dispositions locales, ce sont les lots et ventes exigés sur la coupe des arbres qui emanent dune vraie tirannie et heurtent de front la propriété. 4 lon observé que les maison et les biens des corps de religieux sont une perte sensible pour le commerce de la societé et quil serait dautant plus avantageux de les y soumettre que ceux qui les posseddent lui deviennent presque innutiles par limpossibilite de remplir leurs obligation reduits a un trop petit nombre pour cela et que ces biens dans des mains libres seraient mieux cultives et plus avantageux a letat qui profiterait dailleurs de leur alienation par lemploi des deniers qui en proviendraient a lacquittement de ses dettes. Enfin lon implore labolition des francs fiefs, droit avilissant pour le tiers qui netant pas moins utile a letat a tous egards que deux autres ordres ne doit pas moins avoir le droit den possedder la franchise des proprietés, perception dailleurs dautant plus exorbitante et onereuse quelle est soumise a larbitraire de la finance qui en rend par mille artifices la charge toujours renaissante et anneantit impunement et sans ressource la proprieté. fait en la salle du palais ledit jour et an que dessus. Signé: Lamarque, Guerin, P. Renaud & D. Renaud ANNEXE n 14-Arrêté du 20 juillet 1819 sur les bains "Nous, Raymond de Labarthe, maire de Royan, sur diverses plaintes qui nous ont été portées relativement à la conduite indécente que tiennent plusieurs de ceux qui dans l'usage des bains de mer, sans respect pour les égards qu'ils doivent aux bonnes moeurs, aux personnes du sexe et à eux-mêmes, ont la grossiéreté de se montrer nus devant des femmes, affectent même de s'approcher en cet état des lieux où elles sont, de se faire un jeu de cette brutalité, insultant par là à la décence publique, et font douter en quelque sorte du degré de civilisation du pays dans lequel on tolère de pareilles obscénités; considérant: 1 Que la surveillance de tout ce qui intéresse les moeurs fait partie des attributions des maires et des commissaires de police; 2 Que l'usage des bains de mer devient une ressource importante pour la commune, par la quantité d'étrangers que cela y attire dans la saison des bains; qu'il est donc nécessaire, dans l'intérêt même de nos administrés de ne point tolérer des indécences qui, en portant atteinte à leur caractère, ne peuvent que repousser ces
332 étrangers; 3 Que l'autorité locale ne peut négliger, sans se rendre coupable, de prendre des mesures pour qu'une action utile à la santé ne devienne pas une école de libertinage; 4 Enfin, que ce n'est pas porter atteinte à la liberté individuelle que d'écarter des lieux très fréquentés, les nageurs ou baigneurs qui, par leur nudité insultent à la décence publique; Arrêtons: Article 1 - Il est défendu à toutes personnes de se baigner nues ou de nager dans la partie de la Grande Conche avoisinnant le port et les maisons. Ceux qui voudront se baigner sans être vêtus ne pourront le faire que dans ladite Grande Conche, à la distance d'un demi-quart de lieue [500 mètres] des premières maisons de Royan, dans l'est, ou dans la conche du Chay, près le fort, ainsi qu'il sera marqué par un poteau placé exprès. Article 2 - La conche de Foncillon est spécialement réservée aux personnes du sexe. Il est expressémment défendu aux hommes et enfants mâles de s'y aller baigner. Article 3 - Il est également interdit à tous bateliers et canotiers de conduire des hommes devant ladite conche de Foncillon, pendant que des femmes s'y trouveraient pour s'y baigner." ANNEXE n 15-Article paru dans "Le Phare de Royan" du 4 février 1939 Acte de naissance administratif de la Charente-Maritime On a assez répété la même chose, c'est-à-dire l'intérêt de notre département à se nommer Charente- Maritime: maintenant il faut agir. Toutes les communes du département ont exprimé leur désir de ce changement de nom et elles ont pris des délibérations qui ont été envoyées au Ministère de l'intérieur où elles dorment en paix! Les communes se doivent à elles-mêmes de ne pas admettre que l'administration les laisse parler et délibérer pour rien. La presque totalité des journaux français a parlé de notre revendication. L'approbation est générale. On a compris que notre cas était particulier, qu'il n'avait aucun r apport avec la Loire-Inférieure, ni la Seine-Inférieure, car la Loire et la Seine sont de grands fleuves qui ont un long parcours, tandis qu'on ne connaît pas le fleuve "la Charente", on connaît la région des Charentes. On ne dit pas les Loires, ni les Seines, on dit "les Charentes". Et dans ces deux départements, s'il y en a un qui est inférieur il faut bien que l'autre soit supérieur... C'est ce que nous n'admettons pas. Voilà le moyen d'action que je propose, pour en finir, à tous nos collègues les Maires du département. Ci-contre nous reproduisons le timbre actuel de la Mairie de Royan: Je demande à tous les Maires du département qui nous ont approuvé dans cette campagne, de faire comme nous, c'est-à-dire réformer le timbre de la commune en service, et d'en faire un autre - ce qui est une bien petite dépense - en remplaçant les mots "Charente-Inférieure" par les mots "Charente-Maritime". Quand toutes les communes du département, pour tous les actes de ma mairie, et chaque jour, emploieront un cachet portant "Charente-Maritime", la question sera réglée et la cause sera gagnée. L'usage aura force de loi. Il ya quinze ans que cela dure, nous savons que nous aurons gain de cause, cela ne fait aucun doute, mais nous ne voulons pas une réforme pour la génération future, nous la voulons pour nous-mêmes, et nous la voulons parce qu'elle a pour nous des avantages prècis sans porter tort à personne. Pour réussir, il faut savoir vouloir. Nous avons demandé bien gentiment qu'on nous change de nom. L'administration routinière n'a pas répondu. Alors il nous a semblé que le meilleur moyen d'avoir le nom que nous devons avoir était de le prendre nousmêmes et de voir venir. La Charente-Inférieure c'est du passé. La Charente-Maritime c'est le présent, c'est l'avenir! A cet avenir, tous les maires de notre département sont unanimes à s'associer, et c'est pour cela qu'en bon collègue et très simplement, je leur adresse la présente en leur demandant, dans l'intérêt de tous, de faire comme nous. Paul METADIER N'écrivez plus "Charente-Inférieure" écrivez, dites, imprimez toujours, toujours et partout "CHARENTE- MARITIME".
333 1940 ANNEXE n 16-Premier avis allemand apposé sur les murs et publié dans la Dépêche de Royan 30 juin Avis du Commandant des Troupes Allemandes de Royan. 1 / A partir d'aujourd'hui 24 juin à 19 h (heure française), l'heure allemande sera seule en vigueur à Royan et aux environs. Toutes les pendules et horloges publiques devront être avancée d'une heure. 2 / Tous les ressortisants de l'armée française (armée de terre, marine de guerre, armée de l'air) c'est-à-dire les officiers, les fonctionnaires, sous-officiers et hommes de troupe qui se trouvent à Royan sont tenus de ne pas quitter leur cantonnement, sauf pour la période de temps de 18 à 21 h (heure allemande): un laisser-passer n'est pas nécessaire pour cette période. C'est seulement en accord avec le commandement français que les officiers dont les noms ont été spécialement désignés auront l'autorisation de circuler de 7 à 24 h. Les chefs de corvée doivent avoir un laisser-passer délivré au bureau de la Place. 3 / Pour l'ensemble de la population civile (excepté les médecins, sages-femmes, infirmières de service et pompiers) il est ordonné que personne ne quitte son domicile de 22 h à 6 h du matin (heure allemande). 4 / Les mesures ordonnées dans les paragraphes 2 et 3 sont d'application stricte et toute contravention sera punie sévèrement. L'exécution des ordres ci-dessus sera surveillée par les autorités allemandes. 5 / Toutes les lumières doivent être obturées comme par le passé, du coucher au lever du soleil. Les voitures automobiles qui sont autorisées à circuler la nuit doivent également avoir des phares camouflés, c'est-à-dire revêtus d'une peinture de couleur bleue. 6 / Le rapport entre la monnaie française et la monnaie allemande est fixé sur la base suivante: 20 frs français valent 1 Mark, 1 franc français vaut 5 pfennigs (il y a 100 pfennings dans 1 Mark. Royan le 24 juin 1940 Signé: Le Commandant des Troupes Allemandes. ANNEXE n 17-Lettre du Général Leclerc à Larminat du 23/4/1945 (SHAT dossier 11.P.226) Mon Général, Je pars demain vers l'est, ignorant encore si nous n'arriverons pas trop tard comme les carabiniers. Du moins une lueur d'espoir de tirer un coup de fusil en Allemagne subsiste-t-elle. Dans ces conditions je tiens à vous écrire cette lettre pour dissiper tout malentendu. Les deux mois que je viens de passer sont certainement les plus pénibles au point de vue militaire que j'ai vécus depuis 1940. En effet, j'ai vu échapper pour les troupes françaises qui luttent depuis quatre ans, l'occasion de vaincre sur le Rhin, à Francfort, à Nuremberg, etc... occasion qui ne s'était jamais présentée depuis l'empire et qui est perdue maintenant. Au cours de ces mêmes semaines, votre objectif était de réveiller à tout prix le Front de l'atlantique, d'obtenir un succès indispensable à des troupes passives depuis 6 mois. L'histoire décidera de ces objectifs contradictoires lequel primait l'autre. Nous nous trouvions donc dans deux camps essentiellement différents et incompatibles. La responsabilité de la décision prise revient au Haut Commandement. Ce qui m'a vraiment déçu, ce sont les procédés employés pour mon utilisation: au lieu d'être mis dès le premier jour devant le fait brutal, c'est-à-dire ma division bloquée pour plusieurs mois face à l'atlantique, j'ai eu l'impression d'êre pris dans un engrenage progressif et bien organisé. La suite des document que j'ai sous les yeux est formelle à ce sujet, mais la responsabilité de pareils procédés repose, tous comptes faits, davantage sur les méthodes d'etat Major plutôt que sur vous-même. Tous ces faits, mais avant tout la colère de voir de si belles occasions de victoire échapper à la meilleure des unités françaises, m'ont empêché de me présenter à vous avant le départ, et c'est en cela que j'ai eu tort, je le reconnais bien volontiers. Vous restez, en effet, un des seuls chefs français qui puissent empêcher demain notre Armée de retomber dans l'inertie et le fosés d'hier. Si l'occasion s'en présente je servirai donc sous vos ordres aussi bien que par le passé en m'efforçant d'oublier Mayence, Francfort, Nuremberg, que le Commandement Français a laissé échapper. Croyez, je vous prie.. Signé: LECLERC
334 ANNEXE n 18-Exposé paru, sans nom d'auteur, dans Les Temps Modernes n 3-I décembre 1945 UNE VILLE CREVEE "Ville creuse. Carrière abandonnée. De temps en temps, une bombe à retardement éclate paresseusement dans la lumière d'été. Un nègre polit un tuyau de cuivre contre une pierre. Il s'arrête, regarde le tuyau, gratte quelque chose avec ses ongles, cogne le tuyau. Une mouette descend jusqu'au sol. Elle n'est jamais descendue si bas dans cette ville. Puis elle virevolte au-dessus des pins. Le nègre a cessé de travailler. - Tu fais quoi? je demande. Il me regarde. Il a le veston ouvert sur la peau. Je vois des poils gris sur sa poitrine. - Fourbis. On voit le fond de sa culotte blanchie par la chaux, la forme des fesses. Il se baisse, puis il montre du doigt le drapeau rouge que les ouvriers ont hissé sur ce qui reste de la gare. Il ricane. Le vent et le drapeau sont tout droits dans le ciel. Dans Royan, ce sont les choses qui pensent. La géographie de la ville s'efface devant une liberté nouvelle, devant un avenir volé. Royan se constitue un visage de gratuité, se tire des hypothèques sur n'importe quelle ville, sur n'importe quelle ruine. Royan s'achéve dans une liberté de plâtras. Le nègre frappe violemment le tuyau sur une pierre ; j'ai marché, et je ne le vois plus. Il est quelque part derrière les tas de décombres. La rue de la République est cette allée qui serpente entre les wagonnets d'une entreprise de démolition. Un camion stationne sur l'emplacement d'une maison. "Je descends", disait Fanny, de la fenêtre du premier. J'attendais, sur le trottoir d'en face, appuyé sur la bécane. - Voilà tout ce qui reste, me dit un ouvrier qui a un aigletatoué sur le bras droit. Il s'est fait une écorchure à la main, et il se fait soigner. - Il paraît qu'il y a la peste, fait-il en haussant les épaules. Il restait bien un mètre cinquante au-dessus du sol. On les a déblayés et on a vu ceci, cette auto écrasée comme une gaufre. - Est-ce qu'elle va se dépêcher, je pensais. Je la voyais derrière le carreau. Je pense qu'elle a dû se sauver. On a cloué les pancartes au ras du sol sur des morceaux de bois trouvés dans les plâtras. Des pancartes en émail, quand on a retrouvé les anciennes. On lit : place de la République, place de la Poste, rue Albert-Premier. Je suis passé par là en 40. Le roi Zog arrivait ses femmes. Des autocars de ministères descendaient l'avenue. On voyait des visages fardés par les vitres. Quand l'autocar s'arrêtait: - T'as pensé à apporter ton maillot? On lisait sur les cars des inscriptions : rue des Saussaies, place Beauvau. On aurait dit le cirque Bureau. Des prisonniers allemands roulent une voiturette de bidons qui racassent. Ils dépassent de toute la hauteur de leurs culottes sales le niveau général de la ville. Moins haute qu'un prisonnier nazi. La ville entre les pins s'est dispersée dans les pierres informes. Les prisonniers regardent à droite, à gauche. Ils tournent la tête. Celui de droite est un vieillard qui se mouche tous les dix pas. Son voisin de droite est un gamin aux cheveux roux. Il ne regarde rien. Il n'a rien à voir. Ils sont muets comme la ville. Ils sont libres comme la ville. Ils sont verrouillés dans leur liberté provisoire. Le plus jeune crache. Cette bibliothèque gothique, c'est l'église. Le prisonnier fait sonner sa botte contre les cloches qui sont par terre les unes contre les autres, comme les cloches de Pâques. On lit dessus "Virginis Gloria..." Le vieux prisonnier crache à son tour. Il regarde son jet de salive sur le bronze vert. Ils poussent leur carriole où les bidons racassent. Ils dépassent la pâtisserie de toute la hauteur des épaules. Ils sont devant le marché, qui s'est effondré d'un seul coup. Les encorbellements chinois se sont affalés d'un seul coup. Tout ce jaune semble un monstre du Muséum endormi. Le temps ne passe pas dans Royan. Le milieu des rues est ouvert par une fissure régulière et persistante que l'on retrouve un peu plus loin sous les maisons. Les égoûts verts crament au soleil et dans le grand vent ça donne des relents de fraîchin. L'eau coule làdedans sur des algues. Elle hésite autour des tas d'ordures dont elle fait soigneusement le tour. Il y a un journl accroché sur une pierre. "La Pologne devant son destin", je lis. Et puis un portrait d'un général. Le vent agite la coupure. On voit que
335 c'est le Matin. Derrière l'église il y a le cimetière. Les prisonniers allemands ont tourné la tête en passant, puis ils ont poussé la chignole un peu plus loin. Le vieux a ramassé un mégot. Et ça, je ne sais pas pourquoi, ça me fait du bien. Il s'est fait une chique avec le mégot. Il y a des tombes à l'air dans le cimetière. Une boîte est jetée sur le bord du chemin et les jointures du bois se sont ouvertes. Il y a du noir entre les fissures. Ca ne sent même pas. Ce paquet gris sale au pied du mur, on dirait un camarade fusillé, c'est un macchabée qui est resté là, embobeliné dans ses draps, ses prières et les limaces. On dirait qu'il a été craché. Il doit être couché sur le dos. - C'est très possible, me dit le type qui répare sa fenêtre qui donne sur le cimetière. On les a retournés depuis... Une mouette passe dans le vent et descend jusqu'en bas. - Rapport aux bijoux... Il y a un grand pin, scié à mi-hauteur et qui grince tout de même. - Y puent même pas. Quand on marche dans l'allée, on écrase des petits os longs et plats. C'est de l'homme. - Des pièces détachées, dit mon type en tapant sur sa fenêtre. Derrière le cimetière, des prisonniers creusent une tranchée. je vois une petite bague rouillée sur le sol. Et les prisonniers, de temps en temps, lorgnent la petite bague rouillée. Quand je passe, il y a un grand marin qui dit quelque chose. J'ai l'impression qu'il me demande une cigarette. je passe très vite. C'est la première fois que je vois un soldat allemand d'aussi près depuis ds mois et il y a dans cet uniforme quelque chose qui rappellle les coups. le grand marin ramasse une pelletée de terre et la jette sur la route. Il a une sorte de nonchalance tranquille. Plus loin deux vieux soldats sont assis par terre et râpent avec une pelle de gosse une tuile. Ils se passent la pelle à tour de rôle. De temps en temps, ils se regardent. Ils ne regardent pas la ville. L'amiral Michaëlis leur avait dit : "Le sort du Reich dépend du sort de Royan." - Lieber Gott! dit un des deux soldats. Il s'est frappé la main contre une pierre. Il hausse les épaules, reprend sa pelle à gosse et gratte sa tuile. je ne leur en veux pas d'avoir cru Michaëlis, ils avaient l'entraînement pour croire ce qu'on leur racontait. Je leur en veux de se résigner au travail forcé. Je leur en veux d'aimer cette idée chrétienne de la dédemption par le travail d'esclave. J'en veux aussi à ceux qui leur font prendre ce travail comme un lavement, comme un clystère, pour se laver du fascisme. On en fait là de petits curés bromurés et châtrés. "Maison occupée par le propriétaire", je lis sur quatre murs de planches et de briques. - Pour éviter les visites, me dit un jeune homme. Royan la nuit, c'est le pillage silencieux, la pelle que l'on laisse la veille contre un mur et que l'on ne retrouve jamais; la cuisinière qui est rescapée du bombardement et qui disparaît. Et l'on a beau chercher, elle n'est nulle part. L'avenue de Foncillon, ce qui rend les ruines de maisons 1900 si bêtes, c'est qu'elles veulent jouer avec tous les styles. Le casino est fendu en deux comme une bombonnière. - On le retapera, dit un ouvrier... Une femme a trouvé, sur un tas de pierres, une robe verte. - C'est ta belle, dit un homme qui est resté en bas? La femme regarde la robe à bout de bras. Elle la tend au vent. Un jeune homme s'approche du couple. - Faut pas rester là. Il montre du doigt une croix de bois. - Y a des gens dessous... Il explique à l'homme le bombardement. La femme est descendue et regarde la croix que le soleil a tannée. Elle tient sa robe à la main. Ils se sont ramenés le soir du 5. On a cru que c'était pour les Fritz, mais on a vu que ça a tombé sur la vieille ville; on s'est mis aux abris. Puis ça a fini d'un coup. On est sorti rapport aux familles. Ils sont revenus presque aussitôt... Une bombe tous les dix mètres. Le garçon montre les pierres autour de lui. - Nous, on trouvait ça très bien, rapport aux Fritz; il y en a eu une chiée de tués. Puis on attendait l'attaque. Le garçon baisse le nez. - Y a pas eu d'attaque... Il hausse les épaules. - Et puis quand elle est venue, c'est pas les maquis qu'on a envoyé, c'est les Marocains. On avait peur du maquis en France. La femme regarde sa robe.
336 Elle a jeté tout doucement la robe sur les pierres et elle a regardé son mari. - Où est-ce qu'on peut boire, ici? Je voulais revoir Morel. Morel, j'avais "travaillé" avec lui, et il était parti dans le maquis un peu avant moi. la maison de Morel était avenue de la Grande Conche. Quand on arrive dans l'avenue, il y a un terre plein dallé: les maisons se sont enfoncées dans les caves. On ne voit plus que le monument de la "der des der" devant la mer. Quand je suis passé, il y avait des gendarmes qui déposaient des fleurs devant la pierre. le soleil brillait sur leurs casques noirs. Un soldat allemand regardait. Il était presque au garde-à-vous. Quand les bombes sont tombées, les marais se sont crevés et les caves remplies d'eau. Royan est entouré d'une ceinture de marais et des cadavres qui marinent dans les mines et les moustiques. On a retiré derrière l'église, dans une cave, les cadavres de la sage-femme, de son mari et de sa petite fille. Quand on a tiré la jeune femme, elle a accroché une pointe. - Eh bien, elle a saigné, dit quequ'un. Elle flottait dans l'eau salée depuis janvier. Dans ce quartier, quand on se penche per les trous d'une cave, on voit flotter les ventres congestionnés d'une entreprise de déménagement. Il y a aussi le déménageur. Il doit sentir le crottin, à force... Autour de Royan, il y a Vaux-sur-Mer, qui n'existe plus; il y a la forêt de la Coubre, où les nazis ont tenu longtemps après la chute de la ville; il y a La Tremblade et la rue du Riveau, brûlée; et la forêt et les mines, rouillées ou non; les pièges à tank... Dans Royan, il y a les entreprises qui jadis ont loué leurs camions aux nazis pour construire les forts; aujourd'hui elles louent leurs camions aux entreprises françaises. Les mêmes camions. Il s'agit toujours de gagner de l'argent... Royan à hauteur d'homme, et la mer devant est toujours la même idiote et radoteuse... Royan a cette liberté des morts. Royan s'est choisi, dirait l'autre... La nuit, il y a seulement sous cette lune les tas de pierres et le froc des ruines 1900. On entend le cajolement triste de la marée. Les vieux morts sèchent un peu plus dans le cimetière et les tout neufs les rejoignent peu à peu sur le chemin de la pourriture. Il y a un bruit de pas sur la route qui sont peut-être de pillards, de prisonniers évadés. Ou bien de gendarmes qui tapent du pied pour ne pas s'enfoncer dans l'absurdité de Royan, pour lutter contre la sottise des ruines. Une femme lève de l'eau dans un puits. La corde grince. De l'eau de puits polluée. Et par-dessus il y a le vent des pins. Septembre 1945 ANNEXE n 19-Citations de Royan, Saint-Georges de Didonne et Vaux-Henri Gayot - Charente-Maritime 1940/1945. Occupation, Résistance, Libération, page 168 A- Citation Royan à l'ordre de l'armée 28/2/1949 avec croix de guerre avec palme: "Occupée dès 1940 par d'importantes forces ennemies, a subi au cours des hostilités de nombreux bombardements dont ceux des 5 janvier et 14 avril devaient aboutir à la destruction totale de la cité. Camp retranché allemand à l'embouchure de la Gironde, est une des dernières villes de France qui ait été le théâtre de combats acharnés avant d'être libérée par des armées où combattaient, coude à coude, les soldats venus du Tchad et les volontaires des Forces Françaises de l'intérieur. Par son courage et son abnégation, a bien mérité de la reconnaissance française". B- Citation de Saint-Georges de Didonne avec croix de guerre: "Petite ville de 2.000 habitants englobée depuis le début de l'occupation dans la Poche de Royan, Saint-Georges de Didonne a vu 300 de ses habitations entièrement détruites, 700 autres gravement endommagées par les bombardements quotidiens de jour et de nuit. Sa population restée calme et digne, tant sous la domination de l'ennemi que sous les bombardements, a été en presque totalité évacuée sur l'ordre des Allemands, et entièrement pillée. Vingt de ses enfants sont morts pour la France". C- Citation de Vaux avec croix de guerre: "Position clef commandant l'entrée de la Gironde, Vaux inclus dans le système du camp retranché de Royan, a subi sur son territoire de nombreuses destructions et des combats très meurtriers. Malgré de sévères épreuves, sa population a participé ardemment aux combats pour la libération, donnant constamment l'exemple de son attachement à la cause de la liberté".
337 ANNEXE 20-Mouvements de population entre le recensement de 1990 (Jean Combes, Jacques Convert et Jacques Daury-Guide des villes: Royan et le Pays Royannais-1992-p.62-73) et celui de 1975 (Philippe Hercule- Charente-Maritime) Communes 1975 1990 Différence en % Arvert 2380 2776 + 16,6 Breuillet 1073 1681 + 56,7 Chaillevette 1011 1035 + 2,4 L'Eguille 660 722 + 9,4 Etaules 1262 1415 + 12,1 Les Mathes-La Palmyre 898 1211 + 34,8 Médis 1450 1930 + 33,1 Meschers 1546 1856 + 20 Mornac 592 640 + 8,1 Royan 18062 16528-8,5 Saint-Augustin 539 741 + 37,5 St-Georges de Didonne 3983 4687 + 17,7 Saint-Palais sur Mer 2127 2737 + 28,7 Saint-Sulpice de Royan 1129 2101 + 86,1 Semussac 933 1208 + 29,5 Talmont 92 83-9,8 La Tremblade 5148 4621-10,2 Vaux sur Mer 2163 3017 + 39,5 -------- -------- ---------- Total 45038 48989 + 8,8 dont Rive gauche de la Seudre 11043 11209 + 1,5 (Arvert.Chaillevette.L'Eguille.Etaules.Mornac.La Tremblade) Communes autour de Royan 14943 19958 + 33,5 (Breuillet.Médis.Meschers.St Augustin.St Georges.St Palais.St Sulpice.Semussac.Vaux)