Spirit Lake : Liesconcours 2015 Dans cet essai, je vais vous présenter le livre de Sylvie Brien intitulé «Spirit Lake». J en ferai une description et y intégrerai une analyse. Spirit Lake est un roman historique, inspiré de faits et de lieux réels, à savoir la Première Guerre Mondiale et le camp de détention de Spirit Lake. Les évènements relatés dans le livre prennent place au début de la Première Guerre Mondiale, en mai 1915 (lors des guerres de positions) pour être exact. Mais cet ouvrage est une fiction absolue. Le livre adopte le point de vue Peter, un jeune garçon austro-hongrois qui tente, avec sa grand-mère et son frère ainé Iwan, de fuir l Autriche-Hongrie et de trouver un refuge en Amérique. Cette petite famille voyage clandestinement en prétendant être de nationalité française. Or, un jour, lors d un contrôle au Québec, leur nationalité, à savoir austro-hongroise,
est découverte et Peter et Iwan vont se voir internés dans un camp de détention. C est ici que commence le livre. Le livre oscille entre la nuit du 13 mai 1915, ou Peter a été transporté dans une infirmerie car il est blessé, et les évènements trois mois avant. C est donc une narration assez déconcertante. La plus grande partie du livre se déroule dans le camp de Spirit Lake où les détenus, pour la plupart des civils innocents, sont forcés à effectuer des travaux, physiques pour la plupart. Le lecteur se rend compte de l horreur des camps de concentration : les détenus ont constamment faim, sont sousnourris et forcés à des travaux qui sont épuisants ainsi que dangereux. En effet les prisonniers sont forcés de travailler dans un froid terrible et ont comme dortoir des baraques qui sont décrites comme surchargées et inconfortables tandis que le personnel administratif a droit à des chambres chauffées et mieux équipées.
Mais ce n est pas tout : les détenus ne reçoivent pas assez à manger, tandis que certains militaires font du marché noir et profitent de la situation! Si la plus grande partie du livre se déroule dans le camp, il y a des changements de décors : Peter accepte un travail d interprète (il parle français) et doit accompagner un militaire dans un village voisin (Lillienville, village de prisonniers de classe supérieure), ou là aussi la tension est omniprésente : les familles ont peur qu il leur arrive quelque chose. Le lac, ce «Spirit Lake» qui donne son titre au roman, joue aussi un rôle dans cette histoire même si la sous-intrigue dans laquelle il est traité est anecdotique : il y est question d esprits et de fantômes, mais ils ont peu d importance et leur potentiel dramatique se trouve sous-exploité. En somme, cette intrigue n a d importance qu à la fin et est rapidement expédiée.
Le livre est raconté selon la perspective de Peter, le personnage principal, jeune et peureux, contrairement à son frère Iwan qui lui est ouvert et courageux. Si la relation entre ces deux personnages est bien décrite, c est Peter qui a le rôle principal de l histoire : elle adopte son point de vue dans ce qui semble être son journal intime. Prisonnier du camp, il va bientôt devenir interprète et travailler pour les officiers du camp, ce qui va lui permettre, avec son frère, de gagner de l argent. Les évènements de cette guerre vont changer sa vie puisqu il va être séparé de la personne qui l a éduqué, sa grand-mère, et il va devoir dire adieu au rêve de vivre en Amérique. Peter, durant tout le livre frise avec ce qui s apparente à de la folie et a des visions de sa grand-mère alors qu elle n est pas là. On peut se poser la question de savoir si l auteur a voulu évoquer métaphoriquement le déni du deuil. Le séjour dans le camp de concentration va grandement affecter ce personnage, mais il y aura aussi quelques points positifs qu il est nécessaire de mentionner : il fera dans ce camp
quelques merveilleuses rencontres dont celle de Monsieur Ivanovitch, chef de baraque au grand cœur, et s affermira pour dompter ses peurs qui le hantent (peureux, peur du noir et de la solitude) et finalement réussira à faire le deuil de sa grandmère. Il ne mentionne jamais vraiment son avis sur la guerre, mais il est clair qu il déteste le camp et qu il aurait souhaité continuer à vivre avec sa famille. Il ne change jamais vraiment son opinion sur la guerre et n évolue jamais vraiment même si quelques changements sont notables : son attitude est légèrement plus positive vers la fin du livre même si c est un point contestable. La narration est très personnelle puisqu elle se fait par son journal intime. Cela permet au lecteur de s identifier et de comprendre ce que Peter pense. marqué. Maintenant je vais citer un passage du livre qui m a
Page 32-33 à partir de la ligne 3 jusqu à la ligne 18 : «À nouveau Québec, cette terrible nuit du 15 février dernier. Avec quatre fusils braqués sur Mamie, sur Iwan et moi. -Les mains derrière la tête! Que personne ne bouge! Je comprends ce que peut ressentir un lapin qu un chasseur met en joue : vulnérable et complétement idiot de ne pas avoir vu venir le coup. ( ) Un soldat vida le sac à main de ma grand-mère par terre pour s emparer de sa carte d identité. ( ) Le militaire remit aussitôt le passeport de mamie à son commandant ( ) -Irène Zabalète, soixante-deux ans, lut-il dans un français quasi impeccable. Vous êtes française? ( )» Ce passage est pour moi l un des meilleurs puisqu il combine suspense et émotions. On se demande ce qui il va se passer ensuite et si la famille va réussir à s en sortir. Il y a aussi un grand élément de suspense puisque dans la scène
précédente, leur grand-mère a perdu la mémoire brièvement : on se demande si elle va rester lucide jusqu à la fin, ce qui fait le sel de cette scène! Venons-en à ma critique. Critique Je n ai pas apprécié ce livre, mais je ne pense pas que ce soit un mauvais roman. Mon plus grand problème avec ce livre est la caractérisation des personnages. Dans ce livre, les personnages sont soit très gentils ou vraiment méchants, ce qui nuit grandement au réalisme du livre : trouver un juste milieu aurait bénéficié au livre. Le style n a pour moi jamais trouvé le bon ton, je ne l ai trouvé ni beau ni fluide et l histoire n a jamais trouvé son envol, entravée par les bons sentiments (les passages avec la grand-mère, lourds et clichés) et des longueurs scénaristiques. Ma plus grande déception est probablement le fait que le camp n a pas été assez décrit : après la lecture du livre, je
n avais toujours pas d idée visuelle concrète du camp ce qui m a grandement déçu! Néanmoins je ne regrette pas cette lecture qui a enrichi mon savoir dans un milieu que je ne connaissais pas auparavant, à savoir les camps de détention pendant cette guerre. La force du livre est de combiner fiction et réalisme : le livre est ludique mais informatif et la façon dont il délivre les informations ne parait pas forcée. Je n irais donc pas jusqu à recommander ce livre mais la lecture n était pas désagréable. J en ai terminé avec mon analyse et espère que vous avez passé un bon moment de lecture. Emile Simon
Camp de Spirit Lake