Les Syndics Généraux du Pays de Labourd



Documents pareils
STATUTS TITRE PREMIER CONSTITUTION ET OBJET DE LA SOCIÉTÉ

Statuts. La désignation des personnes s entend aussi bien au féminin qu au masculin.

RECOMMANDATIONS PROPOSÉES

guide du copropriétaire

RÉSIDENCE RANGUEIL MARTI CONSEIL SYNDICAL

Statuts : Etoile Saint Amandoise.

REGLEMENT INTERIEUR ARTICLE 1 : ADMISSION DES MEMBRES ARTICLE 2 : DEMISSION-RADIATION

Golf Club La Côte. Statuts de l association du Golf Club La Côte

Les paroles s envolent les écrits restent

Responsabilité pénale de l association

Audience publique de la Cour de cassation du Grand-Duché de Luxembourg du jeudi, dix-neuf mai deux mille onze.

A S T J ASSOCIATION SUISSE DES TRADUCTEURS-JURÉS STATUTS TITRE I. Article 1 er

Table des matières TABLE DES MATIÈRES. Introduction L historique Les lois fédérales... 9

S T A T U T S du GOLF CLUB DE SION CHAPITRE I. Article 1. Nom

C O U R S U P É R I E U R E (Chambre commerciale)

Statuts de la Fédération suisse pour l élevage des petits animaux (SGK)

FICHE N 8 - LES ACTIONS EN RECOUVREMENT DES CHARGES DE COPROPRIETE

COLLECTION ÊTRE COPROPRIÉTAIRE. Ce que tout propriétaire ou copropriétaire doit connaître Union des Syndicats de l Immobilier

CONSIDÉRATIONS SUR LA MISE EN ŒUVRE DES DÉCISIONS DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE

STATUTS GRAND PARIS SEINE OUEST ENERGIE, AGENCE LOCALE DE L ENERGIE

BANQUE NATIONALE DE SERBIE BANQUE NATIONALE DE BELGIQUE MISSION DE M. BOSCHMANS

STATUTS TYPE D UDCCAS. Union départementale des Centres Communaux et Intercommunaux d Action Sociale (UDCCAS)

L Assemblée Nationale a délibéré et adopté en sa séance du 14 décembre ;

TABLE DES MATIÈRES TITRE I- LES ÉTATS FINANCIERS TITRE II- LA FISCALITÉ CORPORATIVE TITRE III- LA FAILLITE

LAGARDERE ACTIVE BROADCAST. Société Anonyme Monégasque au capital de euros. Siège social : «Roc Fleuri» 1 rue du Ténao MONACO

STATUTS TITRE I OBJET DÉNOMINATION SIÈGE DURÉE ARTICLE 1

Statuts centraux. de la Société Suisse des Troupes Sanitaires. Version: V Groupe de travail AVO / CC. Edition du: 05 avril 2014

Audience publique de la Cour de cassation du Grand-Duché de Luxembourg du jeudi, premier décembre deux mille onze.

CHARTE DU COMITÉ DES RESSOURCES HUMAINES ET DE RÉMUNÉRATION DU CONSEIL D ADMINISTRATION DE TIM HORTONS INC.

L huissier de justice

MUTUELLE DES PERSONNELS DU MINISTERE DE LA FONCTION PUBLIQUE ET DE LA REFORME ADMINISTRATIVE (MUFOPRA)

CESSATION DES OPÉRATIONS D ASSURANCE AU CANADA DES SOCIÉTÉS D ASSURANCES ÉTRANGÈRES

Association déclarée régie par la Loi de Siège Social : 48, Boulevard Jourdan PARIS S T A T U T S TITRE I : DISPOSITIONS GENERALES

Le rôle du syndic. Introduction

Décrets, arrêtés, circulaires

LA DÉCISION D'URGENCE PROPOS INTRODUCTIFS

REUNION DU CONSEIL MUNICIPAL DU 5 FEVRIER 2015

Adaptation de l organigramme à des clubs de diverses importances. Avantages de l organigramme modèle. Clubs à effectif limité

Statuts de la Fédération Européenne de Psychothérapie Psychanalytique Suisse Romande

ASSOCIATION «HABITER ENFIN!» Loi de 1901 STATUTS

CONTRAT DE SYNDIC n Conforme à l'avis du Conseil National de la Consommation du 27 septembre 2007 et arrêté NOVELLI du 19 mars 2010

Conseil d Etablissement des établissements primaire et secondaire de Renens Règlement

STATUTS DE L ASSOCIATION DES FAMILLES DE CHARENTON-LE-PONT ***********

Problèmes pratiques insolvabilité des consommateurs

Statuts et Règlement Intérieur de l Union des Associations Suisses de France

CAHIER DES GARANTIES ET ASSURANCES

AVIS D OUVERTURE DE L OFFRE SUR LES ACTIONS DE LA SOCIETE «BEST LEASE»

Vente immobilière Mode d emploi

Statuts de l Association Internationale de Psychiatrie de l Enfant et de l Adolescents, et des Professions Associées Constitution Amendé 2004

I. Raison sociale But Durée Siège

«Pour une formation professionnelle duale en Suisse»

Loi sur le Tribunal fédéral des brevets

RÈGLEMENTS DE LA CAISSE NATIONALE DE GRÈVE

REUSSIR VOTRE ACHAT IMMOBILIER. Les frais annexes

Statuts. Association suisse des Diffuseurs, Éditeurs et Libraires (ASDEL) adoptés le 16 juin 2003 TABLE DES MATIÈRES

STATUTS DE L UNION TECHNIQUE DE LA MUTUALITE MALIENNE

Service Intercommunal d Aide au Classement et à la Valorisation des Archives FICHE INFORMATIVE N 2 L A COMMU N IC AT I O N DES AR C HIVES

STATUTS - Association loi

La responsabilitié civile... vous connaissez?

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS. b) a annulé ce jugement rendu le 7 avril 2006 par le tribunal administratif de Nice (article 1er) ;

Avant-projet de loi sur l information et l accès aux documents pour le canton de Fribourg

VOTRE ACTIVITE. Le vendeur colporteur de presse a un statut spécifique, tant sur le plan social et administratif, que sur le plan fiscal.

Consolidation du budget l Etat répercussions sur le secteur communal. Prise de position du SYVICOL

DEMANDE D OUVERTURE D UNE PROCEDURE DE SAUVEGARDE

Statuts de l Association TARPUY Suisse

Règlement intérieur de l Université Sorbonne Paris Cité

Conditions générales de prestations de services

Qui peut être élu conseiller municipal, devenir maire ou adjoint? Les règles d inéligibilités et d incompatibilités

ASSOCIATION SUISSE POUR LA QUALITE DANS LES SOINS PALLIATIFS STATUTS. Art.1

N 25/ 07. du Numéro 2394 du registre.

QUESTIONS/REPONSES : L ASSOCIATION ET SON FONCTIONNEMENT

DISPOSITIONS GÉNÉRALES

ARRETE n 333 CM du 10 avril 2006 portant fixation du tarif des huissiers en matière civile et commerciale. (JOPF du 20 avril 2006, n 16, p.

Insolvabilité et faillite : Quoi faire???

III MEMBRES I BUTS II SIÈGE

ERREUR DANS LE CALCUL DU COMPTE DE DIVIDENDE EN CAPITAL

PROJET D ARTICLES SUR LA RESPONSABILITE DE L ÉTAT POUR FAIT INTERNATIONALEMENT ILLICITE

Bulletin municipal de la Commune de Rougegoutte

VSMR. Association suisse de recyclage du fer, du métal et du papier S T A T U T S

92 AQ. SOCIÉTÉ ANONYME DES MINES DE HOUILLE DE BLANZY

Loi organique relative à la Haute Cour

Contrat Syndic de Droit

PROJET D ARTICLES SUR LA RESPONSABILITE DE L ÉTAT POUR FAIT INTERNATIONALEMENT ILLICITE

Le non-paiement répété par la société de la dette d impôt en matière de TVA, est, sauf preuve du contraire, présumé résulter d une faute.

Convocations. Assemblées d'actionnaires et de porteurs de parts. Ales Groupe. Société anonyme au capital de Euros

Le fonctionnement du CHSCT

STATUTS Association Cantonale d Animation de la Combe de Savoie. Titre 1 : Constitution, objet, siège social, durée

ASSOCIATION NATIONALE DES SOUS-OFFICIERS DE RESERVE DE L ARMÉE DE L AIR

Rôle n A - Exercices d imposition 2001 et Intérêts sur un compte courant créditeur et requalification en dividendes

STATUTS I- L ASSOCIATION : Article 1 er. Article 2. Article 3. Association loi 1901

S I M O N, D A C O S T A & C A T R O U

LOI ALUR : Quoi de nouveau dans les copropriétés?

BAREME INDICATIF DES HONORAIRES

CONSERVATION DES DOCUMENTS :

MANDAT DU COMITÉ DE PLACEMENT DU FONDS DE PENSION BANQUE DU CANADA

Procès-verbal de l Assemblée Générale Extraordinaire du 4 février 2012

CONDITIONS GÉNÉRALES

Statuts de l Association des Anciens du Master Conseil Editorial, Paris-Sorbonne (Paris IV)

Transcription:

Les Syndics Généraux du Pays de Labourd AVANT 1789 J ai déjà parlé plusieurs fois dans la Revue Internationale des institutions qui régissaient le pays de Labourd avant la Révolution française 1. J ai déjà dit que sous l ancien régime ce pays était administré par un Bailli, qui était nommé par le roi et qui réunissait dans ses mains toutes les attributions de la puissance publique. Pour l aider dans ses fonctions multiples, le Bailli avait plusieurs auxiliaires. Il avait un Lieutenant général qui tenait les audiences de la cour d Ustaritz et expédiait toutes les affaires judiciaires, soit au civil, soit au criminel. Les affaires financières et administratives étaient confiées au Syndic général du pays de Labourd. A la différence du bailli et de son lieutenant, le Syndic n était pas un officier royal. Il était élu par le Bilçar d Ustaritz, c est-à-dire par l assemblée des maires-abbés de toutes les paroisses. Il était donc le représentant des habitants du Labourd, et en quelque sorte leur défenseur contre les prétentions et les entreprises, quelquefois exagérées, des fonctionnaires royaux. Il semble que cette institution n a pris naissance qu à une époque assez moderne, quand l extension des Procureurs du roi et la création des Intendants donnèrent au pouvoir monarchique une rigueur de fait qu il n avait pas eue jusque-là. L existence d un Syndic général représentant l ensemble des habitants d une façon permanente n est pas spéciale au pays de Labourd. On trouve des syndics dans plusieurs contrées voisines de la nôtre et ils étaient fréquents dans la région pyrénéenne. Ainsi dans la Basse-Navarre, les pays de Mixe, Cize et Ostabarret avaient chacun leur syndic particulier. Depuis 1673, on 1. Voir année 1907, pp, 72, 469; année 1908, p. 195.

P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 385 voit paraître un Syndic général de Navarre. En Soule, il y avait deux syndics, un pour la noblesse et un autre pour les paroisses. On en connaît les titulaires depuis 1467. Ils étaient nommés tous les deux par les États de Béarn 1. Les États de Bigorre nommaient aussi syndic particulier pour la noblesse, et un syndic général qui était le chargé d affaires de toute la province. Enfin le pays de Nébousan, situé entre la Bigorre et le Comminges, possédait un syndic annuel qui gérait les affaires concernant le général du pays 2. Le Syndic de Labourd est mentionné pour la première fois en 1513, à propos de la réformation des Coutumes du pays. Pierre Mondot de la Marthonie. Premier président du Parlement de Bordeaux et commissaire royal pour la rédaction des Coutumes dans la sénéchaussée des Lannes, s était transporté à Dax, au mois d octobre de la susdite année, et avait convoqué en réunion plénière tous les délégués de la sénéchaussée. Le procès-verbal de cette réunion a été publié par M. Puyau clans la Revue de Béarn, Navarre et Lannes (année 1885, page 154). On y voit figurer un Dabarosne, syndic du Labourd, qui intervient dans la discussion pour se plaindre des Bayonnais et de leurs prétentions exorbitantes. Le nom de ce personnage fait voir qu il était étranger an pays basque, et l on peut croire que sa mission était seulement temporaire et limitée. Plusieurs syndics, qui viennent ensuite, paraissent eus aussi avoir été choisis en vue d affaires isolées et avec un mandat passager. Ainsi quelques années plus tard, en 1551, une difficulté survenue entre Bayonnais et Labourdins donna lieu de la part de ceux-ci à la nomination d un syndic, chargé de poursuivre leurs droits devant Lon tes les juridictions. Ce syndic fut Anthoine Dithurbide, licencié en droits, qui était déjà lieutenant du bailliage. Il fut nommé par acte de d Echegoyen, notaire à Ustaritz, et porta devant le Parlement de Bordeaux le procès qu il était chargé de 3 soutenir. Mais à cette époque les procès duraient longtemps. Celui qui nous occupe se prolongea pendant cinquante et un an. Il ne prit fin qu en 1603, et pendant cette longue procédure, le syndic qui représentait le Labourd dut être remplacé plusieurs fois. C est 1. Paul Raymond, Inventaire des Archives des Basses-Pyrénées, Série C, préface. 2. L. Ricaud, Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées, année 1903, p. 273. Le pays de Nébouzan avait pour capitale Saint-Gaudens. 3. Archives de Bayonne, FF. 420, pp. 6 et 50.

386 P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX donc peut-être la durée anormale de ce procès qui amena, d une façon indirecte, la permanence du syndic. C est peut-être cette affaire qui habitua les Labourdins à remplacer leur représentant, dès que le titulaire en exercice venait à cesser ses fonctions. Ce qu il y a de certain, c est qu à partir de 1603, les syndics de Labourd se succèdent régulièrement. Leurs attributions se précisent; peu à peu elles s augmentent et se généralisent de telle sorte que l administration civile du pays passe presque tout entière entre leurs mains. Ils correspondaient d un côté avec les maires-abbés de toutes les paroisses et de l autre avec tous les fonctionnaires royaux, notamment avec l Intendant de Guyenne et le Gouverneur de Bayonne. Ils étaient les trésoriers du pays, c est-k-dire qu ils percevaient les taxes imposées au Labourd et les versaient entre les mains des Receveurs généraux. Enfin ils avaient le droit de provoquer la réunion du Bilçar d Ustaritz chaque fois qu ils le jugeaient nécessaire. Il suffit de parcourir l Inventaire de Planthion, les registres du Bilçar conservés aux archives des Basses-Pyrénées, et les vieux registres municipaux conservés dans nos mairies de campagne, pour se faire une idée du nombre et de la variété des affaires dont s occupait le Syndic : immunités et franchises du pays, routes, ponts et moulins à réparer, surveillance des bohémiens, poursuite des vagabonds, procès à faire ou à soutenir, épidémies, épizooties, mauvaises récoltes, disette des grains, pénurie des bestiaux, passage des troupes et des grands personnages, etc. Comme trésorier du Pays, le Syndic avait une comptabilité et une manipulation de fonds considérable, puisqu il recevait de chaque commune les sommes destinées au paiement des impositions générales et à l acquit des charges spéciales du Labourd. Les impositions générales étaient celles qui se percevaient au profit du Trésor royal. Elles étaient représentées par un abonnement, c est-à-dire par une somme invariable, fixée à l origine par le Conseil du roi et remise chaque année aux agents du Trésor. L abonnement était en général renouvelé tous les six ans. Le montant en était réparti par le Syndic, entre toutes les communes, au prorata de leur population. Le tableau de cette répartition s appelait le cadastre. Les nobles du pays en supportaient le huitième. A la fin du XVIII e siècle, l ensemble des impositions

P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 387 directes supportées par le Labourd s élevaient à 60.000 livres environ 1. Chaque commune était libre d assurer, comme elle l entendait, la part d impositions mise à sa charge. Les unes y affectaient le revenu des biens communaux : bois, moulins, pâturages. Les autres créaient des taxes locales, en général un droit sur les débitants de boissons, qu on appelait la mayade, parce que cette taxe était payable au mois de mai (en basque mayatza). Les charges spéciales au Pays se composaient de certaines dépenses votées par le Bilçar, telles que l entretien des ponts et des routes, les frais de poursuite des malfaiteurs, la nourriture des prisonniers, la fontaine de Cambo, les honoraires des avocats et procureurs chargés des procès du pays, les frais d administration du Syndic et surtout les avances qu il faisait pendant le cours de sa gestion. Il arrivait, en effet, d une façon invariable que les communautés étaient toujours en retard pour remettre au syndic leur part des impositions. Aussi pour empêcher les agents du fisc d exerter des poursuites contre les habitants, les syndics faisaient de leurs propres deniers les avances de l arriéré. Ces avances étaient portées dans le compte que les syndics rendaient de temps en temps au Bilçar, en général tous les deux ans. Ils nommaient deux auditeurs de comptes, le Bilçar en nommait deux autres, et ces quatre mandataires, réunis au Procureur du roy, vérifiaient le compte et les pièces à l appui. Ils arrêtaient le total de la recette, celui de la dépense et enfin le chiffre du reliqual. Ce reliquat était toujours en faveur du Syndic. Celui-ci restait créancier des communautés d une somme qui n était jamais inférieure à 6 ou 8.000 livres. Dans le courant du XVIII e siècle, les contributions imposées au Labourd s étant beaucoup augmentées, les avances des syndics augmentèrent aussi. Elles s élevaient en 1760, à 20.848 livres; en 1783, à 33.236 livres. Déjà en 1.759, elles s étaient montées à 44.777 livres. Ces chiffres considérables ont été quelquefois dépassés. En 1724, le syndic restait créancier de 69.099 livres, et en 1781 de 80.022 livres. En 1789, suivant le dernier compte reçu par le Bilçar avant de disparaître, il était dû au syndic 68.303 livres 2. 1. Cahier des Doléances du Pays de Labourd, en 1789. 2. Registres du Bilçar, aux années indiquées.

388 P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX Comme les syndics étaient pour la plupart des notaires de campagne ou de modestes propriétaires, on a peine à comprendre comment ils pouvaient avancer des sommes aussi fortes. Il est probable qu ils étaient obligés de les emprunter à des banquiers, et qu en devenant créanciers du pays, ils s endettaient euxmêmes personnellement. Voilà sans doute pourquoi les syndics, quand ils demandaient au Bilçar de les remplacer, ne manquaient jamais de faire valoir le mauvais état de leurs affaires personnelles, qu ils avaient négligées, disaient-ils, pour celles du pays. Le Bilçar, après avoir approuvé le compte du syndic arrêté par les auditeurs, imposai1 aux communes le montant des avances qu il avait faites, et en sus les intérêts de ces avances. Jamais il n allouait aux syndics ni honoraires, ni indemnité de gestion. La charge a été toujours gratuite. Cette gratuité rend encore plus méritoire le dévouement avec lequel les syndics supportaient, non seulement toutes les brèches faites à leur fortune privée, mais encore tous les ennuis que la perception des impôts faisait retomber sur leur tête. Constamment harcelés par les Receveurs généraux, par les Intendants, par les agents du Trésor, qui les rendaient responsables du retard des paiements; sans cesse menacés de la contrainte par corps, et de poursuites personnelles, les syndics souffraient tout, plutôt que de laisser entamer ce qu ils appelaient la constitution et les franchises du Pays. En 1728, le syndic Hirriart se laisse incarcérer et demeure en prison jusqu à ce que les communautés en retard aient acquitté ce qu elles devaient à l État. En 1735, à raison des impôts arriérés de l année précédente, le syndic de Ségure est mis en demeure par l Intendant de lui faire connaître les communautés en retard : l intendant veut poursuivre directement les maires et jurats qui sont à leur tête. Le syndic refuse de les nommer; ç eût été compromettre les privilèges du Labourd. On lui envoie comme garnissaires deux cavaliers de la maréchaussée qu il est obligé de loger et d entretenir. Le syndic ne cède pas. On l incarcère, et enfin le Bilçar ordonne aux communes de solder au plus tôt ce qu elles restent devoir 1. A la mort du syndic Darrancette, en 1758, le pays devait au Trésor près de 100.000 livres d impôts arriérés. Un garnissaire 1. Registres du Bilçar. Séance du 1 er juin 1735.

P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 389 est placé chez son successeur le syndic Délissalde. Celui-ci ne peut arriver à verser une somme aussi élevée. L intendant de la province le mande auprès de lui, l interroge et règle par l ordonnance suivante le recouvrement des sommes restant encore dues. Le pays devra payer à l Etat : le tiers de ces sommes clans trois mois, un autre tiers dans six mois et le dernier tiers dans un an. Le Bilçar accepta ce règlement, qui fut fidèlement exécuté 1. Mais bientôt après le déficit recommence. Le 9 mars 1764, le Syndic représente au Bilçar qu il a chez lui, depuis sept mois; deux garnissaires qui lui coûtent dix livres par jour. Et la seule faveur qu il demande, c est que le pays prenne à sa charge les frais de cet entretien dispendieux. Le Bilçar lui accorde cette satisfaction et ordonne aux communautés de faire les plus grands efforts pour remettre au syndic leurs quote-parts des impositions 2. Cet esprit d indépendance de la part des syndics, cette énergie constante à défendre les libertés locales ne pouvaient que déplaire aux officiers royaux de cette époque. Ceux-ci représentaient un pouvoir absolu et en cherchant à le défendre, ils tendaient toujours à augmenter ses prérogatives. Aussi voyons-nous, à plusieurs reprises, des conflits sérieux se produire entre les syndics de Labourd et les fonctionnaires de l État. En 1658, sous le règne de Louis XIV, M. d Arcangues, procureur du roi au bailliage de Labourd, ayant à se plaindre du syndic Chourio, convoque le Bilçar et lui fait donner un successeur. Chourio proteste avec la plus grande énergie. Il soutient que les officiers du roi ne peuvent ni convoquer le Bilçar, ni lui soumettre des propositions. Il affirme que seul le syndic possède ce droit. Le procureur du roi veut passer outre. Alors Chourio s insurge. Il arme des partisans qui vont piller la maison de M. d Arcangues et la mettent à sac. Ils se répandent ensuite dans le pays et y commettent partout des excès et des rapines. La mort-inopinée de Chourio met fin à ces désordres. Ses partisans se débandèrent, le calme se rétablit et le Bilçar imposa au Pays une contribution de 139.500 livres pour indemniser ceux qui avaient subi des pertes pendant la durée de ces troubles. 1. Registres du Bilçar. Séances du 25 avril 1759 et 31 mars 1761. 2. Ibid. Séance du 9 mars 1764.

390 P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX Quelques années plus tard, les syndics de Labourd furent menacés d une suppression pure et simple, au profit des officiers royaux. Jean de Hiriart, qui avait succédé à M. d Arcangues comme procureur du roi au bailliage d Ustaritz, sollicita et obtint moyennant finance des Lettres patentes, datées du 26 avril 1696, qui, pour remplacer la fonction élective du syndic général, créaient un office nouveau et conféraient audit de Hiriart le titre et les attributions de procureur-syndic du pays de Labourd. Le nouveau titulaire se fit recevoir dans sa charge le 31 octobre 1696 et prétendit exercer cette charge à l encontre de Jean d Artaguiette, syndic nommé par le Bilçar. De là protestation véhémente du Bilçar et procès intenté sur son ordre par le syndic électif. Les procès de ce genre n étaient pas rares sous l ancien régime. On ne pouvait pas réclamer la nullité de l office créé par le roi, puisque cette création était une prérogative de son pouvoir absolu. Mais on attaquait le nouveau titulaire en soutenant qu il avait obtenu cette création par surprise, à l insu des intéressés, en violation des libertés séculaires du pays, au détriment du bien public. En général, ces affaires se terminaient par un règlement d indemnité. C est ce qui arriva dans le procès fait à Jean de Hiriart. Au mois de juin 1697, un arrêt du Conseil d État incorporait la charge de syndic au pays de Labourd, à la condition de payer 4.500 livres au titulaire pourvu pas le roi. C està-dire que moyennant le paiement de cette somme, les Labourdins étaient pour l avenir maîtres des fonctions du syndic et libres d en choisir le titulaire. Cet arrêt fut exécuté sans retard. Le 6 octobre 1697 la somme de 4.500 livres Fut comptée à Hiriart, par devant M e Dubourg, notaire à Bayonne, au nom des habitants et des communautés du pays de Labourd. En échange, il remit au syndic d Artaguiette les Lettres de provisions qu il avait obtenues du roi et l acte de réception dans la charge créée en sa faveur 1. Les syndics restèrent donc ce qu ils étaient : élus par le Bilçar et mandataires du pays. Je terminerai cette étude en donnant la liste des syndics de Labourd. Il est juste, en effet, de sauver de l oubli et de faire 1. Étude actuelle de M e Clérisse, notaire.

P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 391 connaître les noms de ces modestes fonctionnaires, de ces Basques ignorés et intraitables, qui défendirent avec tant de constance et d abnégation l indépendance administrative de leur petite patrie. Liste des Syndics généraux du Pays de Labourd. 1513. DABAROSNE (Revue de Béarn, III, page 163). 1545. MARTIN DE MONDUTÉGUY (Planthion). 1551. ANTHOINE DITHURBIDE (Arch. de Bay., FF. 420). 1568-69. MIGUEL ou MICHEAU D ETCHELARTE, d Urrugne (reg. d Ustaritz). 1577. PÉTRY D UHALDE, de Cambo (Arch. de Bay., FF. 420). 1584. PIERRE D UHALDE, de Cambo (Arch. de Bay., CC. 12). 1591-1593. SAUB AT D ARMORE, notaire à Saint-Pée (Arch. de Bay., FF. 420). 1597. JEAN DE LATZAGUE (Planthion.). 1599-1603. CHARLES D ETCHÉGOYEN, avocat à Ustaritz (Arch. de Ray., FF. 404). 1618. PIERRE D ETCHÉGOYEN, avocat à Ustaritz (Arch. de Bay., FF. 434). 1624-1626. GUYON DE B IDÉGARAY, notaire royal à Ustaritz (registres d Ustaritz). 1632-1634. MARTIN DE M ONDUTÉGUY, notaire royal à Ustaritz (Planthion). 1636. PIERRE D URRUTY, avocat à Ustaritz (Planthion). 1643. PIERRE DE BIDART, d Ustaritz (Planthion). 1646. PIERRE DE LAMASSE, d Ustaritz (Planthion). 1653. MARTIN DE CHOURIO, notaire à Ascain (papiers d Urtubie). l657. PIERRE D URRUTY, avocat à Ustaritz (papiers d Urtubie). 1659. BERNARD DE LATZAGUE (registres d Ustaritz). 1667. PIERRE D HARISMIENDY-LAMOTHE, de Villefranque (papiers d Arcangues). 1670. PIERRE D UVERRGER, sieur d Olhaberriette 1, à Ustaritz (Planthion). 1671-1672. PIERRE DE LAMASSE (Planthion). 1. Dans le langage de l'époque sieur signifiait propriétaires, maître de maison.

392 P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 1673. MARTIN DE M OLÈRES, notaire à Ustaritz (Planthion). 1674. PIERRE DUVERGIER, d Olhaberriette (reg. d Ustaritz). 1675. MARTIN DE M OLÈRES (reg. d Ustaritz). 1678. PIERRE DE M ONDUTÉGUY, avocat à Ustaritz (registres d Ustaritz). 1679. JEAN D URRUTY, d Ustaritz (reg. d Ustaritz). 1680. DOMINIQUE DE HABANS, avocat à Ustaritz (Planthion). 1683-84. BERNARD DE H IRIART, sieur d Arossa, à Ustaritz (Planthion). 1685-86. JEAN D ARTAGUIETTE, sieur d Iron, à Mendionde (reg. d Ustaritz). 1687-88. JEAN DUHULQUE, notaire à Urrugne (reg. d Ustaritz). 1689. LOUIS D UCASALAR, notaire à Hasparren (Planthion). 1690-91. MARTIN DE M OLÈRES (Planthion). 1692-1694. BERNARD DE LATZAGUE (Planthion). 1694-98. JEAN D ARTAGUIETTE, sieur d Iron (Planthion). JEAN DE H IRIART, nommé par Lettres royales, renonce à son titre moyennant une indemnité de 4.500 II. 1698-1708. DUHALDE D IRIBARREN (reg. d Ustaritz). 1708-1714. JEAN DE PLANTHION, notaire à Biarritz 1, fit imprimer l Inventaire des titres et documents concernant le pays et conservés au siège du bailliage, à Ustaritz. 1714-1721. MARTIN D UHALDE-DAGUERRE, notaire à Villefranque, élu le 4 juillet 1714. 1721-1725. BERNARD DOLHABIDE, d Ainhoa, capitaine au régiment de Labourd, élu le 12 août 1721. 1725-1730. SALVADOR DE H IRIART, notaire à Hasparren, élu le 10 octobre 1725. 1730-1734. PIERRE DE S ÉGURE, notaire à Larressorre, élu le- 11 janvier 1730. 1734-1745. LAURENT D ÉLISSALDE, no taire à Villefranque, élu le 10 décembre 1734. 1745-1751. BERTRAND DE PLANTHION, habitant d Arcangues, et notaire à Biarritz, élu le..... (lacune dans le Registre). 1754-1758. PIERRE DARANCETTE, notaire à Cambo, élu le 17 mai 175l, décédé en fonctions le 30 octobre 1758. 1758-1770. PIERRE LAURENT DÉLISSALDE-LEHET, notaire à Espelette, élu le 17 novembre 1758. 1. A partir de Jean de Planthion la liste des syndics a été établie d après les Registres du Bilçar, conservés à Pau, Archives Départementales.

P. Yturbide. LES SYNDICS GÉNÉRAUX 393 1770-1777. PIERRE D AMESTOY, notaire royal à Bardos, élu le 24 décembre 1770, 1777-1781. LOUIS DOMINIQUE HARRAMBILLAGUE, notaire à Hasparien, élu le 5 février 1777. 1781-1739. PIERRE H ARAMBOURE, notaire à Sare, élu le 13 février 1781. 1789 (24 septembre). PIERRE EUSTACHE D HIRIART, avocat, notaire à Saint-Jean de Luz, ne resta en fonctions que quelques mois. En 1790, au moment de la création du district d Ustaritz, il devint procureur syndic du Directoire qui administrait ce district. La liste qui précède a été faite d après l Inventaire de Planthion, les procès-verbaux du Bilçar, les vieux registres paroissiaux d Ustaritz, et quelques documents particuliers. Elle est évidemment incomplète, et si quelqu un de mes lecteurs était à même d en combler des lacunes, je lui serais reconnaissant de me signaler les syndics qui auraient échappé à mes recherches. P. YTURBIDE.