Penser, parler, lire, écrire (l analyse est nourrie par les apports de Viviane Bouysse) Introduction La problématique est présentée en référence aux textes institutionnels actuellement en vigueur (les programmes de 2008, un document ressource pour faire la classe, Le langage à l école maternelle, le Référentiel de l éducation prioritaire). L analyse s appuie également sur les nouveaux programmes de la maternelle, applicables dès la rentrée de septembre 2015, et sur le projet du nouveau socle commun, dont le premier domaine est celui des langages pour penser et communiquer. Dans ces nouveaux textes, le rôle du langage paraît fondamental pour le développement de la pensée et essentiel pour les apprentissages. De la maternelle à l élémentaire, l appropriation du langage repose sur la mise en œuvre de compétences orales, que ce soit dans les activités de production ou dans les activités de réception. Les compétences acquises dans les situations de langage oral constituent une base sur laquelle pourront se construire les compétences propres à l écrit. En d autres termes, si, au cours de sa scolarité, l élève est placé dans des situations qui lui permettent de construire des compétences au niveau du langage oral (en production comme en réception), alors il pourra aborder plus aisément les situations de l écrit. Les activités d expression Le langage à l école maternelle A l école maternelle, le langage est le pivot des apprentissages ; d une part, il constitue un puissant levier pour l activité cognitive, et d autre part, il transforme la manière de penser. - L appropriation du langage est d abord envisagée, à travers les échanges : avec l aide de l enseignant, l enfant apprend à échanger. En participant à la conversation, principalement dans des situations de jeux, dans les situations où la créativité est sollicitée, dans les situations problèmes, l enfant se construit comme individu au sein d un groupe ; il se socialise par le langage. L enseignant régule et dynamise la communication ; il explicite ce qui est attendu des enfants ; il soutient le langage de l enfant. Le langage de l enseignant doit faire l objet de toutes les attentions, car il 1
est le vecteur des apprentissages linguistiques (utilisation de certaines tournures), cognitifs (il renvoie aux notions en cours d apprentissage), et sociaux (le langage utilisé à l école n est pas celui de la rue). - Le langage est également utilisé pour accompagner l action : c est d abord l enseignant qui met des mots sur les situations _ Tu vois, Mylène saute dans les cerceaux et monte à l échelle _ puis il sollicite les enfants. Toute séance dans les différents champs disciplinaires, devrait viser la mise en œuvre de compétences spécifiques et de compétences linguistiques : réinvestir le vocabulaire, utiliser des phrases simples complètes ou des phrases complexes - Enfin, le langage sert à relater ce qui n est pas là : un événement vécu (dans la vie de l école), un événement à venir (projet), un événement imaginaire (l histoire qui a été entendue). L élève peut alors produire un texte en le dictant à l adulte : dans cette activité, le passage du langage oral vers l écrit est rendu visible. C est par la pratique de telles situations langagières que l élève pourra entrer dans l écrit. Les compétences mises en oeuvre - Dans les échanges, l enfant apprend à coopérer avec son interlocuteur : a minima, il sait de quoi l on parle et se sent impliqué dans la conversation. Il donne l information nécessaire et développe sa pensée, en allant au-delà d une seule réponse; il se fait comprendre, tout en restant dans le propos. - Lorsqu il utilise le langage d évocation, l enfant doit planifier, mobiliser ses connaissances, ses idées, faire progresser l information en suivant un fil conducteur, en évitant de se contredire. Il doit aussi mobiliser tous les moyens linguistiques dont il dispose pour évoquer ce qui est n est pas présent car il ne peut pas compenser avec des indices de situation («Je suis allé là»). Mettre en mots nécessite d utiliser un vocabulaire adapté, des substituts anaphoriques, des connecteurs logiques et temporels. Enfin, évoquer ce qui est absent, c est aussi faire fonctionner sa mémoire. Le langage à l école élémentaire A l école élémentaire, les situations d expression orale restent indiquées, dans la cohérence de ce qui a été fait en maternelle. C est par la pratique de l oral à tous les niveaux de l école 2
et dans les différentes disciplines que l élève pourra communiquer, exprimer sa pensée et travailler: prendre la parole, poser des questions, s exprimer, reformuler, résumer, raconter (un événement historique), décrire (une expérience en sciences), expliciter un raisonnement, présenter des arguments et dire de mémoire. D une part, la verbalisation oblige l élève à organiser son propos, à clarifier ses idées. D autre part, c est en utilisant ces conduites langagières, que l élève apprend à mieux s exprimer, avec l aide de l enseignant et de ses pairs. Il est donc indispensable que l enseignant ne fasse pas semblant de comprendre, si le propos manque de clarté ; il faut faire reformuler, poser des questions Ce sont ces sollicitations qui vont permettre à l élève, dans la durée, de mieux structurer son propos, d utiliser un vocabulaire plus précis. Au CP et au CE1, il convient consolider le langage d évocation, notamment par la dictée à l adulte. Les compétences mises en oeuvre Pour échanger, parler en situation, évoquer ce qui est absent ou imaginaire, les compétences mises en œuvre sont les mêmes qu à la maternelle, mais elles s exercent dans des situations plus variées et plus complexes. A l école élémentaire, l élève utilise un vocabulaire plus riche, plus précis, dans des phrases mieux construites. Utiliser un vocabulaire plus riche ne signifie pas étaler des mots rares ; il s agit plutôt de réinvestir à bon escient un vocabulaire adapté aux situations de la vie scolaire, proches du vécu ou encore le vocabulaire contenu dans les albums de littérature. S exprimer à l écrit A l école élémentaire, l entrée dans l écrit, déjà préparée en maternelle, est incontournable. D abord l écriture est une activité manuelle de motricité fine par la graphie. Elle est pratiquée quotidiennement pour devenir plus régulière, rapide et soignée. Dans les premières classes de l école élémentaire, l accent est mis sur la copie, sur les écrits courts et réguliers. Il y a nécessité de réfléchir à la pertinence de la trace écrite : mieux vaut une phrase élaborée collectivement et qui fasse sens pour les élèves, plutôt que la photocopie d un long résumé. 3
L écriture est aussi un outil d expression ; au cycle 3, la rédaction est une priorité et fait l objet d un apprentissage régulier et progressif : les élèves apprennent à narrer des faits réels, à décrire, à expliquer une démarche, à justifier une réponse, à inventer des histoires, à résumer des récits, à écrire un poème. Ils sont entraînés à corriger, et à améliorer leurs productions, en ayant recours aux outils de la langue ainsi qu aux manuels, dictionnaires, répertoires mis à disposition Les compétences mobilisées à l écrit sont pour partie identiques à celles qui ont été convoquées à l oral : il faut planifier, c est-à-dire mobiliser ses idées, ses connaissances en fonction du type de texte à rédiger : s agit-il d ajouter une péripétie à une intrigue policière? Est-il question de décrire un paysage en géographie? Les compétences spécifiques à l écrit concernent l utilisation des outils de la langue : orthographe, conjugaison, ponctuation, présentation du texte Produire un texte requiert une vigilance particulière sur trois points : La cohérence : le texte doit suivre un fil conducteur, avec certaines reprises d information, mais aussi des informations nouvelles pour maintenir l intérêt du destinataire, tout en évitant les contradictions par rapport aux connaissances du monde, et par rapport aux épisodes précédents. La cohésion : elle repose sur l utilisation des anaphores et des connecteurs. Le rendu des temps avec l utilisation d un système centré sur le passé simple (le récit) ou avec l emploi d un système centré sur le présent (le discours). Les activités de compréhension La maîtrise des compétences en compréhension orale constitue une base indispensable à la compréhension du langage écrit. A l école, l activité de compréhension s exerce principalement sur les consignes et le récit. - Pour réussir, il faut comprendre des consignes (simples ou complexes) ; s approprier une consigne, ce n est pas seulement comprendre un lexique particulier ; cette compétence est aussi liée à la langue de scolarisation, aux contenus d enseignement. - Dès l école maternelle, l enseignant raconte des histoires, en restituant le texte avec ses propres mots de manière à être bien compris ; il lit des albums, c est-à-dire oralise 4
fidèlement ce qui est écrit. Avec la littérature de jeunesse, l enfant découvre un univers culturel particulier ; la langue utilisée est celle du récit avec des tournures choisies, des structures travaillées. Dès la maternelle, il y a tout intérêt à proposer des lectures en réseaux sur des thèmes, des personnages, des auteurs. L enjeu est d enrichir la mémoire littéraire, en faisnat des comparaisons, en repérant les analogies, les différences. On privilégiera les albums qui présentent un monde accessible aux enfants. Si ce n est pas le cas, il faut intervenir avant la lecture : nourrir les élèves pour les aider à construire un univers de référence. Les compétences mises en oeuvre La construction des compétences de compréhension chez l enfant est liée au guidage de l enseignant. Quelques pistes intéressantes pour susciter une attitude active : faire formuler des hypothèses sur la suite de l histoire, faire commenter une illustration, aider l élève à formuler le sens d un épisode, à relier sa signification à l épisode précédent, à formuler ce qui motive l action des personnages. Les compétences mises en œuvre dans les situations de compréhension orale sont : L écoute, l attention La mémorisation La réalisation d inférences (anaphores _ Soudain, le petit chaperon rouge se trouva face au loup ; le montre n avait qu une idée en tête, la dévorer, inférences logiques, pragmatiques _ Aline met son maillot de bain, prend sa bouée et rejoint sa maîtresse. Où est Aline?). Un entraînement régulier à la production des inférences permet d améliorer significativement la compréhension. L élaboration du sens au niveau global, au niveau local. A l école élémentaire, l enseignant continue à lire à haute voix et l élève passe progressivement de la compréhension orale à la compréhension écrite ; au cycle 3, la compréhension devient plus importante sur le versant de l écrit. Elle s exerce principalement sur des textes documentaires et sur des textes littéraires, pour lesquels l univers de référence n est pas nécessairement connu. 5
Ce n est pas par la pratique des questionnaires écrits que l élève apprend à comprendre. Comme à la maternelle, l enseignant aide les élèves à construire l univers de référence ; préalablement à la lecture, il peut présenter des photos, des documentaires, faire des liens interdisciplinaires, expliquer le vocabulaire nouveau. Les compétences mises en œuvre A l écrit comme à l oral, l élève doit principalement élaborer le sens, traiter les anaphores, produire des inférences. Les compétences spécifiques mises en œuvre dans les situations d écrit sont l identification des mots et le traitement de la syntaxe. Pour comprendre un texte écrit, l élève doit pouvoir traiter le sens à l échelle des mots et comprendre les relations de sens entre les groupes de mots, c est-à-dire saisir l organisation syntaxique de la phrase. L identification des mots doit être suffisamment automatisée pour que l élève puisse se concentrer sur le sens de la phrase, du paragraphe, du texte. Au cours de sa scolarité, l élève gagne en vitesse au niveau de l identification des mots; l efficacité va de paire avec une familiarité plus grande des différents types de textes. La compréhension de textes documentaires demande une flexibilité plus grande de la part du lecteur ; celui-ci doit faire des interactions entre le texte, l image, les titres gagnerait à être davantage enseignée. Elle 6