Chapitre 2 : Classification et reconnaissance des poissons La Wallonie compte 53 espèces de poissons (3 espèces de lamproies et 50 espèces de poissons osseux) mais certaines d entres elles sont disparues, rares ou très localisées. Parmi ces 53 espèces, 12 ont été introduites et 41 sont indigènes ou considérées comme telles. Les poissons peuvent être divisés en poissons cartilagineux (raies et requins non représentés en eaux douces) et en poissons osseux (vrais poissons osseux ou classe des Téléostéens). Ceux-ci sont répartis en ordres et en familles. Les agnathes, dépourvus de mâchoires, sont classés à part. Ordre des SALMONIFORMES Famille des SALMONIDES Les salmonidés ont un corps fusiforme et une grande bouche garnie de dents. Ils possèdent une nageoire adipeuse dépourvue de rayons. Leurs écailles sont plutôt petites. Les différentes espèces ont une forte propension à former des races locales. La Truite Fario ou truite de rivière (Salmo trutta Fario) La truite Fario a un corps fusiforme parsemé de points rouges; son ventre est jaunâtre et sa queue presque droite sans taches noires; sa mâchoire supérieure dépasse l'aplomb de l'œil. Elle peut mesurer jusqu'à plus de 50 cm. Truite Fario aux taches rouges caractéristiques. Photo B. Sottiaux La truite saumonée n est pas une espèce distincte mais bien une truite dont l alimentation en pigments caroténoïdes (notamment contenu dans les gammares) confère à la chair une coloration rose. Habitat La truite Fario est un poisson d eaux vives bien oxygénées (au moins 7 mg O 2 /l); On la rencontre aussi dans certains lacs.
Elle possède un territoire déterminé où elle se met à l abri du courant et à l affût de sa nourriture. La truite craint la pleine lumière et est généralement crépusculaire. Nourriture La truite est un poisson carnivore au comportement solitaire : vers, mollusques, crustacés, insectes (larves et imagos), larves de trichoptères aussi appelées porte-bois et vairons figurent à son menu. Reproduction En période de reproduction, les truites remontent les rivières et les ruisseaux. La femelle dépose ses oeufs dans le gravier, en creusant une petite cavité, de novembre à février. Ceux-ci sont ensuite fécondés par les mâles. 410 degrésjours sont nécessaires à l éclosion des œufs, soit un peu moins de deux mois dans une eau à 7 C. La reproduction en lac ne peut avoir lieu que si le poisson a la possibilité de remonter dans des tributaires. La truite Fario est très sensible au colmatage du gravier des ruisseaux frayères et aux obstacles à la remontée (barrages, tuyaux en béton sous les passages routiers, chablis infranchissables ). Les populations naturelles de truites Fario sont précaires et n existent plus guère qu à l état de sanctuaires. Ailleurs, les effectifs sont renforcés par dépôt de boîtes contenant des œufs fécondés (boîtes Vibert), par alevinage ou déversement de truites «portions» La Truite de mer (Salmo trutta trutta) La truite de mer est une grande truite elle peut atteindre un mètre - à la livrée argentée ponctuée de taches noires étoilées; Sa queue est droite ce qui l en différencie du saumon). Habitat et reproduction Migratrice, elle se reproduit en eaux douces. Les jeunes truites, après un à cinq ans en eaux douces (15 à 30 cm) séjournent de un à trois ans en mer où elles grandissent rapidement avant de revenir frayer sur leur lieu de naissance. A la différence du saumon, la plupart des individus survivent à la fraye et peuvent donc accomplir un second cycle. La truite de mer est maintenant considérée comme une forme migratrice de truite Fario. Elle est présente en Europe de l ouest (Irlande, Ecosse, Danemark, Allemagne ). Considérée disparue de Wallonie, quelques individus ont été capturés dans la Berwinne (affluent de la basse Meuse) en 1983 ce qui a constitué le point de départ d un programme de réintroduction des grands migrateurs (dont le saumon) en Wallonie (Saumon 2000).
La truite arc-en-ciel (Onchorhynchus mykiss) A la différence de la truite Fario, la truite arc-en-ciel ne possède pas de points rouges mais bien des taches noires sur le corps et la queue. Une bande colorée arc-en-ciel est bien marquée sur ses flancs. Ses mâchoires sont moins développées. Habitat Sa première prise : une truite arc-en-ciel. Photo : B. Sottiaux Foire agricole et forestière Libramont-Paliseul, juillet 2007 La truite arc-en-ciel est originaire d'amérique du Nord ; elle fut introduite en Europe dès 1880 pour les besoins de la pisciculture. Elle se montre plus robuste que la truite Fario aux températures plus élevées et aux moindres quantités d'oxygène. Elle fut également introduite dans des cours et, par exemple, en Autriche, des populations capables de se reproduire sont présentes ; ce qui n est pas le cas (sauf de manière tout à fait exceptionnelle) chez nous. Elle est bannie des rempoissonnements au sud du sillon Sambre-et-Meuse parce qu on a craint le développement de maladies (NIH, SHV) et la concurrence avec la truite Fario. Ces questions font toutefois l objet de débats dans les milieux halieutiques. Nourriture La truite arc-en-ciel est comme les autres salmonidés un poisson carnivore. Sa croissance est plus rapide que celle de la truite Fario.
Reproduction La reproduction en rivière est exceptionnelle en Wallonie, au contraire de l Autriche. Le saumon atlantique (Salmo salar) Le saumon possède un corps fuselé, une livrée argentée, un pédoncule caudal mince et une nageoire caudale échancrée. Son opercule n a pas de points noirs. En période de reproduction, le mâle porte une tête en bécard. Le saumon peut mesurer jusqu'à 1 m 20 et peser 20 kg. Saumon mâle capturé à Lixhe le 31 décembre 2007 Photo : LDPH-Laboratoire de Démographie des Poissons et d'hydroécologie de l'université de Liège
Habitat et reproduction Le saumon est un migrateur anadrome c est-à-dire qu il s alimente essentiellement en mer et se reproduit en eau douce. Les jeunes saumons ou tacons, après 1 à 2 an sur place gagnent la mer. Leur livrée devient argentée et leur physiologie s adapte au milieu marin ; ils portent alors le nom de smolt. Ils séjournent dans l atlantique nord et notamment aux abords du Groenland. Durant cette phase, la croissance est soutenue (après un an en mer : 50 à 65 cm pour 1, 5 à 3, 5 kg ; après deux ans : 70 à 90 cm pour 4 à 8 kg, après trois ans : 90 à 105 cm pour 8 à 13 kg). Ensuite, les saumons regagneront leur rivière natale. Lors de la remontée, le saumon ne se nourrit pas. La ponte a lieu entre novembre et janvier ; les adultes meurent généralement après le frai et moins de 5 % pourraient effectuer un second cycle. La manière dont les saumons retrouvent leur rivière natale n est pas encore complètement élucidée. On pense que les smolts «marqueraient», au cours de l avalaison, l eau grâce à leurs secrétions biliaires. La remontée des saumons reproducteurs s échelonne selon la taille des individus ; les plus petits ou «grilses» remontant en été. Dans les pays scandinaves, il existe des populations de saumons sédentaires qui vivent en lac et frayent dans leurs affluents (saumons «landlocked»). Nourriture Le saumon est un poisson carnivore comme la truite de rivière. Il fait l'objet d'un programme de réintroduction en Wallonie (Saumon 2000). L'espèce avait totalement disparu depuis 1930 essentiellement en raison de la pollution et des obstacles physiques à la remontée dont des barrages non équipés de passes à poissons. Le saumon de fontaine (Salvelinus fontinalis) Le saumon de fontaine n est pas un saumon du genre Salmo mais en en réalité un omble. Son dos et ses flancs sont verdâtres avec des taches jaunes. Ses nageoires pectorales, pelviennes et anales sont soulignées d un liséré blanc. Sa bouche est largement fendue. Source : http://www.lacsdespyrenees.com/omble_de_fontaine.php
Source : http://www.biopix.eu/photo.asp?photoid=41928&photo=saumon - de-fontaine-(salvelinus-fontinalis) Habitat, nourriture et reproduction Le saumon de fontaine est originaire d'amérique du nord. Comme les autres salmonidés, l espèce est carnivore. Il fut parfois introduit chez nous (Lacs de l'eau d'heure) mais ne se reproduit normalement pas en milieu naturel. Le huchon ou saumon du Danube (Hucho hucho) Le huchon est le «saumon» du Danube. Son corps est allongé; son dos est verdâtre et ses flancs sont argentés, avec un éclat cuivré. Il mesure au maximum 1 m 50.
Source http://www.ramsar.org/wn/w.n.tisza_transboundary_f.htm Habitat et mœurs Il ne se rencontre que dans le Danube et ses affluents. C est un poisson assez sédentaire qui effectue seulement de courtes migrations mais ne pénètre toutefois pas dans la mer Noire. Il affectionne les eaux pures et riches en oxygène et se nourrit de poissons comme le hotu ou le goujon, de grenouilles... Il est en raréfaction dans ses pays d'origine. En Belgique, le huchon a fait ponctuellement l'objet de quelques essais d'introduction (Lesse?) voués à l échec, ce qui expliquerait sa présence dans la liste des espèces de poissons et d écrevisses concernés par l Arrêté de l Exécutif Régional Wallon du 11 mars 1993 portant exécution de la loi du 1 er juillet 1954 sur la pêche fluviale. Reproduction Le frai a lieu à la fonte des neiges, en mars-avril, dans les eaux les moins profondes sur fonds graveleux ou pierreux. Ordre des SALMONIFORMES Famille des COREGONIDES Le lavaret (Coregonus lavaretus) Les corégones sont apparentés aux salmonidés dont ils possède la nageoire adipeuse. La bouche est petite. Leurs teintes sont argentées sur les flancs et le ventre ; les écailles sont relativement grandes. Les nageoires pectorales sont petites. La nageoire caudale est fortement échancrée. Les dents sont petites ou absentes. Les branchiospines situées à l intérieur des arcs branchiaux retiennent la nourriture.
Un corégone capturé lors d une pêche d inventaire à Bütgenbach. Photo : B. Sottiaux Habitat et mœurs Les corégones sont surtout des poissons lacustres où ils fréquentent notamment les lacs alpins ( Léman, Bourget ) et les lacs scandinaves. Ils affectionnent les eaux froides et profondes. Il existe bon nombre d espèces qui sont souvent difficile à distinguer entre elles. Le lavaret est une de celles-là. On trouve aussi dans le nord de l Europe le Grand powan (Coregonus peled) et la vendace (petite marène ou Coregonus albula). Les corégones se nourrissent surtout de crustacés planctoniques (daphnies). En Belgique, les corégones ont été introduits dans les lacs de Bütgenbach et Robertville où les conditions hivernales plus sévères semblent leur convenir mais cependant, ils ne s y reproduisent pas. Reproduction Les corégones frayent en automne ou en hiver, sur des fonds graveleux ou sableux, par une température de l eau inférieure à 7 C. Les œufs éclosent au bout de deux à trois mois. Ordre des SALMONIFORMES Famille des THYMALLIDES La famille des thymallidés est très proche de celle des salmonidés à la différence d une bouche et de dents petites. L'ombre commun (Thymallus thymallus) L ombre possède une grande nageoire dorsale (ou étendard) bariolée, chez le mâle, de taches violettes en période de frai. Son dos est gris-verdâtre; ses flancs et son ventre sont argentés. La bouche est petite. L œil est piriforme ce qui avantage sa vision verticale. La nageoire caudale est échancrée. L ombre mesure jusqu'à 40 cm.
L ombre possède une grande nageoire dorsale. Photo : B. Chermanne Habitat Le poisson fréquente les rivières assez larges présentant une alternance de courants et de calmes (Lesse, Ourthe, Lhomme, Viroin, Eau d Heure ). Nourriture L ombre est un poisson carnivore qui se nourrit surtout d invertébrés aquatiques, de mollusques et d insectes de petites tailles. Reproduction La femelle dépose ses œufs en mars-avril sur les fonds de gravier. La chair de l ombre est réputée fine et aurait une odeur de thym, d où son nom scientifique. Il doit cependant se manger très frais au bout de la canne!) mais est à respecter car ses effectifs en Région wallonne sont globalement en diminution sans que l on ne sache toujours très bien pourquoi (populations cycliques voire chaotiques).