Revue n 425 Dossier : LES BIOCARBURANTS Traduction de l article What Role for Biofuels in the Global Energy Scene? de Claude MANDIL et Fatih BIROL de l Agence Internationale de l Energie (AIE/IEA) Quel rôle pour les biocarburants dans la demande globale d énergie. Introduction Le monde fait face à deux menaces liées à l énergie : celui de ne pas avoir suffisamment de ressources sécurisées à des coûts abordables d une part et celui de dommages à l environnement causés pour une consommation trop importante d autre part. La sauvegarde de l approvisionnement en énergie est une fois de plus une priorité politique au niveau internationale. De plus le schéma d évolution des fournitures d énergie sur les bases actuelles porte le risque de dommages irréversibles à l environnement dont les risques de changement de climat. La nécessité de ralentir la croissance des besoins d énergie d origine fossile, d accroître la diversité de leur origine géographique et de traiter les émissions de gaz à effet de serre est plus urgente que jamais. Le «World Energy Outlook 2006» de l Agence Internationale de l Energie confirme qu en l absence d action des gouvernements, les tendances actuelles d évolution jusqu en 2030 ne sont pas tenables. C est l objet du scénario de référence. Dans un scénario alternatif basé sur un ensemble de politique et de mesures qu envisagent les différents pays du monde, l évolution de la demande énergétique et les émissions correspondantes seraient réduites de façon significative. Il est à noter que les bénéfices visant à produire l énergie de façon plus efficiente, dépasserait largement les coûts liés à la mise en œuvre de ce scénario alternatif. 1) Scénario de référence : Demande globale d énergie jusqu en 2030 La demande globale d énergie primaire dans le scénario de référence devrait croître de 1,6% par an, c est-à-dire être multipliée par 1,5 entre maintenant et 2030. Cette demande croîtrait de 25% d ici 2015. Les émissions de CO 2 correspondantes croîtraient de 55% entre 2004 et 2030 soit 1,7% par an. Ceci représente 40 milliards de tonnes de rejet atmosphérique, soit 14 milliards de tonnes supplémentaire par rapport au niveau de 2004. 1/7
Demande d énergie primaire par type de carburant dans le scénario de référence Les carburants d origine fossile resteront la source principale d énergie en 2030. Dans le scénario de référence ils représentent 83% de l accroissement total de la demande énergétique entre 2004 et 2030. La part du pétrole diminue tout en restant le carburant majeur dans le mix énergétique. La demande de pétrole atteindra 99 millions de barils par jour (mb/j) en 2015 et 116 mb/j en 2030 contre 84 mb/j en 2005. Le charbon aura la plus forte croissance en valeur absolue à cause principalement de la génération d électricité. Les trois quarts de cette croissance sont dus à la Chine et à l Inde. Le charbon reste néanmoins la deuxième source d énergie. La part du gaz naturel croît légèrement, tout comme celle d origine hydroélectrique. En revanche la part de nucléaire décroît. Celle de l énergie produite à partir de la biomasse croît légèrement pour atteindre 10% du total en 2030, sous l influence des pays en voie de développement qui vont substituer l utilisation de la biomasse à usage alimentaire en biomasse à usage énergétique. Les autres sources d énergie renouvelable comme l éolien, l énergie solaire, les vagues croissent le plus rapidement mais leur part dans la consommation totale d énergie n atteint que 1,7% en 2030 contre 0,5% à ce jour. Accroissement de la demande scénario de référence d énergie primaire par type de carburant dans le 2/7
Evolutions par région du monde Plus de 70% de la croissance de la demande jusqu en 2030 vient des pays en voie de développement. La part des pays de l OCDE décroît d un peu moins de 50% en 2004 à 40% en 2030 tandis que l inverse se produit pour les pays en voie de développement. Cette croissance provient de leur croissance démographique et économique rapide. L industrialisation et l urbanisation accélèrent la demande pour des carburants de type nouveau. Les pays en voie de développement utiliseraient 23 millions de barils par jour (mb/j) soit 71% des 33 mb/j d accroissement en pétrole entre 2005 et 2030 avec un développement plus rapide en Asie. La demande en pétrole croît moins rapidement des l OCDE et dans les pays en voie de transition. L énergie gaz croît principalement au moyen orient. La demande en charbon croît principalement en Asie due aux ressources abondantes et à bas prix de revient. Le chardon est la principale ressource en Chine et en Inde. En 2030 ces deux pays représenteront 57% de la demande en charbon contre 43% en 2004. Dans ce scénario de référence, la puissance nucléaire installée décroît en Europe et croît dans toutes les autres régions. La puissance nucléaire installée passe au niveau mondial de 6% en 2004 à 5% en 2030. L énergie hydroélectrique continue à se développer principalement dans les pays en voie de développement. En revanche la majeure partie de la croissance des énergies renouvelables vient des pays de l OCDE. La production de pétrole dans les pays de l OPEP, spécifiquement au Moyen Orient, devrait croître plus rapidement que dans les autres régions parce que les réserves y sont beaucoup plus importantes et les coûts de production généralement inférieurs. L Arabie Saoudite reste de très loin le plus important producteur de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié. Le reste de la croissance des pays de l OPEP vient essentiellement de l Irak, de l Iran, du Koweit, des Emirats Arabes Unis, de la Lybie et du Vénézuela. En de hors de l OPEP, la production conventionnelle de pétrole brut devrait plafonner au milieu de la prochaine décennie et décroître ensuite. En 2030 les pays de l OCDE devraient importés les 2/3 de leur besoin contre 56% actuellement. Les importations supplémentaires viendraient du Moyen Orient en utilisant des routes maritimes vulnérables. La concentration de la production de pétrole brut 3/7
dans un nombre restreint de pays, notamment les pays de l OPEP du Moyen Orient et la Russie, va accroître leur domination sur le marché et la possibilité d augmentation des prix. Production du Pétrole Brut par origine Les trois quarts des augmentations des émissions de CO 2 vont venir des pays en voie de développement entre 2004 et 2030. Pour la Chine seule, ces émissions de CO 2 vont plus que doubler entre 2004 et 2030 à cause du développement économique et de l utilisation intensive du charbon comme source d énergie. La Chine dépassera les USA en termes d émission de CO 2 avant 2010. Les évolutions de consommation d énergie selon ce scénario n offrent pas de sécurité suffisante et ne sont pas tenables du point de vue économique, environnemental et social. L augmentation inexorable de la consommation d énergie fossile et les émissions résultantes de gaz à effet de serre menacent notre sécurité énergétique et risque de modifier le climat de façon irréversible. Les tendances décrites ci-dessus ne sont cependant pas gravées dans le marbre. En effet les gouvernements peuvent par des actions fortes infléchir ce scénario de référence. 2) Scénario alternatif pour satisfaire nos besoins énergétiques Le «World Energy Outlook 2006» (Perspective Energie Mondiale 2006) décrit un scénario alternatif dans lequel les mesures prises par les gouvernements visant à renforcer la sécurité énergétique et à contrôler les émissions de CO 2 sont effectivement mises en place. Dans ce scénario la demande en énergie fossile (pétrole et gaz) croît beaucoup plus lentement ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Ces directives gouvernementales visent à améliorer les rendements de production d énergie, d accroître la part des énergies renouvelables comme les biocarburants et l énergie nucléaire. Dans ce scénario alternatif, la demande d énergie primaire est inférieure de 10% en 2030 à celle du scénario de référence ce qui correspond à la totalité de la consommation actuelle d énergie de la Chine. La demande totale croîtrait de 37% entre 2004 et 2030 soit à un rythme plus lent de 1,2% par an. La plus grande économie d énergie en valeur absolue et en 4/7
pourcentage viendrait du charbon. Les politiques en cours d élaboration prévoient un pourcentage de 27% d énergie renouvelables en 2030 comparé à 22% dans le scénario de référence. La principale différence avec le scénario de référence dans les pays de l OCDE se situe au niveau des importations de pétrole qui culminent en 2015 pour décliner ensuite. Malgré cela, les trois régions de l OCDE et l Asie dépendront encore plus des importations de pétrole à la fin de la période projetée. La demande de pétrole atteindra 103 millions de baril par jour en 2030 dans ce scénario alternatif comparé à 116 mb/j dans le scénario de base. Les mesures qui seraient prises dans le secteur du transport contribueraient pour 60% environ des gains de consommation de pétrole du scénario alternatif. Les deux tiers viendraient de véhicules nouveaux plus efficients. L accroissement de la production et de la consommation des biocarburants, principalement au Brésil, en Europe et aux USA contribuerait à cette réduction des besoins de pétrole. Les besoins en énergie gaz suivraient la même tendance. Accroissement des importations de pétrole brut pour les pays de l OCDE, la Chine et l Inde dans le scénario alternatif L adoption et la mise en place d un ensemble de mesures analysées dans le scénario alternatif seraient une étape importante en vue d avoir un système énergétique global tenable. Ces mesures permettraient au monde d avoir un système énergétique différent qui serait au-delà de 2030 pérenne et où la fourniture d énergie serait garantie et les changements climatiques stoppés. Pour y parvenir ces politiques doivent être mises en place immédiatement. Même dans le scénario alternatif les énergies d origine fossile continueront à être prédominantes sans rupture technologique importante. En effet des technologies existent qui pourraient permettre des évolutions plus radicales sur la période étudiée mais de nombreuses barrières à leur mise en œuvre sont aussi une réalité. La durée de vie des centrales en opération limite les opportunités de construction d usines nouvelles surtout dans les pays de l OCDE. De plus de nouvelles technologies très efficientes connues à ce jour demandent à être adoptées. Cependant, les coûts de ces nouvelles technologies, dans quelques cas, risquent d être largement supérieurs aux technologies existantes. 5/7
3) L apport des biocarburants Les biocarburants devraient contribuer de façon significative à la satisfaction des besoins énergétiques globaux pour le transport routier surtout dans le scénario alternatif à hauteur de 7% en 2030 contre 1% aujourd hui. Ces 7% seraient 4% dans le scénario de référence. La production de biocarburants croîtrait de 15,5 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtoe) à 92 Mtoe in 2030 dans le scénario de base et 147 Mtoe dans le scénario alternatif. Dans les deux scénarios, les USA, l Europe et le Brésil apporteraient l essentiel de la croissance en la production mais aussi en consommation de biocarburants. L éthanol devrait constituée l essentiel de la croissance des biocarburants au niveau mondial car les coûts de production devraient décroître plus rapidement que ceux du biodiesel. La part des biocarburants pour le transport reste et de très loin la plus importante au Brésil qui est le producteur d éthanol au plus bas coût. Part des biocarburants dans les transports routiers L intérêt croissant pour les biocarburants provident du fait que les coûts de production devraient largement baissés suite à des innovations technologiques. Dans la plus grande partie du monde excepté le Brésil, les coûts de production des biocarburants sont plus élevés que ceux de l essence et du diesel conventionnel même si le prix du pétrole brut dépasse 70$ le baril. Ceci constitue une barrière au développement commercial des biocarburants. Cependant les coûts de production ont déclinés ces dernières années au fur et à mesure que les technologies s amélioraient et que les économies d échelle apparaissaient. En outre de nouvelles réduction de coût peuvent être atteintes même avec les technologies existantes. Il est aussi possible de produire des biocarburants de meilleure qualité ayant de meilleures performances. Ceci permettrait d incorporer plus de biocarburants soit à l essence soit au diesel sans avoir à modifier les moteurs. Le développement technologiques actuels et particulièrement l éthanol produit à partir de ligno-cellulose devrait permettre au biocarburant de jouer un rôle plus important dans les deux scénarios développés ci-dessus. Cependant des défis technologiques demandent à être surmonter pour ces biocarburants de deuxième génération pour une commercialisation viable. 6/7
La demande croissante des besoins alimentaires qui rivalise avec biocarburants pour l utilisation des terres arables et des pâturages limitera la production des biocarburants dans le cadre des technologies existantes. A ce jour 14 millions d hectares sont utilisés pour la production de biocarburants soit l équivalent de 1% des terres arables disponibles. Cette part s élève à 2% dans le scénario de référence et à 3,5% dans le scénario alternatif. Les besoins en terre arable en 2030 représentent plus que les surfaces disponibles en France et en Espagne réunies dans le scénario de référence et toutes celles des pays de l OCDE dans le Pacifique y compris l Australie dans le scénario alternatif. 4) Conséquences au niveau politique Un nombre croissant de gouvernements supporte le développement des biocarburants pour ses conséquences au niveau de l environnement, de la plus grande sécurité des approvisionnements en réduisant les importations de pétrole brut et en diversifiant les sources d énergie. Bien que les situations soient différentes pour les pays qui ont décidé de développer l industrie des biocarburants de façon significative, un support important de leurs gouvernements est nécessaire pour démarrer cette industrie et réduire l écart entre coût de production et prix de vente final pour ce type de carburant. Le commerce actuel des biocarburants est faible mais il croît rapidement. Cependant, les barrières commerciales et toutes les formes de subventions sont un frein au développement d un marché international des biocarburants. Il n est pas interdit de poser la question dans quelle mesure les principaux centres de consommation de biocarburants permettront des importations de biocarburants dans le future. Les politiques commerciales et les subventions seront des facteurs critiques pour déterminer où et avec quelles ressources et quelles technologies les biocarburants seront produits dans les décades avenir. Ces mêmes politiques devront prendre en compte d une part l impact des subventions sur la fiscalité et d autre part le coût acceptable des biocarburants pour réduire les gaz à effet de serre et développer la diversité des ressources énergétiques. 7/7